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Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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05.08.2026 à 10:50

Un journaliste condamné à un an de prison au Mali

Human Rights Watch

Un éminent journaliste malien a été condamné en vertu de la loi malienne sur la cybercriminalité pour avoir critiqué le recours à cette même loi afin de réduire au silence un autre journaliste. Ce verdict constitue la dernière étape en date de l’offensive croissante menée par la junte militaire contre la liberté d’expression dans le pays. 
 

Click to expand Image Chahana Takiou, Bamako, Mali, juin 2026. © Private

Le 3 août, le tribunal national de lutte contre la cybercriminalité à Bamako, la capitale du Mali, a condamné Chahana Takiou, rédacteur en chef de l’hebdomadaire 22 Septembre, à un an de prison. 
 

Les forces de sécurité avaient arrêté Takiou le 8 juin après qu’il eut publiquement critiqué les autorités pour avoir poursuivi un confrère, Youssouf Sissoko, en vertu de la loi sur la cybercriminalité plutôt que de la loi malienne sur les délits de presse. Sissoko a été condamné à deux ans de prison en juin après avoir publié un article critiquant le dirigeant militaire du Niger voisin. 
 

Le parquet a inculpé M. Takiou d’« atteinte au crédit de l'État à travers l'institution judiciaire » et l’a placé en détention provisoire. Les avocats de M. Takiou, invoquant son diabète et ses problèmes cardiovasculaires, ont demandé sa mise en liberté provisoire pour raisons médicales, mais le procureur a rejeté cette demande. 
 

Le lendemain de l’arrestation de Takiou, les autorités avaient arrêté un autre journaliste, Abdramane Keïta, directeur du journal Le Témoin, après qu’il eut déclaré dans une émission de télévision que le groupe armé lié à Al-Qaïda, Jama’at Nusrat al-Islam wa al-Muslimeen (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, JNIM), contrôlait la ville de Kidal, dans le nord du pays. Le JNIM et les combattants touaregs alliés ont repris Kidal en avril après trois ans de présence des forces maliennes et de mercenaires russes. Les autorités ont inculpé Keïta pour « délit à caractère régionaliste qui tend à porter atteinte à l'unité nationale et au crédit de l'État » et l’ont placé en détention provisoire dans l’attente de son procès le 17 août. 
 

Les poursuites engagées contre Takiou s’inscrivent dans une tendance plus large au Mali consistant à utiliser des accusations criminelles fabriquées de toutes pièces ou motivées par des considérations politiques pour réduire au silence les journalistes, les militants, les figures de l’opposition et les défenseurs des droits humains. Depuis sa prise de pouvoir en 2020, la junte militaire malienne n’a cessé de restreindre l’espace civique. Les autorités ont interdit des médias, dissous des organisations de la société civile, aboli le multipartisme et pris pour cible des dissidents par le biais d’arrestations arbitraires et de disparitions forcées. 
 

Personne ne devrait être condamné à une peine de prison pour avoir exprimé pacifiquement une opinion. Les autorités maliennes devraient immédiatement libérer Takiou et Keïta, annuler la condamnation de Takiou et abandonner toutes les poursuites découlant uniquement de l’exercice pacifique de la liberté d’expression. Elles devraient également suivre le conseil de Takiou : mettre fin à l’utilisation abusive de la législation sur la cybercriminalité pour museler les voix indépendantes. 

04.08.2026 à 16:59

Malaisie : Le renvoi forcé de réfugiés du Myanmar met des vies en danger

Human Rights Watch

Click to expand Image Une réfugiée rohingya donne à manger à un enfant devant les locaux de l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés à Kuala Lumpur, en Malaisie, le 27 juillet 2026. © 2026 Hasnoor Hussain/Reuters

(Bangkok, 4 août 2026) – Le gouvernement malaisien devrait renoncer à ses projets visant à autoriser le renvoi forcé de réfugiés vers le Myanmar, où ils sont exposés à des persécutions et à d’autres violations de leurs droits humains, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. 

Le 23 juillet 2026, le vice-ministre des Affaires étrangères de la Malaisie a informé le Parlement que 5 000 ressortissants du Myanmar placés en centre de rétention seraient renvoyés au Myanmar. Le 29 juillet, le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim a déclaré que les autorités du Myanmar avaient accepté de reprendre 5 000 personnes d’ethnie rohingya.

« Depuis de nombreuses années, la Malaisie accueille des réfugiés du Myanmar qui ont fui l’oppression et les atrocités incessantes perpétrées par l’armée », a déclaré Bryony Lau, directrice adjointe pour l’Asie à Human Rights Watch. « Le gouvernement malaisien devrait faire preuve de leadership régional face à la crise au Myanmar, plutôt que de renvoyer de force des personnes qui sont la cible de la brutalité de la junte. »

Il n’existe pas de chiffres officiels concernant le nombre de migrants, de réfugiés et de demandeurs d’asile originaires du Myanmar en Malaisie. Plus de 215 000 réfugiés et demandeurs d’asile sont enregistrés auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en Malaisie, dont environ 194 000 proviennent du Myanmar, parmi lesquels 126 000 personnes d’origine rohingya. Depuis des décennies, le HCR traite les demandes d’asile en Malaisie et délivre aux demandeurs dont la demande a abouti des cartes les reconnaissant comme réfugiés, mais ces cartes ne confèrent pas de statut légal. 

Les récentes déclarations des autorités malaisiennes concernant le rôle du HCR et les projets de renvoi de personnes vers le Myanmar interviennent dans un contexte d'augmentation des rafles de migrants et de discours xénophobes qui ont alimenté une hostilité intense de la population envers les réfugiés et une méfiance à l’égard du HCR.

La Malaisie ne dispose depuis longtemps d’aucun cadre juridique permettant de déterminer le statut de réfugié, et toute entrée et tout séjour irréguliers sur le territoire constituent une infraction pénale. Les autorités malaisiennes appliquent strictement les lois sur l’immigration et ne font aucune distinction entre les réfugiés, les demandeurs d’asile, les victimes de la traite et les migrants sans papiers lorsqu’elles mènent des rafles. 

Au 30 juin, 22 166 personnes se trouvaient dans les centres de rétention pour migrants en Malaisie, dont environ la moitié provenait du Myanmar, selon les statistiques fournies par le ministre de l’Intérieur au Parlement.

Le 30 juillet, le ministre de l’Intérieur a déclaré que des préparatifs étaient déjà en cours pour identifier les personnes susceptibles d’être renvoyées dans le cadre d’une nouvelle procédure pour délivrer un document d’enregistrement des réfugiés (Dokuman Pendaftaran Pelarian, ou DPP), le nouveau système malaisien d’évaluation des demandes d’asile et d’enregistrement des réfugiés. 

Le gouvernement a lancé le système DPP en janvier afin de prendre le relais du HCR en matière d’enregistrement des réfugiés, d’améliorer le contrôle et de réduire au minimum les faux documents. Les réfugiés enregistrés via ce nouveau système seront autorisés à séjourner temporairement en Malaisie et auront le droit de travailler, conformément aux termes d’une directive non publiée du Conseil national de sécurité, connue sous le nom de MKN 23. 

Début juillet, les autorités malaisiennes avaient traité les dossiers de 128 Rohingyas placés en centre de rétention pour migrants via le système DPP, selon le ministre de l’Intérieur. Parmi eux, 78 avaient été reconnus comme réfugiés, dont 25 seraient autorisés à travailler. Le ministre n’a pas précisé ce qu’il adviendrait des Rohingyas à qui le statut de réfugié n’avait pas été accordé. 

Les autorités malaisiennes n’ont pas indiqué si le système respecterait les normes fondamentales relatives à la détermination du statut de réfugié, telles que la non-discrimination, des critères fondés sur le droit international, l’intégrité procédurale, la confidentialité stricte, la protection des données et l’accès à un recours, a déclaré Human Rights Watch.

Dans le cadre de la mise en place de ce nouveau système, le gouvernement malaisien a demandé au HCR en juillet de suspendre temporairement l’enregistrement des réfugiés. Ce changement restreint encore davantage les activités du HCR en Malaisie. Depuis 2019, le gouvernement malaisien refuse au HCR l’accès aux centres de rétention pour migrants, empêchant ainsi l’agence d’examiner les demandes d’asile ou d’aider les détenus qui sont des réfugiés enregistrés.

Bien que la Malaisie n’ait pas ratifié la Convention des Nations unies de 1951 relative au statut des réfugiés ni son protocole de 1967, elle reste tenue de respecter le principe de non-refoulement en droit international, qui interdit aux États de renvoyer quiconque vers un lieu où il courrait un risque réel de persécution, de torture ou d’autres mauvais traitements graves, une menace pour sa vie ou d’autres violations graves et comparables des droits humains. 

Depuis le coup d’État militaire de février 2021 au Myanmar, la Malaisie a expulsé sommairement des milliers de demandeurs d’asile vers le Myanmar sans examiner leurs demandes d’asile ni leurs autres besoins de protection, et en violation d’une ordonnance rendue par un tribunal malaisien. En mai 2024, le HCR a publié des directives indiquant que les personnes fuyant le Myanmar « sont fortement susceptibles d’avoir besoin d’une protection internationale en tant que réfugiés ».

Les conditions nécessaires à un retour sûr, digne et volontaire au Myanmar ne sont actuellement pas réunies, a déclaré Human Rights Watch. L’armée du Myanmar continue de commettre des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. Les autorités de la junte ont arrêté arbitrairement des dizaines de milliers de personnes depuis le coup d’État et des milliers d’entre elles sont décédées en détention.

Les Rohingyas, qui constituent le plus grand groupe ethnique originaire du Myanmar en Malaisie, ont été la cible de la colère publique à l’égard des réfugiés. Fin mai, une pétition en ligne appelant à l’expulsion des réfugiés rohingyas, accompagnée d’une campagne de désinformation, a entraîné une escalade des discours de haine et des actes de violence par des justiciers auto-proclamés visant les Rohingyas.

Les Rohingyas ont fui le Myanmar pour échapper aux vagues successives d’atrocités perpétrées à leur encontre par l’armée du Myanmar. Ces atrocités comprennent des actes de génocide en 2017, le crime contre l’humanité que constitue l’apartheid, ainsi que, plus récemment, des crimes de guerre et d’autres exactions commis par le groupe armé ethnique rakhine, Arakan Army, qui combat l’armée du Myanmar pour le contrôle de l’État de Rakhine depuis fin 2023. Le refus par le Myanmar d’accorder la citoyenneté aux Rohingyas les a rendus particulièrement vulnérables aux violations des droits humains.

« Le gouvernement malaisien attise l’hostilité envers les réfugiés alors qu’il devrait renforcer le soutien et la confiance envers son nouveau système d’enregistrement des réfugiés », a déclaré Bryony Lau. « Les personnes fuyant le Myanmar sont venues en Malaisie pour chercher protection et devraient pouvoir y rester pendant que leurs demandes d’asile sont examinées de manière équitable, sans avoir à vivre dans la crainte du harcèlement, d'une arrestation et d'un retour forcé. »

04.08.2026 à 15:34

RD Congo : Un responsable gouvernemental confirme la pollution liée aux activités pétrolières

Human Rights Watch

Click to expand Image Puits de pétrole situé dans la concession de Perenco en République démocratique du Congo. © 2026 Human Rights Watch

Un représentant du ministère congolais des Hydrocarbures, lors d'un entretien officiel avec Human Rights Watch le 31 juillet, a évoqué les conclusions de l'audit environnemental officiel mené par le gouvernement sur les activités de Perenco, la compagnie pétrolière et gazière franco-britannique opérant dans l'ouest de la République démocratique du Congo.

L'audit a mis en évidence des « impacts négatifs sur la qualité des sols et de l'air » liés aux opérations pétrolières, a déclaré le responsable du ministère, ajoutant que « tous les volets de la pollution seront abordés » dans le rapport final.

Faisant suite à des allégations de pollution de longue date, le gouvernement a commandé cet audit en décembre 2024.

Human Rights Watch a publié un rapport le 27 juillet documentant de graves risques sanitaires pour les communautés vivant à proximité des installations de Perenco, établissant un lien entre les activités de l'entreprise et la pollution de l'air, des sols et des sources d'eau. Human Rights Watch a constaté que le torchage régulier du gaz et le brûlage à ciel ouvert des déchets pétroliers à proximité des zones résidentielles de l'ouest de la RD Congo dégradaient la qualité de l'air, tandis que les déversements de pétrole provenant des puits et des pipelines polluaient les sols et les rivières environnants. Human Rights Watch a également constaté que Perenco se livrait à des pratiques qui violent le droit environnemental congolais, notamment le brûlage à ciel ouvert des déchets pétroliers. Au moment de la publication du rapport, le ministère des Hydrocarbures n'avait pas commenté les conclusions de l'enquête.

En réponse aux questions de Human Rights Watch, Perenco a nié que ses activités « puissent entraîner une pollution de l’air, du sol et de l’eau ou des problèmes de santé aigus et néfastes. » Toutefois, le responsable du ministère a déclaré que les conclusions préliminaires de l’audit « corroborent les conclusions de Human Rights Watch. »

En réponse aux questions concernant la source de la pollution, le responsable a souligné que « la vétusté des infrastructures et des pipelines de Perenco » contribue à la pollution des sols. Le responsable a indiqué que l'audit final recommandera des rénovations des infrastructures, estimera les coûts de dépollution et proposera des mesures pour réparer les dommages environnementaux.

Si les prélèvements d'eaux souterraines sont toujours en cours, l'audit est entré dans sa phase finale, selon le ministère des Hydrocarbures. L'audit définitif devrait être achevé d'ici la fin du mois de septembre.

Le responsable du ministère a assuré que le rapport « serait rendu public » une fois finalisé. « Le gouvernement s'engage à une transparence totale concernant cet audit. »

Human Rights Watch a appelé à maintes reprises le gouvernement congolais à publier les conclusions de l'audit.

04.08.2026 à 09:39

Des renvois rapides font suite aux arrivées de migrants à Ceuta

Human Rights Watch

Click to expand Image Des migrants et des demandeurs d'asile se rassemblent près du poste-frontière entre le Maroc et Ceuta, une enclave espagnole, le 31 juillet 2026. © 2026 Mario Moron/JNA Press/Sipa USA via AP Photo

L’arrivée du 30 au 31 juillet d’environ 50 000 à 60 000 personnes à Ceuta, enclave espagnole en Afrique du Nord, a été non seulement sans précédent, mais aussi tragique. Au moins 72 personnes sont mortes, dont beaucoup se sont noyées en tentant de rejoindre Ceuta à la nage depuis le Maroc et d’autres se sont écrasées en essayant d’escalader une barrière frontalière, selon les autorités espagnoles.

La plupart des personnes qui ont traversé la frontière étaient marocaines, mais certaines venaient du Soudan, du Yémen et de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et du Nord, a indiqué l’Association marocaine des droits humains (AMDH). Beaucoup auraient cherché à émigrer pour des raisons économiques, mais certaines étaient des demandeurs d’asile, notamment des personnes ayant fui le conflit au Soudan.

Le 2 août, la plupart des personnes ayant franchi la frontière pour entrer à Ceuta étaient retournées au Maroc. Le gouvernement espagnol a affirmé que ces retours étaient volontaires, mais l’AMDH, qui s’est entretenue avec certains d’entre eux, a déclaré que des forces de sécurité espagnoles auraient procédé à des « refoulements en masse » sans évaluations individuelles. L’organisation a également affirmé que certains habitants de Ceuta avaient recouru à la violence contre les arrivants et que les forces espagnoles et marocaines auraient fait usage d’une force excessive contre des personnes arrivant à Ceuta ou tentant de quitter la ville frontalière marocaine de Beni Ensar.

Les frontières de Ceuta et de Melilla, l’autre enclave espagnole en Afrique du Nord, comptent parmi les frontières extérieures les plus fortifiées de l’Union européenne. Elles ont longtemps été le théâtre de violences ou d’un recours excessif à la force de la part des forces de sécurité tant marocaines qu’espagnoles, ainsi que d’expulsions collectives menées par les autorités espagnoles. Au moins 15 personnes ont trouvé la mort au large de Ceuta en 2014 lorsque la Guardia Civil espagnole a tiré des balles en caoutchouc et lancé des gaz lacrymogènes sur des personnes qui tentaient de rejoindre à la nage le territoire espagnol. Au moins 23 hommes africains ont trouvé la mort en juin 2022 à la frontière entre Melilla et le Maroc, dans un contexte de recours à la force et de tactiques anti-émeutes par les deux parties.

Les autorités marocaines et espagnoles devraient veiller à ce que des enquêtes indépendantes et impartiales soient menées sur les circonstances entourant les traversées vers Ceuta et sur les allégations de recours excessif à la force. Elles devraient également donner la priorité à un traitement humain et à l’aide humanitaire pour les personnes arrivées à Ceuta, les personnes renvoyées au Maroc et celles qui ont tenté de quitter le pays.

Les autorités espagnoles devraient garantir les droits des personnes restant à Ceuta en évaluant individuellement leurs besoins en matière de santé et de protection et en leur assurant l’accès aux procédures d’asile.

Des deux côtés de la frontière, il est essentiel de veiller à ce que tout recours à la force soit strictement nécessaire et proportionné. Les expulsions sommaires sont inacceptables, quel que soit le mode d’arrivée des personnes.

03.08.2026 à 12:27

Le projet du ministère israélien de la Défense implique des crimes de guerre potentiels

Human Rights Watch

Click to expand Image Des Palestiniens récupèrent leurs effets personnels dans leurs maisons évacuées après que l'armée israélienne a délivré plusieurs autorisations d'accès de courte durée aux habitants du camp de réfugiés de Tulkarem, situé en Cisjordanie occupée, le 17 juin 2026. © 2026 Majdi Mohammed/AP Photo

Le 28 juillet, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a ordonné à l’armée israélienne de prendre le contrôle d’un autre camp de réfugiés palestiniens en Cisjordanie, sans préciser lequel. Il a déclaré que l’opération devait suivre le « modèle de Tulkarem, Nur Shams et Jénine ».

Ces propos laissent présager de nouvelles expulsions de Palestiniens de leurs foyers et, par conséquent, un renforcement du nettoyage ethnique et des crimes de guerre.

L’armée israélienne a expulsé les résidents des camps de réfugiés de Tulkarem, Nur Shams et Jénine en janvier et février 2025, dans le cadre de l’opération « Mur de fer », une opération militaire brutale, voire meurtrière, qui a entraîné le plus grand déplacement massif de Palestiniens en Cisjordanie depuis 1967. Katz avait déclaré que ce déplacement durerait un an. Mais vingt mois plus tard, selon les Nations unies, plus de 33 000 réfugiés palestiniens sont toujours déplacés de leurs foyers dans les camps de réfugiés où ils vivaient il y a deux ans.

L’armée israélienne continue d’interdire tout accès aux camps, privant ainsi ces réfugiés du droit de retourner chez eux. Dispersés à travers la Cisjordanie, les réfugiés sont contraints de louer des logements, de séjourner chez des proches ou de solliciter un hébergement temporaire auprès d’organisations caritatives. Non seulement les camps ont été vidés, mais l’armée israélienne a également systématiquement démoli des habitations et des bâtiments pour faire place à un nouveau réseau de routes élargies et de voies d’accès, soi-disant pour des « raisons militaires ».

Human Rights Watch a constaté en novembre 2025 que ces actes de déplacement forcé constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Dans le cadre de notre enquête sur l’opération « Mur de fer », Human Rights Watch a identifié des hauts responsables qui devraient faire l’objet d’une enquête et être poursuivis en justice pour ces crimes de guerre et crimes contre l’humanité, notamment le Premier ministre Benjamin Netanyahou et le ministre de la Défense Israel Katz. Malgré l’abondance des preuves recueillies, les autorités israéliennes n’ont pas enquêté sur les agissements abusifs de leur armée, et les gouvernements étrangers concernés n’ont imposé aucune sanction pour les atrocités commises.

Cette absence de responsabilité envoie le message profondément inquiétant que des crimes graves peuvent être perpétrés en toute impunité. Les gouvernements devraient agir de toute urgence pour empêcher le déplacement forcé potentiel d’un plus grand nombre de réfugiés palestiniens, notamment en imposant des sanctions ciblées à l’encontre des personnes impliquées dans les graves violations en cours, en suspendant les transferts d’armes vers Israël, en interdisant le commerce avec les colonies illégales, en envisageant de suspendre les accords commerciaux préférentiels avec Israël, et en soutenant la Cour pénale internationale et ses enquêtes en cours, notamment en exécutant ses mandats d’arrêt.

L’annonce de Katz montre que lorsque des crimes internationaux graves restent impunis, ils peuvent se reproduire.

03.08.2026 à 06:01

Afghanistan : Cinq ans après, l'offensive des talibans contre les droits s'intensifie

Human Rights Watch

Click to expand Image Une infirmière afghane, employée dans un hôpital, photographiée dans une maison en Afghanistan le 17 février 2026. Elle avait précédemment suivi des études en relations publiques et journalisme, avant la décision des autorités talibanes d’interdire aux femme l’accès aux universités.  © 2026 AFP via Getty Images

(New York) – Les talibans ont installé en Afghanistan l’une des pires crises des droits humains au monde et ont systématiquement porté atteinte aux droits des femmes et des filles depuis leur prise du pouvoir il y a cinq ans, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch, en publiant une chronologiedes abus commis ces cinq dernières années. L’Afghanistan est également confronté à une grave crise humanitaire, avec près de 40 % de la population ayant un besoin d’aide urgent.

Depuis la prise de Kaboul le 15 août 2021, les autorités talibanes ont imposé des restrictions drastiques aux droits des femmes en matière de travail, de liberté de circulation et de participation à la vie publique, dans le cadre d’un vaste système visant à exercer un contrôle strict sur la société et à réprimer toute dissidence. La police des mœurs des talibans a fait des descentes sur les lieux de travail, surveillé les espaces publics et procédé à des arrestations arbitraires de femmes pour des violations présumées des règles relatives au code vestimentaire. L’Afghanistan reste le seul pays au monde où les filles n’ont pas le droit de poursuivre leurs études au-delà de la sixième.

Afghanistan : Cinq ans sous le régime des talibans

15 août 2021 - 15 août 2026

Crise des droits humains

« Le cinquième anniversaire de la prise de pouvoir des talibans est un sombre rappel des conséquences dévastatrices de l’impunité », a déclaré Fereshta Abbasi, chercheuse sur l’Afghanistan à Human Rights Watch. « Les gouvernements devraient aller au-delà de simples déclarations pour exprimer leur inquiétude et faire pression pour que justice soit rendue pour les crimes graves commis en Afghanistan, notamment le crime contre l’humanité que constitue la persécution fondée sur le genre. »

Les dernières lois adoptées par les talibans ont encore davantage codifié la répression. Le 4 janvier 2026, les talibans ont promulgué un code de procédure pénale qui définit les musulmans exclusivement comme des adeptes de la jurisprudence hanafite et qualifie les autres groupes religieux, notamment les musulmans chiites, d’hérétiques. Ce code prévoit des sanctions sévères pour réduire au silence toute dissidence. Une nouvelle Loi sur les Prédicateurs renforce encore le contrôle sur l’expression religieuse, en exigeant que le clergé adhère exclusivement à la jurisprudence hanafite. Ces deux dispositions ancrent la discrimination fondée sur la religion dans le cadre juridique afghan.

Le code de procédure pénale ne reconnaît désormais plus que les « coups excessifs » comme relevant de la violence conjugale à l’égard des femmes, ce qui prive les victimes d’autres formes de maltraitance de tout recours judiciaire et affaiblit encore davantage les protections juridiques pour les femmes et les filles. Un décret relatif à la séparation judiciaire des époux supprime les dispositions relatives à l’âge minimum requis pour le mariage des filles, accentuant ainsi le risque de mariages précoces.

Les autorités ont également renforcé les restrictions à la liberté d’expression et censuré les médias locaux. Les journalistes, les défenseur·e·s des droits des femmes, les activistes de la société civile, les universitaires, les artistes et d’autres détracteurs ont été victimes de répression, d’arrestations arbitraires, de torture et d’autres mauvais traitements.

La crise humanitaire en Afghanistan s’est aggravée à mesure que les gouvernements donateurs ont réduit leur aide. Plus de 17 millions de personnes, soit 40 % de la population, pourraient être confrontées à une insécurité alimentaire grave, dans un contexte où le Plan d’intervention humanitaire des Nations unies reste largement sous-financé. Les réductions drastiques de l’aide étrangère des États-Unis, ainsi que les coupes budgétaires du Royaume-Uni et d’autres donateurs, ont contraint les organisations humanitaires à réduire leurs programmes et à restreindre leurs services. Les restrictions imposées par les talibans aux travailleuses humanitaires, notamment l’obligation d’être accompagnées d’un tuteur masculin, ont encore davantage limité l’accès des femmes aux moyens de subsistance et à l’aide humanitaire.

L’Iran et le Pakistan ont contraint des millions d’Afghans à rentrer dans leur pays. Depuis la reprise des vols d’expulsion en août 2024, l’Allemagne s’est activement employée à intensifier les expulsions vers l’Afghanistan, malgré les risques graves auxquels les Afghans concernés continuent d’être exposés. Le 22 juin, des responsables de l’Union européenne ont accueilli pour la première fois à Bruxelles une délégation de talibans pour discuter des questions migratoires. Aucun gouvernement ne devrait renvoyer de force un·e Afghan·e exposé·e à des risques de persécutions, de détentions arbitraires, de tortures ou d’autres atteintes graves à ses droits.

La reprise des attaques transfrontalières avec le Pakistan a fait des centaines de victimes dans la population civile. Le 16 mars, une frappe aérienne pakistanaise contre le Centre de désintoxication Omid à Kaboul a tué au moins 269 civils et en a blessé plus de 122, selon l’ONU.

Le 6 octobre 2025, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a adopté une résolution sans précédent instituant un mécanisme indépendant chargé d’enquêter sur les violations des droits commises par le passé et celles qui se poursuivent actuellement en Afghanistan, quels qu’en soient les auteurs, y compris l’ancien gouvernement et les forces internationales. Les gouvernements devraient veiller à ce que ce nouveau mécanisme devienne pleinement opérationnel et dispose des ressources nécessaires à l’accomplissement de son mandat, tout en soutenant les autres initiatives de reddition des comptes, notamment l’enquête de la Cour pénale internationale et les procédures nationales engagées au titre de la compétence universelle.

« Les Afghans, en particulier les femmes et les filles, ont subi cinq années de répression et d’abus », a déclaré Fereshta Abbasi. « La réponse internationale devrait enfin être à la hauteur de l’ampleur de la crise en cessant les expulsions vers l’Afghanistan, en protégeant les Afghan·e·s en danger et en maintenant le financement humanitaire pour l’Afghanistan. »

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