30.10.2026 à 05:00
Human Rights Watch
Six mois après leurs enlèvements, Mountaga Tall, qui avait ouvertement critiqué la junte au Mali, et son fils, Cheick Mamadou Tall, sont toujours portés disparus ; on ignore ce qu’ils sont devenus et les autorités maliennes gardent le silence. Chaque jour qui passe sans nouvelle fait craindre pour leur sécurité et aggrave l’angoisse de leur famille.
Des hommes armés non identifiés ont enlevé Mountaga Tall à Bamako, la capitale du Mali, le 2 mai. Son fils a disparu le 16 mai après avoir reçu un appel l’informant qu’il pouvait apporter des effets personnels à son père, qui était apparemment détenu dans un lieu tenu secret.
Radio France Internationale a rapporté en juillet que le Comité des Nations Unies sur les disparitions forcées avait exhorté les autorités maliennes à localiser et à protéger Mountaga Tall et son fils.
Des médias internationaux ont indiqué que les services de renseignement maliens pourraient détenir Mountaga Tall dans un lieu secret. Les autorités maliennes n’ont toutefois ni reconnu la détention de Mountaga Tall ou de son fils, ni fourni d’informations sur leur localisation, leur situation juridique ou leur état de santé, malgré les demandes de la famille Tall et d’une équipe d’avocats.
Mountaga Tall, qui a occupé un poste de ministre entre 2014 et 2017, s’était initialement rallié aux autorités militaires maliennes, mais est ensuite devenu un détracteur de la junte, s’opposant à la dissolution des partis politiques voulue par le gouvernement militaire.
Les disparitions de Mountaga Tall et de son fils s’inscrivent dans le cadre d’une répression plus large menée par la junte militaire malienne, au pouvoir depuis 2021, à l’encontre de l’opposition politique, des médias et des dissidents. Les autorités ont suspendu et interdit des médias, dissous des organisations de la société civile, abolit le multipartisme et soumis leurs détracteurs à des détentions arbitraires et à des disparitions forcées. Depuis l’enlèvement de Mountaga Tall, d’autres personnalités politiques et leurs proches auraient été enlevés par des hommes armés encagoulés, un mode opératoire associé aux services de renseignement maliens, et certains sont toujours portés disparus.
En vertu du droit international des droits humains, une disparition forcée a lieu lorsque les autorités de l’État ou leurs agents détiennent une personne puis refusent de reconnaître cette détention ou de révéler le sort ou le lieu où elle se trouve, la plaçant ainsi hors de protection de la loi. Les victimes de disparitions forcées sont exposées à un risque accru de torture et d’exécution.
Les disparitions forcées infligent une profonde souffrance aux familles, les laissant dans l'incertitude quant au sort de leurs proches et les privant de justice. Les autorités maliennes devraient immédiatement révéler où se trouvent Mountaga Tall et son fils, garantir leur sécurité et les libérer.
29.10.2026 à 17:28
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Lana Zaki Nusseibeh, diplomate émiratie ayant occupé de hautes fonctions au ministère des Affaires étrangères des Émirats arabes unis (EAU), a régulièrement nié et minimisé les violations des droits humains commises par son pays au Soudan et au Yémen, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Le 21 octobre, les EAU ont officiellement désigné Lana Nusseibeh comme candidate au poste de Secrétaire générale des Nations Unies.
« Depuis des années, Lana Nusseibeh utilise sa position pour nier avec véhémence les crimes de guerre commis par les Émirats arabes unis au Yémen, ainsi que leur soutien aux Forces de soutien rapide (FSR) qui sont responsables d’abus au Soudan », a déclaré Bruno Stagno Ugarte, responsable principal du plaidoyer à Human Rights Watch. « La désinformation qu’elle propage au sujet du bilan des EAU en matière de droits humains, en particulier son rejet des rapports de l’ONU qui documentent les liens entre les EAU et les FSR, a gravement porté atteinte à la justice pour les victimes et à l’obligation de rendre des comptes. »
Lana Nusseibeh a nié à plusieurs reprises que les EAU apportent un soutien militaire aux FSR au Soudan, tout en refusant de répondre aux preuves manifestes du contraire. Les FSR, engagées dans un conflit avec les Forces armées soudanaises (FAS), sont responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité à grande échelle, notamment dans le cadre d’une campagne de nettoyage ethnique dans la région du Darfour. La mission d’enquête des Nations Unies sur le Soudan a conclu que leur assaut contre El Fasher, la capitale du Darfour-Nord, présentait les « caractéristiques d’un génocide ».
En septembre 2024, Lana Nusseibeh a affirmé dans une lettre adressée au rédacteur en chef du magazine britannique The Economist que « les EAU ne fournissent ni armes ni aucun autre soutien aux Forces de soutien rapide, ni à aucune des parties belligérantes au Soudan ». Cette lettre faisait suite à la publication du premier rapport du Groupe d’experts des Nations Unies sur le Soudan, qui évoquait des « allégations crédibles » selon lesquelles les EAU fournissaient un soutien militaire aux FSR via le Tchad. Une lettre du gouvernement émirati datée de décembre 2023, figurant en annexe du rapport, affirmait que des vols au départ des EAU à destination du Tchad transportaient de l’aide humanitaire destinée aux civils soudanais. La lettre n’était pas signée, mais l’en-tête était celui de la Mission permanente des EAU auprès de l’ONU à New York, que Lana Nusseibeh a dirigé de 2013 à avril 2024.
En avril 2024, en réponse aux accusations du gouvernement soudanais selon lesquelles les EAU fournissaient aux FSR un soutien militaire, logistique et politique, Lana Nusseibeh a déclaré dans un communiqué qu’il s’agissait « allégations sans fondement » et a souligné le rejet catégorique par les EAU de ces « fausses allégations ». En juillet 2024, après qu’une journaliste CNN lui eut demandé si les EAU armaient les FSR, Lana Nusseibeh a répondu : « Non, ces allégations sont catégoriquement fausses. Les EAU, comme ils l’ont fait dans d’innombrables endroits à travers le monde en cas de crise humanitaire, ont acheminé de l’aide humanitaire aussi rapidement que possible, puis ont adapté leur intervention en conséquence. »
En novembre 2025, alors qu’elle occupait le poste de ministre d’État des EUA, Lana Nusseibeh a pris part à une « campagne de lobbying intensive » menée par les Émirats auprès de membres clés du Parlement européen, selon le magazine Politico ; elle a affirmé que les EAU jouaient « un rôle constructif au Soudan », à la veille d’un vote sur une résolution condamnant les atrocités commises au Soudan. Le Parlement européen a adopté la résolution sans faire mention du rôle des EAU dans le conflit. Plusieurs sources parlementaires ont déclaré à Euronews que Lana Nusseibeh avait « personnellement fait pression sur des députés européens à Strasbourg pour influencer le contenu de la résolution ».
Dans une résolution ultérieure adoptée en juillet 2026, le Parlement européen a dénoncé le rôle des EAU, accusés de soutenir les FSR, et a demandé que des sanctions soient prises à l’encontre d’une entreprise émiratie impliquée dans le recrutement et le transfert de mercenaires vers ce groupe armé.
Un rapport de Human Rights Watch publié en mai 2026 a révélé que des mercenaires colombiens, apparemment recrutés par une entreprise basée aux EAU, avaient transité par des bases militaires émiraties avant d’être déployés au Soudan pour soutenir les FSR et combattre à leurs côtés. Ceci s’est produit notamment lors de la prise d’El Fasher par les FSR, au cours de laquelle ces forces se sont rendues coupables de nombreux massacres, de violences sexuelles généralisées et d’enlèvements contre rançon. Ce rapport apportait des preuves supplémentaires que les EAU ont aidé ou contribué de manière substantielle à la capacité des FSR à commettre des crimes de guerre.
En août dernier, la mission d’enquête de l’ONU sur le Soudan a publié un rapport faisant écho à ces conclusions. Selon le rapport, « des personnes et des entités opérant depuis les EAU, y étant enregistrées ou liées à ce pays, ont joué un rôle significatif au sein de réseaux impliqués dans le recrutement, le financement, le transport et le déploiement de mercenaires étrangers, ainsi que dans la fourniture d’un soutien d’ordre militaire au profit des Forces de soutien rapide ». La Mission a noté que « plusieurs sources » indiquaient la présence de combattants colombiens à El Fasher et dans ses environs avant, pendant et après la prise de contrôle de cette ville.
Human Rights Watch a également documenté l’utilisation par les FSR de matériel militaire — des obus de fabrication serbe équipant un drone d’attaque — qui avait initialement été vendu au profit des forces armées des EAU.
Le 27 octobre, lors d’un dialogue interactif avec les États membres de l’ONU et des organisations de la société civile, Lana Nusseibeh a été interrogée sur son refus de reconnaître les conclusions du Groupe d’experts sur le Soudan et de la Mission d’enquête. Elle n’a pas répondu directement à la question de savoir si elle allait « continuer à rejeter les conclusions de l’organisation [l’ONU] » qu’elle cherche à diriger. Elle a déclaré qu’elle s’était mise en congé de ses fonctions de ministre des EAU et qu’elle renverrait toute question concernant les EAU au gouvernement de ce pays.
Lorsqu’elle était la Représentante permanente des EAU auprès de l’ONU, Lana Nusseibeh a défendu à plusieurs reprises son pays, affirmant qu’il respectait le droit international lors de son intervention au Yémen, tout en rejetant les preuves d’exactions largement documentées. À partir de mars 2015, les EAU ont joué un rôle de premier plan au sein d’une coalition de pays menant des opérations militaires au Yémen, notamment en engageant plus de 30 avions de combat pour mener des frappes aériennes, en fournissant des navires de guerre pour faire respecter le blocus maritime de la coalition et en soutenant des forces locales coupables d’exactions.
En 2016, Human Rights Watch a recensé 58 frappes aériennes illégales menées par la coalition saoudienne et émiratie, qui ont tué près de 800 civils et touché des habitations, des marchés, des hôpitaux, des écoles, des commerces et des mosquées, ainsi que l’utilisation d’armes à sous-munitions par la coalition.
En août 2016 et en mai 2018, Lana Nusseibeh a défendu les actions des EAU au Yémen, affirmant que les EAU « prennent très au sérieux leur responsabilité en matière de respect du droit international humanitaire et de protection des civils ». Sa déclaration de mai 2018 a été faite quelques mois avant l’ordre donné par les EAU aux organisations humanitaires présentes dans la ville côtière de Hodeida d’évacuer les lieux, malgré les immenses besoins humanitaires ; la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et les EAU cherchaient alors à reprendre le contrôle de cette ville aux Houthis.
En 2021, les EAU, aux côtés de l’Arabie saoudite, ont mené avec succès une campagne de lobbying visant à mettre fin au mandat du Groupe d’experts éminents, un organe international, impartial et indépendant que le Conseil des droits de l’homme avait créé pour rendre compte des violations et des abus des droits humains au Yémen.
« Lana Nusseibeh a occupé pendant plus d’une décennie des fonctions au service du gouvernement des Émirats arabes unis et n’a cessé de minimiser le rôle abusif de ce pays au Yémen et au Soudan, présentant Abu Dhabi comme un acteur humanitaire tout en rejetant ou en occultant les preuves de plus en plus nombreuses de l’implication des EAU dans de graves abus », a conclu Bruno Stagno Ugarte. « Lana Nusseibeh ayant rejeté et discrédité les conclusions des rapports des Nations Unis, les États membres de l’ONU devraient poser des questions percutantes sur sa volonté de défendre l’indépendance et l’intégrité de cette organisation et de ses mécanismes d’enquête, y compris ceux qui dénoncent les exactions des EAU, à un moment où ces institutions sont la cible d’attaques. »
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29.10.2026 à 16:06
Human Rights Watch
Plus de trois mois se sont écoulés depuis que des agents de sécurité en civil ont arrêté l’activiste pro-démocratie Clovis Kakule Mutsuva le 18 juillet dans la province du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo. Clovis Kakule Mutsuva, âgé de 32 ans et visé par plusieurs chefs d’accusation, attend d’être jugé par un tribunal militaire.
Click to expand Image Clovis Kakule Mutsuva. © PrivéLes Forces démocratiques alliées (Allied Democratic Forces, ADF), un groupe armé d’origine ougandaise actif dans l’est de la RD Congo, ont mené des attaques meurtrières dans la ville de Beni, dans le Nord-Kivu, près de la frontière ougandaise. Clovis Kakule Mutsuva et d’autres activistes ont appelé à l’arrêt des activités publiques dans cette ville, dans des vidéos et des discours publics.
La journée « ville morte », qui a eu lieu le 14 mai, s’est déroulée de manière pacifique selon le maire de Beni. Néanmoins, deux mois plus tard, Clovis Kakule Mutsuva a été arrêté et poursuivi pour incitation à la désobéissance à la loi, critique de l’autorité publique, organisation de manifestations non autorisées, outrage à l’armée, propagation de faux bruits et propagation de fausses informations sur les réseaux sociaux. Le ministère public a accusé Clovis Kakule Mutsuva d’avoir appelé les manifestants à « mettre le feu » aux rues la nuit pour protester contre l’insécurité et exiger que le gouvernement protège les civils.
Clovis Kakule Mutsuva a ouvertement critiqué les ordonnances de loi martiale émises dans le cadre de « l’état de siège » régional dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri depuis 2021. L’état de siège est un régime d’exception instauré par le président Félix Tshisekedi pour lutter contre l’insécurité et la violence des groupes armés dans l’est de la RD Congo. Il confère des pouvoirs étendus aux autorités militaires et restreint certaines libertés fondamentales, notamment en autorisant les tribunaux militaires à juger des civils.
La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a souligné que les tribunaux militaires ne devraient en aucun cas être compétents pour juger des civils.
Clovis Kakule Mutsuva est en détention provisoire depuis plus de trois mois, malgré de vives inquiétudes concernant la dégradation de son état de santé. Il a été hospitalisé le 11 août pendant près de deux mois avant d’être renvoyé à la prison centrale de Kangbayi à Beni le 7 octobre.
L’avocat de Clovis Kakule Mutsava a indiqué que l’Auditorat militaire supérieur du Nord-Kivu avait rejeté les demandes de mise en liberté provisoire de son client.
Human Rights Watch a appelé à plusieurs reprises les autorités congolaises à juger les civils devant des tribunaux civils, y compris dans les provinces où la loi martiale a été instaurée. Clovis Kakule Mutsuva devrait voir son procès renvoyé devant un tribunal local et être libéré sous caution dans l’attente de son procès, afin de pouvoir bénéficier de soins de santé appropriés.
29.10.2026 à 01:00
Human Rights Watch
(Nairobi) – Les autorités nigériennes devraient d’urgence révéler où se trouve l’éminent journaliste Moussa Kaka, victime d’une disparition forcée il y a deux mois, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Elles devraient garantir sa sécurité et le libérer, à moins qu’il n’ait été inculpé d’une infraction pénale avérée.
Le 31 août 2026, Moussa Kaka, directeur général de la Radio Télévision Saraounia et ancien correspondant de Radio France Internationale (RFI), a quitté son bureau à Niamey, la capitale du Niger, pour rentrer chez lui ; mais il n’est jamais arrivé à destination, ce qui a immédiatement suscité des inquiétudes. Pendant des semaines, sa famille et ses collègues n’ont pas pu obtenir d’informations sur le lieu où il se trouvait. Le 25 septembre, lors de l’Examen périodique universel du Niger aux Nations Unies à Genève, le ministre de la Justice, Alio Daouda, a reconnu que Moussa Kaka était détenu pour une « infraction » présumée, et que le journaliste devra en «répondre devant les juridictions », mais n’a fourni aucun détail sur l’accusation ni sur son lieu de détention.
« Deux mois après la disparition de Moussa Kaka au Niger, les autorités n’ont toujours pas indiqué où il se trouve, ni expliqué les raisons de sa détention », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « La famille de Kaka continuera de vivre dans l’incertitude jusqu’à ce que les autorités élucident les circonstances de sa disparition. »
Moussa Kaka est une figure respectée du journalisme d’investigation africain. Pendant des années, il a travaillé comme correspondant de RFI au Niger, jusqu’à ce que la junte militaire suspende les émissions de cette chaîne radio en 2023. Tout au long de sa carrière, il a poursuivi son travail sous plusieurs gouvernements au Niger, malgré les risques et les détentions répétées liées à son activité journalistique.
En septembre 2007, sous le président Mamadou Tandja, les autorités ont arrêté Moussa Kaka et l’ont accusé d’entretenir des liens avec des rebelles de l’ethnie touareg, à la suite de sa couverture approfondie de la rébellion touareg dans le nord du Niger. Il a passé 379 jours en prison avant d’être libéré en octobre 2008, à la suite d’une campagne nationale et internationale en faveur de sa libération.
En octobre 2025, la police de Niamey a arrêté Moussa Kaka ainsi que cinq autres journalistes, après qu’ils eurent annoncé sur les réseaux sociaux une conférence de presse concernant un fonds de solidarité créé par le gouvernement nigérien et destiné à soutenir les forces de sécurité nationales. Les journalistes ont été inculpés de « complicité de diffusion de document de nature à troubler l'ordre public » en vertu d’une loi de vaste portée sur la cybercriminalité. Les six journalistes ont par la suite été remis en liberté.
La récente disparition forcée de Moussa Kaka s’est produite dans un contexte de tensions politiques exacerbées à la suite d’une tentative de coup d’État militaire à Niamey, le 29 août. Après que des soldats mutins eurent tenté de s’emparer du pouvoir, la junte a arrêté des dizaines de soldats suspectés d’être impliqués dans cette tentative, ainsi qu’un ancien ministre. Les forces de l’Africa Corps, contrôlées par le gouvernement russe, ont été appelées en renfort pour aider à réprimer la mutinerie. Des collègues et amis de Moussa Kaka ont exprimé leur inquiétude quant au fait que sa disparition puisse être liée à la répression menée par la junte après la tentative de coup d’État.
L’organisation Reporters sans frontières (RSF) a saisi le Comité de l’ONU sur les disparitions forcées au sujet du cas de Moussa Kaka, après l’avoir préalablement porté cette affaire à l’attention de la Rapporteure spéciale de l’Union africaine sur la liberté d’expression et l’accès à l’information. Des organisations de la société civile africaine ont évoqué son cas devant la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples à la mi-octobre à Dakar, au Sénégal. Des journalistes et des défenseurs des droits humains de toute l’Afrique ont également appelé à sa libération.
« Moussa Kaka n’a pas sa place en détention », a déclaré Alioune Tine, éminent défenseur sénégalais des droits humains et ancien expert sdans ce domaine auprès des Nations Unies. « Sa détention est absolument injustifiée et viole les obligations internationales du Niger en matière de droits humains, notamment les dispositions de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, que le Niger a signée et ratifiée. »
Le cas de Kaka met en lumière les inquiétudes croissantes concernant la liberté de la presse et la répression politique au Niger, selon Human Rights Watch. Depuis sa prise de pouvoir lors d’un coup d’État en 2023, la junte militaire nigérienne a consolidé son pouvoir, démantelé les institutions démocratiques et intensifié la répression à l’encontre des dissidents. La junte a dissous des partis politiques, suspendu des dizaines d’organisations de la société civile, placé des journalistes en détention en vertu d’une loi de vaste portée sur la cybercriminalité, déchu de leur nationalité des opposants politiques en exil, annoncé le retrait du pays de la Cour pénale internationale et prolongé la transition politique sans organiser d’élections. Les autorités continuent également de détenir arbitrairement l’ancien président Mohamed Bazoum et son épouse, ainsi que l’éminent défenseur des droits humains Moussa Tiangari.
En vertu du droit international en matière de droits humains, une disparition forcée a lieu lorsque des agents de l’État, ou des personnes agissant avec l’autorisation, le soutien ou l’acquiescement de l’État, privent une personne de sa liberté puis refusent de reconnaître cette détention ou dissimulent le sort ou le lieu où se trouve cette personne. La disparition forcée expose les victimes à un risque accru de torture et d’exécution extrajudiciaire. Elle inflige également de profondes souffrances aux familles, qui sont laissées dans l’incertitude quant au sort de leurs proches, et se voient refuser l’accès à la justice.
« Les autorités nigériennes devraient immédiatement révéler des informations précises au sujet de Moussa Kaka, et le libérer s’il n’a pas été inculpé à juste titre », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Les gouvernements étrangers et les organisations internationales devraient faire pression sur la junte pour qu’elle prenne des mesures immédiates dans l’affaire de Moussa Kaka. »
28.10.2026 à 05:00
Human Rights Watch
(Rio de Janeiro, 28 octobre 2026) – Des policiers ont manipulé à mauvais escient des caméras corporelles et n’ont pas pris des mesures d’enquête cruciales lors d'une opération dans un quartier défavorisé de Rio de Janeiro, au Brésil, le 28 octobre 2025, a déclaré Human Rights Watch dans une enquête publiée aujourd'hui. Les éléments de preuve indiquent que la police a fait un usage excessif de la force, et pourrait avoir intentionnellement tué des dizaines d'hommes et de garçons.
L’enquête, intitulée « “A Strategy of Death”: Investigating Brazil’s Deadliest Police Operation » (« “Une stratégie mortelle” : Enquête sur l’opération policière la plus meurtrière au Brésil »), porte sur l’Opération Confinement (« Opéração Contenção »), au cours de laquelle 122 personnes ont été tuées. Parmi les victimes figuraient deux enfants et quatre policiers tués ce jour-là, ainsi qu'un cinquième policier qui a succombé plus tard à ses blessures. Deux autres hommes ont été tués tôt dans la matinée du 28 octobre 2025, avant le début officiel de l’opération.
« Une stratégie mortelle »Opération policière létale au Brésil
Enquête (en anglais)Aucun de ces décès n’apparaît dans les milliers d’heures de séquences vidéo filmées par les caméras corporelles (« body cameras » portées par les policiers), transmises par la police militaire de Rio de Janeiro au Bureau du défenseur public (Defensoria Pública), et examinées par Human Rights Watch après avoir obtenu l’accès à ces enregistrements.
« Human Rights Watch a examiné des milliers d’heures de vidéos filmées par les caméras portées par les forces de l’ordre, et a analysé des dossiers d’enquête officiels et des rapports d’autopsie concernant chaque victime. Pourtant, des questions cruciales demeurent sans réponse, car la police n’a pas enregistré correctement certains homicides, ni préservé des scènes de crime, ni recueilli des données essentielles », a déclaré Sophia Jones, chercheuse en sources ouvertes auprès du Laboratoire d'enquêtes numériques à Human Rights Watch. « Les familles des personnes tuées, y compris celles des policiers décédés, méritent d’obtenir des réponses ainsi que la reddition de comptes, grâce à une enquête approfondie et indépendante. »
Human Rights Watch a mené des entretiens avec 41 témoins, membres de familles et experts, et a analysé 4 150 heures d’enregistrements issus de caméras corporelles, 9 000 pages de dossiers d’enquête officiels, 122 rapports d’autopsie, des documents judiciaires, ainsi que des centaines de vidéos et de photographies. Human Rights Watch a analysé ces données à l’aide de plusieurs modèles d’intelligence artificielle (IA) développés en interne, suivis d’un examen et d’une évaluation individuelle par les chercheurs.
Human Rights Watch a analysé des données provenant de plusieurs organisations – le Groupe d’étude sur les nouvelles illégalités (Grupo de Estudos dos Novos Ilegalismos, GENI), basé à Rio ; le Forum brésilien de sécurité publique (Fórum Brasileiro de Segurança Pública, FBSP), un groupe de réflexion non gouvernemental, et Fogo Cruzado (« Tirs croisés »), une organisation indépendante qui suit les questions sécuritaires – ainsi que des rapports médiatiques. Ces données montrent que l’Opération Confinement a été l’opération policière la plus meurtrière en une seule journée au Brésil, pays où les forces de police tuent plus de 6 000 personnes par an.
L’État de Rio de Janeiro et une décision de la Cour suprême brésilienne imposent aux policiers le port de caméras corporelles ; toutefois, selon un porte-parole du gouvernement de Rio de Janeiro, seuls 23 % des 2 500 policiers civils et militaires ayant participé à l’opération en étaient équipés.
L’analyse par Human Rights Watch des enregistrements provenant de caméras de 527 policiers militaires a révélé, dans de nombreux cas. des pratiques visant à entraver ou manipuler leur fonctionnement. Des agents ont laissé les caméras allumées avant même le début de l’opération, épuisant ainsi les batteries. Ils ont parfois masqué les objectifs des caméras, ou les ont placées de sorte qu’elles ne puissent pas filmer leurs propres actions ; dans d’autres cas, ils ont laissé les appareils dans leurs véhicules.
Selon les chercheurs, ces manipulations sont survenues systématiquement à des moments cruciaux : lors d’arrestations, d’échanges de tirs ou lorsque les policiers pénétraient dans des domiciles. La plupart de ces obstructions concernaient des caméras portées par des agents appartenant à des unités engagées en première ligne, notamment le Bataillon des opérations policières spéciales (Batalhão de Operações Policiais Especiais, BOPE) de la police militaire ; cette unité était déployée dans la zone boisée où ont eu lieu la plupart des homicides, ce jour-là. Les chercheurs ont déterminé que 36 % des salves de coups de feu entendues sur leurs caméras se sont produites lorsque les caméras étaient obstruées.
Les images des caméras corporelles montrent des policiers en train d’agresser et de menacer de mort des personnes interpellées, dont un enfant, qu’ils ont contraint à s’allonger à côté d’un cadavre tout en le prenant en photo. Dans une autre séquence enregistree un policier donne pour consigne à ses collègues de tirer dans les jambes des détenus s’ils tentaient de s’enfuir. Dans un troisième extrait vidéo, un agent a exprimé sa frustration face au fait que les caméras corporelles les empêchaient de tuer des suspects.
Les chercheurs ont également analysé ou vérifié des centaines de vidéos et de photographies prises ce jour-là par des membres de la communauté locale. Dans une série de vidéos authentifiées, on voit des policiers entasser des cadavres, certains ayant les parties génitales exposées, dans un véhicule blindé, tout en plaisantant. « Regardez comme c’est merveilleux », lance l’un des agents. « On aime ça. »
Bien que la police ait affirmé avoir passé des mois à planifier l'opération, rien ne prouve qu'elle ait pris des dispositions préalables pour protéger les scènes de crime et procéder à des analyses médico-légales. De plus, la police civile n'a recueilli d'informations de base que pour deux des 117 victimes ne faisant pas partie de la police, dont les noms des policiers et des résidents qui amené les victimes à l'hôpital.
Seuls sept suspects ont été conduits à l’hôpital puis arrêtés, alors que 117 personnes ont été tuées par la police. Ce ratio exceptionnellement élevé de personnes tuées par rapport aux personnes blessées (17 pour 1) soulève de sérieuses questions quant à savoir si la police a privilégié la force létale, plutôt que l'arrestation des suspects.
Une analyse des rapports d’autopsie des victimes va également dans ce sens. Plus de 40 % des victimes qui n’étaient pas des policiers figurant dans les rapports analysés ont reçu des tirs à la tête, dont plus de 60 % ont été atteintes par quatre balles ou plus, et près de 75 % ont reçu au moins un tir dans le dos. Un homme a été abattu puis décapité.
Human Rights Watch a consulté le Groupe d’experts médico-légaux indépendants (Independent Forensic Expert Group, IFEG), qui fait partie du Conseil international pour la réadaptation des victimes de la torture (International Rehabilitation Council for Torture Victims, IRCT). Selon les experts de l’IFEG, les éléments de preuve recueillis suggèrent que plusieurs victimes ont été délibérément ciblées et tuées. Dans plusieurs cas, la trajectoire des tirs allait du bas vers le haut, ce qui peut indiquer une exécution — par exemple, lorsqu’une personne est abattue alors qu’elle est allongée ou dans l’incapacité de se défendre.
Les autorités brésiliennes devraient veiller à ce qu’une enquête approfondie et indépendante soit menée sur la planification et les décisions prises par les hauts responsables et les commandants de police qui ont conduit à cette opération meurtrière. Le nouveau gouverneur de Rio de Janeiro, qui prendra ses fonctions le 6 janvier 2027, devrait présenter un projet de loi visant à séparer les services médico-légaux des services de la police civile.
« Notre enquête montre que la police a bafoué la loi ainsi que ses propres protocoles lors de cette opération désastreuse », a conclu César Muñoz, directeur pour le Brésil à Human Rights Watch. « Les pratiques policières abusives compromettent la sécurité publique en rendant les communautés moins enclines à collaborer avec les forces de l’ordre, tout en alimentant un cycle de violence qui met en danger aussi bien les habitants que les policiers. Le Brésil a besoin de nouvelles stratégies de sécurité publique qui soient efficaces, mais aussi respectueuses des droits humains. »
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27.10.2026 à 14:50
Human Rights Watch
Mise à jour 28/10/26 : Le 27 octobre 2026, après une seule audience, le tribunal correctionnel du Nouveau-Caire a reconnu Lina Attalah coupable des accusations la visant, lui a infligé une amende de 3 millions de livres égyptiennes (soit 53 474 dollars, ou 48 032 euros) et a ordonné la fermeture du site Mada Masr. Les autorités ont placé Lina Attalah en détention à l'issue de l'audience, avant de la relâcher quelques heures plus tard, suite au paiement de l’amende.
(Beyrouth, 27 octobre 2026) –Les autorités égyptiennes devraient abandonner les poursuites contre Lina Attalah, rédactrice en chef du média indépendant Mada Masr, avant son audience prévue le 27 octobre, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Le Parquet suprême de la sécurité de l’État a renvoyé Lina Attalah devant le tribunal le 22 octobre dans le cadre de l’affaire n° 9072/2026 ; elle est accusée d’avoir créé et géré le site web Mada Masr sans autorisation préalable. Cette mise en examen est intervenue au lendemain de son interrogatoire par le parquet au sujet des reportages publiés sur ce site. Elle encourt une amende pouvant aller jusqu’à 3 millions de livres égyptiennes (environ 53 400 dollars, ou 48 000 euros), ainsi que la fermeture de Mada Masr et la confiscation de son matériel.
« Les poursuites hâtivement engagées contre Lina Attalah marquent une nouvelle escalade dans les attaques éhontées menées par les autorités égyptiennes contre les médias indépendants du pays », a déclaré Bassam Khawaja, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Aucun.e journaliste ne devrait faire l’objet de poursuites pénales pour avoir fait son travail. »
Le 19 octobre, les procureurs ont sommé Lina Attalah de se présenter pour un interrogatoire. Le 21 octobre, ils l’ont interrogée au sujet d’allégations de publication de « fausses informations » et d’exploitation d’un site web sans licence, puis l’ont libérée sous caution de 100 000 livres égyptiennes (environ 1 780 dollars). Le lendemain, le parquet l'a renvoyée en procès pour avoir exploité le site web sans autorisation. Selon Mada Masr, il s’agit de la sixième affaire intentée contre ce média ou ses journalistes au cours des six dernières années.
La loi égyptienne de 2018 sur la régulation de la presseet des médias impose aux sites web opérant en Égypte d’obtenir une licence auprès du Conseil suprême de régulation des médias. La loi autorise le Conseil à suspendre ou à bloquer les sites web opérant sans licence valide. Mada Masr a indiqué avoir déposé une demande de licence en 2018, puis à nouveau en 2020. Suite au rejet de sa demande, la plateforme a contesté ce rejet devant les tribunaux. En 2023, Mada Masr a déposé une nouvelle demande accompagnée de documents supplémentaires, mais les autorités n’y ont pas répondu.
Les poursuites engagées contre Lina Attalah soulèvent des inquiétudes quant à l’utilisation des exigences en matière d’agrément pour restreindre les médias indépendants, a déclaré Human Rights Watch. Les refus arbitraires d’agrément ou l’utilisation des exigences a mauvais escient, en ne répondant pas rapidement aux efforts de bonne foi visant à se conformer à la réglementation et en plongeant les entités dans un vide juridique, constituent une violation du droit international des droits humains.
Les autorités égyptiennes ont pris pour cible Lina Attalah et Mada Masr à plusieurs reprises. En septembre 2022, le parquet a interrogé Lina Attalah et trois journalistes de Mada Masr au sujet d’allégations de publication de fausses informations, de trouble à l’ordre public et d’atteinte à l’intérêt général. En novembre 2023, le parquet a convoqué Lina Attalah pour un interrogatoire à la suite d’une enquête menée par le Conseil suprême de régulation des médias. En août 2025, le parquet l’a de nouveau interrogée au sujet d’allégations de publication de « fausses informations » et d’exploitation d’un site web sans licence, à la suite d’un reportage de Mada Masr sur des abus présumés à la prison de Badr 3.
Plus d’une centaine d’organisations de la société civile, dont Human Rights Watch, ont appelé les autorités égyptiennes à mettre fin aux poursuites contre Lina Attalah, et à accorder une licence d’exploitation à Mada Masr.
Les poursuites engagées contre Lina Attalah s’inscrivent dans le cadre d’une répression plus large visant les médias indépendants en Égypte et interviennent moins d’un mois après l’arrestation, par les forces de sécurité, de six journalistes travaillant pour la plateforme indépendante de journalisme d’investigation Matsda2sh, les 28 et 29 septembre 2026. Ces journalistes, qui constituaient l’intégralité de la rédaction de la plateforme, sont toujours en détention provisoire ; ils sont accusés d’« adhésion et de financement d’un groupe terroriste », de « diffusion de fausses informations » et d’utilisation des réseaux sociaux pour les diffuser. Certains d’entre eux ont depuis affirmé que les autorités les avaient torturés pendant leur détention et avaient tenté de leur extorquer des aveux sous la contrainte, selon leurs avocats.
Les autorités devraient abandonner toutes les poursuites liées à l’exercice du droit à la liberté d’expression et mettre fin au harcèlement répété dont font l’objet les médias indépendants, a déclaré Human Rights Watch.
L’Égypte figure parmi les pays qui emprisonnent le plus de journalistes au monde, avec 25 journalistes derrière les barreaux début octobre, selon le Comité pour la protection des journalistes. Les autorités égyptiennes ont bloqué l’accès au site web de Mada Masr en Égypte depuis mai 2017.
L’Égypte est tenue, en vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, de respecter la liberté d’expression, y compris la liberté de la presse. Le Comité des droits de l’homme des Nations Unies, qui interprète de manière faisant autorité ce pacte, a conclu que les gouvernements ne peuvent interdire à un site ou à un système de diffusion d’informations de publier des contenus au seul motif qu’ils pourraient être critiques à l’égard du gouvernement.
« Imposer des obligations d’enregistrement puis ignorer systématiquement les tentatives de bonne foi de Mada Masr pour s’y conformer constitue une tentative évidente de la part des autorités de saper cette plateforme, et viole le droit international relatif aux droits humains », a conclu Bassam Khawaja. « Les autorités égyptiennes devraient abandonner ces poursuites, et mettre fin à la répression en cours contre le journalisme indépendant. »
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