26.05.2026 à 06:01
Human Rights Watch
(Kiev, 26 mai 2026) – Les autorités russes saisissent illégalement des biens civils appartenant à des Ukrainiens dans les zones occupées, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Le droit international interdit pourtant aux puissances occupantes de confisquer ou de s’approprier des biens privés, sauf si cela est strictement nécessaire pour des raisons militaires.
Les autorités d’occupation ont mis en place une procédure leur permettant de désigner des biens privés comme étant « sans propriétaire » et de les transférer à la municipalité, tout en faisant pression sur les propriétaires ukrainiens pour qu’ils obtiennent la citoyenneté russe s’ils souhaitent confirmer leur propriété ou contester les saisies. Pour des millions d’Ukrainiens déplacés, ainsi que pour ceux qui résident toujours dans les territoires occupés depuis 2022 et refusent de se conformer aux lois russes, la saisie de leurs biens les prive de fait de leur logement, de leurs revenus ou des moyens de subvenir à leurs besoins. Conjuguées aux obstacles administratifs et aux restrictions de déplacement imposés par la Russie, ces mesures compromettent la capacité des réfugiés et des personnes déplacées à l’intérieur du pays à rentrer chez eux en toute sécurité et dans la dignité.
« Des millions d’Ukrainiens ont été contraints de fuir leurs foyers dans les zones sous occupation russe en raison de la guerre en cours », a déclaré Yulia Gorbunova, directrice adjointe de la division Europe et Asie centrale, chargée de recherches sur l'Ukraine. « Aujourd’hui, ils sont également confrontés à la saisie illégale de leurs biens, la Russie faisant ouvertement fi de ses obligations en tant que puissance occupante. »
Entre janvier et novembre 2025, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 25 civils ukrainiens qui possèdent des biens dans les zones occupées ou qui en sont récemment revenus, ainsi que des responsables ukrainiens, des défenseurs des droits humains et des avocats. La plupart des entretiens ont été menés en personne en Ukraine, et certains par téléphone. Certaines personnes interrogées ont demandé à rester anonymes. Human Rights Watch a également examiné plus de 300 jugements rendus entre mars 2024 et janvier 2026 par des tribunaux mis en place par les autorités russes dans les zones occupées des régions de Donetsk et de Louhansk.
À la suite de leur invasion à grande échelle en février 2022, les autorités russes ont prétendu annexer les régions de Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporijia ; ces mesures ne sont pas reconnues comme légales en vertu du droit international. Les autorités russes ont mis en place leurs propres structures administratives et systèmes juridiques dans les zones occupées et ont adopté des politiques facilitant la saisie de biens privés, ce qui n’a pas non plus de légitimité en vertu du droit international.
Au moyen d’une procédure administrative illégale et opaque, les autorités d’occupation désignent comme « sans propriétaire » les biens privés qui ne sont pas réenregistrés en vertu de la législation russe, après quoi les tribunaux les transfèrent à la propriété municipale.
Les propriétaires ukrainiens sont tenus d’obtenir la citoyenneté russe pour participer à ce processus. Ils doivent se présenter en personne pour se conformer à la désignation ou au transfert, ou pour les contester. La loi autorise la présence d’un représentant légal, mais uniquement si celui-ci est titulaire d’un passeport russe et agit sur la base d’une procuration délivrée par un titulaire de passeport russe. Les civils déplacés sont confrontés à d’importants obstacles en matière de sécurité, de logistique et de finances qui rendent les déplacements vers les zones occupées pratiquement impossibles.
La législation fédérale russe obligeait les propriétaires détenant des titres de propriété délivrés par l'Ukraine à réenregistrer leurs biens immobiliers conformément à la législation russe avant janvier 2028. Cependant, fin 2025, les autorités ont avancé cette échéance au mois de juillet 2026, affirmant que les résidents avaient déjà eu « largement le temps » de réenregistrer leurs biens immobiliers.
Bien que la loi russe n’exclue pas explicitement les détenteurs de passeports ukrainiens de la réinscription des biens immobiliers, Human Rights Watch a constaté que, dans la pratique, les fonctionnaires refusaient systématiquement d’accepter les passeports ukrainiens. Aucun des détenteurs de passeports ukrainiens interrogés n’a pu enregistrer un bien immobilier selon les règles russes, que ce soit en personne ou par l’intermédiaire d’un représentant légal. Une fois qu’un bien immobilier est désigné comme « sans propriétaire », seuls les détenteurs de passeports russes peuvent contester cette désignation.
Une fois que les autorités identifient un bien immobilier comme présentant des « signes d’absence de propriétaire » – l’absence de réenregistrement étant un facteur clé –, elles affichent des avis à l’entrée des immeubles ou sur les sites web des administrations locales, auxquels il peut être impossible d’accéder depuis le territoire contrôlé par l’Ukraine en raison des restrictions Internet imposées par les autorités ukrainiennes. Le propriétaire dispose alors de 30 jours pour se présenter devant les autorités d’occupation afin de confirmer sa propriété.
La désignation de « sans propriétaire » est souvent appliquée même lorsque les autorités connaissent l’identité du propriétaire.
« C’est comme s’ils les déclaraient sans propriétaire tout en admettant qu’ils ont des propriétaires », a déclaré un habitant déplacé de Marioupol. « La condition principale [des autorités russes] est que la personne soit présente [pour enregistrer l’appartement dans le registre russe] et qu’elle possède un passeport russe. Pour moi, c’est tout à fait inacceptable.»
Human Rights Watch a recensé 16 cas de ce type sur la base de témoignages directs ; dans deux d’entre eux, les autorités ont saisi des biens sans en avertir les propriétaires.
En vertu des restrictions actuelles, les détenteurs d’un passeport ukrainien souhaitant entrer dans les territoires occupés doivent transiter par la Russie, où ils sont soumis à des contrôles intrusifs par les gardes-frontières du Service fédéral de sécurité (FSB), notamment des interrogatoires et des inspections de leurs téléphones. Selon l’organisation de la société civile ukrainienne East SOS, seule une personne sur quatre soumise à ce processus de « filtrage » est autorisée à poursuivre son voyage. Ces restrictions rendent la conformité impossible pour de nombreux Ukrainiens déplacés.
« D’un côté, les autorités affirment que les propriétaires doivent se présenter dans les 30 jours pour prouver leur propriété », a déclaré un résident déplacé de Sieverodonetsk, âgé de 75 ans. « Mais personne ne passe le processus de filtrage. »
En août 2025, les autorités russes ont indiqué que 4,6 millions de biens immobiliers avaient été enregistrés dans les quatre régions occupées depuis septembre 2024, identifiant 550 000 biens sans documentation, ce qui les exposait au risque d’être considérés comme « sans propriétaire ».
Depuis le début de l’occupation et jusqu’en novembre 2025, selon la Mission de surveillance des droits de l’homme des Nations Unies en Ukraine, les autorités d’occupation russes ont émis des avis identifiant plus de 38 000 biens immobiliers comme « potentiellement “abandonnés” ». L’ONU a également signalé que les autorités d’occupation des régions de Donetsk et de Louhansk avaient déjà officiellement désigné 5 557 biens immobiliers comme « abandonnés ». Une fois que les autorités d'occupation ont désigné une propriété privée comme « sans propriétaire », elles demandent aux tribunaux de la transférer officiellement à la municipalité.
Human Rights Watch a recensé environ 8 000 affaires judiciaires concernant des saisies de biens immobiliers, déposées entre mars 2024 et janvier 2026 devant 25 tribunaux des zones occupées. Le nombre total est très probablement plus élevé, car tous les tribunaux ne publient pas leurs décisions ni ne disposent de sites web accessibles. Les dossiers judiciaires montrent un mépris systématique des preuves de propriété et des efforts déployés par les propriétaires pour faire valoir leurs droits.
Les autorités d'occupation russes à Marioupol ont commencé à attribuer les appartements confisqués à de nouveaux résidents. Les autorités russes ont encouragé l'installation de citoyens russes à Marioupol par le biais de campagnes médiatiques et de prêts immobiliers à faible taux d'intérêt.
En tant que puissance occupante, la Russie n’a pas le droit, en vertu du droit international, y compris de la quatrième Convention de Genève, de transférer sa propre population civile sur le territoire qu’elle occupe. De tels transferts constituent un crime de guerre, passible de poursuites en vertu du Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI). La Russie est également tenue de respecter la propriété privée et n’a pas le droit de la saisir, sauf lorsque cela est strictement requis par la nécessité militaire. Elle doit également respecter les droits de propriété, garantir une procédure régulière et éviter toute discrimination en vertu du droit international des droits humains.
Les autorités russes devraient mettre fin aux saisies illégales de biens dans les zones occupées d’Ukraine. Elles devraient également mettre fin aux politiques qui modifient la composition démographique des zones occupées, notamment les pressions coercitives visant à obtenir la citoyenneté russe et la discrimination fondée sur la nationalité, et lever les restrictions empêchant les Ukrainiens de se rendre dans les territoires occupés.
Les efforts internationaux en matière de responsabilité pénale devraient mettre davantage l’accent sur les violations commises par la Russie dans le cadre de l’occupation. L’Union européenne et le Conseil de l’Europe devraient veiller à ce que les mécanismes nouvellement mis en place, tels que le Registre des dommages pour l’Ukraine et la Commission des réclamations, traitent ces violations et accordent des réparations aux victimes.
« Les lois et politiques russes dans les zones occupées visent à masquer la saisie illégale de biens civils sous un vernis de légalité, ce qui constitue à la fois une violation du droit international et une atteinte aux moyens de subsistance de millions d’Ukrainiens », a conclu Yulia Gorbunova. « Les autorités russes devraient immédiatement mettre fin à ces pratiques illégales. »
Suite détaillée en anglais en ligne ici.
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LeTemps.ch
26.05.2026 à 04:01
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Des contractuels militaires privés colombiens apparemment engagés par une société basée aux Émirats arabes unis (EAU) ont transité par des bases militaires des EAU avant d'être déployés au Soudan pour y soutenir les Forces de soutien rapide (FSR), responsables d'abus, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui. Ceci constitue une preuve supplémentaire indiquant que les EAU fournissent une assistance aux Forces de soutien rapide, ou contribuent de manière substantielle à leur capacité à commettre des crimes de guerre.
25 mai 2026 From Bogotá to El FasherLe rapport de 83 pages, intitulé « From Bogotá to El Fasher: UAE’s Role in the Deployment of Colombian Fighters and Other Backing to the Rapid Support Forces in Sudan » (« De Bogotá à El Fasher : Le rôle des EAU dans le déploiement de combattants colombiens et autres formes de soutien aux Forces de soutien rapide au Soudan »), apporte des preuves démontrant que, depuis 2024, la société de sécurité Global Security Services Group (GSSG), basée à Abou Dhabi, a recruté des centaines de combattants colombiens qui ont ensuite été déployés au Soudan pour combattre aux côtés des FSR, qui affrontent les Forces armées soudanaises (FAS). Human Rights Watch a recueilli des preuves indiquant que des contractuels militaires privés se trouvaient à El Fasher, la capitale du Darfour du Nord, en octobre 2025, lorsque les FSR ont pris le contrôle de la ville et ont commis des massacres et des viols à grande échelle. La Mission internationale d’établissement des faits de l’ONU sur le Soudan a déclaré que ces événements présentaient « les caractéristiques d’un génocide ».
« Le recrutement de contractuels militaires privés colombiens vient s'ajouter aux preuves de plus en plus nombreuses que les EAU apportent un soutien militaire aux Forces de soutien rapide, responsables d'atrocités répétées au Soudan », a déclaré Mausi Segun, directrice de la division Afrique à Human Rights Watch. « Les autres gouvernements devraient exiger publiquement que les EAU cessent de fournir des armes, du matériel, du personnel et tout autre forme de soutien militaire aux Forces de soutien rapide. »
Human Rights Watch a mené des entretiens avec deux contractuels militaires privés colombiens déployés au Soudan, un ancien employé de GSSG, huit habitants d'El Fasher et sept autres sources, dont d'anciens officiers de l'armée colombienne. L'organisation a examiné des documents d'entreprise et des documents officiels, et vérifié et géolocalisé des photographies et des vidéos publiées en ligne, notamment par les combattants eux-mêmes. Certaines montraient des contractuels colombiens combattant aux côtés des FSR au Soudan et s'entraînant dans des installations militaires des EAU.
Le recrutement était officiellement mené par des entités privées, mais Human Rights Watch a constaté que les recrues transitaient par une base militaire des EAU à Ghiyathi et par une installation militaire à Al Wathba, toutes deux situées dans l'émirat d'Abou Dhabi.
Un contractuel a déclaré qu'à son arrivée aux EAU, il avait contourné les contrôles d'immigration : « Ils n'ont pas tamponné nos passeports. » Il a ajouté qu'avec d'autres combattants, il avait été immédiatement transféré à la base de Ghiyathi, où il a reçu une formation dispensée par des Émiratis. Human Rights Watch a également identifié quatre autres contractuels qui, comme le montrent des photos et des vidéos authentifiées, ont fait escale aux EAU avant leur déploiement au Soudan. Les premières preuves publiques de la présence de Colombiens au Soudan sont apparues dans des vidéos publiées sur les réseaux sociaux en novembre 2024, soit 19 mois après le début du conflit. Les Forces conjointes des mouvements armés, une coalition de groupes armés alliés aux Forces armées soudanaises, qui ont filmé ces vidéos, avaient intercepté un convoi de Colombiens entrés au Soudan par la Libye.
Itinéraires des combattants colombiens vers le Soudan, via les EAU et la Libye
Click to expand Image Carte montrant l'itinéraire du voyage de certains contractuels militaires privés colombiens vers le Soudan via les Émirats arabes unis et la Libye, selon les informations fournies par l’un d’entre eux à Human Rights Watch. © 2026 Human Rights Watch (graphisme)Itinéraires des combattants colombiens vers le Soudan, via la Somalie, les EAU et le Tchad
Click to expand Image Carte montrant l'itinéraire du voyage d’autres contractuels militaires privés colombiens vers le Soudan via la Somalie, les Émirats arabes unis et le Tchad. © 2026 Human Rights Watch (graphisme)Les Colombiens étaient en possession d'obus de 81 mm de fabrication bulgare, qui, selon la chaîne française France 24, provenaient des stocks des forces armées des EAU. Il s'agissait de l'un des trois types d'équipements militaires qui se sont retrouvés entre les mains des FSR en violation de leurs accords d'utilisation finale, selon des recherches menées par Human Rights Watch, Amnesty International et France 24.
Human Rights Watch a authentifié et géolocalisé des vidéos montrant des contractuels militaires privés étrangers, apparemment colombiens, combattant à El Fasher lors de la prise de la ville par les FSR à l'automne 2025. Les habitants ont subi des exactions généralisées, notamment des meurtres, des viols, la famine et des attaques ciblées contre des personnes handicapées. Six témoins ont déclaré avoir vu des combattants étrangers « blancs » sur les lieux des massacres perpétrés par les FSR, portant le même équipement de protection que celui visible dans ces vidéos : casques, gilets pare-balles et genouillères.
Un combattant colombien a affirmé avoir entraîné des recrues des FSR dans des camps situés autour de Nyala — utilisée par les FSR comme base principale au Darfour du Sud — vers avril 2025, et que bon nombre de ces recrues étaient de « jeunes enfants ». Le média colombien La Silla Vacía a également rapporté que certains contractuels avaient entraîné des enfants soldats pour les FSR.
Le droit international interdit le recrutement et l'utilisation d'enfants dans les conflits armés, ce qui constitue un crime de guerre lorsque les enfants ont moins de 15 ans. En 2024, le Secrétaire général de l'ONU a vérifié 16 cas de recrutement d'enfants par les FSR et a inscrit ce groupe armé sur la « liste noire » de l'ONU pour les graves violations commises contre les enfants dans les conflits.
La société Global Security Services Group a été fondée en 2016 par Ahmed Mohammed al-Humairi, Secrétaire général de la Cour présidentielle des Émirats arabes unis, selon un rapport de 2025 de The Sentry, une organisation non gouvernementale d'investigation. Al- Le supérieur hiérarchique d’Ahmed al-Humairi est le Vice-président des EAU, Cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan, frère du Président Mohamed bin Zayed Al Nahyan et président de la Cour présidentielle. En 2017, Ahmed al-Humairi a cédé ses parts dans GSSG à Mohamed Hamdan al-Zaabi, un partenaire commercial de longue date, d'après The Sentry.
GSSG se targue d'être « la première société de sécurité privée des Émirats arabes unis à avoir obtenu une licence de sécurité armée ». Jusqu'à récemment, elle mettait également en avant le fait que des ministères émiratis clés figuraient parmi ses clients et qu'elle était « le seul prestataire de services de sécurité privée armée pour le gouvernement des EAU ». Un ancien employé a déclaré que des membres éminents de la famille régnante comptaient probablement parmi les clients de la société, une affirmation corroborée par un ensemble de courriels divulgués et examinés par Human Rights Watch. Mohamed Al-Zaabi continue de faire des affaires avec Ahmed al-Humairi.
Les EAU ont toujours nié fournir un soutien militaire aux FSR, affirmant que l'assistance apportée est humanitaire. Cependant, les autorités de l'État émirati devraient être pleinement informées des activités se déroulant sur le territoire émirati, et plus particulièrement sur les propriétés gouvernementales ainsi que les bases militaires. Les EAU sont un État autoritaire fortement centralisé.
Selon la législation des EAU, les sociétés de sécurité privées sont tenues de coordonner leurs activités avec les autorités des EAU et de veiller à ce que leurs activités ne soient pas en conflit avec d'autres mesures de sécurité.
Human Rights Watch a écrit à GSSG, aux autorités des EAU ainsi qu’à d'autres parties impliquées dans le recrutement et le déploiement apparents de contractuels militaires privés ou d'autres formes de soutien militaire aux FSR, en leur fournissant un résumé de ses conclusions, mais n'a reçu aucune réponse.
Le Conseil de sécurité de l'ONU devrait demander à son Groupe d'experts sur le Soudan d'enquêter sur GSSG, y compris sur Mohamed al-Zaabi, pour leur rôle apparent dans le soutien aux FSR, en violation de l'embargo sur les armes imposé par le Conseil de sécurité de l'ONU au Darfour en 2004. Le Conseil devrait également demander au Groupe d’experts d'enquêter sur d'autres acteurs, notamment les entreprises privées susceptibles d'aider les FSR, et imposer des sanctions aux personnes physiques et morales fournissant un tel soutien.
Les autres gouvernements, ainsi que l'Union européenne et l'Union africaine, devraient également enquêter sur GSSG et Mohamed al-Zaabi, en vue d'adopter des sanctions ciblées. Les États devraient suspendre toute coopération militaire et toute vente d'armes aux EAU. L’UE et d’autres États devraient utiliser l’effet de levier que leur confèrent les négociations bilatérales avec les EAU pour faire pression sur leurs autorités afin qu’elles mettent fin à leur soutien aux FSR.
« Les victimes civiles paient le prix du manque de volonté de dénoncer le soutien des EAU aux FSR », a conclu Mausi Segun. « Les autres pays devraient cesser d’accepter les démentis catégoriques des EAU concernant leur soutien aux FSR, qui contredisent les faits, et mettre fin à leur impunité pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. »
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25.05.2026 à 12:00
Human Rights Watch
(Nairobi) – La condamnation en 2016 au Sénégal de l’ancien dictateur tchadien Hissène Habré a constitué un moment décisif dans la lutte contre l’impunité pour les crimes les plus graves, ont déclaré aujourd’hui Human Rights Watch et la Commission internationale de juristes (CIJ). Ce verdict a couronné une campagne de 25 ans menée par les victimes de Habré. C’était la première fois que les juridictions nationales d’un pays jugeaient et condamnaient l’ancien dirigeant d’un autre pays pour des crimes internationaux graves, en application du principe de compétence universelle.
Le 30 mai 2016, les Chambres africaines extraordinaires (CAE), un tribunal soutenu par l’Union africaine au sein du système judiciaire sénégalais, ont condamné Habré à la réclusion à perpétuité pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et torture, y compris des faits d’esclavage sexuel et de viol. Habré a dirigé le Tchad de 1982 à 1990 avec le soutien des États-Unis et de la France. Son gouvernement a été responsable d’exécutions politiques généralisées, d’actes de torture systématiques et de milliers d’arrestations arbitraires. Habré est décédé en août 2021, après huit années de détention.
« Les victimes de Habré l’ont poursuivi pendant 25 ans et l’ont traduit en justice alors que presque tout le monde disait que c’était impossible », a déclaré Reed Brody, membre de la Commission internationale de juristes qui a travaillé avec les victimes de Habré au nom de Human Rights Watch. « Leur message aux dictateurs d’aujourd’hui est clair : la justice peut vous rattraper. Et aux victimes du monde entier : ne baissez jamais les bras. »
Cette affaire a façonné durablement la justice internationale à plusieurs égards, ont indiqué la CIJ et Human Rights Watch.
Le modèle des CAE, tribunal hybride « régionalisé » chargé de poursuivre des crimes internationaux, a inspiré l’adoption en décembre 2024 du statut d’un tribunal hybride entre la Gambie et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), destiné à juger les crimes commis sous l’ancien président gambien Yahya Jammeh.
Les Chambres africaines extraordinaires ont été créées à la suite de l’arrêt rendu en 2012 par la Cour internationale de Justice dans l’affaire Belgique c. Sénégal, jugeant que le Sénégal était tenu, en vertu de la Convention des Nations Unies contre la torture, soit de poursuivre Habré, soit de l’extrader. La Cour a également jugé que ces obligations étaient dues par le Sénégal à l’ensemble des États parties au traité — erga omnes partes —, permettant ainsi à tout pays ayant ratifié la Convention, dont la Belgique, de saisir la Cour internationale de Justice en cas de non-respect. Cette voie juridique a ensuite inspiré les procédures engagées par le Canada et les Pays-Bas contre la Syrie pour torture, ainsi que les affaires Gambie c. Myanmar et Afrique du Sud c. Israël au titre de la Convention sur le génocide.
« L’affaire Habré a permis le procès d’un ancien chef d’État devant un tribunal régional doté d’un mandat de l’Union africaine, avec les survivants au centre du processus », a déclaré Liz Evenson, directrice du programme Justice internationale à Human Rights Watch. « La campagne pour la justice face aux crimes de Habré continue d’inspirer les efforts de lutte contre l’impunité en Afrique et dans le monde entier. »
Le jugement a également fait progresser la jurisprudence sur la torture et les violences sexuelles, notamment le viol et l’esclavage sexuel, en reconnaissant par exemple que l’esclavage sexuel relève de l’interdiction coutumière de l’esclavage en tant que crime de guerre, et de la réduction en esclavage en tant que crime contre l’humanité. Des Tchadiennes survivantes de viol ont rompu 25 ans de silence pour témoigner dans cette affaire.
La condamnation de 2016 a été confirmée en avril 2017 par la Chambre d’appel des CAE, qui a accordé environ 123 millions d’euros de réparations à près de 7 400 victimes et survivants nommément désignés.
En 2024, le gouvernement tchadien a distribué environ 15 millions d’euros aux survivants et aux familles — soit environ 1 400 euros par victime —, une avancée longtemps attendue mais partielle, entachée d’irrégularités. Le fonds fiduciaire de l’Union africaine établi pour collecter et verser les réparations ordonnées par les CAE n’est toujours pas opérationnel.
Au Tchad, une condamnation parallèle prononcée en 2015 contre 20 hauts responsables de la police politique de Habré prévoyait également des réparations ainsi que la construction d’un mémorial et la transformation du siège de la police politique en musée — mesures dont aucune n’a été mise en œuvre. Au contraire, le gouvernement tchadien a cherché à « réhabiliter » la mémoire de Habré, ont indiqué la CIJ et Human Rights Watch. Le gouvernement a expulsé Reed Brody du Tchad en 2024, alors qu’il s’y était rendu pour participer à une conférence sur l’héritage de cette affaire.
Les deux organisations ont déclaré que le dixième anniversaire du verdict devrait conduire l’Union africaine, le Sénégal, le Tchad et les États donateurs à appliquer pleinement les réparations ordonnées, à remédier aux irrégularités constatées dans la distribution opérée par le Tchad en 2024, à rendre opérationnel le fonds fiduciaire de l’Union africaine et à mettre en œuvre les mesures symboliques ordonnées par la justice tchadienne.
« Dix ans après, les survivants qui ont rendu ce procès possible attendent toujours les réparations intégrales que les tribunaux leur ont accordées, et que le gouvernement reconnaisse leurs souffrances », a déclaré Jacqueline Moudeina, avocate tchadienne des victimes. « L’héritage de cette affaire ne se mesurera pas seulement à ce que les juges ont écrit il y a dix ans, mais à ce que le gouvernement tchadien fera aujourd’hui. »
22.05.2026 à 06:30
Human Rights Watch
(Kinshasa) – Le directeur exécutif de Human Rights Watch, Philippe Bolopion, a exhorté les hauts responsables congolais à respecter la liberté d’expression, à mettre fin aux arrestations et détentions arbitraires et à garantir l’obligation de rendre des comptes pour les abus, lors de sa visite en République démocratique du Congo du 17 au 21 mai 2026, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Cette visite s’est déroulée dans un contexte marqué par l’occupation de l’est de la RD Congo par le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda ; par une vague de répression à l’encontre des journalistes, des activistes et des membres de l’opposition politique ; et par une utilisation à nouveau de sites de détention secrets dans la capitale, Kinshasa.
« La répression actuelle en RD Congo rappelle de manière inquiétante l’ère Joseph Kabila, de nombreux activistes congolais et opposants politiques vivant dans la crainte de représailles de la part des autorités simplement pour avoir exprimé leur opinion », a déclaré Philippe Bolopion. « Human Rights Watch craint que les restrictions de la liberté d’expression et des critiques envers des responsables ne débouchent sur une répression plus large. »
Lors de son séjour à Kinshasa, Philippe Bolopion a rencontré des hauts responsables gouvernementaux, notamment la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, ainsi que les ministres de la Défense, de la Communication et des Médias, et de la Justice. Il a également rencontré des victimes de violations des droits humains et leurs proches, des dirigeants de la société civile et des chefs religieux, des activistes des droits humains, des membres de la communauté banyamulenge (une minorité tutsie congolaise originaire de l’est de la RD Congo), des membres de partis politiques d’opposition, la Commission Nationale des Droits de l’Homme, des représentants des Nations Unies, et des diplomates étrangers. Philippe Bolopion a tenu une conférence de presse à Kinshasa le 21 mai.
Human Rights Watch a documenté plusieurs cas dans lesquels le Conseil national de cyberdéfense (CNC), une agence rattachée à la présidence, a arbitrairement arrêté et fait disparaître de force des dissidents, les détenant dans des lieux secrets sans inculpation officielle ni accès à un avocat.
« Je vois mon mari une fois par semaine, mais je ne sais pas où il se trouve », a déclaré une femme dont le mari avait été enlevé à leur domicile une nuit. « On me bande les yeux et je ne sais pas où on m’emmène. »
« Les informations en provenance de Kinshasa faisant état d’un vaste réseau de lieux de détention secrets, hors de toute procédure judiciaire, envoient un message effrayant à la société civile congolaise », a déclaré Philippe Bolopion. « C’est une pratique que le président Félix Tshisekedi s’était engagé à faire cesser lors de son entrée en fonction. »
Des responsables gouvernementaux ont indiqué à Philippe Bolopion que certaines des personnes arrêtées étaient détenues dans des villas et que les autorités étaient encore en train de finaliser les enquêtes à leur encontre avant de les transférer au système judiciaire. Ils ont également indiqué que des réformes concernant le CNC étaient en cours et qu’à l’avenir, aucune arrestation ne serait effectuée sans la présence de la police judiciaire, qui agit sous l’autorité du parquet pour enquêter sur les crimes.
« Les graves défis sécuritaires auxquels la RD Congo est confrontée ne peuvent justifier une atteinte à l’état de droit et aux droits humains fondamentaux », a déclaré Philippe Bolopion. « Les autorités devraient transférer les personnes détenues arbitrairement vers le système judiciaire, fournir à leurs familles des informations sur leur lieu de détention, et respecter les normes de procédure régulière. »
Des membres de l’opposition politique et des activistes de la société civile ont exprimé leur inquiétude quant à un éventuel amendement constitutionnel visant à prolonger le mandat du président au-delà de la limite de deux mandats. Cette question s’était déjà posée lorsque le président de l’époque, Joseph Kabila, était resté au pouvoir au-delà de la limite constitutionnelle.
Lors de ses entretiens avec des responsables, Philippe Bolopion a fait part de ses préoccupations concernant les graves exactions commises par les parties au conflit dans l’est de la RD Congo, y compris l’armée congolaise, la milice alliée Wazalendo et les groupes armés pro-gouvernementaux, ainsi que l’armée rwandaise et le M23. Il a réaffirmé l’importance de respecter le droit international humanitaire, y compris lors de frappes aériennes, et d’assurer la protection et la libre circulation des civils ; il a aussi appelé à un regain d’efforts internationaux pour garantir la reddition des comptes pour les crimes commis par toutes les parties.
« Depuis des décennies, les civils de l’est de la RD Congo subissent de plein fouet les exactions commises par les forces gouvernementales et les groupes armés », a déclaré Philippe Bolopion. « Malgré certains progrès importants réalisés par les tribunaux congolais, les autorités judiciaires ont en grande partie échoué à poursuivre les hauts commandants responsables d’atrocités. »
Philippe Bolopion a encouragé les responsables gouvernementaux à donner la priorité à la reddition des comptes pour les crimes internationaux actuels et passés, notamment en créant des chambres mixtes spécialisées comprenant des magistrats internationaux, ou un mécanisme internationalisé similaire au sein du système judiciaire congolais. Les responsables congolais devraient également continuer à soutenir les poursuites nationales et les enquêtes de la Cour pénale internationale.
En avril, Human Rights Watch a sollicité une rencontre avec le président rwandais Paul Kagame pour discuter des exactions commises par l’armée rwandaise et le M23 dans l’est de la RD Congo, mais n’a reçu aucune réponse.
« L’impunité engendre davantage d’exactions », a conclu Philippe Bolopion. « Les gouvernements donateurs, y compris l’Union européenne, devraient soutenir les efforts de la RD Congo en matière de reddition des comptes, et sanctionner les hauts responsables congolais et rwandais qui soutiennent des groupes armés auteurs d’exactions. »
20.05.2026 à 17:10
Human Rights Watch
(Monrovia, le 20 mai 2026) – Les frais d’inscription et d'autres coûts liés à la scolarisation dans les écoles publiques du Libéria constituent un obstacle majeur à l’éducation, contraignant de nombreux enfants à retarder leur inscription, à manquer l’école ou à abandonner complètement leurs études, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.
20 mai 2026 “Without Education, There Will Be Nothing”Ce rapport de 75 pages, intitulé « “Without Education, There Will Be Nothing”: School Fees and Other Barriers to Education in Liberia » (« “Sans éducation, il n’y aura rien” : Frais de scolarité et autres obstacles à l’éducation au Libéria »), indique que les frais imposés – malgré la garantie légale d’une éducation gratuite et obligatoire de la 1ère à la 9ème année scolaire – font peser un lourd fardeau financier sur les familles, et portent atteinte au droit des enfants à l’éducation. Au Libéria, les enfants s’inscrivent souvent à l’école avec plusieurs années de retard et sont renvoyés chez eux lorsque leurs parents ne peuvent pas payer leurs frais de scolarité ; dans certains cas, les enfants travaillent pour aider à payer ces frais. De nombreux enfants finissent par abandonner l’école, ou parfois ne la fréquentent jamais.
« Le gouvernement libérien a pris des engagements importants en faveur de l’éducation gratuite et obligatoire, mais les frais de scolarité continuent d’empêcher des enfants d’aller en classe », a déclaré Jo Becker, directrice du plaidoyer auprès de la division Droits des enfants à Human Rights Watch. « La suppression de ces frais constituerait une mesure cruciale pour élargir l’accès à l’éducation et améliorer l’avenir des enfants. »
Entre novembre 2025 et janvier 2026, Human Rights Watch a visité 21 écoles et mené des entretiens avec 118 parents, enseignants et responsables scolaires dans les comtés de Montserrado, Margibi, Nimba, Bong et Grand Bassa. Des défenseurs libériens des droits des enfants ont également organisé des entretiens entre pairs (« peer-to-peer interviews ») avec 61 enfants et adolescents.
Un garçon de 14 ans a exliqué à Human Rights Watch qu’il avait quitté l’école pour aider sa mère à vendre des marchandises au marché : « En ce moment, je ne suis pas à l’école parce que mes parents n’ont pas les moyens de m’y envoyer. J’ai vraiment envie d’y retourner. »
Le Libéria affiche l’un des taux de non-scolarisation les plus élevés au monde. Environ un tiers de tous les enfants d’âge scolaire, âgés de 3 à 17 ans, et la moitié des enfants vivant en milieu rural n’ont jamais été scolarisés. Seuls 38 % des enfants terminent la 6ème année scolaire, et à peine 17 % terminent la 9ème année. Ces chiffres classent le Libéria parmi les systèmes éducatifs les moins performants au monde, et soulignent l’ampleur de l’exclusion à laquelle sont confrontés les enfants. En moyenne, un enfant qui entre à l’école à l’âge de 4 ans n’aura suivi que 4,2 années d’enseignement à l’âge de 18 ans.
Malgré des lois imposant la gratuité de l’enseignement de la 1ère à la 9ème année scolaire, les enfants à tous les niveaux – de l’éducation de la petite enfance jusqu’au deuxième cycle du secondaire – sont tenus de payer des frais d’inscription et d’autres coûts pour fréquenter les écoles publiques.
Pour de nombreux enfants, ces frais obligatoires ne constituent pas un simple échec politique abstrait, mais entraînent une exclusion quotidienne de l’éducation. Les parents et les enfants ont déclaré que ces frais retardaient l’entrée à l’école et perturbaient l’assiduité. Au niveau de l’éducation de la petite enfance, destinée aux enfants âgés de 3 à 5 ans, 43 % des enfants ont au moins 3 ans de plus que l’âge requis. Au niveau secondaire, plus de 60 % des élèves ont 4 ans ou plus de plus que l’âge officiel de leur classe. Les élèves qui commencent l’école tardivement sont plus susceptibles de redoubler, d’abandonner leurs études et de ne pas terminer leur scolarité.
Le poids des frais de scolarité est particulièrement lourd dans un pays où près de la moitié de la population vit dans la pauvreté. Dans ce contexte, ces frais font peser le coût de l’éducation sur les familles, ce qui est contraire aux obligations du Libéria en vertu du droit international et régional des droits humains, notamment la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant. Des parents ont rapporté s’être endettés, s’être privés de nourriture et avoir fait des sacrifices extrêmes pour maintenir leurs enfants à l’école.
Human Rights Watch a également mis en évidence les défis plus généraux liés à la qualité de l’éducation, notamment la surpopulation des salles de classe, l’insuffisance des infrastructures, les faibles salaires des enseignants et la forte dépendance à l’égard des enseignants bénévoles. Dans certaines écoles, il est courant de voir des classes de 80 à 100 élèves, et les bénévoles – dont beaucoup travaillent sans rémunération depuis des années dans l’espoir d’obtenir un poste rémunéré – constituent une part importante du corps enseignant.
Le système éducatif du Libéria continue de subir les effets à long terme des guerres civiles, de l’épidémie d’Ebola et de la pandémie de Covid-19. Les investissements publics dans l’éducation restent faibles. Le budget de l’éducation pour 2026, qui représente environ 11 % des dépenses nationales et 2,73 % du PIB, est nettement inférieur à la moyenne de 4 % des pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et à la référence internationale de 4 à 6 % du PIB.
Le gouvernement a pris des mesures pour améliorer l’accès et la qualité, a déclaré Human Rights Watch. Le projet « Excellence dans l'éducation au Libéria » (Excellence in Learning in Liberia, EXCEL), une initiative de 88,7 millions de dollars financée par un prêt de 60 millions de dollars de la Banque mondiale et une subvention de 28,7 millions de dollars du Partenariat mondial pour l’éducation, avec un soutien supplémentaire du gouvernement libérien, vise à élargir l’accès à une éducation de qualité. Le programme EXCEL comprend 18,5 millions de dollars destinés à des bourses scolaires visant à réduire ou à supprimer les frais de scolarité.
Si elles sont pleinement mises en œuvre, ces bourses pourraient réduire considérablement les obstacles financiers et contribuer à garantir que les enfants s’inscrivent à temps et restent scolarisés. Human Rights Watch estime que le remplacement des frais d’inscription par des bourses scolaires pour les écoles publiques – de la petite enfance jusqu’à l’enseignement secondaire supérieur – augmenterait le budget de l’éducation d’environ 4 %, rendant ainsi la réforme réalisable.
Le gouvernement libérien devrait immédiatement supprimer les frais d’inscription dans les écoles primaires et les collèges publics, et le faire dès que possible pour l’éducation de la petite enfance et l’enseignement secondaire supérieur, a recommandé Human Rights Watch. Le gouvernement devrait également étendre et pérenniser les subventions, augmenter le financement de l’éducation conformément aux normes internationales et donner la priorité aux dépenses consacrées à l’éducation de la petite enfance jusqu’à l’enseignement secondaire.
Le gouvernement devrait également poursuivre ses efforts pour garantir un personnel enseignant suffisamment rémunéré et formé, construire et réhabiliter des écoles et des salles de classe, et fournir le matériel et les équipements nécessaires, y compris des installations sanitaires, en accordant la priorité aux zones mal desservies.
Élargir l’accès à une éducation publique gratuite et de qualité permettrait de réduire la pauvreté et les inégalités, de renforcer le capital humain du Libéria et d’élargir les opportunités pour des millions d’enfants, a déclaré Human Rights Watch.
« Le Libéria a clairement l’occasion de s’appuyer sur les réformes existantes et de lever les obstacles financiers qui empêchent tant d’enfants d’aller à l’école », a conclu Jo Becker. « Garantir une éducation publique gratuite et de qualité est l’un des investissements les plus efficaces que le pays puisse faire. »
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Articles
AgenceAfrique AllAfrica
20.05.2026 à 04:00
Human Rights Watch
(Beyrouth, 19 mai 2026) – Les infrastructures humanitaires qui permettent de maintenir la vie à Gaza sont toujours en grand danger plus de six mois après l’accord de cessez-le-feu conclu en octobre 2025, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Alors que le Conseil de paix s’apprête à présenter son nouveau rapport semestriel au Conseil de sécurité des Nations Unies le 21 mai, les autorités israéliennes sont en train de saper les moyens d’acheminer l’aide humanitaire vitale à Gaza. Les attaques israéliennes incessantes ont tué au moins 856 Palestiniens et ont blessé 2 463 autres personnes, selon le ministère de la Santé de Gaza.
Le Conseil de paix (« Board of Peace »), créé en vertu de la résolution 2803 du Conseil de sécurité de l’ONU, est chargé d’évaluer le respect par les parties du Plan global pour mettre fin au conflit à Gaza. L’augmentation rapide et la protection de l’aide sont au cœur de ce plan, au même titre que la restauration des infrastructures civiles essentielles. Mais les volumes d’aide restent bien en deçà des niveaux requis et les voies d’accès humanitaires vitales ont été bloquées à plusieurs reprises, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA).
« Le plan était censé apporter un soulagement. Au lieu de cela, les Palestiniens de Gaza continuent d’avoir faim, n’ont toujours pas accès aux soins médicaux et des civils continuent d’être tués », a déclaré Adam Coogle, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Quoi que le Conseil de paix dise au Conseil de sécurité, voilà à quoi ressemble la vie à Gaza, depuis six mois. »
Dans son rapport du 15 mai, le Conseil de paix a indiqué que l’aide distribuée par les agences des Nations Unies et leurs partenaires avait augmenté de plus de 70 % au cours de la période considérée par rapport aux niveaux d’avant le cessez-le-feu, et que « les besoins alimentaires de base se sont stabilisés pour la première fois depuis 2023 ». Les chiffres clés du Conseil omettent de mentionner que les volumes d’aide ont diminué depuis début 2026, qu’ils ne sont pas revenus au niveau où ils se trouvaient avant le début de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran fin février, et qu’ils n’ont jamais atteint le minimum jugé nécessaire par l’ONU. Quatre agences de l’ONU ont averti en décembre 2025 que la famine, repoussée quelques semaines plus tôt grâce au cessez-le-feu, pourrait rapidement resurgir sans un accès et un approvisionnement soutenus.
Le 28 février 2026, au début des opérations militaires israélo-américaines contre l’Iran, les autorités israéliennes ont fermé tous les points de passage vers Gaza. Le nombre de camions entrant dans les semaines suivantes est passé d’une moyenne hebdomadaire de 4 200 à seulement 590, selon les chiffres de la coordination militaire américaine rapportés par Haaretz. Le point de passage de Kerem Shalom a partiellement rouvert le 3 mars, suite à des pressions américaines rapportées, et Kerem Shalom et Zikim restent les seuls points d’entrée opérationnels pour les biens humanitaires et commerciaux. Au cours des 11 premiers jours de mai, seule la moitié des camions d’aide arrivant d’Égypte ont été autorisés à décharger aux points de passage contrôlés par Israël.
Les camions commerciaux ont recommencé à entrer en plus grand nombre à Gaza, avec 789 camions privés ayant franchi la frontière entre le 4 et le 10 mai, selon l’OCHA. Mais le volume total des livraisons reste inférieur aux niveaux d’avant le 28 février et bien en deçà des besoins de la population de Gaza.
Selon le rapport de situation de l’OCHA du 1er mai, les organisations humanitaires ont distribué des colis alimentaires à environ 197 000 familles en avril, couvrant 75 % des besoins caloriques quotidiens minimaux, ce qui représente une amélioration par rapport à mars, où les rations ne couvraient que la moitié de ces besoins. Mais le nombre total de repas servis quotidiennement a baissé depuis fin mars, certaines organisations humanitaires ayant réduit leurs distributions directes de nourriture, a indiqué l’OCHA.
Le Programme alimentaire mondial a signalé que les habitants de Gaza mangeaient moins au cours de la première quinzaine d’avril qu’en mars, la plupart des familles ne consommant des légumes, des fruits ou des protéines qu’une fois par semaine, voire moins. En raison de la pénurie de gaz de cuisine, 68 % de la population brûle désormais des déchets pour préparer ses repas, soit une augmentation de 13 % par rapport à mars.
Au 5 février, aucun des 37 hôpitaux de Gaza n’était pleinement opérationnel, et seuls 19 fonctionnaient même partiellement, selon l’OCHA. Plus de 43 000 personnes ont subi des blessures qui ont bouleversé leur vie, dont un enfant sur quatre, et plus de 50 000 ont besoin de soins de réadaptation à long terme, estime l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Aucun centre de rééducation ne fonctionne pleinement. Les retards israéliens dans l’approbation d’équipements chirurgicaux spécialisés limitent les soins complexes, et au moins 46 % des médicaments essentiels sont en rupture de stock, selon l’OMS. Les restrictions israéliennes sur l’importation de générateurs, d’huile moteur et de pièces de rechange provoquent des pannes dans les secteurs des soins de santé, de l’assainissement, du déblaiement des décombres et de l’aide humanitaire, selon l’OCHA.
Les rongeurs et les insectes se propagent dans les camps de déplacés, et les infections cutanées ainsi que d’autres maladies sont en augmentation, a rapporté l’OCHA. Les agences des Nations Unies et les organisations humanitaires travaillant dans le domaine de l’eau et de l’assainissement avertissent que de graves pénuries d’huile lubrifiante et de pièces de rechange provoquent des pannes de générateurs. À Khan Younis, les stations de pompage des eaux usées ont cessé de fonctionner et les eaux usées non traitées inondent les rues résidentielles. Dans toute la bande de Gaza, plus de 200 installations d'approvisionnement en eau et d'assainissement fonctionnent avec des générateurs de secours depuis plus de deux ans et demi, la plupart utilisant désormais de l'huile recyclée.
Le 6 avril, Al Jazeera a rapporté que les forces israéliennes avaient tiré sur un véhicule de l’OMS dans l’est de Khan Younis, tuant un sous-traitant et en blessant plusieurs autres. L’OMS a suspendu les évacuations médicales via Rafah pendant six jours en réponse à cet incident. Fin avril, l’OCHA avait recensé la mort d’au moins 593 travailleurs humanitaires à Gaza depuis octobre 2023, dont 8 depuis le cessez-le-feu.
Des frappes aériennes ont tué un travailleur humanitaire près d’un puits d’eau à Gaza le 20 avril et un employé de l’ONG Ard El Insan le 26 avril, provoquant dans les deux cas la suspension de services essentiels. Selon le ministère de la Santé de Gaza, plus de 1 400 patients sont morts en attendant leur évacuation médicale depuis la prise du point de passage de Rafah en mai 2024, et plus de 18 500 patients, dont 4 000 enfants, attendent toujours d’être évacués.
L'ONG Gisha a rapporté que les autorités israéliennes ont catégoriquement empêché l'accès des patients de Gaza aux hôpitaux de Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, et en Israël, depuis octobre 2023, bien qu'elles aient parfois facilité un accès limité aux traitements à l'étranger, y compris via le territoire israélien depuis juillet 2024.
Depuis le cessez-le-feu, les forces israéliennes ont déplacé la « ligne jaune », la limite convenue du contrôle territorial israélien à l’intérieur de Gaza, vers l’ouest au-delà des frontières convenues. Elles ont établi au moins 32 avant-postes à l’ t construisent ce qui semble être une barrière terrestre permanente ou à long terme, selon l’analyse d’images satellites publiée par Haaretz. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a recensé au moins 167 Palestiniens tués près de cette ligne entre le 11 octobre et le 21 janvier, dont 26 enfants et 17 femmes. Le responsable de Médecins sans frontières à Gaza a déclaré à Haaretz que, à mesure que la ligne se déplace vers l’ouest, elle engloutit des points d’eau et des établissements de santé.
Selon l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), 127 de ses installations se trouvent désormais derrière la ligne ou dans des zones dont l’accès nécessite l’autorisation d’Israël. Depuis mars 2025, les autorités israéliennes empêchent l’agence d’acheminer directement l’aide humanitaire à Gaza.
Le Plan global comprend des engagements pris par Israël qui restent non tenus, notamment l’intensification de l’aide humanitaire. Human Rights Watch a déjà fait part de ses préoccupations concernant d’autres éléments du plan, notamment la création d’un Conseil de paix sans représentation palestinienne.
Lors de la réunion inaugurale du Conseil de paix en février, dix États membres et observateurs du Conseil se sont engagés à verser un total de 17 milliards de dollars pour la reconstruction, alors que l’ONU estime les besoins à 70 milliards de dollars. En avril, le Conseil avait reçu moins d’un milliard de dollars sur le montant promis, seuls trois contributeurs ayant versé des fonds, selon Reuters.
En tant que puissance occupante, Israël est tenu, en vertu du droit international humanitaire, de garantir à la population civile l’accès à la nourriture, à l’eau, aux soins médicaux et aux produits de première nécessité, et de faciliter l’acheminement rapide et sans entrave de l’aide humanitaire. Affamer des civils comme méthode de guerre constitue un crime de guerre au sens du Statut de Rome, qui a institué la Cour pénale internationale (CPI). Imposer délibérément des conditions de vie calculées pour entraîner la destruction physique d’une population constitue un acte de génocide au sens de la Convention sur le génocide.
Human Rights Watch a documenté en décembre 2023 qu’Israël utilisait la famine comme arme de guerre à Gaza, et a publié en décembre 2024 un rapport dans lequel l’organisation a conclu que la privation délibérée d’eau par Israël équivalait à un crime contre l’humanité d’extermination et à des actes de génocide.
Les autorités israéliennes devraient immédiatement se conformer à leurs obligations en vertu du droit international humanitaire, notamment en garantissant le passage sans entrave de l’aide humanitaire à grande échelle par tous les points de passage, en levant les restrictions illégales imposées à l’UNRWA et aux autres organisations humanitaires internationales, et en assurant la sécurité du personnel humanitaire, a déclaré Human Rights Watch.
Les gouvernements devraient suspendre les transferts d’armes au gouvernement israélien, imposer des sanctions ciblées aux responsables israéliens impliqués de manière crédible dans des violations graves, suspendre les accords commerciaux préférentiels avec Israël et promouvoir la responsabilité en soutenant la Cour internationale de justice et la CPI, notamment en faisant exécuter les mandats d’arrêt de la CPI.
« Lorsque le Conseil de paix présentera son rapport au Conseil de sécurité, les États membres devraient comparer ce qu’ils entendent avec ce que les agences de l’ONU rapportent depuis le terrain », a déclaré Adam Coogle. « Aucun beau discours ne peut masquer les faits : la livraison d’aide demeure insuffisante, les patients n’ont pas accès à des soins médicaux adéquats et les points de passage vers Gaza restent limités. »
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