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Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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29.06.2026 à 04:00

Mali : De graves abus commis dans un contexte de reprise des combats

Human Rights Watch

Click to expand Image Une colonne de fumée noire s'élève au-dessus de bâtiments à Bamako le 26 avril 2026. © 2026 AFP via Getty Images

(Nairobi) – Les groupes armés islamistes ainsi que les forces armées maliennes et leurs alliés ont commis de graves abus contre des civils depuis l’intensification des combats au Mali en avril 2026, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Le 25 avril, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, JNIM) lié à Al-Qaïda a mené des attaques coordonnées à travers le Mali. Le GSIM s’est associé aux combattants touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA), qui cherchent à renverser la junte militaire dirigée par le général Assimi Goïta et soutenue par des combattants russes d’Africa Corps (anciennement le groupe Wagner). Toutes les parties ont attaqué illégalement des civils et certaines parties ont détruit et pillé leurs maisons et leurs commerces. Le 28 avril, le GSIM a annoncé un « siège total » de la capitale, Bamako, a menacé de tuer les civils entravant ses opérations et a attaqué des véhicules civils. Les forces armées maliennes ont répondu par des représailles manifestes contre les communautés peules et par deux frappes aériennes manifestes faisant des victimes civiles.

« Alors que les combats s’embrasent à nouveau, les parties belligérantes au Mali commettent une fois de plus de graves abus contre les civils, répétant les anciens schémas de violence à l’encontre des civils », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Toutes les parties sont tenues de respecter le droit international humanitaire, de prendre toutes les mesures possibles pour éviter des dommages aux civils et de faciliter l’accès à l’aide humanitaire. »

Human Rights Watch a mené des entretiens à distance avec 34 personnes entre le 26 avril et le 9 juin, dont 30 témoins d’abus, ainsi que des membres de la société civile, des chefs communautaires et des journalistes. Human Rights Watch a également vérifié et géolocalisé quatre vidéos mises en ligne et six photographies et a analysé des images satellites montrant des abris détruits. Human Rights Watch a adressé un courrier au ministre de la Justice du Mali le 11 juin mais n’a reçu aucune réponse.

Le 25 avril, des affrontements opposant le GSIM et des combattants alliés du FLA aux forces de l’armée malienne et de l’Africa Corps dans les villes de Gao et de Kidal, dans le nord du pays, ont tué 13 civils et blessé au moins 25 autres. Entre le 6 et le 21 mai, des combattants du GSIM ont incendié plus de 40 véhicules civils en route pour Bamako, accusant les passagers d’avoir enfreint le siège de la capitale, et ont exécuté publiquement un homme dans la ville de Tonka, dans le nord du pays. Entre le 14 et le 17 mai, l’armée a également mené de manière abusive des opérations de contre-insurrection à l’encontre des communautés peules dans le centre du Mali, tuant 38 civils, dont 23 enfants. L’armée malienne a procédé à deux frappes de drones présumées dans le centre du pays, dans les villages de Guimbé le 25 avril, tuant 12 enfants et adolescents, et de Tené le 17 mai, tuant 10 hommes et femmes.

Click to expand Image Graphique © 2026 Human Rights Watch

Un homme de 38 ans à Kidal a raconté avoir entendu des coups de feu tôt le 25 avril, qui se sont transformés en combats violents lorsque les combattants du GSIM et du FLA sont entrés dans la ville, ont attaqué la base militaire et ont pillé le marché de la ville, tandis que les forces maliennes et de l’Africa Corps ripostaient. « J’ai été touché par des balles à l’épaule droite et à la cuisse gauche », a-t-il expliqué. « Je ne sais pas qui m’a tiré dessus parce que les coups de feu venaient de toutes les directions, mais je sais que des soldats m’ont évacué vers l’hôpital de Gao par hélicoptère. »

Le 14 mai, le porte-parole du FLA, Mohamed El Maouloud Ramadane, a déclaré à Human Rights Watch : « Nous avons pris suffisamment de mesures pour que les civils ne soient pas des victimes collatérales des combats. Nous avons écrit plusieurs fois aux communautés situées aux alentours de la ville [de Kidal] pour leur demander de la quitter et de ne pas s’approcher des emprises militaires. »

Dans la nuit du 17 mai, une munition explosive, apparemment larguée par un drone qui aurait été commandé par l’armée, a tué au moins 10 civils dans le village de Tené, alors que les habitants étaient réunis pour un mariage traditionnel. Le marié, qui était parti avec d’autres chercher sa fiancée et les victuailles pour le mariage, figurait parmi les victimes. « J’ai entendu un bruit venant du ciel puis une explosion ; ensuite il y a eu des cris partout », a raconté un homme de 45 ans. « Nous nous sommes précipités là-bas et nous avons constaté que les dégâts étaient énormes, avec des morts et des blessés. »

Human Rights Watch a précédemment documenté des frappes de drones menées par les forces militaires maliennes qui ont fait des victimes civiles.

Le 9 mai, 10 jours après que le GSIM a proclamé le début du siège de Bamako, des combattants du GSIM ont incendié au moins 40 véhicules civils dans le village de Zambougou, à environ 60 kilomètres de la capitale. Le passager d’un bus, âgé de 43 ans, a indiqué : « Un djihadiste a dit : “Ne vous avions-nous pas prévenu que Bamako est en état de siège ? Descendez !” Puis ils ont mis le feu aux bus. » Il n’y avait pas de forces militaires dans les environs et aucun des véhicules ne transportait d’armes ou de matériel militaire.

Depuis septembre 2025, le GSIM a coupé les approvisionnements en carburant vers le Mali en bloquant et attaquant les convois de camions-citernes en provenance des pays voisins et en tuant des chauffeurs, ce qui a déclenché de graves pénuries qui ont interrompu les transports, perturbé l’éducation et l’accès à l’électricité et paralysé la vie quotidienne à Bamako et ailleurs. Bien que le droit de la guerre n’interdise pas les sièges, les parties belligérantes doivent prendre toutes les précautions possibles pour éviter de nuire aux civils et respecter les principes de distinction et de proportionnalité. Les tactiques de siège qui empêchent les civils d’avoir accès aux produits essentiels à leur survie sont interdites.

Dans une réponse à Human Rights Watch datant du 15 juin, le GSIM a indiqué que les civils « violant certaines des règles d’ordre mises en place par le GSIM dans les zones qu’il contrôle ou qu’il assiège […] sont dissuadés proportionnellement à la violation commise conformément aux préceptes de la charia [loi islamique] concernant les contrevenants – avec indulgence dans certains cas et strictement dans d’autres. »

Toutes les parties au conflit armé malien sont soumises au droit international humanitaire, notamment à l’article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949 et au droit de la guerre coutumier. Les attaques délibérées ou aveugles contre des civils ou des biens de caractère civil sont interdites. Les individus qui commettent des violations graves du droit de la guerre avec une intention criminelle ou qui sont impliqués au titre de la responsabilité de commandement peuvent faire l’objet de poursuites pour crimes de guerre.

Les partenaires internationaux du Mali, y compris les Nations Unies et l’Union africaine (UA), devraient travailler en étroite collaboration avec l’Expert indépendant des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme au Mali et la Commission nationale des droits de l’homme du Mali pour documenter les graves atteintes aux droits humains commises par toutes les parties, et pour faire pression sur les autorités afin que des enquêtes sur les responsables de ces violations soient menées.

« L’impunité de longue date continue d’alimenter le cycle des abus contre les civils au Mali », a conclu Ilaria Allegrozzi. « L’ONU et l’UA devraient soutenir les efforts indépendants de reddition des comptes, notamment une mission d’établissement des faits visant à jeter les bases pour des enquêtes et des poursuites criminelles. »

Informations complémentaires sur le conflit armé et les récentes attaques au Mali 

Conflit armé au Mali

Depuis 2012, les gouvernements successifs au Mali combattent les groupes armés islamistes et séparatistes. En 2024, le GSIM, une coalition liée à Al-Qaïda cherchant à étendre la domination islamiste à travers le Sahel, et le FLA, une coalition séparatiste touareg visant l’indépendance du nord du Mali, ont conclu une alliance malgré leurs différences idéologiques et ont uni leurs forces lors de l’offensive d’avril 2026. Leur coopération porte sur des transferts d’armes, l’entraînement et le partage de renseignements, entre autres.

Après les coups d’État menés en 2020 et 2021, le général Goïta a expulsé les forces françaises et onusiennes, renforcé les liens avec la Russie et mis fin à un accord de paix signé neuf ans auparavant avec des groupes armés majoritairement touaregs. Depuis 2021, la junte s’appuie sur le groupe Wagner lié à la Russie, rebaptisé Africa Corps après la mort du fondateur du groupe Wagner, Evgueni Prigojine, en 2023 et placé sous le contrôle direct du ministre de la Défense russe.

Human Rights Watch a documenté de manière détaillée les abus généralisés commis par le GSIM, les forces maliennes ainsi que les combattants russes et les milices ethniques alliés. Les victimes d’abus graves ont un accès limité, voire inexistant, à la justice. Les autorités militaires n’ont pas poursuivi les auteurs de graves violations, ce qui favorise l’impunité et encourage les commandants responsables d’abus. Le retrait du Mali du bloc régional de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest en janvier 2025 et sa sortie de la Cour pénale internationale annoncée en septembre 2025 ont encore réduit l’accès à la justice.

Combats récents

Le 25 avril 2026, le GSIM a lancé des attaques coordonnées à travers le Mali. À Kati, au nord de Bamako, des combattants ont organisé un attentat à la voiture piégée qui a tué le ministre de la Défense, le général Sadio Camara. Le GSIM a attaqué les villes de Mopti et Sévaré dans le centre du pays et, aux côtés des forces du FLA, les villes du nord de Kidal et de Gao.

Lors des combats contre les forces maliennes à Kidal, les combattants du GSIM et du FLA ont pillé le marché. À Gao, deux voitures ont explosé près d’un camp de personnes déplacées internes, tuant six civils, en blessant six autres et détruisant au moins dix maisons. « Les abris [dans le camp de personnes déplacées] […] ont été détruits », a décrit un homme de 50 ans. « J’étais le premier sur les lieux. […] [N]ous avons évacué les blessés vers l’hôpital régional de Gao et enterré les morts au cimetière de Gao aux alentours de 16 heures. […] Les victimes ont été touchées […] par les débris d’un des véhicules. »

Un homme de 43 ans pris dans les combats à Gao a expliqué qu’il était sorti pour aider les personnes coincées à l’intérieur des maisons détruites par une voiture apparemment piégée par des combattants du GSIM, mais que « les soldats postés de l’autre côté de la rue ont ouvert le feu ». Il a expliqué : « Je ne sais pas s’ils tiraient sur moi ou sur les rebelles, mais j’ai quand même reçu trois balles dans les chevilles. »

Un autre homme, âgé de 43 ans, a raconté que les soldats ont tué son fils adolescent à Gao : « Je suis choqué par les auteurs de cette attaque, mais aussi par l’armée malienne, qui ne fait aucune distinction entre civils et soldats. » Il a ajouté : « Lorsque les assaillants ont été repoussés, l’armée est restée dans les rues […] tirant sur tout ce qui bougeait. […] Vers 10 heures du matin, […] mon fils est sorti en courant [et] les soldats lui ont tiré dessus. Il a été touché au dos […] il est décédé vers 14 heures. »

Deux jours plus tard, les combattants russes se sont retirés de Kidal après avoir conclu un accord avec le GSIM et le FLA, laissant la ville sous le contrôle des insurgés. Environ 200 soldats maliens ont été abandonnés à Kidal et faits prisonniers. Le GSIM et le FLA se sont également emparés des villes du nord de Tessalit et Tessit. À Bamako, le GSIM a attaqué une base aérienne militaire près de l’aéroport international et a tenté d’avancer vers le palais présidentiel, mais les forces maliennes et les combattants russes ont repoussé l’attaque.

Dans sa réponse à Human Rights Watch datant du 15 juin, le GSIM a déclaré : « Il ne peut y avoir de guerre sans coûts humains. […] Il n’est possible d’atteindre [la paix] qu’après une longue attrition, des douleurs et des tragédies qui touchent tous les membres de la société, de tous les segments et toutes les affiliations, qu’ils soient civils ou militaires. »

Abus commis par le GSIM

Attaques contre des véhicules civils

Zambougou, région de Ségou, le 9 mai

D’après des témoins, le 9 mai, le GSIM a incendié au moins 40 véhicules civils, y compris des voitures, des bus et des camions, dans le village de Zambougou. « Ils nous ont ordonné de descendre et nous ont dit de continuer à pied parce qu’ils avaient décrété un embargo sur Bamako », a raconté un homme de 45 ans qui se rendait à Bamako. « Après qu’ils ont mis le feu aux bus, l’air est devenu irrespirable. […] Certains ont essayé de sortir des bagages, mais en vain […] les flammes s’étaient propagées. »

Une femme de 45 ans a expliqué que sa voiture suivait des forces militaires qui se dirigeaient vers Zambougou pour secourir les passagers dont les véhicules avaient été incendiés. « J’ai compté au moins 35 véhicules brûlés, principalement des bus », a-t-elle indiqué. « Un camion-remorque transportant des moutons a attiré mon attention : les animaux brûlaient à l’intérieur. »

Human Rights Watch a géolocalisé une série de quatre vidéos diffusées en ligne à Zambougou ; on peut y voir au moins 16 bus et camions en feu ou calcinés.

Koumantou, région de Sikasso, le 9 mai

Deux passagers se rendant à Bamako dans des bus distincts ont décrit que, vers 11 heures du matin, des combattants du GSIM ont arrêté trois bus qui venaient de quitter Koumantou pour rejoindre Bamako, éloignée d’environ 240 kilomètres. Les combattants ont ordonné à tous les passagers et aux conducteurs de descendre, puis ont mis le feu aux bus. « Ils nous ont dit que le siège [de Bamako] avait été décrété, mais que, comme nous avons continué à prendre la route, ce qui nous arrivait était […] notre responsabilité », a relaté un homme de 53 ans. « Ils ont brûlé notre bus, mais ils n’ont fait de mal à personne. »

Exécution publique

Tonka, région de Tombouctou, le 21 mai

Le 21 mai, vers 19 h 30, deux combattants du GSIM ont enlevé Abdoul Salam Maïga, un maitre coranique de l’ethnie songhaï âgé de 48 ans, alors qu’il discutait avec des amis près du marché de Tonka. Environ une heure plus tard, ils l’ont ramené les yeux bandés sur la place centrale et l’ont exécuté devant des habitants terrifiés.

« Nous avons récupéré son corps vers 23 heures sur la place publique, avec une balle dans la tête », a raconté un homme de 45 ans. « Ceux qui ont été forcés de regarder m’ont dit que les djihadistes sont revenus à bord de cinq motos avec Abdoul Salam et l’ont conduit sur la place réservée aux festivités publiques où ils l’ont abattu. »

« Abdoul Salam Maïga avait dénoncé les pratiques déviantes des djihadistes, qui vont à l’encontre de l’islam », a indiqué un ami du maitre décédé. « C’est pour ça qu’ils l’ont tué. »

D’autres habitants pensent que le meurtre d’Abdoul Salam Maïga pourrait être lié aux tensions de longue date entre les communautés songhaï et bella à Tonka. Les Songhaï sont largement considérés comme les fondateurs de la ville, tandis que les Bella, un sous-groupe du peuple touareg, ont toujours été perçus comme les descendants des communautés asservies de la région. Alors que les groupes armés islamistes ont gagné en puissance et en armement dans la région, ils ont aussi recruté massivement au sein des communautés bellas, provoquant un changement de dynamique du pouvoir, ce qui, selon les habitants, pourrait avoir contribué au meurtre du maitre coranique songhaï.

En novembre 2025, à Tonka, des combattants du GSIM avaient enlevé puis exécuté publiquement Mariam Cissé, une influenceuse sur les réseaux sociaux issue de la communauté songhaï, l’accusant de collaborer avec l’armée malienne.

Abus commis par l’armée malienne

Sarkala Werè, région de Ségou, le 14 mai

Le 14 mai, vers 9 heures du matin, des dizaines de soldats maliens à bord d’au moins 10 pick-up, accompagnés de miliciens dozos sur une vingtaine de motos, sont entrés dans le village de Sarkala Werè et ont tiré sur les civils qui tentaient de fuir ou de se cacher. Ils ont tué au moins 31 civils peuls, y compris 23 enfants, dont 13 âgés de moins de 10 ans, et une femme, ont incendié des maisons et ont volé près de 700 animaux. Deux survivants ont déclaré que, bien que le GSIM opère aux alentours de Sarkala Werè, aucun combattant du GSIM ne se trouvait dans le village avant ou pendant l’attaque, qui, selon eux, a visé les habitants uniquement parce qu’ils étaient Peuls. L’attaque a provoqué le déplacement de l’ensemble de la communauté.

Les groupes armés islamistes, y compris le GSIM, ont longtemps recruté dans les communautés peules de la région. Les autorités maliennes et les milices ethniques qui leurs sont alliées ont à plusieurs reprises assimilé les civils peuls aux combattants islamistes pour justifier les meurtres et autres abus graves.

Les Dozos, ou « sociétés de chasseurs traditionnels », composés en grande partie de membres de l’ethnie bambara, opèrent en tant que milices d’autodéfense dans les régions de Ségou et Mopti depuis 2014. Human Rights Watch a documenté les abus répétés commis par des membres dozos à l’encontre de civils peuls, ainsi que des cas dans lesquels des Dozos et d’autres milices ont agi en tant que mandataires des forces armées maliennes.

Selon des témoins, les soldats et les miliciens sont arrivés en provenance de Dougabougou, à environ 15 kilomètres au nord de Sarkala Werè, et se sont divisés en deux groupes, dont l’un s’est positionné dans une forêt voisine. Les habitants ont raconté que les civils peuls avaient l’habitude de s’enfuir dans la forêt à l’approche de l’armée en raison des abus répétés contre leur communauté. Ils pensaient que les soldats avaient anticipé leurs itinéraires pour s’échapper et organisé l’attaque en conséquence.

Un homme de 65 ans a reconnu les Dozos à leurs vêtements traditionnels « avec un chapeau à cornes et des grigris [amulettes] ». Il a raconté :

Les Dozos et les soldats ont juste ouvert le feu. […] Je me suis enfui et je n’ai pas été touché par les balles. Ils nous ont poursuivis – hommes, femmes et enfants. Nous nous sommes tous mis à courir vers la forêt. […] Quand nous y sommes arrivés, les soldats qui s’y cachaient ont commencé à nous tirer dessus […] un par un, à bout portant.

Un homme de 36 ans a déclaré que les assaillants « nous ont poursuivis comme des chasseurs poursuivant les pintades dans la brousse ». Il a ajouté qu’il a vu des soldats tirer sur son fils avant de s’enfuir dans la forêt, où il s’est caché. Il est revenu au village vers 17 heures pour trouver les lieux « dans la désolation totale » :

Mon seul garçon avait été tué d’une balle dans le ventre. […] J’ai trouvé son corps gisant […] à seulement 200 mètres devant la maison. […] Nous avons attendu la nuit pour commencer à ramasser les corps dans le village et ses environs. Nous avons d’abord retrouvé 24 corps, tous des enfants, à l’exception d’une femme. […] Le lendemain matin, nous avons cherché d’autres corps dans la forêt. Nous avons fini par en découvrir sept, tous des hommes. […] Alors nous avons mis tous les enfants dans une fosse commune et les hommes dans une autre fosse commune et la femme a été enterrée seule à côté des enfants.

Human Rights Watch a examiné une vidéo montrant vraisemblablement les corps de victimes de Sarkala Werè, qui a été filmée dans la nuit du 14 mai. La vidéo, éclairée par une lampe de poche, montre au moins 14 corps, probablement tous des hommes ou jeunes hommes, portant des vêtements civils. On y voit au moins un enfant. Human Rights Watch n’a pas pu confirmer la date ni le lieu de cette vidéo.

Des témoins ont également déclaré que l’armée et les miliciens avaient brûlé au moins 10 huttes de paille et volé du bétail. Les images satellites du 20 mai analysées par Human Rights Watch révèlent au moins 25 huttes de paille incendiées dans le village.

Click to expand Image Image satellite datée du 20 mai 2026 montrant au moins 25 huttes en paille incendiées à Sarkala Werè, dans la région de Ségou, au Mali. Image © 2026 Planet Labs PBC. Graphique © 2026 Human Rights Watch.

Une organisation malienne de défense des droits humains et des médias internationaux ont également fait état de l’incident. Le chef d’état-major de l’armée malienne n’a commenté aucune des opérations dans le secteur.

Human Rights Watch a reçu une liste établie par des habitants avec les noms des 31 victimes, dont 23 enfants, âgés de 2 à 16 ans, 7 hommes, âgés de 35 à 76 ans, et une femme de 40 ans.

Guirowel, région de Mopti, le 17 mai

Le 17 mai, vers 6 heures du matin, des soldats maliens sont arrivés à bord d’au moins 4 pick-up et d’une centaine de motos et ont encerclé Guirowel, un village peul dans une zone contrôlée par le GSIM. Les soldats venaient de la direction de Sévaré, à 15 kilomètres au sud de Guirowel. Ils ont ouvert le feu sur des villageois qui se trouvaient à l’extérieur de leurs maisons, tuant sept hommes et provoquant la fuite de tous les habitants. Deux témoins ont raconté que certains soldats ont tenté de faire cesser les tirs, mais d’autres ont continué à tirer. Après les meurtres, les soldats ont rassemblé une dizaine d’hommes, mais les ont libérés et ont quitté le village vers 9 heures du matin.

Un homme de 50 ans dont le frère a été tué sommairement par les soldats a expliqué :

J’ai entendu les soldats se crier les uns aux autres, en bambara : « Arrêtez de tirer ! Juste attrapez-les ! » Malheureusement, le mal était déjà fait. […] Lorsque les soldats des quatre pick-up sont allés plus loin dans le village, les ordres ont changé et ils ont commencé à nous rassembler, avant de changer d’avis à nouveau et de nous laisser partir. […] Mon frère est sorti [de la maison] et […] a été abattu sous mes yeux.

Un autre homme, âgé de 45 ans, a raconté avoir vu des soldats tirer mortellement sur son frère de 28 ans dans l’abdomen « juste devant chez lui ». Il a précisé que, lorsque les militaires sont partis, « nous avons récupéré les corps et les avons transportés au cimetière [et] avons procédé à l’enterrement de chaque victime vers 16 heures ». Il a ajouté qu’avant de partir, les soldats « nous ont avertis : “Pour aujourd’hui, ce n’est pas grand-chose. La prochaine fois que nous viendrons et que nous vous trouverons ici, nous tuerons tout le monde.” »

Human Rights Watch a examiné une liste établie par des habitants avec les noms des sept victimes, tous des hommes peuls âgés de 28 à 47 ans. Human Rights Watch a également analysé deux photographies montrant les corps de deux hommes, fournies par leurs familles.

Deux témoins ont indiqué que les militaires avaient attaqué Guirowel à deux reprises avant l’attaque du 17 mai, à savoir le 3 mai, lorsqu’ils ont brûlé la maison d’un homme qu’ils accusaient d’avoir des liens avec le GSIM, et le 10 mai, lorsqu’ils ont fouillé des maisons. Les villageois ont déclaré avoir fait part de leurs préoccupations concernant la conduite des soldats aux autorités militaires locales, qui leur ont assuré que l’armée était là pour protéger les civils.

Frappes de drones militaires présumées

Le Mali possède et utilise des drones Bayraktar TB2 de fabrication turque depuis 2022.

Guimbé, région de Mopti, le 25 avril

Dans la soirée du 25 avril, une munition explosive, apparemment larguée par un drone militaire, a frappé un groupe de combattants du GSIM et de civils près des berges de la rivière Bani dans le village de Guimbé, à quatre kilomètres au sud de la ville de Mopti, tuant au moins 12 enfants et adolescents et plusieurs combattants. Quatre témoins ont raconté que des combattants du GSIM étaient actifs dans la ville de Mopti ce jour-là, occupant brièvement les bureaux du gouvernement et attaquant une banque, et qu’au moment de la frappe, « une colonne de djihadistes » traversait la rivière « de manière désordonnée ».

Un homme de 49 ans dont le fils de 18 ans a été tué dans la frappe a déclaré :

Les cinq enfants qui étaient autour de la moto sont morts […] Il y avait aussi de jeunes enfants qui se baignaient. Ils ont été touchés par des fragments. Nous avons retrouvé certains enfants morts dans l’eau. Certains ont été coupés en morceaux, leurs corps déchiquetés. Quant aux cinq enfants qui lavaient la moto, nous ne les avons reconnus que par leurs têtes, leurs pieds et leurs chaussures. Quant aux jeunes enfants, certains avaient été touchés à l’abdomen, d’autres à la tête.

Un homme de 45 ans a décrit qu’il a entendu un sifflement suivi d’une forte explosion : « Des femmes se sont mises à crier et la nouvelle s’est répandue très vite. […] Nous avons trouvé 12 enfants morts sur-le-champ, dont mon enfant de 8 ans […] [qui] respirait encore un peu. Mais quand je l’ai pris dans mes bras, il est mort. »

Un autre homme a raconté :

Le soir, nous n’avons pas pu enterrer les morts parce que le drone était revenu survoler le village, alors par peur, le chef du village nous a tous ordonné de rentrer chez soi. Le lendemain, nous avons enterré tous les corps au nord du village, non loin de la rivière. Pas tous dans la même fosse commune. Les corps déchiquetés, rassemblés dans des brouettes, ont été enterrés ensemble dans une fosse commune. Les autres, les corps entiers, chacun dans sa propre tombe.

Human Rights Watch a examiné une liste établie par des témoins avec les noms des 12 victimes, tous des garçons âgés de 8 à 18 ans.

Tené, région de San, le 17 mai

Vers 21 heures le 17 mai, une munition explosive, apparemment larguée par un drone qui aurait été commandé par l’armée, a frappé une cour dans la petite ville de Tené, où des personnes s’étaient réunies pour une fête de mariage communautaire, tuant 10 civils et en blessant 10 autres. Parmi les personnes tuées se trouvait le marié, qui s’était rendu en moto au domicile de la fiancée.

Le GSIM opère autour de Tené, mais trois témoins ont déclaré qu’il n’y avait pas de combattants islamistes ou d’autres hommes armés au mariage. Des sources informées ont indiqué qu’au moment de l’attaque, un groupe de combattants du GSIM se dirigeait vers Tené à moto, apparemment avec leurs phares éteints.

Les témoins ont déclaré qu’un drone gris, en forme de petit avion, survolait Tené depuis 18 heures. « Le drone volait haut dans le ciel », a raconté un homme de 50 ans. « J’ai entendu quelque chose comme un bourdonnement, puis l’explosion, qui venait de l’endroit où se trouve le marché aux bestiaux. »

Un homme de 45 ans qui s’est précipité sur les lieux a expliqué qu’il avait trouvé « de jeunes hommes et femmes morts, leurs corps déchirés, leurs têtes brisées, leurs ventres ouverts et des personnes gravement blessées qui hurlaient ». Il a ajouté que « des animaux ont également été tués et qu’au moins 10 motos ont été brûlées ».

« Le lendemain, nous avons procédé à l’enterrement », a relaté un homme de 34 ans. « Nous avons creusé 10 tombes au cimetière et nous avons prié pour les victimes. »

Human Rights Watch a géolocalisé le lieu de la frappe sur la base des témoignages et d’une série de six photographies publiées par un média local montrant deux maisons endommagées, un mur détruit et deux motos calcinées dans une cour résidentielle.

Human Rights Watch a examiné une liste établie par des habitants de 10 personnes tuées : 6 femmes, âgées de 18 à 34 ans, et 4 hommes, âgés de 18 à 23 ans.

Click to expand Image Site de la frappe apparente de drone du 17 mai 2026 à Téné, dans la région de San, au Mali. Image © 2026 Airbus. Google Earth. Graphique © 2026 Human Rights Watch.

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26.06.2026 à 17:46

Tunisie : Une défenseure des droits condamnée à 25 ans de prison

Human Rights Watch

Click to expand Image Sihem Bensedrine. © 2018 Nicolas Maeterlinck/AFP via Getty Images

(Beyrouth, 26 juin 2026) – Le 26 juin 2026, un tribunal de Tunis a condamné Sihem Bensedrine, 75 ans, éminente défenseure des droits humains et ancienne présidente de l’Instance Vérité et Dignité, à une peine cumulative de 25 ans de prison ainsi qu’à une lourde amende, apparemment en représailles à son travail. Sa condamnation est la dernière en date dans la campagne de répression que mène depuis des années le gouvernement du président Kais Saied contre la société civile et l’opposition en Tunisie. 

La déclaration suivante peut être attribuée à Bassam Khawaja, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch :

« La condamnation abusive et la peine de 25 ans de prison infligées à Sihem Bensedrine reflètent la cruauté du gouvernement du président Kais Saied, qui cherche à étouffer les droits humains et la justice sociale en Tunisie. Des décennies durant, Sihem Bensedrine a été harcelée, emprisonnée et exilée en raison de son travail en défense des droits humains. Ce verdict la maintiendrait en prison jusqu’à ses 100 ans. Les autorités tunisiennes devraient immédiatement annuler cette condamnation et abandonner ces poursuites abusives. »

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25.06.2026 à 06:01

États-Unis : Hausse du nombre de décès de personnes détenues par ICE sous Trump

Human Rights Watch

Click to expand Image Les silhouettes de deux personnes détenues par l’agence américaine de l'immigration et des douanes (ICE) étaient visibles derrière une fenêtre du centre de détention de Delaney Hall, à Newark (New Jersey), le 26 mai 2026. © 2026 Adam Gray/Getty Images 52 personnes détenues par l’agence ICE (Immigration and Customs Enforcement) sont décédées au cours des 500 premiers jours du second mandat du président Trump, ce qui reflète une forte hausse du taux de mortalité. L’agence ICE limite si fortement les informations qu’elle fournit au Congrès, aux familles et au public que tout contrôle est pratiquement impossible. Le Département de la sécurité intérieure (DHS) et le Congrès devraient agir immédiatement pour réduire le nombre de personnes en détention et garantir l’accès à des soins de santé adéquats, conformément aux obligations des États-Unis en matière de droits humains.

(Washington, 25 juin 2026) – Le taux de décès parmi les personnes détenues aux États-Unispar l’agence de l'immigration et des douanes (Immigration and Customs Enforcement, ICE) a fortement augmenté, avec au moins 52 décès signalés depuis le début du mandat actuel du président Donald Trump, ont déclaré Human Rights Watch et Physicians for Human Rights dans un rapport conjoint publié aujourd’hui.

25 juin 2026 Dying in Detention

Ce rapport de 73 pages, intitulé « Dying in Detention: Rising Deaths in an Expanding US Immigration Detention System » (« Mourir en détention : Hausse du nombre de décès dans un système de détention des migrants en expansion aux États-Unis »), documente la hausse du nombre de décès survenus sous la garde de l’ICE, à l’aide d’analyses statistiques et médicales menées par des experts. Le rapport, en exposant cette augmentation du taux de mortalité, soulève de sérieuses questions quant à l’adéquation des soins de santé fournis par l’ICE et de son personnel sous contrat. La hausse du taux de mortalité est observée alors que l’administration Trump soumet un nombre record d’immigrés à une détention obligatoire, y compris dans des conditions inhumaines et dégradantes, tout en démantelant les mécanismes de contrôle interne.

« Le taux de mortalité des personnes placées en détention par l’ICE atteint son plus haut niveau depuis de nombreuses années, même en tenant compte de la forte augmentation du nombre de détentions », a déclaré Brian Root, conseiller senior auprès de la division Technologie et droits humains à Human Rights Watch. « Le Département de la sécurité intérieure et le Congrès devraient agir immédiatement pour réduire le nombre de personnes en détention et améliorer les conditions de détention, notamment en garantissant l’accès à des soins de santé adéquats, conformément aux obligations des États-Unis en matière de droits humains. »

Human Rights Watch a mené une analyse quantitative des décès survenus sous la garde de l’ICE entre le 1er octobre 2015 et le 4 juin 2026, et a examiné les tendances de l’évolution du taux de mortalité durant cette période. Parallèlement, Physicians for Human Rights a réalisé une analyse médicale des 39 décès survenus sous la garde de l’ICE au cours de la première année de l’actuelle administration Trump, en s’appuyant principalement sur des informations publiques limitées.

Les deux organisations ont examiné plusieurs cas de manière plus approfondie que ce qui avait été rapporté précédemment, en s’appuyant sur des entretiens avec des proches des personnes décédées, des avocats et d’anciens codétenus, et, dans deux cas, en examinant des dossiers médicaux complémentaires. 

Dans l’un de ces cas, Maksym Chernyak, un homme ukrainien âgé de 44 ans, a été victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC) après avoir présenté des signes clairs d’une urgence médicale, dont le personnel pénitentiaire a été témoin sans y réagir à temps. Le retards pris pour son transfert vers un centre de soins spécialisés a presque certainement contribué à son décès, selon les deux organisations.

Dans un autre cas, Lorenzo Antonio Batrez Vargas, âgé de 32 ans, est décédé en détention de l’ICE en 2025, après avoir été diagnostiqué positif au Covid-19 et avoir passé 12 jours en isolement. Pour accéder aux dossiers relatifs à sa détention, à son traitement et à son décès, la famille de Lorenzo Vargas a déposé une demande en vertu de la loi sur la liberté d’information (Freedom of Information Act) en octobre 2025, suivie d’une action en justice en décembre. Début mai 2026, elle n’avait toujours reçu aucune information supplémentaire. 

« Seule une mère qui a perdu son enfant sait ce que je ressens », a déclaré sa mère. « Je voudrais que mon fils soit en vie, mais suis impuissante. » 

Au cours de la première année du second mandat de Trump, le nombre de personnes placées en détention par l’ICE a augmenté de 77 %, passant d’environ 40 000 personnes à plus de 71 000 personnes en janvier 2026. 

Nombre de personnes personnes migrantes détenues aux États-Unis (moyenne mensuelle) Click to expand Image Ce tableau montre la hausse du nombre de personnes migrantes détenues aux États-Unis, de décembre 2015 à juin 2026. De gauche à droite, ces chiffres correspondent à la présidence de Barack Obama, de Donald Trump (1er mandat), de Joe Biden et de Donald Trump (2ème mandat). Les chiffres ont fortement baissé lors de l’épidémie de Covid-19, avant de grimper lors du mandat de Biden et du 2ème mandat de Trump. Sources : Immigration and Customs Enforcement (ICE), Deportation Data Project. Graphisme © 2026 Human Rights Watch

Durant cette même période (second mandat de Trump), le taux de décès en détention sous la garde de l’ICE a grimpé de 140 %. 

Nombre de décès mensuels dans les centres de détention de personnes migrantes aux États-Unis (décembre 2015 – 4 juin 2026) Click to expand Image Ce tableau montre la hausse du nombre de décès mensuels dans les centres de détention de personnes migrantes aux États-Unis, de décembre 2015 au 4 juin 2026. De gauche à droite, ces chiffres correspondent à la présidence de Barack Obama, de Donald Trump (1er mandat), de Joe Biden et de Donald Trump (2ème mandat). Sources : Immigration and Customs Enforcement (ICE), American Immigration Lawyers Association (AILA). Graphisme © 2026 Human Rights Watch

Human Rights Watch et Physicians for Human Rights ont documenté des conditions de détention abusives dans des centres de rétention aux États-Unis depuis les années 1990.

Le gouvernement Trump a démantelé les mécanismes de contrôle interne, déjà limités, au sein du Département de la Sécurité intérieure (Department of Homeland Security, DHS) dont l’ICE fait partie, rendant ainsi plus difficile l’obtention d’informations, l’exercice de recours en cas d’abus ou la mise en cause de la responsabilité de l’agence et de ses sous-traitants.

Human Rights Watch et Physicians for Human Rights ont constaté que l’ICE ne divulguait pas suffisamment d’informations sur les circonstances entourant les décès survenus sous sa garde, laissant sans réponse des questions cruciales concernant les soins prodigués aux personnes détenues et la conformité de ces soins aux normes internationales en matière de droits humains. De plus, les rapports de l’agence sont souvent tardifs, ce qui constitue une violation manifeste de ses propres obligations en la matière, qui prévoient la divulgation publique d’un décès dans les 48 heures, ainsi qu’un rapport public plus détaillé dans les 30 jours. Le caractère limité des informations actuellement disponibles soulève de graves inquiétudes quant à la nature de bon nombre de ces décès et à l’adéquation des soins prodigués aux personnes en détention. 

« L’ICE limite si sévèrement les informations qu’elle fournit au Congrès, aux familles et au public que tout contrôle est pratiquement impossible », a déclaré Dre Katherine Peeler, co-auteure du rapport, professeure adjointe de pédiatrie à la Harvard Medical School et conseillère médicale auprès de Physicians for Human Rights. « Dans les cas où nous avons accès aux dossiers de l’ICE et à ceux d’hôpitaux externes, nous constatons un manquement stupéfiant au devoir de diligence. »

Les décès de personnes placées en détention par les services d’immigration américains indiquent des violations potentielles du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), qui protège le droit à la vie et oblige les États à prendre des mesures pour préserver la vie des personnes placées sous leur garde. Les mauvaises conditions de détention et l’absence de soins médicaux adéquats peuvent également constituer des violations de l’interdiction des traitements cruels, inhumains ou dégradants prévue par le PIDCP et la Convention contre la torture (Convention Against Torture, CAT).

Le Département de la Sécurité intérieure (DHS) et ses sous-traitants devraient rendre compte pleinement, publiquement et en temps opportun de chaque décès survenu sous leur garde. Le Congrès devrait réduire le nombre de personnes placées en détention, privilégier les mesures alternatives et suspendre tout financement destiné à une nouvelle extension du système de détention. Le Département devrait aborder résolument les problèmes de l’augmentation du nombre de décès, de l’insuffisance des soins médicaux, ainsi que des manquements chroniques du DHS en matière de transparence et de communication d’informations. Le Congrès devrait également mettre en place de nouveaux mécanismes de contrôle indépendants dotés d’une réelle capacité de suivi, notamment des enquêtes indépendantes obligatoires sur chaque décès survenu en détention, ainsi que la publication de tous les rapports d’enquête sur les décès et des rapports d’autopsie, et imposer des sanctions à l’ICE en cas de non-respect de ces dispositions. 

Le financement du DHS a considérablement augmenté avec la récente allocation de 70 milliards de dollars jusqu’en 2029. Le Congrès devrait légiférer pour mettre en place des mécanismes de contrôle autonomes, afin de garantir que ces fonds ne servent pas à étendre un système abusif qui n’a pas su protéger des vies. 

« Les familles ont le droit de savoir ce qui est arrivé à leurs proches placés en détention par l’ICE », a conclu Katherine Peeler. « Tant que des personnes sont détenues par les services d’immigration américains, le gouvernement a l’obligation légale et morale de protéger leur vie, et lorsqu’il y parvient pas, il a l’obligation publique de rendre compte de ce qui s’est passé. À l’heure actuelle, il manque à toutes ces obligations. »

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Articles

20Minutes/AFP  France24  Le Monde

Ouest-France  L’Humanité Paris Match

J. de Montréal  Lessentiel.lu

 

24.06.2026 à 07:00

Cameroun : La promesse non tenue de réduire les violences basées sur le genre

Human Rights Watch

Click to expand Image © 2026 Diana Ejaita pour Human Rights Watch Les femmes et les filles au Cameroun sont confrontées à des violences domestiques et à une discrimination de genre continues, sans véritable protection ni accès à la justice.Les inégalités de genre systémiques enracinées, les lois discriminatoires et la faiblesse des institutions, exacerbées par le sous-investissement chronique dans la prévention et le soutien aux survivantes, alimentent les violences. Le gouvernement devrait d’urgence réformer les lois discriminatoires sur la famille, actualiser et adopter le Code de la famille en projet depuis longtemps, instaurer une réponse nationale coordonnée aux violences domestiques et veiller à ce que les services soient accessibles dans tout le pays.

(Nairobi) – Le gouvernement du Cameroun a manifestement failli à son engagement pris il y a plus d’une décennie de réduire considérablement les violences à l’égard des femmes et des filles, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Cet échec laisse les victimes et les survivantes exposées à des préjudices sans véritable protection ni accès à la justice, alors même que les autorités reconnaissent que les violences à l’égard des femmes et des filles s’aggravent.

Le rapport de 86 pages, intitulé « “Je vis dans l’insécurité permanente” : Discrimination, manque d’autonomie économique et violences à l’égard des femmes au Cameroun », documente les violences généralisées faites aux femmes, y compris les violences physiques, psychologiques et économiques, qui sont le plus souvent infligées par les maris et les partenaires intimes. Les chercheur-euse-s ont constaté que les abus physiques et économiques étaient utilisés pour restreindre l’accès aux ressources financières, à la sécurité sociale, à l’emploi, à la propriété et à l’indépendance économique. Ces violences ne sont pas des incidents isolés ; elles sont en réalité enracinées dans des inégalités de genre bien ancrées, des lois discriminatoires et des institutions faibles, et sont exacerbées par un sous-investissement chronique du gouvernement dans la prévention et le soutien aux survivantes.

24 juin 2026 « Je vis dans l’insécurité permanente »

« La violence à l’égard des femmes n’est pas simplement le fait d’actes violents commis par des individus : elle est rendue possible et aggravée par des lois discriminatoires et des défaillances institutionnelles du Cameroun qui laissent les survivantes sans protection », a déclaré Juliana Nnoko, conseillère senior auprès de la division Droits des femmes à Human Rights Watch. « Le gouvernement a un besoin urgent de lois, de politiques et de services qui répondent aux réalités des violences domestiques, donnent la priorité à la prévention et aident les survivantes à accéder à la justice. »

Entre septembre et décembre 2024, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 60 femmes qui ont été victimes de violences domestiques et/ou de discrimination, ainsi que trois chefs religieux et sept responsables gouvernementaux qui gèrent des services sociaux à Maroua, Douala et Buéa. Les chercheur-euse-s ont également examiné plusieurs politiques et rapports gouvernementaux sur les violences basées sur le genre.

Bon nombre des femmes interviewées ont subi des conséquences économiques qui les ont enfermées dans des relations violentes en raison de la perte d’accès à leur revenu, à leur terre, à leur logement, à un emploi rémunéré et à la sécurité sociale. Les maris ont vendu des biens acquis conjointement sans consulter ou indemniser leur épouse, saboté des opportunités d’emploi, annulé des baux commerciaux et détruit du matériel professionnel.

Une femme a raconté qu’elle a passé près de trois décennies confinée dans la propriété familiale : il lui était interdit de sortir, de parler à d’autres personnes ou de réaliser son souhait de créer une petite entreprise, et elle était battue lorsqu’elle désobéissait.

Les femmes ayant demandé de l’aide aux autorités ont décrit avoir subi des pressions pour les amener à se réconcilier avec leurs agresseurs, avoir été tenues pour responsables des violences subies ou avoir fait l’objet de représailles après avoir dénoncé des abus. Plusieurs ont indiqué que leurs maris avaient des liens avec des policiers ou des autorités locales, ce qui rendait le signalement encore plus dangereux ou impossible.

« Je suis allée au commissariat de police, pensant qu’ils convoqueraient [mon mari] », a relaté Yvonne D., une femme de 54 ans travaillant dans le traitement de données à Douala, dont le nom complet, comme celui des autres femmes, n’est pas mentionné pour des raisons de sécurité. « Au lieu de cela, le policier a écouté sans prendre de notes, a souri et a simplement dit : “Vraiment ! Les femmes !” Quand je suis rentrée à la maison et que mon mari a découvert que j’étais allée voir la police, il m’a battue sévèrement devant nos enfants et m’a mise à la porte. »

L’obligation de rendre des comptes pour les abus reste limitée, ce qui renforce le climat d’impunité. « La famille, les affaires sociales et la police m’ont conseillé de persévérer [dans la préservation de mon mariage] pour le bien de mes enfants », a expliqué Rosalind E., coiffeuse de 44 ans vivant à Buéa. Lorsqu’elle s’est rendue au poste de police, une commissaire lui a recommandé « d’abandonner parce que c’est une affaire de famille ». Le procureur de l’État lui a également conseillé de stopper la procédure après l’arrestation de son mari, parce que celui-ci n’était pas disposé à coopérer avec la police.

En raison de la discrimination structurelle au Cameroun, les femmes sont systématiquement dépossédées de leurs terres et de leurs biens par des proches et des parents par alliance de sexe masculin, même lorsqu’elles possèdent des documents prouvant la propriété. Les frères et les oncles exploitent leur autorité pour s’emparer des terres ou les vendre, souvent au mépris des souhaits des parents décédés, tandis que les veuves sont intimidées en vue de les faire renoncer à leurs droits.

Toutes les femmes âgées interviewées ont décrit avoir subi des formes de discrimination multiples et croisées, y compris des obstacles à l’héritage de leurs parents, des droits discriminatoires sur les biens matrimoniaux pendant le mariage et lors du veuvage, et des barrières sexospécifiques à l’accès aux pensions et aux services publics essentiels. Malgré les procès et les documents officiels, les femmes restent vulnérables et privées de leur droit à la propriété.

En 2011, le gouvernement camerounais s’est engagé à lutter contre les violences basées sur le genre, notamment en réduisant leur prévalence de moitié. Cependant, au cours des 15 années qui ont suivi, le gouvernement n’a pas pris de mesures significatives pour respecter cet engagement. Un Code de la famille révisé, une réforme juridique indispensable pour protéger les droits des femmes et se conformer aux obligations du Cameroun en vertu du droit international, est en projet depuis plus de 20 ans. Le Cameroun ne dispose d’aucune politique ou directive nationale sur les violences domestiques.

Le cadre juridique actuel régissant les relations familiales contient des dispositions discriminatoires qui désignent les maris comme chefs de famille et principaux gestionnaires des biens matrimoniaux. Ces dispositions affaiblissent le pouvoir de décision des femmes quant au lieu de résidence, à l’emploi et à la gestion des biens immobiliers, piégeant les femmes dans des mariages violents.

La police, les professionnels de santé et les autorités judiciaires sont mal équipés pour protéger les survivantes ou traduire en justice les auteurs d’abus. Le gouvernement ne possède pas de système global et coordonné pour le recueil ou la ventilation des données sur les violences basées sur le genre, ce qui dissimule la véritable ampleur du problème, y compris la prévalence des violences domestiques et même des féminicides, aux décideurs et au public.

Le Cameroun est un État partie à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et au Protocole de Maputo de l’Union africaine; ces deux traités exigent que les gouvernements éliminent les lois discriminatoires, préviennent la violence à l’égard des femmes et des filles et garantissent des recours efficaces aux survivantes. Ces obligations comprennent l’adoption de mesures pour respecter, protéger et appliquer les droits des femmes à l’intégrité corporelle, à la non-discrimination et aux droits économiques, sociaux et culturels, y compris leurs droits à la propriété, au logement, à la santé, à la sécurité sociale, au travail et à un niveau de vie suffisant. La violence domestique n’est pas une affaire familiale privée : c’est une atteinte grave aux droits humains que les gouvernements doivent s’employer à prévenir et à résoudre, a déclaré Human Rights Watch.

Les obligations internationales du Cameroun exigent une réforme légale, un financement durable des services centrés sur les victimes et une responsabilisation efficace des auteurs d’abus. Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais et son président, Paul Biya, gouvernent le Cameroun depuis plus de quatre décennies. Il n’est pas question ici de l’inaction de plusieurs gouvernements successifs : c’est le même parti et le même président qui portent la responsabilité continue de l’absence de mesures législatives significatives depuis des décennies pour éliminer les violences à l’égard des femmes.

« Le gouvernement devrait d’urgence réformer les lois discriminatoires sur la famille, actualiser et adopter le Code de la famille en projet depuis longtemps, instaurer une réponse nationale coordonnée aux violences domestiques et veiller à ce que les services soient accessibles dans tout le pays », a conclu Juliana Nnoko. « Être une femme au Cameroun ne devrait pas signifier d’avoir à subir la discrimination et la violence. »

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23.06.2026 à 22:00

États du Golfe : Les travailleurs migrants peu protégés contre la chaleur

Human Rights Watch

Click to expand Image Des ouvriers du bâtiment sur un chantier à Doha, au Qatar, le 16 novembre 2022. De nombreux ouvriers sur les chantiers des pays du golfe Persique sont des travailleurs migrants. © 2022 ddp images via AP Photo

(Beyrouth, 23 juin 2026) – Les pays membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG, ou GCC en anglais) exposent les travailleurs migrants à un nouvel été meurtrier sans leur offrir de mesures adéquates de santé et de sécurité au travail, alors que les températures atteignent des niveaux dangereux, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. 

Les travailleurs migrants, en particulier ceux qui travaillent à l’extérieur, sont confrontés à une chaleur extrême en accomplissant des tâches physiquement éprouvantes, tout en répondant aux fréquentes exigences de leurs employeurs. « La chaleur est si intense qu’elle dépasse les limites de ce qu’une personne ordinaire peut supporter », a déclaré un travailleur. 

« Malgré de nombreuses preuves concernant la hausse des températures mondiales et les risques sanitaires graves liés à l’exposition à la chaleur extrême, les États du Golfe tardent à adopter des mesures de protection adéquates », a déclaré Michael Page, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Les États du Golfe ont les moyens et la capacité d’adopter de telles mesures, notamment en limitant les horaires de travail en fonction de seuils de température réels, au lieu d’imposer des horaires fixes. »

Entre février et mai 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 20 travailleurs migrants originaires du Bangladesh, du Népal et du Pakistan, employés en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis, au Koweït et au Qatar, dans le secteur du bâtiment et dans la livraison à vélo de produits commandés via des applications ; les discussions ont porté sur les questions de la chaleur et des problèmes de santé et de sécurité au travail. C’est la quatrième année consécutive que Human Rights Watch mène de tels entretiens afin de mieux comprendre les risques liés à la chaleur extrême.

Le mois de juin marque le début de la période d’application des interdictions de travail à midi dans plusieurs États du Golfe ; il s’agit de leur seule mesure de protection contre l’exposition à la chaleur, qui interdit le travail en extérieur à certaines heures pendant les mois d’été. Ces interdictions s’appliquent généralement de juin à août ou septembre. et limitent le travail en extérieur entre la fin de la matinée et le milieu de l’après-midi. 

Cependant, de plus en plus de données scientifiques démontrent les limites des interdictions basées sur le calendrier et les horaires pour protéger les travailleurs contre les risques sanitaires liés à la chaleur.

Un ouvrier du génie civil basé aux Émirats arabes unis a qualifié la chaleur d’« insupportable » et s’est souvenu avoir travaillé en plein air alors que les températures atteignaient 48 degrés Celsius (118,4 degrés Fahrenheit). « En été, il devient difficile de travailler dès 7 h 30 ou 8 h du matin, mais nous devons travailler jusqu’à 11 h 30 quoi qu’il arrive. C’est le moment le plus difficile. » Il a ajouté que les travailleurs migrants des pays du Golfe doivent se préparer mentalement à l’été à venir en se demandant : « Comment allons-nous tenir le coup cette année ? » 

L’exposition à une chaleur extrême peut provoquer des coups de chaleur mortels, aggraver des pathologies préexistantes, altérer les fonctions cognitives et augmenter le risque d’accidents du travail. Elle peut également causer des séquelles durables, notamment une insuffisance rénale, voire un décès prématuré. 

Un travailleur basé aux Émirats arabes unis a déclaré : « Parfois, nous entendons parler de quelqu’un dans une autre entreprise qui s’est effondré à cause de la chaleur et qui est décédé. Quand nous entendons cela, nous en avons la chair de poule. Nous nous disons : “Peut-être que demain, ce sera notre tour. Nous travaillons nous aussi sous la même chaleur.” »

Le sixième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) indique que les vagues de chaleur extrêmes se sont intensifiées dans toute la péninsule arabique, le changement climatique d’origine humaine y jouant un rôle déterminant. Une étude menée en 2024 par l’organisation World Weather Attribution sur la vague de chaleur en Asie occidentale a révélé que le changement climatique d’origine humaine avait rendu ce type de phénomène environ cinq fois plus probable et environ 1,7 °C plus intense qu’il ne l’aurait été sans le réchauffement dû aux combustibles fossiles. Selon une autre étude de World Weather Attribution, le changement climatique rend le pèlerinage du Hadj à La Mecque dangereusement chaud plus tôt dans l’année par rapport au passé ; les hausses de température précédemment observées aux mois d’été (juin-août) se produisent désormais en mai, voire même plus tôt.

Human Rights Watch a mené des entretiens avec six livreurs à vélo dont le travail est lié à des applications en ligne via des plateformes numériques ; ils ont décrit un manque d’espaces de repos frais ou ombragés, une mauvaise visibilité sous un soleil intense, une chaleur déformant leur vision, la surchauffe des appareils nécessaires à leur travail, ainsi que des répercussions directes sur la santé telles que des coups de soleil et des maladies liées à la chaleur, notamment des vertiges et des évanouissements, qu’ils considèrent comme courants.

Ces hommes ont également évoqué les pressions exercées par les entreprises de plateformes, notamment les livraisons urgentes et la crainte de perdre des revenus ou leur emploi, ce qui rend difficile le refus de commandes même lorsque les conditions sont insalubres ou dangereuses.

« Si une commande arrive, il faut la livrer, qu’il fasse chaud ou qu’il pleuve », a déclaré un livreur basé aux Émirats arabes unis. Certains points de retrait proposaient des zones de repos et de l’eau fraîche ; certaines entreprises mettaient à disposition des espaces de repos tels que des bus climatisés ; d’autres encore pouvaient adapter leurs horaires pour inclure les heures nocturnes, plus fraîches.

« Pendant les trois mois de grande chaleur, à certains endroits, tous les 15 à 20 kilomètres, des bus climatisés étaient mis à disposition pour permettre aux livreurs à vélo de se reposer », a expliqué un travailleur. « De l’eau y était également disponible. Si la chaleur devenait insupportable, nous pouvions nous y reposer… mais ces points de repos n’étaient disponibles qu’à certains endroits seulement. » 

Certains pays du CCG, tels que le Koweït et le Qatar, ont explicitement interdit les livraisons à vélo pendant les heures d’interdiction de midi en été. Les Émirats arabes unis ont rendu obligatoires les aires de repos et de rafraîchissement pour les livreurs à vélo, et ont annoncé récemment l’extension de ces zones de repos.

Les États du Golfe devraient adopter des mesures de protection contre la chaleur au travail fondées sur des données probantes, telles que l’indice WBGT (Wet Bulb Globe Temperature), largement utilisé, qui mesure le stress thermique au travail en fonction de la température de l’air et de l’humidité relative. Ces mesures devraient inclure des horaires de travail et de repos fondés sur des données probantes, guidés par les seuils WBGT en temps réel et l’intensité du travail, ainsi que l’accès à de l’eau fraîche et à des zones de repos ombragées et fraîches, afin de prévenir les maladies et les décès liés à la chaleur chez les travailleurs en extérieur. Seul le Qatar, en 2021, a introduit cet indice avec un seuil maximal de WBGT fixé à 32,1 degrés Celsius (89,78 degrés Fahrenheit) pour interrompre le travail en extérieur ; mais ce seuil demeure trop élevé, et des lacunes persistent dans son application.

« Quand on transpire beaucoup, le corps s’affaiblit considérablement », a expliqué un travailleur. « Mais à cause de la pression exercée par l’entreprise, on continue à travailler. L’esprit se dit : “Je peux y arriver”, mais le corps ne suit pas… À chaque saison, quelqu’un s’effondre. »

On observe également des disparités importantes dans les mesures de santé et de sécurité au travail mises en place par les employeurs privés. « Si quelque chose arrive sur le chantier, des soins médicaux sont immédiatement disponibles », a déclaré un ouvrier. « Sur les grands chantiers, des médecins sont présents. Les bonnes entreprises fournissent toutes les installations nécessaires. Dans les petites entreprises, en revanche, ces installations n’existent pas. » 

Un autre ouvrier a ajouté : « Certains chantiers fournissent de l’eau fraîche, d’autres non. Pour rester hydraté, il faut aller fréquemment aux toilettes. Or, de nombreux chantiers de construction ne disposaient pas d’installations sanitaires adéquates. »

Un aide-maçon basé au Qatar a déclaré : « Nous avions des vertiges en travaillant sous la chaleur. Nous nous reposions pendant 5 à 10 minutes, après quoi le contremaître nous rappelait au travail. Si nous nous allongions, il nous criait immédiatement de nous lever et de travailler. » L’aire de repos de son chantier ne disposait ni de climatisation ni de réfrigération pour la nourriture des travailleurs. « Parfois, la nourriture sentait mauvais, et nous devions la jeter. »

L’absence de politiques solides fondées sur des données probantes visant à prévenir l’exposition dangereuse à la chaleur, ainsi que la surveillance insuffisante de la part des autorités, ont transformé la protection contre la chaleur en un jeu de hasard, a déclaré Human Rights Watch, car la santé et la sécurité des travailleurs face à des températures extrêmes dépendent souvent de la bonne volonté des superviseurs et des employeurs.

Un récent rapport de Human Rights Watch concernant les plateformes numériques a révélé que les travailleurs indépendants sont souvent confrontés à des conditions de travail dangereuses, notamment à une chaleur extrême, et ne bénéficient que d’une protection minimale en cas de blessure ou d’incapacité de travail. 

Un nouveau traité de l’Organisation internationale du travail, adopté le 12 juin, établit des normes de travail dans le secteur des plateformes numériques, et comprend une section consacrée à la sécurité et à la santé au travail. Il exige des gouvernements qu’ils prennent des mesures préventives adéquates pour prévenir les accidents du travail, les maladies professionnelles et autres risques pour la santé des travailleurs en plateforme. 

Les gouvernements devraient ratifier sans délai cette convention et la transposer dans leur législation nationale, notamment en adoptant des mesures permettant de remédier de manière adéquate aux risques liés aux vagues de chaleur extrême, a déclaré Human Rights Watch.

« La hausse des températures mondiales rend encore plus dangereuse la chaleur estivale extrême qui sévit déjà dans le Golfe, en particulier pour les millions de travailleurs migrants qui travaillent en plein air sans repos ni hydratation suffisants », a conclu Michael Page. « Les États du Golfe devraient garantir la sécurité et la protection de la santé de tous les travailleurs. » 

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23.06.2026 à 18:32

Une action internationale ferme est essentielle pour mettre un terme aux atrocités au Soudan

Human Rights Watch

Click to expand Image Des personnes soudanaises priaient pour les victimes d'une frappe de drone à El-Obeid, dans l'État du Kordofan du Nord, au Soudan, le 12 janvier 2026. Les Forces de soutien rapide (FSR) étaient suspectées d’avoir mené cette attaque, parmi d'autres. © 2026 El Tayeb Siddig/Reuters

Le 20 juin, le Conseil de sécurité des Nations Unies a signalé un « risque imminent d’atrocités de masse » à El-Obeid, la capitale de l’État du Kordofan du Nord, dans l’ouest du Soudan ; cette région est depuis des mois l’épicentre de combats acharnés entre les Forces de soutien rapide (FSR) et les Forces armées soudanaises (FAS).

Ce conflit, qui a éclaté en avril 2023, a déjà fait des dizaines de milliers de morts, contraint des millions de personnes à fuir leurs foyers et provoqué l’une des pires catastrophes humanitaires au monde.

Le 18 juin, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a également lancé un « avertissement sévère » concernant le risque de nouvelles atrocités, alors que les FSR encerclaient El-Obeid selon les médias.

Lors de sa réunion concernant le Soudan prévue le 26 juin, le Conseil de sécurité devrait examiner la prise de mesures urgentes visant à empêcher les attaques des FSR. Le Conseil devrait imposer de nouvelles sanctions à l’encontre des commandants des FSR et de leurs principaux partisans, notamment aux Émirats arabes unis.

Tout au long du conflit, les FSR ont bénéficié d’un soutien militaire apporté par les EAU. Human Rights Watch a récemment révélé que des centaines de contractuels militaires privés colombiens, apparemment engagés par une société émiratie, ont transité par des installations militaires aux EAU avant d’être déployés au Soudan pour soutenir les FSR.

Certains gouvernements haussent le ton face à la multiplication des atrocités et des crimes de guerre au Soudan. Le 18 juin, au Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève, la Norvège, s’exprimant au nom de la Coalition pour la prévention des atrocités et la justice au Soudan, a exhorté les FSR à « cesser immédiatement » leur assaut contre El-Obeid.

Le soutien des Émirats arabes unis aux FSR doit être mis en lumière. Les preuves de plus en plus nombreuses du soutien matériel apporté par les EAU aux FSR ont conduit à des appels de plus en plus pressants pour que des pressions soient exercées sur ce pays. Les dirigeants du monde entier, en particulier les dirigeants africains et les membres de la Coalition susmentionnée, devraient rompre leur silence sur le rôle insidieux joué par les EAU dans l’attisement de ce conflit, et exiger que ce pays cesse de soutenir les FSR ; à l’inverse, les Émirats devraient user de leur influence sur les FSR pour empêcher de nouvelles atrocités.

L’heure est venue pour les gouvernements de montrer qu’ils se soucient du sort des civils soudanais, en agissant pour empêcher que les ceux-ci ne continuent de payer un prix incommensurable du conflit.

L’heure est venue pour les gouvernements de montrer qu’ils se soucient du conflit soudanais, en agissant pour empêcher que les civils ne continuent de payer un prix incommensurable.

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