11.03.2026 à 04:00
Human Rights Watch
(Nairobi) – Depuis mars 2025, les forces de sécurité congolaises sont responsables de nombreuses disparitions forcées à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, et dans ses environs, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.
Human Rights Watch a documenté 17 cas de personnes victimes de disparition forcée ou portées disparues au cours de l’année passée et a reçu des récits crédibles de plusieurs cas supplémentaires. Bon nombre de ces personnes disparues ont été retrouvées, souvent des mois plus tard, en détention dans les locaux du Conseil national de cyberdéfense (CNC), qui les a arbitrairement arrêtées et détenues en parallèle de la Police nationale congolaise et de la Garde républicaine du président.
« Au cours de l’année passée, les forces de sécurité congolaises ont secrètement arrêté et détenu des personnes pour des motifs fallacieux au cœur de la capitale », a déclaré Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch. « Dans la plupart des cas, il semblerait que les arrestations soient motivées par des considérations politiques, ou concernent des personnes soupçonnées de soutenir le groupe armé qui s’est emparé de certaines régions de l’est de la RD Congo. »
Entre juillet 2025 et mars 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens avec plus de 34 personnes, dont neuf anciens détenus du CNC et 11 proches de détenus. Human Rights Watch n’a pas divulgué les noms des personnes interviewées afin de garantir leur sécurité.
Le CNC a été créé en 2023 par ordonnance présidentielle pour enquêter sur les cybercrimes. D’après des reportages dans des médias internationaux, le CNC a fait l’acquisition d’une technologie de pointe permettant des écoutes ciblées, en particulier sur les applications de messagerie. Il a élargi ses attributions en procédant à des arrestations, des interrogatoires et des détentions au secret sans supervision judiciaire.
D’anciens détenus ont expliqué que des membres de la Garde républicaine et de la Police nationale en uniforme ainsi que des fonctionnaires en civil ont mené les arrestations, certaines au milieu de la nuit. Plusieurs d’entre eux ont indiqué avoir eu les yeux bandés lors leur transport vers ou entre des centres de détention du CNC. Ils ont affirmé qu’on ne leur avait pas présenté de mandat d’arrêt et qu’on leur avait refusé accès à des avocats.
Le CNC les a d’abord détenus et interrogés dans des installations du stade national, le Stade des Martyrs, ou dans ses bureaux à l’Office national des transports (ONATRA) à Kinshasa. Ce n’est qu’ensuite qu’ils ont été transférés vers d’autres lieux à Kinshasa, y compris des chambres privées, possiblement dans des hôtels.
D’anciens détenus ont déclaré que leurs interrogatoires avaient peu à voir avec le cyberrenseignement et reposaient sur des accusations de collusion avec le groupe armé M23, qui contrôle des territoires de l’est de la RD Congo, de liens avec l’ancien président Joseph Kabila, accusé de soutenir le M23, ou de complots de coup d’État. D’autres détenus ont pensé, en se basant sur les questions de l’interrogatoire, qu’ils avaient été arrêtés en raison de leurs opinions politiques d’opposition. L’un d’eux a indiqué que, lorsqu’il a demandé un avocat, les agents lui ont répondu : « La loi ne s’applique pas dans ces pièces ».
D’après leurs avocats, cinq détenus ont été transférés de leur garde à vue au CNC vers les systèmes judiciaires militaire ou civil, où ils ont été mis en examen pour atteinte à la sûreté de l’État ou outrage au chef de l’État. Deux de ces affaires sont entrées dans la phase de procès et trois en sont aux procédures préliminaires. Huit autres personnes ont été libérées, tandis que trois autres sont toujours en détention.
D’anciens détenus ont rapporté que d’autres personnes pourraient encore être enfermées dans des centres de détention secrets sans accès à leurs familles ou à leurs avocats.
Début septembre 2025, des policiers, des soldats et des hommes en civil ont arrêté au moins 12 députés de l'opposition dans un hôtel de Kinshasa et les ont emmenés au bureau du CNC à l'ONATRA. Les législateurs ont été accusés de soutenir le président de l'Assemblée nationale de l'époque, Vital Kamerhe, que le parti au pouvoir a finalement évincé de son poste. Selon un ancien détenu et des rapports des médias, les détenus ont eu les yeux bandés lorsqu'ils ont été emmenés à l'ONATRA, où ils ont été accusés de corruption. On leur a dit que leur immunité parlementaire n'avait aucune importance avant qu'ils ne soient finalement libérés dans la nuit et tôt le lendemain matin.
Les responsables du CNC ont rencontré Human Rights Watch le 20 novembre et le 5 décembre 2025, et l’un d’eux a déclaré que l’unité a pour rôle de « coordonner les services essentiels » et que ses agents ont le droit d’intervenir si nécessaire. Cependant, le responsable est resté vague sur les détentions, faisant allusion au pouvoir du gouvernement de restreindre la liberté des personnes pour des raisons de sécurité essentielles. En réponse à un courrier de Human Rights Watch, Jean-Claude Bukasa, directeur et coordinateur du CNC, a écrit le 17 février que le CNC « ne dispose d’aucun pouvoir d’arrestation ni de détention » des personnes.
Human Rights Watch a eu un accès limité à un centre de détention du CNC en novembre, en présence de Jean-Claude Bukasa et de ses hauts responsables. Un magistrat militaire et le président de la Commission nationale des droits de l’homme étaient également présents. Bien que contrôlée, la visite a permis à Human Rights Watch de constater les conditions de vie apparentes de certains officiers militaires détenus.
Les opérations d’arrestation et de détention abusives du CNC violent le Code de procédure pénale de la RD Congo et le droit international relatif aux droits humains, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.
Le droit international définit une disparition forcée comme la privation de liberté par des agents de l’État ou par des individus qui agissent avec l’acquiescement de l’État, suivi par un refus de reconnaître la privation de liberté ou par la dissimulation du sort de la personne ou de l’endroit où elle se trouve. Toutes les victimes de disparitions forcées ont droit à un recours.
Pour les personnes disparues de force, les autorités devraient immédiatement reconnaître leur détention, révéler l’endroit où elles se trouvent et leur permettre d’avoir accès aux membres de leur famille et à un avocat. Les autorités devraient veiller à ce que toutes les personnes placées en détention par le CNC soient immédiatement libérées ou présentées à un juge et que tout maintien en détention soit pleinement conforme au droit congolais et international.
Les autorités devraient enquêter de manière impartiale sur tous les cas signalés de disparition forcée, même ceux des personnes libérées par la suite, et empêcher la répétition de tels abus à l’avenir, a déclaré Human Rights Watch.
« Le gouvernement congolais utilise le Conseil national de cyberdéfense comme mandataire pour procéder à des arrestations et à des détentions de civils pour des raisons de sécurité discutables et nous ne savons toujours pas combien de personnes sont encore en détention », a conclu Lewis Mudge. « Les autorités se doivent de libérer toutes les personnes détenues à tort, d’enquêter sur les opérations du CNC et de mettre fin à ses disparitions forcées. »
Pour plus de détails sur les disparitions forcées pratiquées par le CNC à Kinshasa, veuillez lire la suite.
Conflit armé avec le Rwanda et le M23
La RD Congo est engagée dans un conflit armé dans l’est de son territoire contre les forces gouvernementales rwandaises et le groupe armé M23 responsable d’abus, qui s’est emparé de villes importantes en 2025. Les hostilités se poursuivent malgré des retraits partiels, de multiples cessez-le-feu fragiles et des accords de paix négociés par les États-Unis et le Qatar.
Le Rwanda fournit un soutien militaire direct, y compris des troupes et de la logistique, au M23, d’après des rapports des Nations Unies, de la RD Congo et d’autres gouvernements, ainsi que de Human Rights Watch, entre autres. Le gouvernement congolais appuie les milices Wazalendo responsables d’abus, alimentant les violences dans un contexte d’accusations mutuelles de soutien à des milices supplétives et de menaces pour la stabilité régionale.
Le gouvernement congolais a accusé l’ancien président Joseph Kabila de trahison et de soutien au M23 et à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), une coalition politico-militaire qui inclut le M23 et d’autres opposants au gouvernement congolais. Joseph Kabila, qui s’est rendu dans des zones contrôlées par le M23 en 2025, mais qui vit par ailleurs en exil, a été condamné à mort par contumace en septembre à l’issue d’un procès motivé par des considérations politiques.
Arrestations par le Conseil national de cyberdéfense
Le président Félix Tshisekedi a créé le CNC en 2023 et l’a chargé de coordonner les services liés à la cyberdéfense et au cyberrenseignement. Cependant, à mesure que les hostilités opposant le gouvernement au M23 et aux forces rwandaises se sont intensifiées, l’unité est devenue de plus en plus impliquée dans des arrestations ciblées d’individus soupçonnés de collusion avec Joseph Kabila et les groupes armés d’opposition.
Les arrestations documentées par Human Rights Watch ont généralement eu lieu sans avertissement ni justification légale. Des membres de la Garde républicaine et des policiers en uniforme ou des fonctionnaires en civil sont entrés dans les maisons, parfois la nuit. Dans certains cas, ils ont pointé des armes sur des membres de la famille, y compris sur un enfant dans au moins un cas, et ont exiger l’obéissance sans présenter de mandat ni expliquer les chefs d’accusation. Ils ont pris des téléphones et des effets personnels et ont bandé les yeux de certaines personnes, puis les ont emmenées dans les bureaux du CNC.
La femme d’un détenu a raconté : « Beaucoup d’hommes, y compris des Gardes républicains, sont entrés de force dans notre maison vers 4 h 30 du matin.... Ils ont pointé leurs armes sur mon jeune fils et l’ont obligé à leur indiquer la chambre de son père. » L’homme, arrêté à la mi-décembre, est toujours en détention.
Le Code de procédure pénale de la RD Congo stipule qu’à l’exception des cas impliquant un « flagrant délit », les arrestations ne doivent être effectuées que lorsqu’une autorité judiciaire compétente, telle qu’un juge ou un procureur, a émis un mandat d’arrêt exposant les chefs d’accusation.
Un ancien détenu, qui a passé deux semaines en détention dans les locaux du CNC, a expliqué que des dizaines de policiers l’avaient arrêté, lui et un collègue, à l’extérieur d’un bar à une intersection animée de Kinshasa. Plusieurs policiers les ont fait monter à la hâte dans des véhicules avant de démarrer. Quand une foule a commencé à se former, la police a tiré en l’air pour la disperser.
Un responsable du CNC a déclaré à Human Rights Watch en décembre qu’un seul détenu avait demandé un avocat ; cependant, les détenus et les membres de leurs familles ont contredit cette affirmation. « Mon neveu a disparu [et] nous avons appris [trois jours plus tard] qu’il était détenu au siège du CNC », a expliqué un proche d’un détenu. « Nous avons tenté d’envoyer des avocats pour l’aider, mais on leur a refusé l’accès. » Une personne ayant des liens avec la communauté du renseignement a conseillé à la famille d’essayer de régler le problème par elle-même « parce que le CNC n’autorise pas les avocats ».
Un ancien détenu a raconté : « J’ai dit à l’agent qui voulait m’interroger de me laisser parler à mon avocat, parce que c’est mon droit. » Il a indiqué que l’agent avait répondu : « La loi ne s’applique pas ici, la loi reste à la porte... Vous êtes ici parce que les autres services de renseignement ont échoué, alors ne pensez même pas à un avocat. »
L’article 19 de la Constitution congolaise de 2006, révisée en 2011, garantit explicitement le droit à un avocat « à tous les niveaux de la procédure pénale, y compris l’enquête policière et l’instruction préjuridictionnelle ». L’article 14(3) du Pacte international relatif aux droits civils et politiques prévoit également le droit de toute personne accusée d’une infraction pénale à un défenseur de son choix.
D’anciens détenus ont décrit que, lors des interrogatoires, les responsables du CNC les ont accusés de complot contre l’État. Un détenu a raconté : « On m’a dit : “Vous êtes ici parce que les autres agences de renseignement n’ont pas fait leur travail. Pourquoi luttez-vous contre le président ?” Ils m’ont accusé d’être un partisan de Joseph Kabila, mais ils avaient seulement quelques éléments de mon compte Facebook remontant à plusieurs années. »
Un autre ancien détenu a expliqué que, bien qu’il n’ait pas été battu ou maltraité physiquement, il a eu peur d’être tué chaque fois qu’il avait les yeux bandés et qu’il était transféré entre les lieux de détention.
Le responsable du CNC a indiqué à Human Rights Watch en novembre que la Commission Nationale des Droits de l’Homme était le point de contact désigné entre le CNC et les familles des détenus. Même si certains membres des familles ont pu contacter des proches détenus par l’intermédiaire de la Commission, il incombe au gouvernement et au CNC d’informer du lieu où se trouvent les détenus et de garantir l’accès à leurs avocats et à leurs proches, a déclaré Human Rights Watch.
La plupart des membres des familles interrogés n’ont pas réussi à retrouver leurs proches lorsqu’ils étaient détenus par le CNC. Des membres de famille de personnes victimes de disparitions forcées ont indiqué qu’ils avaient écrit aux autorités locales et nationales pour demander où se trouvaient leurs proches afin qu’ils puissent leur rendre visite, mais qu’ils n’avaient reçu aucune information.
Certains membres des familles ont finalement obtenu confirmation que leurs proches étaient détenus par le CNC par des moyens informels. « Mon neveu a disparu un mercredi », a raconté un membre de la famille. « Nous l’avons cherché dans toutes les prisons de la ville sans succès.Ce n’est que trois jours plus tard que nous avons appris par des voies informelles qu’il était détenu au CNC, dans le bâtiment de l’ONATRA [agence des transports]. Cependant, personne n’a confirmé sa présence là-bas. » La famille n’a pu vérifier cette information qu’après sa libération deux semaines plus tard.
Certains anciens détenus ont expliqué qu’ils ont été libérés d’une manière presque aussi arbitraire que pour leur arrestation et ont été contraints de signer des déclarations selon lesquelles ils n’agiraient pas contre le gouvernement.
« On m’a amené dans une pièce et on m’a dit de signer un document », a raconté un ancien détenu. « Celui-ci déclarait que je ne critiquerais pas le président, que je mettrais fin à tout activisme politique, que je ne troublerais pas l’ordre public et que je ne parlerais pas de ma détention au CNC. On m’a informé que si je rompais ce contrat, il serait utilisé contre moi, et on m’a dit que je ne partirais pas tant que je ne l’aurais pas signé. Aujourd’hui encore, ce document me fait penser que je suis suivi. »
À la fin de l’année 2025 et au début de l’année 2026, au moins cinq affaires ont été transférées au bureau du procureur général ou au bureau du procureur militaire. Les détenus ont été envoyés soit à la prison centrale de Makala, soit à la prison militaire de Ndolo en attendant les audiences préliminaires. On ignore si les arrestations et les détentions illégales des accusés seront prises en compte dans les procédures judiciaires.
Le 8 janvier, le ministre de la Justice Guillaume Ngefa a déclaré lors d’une conférence de presse que pour les arrestations liées à la sûreté de l’État, le ministère de la Justice veille à ce que les procédures soient légalisées aussi vite que possible. Il a précisé que, sur le plan administratif, les arrestations peuvent prendre du temps jusqu'a ce que les enquêtes aboutissent. Human Rights Watch n’a pas constaté que ces cas aient été traités avec le respect nécessaire pour une procédure régulière.
10.03.2026 à 20:45
Human Rights Watch
(Johannesburg) - Les autorités zimbabwéennes ont intensifié leur répression contre les personnes ayant critiqué un projet d’amendement constitutionnel présenté par le parti au pouvoir, l'Union nationale africaine du Zimbabwe - Front patriotique (ZANU-PF), a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch ; cet amendement viserait à prolonger le mandat du président Emmerson Mnangagwa. Ce projet d'amendement a suscité une opposition considérable de la part de personnes qui le considèrent comme une atteinte à la démocratie du pays.
En vertu de la Constitution, le président Mnangagwa devrait quitter ses fonctions en 2028 après avoir accompli deux mandats de cinq ans. Cependant, le 16 février, à la suite d'une résolution controversée du ZANU-PF, le gouvernement a publié au Journal officiel l'amendement constitutionnel n° 3. Cet amendement prolongerait le mandat du président et du parlement de cinq à sept ans, reportant ainsi les élections de 2028 à 2030.
« Les dirigeants du Zimbabwe devraient démontrer leur attachement à l'état de droit en respectant la Constitution du pays, ainsi que ses obligations internationales en matière de droits humains relatives à la liberté d'expression et de réunion », a déclaré Idriss Ali Nassah, chercheur senior auprès de la division à Afrique à Human Rights Watch. « La société civile, les experts juridiques et les citoyens ordinaires devraient être autorisés à exprimer pacifiquement leurs opinions, sans crainte de représailles. »
Au cours des derniers mois, des policiers et des hommes armés non identifiés ont menacé, harcelé et passé à tabac plusieurs personnes opposées au projet d'amendement constitutionnel.
Le 1er mars, à Harare, environ 5 à 10 hommes armés portant des cagoules ont fait irruption dans les bureaux de l'Assemblée constitutionnelle nationale (National Constitutional Assembly, NCA), un parti politique d'opposition. Selon Lovemore Madhuku, éminent avocat et dirigeant de la NCA, certains de ces hommes ont agressé des membres qui s'étaient réunis pour une réunion, dont Lovemore Madhuku qui a été blessé. Il avait précédemment saisi la Cour constitutionnelle afin de faire suspendre le processus de révision constitutionnelle.
Lovemore Madhuku a déclaré à Human Rights Watch que les hommes l'avaient accusé de « vouloir créer des problèmes dans le pays » et lui avaient demandé pourquoi il s'opposait au projet d’amendement. Il a expliqué que les hommes s'étaient identifiés comme des policiers et avaient accusé son parti d'organiser une « réunion non autorisée ».
Lovemore Madhuku a ajouté que ces hommes avaient utilisé les longues matraques couramment utilisées par la police, pour le frapper dans le dos et à la tête et lui asséner des coups au visage. Il a également déclaré que des agents en uniforme étaient restés postés à l'extérieur dans leurs véhicules banalisés. Après l'attaque, a déclaré Madhuku, les hommes sont partis dans deux véhicules banalisés, suivis par deux véhicules de la police de la République du Zimbabwe. Dans un communiqué publié sur X, la police a déclaré que ses agents « n'étaient pas impliqués dans l'incident présumé » et qu'elle « souhaitait savoir ce qui s'était réellement passé ».
Un autre groupe de la société civile, le Constitutional Defenders Forum, a déclaré que le 27 février, la police lui avait remis une lettre lui ordonnant d'annuler sa réunion d'ouverture prévue le lendemain, car elle n'était pas conforme à la loi sur le maintien de la paix et de l'ordre. Le Forum est une initiative citoyenne qui s'engage à défendre la Constitution, le constitutionnalisme et l'état de droit au Zimbabwe.
En vertu de la loi sur le maintien de la paix et de l'ordre, les organisations qui prévoient de tenir une réunion doivent en informer la police par écrit sept jours à l'avance pour les défilés et les manifestations, et cinq jours à l'avance pour les réunions publiques. Le Forum affirme avoir respecté cette obligation. La police a fréquemment et sélectivement utilisé cette exigence pour refuser à la société civile et à l'opposition l'autorisation d'organiser des réunions et de se mobiliser.
Le 5 mars, le Forum a publié sur les réseaux sociaux une vidéo géolocalisée par Human Rights Watch, montrant des policiers armés dans plusieurs véhicules devant le cabinet d'avocats de Tendai Biti, le dirigeant du Forum, à Harare. Dans un message publié sur X, le Forum a rapporté que des hommes armés avaient assiégé les locaux de Biti, agressé des personnes qui s'y trouvaient et proféré des menaces de mort à son encontre.
La police a admis avoir déployé des agents dans les bureaux de Tenda Biti « pour maintenir l'ordre public », mais a nié les allégations d'agression. Biti a déclaré à Human Rights Watch que les autorités avaient décidé de « déclencher la violence et de placer le pays en état de siège » afin de faire taire les voix dissidentes.
Le 28 octobre 2025, les bureaux du Southern African Political Economy Series (SAPES) Trust à Harare ont été gravement endommagés lors d'un incendie criminel présumé. Les assaillants auraient enlevé le gardien de nuit et verrouillé les portes de la propriété avec de nouveaux cadenas avant de s'enfuir. L'attaque a eu lieu quelques heures avant que le SAPES n'accueille un dialogue entre la société civile et les dirigeants de l'opposition en réponse à la tentative du ZANU-PF de prolonger le mandat du président Mnangagwa.
Quelques heures plus tard, la police et des partisans présumés du ZANU-PF auraient interrompu un événement similaire intitulé « Carrefour constitutionnel : les citoyens réagissent à la crise constitutionnelle au Zimbabwe » à Bulawayo.
Les autorités devraient mener une enquête appropriée sur toutes ces attaques présumées et poursuivre les responsables d'abus, y compris les membres des forces de sécurité, a déclaré Human Rights Watch. De manière plus générale, le Zimbabwe devrait réformer les responsabilités et les procédures de ses forces de sécurité afin de garantir qu'elles agissent de manière professionnelle et conformément à la loi.
Le Zimbabwe devrait respecter les droits à la liberté d'expression et de réunion, tels que prévus par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, instruments qu'il a ratifiés.
« Les membres de la société civile et de l'opposition politique devraient être autorisés à agir librement et à se mobiliser contre les propositions du gouvernement », a conclu Idriss Ali Nassah. « Les amendements constitutionnels devraient faire l'objet d'un débat équitable et ouvert, sans crainte de répression. »
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Articles
RFI AfricaRadio
10.03.2026 à 05:00
Human Rights Watch
(Washington) – Les forces de sécurité haïtiennes et des prestataires privés qui travaillent avec elles ont mené des frappes meurtrières à grande échelle et apparemment illégales à l’aide de drones, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Ces frappes, dont certaines semblent avoir été des exécutions extrajudiciaires délibérées, ont été menées à l’aide de drones quadricoptères équipés d’explosifs dans des zones urbaines densément peuplées, tuant et blessant dans certains cas des dizaines de personnes, y compris des enfants et d’autres habitants qui n’étaient pas membres de groupes criminels.
Selon les données provenant de plusieurs sources examinées par Human Rights Watch, au moins 1 243 personnes ont été tuées par des frappes de drones lors de 141 opérations entre le 1er mars 2025 et le 21 janvier 2026, dont au moins 43 adultes qui n’appartenaient apparemment pas à des groupes criminels et 17 enfants. Les données montrent également que les frappes de drones ont blessé 738 personnes, dont au moins 49 n’appartenaient pas à des groupes criminels.
« Des dizaines de personnes ordinaires, dont de nombreux enfants, ont été tuées et blessées lors d’opérations de drones meurtrières », a déclaré Juanita Goebertus, directrice de la division Amériques à Human Rights Watch. « Les autorités haïtiennes devraient d’urgence encadrer les forces de sécurité et les prestataires privés qui travaillent pour elles, avant que d’autres enfants ne meurent. »
Le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti a attribué les attaques de drones en Haïti à une « Task Force » (force opérationnelle) créée par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et opérant avec le soutien de l’entreprise militaire privée Vectus Global. L’ambassadeur des États-Unis en Haïti a confirmé que le Département d’État américain avait délivré une licence à Vectus Global pour exporter des services de défense vers Haïti.
Human Rights Watch a mené des entretiens avec cinq proches de personnes tuées ou blessées lors d’une attaque perpétrée le 20 septembre 2025, ainsi que six acteurs communautaires, médecins et autres personnes qui se sont rendues sur place, ont parlé aux victimes ou les ont soignées après les faits. Les chercheurs se sont également entretenus avec le proche d’une femme tuée lors d’une autre frappe de drone le 1er janvier 2026. Le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) et le Comité de protection des enfants de la Cité de l’Éternel (Komite pwoteksyon pou timoun Site Letènèl, KPTSL), deux organisations de la société civile haïtienne, ont facilité les entretiens avec les proches.
Lors de l’attaque du 20 septembre, un drone équipé d’un dispositif explosif a détoné près du complexe sportif et culturel « Nan Pak » dans le quartier Simon Pelé de Port-au-Prince, la capitale, où des enfants s’étaient rassemblés pour une distribution de cadeaux organisée par le groupe criminel Simon Pelé. Human Rights Watch a constaté que 10 personnes qui n’étaient pas membres de groupes criminels, dont 9 enfants âgés de 3 à 12 ans, ont été tuées.
Le nombre d’attaques de drone armés à Port-au-Prince a considérablement augmenté ces derniers mois, avec 57 attaques signalées entre novembre et le 21 janvier, soit près du double des 29 attaques enregistrées entre août et octobre. Plus de 40 % des meurtres signalés ont eu lieu entre le 1er décembre et le 21 janvier. Le nombre moyen de personnes tuées par opération est de 8,8, l’opération la plus meurtrière ayant fait 57 victimes.
Les attaques ont eu lieu dans neuf communes du département de l’Ouest: Cabaret, Cité Soleil, Croix-Des-Bouquets, Delmas, Kenscoff, Léogâne, Pétion-Ville, Port-au-Prince et Tabarre. Human Rights Watch a révisé des données provenant de nombreuses sources concernant ces opérations.
Click to expand Image Répartition géographique des opérations de drones armés signalées par commune dans le département de l’Ouest en Haïti entre le 1er mars 2025 et le 21 janvier 2026. Source : analyse de Human Rights Watch des attaques signalées par des organisations opérant en Haïti. Analyse et graphique © 2026 Human Rights Watch.Certaines personnes vivant à Port-au-Prince ont dit à Human Rights Watch que les drones sont une source constante de terreur, empêchant certaines personnes de quitter leur domicile. « Je vis avec cette peur, cette anxiété, tout le temps », a déclaré une commerçante vivant à Martissant. « Je prie pour que les drones ne soient plus dans notre région. »
Ni le Premier ministre Fils-Aimé, ni la Police nationale d’Haïti, ni la société militaire privée Vectus Global n’ont répondu aux demandes de commentaires de Human Rights Watch.
Les chercheurs ont reçu des informations concernant deux essais échoués de drones armés par des membres de groupes criminels en mai 2025. La Direction centrale de la Police judiciaire mène une enquête sur des personnes qui auraient été impliquées dans le trafic de drones via la République Dominicaine pour le compte de groupes criminels. Le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti a signalé que des chefs de groupes criminels avaient tenté d’utiliser et d’acquérir des drones. Cependant, les chercheurs n’ont trouvé aucune preuve d’une utilisation généralisée par les groupes criminels.
Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié par Haïti, protège le droit à la vie. En vertu des normes internationales en matière de droits humains, les États sont tenus de veiller à ce que les agents des forces de l’ordre, y compris ceux employés par des entreprises de sécurité privées travaillant pour le gouvernement, s’efforcent de minimiser les blessures et de préserver la vie humaine.
L’utilisation délibérée et meurtrière d’armes à feu et d’autres armes n’est autorisée que lorsqu’elle est strictement inévitable pour protéger la vie d’une personne. Tout recours à la force, y compris la force non létale, doit être à la fois nécessaire et proportionnel.
Les autorités haïtiennes n’ont donné aucune indication laissant penser que les frappes de drones répondaient à une menace pour la vie qui aurait pu justifier l’usage délibéré et létal de la force par le biais de telles attaques. Au contraire, plusieurs de ces attaques semblent être des tentatives visant à cibler et à tuer des personnes dans des circonstances qui s’apparentent à des exécutions extrajudiciaires illégales.
Les autorités haïtiennes et tous les acteurs militaires privés qui collaborent avec elles devraient mettre en place des garanties solides afin de veiller à ce que tout recours délibéré à des drones armés d’explosifs ou d’autres armes ne se produise que dans les circonstances très limitées où le droit relatif aux droits humains l’autorise.
Les autorités devraient également enquêter de manière transparente sur toutes les allégations d’exécutions illégales, poursuivre les responsables et indemniser les familles touchées. Elles devraient clarifier publiquement la structure de commandement relative aux attaques de drones et le rôle que jouent les sociétés militaires privées dans ces opérations.
La Force de répression des gangs (FRG, ou GSF en anglais), une force internationale autorisée par le Conseil de sécurité de l’ONU et créée pour aider à combattre les groupes criminels en Haïti, devrait s’abstenir de fournir tout soutien opérationnel aux forces de sécurité haïtiennes jusqu’à ce que des garanties adéquates soient mises en place pour prévenir les homicides illégaux, et devrait exiger la transparence et la responsabilité des autorités haïtiennes comme condition à toute coopération de ce type.
Human Rights Watch a déjà documenté l’utilisation de drones quadricoptères armés dans des attaques contre des civils dans des zones peuplées dans le contexte des conflits armés en Ukraine et au Soudan. Human Rights Watch n’a connaissance d’aucune autre situation où des drones quadricoptères armés d’explosifs ont été utilisés à plusieurs reprises dans le cadre d’opérations de maintien de l’ordre.
« Il est essentiel de rétablir la sécurité en Haïti », a déclaré Juanita Goebertus. « Mais les attaques illégales à l’aide de drones armés ajoutent une nouvelle dimension aux violences qui dévastent déjà les communautés depuis des années. »
L’attaque du 20 septembre et ses conséquences
Le quartier densément peuplé de Simon Pelé, où a eu lieu l’attaque du 20 septembre 2025, est contrôlé par le groupe criminel Simon Pelé. Ce groupe impose ses propres règles et mécanismes d’application et commet de graves abus contre la population, notamment des meurtres et des violences sexuelles. Les habitants ont déclaré que leurs téléphones étaient régulièrement fouillés, tant à leur domicile que lorsqu’ils tentaient de quitter le quartier, et qu’ils craignaient d’être tués si le groupe les soupçonnait de coopérer avec la police.
De nombreuses familles vivant dans l’extrême pauvreté dépendent de l’aide distribuée par le groupe criminel, ont déclaré des habitants et des responsables communautaires. « Vous parlez d’une zone où il n’y a aucun service : pas d’école, pas de soins de santé, pas d’assainissement », a dit Rosy August Ducena, directrice de programme pour le RNDDH. « La plupart des gens y vivent en dessous du seuil de l’extrême pauvreté. »
Le jour de l’attaque, le chef du groupe criminel Simon Pelé, Albert Steevenson, alias Djouma, s’apprêtait à distribuer des cadeaux aux enfants dans un complexe récréatif dans le cadre de la célébration de son anniversaire. Les acteurs communautaires ont déclaré que de telles célébrations sont une pratique courante chez les groupes criminels. Des vidéos vérifiées par des chercheurs confirment que le complexe récréatif, un vaste espace semi-fermé orné de fresques colorées, avait déjà été utilisé comme salle de concert et continuait, depuis l’attaque, à servir de lieu de distribution de cadeaux et de complexe récréatif en plein air pour les enfants.
Click to expand Image Emplacement d’une attaque de drone armé dans le quartier Simon Pelé de Port-au-Prince le 20 septembre 2025. Source : Limites administratives : Centre National de l’Information Géo-Spatiale (CNIGS). Bien que Simon Pelé soit officiellement classé comme un quartier de la commune de Delmas, la majorité des sources locales le considèrent comme faisant partie de Cité Soleil. Section du service d’information sur le terrain (FISS) de l’OCHA. Analyse et graphique © 2026 Human Rights Watch. Click to expand Image Géolocalisation par Human Rights Watch d’une attaque de drone armé dans le quartier de Simon Pelé de Port-au-Prince le 20 septembre 2025. Image : 28 septembre 2025 © 2026 Planet Labs PBC. Analyse et graphique © 2026 Human Rights Watch.Les personnes avec lesquelles Human Rights Watch s’est entretenu ont déclaré que bon nombre des enfants touchés jouaient près du complexe, attendant la distribution des cadeaux ou accompagnant des gardiens qui y faisaient des courses. Les membres de la famille et les témoins ont décrit une scène de chaos et de panique lorsque l’explosion s’est produite, avec des dizaines de blessés attendant de l’aide.
Selon Médecins Sans Frontières, au moins 17 personnes blessées dans l’attaque ont été soignées dans des hôpitaux ce jour-là. Parmi elles, 9, dont 3 enfants, sont décédées. Une médecin qui a soigné les victimes a déclaré que les blessures les plus courantes qu’elle avait observées étaient des amputations traumatiques partielles et complètes, la plupart des patients qu’elle avait soignés ayant perdu au moins un membre et ayant des fractures ouvertes et complexes.
La médecin a ajouté que les blessures par fragmentation causées par l’explosion étaient également fréquentes. Les blessures les plus graves semblaient avoir été causées par un traumatisme contondant, l’explosion ayant très probablement projeté des personnes contre des objets ou des bâtiments ou provoqué la chute d’objets sur elles.
Les membres des familles ont déclaré que l’attaque s’était produite juste à l’extérieur du complexe récréatif entre 19 h et 20 h 30. Les résidents touchés ont déclaré qu’ils se trouvaient à proximité du complexe, certains d’entre eux faisant des courses pendant que leurs enfants jouaient dans la zone proche du site de distribution de cadeaux, lorsque l’explosion s’est produite.
Une résidente qui a perdu sa fille de 3 ans et son mari, un artisan qui travaillait à l’extérieur sur le site de l’explosion, a déclaré :
J’ai entendu le bruit de l’explosion […] Mon conjoint et ma fille étaient ensemble, dans un espace où mon conjoint [confectionne] son artisanat.… Il y avait de la panique, je voulais aller voir ce qui s’était passé […] Je n’avais pas vu [leurs corps] sur place. J’ai vu du sang dans les espaces où ils se trouvaient […] On m’a emmenée à l’hôpital Terre Noire pour les voir. Quand je les ai vus, le pied de ma fille était broyé, et elle avait d’autres trous dans son corps. [Mon conjoint] aussi avait un pied broyé, aussi beaucoup de trous de projectiles, dans son cou.
Une autre femme, dont la fille de 6 ans a été tuée, a déclaré qu’elle faisait la lessive chez elle, près du complexe « Nan Pak », et qu’elle était sortie brièvement pour acheter de la nourriture pendant que sa fille jouait à proximité : « Lorsque je suis arrivée vers la marchande, j’ai entendu une explosion. C’était le chaos, les gens étaient mutilés, il y avait des bruits partout […] C’était plein d’enfants, beaucoup de personnes étaient mortes. »
Elle a immédiatement enterré sa fille, seule, expliquant qu’elle était trop sous le choc pour attendre de l’aide. « Son visage, sa cage thoracique, et même au niveau de son cœur, tout cette partie avait été atteinte. », a-t-elle déclaré.
Un habitant arrivé peu après l’explosion a vu une femme assise sur le site avec son bébé. « L’explosion avait enlevé les deux pieds du bébé. », a-t-il déclaré. « Deux femmes et un homme ont aussi perdu leurs pieds, au moment. Je ne suis pas arrivé tout de suite, donc il devait y avoir encore plus de blessés avant. »
Une autre femme a déclaré que sa fille de 21 ans avait été blessée alors qu’elle achetait de la nourriture près du complexe. Un fragment de métal propulsé par l’explosion a traversé le corps de sa fille, la touchant près de la hanche et ressortant par son dos, a-t-elle dit. Sa fille a survécu, mais a passé 22 jours à l’hôpital.
Une membre de la communauté d’un autre quartier de Cité Soleil a déclaré avoir accepté de s’occuper de jumeaux de 3 ans lorsque leur père lui a appris que leur mère avait été tuée dans l’attaque.
Click to expand Image Lieu de l'impact d'un drone où au moins 8 enfants ont été tués et 6 autres blessés, Port-au-Prince, Haïti, 22 septembre 2025. © 2025 Pierre Luxama/AP PhotoL’analyse par Human Rights Watch des images et vidéos pris après l’attaque indique que les dégâts correspondent à l’explosion d’un dispositif contenant des explosifs puissants et des fragments préformés. Les dégâts correspondent également à la charge explosive puissante dont sont capables les drones quadricoptères utilisés en Haïti, compte tenu de leur taille et de leur poids.
Plusieurs habitants ont déclaré que l’explosion s’était produite dans une zone où vivaient de nombreuses familles. La femme qui a perdu sa fille de 6 ans a déclaré : « Dans les espaces où se trouvent les gangs, il y a des personnes innocentes, des personnes qui élèvent leurs enfants, qui prennent des directions normales. »
Certains habitants ont déclaré que les membres des groupes criminels avaient empêché les familles de récupérer les corps ou d’enterrer leurs proches, visant, selon eux, à maintenir le contrôle sur le quartier et les informations relatives aux attaques de drones.
Un homme, dont le fils de 43 ans vendait des jus de fruits dans le quartier et a été tué, a dit que certains membres du groupe criminel avaient transporté des blessés à l’hôpital voisin dans leurs voitures. Il a précisé que son fils ne faisait pas partie du groupe criminel.
Le père d’un homme qui a été tué et plusieurs autres ont déclaré que le groupe criminel avait organisé et contrôlé l’accès à des funérailles dans le complexe « Nan Pak ». « Nous ne pouvions que regarder de l’extérieur, observer comme n’importe quel passant, comme si nous n’étions personne », a déclaré le père. Certains habitants ont déclaré que seules les personnes qui avaient accepté de l’argent ou le soutien du groupe criminel avaient été autorisées à assister aux funérailles.
La femme qui a perdu sa fille et son conjoint a déclaré qu’elle n’avait pas les moyens de payer les funérailles et qu’elle avait dû laisser leurs corps à la morgue.
Les habitants avec lesquels Human Rights Watch s’est entretenu en novembre 2025 ont déclaré que des drones continuaient de survoler la communauté quotidiennement. Une habitante a déclaré avoir vu des drones « à longueur de journée, tous les jours » et que les gens gardaient leurs enfants près d’eux lorsqu’ils les voyaient, par crainte de ce qui s’était passé le 20 septembre.
Frappe du 1er janvier et autres attaques
Human Rights Watch s’est entretenu avec une témoin d’une autre frappe de drone qui a eu lieu le 1er janvier 2026 dans le centre-ville de Port-au-Prince et qui a tué au moins une personne qui n’était pas membre d’un groupe criminel. Human Rights Watch a confirmé la date et le lieu de la frappe de drone auprès d’une source disposant d’informations fiables sur les opérations de drones.
Une commerçante a déclaré qu’entre 12 h 30 et 13 h, elle se rendait avec sa cousine au centre-ville de Port-au-Prince dans des véhicules séparés lorsqu’elle a vu un drone tomber et exploser sur le camion qui transportait sa cousine.
Cette femme a fui l’explosion, mais elle est revenue sur les lieux quelques minutes plus tard, où elle a trouvé sa cousine morte. Elle a déclaré qu’elle n’avait pas pu récupérer le corps, car elle aurait dû payer les groupes criminels pour obtenir la dépouille.
Elle a déclaré n’avoir vu ni entendu aucun signe de menace avant l’explosion. « J’étais au téléphone avec ma cousine quand l’explosion est arrivée, donc je savais que [sa camionnette] avait été touchée, mais je ne sais pas pourquoi ils l’ont frappée », a-t-elle déclaré.
Human Rights Watch a également examiné et analysé des vidéos et des images montrant l’utilisation de drones quadricoptères explosifs dans d’autres attaques présumées contre des personnes, des véhicules et des bâtiments à Port-au-Prince.
Compilation vidéo mise en ligne sur le réseau social X le 16 juin 2025, montrant quatre drones quadricoptères frappant un bâtiment à Martissant.
Les vidéos analysées par Human Rights Watch montrent des drones quadricoptères volant vers leur cible et explosant au moment de l’impact ou quelques instants avant. Les vidéos géolocalisées par Human Rights Watch montrent des attaques de drones quadricoptères contre des personnes dans la rue, ainsi que contre des bâtiments et des véhicules dans les quartiers de Martissant et Village de Dieu à Port-au-Prince. Une vidéo mise en ligne sur les réseaux sociaux le 17 juin montre en direct quatre drones quadricoptères frappant des personnes et deux bâtiments à Martissant.
Vidéo mise en ligne sur réseau social X le 31 mai 2025, montrant une attaque de drone armée dans une cour à Village de Dieu.
Dans une autre vidéo, un drone filme un drone quadricoptère volant vers une cour à Village de Dieu et explosant juste au-dessus du sol. Neuf personnes, dont deux semblent être armées, se précipitent pour se mettre à l’abri peu avant l’explosion du drone. La vidéo ne montre pas les personnes attaquées commettre des actes de violence ou sembler représenter une menace imminente pour la vie avant l’attaque. La vidéo ne permet pas de déterminer si des personnes ont été blessées ou tuées. La vidéo passe ensuite à une route, également à Village de Dieu, où un drone suit un véhicule avec sa caméra. Un deuxième drone frappe la voiture.
Click to expand Image Capture d’écran d’une vidéo mise en ligne sur le réseau social X le 28 novembre 2025, montrant un drone quadricoptère au sol et ce qui semble être une munition imprimée en 3D non explosée.Les chercheurs ont également examiné des photos et des vidéos publiées sur les réseaux sociaux montrant des drones quadricoptères retrouvés au sol, apparemment dans la capitale haïtienne, ainsi que ce que semblent être des munitions non explosées. Ces munitions ressemblent à des modèles de munitions pour drones imprimées en 3D que l’on peut trouver en ligne. Les chercheurs n’ont pas pu confirmer l’emplacement des drones et des munitions en raison du manque d’informations géographiques dans les images.
Les munitions non explosées laissées par des drones armés qui ne fonctionnent pas présentent des risques graves et peuvent entraîner des pertes humaines directes ou des blessures graves pouvant causer une invalidité permanente ou des cicatrices à vie et des traumatismes psychologiques.
Les forces de sécurité et le rôle des entrepreneurs privés
Le 1er mars 2025, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a annoncé que lui-même et le Conseil présidentiel de transition avaient créé une « force opérationnelle » (« Task Force ») chargée de mettre terme à l’avancée des groupes criminels. Le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti a dit que le Cabinet du Premier ministre, l’Unité de sécurité du Premier ministre et l’Unité de sécurité générale du Palais national coordonnaient la « Task Force », qui est responsable des opérations de drones.
Le Premier ministre a déclaré que le groupe de travail était initialement dirigé par l’inspecteur général de la police, Vladimir Paraison. Paraison est devenu chef par intérim de la Police nationale d’Haïti le 8 août 2025. À partir du 4 janvier 2026, la police et Paraison ont publié sur des informations sur les réseaux sociaux concernant plusieurs opérations conjointes entre la police et la « Task Force ».
Le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti et d’autres sources bien informées ont déclaré que la « Task Force » opérait avec le soutien de Vectus Global, une entreprise militaire privée dirigée par Erik Prince. L’ancienne entreprise militaire privée de Prince, Blackwater, a été impliquée dans des crimes graves en Irak en septembre 2007, lorsque ses employés ont ouvert le feu sur des civils irakiens, tuant 17 personnes.
Prince a déclaré que Vectus Global avait signé un contrat d’un an avec le gouvernement de transition haïtien et avait engagé des opérateurs salvadoriens pour aider la police haïtienne à utiliser des drones armés.
Human Rights Watch a envoyé des lettres au Premier ministre haïtien, à la Police nationale d’Haïti et à Vectus Global pour leur faire part de ses conclusions sur les attaques de drones documentées et leur demander une réponse. Au moment de la rédaction du présent rapport, aucun d’entre eux n’avait répondu.
Click to expand Image Emblème visible sur les vidéos mises en ligne sur la chaîne « Haitian Security Task Force » sur le réseau social X.Human Rights Watch a également analysé deux vidéos mis en ligne en mai 2025 sur une page X intitulée « Haitian Security Task Force » (Force opérationnelle haïtienne pour la sécurité) montrant six frappes de drones, dont deux ont été géolocalisées par les chercheurs à Port-au-Prince. Les vidéos sont superposées d’un emblème sur lequel on peut lire « Task Force Haïti Sécurité ». Une source qui a archivé les images et les a partagées avec les chercheurs de Human Rights Watch a déclaré que la page avait publié un premier message le 8 mai et avait été supprimée le 26 mai.
Le Premier ministre Fils-Aimé a déclaré au Wall Street Journal en août 2025 que les opérations de drones avaient « arrêté l’hémorragie » et poussé les membres des groupes criminels à se cacher. Il a également déclaré que « la sécurité des citoyens innocents est une priorité du gouvernement » et que « la mort d’un seul civil est une mort de trop ». Cependant, au moment de la rédaction du présent rapport, les familles des victimes interrogées ont déclaré n’avoir eu aucun contact avec les autorités gouvernementales au sujet des meurtres, ni accès à la justice ou à des réparations.
Droit international applicable en matière de droits humains
Au moins certaines des frappes de drones analysées par Human Rights Watch semblent avoir été des tentatives d’exécutions extrajudiciaires. Les responsables haïtiens n’ont fait aucune déclaration qui tendrait à contredire cette analyse et n’ont pas répondu à la demande de commentaires sur ce point et d’autres. Les exécutions extrajudiciaires constituent des violations illégales du droit à la vie et du droit à un procès équitable en vertu du droit international, et les responsables de ces meurtres doivent être tenus pour responsables.
En vertu du droit international relatif aux droits humains, l’usage délibéré et létal de la force dans le cadre de l’application de la loi ne peut être autorisé que lorsqu’il est inévitable pour protéger des vies. Certains experts de l’ONU ont averti que l’utilisation de drones pouvait dépersonnaliser le maintien de l’ordre, rendant plus difficile la garantie d’un usage minimal et approprié de la force, en particulier dans les environnements urbains complexes et densément peuplés.
Un livre de ressources de l’ONU sur l’usage de la force et des armes à feu dans le cadre de l’application de la loi note que les « armes militaires » – qui comprennent les drones quadricoptères équipés d’explosifs conçus pour attaquer des cibles et produire des effets de zone – « peuvent être inappropriées pour l’application de la loi et, compte tenu de leur nature, elles peuvent rendre plus difficile le respect de l’obligation d’utiliser la force minimale nécessaire pour atteindre l’objectif légitime de l’application de la loi ».
Le guide précise en outre que les instruments militaires « de type offensif » ne devraient généralement « pas être utilisés dans le cadre du maintien de l’ordre » et que, « s’ils sont nécessaires dans une situation particulière, ils ne doivent être utilisés que par une unité spéciale formée à leur utilisation, sous une supervision particulière et après une autorisation stricte au plus haut niveau ».
Les autorités haïtiennes devraient s’abstenir d’utiliser des drones armés équipés d’explosifs, en raison de la difficulté d’utiliser ces armes d’une manière conforme à l’obligation d’utiliser la force minimale nécessaire pour atteindre un objectif légitime de maintien de l’ordre. L’utilisation d’explosifs conçus pour produire des effets létaux sur une zone, y compris avec des fragments préformés ou naturels, devrait au minimum être sévèrement restreinte dans les opérations de maintien de l’ordre.
Toute utilisation supplémentaire ou proposée de ce type de drones armés et des différents types de munitions explosives qu’ils transportent devrait faire l’objet d’une évaluation formelle et approfondie afin de déterminer si et dans quelles circonstances ces armes pourraient être utilisées d’une manière conforme aux normes internationales en matière de droits humains.
Toute évaluation devrait inclure une évaluation technique, tenant compte des limites, de la fiabilité et de la précision des drones ; une évaluation de leurs effets, y compris les risques liés à l’utilisation d’explosifs dans les villes et les agglomérations ; et une évaluation de l’impact global potentiel de leur utilisation sur les droits humains.
Les autorités devraient également garantir la transparence et l’obligation de rendre des comptes en cas de décès illégal résultant d’une opération de sécurité, et mener des enquêtes rapides, approfondies et indépendantes afin de divulguer, dans la mesure du possible, le nombre et l’identité des victimes, et fournir une réparation adéquate en cas de violations.
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Articles
RFI L’actualité Ouest France
Le Devoir Sud-Ouest Le Nouvelliste
Courrier international
Radio
France Inter
10.03.2026 à 05:00
Human Rights Watch
(Nairobi) – Un groupe armé lié à Al-Qaïda a sommairement exécuté dix chauffeurs routiers longue distance et deux apprentis chauffeurs routiers adolescents fin janvier 2026 dans le sud-ouest du Mali, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Ces meurtres, commis lors d'une attaque contre un convoi de camions-citernes, constituent des crimes de guerre manifestes.
Le 29 janvier, des combattants du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM ou Jama'at Nusrat al-Islam wa al-Muslimeen, JNIM) ont attaqué un convoi d’au moins 40 camions-citernes escorté par l'armée en route pour la ville de Kayes, dans la région de Kayes. Des témoins ont déclaré que les combattants du GSIM avaient tiré sur le convoi, que les soldats avaient riposté, puis qu'ils avaient incendié au moins 12 camions et exécuté les chauffeurs et leurs apprentis. Les corps des victimes ont été retrouvés deux semaines plus tard, les yeux bandés, les mains liées derrière le dos et la gorge tranchée.
« L'exécution sommaire de 12 chauffeurs de camions par le GSIM est le dernier exemple en date de la dépravation de ce groupe armé et de son mépris pour les principes juridiques de base », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Tous les groupes armés sont tenus de protéger les civils en vertu du droit international. »
Entre le 30 janvier et le 28 février, Human Rights Watch a mené des entretiens à distance avec 12 personnes, dont trois témoins de l'attaque, un proche d'une des victimes et huit journalistes, responsables syndicaux et villageois. Human Rights Watch a également géolocalisé une vidéo partagée en ligne le 29 janvier qui montre au moins 11 camions-citernes incendiés ou encore en flammes sur la route, à environ sept kilomètres au sud du village d'Ambidédi.
Click to expand Image Lieu de l'attaque du convoi. Graphique © 2026 Human Rights WatchDans un communiqué publié le jour de l'attaque, le GSIM a revendiqué avoir pris pour cible les troupes maliennes entre Diboli et Kayes, mais n'a fourni aucune autre information. Les autorités maliennes n'ont fait aucune déclaration publique sur cet incident et n'ont pas répondu à une lettre envoyée par Human Rights Watch le 2 mars pour recueillir leurs commentaires.
Depuis septembre 2025, le GSIM a coupé l'approvisionnement en carburant du Mali, bloquant et attaquant les convois de camions-citernes en provenance des pays voisins et provoquant de graves pénuries qui ont interrompu les transports, perturbé l'approvisionnement en électricité, fait grimper les prix et paralysé la vie quotidienne à Bamako, la capitale, ainsi qu’ailleurs. Bina Diarra, connu sous le nom d'Abou Houzeifa Al-Bambari, l'un des hauts dirigeants du GSIM au Mali, a déclaré à tort dans une vidéo de novembre 2025 que tous les véhicules de transport de carburant étaient des « cibles militaires ».
Trois chauffeurs de camion et d'autres témoins ont expliqué que le convoi avait quitté Dakar, au Sénégal, le 27 janvier et avait traversé la frontière pour rejoindre Diboli, au Mali, le 28 janvier. Ils ont déclaré que des voyageurs et des chauffeurs de bus sur la route nationale 1 les avaient avertis que la route n'était pas sûre, les combattants islamistes arrêtant les véhicules pour contrôler l'identité des passagers. Cependant, les chauffeurs ont également déclaré que des soldats maliens basés à Kayes s'étaient rendus à Diboli sans incident le 28 janvier pour escorter le convoi sur la même route le lendemain.
Les chauffeurs de camion ont déclaré que, comme il n'y avait pas de menace imminente et que prolonger leur séjour à Diboli augmenterait le risque, le convoi a poursuivi sa route comme prévu le 29 janvier. « Lorsque nous avons quitté Diboli, nous pouvions sentir la peur dans nos têtes et nos estomacs », a déclaré un chauffeur de camion de 48 ans. « Nous craignions que ce soit notre dernier voyage. »
Les chauffeurs routiers et les habitants ont déclaré que le convoi était destiné à approvisionner Kayes et d'autres localités de la région en carburant. Si le carburant est utilisé à des fins civiles, il joue également un rôle crucial dans le maintien des opérations militaires au Mali et peut constituer une cible militaire légitime. La région de Kayes compte plusieurs bases militaires, dont le quartier général de la 4e région militaire.
Des témoins ont déclaré que le convoi s'étendait sur environ 1,5 kilomètre sur la route nationale 1 et était escorté par sept véhicules militaires. « Il y avait six camionnettes militaires et un Landcruiser [militaire] avec au moins quatre soldats dans chaque véhicule », a déclaré un chauffeur routier de 50 ans. « Quatre véhicules [militaires] [se trouvaient] en tête du convoi, et trois autres se déplaçaient entre la fin et le milieu [du convoi]. »
Les combattants du GSIM ont attaqué le convoi vers 9 h 30, à environ 7 kilomètres au sud du village d'Ambidédi et à 43 kilomètres de Kayes. Des images satellites prises le 29 janvier à 11 h 55 montrent d'énormes panaches de fumée s'élevant du lieu de l'attaque.
Click to expand Image Image satellite prise le 29 janvier à 11 h 55 qui montrent d'énormes panaches de fumée s'élevant du lieu de l'attaque à environ 7 kilomètres au sud du village d'Ambidédi, au Mali. Image © 2026 Planet Labs PBC. Graphique © 2026 Human Rights WatchDes témoins ont déclaré que les assaillants avaient ouvert le feu sur l'avant du convoi, déclenchant un échange de tirs, les soldats en position avancée ripostant et ceux à l'arrière avançant pour les renforcer. Les assaillants se sont ensuite mis à tirer vers le milieu et l'arrière du convoi. « J'ai vu des djihadistes à moto, ils portaient des turbans et criaient « Allah Akbar » », a déclaré le chauffeur de 48 ans. « Ils ont commencé à tirer, les militaires ont riposté et c'est dans la fusillade que j'ai sauté de mon camion et pris la fuite. »
Selon des témoins, la plupart des chauffeurs en tête du convoi ont suivi les conseils des soldats de ne pas paniquer et de ne pas s'arrêter, tandis que certains plus en arrière ont abandonné leurs camions et pris la fuite ou fait demi-tour. Les combattants du GSIM ont capturé plusieurs de ceux qui fuyaient, en exécutant 12 par la suite et en libérant d’autres. Le GSIM a abandonné les 12 corps sur le bord de la route. « Personne n'a osé les récupérer par crainte d'une autre attaque », a déclaré un chauffeur routier de 45 ans.
Le 9 février, le Syndicat national des chauffeurs et conducteurs routiers du Mali (SYNACOR) a appelé à une grève nationale, exhortant les autorités à récupérer les corps et à les rendre à leurs familles ou à assurer leur inhumation. Le 11 février, des soldats ont récupéré les corps. Un homme a déclaré que les victimes, dont deux adolescents, avaient été retrouvées les yeux bandés, les mains liées derrière le dos et la gorge tranchée. Le lendemain, l'armée a enterré les corps au cimetière de Kayes.
Le gouvernement n'a fourni aucune information aux familles des chauffeurs portés disparus depuis l'attaque. Le frère de l'un d'entre eux a déclaré s'être rendu à l'hôpital régional de Kayes, où l'armée avait emmené plusieurs chauffeurs routiers blessés. « Le médecin m'a dit qu'il ne faisait pas partie des six blessés admis », a déclaré cet homme, qui ignore toujours si son frère est mort ou vivant.
Human Rights Watch a reçu une liste de six chauffeurs disparus : deux Sénégalais âgés de 39 et 49 ans, deux Maliens âgés de 46 et 52 ans, un Burkinabè âgé de 35 ans et un Ivoirien âgé de 47 ans.
Toutes les parties au conflit armé au Mali sont tenues de respecter le droit international humanitaire. En vertu du droit de la guerre coutumier, les forces attaquantes doivent à tout moment faire la distinction entre les civils et les combattants. Les attaques délibérées contre des civils et les biens civils sont interdites. L'article 3 commun aux quatre Conventions de Genève de 1949 interdit le meurtre et les traitements cruels de toute personne détenue, qu'il s'agisse d'un civil ou d'un combattant capturé. Les violations graves du droit de la guerre commises avec une intention criminelle, c'est-à-dire délibérément ou par imprudence, constituent des crimes de guerre.
La légalité de l'attaque contre le convoi dépendrait de la question de savoir si les assaillants ont pris ou non toutes les mesures possibles pour vérifier que le carburant était destiné à l'usage des forces armées. Que l'attaque contre les camions ait été légale ou non, le traitement cruel et l'exécution des chauffeurs de camion étaient clairement illégaux, a déclaré Human Rights Watch.
« Le massacre des chauffeurs routiers souligne la nécessité pour les autorités maliennes d'intensifier leurs efforts pour protéger les civils et traduire en justice les responsables d'abus », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Le gouvernement devrait solliciter l'aide de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples dans le cadre de cette initiative. »
09.03.2026 à 05:01
Human Rights Watch
Mise à jour 09/03/26 : Depuis la publication de ce communiqué, le nombre de morts suite aux frappes israéliennes a augmenté, s’élevant à 394 décès au 8 mars selon le ministère libanais de la Santé.
(Beyrouth) – L'armée israélienne a utilisé illégalement des munitions au phosphore blanc lors de tirs d’artillerie au-dessus d’habitations le 3 mars dans la ville de Yohmor, dans le sud du Liban, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.
Human Rights Watch a vérifié et géolocalisé huit photos montrant des explosions de munitions au phosphore blanc dans le ciel au-dessus d'un quartier résidentiel de Yohmor, suivies de l’intervention d’agents de la défense civile libanaise, afin d’éteindre des incendies dans au moins deux maisons et une voiture dans cette zone.
« L'utilisation illégale de phosphore blanc par l'armée israélienne au-dessus de zones résidentielles est extrêmement alarmante, et aura des conséquences désastreuses pour les civils », a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch. « Les effets incendiaires du phosphore blanc peuvent causer la mort, ou des blessures cruelles qui entraînent des souffrances à vie. »
Le phosphore blanc est une substance chimique dispersée par des obus d’artillerie, des bombes ou des roquettes, et qui s’enflamme au contact de l'oxygène. Cette substance peut mettre le feu à des habitations, à des zones agricoles et à d’autres biens civils. En vertu du droit international humanitaire, l’utilisation de munitions au phosphore blanc à explosion aérienne dans des zones peuplées est illégalement indiscriminée, et ne respecte pas l’obligation légale de prendre toutes les précautions possibles pour éviter de nuire aux civils.
Human Rights Watch a authentifié et géolocalisé une photo publiée sur les réseaux sociaux dans la matinée du 3 mars, montrant la dispersion de phosphore blanc dans le ciel suite à l’explosion d’au moins deux obus d’artillerie au-dessus d'un quartier résidentiel de Yohmor, dans le sud du Liban. Human Rights Watch a identifié la forme du nuage de fumée causé par les explosions aériennes sur la photo comme étant conforme au type de panache de fumée blanche, d’une forme semblable aux jointures d'un poing, produit par l’explosion du projectile d'artillerie de 155 mm de la série M825 au phosphore blanc.
Précédemment, le 2 mars à 5h27, Avichay Adraee, porte-parole arabophone de l’armée israélienne, avait publié un ordre d'évacuation enjoignant les habitants de Yohmor et de 50 autres villages et villes d’« évacuer immédiatement [leurs maisons] et [de] s'éloigner des villages vers des territoires situés à une distance d'au moins 1 000 mètres du village ». Adraee a répété cette déclaration à 12h12 le même jour. Human Rights Watch n'a pas été en mesure de vérifier si des personnes se trouvaient dans la zone ou avaient été blessées à la suite de l'utilisation de phosphore blanc.
Human Rights Watch a précédemment documenté l'utilisation massive de phosphore blanc par l'armée israélienne entre octobre 2023 et mai 2024 dans des villages frontaliers du sud du Liban, ce qui a exposé les civils à un grave danger et provoqué le déplacement de nombreux habitants.
Le phosphore blanc peut être utilisé selon divers objectifs, notamment pour occulter, marquer, ou signaler des opérations militaires, ou pour attaquer directement le personnel et le matériel militaires de l’ennemi. Les inquiétudes concernant son utilisation dans des zones peuplées sont amplifiées par la technique montrée dans des vidéos de projectiles au phosphore blanc explosant en vol, qui dispersent 116 tampons de feutre imprégnés de la substance sur une zone de 125 à 250 mètres de diamètre, selon l'altitude et l'angle de l'explosion, exposant sans discernement davantage de civils et de structures civiles à des dommages potentiels qu'une explosion au sol localisée.
Human Rights Watch a également vérifié et géolocalisé des photos publiées sur Facebook le 3 mars à 11h34 et à 13h36 par l'équipe de défense civile du Comité islamique de la santé, affilié au groupe armé libanais Hezbollah, à Yohmor. Ces photos montrent des membres de l’équipe éteignant des incendies sur les toits d'habitations et dans une voiture, ainsi que de la fumée s'échappant des balcons d'une maison ; l'équipe de défense civile a attribué ces incendies au phosphore blanc. Les sites géolocalisés se trouvent dans un rayon de moins de 160 mètres.
Selon l'analyse de Human Rights Watch, ces incendies ont probablement été causés par des morceaux de feutre imprégnés de phosphore blanc, compte tenu de la proximité de la maison et de la voiture avec la zone où des munitions à explosion aérienne ont été observées ; ceci indique que ces munitions ont été utilisées de manière illégale au-dessus d’une zone de concentration de civils.
Au 6 mars, suite à la récente escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah le 2 mars, au moins 217 personnes ont été tuées au Liban, selon le ministère de la Santé ; en outre, des centaines de milliers de personnes ont été déplacées.
L'armée israélienne a émis des ordres d'évacuation adressés à l'ensemble de la population du Liban au sud du fleuve Litani, ainsi qu’à tous les habitants de la banlieue sud de Beyrouth, soit des centaines de milliers de personnes. La nature radicale des ordres d'évacuation émis par l'armée israélienne soulève des inquiétudes quant au fait que leur objectif premier n'est pas de protéger les civils, mais plutôt de semer la terreur et la panique, en particulier dans le contexte des récentes évacuations à grande échelle de civils au Liban. Ceci augmente considérablement le risque qu’Israël procède ainsi à un déplacement forcé, un crime de guerre, a observé Human Rights Watch.
Israël devrait interdire toute utilisation de munitions au phosphore blanc lors de tirs d’artillerie dans les zones peuplées, car cette utilisation expose les civils à des attaques indiscriminées. Il existe des alternatives au phosphore blanc dans les obus fumigènes, dont certaines produites par des entreprises israéliennes, comme le projectile fumigène M150 que l'armée israélienne a utilisé dans le passé afin de masquer la visibilité de ses forces. Ces alternatives peuvent avoir le même effet, et réduire considérablement les dommages causés aux civils.
Human Rights Watch a précédemment appelé les principaux alliés Israël, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Allemagne, à suspendre leurs ventes d'armes et aide militaire à Israël, et à imposer des sanctions ciblées aux responsables impliqués de manière crédible dans des crimes graves. Les autorités judiciaires libanaises devraient ouvrir des enquêtes nationales sur les crimes internationaux graves, et le gouvernement devrait adhérer au Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI), et soumettre une déclaration acceptant la compétence de la Cour avant la date d'adhésion, y compris depuis au moins le 7 octobre 2023.
L'utilisation généralisée du phosphore blanc par Israël dans le sud du Liban met en évidence la nécessité d'une législation internationale plus stricte en matière d'armes incendiaires, a déclaré Human Rights Watch. Le Protocole III de la Convention sur les armes classiques est le seul instrument juridiquement contraignant consacré spécifiquement aux armes incendiaires. Le Liban est un État partie au Protocole III, alors qu’Israël n’y a pas adhéré.
Le Protocole III définit une arme incendiaire comme toute arme « essentiellement conçue » pour provoquer des incendies ou des brûlures, et exclut donc certaines munitions polyvalentes à effet incendiaire, notamment celles contenant du phosphore blanc. En outre, dans le cas d’une attaque contre une « concentration de civils », le Protocole comporte une règlementation moins stricte si les armes incendiaires sont tirées depuis le sol – comme celles utilisées par Israël au Liban – que si elles sont larguées par voie aérienne, même si elles provoquent les mêmes blessures horribles.
Le terme « concentration de civils » est définie de manière large, comprenant les « parties habitées des villes […] ou des villages », ainsi que les camps de réfugiés. Human Rights Watch et de nombreux pays appellent depuis longtemps à rectifier les lacunes du Protocole III, et à créer des normes internationales qui protègent mieux les civils des dommages causés par les armes incendiaires.
« Israël devrait immédiatement mettre fin à cette pratique, et les États qui fournissent à ce pays des armes, y compris des munitions au phosphore blanc, devraient immédiatement suspendre leurs ventes d'armes et leur aide militaire, et exhorter Israël à cesser de tirer ces munitions sur des zones résidentielles », a conclu Ramzi Kaiss.
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07.03.2026 à 21:28
Human Rights Watch
(Beyrouth, 7 mars 2026) – Une attaque illégale contre une école primaire dans le sud de l’Iran dans la matinée du 28 février, qui aurait tué plusieurs dizaines de civils dont de nombreux enfants, devrait faire l'objet d'une enquête en tant que crime de guerre, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.
Cette attaque a eu lieu dans le cadre de centaines de frappes menées contre l'Iran par les forces américaines et israéliennes dans la matinée du 28 février. Ni les États-Unis ni Israël n'ont revendiqué la responsabilité de cette attaque ; un porte-parole de l'armée israélienne a déclaré à Human Rights Watch qu'il n'avait « connaissance d'aucune frappe [militaire israélienne] dans la région ». Le gouvernement iranien a accusé la coalition américano-israélienne d'être responsable de cette attaque.
L'école primaire Shajareh Tayyebeh, située dans la ville de Minab, dans la province d'Hormozgan, se trouve à l'intérieur de l'enceinte d'un complexe des forces navales du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Cependant, les informations examinées par Human Rights Watch montrent que l'école est entourée d'un mur et dispose d'une entrée séparée de celle du reste du complexe.
Le schéma des frappes, qui ont directement touché des structures distinctes à travers le complexe, y compris l'école, ainsi que les points d'impact des munitions qui sont visibles sur plusieurs bâtiments, indiquent que cette attaque a été menée à l'aide de munitions guidées de haute précision. Il ne semble pas s’agir de frappes erronées menées par des armes dont les systèmes de guidage ou de propulsion auraient échoué, ou auraient été perturbés de manière à frapper cette zone de manière aléatoire.
« Une enquête rapide et approfondie devrait être menée sur cette attaque, notamment pour déterminer si les responsables savaient qu'il y avait une école à cet endroit, et qu'elle serait remplie d'enfants et d'enseignants avant midi », a déclaré Sophia Jones, chercheuse en sources ouvertes auprès du Laboratoire d'enquêtes numériques de Human Rights Watch. « Les responsables de cette attaque illégale devraient être tenus de rendre des comptes, y compris par le biais de poursuites judiciaires contre toute personne responsable de crimes de guerre. »
Carte de Minab Click to expand Image Carte de la ville de Minab, dans le sud de l’Iran, montrant plusieurs sites dont celui de l'école primaire Shajareh Tayyebeh. © 2026 Human Rights WatchHuman Rights Watch a vérifié et analysé 14 vidéos et photographies publiées sur les réseaux sociaux, enregistrées immédiatement après l'attaque ou pendant les opérations de recherche et de sauvetage, ainsi que 4 autres provenant des funérailles. Les chercheurs ont également examiné une quarantaine d'images satellite accessibles au public, enregistrées au cours des 25 dernières années, ainsi que des images satellite enregistrées après l'attaque et disponibles par achat ; ces images montrent le site de l'attaque, ainsi que le cimetière voisin où les victimes ont apparemment été enterrées. Les chercheurs ont également examiné les déclarations de la Société du Croissant-Rouge iranien et de responsables gouvernementaux iraniens, israéliens et américains, ainsi que les articles publiées par des médias indépendants hors d'Iran.
En raison de la coupure d'Internet et des restrictions de communication imposées par les autorités iraniennes, Human Rights Watch n'a pas été en mesure de mener de manière sûre des entretiens avec des témoins ou des membres des familles des personnes tuées lors de l'attaque. Ceci a limité la capacité des chercheurs à vérifier le nombre exact et l'identité des enfants et des autres personnes tuées, ainsi que d'autres détails liés à l'attaque. Cependant, les chercheurs ont interrogé deux sources qui s'étaient entretenues avec des témoins et des proches des victimes. Human Rights Watch enquête également sur les frappes des forces iraniennes contre des cibles dans des pays du Moyen-Orient.
La nature exacte des différentes sections du complexe du CGRI, la mesure dans laquelle les installations étaient utilisées à des fins militaires au moment de l'attaque et ce qui y était stocké n'étaient pas immédiatement apparents. Si certaines des installations du complexe étaient utilisées à des fins militaires, les autorités iraniennes auraient apparemment exposé des civils à des risques inutiles, et auraient donc également violé les lois de la guerre.
L'analyse des images satellite montre qu'au moins huit structures du complexe ont été directement touchées par des munitions, dont au moins une qui a frappé et gravement endommagé l'école, qui était séparée du reste du complexe par un mur.
Image satellite du 4 mars 2026, quatre jours après l'attaque du 28 février à Minab, en Iran Click to expand Image Image satellite du 4 mars 2026, quatre jours après l'attaque du 28 février contre le complexe des forces navales du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et l'école primaire Shajareh Tayyebeh à Minab, en Iran. Les quatre cadres rouges dénotent les immeubles détruits, dont l’école (haut de l’image). Les points jaunes correspondent à diverses zones d’impact et/ou de structures incendiées. © 2026 Planet Labs PBC (image satellite) / HRW (analyse et infographie)Deux vidéos filmées à côté de l'école immédiatement après l'attaque et vérifiées par des chercheurs montrent de la fumée noire s'élevant du toit de l'école, dont une partie était effondrée. Dans l'une des vidéos, on voit clairement les lignes blanches d'un terrain de football, un filet de volley-ball et les murs de l'école peints de couleurs vives, ainsi que deux panaches de fumée provenant d'autres endroits du complexe. Dans la deuxième vidéo, des personnes sont rassemblées autour de l'école et crient. Une troisième vidéo vérifiée par les chercheurs montre un angle différent du complexe, depuis le sud, et des panaches de fumée provenant d'au moins un troisième endroit à l'intérieur de ce complexe.
Des images satellite haute résolution révèlent qu'entre février et septembre 2016, un mur intérieur a été construit pour séparer l'école du reste du complexe. De plus, une entrée séparée sans poste de sécurité a été créée pendant cette période, permettant d'accéder à l'école depuis la rue sans avoir à entrer dans le complexe militaire. Deux tours de guet, auparavant visibles sur les images satellite et situées à moins de 50 mètres du bâtiment scolaire, ont également été supprimées en 2016. La façade de l'école a été dégagée, et les lignes d'un terrain de football ont été tracées dans la cour en août 2017.
Le complexe comprend également une clinique médicale, sous l’autorité des forces navales du CGRI. Les médias d'État ont rapporté qu'elle avait été inaugurée en janvier 2025 par le général de division Hossein Salami, alors commandant en chef du CGRI.
Des images satellite à basse résolution datant du 2 mars 2026 montrent au moins sept autres sites d'impact dans l'enceinte du CGRI en plus de l'école, y compris un impact évident sur le toit de la clinique médicale. Une analyse d'images satellite à haute résolution enregistrées le 4 mars confirme que des armes explosives ont détoné en au moins huit lieux, dont cinq sites où les dommages correspondent à une munition pénétrant dans les structures par le toit, et explosant.
Les dommages causés à deux autres structures, ainsi que la distance relative entre celles-ci et les autres structures attaquées, indiquent que ces deux structures ont très probablement été aussi directement attaquées avec des armes explosives, ce qui porte à dix le nombre total de sites d'impact ayant probablement été directement attaqués. Le nombre de frappes individuelles et la précision apparente avec laquelle elles ont touché des structures individuelles à travers la base, observée en partie grâce aux trous circulaires relativement petits qui ont servi de points d'entrée aux munitions, indiquent que l'attaque a été menée sur un large éventail de cibles individuelles dans l’enceinte, avec des munitions guidées de haute précision.
L'emplacement de l'école dans l'enceinte de la force navale du CGRI n’en faisait pas en soi une cible légitime. L'école était opérationnelle, et des enfants y étaient présents le jour de l'attaque. Human Rights Watch n'a trouvé aucune preuve indiquant que l'école était utilisée à des fins militaires, bien que les chercheurs n'aient pas pu s'entretenir avec des témoins des frappes, les familles des personnes tuées ou d'autres sources bien informées.
Mais même si les assaillants visaient une cible militaire légitime à proximité de l'école, les lois de la guerre interdisent les attaques contre des objectifs militaires si les dommages prévisibles pour les civils et les biens civils sont disproportionnés par rapport au gain militaire escompté de l'attaque.
Deux images satellite du cimetière de Minab Hermud1er mars: © 2026 Planet Labs PBC. Analysis and Graphics © 2026 Human Rights Watch 4 mars: © 2026 Planet Labs PBC. Analysis and Graphics © 2026 Human Rights Watch
Deux images satellite prises les 1er et 4 mars 2026, montrant le cimetière de Minab Hermud, situé à environ 3,5 km de l'école primaire Shajareh Tayyebeh. À GAUCHE (1er mars) : Cette image a été enregistrée moins de 24 heures après l'attaque. Dans la parcelle située a droite de la structure au toit bleu, le sol est préparé pour de nouvelles inhumations. À DROITE (4 mars) : Des rangées de tombes individuelles fraîchement creusées sont désormais visibles dans cette parcelle.
L’armée américaine ainsi que l’armée israélienne disposent de méthodes sophistiquées et étendues de collecte de renseignements utilisées dans le cadre de nombreuses opérations de combat afin d'améliorer la surveillance, l'évaluation et la vérification des cibles.
Human Rights Watch a écrit aux armées américaine et israélienne le 2 mars, et aux autorités iraniennes le 3 mars. L'armée israélienne a répondu le 3 mars en affirmant ceci : « Après un premier examen, [l'armée israélienne] n'a connaissance d'aucune frappe [de l'armée israélienne] dans la région », ajoutant que « l’incident fait l'objet d'une enquête ». Ni l'armée américaine ni les autorités iraniennes n'ont répondu aux questions de Human Rights Watch.
Le 4 mars, lors d'une conférence de presse au sujet des opérations menées contre l’Iran, le Secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a répondu à une question concernant l'attaque contre l'école. Il a affirmé : « Tout ce que je peux dire, c'est que nous enquêtons sur cela. Bien sûr, nous ne visons jamais des cibles civiles, mais nous examinons la situation et menons une enquête. » Au cours de cette conférence, le chef d'état-major interarmées, le général Dan Caine, a déclaré que le groupe aéronaval USS Abraham Lincoln exerçait contre l’Iran une « pression » le long de la côte sud-est du pays et « affaiblissait [ses] capacités navales tout le long du détroit [d’Ormuz] ». Lors de cette déclaration (à 17:40 de la vidéo), le général Caine a dirigé son pointeur laser vers une carte de l’Iran montrant les sites de frappes américaines/israéliennes, y compris dans la zone du sud-est comprenant Minab.
Une enquête indépendante approfondie sur l'attaque contre l'école primaire Shajareh Tayyebeh devrait être menée, notamment pour déterminer si des crimes de guerre ont été commis, a déclaré Human Rights Watch. Les crimes de guerre sont des violations graves du droit de la guerre commises avec une intention criminelle, c'est-à-dire de manière délibérée ou imprudente. Les responsables de crimes de guerre ou d'autres violations graves du droit de la guerre, y compris les commandants militaires et civils, devraient être tenus de rendre des comptes, tandis que les victimes et leurs familles devraient être indemnisées de manière appropriée.
Les écoles et autres établissements d'enseignement sont des biens civils et sont protégés contre les attaques. Ils perdent cette protection lorsqu'ils sont utilisés à des fins militaires, mais toutes les parties doivent néanmoins se conformer au droit international humanitaire, notamment en respectant le principe de proportionnalité et en prenant toutes les mesures possibles pour minimiser les dommages causés aux civils. La simple présence de personnel militaire dans des infrastructures civiles ne fait pas automatiquement de ces installations dans leur ensemble une cible militaire légitime. Human Rights Watch n'a trouvé aucune information indiquant que l'école Shajareh Tayyebeh ait été utilisée à des fins militaires.
Les autorités iraniennes devraient garantir la protection des écoles et autres infrastructures civiles.
Les États-Unis devraient immédiatement évaluer leur responsabilité dans cette frappe et rendre publiques leurs conclusions. Si l'armée américaine a mené cette frappe, elle devrait mener une enquête approfondie sur les défaillances opérationnelles et politiques qui l'ont conduite à frapper une école, rendre pleinement compte des dommages causés aux civils, demander des comptes aux responsables, y compris par des poursuites judiciaires, et s'engager à mettre en œuvre des changements qui garantiraient que de telles défaillances ne se reproduisent pas lors d'opérations futures.
« Les alliés des États-Unis et d'Israël devraient insister pour que les responsables de l'attaque contre l'école Shajareh Tayyebeh rendent des comptes et pour que cessent les attaques contre les infrastructures civiles dans toutes leurs opérations dans la région, avant que d'autres civils, y compris des enfants, ne soient illégalement tués », a conclu Sophia Jones.
Suite plus détaillée en anglais.
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