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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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20.03.2026 à 16:13

Hongrie : Netanyahou devrait être arrêté s’il se rend dans ce pays

Human Rights Watch

Click to expand Image Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, à gauche, était accueilli par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou à Jérusalem, le 19 juillet 2018.  © 2018 Debbie Hill/AP Photo

(Bruxelles, 20 mars 2026) – Les autorités hongroises devraient arrêter le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s'il entre sur le territoire hongrois, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Selon une source officielle, Benjamin Netanyahou devrait se rendre en Hongrie le 21 mars, afin de prendre la parole lors de la Conférence d'action politique conservatrice de Hongrie. Cette visite aurait lieu peu avant les élections législatives hongroises, prévues le 12 avril.

Le 21 novembre 2024, la Cour pénale internationale (CPI) a émis un mandat d'arrêt à l’encontre de Benjamin Netanyahou, ainsi que contre le ministre israélien de la Défense de l'époque, Yoav Gallant, pour des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre présumés commis dans la bande de Gaza depuis le 8 octobre 2023 au moins. Netanyahou et Gallant demeurent des fugitifs recherchés par la CPI. Les États membres de la CPI sont tenus de les arrêter s'ils entrent sur leur territoire.

« Malgré sa décision de quitter la CPI, la Hongrie demeure un État membre et est toujours tenue d’arrêter et de livrer les personnes recherchées par la Cour », a déclaré Alice Autin, chercheuse auprès du programme Justice internationale à Human Rights Watch. « En bafouant cette obligation, pour la deuxième fois en moins d’un an, la Hongrie renforcerait l’impunité pour les crimes graves commis en Palestine, et trahirait une fois de plus les victimes privées de justice depuis bien trop longtemps. »

La visite de Benjamin Netanyahou en Hongrie est prévue alors qu'Israël et les États-Unis mènent des milliers de frappes aériennes contre l'Iran, et que ce dernier riposte par des centaines de frappes contre Israël et les États du Golfe. Début mars, l’armée israélienne a intensifié ses attaques au Liban et a ordonné l’évacuation immédiate de vastes zones du sud du Liban et de la banlieue sud de Beyrouth, faisant naître un risque réel de commission du crime de guerre de déplacement forcé. L'escalade des hostilités et les risques croissants de violations graves du droit international humanitaire et des droits humains mettent en evidence l'urgence de respecter l'état de droit et de soutenir des instances crédibles pour rendre justice, telles que la CPI, a déclaré Human Rights Watch.

Depuis octobre 2023, les forces israéliennes ont commis des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité et des actes de génocide dans la bande de Gaza. Les restrictions persistantes imposées à l'aide humanitaire entrant à Gaza ont entraîné des pénuries critiques de médicaments, de matériel de reconstruction, de nourriture et d'eau.

En avril 2025, Benjamin Netanyahou s'est rendu en Hongrie, mais les autorités hongroises ne l'ont pas arrêté. En juillet, les juges de la CPI ont constaté que la Hongrie n'avait pas respecté son obligation de coopérer avec la Cour et ont transmis cette conclusion à son organe de contrôle, l'Assemblée des États parties. Lors de sa session annuelle en décembre, l'Assemblée a pris acte de cette décision de justice, mais n'a pas pris de mesures plus concrètes. Les États membres de la CPI devraient renforcer leur réponse à la non-coopération.

Lors de sa visite en avril 2025, le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a annoncé l’intention de son gouvernement de se retirer du traité de la CPI, le Statut de Rome. Le 2 juin 2025, les autorités hongroises ont officiellement notifié au Secrétaire général des Nations Unies le retrait de la Hongrie, qui prendra effet le 2 juin 2026, soit un an plus tard. Des juristes internationaux hongrois et des organisations de la société civile ont critiqué la décision de se retirer de la CPI.

Depuis 2010, Viktor Orbán a utilisé sa majorité parlementaire absolue pour saper l'indépendance du pouvoir judiciaire, réprimer les médias indépendants et les organisations de la société civile, diaboliser les migrants et les demandeurs d'asile, discriminer les personnes LGBT et bafouer les droits des femmes et des filles. En déclarant divers états de danger ou d’urgence, le gouvernement de Viktor Orbán a de fait gouverné par décret, court-circuitant complètement le Parlement.

L’Union européenne dispose d’un cadre juridique clair qui régit ses relations avec la CPI et son soutien à cette dernière. Human Rights Watch a déclaré que les États membres et les institutions de l'UE n'ont néanmoins pas pris les mesures suffisantes pour empêcher la mise à mal de la CPI par la Hongrie et l'atteinte plus générale de l'état de droit par Viktor Orbán.

En 2018, le Parlement européen a lancé une procédure au titre de l'article 7 du traité de l'Union européenne afin d'évaluer le risque que l'érosion de l'état de droit en Hongrie porte atteinte aux valeurs fondamentales de l'UE. Cependant, les États membres de l'UE, réunis au Conseil européen, n'ont, jusqu'à présent, pris aucune mesure concrète.

En mai 2025, la Commission européenne a indiqué qu'elle « analysait le retrait annoncé de la Hongrie de la CPI à la lumière de l'acquis communautaire », c'est-à-dire l'ensemble des lois de l'UE qui garantissent le respect des droits humains, de la démocratie et de l'état de droit. Or, rien n'indique que cette évaluation ait progressé.

Les dirigeants et les États membres de l'UE, ainsi que les autres pays membres de la CPI, devraient faire pression sur la Hongrie pour qu'elle revienne sur sa décision de se retirer de la Cour, lui rappeler publiquement ses obligations en tant que membre de la CPI et exhorter les autorités hongroises à coopérer avec la Cour en arrêtant Benjamin Netanyahou. Si la visite de ce dernier a lieu, ils devraient condamner fermement le refus persistant de la Hongrie de coopérer avec la Cour et réaffirmer sans ambiguïté leur engagement à exécuter tous les mandats d'arrêt en suspens de la CPI, quelles que soient les personnes visées, a déclaré Human Rights Watch.

La Commission européenne et les États membres de l’UE devraient également considérer la décision de la Hongrie de quitter la CPI comme un risque supplémentaire de violation grave des valeurs fondamentales de l’UE et envisager d’inclure ce retrait dans le champ d’application de la procédure actuelle prévue sous l’article 7. Ils devraient également évaluer les autres mesures et actions qui devraient être prises. Il pourrait s'agir notamment d'engager une procédure susceptible d'établir que la Hongrie a enfreint le droit de l'UE.

« Le gouvernement de Viktor Orbán s'apprête à nouveau à dérouler le tapis rouge pour Benjamin Netanyahou, alors qu'il est tenu de l'arrêter », a conclu Alice Autin. « Le silence et l'inaction persistante de l'UE risquent d'envoyer un dangereux message d'acquiescement alors que le gouvernement israélien continue d'être responsable d'atrocités. »

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20.03.2026 à 11:57

Un procès historique pour les crimes coloniaux belges va avoir lieu

Human Rights Watch

Click to expand Image (De gauche à droite) Les proches de Patrice Lumumba, figure emblématique de l'indépendance congolaise assassinée, Yema Lumumba, et Mehdi Lumumba, accompagnés de leurs avocats belges et allemands, tiennent une conférence de presse à Bruxelles, le 19 janvier 2026, à l'issue d'une audience devant un tribunal belge concernant d'éventuelles poursuites judiciaires liées à cet assassinat commis en 1961. © 2026 John Thys/AFP via Getty Images

Une décision rendue le 17 mars par un tribunal belge va permettre la mise en accusation pénale d’Étienne Davignon, le dernier ancien fonctionnaire belge encore en vie, pour son implication présumée dans l’assassinat de Patrice Émery Lumumba, le premier Premier ministre démocratiquement élu de la République démocratique du Congo, ainsi que de deux autres hauts responsables. Ces assassinats ont eu lieu en 1961, après l’indépendance du pays vis-à-vis de la domination coloniale belge.

Le procès devrait débuter en 2027.

La décision du tribunal belge d’ordonner le renvoi de Davignon devant les tribunaux offre une occasion historique de rendre justice pour les crimes de guerre présumés commis par des responsables belges pendant la décolonisation. Cette décision affirme implicitement que les crimes internationaux graves ne sont pas soumis à des délais de prescription en vertu du droit international et que le temps écoulé ne devrait pas soustraire les anciens acteurs coloniaux à leur responsabilité juridique.

Lors d’une conférence de presse virtuelle qui a suivi la décision du tribunal, la famille de Lumumba a souligné que, même si la justice a tardé à se faire, il n’est pas trop tard pour établir la vérité. Dans une déclaration, elle a déclaré : « Ce qui change aujourd’hui, c’est que le système judiciaire belge commence enfin à assumer ses propres responsabilités pour les actes commis au nom de la colonisation. Pour notre famille, ce n’est pas la fin d’un long combat, c’est le début d’un processus de reconnaissance que l’histoire exige depuis longtemps. »

Cette étape vers la justice soulève des questions importantes concernant le droit des victimes à un recours effectif et à des réparations en vertu du droit international, notamment la restitution, l’indemnisation, la réhabilitation, la satisfaction et les garanties de non-répétition.

En janvier 2026, le tribunal a entendu les arguments de la défense et de l’équipe juridique soutenant la famille de Lumumba, qui avait engagé une procédure pénale en 2011 contre onze citoyens belges, dont dix sont décédés depuis. L'affaire porte sur trois chefs d'accusation de crimes de guerre : le transfert illégal de Lumumba et de ses associés, le « traitement humiliant et dégradant » infligé à ces hommes, et la privation d'un procès équitable. De telles procédures contribuent à la « satisfaction » en tant que forme de réparation.

L'importance potentielle de cette décision dépasse largement le cadre de cette affaire. Lumumba reste une figure emblématique de l’indépendance africaine et des mouvements décoloniaux mondiaux. La persévérance de sa famille souligne le droit inaliénable de rechercher une justice réparatrice et pourrait inspirer des initiatives similaires dans d’autres contextes coloniaux.

Les gouvernements devraient prendre note de la décision de la cour et prendre des mesures concrètes pour remédier aux préjudices durables, aux pertes et aux traumatismes intergénérationnels causés par les injustices coloniales, notamment par le biais de réparations incluant la restitution de la dignité, des excuses officielles et la commémoration.

19.03.2026 à 20:33

Tanzanie : Des passants abattus lors de la répression post-électorale

Human Rights Watch

Click to expand Image Des policiers antiémeute étaient déployés pour disperser des manifestations à Dar es Salaam, en Tanzanie, lors des élections tenues le 29 octobre 2025 ; de violentes manifestations ont éclaté suite à la disqualification de deux dirigeants de l'opposition en tant que candidats à l’élection présidentielle. © 2025 Reuters/Onsase Ochando Les forces de sécurité tanzaniennes, qui ont réprimé les manifestations pendant et après les élections générales de 2025, ont tué et blessé des personnes qui ne participaient pas aux manifestations.Sur la base des premières enquêtes menées sur ces meurtres, Human Rights Watch estime que des centaines de personnes auraient été tuées à travers le pays. Les autorités tanzaniennes devraient reconnaître que l'impunité pour les violations des droits encourage la poursuite de la violence politique. Elles devraient mettre fin à la répression politique et à la détention des détracteurs du gouvernement, de membres de la société civile et de journalistes.

(Nairobi, le 19 mars 2026) – Les forces de sécurité tanzaniennes, lors de leur répression de manifestations pendant et après les élections législatives controversées de 2025, ont tué et blessé des personnes qui ne participaient pas à ces manifestations, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Human Rights Watch a recensé le meurtre de 31 personnes ne participant pas aux manifestations et a reçu des informations crédibles faisant état de 19 autres décès de ce type. Sur la base de ses premières recherches concernant le nombre de personnes tuées à l’échelle nationale, Human Rights Watch estime qu’au moins plusieurs centaines de personnes ont été tuées. La commission gouvernementale mise en place pour enquêter sur les violences liées aux élections devrait enquêter sur ces faits et d’autres abus, et veiller à ce que les responsables rendent des comptes.

« La répression éhontée menée par les autorités tanzaniennes contre la dissidence pendant les élections a dévasté la vie de nombreuses personnes », a déclaré Oryem Nyeko, chercheur senior auprès de la division Afrique à Human Rights Watch. « La commission d’enquête devrait rendre justice aux victimes, garantir l’obligation de rendre des comptes et veiller à ce que de telles violations ne se reproduisent plus. »

Après des semaines d’appels à manifester contre l’intensification de la répression politique, des manifestants sont descendus dans les rues de Dar es Salaam et d’autres villes le jour des élections présidentielle et législatives, le 29 octobre 2025. Les forces de l’ordre ont eu recours à des coups, à la force meurtrière et aux gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants et faire respecter un confinement national de cinq jours, tuant et blessant de nombreuses personnes, y compris des personnes qui ne manifestaient pas. Dans certains cas, selon des témoins, des militaires et des policiers ont mis en place des barrages routiers et empêché les blessés de se rendre à l’hôpital. Certains d’entre eux sont décédés.

Entre octobre 2025 et février 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 48 personnes, dont 34 témoins, 7 journalistes et 5 membres de la société civile et activistes, dans 6 régions administratives de Tanzanie : Arusha, Dar es Salaam, Geita, Mwanza, Ruvuma et Mjini Magharibi (à Zanzibar). Les chercheurs ont examiné des documents judiciaires et des reportages médiatiques ; ils ont aussi analysé 15 photographies et vidéos envoyées par des témoins ou publiées sur les réseaux sociaux, qui corroborent les témoignages.

Carte de la Tanzanie

Tanzania Election Protests – FR map Lieux où des passants ont été abattus lors de la répression post-électorale en Tanzanie. Graphisme © 2026 Human Rights Watch.

Des policiers chargés de faire respecter le confinement ont frappé et tiré sur des personnes, notamment des vendeurs, sur un marché de Buhongwa, un quartier de Mwanza, dans la matinée du 30 octobre, tuant au moins 7 personnes et en blessant environ 50 autres, selon des témoins. « Les policiers tiraient directement sur n’importe quel groupe de personnes », a déclaré un témoin.

Un homme âgé de 31 ans a déclaré que le 30 octobre 2025, des policiers intervenant lors de manifestations à Songea, dans le sud-ouest de la Tanzanie, lui avaient tiré dessus vers 16 heures, alors qu’il rentrait du travail : « Comme les coups de feu étaient tirés sans discernement, on entendait simplement le bruit des coups de feu, parfois au-dessus de nous ou passant en dessous. Je n’ai donc pas entendu le coup de feu, j’ai juste été surpris de sentir ma jambe engourdie. »

Les autorités ont arrêté plus de 2 000 personnes, dont des enfants, accusant nombre d’entre elles d’avoir détruit des biens publics et de trahison, un crime passible de la peine de mort. Le droit international interdit les arrestations et détentions arbitraires.

Un homme de 39 ans, chauffeur de boda boda (moto-taxi), a déclaré que la police de Dar es Salaam l’avait arrêté le 30 octobre alors qu’il transportait un client. Il a affirmé qu’ils l’avaient faussement accusé d’avoir participé aux manifestations, l’avaient violemment battu et l’avaient inculpé de trahison.

Il a finalement été libéré avec des centaines d’autres personnes le 24 décembre, après que la présidente Samia Suluhu Hassan eut demandé au directeur des poursuites publiques de réexaminer les dossiers des personnes arrêtées. Le conducteur a déclaré qu’il était dans l’incapacité de travailler en raison de blessures aux jambes causées par les coups.

Suite à la pression internationale, le 18 novembre, la présidence a formé une Commission indépendante composée d’anciens responsables et de fonctionnaires à la retraite afin d’« enquêter sur les événements ayant conduit à la rupture de la paix pendant et après les élections générales ». On ignore si le mandat de cette commission couvre les personnes tuées et blessées alors qu’elles ne manifestaient pas, ainsi que les arrestations arbitraires. La commission a prévu d’achever ses travaux le 3 avril.

Le 6 mars, Human Rights Watch a écrit à la police tanzanienne et à la commission d’enquête pour leur faire part de ses conclusions et leur demander des informations, mais n’a pas reçu de réponse.

Les normes nationales, régionales et internationales en matière de droits humains, y compris la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, à laquelle la Tanzanie est partie, interdisent le recours excessif à la force par les agents des forces de l’ordre et garantissent le droit à un recours en cas de violations graves des droits humains.

En vertu des Principes fondamentaux des Nations Unies sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu, les forces de sécurité ne doivent recourir à la force d’ e que lorsque les moyens non violents sont inefficaces et uniquement de manière proportionnée à la gravité de l’infraction et à l’objectif légitime à atteindre. Les agents des forces de l’ordre ne doivent utiliser des armes à feu que pour se défendre eux-mêmes ou défendre autrui contre une menace imminente de mort ou de blessure grave, ou, dans certaines circonstances, lorsque cela est nécessaire pour répondre à un crime grave impliquant une menace grave pour la vie. L'usage intentionnel et mortel des armes à feu n'est autorisé que lorsqu'il est strictement inévitable pour protéger la vie.

Les gouvernements préoccupés et les partenaires de développement de la Tanzanie devraient appeler publiquement le gouvernement à mener une enquête approfondie sur ces abus, à poursuivre les responsables et à garantir des réparations, a déclaré Human Rights Watch. Ils devraient également soutenir le rôle de la société civile dans la documentation des violations des droits humains.

« Les autorités tanzaniennes devraient reconnaître que l’impunité pour les violations des droits encourage davantage de violence politique », a conclu Oryem Nyeko. « Elles devraient mettre fin à la répression politique continue et à la détention de détracteurs du gouvernement, de membres de la société civile et de journalistes. »

Suite détaillée en anglais.

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Articles

RFI

19.03.2026 à 19:22

Bahreïn : Vague d'arrestations liées au conflit

Human Rights Watch

Click to expand Image Un épais nuage de fumée était visible dans le ciel de Manama, la capitale de Bahreïn, le 6 mars 2026, après l'interception d'un drone iranien, non loin des tours du complexe « Bahrain Financial Harbour » (à gauche), un centre financier où se trouve aussi l'ambassade d'Israël. © 2026 Reuters

(Beyrouth) – Les autorités bahreïniennes ont arrêté des dizaines de personnes pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression pacifique dans le contexte du conflit qui oppose les États-Unis et Israël à l’Iran, et réclament la peine de mort dans certains cas, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. 

 « En cette période critique, les autorités bahreïniennes devraient redoubler d’efforts pour protéger la population, et non arrêter des personnes simplement pour avoir manifesté pacifiquement ou publié des messages sur les réseaux sociaux », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse sur le Yémen et Bahreïn à Human Rights Watch. « Les autorités devraient mettre fin à de telles arrestations, libérer sans condition toutes les personnes détenues arbitrairement, et libérer temporairement d’autres détenus pour des raisons humanitaires. » 

Human Rights Watch a mené des entretiens avec neuf personnes, dont des proches de détenus et des membres de la société civile bahreïnienne, et a examiné et vérifié des informations partagées en ligne, notamment des déclarations, des publications sur les réseaux sociaux et des vidéos. 

Depuis le 28 février, Israël et les États-Unis ont mené des milliers d’attaques à travers l’Iran. Les forces iraniennes ont riposté par des vagues d’attaques de drones et de missiles, notamment contre Bahreïn, dont beaucoup visaient illégalement des cibles civiles. À Bahreïn, ces attaques ont tué au moins deux personnes et en ont blessé 46, selon l’Agence de presse de Bahreïn, la source d’information officielle. 

Dans le contexte de ces attaques, plusieurs pays ont intensifié leur répression contre leurs citoyens ayant exercé leur droit à la liberté d’expression. À Bahreïn, les autorités ont arrêté des dizaines de personnes pour avoir participé à des manifestations pacifiques en hommage à l’ayatollah Khamenei, l’ancien Guide suprême de l’Iran, ou pour avoir protesté contre les attaques américaines et israéliennes en Iran ; d’autres personnes ont été arrêtées après avoir publié des photos ou vidéos de ces attaques sur les réseaux sociaux, selon le Centre bahreïnien pour les droits humains (Bahrain Center for Human Rights, BCHR) et un activiste qui recense ces cas.

Le 6 mars, le Conseil de la défense civile du ministère de l’Intérieur a déclaré qu’il interdisait les manifestations « afin de respecter ses responsabilités en matière de sécurité publique face à l’agression flagrante de l’Iran contre le Royaume de Bahreïn ».

Dans une série de publications, le ministère de l’Intérieur a déclaré avoir arrêté au moins 40 personnes pour avoir publié certains contenus en ligne, pour des motifs allant de « l’utilisation abusive des réseaux sociaux » à « l’expression de sympathie envers l’agression iranienne, ce qui constitue un acte de trahison ». 

Le 1er mars, les autorités ont arrêté deux hommes, Hussein Naji et Ali Mahdi, qui marchaient vers l’ambassade des États-Unis, en tant que forme de manifestation pacifique. Quatre personnes interrogées par Human Rights Watch, dont un proche d’un homme détenu, ont déclaré que leur marche visait à protester contre les attaques américaines contre l’Iran, et était entièrement pacifique. Il a ajouté que les autorités avaient déclaré qu’elles poursuivraient les hommes pour « incitation à la haine contre le gouvernement [bahreïnien] ; trouble à l’ordre public en temps de guerre ; et soutien et approbation d’un État hostile à Bahreïn ».

Dans une autre affaire, les autorités bahreïniennes, dont certaines en civil, ont arrêté Muneer Mirza Ahmed Mushaima à son domicile le 4 mars. Fatima Mansor, son épouse, a déclaré qu’une trentaine d’hommes étaient arrivés vers 3 h 30 du matin à bord de plusieurs voitures –l’inscription « Ministère de l’Intérieur » figurant sur certaines d’entre elles –, avaient fait irruption dans la maison et arrêté son mari. Human Rights Watch a visionné une vidéo qu’elle a fournie, montrant cinq véhicules de patrouille s’arrêtant devant leur maison, d’où sont sorties au moins sept personnes, certaines en uniformes noirs et casques blancs, d’autres en civil. 

Fatima Mansor a déclaré que ces personnes s’étaient présentées comme des membres de la « Force de maintien de l’ordre » du ministère de l’Intérieur, mais qu’elles n’avaient fourni aucune preuve ni présenté de mandat de perquisition ou d’arrestation, même lorsqu’elle le leur avait demandé. 

Elle a indiqué que ces hommes avaient accusé son mari de « gérer un compte sur les réseaux sociaux [au contenu illégal] » ; mais son mari lui a dit que le téléphone utilisé comme preuve n’était pas le sien. Elle a ajouté que son mari avait été arrêté à plusieurs reprises depuis 2017. 

Dans un autre cas, Youssef Ahmed a déclaré que le 8 mars à 3 h 30 du matin, plusieurs hommes, apparemment des policiers en civil, se sont présentés chez lui et l’ont interrogé, ains que son fils de 16 ans. « Il y avait deux voitures banalisées sans insigne de police », a-t-il déclaré. « Même lorsqu’ils m’ont demandé ma carte d’identité, je leur ai demandé qui ils étaient, et ils ont répondu qu’ils étaient de la police, mais ils ne m’ont présenté aucun document. »  

Après avoir examiné le téléphone de son fils, les hommes sont partis, a-t-il ajouté, mais ils l’ont arrêté l’après-midi suivant. « Mon fils n’a participé à aucune manifestation », a-t-il déclaré. « Je ne sais pas pourquoi ils l’ont arrêté, et ils ne nous ont donné aucune information. Il n’y avait pas de mandat d’arrêt. »  

Un activiste a déclaré à Human Rights Watch que d’autres personnes détenues n’avaient pas pu passer d’appels téléphoniques à leur famille ou à des avocats, pendant plusieurs jours. L’une d’entre elles était Badoor Abdulhameed, qui a été arrêtée pour ses publications sur les réseaux sociaux. Elle a indiqué qu’elle n’avait pas été autorisée à passer un appel téléphonique avant le cinquième jour ayant suivi son arrestation, et que les autorités n’avaient pas informé sa famille de l’endroit où elle se trouvait, ce qui pourrait constituer un crime de disparition forcée.

Les disparitions forcées, dans lesquelles les autorités détiennent une personne puis refusent de révéler où elle se trouve ou quelle est sa situation lorsqu’on leur pose la question, constituent des crimes graves au regard du droit international et sont interdites en toutes circonstances tant par le droit international des droits humains que par le droit international humanitaire.

Plusieurs personnes arrêtées étaient des travailleurs migrants, qui représentent plus de 53 pour cent de la population, et sont soumis à un système abusif de parrainage de visas. 

« On nous a déjà dit que si la police nous arrêtait en raison de publications sur les réseaux sociaux, l’entreprise ne serait pas responsable », a déclaré un travailleur migrant qui vit à Bahreïn depuis sept ans. « Nous devons faire attention. Nous avons déjà reçu des messages nous enjoignant de ne rien faire de risqué. J’ai vu certaines personnes publier des messages sur TikTok. Je ne sais pas ce qui leur est arrivé… Même lorsque notre vie est en danger, s’ils ne nous autorisent pas à publier de vidéos, cela devient un peu étouffant. »

Le 9 mars, le parquet de Bahreïn a déclaré dans un communiqué qu’il avait « demandé au tribunal de prononcer des condamnations à mort à l’encontre de certains des accusés en raison de leur implication dans des activités d’espionnage ».

Le même jour, le Centre des médias de la police du ministère de l’Intérieur a annoncé l’arrestation de cinq Pakistanais et d’un Bangladais pour avoir prétendument « filmé, publié et partagé des vidéos relatives aux conséquences de l’agression perfide de l’Iran, exprimant leur sympathie et glorifiant ces actes hostiles d’une manière qui porte atteinte à la sécurité et à l’ordre public ».

Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), auquel Bahreïn est un État partie, protège les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique. Le Comité des droits de l’homme a précisé que ces droits s’appliquent à l’expression en ligne, ainsi qu’aux réunions pacifiques. 

Les normes internationales en matière de droits humains, y compris la Charte arabe des droits de l’homme, ratifiée par Bahreïn, obligent les pays qui appliquent la peine de mort à en limiter l’application à des circonstances exceptionnelles pour les « crimes les plus graves ».

Le gouvernement bahreïnien a recouru de plus en plus souvent à des lois répressives – notamment certains articles du code pénal, la loi antiterroriste, la loi sur la presse et les publications, ainsi que la législation sur la cybercriminalité – afin de restreindre davantage l’espace civique.

Cela s’ajoute à d’autres formes de répression de la liberté d’expression par le gouvernement bahreïnien, et à la détention arbitraire de dirigeants politiques et de défenseurs des droits humains, notamment Abdulhadi al-Khawaja, Hassan Mushaima, le Dr Abduljalil al-Singace, le cheikh Mohammed Habib Al-Muqdad et le cheikhh Ali Salman. Plusieurs détenus se sont vu systématiquement refuser des soins médicaux adéquats malgré leurs besoins médicaux urgents, causés dans certains cas par des actes de torture subis, ou par leur détention de longue durée.

Human Rights Watch s’oppose à la peine de mort dans tous les pays et en toutes circonstances. La peine capitale est unique par sa cruauté et son caractère irréversible, et sa détermination est souvent entachée de facteurs arbitraires, de préjugés et d’erreurs, a déclaré Human Rights Watch.

« Les autorités bahreïniennes utilisent le prétexte de la guerre pour justifier de nouvelles violations à l’encontre de la population du Bahreïn, y compris les travailleurs migrants », a conclu Niku Jafarnia. 

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19.03.2026 à 12:00

Comment HRW limite les risques lors de la publication d’analyses issues de sources ouvertes

Human Rights Watch

Click to expand Image Des manifestants bloquaient une route à Téhéran, en Iran, le 8 janvier 2026. © 2026 Anonyme/Getty Images

Shayan Sardarizadeh, journaliste avec la BBC Verify, a averti le 9 mars qu’il fallait faire preuve d’une grande prudence lors de la publication d’analyses de vidéos provenant d’Iran afin d’éviter d’exposer des personnes au risque d’être identifiées et détenues. Il a souligné le risque que la publication des coordonnées géographiques des vidéos puisse révéler les adresses personnelles des personnes qui les avaient filmées.

Il a illustré ce risque en mettant en avant deux vidéos récemment publiées par les services de renseignement du Corps des gardiens de la révolution islamique. Toutes deux montraient l’arrestation de plusieurs Iraniens, prétendument pour avoir filmé et partagé des vidéos de frappes américano-israéliennes qu’ils avaient prises depuis les fenêtres de leur domicile. Les vidéos comprenaient des « aveux » obtenus sous la contrainte de la part des détenus, tandis que des agents des services de renseignement les menaçaient de longues peines de prison.

Il s’agit là d’un avertissement que Human Rights Watch prend très au sérieux. Depuis janvier, Human Rights Watch a documenté des massacres de manifestants et de passants ainsi que leurs arrestations arbitraires et disparitions forcées en Iran. En l’absence d’accès physique au pays et face à un gouvernement qui a imposé de sévères restrictions en matière de communication, les informations provenant de sources ouvertes sont essentielles à nos enquêtes. Les chercheurs ont minutieusement géolocalisé une vidéo clé filmée pendant cette période sur une route principale d’une petite ville. Conformément aux principes de transparence de notre organisation, les chercheurs ont envisagé de mentionner le nom de la ville. Cependant, la vidéo a clairement été filmée depuis un immeuble d’habitation.

Bahar Saba, chercheuse sur l’Iran, a documenté la manière dont les forces de sécurité se rendaient au domicile des gens, fouillaient leurs téléphones et menaçaient et arrêtaient les personnes qu’elles soupçonnaient de mettre des vidéos en ligne.

Compte tenu de ce risque, les chercheurs ont décidé d’omettre le nom de la ville dans la vidéo et de ne pas préciser le lieu. Cette décision s’inscrit dans la politique de Human Rights Watch consistant à ne pas créer de liens hypertextes vers des images sensibles, notamment en évitant de mentionner les coordonnées ou de donner des descriptions détaillées d’images prises depuis le domicile d’une personne ou d’autres lieux sensibles, par mesure de précaution.

En période de guerre et de crise, les informations accessibles publiquement sont essentielles pour documenter les violations du droit international des droits humains et du droit international humanitaire. Human Rights Watch est conscient que, bien que ces informations soient publiques, leur partage comporte toujours un risque de mettre des personnes en danger. Les chercheurs de l’organisation limitent ce risque en excluant les informations détaillées susceptibles de mettre des personnes en danger, tout en travaillant en étroite collaboration avec des personnes disposant des connaissances contextuelles nécessaires pour aider à prendre ces décisions.

17.03.2026 à 21:08

Iran : Des frappes illégales contre les États du Golfe mettent en danger les civils

Human Rights Watch

Click to expand Image Un avion de la compagnie aérienne Emirates se dirigeait vers l'aéroport international de Dubaï aux Émirats arabes unis, le 16 mars 2026, près d’un énorme panache de fumée noire émanant d’un immeuble incendié lors d’une frappe iranienne non loin de l’aéroport.  © 2026 AFP via Getty Images

(Beyrouth) –Les civils des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG, ou GCC en anglais) sont gravement menacés par les frappes iraniennes menées en représailles aux attaques militaires des États-Unis et d’Israël contre l'Iran, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Bon nombre de ces attaques iraniennes ont touché des bâtiments résidentiels, des hôtels, des aéroports et des ambassades, et ont illégalement ciblé des infrastructures civiles telles que des centres financiers.

Depuis le 28 février, Israël et les États-Unis ont mené des milliers d'attaques à travers l'Iran. Les forces iraniennes ont riposté par des vagues d'attaques de drones et de missiles contre les États du Golfe, frappant l'Arabie saoudite, le Bahreïn, les Émirats arabes unis (EAU), le Koweït, Oman et le Qatar. Depuis le 28 février, l'Iran a lancé des milliers de drones et de missiles contre les pays du CCG, le plus grand nombre frappant les EAU.

Au 16 mars, les attaques avaient fait au moins 11 morts et 268 blessés parmi les civils, la majorité des victimes étant des travailleurs migrants, selon des sources gouvernementales du CCG. Parmi les personnes tuées, au moins 10 étaient des ressortissants étrangers. Certains décès ont été causés par des chutes de débris. 

« Des civils, en particulier des travailleurs migrants, sont menacés, tués et blessés par des drones et des missiles iraniens dans tous les États du Golfe », a déclaré Joey Shea, chercheuse senior sur l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis à Human Rights Watch. « Au lieu de faire semblant de s’excuser, les autorités iraniennes devraient prendre immédiatement toutes les mesures possibles pour protéger les civils dans toute la région du Golfe. » 

Human Rights Watch a enquêté sur des attaques iraniennes contre l'hôtel Fairmont The Palm et le Centre financier international de Dubaï (Dubai International Financial Centre, DIFC) aux EAU, et a examiné des informations relatives aux attaques contre l'aéroport international Zayed, l'aéroport international de Dubaï, l'aéroport international du Koweït, des immeubles résidentiels et l'hôtel Crowne Plaza au Bahreïn, le consulat des États-Unis à Dubaï et l'ambassade des États-Unis à Riyad. Les chercheurs ont également examiné des informations relatives aux attaques perpétrées contre d'autres zones civiles aux EAU. Ils n'ont pas été en mesure de confirmer la présence ou non de cibles militaires lors de ces attaques.

Le gouvernement iranien a affirmé cibler des sites où du personnel des États-Unis s'est redéployé depuis des bases voisines. Cependant, Ebrahim Jabbari, général du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) en Iran, a laissé entendre que l'Iran viserait des cibles civiles, affirmant que l'Iran « frapperait tous les centres économiques de la région », a rapporté l'AFP.

Le 8 mars, le président iranien Massoud Pezeshkian a présenté ses excuses pour les attaques iraniennes contre les pays du Golfe, affirmant qu’« il n’y aura plus d’attaques ni de tirs de missiles vers les pays voisins ». Pourtant, les attaques ont persisté. Un porte-parole du quartier général central iranien Khatam al-Anbiya a déclaré le 8 mars que « tout point servant d’origine à une agression contre l’Iran est une cible légitime ». Le 14 mars, un média affilié aux Gardiens de la révolution iraniens a déclaré que les « entreprises américaines seront les cibles légitimes des forces armées iraniennes », citant un certain nombre de sociétés américaines de conseil en gestion et d'investissement. 

Human Rights Watch a authentifié des vidéos publiées sur les réseaux sociaux, filmées pendant et juste après les attaques. Certaines ont initialement été géolocalisées par GeoConfirmed, une plateforme de vérification visuelle gérée par des bénévoles. Ces vidéos montrent des attaques et des dégâts contre des bâtiments résidentiels, des hôtels, des aéroports, des ambassades, des ports ainsi que des installations énergétiques au Bahreïn, au Koweït, au Qatar, en Arabie saoudite et aux EAU. Human Rights Watch s'est entretenu avec 16 personnes, dont des témoins, des journalistes, des touristes et des habitants des villes attaquées, ainsi que des membres de famille de trois travailleurs migrants tués au Bahreïn et aux EAU. 

Le 10 mars, Human Rights Watch a écrit aux autorités iraniennes, ainsi qu'en Arabie saoudite, au Bahreïn, aux EAU, au Koweït et à Oman. Au moment de la publication du présent document, l'Arabie saoudite, le Bahreïn, les EAU et le Koweït, n'avaient pas encore répondu. Les autorités omanaises ont accusé réception de la lettre, mais ont demandé un délai supplémentaire. Les autorités iraniennes ont réagi en écrivant : « Alors que la République islamique d’Iran rejette fermement les allégations infondées de certains pays de la région selon lesquelles l’Iran les aurait attaqués… l’Iran souligne une fois de plus que ses opérations défensives — ciblant des bases et installations militaires des États-Unis dans la région — ne sont en aucun cas dirigées contre la souveraineté ou l’intégrité territoriale d’un pays de la région. »

Les attaques iraniennes ont touché des zones civiles densément peuplées, notamment des sites touristiques populaires, en particulier aux EAU. Le 28 février, un drone d'attaque unidirectionnel Shahed-238 iranien a frappé le parvis de l'hôtel Fairmont The Palm, situé dans le quartier huppé de Palm Jumeirah à Dubaï. Les autorités locales ont fait état de quatre blessés. Les drones Shahed-238 auraient plusieurs variantes, toutes guidées soit par des systèmes mondiaux de navigation par satellite (Global Navigation Satellite Systems, GNSS), soit par un système de guidage radar, soit par des capteurs électro-optiques, et seraient équipées de fonctionnalités leur permettant de surmonter le brouillage pour améliorer leur précision. Bien que l'on ignore la précision exacte du missile Shahed-238, ainsi que l'étendue et l'efficacité des contre-mesures déployées par les EAU, ses systèmes de ciblage lui permettent d'être dirigé avec fiabilité vers des objets et des infrastructures de grande taille.

Les personnes interrogées ont indiqué que le personnel militaire des États-Unis n'est pas connu pour séjourner à l'hôtel Fairmont The Palm. Human Rights Watch n'a pas pu confirmer l'absence de personnel militaire dans l'hôtel au moment de l'attaque du 28 février, mais a pu confirmer le caractère civil de cet hôtel de luxe de 391 chambres.

Un client a raconté qu'il dînait au restaurant de l'hôtel lorsqu'il a « entendu un bruit ressemblant à celui d'un réacteur d'avion qui approchait… C'était très rapide et très bruyant. L'explosion était absolument terrifiante. »

Un autre témoin a vu le drone « passer juste au-dessus de nous et percuter le Fairmont ». Cette femme quittait une plage voisine avec des amis lorsqu'elle a entendu un sifflement provenant du drone avant qu'il ne percute le bâtiment. « On se dit forcément qu'on est fichus », a-t-elle confié. Après avoir couru vers la plage, ils « se sont retournés et ont vu le Fairmont en flammes. »

Depuis le 12 mars, des attaques de drones iraniens ont également ciblé des quartiers financiers des EAU, notamment le Centre financier international de Dubaï (DIFC) et ses environs, lors d'au moins trois incidents distincts. Le 14 mars, les Gardiens de la révolution iraniens ont déclaré : « Nous avertissons le régime des États-Unis d'évacuer toutes les industries étasuniennes de la région. » Un média affilié aux Gardiens de la révolution a affirmé que « ces entreprises seront des cibles légitimes pour les Forces armées iraniennes » et a diffusé une infographie identifiant les entreprises des États-Unis présentes dans la région. Le graphique répertorie un certain nombre d'entreprises des États-Unis et leurs adresses régionales, notamment KKR, une société américaine de capital-investissement et d'investissement, Boston Consulting Group, une société américaine de conseil en gestion, et Bain & Company, une société américaine de conseil en gestion. L'infographie indique les adresses des bureaux de Dubaï de ces entreprises, tous situés dans le quartier du DIFC. Le DIFC est l'une des zones économiques spéciales de Dubaï et constitue un important centre financier pour les entreprises opérant au Moyen-Orient. Ce quartier est une zone civile densément peuplée de Dubaï. 

Le 14 mars, un drone iranien a apparemment frappé l'ICD Brookfield Place, un immeuble de bureaux et de commerces de luxe situé dans le DIFC, abritant restaurants, salles de sport, salons de beauté et supermarchés. Des chercheurs ont géolocalisé une vidéo mise en ligne sur Telegram le soir même, montrant de la fumée s'échappant du bâtiment. Le 13 mars, l'AFP a rapporté que « des explosions ont secoué des bâtiments à Dubaï et qu'un important nuage de fumée planait au-dessus d'une zone centrale du centre financier ».

Les forces iraniennes, utilisant des drones, ont également mené des frappes contre des immeubles résidentiels à Dubaï. Aux premières heures du 12 mars, un drone iranien a frappé un immeuble résidentiel du quartier de Creek Harbour, provoquant un incendie, selon les autorités de Dubaï et des médias locaux et internationaux. Une vidéo géolocalisée par Human Rights Watch et mise en ligne sur X le 12 mars montre de la fumée s'échappant d'un étage supérieur. Une photographie publiée par le Bureau des médias de Dubaï montre des dégâts au même étage.

Lors d'un point de presse le 3 mars, le ministère de la Défense des EAU a déclaré que les autorités avaient intercepté des centaines de drones d'attaque unidirectionnels iraniens Shahed-136, ainsi que des dizaines de drones Shahed-107 et Shahed-238. Les autorités des EAU ont intercepté la grande majorité des attaques, avec un taux d'interception supérieur à 90 %, selon les chiffres du gouvernement.  

Les forces iraniennes auraient également attaqué plusieurs grands immeubles résidentiels et hôtels au Bahreïn, notamment l'immeuble résidentiel Era View le 28 février, l'hôtel Crowne Plaza le 1er mars et la Millennium Tower le 10 mars, d'après la vérification de vidéos par des chercheurs, l'examen d'informations publiées en ligne et des entretiens avec quatre personnes.

L'attaque contre la Millennium Tower a tué une femme bahreïnienne âgée de 29 ans et blessé huit personnes, selon le ministère de l’Intérieur du Bahreïn. Gulf Digital News, un journal basé au Bahreïn, a indiqué que cette femme a été tuée par des débris projetés lors de l'attaque, a également déclaré à Human Rights Watch une personne ayant reçu des informations de seconde main. 

Human Rights Watch a authentifié deux vidéos diffusées sur Telegram montrant un drone d'attaque unidirectionnel iranien Shahed-136 frappant l'immeuble résidentiel Era View, ainsi que des vidéos montrant les conséquences des attaques et les dégâts causés à deux autres bâtiments. Similaire au Shahed-238, le drone Shahed-136 est une arme guidée, principalement par le système satellitaire GNSS.

Le Département d'État des États-Unis a déclaré que deux employés du Département américain de la Défense avaient été blessés à l'hôtel Crowne Plaza de Manama, capitale du Bahreïn, a indiqué le Washington Post. Les personnes interrogées ont indiqué que des membres du gouvernement et de l'armée des États-Unis séjournaient fréquemment dans certains des bâtiments attaqués au Bahreïn, notamment le Crowne Plaza, mais que l'armée des États-Unis imposait des limites au nombre de militaires autorisés à séjourner simultanément dans un même bâtiment. Les chercheurs n'ont pas pu confirmer la présence de cibles militaires dans l'hôtel ou dans les deux immeubles résidentiels touchés au Bahreïn, mais ils ont confirmé leur utilisation par des civils. Tous ces bâtiments sont situés dans des quartiers résidentiels densément peuplés de Manama.

Des attaques iraniennes ont touché au moins trois aéroports internationaux dans les pays du Golfe. Les autorités aéroportuaires d'Abu Dhabi ont signalé que le 28 février, un drone a percuté l'aéroport international Zayed, entraînant la mort de Diwas Shrestha, un agent de sécurité népalais, et blessant sept autres personnes. Les autorités iraniennes ont bombardé à plusieurs reprises l'aéroport international de Dubaï. Le 28 février, l'autorité aéroportuaire de Dubaï a indiqué qu’un hall de l'aéroport international de Dubaï avait été endommagé lors d’une apparente attaque de drone iranienne. Quatre membres du personnel ont été blessés, selon les autorités de Dubaï. Des chercheurs ont géolocalisé une vidéo mise en ligne sur la plateforme X le 7 mars, montrant le moment où un drone a percuté un engin volant à proximité immédiate de l'aéroport, provoquant une suspension temporaire des vols. Une autre attaque de drone contre l'aéroport international de Dubaï le 16 mars a contraint l'Autorité de l'aviation civile de Dubaï à suspendre temporairement les vols. Les autorités de Dubaï ont indiqué qu’un drone avait endommagé un des réservoirs de carburant situés à proximité de l'aéroport international de Dubaï, provoquant un incendie qui a ensuite été maîtrisé. Deux vidéos géolocalisées par des chercheurs montrent un important panache de fumée s'élevant de la direction des réservoirs de stockage de carburant de l'aéroport. Une frappe de drone iranienne a touché l'aéroport international du Koweït le 28 février, blessant quatre Bangladais. 

Human Rights Watch n'a pas pu confirmer si ces trois aéroports, utilisés à des fins civiles, servaient également à des fins militaires ni si des cibles militaires s'y trouvaient au moment de l'attaque. 

L'aéroport du Koweït a déjà été utilisé par l’armée des États-Unis. Human Rights Watch n'a toutefois connaissance d'aucune preuve publique indiquant que les aéroports internationaux de Dubaï et de Zayed aient été utilisés récemment pour le transport d'armes ou de troupes. Le coût pour les civils des dommages et des perturbations causés à ces aéroports est élevé : l'aéroport international de Dubaï est l'aéroport le plus fréquenté au monde, selon OAG, un fournisseur de données aéroportuaires de premier plan, et a été un site clé pour les vols de rapatriement des civils fuyant le conflit. 

Les attaques iraniennes ont également ciblé à plusieurs reprises ce qui semble être des locaux diplomatiques des États-Unis dans tout le Golfe. Le 3 mars, une attaque de drone iranienne a touché le consulat des États-Unis à Dubaï, provoquant un incendie. Une vidéo mise en ligne sur X, filmée de l'autre côté de la rue, capte le son d'un drone quelques instants avant une forte explosion. La caméra effectue ensuite un panoramique vers le consulat, où l'on peut voir de la fumée et des flammes. 

Le 3 mars également, deux drones iraniens ont frappé l'ambassade des États-Unis à Riyad, provoquant un incendie et des dégâts mineurs, a indiqué le ministère de la Défense de l'Arabie saoudite. Une vidéo partagée avec Human Rights Watch, montrant les conséquences de l'attaque, révèle un incendie qui s'étend en direction du complexe de l'ambassade. Le 2 mars, des drones ont attaqué l'ambassade des États-Unis au Koweït, selon l’Agence France-Presse. Le 6 mars, le Département d’État des États-Unis a annoncé la suspension des opérations de l’ambassade des États-Unis à Koweït Ville.

Les travailleurs migrants ont été fortement touchés par les attaques et les débris des systèmes de défense aérienne. Le 28 février, une attaque iranienne a tué un ressortissant bangladais, Saleh Ahmed, à Ajman, aux Émirats arabes unis. Ahmed était en train de collecter de l'eau pour la livrer dans le quartier d'Al Talla lorsque des débris, vraisemblablement issus d'une attaque, ont percuté son camion-citerne. La cabine a été perforée et l'arrière endommagé, blessant Ahmed et deux autres personnes, un Bangladais et un Pakistanais, a déclaré le fils d'Ahmed, Mohammad Abdul Haq. Ahmed est décédé et les deux autres personnes ont été blessées. 

Depuis le début du conflit, les forces iraniennes ont également attaqué ou frappé des États situés en dehors des pays du Conseil de coopération du Golfe, notamment l'Azerbaïdjan, l'Irak, Israël, la Jordanie, la Syrie et la Turquie. 

Le droit international humanitaire exige de toutes les parties au conflit qu'elles fassent la distinction entre objectifs militaires et biens civils, et qu'elles ne ciblent que les objectifs militaires. Ces derniers se limitent aux « objets qui, par leur nature, leur emplacement, leur finalité ou leur utilisation, contribuent efficacement à l'action militaire et dont la destruction, la capture ou la neutralisation, partielle ou totale, compte tenu des circonstances, procure un avantage militaire certain ».

Le droit international humanitaire exige également des parties à un conflit qu’elles « prennent toutes les précautions possibles » pour éviter ou réduire les pertes civiles accidentelles. Toute attaque doit respecter le principe de proportionnalité, notamment en tenant compte de son impact probable sur les civils et les biens civils. Les attaques sont interdites si leur objectif principal est de semer la terreur parmi la population civile. Les violations graves du droit de la guerre commises avec une intention criminelle, c’est-à-dire délibérément ou par imprudence, constituent des crimes de guerre.

Contrairement à ce qu'ont affirmé les autorités iraniennes, le fait que des entreprises aient des intérêts ou des liens avec des propriétaires américains ne les rend pas, de ce seul fait, légitimes comme objets militaires.

« La riposte iranienne semble consister à frapper des civils et des infrastructures civiles, dévastant des vies et des moyens de subsistance dans tout le Golfe », a conclu Joey Shea. 

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