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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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13.08.2026 à 18:19

ONU : Maintenir la force internationale au Liban pour protéger les civils

Human Rights Watch

Click to expand Image Un véhicule blindé de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) patrouillait sur une route près des décombres d’un immeuble, dans un village situé dans le sud du Liban, le 29 avril 2026.   © 2026 Frédéric Pétry/Hans Lucas via Reuters

(New York) – Le Conseil de sécurité des Nations Unies devrait veiller à ce que la force internationale déployée dans le sud du Liban y demeure, afin de protéger les civils et d’empêcher de nouveaux abus par l’armée israélienne et le Hezbollah, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

En août 2025, le Conseil de sécurité a décidé à l’unanimité de « proroger pour la dernière fois » le mandat de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL), déployée pour la première fois en 1978, et ce jusqu’au 31 décembre, date à laquelle elle devrait entamer son retrait progressif. Cette résolution a été adoptée avant la dernière escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah en mars 2026, et avant que les forces israéliennes ne déplacent des centaines de milliers de civils et n’occupent de vastes portions du sud du Liban. Les actes délibérés de déplacement de populations sont susceptibles de constituer le crime de guerre de déplacement forcé.

« Mettre prématurément fin à la FINUL sans qu’une force internationale suffisamment robuste soit mise en place reviendrait à abandonner de fait des millions de civils libanais, qui seraient alors livrés à un sort incertain et potentiellement désastreux », a déclaré Louis Charbonneau, Directeur du plaidoyer auprès des Nations Unies à Human Rights Watch. « Les missions de l’ONU ne sont peut-être pas une solution durable, mais les casques bleus jouent un rôle dissuasif essentiel contre les attaques visant les civils et les violations des droits humains. »

L’ONU devrait reporter le départ de la FINUL et prolonger le mandat de la mission au-delà du 31 décembre 2026, jusqu’à ce que la situation sécuritaire s’améliore suffisamment pour envisager une nouvelle réduction des effectifs, a déclaré Human Rights Watch. Si les États-Unis sont en mesure de bloquer toute décision du Conseil de sécurité visant à prolonger la présence de la FINUL, d’autres membres du Conseil sont favorables à cette prolongation et plusieurs options, relevant ou non du cadre des Nations Unies, ont été proposées. 

Conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité, adoptée en août 2006 après 34 jours d’hostilités entre Israël et le Hezbollah, le mandat de la FINUL consiste entre autres à soutenir les forces armées libanaises, à surveiller le cessez-le-feu et à signaler les violations commises le long de la « ligne bleue » qui sépare le Liban d’Israël et de la zone occupée du plateau du Golan. Ce mandat autorise également la FINUL « à protéger les civils exposés à une menace imminente de violences physiques ». 

Le retrait de la FINUL devrait s’étaler sur un an, conformément au calendrier prévu par la résolution 2790 (2025). Cette résolution précise que la FINUL sera autorisée « à contribuer à la protection des civils et à l’acheminement en toute sécurité de l’aide humanitaire sous la direction de civils » tout au long de son retrait.  

En août 2025, le représentant des États-Unis auprès des Nations Unies a déclaré aux membres du Conseil de sécurité que la situation sécuritaire au Liban s’était améliorée, affirmant qu’elle était « radicalement différente de ce qu’elle était il y a à peine un an ». Depuis lors, la situation sécuritaire dans le sud du Liban s’est considérablement détériorée, a déclaré Human Rights Watch.

Malgré la proclamation d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah le 17 avril, et le lancement de pourparlers entre Israël et le gouvernement libanais sous l’égide des États-Unis, le Hezbollah et l’armée israélienne n’ont toujours pas mis fin à leurs attaques. Les attaques des forces israéliennes, qui font des victimes parmi la population civile libanaise et provoquent des déplacements massifs de population, se sont poursuivies sans interruption. Depuis l’escalade des hostilités le 2 mars, les attaques israéliennes ont fait plus de 4 333 morts et plus de 12 250 blessés au Liban, selon le ministère libanais de la Santé. 

L’ONU a par ailleurs indiqué que des membres de la FINUL avaient été victimes d’attaques meurtrières pendant les dernières hostilités. 

Les États-Unis et Israël ont clairement indiqué qu’ils s’opposaient à la prolongation du mandat de la FINUL au-delà de 2026, même si pas moins de 14 des 15 membres du Conseil de sécurité seraient favorables à un report du retrait de la FINUL, selon les déclarations de plusieurs diplomates à Human Rights Watch.

En tant que membre permanent du Conseil de sécurité, les États-Unis pourraient faire usage de leur droit de veto pour bloquer toute tentative visant à prolonger le mandat de la FINUL ou à retarder sa fin. 

Christina Markus Lassen, ambassadrice du Danemark auprès des Nations Unies, qui assume la présidence tournante du Conseil pour le mois d’août, a déclaré lors d’une réunion publique avec des organisations de la société civile que le Conseil devrait réexaminer la décision de mettre fin au mandat de la FINUL, celle-ci ayant été prise avant l’escalade actuelle des hostilités au Liban. 

En juillet, la Mission permanente du Liban a adressé aux membres du Conseil une lettre conjointe signée par 86 députés libanais, dans laquelle sont exposés les arguments selon lesquels, compte tenu de la situation sécuritaire précaire dans le pays, la FINUL devrait non seulement maintenir sa présence dans le sud du Liban, mais aussi voir ses capacités renforcées. 

L’ambassadeur chinois auprès des Nations Unies, Fu Cong, a déclaré en mai que le Conseil de sécurité devrait réexaminer la décision de mettre fin au mandat de la FINUL, soulignant qu’aucun cessez-le-feu réel n’était en vigueur.

D’autres options sont à l’étude concernant une présence internationale au Liban. La résolution d’août 2025 priait le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, à proposer des options concernant « les moyens d’appliquer la résolution 1701 (2006) après le retrait de la FINUL ».

En juin, Antonio Guterres a remis une note adressée au conseil qui proposait ce qui revenait, pour l’essentiel, aux trois variantes d’une même option : le déploiement d’une force de maintien de la paix de petite, moyenne ou grande envergure. Même la variante la plus ambitieuse resterait nettement plus modeste que la FINUL. Antonio Guterres n’a pas évoqué la possibilité de simplement reporter le retrait de la FINUL.

En juin, le président français Emmanuel Macron et la première ministre italienne Giorgia Meloni ont annoncé leur intention de former une coalition multinationale destinée à prendre la relève de la FINUL après son départ. Bien que les détails de cette initiative restent encore flous, la France, l’Italie et l’Espagne comptent parmi les principaux contributeurs de troupes à la FINUL, qui compte actuellement près de 7 500 Casques bleus issus de 47 pays. Cette coalition ne serait vraisemblablement pas une mission des Nations Unies, même si elle pourrait solliciter l’autorisation de l’ONU à l’instar des récentes missions en Haïti.

La Turquie a également laissé entendre qu’elle pourrait apporter son soutien aux forces armées libanaises après le départ de la FINUL. Cependant, tant les forces armées turques que l’armée libanaise ont été impliquées dans des abus commis en Syrie. 

Le gouvernement libanais et les membres du Conseil de sécurité devraient veiller à ce que la protection des civils soit une priorité pour toute future force internationale au Liban, a déclaré Human Rights Watch. Une telle force devrait être dotée des moyens nécessaires pour surveiller et rendre compte publiquement des atteintes aux droits humains et des violations du droit international humanitaire commises par toutes les parties au conflit, et soutenir les efforts visant à traduire les responsables en justice.

« Le Conseil de sécurité ne devrait pas laisser les civils libanais sans protection », a conclu Louis Charbonneau. « Le Conseil porterait une grande part de responsabilité, si le départ de la FINUL créait un vide sécuritaire ouvrant la voie à de nouveaux abus. »

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13.08.2026 à 06:01

États-Unis : Les agences fédérales manquent à leur devoir de protéger les droits civils

Human Rights Watch

Click to expand Image Des manifestants brandissaient des pancartes appelant a la protection du droit de vote lors d’un rassemblement devant la Cour suprême des États-Unis à Washington, le 15 octobre 2025. © 2025 Celal Gunes/Anadolu via Getty Images

(Washington, 13 août 2026) – L’administration Trump a sapé l’application des lois fédérales relatives aux droits civils aux États-Unis, privant ainsi les personnes que ces lois étaient censées protéger de recours adéquats, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. 

13 août 2026 Remedies Abandoned

Ce rapport de 112 pages, intitulé « Remedies Abandoned: US Civil Rights Enforcement Under the Trump Administration » (« Recours abandonnés : L’application des droits civils aux États-Unis sous l’administration Trump »), documente les efforts déployés par l’administration Trump pour démanteler le travail de quatre agences clés entre janvier 2025 et le printemps 2026 : la Division des droits civils (Civil Rights Division) du ministère de la Justice, qui a perdu environ 75 % de ses avocats ; le Bureau des droits civils (Office for Civil Rights) du ministère de l’Éducation, qui a procédé au licenciement de près de la moitié de son personnel en une seule journée et fermé 7 de ses 12 bureaux régionaux ; le Bureau pour l’égalité en matière de logement (Fair Housing Office) du ministère du Logement et du Développement urbain, dont les effectifs ont considérablement diminué ; et la Commission pour l’égalité des chances en matière d’emploi (Equal Employment Opportunity Commission, EEOC), dont les effectifs ont atteint leur niveau le plus bas depuis plus de 40 ans.

« L’administration Trump s’attaque aux initiatives visant à lutter contre la discrimination, sans proposer aucune alternative », a déclaré Trey Walk, chercheur auprès du programme États-Unis chez Human Rights Watch. « Tout en prétendant protéger tous les Américains, l’administration démantèle les dispositifs vers lesquels les communautés se tournent depuis longtemps pour obtenir réparation. »

Les efforts de l’administration Trump dans ce sens se poursuivent. Le 16 juin, le ministère de l’Éducation a annoncé qu’il transférerait les fonctions d’enquête et de mise en œuvre en matière de droits civils au ministère de la Justice, poursuivant ainsi le démantèlement de l’agence au sein du ministère de l’Éducation.

Human Rights Watch a mené des entretiens avec plus de 40 personnes, parmi lesquelles d’anciens membres du personnel de l’agence, des plaignants, des avocats spécialisés dans les droits civils et des responsables locaux. Les chercheurs ont également examiné des dossiers judiciaires, des documents administratifs et législatifs, des reportages de presse et d’autres sources documentaires. 

« C’est comme un double coup de poing : non seulement nous n’obtenons pas ce dont nous avons besoin, mais en plus ils s’attaquent aux programmes qui nous restent encore », a déclaré un avocat spécialisé dans l’éducation à Human Rights Watch. « Les gens vont s’autocensurer, et nous l’avons déjà constaté. Des districts scolaires suppriment des programmes avant même que quiconque ne s’en prenne à eux, car ils ne veulent pas faire l’objet d’une enquête. »

Les origines du système américain de protection des droits civils sont liées aux efforts déployés après la Guerre de Sécession pour protéger les citoyens noirs nouvellement affranchis. Le Congrès a créé le ministère de la Justice en 1870, et ses premières actions se sont concentrées sur la poursuite des actes de violence du Ku Klux Klan et la défense du droit de vote des Noirs. 

Comme les États continuaient de refuser l’égalité de traitement à certains groupes, le Congrès a élargi les lois anti-discrimination un siècle plus tard. La loi sur les droits civiques de 1964, la loi sur le droit de vote de 1965 et la loi sur le logement équitable de 1968 sont devenues les fondements de l’application moderne des droits par les agences fédérales. 

Le démantèlement de cet appareil a commencé dès le premier jour du second mandat du président Donald Trump. L’administration a proposé des départs volontaires massifs au personnel au nom d’une amélioration de l’efficacité gouvernementale, ce qui a eu pour effet d’écarter les fonctionnaires de carrière non partisans occupant des postes clés dans la défense des droits civiques. Elle a publié des décrets présidentiels interdisant les programmes en faveur de la diversité et a sapé l’indépendance de longue date du ministère de la Justice. Certaines tendances se sont dégagées parmi les agences examinées par Human Rights Watch, notamment l’interdiction faite au personnel de communiquer avec les victimes de discrimination dont elles s’occupaient et la mise en suspens de plusieurs enquêtes importantes. 

L’administration a abandonné de nombreuses affaires en cours. Elle a pris des mesures pour dénoncer des accords de réforme de la police dans des juridictions telles que Louisville et Minneapolis, et a retiré son soutien à d’importantes affaires relatives au droit de vote. Une organisation de surveillance a recensé près de 70 dossiers sur lesquels le ministère de la Justice a cessé de travailler, a abandonné la procédure ou a revu sa position.

Le ministère de l’Éducation ne semble avoir résolu aucun cas de harcèlement racial en 2025, alors que l’année précédente, les plaintes déposées auprès de ses services par des élèves noirs et latino-américains avaient atteint un nouveau record. Le ministère aurait également cessé de suivre les plaintes pour discrimination à l’encontre des élèves transgenres et de faire respecter les mesures de protection dont ils bénéficient. Le ministère du Logement a classé au moins 115 plaintes relatives à l’égalité d’accès au logement sans rendre de conclusions sur les allégations de discrimination sous-jacentes. 

Le gouvernement fédéral joue un rôle unique et irremplaçable dans l’application des lois anti-discrimination. Dans certains cas, la législation fédérale est plus exhaustive que les lois des États, et dans d’autres, le Congrès a conféré aux agences fédérales la compétence exclusive pour intenter ces actions en justice. 

Dans le même temps, les avocats privés et les associations à but non lucratif qui intentent des actions similaires sont mis à rude épreuve. L’administration a pris pour cible les cabinets d’avocats qui effectuaient des missions pro bono qui ne lui convenaient pas et a réduit le financement des associations locales de défense de l’égalité d’accès au logement. Les associations à but non lucratif de défense des droits civils et des droits de l’homme n’ont pas la capacité de combler entièrement les lacunes qui en résultent. 

L’administration Trump a également ordonné aux agences fédérales de restreindre leur analyse de l’impact disparate, ce cadre qui reconnaît la discrimination par ses effets plutôt que par l’intention. Les agences ont commencé à abandonner les règles relatives à l’impact disparate en décembre 2025 et ont poursuivi dans cette voie depuis. La discrimination subie par de nombreuses personnes résulte de lois qui sont neutres à première vue, et le gouvernement fédéral a longtemps joué un rôle essentiel dans la lutte contre ce problème. 

En outre, l’administration Trump a menacé de mettre fin, et tenté de supprimer, des programmes destinés à remédier aux conséquences persistantes de la discrimination historique. Le ministère de la Justice, le ministère de l’Éducation, l’Equal Employment Opportunity Commission ont chacun emboîté le pas à la Maison Blanche en menaçant les établissements dotés de plans de diversité. Cela inclut des programmes visant à accroître le nombre de minorités raciales sous-représentées dans les programmes de doctorat et les postes d’enseignants. L’administration n’a proposé aucune alternative pour remédier à l’exclusion sous-jacente que ces programmes visaient à corriger. 

Avant la publication de ce rapport, Human Rights Watch a écrit aux quatre agences concernées ainsi qu’au conseiller juridique de la Maison Blanche pour leur présenter ses conclusions et leur demander de formuler des commentaires. La Division des droits civils du ministère de la Justice a répondu qu’elle « s’attaquerait à la discrimination illégale et la dissuaderait partout où elle existe » et qu’elle « ne prétendrait plus que les lois fédérales sur les droits civils ne protègent que certains Américains ». Les mesures prises par l’administration et documentées par Human Rights Watch montrent que tout le monde aux États-Unis ne bénéficie pas d’une protection juridique égale. 

« Alors que le gouvernement fédéral se soustrait à ses obligations, les États et les villes des États-Unis devraient utiliser tous les outils à leur disposition pour les faire respecter », a conclu Trey Walk. « Mais aucune action menée par d’autres groupes ou agences ne peut pleinement remplacer ce qui a été démantelé à Washington. Le Congrès devrait agir dès maintenant pour réparer ces torts, avant que davantage de personnes ne se retrouvent sans recours. »

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11.08.2026 à 16:30

États-Unis : Des organisations poursuivent l’administration Trump pour ses attaques contre la CPI

Human Rights Watch

Click to expand Image Le siège du Tribunal fédéral des États-Unis Thurgood Marshall, dans le sud de Manhattan, à New York. © 2026 Laura Prieto Uribe/Human Rights Watch Quatre organisations de défense des droits humains — l’American Friends Service Committee, le Center for Constitutional Rights, Human Rights Watch et l’Open Society Institute — ont déposé une plainte devant un tribunal fédéral américain pour contester les sanctions imposées par l’administration Trump à des procureurs et juges de la Cour pénale internationale (CPI), à une experte des Nations Unies en matière de droits humains ainsi qu’à trois organisations palestiniennes de défense des droits humains.Le régime de sanctions, ainsi que le décret présidentiel sur lequel il repose, compromet l’accès à la justice des victimes de crimes internationaux graves dans le monde entier et empêche les organisations de la société civile de travailler ensemble pour lutter contre l’impunité.Les organisations affirment que ces sanctions constituent une attaque manifestement illégale contre la justice internationale et doivent être annulées. Elles soutiennent que les sanctions portent atteinte à leurs droits constitutionnels à la liberté d’expression, d’association et de religion, et qu’elles violent le droit américain ainsi que les obligations des États-Unis au regard du droit international.

(New York) – Quatre organisations de défense des droits humains ont déposé, le 11 août 2026, une plainte devant le tribunal fédéral du district sud de New York, affirmant que l’administration Trump sanctionne illégalement des personnes et des organisations affiliées à la Cour pénale internationale (CPI) ou qui contribuent à ses activités, et criminalise les personnes qui s’associent avec elles ou leur apportent autrement leur soutien. La plainte (questions-réponses) conteste le décret présidentiel signé par le président Donald Trump le 6 février 2025, qui autorise l’imposition de sanctions contre des responsables de la CPI, des juges et d’autres personnes travaillant avec la Cour afin d’obtenir justice pour des actes de génocide, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

11 août 2026 Recours contre le décret présidentiel n° 14203 et les sanctions visant la CPI

Questions et réponses

Les plaignants – l’American Friends Service Committee, le Center for Constitutional Rights, Human Rights Watch et l’Open Society Institute, qui fait partie des Open Society Foundations – affirment que les sanctions constituent une attaque manifestement illégale contre la justice internationale et doivent être annulées. Les organisations soutiennent que ces sanctions les contraignent à réduire considérablement leurs activités dans les domaines des droits humains et du droit, en violation des droits que leur garantissent les premier et cinquième amendements de la Constitution américaine, ainsi que la Loi sur la restauration de la liberté religieuse (Religious Freedom Restoration Act). La plainte affirme également que les sanctions excèdent les pouvoirs du président et qu’elles reposent sur une prétendue « urgence nationale » qui ne trouve aucun fondement dans les faits.

« Le fait qu’un si grand nombre d’organisations majeures de défense des droits humains et d’aide humanitaire se soient réunies pour contester le décret illégal de Trump démontre l’ampleur des préjudices qu’il cause aux organisations de la société civile qui œuvrent pour traduire en justice les responsables de crimes graves », a déclaré Andrew Loewenstein, avocat principal de Foley Hoag LLP. « Les plaignants demandent la fin de ce régime de sanctions, qui outrepasse l’autorité du président et viole le droit international et le droit américain, notamment les droits à la liberté d’expression et de religion. »

La CPI a ouvert 18 enquêtes dans le monde, notamment en Afghanistan, en République centrafricaine, en République démocratique du Congo, en Libye, aux Philippines, au Darfour (Soudan) et en Ukraine. Parmi celles-ci figure une enquête sur la Palestine ayant conduit à la délivrance de mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et l’ancien ministre israélien de la Défense Yoav Gallant pour des accusations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis à Gaza. La Palestine est un État partie à la CPI. Affaiblir la Cour rend plus difficile pour les survivants d’obtenir justice et de faire entendre leur voix lorsqu’ils n’ont aucun autre recours, ont déclaré les organisations.

« Les efforts du gouvernement américain visant à démanteler la CPI et à punir les personnes qui réclament justice pour de graves violations des droits humains portent préjudice à bien plus que les seuls individus et organisations directement visés par les sanctions. Ils constituent un affront à toutes les victimes et à tous les survivants de crimes de guerre et de génocide », a déclaré Joyce Ajlouny, secrétaire générale de l’American Friends Service Committee. « Ce décret cherche à intimider les défenseurs des droits humains et à dissuader les personnes de conscience de défendre les droits et la dignité d’autrui. Nous nous joignons à cette action en justice parce que nous refusons de rester silencieux lorsque la quête de justice est criminalisée. »

Ces sanctions font partie des nombreuses mesures prises par l’administration Trump contre la liberté d’expression, les manifestations et les actions de plaidoyer en faveur des droits humains des Palestiniens. À ce jour, l’administration Trump a utilisé le décret pour sanctionner des procureurs de la CPI, huit juges de la CPI, la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme dans le Territoire palestinien occupé depuis 1967, ainsi que trois grandes organisations palestiniennes de défense des droits humains.

Le 13 juillet 2026, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a annoncé une campagne renforcée visant à « démanteler » la Cour, notamment par un recours accru aux sanctions et par des pressions exercées sur les pays membres de la CPI afin qu’ils quittent la Cour. Alors que les États-Unis affirment que les enquêtes de la CPI visant des Américains — qui bénéficieraient autrement de l’impunité — constituent une menace pour la souveraineté américaine, les Américains qui commettent des crimes à l’étranger peuvent déjà être poursuivis par les tribunaux étrangers du pays où les crimes ont été commis, conformément à un principe bien établi du droit international.

« Pendant de nombreuses années, j’ai représenté des victimes dans leur quête de justice pour des crimes commis par des personnes puissantes, et j’ai enfin vu s’ouvrir à la CPI des enquêtes indispensables, même si elles étaient tardives. En réponse, l’administration Trump a pris la mesure extraordinaire non seulement de refuser aux Palestiniens et aux victimes de torture commise par les États-Unis un accès égal à la justice, mais aussi de criminaliser et de punir ces victimes, leurs avocats et défenseurs, ainsi que leurs partenaires », a déclaré Katherine Gallagher, avocate principale au Center for Constitutional Rights et représentante juridique de victimes devant la CPI. « Toutes les victimes de crimes internationaux – du Soudan et de l’Ukraine à la Palestine et à l’Afghanistan – ont besoin et méritent de pouvoir compter sur une CPI indépendante et forte, capable de remplir sa mission visant à mettre fin à l’impunité, sans crainte ni favoritisme. »

Les personnes sanctionnées ainsi que les organisations palestiniennes de défense des droits humains ont subi le gel ou la fermeture de leurs comptes bancaires, le rejet de transactions financières, la suppression de leur accès à des services numériques et des interdictions de voyager. Les organisations américaines, y compris les plaignants, peuvent encourir des peines allant jusqu’à 20 ans d’emprisonnement ainsi que des amendes exorbitantes pour avoir fourni des services à des personnes ou entités sanctionnées.

Les sanctions ont empêché les quatre organisations plaignantes de poursuivre ou d’entreprendre des activités telles que représenter juridiquement des victimes de crimes de guerre, présenter des arguments juridiques ou des recommandations politiques à la CPI, ou collaborer avec les organisations palestiniennes de défense des droits humains sanctionnées afin d’engager des procédures judiciaires, coordonner des campagnes de plaidoyer, enquêter sur des violations des droits humains ou fournir une aide humanitaire. Le décret porte gravement atteinte à la capacité des plaignants à collaborer avec d’autres acteurs, notamment les organisations palestiniennes sanctionnées, et compromet ainsi leur capacité à protéger les droits humains et à faire progresser la cause de la justice.

Les effets paralysants des sanctions s’étendent bien au-delà des frontières des États-Unis. En raison de la domination des institutions financières et des entreprises technologiques américaines, ainsi que de la menace de perdre l’accès au système bancaire américain, les banques non américaines et d’autres entités situées hors de la juridiction des États-Unis sont elles aussi dissuadées de fournir des services.

« Ces sanctions constituent une attaque contre l’état de droit, l’indépendance des juges et des procureurs, ainsi que contre la société civile aux États-Unis et dans le monde », a déclaré James Goldston, directeur exécutif de l’Open Society Justice Initiative. « Elles trahissent le rôle historique de premier plan joué par les États-Unis en faveur de la justice internationale et constituent un affront aux victimes et aux survivants de crimes graves partout dans le monde, qui dépendent de la CPI en tant que juridiction de dernier recours. »

En 2025, des tribunaux fédéraux de New York et du Maine ont estimé que le décret violait le Premier Amendement et ont temporairement ou définitivement empêché l’application du régime de sanctions à l’encontre des plaignants dans ces affaires. Depuis la promulgation du décret en février 2025, des États parties à la CPI, la  présidence de l’Assemblée des États parties, l’Union européenne, des experts des Nations Unies, le Secrétaire général des Nations Unies, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, des organisations de la société civile et la CPI elle-même se sont fermement opposés aux efforts visant à entraver le travail de la Cour.

La CPI est une juridiction internationale permanente créée pour juger les personnes accusées de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de génocide et du crime d’agression. À la suite des génocides commis au milieu des années 1990 au Rwanda et dans l’ex-Yougoslavie, la communauté internationale a créé la CPI afin d’empêcher les responsables de crimes graves, notamment les hauts responsables publics, d’échapper à la justice. La CPI ne se substitue pas à la responsabilité des États de rendre justice pour ces crimes et ne peut intervenir que lorsqu’un État est incapable ou refuse véritablement de mener des procédures nationales authentiques. La Cour est compétente à l’égard des ressortissants des États parties à la CPI ainsi que des personnes qui commettent ces crimes graves sur le territoire d’un État partie à la CPI, quelle que soit leur nationalité. Près des deux tiers des États membres des Nations Unies ont adhéré à la Cour.

« Nous poursuivons l’administration Trump en justice afin de mettre fin aux attaques contre la justice internationale, et contre l’espace civique indispensable pour garantir la protection constante des droits dans le monde entier », a déclaré Liz Evenson, directrice du programme Justice internationale à Human Rights Watch. « Les gouvernements devraient renforcer leur soutien à la CPI et protéger celles et ceux qui cherchent à obtenir justice devant la Cour, afin de garantir que personne ne soit au-dessus des lois. »

Les plaignants sont représentés par Foley Hoag LLP.

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Articles

Le Monde  L’Humanité

 

11.08.2026 à 02:00

Vietnam : Rejeter le projet répressif de révision du Code pénal

Human Rights Watch

Click to expand Image Un policier vietnamien utilisait son téléphone portable près d’un véhicule blindé de la Force de police mobile (« Cảnh sát cơ động ») à Hanoï, le 20 juillet 2022. © 2022 Nhac Nguyen/Getty Images

(Bangkok) – Les autorités vietnamiennes devraient rejeter les propositions de révision du Code pénal qui violeraient les droits fondamentaux, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Elles devraient plutôt modifier ce Code afin de le mettre en conformité avec les normes internationales en matière de droits humains.

Le ministère vietnamien de la Sécurité publique a soumis le projet de révision du Code de procédure pénale à l’Assemblée nationale pour examen lors de sa session tenue du 3 au 24 août, afin que le code révisé puisse être adopté le 20 octobre. Les révisions proposées alourdiraient des peines déjà sévères pour des infractions pénales définies d’une manière vague et de vaste portée, portant atteinte au droit à la liberté d’expression et à d’autres droits.

« L’Assemblée nationale vietnamienne devrait rejeter le projet de révision du Code pénal soumis par le ministère de la Sécurité publique, ainsi que tous les articles du Code qui violent les droits humains et que les autorités utilisent souvent pour réduire au silence les voix critiques », a déclaré Elaine Pearson, directrice de la division Asie à Human Rights Watch. « La liberté d’expression signifie que les citoyens devraient pouvoir exprimer des opinions critiques à l’égard du gouvernement, sans craindre de sanctions. »

Le ministère de la Sécurité publique propose d’alourdir la peine encourue par les contrevenants à l’article 331, paragraphe 2 du Code pénal, qui criminalise les actes « portant atteinte aux intérêts de l’État », en faisant passer la peine minimum de deux ans à trois ans d’emprisonnement. L’article 117, qui interdit « la production, le stockage, la diffusion ou la propagande d’informations, de documents et de produits visant à s’opposer à l’État de la République socialiste du Vietnam », serait modifié afin d’interdire de manière générale les actes « visant à s’opposer au Parti communiste vietnamien ». Le ministère propose également de criminaliser les « outrages » au drapeau du Parti communiste, passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans de prison.

En outre, le ministère cherche à supprimer les avertissements initiaux à l’encontre des auteurs présumés d’infractions, qui constituent actuellement la forme de sanction la plus légère. Dans le Code pénal actuel, des avertissements doivent être prononcés à l’encontre de personnes qui ont « commis un délit moins grave [présentant] de multiples circonstances atténuantes, mais dont le cas ne justifie pas une exemption de peine ». Or, dans le projet de code révisé, la forme de sanction la plus légère serait une amende, quelle que soit la gravité de l’infraction.

Le projet de Code pénal révisé réduirait le nombre total de crimes passibles de la peine de mort de 10 à quatre crimes : la trahison, le meurtre, la fabrication de stupéfiants et le terrorisme. Le Vietnam devrait saisir cette occasion pour abolir purement et simplement la peine capitale, a déclaré Human Rights Watch.

Tout en alourdissant les peines pour certains crimes, le ministère a également proposé d’exonérer la police, les forces armées et les forces d’autodéfense paramilitaires de toute responsabilité pénale pour les actes commis dans l’exercice de leurs fonctions officielles. Au cours de cette session, l’Assemblée nationale doit examiner le projet de révision de la loi sur l’organisation des organes d’enquête pénale présenté par le ministère de la Sécurité publique ; dans le cadre de ce projet, la police propose de supprimer tous les « organes d’enquête relevant du Parquet populaire suprême ». Si ce projet était adopté, aucune entité extérieure aux forces de police ne serait autorisée à enquêter sur les allégations d’abus commis par la police ou par les autres forces de sécurité.

« Le droit pénal vietnamien devrait être révisé pour mieux protéger les droits des personnes, et non pour faciliter davantage les abus commis par la police », a conclu Elaine Pearson. « Les bailleurs de fonds internationaux et les partenaires commerciaux du Vietnam devraient exhorter le gouvernement vietnamien à modifier plutôt le Code pénal afin de garantir la protection des droits humains, tant dans la loi que dans la pratique. »

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10.08.2026 à 14:15

Le Libéria supprime les frais d’inscription pour l’école primaire

Human Rights Watch

Click to expand Image Salle de classe à la Buchanan Elementary Demonstration School, ville de Buchanan, comté de Grand Bassa, au Libéria, le 6 janvier 2026. © 2026 Human Rights Watch

Le gouvernement libérien a annoncé le 5 août la suppression de tous les frais d’inscription scolaire de la maternelle au CM2, à compter de la rentrée scolaire du 7 septembre. Cette décision supprime l’un des principaux obstacles à la scolarisation de centaines de milliers d’enfants.

Un rapport récent de Human Rights Watch, intitulé “Without Education, There Will Be Nothing” (« Sans éducation, il n’y aura rien »), montre que les frais d’inscription scolaire ont souvent rendu la scolarisation inaccessible ou imposé de graves difficultés, en particulier aux familles à faibles revenus et vivant en milieu rural. Human Rights Watch a constaté que ces frais ont contraint de nombreux enfants à abandonner complètement l’école. D’autres ont commencé leur scolarité avec plusieurs années de retard, ont suivi les cours de manière irrégulière ou ont été contraints de travailler pour aider à payer leurs frais de scolarité. Un tiers des enfants libériens n’ont jamais été scolarisés, et seuls 17 % ont terminé la 3e.

Des parents ont confié à Human Rights Watch qu’ils s’étaient endettés, avaient sauté des repas et consenti à des sacrifices importants pour payer les frais de scolarité dans les écoles publiques. Beatrice, une jeune fille de 17 ans originaire du comté de Nimba, a déclaré avoir été contrainte de quitter l’école lorsque ses parents n’ont plus pu payer ses frais d’inscription. « Je me sentais mal », a-t-elle déclaré. « Je restais à la maison et je pleurais quand je voyais mes amis aller à l’école. »

Fanell Decontee Dewee, une militante libérienne pour les droits des enfants qui a mené des entretiens entre pairs avec des enfants dans le cadre de ce rapport, a déclaré : « Pour les enfants libériens, la suppression de cet obstacle financier majeur constitue une avancée significative vers une éducation primaire plus accessible et plus équitable pour tous. »

Si elle est pleinement mise en œuvre, cette nouvelle politique contribuera à garantir que les enfants puissent s’inscrire à l’école et y rester, quelle que soit la situation financière de leur famille. Roberto Cooper Jr., un défenseur libérien des droits des enfants qui a participé aux recherches de Human Rights Watch, a déclaré : « C’est une victoire pour le Libéria et un investissement dans notre avenir. Chaque enfant mérite d’avoir la possibilité d’apprendre, de s’épanouir et de réussir. »

06.08.2026 à 08:00

Liban : Le meurtre d’une journaliste par Israël était un crime de guerre manifeste

Human Rights Watch

Click to expand Image Amal Khalil, correspondante chevronnée du quotidien Al-Akhbar, dans le village frontalier de Jebbayn, au sud du Liban, en 2024. © 2024 AFP via Getty Images Les attaques menées par l’armée israélienne le 22 avril 2026 au Liban, qui ont tué une journaliste et grièvement blessé une autre, incluaient des attaques manifestement délibérées contre des civils, ce qui constitue un crime de guerre.Le fait que les forces israéliennes continuent de tuer des journalistes témoigne d’une volonté éhontée de commettre des atrocités sans crainte des conséquences.Le gouvernement libanais devrait adhérer au Statut de Rome de la Cour pénale internationale et soumettre une déclaration reconnaissant la compétence de la Cour, notamment depuis le 7 octobre 2023 au moins. Les autres pays devraient faire pression pour que justice soit rendue et user de leur influence sur les autorités israéliennes afin d’empêcher de nouveaux crimes.


(Beyrouth) – Les attaques menées par l’armée israélienne le 22 avril 2026 au Liban, qui ont tué une journaliste et en ont grièvement blessé une autre, incluaient des attaques manifestement délibérées contre des civils et des biens civils, ce qui constitue un crime de guerre, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Les attaques perpétrées contre la ville d'al-Tiri, dans le sud du Liban, ont coûté la vie à Amal Khalil, journaliste couvrant les hostilités pour le quotidien libanais al-Akhbar, et ont grièvement blessé Zainab Faraj, journaliste indépendante libanaise qui travaillait comme cadreuse.

« L’armée israélienne affirme ne pas cibler les journalistes, mais les faits et les preuves démontrent le contraire à maintes reprises. Amal Khalil et Zainab Faraj sont les dernières victimes d’une longue série d’attaques de ce type », a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch. « Le fait que les forces israéliennes continuent de tuer des journalistes témoigne d'une volonté éhontée de commettre des atrocités sans crainte des conséquences. »

Les preuves photographiques et vidéo examinées par Human Rights Watch, les déclarations de témoins et une demande de désescalade du conflit afin d'accéder au site formulée par la Croix-Rouge libanaise auprès de l'armée israélienne, après la première des trois frappes menées sur le site ce jour-là, indiquent que l'armée israélienne savait ou aurait dû savoir que Khalil et Faraj étaient des civiles.

La première frappe, survenue vers 14h30 et visant une voiture se trouvant devant celle de Khalil et Faraj, a tué deux personnes qu'elles connaissaient et qui circulaient en voiture devant elles : Ali Bazzi et Mohammed al-Hourani. Contraintes d'abandonner leur véhicule, Faraj et Khalil ont trouvé refuge près d'un bâtiment voisin. À 15h00, la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) a transmis à l'armée israélienne la demande de la Croix-Rouge d'accéder au site et de secourir les journalistes piégées.

La deuxième attaque a eu lieu entre 15h21 et 15h42 et a touché la voiture de Khalil et Faraj, à quelques mètres de leur cachette. Khalil a été blessée et a été contrainte, avec Faraj, de se réfugier dans le bâtiment. 

La troisième attaque, survenue vers 16h25, a bombardé ce bâtiment et l'a détruit. Des drones quadricoptères israéliens semblaient surveiller Faraj et Khalil pendant qu'elles se cachaient, avant de lancer l'attaque.

L'armée israélienne semble avoir entravé les opérations de secours, notamment en lançant une grenade assourdissante par drone. Selon des témoins, les secouristes de la Croix-Rouge libanaise, qui portaient secours à Khalil, ont par conséquent dû battre en retraite dans un premier temps sans pouvoir la secourir ni lui prodiguer les premiers soins.

L'ambulance aurait également été touchée par des tirs d'armes légères, d'après des témoignages et des images des dégâts constatés sur le véhicule, vérifiées par Human Rights Watch.

Un rapport examiné par Human Rights Watch, provenant de l'hôpital gouvernemental de Tebnin où le corps d'Amal a été transporté après avoir été retrouvé ce soir-là, indiquait que Khalil était décédée vers 19h00 des suites d'un arrêt cardiaque. Le rapport précisait également que Khalil présentait une blessure à la tête ayant provoqué une grave hémorragie. Ce rapport hospitalier, combiné à la chronologie établie par l'analyse de Human Rights Watch, suggère que Khalil était très probablement encore en vie lorsque les forces israéliennes ont contraint l'équipe de la Croix-Rouge à se retirer du site.

Dans des déclarations publiées après l'entrée en vigueur de l'accord de cessez-le-feu le 17 avril, dont une datée du 21 avril, l'armée israélienne a ordonné aux habitants de ne pas retourner dans des dizaines de villes et de villages situés au sud d'une ligne jaune délimitée près de la frontière, notamment à al-Tiri. Cependant, les civils se trouvant dans des zones soumises à un ordre de déplacement ne perdent pas leur statut de civil ni la protection du droit international humanitaire et ne peuvent être pris pour cible du seul fait de leur présence dans ces zones.

Le 7 mai, Human Rights Watch a adressé un courrier à la FINUL, mais n'a reçu aucune réponse. Human Rights Watch a également adressé un courrier à l'armée israélienne le 17 juin afin d'obtenir des informations sur les attaques. L'armée israélienne a fourni une brève réponse le 24 juin, mais n'a pas répondu aux questions complémentaires.

En réponse aux violations du droit de la guerre commises par Israël au Liban et dans toute la région, les alliés d’Israël, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et les autres États membres de l’Union européenne, devraient immédiatement suspendre tous les transferts d’armes et l’assistance militaire à Israël, et imposer des sanctions ciblées aux responsables israéliens des exactions en cours. L’UE devrait suspendre immédiatement le volet commercial de son Accord d’association avec Israël tant que les atrocités commises par Israël persistent, a déclaré Human Rights Watch.

Le texte d'un accord-cadre récemment conclu entre le Liban et Israël soulève des inquiétudes quant à la possibilité que les autorités libanaises entravent l'accès à la justice pour les victimes de crimes internationaux graves, a déclaré Human Rights Watch. Afin de manifester leur engagement en faveur de la reddition des comptes, les autorités judiciaires libanaises devraient lancer des enquêtes nationales, tandis que le Parlement devrait renforcer le cadre juridique en adoptant une loi criminalisant les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et le génocide, conformément aux normes internationales.

Le gouvernement libanais devrait également adhérer au Statut de Rome de la Cour pénale internationale et soumettre une déclaration reconnaissant la compétence de la Cour, notamment à compter du 7 octobre 2023 au moins.

« Les preuves sont claires que l’armée israélienne savait, ou aurait dû savoir, que Faraj et Khalil étaient des civiles, mais les a attaquées malgré tout, puis a empêché les secouristes de leur porter secours pendant des heures », a conclu Ramzi Kaiss. « Le Liban devrait mettre fin à l’impunité dont jouissent les auteurs des exactions d’Israël, et les autres pays devraient exiger des comptes et user de leur influence sur les autorités israéliennes afin d’empêcher de nouveaux crimes. »

Méthodologie

Human Rights Watch s’est entretenu avec huit personnes, notamment Faraj, l'une des collègues de Khalil au journal al-Akhbar, qui a survécu à l’attaque ; deux secouristes, un journaliste qui communiquait avec Khalil alors qu'elle était prise au piège à Al-Tiri, ainsi que trois personnes impliquées dans la demande d'accès au site formulée par les ambulanciers. Human Rights Watch a examiné le journal des appels d'un secouriste en contact direct avec Khalil entre 14h36 et 15h48 le jour de l'attaque, ainsi que celui de la sœur de Khalil, qui s'est entretenue avec elle pour la dernière fois à 16h22, soit près de trois minutes avant la frappe finale qui lui a été fatale. 

Human Rights Watch a vérifié au moins 35 photographies et vidéos partagées par des secouristes et par Faraj, notamment des images prises le jour même sur les lieux de l'attaque ainsi qu’à un point de contrôle temporaire de l'armée libanaise, géolocalisé par Human Rights Watch à un peu plus de 2,5 kilomètres au nord-ouest du site de la frappe, là où quelques secouristes attendaient l'autorisation de rejoindre les journalistes prises au piège. Human Rights Watch a également examiné huit photographies de l'ambulance endommagée.  

Human Rights Watch a examiné les profils sur les réseaux sociaux de Bazzi et al-Hourani, qui se déplaçaient avec Khalil et Faraj, et les publications sur leurs décès sur les réseaux sociaux ; ainsi que des photographies et des vidéos montrant l'enterrement des deux hommes dont les corps étaient enveloppés dans des drapeaux du Hezbollah. Les chercheurs n’ont trouvé aucune affiche de « martyr » du Hezbollah représentant un des deux hommes ni aucune autre preuve indiquant qu’il s’agissait de combattants.  

Les directives du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) stipulent que les personnes qui exercent exclusivement des fonctions non liées au combat dans des groupes armés, notamment des rôles politiques ou administratifs, ou qui sont simplement membres ou affiliés à des entités politiques comportant une composante armée, comme le Hezbollah, ne peuvent être ciblées à aucun moment, à moins et seulement tant qu'elles, comme tout autre civil, participent directement aux hostilités.  

Chronologie et détails des attaques du 22 avril

Le 22 avril, Khalil et Faraj se déplaçaient en voiture à travers le sud du Liban pour rendre compte des hostilités et de la situation dans cette région. Avant d'entrer à Al-Tiri, elles ont rencontré un parent de Faraj, Ali Nabil Bazzi, un responsable local, à Bint Jbeil, qui borde Al-Tiri, et une autre connaissance, Mohammed al-Hourani, un entraîneur personnel. Tous deux se trouvaient dans la voiture précédant le véhicule de Khalil et Faraj. Vers 14h30, l’armée israélienne a frappé la voiture des deux hommes, les tuant immédiatement, a déclaré Faraj. Khalil et Faraj n'ont pas été blessées.  

« C’était calme », a raconté Faraj. « Je filmais et, soudain, j’ai entendu Amal crier : ‘Ils les ont touchés !’ J’ai regardé devant moi et j’ai vu l’explosion se produire. […] Amal a rapidement garé la voiture sur le côté. Nous sommes sorties du véhicule et nous nous sommes abritées sous un toit en tuiles tout près. »  

Faraj et Khalil avaient des gilets de presse dans la voiture, mais elles ont pris la fuite avant de pouvoir les récupérer.  

Click to expand Image Des captures d'écran d'un appel vidéo entre Faraj et sa sœur, prises à 14 h 35 et 14 h 49, montrent la voiture qui roulait devant Khalil et Faraj en train de brûler après avoir été touchée par l'armée israélienne. La voiture d'Amal Khalil, au premier plan — qui a également été touchée par la suite — est garée près d'un bâtiment où Khalil et Zainab ont cherché refuge. 22 avril 2026  © Privé

 

Human Rights Watch a examiné deux captures d'écran d'un appel vidéo entre Faraj et sa sœur, à 14h35 et à 14h49, montrant la voiture en feu devant la voiture garée de Khalil. Human Rights Watch a géolocalisé la cachette des journalistes et a confirmé la présence d’un auvent carrelé devant un entrepôt de nourriture.  

Moussa Shaalan, secouriste de la Défense civile libanaise, a montré à Human Rights Watch son journal d'appels du 22 avril, lequel faisait état d'une communication de 20 secondes avec Khalil à 14h36 ; au cours de cet appel, Khalil lui aurait indiqué que la voiture précédant la leur avait été touchée. Le journal d'appels de Shaalan révélait plusieurs appels passés entre 14h37 et 14h50, notamment à la Défense civile libanaise, à la Croix-Rouge libanaise et au frère de Khalil.  

La Croix-Rouge libanaise a ensuite adressé une demande d'accès à la zone par l'intermédiaire de la FINUL, selon trois sources bien informées. La FINUL a transmis cette demande à l'armée israélienne à 15 heures, en précisant que des journalistes se trouvaient sur le lieu de la frappe à Al-Tiri et en fournissant un itinéraire détaillé permettant aux secouristes de s'y rendre, ont indiqué ces sources.  

Entre 14h30 et 16h22, Khalil et Faraj ont communiqué avec des membres de la Croix-Rouge libanaise, des Forces armées libanaises, des secouristes de la Défense civile libanaise, de l'Association islamique des scouts Risala et de la FINUL, ainsi qu'avec des membres de leurs familles et des collègues journalistes, demandant de l'aide pour être évacuées, ont déclaré Faraj, Shaalan et deux sources bien informées.  

Deux secouristes interrogés ont déclaré que Khalil leur avait indiqué dès 15h00 avoir vu des drones quadricoptères israéliens les survoler pendant de longues périodes.  

« Il y avait une fissure dans le toit et nous pouvions voir le quadricoptère juste au-dessus en train de regarder à l’intérieur », a déclaré Faraj. « Pendant une heure, nous avons attendu sous le toit de tuiles et pendant tout ce temps, il y avait deux quadricoptères au-dessus de nous. Le quadricoptère montait et descendait. Il ne faisait que ça ».  

Click to expand Image Les secouristes de l'Association islamique des scouts Risala, qui étaient en contact avec Khalil et Faraj alors que ces dernières étaient prises au piège, attendaient l'autorisation d'accéder à Al-Tiri à un point de contrôle de l'armée libanaise situé à Haddatha, à 2,6 kilomètres au nord du lieu de la frappe. 22 avril 2026.  © Privé

Le relevé des appels de Shaalan a fait apparaître un appel de 30 secondes avec Khalil à 15h08, au cours duquel il a indiqué avoir dit à Khalil que les équipes d'intervention avaient demandé l'autorisation d'accéder à Al-Tiri, mais que les autorités israéliennes n'avaient pas encore approuvé la demande. 

À 15h21, Khalil a appelé Shaalan, a-t-il dit. « Elle a dit : ‘Moussa, notre situation est critique. Le drone est au-dessus de nous’. Je lui ai dit que nous n’avions pas encore reçu l’autorisation de les rejoindre. Je lui ai dit que j’allais lui envoyer ma position et qu’elle n’avait qu’à venir me retrouver. » Le journal des appels de Shaalan indiquait un appel entrant de Khalil à 15h21, d’une durée d’une minute et vingt-neuf secondes.  

Faraj a déclaré que leur voiture avait été touchée peu après l’appel de 15h21. « Nous nous sommes levées et nous allions partir, mais nous avons décidé de ne pas le faire. Puis, tout à coup, le bruit d'un drone est devenu plus fort et ils ont frappé la voiture. Amal m'a serrée dans ses bras et m'a couverte. Elle a dit : ‘Je vais bien, et toi ?’ J’ai dit oui, mais ensuite la voiture a commencé à brûler ». Khalil a été blessée par l'impact sur la voiture, a déclaré Faraj.  

Selon Faraj et des photographies géolocalisées par Human Rights Watch, la voiture était garée à quelques mètres seulement de leur cachette. Après la seconde frappe, elles sont entrées dans le bâtiment. « J’ai agrippé le pare-chocs de la voiture pour nous protéger des flammes, mais il était brûlant », a-t-elle expliqué. « Alors, j’ai forcé la porte du garage derrière nous et nous sommes entrées [dans le bâtiment]. »  

Une vidéo prise par des membres de l'Association scoute islamique Risala, vérifiée et géolocalisée par Human Rights Watch, montre deux véhicules de la protection civile arrivant à un poste de contrôle de l'armée libanaise à 2,6 kilomètres au nord du site de l'attaque à 15h27.  

Entre 15h29 et 15h46, Shaalan a appelé Khalil à quatre reprises, mais elle n'a pas répondu. 

À 15h42 Khalil a appelé la Croix-Rouge libanaise et leur a dit qu'il y avait eu un impact sur sa voiture et qu'elle et Faraj s'étaient réfugiées dans un immeuble voisin, a indiqué une source bien informée impliquée dans la demande d'accès au site.  

À 15h48, Shaalan a appelé Khalil et s’est entretenu avec elle pendant 38 secondes, selon le journal des appels de son téléphone. « Elle m’a dit : ‘Moussa, ils ont largué une bombe à côté de moi… Je suis blessée, je ne peux pas te rejoindre’ », a expliqué Shaalan. Entre 16h10 et 16h49, Shaalan a appelé Khalil à six reprises, mais elle n’a pas répondu, d’après le journal des appels de son téléphone. 

À 16h22 la sœur de Khalil, Zainab, a appelé Khalil et lui a parlé pendant 21 secondes, selon le journal d’appels de son téléphone de ce jour-là, que Human Rights Watch a examiné.

Une vidéo prise par un membre de l'Association islamique des scouts Risala sur le site du poste de contrôle installé par l'armée libanaise, au nord d'Al-Tiri, indique que l'armée israélienne aurait frappé le bâtiment dans lequel Khalil et Faraj se sont réfugiées vers 16h25. D’après l’horodatage de la vidéo, c’est à ce moment précis que le bruit d’une forte détonation a pu être entendu en direction de la ville.  

Entre 15h00 et 17h00 la Croix-Rouge libanaise était également en contact avec la Division des opérations de l’armée libanaise afin de sécuriser l’accès au site via le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu, qui comprend des responsables libanais, israéliens, français, américains et de la FINUL. Le Comité national libanais pour le droit international humanitaire, un organisme gouvernemental dirigé par le vice-Premier ministre libanais, Tarek Mitri, a rapporté qu’« entre 15h00 et 16h00, les équipes de secours attendaient l’autorisation du comité connu sous le nom de « mécanisme » (le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu), après qu’il avait été contacté à 15h41 ».  

Click to expand Image Des secouristes de la Croix-Rouge libanaise arrivent au point de contrôle de Haddatha, dans le sud du Liban, avant de se rendre sur le lieu de la frappe à Al-Tiri. L’examen des métadonnées de la photo par Human Rights Watch indique qu’elle a été prise à 17 h 03.  © Privé

Malgré sa précédente demande d'accès, la Croix-Rouge libanaise n'a pu entrer dans la ville que vers 17 heures, environ 30 minutes après que l'armée israélienne a apparemment attaqué le bâtiment dans lequel Khalil et Faraj se sont réfugiées. Human Rights Watch a géolocalisé une photographie prise par les premiers secours montrant l'équipe de la Croix-Rouge libanaise arrivant dans deux véhicules au poste de contrôle de l'armée libanaise à 17h03.  

Human Rights Watch a vérifié des photographies et des vidéos montrant les premiers secours sur le site dès 17h08. L’un d’eux sort une pelle de la voiture alors qu’il s’approche du site. Sur cette vidéo, le bâtiment dans lequel Faraj et Khalil s'étaient réfugiées semble avoir été détruit et la route devant est couverte de débris. Une autre vidéo, horodatée à 17h21, montre le bâtiment effondré et l’une des deux voitures précédemment frappées par l’armée israélienne.  

Human Rights Watch a authentifié trois autres vidéos ainsi qu'une photographie montrant deux secouristes de la Croix-Rouge libanaise en train de fouiller les décombres et de dégager Faraj à mains nues. On peut entendre Faraj parler avec les secouristes alors que ces derniers tentent de l'extraire. Les métadonnées examinées par Human Rights Watch indiquent un horodatage à 17h40. Une autre photographie, prise sur les lieux après que Faraj a été sortie des décombres, montre un secouriste la tenant dans ses bras ; elle est couverte de sang et présente des blessures importantes aux jambes, à la main, à la tête et à l'œil.  

Peu après avoir extrait Faraj des décombres, l’équipe de la Croix-Rouge libanaise a elle aussi été prise pour cible, selon le ministère libanais de la Santé, Faraj et deux sources bien informées, par ce qu’ils ont décrit comme une grenade assourdissante larguée par un drone quadricoptère. En conséquence, les secouristes ont été contraints de se replier vers 17h53 sans avoir pu secourir Khalil.  

L’armée israélienne a utilisé à maintes reprises des drones au-dessus des villages frontaliers du Liban pour larguer des grenades assourdissantes, généralement afin de disperser des individus ou de les contraindre à quitter certaines zones ; c’est ce qui ressort de reportages de médias israéliens et libanais, d’informations de la FINUL et de témoignages recueillis par Human Rights Watch auprès de neuf personnes ainsi que de responsables locaux de trois villages frontaliers. 

Des témoins ont également déclaré avoir entendu des rafales de coups de feu alors qu'ils se trouvaient sur le lieu de la frappe, y compris pendant l'évacuation des lieux.  

Click to expand Image Dommages subis par l'un des véhicules de la Croix-Rouge libanaise dépêchés sur le lieu de la frappe à Al-Tiri. La forme et la taille des orifices correspondent à celles de projectiles cylindriques tirés avec une force suffisante pour percer la carrosserie en acier d'une automobile. Ils ont donc très probablement été causés par des tirs d'armes légères.  © Privé

Human Rights Watch a examiné huit photographies montrant deux orifices côté conducteur sur l'une des ambulances, prises après que celles-ci ont quitté les lieux et alors que des témoins avaient entendu des tirs. Les ambulanciers ont découvert ces impacts à leur arrivée à l'hôpital de Tebnine, mais les témoins n'ont pas pu déterminer à quel moment précis l'ambulance avait été touchée. La forme et la taille des orifices correspondent à celles de projectiles cylindriques tirés avec une force suffisante pour percer la carrosserie en acier d'un véhicule. Ils ont donc très probablement été causés par des tirs d'armes légères. Human Rights Watch n'a pas pu déterminer le calibre des projectiles en raison de la déformation de l'acier et de l'angle d'impact.  

Au moment où les témoins ont entendu les coups de feu, l'ambulance était orientée vers le nord sur la route principale, à côté du bâtiment où Khalil et Faraj s'étaient réfugiées, et la partie endommagée du véhicule faisait face à l'ouest, selon une source bien informée, ce qui suggère que l'ambulance a très probablement été touchée par des forces armées situées à l'ouest du site. L'analyse par Human Rights Watch d'images satellites prises à 11h43 (heure locale) révèle la présence de véhicules militaires israéliens à une distance de 1 à 1,2 kilomètre à l'ouest du site. Le relief de la zone indique que des troupes positionnées à cet endroit n'auraient pas eu de ligne de vue directe sur l'ambulance, mais ces forces auraient pu se déplacer.  

Human Rights Watch n'a pas pu déterminer la position exacte des troupes israéliennes par rapport à l'ambulance au moment où des tirs ont été entendus. Toutefois, selon un communiqué de l'armée israélienne publié le 21 avril, la veille de l'attaque, celle-ci était présente à Al-Tiri et en contrôlait la zone, tout comme les autres localités situées à l'ouest, à l'est et au sud. 

Dans son communiqué, l'armée a déclaré qu'elle « continue de maintenir ses positions dans le sud du Liban », en montrant une carte de la « zone de défense avancée » où elle est déployée et qui englobe Al-Tiri ainsi que les villages environnants.  

Bien que Human Rights Watch n’ait pas pu déterminer à quelle heure exacte et à partir de quelle position exacte les projectiles ont frappé l’ambulance, le contrôle d’Al-Tiri par l’armée israélienne et sa présence à l’ouest du site de frappe quelques heures avant l’attaque suggèrent que l’armée israélienne en était responsable.  

Human Rights Watch a également analysé une photographie prise à ce moment-là montrant Faraj allongée sur une civière à l'intérieur de l'ambulance de la Croix-Rouge.  

« Quand ils m'ont mise dans la voiture, j'ai entendu une frappe puissante », a-t-elle déclaré. « J'ai eu une crise de panique à cause de la frappe. Et les gars ont commencé à dire 'ils nous ont touchés' ».  

L'équipe de la Croix-Rouge libanaise s'est ensuite dirigée vers l'hôpital, situé à 6,5 kilomètres de là.  

Ils sont arrivés à l’hôpital à 18h06 et ont formulé une seconde demande pour se rendre à Al-Tiri, selon deux sources bien informées. La FINUL a transmis la demande juste avant 19h00, mais l’armée israélienne ne l’a approuvée qu’à 20h15, ont indiqué ces deux sources. À ce stade, Khalil était déjà décédée. L’examen médical de son corps effectué ce jour-là a établi qu’elle était morte aux alentours de 19h00 d’un arrêt cardiaque. Le rapport signalait également que Khalil présentait une blessure à la tête ayant provoqué une hémorragie sévère. Les secouristes ont récupéré sa dépouille vers 23h00.  

À 20h27, un porte-parole arabophone de l'armée israélienne a publié une déclaration qualifiant Khalil, Faraj et les deux hommes circulant devant elles de « saboteurs ». L'armée a indiqué que des « troupes israéliennes avaient repéré deux véhicules dans le sud du Liban, sortant d'une installation militaire utilisée par l'organisation terroriste Hezbollah », ajoutant que les « saboteurs avaient franchi la ligne de front et s'étaient approchés [des forces militaires israéliennes] d'une manière constituant une menace immédiate. »  

Le communiqué poursuivait : « Après qu'il ait été établi qu'ils violaient l'accord de cessez-le-feu, l'armée de l'air a attaqué l'un des véhicules, puis a pris pour cible un bâtiment où les saboteurs s'étaient réfugiés ». Le communiqué indiquait que « deux journalistes auraient été blessées à la suite de l’attaque », que l’armée israélienne n’empêchait pas les équipes de secours d’atteindre le site de la frappe « pendant cette période », et que l’incident faisait l’objet d’une enquête.  

On ne sait pas clairement à quelle « structure militaire » la déclaration de l’armée israélienne fait référence. Faraj a nié que les deux voitures soient sorties d'une structure militaire utilisée par le Hezbollah. Elle a déclaré qu'elle et Khalil avaient retrouvé Hourani et Bazzi devant l'hôpital public de Tebnine et qu'elles s'étaient ensuite rendues à Al-Tiri, en passant par la localité de Kounine. « Nous ne sommes entrées dans aucun bâtiment », a-t-elle déclaré. Human Rights Watch a interrogé l'armée israélienne sur la nature et l'emplacement de la structure militaire, mais n'a reçu aucune réponse.

À 21h28, le Hezbollah a publié le message suivant sur Telegram : « Pour défendre le Liban et son peuple, et en riposte à la violation du cessez-le-feu par l’ennemi israélien ainsi qu’au ciblage d’une voiture dans la localité d’Al-Tiri par une frappe de drone ennemi, les combattants de la Résistance islamique ont pris pour cible un véhicule de commandement de type Hummer appartenant à l’armée ennemie israélienne dans la localité d’Al-Qantara, à 18h00… » Al-Qantara se trouve à une dizaine de kilomètres au nord-ouest d’Al-Tiri.  

La présence de drones qui semblaient surveiller Faraj et Khalil alors qu'elles étaient piégées à Al-Tiri, et la soumission d'une demande de désescalade du conflit à l'armée israélienne soulignant la présence de journalistes sur le site environ une heure et demie avant la frappe mortelle qui a tué Khalil, indiquent que l'armée israélienne savait ou aurait dû savoir que Khalil et Faraj étaient des civiles, mais les a ensuite ciblées, commettant ce qui s’apparente à un crime de guerre.  

De même, l’armée israélienne savait ou aurait dû savoir que l’ambulance arborant les insignes de la Croix-Rouge présente sur le lieu de la frappe après l’attaque du bâtiment appartenait à la Croix-Rouge libanaise. Des vidéos et des photographies prises par les premiers secours montrent au moins deux voitures arborant l'insigne de la Croix-Rouge, emblème de la convention de Genève, garées à proximité du lieu de la frappe, avec leurs feux de secours allumés.  

Les ambulanciers portaient des combinaisons rouge vif et des casques blancs marqués de l'insigne de la Croix-Rouge sur tous les côtés, et ils étaient présents sur les lieux pendant près de 50 minutes avant d'être frappés. Néanmoins, les forces israéliennes semblent les avoir empêchés de mener à bien leur mission humanitaire en utilisant une grenade assourdissante. En outre, les preuves disponibles suggèrent que l’armée israélienne pourrait avoir tiré sur l’ambulance avec des armes légères.  

La réponse de l’armée israélienne à Human Rights Watch n’a pas fourni de réponses détaillées aux questions. Elle a indiqué qu’« une enquête préliminaire a révélé que [Khalil] a été tuée au cours d’une séquence d’événements au cours desquels deux membres de la branche militaire du Hezbollah, Ali Nabil Bazi et Mohammad Al-Khourani [sic], ont été éliminés. » Elle a ajouté que « l’incident a été soumis au mécanisme d’enquête et d’évaluation de l’état-major général pour qu’il procède à une évaluation factuelle complète. »  

L'armée israélienne n'a pas répondu aux questions complémentaires sur la nature des preuves utilisées pour établir que Hourani et Bazzi étaient des cibles militaires légitimes. Dans sa réponse, l’armée israélienne a déclaré qu’elle « ne cible pas les journalistes et respecte la liberté de la presse et le rôle important que jouent les journalistes. » Human Rights Watch a déjà documenté des attaques répétées, apparemment délibérées, perpétrées par l’armée israélienne contre des journalistes au Liban en 2023 et 2024. Selon le Comité pour la protection des journalistes, « Israël était responsable des deux tiers de tous les meurtres de journalistes en 2025 et en 2024. »  

En vertu du droit de la guerre, les journalistes bénéficient de la protection générale accordée aux civils et ne peuvent faire l'objet d'une attaque, sauf s'ils participent directement aux hostilités. Quiconque commet des violations graves du droit de la guerre avec une intention criminelle — c'est-à-dire intentionnellement ou par imprudence — peut être poursuivi pour crimes de guerre. Des individus peuvent également être tenus pénalement responsables pour avoir prêté assistance, facilité, aidé ou encouragé la commission d'un crime de guerre.  

En vertu du droit de la guerre, les personnels de santé sont également des civils et bénéficient d'une protection explicite dans les situations de conflit. Les ambulances et autres moyens de transport sanitaire doivent pouvoir fonctionner et être protégés en toutes circonstances. Ils ne perdraient cette protection que s'ils étaient utilisés pour commettre, en dehors de leur mission humanitaire, des « actes nuisibles à l'ennemi », tels que le transport de munitions ou de combattants valides en service.  

La force attaquante doit émettre un avertissement exigeant la cessation de cet usage abusif et ne peut lancer une attaque que si cet avertissement reste sans effet. Il est interdit d'attaquer délibérément le personnel médical et les unités de transport arborant les emblèmes des Conventions de Genève. De tels actes constituent des crimes de guerre. La liberté de mouvement du personnel humanitaire, essentielle à l'exercice de ses fonctions, doit être garantie par toutes les parties au conflit. Cette liberté de mouvement ne peut être restreinte que temporairement, en cas de nécessité militaire impérieuse. 

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