29.04.2026 à 05:00
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Le gouvernement israélien a approuvé un plan quinquennal allouant 334 millions de dollars à la réinstallation de milliers de civils israéliens vers le plateau du Golan, situé en Syrie et occupé par Israël, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Cette décision, adoptée par le cabinet israélien le 17 avril, constitue clairement une déclaration d’intention de commettre des crimes de guerre.
« Le gouvernement israélien vient d’allouer des fonds publics à ce qui constituerait un crime de guerre en Syrie, tout en accélérant l’expansion des colonies en Cisjordanie dans un contexte d’impunité pour les violences commises contre des Palestiniens », a déclaré Hiba Zayadin, chercheuse senior sur la Syrie à Human Rights Watch. « Un transfert permanent de population vers le territoire syrien violerait le droit international, et aurait de graves implications pour les Syriens déplacés de longue date. »
L’Union européenne et ses États membres, le Royaume-Uni et d’autres pays disposant d’une influence devraient réagir en suspendant leurs accords commerciaux avec Israël, et en interdisant notamment les activités commerciales avec les colonies israéliennes illégales, au Golan occupé ainsi qu’en Cisjordanie. Ces pays devraient également suspendre les transferts d’armes vers Israël. Lorsque les législations nationales le permettent, les procureurs de pays tiers devraient ouvrir des enquêtes pénales, en vertu du principe de compétence universelle, contre les responsables israéliens et toute autre personne impliquée de manière crédible dans le transfert de civils vers un territoire occupé.
Le cabinet israélien a approuvé le plan visant à développer la colonie de Katzrin, fondée en 1977, pour en faire ce que les responsables ont décrit comme la « première ville » du Golan ; l’objectif déclaré est d’accueillir 3 000 nouvelles familles de colons israéliens dans ce territoire occupé, d’ici 2030.
Ce plan financera les infrastructures, les logements, les services publics et les établissements universitaires à Katzrin, notamment une nouvelle antenne universitaire et des établissements médicaux spécialisés. La Direction de Tnufa pour le Nord, une agence gouvernementale israélienne fondée en 2024 pour faciliter la reconstruction et le développement des zones du nord d’Israël touchées par les hostilités depuis 2023, supervisera la coordination du projet avec les autorités locales.
Comme Human Rights Watch l’a déjà documenté dans le contexte des colonies de peuplement en Cisjordanie occupée, les entreprises qui contribuent au transfert de civils vers les territoires occupés, notamment en construisant ou en assurant l’entretien des colonies, risquent de se rendre complices de violations du droit international humanitaire et de crimes de guerre. Les entreprises entretenant des liens commerciaux avec les autorités gérant le plateau du Golan occupé, ou sur ce territoire, courent le même risque.
Israël a occupé le plateau du Golan en 1967, et y a étendu la législation israélienne en 1981, ce qui constitue une annexion de facto ; les États-Unis sont le seul pays au monde à reconnaître l’annexion présumée de ce territoire par Israël. Le plateau du Golan demeure un territoire occupé, au regard du droit international.
Depuis 1967, les autorités israéliennes ont refusé aux Syriens déplacés le droit de retourner dans leurs foyers dans le plateau du Golan occupé, et y ont détruit des centaines de villages et de fermes. Le gouvernement syrien estime que le nombre de Syriens déplacés et leur descendants s’élève à des centaines de milliers de personnes.
En 1981, la Résolution 497 du Conseil de sécurité des Nations Unies a qualifié l’annexion du Golan par les autorités israéliennes de « nulle et non avenue », sans effet juridique selon le droit international ; cette résolution a ajouté que la Quatrième Convention de Genève continuait de s’appliquer à ce territoire occupé. Depuis, l’Assemblée générale des Nations Unies a réaffirmé ces conclusions dans des résolutions annuelles, la plus récente datant de décembre 2025. Le transfert par une puissance occupante d’une partie de sa population civile vers un territoire occupé est interdit en vertu de l’article 49(6) de la Quatrième Convention de Genève, et constitue un crime de guerre.
Le gouvernement syrien devrait donner suite aux premières mesures déjà prises pour traiter les crimes internationaux graves commis en Syrie tant sous le régime d’Assad qu’après celui-ci, notamment la création d’une commission nationale de justice transitionnelle chargée de mettre en place des cadres juridiques pour les enquêtes et les poursuites au niveau national, a déclaré Human Rights Watch.
Des options de reddition de comptes sont également disponibles sur le plan international. Malgré des réunions publiques entre le gouvernement syrien et des responsables de la Cour pénale internationale (CPI) à la suite de la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, la Syrie n’est toujours pas un État partie au Statut de Rome de la CPI. Les autorités de transition syriennes pourraient toutefois soutenir la justice internationale en adhérant au Statut et en déposant une déclaration au titre de l’article 12(3), acceptant la compétence de la Cour pour les crimes commis sur le territoire syrien, y compris ceux commis avant la date d’adhésion.
Le plan israélien du 17 avril a été annoncé alors que l’armée israélienne poursuivait son avancée dans le sud de la Syrie. Depuis la chute du gouvernement Assad, les forces israéliennes ont occupé le territoire syrien au-delà de la ligne de désengagement de 1974, établi plusieurs positions militaires à l’intérieur de la Syrie ; elles ont mené à plusieurs reprises des raids terrestres, des frappes aériennes et d’autres opérations dans les gouvernorats de Quneitra, Deraa et Soueïda.
Human Rights Watch a documenté de graves violations commises par l’armée israélienne au cours de ces opérations, notamment le déplacement forcé de résidents syriens de villages situés dans la zone nouvellement occupée, ce qui constitue un crime de guerre. Des soldats israéliens sont entrés dans des villages proches de la ligne de séparation, en menaçant des familles avec leurs armes ; ils ont forcé des habitants à partir sans leur permettre d’emporter leurs biens, et sans prendre des dispositions pour qu’ils puissent se loger en toute sécurité avant de pouvoir retourner chez eux. Dans certains villages syriens, des bulldozers israéliens ont ensuite rasé des maisons pendant la nuit, détruisant les vergers et les jardins qui les entouraient.
Les forces israéliennes ont construit des installations militaires à proximité de ces villages et ont indiqué leur intention de rester indéfiniment, rendant de facto impossible tout retour concret des habitants. Ces forces ont également clôturé des terres agricoles, des pâturages et des sources d’eau, privant ainsi les familles de leurs moyens de subsistance qui étaient transmis d’une génération à l’autre ; elles ont aussi rasé de vastes portions des réserves forestières des villages. Les forces israéliennes ont également arrêté arbitrairement des civils syriens, et les ont transférés en Israël, où ils sont détenus sans inculpation et au secret.
Dans le même temps, Israël a accéléré l’expansion des colonies illégales en Cisjordanie, dans un contexte de recrudescence de violences commises par les colons. Au début du mois d’avril, le cabinet israélien a approuvé la construction de 34 nouvelles colonies, ce qui constitue la plus importante expansion de ce type en Cisjordanie à ce jour. Depuis son entrée en fonction en 2022, l’actuel gouvernement israélien a approuvé 103 nouvelles colonies ; le nombre total de colonies illégales a ainsi augmenté de 80 %, passant de 127 à 229.
Les responsables israéliens affirment de plus en plus ouvertement que l’un des objectifs de la colonisation illégale est d’éliminer toute possibilité d’un État palestinien. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), les attaques de colons israéliens étaient responsables de 75 % de tous les déplacements de Palestiniens enregistrés entre le 1er janvier et le 17 avril 2026. La CPI mène actuellement une enquête sur les crimes commis en Palestine.
Un schéma similaire de déplacements massifs se déroule au Liban. Des centaines de milliers de personnes restent déplacées à la suite de nombreux ordres d’évacuation israéliens visant le sud du Liban depuis mars 2026, et les forces israéliennes continuent d’occuper des dizaines de villages le long de la frontière. Le 16 mars, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a déclaré que les résidents chiites du sud du Liban ne seraient pas autorisés à rentrer chez eux pour une durée indéterminée ; ainsi que l’a observé Human Rights Watch, ceci suggère une intention de déplacer de force des membres de la population civile sur la base de leur religion.
L’UE et ses États membres continuent de reconnaître le plateau du Golan syrien comme un territoire occupé, conformément à la résolution 497 de l’ONU, et à la position de longue date de l’UE. En juin 2025, un rapport de l’UE a conclu qu’il avait des « indications » selon lesquelles Israël violait l’article 2 de l’Accord d’association UE-Israël, qui fait du respect des droits humains un élément essentiel de l’accord.
En septembre 2025, la Commission européenne a proposé la suspension de certaines dispositions commerciales de cet accord, mais cette mesure n’a pas encore été prise. Malgré les conclusions de l’avis consultatif publié par la Cour internationale de justice en juillet 2024, l’UE poursuit ses activités commerciales avec les colonies illégales d’Israël ; parmi les pays membres, seule l’Espagne les a interdites.
« L’UE dispose d’outils puissants, mais refuse de les utiliser », a conclu Hiba Zayadin. « Les États-Unis nient le fait que le Golan est un territoire syrien occupé. Le plan israélien du 17 avril est le résultat prévisible lorsqu’une puissance occupante est convaincue que son impunité perdurera. Les autorités syriennes peuvent changer la donne, en prenant des mesures en matière de justice nationale et en adhérant à la CPI. »
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Articles
RFI / Sur X
27.04.2026 à 15:00
Human Rights Watch
(Berlin) – La Coupe du monde masculine de football de 2026 se déroulera dans un contexte marqué par des pratiques abusives en matière d’immigration aux États-Unis, de nouvelles menaces pesant sur la liberté de la presse, la discrimination, ainsi que le non-respect par la FIFA et les villes hôtes de leurs engagements en matière de droits humains, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch, à l’occasion de la publication d’un guide destiné aux journalistes couvrant le tournoi. Le tournoi débutera le 11 juin 2026 dans 16 villes hôtes au Canada, aux États-Unis et au Mexique.
Le « Guide pour les journalistes pour la Coupe du monde de football de 2026 au Canada, aux États-Unis et au Mexique » (en anglais), qui compte 79 pages, résume les conclusions de Human Rights Watch quant à la situation des droits humains dans les trois pays hôtes et aux risques particuliers que les politiques du gouvernement américain font peser sur les journalistes, les supporters, les joueurs et les communautés d’immigrés. Ce guide décrit par ailleurs la réponse insuffisante de la FIFA face aux risques pour les droits humains liés aux abus commis par l’administration du président américain Donald Trump à l’encontre des immigrés, ainsi que son incapacité à respecter ses engagements en matière de droits humains pour le tournoi.
« Cette Coupe du monde devait être la première dotée d'un cadre de protection des droits humains, comprenant des mesures essentielles de protection des travailleurs, des supporters, des joueurs et des communautés », a déclaré Minky Worden, directrice des Initiatives mondiales chez Human Rights Watch. « Au lieu de cela, la répression brutale menée par l'administration américaine en matière d'immigration, ses politiques discriminatoires et ses menaces à l'encontre de la liberté de la presse font que le tournoi risque d'être marqué par l'exclusion et la peur. »
Les États-Unis accueilleront la grande majorité des matchs de la Coupe du monde, soit 78, y compris les demi-finales et la finale. Depuis son investiture en janvier 2025, Donald Trump a mis en place des politiques et des mesures abusives visant les immigrés, les manifestants, les défenseurs des droits humains, les personnes transgenres ainsi que la société civile. En outre, les supporters de dizaines de pays se heurtent à des interdictions de visa.
Les personnes issues de communautés immigrées qui se rassemblent dans les stades ou les zones réservées aux supporters pour soutenir leur équipe nationale et célébrer leur héritage culturel sont exposées à un risque accru d'abus. Sont également exposées à ce risque les personnes que les agents perçoivent comme des immigrés en raison de leur couleur de peau, de la langue qu'elles parlent ou de leur lieu de travail. Du 20 janvier au 10 mars 2025, l’agence ICE (Immigration and Customs Enforcement – services d'immigration et de douane) a arrêté au moins 167 000 personnes dans et autour des 11 villes des États-Unis où se dérouleront les matchs, selon les données de l’ICE fournies en réponse à une demande d’accès à l’information adressée au Deportation Data Project et analysées par Human Rights Watch.
La liberté de la presse aux États-Unis subit également de nouvelles pressions intenses. Parmi les cas préoccupants figurent l’arrestation et la détention de Mario Guevara, un journaliste lauréat d’un Emmy Award, à Atlanta, ville hôte de la Coupe du monde, en juin 2025. Il aurait été arrêté pour avoir filmé une manifestation politique, puis transféré sous la garde de l’ICE et expulsé vers le Salvador. En mars 2026, Estefany Rodríguez, une journaliste qui couvrait les raids de l'ICE contre les immigrés, aurait été arrêtée sans que ses ravisseurs ne présentent de mandat. Human Rights Watch a documenté que des agents américains ont tiré des gaz lacrymogènes, des balles au poivre, des projectiles en mousse dure et des grenades assourdissantes directement sur des manifestants, des journalistes et d'autres observateurs, souvent à bout portant et souvent sans avertissement suffisant ni provocation.
La FIFA n'a pas pris de mesures suffisantes pour répondre à ces risques. À l'exception d'un seul, les comités organisateurs des villes hôtes de la Coupe du monde n'ont pas présenté de plans d'action en matière de droits humains tels que la FIFA l'avait promis avant le tournoi, ou ont élaboré des plans qui ignorent certains risques ou ne les traitent pas de manière adéquate, notamment ceux auxquels sont confrontés les immigrés, les personnes LGBT et les journalistes.
La FIFA elle-même n'a pas déployé d'efforts significatifs pour user de son influence afin de pousser l'administration Trump à revenir sur ses politiques abusives ou à les suspendre. Au contraire, en décembre 2025, elle a décerné à Trump le premier Prix de la paix de la FIFA. Human Rights Watch a exhorté la FIFA à convaincre l'administration Trump d'instaurer une « trêve de l'ICE », qui comprendrait une garantie publique des autorités fédérales de s'abstenir de mener des opérations de contrôle de l'immigration lors des matchs et sur les sites où ils se déroulent.
« Cette Coupe du monde 2026 risque d’offrir une vitrine de “sportswashing” à l'administration Trump », a ajouté Minky Worden. « La FIFA devrait prendre des mesures plus efficaces pour protéger les athlètes, les supporters et les travailleurs contre les politiques abusives du gouvernement américain. »
La Coupe du monde 2026 sera la première à se dérouler simultanément dans trois pays, ce qui pose des défis logistiques sans précédent aux professionnels des médias chargés de la couvrir. Les journalistes devront franchir des frontières internationales soumises à des régimes d'immigration, des exigences en matière de visas et des conditions de liberté de la presse différents, et ce parfois à plusieurs reprises au cours du tournoi.
Le Mexique reste l'un des pays les plus dangereux au monde pour les médias. L'organisation de défense de la liberté de la presse Article 19 a signalé que sept journalistes ont été tués au Mexique en 2025. L'impunité pour ces meurtres reste la norme. Le Congrès mexicain a adopté une loi en 2025 qui confère aux autorités un pouvoir pratiquement illimité pour accéder aux informations sur les citoyens sans autorisation judiciaire, ce qui porte atteinte à la liberté des médias. La FIFA n'a pas abordé les risques directs encourus par les journalistes travaillant dans les villes mexicaines hôtes de la Coupe du monde, notamment pour les reporters couvrant les liens potentiels entre le football et le crime organisé.
Human Rights Watch a adressé une lettre au président de la FIFA, Gianni Infantino, le 6 avril, pour lui poser des questions détaillées sur les mesures prises par la FIFA pour protéger la liberté de la presse, notamment pour savoir si elle a mis en place des protocoles d'intervention si des journalistes sont arrêtés, expulsés ou se voient refuser l'entrée sur le territoire, et si elle s'engage à organiser régulièrement des conférences de presse ouvertes à tous les médias tout au long du tournoi.
La FIFA a répondu qu'elle « dispose de mécanismes et de procédures pour répondre à tout incident en matière de droits humains ou de protection [safeguarding], y compris ceux impliquant des journalistes ».
« Les journalistes qui couvrent cette Coupe du monde ne manqueront pas de sujets à couvrir, mais encore faut-il qu’ils puissent accéder au tournoi et mener leurs enquêtes librement », a conclu Minky Worden. « Notre Guide pour les journalistes a pour but de s’assurer que les médias ont toutes les informations nécessaires pour couvrir non seulement les matchs de la Coupe du monde, mais aussi tout ce qui se passe en dehors des stades. »
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Articles
Mediapart/AFP - Libération - Figaro - Ouest-France
Radio-Canada.ca - L'Équipe - Flashscore
27.04.2026 à 12:25
Human Rights Watch
Alors que je correspondais avec un journaliste local en Afghanistan au sujet d’un rapport récent dont j'étais l'auteure, j’ai reçu une demande choquante : « Pourrions-nous avoir un commentaire vidéo sur votre nouveau rapport — non pas de votre part, mais de la part d’un homme de Human Rights Watch ? »
J’ai relu le message avec colère. Bien que je sois l’auteure du rapport en tant que chercheuse sur l’Afghanistan pour Human Rights Watch, le média souhaitait qu’un collègue masculin s’exprime à ma place. Malheureusement, la raison derrière cette demande est une réalité que de nombreuses Afghanes à travers le monde vivent au quotidien.
J’ai fini par apprendre que ce média avait reçu pour instruction du ministère taliban de la Propagation de la vertu et de la prévention du vice (PVPV) que toute femme afghane, quel que soit son lieu de résidence, devait apparaître en hijab intégral, le visage couvert, lorsqu’elle s’exprimait à l’antenne.
Au lieu d’être reconnue comme une experte du pays, j’ai été, comme toutes les femmes en Afghanistan, réduite à cette seule identité et ne pouvais donc m’exprimer dans les médias qu’aux conditions fixées par les talibans. Le message était clair : le simple fait d’être une femme afghane suffisait à justifier mon silence, même en dehors du pays.
Près de cinq ans après la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan, il ne subsiste pratiquement plus aucune liberté d’expression significative à l’intérieur du pays, en particulier pour les femmes. Les Afghanes se voient interdire l’accès à l’éducation au-delà de la sixième et sont confrontées à de sévères restrictions en matière d’emploi et à une exclusion de la vie publique. Dans certaines provinces, les femmes journalistes ne peuvent pas travailler et les voix des femmes sont bannies de la radio et de la télévision.
Cet incident illustre également l’étendue de l’influence des talibans. Leur système de répression ne s’arrête pas aux frontières de l’Afghanistan, puisqu’ils tentent de contrôler et de réduire au silence les Afghanes à l’étranger en exigeant des médias qu’ils appliquent leurs règles abusives à celles qui s’expriment et dénoncent les exactions des talibans.
En tant que femme afghane et chercheuse à Human Rights Watch, je ne me plierai pas aux règles restrictives des talibans. Mais leurs instructions répressives à l’intention des médias ont de graves implications pour le droit des femmes afghanes à la liberté d’expression, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Les femmes afghanes ne devraient pas avoir à se soumettre à des règles discriminatoires pour exercer leur droit de s’exprimer publiquement. Où que nous soyons, nos voix comptent.
23.04.2026 à 20:16
Human Rights Watch
(La Haye) – La confirmation par la Cour pénale internationale (CPI), le 23 avril, de toutes les accusations de crimes contre l’humanité portées contre l’ex-président philippin Rodrigo Duterte est une étape cruciale pour rendre justice aux victimes de la « guerre contre la drogue » menée dans ce pays, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.
Trois juges de la chambre préliminaire ont unanimement constaté qu’il y existait des motifs substantiels de penser que Duterte avait commis des crimes contre l’humanité, notamment des meurtres et tentatives de meurtres, lorsqu’il était maire de Davao, puis président, dans le contexte de la campagne dite « guerre contre la drogue », entre novembre 2011 et mars 2019. Les juges de la CPI annonceront ultérieurement l’ouverture du procès de Duterte.
« La décision de la CPI de renvoyer l’affaire Duterte en procès ouvre la voie à la justice attendue depuis longtemps par les familles des victimes de la “guerre contre la drogue”, et reconnaît leurs souffrances », a déclaré Maria Elena Vignoli, conseillère juridique senior auprès du programme Justice internationale à Human Rights Watch. « Le procès de Duterte enverra un message fort : aucun responsable de crimes graves n’est au-dessus des lois, ni aux Philippines ni ailleurs, et la justice finira par les rattraper. »
La décision de confirmer les chefs d’accusation contre Duterte fait suite à une audience qui s’est tenue du 23 au 27 février et lors de laquelle les juges de la chambre préliminaire ont entendu le Bureau du procureur, les avocats de la défense de Duterte ainsi que les représentants des victimes, afin de déterminer s’il convenait d’envoyer l’affaire en jugement. Le Bureau du procureur avait alors présenté des éléments de preuve étayant trois chefs d’inculpation relevant de meurtres et de tentatives de meurtres présumés commis au cours de 49 incidents spécifiques à l’encontre de 78 victimes. Cependant, le Bureau avait également indiqué qu’il ne s’agissait pas d’une liste exhaustive et qu’il pourrait tâcher de présenter, lors du procès, de nouveaux incidents et de nouvelles victimes, dans le cadre des accusations confirmées.
La décision définitive confirmant les chefs d’accusation contre Duterte peut faire l’objet d’un appel, avec l’autorisation de la chambre préliminaire.
Duterte a été arrêté à Manille le 11 mars 2025 par les autorités philippines, agissant conformément à un mandat d’arrêt adressé par les juges de la CPI à l’Organisation internationale de police criminelle (Interpol). Il est demeuré depuis lors en détention à La Haye.
Le Bureau du Procureur a ouvert une enquête sur les crimes commis aux Philippines et relevant de la compétence de la Cour en septembre 2021. L’enquête est en cours et couvre les crimes présumés commis de novembre 2011 jusqu’au 16 mars 2019, veille de l’entrée en vigueur du retrait des Philippines du Statut de Rome, le traité fondant la CPI. Le 22 avril 2026, la chambre d’appel de la CPI a émis une décision confirmant que la Cour conservait sa compétence vis-à-vis des crimes présumés commis jusqu’à l’entrée en vigueur du retrait du Statut de Rome.
L’actuel président philippin, Ferdinand Marcos Jr., n’a jamais renié la « guerre contre la drogue » comme politique publique et n’a toujours pas abrogé les décrets et autres déclarations de politique émis par Duterte lorsqu’il était président. Le président Marcos devrait annoncer officiellement la fin de la « guerre contre la drogue » et ordonner d’enquêter sur les policiers et les autres agents impliqués dans des exécutions illégales. Marcos devrait par ailleurs entamer le processus de ré-adhésion des Philippines au Statut de Rome, afin de faire preuve d’un engagement en faveur de la justice internationale et de la lutte contre l’impunité des crimes atroces, a déclaré Human Rights Watch.
La décision d’envoyer l’affaire contre Duterte en jugement survient à un moment où la CPI fait face à une pression extrême et essuie des attaques contre son indépendance. En décembre 2025, un tribunal russe a reconnu coupable par contumace le Procureur de la CPI et huit juges de la Cour et les a condamnés à des peines de prison, en représailles du mandat d’arrêt international contre le président de la Russie, Vladimir Poutine.
En février 2025, le président des États-Unis, Donald Trump, a émis un décret présidentiel autorisant les sanctions à l’encontre de responsables de la CPI et d’autres personnes appuyant son travail. Ce décret montre clairement que l’administration Trump s’efforce de protéger les responsables américains et israéliens des inculpations dont ils pourraient faire l’objet devant la CPI. Depuis, le gouvernement des États-Unis a infligé des sanctions au procureur de la CPI, aux deux procureurs adjoints, à huit juges de la Cour, à une experte des Nations Unies et à trois importantes organisations palestiniennes de défense des droits humains.
« Envoyer l’affaire Duterte en jugement réaffirme le rôle crucial de la CPI en tant que tribunal de dernier recours, à même d’enquêter sur les crimes les plus graves et de les poursuivre », a conclu Maria Elena Vignoli. « Les pays membres de la CPI devraient redoubler d’efforts pour protéger la Cour et tous ceux qui soutiennent son travail, afin qu’elle puisse remplir son mandat salvateur, aux Philippines et ailleurs. »
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Articles
Le Monde France24
23.04.2026 à 17:21
Human Rights Watch
Les habitants vivant à proximité d'une centrale à charbon à Dimitrovgrad, en Bulgarie, respirent un air si toxique qu'ils se décrivent comme des prisonniers dans leur propre maison. En Louisiane, les communautés situées le long du corridor pétrochimique connu sous le nom de « Cancer Alley » (l'allée du cancer) sont confrontées à certains des taux de cancer les plus élevés des États-Unis. En Ouganda et en Tanzanie, les militants opposés à l'EACOP (Oléoduc d’Afrique de l’Est) ont été arrêtés et poursuivis pénalement pour s’être élevés contre l’expansion des énergies fossiles. Il ne s’agit pas de statistiques abstraites mais de problèmes concrets liés aux droits humains et à la production d’énergies fossiles.
Pourtant, alors que plus de 50 gouvernements se réunissent cette semaine à Santa Marta, en Colombie, pour la première conférence internationale sur la transition énergétique et l’abandon des énergies fossiles, ces questions relatives aux droits humains sont absentes de l’ordre du jour.
La conférence, co-organisée par la Colombie et les Pays-Bas, intervient à un moment critique. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a averti que notre dépendance aux combustibles fossiles déstabilise à la fois le climat et la sécurité mondiale, rendant urgente une transition juste. La récente conférence sur le climat COP30 s’est également terminée sans décision sur les énergies fossiles, malgré les appels de plus de 80 pays en faveur d’une feuille de route pour leur élimination progressive.
La réunion de cette semaine devrait accélérer les progrès en matière de transition. Ce qu’elle ne doit toutefois pas faire, c’est traiter les droits humains comme une considération secondaire.
La combustion des énergies fossiles est un facteur majeur de pollution atmosphérique, que l’Organisation mondiale de la santé identifie comme la plus grande menace pour la santé humaine à l’échelle mondiale, tuant environ sept millions de personnes chaque année. Mettre les droits de côté risque de laisser pour compte des communautés déjà victimes de l’extraction des énergies fossiles et de ses effets dévastateurs.
La Cour internationale de justice a clairement établi que les États ont l’obligation légale de protéger le système climatique. Santa Marta devrait traduire ces obligations en actions concrètes. Ne pas parvenir à sortir progressivement des combustibles fossiles porte atteinte aux droits à la vie, à la santé, à l’alimentation, à l’eau et au logement des populations du monde entier.
Les gouvernements réunis à Santa Marta doivent veiller à ce que la transition vers l’abandon des combustibles fossiles s’appuie sur le droit relatif aux droits humains et tienne compte des contributions des communautés les plus exposées pour aider à élaborer les plans de sortie progressive. Pour que la conférence soit couronnée de succès, les communautés les plus exposées devraient enfin voir leurs droits et leur santé protégés.
22.04.2026 à 22:29
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Les attaques menées par Israël et l’Iran les 18 et 19 mars contre des infrastructures énergétiques vitales ont été illégales et indiscriminées, et risquent d’engendrer de graves répercussions économiques pour des millions de personnes dans la région et dans le monde, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les frappes israéliennes contre des installations en Iran, ainsi que les frappes iraniennes menées au Qatar, pourraient constituer des crimes de guerre.
Le 18 mars, les forces israéliennes ont attaqué le gisement gazier de South Pars en Iran ; il s’agit d’une source importante de gaz naturel utilisé dans ce pays. Quelques heures plus tard le même jour, puis à nouveau le 19 mars, les forces iraniennes ont attaqué des infrastructures pétrolières et gazières du complexe de Ras Laffan au Qatar, qui fournit un cinquième de l’approvisionnement mondial en gaz naturel liquéfié. Ces attaques de représailles ont fait partie d’une série de frappes illégales contre des infrastructures énergétiques menées par Israël et l’Iran depuis le début de l’actuel conflit au Moyen-Orient, déclenché le 28 février.
Click to expand Image L’installation de production de gaz naturel liquéfié (GNL) dans la ville industrielle de Ras Laffan, au Qatar, photographiée le 3 mars 2026. Les 18 et 19 mars, les forces iraniennes ont attaqué ce site, y endommageant de nombreuses structures. © 2026 Stringer/picture-alliance/dpa/AP Images« Les attaques illégales contre des infrastructures pétrolières et énergétiques clés ont des répercussions économiques prévisibles qui risquent de nuire à des millions de personnes », a déclaré Joey Shea, chercheuse senior sur l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis à Human Rights Watch « L’attaque israélienne contre le gisement gazier de South Pars a endommagé des infrastructures indispensables à la survie des Iraniens, tandis que l’attaque iranienne contre les infrastructures gazières de Ras Laffan au Qatar menace la sécurité alimentaire de millions de personnes à travers le monde. »
Human Rights Watch a enquêté sur ces deux attaques, en analysant les déclarations officielles des gouvernements et des entreprises, et en examinant des images satellite et des vidéos enregistrées après les frappes. Human Rights Watch a écrit aux deux gouvernements le 26 mars pour demander des éclaircissements sur ces attaques. Les autorités israéliennes ont répondu le 30 mars, affirmant que leurs « processus de ciblage sont régis par un cadre structuré et contraignant conçu pour garantir l’identification précise de cibles militaires légitimes ». Les autorités iraniennes n’ont pas répondu.
Les attaques ont endommagé les deux installations, comme le montrent les images satellite à différentes résolutions spatiales analysées par Human Rights Watch. Des dégâts importants ont été constatés dans au moins quatre sections du complexe du gisement gazier de South Pars, tandis que deux sections du site industriel de Ras Laffan au Qatar ont subi des dommages.
En vertu du droit international humanitaire applicable au conflit armé au Moyen-Orient, les infrastructures pétrolières, gazières et autres infrastructures énergétiques sont présumées être des biens de caractère civil, mais elles peuvent devenir des cibles militaires si elles sont utilisées pour soutenir l’armée. Toutefois, les attaques contre de telles cibles sont considérées comme disproportionnées et illégales, si le préjudice prévisible pour les civils et les structures civiles dépasse le gain militaire escompté. Les violations graves des lois de la guerre, ordonnées ou commises avec une intention criminelle – c’est-à-dire délibérément ou par imprudence – constituent des crimes de guerre.
Lors d’une conférence de presse le 19 mars, un journaliste a demandé au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s’il avait approuvé la frappe en Iran, et si le président américain Donald Trump en avait été informé ; Benjamin Netanyahou a répondu qu’« Israël a agi seul contre le complexe gazier d’Assalouyeh [South Pars] ».
Lors d’un entretien avec la BBC le même jour, le porte-parole de l’ambassade d’Israël à Londres a déclaré que le gisement gazier de South Pars « n’est pas seulement une infrastructure civile, même s’il a cette fonction ». Il a ajouté : « C’est aussi une infrastructure à double usage, qui a aidé les forces iraniennes du CGRI [Corps des gardiens de la révolution islamique] à renforcer leurs capacités, en particulier dans le cadre du programme de missiles balistiques en Iran. Elles ont réapprovisionné leurs missiles grâce à cette infrastructure gazière. Il ne s’agit donc pas uniquement d’une infrastructure civile. »
Cependant, ni Israël ni l’Iran n’ont démontré que les installations ciblées par ces deux pays étaient des objectifs militaires. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de déterminer dans quelle mesure l’une ou l’autre de ces installations était utilisée à des fins militaires.
Selon l’Agence internationale de l’énergie, 80 % du gaz naturel iranien provient de South Pars ; le gaz naturel est employé pour produire 79 % de l’électricité utilisée en Iran, notamment pour le chauffage, l’éclairage, l’alimentation et divers usages industriels. Avant le conflit, la ville industrielle de Ras Laffan, au Qatar, fournissait un cinquième de l’approvisionnement mondial en gaz naturel liquéfié (GNL). QatarEnergy, la compagnie nationale de pétrole et de gaz du Qatar, qui gère Ras Laffan, est le plus grand producteur mondial de GNL ; de nombreux pays d’Asie dépendent fortement de ses approvisionnements.
L’attaque contre Ras Laffan et la perturbation plus générale de l’approvisionnement en gaz naturel liquéfié due à l’incertitude persistante concernant la navigation dans le détroit d’Ormuz pourraient avoir un impact mondial plus large, en particulier sur l’accès à la nourriture et à d’autres produits de première nécessité. Le gaz naturel joue un rôle clé dans la production d’engrais azotés, et il influence les prix de l’énergie au niveau national ; ceci affecte le coût de nombreux autres biens et services de consommation courante, tels que les transports publics pour se rendre au travail, à l’école ou à l’hôpital.
Human Rights Watch a analysé des images satellite à basse résolution enregistrées avant et après l’attaque contre South Pars, en Iran, et a constaté des dégâts importants dans au moins quatre sections du complexe.
Click to expand Image Une carte du gisement gazier de South Pars, situé dans le sud de l’Iran à proximité du golfe Persique, montrant quatre raffineries qui ont été endommagées lors de l'attaque israélienne du 18 mars 2026. © 2026 Human Rights Watch (graphisme). Sources des données : South Pars / OpenStreetMap.Une image satellite datée du 29 mars montre des dégâts causés par des incendies subis par plusieurs structures faisant partie des troisième, quatrième, cinquième et sixième raffineries de South Pars. Ces mêmes structures apparaissaient intactes sur des images enregistrées tôt dans la matinée du 18 mars.
Une partie de ces dégâts est également visible dans des vidéos publiées sur les réseaux sociaux dès le début de l’après-midi du 18 mars, montrant les effets de l’attaque. Ces vidéos, géolocalisées par la plateforme GeoConfirmed (gérée par une équipe de bénévoles) puis corroborées par Human Rights Watch, montrent des incendies et des panaches de fumée s’élevant au-dessus d’au moins deux raffineries, la quatrième et la sixième.
Click to expand Image Une image extraite d'une vidéo filmée depuis un véhicule sur la route 96, dans le sud de l’Iran, le 18 mars 2026, suite à une frappe israélienne contre le gisement gazier de South Pars. On y voit de très épais nuages de fumée suite aux incendies provoqués, notamment celui de la quatrième raffinerie. Vidéo publiée par Vahid Online (https://x.com/Vahid/status/2034333984503529778), géolocalisée par FactNameh (https://x.com/factnameh/status/2034415274430988685/photo/1), corroborée par Human Rights Watch. © 2026 Human Rights Watch / Vahid OnlineLes dégâts subis par plusieurs chaînes de production des troisième et quatrième raffineries sont visibles sur des images satellite à haute résolution datant du 21 mars, et publiées par le magazine allemand WirtschaftsWoche.
Dans un communiqué publié par l’agence de presse iranienne Tasnim le 18 mars, la Compagnie nationale du gaz iranienne a déclaré que l’attaque avait endommagé « une partie des unités de raffinage » ; l’entreprise nationale a ajouté qu’un incendie sur le site de South Pars avait été éteint, et que des opérations de refroidissement des équipements étaient en cours. Eskandar Pasalar, gouverneur d’Assalouyeh, a déclaré que plusieurs phases avaient été mises hors service « afin de contrôler et de ralentir la propagation du feu », a rapporté l’agence de presse iranienne Fars.
Ahmed Moussa, porte-parole du ministère irakien de l’Électricité, a déclaré à l’Agence de presse irakienne que « suite aux répercussions des événements dans la région, l’approvisionnement en gaz iranien vers l’Irak s’est complètement arrêté ».
Human Rights Watch a également enquêté sur les attaques iraniennes menées contre la ville industrielle de Ras Laffan au Qatar les 18 et 19 mars, et a examiné des images satellite à haute résolution.
Le magazine allemand WirtschaftsWoche a publié une évaluation des dégâts subis par deux sections du complexe industriel de Ras Laffan, sur la base d’images satellite à haute résolution datant du 22 mars. Ces images montrent des dégâts importants subis par l’usine de liquéfaction GNL (LNG Liquefaction Plant), et l’usine Pearl GTL (chargée de conversion gaz-liquide), de la ville industrielle de Ras Laffan.
Click to expand Image Carte montrant la ville industrielle de Ras Laffan, située dans le nord-est du Qatar. Deux importantes usines de production de gaz naturel liquéfié ont été gravement endommagées lors d’attaques iraniennes menées les 18 et 19 mars 2026. © 2026 Human Rights Watch (graphisme)L'analyse de WirtschaftsWoche montre des dégâts au sein de l'usine de liquéfaction GNL sur certaines parties des lignes de production 4 et 6, ainsi que sur une tour d'échange thermique de la ligne 6 qui semble s'être effondrée.
Le bâtiment adjacent présente des traces de brûlures visibles. Une autre tour semble gravement endommagée, ses parties supérieures ayant disparu. Dans l’usine Pearl GTL, des dégâts importants sur la ligne de production n° 2, y compris au niveau d’une usine chimique, sont également visibles sur les images satellite du 22 mars. Human Rights Watch a comparé ces images avec des images haute résolution datant des 10 et 16 février, qui ne montrent aucun dégât au sein de l’usine de liquéfaction GNL, ni de l’usine Pearl GTL.
À l’usine de liquéfaction GNL, les lignes de production 4 et 6 endommagées totalisent 12,8 millions de tonnes par an, soit environ 17 % des exportations du Qatar, selon un communiqué de QatarEnergy daté du 19 mars. Saad al-Kaabi, ministre de l’Énergie du Qatar et PDG de QatarEnergy, a déclaré que la réparation des dégâts devrait « prendre jusqu’à cinq ans, ce qui aura un impact sur l’approvisionnement des marchés européens et asiatiques ».
Le 19 mars, la compagnie pétrolière Shell, qui détient Pearl GTL conjointement avec QatarEnergy, a déclaré qu’« un incendie qui s’est déclaré au sein de l’installation Pearl GTL à la suite de l’incident a été rapidement maîtrisé ». Shell a indiqué qu’une première évaluation avait confirmé qu’« il faudra environ un an pour réparer entièrement la ligne de traitement n° 2 de l’installation Pearl GTL (Gas-to-Liquids) ».
Les installations de gaz naturel liquéfié constituent des infrastructures gigantesques et complexes. L’usine Pearl GTL est la plus grande usine de ce type dans le monde ; il s’agit de « l’un des projets énergétiques les plus vastes, les plus complexes et les plus ambitieux jamais mis en service », selon Shell.
Après l’attaque israélienne contre South Pars, l’Iran a menacé de riposter contre les infrastructures énergétiques des pays du golfe Persique, désignant spécifiquement comme cibles la raffinerie Samref et le complexe pétrochimique de Jubail en Arabie saoudite, le gisement de gaz d’al-Hosn aux Émirats arabes unis, ainsi que la raffinerie de Ras Laffan et le complexe pétrochimique de Mesaieed au Qatar. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a déclaré que ces installations étaient « devenues des cibles directes et légitimes et seraient frappées dans les prochaines heures ».
L’agence Fars News, affiliée au CGRI, a déclaré le 18 mars que « le pendule de la guerre est passé de facto d'un état de combats limités et confinés à une guerre économique à grande échelle ». Dans un autre post, Fars News a ajouté : « Nous considérons que le ciblage des infrastructures de carburant, d'énergie et de gaz […] est une cause légitime pour nous, et dès que l'occasion se présentera, nous riposterons avec la plus grande sévérité. »
Les attaques menées tant par Israël que par l’Iran soulèvent des questions cruciales quant à leurs répercussions disproportionnées à long terme. Selon les directives du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), les évaluations de proportionnalité doivent prendre en compte les impacts environnementaux indirects « raisonnablement prévisibles ». Ceux-ci comprennent les « effets de répercussion » (« reverberating effects », parfois appelés « effets domino ») sur l’eau, sur les systèmes alimentaires et sur la santé des civils. Les attaques contre des objectifs militaires sont également illégales si elles sont susceptibles de causer des dommages « étendus, durables et graves » à l’environnement naturel, mesurés en mois ou en années.
Le droit international humanitaire interdit également aux parties belligérantes d’attaquer, de détruire, d’enlever ou de rendre inutilisables des biens indispensables à la survie de la population civile, ce qui peut inclure les infrastructures énergétiques. L’importance du gisement de gaz de South Pars pour la production nationale d’électricité en Iran pourrait le rendre indispensable à la survie de la population iranienne. L’électricité est fondamentale pour presque tous les aspects de la vie quotidienne et de la participation aux activités sociales, et l’accès à l’électricité est un droit humain, a ajouté Human Rights Watch.
Les obligations des parties belligérantes en vertu du droit international humanitaire ne dépendent pas du respect de ces obligations par l’autre partie. Les violations commises par une partie ne peuvent être justifiées par le manquement de l’autre partie à ses obligations.
« Les menaces proférées par de hauts responsables israéliens et iraniens d’attaquer délibérément des infrastructures pétrolières et gazières essentielles se sont transformées en une sinistre réalité : celle d’attaques contre des infrastructures énergétiques vitales qui pourraient affecter des millions de personnes au Moyen-Orient et dans le monde entier », a conclu Joey Shea.
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