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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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11.06.2026 à 20:15

Coupe du monde : Les sponsors de la FIFA devraient soutenir une « trêve de l’ICE »

Human Rights Watch

Click to expand Image Un homme tenait un ballon de football lors d'une conférence de presse organisée près d’un stade où se joueront des matches de la Coupe du monde à Inglewood, en Californie, le 9 juin 2026. Le message inscrit sur le ballon, « ICE out of the Cup » (« ICE hors de la Coupe ») faisait allusion à l’agence de l'immigration et des douanes (Immigration and Customs Enforcement, ICE). © 2026 Frederic J. Brown / AFP via Getty Images.

(New York) – Les partenaires et sponsors de la Coupe du monde de la FIFA devraient se joindre aux appels en faveur d'une « trêve de l'ICE », un engagement public des autorités fédérales des États-Unis à s'abstenir de toute opération de contrôle de l'immigration sur tous les sites de matches et d’événements liés au tournoi, ont déclaré aujourd'hui Human Rights Watch et la Sport & Rights Alliance.

La Coupe du monde 2026, qui a débuté le 11 juin aux États-Unis, au Canada et au Mexique, s’est ouverte dans un contexte derépression brutale de l’immigration par l’administration du Président américain Donald Trump. En mai et juin, des organisations de défense des droits humains, des groupes de supporters et des syndicats ont écrit à 19 sociétés les exhortant à inciter la FIFA et le gouvernement des États-Unis à soutenir une « trêve de l’ICE » (« ICE Truce ») comme première pas vers la fin des pratiques abusives de détention et d'expulsion aux États-Unis et afin d'atténuer les risques que les politiques d'immigration du gouvernement américain font peser sur les supporters, les travailleurs et les communautés locales.

« Les sponsors de la FIFA versent collectivement des milliards de dollars parce qu'ils veulent être associés au « beau jeu », et non à la répression cruelle du gouvernement des États-Unis en matière d'immigration », a déclaré Minky Worden, directrice des Initiatives mondiales au sein de Human Rights Watch. « Les sponsors et partenaires de la Coupe du monde devraient appeler à une trêve de l'ICE comme meilleur moyen de garantir que le tournoi ne soit pas terni par les politiques d'immigration abusives de l'administration Trump. »

Six entreprises — Adidas, Coca-Cola, Lenovo, McDonald’s, Unilever et Visa — ont répondu en évoquant un dialogue régulier avec la FIFA sur les droits humains, sans toutefois commenter directement leur soutien à une « trêve de l’ICE ». Les autres sponsors et partenaires de la FIFA — AB InBev, Aramco, Betano, Bank of America, DoorDash, Globant, Hisense, Lay’s, Hyundai, Mengniu, Qatar Airways, Valvoline et Verizon — n’ont pas répondu.

Les opérations de l’agence américaine de l’Immigration et des douanes (ICE) ont visé des communautés à travers les États-Unis, pays qui accueillera la majeure partie des matchs de la Coupe du monde. Les agents de l'immigration ont procédé à des détentions arbitraires et violentes, ciblant souvent les personnes de couleur et terrorisant les communautés immigrées. Des agents fédéraux de l'immigration ont illégalement tué deux citoyens américains, tandis que 19 personnes sont déjà décédées en détention administrative en 2026.

Parmi les organisations ayant écrit aux sponsors et partenaires de la FIFA figurent Human Rights Watch, la Sport & Rights Alliance, Amnesty International, Building and Wood Workers’ International (BWI), Equidem, Football Supporters Europe, FairPlay, ILGA World, OpenStadiums, Reporters sans frontières et Transparency International.

Les six entreprises ayant répondu ont indiqué avoir échangé avec la FIFA au sujet des questions de droits humains liées à la Coupe du monde. Coca-Cola, par exemple, a déclaré « dialoguer avec la FIFA lors de réunions de travail entre sponsors, en contribuant aux discussions sur les évaluations des droits humains, les processus de diligence raisonnable et la mise en œuvre du Cadre de la FIFA relatif aux droits humains pour la Coupe du monde 2026 ». McDonald’s a affirmé « échanger régulièrement avec la FIFA et les parties prenantes concernées sur les risques en matière de droits humains associés à ses tournois [...] et partager la volonté de faire de la Coupe du monde 2026 une expérience sûre, inclusive et respectueuse pour tous les supporters, travailleurs, joueurs et communautés ».

La FIFA, cependant, n’a jusqu’à présent fait que très peu pour remédier aux risques posés par les politiques d’immigration cruelles de l’administration Trump. En décembre 2025, l’instance dirigeante du football a décerné à Trump le « Prix de la paix de la FIFA », saluant son « engagement indéfectible en faveur de la paix et de l’unité dans le monde ». Aucun des plans d’action élaborés par les villes hôtes américaines pour le tournoi — un élément clé du Cadre de la FIFA relatif aux droits humains pour la Coupe du monde 2026 — n’aborde explicitement les risques que les opérations migratoires abusives du gouvernement américain font peser sur les communautés.

Des organisations de défense des droits des immigrants et des organisations communautaires apportent leur soutien aux communautés immigrées pendant la Coupe du monde. Deux sponsors de la FIFA, Coca-Cola et Visa, ont mentionné dans leurs réponses le soutien qu’ils apportent au Centre for Sport and Human Rights (Centre pour le sport et les droits humains), une organisation non gouvernementale ayant élaboré un guide destiné aux supporters et aux communautés (« World Cup Fan + Community Guide ») afin d’aider les supporters à comprendre leurs droits pendant le tournoi.

Certains partenaires de la FIFA ont affirmé n'avoir qu'une responsabilité ou un contrôle limités concernant les questions de droits humains liées à la Coupe du monde. Lenovo, par exemple, a déclaré : « Le rôle de Lenovo dans le cadre des tournois de la FIFA est celui d'un partenaire technologique. Les questions relatives à la gouvernance du tournoi, à l'organisation de l'événement, aux dispositifs de sécurité, aux politiques gouvernementales, à l'application des lois sur l'immigration et aux engagements en matière de droits humains associés au tournoi relèvent de la responsabilité de la FIFA et des autorités compétentes des pays hôtes. » Adidas a affirmé : « En tant que sponsor, Adidas n'intervient ni dans le choix des pays hôtes de la Coupe du monde de la FIFA, ni dans la définition des accords conclus entre les gouvernements et les pays hôtes. Ces responsabilités incombent à la FIFA ».

« Les sponsors et partenaires de la Coupe du monde font fausse route s’ils pensent que la FIFA plaidera seule, auprès de l’administration Trump, en faveur de politiques migratoires respectueuses des droits », a conclu Andrea Florence, directrice exécutive de la Sport & Rights Alliance. « Les entreprises ont une réelle opportunité de faire pression sur la FIFA pour qu’elle réclame une trêve de l’ICE et protège les supporters ainsi que les travailleurs tout au long du tournoi. »

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11.06.2026 à 06:00

RD Congo : Les communautés devraient participer à la réponse à l’épidémie d’Ebola

Human Rights Watch

Click to expand Image Des agents de santé vêtus de tenues de protection marchaient à l'extérieur de l'Hôpital général de référence de Mongbwalu, dans la province de l’Ituri dans l’est de la République démocratique du Congo, le 21 mai 2026 ; cette région a été particulièrement touchée par la propagation de l'épidémie d'Ebola. © 2026 Michel Lunanga/Getty Images Le gouvernement congolais et ses partenaires internationaux devraient donner la priorité à l’implication des communautés et limiter le rôle des forces de sécurité dans sa réponse à l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo.Le gouvernement et ses partenaires devraient surmonter des années de conflit, d’abus et de négligence qui ont mis à rude épreuve les systèmes de santé, érodé la confiance des citoyens et risquent de compliquer la réponse à Ebola.Les pays donateurs et les organisations internationales devraient réagir de toute urgence à l'épidémie, et veiller à ce que les fonds soient dépensés de manière efficace et responsable.

(Kinshasa, le 11 juin 2026) – Le gouvernement de la République démocratique du Congo et ses partenaires internationaux devraient donner la priorité à l’engagement communautaire et limiter le rôle des forces de sécurité dans la lutte contre la flambée épidémique de la maladie à virus Ebola dans l’est du pays, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

« Le gouvernement congolais et ses partenaires devraient surmonter les années de conflit, de violence et d’abandon qui ont affaibli les systèmes de santé et érodé la confiance des citoyens, et qui risquent de compliquer la réaction face à Ebola », a déclaré Ida Sawyer, directrice de la division Crises et conflits à Human Rights Watch. « Cela implique de prendre toutes les mesures nécessaires pour minimiser le rôle des forces de sécurité et dialoguer étroitement avec les communautés affectées. »

En mai et juin 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens avec neuf travailleurs humanitaires et experts en santé publique impliqués dans la lutte contre les épidémies d'Ebola actuelle et passées.

Le 17 mai, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a qualifié l’épidémie d’Ebola d’« urgence de santé publique de portée internationale ». L’ébolavirus de Bundibugyo, une souche pour laquelle on ne dispose d’aucun vaccin ni traitement approuvé et qui est fatale dans près de 50 % des cas, s’est propagé depuis des mois sans être détecté. Le démantèlement par l’administration Trump de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) en 2025, venant s’ajouter à des années de sous-financement des interventions humanitaires dans l’est de la RD Congo, ont pu contribuer à la lenteur de la détection du virus et des systèmes d’intervention rapide.

À la date du 6 juin, l’OMS comptait 515 cas confirmés en RD Congo, dont 91 décès, ainsi que 19 cas confirmés et deux décès dans l’Ouganda voisin.

Le virus Ebola se propage par contact avec les fluides corporels et cause de la fièvre, de graves céphalées, des douleurs musculaires, des vomissements, de la diarrhée, des hémorragies, puis la mort. Les femmes présentent un risque d’exposition disproportionné en raison de leur rôle plus fréquent de soignantes dans le cadre familial ou professionnel. La toilette mortuaire rituelle précédant l’enterrement peut contribuer à la contamination et exige une communication en matière de santé publique soigneusement conçue et culturellement adaptée permettant de sensibiliser aux pratiques. Les équipements de protection individuelle inadéquats font courir des risques aux soignants et favorisent la transmission du virus.

L’épidémie de 2018-20 avait tué 2 299 personnes. Les hostilités avaient empêché la surveillance, le suivi et le traitement efficaces de la maladie – autant d’actions cruciales pour lutter contre ce type de flambée épidémique – et créé ce que l’OMS a qualifié de « tempête parfaite ». 

Lors de l’épidémie de 2018-20, l’implication des forces de sécurité congolaises avait entravé l’intervention sanitaire, politisé les soins et aggravé la méfiance au sein des communautés affectées, a déclaré Human Rights Watch. Des groupes armés avaient également tiré profit de l’afflux de financements en montant ce que les communautés locales décrivaient comme « le business Ebola ». Le Groupe d’étude sur le Congo, une organisation indépendante, a rapporté en 2021 que des belligérants exploitaient l’épidémie à des fins lucratives, créant des intérêts incitant à entraver l’intervention sanitaire.

L’épidémie actuelle est concentrée dans la province de l’Ituri, où les déplacements de masse et un système de santé dégradé par des années de conflit ont créé des conditions de risque élevé de propagation rapide d’Ebola. Or des groupes armés et les forces de sécurité de l’État avaient déjà  ciblé des hôpitaux, des cliniques et du personnel de santé, ainsi que pillé du matériel médical. Un rapport publié en mai 2026 par la Coalition pour la sauvegarde de la santé lors des conflits (SHCC), un regroupement international d’organisations non gouvernementales et universitaires, a constaté qu’en 2025 il y avait eu 325 attaques contre des services de santé de la RD Congo – essentiellement dans l’est –, soit près de trois fois plus qu’en 2024.

En mai, des organisations humanitaires présentes dans l’Ituri ont averti qu’une insécurité persistante gênait la distribution de l’aide et l’apport de services médicaux. Le fait que des habitants aient attaqué des centres de soin dédiés à Ebola dans les villes de Rwampara et de Mongbwalu, dans l’Ituri, les 21 et 22 mai, illustre la méfiance des populations locales vis-à-vis de l’intervention de santé publique.

À plusieurs reprises, des groupes armés se sont impunément livrés à des massacres de civils et à d’autres violences dans l’Ituri. Dans le contexte d’un conflit intercommunautaire autour des terres et des ressources, la Coopérative pour le développement du Congo (CODECO) a attaqué des civils, surtout issus du groupe ethnique hema. À peine quelques semaines avant l’annonce de l’épidémie, il a été rapporté que les forces de la CODECO avaient tué 50 civils près de Pimbo, dans le territoire de Djugu, dans l’Ituri. Début 2026, les Forces démocratiques alliées (ADF), affiliées à l’État islamique, ont elles aussi tué de nombreux civils, dont près de 60 personnes dans le sud de l’Ituri.

Les forces armées congolaises ont aussi été responsables de graves abus, que Human Rights Watch a documentés. Aussi bien le Groupe d’experts de l’ONU que le Service international d’informations pour la paix (IPIS) ont rapporté que le gouvernement congolais était impliqué dans des trafics d’or dans la région, en collaboration avec des groupes armés. 

La nécessité urgente de financements accrus et d’autres formes d’assistance – personnel formé, matériel médical et capacité de dépistage augmentée – devrait intégrer la transparence en matière d’attribution et de distribution des ressources ainsi qu’une communication efficace avec les communautés affectées. Il est important que la mission de maintien de la paix en RD Congo (MONUSCO) continue d’assurer son rôle de protection des civils, et que l’OMS coordonne étroitement ses activités avec cette mission.

L’étude des épidémies passées a démontré que l’engagement communautaire et les mesures de soutien social telles que l’aide alimentaire et les soins à domicile peuvent être plus efficaces que des mesures coercitives de confinement et peuvent contribuer à bâtir la confiance nécessaire à une réponse efficace. En novembre 2025, des niveaux alarmants de malnutrition aigüe ont été enregistrés dans des régions de l’Ituri et du Nord-Kivu, et près de 25 millions de personnes faisait face à un niveau élevé d’insécurité alimentaire entre septembre et décembre 2025, sachant qu’une aggravation des conditions était attendue en 2026. Or les gens sont plus susceptibles de se mettre en quarantaine volontaire s’ils ont de quoi se nourrir correctement. Lorsque les centres de traitement ne peuvent pas fournir des repas basiques, les familles risquent l’exposition en apportant des vivres elles-mêmes.

Le 28 mai, le gouvernement des États-Unis a annoncé une aide d’urgence à la RD Congo de 112 millions USD, mais cette somme est versée dans un système qui a été démantelé ces dernières années par des restrictions des budgets de l’aide humanitaire de la part de divers donateurs. Entre 2024 et 202, le gouvernement américain a réduit de plus de moitié l’aide aux interventions d’urgence en RD Congo, passée de 805 à 373 millions USD. Un médecin local a expliqué à Physicians for Human Rights qu’on « ne pouvait plus mener à bien la surveillance épidémiologique en raison de l’arrêt des financements d’USAID ». Un ancien haut responsable d’USAID, qui supervisait les interventions de l’agence lors d’épidémies précédentes de maladies infectieuses, a expliqué qu’autrefois « USAID investissait afin de garantir qu’on ait le personnel, la logistique et le soutien opérationnel prêts à être activés, en cas d’épidémie. Ces investissements ont été supprimés, donc les systèmes n’étaient plus en mesure d’être activés. »

Grace Tran, qui travaillait avec l’USAID sur les réponses à l’Ebola lors de l’épidémie de 2018, a expliqué que les coupes budgétaires avaient éliminé nombre de programmes de sensibilisation communautaire, essentiels dans un contexte de conflit : « Une grande partie de la confiance que nous avions établie a disparu. »

Le retrait des États-Unis de l’OMS, en janvier, a aggravé la situation en éliminant le partage de données en temps réel et en forçant l’OMS à réduire son équipe de près d’un quart. Les États-Unis étaient absents de l’Assemblée mondiale de la santé, à Genève en mai, où les dirigeants mondiaux ont discuté d’une réaction internationale face à l’épidémie. Commentant le retrait de l’OMS, un ancien haut responsable d’USAID a déclaré à Human Rights Watch : « Le manque de coordination cause des décès.Et notre incapacité à coordonner une réponse tue des gens. »

« La flambée d’Ebola dans une région ravagée par des atrocités et des années de négligence, aggravée par des fortes réductions des financements alloués à la santé mondiale, a créé une catastrophe humanitaire », a conclu Ida Sawyer. « Les pays donateurs et les organisations internationales devraient réagir d’urgence à cette épidémie, tout en s’assurant que les fonds alloués soient dépensés de manière efficace et transparente. »

Informations complémentaires

Violences intercommunautaires dans l’Ituri et abus commis par les belligérants

L’Ituri a connu des cycles de violences intercommunautaires entre des groupes armés prétendant représenter les intérêts des différentes communautés et les forces du gouvernement. Les conflits sont favorisés par les tensions anciennes autour des terres, la compétition pour les ressources naturelles, la mauvaise gouvernance ainsi que l’intervention de l’étranger.

En novembre 2025, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 119 personnes sur les conflits armés dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu. Parmi elles se trouvaient des survivant·e·s de tueries, de violences sexuelles et de déplacements forcés, ainsi que des témoins des abus, des responsables de l’État et de l’armée et des représentants d’organisations humanitaires.

Le cycle de violences le plus récent a démarré en 2017, lorsque le meurtre supposé d’un prêtre éminent de la communauté lendu a débouché sur des accusations selon lesquelles une autre communauté, les Hema, tentaient de tuer les leaders lendu. Un groupe affirmant représenter les Lendu, la Coopérative pour le développement du Congo (CODECO), a initié la plupart des violences qui se sont ensuivies. Une série d’attaques et de représailles entre les communautés lendu et hema ont entraîné la constitution par les Hema d’un « groupe d’autodéfense » appelé Zaïre, qui a attaqué les forces de l’État, d’autres groupes armés et des civils lendu.

En janvier 2025, Thomas Lubanga a mis en place un groupe armé appelé Convention pour la révolution populaire (CRP) en Ouganda. Lubanga avait déjà dirigé un groupe armé majoritairement hema qui fut responsable de graves abus entre 2001 et son arrestation en 2006. En 2012, Lubanga a été reconnu coupable par la Cour pénale internationale d’avoir recruté et employé des enfants soldats, avant d’être remis en liberté en 2020. Même si la CRP prétend représenter tous les habitants de l’Ituri, l’introduction de ce groupe armé dirigé par des Hema et fondé en Ouganda a nettement accentué les tensions dans l’Ituri.

Le 9 février 2025, des combattants de la CODECO ont attaqué un camp de personnes déplacées à Djaiba, tuant une femme et en blessant dix autres. La nuit suivante, des combattants de la CODECO ont attaqué le village de Lindo et les villages aux alentours, tuant au moins 48 personnes. Des témoins ont déclaré à Human Rights Watch, et le Groupe d’experts des Nations Unies sur la République démocratique du Congo a rapporté, que des combattants de la CODECO avaient tué plus de 80 civils dans les villages voisins du camp de Djaiba entre le 9 et le 11 février.

Un témoin a déclaré :

« Nous étions dans la maison lorsqu’ils sont arrivés. Nous avons entendu des gens en train d’essayer de casser la porte de nos voisins. Notre porte est solide – ils n’ont pas réussi à la casser, mais ils ont essayé. J’étais dans la maison avec à peu près 13 personnes. Tout le monde s’était enfui du site [de Djaiba] pour trouver refuge. Nous avons pu rester là jusqu’au matin. Mais tous nos voisins ont été tués [...]. Nous avons entendu les cris de ceux qui ont été brûlés dans les incendies. En quittant la maison le matin, nous avons vu les corps des autres. Puis nous nous sommes enfuis dans la campagne. »

Une femme a déclaré que les combattants de la CODECO avaient tué cinq de ses six enfants. Ils ont fracassé la porte de la maison où résidait la famille. Elle et d’autres habitants se sont précipités dans la chambre pour s’y barricader. Les combattants de la CODECO ont tiré et tué deux de ses fils, de 6 et 8 ans, ainsi que sa fille de 15 ans, a-t-elle témoigné. Ils ont donné des coups de machette à ses trois plus jeunes enfants, tuant son bébé de six mois et sa fille de 4 ans. Son seul enfant, un garçon de 3 ans, a été gravement blessé.

D’après cette femme, son fils est toujours traumatisé. « Chaque fois que je prépare à manger et que j’appelle [mon fils], il refuse », a-t-elle témoigné plus de neuf mois après les attaques. « Il dit : ‘Si tu veux que je mange, appelle d’abord mes frères, que je mange avec eux.’ […] Je ne peux pas quitter la maison pour chercher du travail. Chaque fois que je m’en vais, mes voisins me disent qu’il pleure toute la journée et qu’il refuse de manger quoi que ce soit. »

L’attaque de la CODECO semble avoir été menée en représailles d’une attaque du village d’Arr par des miliciens de Zaïre le 8 février. Les miliciens avaient incendié des domiciles et tué cinq civils, dont deux enfants, a affirmé un leader local, ce que l’ONU a également rapporté.

D’autres attaques ont eu lieu à Pimbo, une commune voisine, le 28 avril. Des sources locales ont déclaré que la CRP avait attaqué un camp de l’armée congolaise à Pimbo, tuant une quinzaine de personnes, dont deux femmes qui vivaient dans le camp avec leurs maris. À peu près à la même période, les forces de la CRP et de la CODECO se sont affrontées et la MONUSCO a évacué 191 civils. D’après Al Jazeera, 50 civils ont été tués durant ces combats. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de corroborer le nombre de victimes de façon indépendante.

Abus commis par les Forces démocratiques alliées 

Les ADF sont issues d’une rébellion islamiste en Ouganda qui a été repoussée en 1995 vers le nord-est de la RD Congo par l’armée ougandaise. En 2015, le dirigeant du groupe, Jamil Mukulu, a été arrêté en Tanzanie, et son successeur, Musa Baluku, a fait allégeance à l’État islamique (dit Daech) en 2017. L’État islamique a revendiqué les attaques menées par les ADF et leur fournit des financements. Sous la direction de Baluku, les attaques contre les civils se sont faites plus nombreuses.

D’après des sources de l’armée et des Nations Unies, ainsi que des témoins, un groupe des ADF, mené par un ressortissant tanzanien, Ahmad Mahmood Hassan, alias Abuwakasi, a été responsable de deux massacres, commis fin 2025 dans le nord-est de la RD Congo, qui ont tué une centaine de civils.

Le 8 septembre, les ADF ont tué au moins 70 personnes dans le village de Ntoyo de la province du Nord-Kivu. Les combattants ont brûlé véhicules et maisons et tué des civils. Une habitante de 35 ans a déclaré qu’elle était à la veillée funèbre de son beau-frère lorsque les combats ont commencé :

« Ils sont entrés dans la maison, en amenant des gens à l’intérieur. Je me suis enfuie, mais au moment où je sortais, certains d’entre eux m’ont attrapée et m’ont ligoté les mains. [...] Je me suis aperçu que les gens à l’intérieur de la maison étaient en train de se faire tuer. [...] Il y avait des tirs d’armes à feu. Un des bandits m’a dit : ‘Mama, tu as de la chance, je vais te libérer.’  Dès qu’ils m’ont détachée, je me suis enfuie vers la vallée, où j’ai passé la nuit. »

Lorsqu’elle est revenue le lendemain matin, elle a trouvé des dizaines de corps. Certains, notamment sa mère de 85 ans et son frère de 40 ans, semblaient avoir été tués à coups de marteau. D’autres avaient été abattus par balles ou tués à coups de machettes. Les ADF avaient mis le feu à la maison, en brûlant peut-être des gens encore vivants, a-t-elle estimé. Elle est la seule survivante de sa famille.

Des témoins ont affirmé que l’armée congolaise n’est pas arrivée à Ntoyo jusqu’à ce que le massacre soit terminé, ce qu’a confirmé un porte-parole de l’armée, Lt Marc Elongo.

La nuit du 14 novembre, les ADF ont attaqué le village de Biambwe, à 30 kilomètres à l’est de Ntoyo, également dans le Nord-Kivu. Deux témoins ont déclaré que les combattants avaient tué 28 civils, dont 17 dans un centre de santé géré par une église catholique. Une infirmière a témoigné que les ADF avaient attaqué la maternité, tuant des mères qui venaient juste d’accoucher. « Nous avons entendu des coups sur les portes et les femmes se sont mises à crier dans la maternité. Nous avons ouvert la porte [de la salle du personnel] et une femme enceinte est arrivée pour nous dire qu’il y avait des intrus en train de tuer les gens dans la maternité. »

Ces dernières années, les ADF ont enlevé des centaines de femmes et de filles, les forçant souvent à ‘épouser’ des combattants des ADF et les réduisant à l’état d’esclaves sexuelles. Certaines ont pu s’échapper après avoir été captives pendant des mois ou des années, tandis que d’autres sont toujours privées de liberté par le groupe armé.

Human Rights Watch a interrogé six femmes qui avaient été détenues pendant jusqu’à quatre ans dans les camps des ADF. La plupart avaient été enlevées à l’occasion d’attaques contre leur village ou leur exploitation agricole, pendant lesquelles les combattants avaient tué les hommes de leur famille, parfois en leur présence. Une femme de 18 ans a raconté : 

« Dans les camps, s’ils se rendent compte que tu veux t’échapper, tu es exécutée. Lorsqu’ils tuent quelqu’un, ils appellent tout le monde pour y assister. Je les ai vus tuer une femme d’une vingtaine d’années. Ils l’ont décapitée avec une machette, puis ont jeté le corps dans la rivière. »

Une autre femme a témoigné que les ADF l’avaient enlevée à l’âge de 14 ans. Les ADF avaient attaqué son village dans le territoire de Beni, dans le Nord-Kivu, tué son beau-frère devant elle, puis l’avaient enlevée, en même temps que sa belle-sœur. Ils l’ont retenue captive pendant quatre ans. Elle a été forcée d’« épouser » un combattant congolais : 

« Pendant ces quatre années, j’ai vécu une vie de pure souffrance. Le mari qu’ils m’avaient donné avait été recruté par les ADF. Ils ont dit qu’ils avaient du travail pour lui, mais lorsque nous sommes arrivés, nous avons compris que son travail, c’était de tuer des gens. Il avait des attentes à mon égard ; il voulait que je porte son enfant. Un jour, alors que nous étions au lit, il a dit qu’il allait me tuer parce qu’il voulait faire un enfant avec moi et que je ne tombais pas enceinte. »

Elle s’est échappée en se glissant hors du camp la nuit, pendant que l’homme dormait. Elle a marché pendant cinq jours jusqu’à ce que des gens l’amènent à l’hôpital de Beni, où elle a reçu des soins et un soutien psychologique.

Violations commises par les forces de l’État congolais 

Les groupes armés se sont servis du vide sécuritaire dans le nord-est de la RD Congo pour commettre des abus généralisés envers la population civiles, alors que l’armée congolaise redéployait beaucoup de ses forces pour combattre le groupe armé M23 soutenu par le Rwanda. 

Les forces armées congolaises demeurant dans le nord-est représentent souvent une menace pour les civils qu’elles ont la responsabilité de protéger. En 2025, Human Rights Watch a documenté les violences sexuelles commises par des militaires dans le nord-est de la RD Congo, en interrogeant des survivantes, notamment une fille de 17 ans qui témoignait que quatre soldats l’avaient gravement battue et violée en avril 2025 dans le territoire de Djugu : « Ils ont dit que si je ne voulais pas coucher avec eux, ils me tueraient. Certains m’ont entravé les bras. Ils m’ont battue, ils avaient des bâtons. Ils m’ont frappée avec les bâtons et avec leurs mains. » 

Les soldats congolais ont par ailleurs fréquemment vendu des armes et se sont livrés dans des activités commerciales illicites comme le trafic d’or, souvent en collaboration avec des groupes armés. Un rapport de 2025 du Groupe d’experts de l’ONU a souligné que début 2025, presque toutes les mines d’or de l’Ituri étaient contrôlées par la CODECO et la milice Zaïre. Pendant les six mois suivants, la CODECO a délogé les forces de Zaïre de zones importantes d’extraction de l’or. Un rapport de l’ONU de 2025, ainsi que deux mineurs d’or interrogés par Human Rights Watch, ont affirmé que la majorité de cet or était exporté vers l’Ouganda et le Rwanda.

Réaction internationale

Des coupes budgétaires affectant la mission de maintien de la paix des Nations Unies, la MONUSCO, ont gêné les efforts de protection des civils. En 2023, le président de la RD Congo, Félix Tshisekedi, a ordonné à la MONUSCO d’accélérer un retrait planifié du pays. Même si la MONUSCO s’est effectivement retirée du Sud-Kivu, le retrait a été reconfiguré en une approche plus lente et par étapes, en raison des craintes d’un vide sécuritaire et du conflit avec le groupe armé M23. Cependant, de nouvelles restrictions du financement des Nations Unies ont forcé la mission à fermer des bases d’opération et à redéployer ses troupes, notamment dans la province de l’Ituri.

Les responsables de graves crimes internationaux sont rarement traduits en justice, tandis que les efforts de justice nationaux font face à de graves difficultés, notamment des ressources et des capacités insuffisantes, la corruption, ainsi qu’un manque de volonté politique, surtout concernant les abus impliquant de hauts responsables. Les efforts internationaux visant à lutte contre l’impunité en RD Congo, tels que les entités mises en place par les Nations Unies, la Mission d’établissement des faits du HCDH sur la situation dans les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu en République démocratique du Congo et la Commission d’enquête indépendante sur la situation des droits de l’homme dans les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu en République démocratique du Congo, n’incluent pas ma province de l’Ituri. Quant à l’enquête de la Cour pénale internationale concernant la RD Congo, elle met actuellement l’accent sur le Nord-Kivu. De même, les pourparlers de paix menés à Washington, à Doha et à Lomé se sont concentrés presque exclusivement sur le conflit avec le M23 et sur les relations entre RD Congo et Rwanda.

Recommandations 

La République démocratique du Congo devrait :

Veiller à ce que les restrictions aux droits humains décidées au nom de la santé publique ou d’une urgence nationale respectent les critères de légalité, de nécessité prouvée et de proportionnalité.Enquêter rapidement, de façon transparente et impartiale sur les violations présumées des droits humains et du droit international humanitaire commises par toutes les forces armées et les groupes armés et garantir que les responsables des abus soient forcés à répondre de leurs actes de façon appropriée.Adopter des mesures pour renforcer le système judiciaire du pays, comprenant un mécanisme de justice internationalisé afin de juger les crimes de guerre. 

Le gouvernement de la RD Congo et ses partenaires internationaux devraient :

Exiger la transparence de la réception et de l’utilisation des financements étrangers et des autres aides.Veiller à ce que la lutte contre Ebola se fonde sur un dialogue avec les communautés affectées, plutôt que sur l’imposition de l’armée, notamment en :s’engageant activement avec les chefs coutumiers les leaders de la société civile ; consultant les communautés affectées ;lutter contre la peur et la désinformation en répondant aux inquiétudes des communautés et en réalisant des campagnes d’information publique adaptées au contexte ;minimisant la présence des forces de sécurité lors des campagnes de sensibilisation en matière de santé publique ; et enempêchant les groupes armés de participer à la lutte contre Ebola.

Les pays partenaires et les organisations internationales devraient : 

Maintenir leurs financements destinés à la lutte contre Ebola, y compris en déployant du personnel et du matériel médicaux, ainsi que des capacités de dépistage, tout en réduisant au minimum les obstacles à leur acheminement. Augmenter de toute urgence les financements destinés à protéger les civils.Garantir une attribution et une distribution des financements publiques et transparentes, y compris via des processus de recrutement et d’approvisionnement locaux, et une communication efficace sur ces procédures, y compris auprès des communautés affectées. Veiller à ce que le financement de la lutte contre Ebola soit conditionnée à une véritable consultation des communautés et à un dialogue avec les parties prenantes clés.Maintenir les financements pour les besoins sanitaires plus généraux, comme les soins de santé maternelle et les traitements contre le paludisme, la tuberculose et le VIH. Soutenir des mesures pour renforcer le système judiciaire de la RD Congo, comprenant la création d’un mécanisme de justice internationalisé afin de juger les crimes de guerre.Veiller à ce que la MONUSCO ait les moyens de mener à bien son mandat.

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10.06.2026 à 06:01

UE : Entrée en vigueur du Pacte sur la migration et l’asile, aux effets néfastes

Human Rights Watch

Click to expand Image Un garde-frontière polonais surveillait les environs devant une clôture de barbelés à la frontière avec le Bélarus à Polowce, dans l’est de la Pologne, le 21 juillet 2025. © 2025 AP Photo/Czarek Sokolowski

(Bruxelles) – Le nouveau Pacte de l’Union européenne sur la migration et l’asile introduit des changements de grande ampleur qui portent atteinte au droit d’asile, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. L’organisation a publié un document de questions-réponses (en anglais) expliquant les principales modifications apportées aux lois et procédures d’asile de l’UE, ainsi que les risques pour les droits des personnes. Adopté en 2024, le Pacte entrera pleinement en vigueur le 12 juin 2026.

« Bien qu’acclamé par des dirigeants européens, le nouveau pacte de l’UE sur l’asile claque la porte au nez de personnes qui méritent d’être traitées avec dignité et de voir leurs demandes de protection examinées équitablement », a déclaré Judith Sunderland, conseillère senior auprès de la division Droits des réfugiés et migrants à Human Rights Watch. « Ce Pacte porte un coup dévastateur au droit d’asile, alors même que le monde a plus que jamais besoin que l’Europe défende les droits humains. »

10 juin 2026 Questions and Answers: The EU Pact on Migration and Asylum

Le Pacte est un ensemble de 10 textes législatifs contraignants qui réforment en profondeur la manière dont l'UE gère ses frontières, traite les demandes d'asile et aborde le partage des responsabilités entre les États membres. Les nouvelles règles permettent aux gouvernements de prendre des décisions précipitées et de limiter les garanties dans le traitement des demandes d'asile, dont une grande partie se déroulera désormais dans le cadre de « procédures frontalières » tronquées, tout en augmentant le recours à la détention et sa durée. Un nouveau règlement relatif aux situations de crise autorise les pays de l’UE à refuser aux personnes le droit de demander l’asile dans des situations vaguement définies d’« afflux massif » ou d’« instrumentalisation » des migrations par des pays tiers.

Les pays de l'UE pourront désormais conclure des accords avec des « pays tiers sûrs » situés hors de l'Union et disposés à accueillir des demandeurs d'asile. Cela signifie qu'un État membre peut refuser d'examiner une demande d'asile et renvoyer le demandeur vers un pays avec lequel il n'entretient peut-être aucun lien culturel, familial ou communautaire, et où ses perspectives de soutien et d'intégration pourraient être compromises. En pratique, de tels dispositifs ont davantage servi à se soustraire à ses responsabilités qu'à garantir une protection efficace.

Ces changements ne contribuent guère à remédier aux relations dysfonctionnelles entre les pays de l'UE, laissant en place des règles qui font peser une part disproportionnée de la responsabilité des demandeurs d'asile sur les pays situés aux frontières extérieures de l'UE. Un nouveau « mécanisme de solidarité » permettra aux États de refuser la relocalisation de personnes provenant de pays dont le système d'asile est sous pression, pour privilégier à la place le financement de clôtures frontalières, de barbelés et de dispositifs de surveillance.

Le Pacte contient également des dispositions qui, si elles sont dûment priorisées et mises en œuvre, pourraient aider à identifier les migrants et les demandeurs d'asile ayant des besoins spécifiques en matière de soutien, notamment les personnes en situation de handicap et celles exposées à un risque accru d'abus. Les pays de l'UE sont tenus de créer des mécanismes indépendants pour contrôler le respect des droits humains lors des procédures aux frontières.

Les pays de l'UE devraient prendre toutes les mesures possibles, dans le cadre des contraintes imposées par le Pacte, pour en atténuer les conséquences les plus néfastes et garantir le respect de la Charte des droits fondamentaux de l'UE, selon Human Rights Watch. Les autorités devraient limiter le recours à la détention et aux procédures d'asile aux frontières, s'assurer de leur capacité à identifier correctement les personnes ayant des besoins spécifiques en matière de protection et de soutien, et cesser d'orienter les demandeurs d'asile vers des pays moins à même de leur fournir une protection efficace. Elles devraient limiter l'application du règlement sur les situations de crise à des circonstances véritablement exceptionnelles.

Des mécanismes de surveillance indépendants devraient disposer de mandats étendus leur permettant de signaler et d'enquêter sur toutes les allégations de violations des droits dans le cadre des activités aux frontières, tout en garantissant l'accès à des recours effectifs pour toutes les victimes.

« Malgré les nouvelles règles restrictives du Pacte sur la migration et l'asile, les pays de l'UE disposent encore de moyens d'agir de manière juste », a conclu Judith Sunderland. « À tout le moins, les pays de l'UE devraient limiter le recours à la détention, identifier les personnes exposées à un risque accru d'abus et veiller à ce qu'elles bénéficient d'un soutien, et s'abstenir de déléguer leurs responsabilités en matière d'asile à d'autres pays. »

10.06.2026 à 06:00

RD Congo : Recrutement forcé et détention de milliers de personnes par le Rwanda et le M23

Human Rights Watch

Click to expand Image Un combattant du M23 monte la garde pendant que des personnes montent à bord d’un camion lors du recrutement de civils, de policiers, et d’anciens soldats de l’armée congolaise à Goma, en République démocratique du Congo, le 23 février 2025.  © 2025 Michel Lunanga/AFP via Getty Images

(Nairobi) – Les forces militaires rwandaises et le groupe armé M23 ont mené une campagne de recrutement forcé et de détention abusive de milliers de combattants capturés et de civils dans l’est de la République démocratique du Congo, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.

Le rapport de 87 pages, intitulé « “La mort était partout” : Détention arbitraire, meurtres et recrutement forcé commis par le M23 et les Forces rwandaises de défense », documente les rafles de grande ampleur et arrestations dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu dans l’est de la RD Congo, ainsi que de graves abus commis contre des détenus dans les camps de formation militaire de Rumangabo et de Tshanzu dans la province du Nord-Kivu, entre mi-2024 et décembre 2025. Les combattants du M23, soutenus par le personnel militaire rwandais, ont commis des meurtres, des actes de torture, des châtiments corporels et ont eu recours au travail forcé et à des enfants soldats. Ces abus constituent des crimes de guerre, et devraient faire l’objet d’enquêtes en tant que possibles crimes contre l’humanité.

« Le M23, soutenu par le Rwanda, gère des soi-disant camps de formation militaire dans l’est de la RD Congo, où les recrues ont été soumises à des mauvais traitements et à des actes de tortures, aux effets parfois mortels », a déclaré Clémentine de Montjoye, chercheuse senior sur la région des Grands Lacs à Human Rights Watch. « Les organismes régionaux et les gouvernements partenaires devraient faire pression sur les autorités rwandaises pour qu’elles mettent fin à ces graves abus, et veillent à ce que les responsables répondent de leurs actes. »

10 juin 2026 « La mort était partout »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 102 anciens détenus qui se sont échappés des camps de Rumangabo et de Tshanzu, ont été déployés avec le M23 ou se sont rendus plus tard à l’armée congolaise, ainsi qu’avec des témoins d’abus et diverses sources au sein des Nations Unies, du M23, des services militaires et de renseignement, des médias et des services diplomatiques. Human Rights Watch a mené des entretiens avec les anciens détenus en personne en Ouganda et dans plusieurs villes en RD Congo, et par téléphone dans les zones contrôlées par le M23. Le rapport s’appuie également sur des vidéos et des photographies géolocalisées et vérifiées, des images satellite des camps de Rumangabo et de Tshanzu, ainsi qu’une reconstruction 3D pour estimer le nombre de personnes transportées dans des camions.

Selon les recherches de Human Rights Watch, le M23 procède à des campagnes de recrutement forcé parmi les civils et les combattants capturés depuis 2024. Ces efforts se sont intensifiés dans les zones sous le contrôle du groupe armé après qu’il s’est emparé de vastes pans de territoire et des principales villes de l’est de la RD Congo en 2025. Des milliers de soldats congolais, de miliciens Wazalendo alliés aux forces nationales, de policiers et de civils – y compris des enfants âgés d’à peine 12 ans – ont été recrutés, parfois volontairement, mais souvent de force.

Les combattants du M23 ont tendu des embuscades et mis en place des points de contrôle sur les routes, appréhendé des personnes dans des hôpitaux, des églises et des écoles, et convoqué des habitants sous de faux prétextes ou sous la menace avant de les transporter vers les deux camps dans des camions.

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Dans les camps, les personnes ont été battues et privées de nourriture, d’eau, de médicaments et de soins médicaux adéquats. D’anciens détenus ont décrit les exécutions sommaires et les passages à tabac de personnes qui tentaient de s’évader des centres de formation militaire ou qui buvaient de l’eau, mangeaient de la nourriture ou se soulageaient sans autorisation. « Si nous étions surpris en train d’essayer de boire dans des flaques d’eau par terre […] les gardes nous battaient sévèrement », a relaté un civil détenu pendant cinq mois. Le M23 détenait des enfants dans le camp de Tshanzu qui étaient soumis à l’entraînement et au travail forcé ; certains de ces enfants ont été choisis pour faire office de gardes et pour battre les autres détenus.

Le nombre total de morts dans les camps ne pourrait être déterminé que si toutes les fosses communes étaient localisées et exhumées. Toutefois, les anciens détenus ont indiqué que des centaines de personnes, et peut-être plus, sont décédées du fait des conditions difficiles, des passages à tabac et des exécutions dans les deux camps tout au long de l’année 2025.

Un ancien détenu qui a été enfermé à Tshanzu a raconté : « Je n’étais qu’un étudiant, je n’avais jamais vu un cadavre auparavant. Ils m’ont fait enterrer des corps sept fois, nous les avons mis dans une grande fosse. »

D’anciens détenus ont identifié des soldats rwandais lors de rafles et parmi les instructeurs et les commandants dans les camps en raison de leurs uniformes, de leur équipement, de leurs accents et de leur incapacité à s’exprimer en français ou en kiswahili – langues peu parlées au Rwanda – dans leurs conversations avec les détenus. Des sources militaires et au sein des services de renseignement, ainsi que de l’ONU, ont confirmé l’implication des forces rwandaises.

La présence militaire étendue et l’influence du Rwanda sur les opérations du M23 dans l’est de la RD Congo indiquent que les forces rwandaises exercent un contrôle effectif sur la région, qui répond aux critères d’une occupation belligérante en vertu du droit international humanitaire. Les autorités rwandaises pourraient être reconnues pénalement responsables des actions des forces du M23 dans les centres de formation.

Le gouvernement rwandais et les dirigeants du M23 ont longtemps rejeté les allégations d’abus, mais n’ont pas mené d’enquêtes. D’autres groupes armés en RD Congo, dont certains soutenus par le Rwanda, se sont livrés au recrutement forcé et à l’utilisation d’enfants soldats dans l’est de la RD Congo. Au fil des années, ni la RD Congo ni le Rwanda n’ont pris de mesures sérieuses concernant ces crimes graves, a déclaré Human Rights Watch.

En mai 2026, des chercheurs de Human Rights Watch ont mené des entretiens téléphoniques et se sont rendus à la prison de Makala à Kinshasa, capitale de la RD Congo, où sont détenus des dizaines de civils qui avaient été recrutés de force par le M23 avant leur reddition aux forces congolaises. Trente-quatre détenus, dont 14 enfants, ont expliqué que les services de renseignement militaires congolais les avaient enfermés et interrogés sur des périodes allant de quelques jours à un mois, avant de les transférer à la prison de Makala.

Le 9 juin, Human Rights Watch a écrit aux ministres de la Justice et de la Défense de la RD Congo pour solliciter des informations sur la base juridique de la détention de ces personnes et poser d’autres questions.

Les partenaires internationaux du Rwanda, y compris les Nations Unies, l’Union africaine, l’Union européenne et ses États membres ainsi que les États-Unis, devraient aborder publiquement la question des cycles d’abus commis avec impunité par le Rwanda depuis longtemps dans l’est de la RD Congo, et revoir les programmes d’assistance et de coopération militaires avec le Rwanda pour s’assurer qu’ils n’alimentent pas de nouvelles violations graves. Ces pays devraient promouvoir l’obligation de rendre des comptes, notamment en imposant de nouvelles sanctions ciblées contre les commandants et les dirigeants du M23 et du Rwanda responsables d’abus, et en soutenant les efforts de justice nationaux et internationaux.

Les autorités judiciaires congolaises devraient veiller à préserver les preuves des crimes commis à Rumangabo et à Tshanzu, et engager des poursuites appropriées. Dans le cadre de son enquête en cours dans l’est de la RD Congo, le Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale devrait enquêter sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité présumés commis par les forces rwandaises et par le M23 lors des campagnes de recrutement forcé et de la détention des recrues dans leurs camps de formation.

« Le recrutement forcé de civils, y compris d’enfants, fait partie d’un cycle d’abus qui dure depuis des décennies dans l’est de la RD Congo », a conclu Clémentine de Montjoye. « Les gouvernements préoccupés devraient souligner que les atrocités commises par le Rwanda et le M23 dans leurs camps d’entraînement nécessitent une action urgente pour y mettre fin, et que nul n’est hors de portée de la justice. »

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07.06.2026 à 06:00

Yémen : Les Houthis devraient libérer les employés de l’ONU et d’ONG détenus

Human Rights Watch

Click to expand Image Un véhicule des Nations Unies, faisant partie d’un convoi d’aide humanitaire de l’ONU et du Programme alimentaire mondial, était contrôlé par les forces houthies dans une zone gouvernée par les Houthis près de Hodeïda, dans le sud-ouest du Yémen, le 26 février 2019. © 2019 Abduljabbar Zeyad/Reuters

(Beyrouth) – Les autorités houthies de facto au Yémen devraient libérer immédiatement et sans condition les dizaines d’employés des Nations Unies et d’organisations yéménites et internationales de la société civile qui ont été arbitrairement arrêtés au cours des deux dernières années, ont déclaré aujourd’hui l’Institut du Caire pour les études des droits humains (Cairo Institute for Human Rights Studies, CIHRS), Human Rights Watch et Amnesty International. Les arrestations arbitraires de travailleurs humanitaires par les Houthis ont un impact direct sur l’acheminement de l’aide vitale aux personnes qui en ont grandement besoin.

« Le fait que les Houthis détiennent des travailleurs humanitaires alors que la famine s’aggrave démontre leur profond mépris à l’égard des habitants des territoires qu’ils contrôlent dans le nord du Yémen », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse sur le Yémen et Bahreïn à Human Rights Watch. « Les Houthis devraient immédiatement libérer toutes les personnes qu’ils détiennent arbitrairement, et répondre plutôt aux besoins fondamentaux de la population. »

À partir du 31 mai 2024, les Houthis ont mené une série de raids dans les zones sous leur contrôle, arrêtant arbitrairement 13 membres du personnel de l’ONU et au moins 50 employés d’organisations yéménites et internationales de la société civile. Depuis lors, les Houthis ont arbitrairement arrêté des dizaines d’autres membres du personnel de l’ONU et d’organisations de la société civile, ne libérant ensuite que sept personnes. Selon un communiqué de l’ONU du 25 mars 2026, 73 employés de l’ONU et des dizaines d’autres travailleurs humanitaires, tous de nationalité yéménite, étaient alors toujours détenus par les Houthis. 

Le 11 février 2025, un travailleur humanitaire du Programme alimentaire mondial (PAM) est décédé alors qu’il était détenu par les Houthis. Sa mort renforce les craintes pour la sécurité et le bien-être des autres personnes qui sont toujours incarcérés arbitrairement dans des centres de détention gérés par les autorités houthies, compte tenu des antécédents de torture et d’autres mauvais traitements infligés aux détenus par les Houthis.

Plusieurs individus actuellement détenus ont été arrêtés sans qu’on leur présente de mandat d’arrêt, et ont été victimes de disparitions forcées pendant des mois. Certains d’entre eux ont reçu des soins médicaux, mais ce n’est pas le cas de nombreux autres détenus, dont des personnes souffrant de graves problèmes de santé. 

Aucune des sources interrogées par Human Rights Watch n’avait connaissance de détenus ayant accès à un avocat, bien que les affaires de trois employés de l’ONU aient été transférées à la Cour pénale spécialisée du Yémen en décembre 2025. 

En janvier 2026, Human Rights Watch a constaté que ces détentions avaient exacerbé la crise humanitaire déjà désastreuse au Yémen.

Dans leur dernier rapport conjoint sur la faim dans le monde, publié en novembre 2025, le PAM et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ont lancé cet avertissement au sujet du Yémen : « La situation d’insécurité alimentaire aiguë, déjà critique, risque de se détériorer davantage encore au cours de la période anticipée [novembre 2025 à mai 2026], ce qui exposerait certaines parties de la population au risque d’une situation catastrophique » dans quatre districts sous contrôle des Houthis.

Ces arrestations se sont accompagnées d’une campagne médiatique menée par les Houthis, accusant les organisations humanitaires et leur personnel de « conspirer » contre les intérêts du pays à travers leurs projets et soulignant les dangers de l’« espionnage ». Depuis 2015, Amnesty International a recensé des dizaines de cas dans lesquels les autorités houthies ont utilisé des accusations d’espionnage pour persécuter des opposants politiques, et réduire au silence la dissidence pacifique.

« La répression continue de l’espace civique dans le nord du Yémen, où les Houthis ont procédé à des dizaines d’arrestations, notamment de travailleurs humanitaires, de défenseurs des droits humains, de journalistes et d’activistes, doit cesser », a déclaré Diala Haidar, chercheuse sur le Yémen à Amnesty International. « Toutes les personnes détenues arbitrairement devraient être immédiatement libérées. Jusqu’à leur libération, les autorités houthies devraient veiller à ce qu’elles soient protégées contre la torture et autres mauvais traitements, qu’elles aient accès à des soins de santé et à une assistance juridique, et qu’elles puissent communiquer régulièrement avec leurs familles. » 

Les familles de certains détenus ont été informées que ceux-ci se voyaient refuser l’accès à un avocat, et étaient contraints par les autorités de faire des aveux filmés. 

En 2024, les Houthis ont diffusé des vidéos d’autres détenus « avouant » des activités d’espionnage et d’autres crimes dont ils étaient accusés.

Human Rights Watch, Amnesty International et d’autres organisations, dont le Groupe d’experts éminents de l’ONU sur le Yémen (dont le mandat a expiré en 2021), ont documenté le recours à la torture par les Houthis pour obtenir des informations ou des aveux. 

Les organisations de la société civile locales et internationales jouent un rôle essentiel dans l’atténuation de la crise humanitaire au Yémen. Les coupes drastiques dans l’aide financière apportée par des États donateurs, notamment par les États-Unis, ont mis en danger la santé et les droits humains de millions de personnes au Yémen ; cependant, des travailleurs humanitaires sur le terrain continuent de fournir une aide vitale et des services de protection aux habitants, y compris dans les territoires du Yémen contrôlés par les Houthis. 

Les autorités houthies ont déjà pris pour cible des défenseurs des droits humains et des travailleurs humanitaires. Quatre membres du personnel yéménite du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) et de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), arrêtés en 2021 et 2023, sont toujours détenus arbitrairement et maintenus au secret depuis leur arrestation. En septembre 2023, les Houthis ont arrêté le directeur de la sécurité de l’ONG Save the Children et l’ont maintenu au secret. Il est décédé le 25 octobre 2023, alors qu’il était toujours détenu arbitrairement. 

Les gouvernements ayant une influence sur les Houthis et les dirigeants de l’ONU devraient redoubler d’efforts pour obtenir la libération du personnel des organisations non gouvernementales et de l’ONU.

« La communauté internationale devrait aller au-delà des déclarations exprimant son inquiétude et apporter une réponse unifiée et ferme qui fasse pression sur les autorités houthies pour qu’elles libèrent immédiatement et sans condition toutes les personnes détenues arbitrairement, mettent fin aux représailles contre les travailleurs humanitaires, et garantissent l’acheminement d’aide humanitaire sans entrave et de manière sûre dans tout le Yémen », a déclaré Amna Guellali, directrice de recherches au CIHRS.

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05.06.2026 à 18:51

Russie : L'organisation de défense des droits humains OVD-Info qualifiée d'« extrémiste »

Human Rights Watch

Click to expand Image L'écran d'un iPhone affichait un post du compte Telegram d'OVD-Info, une importante organisation russe de défense des droits humains, à Moscou, le 25 décembre 2021. © 2021 AP Photo/Alexander Zemlianichenko

(Berlin, 5 juin 2026) – Le 4 juin, les autorités russes ont inscrit une importante organisation de défense des droits humains, OVD-Info, ainsi que 35 autres organisations, sur leur liste d’organisations « extrémistes », a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. La désignation d’une organisation en tant qu’« extrémiste » implique l’interdiction de mener toute activité pour le compte de cette organisation, sous peine d’une longue peine de prison.

L’organisation OVD-Info, dont le nom est dérivé de l’abréviation OVD (Otdel Vnutrennikh Del, Département des affaires intérieures, ou plus communément « département de police »), a été fondée en 2011 en réponse à la répression massive de manifestations publiques pacifiques. Depuis lors, OVD-Info a fourni une aide juridique à des dizaines de milliers de personnes dans des affaires liées à la liberté de réunion et d’expression ; l’organisation gère une ligne d’assistance téléphonique accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, permettant aux victimes de signaler des abus et de demander de l’aide, et a documenté diverses violations des droits humains. OVD-Info a aidé plus de 2 300 personnes à obtenir des victoires juridiques après avoir porté plainte devant la Cour européenne des droits de l’homme.

« Les autorités russes ciblent de plus en plus les organisations de défense des droits humains en les qualifiant à tort d’“extrémistes” », a déclaré Hugh Williamson, directeur de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Le gouvernement devrait valoriser le travail de ces organisations, au lieu de le diaboliser. »

OVD-Info a déclaré que, malgré cette décision, l’organisation poursuivrait son travail. « En qualifiant notre travail d’“extrémisme”, [les autorités russes] mettent hors-la-loi non seulement un projet, mais la capacité même de la société… à documenter les détentions, à aider les personnes confrontées à la persécution, et à dénoncer la répression », a déclaré Daniil Beilinson, cofondateur d’OVD-Info, à Human Rights Watch. « Cet État qui réécrit le passé ne tolère pas non plus les preuves d’abus actuels, et cherche donc à interdire la vérité sur les abus passés et actuels. Mais on ne peut pas interdire aux gens de connaître la vérité. Nous ne fermerons pas nos portes, et nous n’arrêterons pas notre travail. »

La liste fédérale des organisations « terroristes et extrémistes » a été mise à jour le 4 juin ; cette mesure est apparemment fondée sur la décision de la Cour suprême russe, le 9 avril, de qualifier le « Mouvement public international Memorial » d’« extrémiste », interdisant ainsi les activités de l’ONG Memorial et de ses branches présumées. Ce simulacre de procédure s’est déroulé en une seule audience, à huis clos, et le dossier a été classé « top secret ». Le tribunal n’a pas autorisé les avocats de Memorial à participer à la procédure. Les autorités avaient déjà contraint Memorial, la principale organisation russe de défense des droits humains, à la fermeture en décembre 2021 ; avant cela, le Centre Memorial des droits humains était un partenaire clé d’OVD-Info, qui fonctionne sans entité juridique.

Parmi les 36 organisations rajoutées à la liste d’organisations « extrémistes » le 4 juin figurent des associations régionales indépendantes affiliées à Memorial menant des recherches historiques et fournissant une éducation et une aide juridique aux victimes de violations des droits, des organisations basées en dehors de la Russie et utilisant le nom Memorial, le Projet Memorial sur les prisonniers politiques, et le Centre de défense des droits Memorial. En 2022, Memorial s'est vu décerner le prix Nobel de la paix pour ses « efforts exceptionnels visant à documenter les crimes de guerre, les violations des droits de l'homme et les abus de pouvoir ».

La participation aux activités ou au financement d'une organisation « extrémiste » en Russie est passible d'une peine pouvant aller jusqu'à 12 ans de prison. Les symboles des organisations « extrémistes » sont également interdits ; la publication d’un tel symbole ou logo et leur affichage est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 15 jours de détention pour une première infraction, et jusqu’à 4 ans de prison en cas de récidive. Les autorités peuvent inscrire les personnes soupçonnées d’appartenir à une organisation « extrémiste » sur la liste nationale, et geler leurs comptes bancaires.

« Les autorités russes ont depuis longtemps cessé de respecter le droit de manifester pacifiquement, réprimant toutes les formes de dissidence », a observé Hugh Williamson. « Elles devraient cesser d’abuser de la législation sur l’“extrémisme”pour décimer la société civile, et devrait plutôt annuler ces désignations absurdes. »

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