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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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08.04.2026 à 21:00

Soudan : Arrestations arbitraires par l’armée et les forces de sécurité

Human Rights Watch

Click to expand Image Des membres des Forces armées soudanaises avançaient vers le pont de Shambat à Khartoum, le 27 avril 2025. © 2025 Giles Clarke/Avaaz via Getty Images Les Forces armées soudanaises et des forces affiliées ont arbitrairement détenu, torturé et maltraité des civils dans les zones sous leur contrôle, et leur ont refusé le droit à un procès équitable.L’armée a mené une campagne de terreur et de représailles contre des personnes qu’elle qualifie de collaborateurs, en raison de leur identité ethnique, de leur travail humanitaire, de leur affiliation politique ou du fait qu’elles aient vécu sous le contrôle des Forces de soutien rapide.Les autorités devraient prendre des mesures pour mettre fin aux détentions arbitraires, à la torture et aux mauvais traitements, et offrir des réparations aux détenus et à leurs familles. Les acteurs internationaux et régionaux devraient clairement signaler aux dirigeants militaires qu’ils seront tenus responsables de ce type d’abus.

(Nairobi, le 8 avril 2026) –Les Forces armées soudanaises (FAS) et des forces de sécurité affiliées ont arbitrairement arrêté, torturé et maltraité des civils dans les zones sous leur contrôle, et leur ont refusé le droit à un procès équitable, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Les forces de sécurité et l’armée ont arrêté des civils pour leur collaboration présumée avec les Forces de soutien rapide (FSR), en conflit avec l’armée, en particulier dans les zones dont l’armée a repris le contrôle, et souvent sur la seule base de leur identité ethnique, de leur affiliation politique réelle ou supposée, ou de leur travail humanitaire. La privation illégale de liberté, les mauvais traitements et la torture infligés à des civils sont susceptibles de constituer des crimes de guerre, voire des crimes contre l’humanité.

« Les Forces armées soudanaises et leurs alliés ont mené une campagne de terreur et de représailles contre des personnes qu’ils qualifient de collaborateurs, en raison de leur identité, de leur action humanitaire, de leurs activités politiques ou simplement parce qu’elles ont vécu sous le contrôle des Forces de soutien rapide », a déclaré Mohamed Osman, chercheur sur le Soudan à Human Rights Watch. « Les témoignages d’anciens détenus, de leurs proches et d’avocats brossent un tableau sombre d’abus arbitraires encouragés par un climat d’impunité. »

L’armée soudanaise et les forces qui lui sont affiliées ont maintenu des détenus au secret, privant ainsi les familles d’informations et d’un accès à leurs proches, et ont dans certains cas procédé à des disparitions forcées, a constaté Human Rights Watch. Le contrôle exercé par les procureurs et les juges est insuffisant ; les détenus sont privés d’accès à une assistance juridique, ou n’y ont qu’un accès limité. Human Rights Watch a eu connaissance d’au moins deux décès dus à la torture et aux mauvais traitements en détention. Les autorités sont présumées responsables des décès survenus en détention, ce qui leur impose l’obligation de mener des enquêtes rapides, impartiales et efficaces dans de tels cas. 

Entre juin 2025 et février 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 28 personnes : 7 anciens détenus, 9 proches de détenus, 11 avocats et activistes, ainsi qu’un membre des forces de sécurité. Ces personnes ont décrit des exactions commises à l’encontre d’hommes et de femmes détenus par les Forces armées soudanaises et leurs affiliés dans des zones contrôlées par l’armée ou que cette dernière a reprises aux FSR depuis 2024, notamment à Khartoum, dans les États de Gezira, Gedaref, de la Mer-Rouge et du Nord.

Click to expand Image Carte du Soudan montrant les États où les Forces armées soudanaises et des forces affiliées ont procédé à des détentions arbitraires depuis 2024, selon les recherches effectuées par Human Rights Watch. Il s’agit des États du Nil, de Khartoum, de Gezira et de Gedaref, ainsi que de la Mer-Rouge, dont Port-Soudan est la capitale.  Graphisme © 2026 Human Rights Watch

Le 18 mars, Human Rights Watch a adressé des courriers au bureau du Président du Conseil de souveraineté de transition, ainsi qu’au bureau de la Procureure générale, pour leur faire part de ses conclusions. Les deux instances ont répondu le 2 avril. Dans sa réponse, la Procureure générale a rejeté les allégations d’arrestations arbitraires et de décès en détention, à l’exception d’un cas pour lequel elle a reconnu qu’une procédure pénale était en cours, sans toutefois fournir de détails sur les personnes mises en cause.

Si certains rapports indiquent une diminution de certains abus, les détentions abusives persistent, dans un contexte de contrôle insuffisant de la part des procureurs et des juges.

Les personnes interrogées ont déclaré que plusieurs forces, regroupées au sein de « cellules de sécurité », avaient été impliquées dans des détentions illégales. Ces cellules de sécurité comprennent les services des renseignements généraux, les services du renseignement militaire et parfois, une milice affiliée à l’armée, le bataillon al-Baraa Ibn Malik.

Un policier affecté à une cellule de sécurité à Omdurman, dans l’agglomération de Khartoum, la capitale, a déclaré qu’en avril 2025, il avait vu des collègues de sa cellule maltraiter une femme, l’accusant de collaborer avec les Forces de soutien rapide : « Nous nous sommes rendus [chez elle] à bord de trois véhicules. Deux hommes du bataillon al-Baraa Ibn Malik ont fait irruption, ils étaient armés et l’ont rapidement fait sortir à moitié nue, en la frappant et en la giflant au visage, avant de la jeter à l’arrière d’une de nos camionnettes. »

Des organisations de défense des droits ont également fait état de la détention de centaines de femmes accusées de collaboration avec les FSR en raison de leur appartenance ethnique ou de leur lieu de résidence, dont au moins 25 ont été condamnées à mort. En janvier 2026, le chef militaire Abdel Fattah al-Burhan s’est rendu à la prison pour femmes d’Omdurman et a ordonné la libération de 400 femmes, dont certaines étaient accusées de collaboration, en demandant aux responsables de réexaminer la situation des détenues dans les prisons. Plusieurs avocats et observateurs ont indiqué que de nombreuses femmes étaient toujours en détention à Omdurman et dans d’autres prisons, sans avoir bénéficié d’une procédure régulière.

Une femme de 35 ans et ses deux frères ont fui l’État de Gezira, contrôlé fin février 2024 par les FSR, pour se réfugier à Port-Soudan. Des agents des services de sécurité de Port-Soudan les ont arrêtés, les accusant d’être des collaborateurs. « J’ai été frappée partout, alors même que je leur avais dit que j’étais diabétique », a déclaré la femme. « Ils n’ont eu de cesse de me frapper et de me gifler avec leurs mains, des bâtons et des fouets, tout en m’insultant. Je me suis sentie totalement humiliée, comme si je n’étais plus un être humain. Ils m’ont battue jusqu’à ce que je me souille de manière involontaire. » La femme a été libérée au bout d’une semaine sans être inculpée et a fui le pays.

D’anciens détenus et plusieurs avocats ont déclaré que des membres des services de sécurité et des services du renseignement militaire qui ont agi de leur propre chef, avaient illégalement détenu des personnes dans des installations militaires, notamment des bases de l’armée, ainsi que dans des habitations transformées en lieux de détention. Dans sa réponse, la Procureure générale a réfuté ces deux allégations, affirmant que les détenus étaient uniquement placés en garde à vue ou incarcérés dans des prisons et qu’ils faisaient l’objet de visites régulières de la part des procureurs chargés de vérifier la légalité de leurs conditions de détention. 

Parmi les personnes récemment victimes de détentions arbitraires figure un homme de 25 ans arrêté chez lui au début du mois de février 2026 par des hommes armés, dont certains portaient l’uniforme militaire. Cet homme a ensuite été victime d’une disparition forcée : « Ils sont entrés dans la maison et ont commencé à le rouer de coups, l’accusant d’être un collaborateur », a déclaré son frère, âgé de 40 ans. « Nous leur avons demandé où ils l’emmenaient, mais ils ont refusé de nous répondre. L’un d’eux a dit : "Vous feriez mieux de passer à autre chose ; votre frère ne reviendra pas." » Il a déclaré qu’il pensait que son frère avait été arrêté parce qu’il avait participé à des manifestations lors du coup d’État militaire de 2021. La dernière fois que la famille a vu le jeune homme, il était aux mains de la cellule de sécurité locale au moment où celle-ci l’emmenait. Au 9 mars, malgré de multiples efforts pour déterminer sa situation ou le lieu où il se trouvait, il était toujours victime d’une disparition forcée.

Des preuves indiquent que l’armée a pris pour cible plusieurs individus en raison de leur identité, en se concentrant sur des personnes originaires du Darfour, dans l’ouest du Soudan, qu’elle considère comme des collaborateurs, puisque les Forces de soutien rapide sont originaires du Darfour. Un homme détenu a déclaré à Human Rights Watch que lui-même et d’autres Darfouriens réfugiés à Khartoum avaient été battus et arrêtés par des membres des forces de sécurité, qui leur avaient dit : « Vous, les Darfouriens, vous êtes des fauteurs de troubles ; c’est vous qui nous avez apporté la guerre jusqu’ici. »

L’armée et ses affiliés semblent également avoir pris pour cible des membres de la société civile, notamment des travailleurs humanitaires locaux, en les accusant de collaboration. L’une des personnes interviewées qui travaille dans l’est de Khartoum a déclaré qu’après que l’armée a repris le contrôle de la zone en mars 2025, les forces des cellules de sécurité avaient interrogé des membres de son groupe de bénévoles et expulsé de force des civils déplacés des abris où ils avaient trouvé refuge. Il a ajouté qu’en avril, ils l’avaient détenu pendant 17 jours, l’interrogeant sur les soupes populaires gérées par son groupe, ainsi que leurs sources de financement. La Procureure générale a nié de telles accusations.

Le Bureau de la Procureure générale, en collaboration avec le pouvoir judiciaire, devrait immédiatement libérer toutes les personnes détenues illégalement et autoriser des observateurs et enquêteurs indépendants à accéder aux lieux de détention officiels ou informels. Le 15 avril marque le troisième anniversaire du début du conflit, et il est grand temps que les autorités autorisent un accès total et sans entrave au pays d’une part à la Mission internationale indépendante d’établissement des faits pour le Soudan, mandatée par les Nations Unies, et d’autre part à la Mission d’établissement des faits conjointe sur la situation des droits de l’homme au Soudan mandatée par la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP). La Procureure générale a réaffirmé sa position selon laquelle la mission d’enquête n’était pas nécessaire, dès lors que son bureau et les autorités locales menaient déjà des enquêtes et qu’il n’y avait donc pas besoin de mécanismes d’enquête internationaux.

Les acteurs et entités internationaux et régionaux devraient appeler publiquement les responsables de l’armée et les autorités qui leur sont affilées à mettre fin aux actions discriminatoires visant certaines communautés et catégories de personnes, notamment les bénévoles locaux, à veiller à ce que toute procédure judiciaire engagée repose sur des preuves crédibles, et à respecter scrupuleusement les garanties de procédure.

Fin février, cinq pays – l'Allemagne, l'Irlande, la Norvège, les Pays-Bas et le Royaume-Uni –ont formé une coalition visant à prévenir les atrocités au Soudan. Cette instance devrait prendre des mesures concrètes pour lutter contre les pratiques de détention abusives, notamment les arrestations en cours fondées sur l’appartenance ethnique, l’action humanitaire ou l’activisme politique. Elle devrait soutenir les enquêtes en cours, faire pression pour obtenir un accès indépendant aux centres de détention et appuyer les efforts visant à étendre la compétence de la Cour pénale internationale à l’ensemble du Soudan.

« Les autorités devraient mettre fin aux détentions arbitraires et fournir des réparations aux détenus et à leurs familles », a conclu Mohamed Osman. « Les acteurs internationaux et régionaux devraient clairement signaler aux dirigeants des Forces armées soudanaises qu’ils seront tenus responsables de ces abus. »

Suite détaillée en ligne en anglais. 

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08.04.2026 à 20:50

À Cuba, la libération de prisonniers a exclu les opposants

Human Rights Watch

Click to expand Image Des jeunes hommes quittaient la prison de La Lima, à La Havane, le 3 avril 2026, au lendemain de l’annonce par le gouvernement cubain de la libération de 2 010 prisonniers. Toutefois, de nombreux prisonniers politiques sont toujours incarcérés.  © 2026 Yamil Lage / AFP via Getty Images

Le 2 avril, le gouvernement cubain a annoncé la libération de 2 010 prisonniers, qualifiant cette mesure de « geste humanitaire ». Cette annonce a au début suscité l’espoir chez de nombreuses familles de prisonniers politiques ; mais ni Human Rights Watch ni d’autres organisations de la société civile, notamment Prisoners Defenders et Justicia 11J, n’ont identifié de prisonniers politiques parmi les personnes libérées.

Dans son communiqué, le gouvernement cubain a déclaré qu’il exclurait, entre autres, les personnes condamnées pour des « crimes contre l’autorité ». En vertu de la législation cubaine, cela inclut des délits tels qu’« outrage », « propagande » ou « agression », que le gouvernement utilise depuis des décennies pour cibler et poursuivre arbitrairement des détracteurs.

Plus de 700 prisonniers politiques sont toujours derrière les barreaux à Cuba, selon des ONG dont Justicia 11J et Prisoners Defenders ; des centaines d’autres sont soumis à l’assignation à résidence et à d’autres restrictions. Parmi eux figure Luis Manuel Otero Alcántara, un artiste condamné à cinq ans de prison pour « outrage aux symboles nationaux », entre autres crimes, après avoir recouvert ses épaules d’un drapeau cubain, en signe de protestation contre une nouvelle loi sur l’utilisation des symboles nationaux. Il a été arrêté en juillet 2021, après avoir publié une vidéo dans laquelle il annonçait qu’il se joindrait a une importante manifestation.

En mars 2026, Leonard Richard González Alfonso, un autre artiste, a été condamné à sept ans de prison pour « propagande contre l’ordre constitutionnel », après avoir peint les phrases « Jusqu’à quand ? Ils sont en train de nous tuer » (« ¿Hasta cuándo? Nos están matando ») sur un mur.

Des anciens détenus, précédemment libérés à la suite de négociations menées par le Vatican en janvier 2025, décrit des mauvais traitements infligés dans les prisons cubaines ; ils ont évoqué des coups, l'isolement cellulaire, des conditions d'hygiène déplorables et un manque d'accès à la nourriture et à l'eau potable. Plusieurs ex-détenus ont déclaré à Human Rights Watch qu'ils restaient sous surveillance constante et soumis à des conditions restrictives, et qu'ils craignaient d'être à nouveau arrêtés. Au moins sept prisonniers politiques ont depuis été renvoyés en prison, pour des actes tels que la publication en ligne de contenus critiques a l’égard du gouvernement, ou le fait de ne pas s'être présentés devant les autorités.

Le gouvernement devrait libérer immédiatement et sans condition tous les prisonniers politiques. Les Cubains devraient pouvoir s’exprimer librement, sans crainte. L’embargo américain et son blocus pétrolier brutal ne constituent pas une excuse pour maintenir en prison les personnes qui critiquent le gouvernement.

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04.04.2026 à 18:12

La Convention sur l’interdiction des mines permet des avancées malgré les obstacles

Human Rights Watch

Click to expand Image Deux démineurs testaient le sol afin d’en retirer des mines terrestres antipersonnel près de Lasinja, un village situé à 40 kilomètres au sud de Zagreb, en Croatie, le 29 mai 2013. © 2013 Sipa via AP Images

Depuis les conflits des années 1990 dans les Balkans, la Croatie a souffert du fléau des mines terrestres antipersonnel, qui ont tué des centaines de civils et rendu des milliers d’hectares de terres inaccessibles en raison de la contamination. En mars, le pays a enfin célébré son statut de territoire exempt de mines, à l’issue d’une campagne de déminage de 30 ans qui a coûté 1,38 milliard de dollars US.

L'histoire de la Croatie souligne l'importance la Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel de 1997 (« Convention d’Ottawa ») et devrait encourager davantage de pays à y adhérer et à promouvoir ses objectifs. Alors que ce 4 avril marque la Journée internationale de sensibilisation au problème des mines et d'assistance à la lutte antimines, il convient de noter que la Convention est menacée par les retraits de certains pays et par de nouvelles utilisations de ces armes.

La forte contamination de la Croatie remonte à la période 1991-1995, lorsque les principales parties au conflit ont utilisé des mines terrestres. Plus de 20 % du territoire étaient alors contaminés, empêchant les communautés de revenir et entraînant une perte économique annuelle d’au moins 230 millions de dollars.

Le ministre croate de l’Intérieur, Davor Božinović, a déclaré : « Il ne s’agit pas seulement d’un succès technique, c’est l’accomplissement d’une obligation morale envers les victimes des mines et leurs familles. Une Croatie sans mines signifie des familles plus en sécurité, un meilleur développement des zones rurales, davantage de terres agricoles et un tourisme plus dynamique. »

Ce succès, qui témoigne du travail dévoué des démineurs et de l’intérêt portée de manière soutenue par le gouvernement croate à ce projet, correspond exactement à ce que la Convention vise à réaliser, et à ce que cette Journée spéciale de l’ONU célèbre.

Pourtant, plutôt que de tirer les leçons de l’expérience de la Croatie et des plus de 30 États parties à la Convention qui ont déminé leurs terres, certains pays ont abandonné cet effort.

En 2025, cinq pays – l’Estonie, la Finlande la Lettonie, la Lituanie et la Pologne – se sont retirées du traité, affirmant que les mines terrestres antipersonnel étaient nécessaires pour se protéger de l’agression russe. En juillet, l’Ukraine a également cherché à suspendre illégalement ses obligations en vertu de la Convention.

La reprise de l’utilisation des mines antipersonnel au Myanmar, en Russie et en Ukraine, ainsi qu’aux frontières de l’Iran avec l’Afghanistan et le Pakistan, à la frontière de la Corée du Nord avec la Corée du Sud et à la frontière contestée entre la Thaïlande et le Cambodge, menace la norme visant l’interdiction ces armes.

La Journée internationale de la lutte contre les mines offre l’occasion de réfléchir à l’impact effroyable des mines antipersonnel sur les civils, à l’amélioration significative des conditions de vie des civils que la Convention a déjà permis d’obtenir, ainsi qu’à l’importance de maintenir et de renforcer l’opposition à l’utilisation de ces armes. Les États qui ne sont pas encore parties à la Convention devraient y adhérer. Tous les pays devraient s’opposer à leur utilisation, et contribuer au financement du déminage et de l’aide aux victimes.

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02.04.2026 à 23:40

Iran : Des milliers de prisonniers en danger

Human Rights Watch

Click to expand Image Les décombres d’une partie de l’aile nord de la prison d'Evin à Téhéran, en Iran, suite à une frappe israélienne du 23 juin 2025, encore visibles le 1er juillet 2025. Suite aux attaques menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran le 28 février 2026, les détenus de prisons iraniennes sont exposés à des risques accrus. © 2025 Majid Saeedi/Getty Images Des milliers de détenus en Iran, y compris des prisonniers politiques et des enfants, risquent d’être blessés ou tués par des frappes américaines et israéliennes, tout en continuant d’être exposés au risque d’atrocités commises par les autorités iraniennes, dont des exécutions massives, secrètes et arbitraires. Au lieu de libérer des prisonniers sans condition ou pour des raisons humanitaires, les autorités iraniennes continuent de procéder à l’arrestation de dissidents réels ou présumés, ainsi qu’aux exécutions arbitraires de prisonniers politiques. Les États membres de l’ONU devraient faire pression sur les autorités iraniennes pour qu’elles libèrent immédiatement toute personne détenue arbitrairement, mettent fin aux exécutions et appliquent les dispositions permettant la libération ou la permission de sortie temporaire de prisonniers pour des raisons humanitaires. Les États devraient aussi exhorter toutes les parties au conflit à respecter le droit international humanitaire, et à donner la priorité à la protection des civils. 

(Beyrouth) – Des milliers de détenus en Iran, parmi lesquels des prisonniers politiques et des enfants, risquent d’être blessés ou tués par des frappes menées par les États-Unis et par Israël, ont déclaré aujourd’hui Human Rights Watch et le Kurdistan Human Rights Network (KHRN) ; ces détenus continuent aussi d’être exposés au risque atrocités commises par les autorités iraniennes, notamment des exécutions massives, arbitraires et secrètes.

Depuis des décennies, les autorités iraniennes procèdent en toute impunité à des arrestations arbitraires à grande échelle, emprisonnant des dissidents, des personnes suspectées de dissidence, ainsi que diverses personnes pour d’autres motifs dont l’endettement. Au cours des semaines qui ont précédé le début de l’actuel conflit armé, le 28 février, les autorités iraniennes ont procédé à des arrestations arbitraires massives de dizaines de milliers de manifestants, y compris des enfants, ainsi que de dissidents réels ou présumés, de défenseurs des droits humains, d’avocats et de membres du personnel médical. De nombreuses personnes ont été incarcérées dans des centres de détention secrets et non officiels gérés par les services de sécurité et de renseignement, et ont été ainsi victimes de disparitions forcées. 

« Les prisonniers en Iran, y compris les milliers de personnes détenues arbitrairement, sont confrontés à une double menace : d’une part la violence des autorités, qui ont déjà commis des massacres dans des prisons, et d’autre part les bombes américaines et israéliennes », a déclaré Bahar Saba, chercheuse senior sur l’Iran à Human Rights Watch. « Ces détenus, dont beaucoup n’auraient jamais dû être arrêtés et qui sont déjà exposés au risque d’abus, ne peuvent se mettre en sécurité et sont exposés au risque supplémentaire de blessures graves, voire mortelles. »

Human Rights Watch et le Kurdistan Human Rights Network ont mené des entretiens avec 12 personnes, dont des proches de prisonniers, des défenseurs des droits humains et des sources bien informées au sujet de plusieurs prisons ; les chercheurs ont aussi examiné les rapports d’autres organisations de défense des droits humains, des informations partagées sur les réseaux sociaux, des déclarations officielles et des reportages des médias d’État.

« Nous n’avons pas d’autre choix », a déclaré un prisonnier dont le témoignage a été transmis aux deux organisations. « Ici, nous ne pouvons ni nous protéger du danger, ni avoir accès à des abris. »  

Depuis le début du conflit actuel, des détenus, leurs familles et des organisations de défense des droits humains ont appelé à plusieurs reprises les autorités iraniennes à libérer des prisonniers, notamment pour des raisons humanitaires. Si un certain nombre de détenus ont été libérés, en particulier après avoir versé des cautions exorbitantes, les autorités ont refusé de libérer toutes les personnes détenues arbitrairement, dont les prisonniers politiques, et d’accorder à d’autres prisonniers une remise en liberté temporaire sur la base de critères humanitaires. 

Au contraire, les autorités continuent d’arrêter des activistes, des dissidents, des membres de minorités ethniques et religieuses, tels que des Kurdes et des bahaïs, ainsi que d’autres personnes pour avoir prétendument filmé ou photographié des frappes et transmis ces images aux médias. Le 24 mars, la police a annoncé que 446 personnes avaient été arrêtées pour avoir « troublé l’opinion publique, semé la peur et l’angoisse dans la société, porté atteinte à la sécurité mentale, fait de la propagande pour l’ennemi, et incité et organisé en ligne des éléments perturbateurs de la sécurité ». 

Les autorités ont également procédé à des exécutions, y compris sur la base d’accusations à motivation politique, ce qui a exacerbé les craintes d’exécutions massives, arbitraires et secrètes dans le contexte de la guerre. Entre le 18 et le 31 mars, au moins huit hommes ont été exécutés arbitrairement sur la base de chefs d’accusation dont « espionnage », « rébellion armée contre l’État par l’adhésion à l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran » et « guerre contre Dieu ». 

Les personnes interrogées par Human Rights Watch et KHRN, notamment des proches de prisonniers, ont fait part aux chercheurs des graves menaces auxquelles sont confrontés les détenus en raison des frappes militaires américaines et israéliennes, ainsi que des violations flagrantes des droits humains commises par les autorités iraniennes.

« Les prisonniers d’Evin ont entendu des explosions bruyantes et terrifiantes », a déclaré le proche d’un prisonnier de la tristement célèbre prison d’Evin. « Ils ont eu l’impression que [les explosions] étaient très proches, mais leur accès à l’information est très limité […] Lors d’une des nuits quand il y a eu de terribles explosions, vers 2 h du matin, ils ont pu ressentir plus de 20 ondes de choc dans leurs cellules en l’espace d’une heure. » 

Les commissariats de police et les installations de sécurité gérées par le ministère du Renseignement et le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) ont figuré parmi les cibles frappées par les forces israéliennes et américaines. Dans certaines de ces installations, des prisonniers – en particulier ceux qui ont été arrêtés pour des motifs politiques – sont détenus au secret, dans des conditions s'apparentant à des disparitions forcées.

Les détenus sont également confrontés à une détérioration des conditions de détention dans un système déjà connu pour ses mauvaises conditions et le refus systématique et délibéré de soins médicaux aux prisonniers. Des sources ont indiqué au Kurdistan Human Rights Network et à Human Rights Watch que depuis le début du conflit armé, il y avait eu une baisse tant de la quantité que de la qualité de la nourriture, et que les prisonniers se voyaient refuser l’accès aux médicaments et aux soins médicaux en dehors de la prison. 

« La quantité de nourriture que reçoivent les prisonniers a diminué, tout comme sa qualité », a déclaré une source. « Même ceux qui souffrent de pathologies graves ne sont pas transférés à l’extérieur [de la prison] pour recevoir des soins médicaux… les prisonniers ne sont même pas emmenés à l’infirmerie de la prison. »  

Les prisonniers qui protestent contre la détérioration et l’insécurité des conditions de détention s’exposent à des représailles et à des violences. Les deux organisations ont reçu des informations selon lesquelles, dans au moins trois prisons, les forces de sécurité ont recouru à la force, y compris à la force meurtrière, pour réprimer les protestations de prisonniers qui craignent pour leur sécurité et/ou s’opposent aux mauvaises conditions de détention.  

Les autorités iraniennes ont également proféré des menaces répétées, laissant craindre de nouvelles atrocités, afin de prévenir et d’étouffer toute forme de dissidence. Le 10 mars, Ahmadreza Radan, commandant des forces de police de la République islamique d’Iran, connues sous le nom de FARAJA, a averti : « Nous ne considérerons pas quiconque descend dans la rue, conformément à la volonté de nos ennemis, comme un manifestant ou quoi que ce soit d’autre, mais comme un ennemi lui-même. Nous les traiterons donc de la même manière que nous traiterions l’ennemi. » Il a ajouté que les forces de sécurité iraniennes avaient « le doigt sur la gâchette ».  

Le 11 mars, l’Organisation du renseignement du CGRI a publié un communiqué avertissant que toute manifestation serait réprimée « avec [encore] plus de sévérité que le 8 janvier », date à laquelle les autorités iraniennes avaient massacré des manifestants.

La réglementation nationale iranienne prévoit des libérations humanitaires en temps de crise. Une résolution de 1986 du Conseil judiciaire suprême autorise la libération conditionnelle ou la libération sous caution de prisonniers en cas d’urgence, en temps de guerre. En outre, l’article 201 du règlement pénitentiaire iranien prévoit la libération de prisonniers dans certaines circonstances, par exemple lors de « crises telles que des catastrophes naturelles, des incidents imprévisibles ou des épidémies de maladies infectieuses dangereuses », ou d’autres crises. 

En vertu du droit international humanitaire, qui rassemble les lois de la guerre, les prisons et les centres de détention sont présumés être des biens de caractère civil. Les violations graves des lois de la guerre commises par des individus avec une intention criminelle – c’est-à-dire de manière délibérée ou par imprudence – constituent des crimes de guerre.

Les États membres de l’ONU devraient exhorter les autorités iraniennes à libérer immédiatement toutes les personnes détenues arbitrairement, à suspendre toutes les exécutions prévues, et à appliquer les réglementations nationales permettant la libération ou la permission de sortie temporaire de prisonniers pour des raisons humanitaires, ont déclaré les deux organisations. Les États devraient en outre appeler toutes les parties au conflit à donner la priorité à la protection des civils.

« Au lieu de libérer des prisonniers, les autorités iraniennes arrêtent sans relâche des dissidents réels ou présumés et procèdent à des exécutions, affichant une fois de plus leur mépris total pour la vie humaine », a déclaré Rebin Rahmani, membre du conseil d’administration du Kurdistan Human Rights Network. « De nombreuses familles angoissées ne savent même pas où leurs proches sont détenus, alors que des bombes et des missiles frappent quotidiennement divers quartiers des villes. »

Suite détaillée disponible en anglais.

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02.04.2026 à 23:31

En République centrafricaine, la mort du Procureur spécial survient à un moment critique

Human Rights Watch

Click to expand Image Le Procureur spécial de la Cour pénale spéciale de la République centrafricaine, le magistrat congolais Toussaint Muntazini, près de l’ex-Premier ministre Mathieu Simplice Sarandji, lors de la séance inaugurale de la CPS à Bangui, le 22 octobre 2018. © 2018 Cour pénale spéciale

La Cour pénale spéciale (CPS) de la République centrafricaine a annoncé le décès de son premier Procureur spécial, Toussaint Muntazini, le 25 mars, après une longue maladie. Sa disparition constitue une perte profonde pour les victimes de crimes graves.

Toussaint Muntazini, juge militaire congolais et ancien procureur général des forces armées de la République démocratique du Congo, restera dans les mémoires comme un leader dans la lutte contre l’impunité dans deux des conflits les plus négligés au monde. En République démocratique du Congo, il a joué un rôle central dans l’avancement des efforts du pays pour enquêter sur les crimes graves et poursuivre leurs auteurs devant des tribunaux militaires. En tant que procureur général des forces armées à l’époque, Muntazini était le haut responsable chargé de superviser le processus judiciaire national qui a facilité la reddition et le transfert de Thomas Lubanga à la Cour pénale internationale pour des crimes de guerre commis dans la province de l’Ituri en RD Congo.

En République centrafricaine, Toussaint Muntazini a été nommé Procureur spécial auprès de la CPS en 2017. Créée en 2015 et intégrée au système judiciaire national avec le soutien de la communauté internationale, cette cour a été conçue pour enquêter et poursuivre les violations graves commises dans le pays depuis 2003. Après son arrivée à Bangui, Muntazini a élaboré la stratégie de poursuite de la cour, et son bureau a ouvert des enquêtes préliminaires qui ont conduit aux premiers procès de la cour.

La Cour pénale spéciale a fait face à d’énormes défis durant ces premières années, opérant au milieu d’une violence persistante, avec des ressources limitées et une insécurité aiguë. Muntazini vivait sous une protection étroite et quittait rarement l’enceinte de la cour. Pourtant, son engagement et sa détermination ont démontré que la justice était possible même en pleine période de conflit actif. Le modèle hybride de la CPS, avec des personnels nationaux et internationaux travaillant côte à côte, offre une chance de justice à l’échelle nationale, tout en bénéficiant d’une expertise internationale indispensable. La CPS complète le travail en cours de la Cour pénale internationale en République centrafricaine, et y constitue la preuve que la justice, bien que lente, est possible.

La détermination de Toussaint Muntazini a contribué à démanteler la longue culture d’impunité en République centrafricaine, où les cycles d’atrocités ont alimenté le conflit pendant des décennies. Sa disparition laisse un vide à un moment crucial, alors que le mandat de la cour fait face à des pressions croissantes en matière de financement. La communauté internationale devrait défendre l’héritage de Muntazini en soutenant des efforts concrets de justice et de reddition des comptes dans son pays natal, la RD Congo, tout en veillant à ce que la Cour pénale spéciale dispose des ressources nécessaires pour poursuivre en Centrafrique son travail essentiel.

02.04.2026 à 06:00

Burkina Faso : Crimes contre l’humanité commis par tous les camps

Human Rights Watch

Click to expand Image EN HAUT À gauche : Capitaine Ibrahim Traoré, Président du Burkina Faso. © 2025 Stanislav Krasilnikov/RIA Novosti via AP. À droite : Iyad Ag Ghaly, chef suprême du GSIM. © 2012 Romaric Ollo Hien/AFP/Getty Images. EN BAS À gauche : Forces militaires burkinabè à Baraboulé, région du Sahel, Burkina Faso, lors de l’opération « Tchefari 2 », en décembre 2023. © 2023 RTB. À droite : Combattants du GSIM à Barsalogho, province de Sanmatenga, Burkina Faso, le 24 août 2024. © 2024 Privé. L’armée du Burkina Faso avec ses milices alliées et un groupe armé lié à Al-Qaïda ont tué plus de 1 800 civils et déplacé de force des dizaines de milliers de personnes depuis 2023.La junte commet elle-même des abus atroces, ne prend aucune mesure pour traduire en justice les responsables de tous les camps et limite la diffusion d’informations afin de dissimuler les souffrances des civils pris dans les violences.Les organismes régionaux et les gouvernements partenaires devraient coopérer avec les autorités du Burkina Faso et les inciter à s’attaquer aux graves violations commises par toutes les parties et à déterminer véritablement les responsabilités.

(Nairobi, le 2 avril 2026) – L’armée du Burkina Faso avec ses milices alliées, ainsi qu'un groupe armé lié à Al-Qaïda, ont tué plus de 1 800 civils et déplacé de force des dizaines de milliers de personnes depuis 2023, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Ces atrocités, qui incluent le nettoyage ethnique des civils peuls par le gouvernement, constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité dont les hauts dirigeants de tous les camps pourraient être tenus pour responsables.

Le rapport de 341 pages, intitulé « “Personne ne pourra s’échapper” : Crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par tous les camps au Burkina Faso », documente l’impact dévastateur sur les civils d’un conflit armé qui n’a reçu que peu d’attention à l’échelle mondiale. Les chercheurs ont consigné 57 incidents impliquant les forces militaires burkinabè et des milices alliées connues sous le nom de Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) ainsi que le groupe armé islamiste Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wa al-Muslimin, JNIM) depuis que la junte militaire actuelle a pris le pouvoir en septembre 2022. Human Rights Watch a publié un document de questions et réponses pour expliquer les aspects légaux en jeu.

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« L’ampleur des atrocités commises au Burkina Faso est stupéfiante, tout comme le manque d’attention mondiale portée à cette crise », a déclaré Philippe Bolopion, directeur exécutif de Human Rights Watch. « La junte commet elle-même des abus atroces, ne prend aucune mesure pour traduire en justice les responsables des deux camps et limite la diffusion d’informations afin de dissimuler les souffrances des civils pris dans les violences. »

Human Rights Watch a interviewé plus de 450 personnes au Burkina Faso, au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Mali et par téléphone sur les violations graves commises entre janvier 2023 et août 2025. Les chercheurs ont également effectué des analyses approfondies de sources ouvertes, examinant des images satellites, des milliers d’heures d’enregistrements audiovisuels et des documents officiels pour vérifier les incidents et identifier les commandants de tous les camps.

2 avril 2026 « Personne ne pourra s’échapper »

Sous le président Ibrahim Traoré, la junte a mis en place une vaste répression contre l’opposition politique, la dissidence pacifique et les médias indépendants, engendrant une atmosphère de terreur et limitant fortement la circulation des informations sur le conflit et son bilan.

En 2016, le GSIM et d’autres groupes armés islamistes ont lancé une insurrection contre les gouvernements successifs au Burkina Faso dans le cadre d’une offensive plus large dans la région du Sahel en Afrique. Le GSIM a tué des civils et pillé des biens, ce qui a conduit la junte à mener des campagnes de contre-insurrection violentes. Les meurtres et autres abus graves contre les civils, appartenant souvent à des communautés accusées de soutenir le camp adverse, sont devenus une tactique clé de la junte ainsi que du GSIM.

Dans l’un des incidents les plus meurtriers, l’armée burkinabè et ses milices alliées ont tué plus de 400 civils en décembre 2023 dans environ 16 villages près de la ville de Djibo, dans le nord du pays, au cours d’une opération connue sous le nom d’opération Tchéfari 2 (« Le miel des guerriers » en fulfulde). « [Les miliciens] ont ouvert le feu », a raconté une femme de 35 ans. « Mes deux filles sont mortes sur le coup. » Elle et son fils de 9 mois ont été gravement blessés par les balles. Elle a entendu un membre de la milice dire : « Assure-toi que personne ne respire avant de sortir. »

L’armée et les milices ont ciblé les communautés peules en raison de leur soutien présumé aux groupes armés islamistes, conduisant au nettoyage ethnique de communautés entières.

En novembre 2023, des milices alliées au gouvernement ont tué 13 civils peuls, dont 6 femmes et 4 enfants, dans le village occidental de Bassé. « Tous les cadavres, sauf celui de mon fils, étaient regroupés dans la cour, les yeux bandés avec leurs vêtements déchirés et les mains liées derrière le dos... criblés de balles », a décrit un homme âgé de 41 ans. « Mon fils… était allongé sur le ventre. Il avait été tué d’une balle dans la nuque. »

Le GSIM a recouru à des menaces et des violences généralisées pour soumettre et punir les communautés dans sa tentative d’imposer un contrôle territorial sur les zones rurales. Le 24 août 2024, le GSIM a tué au moins 133 civils, dont des dizaines d’enfants, à Barsalogho dans le centre du pays, accusant la communauté entière de soutenir les VDP.

« [Les combattants du GSIM] ont tiré en continu, comme s’ils avaient des quantités de munitions », a raconté un homme de 39 ans. « Les gens tombaient comme des mouches. Ils sont venus nous exterminer. Ils n’ont épargné personne. » Cinq membres de sa famille ont été tués au cours de l’attaque.

2 avril 2026 Questions et réponses : Crimes de guerre et crimes contre l’humanité au Burkina Faso

Un nouveau rapport de HRW documente les exactions commises par tous les camps

Le GSIM a assiégé des dizaines de villes et de villages à travers le Burkina Faso, bloquant la circulation des biens et des personnes, ce qui a provoqué famine et maladies. Le groupe armé a posé des engins explosifs improvisés sur les routes et détruit des ponts, des sources d’eau et des infrastructures de communication.

Toutes les parties sont responsables des crimes de guerre suivants : homicide intentionnel, attaques contre des civils et des biens de caractère civil, pillage et saccage, et déplacement forcé, d’après les constatations de Human Rights Watch. Ils ont également commis des meurtres et des déplacements forcés dans le cadre d’attaques contre une population civile, ce qui constitue des crimes contre l’humanité, a déclaré Human Rights Watch.

Human Rights Watch a conclu que le président Ibrahim Traoré, commandant suprême des forces armées, et six hauts commandants militaires burkinabè pourraient être tenus pour responsables de graves violations au titre de la responsabilité de commandement et devraient faire l’objet d’une enquête. Iyad Ag Ghaly, le dirigeant suprême du GSIM qui est recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour des crimes présumés au Mali en 2012-2013, et quatre commandants du GSIM pourraient être tenus pour responsables des abus commis par le GSIM au Burkina Faso au titre de la responsabilité de commandement et devraient également faire l’objet d’une enquête.

Les membres de toutes les parties belligérantes dans le pays jouissent d’une impunité quasi totale. Les victimes et leurs familles ont indiqué qu’elles n’avaient pas confiance dans les institutions judiciaires nationales ou qu’elles n’y avaient pas accès. Les représentants du gouvernement ont nié ou minimisé les allégations d’abus, en particulier ceux commis par les forces militaires et les milices, et n’ont pas mené d’enquêtes crédibles.

Les gouvernements ont pris peu de mesures face à ces crimes atroces, a déclaré Human Rights Watch. Les partenaires internationaux du Burkina Faso – y compris les Nations Unies, l’Union africaine, l’Union européenne et ses États membres, ainsi que les États-Unis – devraient s’employer à résoudre les cycles d’abus et d’impunité de longue date au Burkina Faso. Ils devraient promouvoir la reddition de comptes, notamment en imposant des sanctions ciblées contre les commandants responsables d’abus identifiés par Human Rights Watch. Le Bureau du Procureur de la CPI devrait ouvrir un examen préliminaire sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité présumés perpétrés par toutes les parties au conflit au Burkina Faso depuis septembre 2022.

« Le monde doit reconnaître l’ampleur des atrocités qui se déroulent au Burkina Faso afin qu’il y soit mis un terme », a conclu Philippe Bolopion. « Les organismes régionaux et les gouvernements partenaires devraient coopérer avec les autorités du Burkina Faso et les inciter à s’attaquer aux graves violations commises par toutes les parties et à déterminer véritablement les responsabilités. » 

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