21.08.2026 à 17:03
Human Rights Watch
(New York) – Les autorités tchadiennes devraient annuler ou infirmer la condamnation de Succès Masra, ancien Premier ministre tchadien et principal chef de l’opposition, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Succès Masra a été libéré de prison le 15 août, après avoir bénéficié d’une grâce présidentielle.
Cette grâce, également accordée à huit autres opposants politiques, a conduit à leur libération de prison. Cependant, leurs condamnations pour des actes constituant une expression politique légitime sont toujours en vigueur, et devraient être infirmées afin qu’ils puissent continuer à participer à la vie politique.
« La libération de Succès Masra et d’autres opposants politiques est une bonne nouvelle », a déclaré Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch. « Mais soyons clairs, Succès Masra a été arrêté sur la base d’accusations forgées de toutes pièces dans une tentative de le réduire au silence. Les autorités tchadiennes devraient aller au-delà de la grâce présidentielle, et veiller à ce que sa condamnation soit annulée. »
Premier ministre du Tchad de janvier à mai 2024, Succès Masra a été arrêté le 16 mai 2025, après qu’il s’est présenté contre le président de la transition de l’époque, Mahamat Idriss Déby, lors de l’élection présidentielle de 2024. Les procureurs l’ont accusé d’incitation à la haine et à la violence après la mort de 42 personnes au cours d’affrontements intercommunautaires le 14 mai à Mandakao, dans la province du Logone-Occidental, dans le sud-ouest du pays.
Alors que les affrontements entre éleveurs et agriculteurs sont fréquents dans le sud du Tchad, les violences intercommunautaires se sont aggravées ces dernières années, faisant des dizaines de morts. Succès Masra a été accusé d’incitation à la haine et à la violence par le biais de publications sur les réseaux sociaux. À la suite des violences qui ont eu lieu dans le Logone-Occidental, Succès Masra avait exprimé ses condoléances aux victimes, déclarant en mai 2025 : « La vie d’aucun Tchadien ne doit être banalisée ».
Succès Masra, qui avait plaidé non coupable, a été jugé aux côtés de 74 autres prévenus, tous accusés de collaboration dans les décès survenus à Mandakao. Au moins 9 des prévenus ont été libérés à l’issue du procès, mais les autres ont été condamnés à 20 ans de prison. Les 65 coprévenus condamnés aux côtés de Succès Masra qui sont toujours en prison devraient également être libérés et leurs condamnations devraient être annulées, a déclaré Human Rights Watch. Human Rights Watch a été informé du décès possible de certains coprévenus en détention, mais n’a pas été en mesure de confirmer ces informations.
Huit dirigeants de la principale coalition d’opposition du Tchad, le Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), ont été graciés en même temps que Succès Masra. Les dirigeants du GCAP purgeaient des peines de huit ans de prison à la suite de leurs condamnations pour rébellion alors qu’ils avaient organisé une marche de protestation. Deux des huit dirigeants du GCAP avaient déjà été libérés pour des raisons de santé. La Cour suprême a dissous le GCAP en avril 2026, alléguant qu’il était impliqué dans des activités illégales.
Succès Masra avait fait appel de sa condamnation auprès de la Cour suprême, mais en mai, le tribunal a confirmé sa condamnation et sa peine de 20 ans d’emprisonnement. Alors que les grâces présidentielles accordées à Succès Masra et aux dirigeants du GCAP ont conduit à leur libération, leurs condamnations et leurs sanctions financières demeurent.
Succès Masra et ses coprévenus font toujours l’objet d’une amende impayée d’un total de 1 milliard de francs centrafricains (environ 1,8 million d’USD), infligée en même temps que leurs peines de prison. Leurs condamnations toujours en vigueur signifient également qu’ils conservent leur casier judiciaire et qu’ils restent inéligibles à toute élection. Les condamnations devraient donc être infirmées ou révisées conformément à la loi tchadienne, a déclaré Human Rights Watch.
L’affaire de Succès Masra a été marquante. Lui et ses partisans du parti d’opposition Les Transformateurs avaient subi des menaces avant les élections de mai 2024, lors desquelles Succès Masra s’était présenté contre le président de la transition de l’époque, le général Mahamat Idriss Déby. Après que ce dernier a été déclaré vainqueur, sa présidence a mis fin à la période de transition qui avait commencé en 2021, à la suite du décès de son père, le président Idriss Déby Itno, qui avait été tué lors de combats contre un groupe armé un jour après sa réélection à un sixième mandat.
La répression par le gouvernement de la liberté d’expression et d’association a parfois été très violente. Après la mort d’Idriss Déby Itno, les forces de sécurité ont fait usage d’une force excessive, notamment en tirant à balles réelles sans discernement, pour disperser les manifestations conduites par l’opposition dans le pays. Plusieurs manifestants ont été tués. Les autorités ont arrêté des activistes et des membres de partis d’opposition, et les forces de sécurité ont battu des journalistes qui couvraient les manifestations.
Le 20 octobre 2022, les forces de sécurité ont tiré à balles réelles sur les manifestants, tuant et blessant des dizaines d’entre eux, et ont passé à tabac et poursuivi des personnes jusque dans leurs maisons. Des centaines d’hommes et de garçons ont été arrêtés, et beaucoup ont été conduits à Koro Toro, une prison de haute sécurité située à 600 kilomètres de N’Djamena. Plusieurs détenus sont morts en route vers la prison, certains à cause du manque d’eau. À Koro Toro, les manifestants ont subi d’autres violences, y compris des mauvais traitements sévères infligés par d’autres détenus.
En octobre 2023, des dizaines de membres des Transformateurs ont été arrêtés à l’approche d’un référendum constitutionnel visant à permettre à Mahamat Déby de se porter candidat après la transition.
Alors que le décret de grâce présidentielle présentait les libérations de Succès Masra et des huit dirigeants du GCAP comme un geste en faveur de l’unité et de la réconciliation nationales, les autorités ont fait preuve d’intolérance au débat ou à la critique, y compris aux discussions ouvertes sur le passé du Tchad. Bien que les dirigeants aient été graciés, leurs arrestations s’inscrivaient dans le cadre d’une répression gouvernementale plus large contre les détracteurs et les opposants présumés, a déclaré Human Rights Watch.
« Les accusations portées contre Succès Masra manquaient de crédibilité et de preuves, et il n’aurait jamais dû être arrêté et détenu en premier lieu », a conclu Lewis Mudge. « Les autorités tchadiennes devraient mettre fin à cette affaire, annuler sa condamnation et le laisser exercer ses droits et se réengager en politique. »
20.08.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Les attaques menées par des colons israéliens en Cisjordanie occupée entraînent de plus en plus le déplacement forcé de communautés palestiniennes, dont des dizaines risquent d’être rayées de la carte, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les autorités israéliennes arment, financent et accordent l’impunité aux colons violents qui sont responsables de l’escalade de ces abus parfois mortels.
La violence des colons a connu un pic en mars et avril 2026, avec des meurtres, y compris d’enfants, ainsi que des agressions, des violences sexuelles, des maltraitances physiques et psychologiques, des détentions arbitraires, des incendies criminels, des destructions de biens et des vols. Ces attaques ont eu lieu pendant la guerre entre les d’une part les États-Unis et Israël, et d’autre part l’Iran, mais la multiplication des abus est manifeste depuis l’entrée en fonction de l’actuel gouvernement israélien en décembre 2022.
« Le gouvernement israélien et les colons partagent le même objectif : un maximum de terres et un minimum de Palestiniens. Non seulement les autorités s’abstiennent de mettre fin à la violence des colons, mais elles la facilitent activement », a déclaré Sarah Sanbar, chercheuse par intérim sur Israël et la Palestine à Human Rights Watch. « Les colons tirent sur des Palestiniens, les attaquent et les expulsent de leurs terres, et l’État israélien leur fournit les armes, la couverture juridique et le budget nécessaires pour agir ainsi. »
En avril et mai, Human Rights Watch a enquêté sur des attaques menées par des colons dans sept communautés palestiniennes de Cisjordanie : Al-Mughayyir, Mikhmas et Taybeh, dans le gouvernorat de Ramallah ; Jalud et Qaryut, dans le gouvernorat de Naplouse ; et Khirbet Humsa et Muarrajat-Est, dans la vallée du Jourdain. Des colons armés, agissant parfois aux côtés d’unités de l’armée israélienne ou en présence de soldats qui s’abstenaient d’intervenir, ont attaqué des habitants palestiniens et leurs biens, contribuant ainsi à un phénomène de déplacements forcés.
Human Rights Watch a mené des entretiens avec 20 témoins, et a examiné des vidéos ainsi que des images de vidéosurveillance montrant de nombreux incidents. L’armée israélienne n’a pas répondu aux questions posées par Human Rights Watch concernant ces attaques.
Les personnes interrogées ont fait état d’attaques organisées visant les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire des Palestiniens, en restreignant l’accès aux pâturages et à l’eau, en volant ou en tuant le bétail, et en détruisant ou en incendiant les champs agricoles et les cultures. En conséquence, beaucoup d’entre eux ont soit vendu leur bétail, souvent à perte, soit dû supporter le coût des céréales nécessaires pour les nourrir chez eux.
Human Rights Watch a constaté que ces attaques visent de plus en plus la « zone B » de Cisjordanie, placée sous le contrôle sécuritaire conjoint d’Israël et de l’Autorité palestinienne en vertu des accords d’Oslo II de 1995.
Ces attaques, menées en l’absence de protection par l’État israélien, ont créé un climat de coercition qui pousse de nombreux Palestiniens à affirmer qu’ils n’ont d’autre choix que de quitter leurs foyers, a déclaré Human Rights Watch.
« J’ai connu la guerre dans cette région toute ma vie, mais jamais comme ça », a déclaré Um Muhammad Muammar, 72 ans, une habitante de Qaryut dont les deux fils ont été tués par des colons. « Les enfants de mes fils sont désormais orphelins de père ; leurs épouses sont désormais veuves. Que pouvons-nous dire de plus ? »
Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), le nombre de Palestiniens déplacés de force à la suite d’attaques de colons, de démolitions et d’expulsions au cours des quatre premiers mois de cette année a dépassé celui de l’ensemble de l’année 2025. L’OCHA a recensé en moyenne 6,6 attaques de colons par jour ayant entraîné des victimes, des dégâts matériels, ou les deux, un chiffre supérieur à celui de n’importe quelle autre année de ses archives.
Si l’armée israélienne reste responsable de la majorité des décès de Palestiniens tués en Cisjordanie, le nombre de décès attribués aux colons a fortement augmenté. Au 24 juillet, l’OCHA avait recensé les cas d’au moins 15 Palestiniens, dont deux enfants, tués par des colons, ce qui signifie que l’année 2026 pourrait être encore pire que l’année 2023, lors de laquelle 16 meurtres par des colons ont été recensés.
L’OCHA a constaté que les violences commises par les colons ont entraîné le déplacement total ou partiel de 107 communautés, soit 5 900 Palestiniens, depuis janvier 2023. En outre, en janvier 2025, l’armée israélienne a expulsé 32 000 réfugiés palestiniens de leurs foyers en Cisjordanie, vidant de fait les camps de Jénine, Tulkarem et Nur Shams. Le projet de colonisation E1, situé à l'est de Jérusalem et pour la construction duquel le gouvernement a lancé un nouvel appel d'offres le 18 août, entraînerait le déplacement forcé de plus de 18 autres communautés bédouines de la région.
Les colons responsables du déplacement des Palestiniens agissent avec le soutien financier, matériel et juridique de l’État israélien. En mars, le Times of Israel a rapporté que le gouvernement avait approuvé l’allocation d’environ 50 millions de shekels (environ 16 millions de dollars US) a des avant-postes de colonies illégales ; ce financement a servi à l’achat de véhicules tout-terrain, de lunettes de vision nocturne et de drones que les colons utilisent pour harceler les communautés palestiniennes. Selon Amnesty International, le budget du ministère israélien des Colonies et des Missions nationales a augmenté de 122 %, sous le gouvernement actuel.
Les autorités israéliennes n’engagent généralement pas de poursuites contre les colons commettant des actes de violence à l’encontre des Palestiniens, leur accordant ainsi de facto l’impunité. Fin 2025, Yesh Din, une organisation israélienne de défense des droits humains, a indiqué que sur les centaines de cas qu’elle avait recensés depuis 2005, seuls 3 % avaient abouti à des condamnations. En novembre 2025, la chaîne d’information israélienne N12 News a fait état d’une baisse de 70 % du nombre de poursuites policières engagées contre des colons pour des agressions contre des Palestiniens depuis la nomination d’Itamar Ben-Gvir en tant que ministre de la Sécurité nationale en 2022, et ce malgré la recrudescence sans précédent de ces agressions depuis lors. Selon le journal britannique The Guardian, un seul Israélien a été inculpé pour le meurtre d’un Palestinien en Cisjordanie depuis 2019.
La séparation du rôle des colons et des forces de sécurité israéliennes est parfois délibérément floue, ce qui rend difficile la distinction entre colons et soldats. À la suite des attaques du 7 octobre 2023 contre le sud d’Israël menées par des groupes armés palestiniens, l’armée israélienne a mobilisé 5 500 colons de Cisjordanie, réservistes de l’armée, et les a affectés à des « bataillons de défense régionale » en Cisjordanie. Ces unités composées de colons-soldats agissent avec une grande autonomie, faisant avancer les objectifs des colons tout en exerçant une autorité militaire totale et en commettant des exactions contre les Palestiniens en toute impunité.
Parallèlement, le ministère israélien de la Sécurité nationale a formé des « brigades d’intervention rapide » civiles dans les colonies, et leur a conféré des pouvoirs spéciaux de police, des uniformes et des armes. Itamar Ben-Gvir a également assoupli les conditions d’octroi des permis de port d’armes à feu, supervisant parfois personnellement la distribution de fusils aux colons.
La violence des colons et les déplacements qu’elle provoque sont à la fois une manifestation et un vecteur de l’expansion de l’entreprise de colonisation illégale menée par Israël. En juillet 2026, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a déclaré à Channel 7 News que son gouvernement avait approuvé la création de 104 nouvelles colonies depuis son entrée en fonction ; le nombre total de colonies a quasiment doublé, passant de 127 à 231 colonies. Pendant la récente guerre avec l’Iran, le gouvernement israélien a approuvé en secret 34 nouvelles colonies, dont 10 étaient des avant-postes préexistants qui ont été « légalisés » rétroactivement en vertu de la loi israélienne ; selon i24 News, il s’agissait de la plus importante expansion de colonies depuis le début de ce type d’initiative.
Ces avant-postes, qui servent souvent de bases de lancement pour des attaques, sont pourtant illégaux en vertu du droit international humanitaire. En l’absence d’autorisations officielles du gouvernement israélien, ils sont également considérés comme illégaux au regard du droit national israélien, avant que le gouvernement israélien ne les « légalise » souvent de manière rétroactive. Leur « légalisation » au regard du droit national n’a toutefois aucune incidence sur leur illégalité persistante, au regard du droit international humanitaire.
Sous l’actuel gouvernement israélien, les colons ont établi 248 nouveaux avant-postes en Cisjordanie, dont 65 rien qu’en 2026 au 1er août, selon l’organisation israélienne PeaceNow. Servant souvent de précurseurs à des colonies plus importantes, ces avant-postes, bénéficiant souvent d’une « légalisation » nationale rétroactive, repoussent les limites de l’expansion des colonies et de l’appropriation des terres palestiniennes. Le ministre de la Défense Israel Katz a déclaré à Channel 7 News que son gouvernement avait déjà « légalisé » environ 160 avant-postes, au cours de son mandat.
En juillet dernier, les organisations israéliennes Kerem Navot et PeaceNow ont indiqué que ces avant-postes contrôlaient actuellement de fait plus d’un million de dunams (100 000 hectares) de terres en Cisjordanie, soit environ 18 % de ce territoire ; cette superficie représente quatre fois celle que les colons contrôlaient avant l’arrivée au pouvoir du gouvernement actuel.
L’article 49 de la quatrième Convention de Genève interdit à une puissance occupante de transférer de force, de déplacer ou de déporter, en tout ou en partie, la population civile d’un territoire occupé. La seule exception concerne l’évacuation temporaire d’une zone si cela est nécessaire pour la sécurité de la population ou pour des raisons militaires impératives. Le Commentaire de 2025 du Comité international de la Croix-Rouge sur la quatrième Convention de Genève précise que les transferts forcés peuvent être indirects lorsqu’une partie n’ordonne pas expressément la déportation ou n’y participe pas directement, « mais commet des violations du droit international humanitaire ou du droit relatif aux droits humains ayant pour effet de contraindre la population à partir ». L’article 49 interdit également à la puissance occupante de transférer sa propre population civile vers un territoire qu’elle occupe.
Les éléments de preuve montrent qu’Israël a manqué à ses obligations de protéger la population du territoire occupé contre des actes de violence, d’empêcher de tels actes, d’enquêter sur les abus et de poursuivre les responsables ; en outre, le gouvernement israélien a favorisé cette violence en continuant à fournir un soutien matériel aux groupes de colons responsables d’exactions contre les Palestiniens, a déclaré Human Rights Watch. La réaffectation des terres des Palestiniens déplacés à des colonies illégales indique que ce déplacement n’est pas temporaire, et ne peut être considéré comme une évacuation autorisée au titre de la quatrième Convention de Genève.
Les autres pays devraient agir pour empêcher de nouvelles atrocités dans l’ensemble du Territoire palestinien occupé, notamment en imposant des sanctions ciblées à l’encontre des personnes impliquées dans les graves violations en cours, en suspendant les transferts d’armes vers Israël, en interdisant le commerce avec les colonies illégales, en envisageant de suspendre les accords commerciaux préférentiels avec Israël et en soutenant la Cour pénale internationale et ses enquêtes en cours, notamment en exécutant ses mandats d’arrêt.
« L’impunité accordée aux colons par les autorités israéliennes est directement liée au blanc-seing dont bénéficie Israël, de la part de ses alliés et de pays donateurs », a observé Sarah Sanbar. « L’obligation de rendre des comptes devrait concerner en premier lieu les colons qui commettent des crimes, mais ne s’arrête pas là. Israël et les gouvernements qui lui donnent carte blanche partagent aussi la responsabilité des abus, et devraient être tenus de rendre des comptes. »
Suite détaillée en anglais.
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20.08.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Nairobi) – Les forces de l’Africa Corps, contrôlées par le gouvernement russe, ont tué sommairement neuf civils, dont quatre enfants, et ont battu des dizaines d’autres civils dans le centre du Mali au début du mois de juillet 2026, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Les combattants de l’Africa Corps ont également pillé et incendié au moins huit maisons, alors qu’ils cherchaient probablement des personnes ayant des liens avec les groupes armés islamistes.
Le 10 juillet vers 5 heures du matin, plus de 100 combattants de l’Africa Corps, accompagnés de plusieurs soldats maliens, circulant à bord de pick-up et de motos, ont pris d’assaut le village de Bombori dans la région de Mopti. Ils ont fait irruption dans des maisons du quartier peul, ont traîné des personnes hors des habitations et ont rassemblé au moins 80 hommes et garçons sous un arbre. Là, les combattants ont battu les hommes et les garçons, les ont interrogés sur des liens présumés avec les groupes armés islamistes et ont menacé de les tuer s’ils dissimulaient des informations. Ils ont abattu six civils qui ont tenté de s’enfuir et en ont arrêté et exécuté trois autres, dont un qu’ils ont décapité.
« La junte malienne semble avoir donné aux forces russes de l’Africa Corps le feu vert pour tuer des civils », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Les autorités maliennes ne peuvent pas se soustraire à leur responsabilité juridique en laissant l’Africa Corps commettre des atrocités. Elles devraient enquêter rapidement et de manière impartiale sur ces abus, et traduire en justice tous les responsables, y compris les militaires maliens qui seraient impliqués. »
Entre le 19 et le 30 juillet, Human Rights Watch a mené des entretiens à distance avec 13 personnes, dont quatre témoins de l’attaque et neuf membres de la société civile et chefs de communauté.
Des témoins ont indiqué que les forces russes conduisaient l’opération à Bombori et étaient accompagnées de quatre soldats maliens jouant principalement le rôle d’interprètes. « Les Russes étaient aux commandes… Ils étaient plus de 100, tous en tenues militaires et lourdement armés », a raconté un villageois de 39 ans. « Un Blanc [avec] deux talkies-walkies semblait être le chef. Chaque fois qu’il posait une question, il tirait en l’air. »
Un autre témoin, un boucher de 57 ans, a décrit qu’il a vu « sept pick-up avec des mitrailleuses en dessus, et plus de 60 motos avec des drapeaux maliens ».
Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, JNIM) lié à Al-Qaïda contrôle Bombori depuis 2017 et possède une base à un kilomètre de là. Des témoins ont déclaré que ses combattants avaient quitté le village la veille de l’attaque.
Depuis 2012, des gouvernements maliens successifs luttent contre les groupes armés islamistes. Après les coups d’État de 2020 et 2021, la junte militaire a expulsé les forces françaises et onusiennes et a renforcé les liens avec la Russie. Depuis 2021, la junte s’appuie sur l’aide du groupe Wagner lié à la Russie pour gérer la sécurité. En juin 2025, le groupe Wagner a annoncé son retrait du Mali après avoir « accompli » sa mission. Le groupe armé a été remplacé par l’Africa Corps, placé sous le contrôle du Kremlin et qui comprend à peu près les mêmes effectifs, dont de nombreux anciens combattants de Wagner et certains des principaux dirigeants du groupe.
Depuis 2021, Human Rights Watch documente des abus généralisés commis par l’armée malienne, le groupe Wagner et l’Africa Corps lors d’opérations de contre-insurrection à travers le pays.
Des témoins ont raconté que le 10 juillet, les forces de l’Africa Corps ont tiré sur des civils qui s’enfuyaient de Bombori avant de détenir et de frapper des hommes et des garçons. « J’ai vu deux hommes tomber sous les balles », a indiqué un homme de 40 ans. « J’ai regardé sur ma gauche et j’ai vu deux motos avec deux militaires blancs, à le premier assis sur une moto continuait de tirer sur les deux hommes à terre. » Il a ajouté qu’un combattant russe l’avait ensuite emmené jusqu’à un arbre où des dizaines d’hommes et de garçons étaient gardés sous la menace d’armes à feu. « Les combattants russes ont pointé leurs armes sur nous, fouillé nos poches, saisi tous nos téléphones et nous ont photographiés », a-t-il poursuivi. « Un [combattant] russe nous donnait des coups de pied, un autre nous frappait avec son arme, et j’ai reçu plusieurs coups dans le dos et la poitrine … alors que d’autres continuaient à amener des hommes qu’ils avaient arrêtés dans le village. »
L’homme de 39 ans a expliqué qu’il s’était caché dans sa maison avec sa femme et ses enfants ; puis trois combattants russes sont arrivés, « m’ont pris par la main et m’ont violemment mis dehors à plat ventre », avant de le pousser vers le point de rassemblement. « On était tous assis par terre, la tête baissée », a-t-il relaté. « Un combattant russe frappait tous ceux qui levaient les yeux, avec la crosse de son fusil. »
L’homme a décrit la façon dont les combattants de l’Africa Corps ont interrogé les détenus : « Un soldat malien traduisait : “Où sont les djihadistes ? Celui qui montre un combattant rentre chez lui, celui qui montre les caches d’armes aura une récompense. Si vous ne collaborez pas, on vous tue tous ! ” »
Des témoins ont déclaré que les forces de l’Africa Corps avaient sorti trois jeunes hommes du groupe de détenus et étaient parties avec eux à bord d’un véhicule. « Vers 9 heures du matin, ils ont emmené trois jeunes hommes … et les ont conduits vers la base du GSIM », a raconté un homme de 38 ans. « Plus tard, on les retrouvera morts. » Les habitants ont expliqué que les trois hommes avaient parfois aidé le GSIM à collecter les « impôts » (« zakat » en arabe), mais qu’ils n’étaient pas des combattants.
Les habitants ont indiqué que le GSIM, qui commet des abus généralisés à travers le Mali depuis 2017, contrôlait Bombori depuis neuf ans, collectant des « impôts », recrutant et entraînant de jeunes hommes et appliquant la charia (loi islamique). Ils ont noté que le nombre de combattants islamistes dans le village avait considérablement augmenté après les attaques coordonnées d’avril et de juillet menées par le GSIM et ses alliés à travers le Mali. « Depuis les offensives du GSIM, la situation sécuritaire dans notre région a changé », a constaté le boucher. « De nombreux combattants [du GSIM], des étrangers pour la plupart, se sont ajoutés à ceux qui étaient déjà ici. »
Des témoins ont cependant déclaré que le 10 juillet, les combattants du GSIM n’étaient pas à Bombori. « Les combattants du GSIM sont partis pendant la nuit, alors que tout le monde dormait », a raconté l’homme de 39 ans. « Ils ne nous protègent pas en cas d’attaque de l’armée. »
Lorsque l’Africa Corps a quitté Bombori vers 14 heures, les habitants ont récupéré les corps de neuf personnes, dont cinq hommes âgés de 19 à 34 ans et quatre enfants âgés de 6 à 17 ans.
L’homme de 40 ans a décrit que les corps des deux hommes abattus devant lui présentaient « de grosses plaies sanglantes ouvertes au niveau de la poitrine et du dos ». Concernant les trois hommes emmenés, il a indiqué que « l’un avait été décapité, sa tête exposée au milieu du village ... les deux autres avaient été égorgés et ligotés, les mains derrière le dos ».
L’homme de 38 ans a expliqué avoir trouvé « les corps de deux enfants, tous deux âgés d’environ 6 ans, tués par balle à côté d’une maison incendiée » et deux autres corps « près de la route nationale [avec] des signes des balles à la tête et … couchés à plat ventre l’un à côté de l’autre ».
Le village de Bombori comprend un quartier habité par l’ethnie Rimaïbé et l’autre par les Peuls. Les forces de l’Africa Corps n’ont attaqué que le secteur des Peuls. « Je suis resté assis à la forge de mon frère, et je n’ai eu aucun problème », a constaté le boucher, un Rimaïbé. « Les assaillants ne sont pas entrés dans nos maisons, ni fouillé l’intérieur et personne n’a été arrêté ni tué chez nous. »
Le GSIM a longtemps concentré ses efforts de recrutement sur les Peuls, et les gouvernements maliens ont fait l’amalgame entre la communauté peule et les combattants islamistes, ce qui a conduit à de graves abus contre les Peuls.
Les forces de l’Africa Corps ont également volé de l’argent et des bijoux et ont incendié au moins huit maisons appartenant à des familles peules dont les fils, selon des témoins, étaient des combattants du GSIM. « Je voyais la fumée monter du quartier peul vers la mosquée », a indiqué l’homme de 57 ans. « C’est après que j’ai vu qu’ils [les assaillants] avaient brulé huit huttes et ils avaient également détruit cinq greniers de céréales. ».
Le 4 et le 5 août, Human Rights Watch a adressé des courriers respectivement au ministre de la Défense russe, ainsi qu’à Assimi Goïta, président et ministre de la Défense du Mali, présentant ses conclusions et posant des questions, mais n’a reçu aucune réponse à ce jour.
Toutes les parties au conflit armé au Mali sont soumises au droit international humanitaire, notamment à l’article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949, et au droit de la guerre coutumier. Les attaques délibérées ou aveugles contre des civils ou des biens de caractère civil sont interdites ainsi que le meurtre, les traitements cruels et la torture de toute personne en détention. Les individus qui commettent des violations graves du droit de la guerre avec une intention criminelle ou qui sont impliqués au titre de la responsabilité de commandement peuvent faire l’objet de poursuites pour crimes de guerre.
« Le massacre de Bombori est emblématique des atrocités commises au Mali », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Les villageois ont été pris au piège entre un groupe armé islamiste et le gouvernement avec ses alliés russes, aucun des belligérants ne respectant le droit international. »
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Sur X : https://x.com/hrw_fr/status/2090522488409104591
Médias
RFI (vidéo)
19.08.2026 à 17:04
Human Rights Watch
(Washington) – Le 18 août, le gouvernement des États-Unis a désigné deux autres responsables de la Cour pénale internationale (CPI) pour faire l'objet de sanctions en vertu d'un décret signé par le président Donald Trump en février 2025. Les personnes sanctionnées sont Tomoko Akane, présidente japonaise de la CPI, et le magistrat sénégalais Abdoulaye Seye, substitut du Procureur de la CPI.
Le 11 août, Human Rights Watch, conjointement avec l'American Friends Service Committee, le Center for Constitutional Rights et l'Open Society Institute, ont déposé une plainte devant un tribunal fédéral des États-Unis pour contester les précédentes sanctions imposées par l’administration Trump à des procureurs et juges de la CPI, à une experte des Nations Unies en matière de droits humains, ainsi qu’à trois organisations palestiniennes de défense des droits humains.
Voici ce qu’a déclaré Balkees Jarrah, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch :
« La décision du gouvernement des États-Unis de sanctionner deux autres responsables de la CPI n’est que le dernier exemple en date du mépris flagrant de l’administration Trump à l’égard du droit international, ainsi qu’une tentative manifeste de soustraire à la justice des responsables américains et israéliens impliqués dans des crimes graves. Les États membres de la CPI devraient condamner fermement ce recours abusif à des sanctions, et agir pour garantir que la Cour puisse poursuivre son travail essentiel en faveur des survivants des pires crimes commis dans le monde, que ce soit en Afghanistan, en Palestine, au Soudan ou en Ukraine. »
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Sur X : https://x.com/hrw_fr/status/2090192448068751443
17.08.2026 à 18:51
Human Rights Watch
(Sydney) – Le gouvernement chinois interroge des Australiens ouïghours en visite au Xinjiang, les pressant de recueillir des informations sur les Ouïghours vivant en Australie, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui, alors que son directeur exécutif, Philippe Bolopion, était en visite en Australie.
Les autorités chinoises se livrent depuis longtemps à une répression transnationale – constituée de violations des droits humains commises au-delà des frontières d'un pays pour réprimer la contestation – à l'encontre des Ouïghours vivant à l'étranger, en ciblant les activistes critiques à l'égard du gouvernement chinois, ainsi que leurs proches se trouvant toujours au Xinjiang. Les autorités chinoises font pression sur les visiteurs ouïghours en provenance d’Australie, pour qu'ils fournissent des informations sur les activistes ouïghours, les organisations et les écoles de langue ouïghours en Australie ; elles portent ainsi atteinte aux droits des Ouïghours en Australie, notamment en ce qui concerne la liberté d'expression, d'association et de culture, et le droit à la vie familiale.
« Le gouvernement chinois exploite la vulnérabilité des familles ouïghoures séparées, en surveillant et en déstabilisant les communautés à l'étranger », a déclaré Philippe Bolopion, Directeur exécutif de Human Rights Watch. « Les interrogatoires des Ouïghours en visite au Xinjiang et la surveillance étroite des activités de la diaspora ont un effet dissuasif, emblématique de la répression transnationale exercée par Pékin en Australie. »
Human Rights Watch a mené des entretiens avec 11 citoyens australiens et résidents permanents d'origine ouïghoure à Sydney, Melbourne et Adélaïde en avril et mai 2026. Parmi eux figuraient des personnes s'étant récemment rendues au Xinjiang, ainsi que des activistes basés en Australie.
Des Ouïghours vivant en Australie, dans l'impossibilité de rendre visite à leur famille au Xinjiang, ont déclaré ne disposer d'aucune information sur leurs proches restés sur place ou ne pouvoir communiquer avec eux que sous une surveillance officielle stricte, leurs appels étant contrôlés par des représentants du gouvernement chinois.
Ces dernières années, le gouvernement chinois a autorisé des Ouïghours venus d'Australie et d'autres régions de la diaspora à effectuer des visites restreintes dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang. Ces visites sont importantes pour de nombreuses familles ouïghoures séparées depuis le début de la campagne « Frapper fort » lancée par le gouvernement au Xinjiang en 2016. Toutefois, ces visites ont également offert aux autorités locales l'occasion d'interroger les visiteurs et de surveiller leurs déplacements.
Les Ouïghours vivant à l'étranger qui ont pu se rendre au Xinjiang doivent se soumettre à des procédures de vérification rigoureuses imposées par le gouvernement chinois. Ceux qui détiennent un passeport étranger éligible au programme d'exemption de visa lancé en 2024 ont été informés par leur famille restée au Xinjiang qu'ils devaient se soumettre à des contrôles d'antécédents et obtenir une autorisation préalable des autorités locales.
Trois Australiens d'origine ouïghoure, qui ne sont pas des activistes, ont indiqué s'être rendus au Xinjiang munis de passeports australiens dans le cadre de ce programme d'exemption de visa. Ils ont expliqué que leurs familles sur place avaient dû solliciter l'autorisation des autorités locales avant leur venue.
L'un d'eux a indiqué qu'il avait dû d'abord se présenter dans un hôtel désigné par les autorités, plutôt que de séjourner au domicile familial, et que ses proches au Xinjiang l'avaient prévenu qu'il s'attirerait des ennuis avec les autorités en cas de non-respect de cette exigence. Les Australiens en visite ont également précisé qu'ils devaient rendre compte de leurs activités quotidiennes au Xinjiang aux autorités locales et qu'ils étaient soumis à une surveillance étroite, en particulier lorsqu'ils se déplaçaient hors d'Urumqi, la capitale régionale, où les restrictions semblent moins sévères que dans d'autres villes.
Un autre Australien d'origine ouïghoure a déclaré que les autorités l'avaient interrogé plus d'une douzaine de fois, dont une fois pendant plus de sept heures : « Ils ont demandé les adresses et les numéros de téléphone de plusieurs activistes ouïghours éminents en Australie. » Lorsqu'il a déclaré ne pas disposer de ces informations, la police a insisté pour qu'il surveille les activités des activistes à son retour en Australie et qu’il les photographie lors d'événements.
Une troisième personne, également interrogée par la police au Xinjiang, a déclaré avoir subi une forte pression car elle craignait pour sa sécurité et celle de sa famille. « Comment aurais-je pu dire non à quoi que ce soit qu'ils me demandaient de faire ? »
D'autres personnes auprès desquelles nous avons mené des entretiens ont indiqué avoir été questionnées au sujet des écoles de langue ouïghoure en Australie ; au Xinjiang, les autorités ont cherché à effacer la culture et la langue ouïghoures.
Certains Australiens d'origine ouïghoure avec lesquels nous nous sommes entretenus ont confié qu'ils ne retourneraient pas au Xinjiang, même avec le programme d'exemption de visa, car ils craignaient d'être détenus ou emprisonnés et de ne pas pouvoir communiquer avec leurs familles à l'abri du contrôle gouvernemental.
Le 7 août, Human Rights Watch a transmis un résumé de ses conclusions aux gouvernements chinois et australien. Le gouvernement chinois n'a pas réagi. Le ministère de l'Intérieur australien a répondu le 14 août, déclarant entre autres : « Le gouvernement australien prend très au sérieux la question de toutes les formes d'ingérence étrangère, y compris la répression transnationale. Il est inacceptable qu'un gouvernement étranger prenne pour cible des membres de la communauté d'une manière qui les empêche d'exercer leurs droits et libertés fondamentaux en Australie. »
Les autorités australiennes ont évoqué le cas de familles ouïghoures australiennes séparées auprès de leurs homologues à Pékin, mais sans grand succès. En décembre 2020, l’Australien ouïghour Sadam Abdusalam a pu revoir sa femme et son enfant grâce au soutien du gouvernement australien.
Cependant, de nombreuses autres familles ouïghoures en Australie restent dans l'impossibilité de retrouver ne serait-ce que les membres de leur famille proche, car leurs proches ont l'interdiction de quitter le Xinjiang. Elles craignent également que leurs actions pacifiques en Australie n'affectent la liberté de leur famille au Xinjiang ou toute éventuelle possibilité de retrouvailles.
Les abus du gouvernement chinois à l’encontre des Australiens d’origine ouïghoure en visite ont facilité une répression transnationale, en isolant et en marginalisant à distance les activistes ouïghours en Australie, alors que d’autres Ouïghours craignent d’être vus en leur compagnie lors d’événements publics.
En juillet, une nouvelle Loi sur l’unité et du progrès ethniques chinoise est entrée en vigueur. Cette loi contient des dispositions à portée extraterritoriale susceptibles d'être utilisées pour priver de leurs droits les Ouïghours vivant à l'étranger ainsi que d'autres groupes de la diaspora. L’Article 63 stipule en substance que « les organisations et les individus situés hors du territoire de la République populaire de Chine » qui « compromettent l’unité et le progrès nationaux ou incitent à la division ethnique » devront « répondre de leurs actes devant la loi ».
Le gouvernement australien et les autres gouvernements concernés devraient adopter des mesures pour protéger leurs citoyens et résidents contre les actes de répression transnationale de Pékin, selon Human Rights Watch.
« La répression transnationale exercée par le gouvernement chinois constitue une menace sérieuse pour les droits et libertés des Australiens d’origine ouïghoure qui souhaitent maintenir des liens familiaux au Xinjiang tout en préservant leur culture et leur identité en Australie », a conclu Philippe Bolopion. « L’Australie et les autres gouvernements concernés devraient prendre des mesures significatives pour répondre à ces préoccupations. »
Suite détaillée en anglais en ligne ici.
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Articles
RFI
13.08.2026 à 18:19
Human Rights Watch
(New York) – Le Conseil de sécurité des Nations Unies devrait veiller à ce que la force internationale déployée dans le sud du Liban y demeure, afin de protéger les civils et d’empêcher de nouveaux abus par l’armée israélienne et le Hezbollah, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.
En août 2025, le Conseil de sécurité a décidé à l’unanimité de « proroger pour la dernière fois » le mandat de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL), déployée pour la première fois en 1978, et ce jusqu’au 31 décembre, date à laquelle elle devrait entamer son retrait progressif. Cette résolution a été adoptée avant la dernière escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah en mars 2026, et avant que les forces israéliennes ne déplacent des centaines de milliers de civils et n’occupent de vastes portions du sud du Liban. Les actes délibérés de déplacement de populations sont susceptibles de constituer le crime de guerre de déplacement forcé.
« Mettre prématurément fin à la FINUL sans qu’une force internationale suffisamment robuste soit mise en place reviendrait à abandonner de fait des millions de civils libanais, qui seraient alors livrés à un sort incertain et potentiellement désastreux », a déclaré Louis Charbonneau, Directeur du plaidoyer auprès des Nations Unies à Human Rights Watch. « Les missions de l’ONU ne sont peut-être pas une solution durable, mais les casques bleus jouent un rôle dissuasif essentiel contre les attaques visant les civils et les violations des droits humains. »
L’ONU devrait reporter le départ de la FINUL et prolonger le mandat de la mission au-delà du 31 décembre 2026, jusqu’à ce que la situation sécuritaire s’améliore suffisamment pour envisager une nouvelle réduction des effectifs, a déclaré Human Rights Watch. Si les États-Unis sont en mesure de bloquer toute décision du Conseil de sécurité visant à prolonger la présence de la FINUL, d’autres membres du Conseil sont favorables à cette prolongation et plusieurs options, relevant ou non du cadre des Nations Unies, ont été proposées.
Conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité, adoptée en août 2006 après 34 jours d’hostilités entre Israël et le Hezbollah, le mandat de la FINUL consiste entre autres à soutenir les forces armées libanaises, à surveiller le cessez-le-feu et à signaler les violations commises le long de la « ligne bleue » qui sépare le Liban d’Israël et de la zone occupée du plateau du Golan. Ce mandat autorise également la FINUL « à protéger les civils exposés à une menace imminente de violences physiques ».
Le retrait de la FINUL devrait s’étaler sur un an, conformément au calendrier prévu par la résolution 2790 (2025). Cette résolution précise que la FINUL sera autorisée « à contribuer à la protection des civils et à l’acheminement en toute sécurité de l’aide humanitaire sous la direction de civils » tout au long de son retrait.
En août 2025, le représentant des États-Unis auprès des Nations Unies a déclaré aux membres du Conseil de sécurité que la situation sécuritaire au Liban s’était améliorée, affirmant qu’elle était « radicalement différente de ce qu’elle était il y a à peine un an ». Depuis lors, la situation sécuritaire dans le sud du Liban s’est considérablement détériorée, a déclaré Human Rights Watch.
Malgré la proclamation d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah le 17 avril, et le lancement de pourparlers entre Israël et le gouvernement libanais sous l’égide des États-Unis, le Hezbollah et l’armée israélienne n’ont toujours pas mis fin à leurs attaques. Les attaques des forces israéliennes, qui font des victimes parmi la population civile libanaise et provoquent des déplacements massifs de population, se sont poursuivies sans interruption. Depuis l’escalade des hostilités le 2 mars, les attaques israéliennes ont fait plus de 4 333 morts et plus de 12 250 blessés au Liban, selon le ministère libanais de la Santé.
L’ONU a par ailleurs indiqué que des membres de la FINUL avaient été victimes d’attaques meurtrières pendant les dernières hostilités.
Les États-Unis et Israël ont clairement indiqué qu’ils s’opposaient à la prolongation du mandat de la FINUL au-delà de 2026, même si pas moins de 14 des 15 membres du Conseil de sécurité seraient favorables à un report du retrait de la FINUL, selon les déclarations de plusieurs diplomates à Human Rights Watch.
En tant que membre permanent du Conseil de sécurité, les États-Unis pourraient faire usage de leur droit de veto pour bloquer toute tentative visant à prolonger le mandat de la FINUL ou à retarder sa fin.
Christina Markus Lassen, ambassadrice du Danemark auprès des Nations Unies, qui assume la présidence tournante du Conseil pour le mois d’août, a déclaré lors d’une réunion publique avec des organisations de la société civile que le Conseil devrait réexaminer la décision de mettre fin au mandat de la FINUL, celle-ci ayant été prise avant l’escalade actuelle des hostilités au Liban.
En juillet, la Mission permanente du Liban a adressé aux membres du Conseil une lettre conjointe signée par 86 députés libanais, dans laquelle sont exposés les arguments selon lesquels, compte tenu de la situation sécuritaire précaire dans le pays, la FINUL devrait non seulement maintenir sa présence dans le sud du Liban, mais aussi voir ses capacités renforcées.
L’ambassadeur chinois auprès des Nations Unies, Fu Cong, a déclaré en mai que le Conseil de sécurité devrait réexaminer la décision de mettre fin au mandat de la FINUL, soulignant qu’aucun cessez-le-feu réel n’était en vigueur.
D’autres options sont à l’étude concernant une présence internationale au Liban. La résolution d’août 2025 priait le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, à proposer des options concernant « les moyens d’appliquer la résolution 1701 (2006) après le retrait de la FINUL ».
En juin, Antonio Guterres a remis une note adressée au conseil qui proposait ce qui revenait, pour l’essentiel, aux trois variantes d’une même option : le déploiement d’une force de maintien de la paix de petite, moyenne ou grande envergure. Même la variante la plus ambitieuse resterait nettement plus modeste que la FINUL. Antonio Guterres n’a pas évoqué la possibilité de simplement reporter le retrait de la FINUL.
En juin, le président français Emmanuel Macron et la première ministre italienne Giorgia Meloni ont annoncé leur intention de former une coalition multinationale destinée à prendre la relève de la FINUL après son départ. Bien que les détails de cette initiative restent encore flous, la France, l’Italie et l’Espagne comptent parmi les principaux contributeurs de troupes à la FINUL, qui compte actuellement près de 7 500 Casques bleus issus de 47 pays. Cette coalition ne serait vraisemblablement pas une mission des Nations Unies, même si elle pourrait solliciter l’autorisation de l’ONU à l’instar des récentes missions en Haïti.
La Turquie a également laissé entendre qu’elle pourrait apporter son soutien aux forces armées libanaises après le départ de la FINUL. Cependant, tant les forces armées turques que l’armée libanaise ont été impliquées dans des abus commis en Syrie.
Le gouvernement libanais et les membres du Conseil de sécurité devraient veiller à ce que la protection des civils soit une priorité pour toute future force internationale au Liban, a déclaré Human Rights Watch. Une telle force devrait être dotée des moyens nécessaires pour surveiller et rendre compte publiquement des atteintes aux droits humains et des violations du droit international humanitaire commises par toutes les parties au conflit, et soutenir les efforts visant à traduire les responsables en justice.
« Le Conseil de sécurité ne devrait pas laisser les civils libanais sans protection », a conclu Louis Charbonneau. « Le Conseil porterait une grande part de responsabilité, si le départ de la FINUL créait un vide sécuritaire ouvrant la voie à de nouveaux abus. »
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