25.02.2026 à 04:00
Human Rights Watch
(Nairobi) – Les Forces de soutien rapide (FSR), l'une des deux principales parties belligérantes au Soudan, ont pris pour cible, maltraité et tué des personnes handicapées pendant et après leur prise de contrôle d’El Fasher, la capitale du Darfour-Nord, le 26 octobre 2025, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.
Les Forces de soutien rapide ont ciblé des personnes en raison de leur handicap, accusé des hommes ayant des handicaps physiques d’être des combattants blessés, et se sont moqués d’autres personnes, qualifiées de « folles » et d’« incomplètes », ont témoigné des survivant·e·s et des témoins. Les meurtres ciblés de civils ou d'autres personnes ne participant pas au conflit, y compris les personnes handicapées, constituent des crimes de guerre, tout comme le fait de les soumettre à des traitements cruels, humiliants et dégradants ou à des atrocités similaires. Lorsqu'ils sont commis dans le cadre d'une attaque généralisée contre la population civile, ces actes sont susceptibles de constituer des crimes contre l'humanité.
« Les Forces de soutien rapide ont traité les personnes handicapées comme des suspects, des fardeaux ou des personnes sacrifiables », a déclaré Emina Ćerimović, directrice adjointe de la division Droits des personnes handicapées à Human Rights Watch. « Nous avons entendu comment les FSR ont accusé certaines victimes, en particulier celles qui avaient perdu un membre, d'être des combattants blessés, et les ont sommairement exécutées. D'autres personnes ont été battues, maltraitées ou harcelées en raison de leur handicap, les combattants se moquant d'elles en les traitant de personnes “folles” ou “incomplètes”. »
Entre décembre 2025 et février 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 22 survivant·e·s et témoins originaires d’El Fasher ; il s’est notamment agi d'entretiens approfondis à distance au Soudan, et d'entretiens avec des personnes handicapées ayant fui vers l'est du Tchad. Human Rights Watch a également mené des entretiens avec huit défenseurs des droits des personnes handicapées vivant dans d'autres régions du Soudan, qui ont décrit des abus similaires commis par les FSR dans d'autres régions du pays.
Les Forces de soutien rapide ont pris le contrôle d'El Fasher le 26 octobre 2025, après un siège de 18 mois. Alors que des civils tentaient de fuir, les FSR les ont attaqués, tuant des milliers de personnes. Les personnes handicapées ont rencontré des difficultés particulières pour s'échapper et ont parfois été victimes d'abus, d'extorsion et d'exécutions.
Un homme de 33 ans, qui se déplace à l’aide de béquilles à cause d’un handicap physique dû à une attaque à l’arme explosive en décembre 2024, a témoigné que des combattants des FSR l’avaient capturé, lui et une cinquantaine d’autres personnes, y compris des femmes et des enfants, alors qu’ils tentaient de fuir la ville le 26 octobre, et les avaient interrogés.
« Les FSR considéraient que toute personne à qui il manquait une main ou un membre était un soldat », a-t-il expliqué. D’après lui, les combattants des FSR se fondaient aussi sur la couleur de peau et l’accent pour décider si les gens étaient des civils ou bien des membres ou partisans des Forces armées soudanaises (FAS), contre lesquelles les FSR se battent pour prendre le contrôle du pays. Il a témoigné que les combattants des FSR s’étaient servies d’armes automatiques et de fusils de type AK pour exécuter plus de dix personnes, qui pour la plupart avaient des handicaps physiques, devant le groupe.
Cet homme a rapporté qu’il avait négocié avec les combattants pour qu’ils autorisent des détenus à appeler leur famille afin qu’elle verse une rançon. Un des combattants avait alors répondu : « Tu es déjà tout faible et estropié, ta famille ne voudrait pas de toi, de toute façon. »
Il a été détenu pendant quatre jours avant d’être libéré lorsque sa famille a apporté 17 millions de livres soudanaises et qu’il a fait un virement de 13 millions de livres soudanaises depuis son compte bancaire (environ 8 830 USD au total).
Une infirmière de 29 ans a déclaré qu’elle avait vu des combattants des FSR tuer, lors de la fuite des civils le 26 octobre, un jeune homme ayant le syndrome de Down, qu’ils qualifiaient de « fou », un enfant aveugle ainsi qu’une jeune femme qu’un handicap moteur empêchait de marcher.
Des défenseurs soudanais des droits des personnes handicapées ont documenté d’autres cas où les combattants des FSR avaient tué des personnes en raison de leur handicap. Zainab Salih, ancienne directrice de l’Association des personnes handicapées du Darfour du Sud, a déclaré qu’elle avait parlé avec un homme dont le fils de 14 ans, handicapé moteur, avait été exécuté alors qu’ils tentaient de fuir le 26 octobre, parce que les combattants des FSR se plaignaient qu’il « les ralentissait ». Avant de l’assassiner, a-t-elle rapporté, les combattants des FSR lui ont pris sa chaise roulante.
Deux autres défenseurs des droits des personnes handicapées ont rapporté, de façon similaire, que des Forces de soutien rapide avaient tué des personnes handicapées dans d’autres régions du Soudan au cours du conflit, avec entre autres le témoignage d’un proche à qui un combattant des FSR avait dit : « Laissez-nous vous aider à vous débarrasser d’eux. »
Des personnes handicapées ont par ailleurs fait l’expérience d’autres formes d’abus, souvent fondées sur un ciblage ethnique. Un homme de 31 ans, handicapé depuis qu’il a été blessé par des tirs d’obus au marché de Naivasha à El Fasher, a déclaré que les combattants des FSR l’avaient battu et fouetté alors qu’il s’était réfugié chez son oncle, après la chute de la ville.
À cause de son handicap et de son origine ethnique, les combattants l’ont accusé à plusieurs reprises d’être un soldat ou un sympathisant des FAS ou des Forces conjointes, le traitant de « falangay », un terme péjoratif désignant les groupes ethniques non arabes.
Des témoins et des survivant·e·s ont décrit des combattants des FSR qui dépouillaient des civils en train de fuir, y compris en leur confisquant leurs équipements d’assistance ou leur seul moyen de mobilité, comme les brouettes utilisées par les familles des personnes handicapées pour les transporter.
Des témoignages parlent aussi de personnes handicapées abandonnées au cours de la fuite. Une femme de 30 ans ayant fui avec ses trois enfants a déclaré : « Ce que je n’arrive pas à oublier, surtout, c’est l’image de ces gens blessés, notamment handicapés, que leurs proches tentaient d’évacuer en suivant cette route, mais comme ils n’ont pas réussi, ils les ont laissés derrière eux, et personne ne sait ce qu’ils sont devenus. »
Les personnes qui sont parvenues jusqu’à Tawila, également dans le Darfour du Nord, ont décrit une fuite dans des conditions extrêmes, souvent sans équipement d’assistance ni moyen de transport. Certaines ont rampé ou ont été portées par des membres de leur famille. D’autres ont été séparées de leur famille ou de leur réseau d’appui, ce qui a rendu beaucoup plus difficile pour eux de s’enfuir et de survivre au cours du déplacement.
Des personnes ont témoigné qu’elles avaient besoin d’équipement d’assistance, de soins médicaux et de soutien psychosocial. Des personnes handicapées et leurs familles ont déclaré que les installations du camp de Tawila pour déplacés internes, notamment les sanitaires, étaient inaccessibles aux personnes ayant un handicap moteur.
L’homme de 31 ans mentionné plus haut, qui désormais porte la voix des personnes handicapées dans le camp de Tawila, a déclaré qu’il avait plusieurs fois réclamé aux organisations humanitaires des services compatibles avec le handicap. « L’idée, ici, c’est que si vous avez un handicap, c’est à votre famille de vous aider », a-t-il commenté.
En vertu du droit international humanitaire, les belligérants d’un conflit doivent faire constamment la distinction entre les civils et les combattants, et les civils ne doivent jamais être la cible d’attaques. Les personnes handicapées qui ne participent pas directement aux hostilités ont droit à une protection intégrale face aux attaques et mauvais traitements délibérés. Les attaques et mauvais traitements délibérés subis par les civils en situation de handicap sont des crimes de guerre et peuvent constituer des crimes contre l’humanité.
La Convention relative aux droits des personnes handicapées, que le Soudan a ratifiée, oblige les États à garantir la protection et la sûreté des personnes handicapées dans les situations à risque, y compris les conflits armés. La résolution 2475 du Conseil de sécurité des Nations Unies énonce que les belligérants d’un conflit armé doivent protéger les personnes handicapées et assurer qu’elles soient pleinement intégrées aux interventions humanitaires.
Le Conseil de sécurité des Nations Unies devrait agir d’urgence pour prévenir de nouvelles atrocités contre des civils au Soudan, notamment handicapés, a déclaré Human Rights Watch, y compris en sanctionnant les leaders des Forces de soutien rapide pour les atrocités en cours et en appelant les soutiens de ces forces, en particulier les Émirats arabes unis, à cesser de leur apporter de l’aide.
Les pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU et du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine devraient collaborer pour assurer le déploiement d’une mission de protection physique des civils au Soudan. Les organisations humanitaires devraient garantir que l’aide fournie soit accessible et inclusive vis-à-vis des personnes handicapées, notamment en leur fournissant des équipements d’assistance et des aides ciblées.
« Cela fait plus de dix ans que Human Rights Watch documente les abus commis à l’encontre des personnes handicapées dans le monde », a conclu Emina Ćerimović. « Mais c’est la première fois que nous rapportons des violences de ce type, y compris des meurtres, commis à une telle échelle, à l’égard de personnes qui sont ciblées en raison de leur handicap.Les gouvernements et le Conseil de sécurité de l’ONU devraient agir immédiatement pour faire cesser ces crimes et garantir que les responsables rendent des comptes à la justice. »
Sélection de récits d’incidentsMeurtres et violences
Une infirmière de 29 ans d’El Fasher a rapporté qu’un combattant des Forces de soutien rapide avait appelé un autre combattant pour lui dire : « Viens voir ce majnoun [fou] », en parlant d’un jeune homme ayant le syndrome de Down. Les combattants ont alors obligé sa sœur, qui le portait sur son dos, à le poser par terre, puis l’ont abattu. Après avoir tué le frère, ils ont ligoté les mains de la sœur, ont couvert son visage et l’ont emmenée. Les recherches en cours de Human Rights Watch ont permis de constater que beaucoup de femmes et de filles étaient enlevées afin d’être violées ou échangées contre une rançon.
L’infirmière a également témoigné que des combattants des FSR avaient tiré sur une jeune femme ayant un handicap physique, la tuant, de même que sa mère qui la portait. Elle a aussi décrit que des combattants avaient ordonné à une femme portant un garçon aveugle sur son dos de le poser par terre. « La femme a dit : ‘Il ne voit rien’ », a rapporté l’infirmière. « Ils lui ont immédiatement logé une balle dans la tête. »
L’homme de 31 ans mentionné plus haut a décrit qu’en septembre 2025, un chauffeur l’avait abandonné, en compagnie de sa mère, à 20 kilomètres de Hilat Al-Shaikh, un village qu’ils tentaient d’atteindre, en chemin pour Tawila. Sa mère, qui essayait de le pousser dans une brouette, était arrivée au bout de ses forces. Il l’a exhortée de continuer et a demandé à des voyageurs de l’aider à le ramener à El Fasher. Au départ, ils ont refusé.
« Ils m’ont dit que si les membres des FSR me voyaient, dans mon état [avec des amputations], ils penseraient que j’étais dans les FAS et que cela leur causerait des problèmes », a-t-il déclaré. Finalement, un homme menant un âne tirant une carriole l’a laissé monter et il a pu retourner à El Fasher, où il a retrouvé son père.
Le 26 octobre, lui et son père ont fui sous d’intenses tirs d’obus au moment où les Forces de soutien rapide prenaient le contrôle d’El Fasher. Séparé de son père, il a subi de nouvelles blessures.
Il a réussi à regagner la maison de son oncle à El Fasher, mais les combattants des FSR ont fait irruption dans la maison quelques heures plus tard et l’ont accusé de faire partie d’une coalition de groupes armés darfouriens affiliés à l’armée, à cause de son handicap et de son origine ethnique. Il a ainsi témoigné :
« Ils ont commencé à me demander : ‘Est-ce que tu fais partie des Forces conjointes ?’ Je leur ai dit que j’avais été malade, hospitalisé, je leur ai expliqué que j’avais été blessé en récupérant mes marchandises au marché en août. Ils ont commencé à me contredire en affirmant que j’étais un soldat. [...] Ils m’ont battu sur tout le corps avec un fouet pendant vingt minutes. Je saignais. [...] Un soldat m’a dit qu’ils devaient me tuer, que je n’aurais pas dû rester, que j’aurais dû partir plus tôt. Ils ont continué à demander si j’étais des FAS ou des Forces conjointes, j’ai continué à dire que non. »
En février 2026, il a témoigné qu’il avait toujours des cicatrices sur les bras à cause du passage à tabac et montré des photos à Human Rights Watch.
Parvenu plus tard jusqu’à Tawila, il y a retrouvé sa mère. Lors de son entretien avec Human Rights Watch en février 2026, il n’avait toujours pas de nouvelles de son père.
Abandons de personnes
Un homme de 39 ans a décrit que dans sa fuite, il avait dû laisser derrière lui son frère de 41 ans, handicapé moteur, qui ne pouvait pas marcher. « Mon frère nous a dit : ‘C’est fini pour moi, je vais mourir ici. Je t’en prie, emmène juste tes enfants et laisse-moi là.’ On ne pouvait pas le prendre, il n’y avait ni voitures ni chameaux. »
Le même témoin a décrit qu’il avait vu des personnes blessées et des personnes handicapées qui demandaient de l’aide en essayant de fuir El Fasher le 27 octobre. « Il y avait des gens blessés par terre, des gens qui avaient perdu des membres, appelant à l’aide, et on ne pouvait tout simplement rien faire pour eux. »
Un homme de 22 ans, blessé lors d’une attaque en février 2025, a été abandonné par la personne qui le portait alors qu’ils fuyaient El Fasher parmi un groupe de civils. « Il m’a posé par terre et m’a dit qu’il reviendrait. Je ne sais pas ce qu’il lui est arrivé, s’il a été tué ou arrêté. »
Incapable de se déplacer sans aide, il a fini par être appréhendé par les Forces de soutien rapide, détenu pendant dix jours, et n’a été libéré qu’après leur avoir versé 15 millions de livres soudanaises (environ 3 600 USD).
Vols d’équipement d’assistance
Un enseignant de 40 ans, malentendant, était en train de fuir El Fasher en direction de Garni en octobre 2025 lorsque des combattants des FSR ont arrêté et fouillé des civils sur la route, confisquant des effets personnels.
« Ils ont commencé à fouiller tout le monde, volant les montres et les téléphones qui leur plaisaient », a-t-il déclaré. « Ils ont trouvé mon appareil d’assistance auditive et m’ont demandé ce que c’était. Je le leur ai dit, j’ai ajouté que c’était très important pour moi, mais ils ne m’ont pas cru et l’ont emporté. Je n’ai rien pu faire, ils menaçaient de me tirer dessus.
Il a ajouté que les combattants l’avaient aussi dépouillé de ses vêtements et de son téléphone.
Vie des personnes déplacées
Une femme de 47 ans, séjournant dans un camp de déplacés internes, s’était enfuie avec sa fille de 15 ans, ayant des handicaps physiques et d’élocution, et sa mère de 79 ans, qui elle aussi est handicapée physiquement.
« Avant la guerre, nous allions voir un physiothérapeute [pour ma fille] », a-t-elle déclaré. « Il n’y a plus rien de tel, aucun thérapeute ni médecin pour nous suivre. »
Elle a par ailleurs expliqué que les sanitaires et les autres installations du camp étaient inaccessibles aux personnes ayant un handicap moteur : « Il n’y a pas d’endroit séparé adapté aux [handicapés] pour les sanitaires et les repas. Ma mère et ma fille ne peuvent pas aller dans ces toilettes [inaccessibles]. On est obligé de les porter. »
Une autre mère ayant cinq enfants, dont une fille de six ans ayant un handicap physique, a témoigné que sa fille avait besoin d’un équipement d’assistance et de nourriture spécifique qu’elle ne pouvait pas se procurer dans le camp pour déplacés internes de Tawila : « Elle a besoin de son équipement d’assistance, sinon elle ne peut que rester couchée. Elle ne mange que des aliments mous et j’ai du mal à trouver la nourriture qu’il lui faut. Je fais de mon mieux. »
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Articles
TchadInfos
24.02.2026 à 14:01
Human Rights Watch
Mise à jour : Le 27 février, la Haute Cour de justice israélienne a émis une injonction provisoire gelant l’ordre de cessation des opérations des organisations, suite au recours déposé par plus de 15 groupes le 22 février.
(New York) – Les autorités israéliennes prévoient d'interdire à 37 organisations non gouvernementales internationales d'opérer à Gaza et en Cisjordanie à compter du 1er mars, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch ; cette décision est basée sur le refus des organisations de fournir au gouvernement israélien la liste de leurs employés et leurs données biographiques, requises selon les nouvelles exigences d'enregistrement imposées par le gouvernement israélien. Selon les organisations, ces exigences bafouent les principes humanitaires de neutralité et d'indépendance.
Les organisations humanitaires internationales fournissent depuis longtemps une aide humanitaire vitale aux Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, dans des conditions extrêmement difficiles et malgré les attaques israéliennes. Le 22 février, plus de 15 organisations ont déposé un recours à la Haute Cour israélienne, affirmant que les nouvelles exigences d'enregistrement portaient atteinte au droit international humanitaire et risquaient de priver les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie d'une aide vitale.
« La politisation par Israël des exigences d'enregistrement pour les organisations humanitaires entrave leurs activités vitales, alors même que les autorités israéliennes continuent d'imposer à Gaza un blocus illégal et aux effets désastreux », a déclaré Michelle Randhawa, collaboratrice senior auprès de la division Droits des réfugiés et migrants à Human Rights Watch. « Israël devrait annuler les exigences d'enregistrement et cesser d'interférer avec les organisations qui tentent de répondre aux crises humanitaires dévastatrices que ce pays a créées à Gaza et en Cisjordanie. »
Le gouvernement israélien ne s'est pas engagé à combler le déficit d'aide, et seules 27 organisations ont été autorisées à s'enregistrer.
Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), si ces groupes cessaient leurs activités à Gaza, un établissement de santé sur trois devrait immédiatement mettre fin à leurs opérations, et 20 000 patients nécessitant des soins spécialisés mensuels perdraient leur accès aux soins ; les maladies d'origine hydrique et les conditions d'hygiène s'aggraveraient, et il y aurait des lacunes immédiates et graves dans la détection et le traitement de la malnutrition.
« Nous ne transférerons pas de données personnelles sensibles à un État partie au conflit, car cela constituerait une violation des principes humanitaires, du devoir de diligence et des obligations en matière de protection des données », a déclaré un porte-parole d'Oxfam à Al Jazeera en janvier. Les principes humanitaires soulignent que les organisations humanitaires doivent fonctionner sans ingérence politique et conserver leur autonomie vis-à-vis des gouvernements. Dans un communiqué de presse publié en mai 2025, 55 organisations opérant dans la région ont déclaré que les nouvelles règles subordonnaient l'enregistrement des ONG internationales à « un alignement politique et idéologique, ce qui compromet la neutralité, l'impartialité et l'indépendance des acteurs humanitaires ».
La Résolution n° 2542 du gouvernement israélien, approuvée en tant que loi en décembre 2024, obligeait toutes les organisations internationales fournissant une aide humanitaire aux « résidents palestiniens » à s'enregistrer auprès du ministère israélien des Affaires de la diaspora et de la lutte contre l'antisémitisme avant le 31 décembre 2025, sous peine de perdre leur enregistrement et d'être contraintes de cesser leurs activités avant le 1er mars 2026. Cette loi confère au gouvernement israélien un large pouvoir pour refuser ou annuler l'enregistrement de toute organisation ou de tout membre du personnel considéré comme représentant un risque pour « la sécurité publique ou la sécurité de l'État ». La loi ne s'applique pas aux organisations fournissant des services aux « citoyens ou résidents israéliens, y compris les résidents de Jérusalem-Est ».
À la mi-octobre 2025, le Centre satellitaire des Nations Unies a signalé que près de 81 % de toutes les structures de Gaza avaient été endommagées. Les 36 hôpitaux et la majorité des centres de soins de santé primaires de la bande de Gaza ont été endommagés ou détruits, et selon les chiffres de novembre 2025, plus de 97 % des écoles avaient été endommagées ou détruites.
L’ONG Integrated Food Security Phase Classification (IPC), un organisme mondial de suivi de la malnutrition et de l'insécurité alimentaire, a déterminé qu'entre la mi-octobre et la fin novembre, environ 1,6 million de personnes à Gaza, soit environ 77 % de la population, étaient confrontées à une famine de niveau critique, voire pire.
Parmi les 37 organisations touchées figurent Oxfam, le Conseil norvégien pour les réfugiés (Norwegian Refugee Council, NRC), Save the Children, et Médecins Sans Frontières (MSF). Ces organisations, tout comme des groupes de la société civile palestinienne et l'ONU, ont fourni des biens et des services vitaux à des millions de Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie. Selon l'OCHA, les organisations internationales présentes à Gaza gèrent ou soutiennent 60 % des hôpitaux de campagne et tous les centres de stabilisation pour les enfants souffrant de malnutrition sévère, et elles fournissent 42 % de tous les services d'approvisionnement en eau, d'assainissement et d'hygiène.
Malgré la cessation des hostilités en octobre, les restrictions continues imposées par Israël à l'entrée de l'aide à Gaza entraînent des pénuries de médicaments, de matériel de reconstruction, de nourriture et d'eau. Les restrictions excessives imposées par Israël à l'aide humanitaire dans le but de poursuivre ses objectifs politiques ou militaires violent ses obligations en tant que puissance occupante en vertu du droit international humanitaire. et constituent un crime de guerre lorsqu'elles équivalent à utiliser la famine comme arme de guerre.
En novembre 2025, le porte-parole adjoint de l'ONU, Farhan Haq, a déclaré : « Les autorités israéliennes ont rejeté 107 demandes d'entrée de matériel de secours » ; elles ont affirmé que ce matériel ne relevait pas de l'aide humanitaire ou qu'il s'agissait d'articles « à double usage » (« dual-use »). En janvier 2026, le quotidien britannique The Guardian a rapporté qu'Israël avait autorisé des transporteurs commerciaux à importer certains articles « à double usage » destinés à être vendus sur le marché.
À la fin du mois d'octobre 2025, le NRC a souligné ceci : « Près de 50 millions de dollars de biens essentiels provenant d'ONG internationales opérationnelles, notamment des denrées alimentaires, des fournitures médicales et des matériaux d'abri, restent stockés aux points de passage et dans des entrepôts. »
Depuis deux ans, les travailleurs humanitaires à Gaza opèrent dans un contexte d'attaques indiscriminées et disproportionnées menées par Israël, d'utilisation de la famine comme arme de guerre, d'extermination et d'actes de génocide, ainsi que de déplacements forcés massifs et délibérés de civils palestiniens, constituant des crimes contre l'humanité. Au mois de septembre 2025, les décès de 543 travailleurs humanitaires (chiffre total cumulatif) avaient été confirmés lors d’attaques israéliennes à Gaza. En mai 2024, Human Rights Watch a constaté que les forces israéliennes avaient attaqué huit sites d'aide humanitaire, dont les coordonnées exactes avaient été fournies par les organisations concernées. Les travailleurs humanitaires doivent être protégés en vertu du droit international, et les prendre pour cible constitue un crime de guerre.
Depuis octobre 2023, au moins 255 journalistes, 1 700 secouristes et 967 membres du personnel éducatif ont été tués lors d'attaques israéliennes à Gaza.
L'interdiction des 37 groupes fait suite à l'interdiction par Israël des activités l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA). Les autorités israéliennes ont sévèrement limité les capacités d'aide humanitaire de l'agence, notamment en bloquant la distribution de l'aide à Gaza et en ordonnant la fermeture des écoles gérées par l'UNRWA à Jérusalem-Est. En octobre 2025, la Cour internationale de justice (CIJ) a rendu un avis consultatif concluant que les allégations d'Israël selon lesquelles l'UNRWA manque d'impartialité sont sans fondement, et que son obstruction au travail de l'agence bafoue le droit international.
En Cisjordanie, la violence des colons a pris de l’ampleur, les colonies illégales se développent et les campagnes de déplacements forcés et de démolitions de logements se poursuivent. En janvier et février 2025, les autorités israéliennes ont expulsé de force 32 000 personnes de trois camps de réfugiés de Cisjordanie, ce qui constitue un crime de guerre et un crime contre l'humanité. Le 6 février 2026, l'ONU a indiqué que les autorités israéliennes n'avaient autorisé aucune de ces personnes à revenir.
« Au-delà de l'apport d’aide d'urgence, les travailleurs humanitaires plaident en faveur de la protection des civils en vertu du droit international, et œuvrent pour préserver leur dignité humaine », a conclu Michelle Randhawa. « Faire de la distribution de l'aide humanitaire aux Palestiniens une question de sécurité nationale est une nouvelle "atteinte à la dignité" des Palestiniens par Israël et s'inscrit dans une stratégie plus large visant à paralyser la société civile palestinienne et la présence internationale dans le Territoire palestinien occupé. »
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24.02.2026 à 11:29
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Les autorités en Iran ont mené une campagne brutale de terreur contre la population, recourant à des détentions arbitraires massives, à la torture et à des disparitions forcées, à la suite des massacres perpétrés à travers le pays par les forces de sécurité contre des manifestants et des passants les 8 et 9 janvier 2026, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.
Click to expand Image Une femme a décrit à Human Rights Watch comment plusieurs membres des forces de sécurité iraniennes l’ont immobilisée, puis violemment battue dans la rue. © 2026 John Holmes pour Human Rights WatchLes éléments de preuve examinés par Human Rights Watch montrent que de hauts responsables, les services de sécurité et de renseignement iraniens, notamment la police (FARAJA), le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et son service de renseignement, le ministère du Renseignement, ainsi que des représentants du parquet et du système judiciaire, ont orchestré une répression massive, coordonnée et brutale afin d’étouffer toute dissidence et de dissimuler leurs atrocités. Outre des arrestations massives, ils ont détenu des personnes au secret, notamment dans des centres de détention non officiels, diffusé des centaines d’« aveux » extorqués, y compris ceux d’enfants, et procédé à des disparitions forcées à grande échelle, tout en imposant des restrictions sévères s’apparentant à la loi martiale dans de nombreuses villes.
« Alors que le pays tout entier reste sous le choc, horrifié et en deuil, et que des familles recherchent toujours leurs proches après les massacres des 8 et 9 janvier, les autorités continuent de terroriser la population. Les arrestations se poursuivent et les détenus sont soumis à la torture, à des ‘‘aveux’’ extorqués et à des exécutions secrètes, sommaires et arbitraires », a déclaré Bahar Saba, chercheuse senior sur l’Iran à Human Rights Watch. « Compte tenu des immenses dangers auxquels sont confrontées les personnes détenues et les victimes de disparition forcée, les observateurs internationaux devraient exiger immédiatement un accès sans entrave à tous les lieux de détention et prisons. »
Un prisonnier dont l’enregistrement vocal a été écouté par Human Rights Watch a souligné l’importance du maintien de la surveillance internationale, déclarant : « N’oubliez pas les détenus… Soyez notre voix, si vous ne vous exprimez pas, ils nous élimineront tous. »
Parmi les disparus de force, figurent des individus arrêtés et vraisemblablement des personnes ayant participé aux manifestations mais qui ne sont jamais rentrées chez elles. Certaines familles ont reçu des appels les informant que leurs proches avaient été tués mais n’ont toujours pas récupéré leurs corps ni reçu la moindre information à leur sujet malgré leurs demandes répétées.
Un communiqué en date du 26 janvier de l’Organisation du renseignement des Gardiens de la révolution islamique indiquait qu’au moins 11 000 personnes avaient été convoquées par les services de renseignement et de sécurité à cette date. Selon le porte-parole du pouvoir judiciaire, 10 538 ont été déférées devant la justice et 8 843 actes d’accusation prononcés au 17 février.
Click to expand Image Un manifestant a décrit comment les forces de sécurité ont battu un jeune homme qui était sans défense, les mains liées : elles l’ont placé sur une moto, et l’ont frappé à plusieurs reprises à la tête avec des matraques. © 2026 John Holmes pour Human Rights WatchHuman Rights Watch s’est entretenu avec 23 personnes, en Iran et à l’étranger, parmi lesquelles des manifestants détenus, des proches de personnes tuées, détenues ou disparues de force, des participants aux manifestations, des avocats, des défenseurs des droits humains, des professionnels de santé et des journalistes. Ces sources ont fourni des informations sur la situation dans différentes régions du pays, notamment les provinces d’Alborz, d’Azerbaïdjan oriental, de Fars, de Golestan, d’Hormozgan, d’Ilam, de Kermanshah, de Khuzestân, du Kurdistan, du Lorestan, du Māzandarān, du Khorasan-e Razavi et de Téhéran.
Human Rights Watch a également analysé des vidéos montrant les forces de sécurité procéder à des arrestations violentes de manifestants et leur présence accrue dans les rues après les massacres. Au 6 février, l’organisation a examiné 139 vidéos de « confessions » forcées diffusées par la radio-télévision nationale (IRIB) et des médias affiliés à l’État. Human Rights Watch a par ailleurs passé en revue des déclarations officielles, des rapports et des publications de médias indépendants et d’organisations de défense des droits humains.
Les autorités ont promis à maintes reprises des « procès rapides » et une « réponse sévère » sans « aucune clémence » tout en qualifiant les manifestants de « criminels », d’« ennemis de Dieu » et de « terroristes ». Le 3 février, un tribunal pénal à Qom a condamné à mort Saleh Mohammadi, un champion de lutte âgé de 19 ans, pour son implication présumée dans la mort d’un membre des forces de sécurité. Mohammadi a été reconnu coupable à l’issue d’une procédure sommaire qui a duré moins d’un mois et reposant sur des « aveux » extorqués sous la torture, selon lui. Le tribunal a ordonné que l’exécution de Mohammadi ait lieu publiquement.
Le 19 février, Amnesty International a révélé que des enfants figuraient parmi les 30 personnes condamnées à mort dont l’organisation avait documenté les cas. Dans une démarche rappelant les simulacres de procès diffusés en 2022 qui avaient conduit à l’exécution arbitraire de plusieurs hommes, l’IRIB a commencé à diffuser des extraits de procès, y compris celui de deux enfants, pour des infractions présumées liées aux manifestations.
Le nombre exact de personnes arrêtées depuis le début des manifestations demeure inconnu, mais les organisations de défense des droits humains font état de plusieurs dizaines de milliers d’arrestations. Au 13 février, le Comité des volontaires surveillant la situation des détenus, un réseau d’activistes basé hors d’Iran, avait publié les noms de plus de 2 800 personnes arrêtées et des informations les concernant.
Click to expand Image En Iran, de nombreuses familles inquiètes se sont rassemblées devant des prisons, des bureaux de procureurs et des commissariats, à la recherche de leurs proches. © 2026 John Holmes pour Human Rights WatchSelon des témoignages recueillis, les procureurs et les responsables pénitentiaires refusent systématiquement aux détenus l’accès à leurs familles et à leurs avocats, et dissimulent leur sort et leur lieu de détention, ce qui constitue des disparitions forcées. Celles-ci constituent un crime grave au regard du droit international et sont considérées comme des disparitions continues tant que les autorités refusent de reconnaître le sort ou le lieu de détention des personnes disparues.
Un défenseur des droits humains, qui a rencontré plusieurs proches de détenus dans les provinces d’Ilam et de Kermanshah, a indiqué que les autorités répondaient aux demandes des familles par des insultes et des injures. Des vidéos authentifiées, mises en ligne et vérifiées par Human Rights Watch, montrent de nombreuses familles inquiètes rassemblées devant les prisons, les parquets et les commissariats à la recherche de leurs proches.
Human Rights Watch a également documenté des cas de torture et autres mauvais traitements, notamment des passages à tabac perpétrés à l’aide de matraques, ou à coups de pied et de poing, des violences sexuelles et sexistes, la privation de nourriture et des tortures psychologiques, telles que des menaces d’exécution et le refus de soins médicaux aux personnes blessées. Ces cas, qui peuvent constituer des crimes internationaux graves, ne représenteraient qu’une infime partie de l’ampleur réelle des violations flagrantes des droits des personnes détenues, étant donné que de nombreuses personnes demeurent en détention au secret.
À la suite des massacres, les autorités iraniennes ont imposé et maintenu une forte présence militaire, appliquant des restrictions draconiennes à la population dans de nombreuses villes. Plusieurs témoins ont décrit des mesures s’apparentant à des couvre-feux et à la loi martiale, notamment l’établissement de points de contrôle dans les villes et sur les routes intra-urbaines, ainsi que le déploiement d’agents armés procédant régulièrement à des contrôles et à des fouilles de voitures et de téléphones portables. Ces descriptions ont été corroborées par des vidéos authentifiées par Human Rights Watch.
Les forces de sécurité et de renseignement ont continué d’arrêter des dissidents, réels ou présumés. Parmi les personnes ciblées, figurent des manifestants, des avocats, des professionnels de santé, des défenseurs des droits humains, des étudiants, des écoliers, des athlètes, des journalistes, des militants politiques, des écologistes et des membres de minorités ethniques et religieuses, notamment des bahaïs.
Depuis le début des manifestations, l’IRIB et les médias affiliés aux Gardiens de la révolution ont diffusé des centaines d’« aveux » extorqués à des manifestants. Ces diffusions nourrissent les craintes que des personnes soumises à ces « aveux » forcés seront condamnées à mort ou exécutées de manière arbitraire.
Click to expand Image Depuis le début des manifestations en décembre 2025, les médias d’État iraniens ont diffusé des centaines de vidéos d’« aveux » extorqués à des manifestants, y compris des enfants. Ces vidéos suscitent des craintes que des personnes dont les « aveux » forcés ont été diffusés soient condamnées à mort, et fassent l’objet d’exécutions sommaires et arbitraires. © 2026 John Holmes pour Human Rights WatchLes « aveux » extorqués à la télévision constituent une violation flagrante de l’interdiction absolue de la torture et autres mauvais traitements, du droit à la présomption d’innocence et du droit à un procès équitable. La République islamique d’Iran recourt de longue date aux « aveux » extorqués pour étouffer la dissidence et dans le cadre d’affaires aboutissant à des condamnations à mort et à des exécutions arbitraires à l’issue de procès de toute évidence inéquitables.
La crainte d’une vague de condamnations à mort et d’exécutions arbitraires, sommaires et secrètes s’accroît au vu des déclarations officielles et de la multiplication des exécutions de ces dernières années. Depuis le début des manifestations, les autorités ont diffamé les manifestants, les qualifiant régulièrement de « criminels » et de « mohareb », un individu « menant une guerre contre Dieu », un crime passible de la peine capitale.
Les États membres de l’ONU devraient exiger des autorités iraniennes la libération immédiate de toutes les personnes détenues arbitrairement, la divulgation du sort et du lieu de détention des personnes disparues de force, l’arrêt de toute exécution prévue et l’autorisation, pour les organes internationaux indépendants tels que la Mission d’établissement des faits des Nations Unies sur l’Iran, d’accéder sans entrave au pays, notamment aux prisons et centres de détention, aux hôpitaux, aux morgues et aux cimetières.
Les gouvernements ayant une ambassade en Iran devraient dépêcher des observateurs de haut niveau à tous les procès pour crimes passibles de la peine capitale et demander d’urgence à pouvoir se rendre dans tous les centres de détention.
« L’impunité systématique a permis aux autorités iraniennes de commettre à maintes reprises des crimes de droit international », a conclu Bahar Saba. « Les autorités judiciaires des autres pays devraient ouvrir des enquêtes pénales pour crimes internationaux, conformément au principe de compétence universelle et à leurs législations nationales, afin de poursuivre les personnes soupçonnées d’actes criminels. »
Pour de plus amples détails, veuillez consulter notre communiqué en anglais.
Fil sur X : https://x.com/hrw_fr/status/2026403690588811614
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Articles
Ouest-France
TV
BFMTV / itw A. Benchemsi
24.02.2026 à 06:00
Human Rights Watch
Le 24 février 2022, la Russie a lancé son invasion à grande échelle de l'Ukraine. Cette guerre – caractérisée par une série incessante de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité apparents – a fait des dizaines de milliers de victimes civiles et déclenché la plus grande crise de personnes déplacées depuis la Seconde Guerre mondiale.
Tout au long de la guerre, les forces russes ont démontré à répétition leur mépris pour le droit international humanitaire et la vie des civils. Ciblant de nombreuses villes – dont Kiev, Kharkiv, Izioum, Marioupol, Tchernihiv et Kherson – elles ont frappé des hôpitaux, des écoles et des immeubles résidentiels, dévastant des quartiers entiers, souvent lors d'attaques indiscriminées utilisant des armes explosives dans des zones peuplées.
Dans les zones tombées sous occupation russe, notamment à Boutcha, Izioum et Kherson, les forces russes ont procédé à des exécutions sommaires, des disparitions forcées, des violences sexuelles et des actes de torture. Des civils ont été détenus dans des caves et des lieux de détention improvisés, battus, soumis à des décharges électriques et à des simulacres d'exécution. Les prisonniers de guerre ukrainiens et les détenus civils qui se trouvent toujours sous la garde des forces russes risquent quotidiennement d’être victimes de violences physiques et psychologiques. Des milliers d'enfants ukrainiens ont été déportés ou transférés de force vers la Russie, ou vers des zones occupées par la Russie.
Les autorités russes continuent de commettre des abus systématiques dans les territoires occupés, y imposant des lois russes, saisissant illégalement des biens et contraignant les Ukrainiens à adopter la citoyenneté russe et à effectuer leur service militaire sous commandement russe. Les autorités d'occupation ont imposé la langue russe et le programme scolaire russe dans les écoles dans le cadre d'une campagne systématique visant à supprimer l'identité, la langue et la culture ukrainiennes.
Depuis 2022, les forces russes ont également pris pour cible à plusieurs reprises le réseau énergétique ukrainien, une infrastructure indispensable à la survie des civils. La dernière vague de frappes a privé plus d'un million d'Ukrainiens de chauffage, d'eau et d'électricité pendant les mois d'hiver. Alors que les négociations de paix menées par les États-Unis se poursuivent, des Ukrainiens observent après chaque nuit brutale, sur le ton de l’humour noir, que ces missiles sont les véritables « offrandes de paix » du Kremlin.
Quatre ans après le début de la guerre, l'ampleur des atrocités documentées exige que tous les acteurs de la chaîne de commandement russe, allant des commandants sur le terrain jusqu'aux plus hauts dirigeants politiques et militaires, soient concrètement tenus responsables des abus. Les mandats d'arrêt émis par la Cour pénale internationale (CPI) à l'encontre de hauts responsables russes constituent une étape importante vers la réparation des préjudices subis par les victimes. Les alliés de l'Ukraine, notamment l'Union européenne et ses États membres, devraient soutenir pleinement la quête de justice pour tous les crimes graves par le biais d'enquêtes a l’échelle nationale et de la CPI ; ils devraient agir pour faire exécuter les mandats d'arrêt, et encourager l'extension des poursuites en vertu du principe de compétence universelle. Ils devraient aussi soutenir les groupes de la société civile ukrainienne, forts et résilients, qui documentent les violations et aident les survivants.
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20.02.2026 à 23:20
Human Rights Watch
Un nouveau rapport des Nations Unies détaille comment des groupes criminels en Haïti exploitent l'absence quasi totale de l'État, ainsi que la famine et la violence généralisées, pour recruter des enfants qui sont ensuite victimes d'abus. Ces groupes criminels se livrent à la traite d'enfants en utilisant des menaces et des incitations matérielles pour les contraindre à participer à des activités criminelles, à les soumettre à des abus sexuels et à de l'esclavage sexuel.
Au moins 26 groupes criminels opèrent dans et autour de la capitale haïtienne, Port-au-Prince, où environ 500 000 enfants vivent dans des zones sous leur contrôle. Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance, l'UNICEF, a récemment déclaré que le recrutement d'enfants avait triplé en 2025, les enfants représentant entre 30 et 50 % des membres des groupes criminels.
Selon le nouveau rapport publié par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme et le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), ces groupes utilisent les enfants dans des rôles souvent dangereux qui contribuent à renforcer leur pouvoir et leurs profits. Les garçons sont déployés comme guetteurs pour suivre les mouvements de la police, contraints à transporter des armes et des munitions, de collecter des paiements extorqués et de participer à des enlèvements et à des combats. Certains sont soumis à des rites d'initiation violents, selon le rapport, et sont battus ou forcés à participer à des meurtres et à des viols, des actes qui semblent conçus pour « isoler les enfants de leurs familles et de leur communauté ».
Le rapport révèle que des filles âgées d'à peine 12 ans sont victimes d'exploitation sexuelle et d'esclavage sexuel, notamment sous la forme de « relations » forcées avec des membres de groupes criminels. Si elles sont souvent contraintes d'effectuer des tâches domestiques, certaines sont également utilisées pour recueillir des renseignements, participer à des opérations criminelles et, dans certains groupes, manier des armes. Les enfants qui tentent de s'échapper, ainsi que leurs familles, peuvent faire face à de violentes représailles.
Ces conclusions concordent avec les informations recueillies par Human Rights Watch sur les graves abus commis contre des enfants par des groupes criminels, et sur l'échec des autorités haïtiennes à prioriser la protection et la réadaptation des enfants. Les programmes de protection sociale ne couvrent qu'un petit nombre de ménages vulnérables. Les écoles, qui devraient être des lieux sûrs, restent fermées dans de nombreuses zones contrôlées par des groupes criminels.
Les autorités haïtiennes de transition devraient renforcer les programmes de protection sociale destinés aux familles en situation de vulnérabilité, veiller à ce que les écoles puissent fonctionner comme des espaces sûrs, élargir l'accès aux soins psychosociaux et développer des programmes communautaires de réintégration pour les enfants victimes de graves abus.
Sans une action immédiate pour aider les enfants à quitter les groupes criminels et à se réintégrer dans leurs communautés de façon sécuritaire, les groupes criminels continueront à profiter de leur exploitation. Des réformes soutenues et un soutien international fort pourraient permettre à Haïti à commencer à rétablir la confiance dans les institutions étatiques et à briser le cycle des abus.
19.02.2026 à 00:00
Human Rights Watch
(Tokyo, 19 février 2026) – Les autorités philippines chargées de reloger les communautés déplacées en 2021 par le typhon Odette ont ignoré les droits des habitants, en particulier ceux des personnes handicapées, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Les initiatives de relogement sur l'île de Siargao, dans le sud des Philippines, ont été menées sans consulter les habitants de manière significative, sans transmettre d’informations accessibles à tou-te-s, et sans garantir une participation inclusive ; ceci a porté atteinte aux droits des habitants, et les a exposés à de futurs risques liés aux phénomènes météorologiques extrêmes.
Après la tempêteDéplacements aux Philippines
Dossier web (en anglais)En décembre 2021, le typhon Odette, aussi connu sous le nom de typhon Rai sur le plan international, a balayé les Philippines, y compris Siargao, détruisant des maisons, tuant des centaines de personnes et déplaçant des milliers d'autres. Des communautés côtières entières se sont retrouvées sans abri, sans eau potable et sans accès aux services publics. Les personnes handicapées et leurs familles ont décrit les obstacles importants qu'elles ont rencontrés pour évacuer leurs domiciles, et se mettre en sécurité pendant et après la tempête. Depuis lors, les autorités philippines ont cherché à déplacer de manière permanente des communautés entières vers des zones désignées comme plus sûres, dans le cadre d'une réinstallation planifiée, sans toutefois respecter les normes internationales visant à protéger les droits des personnes touchées.
Entre mai et septembre 2025, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 48 personnes, dont 25 personnes handicapées et leurs familles vivant dans quatre municipalités de l'île de Siargao (Del Carmen, Pilar, San Isidro et Santa Monica), des représentants communautaires, des experts en changement climatique, des représentants des Nations Unies et des responsables gouvernementaux à Manille, Butuan City, Surigao City et Siargao.
Sites des recherches menées par Human Rights Watch Click to expand Image Carte de Siargao et des îles voisines, dans le sud-est des Philippines, où Human Rights Watch a mené en 2025 des recherches sur les déplacements de population après le passage du typhon Odette (aussi connu sous le nom de « typhon Rai ») en 2021. © 2026 Human Rights Watch« Mon mari m'a portée sur son dos à travers les zones inondées », a déclaré Jocelyn Iytac Eguna, âgée de 65 ans et atteinte d'un handicap physique, évoquant le typhon qui a dévasté Siargao et les îles voisines. « J'avais perdu tout espoir et je voulais vraiment mourir. C'est vraiment difficile pour moi. Les autres pouvaient simplement s'enfuir, mais moi, j'ai dû être portée. »
À la suite du passage du typhon Odette, le gouvernement philippin a interdit tout projet de construction dans les zones côtières et les lits des rivières de Siargao, qui font partie de la zone de conservation protégée, afin d'empêcher les habitants de retourner chez eux « pour leur propre sécurité ». Cependant, les autorités n'ont pas consulté de manière significative les communautés déplacées au sujet de leurs besoins et préférences pour leur propre avenir, et elles ne leur ont pas non plus proposé de logements de remplacement adéquats ni fourni d'informations suffisantes sur les plans visant à apporter une solution durable.
Comparaison d'images satellite avant et après le passage du typhon Odette le 16 décembre 2021, montrant la destruction partielle du village de Jaboy (municipalité de Pilar), sur l'île de Siargao aux Philippines. AVANT : 4 décembre 2020. APRÈS : 6 janvier 2022. © 2026 Planet Labs PBC / Human Rights Watch.
Au cours de la dernière décennie, les tempêtes aux Philippines ont déplacé au moins 43,8 millions de personnes. Avec l'accélération du changement climatique, le nombre de personnes déplacées devrait augmenter. Une étude récente a révélé que le changement climatique induit par les activités humaines a « plus que doublé la probabilité d'un événement complexe comme le typhon Odette ». Rien qu'en novembre 2025, deux typhons successifs ont touché plus de 12 millions de personnes dans le pays, faisant des centaines de morts et déplaçant plus de 466 000 personnes, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA).
En vertu des Principes directeurs des Nations Unies relatifs au déplacement de personnes à l'intérieur de leur propre pays, les autorités compétentes ont le devoir et la responsabilité premiers de créer les conditions d'une solution durable pour les personnes déplacées par des catastrophes. Les normes internationales définissent trois solutions durables pour les personnes déplacées : un retour dans la dignité, une intégration locale ou une réinstallation permanente planifiée dans un nouveau site comparable. La plupart des habitants déplacés par le typhon Odette sont immédiatement retournés dans leur région, et ont reconstruit leurs maisons dans la zone interdite à la construction, où ils font face à un avenir incertain.
Étant donné que la vie, les moyens de subsistance et l'identité des personnes sont profondément liés à leurs foyers, les mesures d'adaptation au changement climatique et de prévention des catastrophes qui permettent aux personnes de rester sur place doivent être privilégiées dans la mesure du possible. Selon le Guide sur la réinstallation planifiée copublié par les Nations Unies en 2015, une telle mesure ne doit être envisagée qu'en dernier recours pour protéger la vie et la santé des habitants, et sur la base d'une consultation avec les communautés touchées ou à leur demande.
Les autorités municipales de Siargao ont réagi de différentes manières au typhon et à la désignation de la zone interdite à la construction. Immédiatement après le typhon, la municipalité de San Isidro a entrepris, sans consulter ou soutenir suffisamment les familles touchées, une réinstallation mal planifiée de 40 familles qui vivaient sur les berges de la rivière San Isidro, vers Josephath, un site situé en amont ; cette initiative a été menée d’une manière qui a porté atteinte à leurs droits. Des membres de la communauté et des responsables locaux ont déclaré que les familles relogées avaient un accès irrégulier à l'eau, et des difficultés à accéder à la rivière et aux services de la communauté. Les personnes handicapées sont particulièrement exposées aux risques de blessures et au manque d'accès, en raison de l'inaccessibilité du site.
De même, la municipalité de Pilar, avec le soutien de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), a déplacé plusieurs familles vers un site qui, selon la communauté locale, est régulièrement inondé, ce qui va à l'encontre de l'objectif même de la réinstallation. En conséquence, lors de conditions météorologiques extrêmes, les familles restent coupées du reste du village, y compris de l'école primaire locale, qui sert également de site d'évacuation.
Les municipalités de Santa Monica et Del Carmen, qui prévoient actuellement des réinstallations, devraient tirer les leçons de ces erreurs et agir pour garantir un processus respectueux des droits, a déclaré Human Rights Watch.
Le maire de Del Carmen, Alfredo Coro, a reconnu que la municipalité n'avait pas encore consulté les communautés concernées ; il s'est engagé à faire en sorte que le projet de réinstallation soit axé sur les droits humains et inclusif pour les personnes handicapées. Si le projet de réinstallation de Del Carmen respecte les droits humains, il pourrait servir de modèle pour d’autres municipalités des Philippines, et peut-être même pour les 77 autres pays où des projets de relocalisation liés à des catastrophes ont été recensés.
En vertu du droit international relatif aux droits humains, les Philippines sont tenues de respecter, protéger et réaliser les droits économiques, sociaux et culturels de chaque personne, et de les protéger face aux risques raisonnablement prévisibles liés au changement climatique, notamment l'élévation du niveau de la mer et d'autres phénomènes. En vertu de l’article 11 de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées (CDPH), les autorités à tous les niveaux doivent « assurer la protection et la sûreté des personnes handicapées dans les situations de risque, y compris […] les catastrophes naturelles ».
Alors que les autorités philippines, au niveau local et national, étendent le programme de réinstallation à Siargao, il est essentiel qu'elles garantissent le respect des droits humains par le biais de consultations significatives et d'informations accessibles. Garantir les droits des personnes les plus exposées, y compris les personnes handicapées, permettra d'assurer une meilleure protection et sécurité pour tous les habitants, a déclaré Human Rights Watch.
« Le gouvernement philippin et les bailleurs de fonds internationaux devraient fournir aux autorités locales de Siargao un soutien suffisant pour élaborer des solutions durables pour les personnes déracinées par le typhon Odette, et celles qui sont de plus en plus exposées aux risques climatiques », a conclu Emina Ćerimović. « Le changement climatique amplifie les inégalités existantes, et les échecs passés à Siargao soulignent la nécessité urgente pour les autorités de garantir des solutions inclusives et fondées sur les droits, notamment par le biais d'une réinstallation bien planifiée. »
Suite détaillée en anglais.
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