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Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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12.05.2026 à 06:01

UE : Des technologies de surveillance vendues à des gouvernements responsables d'abus

Human Rights Watch

Click to expand Image © 2026 Glenn Harvey pour Human Rights Watch De nombreuses entreprises productrices de technologies de surveillance dangereuses, et susceptibles d’être utilisées pour violer les droits humains, sont basées dans des États membres de l’UE ; l'exportation de ces technologies nécessite des contrôles rigoureux.La mise en œuvre et la surveillance du cadre réglementaire de l’UE régissant l’exportation des technologies de surveillance présentent de graves lacunes, ce qui conduit à la vente de ces technologies à des acteurs qui les utilisent en violation des droits humains internationaux et du droit humanitaire. L’UE devrait renforcer les contrôles en exigeant des États qu'ils fassent preuve d'une plus grande diligence raisonnable en matière de droits humains, bloquer les exportations présentant des risques et faire respecter les exigences en matière de transparence et de déclaration afin de garantir une surveillance et une responsabilité effectives. 

(Bruxelles, le 12 mai 2026) –L’Union européenne n’a pas empêché certains États membres d’exporter des technologies de surveillance vers des gouvernements dont le recours à des technologies pour espionner des activistes, des journalistes et d’autres voix critiques était pourtant solidement documenté, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. La Commission européenne devrait renforcer la mise en œuvre de la réglementation européenne relative à l’exportation des technologies de cybersurveillance, afin de garantir que les technologies européennes ne contribuent pas à des violations des droits humains à travers le monde.

12 mai 2026 Looking the Other Way

Le rapport de 54 pages, intitulé « Looking the Other Way: EU Failure to Prevent Surveillance Exports to Rights Violators » (« Détourner le regard : Insuffisances des mesures de l’UE pour empêcher les exportations de technologies de surveillance vers des gouvernements violant les droits humains »), évalue le fonctionnement concret du Règlement de l’UE sur les biens à double usage, texte historique adopté en 2021. Le Règlement visait, en partie, à empêcher l’exportation de technologies à double usage – celles pouvant être utilisées à des fins tant civiles que militaires, y compris les technologies de surveillance commerciale – vers des pays où elles risquaient d’être utilisées pour violer le droit international humanitaire ou les droits humains. Mais, faute d’une mise en œuvre efficace du Règlement, cet objectif n’est pas atteint. 

« L’UE n’agit pas suffisamment, à l’heure actuelle, pour empêcher ses États membres d’exporter des technologies de surveillance vers des gouvernements susceptibles de les utiliser pour réprimer la dissidence », a déclaré Zach Campbell, chercheur senior sur les questions de surveillance à Human Rights Watch. « La Commission européenne devrait prendre d’urgence des mesures rectificatives, et assurer la transparence indispensable des exportations de technologies de surveillance. »

Human Rights Watch a cherché à obtenir des informations sur l’octroi de licences et sur les exportations de ces technologies dans chacun des 27 États membres de l’UE, conformément aux règlementations sur le droit à l’information. Près de la moitié des pays de l’UE qui avaient transmis des données à la Commission européenne ont transmis les données clés à Human Rights Watch. L’analyse par Human Rights Watch de ces données, ainsi que de rapports rendus publics par la CE et d’autres données obtenues en réponse à des demandes sur la transparence, révèle de graves lacunes dans l’approche actuellement adoptée par l’UE.

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Plusieurs des principaux développeurs et exportateurs mondiaux de technologies de surveillance sont basés dans l’UE. L’Union réglemente les exportations des types de technologies de surveillance les plus intrusifs, tandis que les décisions individuelles en matière d’octroi de licences sont prises par les autorités nationales des États membres de l’UE. 

Le Règlement de l’UE sur les biens à double usage (également connu en anglais suis le nom de « Dual-Use Recast » suite à une refonte), impose aux États membres de communiquer à la Commission européenne leurs décisions d’octroi de licences d’exportation pour certains types de technologies de surveillance, et à la Commission de les rendre publiques. En 2024, la Commission européenne a publié une recommandation contenant des lignes directrices de mise en œuvre du Règlement, qui définissent la manière dont les États membres devraient communiquer leurs données d’exportation. 

Dans ces lignes directrices, la Commission réinterprète les obligations de transparence énoncées dans le Règlement d’une telle manière que l’objectif de ce dernier s’en trouve affaibli. En conséquence, les rapports de la Commission ne fournissent pas suffisamment d’éléments pour procéder à une évaluation qui permettrait d’établir si le Règlement produit l’effet escompté, a constaté Human Rights Watch. 

Les données recueillies par Human Rights Watch montrent néanmoins clairement que des États membres de l’UE ont autorisé l’exportation de technologies de surveillance vers les autorités de plusieurs pays ayant des antécédents bien documentés d’utilisation de ces outils à des fins de violation des droits humains. Ces données comprennent par exemple des preuves de l’exportation par la Bulgarie vers l’Azerbaïdjan de logiciels d’intrusion, de systèmes d’interception des télécommunications, ou d’une combinaison de ces deux technologies, en 2022 ; de l’exportation par la Pologne vers le Rwanda de systèmes d’interception des télécommunications en 2023 ; ainsi que d’autres exemples d’exportations de ces outils vers d’autres pays ayant utilisé des technologies de surveillance pour réprimer la dissidence.

Exportations de technologies de cybersurveillance par des pays de l’UE .wrap{display:flex;gap:var(--gap);height:100vh;box-sizing:border-box;background:var(--bg); max-height:600px;padding-top:2rem} /* left column (tabs) */ .tabs{width:var(--nav-w);display:flex;flex-direction:column;background:#fff;overflow:hidden} .tab{padding:14px 12px;border:0;background:transparent;text-align:left;cursor:pointer;border-bottom:1px solid #eee;font-weight:600;font-size:.9rem} .tab:last-child{border-bottom:none} .wrap .tab[aria-selected="true"]{background: #f5f5f5; color: #444; border-right: 3px solid #1e88e5;} .tab:focus{outline:3px solid rgba(30,136,229,.25)} /* right content area */ .content{flex:1;background:#fff;overflow:hidden; outline: none;} .map-wrap{position:relative;width:100%;height:100%} .base-map, .overlay img{ display:block; border:0; outline:none; position:absolute; inset:0; width:100%; height:100%; object-fit: contain; object-position: top; } /* fade-in effect for overlay */ .fade{opacity:0;animation:fadeIn .3s ease-out forwards} @keyframes fadeIn{to{opacity:1}} /* responsive */ @media (max-width:1144px){ .wrap{flex-direction:column} .tabs{ width:100%; flex-direction:row; flex-wrap:wrap; overflow:visible; } .tab{ flex:1 1 120px; white-space:normal; border-right:1px solid #eee; border-bottom:0px solid #eee; text-align: center; } .wrap .tab[aria-selected="true"]{background: #f5f5f5; color: #444; border-right: 0 solid #1e88e5; border-bottom: 3px solid #1e88e5;} .wrap{max-height:400px} } Overview Bulgaria Czech Republic Denmark Estonia Finland Poland (function(){ const tabs = document.querySelectorAll('.tab'); const content = document.getElementById('content'); const overlay = document.getElementById('overlay'); function img(src, alt){ return ``; } const contents = { all: img('/sites/default/files/filesets_2026/05/cybersurveillance_technologies_maps/cybersurveillance-technologies-maps-overview.svg',' '), czechia: img('/sites/default/files/filesets_2026/05/cybersurveillance_technologies_maps/cybersurveillance-technologies-maps-czech-republic.svg',' '), denmark: img('/sites/default/files/filesets_2026/05/cybersurveillance_technologies_maps/cybersurveillance-technologies-maps-denmark.svg',' '), estonia: img('/sites/default/files/filesets_2026/05/cybersurveillance_technologies_maps/cybersurveillance-technologies-maps-estonia.svg',' '), finland: img('/sites/default/files/filesets_2026/05/cybersurveillance_technologies_maps/cybersurveillance-technologies-maps-finland.svg',' '), poland: img('/sites/default/files/filesets_2026/05/cybersurveillance_technologies_maps/cybersurveillance-technologies-maps-poland.svg',' '), bulgaria: img('/sites/default/files/filesets_2026/05/cybersurveillance_technologies_maps/cybersurveillance-technologies-maps-bulgaria_0.svg',' ') }; function activateTab(tab){ tabs.forEach(t=>{ const sel = t === tab; t.setAttribute('aria-selected', sel); t.tabIndex = sel ? 0 : -1; }); const key = tab.dataset.target; // Clear first to ensure animation always retriggers overlay.innerHTML = ''; requestAnimationFrame(() => { overlay.innerHTML = contents[key] || ''; }); } tabs.forEach(t=>{ t.addEventListener('click', ()=> activateTab(t)); t.addEventListener('keydown', (e)=>{ const idx = Array.prototype.indexOf.call(tabs, t); if(e.key === 'ArrowDown' || e.key === 'ArrowRight'){ tabs[(idx+1)%tabs.length].focus(); } else if(e.key === 'ArrowUp' || e.key === 'ArrowLeft'){ tabs[(idx-1+tabs.length)%tabs.length].focus(); } else if(e.key === 'Enter' || e.key === ' '){ e.preventDefault(); activateTab(t); } }); }); // Initial state = All tab overlay + base map underneath activateTab(document.querySelector('.tab[aria-selected="true"]')); })();

Human Rights Watch a également constaté que la Commission européenne ne respectait pas les obligations légales de transparence concernant ces exportations. Afin de promouvoir la transparence et de faciliter la poursuite des recherches, Human Rights Watch publie en ligne les données reçues.

En réponse à des questions, la Commission européenne a déclaré que les États membres de l’UE sont « seuls responsables des décisions d’octroi de licences pour les exportations de biens à double usage ». Elle a expliqué que sa décision, énoncée dans la recommandation, de collecter des données de manière à masquer quelle technologie avait été envoyée où, était motivée par la crainte « que seul un nombre limité d’entreprises exportaient activement de tels articles au moment de l’adoption de la recommandation, ce qui risquait de violer le secret commercial ou de révéler leur identité ». 

Le Règlement sur les biens à double usage impose à la Commission européenne d’entamer une évaluation de sa mise en œuvre ultérieurement en 2026. La CE devrait saisir cette occasion pour renforcer ses exigences en matière de diligence raisonnable et de transparence, afin de garantir que l’UE limite ses exportations de technologies de surveillance vers des gouvernements responsables d’abus, à travers le monde. La CE devrait également veiller à ce que ce processus prévoie la participation effective de toutes les parties prenantes concernées, y compris les organisations de défense des droits humains et d’autres organisations de la société civile. 

La Commission européenne devrait publier de nouvelles lignes directrices pour la mise en œuvre du Règlement sur les biens à double usage, plus fidèles à la lettre de la loi, qui impose aux États membres de l’UE de prendre en compte le risque que les technologies de surveillance soient utilisées à des fins de répression interne ou pour violer le droit international humanitaire ou les droits humains. Ces nouvelles lignes directrices devraient également imposer une véritable transparence sur les exportations de technologies de surveillance par les États membres de l’UE, et exiger des entreprises exportatrices qu’elles fassent preuve d’une véritable diligence raisonnable, afin de déterminer si leurs produits sont susceptibles d’être utilisés pour violer des droits. 

Les obligations des États en matière de droits humains incluent l’obligation de réglementer la vente et l’exportation de technologies de surveillance. Cela s’explique par la menace inhérente que l’existence de ces technologies fait peser sur le droit à la vie privée, ainsi que par la violation potentielle d’autres droits – dont la liberté d’expression et de réunion, le droit à la vie et le droit à la protection contre la torture – qui peut découler de leur utilisation, en particulier lorsqu’elles sont utilisées pour cibler des individus et des communautés de manière discriminatoire. Pour s’acquitter de cette obligation, il ne suffit pas que les États mettent en place une telle réglementation ; ils devraient également la mettre en œuvre et en assurer le suivi afin de garantir qu’elle remplit son objectif préventif, a déclaré Human Rights Watch. 

Les entreprises ont également leur propre responsabilité distincte de respecter les droits humains, ce qui signifie qu’elles devraient mener une diligence raisonnable crédible en matière de droits humains et atténuer les risques à cet égard, afin que leurs activités ne facilitent ni n’aggravent les problèmes dans ce domaine.

« Il semble que certains pays de l’UE et des entreprises de surveillance basées dans l’UE privilégient les profits au détriment des personnes, malgré l’adoption par l’Union de l’une des réglementations les plus progressistes pour limiter la vente de technologies aux effets néfastes », a conclu Zach Campbell. « Une véritable transparence est nécessaire, afin de garantir que la réglementation sur les biens à double usage produise les effets prévus. »

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12.05.2026 à 06:00

La Tunisie suspend des organisations ayant façonné sa démocratie

Human Rights Watch

Click to expand Image Des manifestants tenaient une banderole avec ce message en arabe : « Notre histoire ne sera pas stoppée, et notre message n’est pas gelé », lors d'un rassemblement devant le Tribunal de première instance de Tunis, le 6 mai 2026, après la suspension de la Ligue tunisienne des droits de l'homme. © 2026 Chedly Ben Ibrahim/NurPhoto via AP Photo

Le 24 avril, les autorités tunisiennes ont ordonné la suspension des activités de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), qui constitue depuis longtemps un point d’appui essentiel pour les défenseurs des droits humains dans le pays.

Une suspension de ce type est une mesure drastique, qui ne devrait être envisagée qu’en dernier recours et sur la base de motifs clairement établis.

Fondée en 1976 sous un régime à parti unique, la Ligue a été, dès ses débuts, régulièrement ciblée par les autorités. Plusieurs de ses responsables ont été arrêtés de manière arbitraire sous les gouvernements de Habib Bourguiba, puis de Zine el-Abidine Ben Ali. Cependant l’organisation a résisté à ces attaques, et a survécu aux deux dictatures. À la suite de la révolution de 2011, la LTDH a joué un rôle clé dans la transition démocratique tunisienne au sein du Quartet du dialogue national, récompensé par le prix Nobel de la paix en 2015.

En septembre 2025, les autorités ont signalé à la Ligue de prétendues irrégularités liées à la déclaration de ses financements étrangers, à la tenue de ses registres et à l’organisation de son assemblée générale. L’organisation affirme avoir apporté les corrections demandées dans les délais impartis et n’avoir reçu aucune autre demande depuis. Malgré cela, à la demande des autorités, un tribunal de Tunis a ordonné, le 24 avril, la suspension de l’ensemble de ses activités pour une durée d’un mois, sur la base d’une présumée violation du décret-loi n° 88 de 2011 relatif aux associations. 

Les autorités avaient déjà restreint de manière arbitraire les activités de la Ligue dans des prisons. En ne respectant plus le protocole d’accord encadrant ses visites dans les établissements pénitentiaires et les centres de détention, le ministère de la Justice a privé la seule organisation non gouvernementale indépendante du pays de cet accès.

La Ligue tunisienne des droits de l’homme s’ajoute à une liste d’au moins vingt organisations de la société civile suspendues de manière arbitraire depuis juillet 2025, dans un contexte de répression sans précédent, marqué par une utilisation croissante de procédures administratives et judiciaires à l’encontre des acteurs associatifs, en plus d’arrestations et de poursuites abusives.

Le 5 mai, Avocats sans frontières (ASF), une ONG de premier plan basée à Tunis, a à son tour été visée par une décision de justice ordonnant la suspension de ses activités. Cette mesure entraîne des conséquences particulièrement graves pour les centaines de personnes qui dépendent de ses services d’assistance juridique, les seuls de ce type dans le pays.

Ces récentes suspensions semblent s’inscrire dans une stratégie plus large des autorités tunisiennes visant à démanteler progressivement la société civile, en paralysant, l’une après l’autre, des organisations qui défendent depuis des décennies les droits humains et l’accès à la justice. À terme, cette dynamique risque de priver la société civile de sa capacité à intervenir lorsque ces droits sont menacés.

11.05.2026 à 12:00

Tunisie : Cesser les poursuites abusives contre des membres d’organisations d’aide aux réfugiés

Human Rights Watch

Click to expand Image Mustapha Djemali, directeur du Conseil tunisien pour les réfugiés (CTR). © Privé

(Beyrouth) – Cinq employés du Conseil tunisien pour les réfugiés (CTR), poursuivis en raison de leur travail d’assistance aux demandeurs d’asile et aux réfugiés en Tunisie, feront l’objet d’un procès en appel le 13 mai, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Les autorités tunisiennes devraient mettre fin aux poursuites judiciaires abusives à l’encontre de ces employés, les indemniser pour leur détention illégale et cesser la répression généralisée contre les organisations de la société civile.

En mai 2024, les autorités ont fermé le Conseil tunisien pour les réfugiés et arrêté son directeur fondateur, Mustapha Djemali, ainsi que son chef de projet, Abderrazek Krimi, avant de lancer des poursuites judiciaires contre eux et quatre autres employés. Le 24 novembre 2025, le Tribunal de première instance de Tunis a condamné Mustapha Djemali et Abderrazek Krimi à deux ans de prison, dont six mois avec sursis  ; ils ont ensuite été libérés le jour même, ayant déjà purgé leur peine. Le tribunal a acquitté trois autres accusés, tandis que le quatrième était poursuivi dans le cadre d’une procédure distincte. Mustapha Djemali et Abderrazek Krimi ont tous deux fait appel du verdict ; le parquet a également interjeté appel.

« La Tunisie a déployé de gros efforts pour éliminer presque toute l’aide et les protections auxquelles les réfugiés et demandeurs d’asile pourraient accéder », a déclaré Bassam Khawaja, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Les autorités devraient mettre fin aux poursuites abusives qui adressent un message effrayant aux organisations effectuant un travail humanitaire. »

Le Conseil tunisien pour les réfugiés, fondé en 2016, apportait une aide au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) en assurant l’examen initial des demandes d’asile. Il fournissait par ailleurs des hébergements d’urgence et des soins médicaux aux réfugiés et aux demandeurs d’asile. Le 2 mai 2024, le CTR a publié un appel d’offres afin que des hôtels tunisiens proposent des services d’hébergement, ce qui a provoqué une vive polémique sur les réseaux sociaux, dans un contexte de répression contre des migrants. Le lendemain, la police perquisitionnait le siège du CTR à Tunis, fermait l’organisation et arrêtait Djemali. Le 4 mai, elle arrêtait Krimi.

Le 7 mai 2024, un juge d’instruction a ordonné que Djemali et Krimi soient détenus pendant toute la durée de l’enquête portant sur les accusations, qui découlaient des articles 38, 39 et 41 de la Loi n°40 de 1975 relative aux passeports et aux documents de voyage : avoir « renseigné, conçu, facilité ou aidé […] l’entrée ou la sortie clandestine d’une personne du territoire tunisien », « hébergé les personnes entrant dans le territoire tunisien ou le quittant clandestinement » et « participé à une entente ou formé une organisation » dans le but de commettre ces infractions. Le 30 avril 2025, le juge d’instruction a officiellement inculpé les six employés aux termes de la loi de 1975. Le 3 juin 2025, la Chambre d’accusation a alourdi les inculpations en y intégrant les dispositions de l’article 42 de la loi, qui, à elles seules, sont passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à dix ans de prison.

Entre mai et juin 2024, les autorités ont par ailleurs gelé les comptes bancaires du Conseil tunisien pour les réfugiés, mais aussi de Djemali et de Krimi, a déclaré à Human Rights Watch un des avocats de la défense. Le CTR a depuis cessé toutes ses activités et le gel de ses comptes l’a empêché de régler ses employés, ses fournisseurs, son loyer ou ses factures d’électricité, ce qui fait qu’il est endetté, a précisé un avocat. Les comptes de Djemali et de Krimi demeurent gelés, ce qui les prive d’accès à leur argent et les met en difficulté économique. Djemali n’a pas pu retirer sa pension de retraite depuis 2024, a confié sa famille à Human Rights Watch. 

Le 25 novembre 2025, le tribunal de première instance a reconnu Djemali et Krimi coupables aux termes de l’article 39 de la Loi n°40 de 1975, qui punit « quiconque aura hébergé les personnes entrant dans le territoire tunisien ou le quittant clandestinement » ou « aura affecté un lieu à leur hébergement », a déclaré à Human Rights Watch un des avocats de la défense. 

Après avoir consulté l’ordonnance du juge, Human Rights Watch a conclu que les chefs d’accusation étaient uniquement fondés sur le travail légitime du CTR, lequel opérait légalement en Tunisie et était financé presque exclusivement par le HCR. Le juge d’instruction a considéré que les activités de l’organisation consistaient à apporter une aide à des migrants dépourvus de statut légal « pour assurer leur installation dans le pays », alors que les bénéficiaires du travail du CTR étaient des demandeurs d’asile et des réfugiés recensés auprès du HCR en Tunisie. L’ordonnance fait référence à des activités telles que le fait de fournir à des réfugiés et demandeurs d’asile un hébergement et une allocation en espèces , qui sont des prestations ordinaires du HCR dans de nombreux pays, souvent mises en œuvre par l’intermédiaire de partenaires.

Les poursuites judiciaires abusives et les condamnations injustes des employés du Conseil tunisien pour les réfugiés s’inscrivent dans une répression plus large de la société civile en Tunisie et une tendance à criminaliser l’aide humanitaire à destination des réfugiés et des migrants. En 2024, les forces de sécurité ont arrêté au moins six autres employés d’organisations non gouvernementales et entamé des poursuites judiciaires contre d’autres personnes en lien avec leur travail de lutte contre les discriminations ou d’aide aux réfugiés, demandeurs d’asile et migrants.

Depuis janvier 2026, au moins neuf personnes travaillant pour des organisations de la société civile ont été condamnées à des peines de prison à cause de leur travail, pourtant légitime. le 19 mars, un tribunal de Tunis a condamnéSaadia Mosbah, une éminente défenseure des droits humains, présidente de l’association de lutte contre le racisme Mnemty (« Mon rêve »), à huit ans de prison et à une lourde amende, en lien avec des accusations de malversations financières.

Les autorités ont mis fin à quasiment toutes les actions d’assistance et de protection en faveur des réfugiés et demandeurs d’asile en Tunisie. Non seulement elles ciblent et font fermer les organisations d’aide, mais en juin 2024 elles ont intimé au HCR de suspendre le traitement des demandes d’asile. Le pays ne dispose toujours pas de cadre légal national en matière de droit d’asile. Par conséquent, les demandeurs d’asile se retrouvent dans une situation de flou juridique, sans accès à une protection en vertu du droit international, ce qui les expose au risque d’être arbitrairement arrêtés et expulsés.

La Tunisie est un État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques et à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, qui garantissent le droit à la liberté d’association, à ne pas subir d’arrestation ou de détention arbitraires, ainsi que le droit à un procès équitable. La Charte africaine protège par ailleurs le droit à demander et obtenir l’asile en cas de persécution et la Constitution tunisienne de 2022 garantit le droit à l’asile politique.

La Tunisie est également un État partie à la Convention de 1951 des Nations Unies relative au statut des réfugiés et à la Convention de 1969 de l’Organisation de l’union africaine régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique, qui toutes deux protègent les droits des réfugiés et des demandeurs d’asile. Ces textes interdisent en particulier de criminaliser les personnes pour leur entrée ou leur séjour irréguliers sur un territoire, si elles se présentent rapidement aux autorités.

Dans un rapport de 2025, le Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination raciale a recommandé que la Tunisie réforme son cadre législatif afin de veiller à ce que les organisations de la société civile disposent d’un espace ouvert, y compris celles qui travaillent avec les groupes ethniques minoritaires, les demandeurs d’asile, les réfugiés et les migrants.

« Les travailleurs humanitaires ne devraient pas vivre dans la crainte d’être arbitrairement arrêtés, poursuivis, voire emprisonnés pendant des années », a conclu Bassam Khawaja. « Les mesures des autorités tunisiennes bloquant le traitement des demandes d’asile et ciblant les organisations d’aide ont un impact dévastateur sur les réfugiés et demandeurs d’asile présents dans le pays. »

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08.05.2026 à 06:00

Rwanda : Un opposant meurt en prison le jour de sa libération

Human Rights Watch

Click to expand Image Aimable Karasira. © Privé

(Nairobi) – Les autorités rwandaises devraient mener une enquête efficace, indépendante et transparente sur le décès en détention d’Aimable Karasira, un universitaire rwandais et détracteur de premier plan du gouvernement, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Il est décédé le jour où il devait être libéré de prison.

Les poursuites contre Aimable Karasira ainsi que son incarcération sont emblématiques de la répression menée par le Rwanda contre la dissidence et la liberté d’expression. Sa mort s’ajoute à la liste des disparitions et des décès suspects de personnes perçues comme des détracteurs et des opposants au gouvernement, et l’incapacité des autorités à rendre justice dans ces affaires envoie un message délibérément intimidant.

« Il y a de nombreuses raisons de s’interroger sur les circonstances entourant la mort en détention d’Aimable Karasira, notamment les années de harcèlement et de persécution qu’il a subies de la part des autorités », a déclaré Clémentine de Montjoye, chercheuse senior sur la région des Grands Lacs à Human Rights Watch. « Le gouvernement a la responsabilité de prouver qu’Aimable Karasira n’a pas été tué illégalement, et les partenaires du Rwanda devraient suivre cela de près. »

Les Services correctionnels du Rwanda (Rwanda Correctional Services) ont annoncé qu’Aimable Karasira était mort d’un surdosage médicamenteux alors qu’il s’apprêtait à être libéré le 6 mai 2026. Un porte-parole de l’agence a déclaré aux médias locaux qu’« il a pris de grandes quantités de médicaments qui lui avaient été prescrits pour une affection préexistante ». Selon les médias, il serait décédé à l’hôpital du district de Nyarugenge à Kigali, la capitale.

Aimable Karasira a commencé à subir des pressions et des menaces après avoir publié une vidéo sur sa chaîne YouTube en 2020 au sujet de la perte de proches lors du génocide de 1994 ainsi qu’aux mains du Front patriotique rwandais (FPR) au pouvoir au lendemain de celui-ci. En août 2020, exprimant craindre pour sa sécurité, il a déclaré à Human Rights Watch : « J’ai reçu des lettres, des menaces. Je reçois des appels provenant de numéros que je ne connais pas. Un représentant du gouvernement a été envoyé pour négocier avec moi et m’a dit d’arrêter de publier mes opinions. »

Alors que les menaces et le harcèlement s’intensifiaient, il a déclaré que des agents des services de renseignement lui avaient ordonné de publier de fausses informations sur des opposants au gouvernement sur sa chaîne YouTube. Aimable Karasira a été arrêté en mai 2021 et inculpé de négation et de justification du génocide ainsi que de divisionnisme, qui constituent des crimes au Rwanda.

Tout au long de sa détention, Aimable Karasira a été victime d’actes de torture, de mauvais traitements et d’une privation de soins médicaux. Lors d’une audience le 30 mai 2022, Aimable Karasira a déclaré au tribunal que les autorités pénitentiaires de Nyarugenge l’avaient torturé – notamment en le privant de sommeil, en l’exposant à une lumière constante et à de la musique forte, et en le frappant — afin de le punir et de le contraindre à assister aux audiences. Aimable Karasira et son avocat ont déclaré à la cour qu’on lui refusait tout traitement médical pour son diabète et ses troubles mentaux, et qu’il avait été conduit de force au tribunal alors qu’il n’était pas en état de participer au procès. Il a également accusé les autorités pénitentiaires de lui fournir une nourriture inadéquate et insuffisante et de lui refuser l’accès à l’argent envoyé par des amis ou des proches, avec lequel il aurait pu acheter des articles en prison.

Le procureur avait fait appel de son acquittement pour plusieurs chefs d’accusation, notamment la négation et la justification du génocide, et avait requis une peine de 30 ans d’emprisonnement, dont le verdict était en attente au moment de son décès. Mais comme Aimable Karasira avait déjà purgé quatre ans de sa peine de cinq ans en détention provisoire, celle-ci touchait à sa fin et il devait être libéré le 6 mai.

Le gouvernement rwandais a depuis longtemps l’habitude de se soustraire à son obligation de garantir des enquêtes transparentes et indépendantes sur les décès de détenus et de détracteurs politiques de premier plan placés en détention par l’État, a déclaré Human Rights Watch.

Le décès d’Aimable Karasira rappelle la mort en détention en 2020 du chanteur et détracteur du gouvernement Kizito Mihigo. Le 17 février 2020, les autorités rwandaises ont annoncé que celui-ci était décédé dans une cellule du commissariat de Remera à Kigali, quatre jours après avoir été arrêté à nouveau alors qu’il tentait de fuir le pays. Avant sa mort, Kizito Mihigo avait déclaré à Human Rights Watch qu’il était menacé et craignait que des agents de l’État ne le tuent.

Tout comme Aimable Karasira, la volonté de Kizito Mihigo de remettre en question certains éléments du récit officiel du gouvernement concernant le génocide avait fait de lui une cible. Les voix et l’autorité morale de ces deux hommes trouvaient un écho auprès du public et alarmaient les représentants de l’État. Dans les deux cas, les autorités rwandaises ont rapidement présenté des explications officielles : un suicide dans le cas de Kizito Mihigo et une suspicion d’un surdosage médicamenteux dans celui d’Aimable Karasira.

Comme le stipule la Version révisée du Manuel des Nations Unies sur la prévention des exécutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires et les moyens d’enquête sur ces exécutions (« Protocole du Minnesota »), les obligations de chaque État de respecter et de protéger le droit à la vie impliquent qu’il est responsable d’un décès en détention sauf preuve du contraire, en particulier dans les cas où « la personne décédée […] était, avant sa mort, un opposant politique au gouvernement ou un défenseur des droits de l’homme ; elle souffrait de problèmes de santé mentale reconnus ; ou elle s’est suicidée dans des circonstances inexpliquées. »

Pour établir la responsabilité de la mort d’Aimable Karasira, les autorités rwandaises devraient inviter un groupe d’experts indépendants à mener une enquête impartiale, approfondie et transparente, a déclaré Human Rights Watch. Parmi ces experts devraient figurer le Rapporteur spécial de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires ainsi que des membres du Groupe de travail de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples sur la peine de mort, les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires et les disparitions forcées en Afrique. Cette enquête devrait inclure une autopsie et ses conclusions devraient être rendues publiques.

Les partenaires régionaux et internationaux du Rwanda, qui sont restés longtemps silencieux face à la répression croissante de ce gouvernement, devraient appeler publiquement à une enquête indépendante.

« Aimable Karasira n’est que le dernier détracteur du gouvernement en date à avoir connu une mort suspecte », a conclu Clémentine de Montjoye. « Les partenaires du Rwanda devraient prendre la défense de hommes et des femmes qui risquent leur vie pour s’exprimer et condamner la répression de plus en plus intense à l’encontre des voix dissidentes dans le pays. »

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TV5 Monde (+ vidéo)

06.05.2026 à 19:00

La junte burkinabé a intensifié ses attaques contre le droit à l'information

Human Rights Watch

Click to expand Image Les nouveaux studios de TV5Monde à Paris, le 9 avril 2015. © 2015 Geoffroy Van der Hasselt/Anadolu Agency/Getty Images

Les autorités militaires du Burkina Faso resserrent leur emprise sur ce que la population peut voir, entendre et savoir.

Le 5 mai, le Conseil supérieur de la Communication (CSC) du Burkina Faso a ordonné la suspension de la chaîne française TV5Monde, l’accusant de « désinformation » et d’« apologie du terrorisme » dans ses reportages sur les groupes armés islamistes au Burkina Faso et au Mali voisin. Cette mesure est la dernière en date visant cette chaîne de télévision, qui avait déjà été suspendue à deux reprises au Burkina Faso en 2024 et qui reste interdite au Mali à la suite d’allégations similaires.

Visionnée par des millions de téléspectateurs dans plus de 200 pays, TV5Monde est l’une des chaînes internationales les plus regardées sur le continent africain. De récents reportages ont mis en lumière l’insécurité grandissante au Mali à la suite des attaques coordonnées du 25 avril menées par un groupe armé lié à Al-Qaïda et des rebelles séparatistes, ainsi que les graves violations commises par les forces de sécurité gouvernementales au Burkina Faso, y compris les conclusions de Human Rights Watch faisant état de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis par toutes les parties au conflit.

Cette interdiction n’est pas un acte isolé : elle s’inscrit dans une campagne plus large menée par les dirigeants militaires du Burkina Faso pour faire taire la dissidence. Depuis sa prise de pouvoir lors d’un coup d’État en 2022, la junte a suspendu des médias indépendants, démantelé des organisations de la société civile, restreint le pluralisme politique et engagé des poursuites judiciaires contre ses détracteurs. Elle a intimidé, enrôlé illégalement, fait disparaître de force et détenu arbitrairement des journalistes, des opposants politiques, des membres de la société civile et des juges, réduisant ainsi l’espace civique du pays. L’éminent journaliste d'investigation Atiana Serge Oulon a été victime d'une disparition forcée en juin 2024, aurait été torturé, et on ignore toujours où il se trouve.

À la suite de ce vide médiatique créé par la junte, le contrôle du gouvernement sur les propos exprimés publiquement, ainsi que la désinformation d'État, ont pris de l'ampleur. « Le Burkina Faso est devenu une machine de propagande », a déclaré Alioune Tine, un activiste des droits humains de renom qui a fondé le groupe de réflexion Afrikajom Center.

Les activistes qui soutiennent la junte, dont beaucoup sont organisés au sein de groupes actifs sur les plateformes numériques et connus sous le nom de Bataillons d’intervention rapide de la communication (BIR-C), inondent les réseaux sociaux de messages coordonnés qui promeuvent un culte de la personnalité autour du président Ibrahim Traoré, discréditent ses détracteurs, attaquent ses ennemis présumés et cherchent à affaiblir les organisations de défense des droits humains. Leurs messages incitent souvent à la haine et à la violence et attisent les tensions ethniques, notamment par le biais d’une rhétorique anti-Peuls généralisée qui assimile à tort toute une communauté à des groupes armés islamistes, incitant à l’hostilité à l’égard du peuple peul.

Le peuple burkinabè a le droit d’être informé. Les dirigeants du Burkina Faso devraient lever la suspension de TV5Monde, mettre fin à la répression contre les médias indépendants et respecter le droit à la liberté d’expression.

06.05.2026 à 17:47

Au Soudan du Sud, des civils meurent de faim dans les zones de conflit

Human Rights Watch

Click to expand Image Un employé local du Programme alimentaire mondial (PAM) était assis sur des sacs de denrées alimentaire dans un hangar à Bor, dans l'État du Jonglei, au Soudan du Sud, le 13 février 2026 ; la livraison d’aide alimentaire dans cette région était bloquée en raison du conflit entre les forces gouvernementales et celles de l’opposition. © 2026 Luis Tato/AFP via Getty Images

Le dernier rapport publié par le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (Integrated Food Security Phase Classification, IPC), au sujet du Soudan du Sud, dresse un bilan terrible des immenses souffrances infligées aux civils par les parties belligérantes dans ce pays. Publié le 28 avril, ce rapport avertit que la situation est encore pire que prévu : 7,8 millions de personnes ont désespérément besoin d’aide alimentaire. 

Le rapport note que 73 000 personnes sont confrontées à la famine et au risque de mort dans les États du Haut-Nil et de Jonglei, où les combats entre les forces gouvernementales et l’Armée populaire de libération du Soudan en opposition (Sudan People's Liberation Army-in-Opposition, SPLA-IO) se sont intensifiés depuis 2025. Plusieurs zones de ces deux États sont menacées par la famine.  

Les taux de malnutrition chez les enfants ont atteint des niveaux dramatiques. Environ 2,2 millions d’enfants de moins de cinq ans, notamment à Abiemnhom, souffriraient de malnutrition aiguë ; sans traitement nutritionnel d’urgence, ces enfants risquent de subir des séquelles physiques et cognitives à vie, ou de mourir de faim. Des journalistes souhaitant mettre en lumière les histoires reflétées par ces chiffres ont récemment partagé avec Human Rights Watch des photos d’enfants malnutris d’Akobo, dans l’État de Jonglei.

La crise humanitaire est le résultat des actions des parties belligérantes. 

Selon les médias, les forces des deux camps ont commis des meurtres illégaux, des agressions sexuelles, y compris des viols de civiles, des actes de pillage et des incendies de biens civils. Des bombardements menés par les forces gouvernementales ont touché des infrastructures essentielles, y compris des hôpitaux. 

Depuis fin 2025, l’armée a émis dans les États du Haut-Nil et de Jonglei de nombreux ordres d’évacuation, qui dans plusieurs cas étaient illégaux en raison de leur portée excessive ; l’opposition a émis au moins trois ordres de ce type. Le 6 mars, l’armée a ordonné aux civils, au personnel de l’ONU et aux organisations humanitaires d’évacuer la ville d’Akobo et son comté, dans l’État de Jonglei ; ceci a contraint le personnel des organisations d’aide humanitaire et une grande partie des 270 000 habitants à fuir cette région. 

Ces ordres d’évacuation étaient accompagnés de mesures délibérées du gouvernement visant à bloquer l’accès à l’aide dans les zones contrôlées par l’opposition, ainsi que de mesures administratives coercitives.  

Les partenaires du Soudan du Sud ont condamné avec une fréquence accrue les actions du gouvernement, mais ces propos devraient être suivis de sanctions à l’encontre des responsables qui entravent délibérément l’aide humanitaire, ainsi que d’un soutien financier accru à une telle assistance. Les membres du Conseil de sécurité de l’ONU devraient avertir le gouvernement sud-soudanais ainsi que l’opposition que s’ils ne permettent pas aux civils d’accéder immédiatement et en toute sécurité à l’aide humanitaire, ils envisageront des sanctions ou d’autres mesures visant l’obligation de rendre des comptes.

Les dirigeants du Soudan du Sud et de l’opposition devraient garder à l’esprit que ces actes – l’entrave à l’aide humanitaire, la facilitation de la famine et les attaques violentes contre des civils – sont susceptibles de poursuites en tant que crimes au regard du droit international ; ils pourraient donc en être tenus responsables, et le seront.

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