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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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11.02.2026 à 00:40

Tunisie : Un avocat de renom détenu arbitrairement

Human Rights Watch

Click to expand Image Des manifestants tenaient une banderole exprimant leur soutien à l'avocat et défenseur des droits humains Ahmed Souab, à Tunis, le 25 avril 2025 ; ils appelaient à sa libération a la suite de son arrestation le 21 avril, sur la base d’accusations liées au terrorisme.  © 2025 Ons Abid/AP Photo

(Beyrouth, 10 février 2026) – Ahmed Souab, avocat et défenseur des droits humains tunisien, condamné à une peine de prison pour des accusations liées au terrorisme, sera rejugé en appel le 12 février 2026, a annoncé Human Rights Watch aujourd'hui. Les autorités tunisiennes devraient immédiatement abandonner ces accusations infondées, libérer Ahmed Souab, et cesser les représailles contre les personnes qui les critiquent, et contre les avocats qui les défendent.

Les autorités tunisiennes ont poursuivi Ahmed Souab, âgé de 69 ans, pour des déclarations faites en dehors du tribunal alors qu'il représentait des accusés dans une affaire notoire de « complot contre la sûreté de l'État ». Le 31 octobre 2025, un tribunal antiterroriste de Tunis l'a condamné à cinq ans de prison et trois ans de surveillance administrative. Son procès n'a duré que quelques minutes ; Ahmed Souab était absent et les journalistes auraient été empêchés d'y assister.

« Ahmed Souab, avocat, ancien juge administratif et fervent défenseur de l’indépendance de la justice, est emprisonné pour le seul fait de son travail de défense et son franc-parler », a déclaré Bassam Khawaja, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Les poursuites abusives dont il fait l’objet pour avoir défendu d’autres personnes contre des poursuites abusives témoignent de l’ampleur de la répression exercée par les autorités tunisiennes contre toute forme de dissidence. »

Des agents antiterroristes ont arrêté Ahmed Souab à son domicile le 21 avril, suite à des déclarations qu’il avait faites après le verdict rendu le 19 avril dans une « affaire de complot ». Ce jour-là, 37 personnes, dont des avocats, des militants et des opposants, ont été condamnées, à l’issue d’un simulacre de procès, à des peines de prison allant de 4 à 66 ans pour terrorisme et atteintes à la sécurité.

Devant le siège du barreau de Tunis, Ahmed Souab aurait déclaré : « Il semble que ce ne soient pas les détenus qui soient menacés au couteau, mais plutôt le président du barreau qui a un couteau [sous la gorge]. » Des extraits vidéo de sa déclaration ont largement circulé sur les réseaux sociaux. Son équipe de défense a expliqué qu'il faisait référence aux pressions exercées sur les juges.

Human Rights Watch a documenté les attaques répétées des autorités contre le pouvoir judiciaire en Tunisie, notamment la dissolution du Conseil supérieur de la magistrature par le président Kais Saied en février 2022. Ces attaques ont gravement porté atteinte à l'État de droit, ont permis à l'exécutif d'instrumentaliser le pouvoir judiciaire à des fins politiques, et ont mis en péril le droit des Tunisiens à un procès équitable, a déclaré Human Rights Watch.

Les autorités judiciaires ont inculpé Ahmed Souab en vertu de la loi antiterroriste de 2015, du Code pénal, du Code des télécommunications et du décret-loi 54 sur la cybercriminalité, notamment pour avoir prétendument « constitué une organisation terroriste », « soutenu des actes terroristes », « menacé de commettre des actes terroristes » et « diffusé de fausses informations ». Il a été maintenu en détention provisoire pendant plus de six mois avant son procès.

Le tribunal a décidé de tenir le procès d’Ahmed Souab par vidéoconférence, invoquant un « danger réel » sans fournir davantage de précisions. Me Souab a refusé d’y assister à distance pour protester contre l’absence de garanties d’un procès équitable.

Les autorités tunisiennes ont de plus en plus recours aux procès par visioconférence dans les affaires de terrorisme, en particulier pour les procès à motivation politique visant des dissidents. La pratique du procès à distance par vidéoconférence est intrinsèquement abusive, notamment parce qu'elle porte atteinte au droit des détenus d'être présentés physiquement devant un juge afin d'évaluer leur bien-être, ainsi que la légalité et les conditions de leur détention.

Le 31 octobre, Souab a été reconnu coupable d’« atteinte à la vie de personnes ayant droit à une protection, pour avoir délibérément divulgué des informations susceptibles de révéler leur identité » et de « menaces en lien avec une infraction terroriste », a indiqué sa famille à Human Rights Watch.

La famille de Souab a déclaré qu'il avait des antécédents de problèmes cardiaques et que son état de santé s'était détérioré en prison. Il a souffert de plusieurs saignements de nez, dont la cause n'a pas été déterminée, ont-ils indiqué.

Au cours des trois dernières années, les autorités ont de plus en plus eu recours à un arsenal juridique agressif, notamment à des accusations infondées d'atteinte à la sécurité et de terrorisme en vertu du code pénal et de la loi antiterroriste de 2015, pour cibler des critiques et des avocats par le biais de harcèlement judiciaire, de poursuites pénales abusives, de détentions arbitraires et d'interdictions de voyager, pour avoir légitimement exercé leur profession.

Les autorités tunisiennes doivent cesser de poursuivre les individus qui exercent leurs droits humains, garantir des procès équitables et libérer toutes les personnes détenues arbitrairement, selon Human Rights Watch.

Les Principes de base des Nations Unies relatifs au rôle du barreau stipulent que les avocats doivent exercer leur profession en toute indépendance, sans ingérence indue des autorités, et interdisent explicitement toute mesure de représailles à leur encontre dans l’exercice de leurs fonctions.

La Tunisie est un État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques et à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, qui garantissent le droit à la liberté d'expression et de réunion, à un procès équitable et à la protection contre l'arrestation ou la détention arbitraires.

« Le procès d’Ahmed Souab a mis en lumière une série de manquements au droit à un procès équitable, qui deviennent monnaie courante dans la poursuite des dissidents en Tunisie », a conclu Bassam Khawaja. « Les autorités devraient mettre fin à leurs poursuites abusives et à leurs ingérences dans les procédures judiciaires. »

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Articles

Kapitalis

10.02.2026 à 18:53

Hong Kong : L’ex-patron de presse Jimmy Lai condamné à 20 ans de prison

Human Rights Watch

Click to expand Image Un véhicule du département des services pénitentiaires de Hong Kong, transportant l’ex-patron de presse et activiste pro-démocratie Jimmy Lai, quittait le Tribunal de première instance de West Kowloon de Hong Kong, suite à sa condamnation à 20 ans de prison, le 9 février 2026. © 2026 Chan Long Hei/AP Photo

(New York, 9 février 2026) – La condamnation par la Haute Cour de Hong Kong de Jimmy Lai, fondateur du journal Apple Daily et activiste pro-démocratie, à 20 ans de prison est un nouveau coup dur pour la liberté des médias, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Il s'agit de la peine la plus sévère prononcée en vertu de la Loi sur la sécurité nationale depuis que le gouvernement chinois a imposé cette législation draconienne à Hong Kong en juin 2020. 

Le 15 décembre 2025, Jimmy Lai, âgé de 78 ans et ayant la double nationalité chinoise et britannique, avait été reconnu coupable de deux chefs d'accusation de « complot en vue de collusion avec des forces étrangères » en vertu de la Loi sur la sécurité nationale, et d’un chef d'accusation de « complot en vue de publier des publications séditieuses » en vertu de l'Ordonnance sur les crimes. Le gouvernement de Hong Kong devrait libérer Lai immédiatement et sans condition.

« La détention préventive et les poursuites sans fondement dont Jimmy Lai a fait l'objet depuis son arrestation en 2020 ont été marquées par une cruauté sans relâche », a déclaré Elaine Pearson, directrice de la division Asie à Human Rights Watch. « La peine de 20 ans infligée à Lai, âgé de 78 ans, qui équivaut en fait à une peine d'emprisonnement à perpétuité, reflète la détermination du gouvernement chinois à écraser le journalisme indépendant et les détracteurs du Parti communiste. »

Six anciens cadres et rédacteurs d'Apple Daily, qui avaient précédemment plaidé coupable à des accusations similaires dans la même affaire, ont également été condamnés à des peines sévères allant de 6 ans et 9 mois à 10 ans de prison. Trois d'entre eux ont témoigné contre Lai, en échange d'une réduction de peine.

Deux activistes liés à l’organisation Stand With Hong Kong, Andy Li et Wayland Chan, étaient accusés d’avoir « conspiré » avec Lai afin de commettre des actes de « collusion avec l’étranger » ; ils ont plaidé coupable et ont témoigné contre Lai, en échange de peines plus légères. Andy Li et Wayland Chan ont été condamnés respectivement à 7 ans et 3 mois de prison, et à 6 ans et 3 mois de prison.

Dans sa décision, le tribunal a estimé que le rôle de Lai en tant que « cerveau et force motrice » derrière les « complots » constituait un facteur aggravant justifiant une peine de prison plus longue. Le tribunal a accordé une légère réduction de peine en raison de certains facteurs – « l'âge avancé et l'état de santé de Lai », ainsi que l'isolement cellulaire dans lequel il a été détenu – mais a déclaré que son « comportement criminel grave et sérieux » justifiait la peine de 20 ans.

Suite à cette décision judiciaire, le commissaire Steve Li, chef du département de la sécurité nationale de la police de Hong Kong, a déclaré que les agents « enquêtaient toujours sur certains aspects » de l'affaire Lai, sans donner plus de détails.

Les autorités de Hong Kong ont déployé d'importantes forces de police à l'extérieur du tribunal. À la veille de l'audience, la police a expulsé une personne de la file d'attente devant le tribunal parce qu'elle avait un porte-clés avec le logo d’Apple Daily. Les agents ont fouillé les personnes présentes au tribunal et ont confisqué divers objets, notamment un bandana aux couleurs du drapeau britannique et des décorations du Nouvel An lunaire. Le jour de l'audience, la police a séparé les journalistes du public, et a empêché les reporters de parler aux personnes qui attendaient pour assister à la procédure.

Les poursuites engagées contre Jimmy Lai ont été entachées de nombreuses violations graves du droit à un procès équitable, notamment le fait d'avoir été jugé par des juges choisis par le gouvernement de Hong Kong, de s'être vu refuser un procès devant jury, d'avoir été soumis à une détention provisoire prolongée et de s'être vu refuser le droit de choisir son avocat. En 2023, la Haute Cour a confirmé la décision du gouvernement d'interdire à un avocat britannique, Timothy Owen, de représenter Lai. Les autorités ont également refusé à Lai l'accès au consulat du Royaume-Uni, en violation de la Convention de Vienne sur les relations consulaires, à laquelle la Chine est pourtant un État partie.

Jimmy Lai purgeait déjà une peine de 5 ans et 9 mois pour « fraude » et « participation à un rassemblement non autorisé ». Il souffre de diabète, et est détenu en isolement cellulaire prolongé, une forme de torture, depuis décembre 2020. Sa famille a exprimé à plusieurs reprises ses inquiétudes quant à la détérioration de son état de santé, notamment des problèmes cardiaques et des signes de déclin physique.

Poursuivre quelqu'un pour avoir exercé son droit à la liberté d'expression viole le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui est intégré dans le cadre juridique de Hong Kong par le biais de sa Loi fondamentale (de facto sa constitution), et de sa Loi sur la déclaration des droits. L’actuel régime juridique de Hong Kong en matière de sécurité nationale est incompatible avec ces garanties des droits humains.

Divers dirigeants et représentants de gouvernements étrangers, ainsi que des parlements étrangers, ont exprimé leur inquiétude au sujet du cas de Jimmy Lai, et ont appelé à sa libération. L’Union européenne (version fr), le Royaume-Uni et les États-Unis ont publié des déclarations critiquant la condamnation de Jimmy Lai, et appelé explicitement à sa libération ; l'Australie a également critiqué le verdict.

Ces derniers mois, cependant, de nombreux dirigeants gouvernementaux en visite en Chine ont largement évité d'aborder les questions relatives aux droits humains, cherchant à développer leurs relations commerciales avec Pékin. Le chancelier allemand Friedrich Merz devrait se rendre à Pékin fin février, et le président américain Donald Trump prévoit de s'y rendre en avril.

Depuis 2020, les autorités de Hong Kong ont arrêté au moins 365 personnes, et condamné 174 personnes en vertu de la Loi sur la sécurité nationale, selon les chiffres officiels ; presque toutes les personnes inculpées finissent par être condamnées.

Peu de gouvernements ont pris des mesures concrètes en réponse à la détérioration rapide des droits et libertés à Hong Kong. Les États-Unis ont imposé des sanctions à des responsables chinois et hongkongais en 2020, 2021 et 2025 pour des violations liées à la Loi sur la sécurité nationale, mais ils ont été le seul gouvernement à le faire. L'Australie, le Royaume-Uni et l'Union européenne, qui disposent de régimes de sanctions en matière de droits humains, devraient imposer des sanctions ciblées aux responsables chinois et hongkongais les plus impliqués dans les violations graves des droits humains, a déclaré Human Rights Watch.

« La condamnation aberrante de Jimmy Lai met à l'épreuve la détermination de la communauté internationale à défendre les libertés fondamentales à Hong Kong et en Chine », a conclu Elaine Pearson. « Les gouvernements étrangers devraient veiller à ce que les autorités chinoises et hongkongaises responsables de l'emprisonnement de cet éminent défenseur de la liberté d'expression et de la démocratie en subissent les conséquences. »

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09.02.2026 à 06:00

Yémen : Les Houthis détiennent arbitrairement des chrétiens

Human Rights Watch

Click to expand Image Des policiers militaires houthis – masqués, casqués et l’arme au poing – patrouillaient à bord d’un véhicule dans une rue de Sanaa, au Yémen, le 16 février 2024. © 2024 Mohammed Hamoud/Getty Images

(Beyrouth) – Les autorités houthies au Yémen ont arrêté arbitrairement plus de 20 chrétiens au cours des trois derniers mois, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Les Houthis devraient les libérer immédiatement, ainsi que les centaines d'autres personnes détenues arbitrairement dans les zones du Yémen sous leur contrôle.

« Au lieu de chercher à réduire les taux alarmants de famine auxquels sont confrontés de nombreux Yéménites, les Houthis ne cessent de procéder à des arrestations et détentions », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse sur le Yémen et Bahreïn à Human Rights Watch. « Les Houthis devraient cesser de détenir des membres de la communauté chrétienne marginalisée et d’autres personnes, et veiller plutôt à ce que tous les habitants des territoires sous leur contrôle aient un accès adéquat à la nourriture et à l'eau. »  

Human Rights Watch a mené des entretiens avec deux membres de la minorité chrétienne au Yémen qui ont rassemblé des informations sur les arrestations, et a examiné des informations diffusées en ligne, notamment des déclarations et des publications sur les réseaux sociaux.

À partir de fin novembre et début décembre 2025, les Houthis ont lancé une campagne d’arrestations arbitraires de chrétiens au Yémen. Selon le Conseil national pour les minorités dans ce pays, ainsi qu’un chrétien yéménite dont Human Rights Watch a recueilli le témoignage, les Houthis ont arbitrairement arrêté sept chrétiens yéménites début décembre, avant de procéder à d’autres arrestations le 24 décembre, veille de Noël. Une autre personne de la communauté chrétienne a déclaré que deux chrétiens avaient aussi été détenus fin novembre. 

Les deux personnes interviewées par Human Rights Watch ont déclaré qu'au 12 janvier, les autorités houthies avaient arbitrairement arrêté plus de 20 chrétiens dans les gouvernorats de Sanaa et d'Ibb, ainsi que dans d’autres zones sous leur contrôle. Selon l'une des personnes, 24 chrétiens avaient été arrêtés ; l’autre personne était au courant de 21 arrestations. 

La première personne a déclaré que son chiffre (24) était basé sur ses communications avec des chrétiens « officiellement » reconnus comme tels, mais qu'il pouvait y avoir eu d'autres cas de détention dont elle n'avait pas connaissance. Le Conseil national pour les minorités a déclaré que « des dizaines » de personnes avaient été détenues dans le cadre de la campagne des Houthis. La plupart de ces cas semblent correspondre à la définition de disparition forcée. 

« Certaines personnes ont été arrêtées dans la rue, d'autres chez elles », a déclaré la deuxième personne. Elle a ajouté que dans les cas dont elle avait connaissance, les autorités n'avaient présenté aucun mandat d'arrêt aux personnes arrêtées. « Les forces de l'ordre ne se sont pas présentées, nous ne savons pas qui elles étaient. Elles ont fait irruption dans les maisons, ont défoncé des portes et ont arrêté les gens de force. » Les personnes interviewées ont déclaré qu'aucune raison justifiant leur arrestation n'avait été donnée aux détenus. 

La première personne a déclaré qu'à sa connaissance, aucune des personnes détenues n'avait pu communiquer avec sa famille, et que les autorités n'avaient pas non plus fourni à leurs familles des informations sur leur lieu de détention lorsqu'elles les avaient demandées. Elle a ajouté que certains détenus souffraient de problèmes de santé, notamment de maladies cardiaques et de diabète, qui nécessitaient des soins médicaux. Elle ne savait pas si elles avaient reçu les soins requis. 

L'autre personne a déclaré qu'elle savait que deux détenus avaient pu brièvement contacter leurs familles par téléphonique, mais que les autres n'avaient eu aucun contact avec leurs proches. « Nous sommes des communautés cachées, marginalisées et prises pour cible par toutes les autorités du Yémen, y compris les autorités religieuses », a déclaré cet individu. « [Nous sommes] poursuivis et persécutés par des dignitaires religieux et par les autorités, dans différentes régions du Yémen. » 

Les disparitions forcées, lors desquelles les autorités détiennent une personne puis refusent de divulguer des informations sur le lieu ou sur les conditions de sa détention, constituent des crimes graves au regard du droit international ; elles sont interdites par le droit international des droits humains, et par le droit international humanitaire.

Selon la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF), on estimait auparavant à 41 000 le nombre de chrétiens au Yémen ; ce chiffre comprenait des Yéménites, des réfugiés et des expatriés étrangers. Cependant, la Commission a affirmé en 2025 que « la communauté s'est réduite à quelques milliers de personnes » ces dernières années, car beaucoup ont fui en raison du conflit. Il est impossible de déterminer des chiffres exacts en raison de l'absence de recensement, et de la crainte de persécution de nombreuses minorités religieuses. 

En 2016, Human Rights Watch a indiqué que le conflit ayant éclaté en 2014 avait des répercussions sur la communauté chrétienne, notamment des attaques contre des croyants et des institutions chrétiennes. Depuis lors, les autorités houthies, ainsi que d'autres autorités yéménites, ont continué à maltraiter les minorités religieuses au Yémen, notamment les chrétiens, les juifs et les bahaïs. En 2023, Human Rights Watch a documenté la détention arbitraire par les Houthis de 17 membres de la communauté bahaïe du Yémen, soumis à des disparition forcées ; ceci a fait suite à d’autres arrestations systématiques de bahaïs menées par les Houthis, depuis plusieurs années.

Les arrestations de chrétiens par les Houthis font également suite aux arrestations, au cours des 18 derniers mois, de centaines de personnes sur le territoire contrôlé par les Houthis ; il s’agit notamment d’employés d’agences humanitaires des Nations Unies, des membres de la société civile, de défenseurs des droits humains, de journalistes et d'autres personnes qui tâchaient d’exercer leur droit à la liberté d'expression. 

« Les Houthis affirment souvent vouloir défendre la justice face à l'oppression occidentale, mais leurs violations continues des droits de leur propre peuple montrent qu’il s’agit de vaines paroles », a conclu Niku Jafarnia. « Ceux qui disent s'opposer à l'injustice à l'étranger ne devraient pas commettre d'actes injustes dans leur propre pays. »

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09.02.2026 à 06:00

Niger : Une frappe de drone militaire tue 17 civils

Human Rights Watch

Click to expand Image Capture d'écran d'une vidéo montrant les suites de la frappe militaire du 6 janvier 2026 à Kokoloko, au Niger. © 2026 Privé

(Nairobi) – Une frappe apparemment exécutée par un drone militaire nigérien a tué au moins 17 civils, dont quatre enfants, et en a blessé au moins 13 autres sur un marché bondé à l’ouest du Niger le 6 janvier 2026, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Cette frappe, qui a également tué trois combattants islamistes, a violé le droit de la guerre, qui interdit les attaques indiscriminées, et pourrait constituer un crime de guerre.

L’attaque a eu lieu dans le village de Kokoloko, dans la région de Tillabéri, à environ 120 kilomètres à l’ouest de Niamey, la capitale, et à moins de trois kilomètres de la frontière avec le Burkina Faso. Les habitants ont raconté que l’État islamique au Sahel (EIS), un groupe armé islamiste, est actif à Kokoloko et dans les environs depuis plusieurs années. Des groupes armés islamistes mènent des attaques contre les militaires et les civils au Niger depuis 2019.

« L’attaque militaire au Niger qui a tué trois combattants islamistes a également tué et blessé un grand nombre de civils sur un marché en violation du droit de la guerre », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Les autorités nigériennes devraient garantir une enquête transparente et impartiale sur cette attaque, poursuivre de manière appropriée les responsables et indemniser de façon adéquate les victimes et leurs familles. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 15 personnes par téléphone, dont six témoins et neuf membres d’organisations non gouvernementales nationales et internationales, journalistes et habitants de la zone de Kokoloko. Human Rights Watch a également analysé et géolocalisé trois vidéos mises en ligne montrant les conséquences de l’attaque, ainsi que des images satellites du lieu de la frappe.

La junte militaire nigérienne, qui a pris le pouvoir lors d’un coup d’État en juillet 2023, n’a fait aucun commentaire public à la suite de la frappe de drone. Human Rights Watch a envoyé une lettre au cabinet de la junte pour lui communiquer ses conclusions et demander des réponses à des questions précises. Human Rights Watch n’a pas reçu de réponse.

Des témoins ont déclaré qu’entre 10 et 13 heures le 6 janvier, ils ont vu un drone survoler Kokoloko à deux reprises, puis larguer une munition sur le village vers 13 h 30, alors que des centaines de personnes étaient présentes au marché.

« J’ai vu le drone de couleur blanche qui volait, puis j’ai entendu quelque chose comme un sifflement avant une forte explosion », a raconté un marchand de 36 ans qui a échappé de peu à des blessures. « Le marché a été touché, et il était bondé de femmes et d’enfants, de femmes qui vendent du riz cuit, de la soupe à la viande et d’autres aliments ; leurs enfants étaient là, ainsi que de nombreux marchands. »

Les témoins ont également expliqué qu’au moment de la frappe, trois combattants de l’EIS, sans armes et habillés en civil avec des turbans, étaient au marché, tandis que trois autres se trouvaient dans le village. « Ce jour-là, vers 9 h du matin, j’ai vu six combattants de l’EIS, armés de Kalachnikovs [fusils d’assaut] et d’une mitrailleuse, arriver au village et trois d’entre eux se sont rendus au marché », a décrit le marchand. « Les combattants de l’EIS font leurs courses dans tous les marchés de la région, ils font leurs achats et ils s’en vont. »

Des habitants ont raconté que de nombreux corps avaient été déchiquetés et brûlés. « J’ai compté 17 corps, principalement des femmes et des enfants », a indiqué un chef religieux, âgé de 67 ans, qui est retourné au marché vers 18 h ce jour-là. « Les corps étaient carbonisés, ce qui a rendu l’identification très difficile. » D’après les témoignages, les combattants de l’EIS ont aidé les habitants à récupérer les corps, qui ont été enterrés dans le cimetière du village. « Nous avons mis les femmes et les enfants ensemble, dans une fosse commune, et les hommes dans une autre fosse », a expliqué un homme.

Les trois vidéos montrent de la terre calcinée et des dégâts importants aux étals du marché causés par le feu, certains d’entre eux étant encore en train de brûler. Les données de détection des incendies fournies par le système FIRMS (Fire Information for Resource Management System) de la NASA ont recensé des incendies actifs à Kokoloko le 6 janvier à 13 h 31, heure locale. Les images satellites à basse résolution du 7 janvier montrent de nouvelles traces de feux à Kokoloko qui n’apparaissaient pas sur les images du matin précédent.

Les images satellites à haute résolution du 20 janvier montrent des zones brûlées dans différents endroits du village le long de la route principale. Des témoins ont raconté que la munition larguée par le drone a provoqué l’incendie, qui a été renforcé par du carburant présent au marché et par les étals en bois, favorisant la propagation rapide des flammes.

Click to expand Image Image © 2026 Planet Labs PBC. Graphique © 2026 Human Rights Watch

Human Rights Watch n’a pas été en mesure d’identifier le drone ou la munition utilisés. Depuis 2022, l’armée nigérienne aurait acquis divers types de drones de fabrication turque, notamment Bayraktar TB-2, Karayel-SU et Aksungur UCAV. Ces drones peuvent être munis de capteurs qui permettent une surveillance active avec des retransmissions vidéo en direct et être équipés de munitions guidées.

Des vidéos du site publiées sur Internet et examinées par Human Rights Watch font état de dégâts importants aux structures causés par le feu qui auraient pu être provoqués par des explosifs puissants. Des témoins ont rapporté que les blessés présentaient un éventail de blessures, notamment des brûlures et des blessures dues à des fragments de munitions.

À la suite de la frappe, la quasi-totalité des 1 200 habitants de Kokoloko ont fui vers des villages voisins ou ont franchi la frontière vers le Mali. « J’ai passé la première nuit dans un village proche avec mes enfants », a raconté une femme qui a perdu sa cousine, âgée de 50 ans, et son neveu, âgé de 5 ans, dans la frappe. « Ensuite, nous avons traversé la frontière vers le Mali avec presque rien. »

Human Rights Watch a obtenu une liste établie par des habitants avec les noms des 17 civils tués et des 13 blessés. Les personnes tuées incluaient 11 femmes âgées de 29 à 50 ans, 2 hommes âgés de 32 et 55 ans et 4 enfants âgés de 5 à 10 ans. Les personnes blessées incluaient 4 femmes âgées de 28 à 45 ans, 7 hommes âgés de 23 à 62 ans et 2 enfants âgés de 14 et 15 ans.

Des témoins ont indiqué que les habitants ont trouvé les corps des trois combattants et que l’EIS s’est occupé de leur enterrement.

En vertu du droit international humanitaire, également appelé droit de la guerre, les parties à un conflit armé doivent faire la distinction à tout moment entre les combattants et les civils, et ne jamais cibler les civils. Les attaques qui utilisent un moyen ou une méthode de combat dont les effets ne peuvent pas être limités, comme demandé par le droit de la guerre, et qui frappent donc des objectifs militaires et des civils sans distinction, sont des attaques indiscriminées illégales. Même si plusieurs combattants islamistes étaient présents, la frappe de drone sur le marché bondé de Kokoloko avec au moins une arme explosive constitue une attaque indiscriminée. Si ceux qui ont ordonné ou exécuté la frappe l’ont fait avec une intention criminelle, c’est-à-dire délibérément ou imprudemment, ils se rendent coupables de crimes de guerre.

Selon l’organisation non gouvernementale Armed Conflict Location and Event Data (ACLED), en 2025, la région de Tillabéri a enregistré le « plus grand nombre de victimes causées par des attaques contre des civils » dans le centre du Sahel, ces attaques étant menées par l’EIS, par l’armée nigérienne et par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nasr al-Islam wal Muslimin, JNIM), groupe armé lié à Al-Qaïda.

En septembre 2025, les médias ont fait état de frappes aériennes de l’armée nigérienne qui ont touché une marché hebdomadaire dans le village d’Injar, dans la région de Tillabéri, tuant plus de 30 civils dans une attaque contre des combattants présumés. En janvier 2024, des médias avaient signalé que des frappes de drones militaires nigériens contre des groupes armés islamistes avaient tué plusieurs civils dans le village de Tiawa, aussi situé dans la région de Tillabéri.

« Les gouvernements étrangers soutenant l’armée nigérienne devraient faire pression sur les autorités pour les inciter à adopter des mesures visant à éviter tout préjudice aux populations locales », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Le gouvernement se doit de fournir des services aux personnes touchées pour les aider à se rétablir des blessures et des traumatismes subis, ainsi que de verser une indemnisation adéquate aux victimes et à leurs familles. »

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Articles

Jeune Afrique

04.02.2026 à 06:01

Afrique centrale : Les civils sont en danger dans l’est de la RD Congo

Human Rights Watch

Click to expand Image Un combattant du M23 surveille des soldats congolais détenus au Stade de l’Unité à Goma, en République démocratique du Congo, le 30 janvier 2025. © 2025 Daniel Buuma/AFP via Getty Images

(Nairobi) – Les abus commis par les forces gouvernementales et les groupes armés à l’encontre des civils sont devenus monnaie courante dans le conflit qui frappe l’est de la République démocratique du Congo, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2026. En Afrique centrale, les gouvernements du Rwanda, du Burundi, de la RD Congo et de la République centrafricaine ont encore restreint les droits civils et politiques.

« Les populations des pays d’Afrique centrale ont été confrontées à des risques croissants au cours de la dernière année, qu’il s’agisse d’attaques ou de déplacements forcés dans l’est de la RD Congo ou de la suppression des droits fondamentaux ailleurs dans la région », a expliqué Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale chez Human Rights Watch. « Les organismes régionaux et internationaux doivent inciter les gouvernements d’Afrique centrale à protéger les civils et à défendre l’espace démocratique. »

Dans la 36ème édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.

Le conflit qui oppose le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda, aux forces armées congolaises a conduit à de nouvelles atrocités dans l’est de la RD Congo. Le M23 a commis de nombreux crimes de guerre, y compris des meurtres et des violences sexuelles. L’armée congolaise et ses alliés Wazalendo, ainsi que d’autres groupes armés, ont également commis des crimes de guerre.La période précédant les élections locales et législatives au Burundi ainsi que les élections présidentielles en République centrafricaine ont été marquées par des abus. Dans les deux pays, les candidats de l’opposition ont été empêchés de se présenter. Au Burundi, les électeurs ont été intimidés et ont subi des pressions lors du vote.Les autorités des quatre pays ont réprimé les médias, la liberté d’expression et le droit de réunion pacifique. En RD Congo, les autorités et le M23 ont tous deux pris pour cible des journalistes, des détracteurs et des activistes. Un tribunal militaire a condamné l’ancien président Joseph Kabila à la peine capitale par contumace pour des chefs d’inculpation motivés par des raisons politiques. Au Rwanda, la cheffe de l’opposition Victoire Ingabire a de nouveau été arrêtée dans le cadre d’un procès en cours contre des membres de son parti.Les mécanismes de justice internationale ont fait des progrès significatifs dans les affaires concernant l’Afrique centrale en 2025. La Cour pénale internationale a reconnu deux chefs de milices anti-balaka coupables de crimes de guerre et crimes contre l’humanité perpétrés en République centrafricaine. Roger Lumbala, ancien chef rebelle et ministre congolais accusé de crimes contre l’humanité commis en RD Congo, est jugé en France.

Les gouvernements d’Afrique centrale devraient défendre l’État de droit et respecter les libertés fondamentales, y compris pendant les conflits armés, a déclaré Human Rights Watch. Une pression internationale concertée est nécessaire pour veiller à ce que les gouvernements protègent leurs populations et respectent leurs obligations en vertu du droit international, notamment en traduisant en justice les responsables de crimes graves.

04.02.2026 à 06:00

Faire face au défi posé par Trump aux droits humains

Human Rights Watch

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(Washington, le 4 février 2026) – Les démocraties respectueuses des droits humains devraient former une alliance stratégique afin de préserver l’ordre international fondé sur des règles, menacé par l’administration Trump ainsi que par les dirigeants de la Chine et de la Russie, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch dans son Rapport mondial 2026.

Dans la 36e édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. 

Le président américain Donald Trump et la montée en puissance des autoritarismes ont fait des ravages sur les garanties et les protections des droits humains dans le monde. Les récentes violations commises par les États-Unis – des atteintes à la liberté d’expression aux expulsions de personnes vers des pays tiers où elles risquent d’être torturées – montrent l’ampleur de l’assaut porté par son administration contre l’état de droit. Conjuguées aux efforts déployés de longue date par la Chine et la Russie pour affaiblir l’ordre international fondé sur des règles, les agissements de l’administration Trump ont d’énormes répercussions au niveau international.

« Le système mondial des droits humains est en danger », a déclaré Philippe Bolopion, directeur exécutif de Human Rights Watch. « Sous la pression incessante du président américain Donald Trump et constamment sapé par la Chine et la Russie, l’ordre international fondé sur des règles est en train d’être détruit, menaçant d’emporter avec lui l’édifice sur lequel les défenseurs des droits humains s’appuient pour faire progresser les normes et protéger les libertés. Pour contrer cette tendance, les gouvernements qui attachent encore de l’importance aux droits doivent former, aux côtés des mouvements sociaux, de la société civile et des institutions internationales, une alliance stratégique pour s’y opposer. »

Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en français

Le président américain a sapé la confiance dans l’intégrité des élections et réduit le devoir de rendre des comptes du gouvernement, a déclaré Philippe Bolopion. Trump s’en est pris à l’indépendance de la justice, a défié les décisions judiciaires, réduit brutalement l’aide alimentaire et les subventions en matière de santé, restreint les droits des femmes, entravé l’accès à l’avortement, compromis les recours contre les discriminations raciales, supprimé les protections pour les personnes transgenres et intersexes et porté atteinte à la vie privée. Il a également usé de son pouvoir pour intimider ses adversaires politiques, les médias, des cabinets d’avocats, des universités, la société civile et même des humoristes.

« En invoquant un risque “d’effacement civilisationnel’’ en Europe et en s’appuyant sur des stéréotypes racistes pour présenter des populations entières comme indésirables aux États-Unis, l’administration Trump a adopté des politiques et une rhétorique qui rejoignent l’idéologie nationaliste blanche », a analysé Philippe Bolopion. « La politique étrangère de Trump a bouleversé les fondements de l’ordre international fondé sur des règles, qui vise à promouvoir la démocratie et les droits humains. Trump s’est vanté de n’avoir “pas besoin du droit international”, seulement de sa “propre morale”. »

La politique étrangère de Trump a été caractérisée par un mépris flagrant des obligations des États-Unis en matière de droits humains et par le rejet brutal de tout effort pour en faire un axe important de la diplomatie américaine. L’administration a brutalement mis fin à la quasi-totalité de l’aide étrangère américaine, y compris les financements destinés à l’aide humanitaire vitale. Elle s’est également retirée des institutions multilatérales essentielles à la protection des droits humains dans le monde, notamment le Conseil des droits de l’homme de l’ONU et l’Accord de Paris sur le climat.

L’affaiblissement des institutions multilatérales par les États-Unis a également porté un coup dur aux initiatives internationales pour prévenir ou mettre fin aux graves crimes internationaux. Le mouvement « Plus jamais ça », né des horreurs de l’Holocauste et relancé par les génocides rwandais et bosniaque, avait incité l’Assemblée générale des Nations Unies à adopter le principe de la « responsabilité de protéger » (R2P) en 2005. Aujourd’hui, ce principe est rarement invoqué et la Cour pénale internationale subit des attaques en règle.

Il y a vingt ans, le gouvernement américain et la société civile ont joué un rôle déterminant pour mobiliser une réponse face aux atrocités de masse commises au Darfour. Le Soudan est à nouveau en proie à la violence, mais cette fois, sous la présidence de Trump, dans l’impunité.

Dans le Territoire palestinien occupé, les forces armées israéliennes ont commis des actes de génocide, un nettoyage ethnique et des crimes contre l’humanité, tuant plus de 70 000 personnes depuis les attaques menées par le Hamas contre Israël en octobre 2023 et déplacé de force la grande majorité de la population de Gaza. Ces crimes ont suscité une condamnation internationale disparate, et Trump a poursuivi la politique américaine de longue date de soutien quasi inconditionnel à Israël, alors même que la Cour internationale de Justice était saisie d’allégations de génocide.

En Ukraine, les efforts de paix de Trump ont systématiquement minimisé la responsabilité de la Russie dans les graves violations commises. Au lieu d’exercer une pression réelle sur Poutine pour mettre fin à ces crimes, Trump a publiquement critiqué le président ukrainien Volodymyr Zelensky, exigé un accord minier abusif, fait pression sur l'Ukraine pour qu'elle cède de vastes territoires et proposé une « amnistie totale » pour les crimes de guerre.

Alors que les États-Unis tournent résolument le dos aux droits humains, certains pays qui auraient pu mener la lutte pour les préserver ont été affaiblis par des forces internes illibérales sur leur propre sol, a déclaré Philippe Bolopion. Les gouvernements sont également freinés par la crainte de s’aliéner les États-Unis et la Chine, et beaucoup considèrent les droits et l’état de droit comme un obstacle, plutôt qu’un atout, pour leur sécurité et leur croissance économique.

Mais si ces pays s’unissaient, ils pourraient devenir une force politique puissante et former un bloc économique de taille. Il est essentiel de regarder au-delà du cercle habituel, a affirmé Philippe Bolopion. L’ordre multilatéral a été mis en place petit à petit par des États de toutes les régions. Et le soutien aux droits humains n’est jamais venu seulement de démocraties puissantes ou de pays irréprochables en matière de droits humains.

Cette coalition mondiale de démocraties respectueuses des droits pourrait offrir d’autres incitations pour contrer les politiques de Trump, qui ont sapé la gouvernance commerciale multilatérale et les accords commerciaux réciproques incluant des protections pour les droits. De nouveaux accords commerciaux attractifs, assortis de protections effectives pour les travailleurs, et des accords sécuritaires similaires pourraient être conditionnés au respect de la gouvernance démocratique et des normes relatives aux droits humains.

Cette nouvelle alliance constituerait également un puissant bloc pour voter à l’ONU. Elle pourrait s’engager à défendre l’indépendance et l’intégrité des mécanismes onusiens de protection des droits humains, à apporter un soutien politique et financier, et à bâtir des coalitions capables de promouvoir les normes démocratiques, même face à l’opposition des superpuissances.

Même dans les pires moments, l’idéal de liberté et de droits humains demeure. Le pouvoir du peuple reste le moteur du changement et de la protection des droits des plus vulnérables, a déclaré Philippe Bolopion. Dans ce monde plus hostile, le travail de la société civile est plus crucial que jamais.

« Briser la vague autoritaire et défendre les droits humains est le défi de toute une génération », a conclu le directeur exécutif de Human Rights Watch. « En 2026, il se jouera de manière particulièrement aigue aux États-Unis, avec des conséquences considérables pour le reste du monde. Pour lutter contre cette tendance, il faudra une réaction déterminée, stratégique et coordonnée de la part des électeurs, de la société civile, des institutions multilatérales et des gouvernements respectueux des droits humains à travers le monde. »

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