11.08.2026 à 16:30
Human Rights Watch
(New York) – Quatre organisations de défense des droits humains ont déposé, le 11 août 2026, une plainte devant le tribunal fédéral du district sud de New York, affirmant que l’administration Trump sanctionne illégalement des personnes et des organisations affiliées à la Cour pénale internationale (CPI) ou qui contribuent à ses activités, et criminalise les personnes qui s’associent avec elles ou leur apportent autrement leur soutien. La plainte (questions-réponses) conteste le décret présidentiel signé par le président Donald Trump le 6 février 2025, qui autorise l’imposition de sanctions contre des responsables de la CPI, des juges et d’autres personnes travaillant avec la Cour afin d’obtenir justice pour des actes de génocide, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.
11 août 2026 Recours contre le décret présidentiel n° 14203 et les sanctions visant la CPIQuestions et réponses
Les plaignants – l’American Friends Service Committee, le Center for Constitutional Rights, Human Rights Watch et l’Open Society Institute, qui fait partie des Open Society Foundations – affirment que les sanctions constituent une attaque manifestement illégale contre la justice internationale et doivent être annulées. Les organisations soutiennent que ces sanctions les contraignent à réduire considérablement leurs activités dans les domaines des droits humains et du droit, en violation des droits que leur garantissent les premier et cinquième amendements de la Constitution américaine, ainsi que la Loi sur la restauration de la liberté religieuse (Religious Freedom Restoration Act). La plainte affirme également que les sanctions excèdent les pouvoirs du président et qu’elles reposent sur une prétendue « urgence nationale » qui ne trouve aucun fondement dans les faits.
« Le fait qu’un si grand nombre d’organisations majeures de défense des droits humains et d’aide humanitaire se soient réunies pour contester le décret illégal de Trump démontre l’ampleur des préjudices qu’il cause aux organisations de la société civile qui œuvrent pour traduire en justice les responsables de crimes graves », a déclaré Andrew Loewenstein, avocat principal de Foley Hoag LLP. « Les plaignants demandent la fin de ce régime de sanctions, qui outrepasse l’autorité du président et viole le droit international et le droit américain, notamment les droits à la liberté d’expression et de religion. »
La CPI a ouvert 18 enquêtes dans le monde, notamment en Afghanistan, en République centrafricaine, en République démocratique du Congo, en Libye, aux Philippines, au Darfour (Soudan) et en Ukraine. Parmi celles-ci figure une enquête sur la Palestine ayant conduit à la délivrance de mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et l’ancien ministre israélien de la Défense Yoav Gallant pour des accusations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis à Gaza. La Palestine est un État partie à la CPI. Affaiblir la Cour rend plus difficile pour les survivants d’obtenir justice et de faire entendre leur voix lorsqu’ils n’ont aucun autre recours, ont déclaré les organisations.
« Les efforts du gouvernement américain visant à démanteler la CPI et à punir les personnes qui réclament justice pour de graves violations des droits humains portent préjudice à bien plus que les seuls individus et organisations directement visés par les sanctions. Ils constituent un affront à toutes les victimes et à tous les survivants de crimes de guerre et de génocide », a déclaré Joyce Ajlouny, secrétaire générale de l’American Friends Service Committee. « Ce décret cherche à intimider les défenseurs des droits humains et à dissuader les personnes de conscience de défendre les droits et la dignité d’autrui. Nous nous joignons à cette action en justice parce que nous refusons de rester silencieux lorsque la quête de justice est criminalisée. »
Ces sanctions font partie des nombreuses mesures prises par l’administration Trump contre la liberté d’expression, les manifestations et les actions de plaidoyer en faveur des droits humains des Palestiniens. À ce jour, l’administration Trump a utilisé le décret pour sanctionner des procureurs de la CPI, huit juges de la CPI, la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme dans le Territoire palestinien occupé depuis 1967, ainsi que trois grandes organisations palestiniennes de défense des droits humains.
Le 13 juillet 2026, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a annoncé une campagne renforcée visant à « démanteler » la Cour, notamment par un recours accru aux sanctions et par des pressions exercées sur les pays membres de la CPI afin qu’ils quittent la Cour. Alors que les États-Unis affirment que les enquêtes de la CPI visant des Américains — qui bénéficieraient autrement de l’impunité — constituent une menace pour la souveraineté américaine, les Américains qui commettent des crimes à l’étranger peuvent déjà être poursuivis par les tribunaux étrangers du pays où les crimes ont été commis, conformément à un principe bien établi du droit international.
« Pendant de nombreuses années, j’ai représenté des victimes dans leur quête de justice pour des crimes commis par des personnes puissantes, et j’ai enfin vu s’ouvrir à la CPI des enquêtes indispensables, même si elles étaient tardives. En réponse, l’administration Trump a pris la mesure extraordinaire non seulement de refuser aux Palestiniens et aux victimes de torture commise par les États-Unis un accès égal à la justice, mais aussi de criminaliser et de punir ces victimes, leurs avocats et défenseurs, ainsi que leurs partenaires », a déclaré Katherine Gallagher, avocate principale au Center for Constitutional Rights et représentante juridique de victimes devant la CPI. « Toutes les victimes de crimes internationaux – du Soudan et de l’Ukraine à la Palestine et à l’Afghanistan – ont besoin et méritent de pouvoir compter sur une CPI indépendante et forte, capable de remplir sa mission visant à mettre fin à l’impunité, sans crainte ni favoritisme. »
Les personnes sanctionnées ainsi que les organisations palestiniennes de défense des droits humains ont subi le gel ou la fermeture de leurs comptes bancaires, le rejet de transactions financières, la suppression de leur accès à des services numériques et des interdictions de voyager. Les organisations américaines, y compris les plaignants, peuvent encourir des peines allant jusqu’à 20 ans d’emprisonnement ainsi que des amendes exorbitantes pour avoir fourni des services à des personnes ou entités sanctionnées.
Les sanctions ont empêché les quatre organisations plaignantes de poursuivre ou d’entreprendre des activités telles que représenter juridiquement des victimes de crimes de guerre, présenter des arguments juridiques ou des recommandations politiques à la CPI, ou collaborer avec les organisations palestiniennes de défense des droits humains sanctionnées afin d’engager des procédures judiciaires, coordonner des campagnes de plaidoyer, enquêter sur des violations des droits humains ou fournir une aide humanitaire. Le décret porte gravement atteinte à la capacité des plaignants à collaborer avec d’autres acteurs, notamment les organisations palestiniennes sanctionnées, et compromet ainsi leur capacité à protéger les droits humains et à faire progresser la cause de la justice.
Les effets paralysants des sanctions s’étendent bien au-delà des frontières des États-Unis. En raison de la domination des institutions financières et des entreprises technologiques américaines, ainsi que de la menace de perdre l’accès au système bancaire américain, les banques non américaines et d’autres entités situées hors de la juridiction des États-Unis sont elles aussi dissuadées de fournir des services.
« Ces sanctions constituent une attaque contre l’état de droit, l’indépendance des juges et des procureurs, ainsi que contre la société civile aux États-Unis et dans le monde », a déclaré James Goldston, directeur exécutif de l’Open Society Justice Initiative. « Elles trahissent le rôle historique de premier plan joué par les États-Unis en faveur de la justice internationale et constituent un affront aux victimes et aux survivants de crimes graves partout dans le monde, qui dépendent de la CPI en tant que juridiction de dernier recours. »
En 2025, des tribunaux fédéraux de New York et du Maine ont estimé que le décret violait le Premier Amendement et ont temporairement ou définitivement empêché l’application du régime de sanctions à l’encontre des plaignants dans ces affaires. Depuis la promulgation du décret en février 2025, des États parties à la CPI, la présidence de l’Assemblée des États parties, l’Union européenne, des experts des Nations Unies, le Secrétaire général des Nations Unies, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, des organisations de la société civile et la CPI elle-même se sont fermement opposés aux efforts visant à entraver le travail de la Cour.
La CPI est une juridiction internationale permanente créée pour juger les personnes accusées de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de génocide et du crime d’agression. À la suite des génocides commis au milieu des années 1990 au Rwanda et dans l’ex-Yougoslavie, la communauté internationale a créé la CPI afin d’empêcher les responsables de crimes graves, notamment les hauts responsables publics, d’échapper à la justice. La CPI ne se substitue pas à la responsabilité des États de rendre justice pour ces crimes et ne peut intervenir que lorsqu’un État est incapable ou refuse véritablement de mener des procédures nationales authentiques. La Cour est compétente à l’égard des ressortissants des États parties à la CPI ainsi que des personnes qui commettent ces crimes graves sur le territoire d’un État partie à la CPI, quelle que soit leur nationalité. Près des deux tiers des États membres des Nations Unies ont adhéré à la Cour.
« Nous poursuivons l’administration Trump en justice afin de mettre fin aux attaques contre la justice internationale, et contre l’espace civique indispensable pour garantir la protection constante des droits dans le monde entier », a déclaré Liz Evenson, directrice du programme Justice internationale à Human Rights Watch. « Les gouvernements devraient renforcer leur soutien à la CPI et protéger celles et ceux qui cherchent à obtenir justice devant la Cour, afin de garantir que personne ne soit au-dessus des lois. »
Les plaignants sont représentés par Foley Hoag LLP.
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Articles
Le Monde L’Humanité
11.08.2026 à 02:00
Human Rights Watch
(Bangkok) – Les autorités vietnamiennes devraient rejeter les propositions de révision du Code pénal qui violeraient les droits fondamentaux, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Elles devraient plutôt modifier ce Code afin de le mettre en conformité avec les normes internationales en matière de droits humains.
Le ministère vietnamien de la Sécurité publique a soumis le projet de révision du Code de procédure pénale à l’Assemblée nationale pour examen lors de sa session tenue du 3 au 24 août, afin que le code révisé puisse être adopté le 20 octobre. Les révisions proposées alourdiraient des peines déjà sévères pour des infractions pénales définies d’une manière vague et de vaste portée, portant atteinte au droit à la liberté d’expression et à d’autres droits.
« L’Assemblée nationale vietnamienne devrait rejeter le projet de révision du Code pénal soumis par le ministère de la Sécurité publique, ainsi que tous les articles du Code qui violent les droits humains et que les autorités utilisent souvent pour réduire au silence les voix critiques », a déclaré Elaine Pearson, directrice de la division Asie à Human Rights Watch. « La liberté d’expression signifie que les citoyens devraient pouvoir exprimer des opinions critiques à l’égard du gouvernement, sans craindre de sanctions. »
Le ministère de la Sécurité publique propose d’alourdir la peine encourue par les contrevenants à l’article 331, paragraphe 2 du Code pénal, qui criminalise les actes « portant atteinte aux intérêts de l’État », en faisant passer la peine minimum de deux ans à trois ans d’emprisonnement. L’article 117, qui interdit « la production, le stockage, la diffusion ou la propagande d’informations, de documents et de produits visant à s’opposer à l’État de la République socialiste du Vietnam », serait modifié afin d’interdire de manière générale les actes « visant à s’opposer au Parti communiste vietnamien ». Le ministère propose également de criminaliser les « outrages » au drapeau du Parti communiste, passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans de prison.
En outre, le ministère cherche à supprimer les avertissements initiaux à l’encontre des auteurs présumés d’infractions, qui constituent actuellement la forme de sanction la plus légère. Dans le Code pénal actuel, des avertissements doivent être prononcés à l’encontre de personnes qui ont « commis un délit moins grave [présentant] de multiples circonstances atténuantes, mais dont le cas ne justifie pas une exemption de peine ». Or, dans le projet de code révisé, la forme de sanction la plus légère serait une amende, quelle que soit la gravité de l’infraction.
Le projet de Code pénal révisé réduirait le nombre total de crimes passibles de la peine de mort de 10 à quatre crimes : la trahison, le meurtre, la fabrication de stupéfiants et le terrorisme. Le Vietnam devrait saisir cette occasion pour abolir purement et simplement la peine capitale, a déclaré Human Rights Watch.
Tout en alourdissant les peines pour certains crimes, le ministère a également proposé d’exonérer la police, les forces armées et les forces d’autodéfense paramilitaires de toute responsabilité pénale pour les actes commis dans l’exercice de leurs fonctions officielles. Au cours de cette session, l’Assemblée nationale doit examiner le projet de révision de la loi sur l’organisation des organes d’enquête pénale présenté par le ministère de la Sécurité publique ; dans le cadre de ce projet, la police propose de supprimer tous les « organes d’enquête relevant du Parquet populaire suprême ». Si ce projet était adopté, aucune entité extérieure aux forces de police ne serait autorisée à enquêter sur les allégations d’abus commis par la police ou par les autres forces de sécurité.
« Le droit pénal vietnamien devrait être révisé pour mieux protéger les droits des personnes, et non pour faciliter davantage les abus commis par la police », a conclu Elaine Pearson. « Les bailleurs de fonds internationaux et les partenaires commerciaux du Vietnam devraient exhorter le gouvernement vietnamien à modifier plutôt le Code pénal afin de garantir la protection des droits humains, tant dans la loi que dans la pratique. »
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10.08.2026 à 14:15
Human Rights Watch
Le gouvernement libérien a annoncé le 5 août la suppression de tous les frais d’inscription scolaire de la maternelle au CM2, à compter de la rentrée scolaire du 7 septembre. Cette décision supprime l’un des principaux obstacles à la scolarisation de centaines de milliers d’enfants.
Un rapport récent de Human Rights Watch, intitulé “Without Education, There Will Be Nothing” (« Sans éducation, il n’y aura rien »), montre que les frais d’inscription scolaire ont souvent rendu la scolarisation inaccessible ou imposé de graves difficultés, en particulier aux familles à faibles revenus et vivant en milieu rural. Human Rights Watch a constaté que ces frais ont contraint de nombreux enfants à abandonner complètement l’école. D’autres ont commencé leur scolarité avec plusieurs années de retard, ont suivi les cours de manière irrégulière ou ont été contraints de travailler pour aider à payer leurs frais de scolarité. Un tiers des enfants libériens n’ont jamais été scolarisés, et seuls 17 % ont terminé la 3e.
Des parents ont confié à Human Rights Watch qu’ils s’étaient endettés, avaient sauté des repas et consenti à des sacrifices importants pour payer les frais de scolarité dans les écoles publiques. Beatrice, une jeune fille de 17 ans originaire du comté de Nimba, a déclaré avoir été contrainte de quitter l’école lorsque ses parents n’ont plus pu payer ses frais d’inscription. « Je me sentais mal », a-t-elle déclaré. « Je restais à la maison et je pleurais quand je voyais mes amis aller à l’école. »
Fanell Decontee Dewee, une militante libérienne pour les droits des enfants qui a mené des entretiens entre pairs avec des enfants dans le cadre de ce rapport, a déclaré : « Pour les enfants libériens, la suppression de cet obstacle financier majeur constitue une avancée significative vers une éducation primaire plus accessible et plus équitable pour tous. »
Si elle est pleinement mise en œuvre, cette nouvelle politique contribuera à garantir que les enfants puissent s’inscrire à l’école et y rester, quelle que soit la situation financière de leur famille. Roberto Cooper Jr., un défenseur libérien des droits des enfants qui a participé aux recherches de Human Rights Watch, a déclaré : « C’est une victoire pour le Libéria et un investissement dans notre avenir. Chaque enfant mérite d’avoir la possibilité d’apprendre, de s’épanouir et de réussir. »
06.08.2026 à 08:00
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Les attaques menées par l’armée israélienne le 22 avril 2026 au Liban, qui ont tué une journaliste et en ont grièvement blessé une autre, incluaient des attaques manifestement délibérées contre des civils et des biens civils, ce qui constitue un crime de guerre, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.
Les attaques perpétrées contre la ville d'al-Tiri, dans le sud du Liban, ont coûté la vie à Amal Khalil, journaliste couvrant les hostilités pour le quotidien libanais al-Akhbar, et ont grièvement blessé Zainab Faraj, journaliste indépendante libanaise qui travaillait comme cadreuse.
« L’armée israélienne affirme ne pas cibler les journalistes, mais les faits et les preuves démontrent le contraire à maintes reprises. Amal Khalil et Zainab Faraj sont les dernières victimes d’une longue série d’attaques de ce type », a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch. « Le fait que les forces israéliennes continuent de tuer des journalistes témoigne d'une volonté éhontée de commettre des atrocités sans crainte des conséquences. »
Les preuves photographiques et vidéo examinées par Human Rights Watch, les déclarations de témoins et une demande de désescalade du conflit afin d'accéder au site formulée par la Croix-Rouge libanaise auprès de l'armée israélienne, après la première des trois frappes menées sur le site ce jour-là, indiquent que l'armée israélienne savait ou aurait dû savoir que Khalil et Faraj étaient des civiles.
La première frappe, survenue vers 14h30 et visant une voiture se trouvant devant celle de Khalil et Faraj, a tué deux personnes qu'elles connaissaient et qui circulaient en voiture devant elles : Ali Bazzi et Mohammed al-Hourani. Contraintes d'abandonner leur véhicule, Faraj et Khalil ont trouvé refuge près d'un bâtiment voisin. À 15h00, la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) a transmis à l'armée israélienne la demande de la Croix-Rouge d'accéder au site et de secourir les journalistes piégées.
La deuxième attaque a eu lieu entre 15h21 et 15h42 et a touché la voiture de Khalil et Faraj, à quelques mètres de leur cachette. Khalil a été blessée et a été contrainte, avec Faraj, de se réfugier dans le bâtiment.
La troisième attaque, survenue vers 16h25, a bombardé ce bâtiment et l'a détruit. Des drones quadricoptères israéliens semblaient surveiller Faraj et Khalil pendant qu'elles se cachaient, avant de lancer l'attaque.
L'armée israélienne semble avoir entravé les opérations de secours, notamment en lançant une grenade assourdissante par drone. Selon des témoins, les secouristes de la Croix-Rouge libanaise, qui portaient secours à Khalil, ont par conséquent dû battre en retraite dans un premier temps sans pouvoir la secourir ni lui prodiguer les premiers soins.
L'ambulance aurait également été touchée par des tirs d'armes légères, d'après des témoignages et des images des dégâts constatés sur le véhicule, vérifiées par Human Rights Watch.
Un rapport examiné par Human Rights Watch, provenant de l'hôpital gouvernemental de Tebnin où le corps d'Amal a été transporté après avoir été retrouvé ce soir-là, indiquait que Khalil était décédée vers 19h00 des suites d'un arrêt cardiaque. Le rapport précisait également que Khalil présentait une blessure à la tête ayant provoqué une grave hémorragie. Ce rapport hospitalier, combiné à la chronologie établie par l'analyse de Human Rights Watch, suggère que Khalil était très probablement encore en vie lorsque les forces israéliennes ont contraint l'équipe de la Croix-Rouge à se retirer du site.
Dans des déclarations publiées après l'entrée en vigueur de l'accord de cessez-le-feu le 17 avril, dont une datée du 21 avril, l'armée israélienne a ordonné aux habitants de ne pas retourner dans des dizaines de villes et de villages situés au sud d'une ligne jaune délimitée près de la frontière, notamment à al-Tiri. Cependant, les civils se trouvant dans des zones soumises à un ordre de déplacement ne perdent pas leur statut de civil ni la protection du droit international humanitaire et ne peuvent être pris pour cible du seul fait de leur présence dans ces zones.
Le 7 mai, Human Rights Watch a adressé un courrier à la FINUL, mais n'a reçu aucune réponse. Human Rights Watch a également adressé un courrier à l'armée israélienne le 17 juin afin d'obtenir des informations sur les attaques. L'armée israélienne a fourni une brève réponse le 24 juin, mais n'a pas répondu aux questions complémentaires.
En réponse aux violations du droit de la guerre commises par Israël au Liban et dans toute la région, les alliés d’Israël, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et les autres États membres de l’Union européenne, devraient immédiatement suspendre tous les transferts d’armes et l’assistance militaire à Israël, et imposer des sanctions ciblées aux responsables israéliens des exactions en cours. L’UE devrait suspendre immédiatement le volet commercial de son Accord d’association avec Israël tant que les atrocités commises par Israël persistent, a déclaré Human Rights Watch.
Le texte d'un accord-cadre récemment conclu entre le Liban et Israël soulève des inquiétudes quant à la possibilité que les autorités libanaises entravent l'accès à la justice pour les victimes de crimes internationaux graves, a déclaré Human Rights Watch. Afin de manifester leur engagement en faveur de la reddition des comptes, les autorités judiciaires libanaises devraient lancer des enquêtes nationales, tandis que le Parlement devrait renforcer le cadre juridique en adoptant une loi criminalisant les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et le génocide, conformément aux normes internationales.
Le gouvernement libanais devrait également adhérer au Statut de Rome de la Cour pénale internationale et soumettre une déclaration reconnaissant la compétence de la Cour, notamment à compter du 7 octobre 2023 au moins.
« Les preuves sont claires que l’armée israélienne savait, ou aurait dû savoir, que Faraj et Khalil étaient des civiles, mais les a attaquées malgré tout, puis a empêché les secouristes de leur porter secours pendant des heures », a conclu Ramzi Kaiss. « Le Liban devrait mettre fin à l’impunité dont jouissent les auteurs des exactions d’Israël, et les autres pays devraient exiger des comptes et user de leur influence sur les autorités israéliennes afin d’empêcher de nouveaux crimes. »
Méthodologie
Human Rights Watch s’est entretenu avec huit personnes, notamment Faraj, l'une des collègues de Khalil au journal al-Akhbar, qui a survécu à l’attaque ; deux secouristes, un journaliste qui communiquait avec Khalil alors qu'elle était prise au piège à Al-Tiri, ainsi que trois personnes impliquées dans la demande d'accès au site formulée par les ambulanciers. Human Rights Watch a examiné le journal des appels d'un secouriste en contact direct avec Khalil entre 14h36 et 15h48 le jour de l'attaque, ainsi que celui de la sœur de Khalil, qui s'est entretenue avec elle pour la dernière fois à 16h22, soit près de trois minutes avant la frappe finale qui lui a été fatale.
Human Rights Watch a vérifié au moins 35 photographies et vidéos partagées par des secouristes et par Faraj, notamment des images prises le jour même sur les lieux de l'attaque ainsi qu’à un point de contrôle temporaire de l'armée libanaise, géolocalisé par Human Rights Watch à un peu plus de 2,5 kilomètres au nord-ouest du site de la frappe, là où quelques secouristes attendaient l'autorisation de rejoindre les journalistes prises au piège. Human Rights Watch a également examiné huit photographies de l'ambulance endommagée.
Human Rights Watch a examiné les profils sur les réseaux sociaux de Bazzi et al-Hourani, qui se déplaçaient avec Khalil et Faraj, et les publications sur leurs décès sur les réseaux sociaux ; ainsi que des photographies et des vidéos montrant l'enterrement des deux hommes dont les corps étaient enveloppés dans des drapeaux du Hezbollah. Les chercheurs n’ont trouvé aucune affiche de « martyr » du Hezbollah représentant un des deux hommes ni aucune autre preuve indiquant qu’il s’agissait de combattants.
Les directives du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) stipulent que les personnes qui exercent exclusivement des fonctions non liées au combat dans des groupes armés, notamment des rôles politiques ou administratifs, ou qui sont simplement membres ou affiliés à des entités politiques comportant une composante armée, comme le Hezbollah, ne peuvent être ciblées à aucun moment, à moins et seulement tant qu'elles, comme tout autre civil, participent directement aux hostilités.
Chronologie et détails des attaques du 22 avril
Le 22 avril, Khalil et Faraj se déplaçaient en voiture à travers le sud du Liban pour rendre compte des hostilités et de la situation dans cette région. Avant d'entrer à Al-Tiri, elles ont rencontré un parent de Faraj, Ali Nabil Bazzi, un responsable local, à Bint Jbeil, qui borde Al-Tiri, et une autre connaissance, Mohammed al-Hourani, un entraîneur personnel. Tous deux se trouvaient dans la voiture précédant le véhicule de Khalil et Faraj. Vers 14h30, l’armée israélienne a frappé la voiture des deux hommes, les tuant immédiatement, a déclaré Faraj. Khalil et Faraj n'ont pas été blessées.
« C’était calme », a raconté Faraj. « Je filmais et, soudain, j’ai entendu Amal crier : ‘Ils les ont touchés !’ J’ai regardé devant moi et j’ai vu l’explosion se produire. […] Amal a rapidement garé la voiture sur le côté. Nous sommes sorties du véhicule et nous nous sommes abritées sous un toit en tuiles tout près. »
Faraj et Khalil avaient des gilets de presse dans la voiture, mais elles ont pris la fuite avant de pouvoir les récupérer.
Click to expand Image Des captures d'écran d'un appel vidéo entre Faraj et sa sœur, prises à 14 h 35 et 14 h 49, montrent la voiture qui roulait devant Khalil et Faraj en train de brûler après avoir été touchée par l'armée israélienne. La voiture d'Amal Khalil, au premier plan — qui a également été touchée par la suite — est garée près d'un bâtiment où Khalil et Zainab ont cherché refuge. 22 avril 2026 © Privé
Human Rights Watch a examiné deux captures d'écran d'un appel vidéo entre Faraj et sa sœur, à 14h35 et à 14h49, montrant la voiture en feu devant la voiture garée de Khalil. Human Rights Watch a géolocalisé la cachette des journalistes et a confirmé la présence d’un auvent carrelé devant un entrepôt de nourriture.
Moussa Shaalan, secouriste de la Défense civile libanaise, a montré à Human Rights Watch son journal d'appels du 22 avril, lequel faisait état d'une communication de 20 secondes avec Khalil à 14h36 ; au cours de cet appel, Khalil lui aurait indiqué que la voiture précédant la leur avait été touchée. Le journal d'appels de Shaalan révélait plusieurs appels passés entre 14h37 et 14h50, notamment à la Défense civile libanaise, à la Croix-Rouge libanaise et au frère de Khalil.
La Croix-Rouge libanaise a ensuite adressé une demande d'accès à la zone par l'intermédiaire de la FINUL, selon trois sources bien informées. La FINUL a transmis cette demande à l'armée israélienne à 15 heures, en précisant que des journalistes se trouvaient sur le lieu de la frappe à Al-Tiri et en fournissant un itinéraire détaillé permettant aux secouristes de s'y rendre, ont indiqué ces sources.
Entre 14h30 et 16h22, Khalil et Faraj ont communiqué avec des membres de la Croix-Rouge libanaise, des Forces armées libanaises, des secouristes de la Défense civile libanaise, de l'Association islamique des scouts Risala et de la FINUL, ainsi qu'avec des membres de leurs familles et des collègues journalistes, demandant de l'aide pour être évacuées, ont déclaré Faraj, Shaalan et deux sources bien informées.
Deux secouristes interrogés ont déclaré que Khalil leur avait indiqué dès 15h00 avoir vu des drones quadricoptères israéliens les survoler pendant de longues périodes.
« Il y avait une fissure dans le toit et nous pouvions voir le quadricoptère juste au-dessus en train de regarder à l’intérieur », a déclaré Faraj. « Pendant une heure, nous avons attendu sous le toit de tuiles et pendant tout ce temps, il y avait deux quadricoptères au-dessus de nous. Le quadricoptère montait et descendait. Il ne faisait que ça ».
Click to expand Image Les secouristes de l'Association islamique des scouts Risala, qui étaient en contact avec Khalil et Faraj alors que ces dernières étaient prises au piège, attendaient l'autorisation d'accéder à Al-Tiri à un point de contrôle de l'armée libanaise situé à Haddatha, à 2,6 kilomètres au nord du lieu de la frappe. 22 avril 2026. © PrivéLe relevé des appels de Shaalan a fait apparaître un appel de 30 secondes avec Khalil à 15h08, au cours duquel il a indiqué avoir dit à Khalil que les équipes d'intervention avaient demandé l'autorisation d'accéder à Al-Tiri, mais que les autorités israéliennes n'avaient pas encore approuvé la demande.
À 15h21, Khalil a appelé Shaalan, a-t-il dit. « Elle a dit : ‘Moussa, notre situation est critique. Le drone est au-dessus de nous’. Je lui ai dit que nous n’avions pas encore reçu l’autorisation de les rejoindre. Je lui ai dit que j’allais lui envoyer ma position et qu’elle n’avait qu’à venir me retrouver. » Le journal des appels de Shaalan indiquait un appel entrant de Khalil à 15h21, d’une durée d’une minute et vingt-neuf secondes.
Faraj a déclaré que leur voiture avait été touchée peu après l’appel de 15h21. « Nous nous sommes levées et nous allions partir, mais nous avons décidé de ne pas le faire. Puis, tout à coup, le bruit d'un drone est devenu plus fort et ils ont frappé la voiture. Amal m'a serrée dans ses bras et m'a couverte. Elle a dit : ‘Je vais bien, et toi ?’ J’ai dit oui, mais ensuite la voiture a commencé à brûler ». Khalil a été blessée par l'impact sur la voiture, a déclaré Faraj.
Selon Faraj et des photographies géolocalisées par Human Rights Watch, la voiture était garée à quelques mètres seulement de leur cachette. Après la seconde frappe, elles sont entrées dans le bâtiment. « J’ai agrippé le pare-chocs de la voiture pour nous protéger des flammes, mais il était brûlant », a-t-elle expliqué. « Alors, j’ai forcé la porte du garage derrière nous et nous sommes entrées [dans le bâtiment]. »
Une vidéo prise par des membres de l'Association scoute islamique Risala, vérifiée et géolocalisée par Human Rights Watch, montre deux véhicules de la protection civile arrivant à un poste de contrôle de l'armée libanaise à 2,6 kilomètres au nord du site de l'attaque à 15h27.
Entre 15h29 et 15h46, Shaalan a appelé Khalil à quatre reprises, mais elle n'a pas répondu.
À 15h42 Khalil a appelé la Croix-Rouge libanaise et leur a dit qu'il y avait eu un impact sur sa voiture et qu'elle et Faraj s'étaient réfugiées dans un immeuble voisin, a indiqué une source bien informée impliquée dans la demande d'accès au site.
À 15h48, Shaalan a appelé Khalil et s’est entretenu avec elle pendant 38 secondes, selon le journal des appels de son téléphone. « Elle m’a dit : ‘Moussa, ils ont largué une bombe à côté de moi… Je suis blessée, je ne peux pas te rejoindre’ », a expliqué Shaalan. Entre 16h10 et 16h49, Shaalan a appelé Khalil à six reprises, mais elle n’a pas répondu, d’après le journal des appels de son téléphone.
À 16h22 la sœur de Khalil, Zainab, a appelé Khalil et lui a parlé pendant 21 secondes, selon le journal d’appels de son téléphone de ce jour-là, que Human Rights Watch a examiné.
Une vidéo prise par un membre de l'Association islamique des scouts Risala sur le site du poste de contrôle installé par l'armée libanaise, au nord d'Al-Tiri, indique que l'armée israélienne aurait frappé le bâtiment dans lequel Khalil et Faraj se sont réfugiées vers 16h25. D’après l’horodatage de la vidéo, c’est à ce moment précis que le bruit d’une forte détonation a pu être entendu en direction de la ville.
Entre 15h00 et 17h00 la Croix-Rouge libanaise était également en contact avec la Division des opérations de l’armée libanaise afin de sécuriser l’accès au site via le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu, qui comprend des responsables libanais, israéliens, français, américains et de la FINUL. Le Comité national libanais pour le droit international humanitaire, un organisme gouvernemental dirigé par le vice-Premier ministre libanais, Tarek Mitri, a rapporté qu’« entre 15h00 et 16h00, les équipes de secours attendaient l’autorisation du comité connu sous le nom de « mécanisme » (le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu), après qu’il avait été contacté à 15h41 ».
Click to expand Image Des secouristes de la Croix-Rouge libanaise arrivent au point de contrôle de Haddatha, dans le sud du Liban, avant de se rendre sur le lieu de la frappe à Al-Tiri. L’examen des métadonnées de la photo par Human Rights Watch indique qu’elle a été prise à 17 h 03. © PrivéMalgré sa précédente demande d'accès, la Croix-Rouge libanaise n'a pu entrer dans la ville que vers 17 heures, environ 30 minutes après que l'armée israélienne a apparemment attaqué le bâtiment dans lequel Khalil et Faraj se sont réfugiées. Human Rights Watch a géolocalisé une photographie prise par les premiers secours montrant l'équipe de la Croix-Rouge libanaise arrivant dans deux véhicules au poste de contrôle de l'armée libanaise à 17h03.
Human Rights Watch a vérifié des photographies et des vidéos montrant les premiers secours sur le site dès 17h08. L’un d’eux sort une pelle de la voiture alors qu’il s’approche du site. Sur cette vidéo, le bâtiment dans lequel Faraj et Khalil s'étaient réfugiées semble avoir été détruit et la route devant est couverte de débris. Une autre vidéo, horodatée à 17h21, montre le bâtiment effondré et l’une des deux voitures précédemment frappées par l’armée israélienne.
Human Rights Watch a authentifié trois autres vidéos ainsi qu'une photographie montrant deux secouristes de la Croix-Rouge libanaise en train de fouiller les décombres et de dégager Faraj à mains nues. On peut entendre Faraj parler avec les secouristes alors que ces derniers tentent de l'extraire. Les métadonnées examinées par Human Rights Watch indiquent un horodatage à 17h40. Une autre photographie, prise sur les lieux après que Faraj a été sortie des décombres, montre un secouriste la tenant dans ses bras ; elle est couverte de sang et présente des blessures importantes aux jambes, à la main, à la tête et à l'œil.
Peu après avoir extrait Faraj des décombres, l’équipe de la Croix-Rouge libanaise a elle aussi été prise pour cible, selon le ministère libanais de la Santé, Faraj et deux sources bien informées, par ce qu’ils ont décrit comme une grenade assourdissante larguée par un drone quadricoptère. En conséquence, les secouristes ont été contraints de se replier vers 17h53 sans avoir pu secourir Khalil.
L’armée israélienne a utilisé à maintes reprises des drones au-dessus des villages frontaliers du Liban pour larguer des grenades assourdissantes, généralement afin de disperser des individus ou de les contraindre à quitter certaines zones ; c’est ce qui ressort de reportages de médias israéliens et libanais, d’informations de la FINUL et de témoignages recueillis par Human Rights Watch auprès de neuf personnes ainsi que de responsables locaux de trois villages frontaliers.
Des témoins ont également déclaré avoir entendu des rafales de coups de feu alors qu'ils se trouvaient sur le lieu de la frappe, y compris pendant l'évacuation des lieux.
Click to expand Image Dommages subis par l'un des véhicules de la Croix-Rouge libanaise dépêchés sur le lieu de la frappe à Al-Tiri. La forme et la taille des orifices correspondent à celles de projectiles cylindriques tirés avec une force suffisante pour percer la carrosserie en acier d'une automobile. Ils ont donc très probablement été causés par des tirs d'armes légères. © PrivéHuman Rights Watch a examiné huit photographies montrant deux orifices côté conducteur sur l'une des ambulances, prises après que celles-ci ont quitté les lieux et alors que des témoins avaient entendu des tirs. Les ambulanciers ont découvert ces impacts à leur arrivée à l'hôpital de Tebnine, mais les témoins n'ont pas pu déterminer à quel moment précis l'ambulance avait été touchée. La forme et la taille des orifices correspondent à celles de projectiles cylindriques tirés avec une force suffisante pour percer la carrosserie en acier d'un véhicule. Ils ont donc très probablement été causés par des tirs d'armes légères. Human Rights Watch n'a pas pu déterminer le calibre des projectiles en raison de la déformation de l'acier et de l'angle d'impact.
Au moment où les témoins ont entendu les coups de feu, l'ambulance était orientée vers le nord sur la route principale, à côté du bâtiment où Khalil et Faraj s'étaient réfugiées, et la partie endommagée du véhicule faisait face à l'ouest, selon une source bien informée, ce qui suggère que l'ambulance a très probablement été touchée par des forces armées situées à l'ouest du site. L'analyse par Human Rights Watch d'images satellites prises à 11h43 (heure locale) révèle la présence de véhicules militaires israéliens à une distance de 1 à 1,2 kilomètre à l'ouest du site. Le relief de la zone indique que des troupes positionnées à cet endroit n'auraient pas eu de ligne de vue directe sur l'ambulance, mais ces forces auraient pu se déplacer.
Human Rights Watch n'a pas pu déterminer la position exacte des troupes israéliennes par rapport à l'ambulance au moment où des tirs ont été entendus. Toutefois, selon un communiqué de l'armée israélienne publié le 21 avril, la veille de l'attaque, celle-ci était présente à Al-Tiri et en contrôlait la zone, tout comme les autres localités situées à l'ouest, à l'est et au sud.
Dans son communiqué, l'armée a déclaré qu'elle « continue de maintenir ses positions dans le sud du Liban », en montrant une carte de la « zone de défense avancée » où elle est déployée et qui englobe Al-Tiri ainsi que les villages environnants.
Bien que Human Rights Watch n’ait pas pu déterminer à quelle heure exacte et à partir de quelle position exacte les projectiles ont frappé l’ambulance, le contrôle d’Al-Tiri par l’armée israélienne et sa présence à l’ouest du site de frappe quelques heures avant l’attaque suggèrent que l’armée israélienne en était responsable.
Human Rights Watch a également analysé une photographie prise à ce moment-là montrant Faraj allongée sur une civière à l'intérieur de l'ambulance de la Croix-Rouge.
« Quand ils m'ont mise dans la voiture, j'ai entendu une frappe puissante », a-t-elle déclaré. « J'ai eu une crise de panique à cause de la frappe. Et les gars ont commencé à dire 'ils nous ont touchés' ».
L'équipe de la Croix-Rouge libanaise s'est ensuite dirigée vers l'hôpital, situé à 6,5 kilomètres de là.
Ils sont arrivés à l’hôpital à 18h06 et ont formulé une seconde demande pour se rendre à Al-Tiri, selon deux sources bien informées. La FINUL a transmis la demande juste avant 19h00, mais l’armée israélienne ne l’a approuvée qu’à 20h15, ont indiqué ces deux sources. À ce stade, Khalil était déjà décédée. L’examen médical de son corps effectué ce jour-là a établi qu’elle était morte aux alentours de 19h00 d’un arrêt cardiaque. Le rapport signalait également que Khalil présentait une blessure à la tête ayant provoqué une hémorragie sévère. Les secouristes ont récupéré sa dépouille vers 23h00.
À 20h27, un porte-parole arabophone de l'armée israélienne a publié une déclaration qualifiant Khalil, Faraj et les deux hommes circulant devant elles de « saboteurs ». L'armée a indiqué que des « troupes israéliennes avaient repéré deux véhicules dans le sud du Liban, sortant d'une installation militaire utilisée par l'organisation terroriste Hezbollah », ajoutant que les « saboteurs avaient franchi la ligne de front et s'étaient approchés [des forces militaires israéliennes] d'une manière constituant une menace immédiate. »
Le communiqué poursuivait : « Après qu'il ait été établi qu'ils violaient l'accord de cessez-le-feu, l'armée de l'air a attaqué l'un des véhicules, puis a pris pour cible un bâtiment où les saboteurs s'étaient réfugiés ». Le communiqué indiquait que « deux journalistes auraient été blessées à la suite de l’attaque », que l’armée israélienne n’empêchait pas les équipes de secours d’atteindre le site de la frappe « pendant cette période », et que l’incident faisait l’objet d’une enquête.
On ne sait pas clairement à quelle « structure militaire » la déclaration de l’armée israélienne fait référence. Faraj a nié que les deux voitures soient sorties d'une structure militaire utilisée par le Hezbollah. Elle a déclaré qu'elle et Khalil avaient retrouvé Hourani et Bazzi devant l'hôpital public de Tebnine et qu'elles s'étaient ensuite rendues à Al-Tiri, en passant par la localité de Kounine. « Nous ne sommes entrées dans aucun bâtiment », a-t-elle déclaré. Human Rights Watch a interrogé l'armée israélienne sur la nature et l'emplacement de la structure militaire, mais n'a reçu aucune réponse.
À 21h28, le Hezbollah a publié le message suivant sur Telegram : « Pour défendre le Liban et son peuple, et en riposte à la violation du cessez-le-feu par l’ennemi israélien ainsi qu’au ciblage d’une voiture dans la localité d’Al-Tiri par une frappe de drone ennemi, les combattants de la Résistance islamique ont pris pour cible un véhicule de commandement de type Hummer appartenant à l’armée ennemie israélienne dans la localité d’Al-Qantara, à 18h00… » Al-Qantara se trouve à une dizaine de kilomètres au nord-ouest d’Al-Tiri.
La présence de drones qui semblaient surveiller Faraj et Khalil alors qu'elles étaient piégées à Al-Tiri, et la soumission d'une demande de désescalade du conflit à l'armée israélienne soulignant la présence de journalistes sur le site environ une heure et demie avant la frappe mortelle qui a tué Khalil, indiquent que l'armée israélienne savait ou aurait dû savoir que Khalil et Faraj étaient des civiles, mais les a ensuite ciblées, commettant ce qui s’apparente à un crime de guerre.
De même, l’armée israélienne savait ou aurait dû savoir que l’ambulance arborant les insignes de la Croix-Rouge présente sur le lieu de la frappe après l’attaque du bâtiment appartenait à la Croix-Rouge libanaise. Des vidéos et des photographies prises par les premiers secours montrent au moins deux voitures arborant l'insigne de la Croix-Rouge, emblème de la convention de Genève, garées à proximité du lieu de la frappe, avec leurs feux de secours allumés.
Les ambulanciers portaient des combinaisons rouge vif et des casques blancs marqués de l'insigne de la Croix-Rouge sur tous les côtés, et ils étaient présents sur les lieux pendant près de 50 minutes avant d'être frappés. Néanmoins, les forces israéliennes semblent les avoir empêchés de mener à bien leur mission humanitaire en utilisant une grenade assourdissante. En outre, les preuves disponibles suggèrent que l’armée israélienne pourrait avoir tiré sur l’ambulance avec des armes légères.
La réponse de l’armée israélienne à Human Rights Watch n’a pas fourni de réponses détaillées aux questions. Elle a indiqué qu’« une enquête préliminaire a révélé que [Khalil] a été tuée au cours d’une séquence d’événements au cours desquels deux membres de la branche militaire du Hezbollah, Ali Nabil Bazi et Mohammad Al-Khourani [sic], ont été éliminés. » Elle a ajouté que « l’incident a été soumis au mécanisme d’enquête et d’évaluation de l’état-major général pour qu’il procède à une évaluation factuelle complète. »
L'armée israélienne n'a pas répondu aux questions complémentaires sur la nature des preuves utilisées pour établir que Hourani et Bazzi étaient des cibles militaires légitimes. Dans sa réponse, l’armée israélienne a déclaré qu’elle « ne cible pas les journalistes et respecte la liberté de la presse et le rôle important que jouent les journalistes. » Human Rights Watch a déjà documenté des attaques répétées, apparemment délibérées, perpétrées par l’armée israélienne contre des journalistes au Liban en 2023 et 2024. Selon le Comité pour la protection des journalistes, « Israël était responsable des deux tiers de tous les meurtres de journalistes en 2025 et en 2024. »
En vertu du droit de la guerre, les journalistes bénéficient de la protection générale accordée aux civils et ne peuvent faire l'objet d'une attaque, sauf s'ils participent directement aux hostilités. Quiconque commet des violations graves du droit de la guerre avec une intention criminelle — c'est-à-dire intentionnellement ou par imprudence — peut être poursuivi pour crimes de guerre. Des individus peuvent également être tenus pénalement responsables pour avoir prêté assistance, facilité, aidé ou encouragé la commission d'un crime de guerre.
En vertu du droit de la guerre, les personnels de santé sont également des civils et bénéficient d'une protection explicite dans les situations de conflit. Les ambulances et autres moyens de transport sanitaire doivent pouvoir fonctionner et être protégés en toutes circonstances. Ils ne perdraient cette protection que s'ils étaient utilisés pour commettre, en dehors de leur mission humanitaire, des « actes nuisibles à l'ennemi », tels que le transport de munitions ou de combattants valides en service.
La force attaquante doit émettre un avertissement exigeant la cessation de cet usage abusif et ne peut lancer une attaque que si cet avertissement reste sans effet. Il est interdit d'attaquer délibérément le personnel médical et les unités de transport arborant les emblèmes des Conventions de Genève. De tels actes constituent des crimes de guerre. La liberté de mouvement du personnel humanitaire, essentielle à l'exercice de ses fonctions, doit être garantie par toutes les parties au conflit. Cette liberté de mouvement ne peut être restreinte que temporairement, en cas de nécessité militaire impérieuse.
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Articles
Le Monde France Info L’Humanité
Entrevue RTBF.be
05.08.2026 à 16:11
Human Rights Watch
(Beyrouth, 5 août 2026) – Les barrages routiers imposés par Israël en Cisjordanie, le 27 juillet, ont considérablement retardé une ambulance transportant une Palestinienne enceinte dans un état critique, avec des conséquences dramatiques, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Le fœtus de cette femme n’a pas survécu à l’accouchement d’urgence, et sa vie a été encore davantage mise en danger lorsque des soldats ont contraint l’équipe de l’ambulance à éteindre son équipement médical pendant au moins 20 minutes.
De janvier à juin, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recensé 50 cas de retards dans la prise en charge médicale de Palestiniens en Cisjordanie. Les forces israéliennes ont imposé des bouclages encore plus étendus aux postes de contrôle et aux barrages routiers dans le gouvernorat de Naplouse à la suite d’une attaque perpétrée par des colons le 24 juillet, qui a entraîné la mort de deux Israéliens, dont un soldat, et de quatre Palestiniens, et a « considérablement entravé » l’accès aux soins de santé, notamment en retardant les ambulances, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA).
« Non seulement les forces israéliennes en Cisjordanie ne garantissent pas l’accès des Palestiniens aux soins d’urgence, mais elles retardent également le transport des patients vers les hôpitaux par les ambulances », a déclaré Bill Van Esveld, directeur adjoint de la division Droits des enfants à Human Rights Watch. « Israël impose avec une régularité effroyable de longs détours ou de longues attentes aux patients en situation d’urgence médicale, alors que les précieuses minutes nécessaires pour leur sauver la vie s’écoulent. »
Bashar al-Qaryuti, un ambulancier, et Sabreen Atallah, une infirmière et sage-femme, ont indiqué à Human Rights Watch que vers 6 h 30 du matin, le 27 juillet, ils avaient pris en charge une femme enceinte de six mois originaire du village de Qaryut. Elle éprouvait des contractions prématurées, saignait abondamment et perdait et reprenait conscience par intermittence. Avec le mari de la femme, ils l’ont transportée jusqu’à l’ambulance de Bashar al-Qaryuti, lui ont administré de l’oxygène et ont pris la route vers l’hôpital Rafidia de Naplouse.
La veille, le 26 juillet, la femme avait eu des saignements et s’était rendue dans un hôpital de Ramallah après que l’armée israélienne eut bloqué les routes menant à l’hôpital le plus proche, à Naplouse ; elle était rentrée chez elle vers minuit en raison de retards à un poste de contrôle, a expliqué Sabreen Atallah.
La ville de Naplouse se trouve à environ 30 kilomètres par la route principale nord-sud (n° 60) en Cisjordanie, mais les barrages routiers et les points de contrôle israéliens empêchent les Palestiniens d’emprunter cette route. Bashar al-Qaryuti a déclaré avoir emprunté la seule route d’accès au village, mais avoir constaté que l’armée israélienne avait fermé un barrage. Il a tenté de prendre un chemin de terre traversant des champs agricoles, mais s’est heurté à un autre barrage. Il a alors changé d’itinéraire et a réussi à poursuivre sa route vers le poste de contrôle d’Awarta.
En 2025, selon l’OCHA, Israël a mis en place 120 nouveaux barrages routiers affectant la circulation des habitants palestiniens ; ces barrages font parties des centaines de points de contrôle et d’autres types de restrictions imposés par Israël en Cisjordanie.
Alors que l’ambulance conduite par de Bashar al-Qaryuti subissait des retards, l’état de la femme s’est considérablement aggravé et elle risquait de mourir d’une hémorragie, a déclaré Sabreen Atallah. « Elle était dans un état critique. Je travaille depuis 2014, et je peux vous dire que je n’avais jamais vu un saignement comme celui-là auparavant », a-t-elle expliqué. Sabreen Atallah, qui luttait pour sauver la vie de la femme, a expliqué qu’elle n’avait d’autre choix que de l’aider à accoucher peu avant d’atteindre le poste de contrôle d’Awarta. Le bébé est décédé peu après.
Lorsque l’ambulance est arrivée au poste de contrôle, Bashar al-Qaryuti s’est frayé un chemin jusqu’en tête de la file d’attente, et a enregistré une vidéo avec le commentaire suivant : « Voici le poste de contrôle d’Awarta. Le poste de contrôle est fermé. Nous attendons que la barrière s’ouvre dès que possible, car nous devons transporter d’urgence [une patiente] à l’hôpital Rafidia. » Human Rights Watch a visionné cette vidéo, horodatée à 7 h 33 le 27 juillet.
Play video Lire le script de cette vidéo[Voix de l’ambulancier]
Voici le point de contrôle d'Awarta.
Le poste de contrôle est fermé.
Nous attendons que la barrière soit rouverte dès que possible, car nous devons transporter d’urgence [une patiente] à l’hôpital Rafidia.
Deux soldats israéliens ont ordonné à Bashar al-Qaryuti d’éteindre le moteur de l’ambulance, a-t-il indiqué. Il leur a expliqué dans un hébreu rudimentaire que l’équipement médical d’une patiente dans un état critique dépendait du moteur pour fonctionner, mais les soldats « criaient, refusaient d’écouter et me disaient : “Tais-toi” ». Le moteur alimentant l’ambulance en oxygène a cessé de fonctionner, et il n’y avait pas de bouteilles d’oxygène sous pression, ce qui témoigne d’une pénurie chronique de matériel médical, a déclaré Sabreen Atallah. Les appareils qu’elle utilisait pour surveiller la tension artérielle, la température et le taux d’oxygène de la patiente – qui était à ce moment-là à un niveau dangereusement bas de 84 % – ont tous cessé de fonctionner.
Les soldats ont pointé leurs armes sur Bashar al-Qaryuti et lui ont ordonné d’ouvrir les portes arrière, a-t-il déclaré. Ils ont ensuite, selon Sabreen Atallah, braqué leurs armes sur elle. Elle avait peur, mais elle leur a dit, en anglais : « La patiente saigne et risque de mourir. » Elle a déclaré qu’ils avaient ignoré son avertissement. « Ils ont crié : “Tais-toi !” »
Les soldats ont confisqué les cartes d’identité de Bashar al-Qaryuti, de Sabreen Atallah, de la patiente et de son mari. Environ 30 minutes plus tard, ils leur ont rendu leurs cartes d’identité, puis se sont dirigés vers un véhicule médical destiné aux patients en dialyse rénale qui faisaient la queue. Les soldats l’ont fouillé et ont vérifié les cartes d’identité des personnes à bord avant d’autoriser Bashar al-Qaryuti à franchir le poste de contrôle avec l’autre véhicule.
Le bureau du porte-parole de l’armée israélienne a affirmé que « l’allégation selon laquelle des soldats de l’armée israélienne auraient retardé une ambulance au poste de contrôle d’Awarta est fausse » et qu’« aucun rapport faisant état d’un tel incident n’a été reçu ».
Bashar al-Qaryuti est arrivé à l’hôpital Rafidia peu avant 8 h 16, heure à laquelle il a pris une photo horodatée de l’entrée du service d’obstétrique et de gynécologie. Le trajet « a duré une heure et demie, pour un parcours qui prend habituellement 25 minutes », a-t-il déclaré.
La patiente a reçu trois poches de sang et a été opérée en urgence, a précisé Bashar al-Qaryuti. Elle était toujours en convalescence au 31 juillet, a indiqué à Sabreen Atallah un obstétricien qui la soignait. « J’ai ressenti une profonde tristesse lorsqu’on m’a annoncé que j’avais perdu mon enfant », a confié la femme à Middle East Eye. « J’attendais son arrivée, je choisissais des prénoms et je m’apprêtais à acheter ses vêtements. »
Cet incident illustre les risques pour la vie que fait peser le récent durcissement des restrictions de circulation imposées par Israël, dans un contexte de recrudescence de la violence des colons, a déclaré Human Rights Watch. Sabreen Atallah a déclaré qu’en raison des restrictions de circulation imposées par Israël, elle avait dû mettre au monde trois bébés dans des ambulances en 2026. Bashar al-Qaryuti a expliqué avoir été retardé au poste de contrôle d’Awarta avec un patient victime d’un arrêt cardiaque le 26 juillet, et que des colons avaient attaqué son ambulance à cinq reprises, tuant un chauffeur bénévole en 2024. L’ONU a recensé d’autres cas récents, qui ont également été rapportés par les médias.
Le 18 juillet, une femme de 30 ans est décédée d’un arrêt cardiaque, selon les médias et l’OCHA, après que des soldats ont refusé d’ouvrir un barrage installé par l’armée à l’entrée de sa ville, Sinjil.Le 5 juillet, à l’entrée du village de Deir Ammar, des soldats israéliens ont empêché pendant environ 25 minutes des personnes de transporter un nourrisson inconscient vers une ambulance qui attendait de l’autre côté d’un poste de contrôle, et ont tiré des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes, a rapporté l’OCHA. L’ambulance a dû faire un détour de 40 kilomètres en raison des postes de contrôle. Le nourrisson est décédé.Fin juin et début juillet, des soldats et des barrages routiers ont retardé l’arrivée d’ambulances dans des communautés palestiniennes où des personnes avaient besoin de soins médicaux d’urgence à la suite d’attaques menées par des colons israéliens, a rapporté l’OCHA. Les colons ont perpétré environ 1 400 attaques depuis le début de l’année 2026.En mars, une femme en travail a dû franchir à pied un poste de contrôle à Salfit car les forces israéliennes avaient bloqué son ambulance ; il s’agit là d’un incident parmi d’autres au cours desquels les forces israéliennes ont immobilisé des ambulances sous la menace des armes, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).En tant que puissance occupante, Israël a l’obligation de garantir aux Palestiniens l’accès aux soins de santé d’urgence, y compris par le biais des moyens de transport sanitaire, et de protéger notamment les femmes enceintes et les enfants. Les restrictions sévères imposées par Israël à la liberté de circulation des Palestiniens, mais pas à celle des colons israéliens, constituent des actes inhumains et un élément d’apartheid.
À la mi-juin, l’armée israélienne restreignait la circulation des ambulances dans cinq des 11 gouvernorats de Cisjordanie, a rapporté l’OCHA. Au 31 mai, l’OMS avait recensé 987 attaques et retards affectant les soins de santé en Cisjordanie depuis le 7 octobre 2023, touchant 673 ambulances et entraînant 39 décès.
Les autres gouvernements devraient agir pour empêcher de nouvelles violations graves commises par Israël en imposant des sanctions ciblées, en suspendant les transferts d’armes, en interdisant le commerce avec les colonies illégales, en envisageant de suspendre les accords commerciaux préférentiels et en soutenant la Cour pénale internationale et ses enquêtes, notamment en exécutant ses mandats d’arrêt.
« Alors que les attaques contre les civils se multiplient et que des déplacements forcés massifs ont lieu en Cisjordanie, les forces israéliennes empêchent les Palestiniens d’accéder aux hôpitaux, y compris les nourrissons et les femmes enceintes sur le point d’accoucher, qui se trouvent en situation de danger », a conclu Bill Van Esveld. « Aucun pays ne devrait soutenir les actes illégaux commis par l’armée israélienne ou ses colonies. »
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Le Soir
05.08.2026 à 10:50
Human Rights Watch
Un éminent journaliste malien a été condamné en vertu de la loi malienne sur la cybercriminalité pour avoir critiqué le recours à cette même loi afin de réduire au silence un autre journaliste. Ce verdict constitue la dernière étape en date de l’offensive croissante menée par la junte militaire contre la liberté d’expression dans le pays.
Le 3 août, le tribunal national de lutte contre la cybercriminalité à Bamako, la capitale du Mali, a condamné Chahana Takiou, rédacteur en chef de l’hebdomadaire 22 Septembre, à un an de prison.
Les forces de sécurité avaient arrêté Takiou le 8 juin après qu’il eut publiquement critiqué les autorités pour avoir poursuivi un confrère, Youssouf Sissoko, en vertu de la loi sur la cybercriminalité plutôt que de la loi malienne sur les délits de presse. Sissoko a été condamné à deux ans de prison en juin après avoir publié un article critiquant le dirigeant militaire du Niger voisin.
Le parquet a inculpé M. Takiou d’« atteinte au crédit de l'État à travers l'institution judiciaire » et l’a placé en détention provisoire. Les avocats de M. Takiou, invoquant son diabète et ses problèmes cardiovasculaires, ont demandé sa mise en liberté provisoire pour raisons médicales, mais le procureur a rejeté cette demande.
Le lendemain de l’arrestation de Takiou, les autorités avaient arrêté un autre journaliste, Abdramane Keïta, directeur du journal Le Témoin, après qu’il eut déclaré dans une émission de télévision que le groupe armé lié à Al-Qaïda, Jama’at Nusrat al-Islam wa al-Muslimeen (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, JNIM), contrôlait la ville de Kidal, dans le nord du pays. Le JNIM et les combattants touaregs alliés ont repris Kidal en avril après trois ans de présence des forces maliennes et de mercenaires russes. Les autorités ont inculpé Keïta pour « délit à caractère régionaliste qui tend à porter atteinte à l'unité nationale et au crédit de l'État » et l’ont placé en détention provisoire dans l’attente de son procès le 17 août.
Les poursuites engagées contre Takiou s’inscrivent dans une tendance plus large au Mali consistant à utiliser des accusations criminelles fabriquées de toutes pièces ou motivées par des considérations politiques pour réduire au silence les journalistes, les militants, les figures de l’opposition et les défenseurs des droits humains. Depuis sa prise de pouvoir en 2020, la junte militaire malienne n’a cessé de restreindre l’espace civique. Les autorités ont interdit des médias, dissous des organisations de la société civile, aboli le multipartisme et pris pour cible des dissidents par le biais d’arrestations arbitraires et de disparitions forcées.
Personne ne devrait être condamné à une peine de prison pour avoir exprimé pacifiquement une opinion. Les autorités maliennes devraient immédiatement libérer Takiou et Keïta, annuler la condamnation de Takiou et abandonner toutes les poursuites découlant uniquement de l’exercice pacifique de la liberté d’expression. Elles devraient également suivre le conseil de Takiou : mettre fin à l’utilisation abusive de la législation sur la cybercriminalité pour museler les voix indépendantes.