19.02.2026 à 00:00
Human Rights Watch
(Tokyo, 19 février 2026) – Les autorités philippines chargées de reloger les communautés déplacées en 2021 par le typhon Odette ont ignoré les droits des habitants, en particulier ceux des personnes handicapées, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Les initiatives de relogement sur l'île de Siargao, dans le sud des Philippines, ont été menées sans consulter les habitants de manière significative, sans transmettre d’informations accessibles à tou-te-s, et sans garantir une participation inclusive ; ceci a porté atteinte aux droits des habitants, et les a exposés à de futurs risques liés aux phénomènes météorologiques extrêmes.
Après la tempêteDéplacements aux Philippines
Dossier web (en anglais)En décembre 2021, le typhon Odette, aussi connu sous le nom de typhon Rai sur le plan international, a balayé les Philippines, y compris Siargao, détruisant des maisons, tuant des centaines de personnes et déplaçant des milliers d'autres. Des communautés côtières entières se sont retrouvées sans abri, sans eau potable et sans accès aux services publics. Les personnes handicapées et leurs familles ont décrit les obstacles importants qu'elles ont rencontrés pour évacuer leurs domiciles, et se mettre en sécurité pendant et après la tempête. Depuis lors, les autorités philippines ont cherché à déplacer de manière permanente des communautés entières vers des zones désignées comme plus sûres, dans le cadre d'une réinstallation planifiée, sans toutefois respecter les normes internationales visant à protéger les droits des personnes touchées.
Entre mai et septembre 2025, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 48 personnes, dont 25 personnes handicapées et leurs familles vivant dans quatre municipalités de l'île de Siargao (Del Carmen, Pilar, San Isidro et Santa Monica), des représentants communautaires, des experts en changement climatique, des représentants des Nations Unies et des responsables gouvernementaux à Manille, Butuan City, Surigao City et Siargao.
Sites des recherches menées par Human Rights Watch Click to expand Image Carte de Siargao et des îles voisines, dans le sud-est des Philippines, où Human Rights Watch a mené en 2025 des recherches sur les déplacements de population après le passage du typhon Odette (aussi connu sous le nom de « typhon Rai ») en 2021. © 2026 Human Rights Watch« Mon mari m'a portée sur son dos à travers les zones inondées », a déclaré Jocelyn Iytac Eguna, âgée de 65 ans et atteinte d'un handicap physique, évoquant le typhon qui a dévasté Siargao et les îles voisines. « J'avais perdu tout espoir et je voulais vraiment mourir. C'est vraiment difficile pour moi. Les autres pouvaient simplement s'enfuir, mais moi, j'ai dû être portée. »
À la suite du passage du typhon Odette, le gouvernement philippin a interdit tout projet de construction dans les zones côtières et les lits des rivières de Siargao, qui font partie de la zone de conservation protégée, afin d'empêcher les habitants de retourner chez eux « pour leur propre sécurité ». Cependant, les autorités n'ont pas consulté de manière significative les communautés déplacées au sujet de leurs besoins et préférences pour leur propre avenir, et elles ne leur ont pas non plus proposé de logements de remplacement adéquats ni fourni d'informations suffisantes sur les plans visant à apporter une solution durable.
Comparaison d'images satellite avant et après le passage du typhon Odette le 16 décembre 2021, montrant la destruction partielle du village de Jaboy (municipalité de Pilar), sur l'île de Siargao aux Philippines. AVANT : 4 décembre 2020. APRÈS : 6 janvier 2022. © 2026 Planet Labs PBC / Human Rights Watch.
Au cours de la dernière décennie, les tempêtes aux Philippines ont déplacé au moins 43,8 millions de personnes. Avec l'accélération du changement climatique, le nombre de personnes déplacées devrait augmenter. Une étude récente a révélé que le changement climatique induit par les activités humaines a « plus que doublé la probabilité d'un événement complexe comme le typhon Odette ». Rien qu'en novembre 2025, deux typhons successifs ont touché plus de 12 millions de personnes dans le pays, faisant des centaines de morts et déplaçant plus de 466 000 personnes, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA).
En vertu des Principes directeurs des Nations Unies relatifs au déplacement de personnes à l'intérieur de leur propre pays, les autorités compétentes ont le devoir et la responsabilité premiers de créer les conditions d'une solution durable pour les personnes déplacées par des catastrophes. Les normes internationales définissent trois solutions durables pour les personnes déplacées : un retour dans la dignité, une intégration locale ou une réinstallation permanente planifiée dans un nouveau site comparable. La plupart des habitants déplacés par le typhon Odette sont immédiatement retournés dans leur région, et ont reconstruit leurs maisons dans la zone interdite à la construction, où ils font face à un avenir incertain.
Étant donné que la vie, les moyens de subsistance et l'identité des personnes sont profondément liés à leurs foyers, les mesures d'adaptation au changement climatique et de prévention des catastrophes qui permettent aux personnes de rester sur place doivent être privilégiées dans la mesure du possible. Selon le Guide sur la réinstallation planifiée copublié par les Nations Unies en 2015, une telle mesure ne doit être envisagée qu'en dernier recours pour protéger la vie et la santé des habitants, et sur la base d'une consultation avec les communautés touchées ou à leur demande.
Les autorités municipales de Siargao ont réagi de différentes manières au typhon et à la désignation de la zone interdite à la construction. Immédiatement après le typhon, la municipalité de San Isidro a entrepris, sans consulter ou soutenir suffisamment les familles touchées, une réinstallation mal planifiée de 40 familles qui vivaient sur les berges de la rivière San Isidro, vers Josephath, un site situé en amont ; cette initiative a été menée d’une manière qui a porté atteinte à leurs droits. Des membres de la communauté et des responsables locaux ont déclaré que les familles relogées avaient un accès irrégulier à l'eau, et des difficultés à accéder à la rivière et aux services de la communauté. Les personnes handicapées sont particulièrement exposées aux risques de blessures et au manque d'accès, en raison de l'inaccessibilité du site.
De même, la municipalité de Pilar, avec le soutien de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), a déplacé plusieurs familles vers un site qui, selon la communauté locale, est régulièrement inondé, ce qui va à l'encontre de l'objectif même de la réinstallation. En conséquence, lors de conditions météorologiques extrêmes, les familles restent coupées du reste du village, y compris de l'école primaire locale, qui sert également de site d'évacuation.
Les municipalités de Santa Monica et Del Carmen, qui prévoient actuellement des réinstallations, devraient tirer les leçons de ces erreurs et agir pour garantir un processus respectueux des droits, a déclaré Human Rights Watch.
Le maire de Del Carmen, Alfredo Coro, a reconnu que la municipalité n'avait pas encore consulté les communautés concernées ; il s'est engagé à faire en sorte que le projet de réinstallation soit axé sur les droits humains et inclusif pour les personnes handicapées. Si le projet de réinstallation de Del Carmen respecte les droits humains, il pourrait servir de modèle pour d’autres municipalités des Philippines, et peut-être même pour les 77 autres pays où des projets de relocalisation liés à des catastrophes ont été recensés.
En vertu du droit international relatif aux droits humains, les Philippines sont tenues de respecter, protéger et réaliser les droits économiques, sociaux et culturels de chaque personne, et de les protéger face aux risques raisonnablement prévisibles liés au changement climatique, notamment l'élévation du niveau de la mer et d'autres phénomènes. En vertu de l’article 11 de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées (CDPH), les autorités à tous les niveaux doivent « assurer la protection et la sûreté des personnes handicapées dans les situations de risque, y compris […] les catastrophes naturelles ».
Alors que les autorités philippines, au niveau local et national, étendent le programme de réinstallation à Siargao, il est essentiel qu'elles garantissent le respect des droits humains par le biais de consultations significatives et d'informations accessibles. Garantir les droits des personnes les plus exposées, y compris les personnes handicapées, permettra d'assurer une meilleure protection et sécurité pour tous les habitants, a déclaré Human Rights Watch.
« Le gouvernement philippin et les bailleurs de fonds internationaux devraient fournir aux autorités locales de Siargao un soutien suffisant pour élaborer des solutions durables pour les personnes déracinées par le typhon Odette, et celles qui sont de plus en plus exposées aux risques climatiques », a conclu Emina Ćerimović. « Le changement climatique amplifie les inégalités existantes, et les échecs passés à Siargao soulignent la nécessité urgente pour les autorités de garantir des solutions inclusives et fondées sur les droits, notamment par le biais d'une réinstallation bien planifiée. »
Suite détaillée en anglais.
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18.02.2026 à 16:20
Human Rights Watch
La récente mise en détention de douze hommes au Sénégal, fondée sur des lois homophobes, ravive les inquiétudes concernant la criminalisation des relations entre personnes de même sexe et la sécurité des personnes vivant avec le VIH/SIDA.
Le 9 février, la gendarmerie de Dakar a annoncé l’arrestation de douze hommes pour des motifs variés, dont « actes contre nature » et « transmission volontaire » du VIH. Ces hommes risquent jusqu’à cinq ans de prison et des amendes de 100 000 à 1 500 000 CFA (environ 180 à 2 700 USD) pour relations homosexuelles, ainsi que jusqu’à dix ans de prison pour la prétendue transmission intentionnelle du VIH.
Le Sénégal pénalise les relations consensuelles entre personnes de même sexe à travers l’article 319 de son Code pénal, qui interdit les « actes contre nature ». Dans un pays où les gens risquent violences et discriminations en raison de leur orientation sexuelle ou de leur séropositivité au VIH, l’ampleur de la couverture négative par les médias sur ces arrestations accentue les craintes dans la communauté des personnes lesbiennes, gay, bisexuelles et transgenres (LGBT). Un activiste a déclaré à Human Rights Watch que les travailleurs médicaux communautaires étaient extrêmement préoccupés des répercussions juridiques potentielles si leurs coordonnées étaient découvertes sur les téléphones des hommes détenus.
L’hostilité à l’égard des personnes LGBT s’est intensifiée au Sénégal ces dernières années. Des députés ont tenté sans succès à deux reprises – en 2022 et en 2024 – de faire durcir les peines de prison et les amendes dont sont passibles les « actes contre nature ». En octobre 2023, dans le village de Kaolack, à 200 kilomètres au sud-est de la capitale, Dakar, un groupe de personnes a exhumé le cadavre d’un homme soupçonné d’avoir été homosexuel, avant de le traîner dans la rue et de le brûler sur la place publique. Le spectacle a attiré une foule, et les vidéos de cet incident sont devenues virales dans tout le pays.
La pénalisation des relations entre personnes de même sexe et le fait d’arrêter les gens pour leur orientation sexuelle violent des droits protégés internationalement, notamment le droit à l’égalité et à la non-discrimination. Le fait de se servir de la possession de préservatifs, de lubrifiants ou de traitements anti-VIH comme preuve d’homosexualité, de forcer à faire des tests de VIH et de rendre publique la séropositivité de quelqu’un bafoue ses droits à la vie privée et les normes internationales à cet égard, mais aussi nuit aux efforts essentiels de prévention et de traitement du VIH/SIDA.
Le gouvernement sénégalais devrait respecter et protéger les droits des personnes LGBT, en vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, y compris en libérant les personnes arrêtées et en abrogeant les lois discriminatoires et homophobes.
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18.02.2026 à 12:46
Human Rights Watch
(Paris) – Les autorités chinoises ont exercé des pressions sur deux militants ouïghours résidant à Paris, notamment en demandant à l’un d’eux d’espionner la diaspora ouïghoure en France, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Cette affaire est révélatrice du harcèlement croissant exercé par le gouvernement chinois à l'encontre des voix dissidentes à l’étranger et les membres des communautés diasporiques, des abus commis au-delà des frontières de la Chine et qui relèvent de la « répression transnationale ».
« Le gouvernement chinois cherche à faire taire les voix critiques ouïghoures en France par la coercition, l’intimidation et la surveillance », a déclaré Yalkun Uluyol, chercheur sur la Chine auprès de la division Asie à Human Rights Watch. « Les autorités françaises devraient mieux soutenir les Ouïghours pour résister aux intimidations et à la surveillance exercées par Pékin en enquêtant de manière approfondie sur ces évènements et en prenant les mesures adéquates. »
Le 15 janvier 2026, un homme se présentant comme un responsable d’Urumqi, capitale de la région autonome ouïghoure du Xinjiang, a téléphoné à Abdurahman Tohti, âgé de 37 ans, et tenté de le contraindre à surveiller les activités de la communauté ouïghoure en France. Le 19 janvier, le même individu – dont la conversation a été enregistrée et rendue publique – a contacté Mirkamel Tourghoun, âgé de 42 ans, lui demandant d’arrêter ses activités militantes.
Tohti a indiqué que son interlocuteur lui avait demandé de surveiller les activités de l’Institut ouïghour d’Europe, qui œuvre pour la défense des droits des Ouïghours, la préservation de leur langue et de leur culture, et le soutien à la diaspora ouïghoure en Europe. Le 20 janvier, l’institut a inauguré son nouveau siège à Paris. Dilnur Reyhan, l’éminente universitaire ouïghoure qui a fondé l’institut, a estimé que l’ambassade de Chine avait également exercé des pressions sur les autorités françaises locales pour qu’elles n’assistent pas à la cérémonie à laquelle elles étaient invitées.
Tohti a raconté que son interlocuteur avait démontré une connaissance approfondie des détails de sa vie à Paris et prétendait avoir parlé à plusieurs personnes à son sujet. « On m’a dit que vous étiez désespéré pour votre famille et j'ai donc pensé que vous aimeriez recevoir de l'aide. », lui a dit l’interlocuteur. « Je peux vous mettre en contact avec votre famille et même vous permettre de les retrouver à l’étranger. »
Tohti a quitté le Xinjiang en 2013 et vit en France avec le statut de réfugié depuis 2022. Il n’a plus eu de nouvelles de sa famille depuis 2016, date du début de la campagne de répression brutale Strike Hard menée par le gouvernement chinois dans la région. En juin 2025, il a obtenu des informations crédibles selon lesquelles son père, sa mère, sa femme et sa sœur avaient tous été condamnés à des peines de prison allant de 20 à 25 ans pour « incitation à la haine et à la discrimination ethniques », une infraction vague utilisée par les autorités du Xinjiang pour punir l’expression pacifique de l’identité ouïghoure. Tohti est toujours sans nouvelles de ses deux enfants, qui seraient détenus depuis une dizaine d’années dans des orphelinats d’État, ni de ses trois autres frères et sœurs.
Tourghoun est un musicien, cinéaste et militant ouïghour arrivé en France comme étudiant en 2005. Il a demandé l’asile après avoir été détenu et interrogé par les autorités chinoises pour avoir tourné à Kashgar, dans la région du Xinjiang, juste après les Jeux olympiques de Pékin de 2008. L’homme qui l’a appelé le 19 janvier a tenté de le convaincre de renoncer à son activisme : « Vous avez touché le fond… Et si on mettait fin à toutes ces pressions [politiques] et qu’on vous permettait de rentrer voir vos parents ? Envisagez-vous cela ? »
Tourghoun, qui a enregistré cette conversation et l’a diffusée en ligne, a déclaré que les autorités du Xinjiang avaient auparavant « fait pleurer ma famille au téléphone en demandant des informations sur d’autres Ouïghours et en m’ordonnant de cesser mon activisme et de me soumettre au gouvernement ». Il a expliqué avoir refusé la proposition de l’agent de rétablir le contact avec sa famille car il souhaite « mettre fin à ce calvaire psychologique ».
Human Rights Watch a contacté l’ambassade de Chine à Paris et le ministère français de l’Intérieur au sujet de cette situation, sans réponses de leur part.
En octobre 2025, à la suite d’une plainte déposée par l’ambassade chinoise, un tribunal français a condamné Dilnur Reyhan pour « dégradation de biens publics » après qu’elle aurait jeté de la peinture rouge sur une banderole appartenant à l’ambassade de Chine lors d’un festival musical se déroulant près de Paris.
En juillet 2025, les autorités chinoises ont arrêté Tara Zhang Yadi, une Chinoise qui étudiait en France, lors de son retour en Chine. Elle risque jusqu’à cinq ans de prison, voire 15, si elle est reconnue comme instigatrice, pour « incitation à la division du pays et atteinte à l’unité nationale », car elle défendait les droits des Tibétains pendant son séjour en France.
En janvier 2025, les services de renseignement intérieur français (DGSI) ont publié une note identifiant la répression transnationale comme une menace à la sécurité nationale portant atteinte aux droits des personnes résidant en France, affirmant qu’elle serait traitée comme une priorité par le gouvernement.
En juin 2025, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a rendu public une note sur la répression transnationale, exhortant les gouvernements hôtes à « mener des enquêtes systématiques et à mettre en place des mécanismes efficaces » pour lutter contre cette pratique. Le même mois, les dirigeants du G7 ont publié une déclaration commune sur la répression transnationale, s’engageant à renforcer la compréhension internationale, à développer un cadre de résilience et de réponse, et à soutenir les personnes ciblées. Le président français Emmanuel Macron devrait plaider pour une action coordonnée afin de concrétiser ces engagements lors du sommet du G7 qui se tiendra en France en juin.
Le gouvernement français devrait adopter un cadre juridique et des politiques respectueux des droits humains pour lutter contre la répression transnationale. Les autorités judiciaires devraient enquêter et poursuivre les responsables d’infractions pénales, tout en assurant la protection des personnes et des communautés ciblées.
« Les autorités françaises devraient prendre toutes les mesures nécessaires pour exhorter le gouvernement chinois à mettre fin à toutes les formes de répression transnationale en France », a conclu Yalkun Uluyol. « La France devrait profiter de sa présidence lors du prochain sommet du G7 pour élaborer une réponse coordonnée aux tactiques abusives de la Chine. »
18.02.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Washington) – Les autorités vénézuéliennes devraient prendre rapidement des mesures pour réformer les principales institutions judiciaires et électorales, et abroger les lois abusives, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.
À la suite des frappes militaires américaines au Venezuela et de l'arrestation de l’ex-président Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores, le 3 janvier, les autorités vénézuéliennes ont libéré des centaines de prisonniers politiques ; elles ont déclaré que le pays était engagé dans un processus de « pacification nationale ». L'administration Trump a continué à travailler avec l'ancienne vice-présidente de Maduro, Delcy Rodríguez, dans le cadre de ce qu'elle a décrit comme un plan en trois phases de « stabilisation, redressement et transition », avec un accent particulier sur les changements dans le secteur pétrolier.
« La libération de prisonniers politiques a constitué une étape importante, mais l'appareil répressif utilisé par le gouvernement pour les détenir précédemment est toujours en place », a déclaré Juanita Gobertus, directrice de la division Amériques à Human Rights Watch. « Les autorités vénézuéliennes devraient entreprendre de véritables réformes portant sur les principales institutions judiciaires et lois électorales. Tout autre mesure équivaudrait à une fausse transition qui pourrait servir les intérêts des gouvernements vénézuélien et américain, mais qui ne rétablirait pas les droits du peuple vénézuélien. »
Selon des organisations vénézuéliennes de défense des droits humains, les autorités ont libéré environ 400 prisonniers politiques. Environ 600 autres prisonniers politique restent derrière les barreaux, selon l'organisation Foro Penal. Les personnes libérées font toujours l'objet d'une enquête pénale et sont soumises à des restrictions en matière de liberté d'expression et de participation à des manifestations, ont déclaré à Human Rights Watch des organisations non gouvernementales et des proches de prisonniers. Certaines figures de l'opposition ont été transférées en résidence surveillée, notamment Juan Pablo Guanipa, un leader de l'opposition qui a été libéré le 9 février et détenu à nouveau quelques heures plus tard après avoir appelé les citoyens à participer à des manifestations.
Depuis 2014, les autorités vénézuéliennes, souvent avec le concours du bureau du Procureur général et du pouvoir judiciaire, ont commis des violations généralisées des droits humains, notamment des poursuites pénales sans fondement et motivées par des considérations politiques à l'encontre d'opposants politiques, de journalistes et de défenseurs des droits humains. Selon Foro Penal, près de 19 000 personnes ont été arrêtées sur la base de motifs politiques. Les autorités ont procédé à des arrestations arbitraires et à des disparitions forcées. De nombreux prisonniers ont été détenus au secret, privés d'accès à un avocat, inculpés en masse lors d'audiences virtuelles et soumis à des mauvais traitements et à la torture.
Au cours de la dernière décennie, les autorités vénézuéliennes ont également organisé des élections inéquitables, entachées de violations des droits humains et d'irrégularités qui ont faussé le jeu politique. À l'issue de l'élection présidentielle de 2024, le Conseil national électoral et la Cour suprême avaient déclaré que Maduro avait été réélu. L'opposition avait toutefois rassemblé des feuilles de décompte montrant qu'Edmundo González, soutenu par la dirigeante de l’opposition María Corina Machado, avait remporté plus des deux tiers des suffrages exprimés dans 81,7 % des bureaux de vote. Des observateurs indépendants du Carter Center ont examiné ces feuilles de décompte, et ont conclu qu'elles étaient exactes et légitimes.
Les autorités vénézuéliennes devraient prendre rapidement des mesures pour créer les conditions nécessaires à la tenue d'élections libres et équitables, notamment en revoyant la composition du Conseil électoral. Ses membres actuels ont pris des mesures pour empêcher l'enregistrement des candidats de l'opposition lors des élections précédentes.
Les autorités vénézuéliennes devraient également prendre des mesures pour rétablir l'intégrité et l'indépendance du pouvoir judiciaire. Le pouvoir judiciaire a cessé de fonctionner comme une branche indépendante du gouvernement en 2004, lorsque le président Hugo Chávez a adopté une série de modifications législatives et a nommé ses partisans en tant que juges à la Cour suprême. Depuis lors, la Cour a soutenu sans faille le pouvoir exécutif dans la répression des détracteurs.
La Mission internationale indépendante d’établissement des faits des Nations Unies sur le Venezuela (FFM) a constaté que les tribunaux spéciaux chargés des affaires de terrorisme avaient commis des « violations systématiques des garanties d'une procédure régulière ».
La Mission de l’ONU a également déclaré que le Procureur général Tarek William Saab « a dirigé l'action de l'État qui a entraîné des violations » des droits humains à la suite des élections de 2024. Elle a ajouté que Tarek William Saab « a continué d’exercer ses fonctions dans le cadre du dispositif répressif mis en place par le gouvernement, afin de donner un semblant de légalité aux graves violations » des droits humains commises.
L'Assemblée nationale devrait également modifier ou abroger les lois qui ont permis des violations des droits humains, notamment :
La Loi sur la surveillance, la régularisation, le fonctionnement et le financement des organisations non gouvernementales (2024) qui accorde au gouvernement des pouvoirs réglementaires étendus sur le fonctionnement et le financement des groupes et établit des motifs vagues pour les dissoudre.La Loi organique Simón Bolívar contre le blocus impérialiste et pour la défense de la République bolivarienne du Venezuela (2024), qui criminalise toute critique des autorités ou tout appel à des sanctions contre le Venezuela ou visant des fonctionnaires en particulier. Les contrevenants encourent des peines pouvant aller jusqu'à 30 ans de prison et l'interdiction à vie d'exercer une fonction publique.La Loi contre la haine (2017) qui impose des peines de 10 à 20 ans à toute personne qui « promeut, encourage ou incite publiquement à la haine, à la discrimination ou à la violence » et qui a été utilisée pour arrêter des détracteurs au titre de ces infractions largement définies.La Loi contre le crime organisé et le financement du terrorisme (2012), qui a été utilisée pour poursuivre des opposants politiques, des manifestants et des ressortissants étrangers, entre autres, pour des accusations présumées liées au terrorisme passibles de peines allant de 25 à 30 ans.La Loi sur la responsabilité sociale à la radio et à la télévision, adoptée en 2004 et modifiée en 2010, qui a été utilisée pour restreindre la liberté d'expression et la liberté de la presse, et pour censurer et fermer des médias.Le gouvernement de Delcy Rodríguez devrait autoriser les observateurs internationaux des droits humains, notamment la Mission d'établissement des faits de l’ONU et la Commission interaméricaine des droits de l'homme, à se rendre librement au Venezuela afin d'y documenter la situation des droits humains.
En février, le gouvernement a autorisé le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) à se rendre brièvement dans le pays pour surveiller la libération des prisonniers politiques. Le gouvernement vénézuélien devrait permettre au HCDH de rouvrir son bureau au Venezuela, qui a été fermé en 2024, sans restrictions injustifiées, a déclaré Human Rights Watch.
Le 30 janvier, Delcy Rodríguez a annoncé que son gouvernement travaillait sur une loi d'amnistie en faveur des personnes détenues pour des actes de violence politique remontant à 1999, qui est actuellement en discussion à l'Assemblée nationale. Le projet actuel exigerait que les personnes demandent l'amnistie devant un tribunal et ne bénéficierait qu'aux personnes détenues « dans le contexte » d'événements spécifiques, tels que les élections de 2024 et les manifestations de 2017 et 2014.
« L'amnistie proposée ne garantit pas que toutes les personnes détenues arbitrairement seront libérées sans condition », a conclu Juanita Goebertus. « Son examen par les législateurs ne devrait pas servir de prétexte pour retarder la libération inconditionnelle des prisonniers politiques ou les réformes structurelles plus larges nécessaires pour restaurer la démocratie au Venezuela. »
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17.02.2026 à 04:00
Human Rights Watch
(Berlin, 17 février 2026) – Le gouvernement ouzbek viole le droit du travail ainsi que d’autres droits de cultivateurs de coton et de blé par le biais d'un système de production étatique coercitif, ont conjointement déclaré Human Rights Watch et le Forum ouzbek pour les droits humains dans un rapport publié aujourd'hui. Ces abus persistent malgré de récentes réformes dans le domaine agricole.
16 février 2026 “Farmers Have No Freedom”Le rapport de 85 pages, intitulé « Farmers Have no Freedom: Abuse and Exploitation of Cotton and Wheat Farmers in Uzbekistan » (« Des agriculteurs privés de liberté : Les producteurs de coton et de blé soumis à l’exploitation et aux abus en Ouzbékistan »), documente les conditions abusives dans lesquelles travaillent ces agriculteurs, notamment les quotas obligatoires pour les récoltes sur les terres qu'ils louent au gouvernement, qui doivent être vendues à des prix fixés de manière centralisée, et qui sont appliqués par le biais de sanctions en cas de non-respect des quotas, même si les rendements exigés ne sont pas réalisables. Les autorités recourent à des menaces et à la violence contre les agriculteurs qui ne respectent pas les quotas, et les sanctions peuvent aller jusqu'à la saisie des terres. Les agriculteurs sont confrontés à des retards de paiement ou à des impayés de la part des entreprises textiles et céréalières, tandis que les autorités ne font pas respecter les décisions de justice obligeant ces entreprises à payer.
« Le gouvernement ouzbek devrait mettre fin aux conditions coercitives et abusives imposées aux cultivateurs de coton et du blé qui travaillent dans de dures conditions », a déclaré Umida Niyazova, directrice du Forum ouzbek pour les droits humains (Uzbek Forum for Human Rights). « Les autorités devraient s'engager à mener des réformes agricoles qui offrent une protection réelle à ces agriculteurs, en tenant compte de leurs conseils quant aux changements nécessaires. »
Les chercheuses des deux organisations ont mené des entretiens avec 75 agriculteurs dans six régions d'Ouzbékistan et au Karakalpakstan. Elles ont également examiné des documents judiciaires, des textes législatifs et d'autres documents officiels, des articles dans les médias et des publications sur les réseaux sociaux, ainsi que des déclarations de responsables gouvernementaux entre octobre 2023 et décembre 2025.
Ces dernières années, le gouvernement ouzbek a mis fin au travail forcé imposé par l'État aux cueilleurs de coton pendant la récolte et s'est engagé à entreprendre des réformes plus larges du secteur agricole. Bien que des améliorations notables aient été observées, le système actuel de culture et de production agricoles en Ouzbékistan continue de présenter un risque de travail forcé.
Le système agricole ouzbek empêche les producteurs de coton et de blé d'exercer leur activité de manière indépendante ou de contrôler leurs conditions de travail, et les rend dans la pratique subordonnés à l'État, ont constaté les deux organisations.
« C'est comme si nous étions devenus des ouvriers agricoles pour quelqu'un d'autre, et non plus des propriétaires terriens », a déclaré un producteur de coton de la région de Khorezm.
Human Rights Watch et Uzbek Forum for Human Rights ont également constaté que les contrats de location de terres agricoles ne protègent pas les agriculteurs contre les saisies illégales et arbitraires de terres par les autorités locales, et que ces dernières menacent régulièrement de saisir les terres si les agriculteurs n'ont pas rempli leurs quotas.
Les agriculteurs qui ont intenté des poursuites judiciaires pour contester la saisie de leurs terres par le gouvernement obtiennent rarement réparation devant les tribunaux ouzbeks et, dans les rares cas où ils y parviennent, les autorités locales ne font pas appliquer les décisions de restitution des terres aux agriculteurs.
« Le juge fait ce que dit le gouverneur », a déclaré un agriculteur dont les terres ont été saisies. « Le tribunal ne peut pas nous aider quand il s’agit de questions foncières. »
Des agriculteurs ont également déclaré que les entreprises privées de production de coton et de blé ont retardé le paiement du coton brut et du blé ou n'ont pas payé intégralement les agriculteurs pour leurs produits, ce qui leur a valu des amendes fiscales. Dans certains cas, les retards ou les défauts de paiement les ont mis dans une situation financière désastreuse et peuvent les contraindre à déclarer faillite. Dans certains cas, les autorités n'ont pas fait respecter les contrats ou n'ont pas exigé des entreprises qu'elles paient les agriculteurs, même lorsque les tribunaux leur ont ordonné de le faire.
Un environnement hostile et déshumanisant persiste dans le secteur agricole ouzbek. Les agriculteurs ont déclaré avoir été giflés ou battus, ou s'être fait jeter des objets lors de réunions avec des responsables locaux. Les responsables ont qualifié les agriculteurs d'« ânes », de « salauds » ou de « porcs », simplement parce qu'ils n'avaient pas encore rempli leur quota de coton ou de blé. Dans un nombre limité de cas plus extrêmes, la police a arbitrairement détenu des agriculteurs pendant plusieurs jours sans inculpation pour ne pas avoir rempli leurs quotas.
Human Rights Watch et Uzbek Forum for Human Rights ont également documenté de nombreux cas dans lesquels la police a menacé ou arrêté des blogueurs locaux qui rendaient compte des problèmes liés aux droits des agriculteurs, les tribunaux leur infligeant ensuite des peines d'emprisonnement de courte durée.
Dans sa correspondance avec les deux organisations, le gouvernement ouzbek a largement rejeté ces conclusions, soulignant les changements législatifs et les nouveaux décrets qui, sur le papier, offrent une meilleure protection juridique des droits des agriculteurs.
Les agriculteurs ouzbeks ont droit à des conditions de travail justes et favorables et à la liberté d'association, entre autres, qui sont garanties par le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, tous deux ratifiés par l'Ouzbékistan en 1995, ainsi que par la Convention internationale du travail n° 87, ratifiée par l'Ouzbékistan en décembre 2016.
Le gouvernement ouzbek devrait veiller au respect des lois et décrets récents qui offrent aux agriculteurs une meilleure protection de leurs droits, ont déclaré les deux organisations. Le gouvernement devrait veiller à ce que les réformes remédient véritablement aux conditions de travail hautement abusives et exploitantes dans lesquelles sont contraints de travailler les producteurs de coton et de blé en Ouzbékistan, notamment en mettant fin au système de quotas.
Le gouvernement ouzbek devrait inviter les agriculteurs à participer aux discussions politiques sur les réformes agricoles et tenir compte sérieusement de leurs commentaires et recommandations, ont ajouté Human Rights Watch et Uzbek Forum for Human Rights.
Les partenaires internationaux de l'Ouzbékistan et les institutions financières internationales travaillant dans ce pays devraient exhorter le gouvernement à mettre fin à l'ingérence arbitraire et coercitive de l'État dans le secteur du coton et du blé. L'Union européenne, en particulier, devrait insister pour que l'Ouzbékistan respecte ses engagements découlant du nouvel accord de partenariat bilatéral signé en 2025 et de l'accès préférentiel au marché qu'elle accorde à l'Ouzbékistan, sous réserve de la mise en œuvre des conventions internationales fondamentales en matière de droits humains et de droits du travail.
« Il est choquant que les producteurs de coton et de blé ouzbeks travaillent dans des conditions de production aussi abusives et coercitives », a déclaré Mihra Rittmann, chercheuse senior sur l'Asie centrale à Human Rights Watch. « Les partenaires de l'Ouzbékistan, les institutions financières internationales et les investisseurs potentiels dans le secteur agricole ouzbek devraient user de leur influence pour garantir que le gouvernement ouzbek mette en œuvre des réformes qui protègent véritablement les agriculteurs et leurs droits. »
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16.02.2026 à 15:00
Human Rights Watch
(La Haye) – La première audience majeure de la Cour pénale internationale (CPI) dans l’affaire de l’ex-président des Philippines Rodrigo Duterte constitue une étape cruciale pour garantir la justice aux victimes de la « guerre antidrogue » menée par son gouvernement, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch dans un document de questions-réponses sur cette procédure.
16 février 2026 Philippines/CPI : Questions-réponses sur l’audience de confirmation des charges contre DuterteInformations sur la procédure menée par la Cour pénale internationale dans l’affaire contre l’ex-président Duterte
Du 23 au 27 février, un collège de trois juges de la CPI examinera les preuves afin de déterminer s’il convient ou non de confirmer les charges retenues contre Duterte, en vue de l’ouverture éventuelle de son procès. Cette audience ne constitue pas en soi un procès, et n’a pas pour but d’établir la culpabilité ou l’innocence de Duterte. À l’issue de l’audience, les juges disposeront de 60 jours pour rendre une décision écrite.
« L’ancien président Duterte pensait à tort être intouchable et au-dessus des lois », a déclaré Maria Elena Vignoli, conseillère juridique senior auprès du programme Justice internationale de Human Rights Watch. « L’affaire portée devant la CPI témoigne de la détermination des victimes survivantes et des familles de victimes à obtenir justice, en dépit des obstacles et des dangers auxquelles elles ont été confrontées. »
La police philippine a recensé environ 6 200 Philippins tués lors d’opérations antidrogue menées par le gouvernement entre 2016 et 2022. Les organisations de défense des droits humains aux Philippines estiment que jusqu’à 30 000 personnes ont été tuées dans le cadre de cette « guerre antidrogue », principalement des personnes indigentes vivant en zones urbaines. Parmi les victimes, de nombreux enfants ont subi les conséquences néfastes de cette campagne de Duterte.
Les sanctions imposées par les États-Unis contre la CPI, ainsi que les condamnations par contumace prononcées par un tribunal russe contre des responsables de la Cour, sont symptomatiques des atteintes croissantes au principe de l’état de droit au niveau mondial. Les progrès réalisés dans l’affaire Duterte confirment la pertinence et l’importance de ce tribunal international pour s’assurer que les auteurs de crimes internationaux graves soient tenus de rendre des comptes, a souligné Human Rights Watch.
L’actuel président philippin, Ferdinand Marcos Jr., n’a toujours pas renié la « guerre antidrogue » en tant que politique d’État, ni abrogé les décrets et autres déclarations politiques de son prédécesseur. Depuis l’entrée en fonction de Marcos le 1er juillet 2022, plus de 1 000 personnes seraient mortes dans le cadre de la poursuite de cette campagne.
« La procédure engagée par la CPI contre Duterte devrait inciter le président Marcos à rompre avec le passé, à se désolidariser des politiques sanglantes de son prédécesseur, et à promouvoir la justice et l’état de droit », a conclu Maria Elena Vignoli. « Marcos devrait annoncer publiquement la fin de la ‘‘guerre antidrogue’’, ouvrir des enquêtes crédibles sur les responsables des exactions, et entreprendre les démarches nécessaires afin que les Philippines redeviennent un État partie au Statut de Rome de la CPI. »