17.03.2026 à 21:08
Human Rights Watch
(Beyrouth) –Les civils des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG, ou GCC en anglais) sont gravement menacés par les frappes iraniennes menées en représailles aux attaques militaires des États-Unis et d’Israël contre l'Iran, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Bon nombre de ces attaques iraniennes ont touché des bâtiments résidentiels, des hôtels, des aéroports et des ambassades, et ont illégalement ciblé des infrastructures civiles telles que des centres financiers.
Depuis le 28 février, Israël et les États-Unis ont mené des milliers d'attaques à travers l'Iran. Les forces iraniennes ont riposté par des vagues d'attaques de drones et de missiles contre les États du Golfe, frappant l'Arabie saoudite, le Bahreïn, les Émirats arabes unis (EAU), le Koweït, Oman et le Qatar. Depuis le 28 février, l'Iran a lancé des milliers de drones et de missiles contre les pays du CCG, le plus grand nombre frappant les EAU.
Au 16 mars, les attaques avaient fait au moins 11 morts et 268 blessés parmi les civils, la majorité des victimes étant des travailleurs migrants, selon des sources gouvernementales du CCG. Parmi les personnes tuées, au moins 10 étaient des ressortissants étrangers. Certains décès ont été causés par des chutes de débris.
« Des civils, en particulier des travailleurs migrants, sont menacés, tués et blessés par des drones et des missiles iraniens dans tous les États du Golfe », a déclaré Joey Shea, chercheuse senior sur l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis à Human Rights Watch. « Au lieu de faire semblant de s’excuser, les autorités iraniennes devraient prendre immédiatement toutes les mesures possibles pour protéger les civils dans toute la région du Golfe. »
Human Rights Watch a enquêté sur des attaques iraniennes contre l'hôtel Fairmont The Palm et le Centre financier international de Dubaï (Dubai International Financial Centre, DIFC) aux EAU, et a examiné des informations relatives aux attaques contre l'aéroport international Zayed, l'aéroport international de Dubaï, l'aéroport international du Koweït, des immeubles résidentiels et l'hôtel Crowne Plaza au Bahreïn, le consulat des États-Unis à Dubaï et l'ambassade des États-Unis à Riyad. Les chercheurs ont également examiné des informations relatives aux attaques perpétrées contre d'autres zones civiles aux EAU. Ils n'ont pas été en mesure de confirmer la présence ou non de cibles militaires lors de ces attaques.
Le gouvernement iranien a affirmé cibler des sites où du personnel des États-Unis s'est redéployé depuis des bases voisines. Cependant, Ebrahim Jabbari, général du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) en Iran, a laissé entendre que l'Iran viserait des cibles civiles, affirmant que l'Iran « frapperait tous les centres économiques de la région », a rapporté l'AFP.
Le 8 mars, le président iranien Massoud Pezeshkian a présenté ses excuses pour les attaques iraniennes contre les pays du Golfe, affirmant qu’« il n’y aura plus d’attaques ni de tirs de missiles vers les pays voisins ». Pourtant, les attaques ont persisté. Un porte-parole du quartier général central iranien Khatam al-Anbiya a déclaré le 8 mars que « tout point servant d’origine à une agression contre l’Iran est une cible légitime ». Le 14 mars, un média affilié aux Gardiens de la révolution iraniens a déclaré que les « entreprises américaines seront les cibles légitimes des forces armées iraniennes », citant un certain nombre de sociétés américaines de conseil en gestion et d'investissement.
Human Rights Watch a authentifié des vidéos publiées sur les réseaux sociaux, filmées pendant et juste après les attaques. Certaines ont initialement été géolocalisées par GeoConfirmed, une plateforme de vérification visuelle gérée par des bénévoles. Ces vidéos montrent des attaques et des dégâts contre des bâtiments résidentiels, des hôtels, des aéroports, des ambassades, des ports ainsi que des installations énergétiques au Bahreïn, au Koweït, au Qatar, en Arabie saoudite et aux EAU. Human Rights Watch s'est entretenu avec 16 personnes, dont des témoins, des journalistes, des touristes et des habitants des villes attaquées, ainsi que des membres de famille de trois travailleurs migrants tués au Bahreïn et aux EAU.
Le 10 mars, Human Rights Watch a écrit aux autorités iraniennes, ainsi qu'en Arabie saoudite, au Bahreïn, aux EAU, au Koweït et à Oman. Au moment de la publication du présent document, l'Arabie saoudite, le Bahreïn, les EAU et le Koweït, n'avaient pas encore répondu. Les autorités omanaises ont accusé réception de la lettre, mais ont demandé un délai supplémentaire. Les autorités iraniennes ont réagi en écrivant : « Alors que la République islamique d’Iran rejette fermement les allégations infondées de certains pays de la région selon lesquelles l’Iran les aurait attaqués… l’Iran souligne une fois de plus que ses opérations défensives — ciblant des bases et installations militaires des États-Unis dans la région — ne sont en aucun cas dirigées contre la souveraineté ou l’intégrité territoriale d’un pays de la région. »
Les attaques iraniennes ont touché des zones civiles densément peuplées, notamment des sites touristiques populaires, en particulier aux EAU. Le 28 février, un drone d'attaque unidirectionnel Shahed-238 iranien a frappé le parvis de l'hôtel Fairmont The Palm, situé dans le quartier huppé de Palm Jumeirah à Dubaï. Les autorités locales ont fait état de quatre blessés. Les drones Shahed-238 auraient plusieurs variantes, toutes guidées soit par des systèmes mondiaux de navigation par satellite (Global Navigation Satellite Systems, GNSS), soit par un système de guidage radar, soit par des capteurs électro-optiques, et seraient équipées de fonctionnalités leur permettant de surmonter le brouillage pour améliorer leur précision. Bien que l'on ignore la précision exacte du missile Shahed-238, ainsi que l'étendue et l'efficacité des contre-mesures déployées par les EAU, ses systèmes de ciblage lui permettent d'être dirigé avec fiabilité vers des objets et des infrastructures de grande taille.
Les personnes interrogées ont indiqué que le personnel militaire des États-Unis n'est pas connu pour séjourner à l'hôtel Fairmont The Palm. Human Rights Watch n'a pas pu confirmer l'absence de personnel militaire dans l'hôtel au moment de l'attaque du 28 février, mais a pu confirmer le caractère civil de cet hôtel de luxe de 391 chambres.
Un client a raconté qu'il dînait au restaurant de l'hôtel lorsqu'il a « entendu un bruit ressemblant à celui d'un réacteur d'avion qui approchait… C'était très rapide et très bruyant. L'explosion était absolument terrifiante. »
Un autre témoin a vu le drone « passer juste au-dessus de nous et percuter le Fairmont ». Cette femme quittait une plage voisine avec des amis lorsqu'elle a entendu un sifflement provenant du drone avant qu'il ne percute le bâtiment. « On se dit forcément qu'on est fichus », a-t-elle confié. Après avoir couru vers la plage, ils « se sont retournés et ont vu le Fairmont en flammes. »
Depuis le 12 mars, des attaques de drones iraniens ont également ciblé des quartiers financiers des EAU, notamment le Centre financier international de Dubaï (DIFC) et ses environs, lors d'au moins trois incidents distincts. Le 14 mars, les Gardiens de la révolution iraniens ont déclaré : « Nous avertissons le régime des États-Unis d'évacuer toutes les industries étasuniennes de la région. » Un média affilié aux Gardiens de la révolution a affirmé que « ces entreprises seront des cibles légitimes pour les Forces armées iraniennes » et a diffusé une infographie identifiant les entreprises des États-Unis présentes dans la région. Le graphique répertorie un certain nombre d'entreprises des États-Unis et leurs adresses régionales, notamment KKR, une société américaine de capital-investissement et d'investissement, Boston Consulting Group, une société américaine de conseil en gestion, et Bain & Company, une société américaine de conseil en gestion. L'infographie indique les adresses des bureaux de Dubaï de ces entreprises, tous situés dans le quartier du DIFC. Le DIFC est l'une des zones économiques spéciales de Dubaï et constitue un important centre financier pour les entreprises opérant au Moyen-Orient. Ce quartier est une zone civile densément peuplée de Dubaï.
Le 14 mars, un drone iranien a apparemment frappé l'ICD Brookfield Place, un immeuble de bureaux et de commerces de luxe situé dans le DIFC, abritant restaurants, salles de sport, salons de beauté et supermarchés. Des chercheurs ont géolocalisé une vidéo mise en ligne sur Telegram le soir même, montrant de la fumée s'échappant du bâtiment. Le 13 mars, l'AFP a rapporté que « des explosions ont secoué des bâtiments à Dubaï et qu'un important nuage de fumée planait au-dessus d'une zone centrale du centre financier ».
Les forces iraniennes, utilisant des drones, ont également mené des frappes contre des immeubles résidentiels à Dubaï. Aux premières heures du 12 mars, un drone iranien a frappé un immeuble résidentiel du quartier de Creek Harbour, provoquant un incendie, selon les autorités de Dubaï et des médias locaux et internationaux. Une vidéo géolocalisée par Human Rights Watch et mise en ligne sur X le 12 mars montre de la fumée s'échappant d'un étage supérieur. Une photographie publiée par le Bureau des médias de Dubaï montre des dégâts au même étage.
Lors d'un point de presse le 3 mars, le ministère de la Défense des EAU a déclaré que les autorités avaient intercepté des centaines de drones d'attaque unidirectionnels iraniens Shahed-136, ainsi que des dizaines de drones Shahed-107 et Shahed-238. Les autorités des EAU ont intercepté la grande majorité des attaques, avec un taux d'interception supérieur à 90 %, selon les chiffres du gouvernement.
Les forces iraniennes auraient également attaqué plusieurs grands immeubles résidentiels et hôtels au Bahreïn, notamment l'immeuble résidentiel Era View le 28 février, l'hôtel Crowne Plaza le 1er mars et la Millennium Tower le 10 mars, d'après la vérification de vidéos par des chercheurs, l'examen d'informations publiées en ligne et des entretiens avec quatre personnes.
L'attaque contre la Millennium Tower a tué une femme bahreïnienne âgée de 29 ans et blessé huit personnes, selon le ministère de l’Intérieur du Bahreïn. Gulf Digital News, un journal basé au Bahreïn, a indiqué que cette femme a été tuée par des débris projetés lors de l'attaque, a également déclaré à Human Rights Watch une personne ayant reçu des informations de seconde main.
Human Rights Watch a authentifié deux vidéos diffusées sur Telegram montrant un drone d'attaque unidirectionnel iranien Shahed-136 frappant l'immeuble résidentiel Era View, ainsi que des vidéos montrant les conséquences des attaques et les dégâts causés à deux autres bâtiments. Similaire au Shahed-238, le drone Shahed-136 est une arme guidée, principalement par le système satellitaire GNSS.
Le Département d'État des États-Unis a déclaré que deux employés du Département américain de la Défense avaient été blessés à l'hôtel Crowne Plaza de Manama, capitale du Bahreïn, a indiqué le Washington Post. Les personnes interrogées ont indiqué que des membres du gouvernement et de l'armée des États-Unis séjournaient fréquemment dans certains des bâtiments attaqués au Bahreïn, notamment le Crowne Plaza, mais que l'armée des États-Unis imposait des limites au nombre de militaires autorisés à séjourner simultanément dans un même bâtiment. Les chercheurs n'ont pas pu confirmer la présence de cibles militaires dans l'hôtel ou dans les deux immeubles résidentiels touchés au Bahreïn, mais ils ont confirmé leur utilisation par des civils. Tous ces bâtiments sont situés dans des quartiers résidentiels densément peuplés de Manama.
Des attaques iraniennes ont touché au moins trois aéroports internationaux dans les pays du Golfe. Les autorités aéroportuaires d'Abu Dhabi ont signalé que le 28 février, un drone a percuté l'aéroport international Zayed, entraînant la mort de Diwas Shrestha, un agent de sécurité népalais, et blessant sept autres personnes. Les autorités iraniennes ont bombardé à plusieurs reprises l'aéroport international de Dubaï. Le 28 février, l'autorité aéroportuaire de Dubaï a indiqué qu’un hall de l'aéroport international de Dubaï avait été endommagé lors d’une apparente attaque de drone iranienne. Quatre membres du personnel ont été blessés, selon les autorités de Dubaï. Des chercheurs ont géolocalisé une vidéo mise en ligne sur la plateforme X le 7 mars, montrant le moment où un drone a percuté un engin volant à proximité immédiate de l'aéroport, provoquant une suspension temporaire des vols. Une autre attaque de drone contre l'aéroport international de Dubaï le 16 mars a contraint l'Autorité de l'aviation civile de Dubaï à suspendre temporairement les vols. Les autorités de Dubaï ont indiqué qu’un drone avait endommagé un des réservoirs de carburant situés à proximité de l'aéroport international de Dubaï, provoquant un incendie qui a ensuite été maîtrisé. Deux vidéos géolocalisées par des chercheurs montrent un important panache de fumée s'élevant de la direction des réservoirs de stockage de carburant de l'aéroport. Une frappe de drone iranienne a touché l'aéroport international du Koweït le 28 février, blessant quatre Bangladais.
Human Rights Watch n'a pas pu confirmer si ces trois aéroports, utilisés à des fins civiles, servaient également à des fins militaires ni si des cibles militaires s'y trouvaient au moment de l'attaque.
L'aéroport du Koweït a déjà été utilisé par l’armée des États-Unis. Human Rights Watch n'a toutefois connaissance d'aucune preuve publique indiquant que les aéroports internationaux de Dubaï et de Zayed aient été utilisés récemment pour le transport d'armes ou de troupes. Le coût pour les civils des dommages et des perturbations causés à ces aéroports est élevé : l'aéroport international de Dubaï est l'aéroport le plus fréquenté au monde, selon OAG, un fournisseur de données aéroportuaires de premier plan, et a été un site clé pour les vols de rapatriement des civils fuyant le conflit.
Les attaques iraniennes ont également ciblé à plusieurs reprises ce qui semble être des locaux diplomatiques des États-Unis dans tout le Golfe. Le 3 mars, une attaque de drone iranienne a touché le consulat des États-Unis à Dubaï, provoquant un incendie. Une vidéo mise en ligne sur X, filmée de l'autre côté de la rue, capte le son d'un drone quelques instants avant une forte explosion. La caméra effectue ensuite un panoramique vers le consulat, où l'on peut voir de la fumée et des flammes.
Le 3 mars également, deux drones iraniens ont frappé l'ambassade des États-Unis à Riyad, provoquant un incendie et des dégâts mineurs, a indiqué le ministère de la Défense de l'Arabie saoudite. Une vidéo partagée avec Human Rights Watch, montrant les conséquences de l'attaque, révèle un incendie qui s'étend en direction du complexe de l'ambassade. Le 2 mars, des drones ont attaqué l'ambassade des États-Unis au Koweït, selon l’Agence France-Presse. Le 6 mars, le Département d’État des États-Unis a annoncé la suspension des opérations de l’ambassade des États-Unis à Koweït Ville.
Les travailleurs migrants ont été fortement touchés par les attaques et les débris des systèmes de défense aérienne. Le 28 février, une attaque iranienne a tué un ressortissant bangladais, Saleh Ahmed, à Ajman, aux Émirats arabes unis. Ahmed était en train de collecter de l'eau pour la livrer dans le quartier d'Al Talla lorsque des débris, vraisemblablement issus d'une attaque, ont percuté son camion-citerne. La cabine a été perforée et l'arrière endommagé, blessant Ahmed et deux autres personnes, un Bangladais et un Pakistanais, a déclaré le fils d'Ahmed, Mohammad Abdul Haq. Ahmed est décédé et les deux autres personnes ont été blessées.
Depuis le début du conflit, les forces iraniennes ont également attaqué ou frappé des États situés en dehors des pays du Conseil de coopération du Golfe, notamment l'Azerbaïdjan, l'Irak, Israël, la Jordanie, la Syrie et la Turquie.
Le droit international humanitaire exige de toutes les parties au conflit qu'elles fassent la distinction entre objectifs militaires et biens civils, et qu'elles ne ciblent que les objectifs militaires. Ces derniers se limitent aux « objets qui, par leur nature, leur emplacement, leur finalité ou leur utilisation, contribuent efficacement à l'action militaire et dont la destruction, la capture ou la neutralisation, partielle ou totale, compte tenu des circonstances, procure un avantage militaire certain ».
Le droit international humanitaire exige également des parties à un conflit qu’elles « prennent toutes les précautions possibles » pour éviter ou réduire les pertes civiles accidentelles. Toute attaque doit respecter le principe de proportionnalité, notamment en tenant compte de son impact probable sur les civils et les biens civils. Les attaques sont interdites si leur objectif principal est de semer la terreur parmi la population civile. Les violations graves du droit de la guerre commises avec une intention criminelle, c’est-à-dire délibérément ou par imprudence, constituent des crimes de guerre.
Contrairement à ce qu'ont affirmé les autorités iraniennes, le fait que des entreprises aient des intérêts ou des liens avec des propriétaires américains ne les rend pas, de ce seul fait, légitimes comme objets militaires.
« La riposte iranienne semble consister à frapper des civils et des infrastructures civiles, dévastant des vies et des moyens de subsistance dans tout le Golfe », a conclu Joey Shea.
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16.03.2026 à 19:51
Human Rights Watch
(Quito, le 16 mars 2026) – L’Équateur ne respecte pas les dispositions essentielles d’un arrêt de la Cour interaméricaine des droits de l’homme visant à protéger les peuples autochtones Tagaeri et Taromenane, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Ces groupes vivent en isolement volontaire à proximité d’installations pétrolières situées à l’intérieur du parc national Yasuní.
Le 14 mars 2025, la Cour a ordonné à l’Équateur de prendre des mesures pour protéger ces groupes autochtones, notamment en cessant immédiatement les opérations pétrolières dans une zone du parc national Yasuní appelée « Bloc 43 ». Le gouvernement équatorien était déjà tenu de mettre fin à la production pétrolière dans le Bloc 43 en vertu d’un référendum national de 2023. Malgré l’échéance de mars 2026 fixée par la Cour pour améliorer les mesures de protection et de suivi dans cette zone, le gouvernement n’a réalisé que peu de progrès dans ce sens.
« L’Équateur continue d’autoriser l’extraction de pétrole dans le Bloc 43, faisant passer la production pétrolière avant les droits des communautés autochtones », a déclaré José Rodríguez Orúe, chercheur titulaire d’une bourse Kenneth Roth auprès de la division Environnement et droits humains à Human Rights Watch. « L’Équateur devrait prendre des mesures immédiates pour suspendre l’extraction pétrolière dans le Bloc 43 et se conformer pleinement à la décision de la Cour afin de respecter les droits des peuples autochtones dans le parc national Yasuní. »
Malgré l’ordonnance de la Cour, le gouvernement a autorisé la poursuite de la production pétrolière dans le Bloc 43 en 2025 et n’a fourni aucune information sur les conditions environnementales dans les environs. Le gouvernement n’a pas non plus respecté la date limite de septembre 2025 pour mettre en place une commission technique selon l’ordonnance de la Cour ; cette commission serait chargée de surveiller les déplacements des personnes vivant dans la région, afin de déterminer si une zone protégée à l’intérieur du parc national Yasuní devait être étendue pour protéger le territoire des Tagaeri et des Taromenane.
En novembre et décembre 2025, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 13 dirigeants et membres de la communauté du peuple autochtone Waorani, ainsi qu’un dirigeant de la communauté Kichwa située à l’intérieur du Bloc 43. Human Rights Watch a également interrogé huit représentants d’organisations de la société civile, des journalistes, des universitaires et des économistes. Les chercheurs ont examiné diverses sources externes, notamment des études universitaires, des reportages, des documents juridiques, des images satellite, des publications de l’industrie pétrolière et des publications de l’ONG Nationalité Waorani de l’Équateur (Nacionalidad Waorani del Ecuador, NAWE).
Les Tagaeri et les Taromenane, peuples semi-nomades, vivent en Amazonie équatorienne, y compris dans une partie du parc national Yasuní. En 1999, l’Équateur a créé la « Zone intangible Tagaeri-Taromenane » (« Zona Intangible Tagaeri Taromenane »), une partie centrale du parc national où toute activité extractive est interdite. Une zone tampon de dix kilomètres sépare les installations pétrolières de cette zone interdite.
Click to expand Image Carte du Bloc 43 dans le parc national de Yasuní, en Équateur. Les petits carrés noirs représentent des plates-formes pétrolières. Une « zone tampon » (en rose sur la carte) sépare le bloc pétrolier d’une « zone intangible » (en vert) réservée aux communautés autochtones Tagaeri et Taromenane. Sources des données : Ministère équatorien des Ressources naturelles non renouvelables, Ministère de l'Environnement, de l'eau et de la transition écologique (MAATE), PetroEcuador, EcoCiencia, Global Forest Watch. © 2026 Human Rights Watch (infographie)Les opérations pétrolières se sont poursuivies dans d’autres zones du parc, notamment dans une zone adjacente au nord, le Bloc pétrolier 43. Un rapport gouvernemental de 2024, qui expliquait les difficultés liées au respect du référendum, a noté des « signes de présence » des peuples Tagaeri et Taromenane au sud du Bloc 43 et a reconnu que les opérations pétrolières constituaient une « menace » pour leur survie.
La Cour interaméricaine des droits de l’homme a statué que l’extraction pétrolière dans le Bloc 43 — qui empiète sur le territoire ancestral autochtone — générait une pollution environnementale et augmentait les risques de contact forcé avec les Tagaeri et les Taromenane, les exposant potentiellement à des maladies, à des déplacements, à des pénuries alimentaires et à des conflits liés aux ressources. La Cour a également cité le résultat du référendum national du 20 août 2023, ordonnant la fermeture de l’installation dans un délai d’un an.
La Cour a ordonné au gouvernement de prendre « toutes les mesures législatives, administratives et autres nécessaires pour garantir que ce [référendum] soit effectivement mis en œuvre et que l’exploitation pétrolière dans le Bloc 43 soit interdite ». En novembre 2025, des défenseurs de l’environnement ont engagé contre le gouvernement une procédure pour non-fermeture du Bloc 43.
Les données de la compagnie pétrolière nationale, Petroecuador, ont montré que, à l'exception d'une période en juillet 2025 où la production nationale de pétrole a chuté en raison de pipelines endommagés à la suite d'un glissement de terrain, la production de brut du Bloc 43 est restée constante tout au long de l'année 2025, avec une moyenne de 1,2 million de barils de pétrole extraits chaque mois.
Sites de déversement de pétrole dans le Bloc 43 Block 43 Spills 2016 - 2024Les autorités n’ont pas rendu publiques les informations relatives à la surveillance environnementale requise depuis avril 2024. En vertu de la législation équatorienne, le ministère de l’Environnement, de l’Eau et de la Transition écologique doit soumettre ces rapports à l’Assemblée nationale tous les six mois. Une lettre ministérielle datée d’août 2025 et conservée dans les archives de Human Rights Watch a confirmé la soumission du rapport de surveillance couvrant la période d’octobre 2023 à avril 2024, mais le ministère n’a pas divulgué les deux rapports suivants qui devaient légalement être remis à cette date.
Les Tagaeri et les Taromenane font partie du peuple autochtone Waorani au sens large. L’extraction pétrolière à proximité de leur territoire augmente le risque de rencontres indésirables avec des étrangers et peut les exposer à la pollution, à de graves risques sanitaires et à des conditions qui pourraient rendre leur retour à l’isolement pratiquement impossible.
Les entretiens menés avec des membres de la communauté Waorani – qui partagent la même langue et la même culture et vivent dans des zones voisines touchées par les opérations pétrolières – donnent un aperçu de la manière dont les Tagaeri et les Taromenane pourraient subir les impacts des opérations pétrolières dans le Bloc 43.
Les membres de la communauté Waorani ont déclaré qu’ils estimaient que l’activité pétrolière dans et autour du Bloc 43 avait un impact négatif sur la qualité de l’eau des rivières – principale source d’eau potable – ainsi que sur la santé et le bien-être de leurs communautés. « Nos rivières sont polluées, les animaux meurent, des éruptions cutanées recouvrent notre peau après la baignade, nous n’avons pas d’eau potable », a déclaré Isabel Baihua, dirigeante de l’Association des femmes waorani d’Orellana.
La Convention américaine relative aux droits de l’homme et l’Accord d’Escazú, auxquels l’Équateur est un État partie, exigent que le gouvernement garantisse aux citoyens l’accès aux informations nécessaires pour protéger leurs droits à la santé et à un environnement sain. Mais les membres de la communauté Waorani ont déclaré que les autorités ne leur fournissaient pas les informations dont ils ont besoin pour prendre des décisions éclairées visant à protéger leur santé contre les impacts environnementaux de l’extraction pétrolière dans le Bloc 43.
Le gouvernement n’a pas non plus mis en place la commission ordonnée par le tribunal pour surveiller les déplacements des groupes autochtones et recommander l’extension des limites de la zone d’exclusion.
La capacité de l’Équateur à protéger les peuples autochtones Tagaeri et Taromenane a été encore affaiblie par des changements qui ont sapé l’action de ministères clés. Le président Daniel Noboa a rétrogradé l’ancien ministère de l’Environnement, de l’Eau et de la Transition écologique au rang de vice-ministère au sein d’un nouveau ministère de l’Environnement et de l’Énergie. Le ministère de la Femme et des Droits humains a également été rétrogradé au rang de vice-ministère relevant du ministère du Gouvernement. Dans son jugement, la Cour avait fait part de ses préoccupations quant au fait que les changements institutionnels et les coupes budgétaires avaient conduit l’État à ne pas empêcher les incursions de bûcherons et d’autres tiers sur le territoire des Tagaeri et des Taromenane.
Le gouvernement équatorien devrait collaborer avec le peuple Waorani et les communautés touchées par l’extraction pétrolière dans le Bloc 43 afin d’assurer sa suspension et sa fermeture progressive.
« Le refus du gouvernement équatorien de fermer le Bloc 43 porte atteinte à la volonté démocratiquement exprimée des citoyens, et son refus de se conformer aux ordonnances de la Cour interaméricaine des droits de l’hommesape ses engagements envers le système régional des droits humains », a conclu José Rodríguez Orúe. « Le gouvernement devrait respecter l’état de droit et, en fin de compte, la volonté du peuple équatorien. »
Suite détaillée en anglais.
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16.03.2026 à 12:16
Human Rights Watch
Une décision rendue cette semaine par la Cour suprême ukrainienne, reconnaissant un couple de même sexe comme une famille de fait, marque une importante victoire pour l'égalité.
L'affaire concerne Zorian Kis, un diplomate ukrainien, et son partenaire Tymur Levchuk. Après des années de bataille juridique, la Cour suprême a confirmé une décision rendue en première instance reconnaissant que le couple constitue une famille au regard du droit ukrainien.
Si cette décision crée un précédent important pour les tribunaux de première instance, la projet de loi qui permettrait aux partenaires de même sexe d’enregistrer une union civile reste bloqué au Parlement depuis trois ans.
Sans reconnaissance juridique officielle, les couples de même sexe en Ukraine ne sont pas considérés comme des membres de la famille proche, ce qui leur interdit l’accès aux visites conjugales à l’hôpital, aux décisions médicales, à l’héritage et à d’autres droits.
L'opinion publique ukrainienne sur les droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) a évolué ces dernières années, en particulier depuis l'invasion à grande échelle de la Russie en 2022. Le service de soldats LGBT dans les forces armées ukrainiennes a transformé le débat public. Une enquête de 2024 a révélé que plus de 70 % des Ukrainiens soutiennent l'égalité des droits, un chiffre qui reste élevé aujourd'hui.
En juin 2023, la Cour européenne des droits de l’homme a jugé que l’Ukraine avait violé les interdictions de discrimination et le droit au respect de la vie privée et familiale en ne reconnaissant pas légalement les couples de même sexe. La Cour a rejeté l’argument du gouvernement selon lequel la protection des « familles traditionnelles » justifie l’exclusion des couples de même sexe et a souligné que l’Ukraine offre deux formes de reconnaissance légale pour les couples de sexe différent.
Un nouveau projet de code civil définit les « unions familiales de fait » comme des partenariats hétérosexuels, excluant explicitement les familles de même sexe. S’il était adopté, l’Ukraine pourrait enfreindre ses obligations au titre de la Convention européenne des droits de l’homme et compliquer son chemin vers l’adhésion à l’Union européenne, qui exige le respect des normes de non-discrimination.
La Cour suprême a rendu une décision claire : les couples de même sexe sont des familles et la loi doit respecter leurs droits. Il est grand temps que la législation en vigueur rattrape son retard.
Pour les Ukrainiens LGBT, y compris les nombreux soldats servant au front et leurs proches, ce retard législatif persistant les laisse dans un vide juridique.
L’Ukraine se bat pour un avenir fondé sur les droits humain et l’état de droit, mais sa crédibilité démocratique est compromise si elle continue de traiter certains citoyens comme des citoyens de seconde zone. Le Parlement devrait adopter sans plus tarder le projet de loi sur les partenariats civils.
Il ne s’agit pas seulement d’une question de droit, mais aussi de dignité.
16.03.2026 à 05:00
Human Rights Watch
(Washington) – Les autorités du Salvador ont soumis des Salvadoriens expulsés par les États-Unis à des détentions arbitraires et à des disparitions forcées, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch, un an après le renvoi de certains d’entre eux vers leur pays.
Les personnes détenues font partie de plus de 9 000 Salvadoriens expulsés par les États-Unis depuis le début de l’année 2025. Certains d’entre eux ont été expulsés le 15 mars 2025, aux côtés de Vénézuéliens qui ont été transférés au Centre de détention pour terroristes (Centro de Confinamiento del Terrorismo, CECOT), une méga-prison au Salvador ; des détenus y ont été torturés et, dans certains cas, victimes d’abus sexuels.
« Quels que soient les antécédents criminels de ces hommes salvadoriens, ils ont droit à une procédure régulière, notamment en étant présentés devant un juge, et leurs proches ont le droit de savoir où ils sont détenus et pourquoi », a déclaré Juanita Goebertus, directrice de la division Amériques à Human Rights Watch. « Leur expulsion par les États-Unis ne devrait pas aboutir à une disparition forcée. »
Human Rights Watch a mené des entretiens avec 20 proches et avocats de 11 Salvadoriens qui ont été expulsés des États-Unis entre mi-mars et mi-octobre 2025, puis immédiatement placés en détention au Salvador. Comme la plupart des détenus au Salvador, ces hommes n’ont pas été autorisés à communiquer avec leurs proches ou leurs avocats.
Aucun des proches ou des avocats n’a reçu d’indication de la part des autorités indiquant que ces hommes avaient été présentés devant un juge, depuis leur arrivée. Certains n’ont pas été informés du lieu où leurs proches sont détenus, ni du motif de leur détention. Dans cinq cas, les proches n’ont pu obtenir des informations sur le lieu de détention des personnes expulsées qu’à la suite d’une procédure engagée auprès de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH).
L'administration Trump a affirmé que plusieurs Salvadoriens expulsés sont des membres du gang MS-13 ; parmi eux figurait César Humberto López Larios (surnommé « El Greñas », ou « Le Chevelu »), un chef de gang MS-13 avéré. Toutefois, ni les autorités américaines ni les autorités salvadoriennes n'ont fourni de preuves ou d'informations pour étayer l'affirmation selon laquelle les autres hommes sont aussi des membres de gangs.
Human Rights Watch a examiné des données publiées par les services américains d'immigration et de douane (Immigration and Customs Enforcement, ICE) ; selon ces données, sur les 9 000 Salvadoriens (ou plus) expulsés vers le Salvador depuis janvier 2025, seuls 10,5 % avaient été condamnés aux États-Unis pour un crime violent ou potentiellement violent. Les proches de dix hommes détenus au Salvador ont déclaré qu'ils avaient purgé des peines aux États-Unis, certains pour possession de drogue et deux pour des crimes violents : homicide dans un cas, et agression sexuelle dans l’autre cas.
Certaines des personnes interrogées ont déclaré que leurs proches avaient fui le Salvador en raison de violences domestiques ou criminelles, d’extorsion par des gangs, ainsi que de menaces liées au recrutement forcé de membres de gangs. Certains Salvadoriens vivaient apparemment aux États-Unis depuis plusieurs années, avant leur expulsion.
Le 15 mars 2025, les autorités américaines ont expulsé 23 Salvadoriens vers le Salvador ; parmi eux se trouvait Kilmar Ábrego García. Par la suite, l’administration Trump a indiqué que son expulsion avait fait suite à une « erreur administrative ». Le 6 juin 2025, Kilmar Ábrego García a été renvoyé aux États-Unis, conformément à un ordre judiciaire émis par un juge fédéral américain. Les avocats d’Ábrego Garcia ont ensuite déposé une plainte auprès d’un tribunal américain, affirmant qu’il avait subi des violences physiques lors de son emprisonnement au Salvador. Le 11 décembre 2025, un tribunal fédéral de district du Maryland a ordonné qu’Ábrego Garcia, qui était alors toujours détenu dans un centre de l’ICE, soit remis en liberté.
Le 14 avril 2025, la Maison Blanche a publié les noms de 12 autres Salvadoriens renvoyés vers leur pays, sans préciser la date de leur expulsion. Le 17 juillet, le site 404 Media a publié une liste ayant fait l’objet d’une fuite, comprenant les noms de plusieurs ressortissants vénézuéliens et salvadoriens expulsés vers le Salvador. Cependant, ni le gouvernement américain ni le gouvernement salvadorien n’ont confirmé l’authenticité de cette liste.
La plupart des personnes dont Human Rights Watch a recueilli les témoignages ont déclaré avoir d’abord tenté de localiser leurs proches via le système de localisation des détenus de l’ICE (Online Detainee Locator System), mais sans succès. Ces personnes ont indiqué que des responsables de l’ICE leur avaient dit que leurs proches avaient été expulsés vers le Salvador.
Tous ces personnes ont affirmé avoir ensuite demandé aux autorités salvadoriennes où leurs proches étaient détenus. Les autorités ont toutefois refusé de fournir des informations, expliquant qu’elles ne disposaient pas de « mandat légal » pour le faire, ou que les noms des individus concernés ne figuraient pas dans leurs registres.
Les proches de cinq Salvadoriens expulsés par les États-Unis ont déposé des requêtes auprès de la CIDH. En octobre et décembre 2025, le Salvador a informé la Commission que quatre d’entre eux étaient détenus à la prison de Santa Ana, et le cinquième au CECOT. La Commission a enjoint au Salvador de divulguer le statut juridique des détenus, de mettre fin à leur détention au secret, et de prendre des mesures pour les protéger.
Deux autres familles pensent que leurs proches sont détenus au CECOT. Les membres d’une autre famille ont conclu que leur proche est détenu à la prison de Santa Ana, car ils l’ont identifié sur des photos et des vidéos publiées par le président salvadorien Nayib Bukele. Dans les trois autres cas documentés par Human Rights Watch, les proches n’ont aucune information sur le lieu de détention de leurs proches.
Les tribunaux salvadoriens ont également refusé de fournir des informations concernant les détenus. Les proches et les avocats de cinq Salvadoriens expulsés par les Etats-Unis ont déclaré avoir déposé des requêtes en « habeas corpus » auprès de la Chambre constitutionnelle de la Cour suprême, en mai, août et octobre 2025. La Cour a rejeté une requête, affirmant que les faits présentés n’étaient pas suffisamment « précis ». Elle n’a pas répondu aux quatre autres requêtes.
En vertu du droit international, une disparition forcée a lieu lorsque les autorités privent une personne de sa liberté puis refusent de révéler son sort ou le lieu où elle se trouve, la plaçant ainsi hors de la protection de la loi.
Les autorités salvadoriennes n’ont pas précisé le fondement juridique de la détention des personnes expulsées, ni si elles seront présentées devant un juge. Dans certains cas, le gouvernement salvadorien a déclaré à la CIDH qu’il avait demandé des informations complémentaires aux États-Unis, et que ces hommes resteraient détenus dans le cadre du système pénitentiaire salvadorien, « dans l’attente [d’informations]de l’État ayant procédé aux expulsions, concernant leur statut migratoire et juridique ».
La sœur de l’un des Salvadoriens expulsés par les Etats-Unis a déclaré que son frère, âgé aujourd’hui de 32 ans, avait migré vers ce pays en 2022 en raison d’abus policiers. Les autorités américaines l’ont expulsé le 15 mars 2025. « J’ai appelé sans cesse le centre d’accueil pour migrants au Salvador, mais ils ne m’ont jamais donné aucune information, alors j’ai déposé une plainte auprès du bureau de la Médiatrice pour la défense des droits humains », a-t-elle déclaré. « Un fonctionnaire m’a dit que mon frère avait été expulsé [des États-Unis] le 15 mars, mais qu’en raison de l’état d’urgence, ils ne fourniraient aucune autre information. »
La mère d’un autre Salvadorien expulsé par les États-Unis, où il vivait depuis 11 ans (soit depuis l’âge de 17 ans), a déclaré que la dernière fois qu’elle avait parlé à son fils, c’était le 13 mars 2025 : il lui avait alors dit qu’il allait bientôt être expulsé vers le Salvador. Le 15 mars 2025, lorsqu’elle a essayé de le localiser à l’aide du système de localisation en ligne de l’ICE, aucun résultat n’est apparu.
« Le jour même, j’ai commencé à chercher des avocats au Salvador, mais plusieurs m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas travailler sur telles affaires, car ils craignaient des représailles du gouvernement », a-t-elle déclaré. « J’ai appelé plusieurs institutions, le bureau du Procureur général, le bureau de la Médiatrice des droits humains, un centre d’accueil pour migrants et des ministères au Salvador, mais ils ne m’ont donné aucune information. Au bureau de la Médiatrice, on m’a dit qu’en raison de l’état d’urgence, ils n’étaient pas tenus de me fournir des informations. Je me sens abandonnée. »
L’état d’urgence est en vigueur au Salvador depuis mars 2022. Le gouvernement s’en est servi pour suspendre, entre autres, le droit d’être informé sans délai des motifs d’une arrestation, le droit de garder le silence, le droit à un avocat et l’obligation de présenter tout détenu devant un juge dans les 72 heures suivant son arrestation. Human Rights Watch a précédemment documenté de nombreuses violations des droits humains commises pendant l’état d’urgence.
« Le désespoir des familles à la recherche de leurs proches disparus rappelle les jours les plus sombres des dictatures en Amérique latine », a conclu Juanita Goebertus. « Les États-Unis devraient cesser de renvoyer des personnes vers le trou noir du système carcéral salvadorien. »
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Articles
LaPresse.ca
13.03.2026 à 19:51
Human Rights Watch
Alors que de nombreux Israéliens cherchent à se mettre à l'abri face aux attaques de missiles et de drones iraniens, des colons armés en Cisjordanie profitent de la confusion de la guerre pour s'emparer de terres, poursuivant la politique israélienne de dépossession et de nettoyage ethnique à l’encontre des Palestiniens.
Tous les jours, des colons envahissent des communautés palestiniennes, tirent à balles réelles, incendient des maisons et des voitures, et attaquent des familles dans leurs domiciles. Au cours des 11 derniers jours, des colons armés – dont trois en uniforme – auraient abattu cinq Palestiniens en Cisjordanie ; un sixième serait décédé d’un arrêt cardiaque après avoir inhalé des gaz lacrymogènes tirés par l’armée israélienne. À un tel rythme, l’année 2026 risque d’être encore plus létale en Cisjordanie que 2025 : la violence des colons israéliens avait alors atteint son plus haut niveau depuis deux décennies, neuf Palestiniens ayant été tués par des colons armés.
L'armée israélienne a déclaré que les récents incidents faisaient l'objet d'une enquête.
Fin 2025, l’ONG israélienne Yesh Din a indiqué que sur les centaines de cas de violences commises par des colons qu’elle avait recensés depuis octobre 2023, seuls 3 % avaient abouti à des condamnations. Le gouvernement israélien fournit des armes aux colons, généralement sans les tenir responsables de leurs actes criminels ; il facilite ainsi les violences commises par les colons, voire se rend complice des abus.
Le gouvernement israélien encourage également les colons en approuvant et en finançant l’expansion des colonies illégales. En août dernier, Israël a officialisé ses plans de développement du projet de colonie E1, considéré comme illégal et une « ligne rouge » par la communauté internationale ; en décembre dernier, le gouvernement a publié un appel d’offres pour la construction de 3 401 logements dans cette zone. S’il est mené à bien, ce projet séparera complètement la partie sud de la Cisjordanie de sa partie nord. Des contrats de construction devraient être attribués à partir du 16 mars.
En juillet 2024, la Cour internationale de justice (CIJ) avait émis un avis consultatif concluant que l’occupation par Israël des territoires palestiniens depuis 59 ans est « illicite », et que les autorités israéliennes y pratiquent une politique d’apartheid. La CIJ a conclu que « l’État d’Israël est dans l’obligation […] d’évacuer tous les colons du Territoire palestinien occupé », y compris Jérusalem-Est, de permettre aux Palestiniens déplacés de retourner chez eux et de leur verser des indemnités. Toutefois, dans le contexte de la guerre actuelle, c’est le contraire qui se produit.
Les autres États devraient agir pour empêcher de nouvelles atrocités sur l’ensemble du Territoire palestinien occupé, notamment en imposant des sanctions ciblées à l’encontre des personnes impliquées dans les graves violations en cours, en suspendant les transferts d’armes à Israël, en interdisant le commerce avec les colonies illégales, en suspendant les accords commerciaux préférentiels avec Israël. Ces États devraient aussi soutenir la Cour pénale internationale et ses enquêtes en cours, notamment en exécutant ses mandats d’arrêt. Ne pas agir maintenant aurait de graves conséquences pour l’avenir des Palestiniens.
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13.03.2026 à 06:00
Human Rights Watch
Cette semaine, la Cour pénale spéciale en République centrafricaine a annoncé que Mathurin Kombo, qui était détenu par la cour et poursuivi pour des crimes commis en 2014, est décédé à l’Hôpital communautaire de Bangui.
Il y a douze ans, alors que la République centrafricaine était plongée dans une guerre civile, je suis arrivé dans le village de Guen, dans le sud-ouest du pays, pour y mener des recherches. Sur place, nous avons confirmé que début février 2014, des forces anti-balaka avaient attaqué des civils musulmans, tuant au moins 72 hommes et garçons, certains âgés de neuf ans seulement.
Je n’oublierai jamais une conversation que j’ai eue avec le père d’Oumarou Bouba, âgé de 10 ans. « Alors que nous fuyions, il a été abattu », m’a-t-il raconté. « Il est tombé, mais ils l’ont achevé à coups de machette. »
Les milices anti-balaka se sont soulevées à travers la République centrafricaine pour combattre la Séléka, une coalition majoritairement musulmane qui a pris le contrôle du pays en 2013. Elles ont commencé à cibler les civils musulmans, particulièrement dans l’ouest du pays, les assimilant à la Séléka ou à ses sympathisants.
À l’époque, nous avons rencontré Mathurin Kombo, un chef anti-balaka commandant de Guen. Il niait que le massacre ait eu lieu, mais exprimait ouvertement son dégoût envers les musulmans. C’était un dirigeant arrogant et sûr de lui, convaincu qu’il pourrait échapper à la justice.
Puis le gouvernement de transition a créé la Cour pénale spéciale (CPS) afin de lutter contre l’impunité généralisée. La cour est chargée d’enquêter sur les crimes graves commis pendant les conflits armés du pays depuis 2003 et de poursuivre leurs auteurs. Elle est composée de juges et de procureurs nationaux et internationaux. Elle a commencé ses travaux en 2018 et Kombo a été arrêté en 2022.
Le procès contre lui et six autres coaccusés, dont un autre chef anti-balaka, Edmond Beïna, pour les atrocités commises à Guen est toujours en cours.
Le fait que Kombo ne verra pas la fin de son procès est une perte pour les rescapés et les proches des victimes des massacres. Mais sa mort souligne également la nécessité persistante de rendre justice pour les crimes commis à Guen et ailleurs dans le pays, ainsi que le rôle essentiel que joue la CPS pour y parvenir.
Le gouvernement centrafricain et les partenaires internationaux de la cour devraient redoubler d’efforts pour garantir qu’elle dispose des ressources nécessaires pour poursuivre son travail essentiel, et accomplir son mandat crucial.
Kombo est peut-être mort avant la fin de son procès, mais la procédure en cours contre ses coaccusés offre l’espoir que justice, quel que soit le temps qu’elle prendra, finira par être rendue.