02.03.2026 à 20:06
Human Rights Watch
(Washington, 2 mars 2026) – Lors d'une conférence de presse tenue le 2 mars au sujet des opérations en Iran, le Secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a critiqué des « règles d'engagement stupides » (« stupid rules of engagement »), suggérant qu'elles pourraient nuire à « notre lutte pour la victoire ». Ces remarques sont préoccupantes, compte tenu du fait qu’en 2025, Pete Hegseth a agi pour affaiblir d’une part le rôle des hauts responsables chargés de veiller au respect par les États-Unis du droit international humanitaire (qui codifie les lois de la guerre), et d’autre part les mécanismes militaires américains visant le même but.
Les règles d'engagement sont des directives militaires officielles qui indiquent aux forces armées quand, où, comment et contre qui elles peuvent recourir à la force. Elles doivent toujours être conformes aux lois de la guerre.
Depuis le début de l'administration Trump, le département de la Défense, sous la direction du secrétaire Hegseth, a délibérément et systématiquement affaibli les protections destinées à garantir le respect des lois des conflits armés. Il a démis de leurs fonctions des juristes militaires de haut rang sans invoquer publiquement de faute professionnelle, et a remplacé des conseillers juridiques (« Judge Advocates General » ou « Juges-avocats généraux ») de l'Armée de terre, de l'Armée de l'air et de la Marine, sapant ainsi le contrôle juridique des opérations de combat.
Hegseth a supprimé les « équipes environnementales civiles » (« civilian environment teams ») et d'autres mécanismes qui avaient été précédemment mis en place pour limiter les dommages causés aux civils lors d’opérations militaires. La Stratégie de défense nationale de 2026 (National Defense Strategy, NDS) omet toute référence à la protection des civils. En outre, le département de la Défense a assoupli les restrictions sur l'utilisation des mines antipersonnel, et a poursuivi l'achat d'armes à sous-munitions, malgré les dommages immédiats et à long terme prévisibles de ces armes pour les civils.
Human Rights Watch s'efforcera d'évaluer si ces mesures prises par le département de la Défense augmentent de manière illégale le risque de préjudice pour les civils, lors d’opérations militaires américaines.
Les responsables civils et militaires américains devraient réaffirmer le respect par les États-Unis des lois de la guerre, et rétablir le personnel et les structures de contrôle qui contribuent à protéger les civils pendant les conflits armés.
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01.03.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Beyrouth, 28 février 2026) – Le 28 février, les États-Unis et Israël ont mené des frappes aériennes contre l'Iran, qui a riposté en attaquant Israël et plusieurs États du Golfe. Toutes les parties au conflit sont tenues de respecter le droit international humanitaire, également appelé droit de la guerre, et de donner la priorité à la protection des civils. Human Rights Watch enquête actuellement sur les frappes menées par toutes les parties, qui pourraient avoir violé les lois de la guerre.
Human Rights Watch a déjà documenté des violations des lois de la guerre précédemment commises par les États-Unis, par Israël et par l'Iran, notamment de graves manquements à leur obligation de protéger les civils dans le cadre d’un conflit.
Depuis janvier 2025, sous l'administration du président Donald Trump, le département américain de la Défense a licencié sans motif valable des juristes militaires de haut rang ; ce département a systématiquement réduit la surveillance juridique et les mécanismes visant à atténuer les dommages causés aux civils, imposant ainsi moins de contraintes aux opérations militaires.
Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a levé les restrictions sur l’usage des mines antipersonnel, et a autorisé l’achat par les États-Unis d’armes à sous-munitions fabriquées par une entreprise d’État israélienne, bien que ces armes soient intrinsèquement dangereuses pour les civils. La Stratégie de défense nationale des États-Unis de 2026 (National Defense Strategy, NDS) ne mentionne pas explicitement la réduction des dommages causés aux civils parmi ses considérations politiques.
Human Rights Watch a documenté de graves violations commises par Israël à Gaza, au Liban, au Yémen et en Iran. Depuis les attaques menées par le Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, les forces israéliennes ont commis à Gaza de nombreuses violations du droit de la guerre, notamment des frappes illégales contre des civils et des infrastructures civiles, des attaques indiscriminées dans des zones densément peuplées et des actions constituant des formes de punition collective. En juin 2025, une attaque illégale menée par Israël contre la prison d'Evin, en Iran, a tué des dizaines de prisonniers et d'autres civils.
Les autorités iraniennes n'ont pas non plus suffisamment protégé les civils lors des hostilités. Lors du conflit avec Israël en juin 2025, les autorités iraniennes ont coupé l'accès à Internet et n'ont pas pris de mesures efficaces pour protéger la vie des civils. L'Iran a mené des attaques indiscriminées à l'aide de missiles balistiques contre Israël pendant ce conflit.
Lors de leur répression de manifestations au début de cette année, les autorités iraniennes ont arbitrairement arrêté des milliers de personnes ; la plupart sont toujours détenues dans des prisons et des centres de détention non officiels, après que les forces de sécurité ont procédé à des massacres dans tout le pays. Les détenus restent exposés au risque de torture, voire d’exécutions secrètes et arbitraires. Les autorités iraniennes devraient immédiatement libérer toutes les personnes détenues arbitrairement, et appliquer les réglementations nationales qui permettent la libération de prisonniers en temps de guerre, afin d’assurer leur sécurité.
Human Rights Watch continuera de surveiller la situation dans la région, et exhorte toutes les parties au conflit à respecter le droit international humanitaire et les droits humains.
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27.02.2026 à 04:00
Human Rights Watch
(New York) – Les autorités pakistanaises devraient annuler la condamnation injuste de Junaid Hafeez, condamné à mort en 2013 en vertu des lois draconiennes sur le blasphème en vigueur dans ce pays, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Les 13 années passées par Hafeez en prison soulèvent de graves préoccupations quant à l'absence de procédure régulière et à l'utilisation abusive des lois sur le blasphème dans le pays.
La police de la province du Pendjab a arrêté Hafeez, alors universitaire âgé d'une vingtaine d'années, le 13 mars 2013 ; il a été accusé de blasphème sur la base de commentaires qu'il aurait publiés sur Facebook. En décembre 2019, un tribunal de Multan a condamné Hafeez à mort, à l'issue d'un procès qui a duré plusieurs années après avoir été reporté à plusieurs reprises, et qui s'est déroulé dans une prison de haute sécurité par crainte de violences collectives. Son appel n'a pas encore été examiné, et il est détenu à l'isolement depuis juin 2014.
Click to expand Image Junaid Hafeez. © 2018 Junaid Hafeez/Twitter (X)« Le cas de Junaid Hafeez est emblématique du caractère injuste et abusif des lois pakistanaises sur le blasphème », a déclaré Elaine Pearson, directrice de la division Asie à Human Rights Watch. « Les autorités devraient annuler sa condamnation et libérer Junaid Hafeez, ainsi que les autres personnes détenues en vertu des lois sur le blasphème. »
Les lois sur le blasphème figurant dans la section 295-C du code pénal pakistanais, ainsi que d'autres dispositions du code prévoient ce qui équivaut en fait à une peine de mort obligatoire. Bien qu'il n'y ait eu aucune exécution, plusieurs personnes sont actuellement dans le couloir de la mort, tandis que des dizaines d'autres purgent des peines à perpétuité pour des infractions connexes. Des centaines de personnes ont été inculpées en vertu de cette loi au cours des trois dernières décennies.
Le long retard pris dans le procès de Hafeez fait partie des dénis de procédure régulière auxquels sont confrontées de nombreuses personnes accusées de blasphème. Le maintenir pendant des années en isolement cellulaire constitue un traitement cruel et inhumain pouvant s'apparenter à de la torture, a déclaré Human Rights Watch. Les personnes soupçonnées de blasphème ont souvent beaucoup de mal à trouver un avocat en raison des menaces et des violences dont font l'objet les conseils juridiques. En mai 2014, des hommes armés non identifiés ont abattu Rashid Rehman, avocat de Hafeez et défenseur des droits humains, dans son bureau à Multan. Rehman avait été menacé de « graves conséquences » pour avoir défendu Hafeez.
Les lois pakistanaises sur le blasphème sont utilisées depuis longtemps pour poursuivre les membres des communautés religieuses minoritaires ou pour mener des vendettas personnelles, des extorsions et des chantages. Ces dernières années, les lois sur le blasphème ont été de plus en plus invoquées pour emprisonner et poursuivre des personnes pour des commentaires publiés sur les réseaux sociaux.
La discrimination dont font l'objet les personnes accusées de blasphème dans le cadre du système pénal pakistanais a donné lieu à des erreurs judiciaires, a déclaré Human Rights Watch. Les autorités ne demandent presque jamais des comptes à ceux qui commettent des actes de violence au nom du blasphème, tandis que les personnes accusées en vertu des lois sur le blasphème – généralement sans preuve – subissent de longues détentions provisoires, sont privées d'un procès équitable et font l'objet de procès inéquitables qui peuvent aboutir à des peines de plusieurs années de prison.
L'indifférence du gouvernement face aux abus commis en vertu des lois sur le blasphème et à la violence collective qu'elles provoquent est discriminatoire et viole les droits à la liberté de religion, de croyance et d'expression.
En octobre 2025, le gouvernement a annoncé son intention de rajouter des garanties procédurales aux lois sur le blasphème. De telles garanties, ainsi que la libération en toute sécurité de toutes les personnes détenues ou emprisonnées pour blasphème, constitueraient des étapes importantes vers l'abrogation des lois sur le blasphème, a déclaré Human Rights Watch. Les autorités devraient enquêter sur les menaces et les agressions liées a des accusations de blasphème, en accordant une attention particulière aux membres des minorités religieuses ciblées et d'autres groupes marginalisés.
« Ces derniers mois, le gouvernement pakistanais a fait des progrès dans la lutte contre certaines injustices liées aux lois sur le blasphème dans le pays », a conclu Elaine Pearson. « L'affaire Hafeez est l'occasion de démontrer une réelle volonté et un sérieux engagement en faveur de réformes. »
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26.02.2026 à 16:00
Human Rights Watch
Déclaration présentée lors de la 61ème session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Geneve – Réunion du 26 février tenue en présence de Richard Bennett, Rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits de l’homme en Afghanistan.
Monsieur le Vice-Président,
Nous remercions le Rapporteur spécial pour son rapport exhaustif sur les violations systématiques par les talibans des droits des femmes, y compris le droit à la santé.
Les talibans ont récemment adopté un nouveau code de procédure pénale qui renforce davantage encore la répression et la discrimination en Afghanistan. Cette nouvelle loi définit les musulmans comme étant exclusivement les adeptes de la jurisprudence hanafite et qualifie les autres groupes religieux, y compris les chiites, d'hérétiques. Elle prescrit des sanctions sévères pour réduire au silence toute dissidence et ne reconnaît que les coups « excessifs » comme violence domestique envers les femmes, laissant les victimes d'autres formes d'abus sans protection ni recours à la justice.
Nous exhortons les États membres de l'ONU à écouter les femmes et les filles d'Afghanistan, à mettre leurs voix au centre des préoccupations et à faire davantage pour protéger leurs droits et faire progresser l’obligation de rendre des comptes pour la persécution fondée sur le genre.
Le nouveau mécanisme créé par ce Conseil en octobre dernier sera un outil clé pour exiger des comptes aux auteurs de graves abus. Les États membres et les dirigeants de l'ONU devraient d’urgence le rendre opérationnel, et veiller à ce qu'il dispose des ressources nécessaires pour remplir son mandat.
En outre, les États devraient reconnaître l'apartheid sexuel comme un crime contre l'humanité, soutenir et protéger les efforts de la CPI visant à poursuivre les responsables de persécution fondée sur le genre et d'autres crimes internationaux graves en Afghanistan, soutenir l'initiative visant à tenir les talibans responsables des violations de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (Convention on the Elimination of All Forms of Discrimination Against Women, CEDAW) devant la Cour internationale de justice (CIJ), et engager des poursuites pénales en vertu du principe de compétence universelle.
Je vous remercie.
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25.02.2026 à 18:46
Human Rights Watch
(Beyrouth, 25 février 2026) – Le gouvernement libanais devrait prendre des mesures immédiates et concrètes pour aider à garantir l'accès à la justice, à la vérité et à des réparations pour les milliers de victimes civiles des violations commises dans le cadre du conflit armé avec Israël, ont déclaré aujourd'hui cinq organisations libanaises et internationales de défense des droits humains ; elles ont conjointement adressé une lettre au ministre libanais de la Justice et au vice-Premier ministre, qui préside le Comité national pour le droit international humanitaire.
Ces cinq organisations sont Amnesty International, Human Rights Watch, Legal Agenda, Reporters sans frontières et le Syndicat des journalistes du Liban.
Un an après la date limite fixée pour le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban, les attaques israéliennes incessantes et la destruction massive des infrastructures ont empêché des dizaines de milliers de personnes de retourner chez elles ou de reconstruire leur vie. Depuis l'entrée en vigueur de l'accord de cessez-le-feu, Israël a mené des attaques quasi quotidiennes au Liban, tuant plus de 380 personnes, dont au moins 127 civils. L'armée israélienne reste présente dans certaines parties du territoire libanais, et continue d’y détruire massivement des structures civiles le long de la frontière, laissant des communautés entières aux prises avec la destruction et des pertes.
Le gouvernement libanais ignore un ensemble concret de mesures juridiques qu'il aurait pu prendre au cours de l'année écoulée, à commencer par des enquêtes nationales et l'acceptation de la compétence de la Cour pénale internationale (CPI) sur les crimes internationaux commis au Liban, ont déclaré les organisations. Le gouvernement devrait désormais agir de toute urgence.
Israël devrait immédiatement permettre le retour en toute sécurité des Libanais toujours déplacés de leurs villages, et offrir des réparations complètes, efficaces et adéquates pour toutes les violations graves du droit international humanitaire et du droit international des droits humains commises par son armée. Pour des milliers de familles, « l'après-cessez-le-feu » n'a pas été synonyme de sécurité ou de stabilité. Ce terme a plutôt été synonyme de déplacement prolongé, de moyens de subsistance détruits et de l'angoisse de vivre dans l'incertitude, sans perspective à ce jour d’obligation de rendre des comptes pour les violations, ni d’octroi de réparations.
Les organisations exhortent le gouvernement libanais à explorer toutes les voies juridiques disponibles, tant au niveau national qu'international, afin de garantir que les crimes relevant du droit international fassent l'objet d'enquêtes et de poursuites. Une mesure cruciale que le gouvernement pourrait prendre immédiatement consiste à déposer une déclaration auprès de la CPI, reconnaissant la compétence de la Cour en vertu de l'article 12(3) du Statut de Rome, afin d’enquêter sur les crimes relevant du droit international commis sur le territoire libanais depuis au moins le 7 octobre 2023, et d’engager des poursuites. Le gouvernement libanais devrait également envisager de ratifier le Statut de Rome.
Le gouvernement devrait soutenir la mise en place d'enquêtes judiciaires nationales rapides, approfondies, indépendantes et impartiales sur les crimes de guerre commis sur le territoire libanais, ont déclaré les cinq organisations. Cela implique notamment de doter les enquêteurs judiciaires des pouvoirs, de la protection et des ressources nécessaires pour mener à bien leur travail de manière efficace et impartiale. Afin de fournir un cadre législatif à ces initiatives, le gouvernement devrait d’urgence soumettre au Parlement un projet de loi érigeant en infractions les crimes de guerre et d’autres actes qui constituent des crimes au regard du droit international.
Le gouvernement libanais devrait créer un registre pour consigner tous les homicides, blessures et autres dommages causés aux civils, et inviter le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la promotion de la vérité, de la justice, de la réparation et des garanties de non-répétition à se rendre au Liban et à recommander des mesures qu'Israël, le Hezbollah et le gouvernement libanais devraient prendre pour défendre les droits des victimes.
Le gouvernement libanais a l'occasion de prendre des mesures historiques pour mettre fin à l'impunité endémique qui a caractérisé les conflits armés passés dans le pays, ont ajouté les organisations. Ce faisant, il peut commencer à jeter les bases permettant aux victimes et aux communautés touchées de réaliser pleinement leur droit à la justice, à la vérité et à des réparations, et de pouvoir reconstruire leur vie.
D'autres pays, en particulier les États-Unis, devraient immédiatement suspendre tous les transferts d'armes et autres formes d'aide militaire à Israël, en raison du risque important que ces armes soient utilisées pour commettre ou faciliter des violations graves du droit international, ont déclaré les organisations.
Compte tenu des violations graves et répétées du droit international humanitaire commises par les forces israéliennes au Liban et ailleurs, les autres pays devraient également intensifier d'urgence leurs efforts pour garantir l’obligation de rendre des comptes, en vertu du principe de compétence universelle ou d'autres formes de compétence extraterritoriale ; ils devraient enquêter sur les violations constituant des crimes internationaux graves et, lorsque des preuves suffisantes existent, engager des poursuites. Le gouvernement libanais devrait coopérer pleinement à ces efforts.
L'accord de cessez-le-feu entre le Liban et Israël est entré en vigueur en novembre 2024 et prévoyait le retrait de l'armée israélienne du sud du Liban dans un délai de 60 jours. Cependant, le 18 février 2025, Israël a annoncé son intention de maintenir une présence militaire sur cinq sites « stratégiques » dans le sud du Liban, et d’y exercer un contrôle temporaire.
Le 27 février 2025, le ministre israélien de la Défense a déclaré que les forces israéliennes allaient « rester indéfiniment » dans une zone tampon à la frontière. Puis en août 2025, le Premier ministre israélien a conditionné la « réduction progressive » des troupes au désarmement du Hezbollah.
Des organisations libanaises et internationales de défense des droits humains ont déjà fait état des effets dévastateurs sur les civils des hostilités entre Israël et le Hezbollah. Il s'agit notamment de l'utilisation par l'armée israélienne de phosphore blanc, son recours à des explosions de masse simultanées et indiscriminées par le biais d’appareils électroniques, ainsi que ses attaques contre des journalistes, des établissements de santé, des ambulances et des secouristes.
D'autres rapports ont documenté des frappes aériennes illégales contre des civils et des biens civils, la destruction massive et continue des villages frontaliers du Liban même après le cessez-le-feu, ainsi que les tirs répétés par le Hezbollah de roquettes non guidées sur des zones civiles densément peuplées en Israël.
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25.02.2026 à 15:00
Human Rights Watch
La semaine dernière a marqué le sixième anniversaire de la mort du chanteur de gospel et défenseur de la paix rwandais Kizito Mihigo, décédé en garde à vue. Si sa mort suspecte reste inexpliquée, elle a clairement signalé une intensification de la répression de la liberté d’expression par le gouvernement.
Rescapé du génocide de 1994, Kizito Mihigo composait des chansons axées sur le pardon et la compassion. Il a été arrêté en 2014 sur des accusations d’infractions contre l’État à la suite de la diffusion d’une chanson dans laquelle il exprimait sa solidarité avec les victimes du génocide et les personnes tuées lors des violences de représailles. Bien que les autorités l'aient gracié en 2018, il avait déclaré à Human Rights Watch qu'il restait sous étroite surveillance.
Le 17 février 2020, les autorités rwandaises ont annoncé que Kizito Mihigo était mort dans une cellule du poste de police de Remera, quatre jours après avoir été à nouveau arrêté alors qu'il tentait de quitter le pays. Avant sa mort, il avait déclaré à Human Rights Watch qu'il était menacé et craignait que des agents de l'État ne le tuent.
La volonté de Kizito Mihigo à remettre en question certains éléments du discours officiel du gouvernement sur le génocide a fait de lui une cible. Après sa mort, des rescapés du génocide ont publiquement critiqué le Front patriotique rwandais (FPR), parti au pouvoir, et ont exigé que justice soit faite. Aucune enquête crédible n'a toutefois été menée sur sa mort.
Six ans plus tard, d'autres détracteurs importants du gouvernement continuent d'être emprisonnés. Le blogueur et commentateur Aimable Karasira est détenu depuis mai 2021 et a déclaré avoir été torturé pendant sa détention. Avant son arrestation, il avait évoqué publiquement la perte de membres de sa famille aux mains d’extrémistes hutus ainsi que du FPR pendant et après le génocide.
En septembre 2025, Aimable Karasira a été reconnu coupable d'incitation au « divisionnisme » et condamné à cinq ans de prison. À moins d'un an de la fin de sa peine, les procureurs ont fait appel de la décision de l'acquitter de plusieurs chefs d'accusation, notamment de négation et de justification du génocide, et ont requis une peine de 30 ans. Ses comptes bancaires restent gelés.
Si les gouvernements ont le devoir de lutter contre l'incitation à la violence et les discours de haine, les autorités rwandaises ont à plusieurs reprises utilisé des lois vaguement définies sur l’« idéologie du génocide » et la « négation du génocide » pour faire taire les dissidents.
La mort en détention de Kizito Mihigo, ainsi que les poursuites engagées contre Aimable Karasira, mettent en évidence les représailles auxquelles peuvent être confrontés ceux qui remettent en cause les discours officiels au Rwanda. Alors qu’Aimable Karasira risque une peine de plusieurs dizaines d'années de prison, le pouvoir judiciaire rwandais et sa volonté de protéger le droit à la liberté d'expression, y compris celui des victimes et des rescapés des crimes les plus graves, sont mis à l'épreuve. Les autorités devraient libérer toutes les personnes emprisonnées pour avoir exercé ce droit fondamental, à commencer par Aimable Karasira.