30.04.2026 à 18:22
Human Rights Watch
(Bangkok, 30 avril 2026) – Le 30 avril, la Cour d’appel de Phnom Penh, au Cambodge, a confirmé la condamnation du leader de l’opposition Kem Sokha, basée sur des motifs politiques, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. La cour a confirmé sa condamnation à 27 ans de prison, prononcée en mars 2023, et a prolongé l’assignation à résidence de facto qu’il subit actuellement ; la cour lui a aussi imposé une interdiction supplémentaire de voyager à l’étranger pendant cinq ans. Les autorités cambodgiennes devraient immédiatement annuler cette condamnation, et libérer Kem Sokha.
Âgé de 72 ans, Kem Sokha est l’ancien président du Parti du sauvetage national du Cambodge (PSNC, ou CNRP en anglais), qui était le principal parti d’opposition avant sa dissolution par le gouvernement en novembre 2017. Suite à son arrestation par les autorités cambodgiennes en septembre 2017, Kem Sokha a été détenu arbitrairement, maltraité et privé de son droit de vote ainsi que de la possibilité de se présenter aux élections.
« Le gouvernement cambodgien devrait abandonner ses poursuites infondées contre Kem Sokha, le libérer immédiatement et lui restituer sans condition ses droits politiques », a déclaré Bryony Lau, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « Les élections communales de 2027 et les élections nationales de 2028 n’auront aucune légitimité, tant que le gouvernement utilisera les tribunaux pour punir injustement ses opposants politiques. »
La police de Phnom Penh et des membres de l’unité de garde du corps personnelle de l’ancien Premier ministre Hun Sen ont arrêté Kem Sokha le 3 septembre 2017. Un juge d’instruction a ensuite inculpé Kem Sokha de trahison et de « collusion avec des étrangers » en vertu de l’article 443 du Code pénal cambodgien, qui prévoit une peine pouvant aller jusqu’à 30 ans de prison.
Après son arrestation, Kem Sokha a été détenu pendant plus d’un an au Centre correctionnel III de la province de Tboung Khmum. En juin 2018, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a conclu que la détention préventive de Sokha était « arbitraire », et « motivée par des considérations politiques », et a exhorté les autorités cambodgiennes à le libérer immédiatement et sans condition. En septembre 2018, Kem Sokha a été placé en résidence surveillée de facto, une situation qui perdure à ce jour.
Les procureurs du gouvernement ont cherché à présenter les activités pro-démocratie du PSNC, ainsi que le rôle de Kem Sokha en tant que leader de ce parti d’opposition et son influence auprès d’organisations non gouvernementales de défense des droits humains, comme des tentatives de renversement du gouvernement cambodgien menées en collusion avec des pays étrangers.
Le procès de Kem Sokha a été reporté pendant des années ; des experts en droits humains des Nations Unies ont observé que le processus judiciaire semblait avoir été « artificiellement prolongé ». En mars 2023, sa condamnation a entraîné de nouvelles restrictions à sa liberté de mouvement et d’association ; le tribunal lui a interdit de contacter quiconque, à l’exception de ses proches, que ce soit en personne ou en ligne, sans l’autorisation des procureurs. L’appel de Kem Sokha a débuté en janvier 2024, mais les audiences ont été suspendues en septembre 2024, sans qu’un motif clair soit fourni, et n’ont repris qu’en avril 2026.
Vidéo de mars 2023 Play VideoEn novembre 2017, deux mois après l’arrestation de Kem Sokha, la Cour suprême, contrôlée par le gouvernement et dirigée par un membre du comité central du Parti populaire cambodgien (parti au pouvoir), avait ordonné la dissolution du PSNC. De nombreux membres haut placés du parti s’étaient alors exilés, craignant d’être arrêtés. Le gouvernement a ensuite organisé des élections, tenues le 29 juillet 2018 et auxquelles aucun parti ou candidat d’opposition significatif n’a pu se présenter. Le parti au pouvoir a remporté les 125 sièges de l’Assemblée nationale, transformant de fait le Cambodge en un État à parti unique.
Depuis lors, les autorités cambodgiennes ont continué à réprimer et à harceler l’opposition politique. En 2021, les procureurs ont ouvert des procès collectifs contre d’autres membres de l’opposition politique ; parmi les accusés figuraient plus de 100 personnes liées au PSNC, le parti de Kem Sokha qui fut dissous, ainsi que des activistes de la société civile.
Les élections locales organisées en 2022 ont été entachées de nombreuses et graves irrégularités dans le dépouillement des votes, laissant craindre une fraude électorale et une manipulation des résultats. Les élections nationales de juillet 2023 se sont déroulées après l’exclusion du principal parti d’opposition actuel, le Parti de la bougie. Des experts en droits humains de l’ONU ont déclaré que la période préélectorale était « extrêmement déconcertante », ajoutant que « cela a affecté la crédibilité de l’ensemble du processus électoral ».
À la suite des élections nationales de 2023, le Premier ministre de longue date, Hun Sen, a quitté son poste et l’a transféré à son fils, l’ancien commandant de l’armée Hun Manet. En avril 2024, Hun Sen a été nommé président du Sénat cambodgien, après des élections sénatoriales entachées de menaces et de pots-de-vin. Sous l’autorité de Hun Sen et puis de son fils Hun Manet, le gouvernement cambodgien a considérablement restreint les droits, réprimant l’espace civique et politique ainsi que d’autres libertés fondamentales.
« Les gouvernements qui ont appelé les autorités cambodgiennes à libérer Kem Sokha depuis près d’une décennie devraient le faire encore plus vigoureusement, suite à l’arrêt déplorable rendu par la Cour d’appel », a conclu Bryony Lau. « Les gouvernements donateurs devraient clairement indiquer qu’ils n’apporteront aucun soutien technique aux prochaines élections, tant que les autorités cambodgiennes n’auront pas pris de mesures pour rouvrir pleinement l’espace politique. »
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Articles
Mediapart/AFP Blick.ch
29.04.2026 à 17:50
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Au moins 65 migrants éthiopiens risquent d’être exécutés prochainement en Arabie saoudite pour des infractions liées à la drogue, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les autorités saoudiennes ont déjà exécuté trois migrants éthiopiens le 21 avril.
« L’Arabie saoudite est prête a exécuter des migrants étrangers pour des infractions non violentes à l’issue de procès n’ayant pas respecté les garanties procédurales fondamentales, ce qui témoigne d’un mépris profond pour la vie et les droits de ces personnes », a déclaré Nadia Hardman, chercheuse senior auprès de la division Droits des réfugiés et migrants à Human Rights Watch. « Les partenaires de l’Arabie saoudite devraient intervenir de toute urgence avant qu’il ne soit trop tard. »
Human Rights Watch a mené des entretiens avec trois sources bien informées au sujet des cas de trois hommes éthiopiens détenus au centre de détention de Khamis Mushait dans la région d’Asir, en Arabie saoudite. Selon ces sources , les trois hommes se sont décrits comme des réfugiés, ayant fui le conflit armé de 2020-2022 dans la région du Tigré dans le nord de l’Éthiopie, où la situation humanitaire reste désastreuse.
Les sources ont indiqué que les trois hommes avaient emprunté la dangereuse route migratoire traversant le golfe d’Aden, passant par le Yémen, pour rejoindre l’Arabie saoudite à la recherche d’un emploi. Elles ont précisé que les hommes s’étaient sentis contraints de transporter du khat, une plante légèrement stimulante originaire de certaines régions d’Afrique de l’Est, afin de gagner de l’argent pour financer leur voyage et survivre. Dans au moins un cas, ont déclaré les sources, un passeur a forcé un homme à transporter la plante du Yémen vers l’Arabie saoudite, comme condition pour faciliter son voyage.
La cathinone, substance stimulante du khat, est interdite en Arabie saoudite mais légalement autorisée et consommée culturellement dans certaines régions d’Éthiopie, ainsi qu’au Yémen. Les sources ont indiqué qu’aucun des hommes ne savait qu’il était illégal de transporter du khat vers et à l’intérieur de l’Arabie saoudite.
Les sources ont indiqué que les autorités de sécurité saoudiennes ont intercepté et arrêté les trois hommes entre 2023 et 2024, dans la région d’Abaha, alors qu’ils travaillaient, et les ont transférés vers divers centres de détention, puis finalement à Khamis Mushait. Les sources ont précisé que les hommes ont dû comparaître lors de deux ou trois audiences collectives extrêmement brèves, certaines par liaison vidéo. Les hommes n’avaient ni représentation juridique ni interprètes, et aucun d’entre eux n’a été informé des charges retenues contre eux.
Les sources ont déclaré que des agents de sécurité avaient frappé les hommes pendant les audiences et les avaient forcés à signer des documents qu’ils ne comprenaient pas. Un traducteur n’est apparu qu’à l’audience finale, uniquement pour les informer qu’ils avaient été reconnus coupables de trafic de drogue et condamnés à mort. Les sources ont rapporté les propos du juge : « Vous servirez d’exemple aux autres. »
Ces hommes sont détenus à Khamis Mushait depuis plus de deux ans sans possibilité de faire appel. Aucune date d’exécution n’a été fixée, mais ils font partie d’un groupe d’environ 65 autres Éthiopiens détenus dans leur cellule, tous condamnés à mort pour des infractions liées à la drogue, ainsi que de Saoudiens détenus à Khamis Mushait pour meurtre et autres crimes graves. Les sources ont indiqué que ces hommes pensent que des centaines d’autres Éthiopiens se trouvent dans d’autres cellules. Les médias ont rapporté que plus de 200 Éthiopiens attendent la peine de mort à Khamis Mushait. Human Rights Watch n’est pas en mesure de vérifier ce chiffre.
Le 21 avril, selon des sources bien informées, des gardiens de prison saoudiens ont emmené trois codétenus de leur cellule en leur disant qu’ils se rendaient à une audience au tribunal. Les gardiens ont ensuite déclaré aux autres détenus que les trois hommes avaient été exécutés et qu’ils devaient en informer leurs familles, ce qui a semé la panique parmi les autres. Les détenus n’ont reçu aucune visite depuis le début de leur détention et n’ont eu aucune communication avec les représentants consulaires éthiopiens.
Les sources bien informées ont rapporté les propos d’un homme : « La semaine dernière, trois de nos amis ont été tués ; peut-être qu’aujourd’hui ou après-demain, ils [les agents de sécurité saoudiens] me tueront. Aidez-nous, s’il vous plaît. »
Le 21 avril, le ministère de l’Intérieur a publié un communiqué annonçant l’exécution de trois ressortissants éthiopiens pour « participation à un trafic de haschisch » vers l’Arabie saoudite.
Les autorités saoudiennes ont procédé à un nombre record d’exécutions annuelles depuis le début du suivi de ces statistiques, avec 345 exécutions en 2024 et 356 exécutions en 2025. Les exécutions de ressortissants étrangers pour des infractions non mortelles liées à la drogue ont été le principal facteur de la forte augmentation des exécutions en 2025.
L'Arabie saoudite a exécuté plus de 2 000 personnes depuis que le roi Salmane ben Abdelaziz a accédé au trône le 23 janvier 2015 et a nommé son fils Mohammed ben Salmane prince héritier le 21 juin 2017. Malgré l’engagement pris en 2018 par le prince héritier de réduire considérablement le recours à la peine de mort, les exécutions se sont accélérées, notamment celles de mineurs accusés, les exécutions disproportionnées de ressortissants étrangers et les exécutions à motivation politique de personnes exerçant leur droit à la liberté d’expression.
Human Rights Watch s'oppose à la peine de mort en toutes circonstances en raison de sa cruauté inhérente. Le recours à la peine de mort par l'Arabie saoudite contredit le droit international des droits humains, selon lequel le droit à la vie est « inhérent à la personne humaine » ; selon le droit international, la peine de mort ne devrait s’appliquer qu’aux « crimes les plus graves », généralement ceux entraînant la mort ou des blessures corporelles graves.
En 2025, les infractions non mortelles liées à la drogue représentaient environ 68 % du total des exécutions. Le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a condamné cette pratique de l’Arabie saoudite, estimant que les exécutions pour des infractions liées à la drogue sont incompatibles avec le droit international des droits humains et ne relèvent pas de la catégorie des « crimes les plus graves ». Le Groupe de travail a exhorté les autorités saoudiennes à rétablir le moratoire sur les exécutions, soulignant que l’imposition de la peine de mort pour de telles infractions constitue une violation manifeste des normes juridiques internationales.
Des centaines de milliers d’Éthiopiens vivent et travaillent en Arabie saoudite. Si beaucoup émigrent pour des raisons économiques, beaucoup ont fui de graves violations des droits humains commises par leur gouvernement, notamment lors du récent et brutal conflit armé dans le nord de l’Éthiopie. Human Rights Watch documente depuis des années un large éventail de violations des droits humains à l’encontre des migrants empruntant cette même route.
La détention de migrants dans des installations insalubres en Arabie saoudite est un problème de longue susceptible de constituer un traitement inhumain et dégradant, selon Human Rights Watch. Par ailleurs, Human Rights Watch a constaté en 2023 que les gardes-frontières saoudiens avaient tué au moins des centaines de migrants et de demandeurs d’asile éthiopiens qui tentaient de franchir la frontière entre le Yémen et l’Arabie saoudite ; si ces actes s’inscrivaient dans le cadre d’une politique du gouvernement saoudien visant à tuer des migrants, ils constitueraient un crime contre l’humanité.
L'Arabie saoudite devrait immédiatement annuler les peines de mort prononcées à l'encontre des migrants éthiopiens et réexaminer toutes les condamnations conformément à ses obligations internationales, notamment la Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ainsi que la Convention des Nations Unies contre la torture.
Le ministère éthiopien des Affaires étrangères et ses représentants en Arabie saoudite devraient intervenir d’urgence auprès de leurs homologues saoudiens et, au minimum, veiller à ce que leurs ressortissants bénéficient d’une assistance consulaire immédiate. L’Arabie saoudite devrait ratifier la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et mettre en place des procédures d’asile conformes aux normes internationales.
Les gouvernements concernés devraient user de leur influence pour faire pression sur l’Arabie saoudite afin qu’elle abolisse la peine de mort ou, à tout le moins, qu’elle rétablisse un moratoire sur les exécutions pour des infractions liées à la drogue.
« Le recours massif à la peine de mort en Arabie saoudite va de pair avec des violations fondamentales et systémiques des droits des accusés à une procédure régulière et à un procès équitable », a conclu Nadja Hardman. « Les autorités saoudiennes devraient commuer les condamnations à mort, et abolir la peine de mort. »
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Articles
AfricaRadio.com Mondafrique
Journal du dimanche
29.04.2026 à 16:54
Human Rights Watch
Le Conseil des ministres du Burkina Faso a adopté le 24 avril un avant-projet de loi visant à créer une réserve militaire de 100 000 personnes d'ici fin 2026. Le ministre de la Défense, Célestin Simporé, a présenté cette mesure comme un moyen de mobiliser rapidement les citoyens pour répondre aux menaces sécuritaires et « d'inscrire la Défense patriotique dans une logique de participation citoyenne ».
À première vue, l'ajout de dizaines de milliers de soldats semblerait renforcer la sécurité nationale, mais au Burkina Faso, cela risque également d'accélérer une crise des droits humains déjà grave.
L’armée burkinabè s’appuie déjà sur des dizaines de milliers d’auxiliaires civils connus sous le nom de Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). Dans plusieurs rapports, Human Rights Watch a documenté comment les VDP ont commis de nombreuses violations graves, notamment des exécutions sommaires, des pillages et des déplacements forcés de communautés minoritaires.
L'extension de ce système risque de reproduire et de multiplier ces atteintes.
La réserve proposée comprendrait à la fois du personnel militaire expérimenté et des civils nouvellement formés. Cependant, l'ampleur considérable du projet et le délai très court sont préoccupants au regard de la nature et de la durée de la formation nécessaire pour mettre en place, de manière réaliste, une réserve militaire respectueuse des droits.
Des questions se posent également quant au mécanisme de contrôle. Le contexte actuel au Burkina Faso, marqué par des violations généralisées et systématiques des droits humains commises par le personnel des forces armées et les VDP, ainsi que par la récente suspension par le gouvernement des organisations qui dispensaient des formations sur les droits humains, jette un sérieux doute sur la capacité de la junte à endiguer les exactions commises par cette nouvelle force.
À moins d’être soigneusement géré, le recrutement et l’armement de civils pour en faire des réservistes risquent de brouiller la frontière entre combattants et non-combattants, augmentant ainsi les risques pour l’ensemble de la population. Human Rights Watch a démontré que les communautés accueillant des VDP deviennent plus vulnérables aux attaques des groupes armés islamistes, qui traitent souvent ces communautés comme s’il s’agissait de véritables cibles militaires.
La junte devrait tirer les leçons du programme désastreux des VDP. Les groupes armés islamistes ont prospéré non seulement grâce à leurs succès sur le champ de bataille, mais aussi en raison des vides de gouvernance, des griefs locaux et de l’érosion de la confiance envers l’État. L’expansion de forces mal entraînées ne contribue guère à résoudre ces problèmes et risque de les aggraver en augmentant les abus.
Le Burkina Faso est confronté à de graves menaces pour sa sécurité. Mais une stratégie qui menace la protection des civils au lieu de l’améliorer risque de compromettre à la fois les droits humains et la sécurité nationale.
29.04.2026 à 05:00
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Le gouvernement israélien a approuvé un plan quinquennal allouant 334 millions de dollars à la réinstallation de milliers de civils israéliens vers le plateau du Golan, situé en Syrie et occupé par Israël, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Cette décision, adoptée par le cabinet israélien le 17 avril, constitue clairement une déclaration d’intention de commettre des crimes de guerre.
« Le gouvernement israélien vient d’allouer des fonds publics à ce qui constituerait un crime de guerre en Syrie, tout en accélérant l’expansion des colonies en Cisjordanie dans un contexte d’impunité pour les violences commises contre des Palestiniens », a déclaré Hiba Zayadin, chercheuse senior sur la Syrie à Human Rights Watch. « Un transfert permanent de population vers le territoire syrien violerait le droit international, et aurait de graves implications pour les Syriens déplacés de longue date. »
L’Union européenne et ses États membres, le Royaume-Uni et d’autres pays disposant d’une influence devraient réagir en suspendant leurs accords commerciaux avec Israël, et en interdisant notamment les activités commerciales avec les colonies israéliennes illégales, au Golan occupé ainsi qu’en Cisjordanie. Ces pays devraient également suspendre les transferts d’armes vers Israël. Lorsque les législations nationales le permettent, les procureurs de pays tiers devraient ouvrir des enquêtes pénales, en vertu du principe de compétence universelle, contre les responsables israéliens et toute autre personne impliquée de manière crédible dans le transfert de civils vers un territoire occupé.
Le cabinet israélien a approuvé le plan visant à développer la colonie de Katzrin, fondée en 1977, pour en faire ce que les responsables ont décrit comme la « première ville » du Golan ; l’objectif déclaré est d’accueillir 3 000 nouvelles familles de colons israéliens dans ce territoire occupé, d’ici 2030.
Ce plan financera les infrastructures, les logements, les services publics et les établissements universitaires à Katzrin, notamment une nouvelle antenne universitaire et des établissements médicaux spécialisés. La Direction de Tnufa pour le Nord, une agence gouvernementale israélienne fondée en 2024 pour faciliter la reconstruction et le développement des zones du nord d’Israël touchées par les hostilités depuis 2023, supervisera la coordination du projet avec les autorités locales.
Comme Human Rights Watch l’a déjà documenté dans le contexte des colonies de peuplement en Cisjordanie occupée, les entreprises qui contribuent au transfert de civils vers les territoires occupés, notamment en construisant ou en assurant l’entretien des colonies, risquent de se rendre complices de violations du droit international humanitaire et de crimes de guerre. Les entreprises entretenant des liens commerciaux avec les autorités gérant le plateau du Golan occupé, ou sur ce territoire, courent le même risque.
Israël a occupé le plateau du Golan en 1967, et y a étendu la législation israélienne en 1981, ce qui constitue une annexion de facto ; les États-Unis sont le seul pays au monde à reconnaître l’annexion présumée de ce territoire par Israël. Le plateau du Golan demeure un territoire occupé, au regard du droit international.
Depuis 1967, les autorités israéliennes ont refusé aux Syriens déplacés le droit de retourner dans leurs foyers dans le plateau du Golan occupé, et y ont détruit des centaines de villages et de fermes. Le gouvernement syrien estime que le nombre de Syriens déplacés et leur descendants s’élève à des centaines de milliers de personnes.
En 1981, la Résolution 497 du Conseil de sécurité des Nations Unies a qualifié l’annexion du Golan par les autorités israéliennes de « nulle et non avenue », sans effet juridique selon le droit international ; cette résolution a ajouté que la Quatrième Convention de Genève continuait de s’appliquer à ce territoire occupé. Depuis, l’Assemblée générale des Nations Unies a réaffirmé ces conclusions dans des résolutions annuelles, la plus récente datant de décembre 2025. Le transfert par une puissance occupante d’une partie de sa population civile vers un territoire occupé est interdit en vertu de l’article 49(6) de la Quatrième Convention de Genève, et constitue un crime de guerre.
Le gouvernement syrien devrait donner suite aux premières mesures déjà prises pour traiter les crimes internationaux graves commis en Syrie tant sous le régime d’Assad qu’après celui-ci, notamment la création d’une commission nationale de justice transitionnelle chargée de mettre en place des cadres juridiques pour les enquêtes et les poursuites au niveau national, a déclaré Human Rights Watch.
Des options de reddition de comptes sont également disponibles sur le plan international. Malgré des réunions publiques entre le gouvernement syrien et des responsables de la Cour pénale internationale (CPI) à la suite de la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, la Syrie n’est toujours pas un État partie au Statut de Rome de la CPI. Les autorités de transition syriennes pourraient toutefois soutenir la justice internationale en adhérant au Statut et en déposant une déclaration au titre de l’article 12(3), acceptant la compétence de la Cour pour les crimes commis sur le territoire syrien, y compris ceux commis avant la date d’adhésion.
Le plan israélien du 17 avril a été annoncé alors que l’armée israélienne poursuivait son avancée dans le sud de la Syrie. Depuis la chute du gouvernement Assad, les forces israéliennes ont occupé le territoire syrien au-delà de la ligne de désengagement de 1974, établi plusieurs positions militaires à l’intérieur de la Syrie ; elles ont mené à plusieurs reprises des raids terrestres, des frappes aériennes et d’autres opérations dans les gouvernorats de Quneitra, Deraa et Soueïda.
Human Rights Watch a documenté de graves violations commises par l’armée israélienne au cours de ces opérations, notamment le déplacement forcé de résidents syriens de villages situés dans la zone nouvellement occupée, ce qui constitue un crime de guerre. Des soldats israéliens sont entrés dans des villages proches de la ligne de séparation, en menaçant des familles avec leurs armes ; ils ont forcé des habitants à partir sans leur permettre d’emporter leurs biens, et sans prendre des dispositions pour qu’ils puissent se loger en toute sécurité avant de pouvoir retourner chez eux. Dans certains villages syriens, des bulldozers israéliens ont ensuite rasé des maisons pendant la nuit, détruisant les vergers et les jardins qui les entouraient.
Les forces israéliennes ont construit des installations militaires à proximité de ces villages et ont indiqué leur intention de rester indéfiniment, rendant de facto impossible tout retour concret des habitants. Ces forces ont également clôturé des terres agricoles, des pâturages et des sources d’eau, privant ainsi les familles de leurs moyens de subsistance qui étaient transmis d’une génération à l’autre ; elles ont aussi rasé de vastes portions des réserves forestières des villages. Les forces israéliennes ont également arrêté arbitrairement des civils syriens, et les ont transférés en Israël, où ils sont détenus sans inculpation et au secret.
Dans le même temps, Israël a accéléré l’expansion des colonies illégales en Cisjordanie, dans un contexte de recrudescence de violences commises par les colons. Au début du mois d’avril, le cabinet israélien a approuvé la construction de 34 nouvelles colonies, ce qui constitue la plus importante expansion de ce type en Cisjordanie à ce jour. Depuis son entrée en fonction en 2022, l’actuel gouvernement israélien a approuvé 103 nouvelles colonies ; le nombre total de colonies illégales a ainsi augmenté de 80 %, passant de 127 à 229.
Les responsables israéliens affirment de plus en plus ouvertement que l’un des objectifs de la colonisation illégale est d’éliminer toute possibilité d’un État palestinien. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), les attaques de colons israéliens étaient responsables de 75 % de tous les déplacements de Palestiniens enregistrés entre le 1er janvier et le 17 avril 2026. La CPI mène actuellement une enquête sur les crimes commis en Palestine.
Un schéma similaire de déplacements massifs se déroule au Liban. Des centaines de milliers de personnes restent déplacées à la suite de nombreux ordres d’évacuation israéliens visant le sud du Liban depuis mars 2026, et les forces israéliennes continuent d’occuper des dizaines de villages le long de la frontière. Le 16 mars, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a déclaré que les résidents chiites du sud du Liban ne seraient pas autorisés à rentrer chez eux pour une durée indéterminée ; ainsi que l’a observé Human Rights Watch, ceci suggère une intention de déplacer de force des membres de la population civile sur la base de leur religion.
L’UE et ses États membres continuent de reconnaître le plateau du Golan syrien comme un territoire occupé, conformément à la résolution 497 de l’ONU, et à la position de longue date de l’UE. En juin 2025, un rapport de l’UE a conclu qu’il avait des « indications » selon lesquelles Israël violait l’article 2 de l’Accord d’association UE-Israël, qui fait du respect des droits humains un élément essentiel de l’accord.
En septembre 2025, la Commission européenne a proposé la suspension de certaines dispositions commerciales de cet accord, mais cette mesure n’a pas encore été prise. Malgré les conclusions de l’avis consultatif publié par la Cour internationale de justice en juillet 2024, l’UE poursuit ses activités commerciales avec les colonies illégales d’Israël ; parmi les pays membres, seule l’Espagne les a interdites.
« L’UE dispose d’outils puissants, mais refuse de les utiliser », a conclu Hiba Zayadin. « Les États-Unis nient le fait que le Golan est un territoire syrien occupé. Le plan israélien du 17 avril est le résultat prévisible lorsqu’une puissance occupante est convaincue que son impunité perdurera. Les autorités syriennes peuvent changer la donne, en prenant des mesures en matière de justice nationale et en adhérant à la CPI. »
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Articles
RFI / Sur X
27.04.2026 à 15:00
Human Rights Watch
(Berlin) – La Coupe du monde masculine de football de 2026 se déroulera dans un contexte marqué par des pratiques abusives en matière d’immigration aux États-Unis, de nouvelles menaces pesant sur la liberté de la presse, la discrimination, ainsi que le non-respect par la FIFA et les villes hôtes de leurs engagements en matière de droits humains, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch, à l’occasion de la publication d’un guide destiné aux journalistes couvrant le tournoi. Le tournoi débutera le 11 juin 2026 dans 16 villes hôtes au Canada, aux États-Unis et au Mexique.
Le « Guide pour les journalistes pour la Coupe du monde de football de 2026 au Canada, aux États-Unis et au Mexique » (en anglais), qui compte 79 pages, résume les conclusions de Human Rights Watch quant à la situation des droits humains dans les trois pays hôtes et aux risques particuliers que les politiques du gouvernement américain font peser sur les journalistes, les supporters, les joueurs et les communautés d’immigrés. Ce guide décrit par ailleurs la réponse insuffisante de la FIFA face aux risques pour les droits humains liés aux abus commis par l’administration du président américain Donald Trump à l’encontre des immigrés, ainsi que son incapacité à respecter ses engagements en matière de droits humains pour le tournoi.
« Cette Coupe du monde devait être la première dotée d'un cadre de protection des droits humains, comprenant des mesures essentielles de protection des travailleurs, des supporters, des joueurs et des communautés », a déclaré Minky Worden, directrice des Initiatives mondiales chez Human Rights Watch. « Au lieu de cela, la répression brutale menée par l'administration américaine en matière d'immigration, ses politiques discriminatoires et ses menaces à l'encontre de la liberté de la presse font que le tournoi risque d'être marqué par l'exclusion et la peur. »
Les États-Unis accueilleront la grande majorité des matchs de la Coupe du monde, soit 78, y compris les demi-finales et la finale. Depuis son investiture en janvier 2025, Donald Trump a mis en place des politiques et des mesures abusives visant les immigrés, les manifestants, les défenseurs des droits humains, les personnes transgenres ainsi que la société civile. En outre, les supporters de dizaines de pays se heurtent à des interdictions de visa.
Les personnes issues de communautés immigrées qui se rassemblent dans les stades ou les zones réservées aux supporters pour soutenir leur équipe nationale et célébrer leur héritage culturel sont exposées à un risque accru d'abus. Sont également exposées à ce risque les personnes que les agents perçoivent comme des immigrés en raison de leur couleur de peau, de la langue qu'elles parlent ou de leur lieu de travail. Du 20 janvier au 10 mars 2025, l’agence ICE (Immigration and Customs Enforcement – services d'immigration et de douane) a arrêté au moins 167 000 personnes dans et autour des 11 villes des États-Unis où se dérouleront les matchs, selon les données de l’ICE fournies en réponse à une demande d’accès à l’information adressée au Deportation Data Project et analysées par Human Rights Watch.
La liberté de la presse aux États-Unis subit également de nouvelles pressions intenses. Parmi les cas préoccupants figurent l’arrestation et la détention de Mario Guevara, un journaliste lauréat d’un Emmy Award, à Atlanta, ville hôte de la Coupe du monde, en juin 2025. Il aurait été arrêté pour avoir filmé une manifestation politique, puis transféré sous la garde de l’ICE et expulsé vers le Salvador. En mars 2026, Estefany Rodríguez, une journaliste qui couvrait les raids de l'ICE contre les immigrés, aurait été arrêtée sans que ses ravisseurs ne présentent de mandat. Human Rights Watch a documenté que des agents américains ont tiré des gaz lacrymogènes, des balles au poivre, des projectiles en mousse dure et des grenades assourdissantes directement sur des manifestants, des journalistes et d'autres observateurs, souvent à bout portant et souvent sans avertissement suffisant ni provocation.
La FIFA n'a pas pris de mesures suffisantes pour répondre à ces risques. À l'exception d'un seul, les comités organisateurs des villes hôtes de la Coupe du monde n'ont pas présenté de plans d'action en matière de droits humains tels que la FIFA l'avait promis avant le tournoi, ou ont élaboré des plans qui ignorent certains risques ou ne les traitent pas de manière adéquate, notamment ceux auxquels sont confrontés les immigrés, les personnes LGBT et les journalistes.
La FIFA elle-même n'a pas déployé d'efforts significatifs pour user de son influence afin de pousser l'administration Trump à revenir sur ses politiques abusives ou à les suspendre. Au contraire, en décembre 2025, elle a décerné à Trump le premier Prix de la paix de la FIFA. Human Rights Watch a exhorté la FIFA à convaincre l'administration Trump d'instaurer une « trêve de l'ICE », qui comprendrait une garantie publique des autorités fédérales de s'abstenir de mener des opérations de contrôle de l'immigration lors des matchs et sur les sites où ils se déroulent.
« Cette Coupe du monde 2026 risque d’offrir une vitrine de “sportswashing” à l'administration Trump », a ajouté Minky Worden. « La FIFA devrait prendre des mesures plus efficaces pour protéger les athlètes, les supporters et les travailleurs contre les politiques abusives du gouvernement américain. »
La Coupe du monde 2026 sera la première à se dérouler simultanément dans trois pays, ce qui pose des défis logistiques sans précédent aux professionnels des médias chargés de la couvrir. Les journalistes devront franchir des frontières internationales soumises à des régimes d'immigration, des exigences en matière de visas et des conditions de liberté de la presse différents, et ce parfois à plusieurs reprises au cours du tournoi.
Le Mexique reste l'un des pays les plus dangereux au monde pour les médias. L'organisation de défense de la liberté de la presse Article 19 a signalé que sept journalistes ont été tués au Mexique en 2025. L'impunité pour ces meurtres reste la norme. Le Congrès mexicain a adopté une loi en 2025 qui confère aux autorités un pouvoir pratiquement illimité pour accéder aux informations sur les citoyens sans autorisation judiciaire, ce qui porte atteinte à la liberté des médias. La FIFA n'a pas abordé les risques directs encourus par les journalistes travaillant dans les villes mexicaines hôtes de la Coupe du monde, notamment pour les reporters couvrant les liens potentiels entre le football et le crime organisé.
Human Rights Watch a adressé une lettre au président de la FIFA, Gianni Infantino, le 6 avril, pour lui poser des questions détaillées sur les mesures prises par la FIFA pour protéger la liberté de la presse, notamment pour savoir si elle a mis en place des protocoles d'intervention si des journalistes sont arrêtés, expulsés ou se voient refuser l'entrée sur le territoire, et si elle s'engage à organiser régulièrement des conférences de presse ouvertes à tous les médias tout au long du tournoi.
La FIFA a répondu qu'elle « dispose de mécanismes et de procédures pour répondre à tout incident en matière de droits humains ou de protection [safeguarding], y compris ceux impliquant des journalistes ».
« Les journalistes qui couvrent cette Coupe du monde ne manqueront pas de sujets à couvrir, mais encore faut-il qu’ils puissent accéder au tournoi et mener leurs enquêtes librement », a conclu Minky Worden. « Notre Guide pour les journalistes a pour but de s’assurer que les médias ont toutes les informations nécessaires pour couvrir non seulement les matchs de la Coupe du monde, mais aussi tout ce qui se passe en dehors des stades. »
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Articles
Mediapart/AFP - Libération - Figaro - Ouest-France
Radio-Canada.ca - L'Équipe - Flashscore
27.04.2026 à 12:25
Human Rights Watch
Alors que je correspondais avec un journaliste local en Afghanistan au sujet d’un rapport récent dont j'étais l'auteure, j’ai reçu une demande choquante : « Pourrions-nous avoir un commentaire vidéo sur votre nouveau rapport — non pas de votre part, mais de la part d’un homme de Human Rights Watch ? »
J’ai relu le message avec colère. Bien que je sois l’auteure du rapport en tant que chercheuse sur l’Afghanistan pour Human Rights Watch, le média souhaitait qu’un collègue masculin s’exprime à ma place. Malheureusement, la raison derrière cette demande est une réalité que de nombreuses Afghanes à travers le monde vivent au quotidien.
J’ai fini par apprendre que ce média avait reçu pour instruction du ministère taliban de la Propagation de la vertu et de la prévention du vice (PVPV) que toute femme afghane, quel que soit son lieu de résidence, devait apparaître en hijab intégral, le visage couvert, lorsqu’elle s’exprimait à l’antenne.
Au lieu d’être reconnue comme une experte du pays, j’ai été, comme toutes les femmes en Afghanistan, réduite à cette seule identité et ne pouvais donc m’exprimer dans les médias qu’aux conditions fixées par les talibans. Le message était clair : le simple fait d’être une femme afghane suffisait à justifier mon silence, même en dehors du pays.
Près de cinq ans après la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan, il ne subsiste pratiquement plus aucune liberté d’expression significative à l’intérieur du pays, en particulier pour les femmes. Les Afghanes se voient interdire l’accès à l’éducation au-delà de la sixième et sont confrontées à de sévères restrictions en matière d’emploi et à une exclusion de la vie publique. Dans certaines provinces, les femmes journalistes ne peuvent pas travailler et les voix des femmes sont bannies de la radio et de la télévision.
Cet incident illustre également l’étendue de l’influence des talibans. Leur système de répression ne s’arrête pas aux frontières de l’Afghanistan, puisqu’ils tentent de contrôler et de réduire au silence les Afghanes à l’étranger en exigeant des médias qu’ils appliquent leurs règles abusives à celles qui s’expriment et dénoncent les exactions des talibans.
En tant que femme afghane et chercheuse à Human Rights Watch, je ne me plierai pas aux règles restrictives des talibans. Mais leurs instructions répressives à l’intention des médias ont de graves implications pour le droit des femmes afghanes à la liberté d’expression, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Les femmes afghanes ne devraient pas avoir à se soumettre à des règles discriminatoires pour exercer leur droit de s’exprimer publiquement. Où que nous soyons, nos voix comptent.