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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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31.03.2026 à 04:00

Iran : L’armée intensifie l’enrôlement d'enfants

Human Rights Watch

Click to expand Image Deux membres des forces de sécurité iraniennes, debout sur le toit d'un véhicule blindé, surveillaient leurs environs dans une rue de Téhéran, le 21 mars 2026. © 2026 AFP via Getty Images

(Beyrouth) – Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) d’Iran mène actuellement une campagne visant à recruter des enfants dès l’âge de 12 ans pour qu’ils s’engagent volontairement en tant que « combattants pour la défense de la patrie », a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Le recrutement et l’utilisation d’enfants à des fins militaires constituent une violation grave des droits des enfants, et un crime de guerre lorsque les enfants ont moins de 15 ans.

Le 26 mars, un responsable de la 27ème division Mohammad Rasulullah du CGRI à Téhéran a déclaré qu’une campagne visant à enrôler des civils, intitulée « Combattants pour la défense de la patrie en Iran », avait fixé l’âge minimum du recrutement à 12 ans. Dans le contexte de milliers d’attaques menées par les États-Unis et par Israël dans tout le pays, ces enfants seraient exposés à un risque grave de décès ou de blessures s’ils se trouvaient sur des installations militaires. Les autorités iraniennes devraient mettre fin à cette campagne, et interdire à toutes les forces militaires et paramilitaires en Iran de recruter des enfants de moins de 18 ans.

« Rien ne justifie une campagne de recrutement de l’armée visant à inciter des enfants à s’enrôler, et encore moins des enfants âgés de 12 ans », a déclaré Bill Van Esveld, Directeur adjoint de la division Droits des enfants à Human Rights Watch. « Cela se résume à un simple constat : les autorités iraniennes sont apparemment prêtes à mettre la vie d’enfants en danger pour disposer d’effectifs supplémentaires. »

Cette campagne vise à recruter des civils pour assurer des services de restauration et de soins médicaux, distribuer des articles et s’occuper d’habitations endommagées, ainsi que pour des activités de maintien de la sécurité telles que la garde des postes de contrôle, ou la participation à des patrouilles opérationnelles et de surveillance, et à des convois de véhicules, a déclaré Rahim Nadali, un responsable du CGRI, lors d’un entretien avec l’agence de presse iranienne Defa Press. L’affiche promotionnelle de la campagne de recrutement, publiée par l’agence de presse, énumère également ces activités et met en scène deux enfants, un garçon et une fille, aux côtés de deux adultes, dont un homme en uniforme militaire.

Lors d’une interview télévisée, Rahim Nadali a déclaré : « [En ce qui concerne] les patrouilles de surveillance et opérationnelles, plusieurs adolescents et jeunes sont venus nous voir à maintes reprises pour nous dire qu’ils souhaitaient y participer. Quant aux postes de contrôle des Basij [force paramilitaire] que l’on voit désormais dans toutes les villes, de nombreux jeunes et adolescents ont manifesté leur volonté d’y être présents. Compte tenu de l’âge des personnes qui ont formulé ces demandes, nous avons fixé la limite d’âge [minimum] à 12 ans. Cela signifie qu’il y a désormais des enfants de 12 et 13 ans qui demandent à être présents dans cet espace. »

Les candidats peuvent s’inscrire dans les mosquées de Téhéran qui accueillent des bases des Basij, selon Rahil Nadali et les informations fournies sur les affiches de recrutement. La force des Basij est placée sous le commandement du CGRI.

Au cours du mois dernier, selon les médias les États-Unis et Israël ont mené des dizaines de milliers de frappes aériennes contre de nombreuses installations des Basij et du CGRI, et contre plusieurs postes de contrôle des Basij à Téhéran, faisant des morts et des blessés parmi ces forces.

Plusieurs enfants ont déjà été victimes d’attaques illégales en Iran. Human Rights Watch a estimé qu’une attaque illégale contre une école primaire iranienne à Minab le 28 février, qui a tué des dizaines d’écoliers et d’autres civils, devrait faire l’objet d’une enquête pour crime de guerre. Selon un rapport préliminaire de l’armée américaine, les États-Unis seraient responsables de cette attaque. Human Rights Watch a appelé le Congrès à tenir des auditions spéciales sur les pratiques de ciblage de l’armée américaine.

L’Iran recrute depuis plusieurs années des enfants de moins de 18 ans au sein des forces Basij. Lors de la guerre civile en Syrie, le CGRI a enrôlé des enfants immigrés afghans vivant en Iran en tant qu’enfants soldats, qu’il a envoyés en Syrie afin d’y soutenir le gouvernement de Bachar al-Assad ; Human Rights Watch a documenté que des garçons âgés d’à peine 14 ans y avaient été tués au combat. Selon des responsables iraniens, dans les années 1980, les autorités ont recruté des centaines de milliers d’enfants pour combattre pendant la guerre Iran-Irak, et des dizaines de milliers d’entre eux ont été tués.

Le bureau de la Représentante spéciale des Nations Unies pour le sort des enfants en temps de conflits armés affirme que « quel que soit leur rôle, [les enfants] associés à des parties au conflit sont exposés à des niveaux de violence extrêmes ».

La législation iranienne prévoit explicitement le recrutement dans l’armée d’enfants dès l’âge de 15 ans.

En vertu des Statuts et règlements du Corps des gardiens de la révolution islamique, toute personne doit être âgée d’au moins 16 ans pour pouvoir être recrutée par le CGRI, que ce soit en tant que membre du personnel permanent, contractuel ou membre spécial des Basij. Les membres spéciaux des Basij sont des gardes honoraires du CGRI qui « possèdent les qualifications d’un garde [officiel] et […] s’engagent à se tenir à la disposition du CGRI à temps plein en cas de besoin ». Toutefois, en vertu de l’article 94, les enfants âgés de 15 ans et plus peuvent être considérés comme des membres « actifs », capables de « collaborer avec le CGRI dans l’exécution des missions qui leur sont confiées » après avoir suivi des formations.

En 1998, dans son premier rapport présenté au Comité des droits de l’enfant des Nations Unies, l’Iran avait indiqué que la législation nationale fixait à 16 ans l’âge minimum « pour un engagement dans les forces armées en vue d’une préparation militaire » et à 17 ans l’âge minimum pour les forces de police.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies a « énergiquement condamné » le recrutement d’enfants et mis en place un système de signalement, piloté par le Secrétaire général, qui considère cette pratique comme une « grave violation » des droits des enfants. La Convention relative aux droits de l’enfant interdit le recrutement d’enfants de moins de 15 ans. Un Protocole facultatif à la Convention, que l’Iran a signé mais n’a pas ratifié, prévoit que l’âge minimum pour la participation directe aux hostilités est de 18 ans. L’Iran est tenu de respecter le droit international coutumier, qui stipule que le recrutement d’enfants de moins de 15 ans constitue un crime de guerre.

« Les responsables impliqués dans cette politique répréhensible exposent les enfants à un risque de préjudice grave et irréversible, et s’exposent eux-mêmes à des poursuites pénales », a conclu Bill Van Esveld. « Les hauts dirigeants qui ne font rien pour mettre fin à cette situation ne peuvent prétendre se soucier du sort des enfants iraniens. »

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Articles

Ouest-France  La Croix

Journal de Montréal

30.03.2026 à 23:00

La France accepte que la Charte sociale européenne s’applique à ses territoires d’Outre-mer

Human Rights Watch

Click to expand Image Des élèves sont assis à bord d’un bus scolaire, à Kaweni, dans la commune de Mamoudzou, dans le territoire français de Mayotte, dans l’océan Indien, le 28 octobre 2025.  © 2025 Marine Gachet/AFP via Getty Images

En mars, la France a notifié au Conseil de l’Europe qu’elle étendait à ses territoires d’outre-mer les obligations découlant de la Charte sociale européenne – un traité du Conseil de l’Europe garantissant les droits sociaux et économiques fondamentaux.

Cette mesure, attendue de longue date, met fin à une anomalie juridique et à une injustice structurelle qui excluaient des millions de personnes vivant sous juridiction française dans les territoires d’outre-mer. Elle permettra de renforcer le contrôle du respect par la France de ses obligations en matière de droits et contribuera à remédier aux inégalités de traitement entre territoires héritées du passé colonial du pays.

Human Rights Watch a documenté les conséquences de profondes inégalités structurelles à Mayotte, un territoire français d’outre-mer dans l’océan Indien. Mayotte est la région la plus pauvre de France, avec plus de 75 % de sa population vivant sous le seuil de pauvreté. Des milliers d’enfants sont privés d’accès à l’éducation, et plus de 15 000 d’entre eux ne sont pas scolarisés. Ceux qui sont scolarisés sont souvent confrontés à des écoles surchargées où leurs droits ne sont pas respectés, notamment l’accès à l’eau potable, à des installations sanitaires, à une alimentation suffisante et à un environnement d’apprentissage sûr. Les enfants vivant dans des quartiers informels, ceux issus de familles migrantes et les enfants en situation de handicap sont particulièrement touchés.

La Charte, largement considérée comme la « constitution sociale » de l’Europe, complète la Convention européenne des droits de l’homme. Jusqu’à présent, la France se distinguait de pays tels que les Pays-Bas, le Portugal, l’Espagne et le Royaume-Uni, qui avaient déjà étendu ces protections – au moins en partie – à leurs territoires d’outre-mer. Les organisations de la société civile critiquent depuis longtemps cette exclusion, qui privait des millions de personnes de l’accès à ces droits et à leurs garanties.

Cette extension ouvre deux voies importantes de redevabilité. La France sera désormais tenue de rendre compte de la mise en œuvre de ces droits dans ces territoires devant le Comité européen des droits sociaux. En outre, les organisations de la société civile pourront introduire des réclamations collectives en cas de violations.

Toutefois, malgré le renforcement de la protection du droit à l’éducation des enfants qu’apporte l’extension de la Charte, le problème fondamental demeure : en France, l’éducation est obligatoire pour les enfants âgés de 3 à 16 ans, mais des milliers d’entre eux à Mayotte restent exclus du système scolaire. Cette situation résulte non seulement de lacunes juridiques, mais aussi d’insuffisances en matière de financement, de mise en œuvre et d’accompagnement. Les autorités françaises devraient agir sans délai pour remédier à ces défaillances structurelles, qui ont déjà compromis l’avenir de nombreuses personnes ayant grandi à Mayotte. À défaut, les enfants de Mayotte disposent désormais d’un nouvel outil pour demander des comptes à l’État.

30.03.2026 à 22:44

Iran : Utilisation illégale d'armes à sous-munitions contre Israël

Human Rights Watch

#hrw-charts-data-view--israel .max-w-report { max-width: 100%; } #hrw-charts-data-view--israel .report-body { margin-bottom: 2rem; } Click to expand Image Des traînées de missiles tirés depuis l'Iran, et suspectés d’être équipés de sous-munitions, étaient visibles dans le ciel au-dessus du centre d'Israël, dans la nuit du 5 mars 2026. © 2026 Ohad Zwigenberg/AP Photo

(Beyrouth, 30 mars 2026) – Le gouvernement iranien a utilisé à plusieurs reprises des armes à sous-munitions, intrinsèquement indiscriminées, lors de tirs de missiles balistiques vers Israël depuis le 28 février, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Au moins quatre civils ont été tués lors de ces frappes, qui ont violé les lois de la guerre et pourraient constituer des crimes de guerre.

Human Rights Watch a confirmé trois attaques iraniennes distinctes à l’aide d’armes à sous-munitions qui ont touché des zones habitées en Israël, dont deux incidents distincts ayant provoqué la mort de civils près de Tel-Aviv : deux hommes à Yehud le 9 mars, ainsi qu’un homme et une femme âgés à Ramat Gan le 18 mars.

« L’utilisation par l’Iran d’armes à sous-munitions dans des zones peuplées d’Israël représente un danger prévisible et durable pour les civils », a déclaré Patrick Thompson, chercheur auprès de la division Crises, conflits et armes à Human Rights Watch. « Les sous-munitions sont dispersées sur une vaste zone, ce qui rend leur usage illégalement indiscriminé, en violation des lois de la guerre. »

Les armes à sous-munitions sont tirées par des roquettes, des missiles ou d’autres projectiles, ou larguées depuis des aéronefs. Elles se dispersent généralement en vol, projetant des dizaines de sous-munitions explosives — ou « mini-bombes » — de manière indiscriminée sur une large surface. Nombre d’entre elles n’explosent pas lors de l’impact initial, laissant dans leur sillage des engins non explosés susceptibles de tuer et mutiler — à l’instar des mines terrestres — durant des années, voire des décennies, tant qu’elles n’ont pas été déminées et détruites.

Human Rights Watch a analysé 50 vidéos et cinq photographies publiées en ligne, témoignant d’une utilisation présumée d’armes à sous-munitions par l’Iran entre le 1er et le 20 mars, ainsi que six photographies de sous-munitions non explosées apparemment localisées en Israël et en Cisjordanie. Human Rights Watch s’est également entretenue avec des témoins d’attaques qui auraient été commises à l’aide d’armes à sous-munitions. L’organisation a adressé un courrier au gouvernement iranien le 25 mars concernant l’utilisation de ces armes. Aucune réponse n’avait été reçue au moment de la publication de ce communiqué.

Israël : Sites confirmés d'impacts de sous-munitions iraniennes. ISRAËL - Sites confirmés d'impacts de sous-munitions iraniennes (points de couleur orange).
Pour plus d’infos, veuillez déplacer l’icône « petite main » vers l’un des points de couleur orange.
Sites approximatifs : pour des raisons de sécurité et de confidentialité, HRW a arrondi les coordonnées des sites et a limité le niveau de zoom possible lors de la visualisation de la carte.
Infographie © 2026 Human Rights Watch.

Depuis que les États-Unis et Israël ont lancé leur assaut contre l’Iran le 28 février, les forces iraniennes ont riposté par des attaques de drones et de missiles contre Israël, ainsi que contre d’autres pays de la région, notamment du Golfe. Selon des informations de médias et le gouvernement israélien, au moins 16 civils ont été tués en Israël et quatre en Cisjordanie à la suite de tirs de missiles. Neuf des victimes en Israël ont péri lors d’une seule frappe de missile balistique sur la ville de Beit Shemesh, le 1er mars ; parmi elles figuraient trois enfants. Au 27 mars, le Croissant-Rouge iranien avait fait état de 1 900 décès en Iran depuis le début du conflit.

Bien que l’Iran n’ait pas adhéré à la Convention de 2008 sur les armes à sous-munitions — qui prohibe totalement la production et l’utilisation de ces armes —, le droit international humanitaire proscrit les attaques indiscriminées. La surface étendue sur laquelle sont dispersées les sous-munitions dans des zones peuplées empêche de distinguer les civils des combattants, et ces attaques pourraient constituer à ce titre des crimes de guerre. Les sous-munitions non explosées continuent de faire peser un danger sur les civils bien après la fin des attaques.

Il est avéré que l’Iran possède des missiles balistiques capables de délivrer des sous-munitions. Le 28 février, sur le réseau social X, le porte-parole de l’armée israélienne a accusé l’Iran d’avoir utilisé des bombes à sous-munitions ; il s’agissait là de la première utilisation signalée de ces armes depuis le début des hostilités en cours. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de vérifier cette allégation ; toutefois, le 1er mars, de multiples sources ont commencé à diffuser sur les réseaux sociaux des vidéos et photographies montrant ce des armes à sous-munitions présumées, dispersées par un missile balistique iranien. Il n’est pas établi avec certitude si ces images proviennent d’une seule et même attaque ou correspondent à des attaques distinctes.

Human Rights Watch a examiné 30 vidéos similaires montrant des missiles balistiques en phase descendante, entourés de nombreuses sous-munitions présumées, chutant au sol. Ces images témoignent très probablement de huit incidents distincts survenus entre le 1er et le 20 mars. La plupart des vidéos montrent des missiles balistiques accompagnés de 21 à 25 objets chutant le long de leur trajectoire. Deux de ces vidéos montrent au moins 65 objets. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de corroborer les lieux exacts où ces vidéos ont été tournées, mais ses chercheurs n’ont trouvé aucune trace d’une mise en ligne antérieure au mois de mars. Aucune preuve visible dans les vidéos examinées ne suggère que ces missiles aient été interceptés. L’armée israélienne aurait déclaré qu’elle ne tente pas d’intercepter les armes à sous-munitions, afin d’économiser ses intercepteurs.

Click to expand Image Deux photos de sous-munitions non explosées, publiées en ligne par le Conseil régional du Sud de Sharon (DromHa Sharon), dans le centre d'Israël, le 5 mars 2026. © 2026 Human Rights Watch/DromHa Sharon

Le premier incident impliquant des armes à sous-munitions et confirmé par Human Rights Watch s’est produit dans la ville d’Or Yehuda, dans le centre d’Israël. Le 6 mars, Emanuel Fabian, le correspondant militaire du Times of Israel, a publié sur X des images de vidéosurveillance montrant une sous-munition clairement identifiable frappant une zone civile ; Human Rights Watch a géolocalisé cette scène dans une zone commerciale d’Or Yehuda. La vidéo, horodatée du 4 mars à 14 h 38, montre une sous-munition s’écrasant au milieu d’une large rue déserte, provoquant une explosion.

La seconde attaque a été perpétrée le 9 mars, tuant deux hommes et blessant au moins une autre personne. Human Rights Watch a confirmé des impacts quasi simultanés à Or Yehuda, Yehud, Bat Yam et Holon — toutes des villes voisines situées dans la grande agglomération de Tel-Aviv. Cette zone est la plus densément peuplée d’Israël, abritant jusqu’à 45 % de la population du pays. Les sous-munitions apparentes provenaient vraisemblablement d’un seul missile balistique, frappant des sites distants parfois de 13 kilomètres, ce qui démontre le caractère intrinsèquement indiscriminé de ces armes.

L’attaque survenue à Yehud a coûté la vie à deux ouvriers du bâtiment sur un chantier de construction. Une vidéo publiée sur Telegram le 9 mars, peu avant midi, et authentifiée par Human Rights Watch, montre deux corps gisant à plusieurs mètres l’un de l’autre — dont l’un dans une mare de sang — sur un chantier de construction. Un témoin de l’attaque a raconté : « Je travaille ici, sur le chantier où ces hommes ont été tués. J’étais en train d’engager [ma voiture] dans la rue pour me rendre au travail lorsque les sirènes ont retenti ; j’ai alors entendu l’explosion. » L’impact manifeste d’une sous-munition, survenu à environ cinq kilomètres de là, à Or Yehuda, a grièvement blessé un homme au même moment. Human Rights Watch a authentifié des images de vidéosurveillance diffusées sur Telegram et les a géolocalisées à Or Yehuda ; elles montrent ce qui semble être une sous-munition explosant sur une route, entre des complexes résidentiels de construction récente, ainsi qu’un piéton s’effondrant au sol, blessé, à quelques mètres de là.

Le 9 mars à 11 h 30, le Magen David Adom — le service national israélien d’urgence médicale — a indiqué sur Telegram qu’il intervenait sur plusieurs incidents dans le centre d’Israël ayant fait de graves victimes. Fabian, journaliste pour The Times of Israel, a affirmé que ces impacts ont été causés par des sous-munitions, citant à l’appui les équipes de premiers secours.

L’analyse menée par Human Rights Watch sur les détonations et les dégâts observés dans les zones résidentielles de Yehud, Or Yehuda, Bat Yam et Holon suggère également l’utilisation de sous-munitions. Celles-ci possèdent une charge explosive relativement faible et causent des dommages nettement inférieurs à ceux provoqués par des missiles balistiques de portée moyenne ou intermédiaire, dont la charge explosive est nettement plus importante — plusieurs fois supérieure à celle d’une sous-munition isolée. Par ailleurs, les dégâts constatés ne correspondaient pas au type de dommages cinétiques généralement causés par la chute de débris.

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Lors du troisième incident authentifié par Human Rights Watch, des sous-munitions présumées ont frappé plusieurs sites entre minuit et 1 h 00 du matin, le 18 mars. À 00 h 12, l’armée israélienne a annoncé avoir détecté des tirs de missiles balistiques en provenance d’Iran et, vers 00 h 20, les sirènes ont commencé à retentir dans tout le centre d’Israël. À partir de 00 h 22, de multiples sources ont commencé à poster sur Telegram des vidéos montrant ce qui semblait être des armes à sous-munitions, assorties de commentaires indiquant qu’elles s’abattaient sur le centre d’Israël. Les chercheurs n’ont pas été en mesure de déterminer les lieux exacts où ces vidéos avaient été tournées, celles-ci l’ayant été de nuit ; il semble toutefois qu’elles n’aient pas été mises en ligne avant le 18 mars.

Ces vidéos ont été suivies, sur les réseaux sociaux, de signalements d’impacts à Bnei Brak, Petah Tikva et Ramat Gan — toutes situées dans l’agglomération de Tel-Aviv.

Peu après l’apparition de ces signalements de frappes, le Magen David Adom a fait savoir qu’un homme et une femme avaient succombé à de graves blessures causées par des éclats à Ramat Gan. Des vidéos et des photographies du site de l’impact, authentifiées par Human Rights Watch, révèlent des dégâts sur un immeuble résidentiel de trois étages. L’appartement situé au dernier étage, où le couple a trouvé la mort, a subi des dommages dans au moins une pièce intérieure ainsi qu’en façade ; le reste du bâtiment n’a subi que des dégâts structurels légers, notamment l’effondrement d’un auvent. Les dégâts observés dans l’appartement sont compatibles avec l’impact d’une sous-munition, car une ogive unitaire de grande taille, issue d’un missile balistique, aurait très probablement causé des destructions bien plus importantes.

Un témoin à Ramat Gan a fait le récit : « Nous étions blottis à l’intérieur de notre abri — ma mère, mon père, mon frère et moi — lorsque, soudain, après le déclenchement de l’alarme, nous avons entendu une explosion. Elle semblait toute proche. Nous avons ouvert la fenêtre, regardé dehors et constaté que l’appartement situé de l’autre côté de la rue avait été touché. Une [munition] a traversé le toit et a frappé deux personnes âgées — septuagénaires — avant même qu’elles n’aient eu le temps de s’abriter. »

Human Rights Watch a confirmé des impacts quasi simultanés à Petah Tikva le 18 mars, lesquels ont également été, selon toute vraisemblance, causés par des sous-munitions. Une photographie, dont la géolocalisation a été confirmée par l’organisation, montre un cratère d’impact jouxtant un véhicule renversé ; ce cratère présente une taille et une profondeur cohérentes avec celles des cratères visibles sur d’autres vidéos d’impacts de sous-munitions. Une vidéo authentifiée par Human Rights Watch, et horodatée au 18 mars à 00 h 21, montre une explosion compatible avec l’impact d’une sous-munition, survenue à environ 815 mètres au nord-est.

Le 19 mars, quatre Palestiniennes ont été tuées dans la ville de Beit Awa, en Cisjordanie. L’armée israélienne a affirmé qu’elles avaient été tuées par une sous-munition, tandis que le Croissant-Rouge palestinien a indiqué qu’elles avaient péri sous les éclats d’un missile retombant au sol. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de vérifier de manière indépendante le type de munition ayant causé leur mort. Les Palestiniens de Cisjordanie sont particulièrement vulnérables aux tirs de missiles ainsi qu’aux retombées de fragments issus d’interceptions, en raison de l’absence d’infrastructures de protection telles que des sirènes d’alerte ou des abris anti-bombes.

Human Rights Watch a également examiné six photographies montrant des sous-munitions non explosées, publiées en ligne entre le 1er et le 15 mars, qui auraient frappé Israël et la Cisjordanie. Human Rights Watch n’a pas pu déterminer l’emplacement exact de ces sous-munitions en raison du manque de détails géographiques sur les photographies, mais les chercheurs n’ont trouvé aucune trace de celles-ci en ligne avant le mois de mars. Ces sous-munitions correspondent aux munitions utilisées par l’Iran lors de la « Guerre des 12 jours » en juin 2025 ; leur utilisation n’a été documentée dans aucun autre conflit.

Les informations techniques accessibles au public concernant les armes exactes utilisées lors de ces frappes sont limitées. L’Iran a toutefois déjà publié des informations sur des missiles balistiques capables de disperser des sous-munitions. Les médias iraniens ont notamment diffusé des informations sur le missile balistique « Zelzal », capable de transporter jusqu’à 30 sous-munitions non guidées de 17 kilogrammes, lesquelles ressemblent à celles identifiées par Human Rights Watch. Le nombre de sous-munitions est également conforme à la plupart des vidéos faisant état d’une utilisation présumée de sous-munitions, vidéos qui ont été examinées par l’organisation.

À la suite d’un essai de missile qui aurait manifestement échoué en Iran en 2023, des sous-munitions ressemblant à celles identifiées par Human Rights Watch en Israël ont touché la ville de Gorgan, dans le nord-est de l’Iran. Elles sont équipées d’un bouclier thermique qui les protège lors de leur descente à travers l’atmosphère, provoquant une incandescence visible de leur trajectoire sur les vidéos. Par ailleurs, l’Iran est également connu pour posséder plusieurs autres missiles balistiques qui seraient capables de délivrer des sous-munitions, notamment des variantes des missiles « Ghadr », « Khorramshar » et « Fateh ».

« Le gouvernement iranien devrait immédiatement cesser de se servir d’armes à sous-munitions », a conclu Patrick Thompson. « Leur utilisation est non seulement intrinsèquement indiscriminée, mais les sous-munitions non explosées continuent de présenter un risque bien après, tant qu’elles n’ont pas été déminées ou détruites. »

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30.03.2026 à 20:08

États-Unis/Iran/Israël : Les dirigeants doivent respecter le droit de la guerre

Human Rights Watch

Click to expand Image Une femme iranienne contemplait les décombres de son appartement détruit dans le quartier de Shahrak-e Gharb, à Téhéran, le 21 mars 2026 ; les États-Unis et Israël ont mené plusieurs frappes contre l’Iran à partir du 28 février 2026.  © 2026 Majid Saeedi/Getty Images Letter to Ambassador Waltz-30 March 2026.pdf Letter to Secretary Hegseth - 30 March 2026 Letter to Iranian Ambassador Ali Bahreini - 30 March 2026 Letter to Prime Minister Katz - 30 March 2026

(Washington, 30 mars 2026) – Les hauts responsables des États-Unis, de l’Iran et d’Israël devraient cesser d’utiliser une rhétorique qui témoigne d’un mépris dangereux pour le droit international humanitaire dans le conflit actuel au Moyen-Orient, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch dans quatre lettres adressées à de hauts responsables de ces trois pays.

Ces lettres citent des déclarations incendiaires faites par des responsables américains, israéliens et iraniens. Les trois gouvernements devraient s’engager publiquement à respecter leurs obligations en vertu des lois de la guerre, en particulier en ce qui concerne la protection des civils et des infrastructures civiles, a déclaré Human Rights Watch.

Les quatre courriers (en anglais) sont les suivants :

Lettre à Michael Waltz, Ambassadeur des États-Unis aux Nations UniesLettre à Pete Hegseth, Secrétaire à la Défense des États-UnisLettre à Ali Bahreini, Ambassadeur de l’Iran aux Nations UniesLettre à Israel Katz, Ministre de la Défense d’Israël

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27.03.2026 à 20:29

La perte d’un journaliste au Burundi

Human Rights Watch

Human Rights Watch déplore le décès du journaliste burundais Jackson Bahati, mort subitement à l’âge de 55 ans le 16 mars 2026.

Click to expand Image Jackson Bahati. © Privée

Bahati était une figure incontournable du journalisme au Burundi. Écrivain et présentateur talentueux, il était guidé par une curiosité innée et un profond amour pour son pays. Tout au long de sa carrière qui s’est étendue sur plusieurs dizaines d’années, Bahati a interviewé de nombreuses victimes et témoins d’abus des droits humains avec bienveillance et compassion, leur permettant ainsi de s’exprimer et de faire entendre leurs expériences.

Bahati a travaillé pour divers médias à travers le Burundi au fil de sa carrière et était considéré comme un mentor pour les jeunes journalistes, toujours prêt à soutenir la nouvelle génération. Il était profondément dévoué envers ceux qui le considéraient comme un enseignant et souhaitait, avant tout, que des médias solides au Burundi fassent partie de son héritage.

Lorsque le Burundi a connu des bouleversements politiques et sécuritaires tumultueux en 2015, Bahati est resté dans le pays, déterminé à poursuivre son travail. Il était conscient de la situation sécuritaire difficile et parfois dangereuse pour les journalistes travaillant dans cet environnement, mais il n’a jamais laissé ces défis le décourager, ni lui ni son entourage.

En 2015, lors des violences autour de son domicile à Cibitoke, Bahati était en première ligne pour couvrir les évènements, faisant preuve d’éloquence et d’un engagement personnel profond tant pour le journalisme que pour la cause des droits humains.

Le décès de Bahati est un choc pour la communauté médiatique des Grands Lacs et pour ses collègues et partenaires à travers le monde, y compris Human Rights Watch. Nous adressons nos plus sincères condoléances à sa famille et à tous ceux qui lui étaient proches. Le Burundi a perdu un journaliste engagé, un fervent défenseur, un ami et une âme bienveillante et généreuse. Il nous manquera profondément et restera toujours dans nos mémoires.

26.03.2026 à 21:05

Conflit au Moyen-Orient : La rhétorique et les actions bafouent les lois de la guerre

Human Rights Watch

Click to expand Image Un habitant de Tyr, dans le sud du Liban, regardait des traînées blanches laissées par deux avions de combat israéliens dans le ciel au-dessus de la ville, le 24 mars 2026.  © 2026 Fabio Bucciarelli/Middle East Images/AFP via Getty Images

(New York, 26 mars 2026) – Un mois après le début des hostilités au Moyen-Orient, la régionalisation du conflit, la rapidité de son escalade et le mépris des normes internationales affiché ouvertement par tous les belligérants constituent un test critique pour l’ordre juridique international créé pour protéger les civils lors de conflits armés, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Les déclarations de hauts responsables des États-Unis, d’Israël et de l’Iran témoignent d’une volonté de violer les protections fondamentales du droit international humanitaire, révèlent un mépris flagrant pour la vie et les biens des civils, et montrent que les détenteurs du pouvoir dans ces pays se considèrent au-dessus de la loi. Les autres dirigeants mondiaux devraient d’urgence se mobiliser pour défendre les règles qui protègent les civils partout dans le monde, condamner fermement les violations et exiger que les responsables rendent des comptes.

« Alors que le conflit au Moyen-Orient s’est étendu et intensifié, la rhétorique dangereuse des dirigeants de tous les camps s’est aussi accentuée, avec des menaces ouvertes de commettre des crimes de guerre », a déclaré Philippe Bolopion, directeur exécutif de Human Rights Watch. « Cette combinaison explosive, qui s’ajoute au refus de longue date des dirigeants mondiaux de demander des comptes aux responsables de violations graves du droit international, menace l’ordre fondé sur des règles qui depuis longtemps cherche à protéger les civils. »

Depuis que les États-Unis et Israël ont lancé leur offensive contre l’Iran le 28 février — et alors que l'Iran y a répondu et qu’Israël a intensifié ses attaques au Liban —, toutes les parties au conflit se sont rendues coupables de violations graves des lois de la guerre, y compris de possibles crimes de guerre. Les déclarations publiques incendiaires de responsables ont notamment inclus des menaces ouvertes de tuer des civils et de détruire des infrastructures civiles essentielles, des suggestions selon lesquelles les exactions commises par un camp justifieraient celles de l’autre, ainsi qu’un rejet du droit international et des règles d’engagement.

Rien qu’en mars, le président américain Donald Trump et le secrétaire à la Défense Pete Hegseth ont fait de nombreuses déclarations publiques témoignant d’un mépris pour le droit international humanitaire, qui rassemble les lois de la guerre.

Le 13 mars, Pete Hegseth a déclaré : « Nous ne ferons pas de quartier […] à nos ennemis [en Iran] ». Or, « ne pas faire de quartier » signifierait le refus d’épargner la vie des combattants ennemis en acceptant leur reddition, ce qui constitue un crime de guerre.

Le 21 mars, le président Trump a averti, sur les réseaux sociaux, que si l’Iran n’« ouvre pas PLEINEMENT, SANS PROFÉRER DE MENACES, le détroit d’Ormuz dans un délai de 48 HEURES », les États-Unis « frapperont et anéantiront leurs diverses CENTRALES ÉLECTRIQUES, EN COMMENÇANT PAR LA PLUS GRANDE ! » Trump a par la suite repoussé la mise à exécution de sa menace, sans toutefois la révoquer.

Les lois de la guerre protègent les infrastructures civiles ainsi que les biens indispensables à la survie de la population civile — catégorie pouvant inclure les centrales électriques, les installations pétrolières et gazières, ainsi que les usines de dessalement de l’eau ; les attaques dirigées contre ces installations pouvant constituer des crimes de guerre. Même si de telles infrastructures sont utilisées en partie à des fins militaires, une attaque serait vraisemblablement disproportionnée et, par conséquent, illégale.

La réponse de l’Iran à la déclaration de Trump a révélé une volonté de se livrer à une violation similaire. Ebrahim Zolfaqari, porte-parole du quartier général de commandement militaire iranien Khatam al-Anbiya, a réagi à la publication de Trump en avertissant que si les infrastructures iraniennes de carburant et d’énergie étaient attaquées, « alors toutes les centrales électriques, les infrastructures énergétiques et les systèmes informatiques du régime sioniste dans la région seraient frappés à grande échelle... toutes les infrastructures similaires comptant des actionnaires américains seraient totalement détruites... [et] toutes les centrales électriques situées dans les pays de la région accueillant des bases américaines deviendraient des cibles légitimes. »

Les responsables iraniens ont également prétendu que l’ensemble des entreprises, des banques et des navires commerciaux d’un pays constituaient des objectifs militaires, ce qui contrevient à la présomption, établie par les lois de la guerre, selon laquelle ces entités sont des biens civils protégés.

Les autorités iraniennes ont par ailleurs menacé de commettre de nouvelles violations des droits humains à l’encontre de leur propre population — comme elles l’ont fait à maintes reprises, notamment en janvier dernier, lorsque les forces de sécurité ont perpétré, à l’échelle nationale, des massacres de manifestants et de passants.

Le 10 mars, Ahmad-Reza Radan, le commandant des forces de police iraniennes, a déclaré sur la chaîne de télévision d’État que si des personnes descendaient dans la rue « à la solde de l’ennemi », alors « nous ne les considérerions ni comme des manifestants, ni comme quoi que ce soit d’autre ; nous les considérerions comme l’ennemi et les traiterions comme nous traitons l’ennemi. [...] Tous nos hommes sont prêts, le doigt sur la gâchette, pour sauvegarder leur révolution et soutenir leur peuple et leur pays ». Le lendemain, l’Organisation du renseignement du Corps des gardiens de la révolution islamique a publié un communiqué avertissant que toute manifestation subirait « un coup [encore] plus sévère que celui porté le 8 janvier ».

De hauts responsables israéliens et des chefs militaires de ce pays ont également tenu de nombreuses déclarations problématiques, incluant des menaces de mener des attaques illicites en Iran et au Liban. Le 3 mars, le porte-parole arabophone de l’armée israélienne a publié sur X une déclaration appelant les représentants du gouvernement iranien à quitter le Liban avant d’être pris pour cibles.

Les attaques visant des dirigeants politiques ou des responsables gouvernementaux sont interdites, à moins que le dirigeant ne soit membre des forces armées ou un civil participant directement aux hostilités. Attaquer délibérément un civil constitue une violation des lois de la guerre ainsi qu’un crime de guerre.

Les déclarations de responsables israéliens concernant le Liban indiquent également une intention de déplacer de force les résidents, de détruire des habitations civiles et de mener des frappes susceptibles de viser des civils, autant de violations des lois de la guerre.

Lors de conflits armés, de telles menaces et autres rhétoriques dangereuses ont été suivis d’actions militaires violant les lois de la guerre, avec de graves conséquences pour les civils dans toute la région.

Parmi les violations graves des lois de la guerre commises au cours du premier mois du conflit figurent les suivantes :

Une attaque menée par les États-Unis contre une école primaire à Minab, dans le sud de l’Iran, qui a tué des dizaines de civils, dont de nombreux enfants ;L’utilisation par Israël de phosphore blanc au-dessus d’habitations et le ciblage d’institutions financières au Liban ;Des attaques iraniennes contre des hôtels, des bâtiments résidentiels, des centres financiers et des aéroports dans la région du Golfe ;Des attaques iraniennes contre des navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz ;Des attaques israéliennes et iraniennes contre des infrastructures pétrolières et gazières ; L’utilisation par l’Iran d’armes à sous-munitions — interdites par le droit international — lors d’attaques contre Israël.

Ces attaques, ainsi que les menaces d’attaques, contre les navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz et contre les installations pétrolières et gazières en Iran et dans les États du Golfe, semblent également avoir contribué à une hausse significative des coûts énergétiques à l’échelle mondiale. Elles pourraient par ailleurs entraîner une hausse des prix des denrées alimentaires, des engrais essentiels à l’agriculture et des transports dans le monde entier, tout en causant des dommages environnementaux considérables.

Une telle situation pourrait provoquer une catastrophe économique et une insécurité alimentaire pour les civils en Iran et dans toute la région du Golfe, ainsi que pour les populations économiquement marginalisées à travers le monde. Le Programme alimentaire mondial (PAM) estime que près de 45 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans une insécurité alimentaire aiguë – ou pire – si le conflit se prolongeait jusqu’au milieu de l’année et si les prix du pétrole se maintenaient au-dessus de 100 dollars le baril.

Le bilan du conflit sur les civils à ce jour, ainsi que l’ampleur des violations et des crimes de guerre potentiels, demeurent inconnus, en partie en raison de la censure exercée par les gouvernements impliqués. En Iran, le gouvernement a imposé une coupure totale et illégale d’Internet et arrêté des centaines de personnes pour leurs contacts présumés avec des médias étrangers, pour avoir filmé les sites touchés par des frappes et avoir transmis ces images aux médias.

Aux États-Unis, Donald Trump et Pete Hegseth ont attaqué les médias pour leur couverture de la situation en Iran, et le président de la Commission fédérale des communications (FCC), Brendan Carr, a accusé certains médias de publier de « fausses nouvelles » et menacé de révoquer leurs licences.

Les autorités israéliennes ont interdit la retransmission en direct de certaines vues aériennes de villes et la divulgation des lieux précis d’impact de missiles ou de roquettes ; les autorités ont placé en détention des journalistes ayant, selon elles, enfreint ces restrictions.

Les pays du Conseil de coopération du Golfe — notamment Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Koweït, le Qatar et — ont également arrêté des personnes pour avoir prétendument publié sur les réseaux sociaux des images et des vidéos d’attaques.

Au Liban, le Hezbollah, groupe armé soutenu par l’Iran, a interdit tout tournage « en toutes circonstances » dans la banlieue sud de Beyrouth.

Face à ce mépris du droit international humanitaire et aux conséquences potentiellement considérables de ce conflit pour les civils à travers le monde, les dirigeants mondiaux — y compris les alliés des États-Unis, d’Israël et de l’Iran — devraient réaffirmer la nécessité de respecter les droits humains internationaux et le droit international humanitaire, condamner fermement les violations, exiger que les responsables rendent des comptes et veiller à ne pas se rendre complices de violations graves commises par les parties belligérantes.

L’article 1 commun aux Conventions de Genève de 1949 stipule que les États « s’engagent à respecter et à faire respecter » lesdites Conventions « en toutes circonstances ». Cette obligation contraint les parties au conflit au Moyen-Orient à respecter les Conventions et à en assurer le respect par leurs forces armées à tout moment, quelle que soit la conduite des autres parties.

Le commentaire faisant autorité du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) sur les Conventions de Genève précise que l’obligation de « faire respecter » les Conventions exige de tous les États parties qu’ils prennent des « mesures proactives » pour mettre un terme aux violations et « ramener une Partie au conflit qui s’écarte de la règle à une attitude de respect des Conventions, notamment en usant de leur influence sur cette Partie ». Cette obligation inclut le devoir de « prévenir les violations lorsqu’il existe un risque prévisible qu’elles soient commises ». Le droit international dispose également que les États doivent exercer leur influence, dans la mesure du possible, pour faire cesser les violations du droit international humanitaire.

Le conflit actuel au Moyen-Orient s’inscrit dans un contexte de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et d’actes de génocide en cours à Gaza — commis par Israël avec le soutien substantiel des États-Unis depuis le 7 octobre 2023 — ainsi que de crimes contre l’humanité perpétrés par l’Iran à l’encontre de sa propre population. L’impunité dont jouissent les auteurs, de même que le manquement des États à appliquer systématiquement le droit international humanitaire ailleurs — notamment au Soudan et en Ukraine — ont contribué au dangereux mépris, observé aujourd’hui, des règles conçues pour protéger les civils en temps de guerre.

« Les paroles des dirigeants ont des conséquences particulièrement lourdes en temps de guerre », a conclu Philippe Bolopion. « Une rhétorique qui tourne en dérision ou rejette les lois de la guerre est dangereusement corrosive, et peut être perçue comme encourageant de graves violations qui s’avèrent inévitablement préjudiciables aux civils. Il apparaît de plus en plus clairement que d’autres gouvernements devraient intervenir d’urgence, et faire pression pour mieux protéger les civils. »

Autres déclarations préoccupantes 

Les responsables américains, iraniens et israéliens ont fait plusieurs autres déclarations, dont certaines risquent de violer le droit international humanitaire :

Autres déclarations de hauts responsables américains :

Le 2 mars, Pete Hegseth a déclaré que les États-Unis menaient la guerre en Iran sans se soucier des « règles d’engagement stupides », faisant écho à des commentaires qu’il avait tenus tout au long de l’année 2025 au sujet de règles d’engagement jugées « écrasantes » et « contraignantes » ainsi que d’une « légalité tiède » ; il avait également affirmé en 2024 que les États-Unis « devraient combattre selon leurs propres règles » et non « selon des règles écrites par des hommes ayant une certaine dignité... il y a quatre-vingts ans ».Le 9 mars, Trump a déclaré que la marine américaine avait coulé un navire de guerre iranien au large des côtes du Sri Lanka parce qu’il est « plus amusant » (« more fun ») de couler des navires que de les capturer.Le même jour, Trump a affirmé que les États-Unis pourraient frapper de manière à « rendre pratiquement impossible pour l’Iran de se reconstruire un jour en tant que nation — Mort, Feu et Fureur régneront [sic] sur eux ».Le 13 mars, Trump a déclaré que les États-Unis avaient « démoli » l’île de Kharg — un îlot essentiel pour les infrastructures d’exportation pétrolière de l’Iran — mais qu’ils pourraient frapper « encore quelques fois, juste pour le fun » (« just for fun »).Toujours le 13 mars, Trump a indiqué que, bien que les États-Unis aient « jusqu’à présent... choisi de ne pas le faire », ils pourraient frapper « les centrales électriques qui produisent l’électricité [et] l’eau... Nous pourrions faire des choses si mauvaises qu’ils ne pourraient littéralement plus jamais se reconstruire en tant que nation ».

Autres déclarations de hauts responsables iraniens :

Un porte-parole du quartier général central iranien de Khatam al-Anbiya a déclaré le 8 mars que « tout point servant d’origine à une agression contre l’Iran constitue une cible légitime ».Le 14 mars, un média affilié au Corps des gardiens de la révolution islamique a affirmé que les « entreprises » américaines « seraient des cibles légitimes pour les forces armées iraniennes », dressant une liste de plusieurs cabinets américains de conseil en gestion et d’investissement.Également le 14 mars, un porte-parole des Gardiens de la révolution a publié le message suivant : « L’attaque contre des succursales de banques américaines constituait une riposte à l’attaque de l’ennemi contre deux banques iraniennes. Si l’ennemi réitère cet acte, toutes les succursales de banques américaines dans la région deviendront des cibles légitimes pour nous. »Le 16 mars, le général de brigade Ali Mohammad Naini — un porte-parole des Gardiens de la révolution qui aurait été tué lors d’une attaque israélienne le 20 mars — a déclaré que les forces iraniennes avaient pris pour cible tous les navires appartenant à une entité américaine ou israélienne, quel que soit leur pavillon.

Autres déclarations de hauts responsables israéliens :

Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a affirmé le 16 mars que « des centaines de milliers de chiites du sud du Liban [...] ne regagneront pas leurs foyers situés au sud de la zone du fleuve Litani tant que la sécurité des habitants du nord d’Israël ne sera pas garantie ».Dans une vidéo postée le 17 mars sur le compte X du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, ce dernier et l’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, plaisantent au sujet d’une « carte perforée » (« punch card »), répertoriant les individus que les Israéliens prennent pour cible en Iran. Netanyahu déclare : « Nous sommes en train de les éliminer » (« We are wiping them out »), ce à quoi Huckabee répond : « J’adore ça » (« I love it »).Le 22 mars, Israel Katz a menacé de « frapper l’Iran si durement qu’il sera renvoyé des décennies en arrière » et de mettre en œuvre, dans les villages frontaliers du sud du Liban, des politiques de démolition de maisons similaires à celles observées à Gaza.Le porte-parole arabophone de l’armée israélienne a publié à plusieurs reprises sur X des avertissements à l’attention de la population libanaise, affirmant que l’armée « n’hésiterait pas à prendre pour cible quiconque se trouverait à proximité de membres, d’installations ou de moyens de combat du Hezbollah » dans la banlieue sud de Beyrouth.

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