14.04.2026 à 01:00
Human Rights Watch
(Budapest, 14 avril 2026) – Le nouveau gouvernement hongrois devrait prendre des mesures immédiates pour rétablir les droits fondamentaux, abroger des lois iniques, démanteler des institutions utilisées de manière abusive et renforcer les institutions démocratiques qui ont subi des années de recul, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Au cours de ses premières semaines au pouvoir, le nouveau gouvernement devrait démontrer un engagement clair en faveur du rétablissement des droits fondamentaux et de la réinstauration des garanties démocratiques, notamment en respectant les obligations de la Hongrie envers l’UE et la communauté internationale. Des mesures rapides visant à rétablir l’indépendance judiciaire, à mettre fin à la gouvernance par décrets et à abroger les lois utilisées pour cibler les détracteurs du régime indiqueraient une rupture claire avec les politiques antidémocratiques des 16 dernières années.
« Le nouveau gouvernement a une occasion majeure de commencer à remédier à la crise des droits en Hongrie en rétablissant l’état de droit et en redynamisant les institutions démocratiques », a déclaré Lydia Gall, chercheuse senior auprès de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Des mesures rapides visant à mettre fin à la gouvernance par décrets enverraient un signal immédiat indiquant que la Hongrie est prête à tourner la page, après plusieurs années d’érosion des droits. »
Au cours des 16 dernières années, le gouvernement hongrois dirigé par le Premier ministre Viktor Orbán, et formé par l’alliance entre le parti Fidesz et le KDNP (Parti populaire chrétien-démocrate), n’a cessé d’aggraver la crise des droits humains. Les modifications constitutionnelles et législatives ont de plus en plus concentré le pouvoir entre les mains de l’exécutif, affaibli l’indépendance judiciaire et sapé les organismes de contrôle indépendants.
Le gouvernement Orbán a exercé des pressions sur les médias indépendants et sur la société civile, restreint la liberté de réunion pacifique, stigmatisé les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) par le biais d’une législation discriminatoire, et adopté des politiques portant atteinte aux droits des migrants et demandeurs d’asile, ainsi que des femmes et des filles.
Le nouveau gouvernement hongrois devrait immédiatement suspendre les activités de l’Office de protection de la souveraineté et abroger la loi qui l’a créé. Cet office, créé en 2023, dispose de pouvoirs étendus pour enquêter sur les journalistes, les organisations de la société civile et les universitaires recevant des financements étrangers et les présenter comme des menaces pour la souveraineté de la Hongrie. Il a harcelé à plusieurs reprises des organisations de la société civile et des médias critiques à l’égard du gouvernement, notamment l’organisation anti-corruption Transparency International Hongrie et le média indépendant Atlatszo.
Le nouveau gouvernement devrait aussi retirer le projet de loi sur la transparence de la vie publique. Ce projet de loi a été conçu pour permettre à l’Office de protection de la souveraineté d’enquêter sur les groupes de la société civile et les médias recevant des financements étrangers, de les sanctionner et de les soumettre à une surveillance financière intrusive.
Le nouveau gouvernement devrait également mettre fin à l’utilisation prolongée des pouvoirs d’urgence qui ont permis aux autorités de gouverner par décret pendant de longues périodes avec un contrôle parlementaire minimal. La Hongrie fonctionne sous des états d’urgence successifs depuis 2020, ce qui permet à l’exécutif d’adopter des mesures radicales sans rapport avec les situations d’urgence déclarées. La Hongrie est actuellement soumise à deux états d’urgence, liés respectivement à la guerre en Ukraine et à l’« immigration de masse » ; pourtant, la Hongrie n’est ni une partie au conflit ukrainien, ni confrontée à un afflux significatif de migrants.
Les législateurs devraient modifier la loi hongroise sur les rassemblements afin de garantir que les marches de la Fierté et autres manifestations pacifiques ne puissent être interdites. Le Parlement a adopté en 2025 des lois qui ont été utilisées pour interdire les événements liés à la Fierté et restreindre l’expression publique relative à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre, en invoquant des préoccupations vaguement définies de « protection de l’enfance ».
Le nouveau gouvernement devrait également abandonner les poursuites pénales engagées en lien avec les événements de la Pride, notamment les accusations portées en janvier 2026 contre le maire de Budapest, Gergely Karácsony, qui a aidé à organiser la Budapest Pride après que la police eut interdit l’événement, et celles portées en février 2026 contre Géza Buzás-Hábel, l’organisateur de la marche de la Pride de 2025 à Pécs.
Poursuivre des élus et des activistes pour avoir organisé des rassemblements pacifiques porte atteinte aux droits humains fondamentaux et n’a pas sa place dans une société démocratique fondée sur l’état de droit, a déclaré Human Rights Watch. Les autorités devraient également abandonner immédiatement l’enquête visant Szabolcs Panyi, un journaliste, qui semble constituer une mesure de représailles pour ses reportages sur des questions d’intérêt public, ce qui soulève de graves préoccupations quant à la liberté de la presse.
Le nouveau gouvernement devrait également veiller à ce que les poursuites contre le pasteur Gábor Iványi soient abandonnées et à ce que le harcèlement financier et administratif dont sont victimes Iványi et son Église cesse. Iványi dirige la Communauté évangélique hongroise, à laquelle le gouvernement a retiré son statut officiel d’Église en vertu de la loi hongroise sur les Églises de 2011. La Cour européenne des droits de l’homme a jugé cette mesure illégale en 2014 et a condamné le gouvernement à payer une amende. Le nouveau gouvernement devrait rétablir le statut de l’Église et payer sans délai les amendes ordonnées par la Cour.
Le nouveau gouvernement devrait également agir rapidement pour respecter les étapes clés en matière d’État de droit exigées par la Commission européenne. Des réformes portant sur l’indépendance judiciaire, les garanties anticorruption et la transparence démontreraient l’engagement de la Hongrie à rétablir la protection des droits et les garanties démocratiques, et permettraient à la Hongrie d’accéder à des milliards d’euros de fonds de l’Union européenne gelés en raison des violations répétées du droit de l’UE par le gouvernement précédent.
Le gouvernement devrait également réaffirmer l’engagement de la Hongrie en faveur de la responsabilité internationale en adhérant au Parquet européen, en annulant le retrait de la Hongrie de la Cour pénale internationale (CPI) et en soutenant l’action extérieure de l’UE pour lutter contre les violations des droits humains et du droit de la guerre.
« C’est aux mesures concrètes que prendra le nouveau gouvernement hongrois au cours des premières semaines et des premiers mois de son mandat qu’il faudra juger de sa volonté de rétablir le respect des droits et de l’état de droit », a conclu Lydia Gall. « Mettre fin au gouvernement par décrets, démanteler les institutions utilisées pour intimider les détracteurs, garantir que la Pride et d’autres manifestations pacifiques puissent se dérouler librement, et mettre un terme aux poursuites judiciaires motivées par des considérations politiques montreraient que la Hongrie est sérieuse dans sa volonté de rétablir une gouvernance démocratique fondée sur les droits. »
Suite détaillée en anglais.
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13.04.2026 à 17:10
Human Rights Watch
Un rapport des Nations Unies a révélé que des membres d'une force autorisée par l'ONU opérant en Haïti, la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) dirigée par le Kenya, étaient responsables de quatre cas de violences sexuelles dans le pays, dont le viol d'une fille de 12 ans et de deux filles de 16 ans.
Alors que le secrétaire du Cabinet kenyan, Musalia Mudavadi, affirme que ces allégations ont fait l'objet d'une enquête interne et ont été jugées sans fondement, le rapport de l'ONU indique qu'une enquête interne n'a été menée que dans un seul cas. Quoi qu'il en soit, le fait que la MMAS enquête sur son propre comportement soulève des inquiétudes quant à l'indépendance de ces conclusions. Le Bureau des services de contrôle interne de l'ONU examinerait normalement de manière indépendante les allégations concernant les missions de maintien de la paix de l'ONU, mais comme la MMAS n'est pas considérée comme une force de l'ONU, ce bureau n'a pas été sollicité.
Le MMAS est en train de se transformer en une force élargie autorisée par l’ONU, appelée la Force de répression des gangs (FRG), qui remplacera le personnel kenyan par de nouvelles forces internationales. Avant le départ du personnel kenyan, la mission devrait veiller à ce que toutes les allégations, y compris les quatre cas signalés, fassent l’objet d’une enquête approfondie. Si une enquête révèle des preuves de violences sexuelles, les conclusions devraient être transmises aux autorités kenyanes.
Les femmes et les filles en Haïti sont déjà confrontées à des violences sexuelles généralisées. Les forces internationales déployées pour aider à rétablir la sécurité ne doivent pas aggraver les abus qu’elles endurent. La FRG devrait établir des garanties plus solides en matière de droits humains afin de prévenir de nouvelles violations, notamment par le biais de formations standardisées et continues portant sur la violence sexuelle et basée sur le genre, la violence domestique et la violence entre partenaires, ainsi que sur la protection de l’enfance.
Une politique de tolérance zéro envers la violence sexuelle devrait être appliquée, tout personnel impliqué devant être démis de ses fonctions et déféré devant les autorités compétentes en matière de justice pénale. Les contingents devraient également respecter des exigences minimales en matière de participation des femmes et inclure un expert en protection de l’enfance afin d’améliorer l’accompagnement des survivantes, ainsi que la sécurité et la redevabilité au sein de la mission.
Entre-temps, toute allégation d’abus devrait être examinée par un mécanisme indépendant de la chaîne de commandement, doté de personnel formé pour interagir avec les survivantes de violences sexuelles selon une approche sensible aux traumatismes, adaptée aux enfants et respectueuse du contexte culturel. Ce mécanisme devrait être soumis à un contrôle indépendant. Les conclusions devraient être rendues publiques, traduites en créole haïtien et en français, et les victimes devraient être protégées et se voir garantir l’accès à la justice et à des réparations.
La FRG et les agences des Nations Unies devraient renforcer leurs capacités de suivi des allégations de violences sexuelles, notamment en déployant des observateurs des droits humains au-delà de Port-au-Prince, dans toutes les zones de déploiement des troupes en Haïti. Les observateurs devraient être accessibles et disponibles en tout temps, offrir un soutien centré sur les survivantes, et leur présence devrait être médiatisée. Toutes les mesures devraient être guidées par la protection et le respect des survivantes.
13.04.2026 à 04:30
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Un homme de 32 ans qui a subi une disparition forcée à Bahreïn le 19 mars est décédé en détention plus d’une semaine plus tard, ont déclaré aujourd’hui Human Rights Watch et l’ONG Bahrain Institute for Rights and Democracy (BIRD) ; son corps présentait des traces de torture.
Après que la famille de Sayed Mohamed Almosawi eut perdu tout contact avec lui pendant plus d’une semaine, ses parents ont reçu un appel leur demandant de se rendre à l’hôpital militaire de Bahreïn. À leur arrivée, ils ont récupéré le corps sans vie de Almosawi, qui présentait des signes visibles de torture. Le ministère de l’Intérieur a par la suite déclaré que l’Agence nationale de renseignement (NIA) l’avait placé en détention.
« Des parents ne devraient jamais recevoir un appel leur demandant de venir récupérer le corps de leur fils après l’avoir cherché pendant neuf jours », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse sur le Yémen et Bahreïn à Human Rights Watch. « Le fait que Almosawi soit décédé lors de sa détention par les autorités, et de manière aussi brutale, rend cette affaire d’autant plus horrible. Les autorités bahreïniennes devraient garantir que ce type d’incident ne reproduira plus. »
Les autorités bahreïniennes devraient mener immédiatement une enquête impartiale sur la mort de Almosawi et rendre publics les résultats de cette enquête, ont déclaré les deux organisations.
Human Rights Watch et BIRD ont mené des entretiens avec huit personnes, dont des membres de la famille, des amis et des militants des droits humains ayant connaissance de l’affaire. Un expert médical de Physicians for Human Rights (PHR) a examiné des photos et des vidéos montrant les traces de torture sur le corps de Almosawi. Human Rights Watch et BIRD ont également examiné le rapport officiel sur la « cause du décès » fourni par les autorités.
L’expert médical de PHR a conclu que les blessures correspondaient à « des traumatismes contondants répétés infligés sur une longue période, avec une utilisation possible des deux mains et d’instruments, des blessures infligées dans un environnement contrôlé, impliquant potentiellement une contention, [et] des traumatismes contondants ciblés sur des régions anatomiques spécifiques (visage, torse, pieds) ». L’expert médical a déclaré que les preuves issues des photos étaient « tout à fait compatibles avec les allégations de torture », et a écarté les hypothèses d’une blessure accidentelle, ou d’un arrêt cardiaque.
Sayed Mohamed Almosawi, propriétaire d’une petite entreprise et ancien prisonnier politique, a été vu pour la dernière fois tôt dans la matinée du 19 mars dans un café de Tubli, où il s’était rendu pour le suhoor, le repas pris avant l’aube pendant le ramadan. Il s’y trouvait après s’être rendu à la mosquée Imam Mojtaba, dans le village de Sanabis, près de la capitale Manama, en compagnie de son cousin Sayed Ahmed Almosawi et d’un ami, Mustafa Youssef.
Un témoin les a vus quitter le café vers 3 h du matin le 19 mars, en direction de Sanabis, apparemment pour récupérer la voiture de Almosawi avant de retourner à Muharraq, où les trois hommes vivaient. Entre 3 h 10 et 3 h 30 du matin, Almosawi était en communication téléphonique avec un membre de sa famille alors qu’il se trouvait dans la voiture, mais l’appel a été brusquement interrompu. Il s’agit de la dernière communication connue avec l’un des trois hommes avant la mort de Almosawi.
Entre 8 h et 9 h environ, le compte WhatsApp de Almosawi a été brièvement activé. Ses messages ont été marqués comme lus, ce qui laisse supposer que les autorités avaient accès à son téléphone. Selon les membres de sa famille, il se trouvait près du commissariat de police du quartier sud de Madinat Hamad (« Ville de Hamad » - Hamad Town), au rond-point 17. Sa famille a appelé le commissariat, mais les autorités ont nié qu’il s’y trouvait.
Les familles de son cousin et de son ami ont alors contacté le ministère de l’Intérieur, mais on leur a répondu qu’aucun des trois hommes n’était détenu. L’une des familles a déclaré n’avoir pu officiellement signaler les disparitions que le 25 mars en raison des vacances de l’Aïd, après quoi la police les a appelés à plusieurs reprises pour leur demander si les hommes étaient rentrés chez eux ou si les familles avaient eu de leurs nouvelles.
Le matin du 27 mars, la famille de Almosawi a reçu un appel de l’hôpital militaire de Bahreïn, lui demandant de se rendre à l’hôpital sans préciser la raison. Ce n’est qu’à leur arrivée que les proches ont appris que Almosawi était décédé.
Les autorités ont déclaré qu’il avait été amené à l’hôpital suite à une crise cardiaque et qu’elles avaient tenté en vain de le réanimer. Naji Fateel, un militant des droits humains qui a vu le corps avant l’enterrement, a déclaré à Human Rights Watch que le corps était « couvert de contusions » et présentait des « blessures profondes ». Une autre personne ayant vu le corps a indiqué qu’une grande partie de celui-ci était décolorée, voire complètement noire à certains endroits. Le certificat de décès indique qu’il est décédé à 2 h 29 du matin, mais une personne ayant aidé aux procédures d’inhumation et ayant vu le corps à 13 h 30 ce jour-là a déclaré à BIRD que le décès ne semblais pas être aussi récent, et que Almosawi « était mort depuis 24 heures, voire plus ». Il a ajouté qu’« il n’y a aucune preuve ni aucune marque sur le corps de Sayed Mohamed [Almosawi] suggérant qu’il ait reçu une réanimation cardio-pulmonaire, ce qui pourrait indiquer qu’il était déjà mort à son arrivée ».
Le communiqué du ministère de l’Intérieur publié à 21 h cette nuit-là indiquait que « le défunt avait été placé en détention par l’Agence nationale de renseignement [NIA] pour espionnage ». En supposant que la NIA l’ait placé en détention le 19 mars et que les autorités aient refusé de fournir des informations sur le lieu où il se trouvait à sa famille, cela constituerait un crime de disparition forcée.
Sa famille a nié les accusations d’espionnage, affirmant que Almosawi n’avait participé à aucune activité politique depuis sa sortie de prison en avril 2024.
Le communiqué du ministère de l’Intérieur indiquait que « les images circulant sur les réseaux sociaux et censées montrer les blessures subies par le défunt sont inexactes et trompeuses, et ont été délibérément diffusées pour induire l’opinion publique en erreur ».
Le 30 mars, Sayed Ahmed Almosawi et Mustafa Youssef ont pu appeler leurs familles pour la première fois, mais n’ont pas révélé où ils étaient détenus, ni quelles accusations pesaient contre eux. Ils n’ont pas été autorisés à recevoir la visite de leurs familles ou de leurs avocats, a déclaré un membre de la famille à BIRD.
Depuis le début de la guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, Human Rights Watch et BIRD ont documenté la répression accrue de la liberté d’expression par les autorités bahreïniennes, notamment par la détention de dizaines de personnes pour avoir participé à des manifestations pacifiques, pour avoir protesté contre les attaques américaines et israéliennes en Iran, ou pour avoir publié des images de ces attaques sur les réseaux sociaux. Au 10 avril, BIRD avait recensé la détention d’au moins 286 personnes depuis le début de la guerre.
« Les autorités bahreïniennes devraient rendre des comptes pour la mort de Sayed Mohamed Almosawi, ainsi que pour les nombreuses autres violations du droit international qu’elles continuent de commettre à l’encontre de détenus », a déclaré Sayed Ahmed al-Wadaei, directeur du plaidoyer du Bahrain Institute for Rights and Democracy (BIRD). « Le gouvernement bahreïnien et les organes des Nations unies chargés des droits humains devraient garantir une enquête impartiale et indépendante sur la mort de Sayed Mohamed, afin de rendre justice à sa famille et de demander des comptes aux responsables. »
13.04.2026 à 04:00
Human Rights Watch
(Nairobi) – L’armée et les forces d’opposition au Soudan du Sud bloquent l’accès humanitaire et ordonnent de manière injustifiée aux civils d’évacuer les zones peuplées, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Depuis fin 2025, l’armée a émis de nombreux ordres d’évacuation, dont au moins trois de grande ampleur, et les forces d’opposition ont émis au moins trois tels ordre ; des centaines de milliers de civils ont été obligés de fuir leurs foyers.
« Les pressions répétées exercées sur les civils par les autorités sud-soudanaises ainsi que par les forces d’opposition, afin qu’ils évacuent des zones peuplées, mettent des centaines de milliers de personnes en danger », a déclaré Nyagoah Tut Pur, chercheuse sur le Soudan du Sud à Human Rights Watch. « Les parties belligérantes ne devraient pas forcer les gens à fuir vers d’autres situations de danger et de misère, et ont l’obligation de protéger les civils, qu’ils évacuent ou non les zones d’opérations militaires. »
Depuis décembre 2025, les affrontements entre l’armée sud-soudanaise, appelée Forces de défense populaires du Soudan du Sud (South Sudan People’s Defense Forces, SSPDF) et l’Armée populaire de libération du Soudan en opposition (Sudan People’s Liberation Army in Opposition, SPLA/IO), ainsi que leurs alliés respectifs, se sont intensifiés dans l’État de Jonglei, dans le nord-est du pays. Au moins 280 000 personnes ont été déplacées, beaucoup fuyant les bombardements du gouvernement, craignant les exactions des forces gouvernementales et de l’opposition, ou obéissant à des ordres d’évacuation.
D’après des entretiens avec des acteurs humanitaires, des experts des droits humains des Nations Unies et des reportages des médias, Human Rights Watch a conclu que dans les jours et les semaines qui ont suivi les ordres d’évacuation, le gouvernement a mené des bombardements aériens indiscriminés contre des zones visées par ces ordres. Les forces des deux camps auraient commis des exactions, notamment des meurtres de civils, des viols, ainsi que des pillages et des incendies de biens civils, a déclaré Human Rights Watch. Les attaques délibérées et ciblées contre des civils et des biens civils, les homicides illégaux et les violences sexuelles peuvent constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.
Le 29 décembre 2025, les forces gouvernementales ont bombardé la ville de Lankien, dans le comté de Nyirol, dans l’État de Jonglei, une zone contrôlée par l’opposition, touchant la piste d’atterrissage ; l’attaque a aussi touché le marché voisin, tuant 11 civils et en blessant 12, dont des enfants et des personnes âgées, selon l’organisation Médecins Sans Frontières (MSF).
Le 25 janvier 2026, l’armée a ordonné aux civils, aux travailleurs humanitaires et au personnel de l’ONU d’évacuer les zones contrôlées par l’opposition à Nyirol, Uror et Akobo. Cette mesure faisait suite à un ordre plus restreint émis le 30 décembre, enjoignant aux habitants de « quitter les environs des casernes militaires et des points de rassemblement ».
Le 6 mars, l’armée a ordonné aux civils, au personnel de l’ONU et aux organisations humanitaires d’évacuer le comté d’Akobo. Une grande partie des 270 000 personnes présentes dans la région avait déjà été déplacée. Suite à cet ordre, la plupart de la population a fui, dont 110 000 personnes vers l’Éthiopie voisine. Plusieurs groupes humanitaires ont été contraints d’évacuer.
Le 15 mars, le commissaire du comté de Nasir, dans l’État du Haut-Nil, a ordonné dans un communiqué aux civils et aux travailleurs humanitaires de la ville de Mandeng et des villages environnants, « sous le contrôle de l’opposition », de se déplacer dans les 72 heures, affirmant que la zone serait la prochaine cible de la contre-offensive du gouvernement. Le commissaire a déclaré qu’il s’agissait d’une suite à un ordre similaire datant du 1er mars.
Le 27 décembre 2025, le SPLA/IO a ordonné aux civils du nord de l’État de Jonglei de fuir vers des villes sous contrôle de l’opposition, notamment Pieri, Motot et Palony. Le SPLA/IO a également demandé aux civils de rester à l’intérieur pendant les bombardements et d’éviter de porter des vêtements associés à l’armée.
Le 8 janvier 2026, les civils du comté d’Ayod ont fui après que des groupes armés auraient émis un ordre d’évacuation de 72 heures. Le 12 janvier, les forces d’opposition ont ordonné aux travailleurs humanitaires et aux civils de Bor, Ayod, Gaatdiang, Poktap et des zones environnantes de partir immédiatement. Le 16 janvier, elles ont ordonné aux civils et aux travailleurs humanitaires se trouvant dans des « zones désignées », notamment Bor, Duk et Poktap, de quitter les zones proches des bases militaires dans un délai de 72 heures.
En vertu du droit international humanitaire, également appelé droit de la guerre, les parties à un conflit armé non international ne peuvent ordonner le déplacement de civils pour des raisons liées au conflit, sauf si la sécurité des civils concernés ou des raisons militaires impératives l’exigent. Le déplacement forcé de la population civile constitue un crime de guerre.
Pour qu’un ordre d’évacuation soit légal, le déplacement doit être nécessaire, ne pas être motivé par des considérations de commodité ou d’avantage militaire, être temporaire, et les civils doivent pouvoir retourner chez eux une fois les hostilités terminées. Ceux qui ordonnent une évacuation doivent s’assurer que des mesures de protection sont en place et que le déplacement s’effectue de manière à permettre le retour de la population une fois la menace écartée, tout en respectant la protection des droits humains des civils.
Les ordres d’évacuation diffèrent des avertissements préalables au sens du droit international humanitaire, ces derniers constituant l’obligation de donner un avertissement préalable et efficace concernant des attaques ciblées imminentes susceptibles d’affecter une population civile, à moins que la situation ne le permette pas. En revanche, les ordres d’évacuation ne sont pas nécessairement liés à une seule action spécifique.
Les civils qui restent sur place après un ordre d’évacuation ou un avertissement d’actions militaires imminentes ne perdent pas leur statut de civil ni les protections du droit international humanitaire, et ne peuvent faire l’objet d’attaques ciblées ou aveugles, ni subir de représailles pour ne pas être partis.
Des ordres d’évacuation ont également été émis alors que les deux parties et leurs alliés attaquaient les infrastructures humanitaires et imposaient de sérieux obstacles à l’accès humanitaire, aggravant ainsi les souffrances des civils.
Le 3 février, des bombardements gouvernementaux ont touché un hôpital de MSF à Lankien, dans le comté de Nyirol, blessant un membre du personnel et détruisant l’entrepôt et les fournitures médicales de l’hôpital. MSF a déclaré avoir communiqué les coordonnées de l’hôpital aux parties belligérantes. Le même jour, des combattants armés ont pillé un centre de santé de MSF à Pieri, dans le comté d’Uror. Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance a signalé la suspension d’au moins 28 centres de santé et de nutrition ainsi que 17 incidents de pillage de fournitures humanitaires entre janvier et mars.
Le gouvernement, en particulier, a imposé des restrictions sévères à l’accès des organisations humanitaires aux zones contrôlées par l’opposition. Au cours des deux premiers mois de l’année, le gouvernement a imposé une zone d’exclusion aérienne dans les zones tenues par l’opposition, notamment à Lankien, Pieri et Akobo, empêchant ainsi l’acheminement de fournitures essentielles et l’évacuation vitale de patients gravement malades, ont rapporté l’ONU et MSF.
Les autorités gouvernementales et celles de l’opposition ont également pris des mesures administratives contradictoires et coercitives qui restreignent de fait la manière et les lieux où l’aide peut être acheminée, a déclaré Human Rights Watch.
Dans une lettre adressée le 23 mars aux agences humanitaires, le commissaire du comté d’Ulang, dans l’État du Haut-Nil, proche de l’opposition, a averti que les agences humanitaires accédant au centre-ville contrôlé par le gouvernement seraient considérées comme proches du gouvernement et que leur autorisation de se déplacer dans le comté serait suspendue. Le lendemain, le commissaire du comté d’Ulang, allié au gouvernement, a ordonné aux organisations humanitaires de se réinstaller dans la ville d’Ulang avant le 31 mars. Le 8 avril, ce même commissaire a adressé une autre lettre à cinq organisations internationales leur donnant 72 heures pour se réinstaller dans la ville d’Ulang, sous peine d’être considérées comme hostiles au gouvernement et de faire l’objet de « sanctions juridiques et sécuritaires ».
Les civils contraints de fuir sont confrontés à des conditions humanitaires désastreuses. À Nyatim, dans le comté de Nyirol, par exemple, environ 3 000 personnes déplacées qui ont fui les violences à Lankien et Pieri se sont réfugiées dans des zones marécageuses sans nourriture ni soins médicaux, le gouvernement continuant de bloquer l’accès à l’aide, a déclaré MSF. L’organisation a également indiqué qu’au moins 58 personnes étaient décédées au cours d’une période de quatre semaines. Plusieurs zones touchées par le conflit sont considérées comme menacées par la famine.
Toutes les parties au conflit sont tenues d’autoriser et de faciliter l’aide humanitaire.
« Les autorités du Soudan du Sud semblent instrumentaliser l’accès à l’aide pour servir leurs propres intérêts, laissant des centaines de milliers de civils dans une situation de grande détresse », a conclu Nyagoah Tut Pur. « Les acteurs internationaux et régionaux devraient veiller à ce que les responsables de cette crise humanitaire massive d’origine humaine, marquée par des attaques incessantes contre les civils et des restrictions à l’aide humanitaire, rendent des comptes. »
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10.04.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Beyrouth) – L’armée israélienne a mené plus de 100 frappes à travers le Liban le 8 avril, y compris contre des quartiers densément peuplés de Beyrouth ; ces frappes ont tué plus de 300 personnes et endommagé le dernier pont principal reliant le sud du Liban au reste du pays, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les frappes israéliennes, qui ont rendu inutilisables les ponts enjambant le Litani, menacent de priver des dizaines de milliers de personnes dans le sud du Liban de l’accès à l’aide humanitaire, à la nourriture et aux soins de santé.
« Au cours des deux dernières années, les violations déplorables et les crimes de guerre commis par l’armée israélienne au Liban et à Gaza ont causé des ravages parmi la population civile, tandis que l’afflux continu d’armes vers Israël et le silence des autres pays n’ont fait qu’encourager les atrocités commises par son armée », a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch. « Isoler le sud du Liban du reste du pays entraînerait une catastrophe humanitaire, et causerait de graves torts aux dizaines de milliers de personnes qui y résident encore. »
Le 31 mars, des chercheurs de Human Rights Watch se sont rendus dans la ville de Tyr, dans le sud du Liban, et ont mené des entretiens avec huit personnes, dont quatre responsables municipaux ; des membres de la Défense civile libanaise et du Comité islamique de santé, une organisation de défense civile et d’ambulances affiliée au Hezbollah ; ainsi qu’un responsable de l’hôpital Jabal Amel, l’un des principaux hôpitaux de Tyr.
« S’ils frappent le pont, où irons-nous ? Il n’y a nulle part où aller », a déclaré Hassan Hamieh, un habitant déplacé qui avait fui vers Tyr depuis la ville de Beit Leif, dans le sud.
Le 8 avril, l’armée israélienne a déclaré avoir lancé plus de 100 frappes « en l’espace de dix minutes et simultanément dans plusieurs zones [au Liban] », y compris dans des zones densément peuplées de Beyrouth ; ces frappes ont tué au moins 303 personnes et blessé plus de 1 150 personnes, selon le ministère libanais de la Santé. Ce fut la journée la plus meurtrière au Liban depuis l’escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah, le 2 mars.
Plus tard dans la journée, les Forces armées libanaises ont déclaré qu’elles avaient évacué le pont de Qasmieh près de Tyr ; il s’agit du dernier point de passage principal vers la zone située au sud du fleuve Litani.
Des photos et des vidéos prises par des journalistes sur place et vérifiées par Human Rights Watch montrent que les frappes israéliennes ont détruit une passerelle piétonne près du pont, dont un large segment s’est effondré sur la partie principale du pont, le rendant temporairement inopérationnel. Le 9 avril, l’armée israélienne a déclaré avoir « frappé deux points de passage clés » sur le fleuve Litani, accusant le Hezbollah d’utiliser ces points de passage pour déplacer des combattants et transférer des armes vers le sud.
Les attaques israéliennes ont tué plus de 1 888 personnes au Liban depuis le 2 mars, selon le ministère libanais de la Santé. Parmi les victimes figuraient plus de 130 enfants, 102 femmes et 57 professionnels de santé, au 7 avril. Les attaques du Hezbollah ont tué au moins deux personnes en Israël, a rapporté Reuters.
Entre le 12 mars et le 8 avril, les forces israéliennes ont systématiquement détruit ou gravement endommagé tous les principaux ponts reliant les zones situées au sud du fleuve Litani au reste du pays, faisant du pont de Qasmieh le seul point de passage majeur encore opérationnel. Ces attaques comprennent des frappes sur neuf ponts enjambant le fleuve Litani et son affluent, dont certains ont été touchés à plusieurs reprises, ainsi que sur la route principale menant au pont d’Al-Khardali.
Human Rights Watch a analysé des vidéos publiées en ligne montrant le moment où trois des ponts ont été frappés, ainsi que des photographies et des vidéos des conséquences des frappes sur les neuf ponts et la route menant au pont d’Al-Khardali. Plusieurs vidéos ont été géolocalisées par le journaliste de Sky News Ben van der Merwe, et corroborées par les chercheurs de Human Rights Watch.
Principaux ponts du fleuve Litani au Liban, frappés par l'armée israélienne (12 mars – 8 avril 2026) Click to expand Image Carte montrant 9 frappes israéliennes menées entre le 12 mars et le 8 avril 2026 contre des ponts du fleuve Litani, reliant le sud du Liban au nord du pays. Points rouges : 8 ponts rendus inopérationnels. Point vert : Un pont (pont de Qasmieh) qui demeurait encore en partie opérationnel au 9 avril. © 2026 Human Rights Watch (infographie)Ces frappes ont considérablement limité la capacité des civils à se déplacer en toute sécurité, ainsi que celle des institutions publiques, des organisations humanitaires, des hôpitaux et des établissements de santé à acheminer l’aide et à fournir des soins médicaux. Malgré certains dégâts subis par le pont de Qasmieh et la destruction de la passerelle qui le longe, ce pont reste praticable et constitue la seule voie de communication vitale pour les dizaines de milliers de résidents qui se trouvent encore au sud du fleuve Litani.
Les autres pays devraient faire pression sur Israël pour que ce pays ne coupe pas les habitants du sud du Liban de la partie nord. Les autorités israéliennes devraient garantir que ces habitants aient un accès durable et planifiable à l’aide humanitaire et ne se voient pas refuser l’accès à des biens essentiels à leur survie, tels que l’eau, la nourriture et les médicaments. Les autorités israéliennes devraient en outre garantir un passage en toute sécurité à ceux qui choisissent de partir.
Les alliés d’Israël, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et d’autres États de l’Union européenne, devraient suspendre toutes les ventes d’armes, les transferts d’armes et l’apport d’aide militaire à Israël, et imposer des sanctions ciblées aux responsables impliqués de manière crédible dans les crimes graves en cours. L’Union européenne devrait aussi suspendre immédiatement le volet commercial de l’Accord d’association UE-Israël, tant que dureront les crimes atroces d’Israël, a déclaré Human Rights Watch.
L’armée israélienne a déclaré que les frappes sur les ponts visaient à « empêcher le déplacement de renforts et de moyens de combat » vers le sud du Liban, accusant le Hezbollah d’utiliser les ponts à des fins militaires.
Même si les passages sur les ponts deviennent des cibles militaires – c'est-à-dire s'ils contribuent efficacement à l'action militaire –, les attaques contre ceux-ci restent soumises aux règles de proportionnalité. Les attaques disproportionnées comprennent celles dont on peut s'attendre à ce qu'elles causent des dommages excessifs aux civils et aux biens de caractère civil par rapport à l'avantage militaire concret et direct escompté de l'attaque. Ces attaques sont interdites par le droit de la guerre.
Le 23 mars, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) avait déjà déclaré que la destruction de ponts stratégiques avait « considérablement [perturbé] la circulation et l’accès humanitaire », les frappes ayant « coupé la liaison » entre Tyr et Nabatieh, et « [restreint] la circulation entre le sud du Liban et la Bekaa occidentale, y compris Marjayoun et Hasbaya ».
« La destruction de ponts stratégiques a coupé des quartiers, isolant plus de 150 000 personnes et limitant considérablement l’accès humanitaire », a affirmé l’OCHA, ajoutant que les dégâts causés aux principales voies de transport « entravent également la livraison de fournitures essentielles et limitent la capacité des civils à se déplacer en toute sécurité ».
Mortada Mohanna, directeur du département chargé de la réduction des risques de catastrophe et de la gestion des unités au sein de l’Union des municipalités de Tyr, qui regroupe au moins 55 municipalités, a déclaré qu’environ 71 000 personnes se trouvaient encore à Tyr et dans les villes et villages environnants au 8 avril.
« Ceux qui sont restés dans le sud du Liban sont désormais confrontés à un isolement accru et à des obstacles croissants pour accéder à l’aide humanitaire, car les frappes aériennes israéliennes ont détruit les ponts reliant le sud au reste du pays », a déclaré Thameen al-Kheetan, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, le 17 mars.
Les autorités locales de Tyr ont déclaré à Human Rights Watch que les réserves alimentaires ne dureraient qu’une semaine, si le dernier pont restant était attaqué et rendu inutilisable. « Rien ne peut entrer par voie maritime ou aérienne », a expliqué Alwan Charafeddine, adjoint au maire de Tyr. « Ce pont est notre bouée de sauvetage. Nos réserves alimentaires sont presque épuisées, car tout ce que nous recevons, nous le distribuons. »
Alwan Charafeddine a ajouté que « les cinq grands supermarchés de la ville et des environs sont tous fermés », seules cinq boulangeries étant encore en activité dans la ville ; les pharmacies de Tyr ont également cessé leur activités, les médicaments étant désormais fournis par les autorités locales et les organisations non gouvernementales.
L'OCHA a indiqué que « les marchés au sud du fleuve Litani semblent avoir largement cessé leurs activités, de nombreux magasins surveillés étant fermés ou évacués, et les livraisons de marchandises considérablement réduites ».
L'accès aux soins médicaux, aux médicaments et aux fournitures médicales a également été fortement entravé en raison du bombardement des ponts, ont déclaré un professionnel de santé et un responsable hospitalier à Tyr.
Un responsable de l’hôpital Jabal Amel de Tyr a déclaré que tous les médecins et le personnel encore en poste à l’hôpital y vivent désormais, car les déplacements vers et depuis l’hôpital sont devenus risqués. L’organisation Médecins Sans Frontières (MSF) et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ont rapporté que le personnel hospitalier des villes de Nabatieh et Marjayoun, dans le sud du Liban, fait de même.
Les patients sous dialyse ont également dû être transférés à l’hôpital Jabal Amel, a déclaré ce responsable, car ils ne peuvent pas se déplacer facilement et risquent sinon d’être complètement coupés de l’hôpital. Il a ajouté que certains médecins ont même dû réaliser des interventions chirurgicales – qui nécessitent habituellement des instruments médicaux comme des forets orthopédiques utilisés en chirurgie cérébrale – en employant des perceuses manuelles, car le personnel n’est pas en mesure de remplacer ces instruments ou de les faire réparer si besoin.
« Pour nous procurer des fournitures médicales, nous devons prendre une voiture de l’hôpital, nous rendre à Sidon [à plus de 30 kilomètres au nord], récupérer les fournitures et revenir », a déclaré le responsable de l’hôpital Jabal Amel. « Mais c’est risqué, car nous devons parfois partir tard dans la nuit […] si le [dernier] pont est touché, nous serions complètement isolés. » Au moins six hôpitaux au Liban ont dû fermer leurs portes depuis le 2 mars, a indiqué l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dont trois au sud du fleuve Litani.
Depuis le 4 mars, l’armée israélienne a émis à plusieurs reprises des ordres de déplacement visant l’ensemble de la population du Liban au sud du fleuve Litani, qui comprend le district de Tyr. Depuis le 12 mars, elle a étendu les zones concernées, ordonnant aux habitants de se déplacer vers les zones au nord du fleuve Zahrani, à 15 kilomètres au nord du fleuve Litani et à 40 kilomètres au nord de la frontière sud du Liban avec Israël.
En vertu du droit international humanitaire, toutes les parties au conflit sont tenues de permettre et de faciliter l’acheminement rapide et sans entrave de l’aide humanitaire aux civils dans le besoin. Elles doivent respecter et protéger les travailleurs humanitaires, les entrepôts et les autres biens utilisés pour les opérations de secours.
Les civils qui n’évacuent pas des zones à la suite d’avertissements restent pleinement protégés par le droit international humanitaire. Le déplacement forcé est interdit par les lois de la guerre, sauf dans les cas où la protection des civils concernés est en jeu ou pour des raisons militaires impératives. Toute personne qui commet des violations graves du droit de la guerre avec une intention criminelle – c'est-à-dire intentionnellement ou par imprudence – peut être poursuivie pour crimes de guerre. Des individus peuvent également être tenus pénalement responsables pour avoir aidé, facilité, assisté ou encouragé un crime de guerre.
Les forces israéliennes ont commis de nombreuses violations du droit de la guerre au Liban en toute impunité depuis octobre 2023, notamment des attaques apparemment délibérées ou indiscriminées contre des journalistes, des civils, des secouristes, des institutions financières, des installations liées à la reconstruction, et une mission de maintien de la paix de l’ONU.
Human Rights Watch a également constaté qu’Israël a bafoué les ordonnances de la Cour internationale de justice exigeant qu’Israël permette la fourniture de services de base et d’aide humanitaire aux Palestiniens de Gaza. La Cour pénale internationale (CPI) a émis en 2024 des mandats d’arrêt à l’encontre du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et de son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, pour des chefs d’accusation incluant la privation de nourriture infligée à des civils en tant que méthode de guerre. Ils étaient d’accusés d’avoir « délibérément, systématiquement et continuellement privé la population civile de l’ensemble du territoire de Gaza de moyens de subsistance indispensables à sa survie », ainsi que d’avoir facilité « l’obstruction de la distribution d’aide par les organismes humanitaires et des attaques visant le personnel humanitaire, faisant des morts parmi eux ».
Les autorités judiciaires libanaises devraient ouvrir des enquêtes nationales sur ces crimes internationaux graves ; le gouvernement devrait aussi adhérer au Statut de Rome de la CPI et soumettre une déclaration acceptant la compétence de la Cour avant la date d’adhésion, y compris depuis au moins le 7 octobre 2023.
« Pour éviter une catastrophe humanitaire, la communauté internationale devrait agir immédiatement pour exiger que les civils à travers le Liban soient protégés, et que le dernier pont reliant la zone au sud du fleuve Litani au reste du pays demeure opérationnel », a conclu Ramzi Kaiss. « Les civils paient le prix du silence de la communauté internationale, et de son refus de demander des comptes aux responsables israéliens. »
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Articles
Le Monde DW
09.04.2026 à 07:00
Human Rights Watch
(Dakar) – Dix ans après la destruction de leurs maisons par des inondations côtières au Sénégal, de nombreuses familles continuent de vivre dans des conditions précaires sur un site appelé Khar Yalla, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Malgré des progrès récents, le gouvernement n’a toujours pas proposé de solution permanente et durable aux familles déplacées.
Les quelque 1 000 personnes qui ont perdu leur logement à la suite des raz-de-marée de 2015 et 2016 vivaient dans des communautés traditionnelles de pêcheurs sur la péninsule de la Langue de Barbarie, qui fait partie de la ville de Saint-Louis, dans le nord du Sénégal. Fin 2016, après que les familles eurent vécu dans des tentes pendant des mois, les autorités locales les ont déplacées vers Khar Yalla, leur accordant des permis d’occupation temporaires en attendant une solution permanente. Les autorités locales et nationales avaient alors noté que ce site était lui-même exposé au risque d’inondations et dépourvu de services essentiels, et donc peu adapté à une habitation permanente. Pourtant, près de 10 ans plus tard, et alors que la prochaine saison des inondations est prévue en septembre, aucune solution de remplacement n’a été proposée aux familles, qui continuent de subir des violations de leur droit à un logement permanent et adéquat.
« Vivre dans l’incertitude pendant dix ans est une réalité inacceptable pour des familles déjà traumatisées par les déplacements liés au climat », a déclaré Erica Bower, chercheuse sur les déplacements liés au climat à Human Rights Watch. « Le gouvernement sénégalais devrait fournir aux familles de Khar Yalla le strict minimum pour qu’elles puissent s’y sentir chez elles : des permis permanents qui leur permettraient de régulariser leur situation foncière. »
Lors d’une visite effectuée du 24 au 26 mars 2026, Human Rights Watch a constaté que certains progrès avaient été réalisés depuis la publication de son rapport sur cette situation, en août 2025. Une douzaine des 68 ménages disposent désormais de l’électricité, bien que les coûts d’installation soient prohibitifs pour beaucoup. Les autorités locales et régionales enquêtent sur cette situation, et ont rendu visite aux familles de Khar Yalla pour la première fois depuis des années.
Bien que ces développements soient encourageants, le gouvernement sénégalais devrait agir davantage en délivrant des permis permanents aux familles de Khar Yalla, ouvrant ainsi la voie à une solution véritablement durable. Des permis permanents permettraient aux familles d’agrandir leurs habitations surpeuplées, d’achever la construction de leur centre pour femmes, de bâtir un mur pour prévenir les inondations et d’envisager un avenir plus digne.
Les familles de Khar Yalla ne sont pas les seules dans ce type de situation. Des centaines d’autres familles ont été déplacées à l’intérieur du Sénégal en raison des marées de tempête côtières. Selon le Centre de surveillance des déplacements internes (Internal Displacement Monitoring Centre, IDMC) plus de 57 000 personnes ont été déplacées par les inondations au Sénégal rien qu’en 2024. À mesure que le changement climatique s’accélère, le nombre de personnes déplacées par des catastrophes et ayant besoin d’une solution durable devrait augmenter.
Le Sénégal a déjà investi davantage que de nombreux pays pour venir en aide aux communautés déplacées en raison du changement climatique, mais les autorités ont exclu les familles de Khar Yalla de ces efforts. L’expérience de Khar Yalla offre des enseignements sur le processus de relogement planifié qui devraient être pris en compte dlors de futures initiatives. Parmi ces enseignements figurent la réalisation d’un recensement complet pour identifier les personnes déplacées depuis le plus longtemps, le choix de sites non exposés aux inondations et l’octroi aux familles de permis de séjour permanents et non temporaires.
Les mesures ponctuelles, temporaires et réactives ne devraient pas devenir la norme. Pour éviter que des relogements mal planifiés ne se transforment en déplacements prolongés, le Sénégal devrait planifier à l’avance. Cela implique de documenter systématiquement les enseignements tirés des cas existants et d’adopter des cadres juridiques garantissant que les relogements planifiés respectent les droits.
La relocalisation planifiée des personnes déplacées par le changement climatique comporte des risques sérieux et devrait constituer un dernier recours, tandis que la priorité devrait être accordée aux solutions d’adaptation qui leur permettent de rester dans leurs communautés. La planification devrait respecter les principes des droits humains tels que le consentement éclairé, la participation significative et la non-discrimination. Un cadre politique national sur la relocalisation planifiée devrait fournir des orientations sur la manière de mettre en œuvre ces principes dans la pratique, de réaliser des recensements exhaustifs des personnes déplacées et d’établir des critères garantissant que les sites sélectionnés respectent les droits des bénéficiaires.
Certains gouvernements, comme celui des Îles Salomon dans le Pacifique, ont élaboré de telles politiques autonomes, et d’autres, comme celui du Panama, sont en train d’élaborer des protocoles nationaux. Aucun pays d’Afrique n’a encore franchi ce pas. Le Sénégal est particulièrement bien placé pour établir la norme en matière d’adaptation respectueuse des droits à travers l’Afrique, a déclaré Human Rights Watch.
Compte tenu de l'annonce récente selon laquelle le gouvernement mène actuellement des consultations sur un éventuel projet de loi sur le changement climatique, le Sénégal a l'occasion de jeter les bases juridiques d'un décret national sur les déplacements liés au climat et les réinstallations planifiées. « Les membres des communautés déplacées comme celle de Khar Yalla devraient avoir leur mot à dire lors de l'élaboration de toute loi ou politique concernant leur réalité quotidienne », a déclaré Fatoumata Kine Mbodji, représentante de Lumière Synergie pour le Développement, une organisation non gouvernementale qui travaille en étroite collaboration avec les familles de pêcheurs de Saint-Louis.
Le gouvernement sénégalais est tenu, en vertu du droit national, régional et international, de respecter et de garantir les droits économiques, sociaux et culturels des personnes, et de les protéger contre les risques raisonnablement prévisibles qui menacent ces droits, y compris les impacts du changement climatique tels que l’élévation du niveau de la mer. L’adaptation au changement climatique devrait être mise en œuvre d’une manière qui ne porte pas atteinte à leurs droits.
« La crise prolongée à Khar Yalla démontre que, sans politique nationale, les relogements ponctuels perpétuent la précarité plutôt que d’apporter des solutions durables », a conclu Erica Bower. « Mais en faisant preuve de volonté politique, le Sénégal a l’occasion de devenir un leader régional et mondial à l’égard de cette question cruciale liée à la justice climatique. »