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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

▸ Les 20 dernières parutions

16.06.2026 à 22:46

Un projet de loi examiné par le Congrès risque de rendre les États-Unis complices de crimes de guerre

Human Rights Watch

Click to expand Image Le président américain Donald Trump (à droite), entouré de plusieurs ministres et conseillers, était assis face au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et d’une délégation israélienne lors d’un dîner dans la résidence de Mar-a-Lago, à Palm Beach, en Floride, le 29 décembre 2025. © 2025 Jim Watson/AFP via Getty Images

Le projet de loi sur l’autorisation de la défense nationale (National Defense Authorization Act, NDAA) prévoit un budget de 1 150 milliards de dollars pour 2027 ; une disposition enfouie dans ce texte renforcerait la coopération militaire entre les États-Unis et Israël, tout en évitant toute surveillance supplémentaire par le Congrès.

L'article 219 du projet de loi (Section 219 de H.R. 8800, texte de la Chambre des Représentants) crée la fonction d'« agent exécutif » chargé d'intégrer la technologie israélienne dans les programmes d'armement américains, et inversement, notamment dans les technologies de missiles et de défense aérienne ainsi que dans l'intelligence artificielle, l'informatique quantique, la cyberguerre et les systèmes autonomes. Une fois mise en œuvre, cette disposition accélérerait les efforts visant à intégrer les technologies israéliennes dans les systèmes d'armement américains selon des modalités qui n'ont pratiquement jamais été codifiées dans la loi, même pour les alliés. Comme le montre l’expérience prolongée du retrait de la Turquie du programme F-35, dans la pratique, cette intégration oblige les États-Unis à s’en remettre aux fabricants d’une manière dont il devient pratiquement impossible de revenir en arrière par la suite, même si les législateurs le souhaitent.

Comme le projet de loi sur la défense est considéré comme quasi-obligatoire pour garantir le financement de l’armée, les législateurs y ajoutent souvent d’autres éléments, notamment des dispositions telles que l’article 219, qui correspond à l’article 1217 (Section 1217) de S. 4784, le texte du Senat. Dans un autre contexte, de tels articles pourraient susciter une opposition farouche et ne seraient peut-être pas adoptés, s’ils étaient présentés séparément.

L’article 219 prévoit également une « fusion des données » (« data fusion »). Dans la doctrine de défense, ceci consiste à combiner les flux provenant de nombreux capteurs et sources de renseignement pour former une image globale de ciblage. Les États-Unis absorberaient ainsi des données israéliennes, qui auraient pu être collectées dans le cadre de programmes de surveillance de masse controversés. De plus, l’article 219 serait renforcé par l’article 622 du projet de loi de financement des services de renseignement, qui rend obligatoire le partage des renseignements et favoriserait davantage la combinaison des flux de renseignements américains et israéliens, lesquels pourraient ensuite être utilisés par l’armée israélienne à des fins de ciblage. Cette proposition comporte des risques, compte tenu des antécédents de l’armée israélienne, notamment de son utilisation d’outils numériques, qui, selon Human Rights Watch, est susceptible de mener à des frappes contre des civils en cas de données erronées ou inexactes.

Les États-Unis ont déjà fourni au gouvernement israélien des renseignements qui ont ensuite été utilisés dans le cadre d’opérations susceptibles de constituer des crimes de guerre, risquant ainsi de se rendre complices de ces crimes, comme l’a averti Human Rights Watch. Mais en vertu de l’article 219, les flux de renseignements pourraient finir par être acheminés en permanence vers les systèmes israéliens, uniquement sous la supervision du Secrétaire américain à la Défense. L’article 219 favorisant l’intégration de technologies militaires plutôt que les ventes ou les transferts, aucune autre autorisation du Congrès ne serait requise.

Les nombreux crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et les actes de génocide commis par les forces israéliennes à Gaza devraient inciter les États-Unis à réfléchir sérieusement avant de renforcer leur partenariat militaire avec Israël. Mais l’article 219 rendrait les liens encore plus imbriqués, prolongeant ainsi les risques de complicité. Les législateurs américains ont encore la possibilité de supprimer ce projet d’article, aux effets néfastes.

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16.06.2026 à 16:59

La Cour d’appel de Londres valide l’interdiction de Palestine Action en tant qu’organisation « terroriste »

Human Rights Watch

Click to expand Image Une foule de personnes était rassemblée devant la Cour d’appel de Londres, le 15 juin 2026, pour exprimer leur soutien à l’organisation Palestine Action, interdite par le gouvernement britannique. © 2026 Tom Jeffreys/Press Association via AP Photo

Le 15 juin, la Cour d’appel de Londres a validé la décision du gouvernement britannique d’interdire l’organisation Palestine Action, qualifiée de « terroriste ». Cet arrêt préjudiciable, qui infirme une décision antérieure de la Haute Cour contre l’interdiction annoncée par le gouvernement, risque de restreindre davantage le droit de manifester au Royaume-Uni, et ailleurs dans le monde.

L’organisation Palestine Action a été créée en 2020 en tant que groupe de protestation prônant l’« action directe » pour s’opposer aux exactions du gouvernement israélien à l’encontre des Palestiniens. Le groupe a notamment pris pour cible Elbit Systems, une entreprise du secteur de la défense entretenant des liens étroits avec l’armée israélienne.

Depuis la décision prise en 2025 par le gouvernement britannique d’interdire Palestine Action, environ 3 000 personnes ont été arrêtées, dont certaines simplement brandi des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Je m’oppose au génocide. Je soutiens Palestine Action ». Plus de 700 de ces affaires sont en instance devant les tribunaux d’Angleterre et du Pays de Galles, et de nombreuses autres en sont au stade de la reformulation des chefs d’accusation.

La Cour d’appel a reconnu que l’interdiction pouvait avoir un « effet dissuasif », empêchant les personnes d’exprimer publiquement leurs opinions, mais l’a néanmoins jugée « justifiée et proportionnée » au motif que Palestine Action avait recouru à la violence en endommageant des biens. La Cour a exprimé sa « déférence » envers le gouvernement en matière de sécurité nationale.

De nombreux experts britanniques et des Nations Unies ont critiqué la définition trop large du « terrorisme » adoptée par le Royaume-Uni. Les meilleures pratiques, décrites dans une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies de 2004 soutenue par le Royaume-Uni, associent le terrorisme à des actes visant à causer la mort ou des blessures graves, ou à la prise d’otages.

Or, les dommages criminels, y compris les dommages matériels qui ne mettent pas la vie de personnes en danger, ne devraient pas être qualifiés de terrorisme, selon les normes internationales de bonnes pratiques ; ils relèvent plutôt du droit pénal ordinaire.

Qualifier un groupe de manifestants de « terroristes » a créé une situation absurde, où des milliers de personnes brandissant pacifiquement des pancartes sont accusées de soutien au terrorisme.

Le 12 juin, lors d’un autre procès pénal à Londres, un juge a condamné quatre membres de Palestine Action à des peines allant de cinq ans à sept ans et demi de prison pour un raid mené en 2024 contre une usine d’Elbit Systems, estimant qu’un « lien avec le terrorisme » dans leurs actions constituait une circonstance aggravante.

Human Rights Watch a documenté l’utilisation abusive des pouvoirs antiterroristes pour étouffer la dissidence dans de nombreux pays, dont la Tunisie, le Sri Lanka, la Turquie et l’ Inde. En interdisant Palestine Action, le gouvernement britannique s’est rapproché des gouvernements qui s’attaquent aux libertés démocratiques et font marche arrière en matière de droits humains.

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15.06.2026 à 06:00

Les attaques contre l'éducation ont augmenté de plus de 40 % dans le monde

Human Rights Watch

Click to expand Image Le système éducatif de Gaza est en ruines, ainsi que l’observait l’ONG Plan International en novembre 2025. © Plan International / Ahmed Salama

(New York) – Au moins 8 500 attaques contre l’éducation ont été menées dans le monde en 2024-2025, soit une hausse de plus de 40 % par rapport à la précédente période de deux ans, selon le rapport « Education Under Attack 2026 » (« Attaques contre l'éducation 2026 »), publié aujourd’hui par la Coalition mondiale pour la protection de l’éducation contre les attaques (Global Coalition to Protect Education from Attack, GCPEA). Ces attaques ont touché plus de 10 600 élèves, enseignants et autres membres du personnel éducatif dans 83 pays, dont 55 pays qui ne sont pas en situation de conflit armé actif.

« Nous pensons que l’augmentation réelle du nombre d’attaques est encore plus élevée », a déclaré Felicity Pearce, chercheuse principale pour la rédaction de ce rapport. « L’escalade des conflits, la restriction de l’accès humanitaire et les fréquentes censures de l’information signifient que de nombreuses attaques ne sont jamais signalées. »

Dans un contexte d’insécurité et d’instabilité accrues dans le monde, les niveaux de conflit ont atteint leur plus haut niveau depuis la Seconde Guerre mondiale. La GCPEA a recensé le plus grand nombre d’attaques en Colombie, en République démocratique du Congo, en Éthiopie, en Haïti, en Palestine et en Ukraine. Rien qu’en Ukraine, plus de 900 attaques contre des écoles ont été enregistrées. En Palestine, plus de 2 000 attaques ont visé le secteur de l’éducation, et à la fin de l’année 2025, presque toutes les écoles de Gaza avaient été endommagées ou détruites. Haïti, dont la situation est présentée pour la première fois dans l’édition 2026 de ce rapport, a subi plus de 400 attaques. Les plus grands nombres de personnes tuées ou blessées ont été recensés au Myanmar, au Nigeria, au Yémen et au Cameroun.

Les filles et les femmes ont été exposées à des risques accrus de violence et d’exclusion, notamment lors d’attaques ciblées contre des écoles de filles et des violences sexuelles liées aux conflits au Cameroun, en République centrafricaine, en Colombie, en Haïti et au Nigeria. En Afghanistan, les autorités ont fermé les écoles pour filles au-delà de la sixième année scolaire et ont arrêté des enseignantes, poursuivant ainsi leur offensive contre l’éducation des filles.

Le nombre de cas d’utilisation d’écoles à des fins militaires a presque doublé ; le GCPEA a recensé plus de 1 900 cas, la Colombie, la RD Congo et l’Éthiopie étant particulièrement touchées. L’occupation d’écoles par des forces armées ou des groupes armés perturbe non seulement l’éducation et endommage des infrastructures éducatives vitales, mais elle accroît également les risques de recrutement d’enfants, de violences sexuelles et d’attaques de représailles.

Le rapport souligne également l’utilisation croissante d’armes explosives dans les zones peuplées, y compris des explosifs lancés par des drones, lors d’environ 300 attaques contre des établissements scolaires. Plusieurs attaques ont été menées pendant les heures de cours, tuant des élèves et des enseignants et forçant la fermeture prolongée des écoles.

Le GCPEA appelle tous les États à adhérer à la Déclaration sur la sécurité dans les écoles, et exhorte les gouvernements, les agences des Nations Unies et les bailleurs de fonds à prendre cinq mesures urgentes :

Renforcer les protections juridiques pour les enfants et les systèmes éducatifs.Mettre fin à l'utilisation d’écoles à des fins militaires.Maintenir et protéger la surveillance des attaques à travers le monde.Préserver l'éducation pendant les cycles électoraux.Financer les systèmes d'alerte précoce et d'action préventive.

« Ce à quoi nous assistons, c’est la destruction des espoirs et de l’avenir des enfants, l’éducation en soi étant prise pour cible », a déclaré Lisa Chung Bender, directrice exécutive de la GCPEA. « Il s’agit souvent d’attaques délibérées. Ne pas les empêcher relève d’un choix politique, et les conséquences marqueront les générations à venir. »

La Coalition mondiale pour la protection de l’éducation contre les attaques (GCPEA) est une coalition d’agences des Nations Unies et d’organisations non gouvernementales visant à protéger l’éducation dans les situations d’urgence. Ce rapport 2026 est le huitième de la série « Education Under Attack ». Il analyse les tendances mondiales et dresse le profil des attaques et de l’utilisation militaire d’écoles et d’universités dans 28 pays. Le rapport 2026 a bénéficié du généreux soutien de la fondation Education Above All, de l’ONG Education Cannot Wait, et du gouvernement norvégien.

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12.06.2026 à 21:20

Les investissements américains en RD Congo devraient favoriser la lutte contre la corruption et le respect des droits

Human Rights Watch

Click to expand Image Une mine de cuivre à ciel ouvert à Kolwezi, en République démocratique du Congo, photographiée le 6 juillet 2016.  © 2016 Per-Anders Pettersson/Getty Images

Le gouvernement américain prévoit d’importants investissements dans des minéraux critiques en République démocratique du Congo, tout en affirmant que les entreprises américaines contribueront à « la paix, la prospérité et la dignité » de la région. Mais pour qu’une telle contribution au développement économique soit efficace, les gouvernements américain et congolais devraient s’attaquer aux schémas persistants de corruption et d’atteintes aux droits humains dans le secteur minier.

Lors d’une réunion de son conseil d’administration qui s’est tenue le 3 juin, l’US Development Finance Corporation, une institution financière du gouvernement américain, a décidé d’ajouter 900 millions d’USD à un investissement existant de 600 millions d’USD dans l’Orion Critical Mineral Consortium, un fonds basé à New York. Le consortium a annoncé plusieurs investissements majeurs en RD Congo, dont un projet de participation dans des mines appartenant à la multinationale Glencore.

La RD Congo dispose de vastes gisements de minéraux critiques utilisés pour la défense, l’intelligence artificielle, les transports et d’autres industries, mais son secteur minier est depuis longtemps marqué par la corruption. Lors d’une audience publique avant la réunion du conseil d’administration, Human Rights Watch et Resource Matters, un groupe basé en RD Congo et à Bruxelles, ont appelé à consulter les communautés et les activistes congolais sur les risques liés aux droits humains et à la corruption avant la finalisation des investissements.

Nous avons également exprimé des inquiétudes sur le fait que, pour faciliter une transaction entre Orion et Glencore, le gouvernement américain pourrait assouplir les sanctions contre l’homme d’affaires israélien Dan Gertler. En 2017, le département du Trésor américain a sanctionné Dan Gertler – qui touche toujours des redevances liées à la production dans deux mines appartenant à Glencore – en vertu de la loi américaine Global Magnitsky Act. Le département du Trésor américain a déclaré que Dan Gertler « a amassé sa fortune grâce à des centaines de millions de dollars de transactions opaques et entachées de corruption dans le secteur minier et pétrolier » en RD Congo.

L’assouplissement des sanctions contre Dan Gertler porterait atteinte à la responsabilisation en matière de corruption en RD Congo, et affaiblirait la crédibilité des sanctions anti-corruption américaines dans le monde entier. Si le gouvernement et les investisseurs américains tiennent réellement à favoriser une paix et une prospérité durables en RD Congo, ils devraient lutter de manière efficace contre la corruption et renforcer le respect des droits humains dans le secteur minier.

12.06.2026 à 21:10

L'OIT adopte un traité historique sur le travail via les plateformes numériques

Human Rights Watch

Click to expand Image Des délégués de la Commission chargée d'élaborer les normes du travail décent dans l'économie des plateformes, au sein de l’Organisation internationale du travail, applaudissaient peu après l'approbation du texte de la Convention n° 193 de l’OIT intégrant ces normes, le 11 juin 2026 à Genève. La Convention a été adoptée le lendemain – le 12 juin 2026 – en séance plénière de la Conférence internationale du Travail.  © Lena Simet/Human Rights Watch

(Genève, 12 juin 2026) – L’adoption par l’Organisation internationale du travail (OIT) d’un nouveau traité mondial visant à garantir des conditions de travail décentes dans l’économie des plateformes numériques (« gig economy » en anglais) constitue une avancée majeure pour la protection des droits de millions de travailleurs à travers le monde, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Le 12 juin, lors de la 114ème session de la Conférence internationale du Travail à Genève, les délégués ont adopté la Convention n° 193 de l’OIT sur le travail décent dans l’économie des plateformes (angfra). Il s’agit du premier traité mondial à établir des normes de travail contraignantes dans l’économie des plateformes numériques (aussi appelé économie des petits boulots, ou travail à la demande, en anglais « gig economy » ou « gig work »). Cette convention comble des lacunes de longue date en matière de protection des travailleurs dont les emplois sont gérés par le biais de plateformes numériques, notamment en ce qui concerne les questions de rémunération, de conditions de travail sûres, de santé, de sécurité sociale, et de gestion algorithmique de leurs tâches, et de classification correcte de ce type d’emploi, une question clé pour déterminer si les travailleurs bénéficient des protections auxquelles ils ont droit. Le texte a été adopté à l’issue d’un vote de 406 voix pour, 8 votes contre et 36 abstentions. 

« L’adoption de ce traité marque un tournant pour des millions de travailleurs des plateformes qui se voient refuser la protection du travail », a déclaré Lena Simet, conseillère senior sur les questions de justice économique à Human Rights Watch. « Les gouvernements ont reconnu que les entreprises ne peuvent pas utiliser les nouvelles technologies comme une échappatoire pour contourner les droits des travailleurs, notamment le droit à un salaire équitable, à des conditions de travail sûres et à la sécurité sociale. »

Les gouvernements devraient ratifier sans délai la convention et la transposer dans leur législation nationale, a déclaré Human Rights Watch. Les gouvernements devraient veiller à ce que les travailleurs et leurs organisations soient pleinement associés à la mise en œuvre et à l’application de la convention au niveau national.

Cette convention est le fruit d’un processus qui a duré plusieurs années. En 2023, le Conseil d’administration de l’OIT a inscrit cette question à l’ordre du jour, ce qui a conduit à deux cycles de négociations, en 2025 et 2026. Tout au long de ce processus, Human Rights Watch a contribué ses propres recommandations, appelant à des protections solides pour les travailleurs des plateformes, conformes à leurs droits humains.

Le travail de l’économie des plateformes connaît une croissance rapide dans le monde entier, qu’il s’agisse de services de taxi, de livraison de repas, de soins ou de tâches liées aux données en ligne. Un rapport publié par la Banque mondiale estime qu’« environ 154 millions à 435 millions de personnes » dans le monde sont des « travailleurs à la demande en ligne » (« online gig workers »). Ainsi que l’ont documenté Human Rights Watch, d’autres organisations de défense des droits humains et des syndicats, ces travailleurs sont souvent confrontés à des revenus faibles et imprévisibles, à des conditions de travail dangereuses, à l’absence de sécurité sociale et à peu de recours lorsque les entreprises leur coupent l’accès au travail sans justification.

Bon nombre de ces entreprises traitent les travailleurs comme des travailleurs autonomes ou des prestataires indépendants, bien qu’elles contrôlent, par le biais de systèmes automatisés, des aspects essentiels de leur travail : rémunération, attribution des tâches, suivi des performances, évaluations, et parfois suspension ou désactivation des comptes. Cela prive souvent les travailleurs de protections qui seraient garanties par le droit du travail, et leur fait supporter des coûts et des risques liés à leur activité.

La nouvelle convention aborde directement cette question en exigeant des gouvernements qu’ils prennent des mesures pour garantir que les travailleurs de la plateforme soient correctement classés, principalement en fonction de la manière dont leur travail est effectué et rémunéré. 

La large portée de la convention est également significative. Elle s’applique aux travailleurs des plateformes dans l’économie formelle et informelle, y compris le travail effectué en personne, comme les services de taxi et de livraison, ou en ligne, comme l’étiquetage de données, la modération de contenu ou d’autres tâches numériques.

Certaines protections s’appliquent indépendamment de la classification. Il s’agit notamment de la liberté d’association et de la négociation collective, de l’élimination du travail forcé et du travail des enfants, de la non-discrimination et d’un environnement de travail sûr et sain. Ces protections sont importantes car certains de ces travailleurs peuvent rester en dehors d’une relation de travail même lorsque les règles de classification sont correctement appliquées.

D'autres protections sont liées au statut professionnel. Le traité exige que les travailleurs soient rémunérés en temps voulu et qu'ils reçoivent des informations claires sur leur salaire et les éventuelles retenues. Les employeurs doivent verser aux personnes relevant d'une relation de travail au moins le salaire minimum applicable, hors pourboires, ainsi qu'une indemnisation pour les frais liés au travail, conformément à la législation et aux pratiques nationales. Pour les travailleurs qui ne sont pas considérés comme des salariés, les gouvernements devraient examiner si le salaire minimum devrait également s'appliquer. Le traité comble une lacune majeure pour de nombreux travailleurs, en garantissant l’accès à la sécurité sociale à des conditions non moins favorables que celles dont bénéficient les personnes ayant le même statut professionnel.

La convention exige en outre que les entreprises informent les travailleurs des systèmes automatisés utilisés pour surveiller ou évaluer leur travail ou pour générer des décisions liées à leur travail, ainsi que de la manière dont ces systèmes affectent les conditions de travail ou l’accès à l’emploi. Elle prévoit le droit des travailleurs de demander une explication écrite et un réexamen, avec une intervention humaine appropriée, des décisions automatisées importantes qui ont un impact négatif sur leur travail, y compris le non-paiement, la suspension ou la désactivation.

En outre, la convention garantit des mesures de protection des droits à la vie privée et des données personnelles des travailleurs, ainsi qu’une protection contre les suspensions, désactivations ou licenciements discriminatoires ou autrement illégaux.

« Depuis trop longtemps, les travailleurs des plateformes servent de cobayes pour le déploiement d’outils de gestion algorithmique qui utilisent leurs propres données pour saper leurs drois et les exploiter », a déclaré Tom West, directeur de programme chez Privacy International. « Cette convention reconnaît la nécessité de la transparence, de la responsabilité et des droits liés aux données personnelles pour redéfinir les règles du jeu. C’est maintenant au tour des gouvernements et des employeurs d’améliorer leurs propres règles, réglementations et pratiques afin de mettre un terme à l’usage abusif d’algorithmes dans le monde du travail. »

Le traité prévoit des protections spécifiques pour les travailleurs migrants et réfugiés des plateformes, exigeant des gouvernements qu’ils préviennent les abus et fournissent des protections adéquates lors du recrutement, de l’embauche et du travail. Human Rights Watch a documenté le fait que les livreurs migrants au Moyen-Orient peuvent être confrontés à des dettes liées au recrutement, à une chaleur dangereuse, à l’absence de sécurité sociale et à un manque de recours lorsque les plateformes ou les intermédiaires ne les protègent pas.

Le processus de l’OIT devait aboutir, parallèlement à la convention, à une recommandation non contraignante qui aurait fourni des orientations plus détaillées sur sa mise en œuvre, mais celle-ci n’a pas été finalisée faute de temps. Les futures négociations devraient donner la priorité à l’achèvement de ce travail.

Parmi les pays ayant voté pour la convention figuraient l’Australie, l’Espagne, l’Indonésie, le Mexique, la Namibie, et Oman. Les pays ayant voté contre le traité comprenaient les États-Unis et la Nouvelle-Zélande. Les pays s’étant abstenus comprenaient l’Argentine, le Bangladesh, le Chili, la Libye et le Royaume-Uni. Au cours des négociations, les représentants des employeurs et un petit nombre de gouvernements ont cherché à limiter la portée des droits en plaidant pour des règles plus souples et moins contraignantes, tandis que les représentants des travailleurs et la majorité des gouvernements ont appelé à des protections plus solides pour mettre fin aux violations des droits.

« L’adoption de cette convention marque un tournant historique, et elle devrait désormais se traduire par des changements concrets dans la vie des travailleurs », a conclu Lena Simet. « Alors que l’IA et la gestion automatisée façonnent de plus en plus le monde du travail, les gouvernements devraient agir rapidement pour ratifier et appliquer la convention, notamment en veillant à ce que les entreprises ne puissent pas utiliser des labels contractuels ou des algorithmes opaques pour priver les travailleurs des protections auxquelles ils ont droit. »

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Articles

Figaro Mediapart/AFP  TV5Monde

Capital.fr

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TF1

12.06.2026 à 06:00

Malawi : Les personnes atteintes d’albinisme face à la discrimination et à des obstacles en matière d’emploi

Human Rights Watch

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• Les personnes atteintes d’albinisme au Malawi sont confrontées à la discrimination en matière d’embauche, d’éducation et d’accès à la sécurité sociale.

• La crainte de violences, la stigmatisation et le manque d’aménagements sur le lieu de travail entravent leur capacité à travailler dans des conditions sûres et dignes. 

• Le gouvernement devrait mieux mettre en œuvre les dispositifs qui protègent les droits des personnes handicapées et renforcer les conditions d’emploi inclusives.

(Nairobi) – Au Malawi, les personnes atteintes d’albinisme sont confrontées à la discrimination en matière d’emploi, à des obstacles pour accéder à l’éducation et à la protection sociale, ainsi qu’à un climat d’insécurité lié à des mythes néfastes et à de précédentes agressions, ont déclaré aujourd’hui Human Rights Watch et l’African Albinism Network dans un rapport conjoint. Ce rapport est publié à la veille de la Journée internationale de sensibilisation à l’albinisme, le 13 juin 2026.

Le rapport de 65 pages, intitulé « ‘“I Just Want to Work Without Fear”: Discrimination and Violations of the Right to Work for Persons with Albinism in Malawi » (« “Je voudrais juste travailler sans peur” : Discrimination contre les personnes atteintes d’albinisme au Malawi et violations de leur droit au travail ») expose en quoi la stigmatisation, la discrimination, la crainte de violences et le manque d’aménagements raisonnables portent atteinte aux droits des personnes atteintes d’albinisme au Malawi ; il s’agit notamment de leurs droits au travail, à l’éducation, à la santé et à la sécurité sociale. 

« Les personnes atteintes d’albinisme au Malawi sont privées de l’égalité d’accès au travail, en raison de la discrimination, de la stigmatisation et de la peur », a déclaré Elizabeth Kamundia, directrice de la division Droits des personnes handicapées à Human Rights Watch. « Le gouvernement a pris d’importantes mesures législatives et politiques ; mais sans mise en œuvre ni financement, beaucoup d’entre elles continueront à subir exclusion, pauvreté et insécurité. »

Margret, une Malawienne âgée de 26 ans, tenant sa fillette Peace (âgée d’un an) dans ses bras. Elle travaille dans des champs, effectuant des récoltes et du désherbage, gagnant entre 5 000 et 6 000 MWK (environ 3 à 4 dollars US) par jour. « Travailler dehors m'expose aux coups de soleil », a-t-elle expliqué. « Mais je n'ai pas le choix, car je dois survivre [et nourrir ma fille]. » © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Rose, une responsable administrative malawienne âgée de 47 ans, se souvient de sa recherche d’emploi : « Lorsque vous envoyez votre dossier de candidature, ils ignorent que vous êtes atteinte d’albinisme. Mais quand vous vous présentez à l’entretien, les expressions faciales sont frappantes... » © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Adson B. et sa mère, Kerina, devant leur maison à Dowa, au Malawi. Après la naissance d'Adson, son père a quitté le foyer et Kerina a dû élever son fils toute seule, enchaînant divers petits emplois pour subvenir à leurs besoins. © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Awese, 40 ans, chez elle dans le district de Mangochi au Malawi. Elle a trois enfants et n'est pas mariée. Lors de sa propre enfance, elle a subi la discrimination : « Je me souviens qu'à l'école primaire, un enseignant m'a ordonné de sortir de la classe parce que les personnes atteintes d'albinisme sentent mauvais. Ils m'ont chassée de la classe. » © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Chinsisi Gama (à droite), une Malawienne atteinte d’albinisme âgé de 30 ans, habitante de Dowa, a déclaré que sa vie s'est améliorée depuis qu'elle est devenue couturière en mai 2025 après avoir reçu une formation professionnelle et une machine à coudre du gouvernement du Malawi. Son précédent travail l’exposait au soleil, potentiellement dangereux en cas d’albinisme : « J’ai dû travailler dans les champs sous le soleil, parce que j’avais des enfants à nourrir et que je n’avais pas le choix. » © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch David Issa, un Malawien atteint d’albinisme âgé de 50 ans, habitant du district de Mangochi. Son témoignage : « Le plus grand défi pour trouver du travail réside dans la manière dont je suis perçu par les employeurs potentiels, qui craignent d'être tenus pour responsables si je venais à être enlevé ou blessé. » © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Jawadu London, 40 ans, habite à Mangochi au Malawi. Il travaille dans un stand de cuisine de rue, en attendant de réaliser son rêve, qui serait de travailler dans le secteur de l’habillement. © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Rabecca Pengani, 25 ans, est une enseignante dans une école primaire au Malawi. Sa recherche d’emploi a été particulièrement difficile en raison de son albinisme, mais elle a persévéré. © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Ian Simbota, défenseur des droits des personnes handicapées au Malawi et ex-président de l'Association des personnes atteintes d'albinisme au Malawi (APAM), photographié dans le magasin de motos où il travaille comme chargé de marketing. © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Amido Million dirige un établissement d’enseignement secondaire privé dans le district de Mchinji, au Malawi. Son propre parcours l’incite à penser que la situation s’améliore progressivement au sein du système éducatif de ce pays pour les personnes atteintes d’albinisme, qu’il s’agisse des élèves ou des enseignants. © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Mumderanji S., 25 ans, une habitante de Dedza au Malawi, a expliqué que les personnes atteintes d’albinisme sont confrontées à une forte discrimination : « Nous ne sommes jamais prises en compte » de la même manière que les autre personnes. © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch  Idrisa Yusugu, un homme malawien atteint d’albinisme, et sa femme Margret Ganizani, dans la maison où ils vivent avec leurs trois enfants. Au début, en raison des meurtres occasionnels de personnes atteintes d'albinisme au Malawi, les amis de Margret l'ont exhortée à quitter Idrisa, pour sa propre sécurité. Mais elle a refusé, expliquant : « Je l'aime et je serai avec lui, jusqu'au jour de ma mort » © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Patricia J. a été agressée à deux reprises au Malawi en raison de son albinisme. Cela l’affecte toujours : « Je garde des séquelles de ce traumatisme ; je vis toujours dans la crainte d’être agressée à nouveau à tout moment. Je n’arrive pas à me défaire de cette pensée, surtout lorsque je me trouve dans un endroit inconnu. » © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch En 2023, Maureen Kamatu, 28 ans, a créé son propre kiosque de transfert d'argent par virement mobile à Lilongwe, au Malawi. Au début surtout, elle a été confrontée à des réactions sceptiques d’habitants du quartier, en raison de son albinisme.” © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Lazarus K., un homme malawien âgé de 38 ans atteint d’albinisme, à Dowa. Son témoignage : « Je crains le risque d’un enlèvement, même si cette situation s’est améliorée. Les personnes non atteintes d’albinisme continuent de nous regarder de haut, et beaucoup nous considèrent comme des personnes sacrifiables et inférieures. Nous ne sommes pas invités à participer aux processus communautaires. » © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch

Entre octobre 2025 et avril 2026, les deux organisations ont mené des entretiens avec 96 personnes dont 80 personnes atteintes d’albinisme, dans neuf districts différents du Malawi. Les chercheurs ont également consulté les législations et politiques nationales ainsi que des rapports, notamment des Nations Unies et de la Banque mondiale. Les deux organisations ont présenté en mai leurs conclusions et recommandations préliminaires à des responsables du gouvernement et à d’autres parties prenantes.

Au Malawi, on estime que 134 600 personnes sont atteintes d’albinisme, affection génétique caractérisée par une réduction ou une absence de production de mélanine, qui entraîne souvent des problèmes de vue et une extrême sensibilité aux radiations ultraviolettes. Dans toute l’Afrique subsaharienne, les personnes atteintes d’albinisme ont un risque de cancer de la peau nettement accru. Au Malawi et dans d’autres pays de la région, des mythes et croyances délétères au sujet de l’albinisme alimentent des meurtres, des enlèvements, des violences sexuelles et des profanations de sépultures.

Même si moins d’agressions à l’encontre de personnes atteintes d’albinisme ont été rapportées ces dernières années, les violences du passé continuent d’imprégner leur quotidien. De nombreuses personnes interrogées ont témoigné qu’elles limitaient leurs déplacements et qu’elles évitaient les zones isolées ou certaines opportunités de travail – surtout celles qui exigent de voyager ou de travailler dans des conditions isolées – parce qu’elles avaient peur. Dans certaines communautés, les personnes atteintes d’albinisme sont surnommées « argent », en raison de l’idée que leurs organes peuvent être vendus de façon lucrative. Les personnes interrogées ont décrit des insultes et harcèlements routiniers dans les espaces publics, lieux de travail et marchés.

« Lorsque vous envoyez votre candidature, ils ne savent pas que vous êtes albinos », a témoigné Rose M., dont le nom complet n’est pas révélé ici par respect pour sa vie privée. « Lorsque vous vous présentez pour l’entretien, leurs expressions faciales sont très parlantes. Alors que j’entrais dans la salle de réunion, j’ai déjà entendu des cris étouffés de surprise. »

La discrimination commence tôt, ont constaté les chercheurs, même si certains progrès ont été réalisés afin d’améliorer l’inclusivité dans le système scolaire. Les enfants atteints d’albinisme sont victimes de harcèlements et d’environnements scolaires inaccessibles. Même si le Malawi a accentué des mesures telles que la fourniture de documents imprimés en gros caractères pour les examens nationaux, de nombreux élèves manquent de matériel adapté dans leur environnement scolaire de tous les jours. Ces obstacles contribuent à un taux d’abandon scolaire élevé.

À l’âge adulte, de nombreuses personnes atteintes d’albinisme ont rapporté qu’elles subissaient des refus d’embauche lorsque les employeurs voyaient leur apparence, qu’on les excluait des fonctions en contact avec le public, ou qu’on les rejetait parce qu’on supposait qu’elles étaient incapables, fragiles ou qu’elles représentaient un fardeau. Les employeurs leur fournissaient rarement des aménagements raisonnables tels que de la crème solaire, des tenues de protection, des documents imprimés en gros caractères ou des horaires de travail adaptés.

L’ensemble de ces obstacles favorise l’exclusion économique et sociale, ainsi que des taux élevés de pauvreté, chez les personnes atteintes d’albinisme, ce qui affecte aussi bien leur santé que leur éducation ou leur employabilité.

Près de 88 % des habitants du Malawi vivent dans des zones rurales, où les opportunités d’emploi formel sont limitées et où nombre de personnes, y compris celles atteintes d’albinisme, dépendent de l’agriculture de subsistance et du travail informel pour vivre. Or, pour les personnes atteintes d’albinisme, l’exposition prolongée au soleil peut causer de graves lésions cutanées et augmenter les risques de cancer de la peau. Plusieurs personnes interrogées ont expliqué qu’elles continuaient à travailler à l’extérieur, dans des environnements nocifs pour leur santé ou leur sécurité, parce qu’elles n’avaient aucune autre source de revenus.

Les chercheurs ont par ailleurs constaté que nombre de personnes atteintes d’albinisme avaient du mal à accéder aux programmes de sécurité sociale, notamment aux versements d’indemnités et aux subventions agricoles. Certaines ont témoigné que les leaders communautaires les excluaient des programmes d’aide en raison d’idées erronées selon lesquelles ils recevraient déjà une assistance de la part du gouvernement ou d’organisations humanitaires.

Ces constatations sont en accord avec les recherches de la Commission des droits de l’homme du Malawi, des organisations de défense des droits des personnes handicapées et des instances des Nations Unies relatives aux droits humains.

Quant aux femmes et aux filles atteintes d’albinisme, elles font face à une discrimination aggravée liée au genre, au handicap et à l’albinisme. Les personnes concernées ont décrit des risques accrus de violence sexuelle, de harcèlement, d’abandon et de dépendance économique, qui entravent leur participation au monde du travail et à la vie publique.

Le cadre légal du Malawi comprend en théorie des protections solides. La Loi de 2024 relative aux personnes handicapées interdit la discrimination en matière de travail et garantit des aménagements raisonnables, l’égalité des salaires à travail égal ainsi que l’inclusivité des lieux de travail. Le Malawi a adopté en 2025 une nouvelle Politique nationale en matière de handicap prévoit la publication, en ce mois de juin, d’un Plan d’action national renforcé pour les personnes atteintes d’albinisme.

Néanmoins, la mise en application demeure faible. Human Rights Watch et l’African Albinism Network ont constaté que les responsables publics connaissaient peu la loi, que les financements étaient insuffisants, que les décrets d’application manquaient et que les mécanismes de mise en œuvre étaient faibles.

Le gouvernement malawien devrait appliquer pleinement et financer en conséquence le Plan d’action national pour les personnes atteintes d’albinisme, renforcer l’application des protections contre la discrimination, rendre plus accessibles l’éducation inclusive, la formation professionnelle et la protection sociale, et garantir la participation significative de ces personnes dans la prise de décisions.

« Au Malawi, les personnes atteintes d’albinisme ne veulent ni charité ni pitié ; elles demandent simplement des opportunités égales, la sécurité, la dignité et un sentiment d’appartenance, ainsi que la possibilité de travailler sans crainte », a conclu Bonface Massah, directeur exécutif de l’African Albinism Network. « Le gouvernement, les employeurs et les communautés ont tous un rôle à jouer pour démanteler la stigmatisation et veiller à ce que les personnes atteintes d’albinisme puissent prendre pleinement part à la société à l’égal des autres. »

Sélection de témoignages

« Dans la communauté, on m’a traité de tout, y compris de “non-humaine” et de “stupide”, parfois en me demandant : “D’où viens-tu ?” J’ai peur quand je marche au sein de la communauté. S’ils me disent ces horreurs en face, qu’est-ce qu’ils peuvent bien avoir au fond de leur cœur contre moi ? Je ne sais pas ce qu’ils me feront de plus grave un jour. [...] J’ai peur d’être agressée, tabassée, voire tuée. Comme j’ai peur, je ne pars jamais très loin de chez moi. Je me sens anxieuse si je vais plus loin. Je voudrais juste pouvoir travailler sans avoir peur. » 
- Mphatso C., 19 ans, district de Dedza

« Le climat ici est tellement dur pour les albinos, surtout pour les femmes. [Avant de devenir tailleuse,] j'ai dû travailler dans les champs sous le soleil, parce que j’avais des enfants à nourrir et que je n’avais pas le choix. »
- Chinsisi Gama, tailleuse, district de Dowa

« Les gens sont heureux de me contacter lorsqu’ils voient mes réalisations artistiques, sans m’avoir rencontré. Mais à peine m’ont-ils vu [...] qu’ils se mettent à avoir des doutes et à remettre mes compétences en question. »
- Smart Vinti, graphiste, Blantyre

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