23.04.2026 à 17:21
Human Rights Watch
Les habitants vivant à proximité d'une centrale à charbon à Dimitrovgrad, en Bulgarie, respirent un air si toxique qu'ils se décrivent comme des prisonniers dans leur propre maison. En Louisiane, les communautés situées le long du corridor pétrochimique connu sous le nom de « Cancer Alley » (l'allée du cancer) sont confrontées à certains des taux de cancer les plus élevés des États-Unis. En Ouganda et en Tanzanie, les militants opposés à l'EACOP (Oléoduc d’Afrique de l’Est) ont été arrêtés et poursuivis pénalement pour s’être élevés contre l’expansion des énergies fossiles. Il ne s’agit pas de statistiques abstraites mais de problèmes concrets liés aux droits humains et à la production d’énergies fossiles.
Pourtant, alors que plus de 50 gouvernements se réunissent cette semaine à Santa Marta, en Colombie, pour la première conférence internationale sur la transition énergétique et l’abandon des énergies fossiles, ces questions relatives aux droits humains sont absentes de l’ordre du jour.
La conférence, co-organisée par la Colombie et les Pays-Bas, intervient à un moment critique. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a averti que notre dépendance aux combustibles fossiles déstabilise à la fois le climat et la sécurité mondiale, rendant urgente une transition juste. La récente conférence sur le climat COP30 s’est également terminée sans décision sur les énergies fossiles, malgré les appels de plus de 80 pays en faveur d’une feuille de route pour leur élimination progressive.
La réunion de cette semaine devrait accélérer les progrès en matière de transition. Ce qu’elle ne doit toutefois pas faire, c’est traiter les droits humains comme une considération secondaire.
La combustion des énergies fossiles est un facteur majeur de pollution atmosphérique, que l’Organisation mondiale de la santé identifie comme la plus grande menace pour la santé humaine à l’échelle mondiale, tuant environ sept millions de personnes chaque année. Mettre les droits de côté risque de laisser pour compte des communautés déjà victimes de l’extraction des énergies fossiles et de ses effets dévastateurs.
La Cour internationale de justice a clairement établi que les États ont l’obligation légale de protéger le système climatique. Santa Marta devrait traduire ces obligations en actions concrètes. Ne pas parvenir à sortir progressivement des combustibles fossiles porte atteinte aux droits à la vie, à la santé, à l’alimentation, à l’eau et au logement des populations du monde entier.
Les gouvernements réunis à Santa Marta doivent veiller à ce que la transition vers l’abandon des combustibles fossiles s’appuie sur le droit relatif aux droits humains et tienne compte des contributions des communautés les plus exposées pour aider à élaborer les plans de sortie progressive. Pour que la conférence soit couronnée de succès, les communautés les plus exposées devraient enfin voir leurs droits et leur santé protégés.
22.04.2026 à 22:29
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Les attaques menées par Israël et l’Iran les 18 et 19 mars contre des infrastructures énergétiques vitales ont été illégales et indiscriminées, et risquent d’engendrer de graves répercussions économiques pour des millions de personnes dans la région et dans le monde, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les frappes israéliennes contre des installations en Iran, ainsi que les frappes iraniennes menées au Qatar, pourraient constituer des crimes de guerre.
Le 18 mars, les forces israéliennes ont attaqué le gisement gazier de South Pars en Iran ; il s’agit d’une source importante de gaz naturel utilisé dans ce pays. Quelques heures plus tard le même jour, puis à nouveau le 19 mars, les forces iraniennes ont attaqué des infrastructures pétrolières et gazières du complexe de Ras Laffan au Qatar, qui fournit un cinquième de l’approvisionnement mondial en gaz naturel liquéfié. Ces attaques de représailles ont fait partie d’une série de frappes illégales contre des infrastructures énergétiques menées par Israël et l’Iran depuis le début de l’actuel conflit au Moyen-Orient, déclenché le 28 février.
Click to expand Image L’installation de production de gaz naturel liquéfié (GNL) dans la ville industrielle de Ras Laffan, au Qatar, photographiée le 3 mars 2026. Les 18 et 19 mars, les forces iraniennes ont attaqué ce site, y endommageant de nombreuses structures. © 2026 Stringer/picture-alliance/dpa/AP Images« Les attaques illégales contre des infrastructures pétrolières et énergétiques clés ont des répercussions économiques prévisibles qui risquent de nuire à des millions de personnes », a déclaré Joey Shea, chercheuse senior sur l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis à Human Rights Watch « L’attaque israélienne contre le gisement gazier de South Pars a endommagé des infrastructures indispensables à la survie des Iraniens, tandis que l’attaque iranienne contre les infrastructures gazières de Ras Laffan au Qatar menace la sécurité alimentaire de millions de personnes à travers le monde. »
Human Rights Watch a enquêté sur ces deux attaques, en analysant les déclarations officielles des gouvernements et des entreprises, et en examinant des images satellite et des vidéos enregistrées après les frappes. Human Rights Watch a écrit aux deux gouvernements le 26 mars pour demander des éclaircissements sur ces attaques. Les autorités israéliennes ont répondu le 30 mars, affirmant que leurs « processus de ciblage sont régis par un cadre structuré et contraignant conçu pour garantir l’identification précise de cibles militaires légitimes ». Les autorités iraniennes n’ont pas répondu.
Les attaques ont endommagé les deux installations, comme le montrent les images satellite à différentes résolutions spatiales analysées par Human Rights Watch. Des dégâts importants ont été constatés dans au moins quatre sections du complexe du gisement gazier de South Pars, tandis que deux sections du site industriel de Ras Laffan au Qatar ont subi des dommages.
En vertu du droit international humanitaire applicable au conflit armé au Moyen-Orient, les infrastructures pétrolières, gazières et autres infrastructures énergétiques sont présumées être des biens de caractère civil, mais elles peuvent devenir des cibles militaires si elles sont utilisées pour soutenir l’armée. Toutefois, les attaques contre de telles cibles sont considérées comme disproportionnées et illégales, si le préjudice prévisible pour les civils et les structures civiles dépasse le gain militaire escompté. Les violations graves des lois de la guerre, ordonnées ou commises avec une intention criminelle – c’est-à-dire délibérément ou par imprudence – constituent des crimes de guerre.
Lors d’une conférence de presse le 19 mars, un journaliste a demandé au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s’il avait approuvé la frappe en Iran, et si le président américain Donald Trump en avait été informé ; Benjamin Netanyahou a répondu qu’« Israël a agi seul contre le complexe gazier d’Assalouyeh [South Pars] ».
Lors d’un entretien avec la BBC le même jour, le porte-parole de l’ambassade d’Israël à Londres a déclaré que le gisement gazier de South Pars « n’est pas seulement une infrastructure civile, même s’il a cette fonction ». Il a ajouté : « C’est aussi une infrastructure à double usage, qui a aidé les forces iraniennes du CGRI [Corps des gardiens de la révolution islamique] à renforcer leurs capacités, en particulier dans le cadre du programme de missiles balistiques en Iran. Elles ont réapprovisionné leurs missiles grâce à cette infrastructure gazière. Il ne s’agit donc pas uniquement d’une infrastructure civile. »
Cependant, ni Israël ni l’Iran n’ont démontré que les installations ciblées par ces deux pays étaient des objectifs militaires. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de déterminer dans quelle mesure l’une ou l’autre de ces installations était utilisée à des fins militaires.
Selon l’Agence internationale de l’énergie, 80 % du gaz naturel iranien provient de South Pars ; le gaz naturel est employé pour produire 79 % de l’électricité utilisée en Iran, notamment pour le chauffage, l’éclairage, l’alimentation et divers usages industriels. Avant le conflit, la ville industrielle de Ras Laffan, au Qatar, fournissait un cinquième de l’approvisionnement mondial en gaz naturel liquéfié (GNL). QatarEnergy, la compagnie nationale de pétrole et de gaz du Qatar, qui gère Ras Laffan, est le plus grand producteur mondial de GNL ; de nombreux pays d’Asie dépendent fortement de ses approvisionnements.
L’attaque contre Ras Laffan et la perturbation plus générale de l’approvisionnement en gaz naturel liquéfié due à l’incertitude persistante concernant la navigation dans le détroit d’Ormuz pourraient avoir un impact mondial plus large, en particulier sur l’accès à la nourriture et à d’autres produits de première nécessité. Le gaz naturel joue un rôle clé dans la production d’engrais azotés, et il influence les prix de l’énergie au niveau national ; ceci affecte le coût de nombreux autres biens et services de consommation courante, tels que les transports publics pour se rendre au travail, à l’école ou à l’hôpital.
Human Rights Watch a analysé des images satellite à basse résolution enregistrées avant et après l’attaque contre South Pars, en Iran, et a constaté des dégâts importants dans au moins quatre sections du complexe.
Click to expand Image Une carte du gisement gazier de South Pars, situé dans le sud de l’Iran à proximité du golfe Persique, montrant quatre raffineries qui ont été endommagées lors de l'attaque israélienne du 18 mars 2026. © 2026 Human Rights Watch (graphisme). Sources des données : South Pars / OpenStreetMap.Une image satellite datée du 29 mars montre des dégâts causés par des incendies subis par plusieurs structures faisant partie des troisième, quatrième, cinquième et sixième raffineries de South Pars. Ces mêmes structures apparaissaient intactes sur des images enregistrées tôt dans la matinée du 18 mars.
Une partie de ces dégâts est également visible dans des vidéos publiées sur les réseaux sociaux dès le début de l’après-midi du 18 mars, montrant les effets de l’attaque. Ces vidéos, géolocalisées par la plateforme GeoConfirmed (gérée par une équipe de bénévoles) puis corroborées par Human Rights Watch, montrent des incendies et des panaches de fumée s’élevant au-dessus d’au moins deux raffineries, la quatrième et la sixième.
Click to expand Image Une image extraite d'une vidéo filmée depuis un véhicule sur la route 96, dans le sud de l’Iran, le 18 mars 2026, suite à une frappe israélienne contre le gisement gazier de South Pars. On y voit de très épais nuages de fumée suite aux incendies provoqués, notamment celui de la quatrième raffinerie. Vidéo publiée par Vahid Online (https://x.com/Vahid/status/2034333984503529778), géolocalisée par FactNameh (https://x.com/factnameh/status/2034415274430988685/photo/1), corroborée par Human Rights Watch. © 2026 Human Rights Watch / Vahid OnlineLes dégâts subis par plusieurs chaînes de production des troisième et quatrième raffineries sont visibles sur des images satellite à haute résolution datant du 21 mars, et publiées par le magazine allemand WirtschaftsWoche.
Dans un communiqué publié par l’agence de presse iranienne Tasnim le 18 mars, la Compagnie nationale du gaz iranienne a déclaré que l’attaque avait endommagé « une partie des unités de raffinage » ; l’entreprise nationale a ajouté qu’un incendie sur le site de South Pars avait été éteint, et que des opérations de refroidissement des équipements étaient en cours. Eskandar Pasalar, gouverneur d’Assalouyeh, a déclaré que plusieurs phases avaient été mises hors service « afin de contrôler et de ralentir la propagation du feu », a rapporté l’agence de presse iranienne Fars.
Ahmed Moussa, porte-parole du ministère irakien de l’Électricité, a déclaré à l’Agence de presse irakienne que « suite aux répercussions des événements dans la région, l’approvisionnement en gaz iranien vers l’Irak s’est complètement arrêté ».
Human Rights Watch a également enquêté sur les attaques iraniennes menées contre la ville industrielle de Ras Laffan au Qatar les 18 et 19 mars, et a examiné des images satellite à haute résolution.
Le magazine allemand WirtschaftsWoche a publié une évaluation des dégâts subis par deux sections du complexe industriel de Ras Laffan, sur la base d’images satellite à haute résolution datant du 22 mars. Ces images montrent des dégâts importants subis par l’usine de liquéfaction GNL (LNG Liquefaction Plant), et l’usine Pearl GTL (chargée de conversion gaz-liquide), de la ville industrielle de Ras Laffan.
Click to expand Image Carte montrant la ville industrielle de Ras Laffan, située dans le nord-est du Qatar. Deux importantes usines de production de gaz naturel liquéfié ont été gravement endommagées lors d’attaques iraniennes menées les 18 et 19 mars 2026. © 2026 Human Rights Watch (graphisme)L'analyse de WirtschaftsWoche montre des dégâts au sein de l'usine de liquéfaction GNL sur certaines parties des lignes de production 4 et 6, ainsi que sur une tour d'échange thermique de la ligne 6 qui semble s'être effondrée.
Le bâtiment adjacent présente des traces de brûlures visibles. Une autre tour semble gravement endommagée, ses parties supérieures ayant disparu. Dans l’usine Pearl GTL, des dégâts importants sur la ligne de production n° 2, y compris au niveau d’une usine chimique, sont également visibles sur les images satellite du 22 mars. Human Rights Watch a comparé ces images avec des images haute résolution datant des 10 et 16 février, qui ne montrent aucun dégât au sein de l’usine de liquéfaction GNL, ni de l’usine Pearl GTL.
À l’usine de liquéfaction GNL, les lignes de production 4 et 6 endommagées totalisent 12,8 millions de tonnes par an, soit environ 17 % des exportations du Qatar, selon un communiqué de QatarEnergy daté du 19 mars. Saad al-Kaabi, ministre de l’Énergie du Qatar et PDG de QatarEnergy, a déclaré que la réparation des dégâts devrait « prendre jusqu’à cinq ans, ce qui aura un impact sur l’approvisionnement des marchés européens et asiatiques ».
Le 19 mars, la compagnie pétrolière Shell, qui détient Pearl GTL conjointement avec QatarEnergy, a déclaré qu’« un incendie qui s’est déclaré au sein de l’installation Pearl GTL à la suite de l’incident a été rapidement maîtrisé ». Shell a indiqué qu’une première évaluation avait confirmé qu’« il faudra environ un an pour réparer entièrement la ligne de traitement n° 2 de l’installation Pearl GTL (Gas-to-Liquids) ».
Les installations de gaz naturel liquéfié constituent des infrastructures gigantesques et complexes. L’usine Pearl GTL est la plus grande usine de ce type dans le monde ; il s’agit de « l’un des projets énergétiques les plus vastes, les plus complexes et les plus ambitieux jamais mis en service », selon Shell.
Après l’attaque israélienne contre South Pars, l’Iran a menacé de riposter contre les infrastructures énergétiques des pays du golfe Persique, désignant spécifiquement comme cibles la raffinerie Samref et le complexe pétrochimique de Jubail en Arabie saoudite, le gisement de gaz d’al-Hosn aux Émirats arabes unis, ainsi que la raffinerie de Ras Laffan et le complexe pétrochimique de Mesaieed au Qatar. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a déclaré que ces installations étaient « devenues des cibles directes et légitimes et seraient frappées dans les prochaines heures ».
L’agence Fars News, affiliée au CGRI, a déclaré le 18 mars que « le pendule de la guerre est passé de facto d'un état de combats limités et confinés à une guerre économique à grande échelle ». Dans un autre post, Fars News a ajouté : « Nous considérons que le ciblage des infrastructures de carburant, d'énergie et de gaz […] est une cause légitime pour nous, et dès que l'occasion se présentera, nous riposterons avec la plus grande sévérité. »
Les attaques menées tant par Israël que par l’Iran soulèvent des questions cruciales quant à leurs répercussions disproportionnées à long terme. Selon les directives du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), les évaluations de proportionnalité doivent prendre en compte les impacts environnementaux indirects « raisonnablement prévisibles ». Ceux-ci comprennent les « effets de répercussion » (« reverberating effects », parfois appelés « effets domino ») sur l’eau, sur les systèmes alimentaires et sur la santé des civils. Les attaques contre des objectifs militaires sont également illégales si elles sont susceptibles de causer des dommages « étendus, durables et graves » à l’environnement naturel, mesurés en mois ou en années.
Le droit international humanitaire interdit également aux parties belligérantes d’attaquer, de détruire, d’enlever ou de rendre inutilisables des biens indispensables à la survie de la population civile, ce qui peut inclure les infrastructures énergétiques. L’importance du gisement de gaz de South Pars pour la production nationale d’électricité en Iran pourrait le rendre indispensable à la survie de la population iranienne. L’électricité est fondamentale pour presque tous les aspects de la vie quotidienne et de la participation aux activités sociales, et l’accès à l’électricité est un droit humain, a ajouté Human Rights Watch.
Les obligations des parties belligérantes en vertu du droit international humanitaire ne dépendent pas du respect de ces obligations par l’autre partie. Les violations commises par une partie ne peuvent être justifiées par le manquement de l’autre partie à ses obligations.
« Les menaces proférées par de hauts responsables israéliens et iraniens d’attaquer délibérément des infrastructures pétrolières et gazières essentielles se sont transformées en une sinistre réalité : celle d’attaques contre des infrastructures énergétiques vitales qui pourraient affecter des millions de personnes au Moyen-Orient et dans le monde entier », a conclu Joey Shea.
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Sur X
22.04.2026 à 20:56
Human Rights Watch
(Budapest, 22 avril 2026) – L’arrêt rendu le 21 avril par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) contre la loi anti-LGBT hongroise de 2021 constitue un rejet important des efforts visant à stigmatiser les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT), a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. La Cour a estimé que la loi de 2021, qui tente de stigmatiser les personnes LGBT sous le prétexte de la « protection de l’enfance », enfreint le droit de l’UE et a souligné qu’une telle discrimination n’avait pas sa place dans l’UE.
« Il s’agit d’un arrêt historique qui établit clairement que la loi anti-LGBT de la Hongrie n’a pas sa place dans l’Union européenne, et devrait être abrogée », a déclaré Lydia Gall, chercheuse senior auprès de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Les autorités hongroises ont utilisé cette législation pour censurer l’information, stigmatiser les personnes LGBT et restreindre les droits fondamentaux, et la Cour a désormais confirmé que ces actions enfreignent le droit de l’Union européenne. »
La Cour a estimé que la législation hongroise, qui interdit ou restreint la « représentation ou la promotion » de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre auprès des enfants et des adolescents dans l’éducation, les médias et la publicité, enfreint le droit de l’Union européenne, y compris les protections des droits fondamentaux et les valeurs consacrées dans le traité fondateur de l’UE. Cet arrêt confirme les préoccupations de longue date soulevées par Human Rights Watch et d’autres organisations selon lesquelles cette loi est discriminatoire et incompatible avec les valeurs fondamentales de l’UE.
Le nouveau gouvernement hongrois devrait agir sans délai pour abroger cette loi discriminatoire anti-LGBT et veiller à ce que toute législation respecte l’égalité, la liberté d’expression et l’accès à l’information. Les autorités devraient également abandonner les poursuites contre les organisateurs du défilé Pride, a déclaré Human Rights Watch.
La Hongrie a adopté cette loi en juin 2021 sous le gouvernement Fidesz du Premier ministre Viktor Orbán, ce qui a conduit à l’interdiction ou à la restriction des contenus traitant de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre dans les supports accessibles aux enfants et aux adolescents. Ces changements ont affecté les programmes scolaires, la publicité et les contenus médiatiques, et ont entravé une éducation sexuelle complète. Human Rights Watch avait alors averti que cette loi alimenterait la discrimination et réduirait au silence les discussions sur la diversité et l’égalité.
La Commission européenne avait décidé de saisir la Cour de justice d'un recours contre la Hongrie peu après l’adoption de cette loi, affirmant qu’elle violait les règles du marché intérieur de l’UE, les droits fondamentaux et les valeurs fondatrices de l’UE. L’arrêt de la Cour de justice de l’UE est l’une des décisions les plus importantes à ce jour concernant les violations des valeurs fondatrices de l’UE par un État membre ayant adopté une législation qui porte atteinte aux droits des personnes LGBT.
Cette loi a eu des répercussions bien au-delà des restrictions juridiques formelles en Hongrie. Elle a contribué à créer un effet dissuasif sur les enseignants, les journalistes et les organisations de la société civile, décourageant tout débat ouvert sur les droits des personnes LGBT et instaurant un environnement de plus en plus hostile pour ces personnes et celles qui œuvrent à leur soutien.
Les autorités se sont également appuyées sur des arguments similaires de « protection de l’enfance » pour justifier des restrictions plus larges à la liberté de réunion, notamment l’interdiction d’événements liés à la Pride, et pour engager des poursuites pénales contre les organisateurs de la Pride, y compris le maire de Budapest.
L'arrêt de la Cour oblige la Hongrie à mettre sa législation en conformité avec le droit de l'Union européenne. Tout manquement à cette obligation pourrait entraîner de nouvelles poursuites judiciaires et des sanctions financières. Cet arrêt intervient à un moment critique, à la suite des récentes élections en Hongrie et de la formation d'un nouveau gouvernement disposant d'une majorité parlementaire des deux tiers. Cette décision confère un mandat juridique et politique clair pour mettre fin à des années de violations des droits des personnes LGBT et offre aux autorités une occasion évidente de montrer leur engagement à rétablir le respect de l’État de droit et des droits humains.
La Commission européenne devrait surveiller de près le respect de l’arrêt par la Hongrie et prendre des mesures coercitives supplémentaires s’il n’est pas mis en œuvre, telles que le maintien du gel actuel des fonds européens pour des raisons liées à l’État de droit et l’envisagement de nouvelles sanctions financières et autres. Les États membres de l’UE au sein du Conseil de l’Union européenne devraient poursuivre leur examen dans le cadre de la procédure prévue à l’article 7 tant que des violations des valeurs fondamentales des traités de l’UE persistent dans le pays.
« Cette décision envoie un message important à l’ensemble de l’Union européenne : les États membres qui portent atteinte aux droits fondamentaux s’exposent à des conséquences », a conclu Lydia Gall. « L’égalité et la dignité humaine sont des valeurs fondamentales de l’UE qui doivent être respectées dans la pratique et non écartées sous des prétextes vagues et discriminatoires. »
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21.04.2026 à 18:35
Human Rights Watch
Cette semaine, un tribunal militaire de la ville de Bunia, dans la province de l’Ituri en République démocratique du Congo, rendra son verdict dans l’affaire contre trois membres du mouvement citoyen Lucha (Lutte pour le Changement).
Les militants ont été arrêtés le 12 mars 2026 après avoir organisé une manifestation pacifique pour réclamer l’accès à l’eau potable, un service essentiel qui reste très limité dans de nombreuses régions de l’est de la RD Congo. Les activistes avaient informé les autorités locales de la manifestation prévue trois jours plus tôt.
Olivier Sefu Anjisina, Jackson Kambale Odo et Joachim Kamate Paluku sont détenus à la prison centrale de Bunia pour « atteinte à la sécurité de l’État », une infraction vague et trop générale fréquemment utilisée pour réprimer la dissidence. En vertu du décret d’état de siège, imposé depuis 2021 dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri secouées par des conflits, les civils soupçonnés d’infractions sont jugés par des tribunaux militaires, et non civils. La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a souligné que les tribunaux militaires ne devraient en aucun cas avoir compétence sur des civils.
Le gouvernement du président Félix Tshisekedi a décrété l’état de siège afin de « mettre rapidement fin à l’insécurité qui, tous les jours, fait des morts parmi nos compatriotes », selon une déclaration faite à l’époque par un porte-parole du gouvernement. Mais l’état de siège n’a pas mis fin aux atrocités commises dans l’est de la RD Congo ; il a au contraire été utilisé pour réprimer les droits des citoyens à la liberté de réunion pacifique, à la liberté d’expression et à une justice équitable. Les autorités militaires ont carte blanche pour perquisitionner les domiciles, interdire les publications et les rassemblements jugés menaçants pour l’ordre public, et restreindre la liberté de circulation.
Ces arrestations s’inscrivent dans le cadre d’une répression plus large visant la société civile et d’autres voix critiques dans l’est de la RD Congo. Les défenseurs des droits humains et les militants de groupes tels que la Lucha sont depuis longtemps victimes de harcèlement, de détentions arbitraires et d’intimidations judiciaires en raison de leur travail. En avril 2022, un tribunal militaire a condamné 13 militants de la Lucha lors d’une manifestation pacifique à Beni, dans le Nord-Kivu, pour « provocation et incitation à des manquements envers l'autorité publique ». Les forces de sécurité ont tué trois militants de la Lucha à Beni depuis 2020.
L’état de siège en vigueur en RD Congo autorise la mise en place de restrictions vagues et excessives, allant au-delà de ce qui est permis par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, menaçant ainsi les droits fondamentaux à la liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association.
Les autorités congolaises devraient abandonner toutes les poursuites engagées contre les militants et veiller à leur libération immédiate. Le président Tshisekedi devrait lever les restrictions abusives imposées à l'espace civique sous prétexte de l'état de siège et révoquer le pouvoir des tribunaux militaires de juger des civils, conformément aux normes en matière de droits humains.
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Sur X : https://x.com/hrw_fr/status/2046633329185698246
20.04.2026 à 14:33
Human Rights Watch
(Nairobi) – Le gouvernement militaire du Burkina Faso intensifie sa répression généralisée de la société civile à travers une législation restrictive, des pressions administratives et des mesures punitives ciblant les organisations nationales et internationales, ont déclaré aujourd'hui Human Rights Watch, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) dans le cadre de l’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, et l'Observatoire KISAL. Les autorités militaires devraient immédiatement cesser leur répression des voix indépendantes ainsi que des organisations humanitaires et de défense des droits humains, et respecter les droits et libertés fondamentaux.
Le 15 avril 2026, le ministre de l'administration territoriale et de la mobilité a annoncé la dissolution de 118 organisations de la société civile, dont beaucoup étaient engagées dans la défense des droits humains. Les autorités ont invoqué une loi de juillet 2025 sur la liberté d'association, mais n'ont fourni aucune justification au-delà de vagues allusions au non-respect de ladite loi.
« La dissolution massive des organisations de la société civile n’est que le dernier acte de la junte du Burkina Faso pour faire taire la dissidence et éviter toute analyse de son bilan peu reluisant en matière de droits humains », a déclaré Binta Sidibé Gascon, Présidente de l’Observatoire Kisal. « Cette décision renforce un climat de peur qui paralyse l'activité civique indépendante. »
L'action du gouvernement militaire reflète un schéma plus large de répression qui a commencé après que les militaires ont pris le pouvoir en septembre 2022. Depuis le coup d'État, les autorités ont ciblé les organisations non gouvernementales, les médias indépendants, les défenseur·es des droits humains et toute forme de dissidence pacifique, réduisant progressivement l'espace civique. Elles ont suspendu, interdit ou expulsé des dizaines d'organisations et de médias burkinabè et internationaux pour des motifs administratifs vagues et fallacieux ou en représailles à des critiques.
Les autorités ont également détenu des travailleurs humanitaires et arrêté arbitrairement, fait disparaître de force ou enrôlé illégalement des défenseurs des droits humains, des journalistes et des opposants politiques. Cette répression croissante se déroule dans un contexte de crise sécuritaire aggravée, le Burkina Faso combattant depuis une décennie des groupes armés islamistes liés à Al-Qaïda et à l'État islamique.
Alors que certains des groupes ciblés par la mesure de dissolution étaient inactifs, d'autres—y compris Action des Chrétiens contre la Torture (ACAT) et Coalition Burkinabè pour les droits des femmes (CBDF)—étaient opérationnels et semblaient répondre aux exigences légales en vertu de la loi de juillet 2025. La loi accorde aux organisations un an pour se conformer à ces exigences, un délai qui n'est pas encore expiré.
« L'action du gouvernement militaire, si elle est fondée sur un prétendu non-respect de la loi de 2025, semble juridiquement contestable puisque le délai requis n'est pas encore écoulé », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior au sein de Human Rights Watch. « L'ampleur de la dissolution est l'un des coups les plus importants portés aux groupes de la société civile depuis que les militaires ont pris le pouvoir et envoie un message glaçant à tous les autres. »
La loi de juillet 2025, introduite par les autorités comme une mesure pour réglementer le secteur des organisations à but non lucratif et lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, a considérablement étendu le contrôle gouvernemental sur la société civile. Elle impose des obligations lourdes qui entravent le travail humanitaire et de développement. Les organisations étrangères, par exemple, doivent nommer des ressortissants burkinabè à des postes clés de direction et financiers, les exposant à des risques personnels. Cette inquiétude a été renforcée par une disposition du Code de la famille de septembre 2025 permettant aux autorités de retirer la nationalité burkinabè à toute personne jugée agir contre les intérêts de l’État et créant un risque d’apatridie pour les individus ciblés.
Début avril, le gouvernement militaire, en réponse à un rapport de Human Rights Watch sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis par toutes les parties au conflit au Burkina Faso depuis 2023, avait menacé de prendre des « mesures fermes » contre ce qu’il appelait des « officines impérialistes déguisés en ONG [organisations non gouvernementales] ».
En fin 2025, les autorités ont introduit des barrières administratives supplémentaires. Les organisations doivent désormais obtenir un « visa statistique » avant de mener des enquêtes ou des recherches, un processus coûteux et chronophage qui, selon un travailleur humanitaire interrogé par Human Rights Watch, « entrave la collecte et l’analyse indépendantes des données dans un contexte déjà extrêmement fermé ».
Au cours de l’année passée, plusieurs organisations humanitaires internationales ont été suspendues ou expulsées, souvent pour des raisons procédurales peu claires. Entre juin et juillet 2025, les autorités ont suspendu ou révoqué les licences d’environ 20 organisations étrangères, dont Comunità di Sant’Egidio, Diakonia, Geneva Call et le Tony Blair Institute, invoquant le « non-respect de l’obligation de signature de la convention d’établissement ».
La répression du gouvernement militaire s'est également étendue aux individus membres de la société civile nationale et des organisations internationales. Depuis 2022, les autorités ont détenu plus de 70 travailleurs humanitaires, pour la plupart burkinabè, selon les médias internationaux. Dans un cas emblématique, les autorités militaires ont expulsé en août 2025 la principale représentante des Nations unies au Burkina Faso, Carol Flore-Smereczniak, en la déclarant persona non grata à la suite d'un rapport de l'ONU sur les violations à l'encontre des enfants dans le pays.
Dans un autre cas, au milieu de l'année 2025, les forces de sécurité ont arrêté et détenu arbitrairement huit membres du personnel de l'International Group Safety Organization (INSO), une organisation humanitaire basée aux Pays-Bas spécialisée dans la sécurité humanitaire, avant de les libérer finalement en décembre 2025. Les autorités les ont accusés d'espionnage et de trahison, leur reprochant de collecter et de fournir des informations sensibles sur la sécurité à des puissances étrangères.
Les autorités militaires ont utilisé les dispositions d’un décret de « mobilisation générale » d’avril 2023 — une loi d’urgence— de manière sélective et disproportionnée pour réprimer l’opposition politique, les médias et la dissidence, et pour faire taire et enrôler illégalement dans les forces armées des dizaines de voix critiques, journalistes, militants de la société civile et personnels judiciaires. Les autorités affirment que la conscription est autorisée par le décret, qui confère au président de vastes pouvoirs pour lutter contre l’insurrection islamiste, y compris en réquisitionnant des personnes et des biens et en limitant les libertés civiles.
Entre juillet et octobre 2025, au moins six journalistes et trois militants ayant été précédemment enrôlés de force ont été libérés, tandis que d’autres conscrits sont toujours portés disparus, y compris l’éminent journaliste d’investigation Serge Oulon, et il est à craindre que d’autres aient été enrôlés illégalement.
Le droit international en matière des droits humains protège les droits aux libertés d'expression et d'association, permettant aux individus et aux groupes d'agir sans ingérence. Les restrictions apportées à ces droits doivent être nécessaires, proportionnées et non discriminatoires – des critères que la récente dissolution massive des organisations de la société civile et la loi de juillet 2025 ne respectent pas, ont déclaré les quatre organisations.
« Une société civile forte et indépendante agit comme un garde-fou contre les abus de pouvoir et amplifie les voix des communautés marginalisées », a déclaré Drissa Traoré, Secrétaire général de la FIDH. « Les autorités burkinabè devraient permettre aux organisations de la société civile de travailler librement et garantir les droits et libertés fondamentaux de chacun·e au Burkina Faso. »
20.04.2026 à 00:06
Human Rights Watch
Il y a une dizaine de jours, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, s’est rendu à Pyongyang ; il s’agissait de sa première visite depuis 2019. Au cours de ce voyage, il a rencontré le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un et la ministre des Affaires étrangères Choe Son Hui ; les discussions ont reflété un engagement à renforcer la coopération entre les deux pays, ainsi qu’une coordination approfondie de leurs actions.
Cette diplomatie visible et cordiale entre Pékin et Pyongyang était délibérée. Les liaisons de transport entre la Chine et la Corée du Nord ont repris, les visites de haut niveau s’accélèrent et les relations entre les deux gouvernements se renforcent activement.
Mais le long de la frontière sino-nord-coréenne, une réalité différente persiste – une réalité qui n’est pas définie par la visibilité, mais par un silence imposé.
Le contrôle des frontières est un élément essentiel du système de répression nord-coréen. Le gouvernement interdit à quiconque de quitter le pays sans autorisation, sous peine d’emprisonnement, de torture, de travaux forcés, de disparition forcée ou de mort. Pékin aide depuis longtemps la Corée du Nord à bloquer les voies d’évasion et à renvoyer de force vers leur pays les personnes qui tentent de fuir la Corée du Nord, contribuant ainsi à renforcer le contrôle de ce pays sur ses citoyens opprimés. Chaque renvoi forcé envoie un signal à ceux qui se trouvent en Corée du Nord ou qui se cachent en Chine : il n’y a pas de voie de fuite sûre.
Pour les Nord-Coréens qui tentent de fuir, les enjeux sont considérables. En mars, Kim Geum Sung, un jeune Nord-Coréen qui vit en tant que réfugié en Corée du Sud depuis 2019, a déclaré à Human Rights Watch que sa mère – qui avait participé à un mariage forcé en Chine afin de financer sa fuite – avait été détenue par les autorités chinoises il y a plus d’un an. Au début du mois d’avril, des législateurs sud-coréens ont adressé à Pékin une demande officielle visant à obtenir des informations sur le sort de la mère de Kim Geum Sung. Le ministère sud-coréen des Affaires étrangères a envoyé un courrier similaire. Ni les législateurs ni le ministère n’ont reçu de réponse. Le sort de cette femme reste inconnu, sans confirmation de sa libération par les autorités chinoises, ou de son renvoi forcé vers la Corée du Nord.
Le gouvernement chinois devrait immédiatement divulguer le sort de toutes les personnes nord-coréennes détenues, et mettre fin à tous les retours forcés vers la Corée du Nord ; il devrait soit accorder l’asile à ces personnes, soit leur permettre de voyager en toute sécurité vers un pays tiers sûr.
Les gouvernements en relation avec Pékin, notamment dans la perspective du sommet États-Unis-Chine prévu en mai, devraient soulever des cas comme celui de la mère de Kim Geum Sung et faire pression sur les autorités chinoises pour qu’elles respectent leurs obligations en vertu du droit international, qui interdit de renvoyer des personnes vers des pays où elles risquent d’être persécutées ou de subir d’autres préjudices.
Les dirigeants de ces pays devraient se rappeler que chaque poignée de main diplomatique avec des responsables chinois dissimule des personnes comme la mère de Kim Geum Sung : invisibles, portées disparues et en danger.
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