02.04.2025 à 14:44
Bernard Marx
Le « conclave » sur les retraites de François Bayrou fait vraiment office de couteau suisse. Mais même après le départ de FO et de la CGT, le banquet continue. Notre chroniqueur éco Bernard Marx suit le dossier pour vous.
La période de la mondialisation version néolibérale est en passe de se clore. Donald Trump fait entrer le monde dans une nouvelle phase de type néo-impérialiste sous le règne de la loi du plus fort, de l’autoritarisme politique et d’une offensive culturelle réactionnaire1. Les pays européens et l’Union européenne sont particulièrement menacés. La résistance et l’alternative à cette nouvelle « grande transformation » du capitalisme ne sont pas encore déployées ou même élaborées, ni par les sociétés, ni par les politiques.
Face à la politique Trump et à la menace du néo-impérialisme russe, les dirigeants de l’Union européenne ont donné la priorité aux dépenses militaires et au réarmement européen.
En France, les pouvoirs économiques et politiques s’en servent comme levier pour l’austérité et contre les services publics, les retraites et les dépenses sociales. S’adressant aux Français le 5 mars, Emmanuel Macron a donné le tempo : « Ce seront de nouveaux investissements qui exigent de mobiliser des financements privés mais aussi des financements publics, sans que les impôts ne soient augmentés. Pour cela, il faudra des réformes, des choix, du courage. »
Ils voudraient affaiblir politiquement et socialement le combat qu’ils prétendent mener qu’ils ne s’y prendraient pas autrement. Car il n’y a pas besoin d’austérité et de retraite à 64 ans, ou plus, pour financer la croissance des dépenses militaires qu’ils projettent.
1. Il ne s’agit pas d’économie de guerre. Les dépenses militaires seront de 50,5 milliards d’euros en 2025. La loi de programmation militaire prévoyait 67 milliards en 2030. Il s’agirait d’aller à 100 milliards. Soit un effort supplémentaire de 1 point de PIB à cet horizon (+0,2 point de PIB maximum par an).
2. Comme le soulignent l’économiste Henri Sterdyniak ou son collègue Jean-Marie Harribey, si la hausse des dépenses militaires donne la priorité à la production nationale (ce qui n’est pas acquis), elle sera financée par cette croissance de la production. Celle-ci augmentera les rentrées fiscales et pour la protection sociale, retraites comprises.
3. Il y aura effectivement problème si la production de biens de consommations et de services n’augmente pas ou pas suffisamment. Ça fera de l’inflation. Ce n’est pas fatal. Contrairement à ce que dit Emmanuel Macron, on peut augmenter des impôts (mais pas n’importe lesquels) pour accroître la production et la qualité des services publics et sociaux et soutenir les transformations écologiques de la production et de la consommation.
Des avances de crédit supplémentaires seront aussi nécessaires pour financer les investissements dans le secteur de l’armement. Il faut porter cet enjeu au niveau européen comme cela a été fait pour le covid. Y compris la responsabilité de la Banque centrale européenne.
« Des chars ou des retraites. Le faux dilemme », titre à raison le numéro d’avril d’Alternatives économiques.
Ce jeudi 3 avril, les syndicats CGT, UNSA, FSU et Solidaires appellent à une journée de mobilisation contre les politiques gouvernementales envers les fonctionnaires. Et la CGT appelle tous les salariés à rejoindre les fonctionnaires et les agents publics, y compris par la grève, dans les rassemblements et les manifestations pour exiger l’abrogation de la réforme des retraites et l’augmentation des salaires.
« De l’argent, il y en a », expose la CGT. Précisons : Michaël Zemmour a publié sur Bluesky le graphique ci-dessous.
Il est très parlant : en part du PIB, le niveau des dépenses publiques n’a pas explosé. Il est inférieur à la période 2014-2017. Par contre les « prélèvements » ont diminué de deux points de PIB. En clair. La politique Macron a accéléré la baisse des impôts sur les « entreprises », les profits et les dividendes. Politique inefficace s’il en est. Les milliardaires y ont beaucoup gagné. La production nationale beaucoup moins. Et le déficit s’est creusé. Il est donc plus que justifié d’opérer des hausses de prélèvements qui viseraient notamment les plus fortunés, les très gros héritages ou des aides publiques inefficaces (crédit d’impôt recherche par exemple). Les économistes Anne-Laure Delatte et Lucas Chancel ont évalué qu’une réforme fiscale ciblée d’une dizaine de mesures pourrait générer jusqu’à 50 milliards d’euros de recettes annuelles.
Mais on ne financera pas les retraites par un impôt sur les milliardaires. Ce sont les cotisations qui doivent assurer un financement durable du système du retour à 62 ans et des autres améliorations nécessaires. C’est aussi la seule façon de diminuer les inquiétudes des actifs actuels sur leur retraite future. La CGT met l’accent sur l’amélioration générale des salaires, l’égalité salariale hommes-femmes, l’assujettissement aux cotisations des primes d’intéressement et de participation ou une hausse de 1% des cotisations patronales.
Mais si tel avait été le cadre et les objectifs du conclave, même une augmentation des cotisations sociales des salariés aurait pu faire partie de la négociation. Fin 2024, Michaël Zemmour avait calculé que l’abrogation du passage à 64 ans « pourrait être financée par une hausse de cotisations de l’ordre de 0,15 point par an, à partager entre employeurs et salariés, pendant six ans ».
02.04.2025 à 12:25
Pablo Pillaud-Vivien
Heureux d’être ensemble et qu’on leur propose une perspective de victoire, même ténue : le millier de militants de gauche réunis à Montreuil pour écouter le député de la Somme sont ressortis ragaillardis. Ça faisait longtemps qu’on ne leur avait pas proposé un plan présidentiel qui n’apparaisse pas purement et simplement comme une impasse.
« Desserrer l’étau entre les trop fous et les trop mous », tel est l’objectif de François Ruffin qui tenait meeting ce mardi 1er avril. Après le maire communiste Patrice Bessac et le député Alexis Corbière, les locaux de l’étape, les femmes de ménage de Sciences Po et les grévistes d’Arcelor-Mittal, l’élu de la Somme a livré un discours de futur candidat à l’élection présidentielle. Il a d’ailleurs explicitement affirmé qu’il ne fallait pas se voiler la face : les dynamiques ont besoin d’un leader. Il a donc lancé un site – notre-france.avecruffin.fr – qui ne fait aucun doute sur ses ambitions.
Devant un parterre d’un gros milliers de militants de tous horizons où on retrouvait des insoumis, des communistes, des socialistes, des écologistes, des associatifs et des syndicalistes, bref la gauche dans sa pluralité, François Ruffin a cherché à mettre au point son style : dans une langue travaillée et drôle, il a entremêlé comme à son habitude les histoires incarnées, les vannes, les références et les grands horizons. C’est d’ailleurs là toute sa difficulté : réussir à continuer à incarner une singularité dans le paysage politique, celle qui fonde son identité de député-reporter, et, en même temps, d’apparaître présidentiable.
Sa proposition politique repose sur le besoin de protection que doit assurer l’État aux concitoyens. Il parle d’emplois, de logements, de protection sociale ; il inclue la protection contre l’emprise de l’argent. Il prolonge cette idée dans une affirmation souverainiste. Pas un souverainisme de défense proposée par la commission européenne mais un souverainisme de construction pour rebâtir une industrie. La crédibilité politique de cette proposition repose sur l’unité et le rassemblement : d’abord en ce qui concerne les « gens de France » alors que les vents mauvais venus de l’extrême droite veulent nous diviser et nous monter les uns contre les autres. Ainsi a-t-il consacré de larges pans de son discours à faire l’éloge des migrations, démontant les haines xénophobes du fils d’immigrés italiens, Jordan Bardella, et fait de notre humanité partagée un projet politique. Dénonçant les risques inconsidérés pris sur la second tour de la présidentielle – « Ce n’est pas un tour de magie », une pique contre Jean-Luc Melenchon –, il se place du coté des enfants de l’immigration. Il entend remplir « notre France » avec plus de force que l’extrême droite, en « connaissant sa honte et soutenant sa gloire ». Cette France des « petites mains », dont il connaît les prénoms, il l’oppose à la « France d’en haut », celle des Bernard Arnault et autres milliardaires à qui il veut rappeler l’impératif d’égalité.
Mais cette unité et ce rassemblement, c’est aussi celui de la gauche et il n’a pas voulu se dérober face à la question stratégique qui hante tous les esprits. « Une candidature commune » est, pour François Ruffin, la condition sine qua non de la victoire. Attention, il n’a pas parlé de candidature unique. À ce titre, on notera qu’il n’a pas mentionné les embûches nombreuses, sinon en des termes génériques, qui pourraient empêcher son projet présidentiel. Pas un mot des ambitions socialistes de présenter un candidat issu de leurs rangs ou de la volonté affichée et claire de Jean-Luc Mélenchon pour 2027. À dire vrai, ce n’était pas le sujet de la soirée. Sa voie, étroite, c’est de redonner l’envie d’avoir envie à cette gauche unitaire pour établir un rapport de forces avec les insoumis et le PS… et s’imposer. Il croit à la victoire du pot de terre contre le pot de fer. On attend encore la première étape de ce plan : le rapprochement officiel des « petits » partis de la gauche, de Génération.s, de l’Après et de Picardie Debout. Voudront-ils se transformer en écurie présidentielle pour François Ruffin?
Le député est décidé à se battre pour 2027 qu’il veut voir d’abord comme « une aventure ». Non, il ne nous prépare pas déjà, comme un autre François avant lui, le tournant de la rigueur après deux ans d’exercice du pouvoir mais il entend faire de sa campagne un moment politique. Dans la « JOIE ! » Et c’est vrai qu’on en a besoin en ce moment. Il a donc enjoint ceux qui veulent s’associer à sa démarche à aller écouter les Français et à rédiger des cahiers de doléances dont la synthèse se fera sous la forme d’une grande assemblée réunie à l’été. Et en septembre, il proposera une « équipe de France », sous-entendu une équipe pour Ruffin 2027. On l’espère plus féminisme qu’hier soir. Bref, y’a du boulot mais un chemin est proposé. Et Ruffin a l’air déterminé à l’ouvrir.
02.04.2025 à 12:24
Loïc Le Clerc
L’inéligibilité de Marine Le Pen serait une aubaine pour une candidature du jeune président du RN. Pas gagné d’avance !
Dans la bouche de Marine Le Pen, il y a un avant et un après condamnation à l’inéligibilité : « Jordan Bardella a la capacité d’être président de la République », sur BFM le 30 mars ; « Jordan Bardella est un atout formidable pour défendre le mouvement ; j’espère que nous n’aurons pas à utiliser cet atout plus tôt qu’il n’est nécessaire », sur TF1 le 31 mars.
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Marine Le Pen a été condamnée à 4 ans d’emprisonnement, dont 2 ferme aménageables sous bracelet électronique, 100 000 euros d’amende et une peine d’inéligibilité de cinq ans avec application immédiate pour avoir joué un « rôle central » dans le système du parti qui lui a permis de détourner 4,6 millions de fonds publics européens. Une peine que ne reconnaît pas la triple candidate à la présidentielle.
Or, la résistance de Marine Le Pen pour conserver son statut de candidate naturelle du parti est une balle dans le pied du RN. Le temps va manquer – la présidentielle, c’est demain ! – et Marine Le Pen joue la montre, sonnée par la sentence des juges. En attendant, c’est Jordan Bardella qui est empêché.
Jordan Bardella a besoin de temps et que Marine Le Pen s’éclipse. On ne mène pas campagne avec maman dans le dos. Aussi, sa candidature ne saurait souffrir d’une hésitation de la part de la grande cheffe.
Certes, les sondages, dès à présent, le place en tête des intentions de vote, à la même hauteur que Marine Le Pen. La base partisane du RN reste fidèle, pour le moment.
Mais le président du RN a-t-il le profil pour être autre chose qu’un atout de Marine Le Pen ? Son inexpérience, son jeune âge, sa proximité avec l’extrême droite « diabolisée »… ne joue pas en sa faveur. Il est le tenant de la droite conservatrice-libérale, la droite hors les murs, l’union des droites, bref, tout ce qui va à l’encontre des années de travail de Marine Le Pen et son populisme-national. Jordan élargissait le spectre de couleurs de Marine, mais Bardella vaut-il quelque chose sans Le Pen ?
Certes, sa côte de popularité est au plus haut. Il cultive son image auprès de la jeunesse, très présent sur les réseaux sociaux, il fait de la muscu, joue aux mêmes jeux vidéos que les jeunes et pourtant… Les 18-24 ans sont ceux qui ont la moins bonne opinion de lui, ceux qui souhaitent le moins sa candidature, ceux qui ont le moins voté Marine Le Pen en 2022 et les plus abstentionnistes. Paradoxalement, les 65 ans et plus sont la tranche d’âge qui a la meilleure opinion du garçon et votent tout aussi peu Le Pen que les plus jeunes…
en % (source : Ifop) | abstention au 1er tour 2022 | vote Le Pen au 1er tour 2022 | souhait de candidature de Bardella | bonne opinion de Bardella |
18-24 ans | 41 | 18 | 30 | 35 |
25-34 ans | 22 | 24 | 44 | 36 |
35-49 ans | 27 | 29 | 45 | 41 |
50-64 ans | 22 | 26 | 46 | 37 |
65 ans et + | 22 | 18 | 42 | 50 |
Tout ceci va peser, semaine après semaine, dans la balance. N’oublions pas non plus que Jordan Bardella est visé par une plainte pour emploi fictif et escroquerie. Les chats de Marine ne font pas des chiens.
Pour l’heure, le bougre affiche sa « loyauté » à la patronne et la stratégie de contre-attaque médiatique pose des bases trumpistes : les juges confisquent la démocratie. Cet argumentaire vaudra-t-il dans la tête des électeurs marinistes ? Ou bien lâcheront-ils le RN d’un simple « Tous les mêmes, tous pourris » ?
Jordan Bardella va devoir ramer pour contrer les attaques incessantes dont son parti fera l’objet, si jamais son hypothétique campagne démarre un jour. D’ici là, il a besoin de temps et que Marine Le Pen s’éclipse. On ne mène pas campagne avec maman dans le dos. Aussi, sa candidature ne saurait souffrir d’une hésitation de la part de la grande cheffe.
D’autant que la concurrence est là. Marine le Pen avait le poids politique pour l’écraser. Depuis sa condamnation, ils doivent y croire à nouveau, les Zemmour, Maréchal et Ciotti, mais aussi les Retailleau, Wauquiez ou Darmanin. La guerre de succession du lepenisme sera tout aussi rude en interne qu’en externe. Marine Le Pen sombre et laisse un trou noir dont la force gravitationnelle va chambouler la droite française. Jordan Bardella est en première ligne.
02.04.2025 à 12:21
la Rédaction
par Loïc Le Clerc
Dans la bouche de Marine Le Pen, il y a un avant et un après condamnation à l’inéligibilité : « Jordan Bardella a la capacité d’être président de la République », sur BFM le 30 mars ; « Jordan Bardella est un atout formidable pour défendre le mouvement ; j’espère que nous n’aurons pas à utiliser cet atout plus tôt qu’il n’est nécessaire », sur TF1 le 31 mars.
Marine Le Pen a été condamnée à 4 ans d’emprisonnement, dont 2 ferme aménageables sous bracelet électronique, 100 000 euros d’amende et une peine d’inéligibilité de cinq ans avec application immédiate pour avoir joué un « rôle central » dans le système du parti qui lui a permis de détourner 4,6 millions de fonds publics européens. Une peine que ne reconnaît pas la triple candidate à la présidentielle.
Or, la résistance de Marine Le Pen pour conserver son statut de candidate naturelle du parti est une balle dans le pied du RN. Le temps va manquer – la présidentielle, c’est demain ! – et Marine Le Pen joue la montre, sonnée par la sentence des juges. En attendant, c’est Jordan Bardella qui est empêché.
Certes, les sondages, dès à présent, le place en tête des intentions de vote, à la même hauteur que Marine Le Pen. La base partisane du RN reste fidèle, pour le moment.
Mais le président du RN a-t-il le profil pour être autre chose qu’un atout de Marine Le Pen ? Son inexpérience, son jeune âge, sa proximité avec l’extrême droite « diabolisée »… ne joue pas en sa faveur. Il est le tenant de la droite conservatrice-libérale, la droite hors les murs, l’union des droites, bref, tout ce qui va à l’encontre des années de travail de Marine Le Pen et son populisme-national. Jordan élargissait le spectre de couleurs de Marine, mais Bardella vaut-il quelque chose sans Le Pen ?
Certes, sa côte de popularité est au plus haut. Il cultive son image auprès de la jeunesse, très présent sur les réseaux sociaux, il fait de la muscu, joue aux mêmes jeux vidéos que les jeunes et pourtant… Les 18-24 ans sont ceux qui ont la moins bonne opinion de lui, ceux qui souhaitent le moins sa candidature, ceux qui ont le moins voté Marine Le Pen en 2022 et les plus abstentionnistes. Paradoxalement, les 65 ans et plus sont la tranche d’âge qui a la meilleure opinion du garçon et votent tout aussi peu Le Pen que les plus jeunes…
en % (source : Ifop) | abstention au 1er tour 2022 | vote Le Pen au 1er tour 2022 | souhait de candidature de Bardella | bonne opinion de Bardella |
18-24 ans | 41 | 18 | 30 | 35 |
25-34 ans | 22 | 24 | 44 | 36 |
35-49 ans | 27 | 29 | 45 | 41 |
50-64 ans | 22 | 26 | 46 | 37 |
65 ans et + | 22 | 18 | 42 | 50 |
Tout ceci va peser, semaine après semaine, dans la balance. N’oublions pas non plus que Jordan Bardella est visé par une plainte pour emploi fictif et escroquerie. Les chats de Marine ne font pas des chiens.
Pour l’heure, le bougre affiche sa « loyauté » à la patronne et la stratégie de contre-attaque médiatique pose des bases trumpistes : les juges confisquent la démocratie. Cet argumentaire vaudra-t-il dans la tête des électeurs marinistes ? Ou bien lâcheront-ils le RN d’un simple « Tous les mêmes, tous pourris » ?
Jordan Bardella va devoir ramer pour contrer les attaques incessantes dont son parti fera l’objet, si jamais son hypothétique campagne démarre un jour. D’ici là, il a besoin de temps et que Marine Le Pen s’éclipse. On ne mène pas campagne avec maman dans le dos. Aussi, sa candidature ne saurait souffrir d’une hésitation de la part de la grande cheffe.
D’autant que la concurrence est là. Marine le Pen avait le poids politique pour l’écraser. Depuis sa condamnation, ils doivent y croire à nouveau, les Zemmour, Maréchal et Ciotti, mais aussi les Retailleau, Wauquiez ou Darmanin. La guerre de succession du lepenisme sera tout aussi rude en interne qu’en externe. Marine Le Pen sombre et laisse un trou noir dont la force gravitationnelle va chambouler la droite française. Jordan Bardella est en première ligne.
Marine Le Pen n’est pas seule : rien qu’en 2023, sur les 16 634 peines d’inéligibilité prononcées par la justice, 639 étaient assorties d’une exécution provisoire. Mais, évidemment, tout le monde s’en fout. Pas de cris d’orfraie pour dénoncer une mesure anti-démocratique pour ceux-là : la droite et l’extrême droite ne s’insurgent que lorsque ça les touche directement – ou plutôt lorsque cela touche les puissants comme Marine Le Pen. Mais c’est une peine banale. Sauf que ces gens-là refusent d’imaginer qu’ils puissent être traités à égalité avec les autres, ils tiennent à leur régime d’exception qu’en l’espèce serait conféré à l’édile du RN par le fait d’avoir été candidate à l’élection présidentielle. La peste soit des fats.
P.P.-V.
L’article « Trump 2.0 : interdire de dire pour mieux empêcher de penser », sur The Conversation. Reprenant le travail du New York Times, on découvre la liste des mots « déconseillés » par l’administration Trump à l’attention des acteurs publics. Un classique des régimes autoritaires. Plus de 200 mots parmi lesquels « femme », « sexe », « justice sociale », « antiracisme »… Une attaque contre la langue dont les cibles idéologiques sont bien identifiés : la science, le savoir, les minorités. Une cancel culture que certains, en France, semblent regarder avec envie.
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01.04.2025 à 18:45
Pablo Pillaud-Vivien
Raquel Garrido, ancienne députée et confondatrice de l’Après, est l’invitée de #LaMidinale.
01.04.2025 à 14:10
Bernard Marx
Le « conclave » sur les retraites de François Bayrou fait vraiment office de couteau suisse. Mais même après le départ de FO et de la CGT, le banquet continue. Notre chroniqueur éco Bernard Marx suit le dossier pour vous.
Dans le conclave reformaté, la priorité donnée à l’équilibre financier des retraites et aux modalités de financement de la protection sociale va faciliter la propulsion de trois réformes régressives : la TVA sociale, la retraite par capitalisation – placées tout en haut de l’agenda du Medef – et la suppression de l’abattement fiscal de 10% sur les revenus de pensions qu’il soutient. Cela mérite quelques commentaires.
Les retraités bénéficient depuis 1978 d’un abattement fiscal de 10% sur leur revenu de pensions. L’abattement est plafonné à 3600 euros mensuels par foyer. La proposition de suppression de l’abattement a été émise par Gilbert Cette, le nouveau président du Conseil d’orientation des retraites (COR). Le président du Medef, Patrick Martin, soutient. « La question se regarde », a dit la secrétaire générale de la CFDT.
Cette réforme rapporterait annuellement (à l’État et non aux régimes de retraites) 4 milliards d’euros.
Mis à part la CFDT, les syndicats (voir ici ou là) sont opposés à cette suppression. D’une part l’abattement n’est pas un privilège mais une compensation. D’autre part la mesure prendrait peu aux retraités les plus aisés (du fait du plafonnement). Elle pénaliserait les retraités aux revenus moyens mais aussi des dizaines de milliers d’autres aux revenus jusqu’ici insuffisants pour être imposables et qui le deviendraient.
Il s’agirait, dit le Medef, de compenser une diminution des cotisations sur les salaires par une augmentation de la TVA, « sauf sur les produits de première nécessité ». Selon Patrick Martin, « cela rapporterait environ 10 milliards d’euros à l’État et aurait le mérite d’alléger le coût du travail et d’augmenter le salaire net de tous les salariés. En plus, la TVA s’applique aux importations, mais pas aux exportations. Ce qui favorise la compétitivité française ».
La proposition ne peut concerner que les cotisations sociales employeurs non contributives (famille, maladie) et pas les retraites. Comme l’explique l’économiste Henri Sterdyniak, « la TVA ne frappe pas l’investissement, donc le capital. C’est un impôt sur le travail. Le ripage Cotisation Sociale Employeur/TVA serait une dévaluation interne ; il provoquerait une hausse des prix. Soit les ménages subiraient une perte de pouvoir d’achat. Soit les salaires seraient indexés et les gains de compétitivité vite perdus. »
C’est une réforme structurelle majeure que le Medef voulait déjà mettre sur les rails avec le conclave première version. A fortiori avec la version 2. En surfant sur « l’économie de guerre », le président du Medef avait averti début mars : « Notre thèse c’est qu’a minima, il faut préserver les 64 ans et que, sans jamais remettre en cause la retraite par répartition, il faut mettre en place en parallèle une retraite par capitalisation dans des conditions à convenir avec les syndicats ». D’Attal à Retailleau, en passant par Philippe, les appuis politiques dans le socle commun sont nombreux. Le maire du Havre projette même un référendum sur la question.
Déjà on sonde les Français. Et, oh surprise !, ils disent à une forte majorité qu’ils y sont favorables. Sauf que si on regarde de plus près, la question posée dit le mot mais n’explique pas la chose. Le sondage montre néanmoins l’inquiétude des actifs (dont les cotisations financent les retraites actuelles) sur le niveau de leur future retraite. Une inquiétude qui n’est pas infondée : dans le cadre des réformes actuelles, les projections du COR montrent une dégradation future du taux de remplacement des salaires par les pensions et du niveau de vie relatif des retraités. C’est sur ce terreau que fleurit la fausse promesse de la capitalisation.
Il existe un seul régime de retraite par capitalisation obligatoire et complémentaire du régime par répartition : celui des fonctionnaires. Et, comme le souligne la fédération CGT des travailleurs de l’État, il donne la preuve que la capitalisation ne marche pas. Les cotisations capitalisées produisent des pensions plus faibles qu’avec la répartition et le système n’est pas solidaire.
Autre exemple : l’Allemagne. « Pour limiter le poids des dépenses de retraite par répartition, a expliqué Arnaud Lechevalier, maître de conférence à Paris 1, l’Allemagne finance, depuis vingt ans, des dispositifs de capitalisation qui s’avèrent inégalitaires et inefficaces pour maintenir le niveau des pensions. »
En fait, pour abonder le régime par capitalisation, soit on prélève sur les cotisations du régime par répartition et on diminue les pensions par répartition, soit les cotisations s’ajoutent et, au total, elles seront plus élevées. Avec un accroissement des inégalités et une désolidarisation aggravée entre salariés.
Contrairement aux régimes par répartition qui définissent un niveau de pensions en fonction des cotisations, les régimes par capitalisation et les géants de la finance qui les gèrent ne s’engagent pas sur les pensions qui seront versées. Ils versent des pensions en fonction de la rentabilité du capital épargné par le retraité. Avec le risque permanent de la crise financière… Et avec, comme le rappelle l’économiste Jean-Marie Harribey, l’intéressement des salariés à la course aux profits dans le monde via la pression sur les salaires et la surexploitation de la planète.