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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

▸ Les 20 dernières parutions

22.10.2026 à 11:01

Le Burkina Faso rétablit la peine de mort

Human Rights Watch

Click to expand Image Des soldats burkinabè patrouillaient à bord d'un pick-up sur la route reliant la ville de Dori au camp de réfugiés de Goudebo, au Burkina Faso, le 3 février 2020. © 2020 Olympia de Maismont/AFP via Getty Images

Le parlement non élu du Burkina Faso a adopté à l’unanimité un nouveau code pénal qui rétablit la peine de mort pour haute trahison, terrorisme, actes d’espionnage, parricide et importation de produits périmés ou prohibés. Le pays avait aboli la peine de mort pour les crimes de droit commun en 2018, tandis que sa dernière exécution judiciaire connue remonte à 1988. 
 

Le rétablissement de la peine capitale envoie un message effrayant aux détracteurs de la junte et risque de devenir un outil supplémentaire de répression de la dissidence. Depuis le coup d’État militaire de septembre 2022, la junte burkinabè n’a cessé de démanteler les droits civiques et politiques. Les autorités ont interdit des médias, suspendu des syndicats et des organisations de la société civile, aboli le multipartisme et soumis les détracteurs à des détentions arbitraires, des disparitions forcées, des conscriptions illégales et des actes de torture. 
 

Le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala, a défendu la décision de rétablir la peine de mort, en la qualifiant de mesure nécessaire pour lutter contre le terrorisme. Il a déclaré que les groupes armés exploitaient la clémence de l’ancienne loi en promettant à leurs nouvelles recrues qu’elles ne risqueraient pas plus que la réclusion à perpétuité si elles étaient reconnues coupables d’actes terroristes. 
 

Human Rights Watch s’oppose à toute forme de peine capitale en raison de sa cruauté inhérente. Les lacunes du système judiciaire burkinabè ne feront qu’exacerber l’injustice découlant des condamnations à mort. Toutes les affaires liées au terrorisme sont traitées par le Pôle judiciaire spécialisé dans la répression des actes de terrorisme, créée en 2017. En avril, Human Rights Watch a constaté que la lenteur des enquêtes menées par ce tribunal spécial ainsi que de graves manquements procéduraux portaient atteinte au droit des prévenus à un procès équitable. 
 

Un jour, un ancien juge de la cour antiterroriste m’avait expliqué que les juges maintenaient parfois des suspects en détention malgré l’insuffisance de preuves, craignant que l’armée ne les exécute sommairement s’ils étaient remis en liberté. Il avait décrit ce dilemme en ces termes : « Il vaut mieux violer le droit à la liberté pour préserver leur droit à la vie. » Avec le retour de la peine de mort, même ce sombre calcul pourrait ne plus tenir la route. 
 

Faire marche arrière sur la question de la peine de mort va à l’encontre d’un mouvement international plus large en faveur de son abolition. L’Assemblée générale des Nations unies et la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples ont exhorté les États à instaurer des moratoires sur les exécutions, à restreindre le champ d’application de la peine capitale et à réduire progressivement le nombre d’infractions passibles de la peine de mort, en vue de son abolition définitive. 

Le rétablissement de la peine de mort ne résoudra pas la crise sécuritaire que traverse le Burkina Faso. Dans un système déjà entaché de graves manquements aux garanties procédurales, la peine de mort ne fait qu’accroître le risque d’injustice irréversible. 

22.10.2026 à 06:00

Mali : L’armée et l’Africa Corps, contrôlé par la Russie, ont commis de nouveaux abus

Human Rights Watch

Click to expand Image Conséquences de l'attaque apparemment menée par un drone militaire malien le 16 septembre 2026 dans le village de Guélédié, situé dans la région de Mopti au Mali. Captures d'écran d’une vidéo analysée et géolocalisée par Human Rights Watch.   © 2026 Privé

(Nairobi) – Les forces armées maliennes et leur allié, l’Africa Corps contrôlé par la Russie, ont commis de nouvelles atrocités contre des civils dans le centre du Mali dans un contexte de reprise des combats, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Le 16 septembre 2026, une frappe de drone manifestement menée par l’armée contre le village de Guélédié, dans la région de Mopti, a tué huit civils et en a blessé au moins six autres. Entre mai et août, les forces de l’armée malienne et de l’Africa Corps ont détenu, dans des conditions inhumaines, de nombreux prisonniers dans un conteneur métallique sur une base militaire à Sévaré, dans la région de Mopti ; plusieurs d’entre eux y ont été violemment battus et torturés, notamment par des chocs électriques et des simulacres de noyade.

« Les civils sont les premiers touchés par l’incapacité de la junte malienne à contrôler ses forces et ses alliés, responsables d’abus », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Ces dernières atrocités impliquent l’armée malienne ainsi que l’Africa Corps contrôlé par la Russie, et pour lequel les autorités russes devraient également rendre des comptes. »

L’offensive de l’armée malienne intervient après des attaques coordonnées lancées à travers le Mali par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, JNIM) lié à Al-Qaïda et le Front de libération de l’Azawad (FLA) à la fin du mois d’avril. Les forces maliennes et leur allié, l’Africa Corps, ont tué des civils, dont de nombreux enfants, et détruit des biens civils et des établissements de santé lors de frappes aériennes et d’autres attaques.

Human Rights Watch a mené des entretiens à distance avec 15 personnes entre août et septembre, dont 3 témoins à Guélédié, 4 anciens détenus à la base militaire de Sévaré et 8 membres d’organisations non gouvernementales. Human Rights Watch a adressé des courriers aux ministres de la Défense malien et russe au début du mois d’octobre, mais n’a reçu aucune réponse.

Guélédié

Le 16 septembre, vers 10 heures du matin, un drone apparemment militaire a largué une munition sur des civils à la périphérie du village de Guélédié, tuant huit hommes âgés de 25 à 40 ans, et blessant six autres hommes. Les villageois s’étaient rassemblés autour d’un arbre, où un homme proposait un accès Internet payant via Starlink. Des habitants ont indiqué que les combattants du GSIM utilisaient souvent ce service pour soutenir leurs opérations.

Des témoins ont expliqué qu’un drone avait survolé le village pendant environ une heure avant de larguer sa munition, ce qui suggère que la zone était surveillée. « Le drone est passé au-dessus du village vers 9 heures du matin et est revenu au moins quatre fois », a déclaré un homme de 40 ans. « Il était blanc et avait de longues ailes minces et droites. Il virevoltait, disparaissait et revenait. » Cette description correspond largement aux drones de grande taille dont l’utilisation par le gouvernement malien est avérée.

Des témoins ont déclaré que le GSIM disposait d’une base à Guélédié et que plus de 100 combattants de ce groupe armé étaient présents dans le village au moment de la frappe, même si aucun combattant du GSIM ne figurait parmi les victimes. Ils ont également indiqué que des combattants du GSIM avaient averti la population locale par WhatsApp de la possibilité d’une frappe de drone sur le site de l’accès à Starlink, avant de quitter la zone avec de nombreux civils. Des témoins ont expliqué que seuls 14 civils étaient restés sur le site, pour continuer à utiliser la connexion, lorsque le drone a largué sa munition.

« L’explosion était assourdissante – vraiment très forte », a raconté un villageois de 30 ans. « J’ai vu une fumée noire très épaisse surgir de la zone de connexion à Starlink. »

Un professionnel de santé âgé de 52 ans a indiqué s’être rendu sur les lieux environ une heure plus tard et avoir trouvé six hommes morts et sept blessés « avec des brûlures sur le corps », dont l’un est décédé sur place. Il a ajouté qu’il a appelé le commandant de la base militaire de Ténenkou et lui a dit qu’il emmènerait les blessés au Centre de santé de référence de Ténenkou. « [N]on seulement il a refusé catégoriquement que nous les évacuions », a relaté le professionnel de santé, « mais il m’a aussi ordonné de ne pas leur porter secours. Pour lui, c’étaient des combattants du GSIM, et il m’a dit que le drone n’aurait pas pu cibler des civils. »

Les blessés ont finalement été évacués. Dans un communiqué du 24 septembre, Médecins Sans Frontières (MSF) a indiqué que son personnel dans le centre de santé avait soigné quatre personnes « gravement blessées » présentant des « brûlures sur tout le corps », et qu’une personne était « décédée peu de temps après son arrivée ».

Human Rights Watch a vérifié une vidéo partagée par des témoins et montrant les conséquences de la frappe, et l’a géolocalisée dans une zone à environ 600 mètres au nord-est du centre du village. On y voit les corps de trois hommes, deux sous un arbre calciné et brisé, et un dans un étang voisin. Deux motos brûlées et un panneau solaire détruit sont également visibles.

Dans un communiqué du 17 septembre, le chef d’état-major des Forces armées maliennes a déclaré que le 16 septembre, des unités militaires avaient « repéré, au nord-est de Guélédié, région de Mopti, des éléments terroristes dissimulés sous couvert végétal », disposant de « matériels de guerre et de moyens de communication satellitaire », avant de les « neutralis[er] » et de détruire leur équipement.

La junte malienne recourt de plus en plus souvent à des frappes aériennes contre les groupes armés. Human Rights Watch, d’autres organisations de défense des droits humains et plusieurs médias et organisations menant des investigations ont documenté des frappes aériennes qui ont tué des civils.

Sévaré

L’armée malienne et l’Africa Corps ont placé des centaines de civils en détention lors d’opérations de contre-insurrection à travers le Mali, et ont détenu illégalement de nombreuses personnes dans des bases militaires. Human Rights Watch, d’autres groupes de défense des droits humains et les médias ont documenté des actes de torture dans plusieurs bases.

Le 7 mai, des soldats et des combattants d’Africa Corps ont arrêté un civil de 30 ans à son domicile à Guirowel, un village situé dans une zone contrôlée par le GSIM dans la région de Mopti. Le 4 juillet, ils ont arrêté trois étudiants coraniques, âgés de 32, 37 et 40 ans, dans le village de Thy, dans la région de Mopti, après une attaque du GSIM contre une position militaire dans ce village.

Les quatre hommes ont raconté plus tard que les forces les avaient emmenés à la base militaire Hamadoun Bocary Barry de Sévaré, où ils ont été détenus au secret dans un conteneur d’expédition d’environ 20 mètres de long, sans fenêtres, ni toilettes, ni installations sanitaires, dans une chaleur extrême et sans ventilation, aux côtés de dizaines d’autres personnes. Les hommes ont décrit qu’ils recevaient une petite quantité de nourriture de mauvaise qualité une fois par jour, qu’on leur refusait les soins médicaux nécessaires et qu’ils subissaient des violences verbales.

« Nous recevions un petit morceau de pain et parfois des haricots, ainsi qu’une demi-bouteille d’eau une fois par jour », a raconté l’homme de 32 ans. « La chaleur était insupportable.Le premier jour, nous étions 27, mais au fil des jours, nous avons dépassé les 70 personnes. Nous faisions nos besoins dans un seau, qui était toujours plein et se déversait sur le sol. Ils ne le vidaient pas. »

Les hommes ont déclaré avoir identifié les soldats maliens grâce à leurs uniformes et aux langues qu’ils parlaient, notamment le français, le bambara et le peul. Ils ont indiqué que les combattants de l’Africa Corps avaient « la peau claire » et parlaient une langue étrangère qu’ils ne comprenaient pas.

Trois des hommes ont expliqué que des soldats maliens et des combattants de l’Africa Corps les avaient torturés à plusieurs reprises dans une pièce d’un bâtiment situé près de l’entrée de la base, le long de la route principale de Sévaré, de sorte qu’ils pouvaient entendre les bruits de la circulation. La pièce comportait un lit métallique, un baril rempli d’eau, une table et des fils électriques sur le sol. C’est là que les hommes ont décrit avoir été torturés et interrogés pour leur faire avouer une prétendue association avec le GSIM.

L’habitant de Guirowel a déclaré que des membres de l’armée malienne et de l’Africa Corps l’avaient torturé à deux reprises, chaque fois pendant environ deux heures. « J’ai failli perdre la vie lorsque deux militaires russes m’ont noyé dans une barrique d’eau », a-t-il raconté. « Chaque fois que je perdais connaissance, on me réanimait avec une décharge électrique et on me noyait encore. Ils m’ont brulé les fesses avec du plastique brûlé, et ils allumaient aussi un chiffon sur mon dos. Ils m’ont forcé à donner des informations sur le GSIM et à admettre que j’étais un combattant. »

L’homme de 37 ans a raconté qu’un soldat malien l’avait attaché à un lit et lui avait demandé : « Dis-nous tout ou nous te tuerons. » Puis « les coups ont commencé à pleuvoir sur mes fesses et sur mon dos. “Parle !”, m’ont-ils dit. [Un] soldat m’a étranglé et m’a cogné la tête contre le lit. Je ne me souviens de rien après ça. »

L’homme de 40 ans a décrit que des soldats lui avaient attaché les pieds à un lit et avaient menacé de le tuer s’il ne divulguait pas d’informations sur les combattants du GSIM. « On m’a frappé sur les fesses, on a mis le feu à mon dos », a-t-il expliqué. « Un soldat a attrapé mon sexe et y a appliqué du courant électrique », tandis qu’un autre « versait de l’eau sur mon dos et me frappait ».

Les hommes ont indiqué que plusieurs détenus étaient morts dans le conteneur à la suite de tortures. « Quand un détenu était sur le point de mourir, nous donnons des coups à la porte pour alerter les gardes », a raconté l’homme de 40 ans. « Ils nous disaient de ne les informer que lorsqu’une personne était morte. Ils n’avaient aucune pitié. Huit personnes sont mortes pendant ma détention. »

Les militaires ont libéré les trois hommes de Thy le 20 juillet et l’homme de Guirowel le 6 août. Des membres de leur famille auraient payé aux militaires 1,8 million de francs CFA (3 000 dollars US) pour les trois hommes de Thy et 1 million de francs CFA (1 800 dollars US) pour l’homme de Guirowel afin d’obtenir leur libération.

Toutes les parties au conflit armé au Mali sont soumises au droit international humanitaire, notamment à l’article 3 commun et au protocole II aux Conventions de Genève de 1949, ainsi qu’au droit de la guerre coutumier. Les parties doivent prendre toutes les précautions possibles avant une attaque, notamment en vérifiant que la cible est un objectif militaire. Les attaques qui n’ont pas d’objectif militaire ou qui ne font pas de distinction entre les civils et les militaires sont des attaques indiscriminées illégales.

Toute personne privée de liberté doit être traitée avec humanité en toutes circonstances et protégée contre le meurtre, la torture et les traitements cruels, humiliants et dégradants. Le fait de refuser des soins médicaux aux blessés ou aux détenus peut constituer un crime de guerre. Les individus qui commettent des violations graves du droit de la guerre avec une intention criminelle ou qui sont impliqués au titre de la responsabilité de commandement peuvent faire l’objet de poursuites pour crimes de guerre.

En mars, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a renouvelé le mandat de l’Expert indépendant sur le Mali, afin d’évaluer la situation des droits humains et d’aider les autorités nationales à promouvoir les droits humains et l’État de droit.

« Ces abus récents devraient servir de triste rappel pour inciter les gouvernements préoccupés et les institutions internationales à faire pression sur les autorités maliennes, afin qu’elles mènent des enquêtes crédibles sur les abus commis par l’armée et traduisent les responsables en justice », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU devrait renforcer sa surveillance de la situation au Mali, et prendre des mesures pour empêcher de nouveaux abus. »

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Articles

TV5Monde  

21.10.2026 à 07:00

Vietnam : Entraves à la création de syndicats indépendants

Human Rights Watch

Click to expand Image Un ouvrier horticole tenant une pelle aménageait une parcelle fleurie devant un panneau arborant le sigle du Parti communiste vietnamien à Hanoï, le 5 octobre 2020.   © 2020 Nhac Nguyen/AFP via Getty Images   Le gouvernement vietnamien réprime systématiquement le droit des travailleurs à former des syndicats indépendants, malgré les accords commerciaux qui l’obligent à respecter les droits des travailleurs.Les autorités ont à plusieurs reprises tenu des propos mensongers, trompeurs et fallacieux concernant leur prétendu soutien à la création de syndicats indépendants, tout en indiquant clairement leur hostilité à toute tentative de défendre les droits des travailleurs. Le gouvernement a régulièrement recouru à certains articles du code pénal pour poursuivre des défenseurs des droits humains.Le gouvernement vietnamien devrait mettre en œuvre les réformes qu’il s’est engagé à mener. Ses partenaires commerciaux devraient faire face à la réalité, et indiquer clairement au gouvernement que le non-respect de ses engagements en matière de droits des travailleurs aura des conséquences.

(New York, le 21 octobre 2026) ‒ Le gouvernement vietnamien bafoue systématiquement le droit des travailleurs à former des syndicats indépendants, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Malgré les engagements pris envers ses partenaires commerciaux dans le cadre de plusieurs accords de libre-échange, le gouvernement n’a pas mis en place de réformes significatives permettant la formation de syndicats capables de fonctionner librement, et réprime systématiquement les tentatives de créer des syndicats indépendants. 

21 octobre 2026 “There Are No Trade Unions in Vietnam”

Ce rapport de 49 pages, intitulé « “There Are No Independent Trade Unions in Vietnam” : Hanoi’s Continuing Assault on Workers’ Right to Organize » (« “Il n’y a pas de syndicats indépendants au Vietnam” : L’attaque incessante de Hanoï contre le droit des travailleurs à s’organiser »), documente le recours continu du gouvernement vietnamien à des lois pénales vagues et d’une portée excessive pour réprimer les activités des défenseurs des droits humains dont ceux des travailleurs, tout en entretenant un climat de répression visant à entraver la création de syndicats indépendants. Le gouvernement a publié des décrets et des articles dans les médias d’État qui réaffirment que toutes les organisations syndicales au Vietnam relèvent de l’autorité du gouvernement, et qui présentent les syndicats indépendants comme des entités dangereuses et anti-étatiques. 

« Les autorités à Hanoï ont à maintes reprises tenu des propos fallacieux, trompeurs et mensongers au sujet des droits des travailleurs, tout en vantant les prétendues réformes du Vietnam pour laisser entendre qu’elles autorisent la création de syndicats », a déclaré John Sifton, directeur du plaidoyer auprès de la division Asie à Human Rights Watch. « En réalité, le gouvernement vietnamien reste profondément hostile à l’idée même de syndicats indépendants, ce qui explique pourquoi il n’en existe toujours aucun. » 

Human Rights Watch a mené des entretiens plus de 30 travailleurs, défenseurs des droits humains, experts en droit du travail et autres questions juridiques, ainsi que d’autres personnes bien informées de la situation des droits des travailleurs au Vietnam. L’organisation a également analysé les lois et réglementations vietnamiennes, et passé en revue des articles consacrés aux questions liées au domaine du travail, parus dans les médias d’État vietnamiens.

Les responsables vietnamiens ont déclaré à plusieurs reprises et publiquement que les réformes juridiques de 2021 permettaient aux travailleurs de s’organiser, et que le Vietnam comptait des milliers de syndicats « de base » (« cơ sở »). Ces affirmations s’adressaient principalement aux partenaires commerciaux dans le cadre de divers accords économiques. Il s’agit notamment de l’Accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Vietnam (EU-Vietnam Free Trade Agreement, EVFTA) de 2020, d’accords ultérieurs entre le Royaume-Uni et l’Association européenne de libre-échange (AELE, ou EFTA en anglais). En 2019, le Vietnam a également cosigné l’Accord global et progressif de partenariat transpacifique (Comprehensive and Progressive Agreement for Trans-Pacific Partnership, CPTPP), qui regroupe plusieurs pays dont l’Australie, le Brésil, le Canada, le Japon, le Mexique et le Royaume-Uni.

En signant ces accords, le Vietnam s’engageait à entreprendre des réformes permettant l’existence de syndicats indépendants. En 2021, le gouvernement a procédé à certaines modifications législatives censées autoriser la création d’« organisations [indépendantes] de travailleurs », mais n’a par la suite mis en place aucun cadre réglementaire permettant de les constituer.

Les seuls mécanismes juridiques dont disposent les travailleurs vietnamiens pour faire valoir leurs droits du travail relèvent d’entités autoproclamées « syndicats », mises en place sous l’autorité de la Confédération générale du travail du Vietnam (CGTV, ou VGCL en anglais). En vertu de la législation vietnamienne, la CGTV et ses départements relèvent explicitement du contrôle du Parti communiste vietnamien au pouvoir. Les responsables du Parti choisissent ou approuvent les dirigeants à tous les niveaux, et le gouvernement assure leur financement, qui provient des cotisations obligatoires versées par les employeurs et les travailleurs. Ces entités dites « syndicats » ne répondent donc pas aux critères juridiques prévus par le droit international pour être considérées comme des syndicats indépendants, a déclaré Human Rights Watch. 

Si les entités de la CGTV mènent parfois des activités censées traiter des questions liées au travail, leurs efforts sont limités et ne représentent pas véritablement les travailleurs ; en fin de compte, elles agissent dans l’intérêt du Parti communiste. Aucune de ces entités n’a jamais appelé à la grève, ni mené d’actions de confrontation contre les employeurs.

« Un syndicat devrait disposer de sa propre liberté, et de la liberté de se développer », a déclaré à Human Rights Watch un organisateur syndical en exil. « Mais le Parti reste à la tête de tout, au Vietnam. »

Même si des organisations de travailleurs indépendantes pouvaient se former au Vietnam, les dispositions actuelles du droit du travail vietnamien ne répondent pas aux normes internationales et sont insuffisantes pour protéger les droits des travailleurs, a déclaré Human Rights Watch.

L’intolérance du gouvernement à l’égard des syndicats indépendants a porté atteinte à d’autres droits du travail des travailleurs vietnamiens, a ajouté Human Rights Watch. Sans la liberté de former des syndicats indépendants, les travailleurs vietnamiens sont moins à même de négocier efficacement ou de réclamer des salaires plus élevés, de meilleures conditions de travail, ou des voie de recours ou des réparations pour des griefs individuels et collectifs liés au travail.

Des travailleurs ont déclaré que même si le gouvernement adoptait des procédures permettant la création d’organisations syndicales indépendantes, les autorités abuseraient probablement des dispositions du code pénal vietnamien pour s’en prendre aux organisateurs. Le gouvernement utilise depuis longtemps le droit pénal pour poursuivre les défenseurs des droits humains, dont ceux des travailleurs, et pour réprimer la création d’organisations indépendantes. 

Prisonniers politiques au Vietnam Brefs profils (en anglais)

Depuis des décennies, les autorités emprisonnent des journalistes, blogueurs et activistes indépendants de premier plan, dont plusieurs ont défendu les droits des travailleurs. À n’importe quelle période au cours des dix dernières années, le Vietnam comptait au moins 150 à 180 prisonniers politiques, soit en attente de jugement, soit incarcérés à la suite de condamnations inéquitables. La répression s’est intensifiée plus récemment : rien qu’en 2025 et 2026, les autorités ont emprisonné plus de 50 dissidents.

Les autorités ont spécifiquement pris pour cible les défenseurs des droits humains et les organisateurs syndicaux qui ont soulevé des questions relatives aux droits dans le cadre de l’accord commercial de 2021 avec l’UE, et ont même emprisonné certains de leurs propres fonctionnaires impliqués dans les négociations avec l’UE sur les questions relatives au droit du travail.

De nombreuses déclarations et articles en vietnamien rédigés par des responsables révèlent les opinions négatives et la profonde hostilité des autorités à l’égard des syndicats indépendants. Les responsables cités dans les médias contrôlés par le gouvernement dépeignent les potentiels syndicats indépendants comme des forces « réactionnaires » opposées au Parti communiste, se livrant à des complots « subversifs » et « sinistres » visant à affaiblir le gouvernement et les syndicats qu’il contrôle, animées par la volonté de « s’opposer à l’État » et de « semer l’instabilité sociale ». L’un de ces articles est intitulé « Avertissements concernant des crimes ».

Le gouvernement vietnamien devrait ratifier et mettre en œuvre sans délai tous les traités pertinents de l’Organisation internationale du travail et fixer un calendrier précis pour autoriser la création de syndicats véritablement indépendants, a déclaré Human Rights Watch. Les partenaires commerciaux du Vietnam devraient faire pression sur le gouvernement pour qu’il respecte ses engagements et libère tous les défenseurs des droits humains – y compris ceux des travailleurs – qui sont emprisonnés simplement pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression. 

« De nombreux partenaires commerciaux du Vietnam ont accepté sans examen approfondi les affirmations de Hanoï concernant ses réformes, et certains continuent d’affirmer que les accords commerciaux ont amélioré le bilan du Vietnam en matière de droits », a observé John Sifton. « Les partenaires commerciaux du Vietnam devraient plutôt faire face à la réalité, et indiquer clairement au gouvernement que le non-respect de ses engagements en matière de droits du travail aura des conséquences. »

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20.10.2026 à 06:00

Guatemala : Meurtre d’un éminent avocat anti-corruption

Human Rights Watch

Click to expand Image Des personnes regardaient une photo de l’avocat anti-corruption Juan Francisco Solorzano Foppa, abattu par des inconnus le 17 octobre 2026, lors de la veillée funèbre tenue dans la ville de Guatemala, le 19 octobre 2026.  © 2026 Cristina Chiquin/Reuters

(Washington) – Les autorités du Guatemala devraient rapidement mener une enquête rigoureuse et crédible sur le meurtre de Juan Francisco Solórzano Foppa, un éminent avocat spécialisé dans la lutte contre la corruption, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch ; Solórzano Foppa avait précédemment travaillé comme procureur, et en tant que directeur de l’Administration fiscale du Guatemala.

Le 17 octobre, des assaillants armés ont abattu Solórzano Foppa au complexe sportif Campo Marte, à Guatemala City. Un autre homme, identifié par les autorités comme étant Gustavo Adolfo Aguilar Gamarro, a également été tué lors de cette attaque. Les autorités guatémaltèques ont arrêté deux hommes en lien avec ce crime, mais les procureurs ont déclaré qu’il n’existait aucune preuve les impliquant dans l’attaque, et un juge a ordonné leur libération. 

« Le meurtre de Juan Francisco Solórzano Foppa constitue une attaque choquante contre un avocat qui a joué un rôle de premier plan dans certaines des initiatives anticorruption les plus importantes du Guatemala », a déclaré Juanita Goebertus, directrice de la division Amériques à Human Rights Watch. « Les autorités guatémaltèques devraient garantir une enquête approfondie, rapide et crédible, afin d’identifier non seulement les tireurs, mais aussi toute personne ayant planifié, ordonné ou facilité ce crime. »

Des assaillants armés ont ouvert le feu sur Juan Francisco Solórzano Foppa alors qu’il se trouvait au complexe sportif pour entraîner une équipe de football, le tuant sur le coup, selon les médias. Le président Bernardo Arévalo a condamné cet assassinat et a appelé à ce que les responsables, y compris toute personne ayant participé à la planification du crime, soient traduits en justice.

Juan Francisco Solórzano Foppa, âgé de 43 ans, était largement connu pour son action contre la corruption au Guatemala. Il a occupé le poste de directeur de l’analyse criminelle au sein du bureau du procureur général, puis a dirigé la Surintendance de l’administration fiscale du Guatemala, de 2016 à 2018. Il a contribué à faire avancer les enquêtes sur la corruption à haut niveau et l’évasion fiscale, participant ainsi aux efforts visant à récupérer des millions d’impôts impayés et apportant son soutien à d’importantes affaires de corruption, notamment dans le cadre de l’affaire pénale connue sous le nom de « La Línea » (« La Ligne »), qui avait conduit à la démission du président Otto Pérez Molina en 2015.

Après avoir quitté la fonction publique, Juan Francisco Solórzano Foppa a continué à exercer en tant qu’avocat et commentateur public. Il était connu pour dénoncer la corruption et les liens entre les groupes criminels, les responsables politiques et les autorités. 

En 2023, Juan Francisco Solórzano Foppa a brièvement rejoint l’équipe de défense de l’éminent journaliste José Rubén Zamora, qui fait l’objet de poursuites pénales arbitraires depuis 2022. Lors du mandat de la procureure générale Consuelo Porras, une campagne de poursuites pénales arbitraires contre les détracteurs du pouvoir a notamment conduit à la détention de Solórzano Foppa, accusé d’« entrave à l’enquête pénale », en lien avec sa défense de Zamora. Solórzano Foppa a qualifié ces poursuites d’arbitraires, et a plaidé coupable afin d’obtenir une libération anticipée.

« Le meurtre de Juan Francisco Solórzano Foppa est un rappel effrayant de la longue histoire des assassinats politiques au Guatemala », a affirmé Juanita Goebertus. « Les responsables devraient être amenés à rendre des comptes. »

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19.10.2026 à 22:25

Arabie saoudite : Un homme exécuté pour des infractions commises en tant qu'enfant

Human Rights Watch

Click to expand Image Le Tribunal général de Riyad, en Arabie saoudite, photographié le 20 octobre 2008. © 2008 Fahad Shadeed/Reuters

(Beyrouth) – Le 17 octobre, les autorités saoudiennes ont annoncé avoir exécuté Hassan Zaki al-Faraj, qui avait été condamné pour des crimes qu’il aurait commis alors qu’il était âgé de 14 ans, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. 

La Cour suprême saoudienne aurait également confirmé la condamnation à mort d’un autre homme, Youssef al-Manasif, reconnu coupable de crimes qu’il aurait commis alors qu’il avait 15 et 16 ans, ce qui l’expose au risque imminent d’exécution. Au moins trois autres hommes condamnés pour des crimes qu’ils auraient commis alors qu’ils étaient enfants se trouvent aussi dans le couloir de la mort, malgré des allégations de torture, d’aveux extorqués sous la contrainte, et d’isolement cellulaire prolongé.

« L’exécution de Hassan al-Faraj choque la conscience, d’autant plus qu’elle a été basée sur des preuves qui auraient été obtenues sous la torture, et compte tenu de l’historique bien documenté de procès inéquitables en Arabie saoudite », a déclaré Joey Shea, chercheuse senior sur l’Arabie saoudite à Human Rights Watch. « Suite à la récente décision de la Cour suprême, Youssef al-Manasif est également exposé au grave risque d’exécution. »

La condamnation à mort de Youssef al-Manasif a récemment été confirmée par la Cour suprême saoudienne, a rapporté l’Organisation européenne saoudienne pour les droits humains (European Saudi Organisation for Human Rights, ESOHR). En octobre et novembre 2022, la tristement notoire Cour pénale spécialisée d’Arabie saoudite avait prononcé des condamnations à mort contre Hassan al-Faraj et Youssef al-Manasif, ainsi que quatre autres accusés – Ali al-Mabyook, Jawad Qureiris, Ali al-Subaiti et Mahdi al-Mohsen – pour des crimes de terrorisme qu’ils auraient commis alors qu’ils étaient mineurs, selon un rapport de l’ESOHR et des documents judiciaires. 

Les autorités saoudiennes ont arrêté Hassan al-Faraj le 27 novembre 2017, l’ont maintenu à l’isolement pendant six mois et l’ont inculpé de diverses infractions liées à la lutte contre le terrorisme, dont une qu’il aurait commise alors qu’il avait 14 ans ; il aurait alors rencontré et noué des liens d’amitié avec d’autres personnes détenues ou recherchées, d’après l’acte d’accusation et les documents judiciaires. Le 3 novembre 2022, la Cour pénale spécialisée l’a condamné à mort, malgré les allégations selon lesquelles il aurait été torturé et contraint de signer les aveux sur lesquels repose sa condamnation, selon les avocats de la défense. 

Les documents judiciaires examinés par Human Rights Watch indiquent que les autorités ont arrêté Youssef al-Manasif le 6 avril 2017, et Ali al-Mabyook le 29 janvier 2018. Youssef al-Manasif, membre de la minorité chiite, a été arrêté pour avoir manifesté contre le traitement de cette communauté par les autorités saoudiennes, et pour avoir participé à des cortèges funéraires en 2011 et 2012, alors qu’il était âgé de 15 et 16 ans, selon l’ESOHR et un rapport des Nations Unies. Ali al-Mabyook a été arrêté pour avoir participé à des cortèges funéraires avant d’avoir atteint l’âge de 18 ans, selon l’ESOHR et les documents judiciaires.  

Le 2 novembre 2022, un tribunal a reconnu Youssef al-Manasif et Ali al-Mabyook coupables et les a condamnés à mort, en vertu de lois antiterroristes formulées de manière vague et de vaste portée ; ces verdicts ont été fondés presque exclusivement sur des aveux qui, selon les avocats de la défense, auraient été obtenus sous la torture. Les autorités n’ont informé Youssef al-Manasif des chefs d’accusation retenus contre lui que plusieurs mois après son arrestation. Il n’a eu accès à aucune assistance juridique pendant son interrogatoire et a été maintenu en détention provisoire pendant plus de deux ans, dont six mois à l’isolement, selon les documents consultés.  

Le 19 mars 2025, Youssef al-Manasif et Ali al-Mabyook ont interjeté appel devant la chambre d’appel de la Cour pénale spécialisée. Ces recours étaient fondés sur le fait qu’ils étaient tous deux âgés de moins de 18 ans au moment où les infractions présumées ont été commises, selon les documents judiciaires. Le 26 août 2025, la cour d’appel a rejeté cet argument de la défense, en se référant aux dates figurant dans leurs aveux, et malgré les allégations selon lesquelles ces aveux auraient été obtenus sous la torture. 

Les autorités saoudiennes ont arrêté Jawad Qureiris le 31 décembre 2020, selon les documents judiciaires. Elles l’ont inculpé en vertu de la loi antiterroriste pour des infractions présumées commises alors qu’il était âgé de 15 et 17 ans. Le 5 novembre 2022, la Cour pénale spécialisée l’a reconnu coupable et condamné à mort, malgré les allégations de violents passages à tabac subis pendant les interrogatoires afin de le contraindre à signer des aveux, selon les documents. Jawad Qureiris a également été maintenu à l’isolement pendant 270 jours afin de le contraindre à avouer, selon ces documents.

Le 12 novembre 2024, cette condamnation à mort a fait l’objet d’un appel devant le même tribunal ; Jawad Qureiris a alors déclaré n’avoir commis aucune des infractions qui lui étaient reprochées, à l’exception d’une participation à une manifestation en 2010 quand il avait 15 ans, selon les documents judiciaires. Le tribunal a confirmé sa condamnation à mort le 2 mars 2025.

En novembre 2024, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a conclu que les détentions de Youssef al-Manasif, de Hassan Zaki al-Faraj et de Jawad Qureiris étaient arbitraires, et que les trois accusés ne faisaient qu’exercer leur droit à la liberté d’expression lorsqu’ils ont participé à des manifestations contre le traitement de la minorité chiite en Arabie saoudite.

Le 9 avril 2026, les autorités saoudiennes ont exécuté Ali al-Subaiti pour des crimes qu’il aurait commis alors qu’il avait 12 ans, selon l’Agence de presse saoudienne. Le 23 octobre 2017, les autorités saoudiennes ont arrêté Ali al-Subaiti, alors âgé de 19 ans, et l’ont inculpé en vertu de dispositions antiterroristes, notamment pour adhésion à une organisation terroriste et financement de celle-ci, ainsi que pour tentative de « porter atteinte au tissu social et à la sécurité nationale » en incitant à la manifestation, selon l’acte d’accusation. Les chefs d’accusation comprenaient la participation à une manifestation alors qu’il avait 12 ans, et la « dissimulation d’activités terroristes [d’autres personnes] » alors qu’il avait 17 ans. Le tribunal a condamné Ali al-Subaiti à mort le 17 octobre 2022, selon l’ESOHR.

La loi saoudienne de 2018 sur les délinquants mineurs et un décret de 2020 ont mis fin à l’application de la peine de mort à l’encontre de personnes âgées de moins de 18 ans au moment des faits, sauf pour les affaires relevant de la loi antiterroriste de 2017. Dans les affaires non liées au terrorisme, la peine de mort est remplacée par une peine d’emprisonnement maximale de 10 ans. Human Rights Watch a précédemment documenté l’utilisation abusive par les autorités saoudiennes de la loi antiterroriste pour réduire au silenceles voix dissidentes. 

En 2025, l’Arabie saoudite a exécuté Jalal al-Labbad et Abdullah al-Derazi, tous deux accusés d’avoir commis des crimes alors qu’ils étaient enfants, dans le cadre d’une vague d’exécutions sans précédent, malgré les appels lancés par des experts des Nations Unies et par des organisations de défense des droits humains pour empêcher ces exécutions. 

Human Rights Watch a documenté des violations de longue date du droit à un procès équitable dans le cadre du système de justice pénale saoudien, notamment des restrictions ou la privation de l’accès à une représentation juridique, ainsi que des aveux obtenus sous la contrainte ; ces antécédents rendent hautement improbable que les huit hommes cités ci-dessus aient été jugés lors de procès équitables. 

La Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, à laquelle l’Arabie saoudite est un État partie, interdit strictement le recours à la peine de mort pour les infractions commises par des personnes âgées de moins de 18 ans. L’article 6 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), ainsi que l’article 6 de la Charte arabe des droits de l’homme, soulignent que les pays qui appliquent la peine capitale ne devraient le faire que pour les « crimes les plus graves ». Human Rights Watch s’oppose à la peine de mort dans tous les pays et en toutes circonstances, en raison de la cruauté intrinsèque et du caractère irréversible de ce châtiment. 

« La vague d’exécutions en Arabie saoudite, en particulier pour des infractions commises par des enfants, ne montre aucun signe de ralentissement en 2026 », a conclu Joey Shea. « Cela montre l’urgente nécessité pour la communauté internationale de faire pression sur le gouvernement saoudien afin qu’il mette immédiatement fin aux exécutions, et abolisse la peine de mort, de manière définitive. » 

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Articles

OLJ  Democrata.es

 

19.10.2026 à 08:00

UE, Belgique, Danemark : Évoquer les droits humains lors de la visite du chef d’État vietnamien

Human Rights Watch

Click to expand Image Le dirigeant vietnamien To Lam serrait la main de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors d’une rencontre tenue en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies à New York, le 24 septembre 2024. © 2024 Pool UE/Agence Hans Lucas via Reuters

(Bruxelles, 19 octobre 2026) – Au cours de la visite du président vietnamien To Lam à Copenhague et à Bruxelles durant la semaine du 19 au 24 octobre, les dirigeants de l’Union européenne, de la Belgique et du Danemark devraient l’inciter à réaliser des avancées concrètes afin d’améliorer le bilan du Vietnam en matière de droits humains, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Human Rights Watch a écrit à la Première ministre danoise, au Premier ministre belge et – aux côtés d’autres organisations – aux présidences du Conseil européen et de la Commission européenne, afin d’exprimer son inquiétude face à la répression accrue des droits humains au Vietnam, qui viole plusieurs obligations et engagements que le pays a contractés auprès de l’UE via un accord commercial de 2020.

« Le gouvernement vietnamien n’a pas tenu sa promesse de mener des réformes, et continue plutôt de réprimer les libertés fondamentales », a déclaré Patricia Gossman, directrice adjointe senior de la division Asie de Human Rights Watch. « Les dirigeants européens devraient communiquer clairement et publiquement au président To Lam que les violations des droits humains, y compris ceux des travailleurs, ne seront plus tolérées. »

Dans ses courriers, Human Rights Watch a souligné que le gouvernement vietnamien a fortement intensifié sa répression à l’encontre des libertés fondamentales au cours des dix dernières années. Avant d’accéder à la présidence du Vietnam, To Lam a occupé les fonctions de ministre de la Sûreté publique (dirigeant les forces de police) de 2016 à 2024, puis de Secrétaire général du Parti communiste vietnamien.

Sous l’autorité de To Lam, la police vietnamienne a lancé une vaste campagne répressive qui a décimé la société civile du pays, accentué la répression transnationale et élargi la portée et le recours à des lois draconiennes qui pénalisent l’exercice de la liberté d’expression, ce qui enfreint les obligations du Vietnam en matière de droits humains.

Prisonniers politiques au Vietnam Brefs profils (en anglais)

Au moins 160 prisonniers politiques sont actuellement incarcérés au Vietnam, ayant été poursuivis en vertu de lois draconiennes qui bafouent leurs droits à la liberté d’expression, ainsi qu’à l’activisme pacifique en faveur des droits humains et de la démocratie. Parmi ces prisonnier.ère.s politiques figurent Pham Doan Trang, une écrivaine qui milite pour les droits humains, Can Thi Theu, une activiste défendant les droits fonciers, Pham Chi Dung et Nguyen Tuong Thuy, des journalistes indépendants, Hoang Duc Binh, un défenseur des droits des travailleurs, ainsi que Le Dinh Luong, Nguyen Van Tuc, Tran Duc Thach, Tran Van Bang et Nguyen Trung Ton, activistes pro-démocratie.

Au cours des neuf premiers mois de 2026, les tribunaux vietnamiens ont reconnu coupables et condamnés à de longues peines de prison au moins 28 activistes, dont les blogueurs connus Hoang Thi Hong Thai et Huynh Ngoc Tuan. La police a arrêté au moins 39 autres personnes accusées d’avoir critiqué le gouvernement ou d’appartenir à des groupes religieux ou politiques en disgrâce.

Le gouvernement vietnamien a manqué de mettre en place les réformes juridiques auxquelles il s’était engagé en passant des accords de libre-échange et de partenariat. Il s’était notamment engagé à ratifier la Convention n° 87 de l’Organisation internationale du travail sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical, alors qu’il continue à entraver la mise en place de syndicats indépendants.

En dépit de l’incapacité du Vietnam à honorer ses promesses, l’Union européenne a avancé d’un cran ses relations bilatérales avec ce pays, avec la signature d’un Partenariat stratégique global. Des préoccupations continuent certes d’être exprimées dans le cadre de dialogues annuels sur le sujet des droits humains, mais sans parvenir à déboucher sur des résultats concrets.

« L’Union européenne et ses États membres devraient cesser de fermer les yeux sur la répression au Vietnam », a conclu Patricia Gossman. « Leurs dirigeants devraient plutôt indiquer clairement à To Lam que si le Vietnam poursuit sa répression sans adopter de réformes, les relations politiques et commerciales de ce pays avec l’Europe en subiront les conséquences. »

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