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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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25.02.2026 à 18:46

Liban : Les victimes de crimes de guerre méritent la justice, la vérité et des réparations

Human Rights Watch

Click to expand Image Une femme marchait parmi les décombres près d’équipements agricoles calcinés à la suite d'une frappe israélienne, dans le village de Msayleh situé dans le sud du Liban, le 11 octobre 2025. © Mahmoud Zayyat /AFP via Getty Images

(Beyrouth, 25 février 2026) – Le gouvernement libanais devrait prendre des mesures immédiates et concrètes pour aider à garantir l'accès à la justice, à la vérité et à des réparations pour les milliers de victimes civiles des violations commises dans le cadre du conflit armé avec Israël, ont déclaré aujourd'hui cinq organisations libanaises et internationales de défense des droits humains ; elles ont conjointement adressé une lettre au ministre libanais de la Justice et au vice-Premier ministre, qui préside le Comité national pour le droit international humanitaire.

Ces cinq organisations sont Amnesty International, Human Rights Watch, Legal Agenda, Reporters sans frontières et le Syndicat des journalistes du Liban. 

Un an après la date limite fixée pour le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban, les attaques israéliennes incessantes et la destruction massive des infrastructures ont empêché des dizaines de milliers de personnes de retourner chez elles ou de reconstruire leur vie. Depuis l'entrée en vigueur de l'accord de cessez-le-feu, Israël a mené des attaques quasi quotidiennes au Liban, tuant plus de 380 personnes, dont au moins 127 civils. L'armée israélienne reste présente dans certaines parties du territoire libanais, et continue d’y détruire massivement des structures civiles le long de la frontière, laissant des communautés entières aux prises avec la destruction et des pertes.

Le gouvernement libanais ignore un ensemble concret de mesures juridiques qu'il aurait pu prendre au cours de l'année écoulée, à commencer par des enquêtes nationales et l'acceptation de la compétence de la Cour pénale internationale (CPI) sur les crimes internationaux commis au Liban, ont déclaré les organisations. Le gouvernement devrait désormais agir de toute urgence. 

Israël devrait immédiatement permettre le retour en toute sécurité des Libanais toujours déplacés de leurs villages, et offrir des réparations complètes, efficaces et adéquates pour toutes les violations graves du droit international humanitaire et du droit international des droits humains commises par son armée. Pour des milliers de familles, « l'après-cessez-le-feu » n'a pas été synonyme de sécurité ou de stabilité. Ce terme a plutôt été synonyme de déplacement prolongé, de moyens de subsistance détruits et de l'angoisse de vivre dans l'incertitude, sans perspective à ce jour d’obligation de rendre des comptes pour les violations, ni d’octroi de réparations.

Les organisations exhortent le gouvernement libanais à explorer toutes les voies juridiques disponibles, tant au niveau national qu'international, afin de garantir que les crimes relevant du droit international fassent l'objet d'enquêtes et de poursuites. Une mesure cruciale que le gouvernement pourrait prendre immédiatement consiste à déposer une déclaration auprès de la CPI, reconnaissant la compétence de la Cour en vertu de l'article 12(3) du Statut de Rome, afin d’enquêter sur les crimes relevant du droit international commis sur le territoire libanais depuis au moins le 7 octobre 2023, et d’engager des poursuites. Le gouvernement libanais devrait également envisager de ratifier le Statut de Rome.

Le gouvernement devrait soutenir la mise en place d'enquêtes judiciaires nationales rapides, approfondies, indépendantes et impartiales sur les crimes de guerre commis sur le territoire libanais, ont déclaré les cinq organisations. Cela implique notamment de doter les enquêteurs judiciaires des pouvoirs, de la protection et des ressources nécessaires pour mener à bien leur travail de manière efficace et impartiale. Afin de fournir un cadre législatif à ces initiatives, le gouvernement devrait d’urgence soumettre au Parlement un projet de loi érigeant en infractions les crimes de guerre et d’autres actes qui constituent des crimes au regard du droit international. 

Le gouvernement libanais devrait créer un registre pour consigner tous les homicides, blessures et autres dommages causés aux civils, et inviter le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la promotion de la vérité, de la justice, de la réparation et des garanties de non-répétition à se rendre au Liban et à recommander des mesures qu'Israël, le Hezbollah et le gouvernement libanais devraient prendre pour défendre les droits des victimes.

Le gouvernement libanais a l'occasion de prendre des mesures historiques pour mettre fin à l'impunité endémique qui a caractérisé les conflits armés passés dans le pays, ont ajouté les organisations. Ce faisant, il peut commencer à jeter les bases permettant aux victimes et aux communautés touchées de réaliser pleinement leur droit à la justice, à la vérité et à des réparations, et de pouvoir reconstruire leur vie. 

D'autres pays, en particulier les États-Unis, devraient immédiatement suspendre tous les transferts d'armes et autres formes d'aide militaire à Israël, en raison du risque important que ces armes soient utilisées pour commettre ou faciliter des violations graves du droit international, ont déclaré les organisations. 

Compte tenu des violations graves et répétées du droit international humanitaire commises par les forces israéliennes au Liban et ailleurs, les autres pays devraient également intensifier d'urgence leurs efforts pour garantir l’obligation de rendre des comptes, en vertu du principe de compétence universelle ou d'autres formes de compétence extraterritoriale ; ils devraient enquêter sur les violations constituant des crimes internationaux graves et, lorsque des preuves suffisantes existent, engager des poursuites. Le gouvernement libanais devrait coopérer pleinement à ces efforts.

L'accord de cessez-le-feu entre le Liban et Israël est entré en vigueur en novembre 2024 et prévoyait le retrait de l'armée israélienne du sud du Liban dans un délai de 60 jours. Cependant, le 18 février 2025, Israël a annoncé son intention de maintenir une présence militaire sur cinq sites « stratégiques » dans le sud du Liban, et d’y exercer un contrôle temporaire.

Le 27 février 2025, le ministre israélien de la Défense a déclaré que les forces israéliennes allaient « rester indéfiniment » dans une zone tampon à la frontière. Puis en août 2025, le Premier ministre israélien a conditionné la « réduction progressive » des troupes au désarmement du Hezbollah.

Des organisations libanaises et internationales de défense des droits humains ont déjà fait état des effets dévastateurs sur les civils des hostilités entre Israël et le Hezbollah. Il s'agit notamment de l'utilisation par l'armée israélienne de phosphore blanc, son recours à des explosions de masse simultanées et indiscriminées par le biais d’appareils électroniques, ainsi que ses attaques contre des journalistes, des établissements de santé, des ambulances et des secouristes.

D'autres rapports ont documenté des frappes aériennes illégales contre des civils et des biens civils, la destruction massive et continue des villages frontaliers du Liban même après le cessez-le-feu, ainsi que les tirs répétés par le Hezbollah de roquettes non guidées sur des zones civiles densément peuplées en Israël.

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25.02.2026 à 15:00

Emprisonné au Rwanda, un détracteur du gouvernement risque une peine de 30 ans

Human Rights Watch

Click to expand Image Aimable Karasira. © Privé

La semaine dernière a marqué le sixième anniversaire de la mort du chanteur de gospel et défenseur de la paix rwandais Kizito Mihigo, décédé en garde à vue. Si sa mort suspecte reste inexpliquée, elle a clairement signalé une intensification de la répression de la liberté d’expression par le gouvernement.

Rescapé du génocide de 1994, Kizito Mihigo composait des chansons axées sur le pardon et la compassion. Il a été arrêté en 2014 sur des accusations d’infractions contre l’État à la suite de la diffusion d’une chanson dans laquelle il exprimait sa solidarité avec les victimes du génocide et les personnes tuées lors des violences de représailles. Bien que les autorités l'aient gracié en 2018, il avait déclaré à Human Rights Watch qu'il restait sous étroite surveillance.

Le 17 février 2020, les autorités rwandaises ont annoncé que Kizito Mihigo était mort dans une cellule du poste de police de Remera, quatre jours après avoir été à nouveau arrêté alors qu'il tentait de quitter le pays. Avant sa mort, il avait déclaré à Human Rights Watch qu'il était menacé et craignait que des agents de l'État ne le tuent.

La volonté de Kizito Mihigo à remettre en question certains éléments du discours officiel du gouvernement sur le génocide a fait de lui une cible. Après sa mort, des rescapés du génocide ont publiquement critiqué le Front patriotique rwandais (FPR), parti au pouvoir, et ont exigé que justice soit faite. Aucune enquête crédible n'a toutefois été menée sur sa mort.

Six ans plus tard, d'autres détracteurs importants du gouvernement continuent d'être emprisonnés. Le blogueur et commentateur Aimable Karasira est détenu depuis mai 2021 et a déclaré avoir été torturé pendant sa détention. Avant son arrestation, il avait évoqué publiquement la perte de membres de sa famille aux mains d’extrémistes hutus ainsi que du FPR pendant et après le génocide.

En septembre 2025, Aimable Karasira a été reconnu coupable d'incitation au « divisionnisme » et condamné à cinq ans de prison. À moins d'un an de la fin de sa peine, les procureurs ont fait appel de la décision de l'acquitter de plusieurs chefs d'accusation, notamment de négation et de justification du génocide, et ont requis une peine de 30 ans. Ses comptes bancaires restent gelés.

Si les gouvernements ont le devoir de lutter contre l'incitation à la violence et les discours de haine, les autorités rwandaises ont à plusieurs reprises utilisé des lois vaguement définies sur l’« idéologie du génocide » et la « négation du génocide » pour faire taire les dissidents.

La mort en détention de Kizito Mihigo, ainsi que les poursuites engagées contre Aimable Karasira, mettent en évidence les représailles auxquelles peuvent être confrontés ceux qui remettent en cause les discours officiels au Rwanda. Alors qu’Aimable Karasira risque une peine de plusieurs dizaines d'années de prison, le pouvoir judiciaire rwandais et sa volonté de protéger le droit à la liberté d'expression, y compris celui des victimes et des rescapés des crimes les plus graves, sont mis à l'épreuve. Les autorités devraient libérer toutes les personnes emprisonnées pour avoir exercé ce droit fondamental, à commencer par Aimable Karasira.

25.02.2026 à 14:44

Abus au Cameroun après l'expulsion par les États-Unis de ressortissants de pays tiers

Human Rights Watch

Click to expand Image Des voitures traversent un carrefour près d'un monument à Yaoundé, au Cameroun, le 12 septembre 2025. © 2025 Welba Yamo Pascal/AP Photo

Les autorités camerounaises détiennent de manière arbitraire des ressortissants non camerounais expulsés des États-Unis et détiennent et maltraitent les journalistes qui ont tenté de les interviewer. L'administration du président américain Donald Trump ne semble pas s'en soucier. 
 

En janvier et février, dans le cadre d'un accord secret, le gouvernement américain a expulsé vers le Cameroun 17 hommes et femmes, dont des demandeurs d'asile et une personne apatride, originaires de 9 pays africains : Angola, République démocratique du Congo, Éthiopie, Ghana, Kenya, Maroc, Sénégal, Sierra Leone et Zimbabwe. 
 

Les autorités camerounaises ont immédiatement détenu les personnes expulsées, bien qu'elles n'aient aucune base juridique pour le faire. Un avocat qui assistait certaines des personnes expulsées a déclaré que des représentants d'agences des Nations unies leur avaient parlé de la possibilité de demander l'asile au Cameroun. Cependant, les personnes expulsées ont déclaré à l'avocat qu'elles se sentaient contraintes de retourner dans leur pays d'origine. 
 

Plusieurs déportés n'étaient pas éligibles à l'asile aux États-Unis, mais bénéficiaient d'une protection judiciaire contre l'expulsion vers leur pays d'origine en raison de craintes de persécution ou de torture. L'administration Trump a contourné ces protections en les envoyant dans un pays tiers – un pays que Human Rights Watch et d'autres ont toujours qualifié de non sûr pour les expulsions. 
 

Depuis des années, certaines régions du Cameroun sont ravagées par la violence et les conflits armés, le gouvernement réprime l'opposition et les médias, et les groupes armés et les forces gouvernementales commettent des exactions généralisées, notamment des actes de torture en détention. En 2022, nous avons documenté les souffrances endurées au Cameroun par des demandeurs d'asile camerounais expulsés par les États-Unis après leur retour. 
 

Le Cameroun est partie à la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et dispose d'une législation nationale sur les réfugiés, mais deux personnes renvoyées au Cameroun par les États-Unis sont déjà retournées dans leur pays d'origine. Quinze autres sont toujours détenues dans la capitale camerounaise, Yaoundé. Le retour forcé ou contraint d'une personne vers un pays où elle risque d'être persécutée, torturée ou de subir d'autres atteintes graves constitue un refoulement, interdit par le droit international. 
 

Le gouvernement camerounais devrait immédiatement libérer les personnes déportées restantes, leur garantir une protection contre le refoulement et organiser leur retour aux États-Unis. Il devrait également respecter la liberté de la presse et tenir les autorités compétentes responsables des abus commis. 
 

Compte tenu des risques de torture, de refoulement et d'autres abus au Cameroun, les États-Unis ont violé le droit international en expulsant des personnes vers ce pays. Les tribunaux et le Congrès américains devraient faire pression pour obtenir le retour des personnes expulsées vers le Cameroun et la fin des accords d'expulsion avec des pays tiers, qui ne prévoient pas de garanties et ont systématiquement entraîné des abus. 

25.02.2026 à 12:43

L'anniversaire d'un naufrage meurtrier au large de l'Italie marqué par de nouvelles tragédies

Human Rights Watch

Click to expand Image Des proches d'une personne portée disparue après le naufrage d'un bateau de migrants le 26 février sur la plage près du lieu du naufrage, au large de Steccato di Cutro, près de Crotone, en Calabre, dans le sud de l'Italie. 7 mars 2023.  © 2023 Alfonso Di Vincenzo/KONTROLAB/LightRocket via Getty Images

Au petit matin du 26 février 2023, le navire Summer Love a fait naufrage au large des côtes de la Calabre, en Italie. Au moins 94 personnes, dont 35 enfants, ont péri dans ce qui est connu sous le nom de naufrage de Cutro. Selon les survivants, le bateau transportait jusqu'à 250 personnes, pour la plupart originaires d'Afghanistan, de Syrie et du Pakistan. 

Cet anniversaire survient après le mois de janvier le plus meurtrier en Méditerranée depuis plus d'une décennie. L'Organisation internationale pour les migrations estime qu'au moins 454 personnes sont mortes ou ont disparu en Méditerranée rien qu'en janvier, soit près d'un tiers des 1 340 décès estimés pour l'ensemble de l'année 2025. 
 

Ces derniers jours, 15 cadavres ont été rejetés sur les côtes de Calabre et de Sicile, vraisemblablement victimes du cyclone dévastateur Harry qui a frappé à la mi-janvier et qui a probablement fait des centaines, voire un millier de victimes en mer. 
 

Le mois de janvier a également vu le début du procès de deux officiers des garde-côtes italiens et de quatre agents de la police des douanes (Guardia di Finanza), tous accusés de négligence ayant entraîné un naufrage et de multiples chefs d'accusation d'homicide involontaire pour le naufrage de Cutro, une occasion rare de rendre des comptes. Les survivants et les familles des victimes méritent que justice soit faite. 
 

Selon l'ONU, au moins 34 129 personnes sont mortes ou ont disparu en mer Méditerranée depuis 2014. Les politiques frontalières meurtrières de l'UE, combinées à l'incapacité de l'Italie et d'autres pays de l'UE à prendre des mesures adéquates pour secourir les bateaux de migrants en détresse – comme cela a certainement été le cas lors du naufrage de Cutro, du naufrage de juin 2023 près de Pylos, en Grèce, et du récent naufrage près de Chios, en Grèce – ont contribué à ce bilan effroyable. 
 

L'UE a renoncé à ses responsabilités en matière de recherche et de sauvetage en mer tout en déléguant cette tâche à des pays aux politiques abusives comme la Libye et la Tunisie. Les gouvernements de l'UE criminalisent les organisations de sauvetage non gouvernementales et repoussent violemment les personnes aux frontières de l'UE. 
 

Nous ne pouvons que deviner le nombre réel de personnes qui ont perdu la vie en Méditerranée. Même les estimations les plus basses révèlent le bilan inacceptable des échecs de l'UE. 
 

À une époque où l'ordre international fondé sur les droits est menacé et où la xénophobie semble monnaie courante, il peut sembler utopique de réclamer des politiques migratoires humaines et rationnelles. Mais elles sont possibles et elles commencent par sauver des vies. 

25.02.2026 à 04:00

Soudan : Des personnes handicapées prises pour cible dans le nord du Darfour

Human Rights Watch

Click to expand Image Des familles déplacées originaires d'El Fasher, la capitale du Darfour-Nord au Soudan, photographiées le 1er octobre 2025 dans un camp de personnes déplacées à Tawila, une autre ville de cette région ; elles avaient fui les combats entre les forces gouvernementales et les Forces de soutien rapide (FSR) à El Fasher. Quelques semaines plus tard, le 26 octobre 2025, les FSR ont pris le contrôle d'El Fasher. © 2025 NRC via AP Photo

(Nairobi) – Les Forces de soutien rapide (FSR), l'une des deux principales parties belligérantes au Soudan, ont pris pour cible, maltraité et tué des personnes handicapées pendant et après leur prise de contrôle d’El Fasher, la capitale du Darfour-Nord, le 26 octobre 2025, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.

Les Forces de soutien rapide ont ciblé des personnes en raison de leur handicap, accusé des hommes ayant des handicaps physiques d’être des combattants blessés, et se sont moqués d’autres personnes, qualifiées de « folles » et d’« incomplètes », ont témoigné des survivant·e·s et des témoins. Les meurtres ciblés de civils ou d'autres personnes ne participant pas au conflit, y compris les personnes handicapées, constituent des crimes de guerre, tout comme le fait de les soumettre à des traitements cruels, humiliants et dégradants ou à des atrocités similaires. Lorsqu'ils sont commis dans le cadre d'une attaque généralisée contre la population civile, ces actes sont susceptibles de constituer des crimes contre l'humanité.

« Les Forces de soutien rapide ont traité les personnes handicapées comme des suspects, des fardeaux ou des personnes sacrifiables », a déclaré Emina Ćerimović, directrice adjointe de la division Droits des personnes handicapées à Human Rights Watch. « Nous avons entendu comment les FSR ont accusé certaines victimes, en particulier celles qui avaient perdu un membre, d'être des combattants blessés, et les ont sommairement exécutées. D'autres personnes ont été battues, maltraitées ou harcelées en raison de leur handicap, les combattants se moquant d'elles en les traitant de personnes “folles” ou “incomplètes”. »

Entre décembre 2025 et février 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 22 survivant·e·s et témoins originaires d’El Fasher ; il s’est notamment agi d'entretiens approfondis à distance au Soudan, et d'entretiens avec des personnes handicapées ayant fui vers l'est du Tchad. Human Rights Watch a également mené des entretiens avec huit défenseurs des droits des personnes handicapées vivant dans d'autres régions du Soudan, qui ont décrit des abus similaires commis par les FSR dans d'autres régions du pays.

Les Forces de soutien rapide ont pris le contrôle d'El Fasher le 26 octobre 2025, après un siège de 18 mois. Alors que des civils tentaient de fuir, les FSR les ont attaqués, tuant des milliers de personnes. Les personnes handicapées ont rencontré des difficultés particulières pour s'échapper et ont parfois été victimes d'abus, d'extorsion et d'exécutions.

Un homme de 33 ans, qui se déplace à l’aide de béquilles à cause d’un handicap physique dû à une attaque à l’arme explosive en décembre 2024, a témoigné que des combattants des FSR l’avaient capturé, lui et une cinquantaine d’autres personnes, y compris des femmes et des enfants, alors qu’ils tentaient de fuir la ville le 26 octobre, et les avaient interrogés.

« Les FSR considéraient que toute personne à qui il manquait une main ou un membre était un soldat », a-t-il expliqué. D’après lui, les combattants des FSR se fondaient aussi sur la couleur de peau et l’accent pour décider si les gens étaient des civils ou bien des membres ou partisans des Forces armées soudanaises (FAS), contre lesquelles les FSR se battent pour prendre le contrôle du pays. Il a témoigné que les combattants des FSR s’étaient servies d’armes automatiques et de fusils de type AK pour exécuter plus de dix personnes, qui pour la plupart avaient des handicaps physiques, devant le groupe.

Cet homme a rapporté qu’il avait négocié avec les combattants pour qu’ils autorisent des détenus à appeler leur famille afin qu’elle verse une rançon. Un des combattants avait alors répondu : « Tu es déjà tout faible et estropié, ta famille ne voudrait pas de toi, de toute façon. »

Il a été détenu pendant quatre jours avant d’être libéré lorsque sa famille a apporté 17 millions de livres soudanaises et qu’il a fait un virement de 13 millions de livres soudanaises depuis son compte bancaire (environ 8 830 USD au total).

Une infirmière de 29 ans a déclaré qu’elle avait vu des combattants des FSR tuer, lors de la fuite des civils le 26 octobre, un jeune homme ayant le syndrome de Down, qu’ils qualifiaient de « fou », un enfant aveugle ainsi qu’une jeune femme qu’un handicap moteur empêchait de marcher.

Des défenseurs soudanais des droits des personnes handicapées ont documenté d’autres cas où les combattants des FSR avaient tué des personnes en raison de leur handicap. Zainab Salih, ancienne directrice de l’Association des personnes handicapées du Darfour du Sud, a déclaré qu’elle avait parlé avec un homme dont le fils de 14 ans, handicapé moteur, avait été exécuté alors qu’ils tentaient de fuir le 26 octobre, parce que les combattants des FSR se plaignaient qu’il « les ralentissait ». Avant de l’assassiner, a-t-elle rapporté, les combattants des FSR lui ont pris sa chaise roulante.

Deux autres défenseurs des droits des personnes handicapées ont rapporté, de façon similaire, que des Forces de soutien rapide avaient tué des personnes handicapées dans d’autres régions du Soudan au cours du conflit, avec entre autres le témoignage d’un proche à qui un combattant des FSR avait dit : « Laissez-nous vous aider à vous débarrasser d’eux. »

Des personnes handicapées ont par ailleurs fait l’expérience d’autres formes d’abus, souvent fondées sur un ciblage ethnique. Un homme de 31 ans, handicapé depuis qu’il a été blessé par des tirs d’obus au marché de Naivasha à El Fasher, a déclaré que les combattants des FSR l’avaient battu et fouetté alors qu’il s’était réfugié chez son oncle, après la chute de la ville.

À cause de son handicap et de son origine ethnique, les combattants l’ont accusé à plusieurs reprises d’être un soldat ou un sympathisant des FAS ou des Forces conjointes, le traitant de « falangay », un terme péjoratif désignant les groupes ethniques non arabes.

Des témoins et des survivant·e·s ont décrit des combattants des FSR qui dépouillaient des civils en train de fuir, y compris en leur confisquant leurs équipements d’assistance ou leur seul moyen de mobilité, comme les brouettes utilisées par les familles des personnes handicapées pour les transporter.

Des témoignages parlent aussi de personnes handicapées abandonnées au cours de la fuite. Une femme de 30 ans ayant fui avec ses trois enfants a déclaré : « Ce que je n’arrive pas à oublier, surtout, c’est l’image de ces gens blessés, notamment handicapés, que leurs proches tentaient d’évacuer en suivant cette route, mais comme ils n’ont pas réussi, ils les ont laissés derrière eux, et personne ne sait ce qu’ils sont devenus. »

Les personnes qui sont parvenues jusqu’à Tawila, également dans le Darfour du Nord, ont décrit une fuite dans des conditions extrêmes, souvent sans équipement d’assistance ni moyen de transport. Certaines ont rampé ou ont été portées par des membres de leur famille. D’autres ont été séparées de leur famille ou de leur réseau d’appui, ce qui a rendu beaucoup plus difficile pour eux de s’enfuir et de survivre au cours du déplacement.

Des personnes ont témoigné qu’elles avaient besoin d’équipement d’assistance, de soins médicaux et de soutien psychosocial. Des personnes handicapées et leurs familles ont déclaré que les installations du camp de Tawila pour déplacés internes, notamment les sanitaires, étaient inaccessibles aux personnes ayant un handicap moteur.

L’homme de 31 ans mentionné plus haut, qui désormais porte la voix des personnes handicapées dans le camp de Tawila, a déclaré qu’il avait plusieurs fois réclamé aux organisations humanitaires des services compatibles avec le handicap. « L’idée, ici, c’est que si vous avez un handicap, c’est à votre famille de vous aider », a-t-il commenté.

En vertu du droit international humanitaire, les belligérants d’un conflit doivent faire constamment la distinction entre les civils et les combattants, et les civils ne doivent jamais être la cible d’attaques. Les personnes handicapées qui ne participent pas directement aux hostilités ont droit à une protection intégrale face aux attaques et mauvais traitements délibérés. Les attaques et mauvais traitements délibérés subis par les civils en situation de handicap sont des crimes de guerre et peuvent constituer des crimes contre l’humanité.

La Convention relative aux droits des personnes handicapées, que le Soudan a ratifiée, oblige les États à garantir la protection et la sûreté des personnes handicapées dans les situations à risque, y compris les conflits armés. La résolution 2475 du Conseil de sécurité des Nations Unies énonce que les belligérants d’un conflit armé doivent protéger les personnes handicapées et assurer qu’elles soient pleinement intégrées aux interventions humanitaires.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies devrait agir d’urgence pour prévenir de nouvelles atrocités contre des civils au Soudan, notamment handicapés, a déclaré Human Rights Watch, y compris en sanctionnant les leaders des Forces de soutien rapide pour les atrocités en cours et en appelant les soutiens de ces forces, en particulier les Émirats arabes unis, à cesser de leur apporter de l’aide.

Les pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU et du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine devraient collaborer pour assurer le déploiement d’une mission de protection physique des civils au Soudan. Les organisations humanitaires devraient garantir que l’aide fournie soit accessible et inclusive vis-à-vis des personnes handicapées, notamment en leur fournissant des équipements d’assistance et des aides ciblées.

« Cela fait plus de dix ans que Human Rights Watch documente les abus commis à l’encontre des personnes handicapées dans le monde », a conclu Emina Ćerimović. « Mais c’est la première fois que nous rapportons des violences de ce type, y compris des meurtres, commis à une telle échelle, à l’égard de personnes qui sont ciblées en raison de leur handicap.Les gouvernements et le Conseil de sécurité de l’ONU devraient agir immédiatement pour faire cesser ces crimes et garantir que les responsables rendent des comptes à la justice. »

Sélection de récits d’incidents

Meurtres et violences

Une infirmière de 29 ans d’El Fasher a rapporté qu’un combattant des Forces de soutien rapide avait appelé un autre combattant pour lui dire : « Viens voir ce majnoun [fou] », en parlant d’un jeune homme ayant le syndrome de Down. Les combattants ont alors obligé sa sœur, qui le portait sur son dos, à le poser par terre, puis l’ont abattu. Après avoir tué le frère, ils ont ligoté les mains de la sœur, ont couvert son visage et l’ont emmenée. Les recherches en cours de Human Rights Watch ont permis de constater que beaucoup de femmes et de filles étaient enlevées afin d’être violées ou échangées contre une rançon.

L’infirmière a également témoigné que des combattants des FSR avaient tiré sur une jeune femme ayant un handicap physique, la tuant, de même que sa mère qui la portait. Elle a aussi décrit que des combattants avaient ordonné à une femme portant un garçon aveugle sur son dos de le poser par terre. « La femme a dit : ‘Il ne voit rien’ », a rapporté l’infirmière. « Ils lui ont immédiatement logé une balle dans la tête. »

L’homme de 31 ans mentionné plus haut a décrit qu’en septembre 2025, un chauffeur l’avait abandonné, en compagnie de sa mère, à 20 kilomètres de Hilat Al-Shaikh, un village qu’ils tentaient d’atteindre, en chemin pour Tawila. Sa mère, qui essayait de le pousser dans une brouette, était arrivée au bout de ses forces. Il l’a exhortée de continuer et a demandé à des voyageurs de l’aider à le ramener à El Fasher. Au départ, ils ont refusé.

« Ils m’ont dit que si les membres des FSR me voyaient, dans mon état [avec des amputations], ils penseraient que j’étais dans les FAS et que cela leur causerait des problèmes », a-t-il déclaré. Finalement, un homme menant un âne tirant une carriole l’a laissé monter et il a pu retourner à El Fasher, où il a retrouvé son père.

Le 26 octobre, lui et son père ont fui sous d’intenses tirs d’obus au moment où les Forces de soutien rapide prenaient le contrôle d’El Fasher. Séparé de son père, il a subi de nouvelles blessures.

Il a réussi à regagner la maison de son oncle à El Fasher, mais les combattants des FSR ont fait irruption dans la maison quelques heures plus tard et l’ont accusé de faire partie d’une coalition de groupes armés darfouriens affiliés à l’armée, à cause de son handicap et de son origine ethnique. Il a ainsi témoigné :

« Ils ont commencé à me demander : ‘Est-ce que tu fais partie des Forces conjointes ?’ Je leur ai dit que j’avais été malade, hospitalisé, je leur ai expliqué que j’avais été blessé en récupérant mes marchandises au marché en août. Ils ont commencé à me contredire en affirmant que j’étais un soldat. [...] Ils m’ont battu sur tout le corps avec un fouet pendant vingt minutes. Je saignais. [...] Un soldat m’a dit qu’ils devaient me tuer, que je n’aurais pas dû rester, que j’aurais dû partir plus tôt. Ils ont continué à demander si j’étais des FAS ou des Forces conjointes, j’ai continué à dire que non. »

En février 2026, il a témoigné qu’il avait toujours des cicatrices sur les bras à cause du passage à tabac et montré des photos à Human Rights Watch.

Parvenu plus tard jusqu’à Tawila, il y a retrouvé sa mère. Lors de son entretien avec Human Rights Watch en février 2026, il n’avait toujours pas de nouvelles de son père.

Abandons de personnes

Un homme de 39 ans a décrit que dans sa fuite, il avait dû laisser derrière lui son frère de 41 ans, handicapé moteur, qui ne pouvait pas marcher. « Mon frère nous a dit : ‘C’est fini pour moi, je vais mourir ici. Je t’en prie, emmène juste tes enfants et laisse-moi là.’ On ne pouvait pas le prendre, il n’y avait ni voitures ni chameaux. »

Le même témoin a décrit qu’il avait vu des personnes blessées et des personnes handicapées qui demandaient de l’aide en essayant de fuir El Fasher le 27 octobre. « Il y avait des gens blessés par terre, des gens qui avaient perdu des membres, appelant à l’aide, et on ne pouvait tout simplement rien faire pour eux. »

Un homme de 22 ans, blessé lors d’une attaque en février 2025, a été abandonné par la personne qui le portait alors qu’ils fuyaient El Fasher parmi un groupe de civils. « Il m’a posé par terre et m’a dit qu’il reviendrait. Je ne sais pas ce qu’il lui est arrivé, s’il a été tué ou arrêté. »

Incapable de se déplacer sans aide, il a fini par être appréhendé par les Forces de soutien rapide, détenu pendant dix jours, et n’a été libéré qu’après leur avoir versé 15 millions de livres soudanaises (environ 3 600 USD).

Vols d’équipement d’assistance

Un enseignant de 40 ans, malentendant, était en train de fuir El Fasher en direction de Garni en octobre 2025 lorsque des combattants des FSR ont arrêté et fouillé des civils sur la route, confisquant des effets personnels.

« Ils ont commencé à fouiller tout le monde, volant les montres et les téléphones qui leur plaisaient », a-t-il déclaré. « Ils ont trouvé mon appareil d’assistance auditive et m’ont demandé ce que c’était. Je le leur ai dit, j’ai ajouté que c’était très important pour moi, mais ils ne m’ont pas cru et l’ont emporté. Je n’ai rien pu faire, ils menaçaient de me tirer dessus.

Il a ajouté que les combattants l’avaient aussi dépouillé de ses vêtements et de son téléphone.

Vie des personnes déplacées

Une femme de 47 ans, séjournant dans un camp de déplacés internes, s’était enfuie avec sa fille de 15 ans, ayant des handicaps physiques et d’élocution, et sa mère de 79 ans, qui elle aussi est handicapée physiquement.

« Avant la guerre, nous allions voir un physiothérapeute [pour ma fille] », a-t-elle déclaré. « Il n’y a plus rien de tel, aucun thérapeute ni médecin pour nous suivre. »

Elle a par ailleurs expliqué que les sanitaires et les autres installations du camp étaient inaccessibles aux personnes ayant un handicap moteur : « Il n’y a pas d’endroit séparé adapté aux [handicapés] pour les sanitaires et les repas. Ma mère et ma fille ne peuvent pas aller dans ces toilettes [inaccessibles]. On est obligé de les porter. »

Une autre mère ayant cinq enfants, dont une fille de six ans ayant un handicap physique, a témoigné que sa fille avait besoin d’un équipement d’assistance et de nourriture spécifique qu’elle ne pouvait pas se procurer dans le camp pour déplacés internes de Tawila : « Elle a besoin de son équipement d’assistance, sinon elle ne peut que rester couchée. Elle ne mange que des aliments mous et j’ai du mal à trouver la nourriture qu’il lui faut. Je fais de mon mieux. »

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Articles

TchadInfos

 

24.02.2026 à 14:01

Israël : Des organisations humanitaires interdites d'accès à Gaza et en Cisjordanie

Human Rights Watch

Click to expand Image Des camions transportant de l'aide humanitaire vers Gaza attendaient près de la frontière égyptienne, devant le point de passage entre l’Égypte et Rafah, dans le sud-ouest de la bande de Gaza, le 27 janvier 2026. © 2026 Ali Moustafa/Getty images

Mise à jour : Le 27 février, la Haute Cour de justice israélienne a émis une injonction provisoire gelant l’ordre de cessation des opérations des organisations, suite au recours déposé par plus de 15 groupes le 22 février.

(New York) – Les autorités israéliennes prévoient d'interdire à 37 organisations non gouvernementales internationales d'opérer à Gaza et en Cisjordanie à compter du 1er mars, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch ; cette décision est basée sur le refus des organisations de fournir au gouvernement israélien la liste de leurs employés et leurs données biographiques, requises selon les nouvelles exigences d'enregistrement imposées par le gouvernement israélien. Selon les organisations, ces exigences bafouent les principes humanitaires de neutralité et d'indépendance.

Les organisations humanitaires internationales fournissent depuis longtemps une aide humanitaire vitale aux Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, dans des conditions extrêmement difficiles et malgré les attaques israéliennes. Le 22 février, plus de 15 organisations ont déposé un recours à la Haute Cour israélienne, affirmant que les nouvelles exigences d'enregistrement portaient atteinte au droit international humanitaire et risquaient de priver les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie d'une aide vitale.

« La politisation par Israël des exigences d'enregistrement pour les organisations humanitaires entrave leurs activités vitales, alors même que les autorités israéliennes continuent d'imposer à Gaza un blocus illégal et aux effets désastreux », a déclaré Michelle Randhawa, collaboratrice senior auprès de la division Droits des réfugiés et migrants à Human Rights Watch. « Israël devrait annuler les exigences d'enregistrement et cesser d'interférer avec les organisations qui tentent de répondre aux crises humanitaires dévastatrices que ce pays a créées à Gaza et en Cisjordanie. »

Le gouvernement israélien ne s'est pas engagé à combler le déficit d'aide, et seules 27 organisations ont été autorisées à s'enregistrer.

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), si ces groupes cessaient leurs activités à Gaza, un établissement de santé sur trois devrait immédiatement mettre fin à leurs opérations, et 20 000 patients nécessitant des soins spécialisés mensuels perdraient leur accès aux soins ; les maladies d'origine hydrique et les conditions d'hygiène s'aggraveraient, et il y aurait des lacunes immédiates et graves dans la détection et le traitement de la malnutrition.

« Nous ne transférerons pas de données personnelles sensibles à un État partie au conflit, car cela constituerait une violation des principes humanitaires, du devoir de diligence et des obligations en matière de protection des données », a déclaré un porte-parole d'Oxfam à Al Jazeera en janvier. Les principes humanitaires soulignent que les organisations humanitaires doivent fonctionner sans ingérence politique et conserver leur autonomie vis-à-vis des gouvernements. Dans un communiqué de presse publié en mai 2025, 55 organisations opérant dans la région ont déclaré que les nouvelles règles subordonnaient l'enregistrement des ONG internationales à « un alignement politique et idéologique, ce qui compromet la neutralité, l'impartialité et l'indépendance des acteurs humanitaires ».

La Résolution n° 2542 du gouvernement israélien, approuvée en tant que loi en décembre 2024, obligeait toutes les organisations internationales fournissant une aide humanitaire aux « résidents palestiniens » à s'enregistrer auprès du ministère israélien des Affaires de la diaspora et de la lutte contre l'antisémitisme avant le 31 décembre 2025, sous peine de perdre leur enregistrement et d'être contraintes de cesser leurs activités avant le 1er mars 2026. Cette loi confère au gouvernement israélien un large pouvoir pour refuser ou annuler l'enregistrement de toute organisation ou de tout membre du personnel considéré comme représentant un risque pour « la sécurité publique ou la sécurité de l'État ». La loi ne s'applique pas aux organisations fournissant des services aux « citoyens ou résidents israéliens, y compris les résidents de Jérusalem-Est ».

À la mi-octobre 2025, le Centre satellitaire des Nations Unies a signalé que près de 81 % de toutes les structures de Gaza avaient été endommagées. Les 36 hôpitaux et la majorité des centres de soins de santé primaires de la bande de Gaza ont été endommagés ou détruits, et selon les chiffres de novembre 2025, plus de 97 % des écoles avaient été endommagées ou détruites.

L’ONG Integrated Food Security Phase Classification (IPC), un organisme mondial de suivi de la malnutrition et de l'insécurité alimentaire, a déterminé qu'entre la mi-octobre et la fin novembre, environ 1,6 million de personnes à Gaza, soit environ 77 % de la population, étaient confrontées à une famine de niveau critique, voire pire.

Parmi les 37 organisations touchées figurent Oxfam, le Conseil norvégien pour les réfugiés (Norwegian Refugee Council, NRC), Save the Children, et Médecins Sans Frontières (MSF). Ces organisations, tout comme des groupes de la société civile palestinienne et l'ONU, ont fourni des biens et des services vitaux à des millions de Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie. Selon l'OCHA, les organisations internationales présentes à Gaza gèrent ou soutiennent 60 % des hôpitaux de campagne et tous les centres de stabilisation pour les enfants souffrant de malnutrition sévère, et elles fournissent 42 % de tous les services d'approvisionnement en eau, d'assainissement et d'hygiène.

Malgré la cessation des hostilités en octobre, les restrictions continues imposées par Israël à l'entrée de l'aide à Gaza entraînent des pénuries de médicaments, de matériel de reconstruction, de nourriture et d'eau. Les restrictions excessives imposées par Israël à l'aide humanitaire dans le but de poursuivre ses objectifs politiques ou militaires violent ses obligations en tant que puissance occupante en vertu du droit international humanitaire. et constituent un crime de guerre lorsqu'elles équivalent à utiliser la famine comme arme de guerre.

En novembre 2025, le porte-parole adjoint de l'ONU, Farhan Haq, a déclaré : « Les autorités israéliennes ont rejeté 107 demandes d'entrée de matériel de secours » ; elles ont affirmé que ce matériel ne relevait pas de l'aide humanitaire ou qu'il s'agissait d'articles « à double usage » (« dual-use »). En janvier 2026, le quotidien britannique The Guardian a rapporté qu'Israël avait autorisé des transporteurs commerciaux à importer certains articles « à double usage » destinés à être vendus sur le marché.

À la fin du mois d'octobre 2025, le NRC a souligné ceci : « Près de 50 millions de dollars de biens essentiels provenant d'ONG internationales opérationnelles, notamment des denrées alimentaires, des fournitures médicales et des matériaux d'abri, restent stockés aux points de passage et dans des entrepôts. »

Depuis deux ans, les travailleurs humanitaires à Gaza opèrent dans un contexte d'attaques indiscriminées et disproportionnées menées par Israël, d'utilisation de la famine comme arme de guerre, d'extermination et d'actes de génocide, ainsi que de déplacements forcés massifs et délibérés de civils palestiniens, constituant des crimes contre l'humanité. Au mois de septembre 2025, les décès de 543 travailleurs humanitaires (chiffre total cumulatif) avaient été confirmés lors d’attaques israéliennes à Gaza. En mai 2024, Human Rights Watch a constaté que les forces israéliennes avaient attaqué huit sites d'aide humanitaire, dont les coordonnées exactes avaient été fournies par les organisations concernées. Les travailleurs humanitaires doivent être protégés en vertu du droit international, et les prendre pour cible constitue un crime de guerre.

Depuis octobre 2023, au moins 255 journalistes, 1 700 secouristes et 967 membres du personnel éducatif ont été tués lors d'attaques israéliennes à Gaza.

L'interdiction des 37 groupes fait suite à l'interdiction par Israël des activités l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA). Les autorités israéliennes ont sévèrement limité les capacités d'aide humanitaire de l'agence, notamment en bloquant la distribution de l'aide à Gaza et en ordonnant la fermeture des écoles gérées par l'UNRWA à Jérusalem-Est. En octobre 2025, la Cour internationale de justice (CIJ) a rendu un avis consultatif concluant que les allégations d'Israël selon lesquelles l'UNRWA manque d'impartialité sont sans fondement, et que son obstruction au travail de l'agence bafoue le droit international.

En Cisjordanie, la violence des colons a pris de l’ampleur, les colonies illégales se développent et les campagnes de déplacements forcés et de démolitions de logements se poursuivent. En janvier et février 2025, les autorités israéliennes ont expulsé de force 32 000 personnes de trois camps de réfugiés de Cisjordanie, ce qui constitue un crime de guerre et un crime contre l'humanité. Le 6 février 2026, l'ONU a indiqué que les autorités israéliennes n'avaient autorisé aucune de ces personnes à revenir.

« Au-delà de l'apport d’aide d'urgence, les travailleurs humanitaires plaident en faveur de la protection des civils en vertu du droit international, et œuvrent pour préserver leur dignité humaine », a conclu Michelle Randhawa. « Faire de la distribution de l'aide humanitaire aux Palestiniens une question de sécurité nationale est une nouvelle "atteinte à la dignité" des Palestiniens par Israël et s'inscrit dans une stratégie plus large visant à paralyser la société civile palestinienne et la présence internationale dans le Territoire palestinien occupé. »

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