21.04.2026 à 18:35
Human Rights Watch
Cette semaine, un tribunal militaire de la ville de Bunia, dans la province de l’Ituri en République démocratique du Congo, rendra son verdict dans l’affaire contre trois membres du mouvement citoyen Lucha (Lutte pour le Changement).
Les militants ont été arrêtés le 12 mars 2026 après avoir organisé une manifestation pacifique pour réclamer l’accès à l’eau potable, un service essentiel qui reste très limité dans de nombreuses régions de l’est de la RD Congo. Les activistes avaient informé les autorités locales de la manifestation prévue trois jours plus tôt.
Olivier Sefu Anjisina, Jackson Kambale Odo et Joachim Kamate Paluku sont détenus à la prison centrale de Bunia pour « atteinte à la sécurité de l’État », une infraction vague et trop générale fréquemment utilisée pour réprimer la dissidence. En vertu du décret d’état de siège, imposé depuis 2021 dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri secouées par des conflits, les civils soupçonnés d’infractions sont jugés par des tribunaux militaires, et non civils. La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a souligné que les tribunaux militaires ne devraient en aucun cas avoir compétence sur des civils.
Le gouvernement du président Félix Tshisekedi a décrété l’état de siège afin de « mettre rapidement fin à l’insécurité qui, tous les jours, fait des morts parmi nos compatriotes », selon une déclaration faite à l’époque par un porte-parole du gouvernement. Mais l’état de siège n’a pas mis fin aux atrocités commises dans l’est de la RD Congo ; il a au contraire été utilisé pour réprimer les droits des citoyens à la liberté de réunion pacifique, à la liberté d’expression et à une justice équitable. Les autorités militaires ont carte blanche pour perquisitionner les domiciles, interdire les publications et les rassemblements jugés menaçants pour l’ordre public, et restreindre la liberté de circulation.
Ces arrestations s’inscrivent dans le cadre d’une répression plus large visant la société civile et d’autres voix critiques dans l’est de la RD Congo. Les défenseurs des droits humains et les militants de groupes tels que la Lucha sont depuis longtemps victimes de harcèlement, de détentions arbitraires et d’intimidations judiciaires en raison de leur travail. En avril 2022, un tribunal militaire a condamné 13 militants de la Lucha lors d’une manifestation pacifique à Beni, dans le Nord-Kivu, pour « provocation et incitation à des manquements envers l'autorité publique ». Les forces de sécurité ont tué trois militants de la Lucha à Beni depuis 2020.
L’état de siège en vigueur en RD Congo autorise la mise en place de restrictions vagues et excessives, allant au-delà de ce qui est permis par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, menaçant ainsi les droits fondamentaux à la liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association.
Les autorités congolaises devraient abandonner toutes les poursuites engagées contre les militants et veiller à leur libération immédiate. Le président Tshisekedi devrait lever les restrictions abusives imposées à l'espace civique sous prétexte de l'état de siège et révoquer le pouvoir des tribunaux militaires de juger des civils, conformément aux normes en matière de droits humains.
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Sur X : https://x.com/hrw_fr/status/2046633329185698246
20.04.2026 à 14:33
Human Rights Watch
(Nairobi) – Le gouvernement militaire du Burkina Faso intensifie sa répression généralisée de la société civile à travers une législation restrictive, des pressions administratives et des mesures punitives ciblant les organisations nationales et internationales, ont déclaré aujourd'hui Human Rights Watch, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) dans le cadre de l’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, et l'Observatoire KISAL. Les autorités militaires devraient immédiatement cesser leur répression des voix indépendantes ainsi que des organisations humanitaires et de défense des droits humains, et respecter les droits et libertés fondamentaux.
Le 15 avril 2026, le ministre de l'administration territoriale et de la mobilité a annoncé la dissolution de 118 organisations de la société civile, dont beaucoup étaient engagées dans la défense des droits humains. Les autorités ont invoqué une loi de juillet 2025 sur la liberté d'association, mais n'ont fourni aucune justification au-delà de vagues allusions au non-respect de ladite loi.
« La dissolution massive des organisations de la société civile n’est que le dernier acte de la junte du Burkina Faso pour faire taire la dissidence et éviter toute analyse de son bilan peu reluisant en matière de droits humains », a déclaré Binta Sidibé Gascon, Présidente de l’Observatoire Kisal. « Cette décision renforce un climat de peur qui paralyse l'activité civique indépendante. »
L'action du gouvernement militaire reflète un schéma plus large de répression qui a commencé après que les militaires ont pris le pouvoir en septembre 2022. Depuis le coup d'État, les autorités ont ciblé les organisations non gouvernementales, les médias indépendants, les défenseur·es des droits humains et toute forme de dissidence pacifique, réduisant progressivement l'espace civique. Elles ont suspendu, interdit ou expulsé des dizaines d'organisations et de médias burkinabè et internationaux pour des motifs administratifs vagues et fallacieux ou en représailles à des critiques.
Les autorités ont également détenu des travailleurs humanitaires et arrêté arbitrairement, fait disparaître de force ou enrôlé illégalement des défenseurs des droits humains, des journalistes et des opposants politiques. Cette répression croissante se déroule dans un contexte de crise sécuritaire aggravée, le Burkina Faso combattant depuis une décennie des groupes armés islamistes liés à Al-Qaïda et à l'État islamique.
Alors que certains des groupes ciblés par la mesure de dissolution étaient inactifs, d'autres—y compris Action des Chrétiens contre la Torture (ACAT) et Coalition Burkinabè pour les droits des femmes (CBDF)—étaient opérationnels et semblaient répondre aux exigences légales en vertu de la loi de juillet 2025. La loi accorde aux organisations un an pour se conformer à ces exigences, un délai qui n'est pas encore expiré.
« L'action du gouvernement militaire, si elle est fondée sur un prétendu non-respect de la loi de 2025, semble juridiquement contestable puisque le délai requis n'est pas encore écoulé », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior au sein de Human Rights Watch. « L'ampleur de la dissolution est l'un des coups les plus importants portés aux groupes de la société civile depuis que les militaires ont pris le pouvoir et envoie un message glaçant à tous les autres. »
La loi de juillet 2025, introduite par les autorités comme une mesure pour réglementer le secteur des organisations à but non lucratif et lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, a considérablement étendu le contrôle gouvernemental sur la société civile. Elle impose des obligations lourdes qui entravent le travail humanitaire et de développement. Les organisations étrangères, par exemple, doivent nommer des ressortissants burkinabè à des postes clés de direction et financiers, les exposant à des risques personnels. Cette inquiétude a été renforcée par une disposition du Code de la famille de septembre 2025 permettant aux autorités de retirer la nationalité burkinabè à toute personne jugée agir contre les intérêts de l’État et créant un risque d’apatridie pour les individus ciblés.
Début avril, le gouvernement militaire, en réponse à un rapport de Human Rights Watch sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis par toutes les parties au conflit au Burkina Faso depuis 2023, avait menacé de prendre des « mesures fermes » contre ce qu’il appelait des « officines impérialistes déguisés en ONG [organisations non gouvernementales] ».
En fin 2025, les autorités ont introduit des barrières administratives supplémentaires. Les organisations doivent désormais obtenir un « visa statistique » avant de mener des enquêtes ou des recherches, un processus coûteux et chronophage qui, selon un travailleur humanitaire interrogé par Human Rights Watch, « entrave la collecte et l’analyse indépendantes des données dans un contexte déjà extrêmement fermé ».
Au cours de l’année passée, plusieurs organisations humanitaires internationales ont été suspendues ou expulsées, souvent pour des raisons procédurales peu claires. Entre juin et juillet 2025, les autorités ont suspendu ou révoqué les licences d’environ 20 organisations étrangères, dont Comunità di Sant’Egidio, Diakonia, Geneva Call et le Tony Blair Institute, invoquant le « non-respect de l’obligation de signature de la convention d’établissement ».
La répression du gouvernement militaire s'est également étendue aux individus membres de la société civile nationale et des organisations internationales. Depuis 2022, les autorités ont détenu plus de 70 travailleurs humanitaires, pour la plupart burkinabè, selon les médias internationaux. Dans un cas emblématique, les autorités militaires ont expulsé en août 2025 la principale représentante des Nations unies au Burkina Faso, Carol Flore-Smereczniak, en la déclarant persona non grata à la suite d'un rapport de l'ONU sur les violations à l'encontre des enfants dans le pays.
Dans un autre cas, au milieu de l'année 2025, les forces de sécurité ont arrêté et détenu arbitrairement huit membres du personnel de l'International Group Safety Organization (INSO), une organisation humanitaire basée aux Pays-Bas spécialisée dans la sécurité humanitaire, avant de les libérer finalement en décembre 2025. Les autorités les ont accusés d'espionnage et de trahison, leur reprochant de collecter et de fournir des informations sensibles sur la sécurité à des puissances étrangères.
Les autorités militaires ont utilisé les dispositions d’un décret de « mobilisation générale » d’avril 2023 — une loi d’urgence— de manière sélective et disproportionnée pour réprimer l’opposition politique, les médias et la dissidence, et pour faire taire et enrôler illégalement dans les forces armées des dizaines de voix critiques, journalistes, militants de la société civile et personnels judiciaires. Les autorités affirment que la conscription est autorisée par le décret, qui confère au président de vastes pouvoirs pour lutter contre l’insurrection islamiste, y compris en réquisitionnant des personnes et des biens et en limitant les libertés civiles.
Entre juillet et octobre 2025, au moins six journalistes et trois militants ayant été précédemment enrôlés de force ont été libérés, tandis que d’autres conscrits sont toujours portés disparus, y compris l’éminent journaliste d’investigation Serge Oulon, et il est à craindre que d’autres aient été enrôlés illégalement.
Le droit international en matière des droits humains protège les droits aux libertés d'expression et d'association, permettant aux individus et aux groupes d'agir sans ingérence. Les restrictions apportées à ces droits doivent être nécessaires, proportionnées et non discriminatoires – des critères que la récente dissolution massive des organisations de la société civile et la loi de juillet 2025 ne respectent pas, ont déclaré les quatre organisations.
« Une société civile forte et indépendante agit comme un garde-fou contre les abus de pouvoir et amplifie les voix des communautés marginalisées », a déclaré Drissa Traoré, Secrétaire général de la FIDH. « Les autorités burkinabè devraient permettre aux organisations de la société civile de travailler librement et garantir les droits et libertés fondamentaux de chacun·e au Burkina Faso. »
20.04.2026 à 00:06
Human Rights Watch
Il y a une dizaine de jours, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, s’est rendu à Pyongyang ; il s’agissait de sa première visite depuis 2019. Au cours de ce voyage, il a rencontré le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un et la ministre des Affaires étrangères Choe Son Hui ; les discussions ont reflété un engagement à renforcer la coopération entre les deux pays, ainsi qu’une coordination approfondie de leurs actions.
Cette diplomatie visible et cordiale entre Pékin et Pyongyang était délibérée. Les liaisons de transport entre la Chine et la Corée du Nord ont repris, les visites de haut niveau s’accélèrent et les relations entre les deux gouvernements se renforcent activement.
Mais le long de la frontière sino-nord-coréenne, une réalité différente persiste – une réalité qui n’est pas définie par la visibilité, mais par un silence imposé.
Le contrôle des frontières est un élément essentiel du système de répression nord-coréen. Le gouvernement interdit à quiconque de quitter le pays sans autorisation, sous peine d’emprisonnement, de torture, de travaux forcés, de disparition forcée ou de mort. Pékin aide depuis longtemps la Corée du Nord à bloquer les voies d’évasion et à renvoyer de force vers leur pays les personnes qui tentent de fuir la Corée du Nord, contribuant ainsi à renforcer le contrôle de ce pays sur ses citoyens opprimés. Chaque renvoi forcé envoie un signal à ceux qui se trouvent en Corée du Nord ou qui se cachent en Chine : il n’y a pas de voie de fuite sûre.
Pour les Nord-Coréens qui tentent de fuir, les enjeux sont considérables. En mars, Kim Geum Sung, un jeune Nord-Coréen qui vit en tant que réfugié en Corée du Sud depuis 2019, a déclaré à Human Rights Watch que sa mère – qui avait participé à un mariage forcé en Chine afin de financer sa fuite – avait été détenue par les autorités chinoises il y a plus d’un an. Au début du mois d’avril, des législateurs sud-coréens ont adressé à Pékin une demande officielle visant à obtenir des informations sur le sort de la mère de Kim Geum Sung. Le ministère sud-coréen des Affaires étrangères a envoyé un courrier similaire. Ni les législateurs ni le ministère n’ont reçu de réponse. Le sort de cette femme reste inconnu, sans confirmation de sa libération par les autorités chinoises, ou de son renvoi forcé vers la Corée du Nord.
Le gouvernement chinois devrait immédiatement divulguer le sort de toutes les personnes nord-coréennes détenues, et mettre fin à tous les retours forcés vers la Corée du Nord ; il devrait soit accorder l’asile à ces personnes, soit leur permettre de voyager en toute sécurité vers un pays tiers sûr.
Les gouvernements en relation avec Pékin, notamment dans la perspective du sommet États-Unis-Chine prévu en mai, devraient soulever des cas comme celui de la mère de Kim Geum Sung et faire pression sur les autorités chinoises pour qu’elles respectent leurs obligations en vertu du droit international, qui interdit de renvoyer des personnes vers des pays où elles risquent d’être persécutées ou de subir d’autres préjudices.
Les dirigeants de ces pays devraient se rappeler que chaque poignée de main diplomatique avec des responsables chinois dissimule des personnes comme la mère de Kim Geum Sung : invisibles, portées disparues et en danger.
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17.04.2026 à 04:00
Human Rights Watch
(Beyrouth, 17 avril 2026) – La destruction par l’armée israélienne du pont de Qasmieh dans le sud du Liban le 16 avril, quelques heures avant l’annonce d’un cessez-le-feu, menace de couper le territoire libanais situé au sud du fleuve Litani du reste du pays, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Cette attaque délibérée a détruit le dernier point de passage opérationnel pour les civils et l’aide humanitaire, avec la perspective de causer d’immenses souffrances à la population civile ; elle devrait faire l’objet d’une enquête en tant qu’attaque potentiellement disproportionnée contre des civils, ce qui constituerait un crime de guerre.
Des dizaines de milliers de civils se trouvent toujours dans les zones du Liban situées au sud du fleuve Litani, ont indiqué des responsables locaux à Human Rights Watch. Les pays donateurs devraient prendre immédiatement des mesures, notamment en soutenant la mise en place de points de passage temporaires pendant le cessez-le-feu, afin d’essayer de garantir aux civils l’accès aux produits essentiels à leur survie, tels que l’eau, la nourriture et les médicaments. Si des points de passage temporaires devaient être mis en place, les autres pays devraient faire pression sur Israël pour que ce pays respecte le droit international humanitaire et garantisse aux civils un passage en toute sécurité par ces points de passage.
« Les attaques systématiques et répétées de l’armée israélienne contre les ponts, qui menacent d’isoler les civils du sud du Liban et de les priver de l’accès aux moyens de survie, témoignent d’un mépris cruel pour le bien-être des dizaines de milliers de personnes qui y vivent encore », a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch. « Les autres pays devraient faire pression de toute urgence sur l’armée israélienne pour que ce pays cesse de mettre en danger le bien-être des civils. »
Avant le 16 avril, l’armée israélienne avait systématiquement détruit ou gravement endommagé tous les principaux ponts reliant les zones situées au sud du fleuve Litani au reste du pays, faisant du pont de Qasmieh le seul point de passage opérationnel à usage civil, bien qu’il ait lui aussi été endommagé lors d’une attaque le 8 avril.
Les frappes précédentes avaient déjà considérablement limité la capacité des civils à se déplacer en toute sécurité, ainsi que celle des institutions publiques, des organisations humanitaires, des hôpitaux et des établissements de santé à acheminer l’aide et à prodiguer des soins médicaux. D’autres points de passage plus petits sont peut-être encore intacts, mais ils se trouvent sur un terrain difficile, sont de taille réduite et, dans certains cas, ne sont pas reliés au réseau routier, ce qui rendrait difficile pour les civils d’atteindre des zones plus sûres au nord du Litani ou pour l’aide humanitaire d’être acheminée en toute sécurité.
Human Rights Watch a vérifié des photos et des vidéos partagées par des journalistes et publiées en ligne, montrant le moment de l’attaque et ses conséquences. Une vidéo vérifiée montre au moins deux larges munitions frappant le pont, suivis de panaches de fumée et de débris s’élevant dans le ciel. On peut voir des véhicules s’approcher du pont dans les deux sens. Les vidéos et les photos montraient un grand cratère sur le côté sud du pont, qui a complètement détruit le passage.
Des dizaines de milliers de personnes vivant au sud du fleuve Litani dépendaient du pont de Qasmieh pour accéder à l’aide humanitaire, à la nourriture et aux fournitures médicales, ont déclaré à Human Rights Watch des responsables locaux, des professionnels de santé et un responsable hospitalier de Tyr quelques semaines avant que le pont ne soit touché.
Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) et le porte-parole du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme ont précédemment averti que les frappes israéliennes sur les ponts isolaient les habitants du sud du Liban, coupaient les liaisons entre différentes zones, entravaient l’acheminement des fournitures essentielles et limitaient considérablement l’accès humanitaire.
L’armée israélienne a accusé le Hezbollah d’utiliser les ponts sur le Litani à des fins militaires, notamment pour acheminer du matériel de combat et des combattants vers la zone située au sud du fleuve. L’armée israélienne n’a pas publié de communiqué immédiatement après la frappe du 16 avril, afin de la justifié ; mais elle avait précédemment déclaré que les frappes sur les ponts visaient à « empêcher le mouvement de renforts et de moyens de combat » vers le sud du Liban.
Cependant, même si les ponts ont un double usage et deviennent des cibles militaires – c’est-à-dire s’ils contribuent efficacement à l’action militaire –, toute attaque contre eux reste soumise aux exigences de proportionnalité. Les attaques disproportionnées comprennent celles dont on peut s’attendre à ce qu’elles causent des dommages excessifs aux civils et aux biens de caractère civil par rapport à l’avantage militaire concret et direct escompté de l’attaque.
Étant donné que le pont de Qasmieh était le dernier point de passage opérationnel majeur du fleuve Litani, Israël aurait dû prévoir que les dommages potentiels causés à des dizaines de milliers de civils soient considérables. En revanche, il est difficile de concevoir l’avantage militaire concret et direct que Israël aurait pu anticiper de manière crédible, pour justifier de tels dommages aux civils.
Cette attaque devrait faire l’objet d’une enquête afin de déterminer si le pont de Qasmieh constituait réellement un objectif militaire et, dans l’affirmative, s’il s’agissait d’une attaque disproportionnée, ce qui constituerait un crime de guerre, a déclaré Human Rights Watch. Si le pont n’était pas un objectif militaire, la frappe équivaudrait à une attaque délibérément dirigée contre un objectif civil, ce qui constitue également un crime de guerre.
Les attaques israéliennes ont tué plus de 2 196 personnes au Liban depuis le 2 mars, selon le ministère libanais de la Santé. Parmi les victimes figuraient plus de 172 enfants, 260 femmes et 93 professionnels de santé, au 7 avril. Les attaques du Hezbollah ont tué au moins deux civils en Israël, a rapporté la BBC.
Les États donateurs devraient collaborer avec le gouvernement libanais pour rétablir des points de passage temporaires vers les zones situées au sud du Litani, et s’engager à garantir un accès durable et prévisible à l’aide humanitaire pour les habitants du sud du Liban. Toutes les parties au conflit devraient veiller à ce que les civils aient accès aux produits essentiels à leur survie, ainsi qu’à un passage en toute sécurité pour ceux qui choisissent de partir.
Les alliés d’Israël, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et d’autres États de l’Union européenne, devraient suspendre toutes les ventes et livraisons d’armes à Israël, ainsi que l’aide militaire à ce pays, et imposer des sanctions ciblées aux responsables impliqués de manière crédible dans les crimes graves en cours. L’Union européenne devrait aussi suspendre immédiatement le volet commercial de l’Accord d’association UE-Israël, tant que dureront les crimes atroces d’Israël, a déclaré Human Rights Watch.
Les autorités judiciaires libanaises devraient ouvrir des enquêtes nationales sur les crimes internationaux graves ; le gouvernement devrait aussi adhérer au Statut de Rome de la Cour pénale internationale et soumettre une déclaration acceptant la compétence de la Cour avant la date d’adhésion, y compris pour les faits survenus depuis au moins le 7 octobre 2023.
« Seules des actions concrètes permettront aux autres pays de signaler clairement à Israël que les crimes de guerre ne seront pas tolérés », a conclu Ramzi Kaiss. « Ils devraient commencer par suspendre les ventes d’armes et sanctionner les responsables qui commettent des abus. »
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Articles
LibnaNews
16.04.2026 à 18:04
Human Rights Watch
(Johannesburg, 16 avril 2026) – Le gouvernement zambien devrait être tenu responsable de son manquement à son obligation d’assainir un site minier contaminé provoquant un empoisonnement au plomb dont continuent de souffrir des enfants, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui ; HRW soutient une demande d’intervention adressée à l’Union africaine, afin que l’UA exige que le gouvernement zambien et les autres parties concernées assainissent le site.
L’Institut pour les droits humains et le développement en Afrique (IHRDA, ou IDHDA en français), en collaboration avec des organisations non gouvernementales zambiennes et des familles touchées, a déposé une plainte auprès du Comité africain d’experts sur les droits et le bien-être de l’enfant (CAEDB, ou ACERWC en anglais), qui fait partie de l’UA. Cette plainte vise la reddition de comptes et la mise en place de mesures correctives urgentes pour les violations des droits des enfants à la santé et à un environnement sain, causées par l’exploitation minière dans la ville de Kabwe dans le passé, ainsi que par les activités ultérieures de traitement des déchets et de nouvelles opérations minières.
« Les conséquences de l’application insuffisante par le gouvernement zambien des réglementations minières et environnementales ont été subies par des enfants, la population la plus vulnérable de Kabwe », a déclaré Allan Ngari, directeur du plaidoyer auprès de la division Afrique à Human Rights Watch. « La plainte déposée par l’IHRDA, ses partenaires et les familles touchées constitue un effort nécessaire et urgent pour mettre fin à ce cycle de négligence, et exiger des comptes et une action immédiate de la part du gouvernement zambien. »
Des enfants vivant à Kabwe ont été exposés à des déchets toxiques contenant du plomb ainsi qu’à des résidus miniers contaminés provenant de l’exploitation, dans le passé, d’une mine datant de l’époque coloniale britannique. Le plomb est un métal hautement toxique, pouvant entraîner des troubles cognitifs et de nombreux autres effets irréversibles sur la santé, voire parfois une mort prématurée ; ses effets sont particulièrement nocifs pour les enfants.
La mine de Kabwe a été fermée en 1994, mais environ 6,4 millions de tonnes de déchets miniers et de résidus sont restés sur le site à ciel ouvert, et ont continué à contaminer les zones résidentielles environnantes. On estime que jusqu’à 200 000 personnes auraient été exposées à la poussière toxique soufflée depuis ces décharges, et les chercheurs en médecine estiment que plus de 95 % des enfants vivant près de l’ancienne mine ont du plomb dans le sang.
Depuis lors, le gouvernement zambien a délivré des licences pour l’exploitation minière et le traitement des déchets toxiques de plomb provenant de l’ancienne mine, exposant ainsi les habitants de Kabwe à des risques sanitaires supplémentaires. Le gouvernement n’a pas pris de mesures adéquates pour contenir la contamination et prévenir toute nouvelle exposition, ce qui soulève des inquiétudes quant à son respect de ses réglementations environnementales et minières, et des obligations de l’État zambien en matière de droits humains.
Vidéo de 2023 sur la pollution au plomb à Kabwe Play VideoLe gouvernement zambien a pris certaines mesures pour atténuer la pollution à Kabwe, mais n’a toujours pas assaini le site minier, qui est la source de la contamination. Le gouvernement a créé un comité technique présidentiel chargé de traiter la contamination à Kabwe, reflétant sa prise de conscience de l’ampleur de la crise ; toutefois, les travaux de ce comité n’ont toujours pas abouti à des mesures concrètes et assorties de délais en matière d’assainissement et de protection, conformément aux obligations de la Zambie en matière de droits humains, a déclaré Human Rights Watch.
Les requérants demandent à l’ACERWC de déclarer que la République de Zambie a manqué à ses obligations au titre de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, en ce qui concerne les droits à la santé, à la survie et au développement, ainsi qu’à la protection contre les risques environnementaux, et d’ordonner des mesures urgentes et exhaustives, notamment :
La restriction et l’élimination immédiates des sources de contamination au plomb à Kabwe, via la suspension des activités minières et de traitement des déchets dangereuses qui contribuent à l’exposition continue au plomb ;Des tests de dépistage du plomb rigoureux administrés à tous les enfants de Kabwe, dans ces centres de dépistage munis de fournitures médicales adéquates ;Une réhabilitation des sols contaminés de l'ancienne mine et de ses environs, ainsi que des procédures de décontamination des écoles, des habitations et des aires de jeux, selon des normes environnementales ;Des mesures spéciales de protection et de soutien pour les enfants touchés, y compris l'accès à des services éducatifs et de santé adaptés ;Des mesures visant une responsabilisation et transparence accrues, ainsi qu’une surveillance plus efficace des activités minières et de traitement des minerais, afin de prévenir tout préjudice supplémentaire.Les organisations ont exhorté l’ACERWC à évaluer le respect par la Zambie de ses obligations au titre de la Charte africaine des droits de l’enfant et à ordonner des mesures de réparation appropriées pour protéger les enfants touchés. Les organismes africains de défense des droits humains ont affirmé à maintes reprises que les États doivent réglementer les acteurs privés et prévenir les dommages environnementaux qui menacent les droits fondamentaux.
Cette demande s'inscrit également dans le cadre d'un recours collectif en cours en Afrique du Sud contre des entreprises liées aux anciennes exploitations minières de Kabwe, soulignant le rôle complémentaire des mécanismes régionaux de défense des droits humains et des tribunaux nationaux pour garantir la reddition de comptes et l'octroi de réparations.
« Cette demande d’une intervention de l’UA est l’occasion d’exiger du gouvernement zambien qu’il priorise les droits des enfants à la santé et à la sécurité, avant ses propres intérêts économiques », a conclu Allan Ngari. « Cette demande, ainsi que le recours collectif, soulignent l’importance tant de la responsabilité de l’État que de celle des entreprises pour remédier à des dommages environnementaux qui durent depuis des décennies, et pour garantir des réparations effectives aux enfants et aux communautés touchés. »
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16.04.2026 à 00:00
Human Rights Watch
(New York, 15 avril 2026) – Les autorités chinoises intensifient la pression sur les communautés catholiques clandestines afin de les contraindre à rejoindre l’Église officielle contrôlée par l’État, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Au cours des dernières années, le gouvernement chinois a renforcé son contrôle idéologique, sa surveillance et les restrictions de déplacement imposées aux quelque 12 millions de catholiques que compte le pays.
Dans le cadre de la campagne de « sinisation » des religions lancée par le président Xi Jinping il y a dix ans, en avril 2016, les lieux de culte et les enseignements religieux sont tenus de refléter la culture chinoise centrée sur l’ethnie Han ainsi que l’idéologie du Parti communiste chinois. L’Accord provisoire de 2018 relatif à la nomination des évêques, conclu entre le Saint-Siège et la Chine, a mis fin à un différend datant de plusieurs décennies concernant la désignation des évêques en Chine, mais a aussi favorisé la répression des catholiques dans le pays.
« Dix ans après le lancement par Xi Jinping de la campagne de “sinisation” de Xi Jinping et près de huit ans après l’accord conclu en 2018 entre le Saint-Siège et la Chine, les catholiques de Chine sont confrontés à une répression croissante qui viole leurs libertés religieuses », a déclaré Yalkun Uluyol, chercheur sur la Chine auprès de la division Asie à Human Rights Watch. « Le pape Léon XIV devrait revoir d’urgence cet accord, et exhorter Pékin à mettre fin à la persécution et à l’intimidation des églises clandestines, du clergé et des fidèles. »
Le gouvernement chinois n’autorise pas les chercheurs indépendants à se rendre en Chine, et sanctionne les personnes qui s’adressent aux médias étrangers ou aux organisations de défense des droits humains. Human Rights Watch a mené des entretiens avec neuf personnes résidant hors du pays et ayant une connaissance directe de la vie catholique en Chine, ainsi qu’avec des experts de la liberté religieuse et du catholicisme dans le pays. Human Rights Watch a également examiné des documents gouvernementaux et des articles de la presse gouvernementale chinoise.
Le 7 avril, Human Rights Watch a transmis un résumé de ses conclusions au gouvernement chinois et au Saint-Siège, sollicitant leurs commentaires. Aucun des deux n'a répondu.
Le gouvernement chinois restreint depuis longtemps la liberté religieuse des catholiques du pays, qui ne sont autorisés à pratiquer leur culte que dans des églises officielles placées sous l'égide de l'Association patriotique des catholiques chinois, contrôlée par l'État. Les communautés catholiques clandestines qui refusent de prêter allégeance au Parti communiste chinois sont les plus touchées. Bien que la persécution religieuse en Chine soit un phénomène ancien, le climat est devenu de plus en plus répressif depuis l'arrivée au pouvoir du président Xi en novembre 2012.
Aux termes de l'accord conclu en 2018 entre le Saint-Siège et la Chine, Pékin propose des candidats à l'épiscopat auxquels le pape peut ensuite mettre son veto ; toutefois, le texte intégral de cet accord n'a jamais été rendu public. L'accord a été reconduit à trois reprises et reste en vigueur jusqu'en octobre 2028, mais aucun pape n'a, à ce jour, exercé son droit de veto — pas même lorsque le gouvernement chinois en a violé les termes en procédant unilatéralement à la nomination d'évêques. Le pape Léon XIV, en fonction depuis mai 2025, a également approuvé cinq nominations proposées par Pékin.
Depuis la signature de l'accord de 2018, les autorités chinoises exercent des pressions sur les communautés catholiques clandestines afin de les contraindre à rejoindre l'Association patriotique. Selon les rapports des médias et des organismes de recherche, ces pressions se manifestent par des détentions arbitraires, des disparitions forcées, des actes de torture et l'assignation à résidence d'évêques et de prêtres catholiques clandestins.
Les personnes interrogées ont affirmé que l'accord de 2018 avait fourni aux autorités un cadre global leur permettant d'exercer une pression sur les catholiques clandestins. « Cela ne leur a laissé d’autre choix que de rejoindre l’Église officielle », a déclaré une personne dont l’église a été démolie, sa croix enlevée et ses membres menacés et arrêtés. Une autre personne a indiqué que l'accord s'était révélé être une « arme intelligente pour détruire légalement les églises clandestines », car des évêques clandestins de haut rang, persécutés depuis des années, sont décédés ou ont été remplacés par des évêques nommés officiellement.
Certains catholiques clandestins ont déclaré se sentir trahis par le Vatican. « Alors que les membres de ces communautés sont habitués à la persécution de la part du gouvernement [chinois] », a déclaré un expert qui a interrogé des dizaines de catholiques en Chine, « depuis 2018, ils ont le sentiment que le Vatican s’en prend également à eux. »
Un prêtre résidant à l'étranger a observé qu’« un grand nombre d’évêques clandestins sont âgés, et [le Vatican et Pékin] ne nomment pas de nouveaux évêques clandestins. Ces communautés pourront peut-être survivre quelque temps grâce à leurs prêtres, mais à long terme, les catholiques clandestins [en Chine] auront disparu. »
Ces dernières années, le gouvernement chinois a également intensifié son contrôle idéologique, sa surveillance, ainsi que les restrictions pesant sur les activités religieuses et les liens avec l'étranger au sein des églises officielles, selon Human Rights Watch.
Les autorités ont soumis le clergé à des formations politiques ou idéologiques intensives, jusqu'à deux fois par semaine dans certains endroits. Outre le contrôle étatique déjà en place sur les documents et supports religieux, les enseignements dispensés par les prêtres sont désormais soumis à l'approbation des autorités compétentes. Les autorités ont également restreint les activités religieuses au sein des lieux de culte officiels, en imposant par exemple des procédures d'inscription pour les offices religieux et en interdisant l'accès des enfants aux églises. Des rapports crédibles font par ailleurs état de l'interdiction, par les autorités, de l'éducation religieuse des enfants à domicile ainsi que d’activités caritatives à caractère religieux sur l'ensemble du territoire national.
En décembre 2025, l’Association patriotique des catholiques chinois et la Conférence des évêques catholiques de Chine ont formellement adopté les « Règlements provisoires sur la gestion normalisée des documents de voyage pour l’entrée et la sortie du clergé catholique », qui exigent de l’ensemble du clergé catholique qu’il soumette ses documents de voyage aux services compétents, subordonnant ainsi ses déplacements hors de Chine continentale — notamment pour des motifs personnels — à l’approbation de l’État. Les autorités interdisent également aux étrangers de mener des activités religieuses en Chine.
Les violations de droits commises par le gouvernement chinois à l’encontre des catholiques contreviennent à la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies et portent atteinte aux droits à la liberté de religion et de conviction, d’expression, d’association ainsi que de circulation, entre autres droits, a déclaré Human Rights Watch.
« Le Saint-Siège et les gouvernements préoccupés devraient exhorter Pékin à respecter la liberté religieuse de tous les catholiques et des adeptes d’autres religions en Chine », a conclu Yalkun Uluyol. « Le gouvernement chinois devrait cesser de persécuter et d’intimider les fidèles qui pratiquent leur foi et leur spiritualité indépendamment du contrôle du Parti communiste. »
Suite détaillée en anglais.
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