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Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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24.11.2025 à 22:54

Honduras : La tenue d'élections libres et équitables est menacée

Human Rights Watch

Click to expand Image Une habitante de Tegucigalpa, au Honduras, votait lors des élections primaires tenues dans ce pays, le 9 mars 2025. © 2025 Emilio Flores/Anadolu via Getty Images

(Washington) – L'intensification des pressions politiques exercées sur les autorités électorales au Honduras y menace le droit des citoyens de voter lors d'élections libres et équitables, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.

Des élections générales seront tenues au Honduras le 30 novembre, afin d’élire le ou la président-e, les 128 membres du Congrès national et les 20 députés honduriens du Parlement centraméricain. Ces dernières semaines, le bureau du Procureur général a ouvert des enquêtes pénales visant les hautes autorités électorales. Parallèlement, l'impasse au sein du Conseil national électoral (Consejo Nacional Electoral, CNE) a retardé à plusieurs reprises l'attribution des contrats pour l'organisation des élections. Les allégations de fraude formulées par la présidente Xiomara Castro, ainsi que par des membres des partis d'opposition, sapent également la crédibilité du processus électoral.

« Les allégations de fraude potentielle, les mesures agressives prises par les procureurs et l'armée, et l'impasse politique au sein de l'autorité électorale menacent le droit des Honduriens à participer à des élections libres et équitables », a déclaré Juanita Goebertus, directrice de la division Amériques à Human Rights Watch. « Les missions internationales d'observation électorale devraient suivre de près le processus et faire pression sur les autorités honduriennes pour garantir que les conditions électorales soient libres et équitables. »

Depuis 2019, l'autorité électorale est divisée entre le Tribunal de justice électorale (Tribunal de Justicia Electoral, TJE), la plus haute autorité en matière de justice électorale, et le CNE, qui administre le processus électoral. Ces deux institutions sont composées de trois membres principaux, élus à la majorité des deux tiers au Congrès. La nomination des membres du conseil et du tribunal résulte d'un accord politique entre les trois principaux partis du pays – Partido Nacional, Partido Liberal et Partido Libre – permettant à chacun d’entre eux d’obtenir un siège dans chaque organe. Ces derniers mois, les tensions entre les membres du conseil ont toutefois paralysé le CNE.

Le 29 octobre, le procureur général Johel Zelaya a annoncé l'ouverture d'une enquête sur Cossette López, membre du conseil issue du parti Nacional, l'accusant d'avoir comploté pour manipuler les résultats électoraux. Zelaya a cité un enregistrement audio, que Cossette López affirme avoir été manipulé. La présidente Xiomara Castro a qualifié les enregistrements contestés de « complot criminel visant à provoquer un coup d'État électoral ».

Le 10 novembre, les procureurs ont ouvert une enquête contre deux juges du tribunal, les accusant d'avoir agi illégalement en approuvant une résolution alors que seuls deux des trois juges étaient présents.

Le 9 novembre, le Conseil a testé son système national de transmission des résultats préliminaires des élections le soir même du scrutin. Le conseiller Marlon Ochoa, du parti Libre, a déclaré que le test avait échoué et qu'il existait « une conspiration contre le processus électoral au sein même de l'organe électoral ».

Le chef d'état-major interarmées a demandé au Conseil de fournir à l'armée une copie du relevé des votes présidentiels le jour du scrutin. Ana Paola Hall, présidente du Conseil, a déclaré avoir rejeté cette demande. L'armée a le devoir constitutionnel de soutenir le transport du matériel électoral le jour du scrutin, mais n'a aucune autorité pour accéder aux résultats, les compter, les transmettre ou les examiner. 

Le 20 novembre, les forces armées ont déposé une plainte auprès du bureau du procureur général afin d'engager une action pénale pour diffamation contre Cossette López.

Dans ce contexte de méfiance croissante et d'allégations de fraude, le rôle des missions d'observation électorale indépendantes nationales et internationales sera essentiel pour préserver la crédibilité du processus, a déclaré Human Rights Watch.

La mission d'observation de l'Organisation des États américains a exprimé son inquiétude face aux « actions et déclarations fréquentes – pratiquement quotidiennes – qui génèrent de l'incertitude et déstabilisent le processus électoral » et a fait part de ses préoccupations concernant « l'intervention judiciaire excessive » dans les élections. L'Union européenne a également déployé une mission d'observation électorale au Honduras. Le 18 novembre, l'UE a exprimé son inquiétude face aux développements susceptibles de compromettre les institutions électorales du Honduras à l'approche des élections, déclarant que les autorités et les partis politiques devaient veiller à ce que les organes électoraux puissent fonctionner de manière indépendante et transparente.

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24.11.2025 à 22:40

Tunisie : Poursuites abusives visant une organisation d’aide aux réfugiés

Human Rights Watch

Click to expand Image Mustapha Djemali, directeur du Conseil tunisien pour les réfugiés (CTR). © Privé

Mise à jour 25/11/25 : Le 24 novembre, Mustapha Djemali et Abderrazek Krimi ont été condamnés chacun à deux ans de prison ; ils ont ensuite été libérés, ayant déjà effectué l’essentiel de cette peine durant leur détention à ce jour, la période restante étant assortie d’un sursis. Les trois autres accusés, jugés lors du même procès, ont été acquittés.

(Beyrouth) – Cinq employés du Conseil tunisien pour les réfugiés seront jugés à partir du 24 novembre, dans un contexte de répression généralisée des organisations de la société civile en Tunisie, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Les autorités tunisiennes devraient abandonner les accusations infondées retenues contre ces employés, remettre en liberté deux d’entre eux qui sont en détention et cesser de criminaliser le travail légitime des organisations indépendantes.

Les autorités tunisiennes ont dissous le Conseil, gelé ses comptes en banque et poursuivent en justice six de ses employés pour leur travail d’assistance aux demandeurs d’asile et aux réfugiés effectué en partenariat avec le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Parmi ces six personnes figurent le fondateur et directeur du Conseil, Mustapha Djemali, et son chef de projet, Abderrazek Krimi. Ils sont passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à 23 ans de prison s’ils sont déclarés coupables de l’accusation infondée d’avoir facilité les entrées et les séjours clandestins d’étrangers en Tunisie. L’un de ces six employés n’est pas encore en jugement, en l’attente de l’issue de démarches effectuées devant la Cour de Cassation.

« Le Conseil tunisien pour les réfugiés a effectué un travail essentiel de protection de réfugiés et de demandeurs d’asile, opérant légalement avec des organisations internationales accréditées en Tunisie », a déclaré Bassam Khawaja, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Faire d’une organisation humanitaire la cible d’actions en justice abusives revient à criminaliser un travail d’assistance crucial et prive les demandeurs d'asile d’un soutien dont ils ont désespérément besoin. »

Le procès, devant le Tribunal de première instance de Tunis, est le premier à être intenté à une organisation de la société civile depuis les arrestations de plusieurs employés d’organisations non gouvernementales effectuées entre mai et décembre 2024. Il survient dans le contexte d’une répression sans précédent de l’espace civique en Tunisie.

Le Conseil tunisien pour les réfugiés (CTR), créé en 2016, avait pour tâche d’effectuer l’examen initial des demandes d’asile pour le HCR. Il fournissait également des hébergements d’urgence et de l'assistance médicale aux réfugiés et aux demandeurs d’asile.

Le 2 mai 2024, le CTR a publié un appel d’offres adressé à des hôtels tunisiens pour ces services, provoquant une vive polémique sur les réseaux sociaux et parmi les parlementaires, dans un contexte de répression anti-migrants. Le lendemain, la police a perquisitionné le siège du CTR à Tunis, fermé l’organisation et arrêté Djemali. Le 4 mai, elle a arrêté Krimi. Tous deux sont depuis lors en détention préventive dans l’attente du procès. 

Le 7 mai 2024, un porte-parole du tribunal a indiqué que le bureau du procureur de la République avait inculpé les dirigeants d’une organisation (non nommée) pour avoir « constitué une association criminelle dans le but d’aider des personnes à entrer en Tunisie » illégalement. Cette accusation est liée à un « appel d’offres à des établissements hôteliers tunisiens en vue de l'hébergement de migrants africains », lequel a été publié « sans coordination avec les autorités administratives et chargées de la sécurité. »

Le même jour, un juge d’instruction a ordonné que Djemali et Krimi soient détenus pendant la durée de l'enquête concernant les accusations, en vertu des articles 38, 39 et 41 de la Loi n°. 40 de 1975, d'avoir « renseigné, conçu, facilité ou aidé … l’entrée ou la sortie clandestine d’une personne du territoire tunisien », « hébergé les personnes entrant dans le territoire tunisien ou le quittant clandestinement » et « participé à une entente ou formé une organisation » dans le but de commettre ces infractions. Entre mai et juin 2024, les autorités ont également gelé les comptes en banque du CTR, de Djemali et de Krimi.

Le 30 avril 2025, le juge d’instruction a officiellement inculpé les six employés aux termes de la loi de 1975. Le 3 juin, la Chambre d’accusation a alourdi les inculpations en y incluant les dispositions de l’article 42 de la loi, qui, à lui seul, rend passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison.

Human Rights Watch a examiné l’ordonnance du juge et a conclu que les chefs d’accusation étaient uniquement basés sur le travail légitime du Conseil, lequel opérait légalement en Tunisie et était financé presque exclusivement par le HCR. 

Bien que les bénéficiaires du travail du CTR étaient des demandeurs d’asile et des réfugiés recensés par le HCR en Tunisie, le juge d’instruction a considéré que les activités de l'organisation consistaient en l’apport d’une aide à des migrants dépourvus de statut légal « pour assurer leur installation dans le pays ». L’ordonnance fait référence à des activités telles que la fourniture d’un hébergement et d’une allocation en espèces à des réfugiés et demandeurs d’asile, qui sont des prestations ordinaires du HCR dans de nombreux pays, souvent effectuées par l’intermédiaire de partenaires.

Djemali, âgé de 81 ans et doté d’une double nationalité suisse et tunisienne, n’a été entendu qu’une seule fois par le juge d’instruction lors de sa détention préventive. Selon sa famille, il est atteint de la maladie de Horton, une inflammation des artères, et depuis septembre 2024 les autorités de la prison ne lui ont pas fourni les médicaments dont il a besoin malgré plusieurs demandes. La famille a précisé que le juge avait rejeté six demandes de remise en liberté provisoire, depuis le début de sa détenion.

Ces poursuites en justice abusives et la fermeture du CTR s’inscrivent dans le cadre d’une répression généralisée de la société civile en Tunisie, a déclaré Human Rights Watch. Entre mai et décembre 2024, les forces de sécurité ont également arrêté au moins six autres employés d'organisations non gouvernementales en rapport avec leur travail consistant à combattre les discriminations ou aider des réfugiés, des demandeurs d’asile et des migrants. Parmi eux figurent Saadia Mosbah, une militante bien connue des droits humains et présidente de l’association anti-raciste Mnemty (Mon rêve) ; Abdellah Saïd, président de l’association Les Enfants de la Lune ; Saloua Ghrissa, présidente de l’Association pour la promotion du droit à la différence ; ainsi que trois employés anciens et actuels de l’organisation Terre d’Asile Tunisie. Toutes ces personnes ont été maintenues depuis lors en détention préventive.

Les autorités ont virtuellement mis fin à l’aide et à la protection des réfugiés et des demandeurs d'asile en Tunisie. En plus d’avoir pris pour cible et fermé des organisations humanitaires, en juin 2024 les autorités ont ordonné au HCR de suspendre ses opérations de traitement des demandes d'asile sous prétexte que la Tunisie cherche à se doter d’un système national régissant le droit d’asile. Le pays ne dispose toujours pas d’un cadre juridique national concernant le droit d’asile. Il en résulte que les demandeurs d’asile en Tunisie se retrouvent dans une impasse juridique, sans accès à une protection internationale, ce qui les expose au risque d’une arrestation et d’une expulsion arbitraires.

Les autorités tunisiennes ont également pris pour cible plusieurs autres organisations de la société civile en ouvrant des enquêtes financières ou pénales à leur encontre, en renforçant leur supervision administrative et financière et en leur infligeant des restrictions bancaires arbitraires et des suspensions temporaires. Depuis juillet, au moins 15 associations enregistrées en Tunisie ont été frappées d’un ordre de suspension par un tribunal, certaines sans notification appropriée.

La Tunisie est un État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques et à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, qui garantissent les droits à la liberté d'association, à ne pas être l’objet d’une arrestation ou d’une détention arbitraire, et à un procès équitable. 

La Charte africaine protège également le droit de chercher et d’obtenir un asile contre les persécutions et la Constitution tunisienne de 2022 garantit le droit à l’asile politique. La Tunisie est aussi un État partie aux conventions sur les réfugiés de l’ONU de 1951 et de l’Organisation de l’unité africaine de 1969, qui protègent les droits des réfugiés et des demandeurs d’asile. Cela inclut une interdiction de punir des personnes pour une entrée ou un séjour clandestin pourvu que ces personnes se soient rapidement présentées aux autorités, ainsi que l’interdiction absolue du refoulement — c’est-à-dire le renvoi vers un lieu où elles risquent de subir des persécutions. 

« Au lieu de criminaliser le travail des organisations humanitaires et d’emprisonner les défenseurs des droits humains sous des prétextes fallacieux, les autorités tunisiennes devraient travailler main dans la main avec la société civile pour le bénéfice de tous dans le pays », a affirmé Bassam Khawaja. « La répression généralisée de la société civile cause du tort non seulement aux employés des organisations visées mais aussi aux nombreuses personnes qui bénéficient de leur travail. »

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Articles

OLJ/AFP  Kapitalis  Africaradio  Afrik.com

 Le Monde  France24  Mediapart/AFP

Info Migrants

24.11.2025 à 06:00

Philippe Bolopion nommé à la tête de Human Rights Watch

Human Rights Watch

Click to expand Image Philippe Bolopion, Directeur exécutif de Human Rights Watch. © 2025 Human Rights Watch

(New York) –  Philippe Bolopion, un ancien journaliste ayant ensuite occupé de hautes fonctions à Human Rights Watch pendant 13 ans, lors desquels il a mené d’importantes activités de plaidoyer au sujet d’atrocités commises dans des zones de conflit, a été nommé Directeur exécutif de Human Rights Watch, a annoncé l’organisation aujourd’hui. Philippe Bolopion avait précédemment gravi les échelons à Human Rights Watch pendant plus d’une décennie, y occupant plusieurs postes à haute responsabilité.  

« La nomination de Philippe est un excellent choix. Il possède la vision stratégique, la force du leadership, la capacité de bien représenter Human Rights Watch en toutes circonstances, ainsi que les valeurs et la personnalité qui lui permettront de développer l'organisation », a déclaré Kenneth Roth, ex-Directeur exécutif de Human Rights Watch.

Philippe Bolopion a commencé sa carrière comme reporter au Kosovo. Il y a couvert les violences ethniques brutales commises dans cette province, les opérations de la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies et la chute du président serbe Slobodan Milosevic, alors accusé de crimes de guerre. De 2000 à 2010, il a été le correspondant principal au siège de l’ONU à New York pour plusieurs médias français, notamment Radio France Internationale (RFI), le quotidien de référence français Le Monde et la chaîne d’information France 24.

« Human Rights Watch a un rôle essentiel à jouer pour amener les auteurs de crimes à rendre des comptes et pour promouvoir la paix et la justice, et je suis convaincu que Philippe sera un défenseur déterminé des victimes de violations des droits humains qui saura se faire entendre dans le monde entier », a déclaré le Dr Denis Mukwege, lauréat du prix Nobel de la paix et membre des Elders. « Philippe était un journaliste bien connu à RFI au sujet des questions africaines, et il a ensuite efficacement mené des actions de plaidoyer lors de nombreuses crises qui ont touché le continent africain. »

En tant que journaliste, Philippe Bolopion a couvert les principales crises de l’époque, y compris celle qui a mené à la guerre en Irak ; il a été envoyé spécial au Darfour, dans la bande de Gaza, au Liban, en Haïti, au Sri Lanka et en République démocratique du Congo. Il est l’auteur de l’ouvrage « Guantanamo : Le bagne du bout du monde », un récit saisissant de sa visite du centre de détention militaire américain, auquel peu d’autres journalistes ont eu accès, et où il a rapidement conclu que le traitement de plusieurs prisonniers constituait une forme de torture. 

« Le travail de Philippe en tant que journaliste a été caractérisé par ses reportages méticuleux et percutants. Il est profondément déterminé à dénoncer les injustices et à s’assurer que les détenteurs de pouvoir soient tenus de rendre des comptes », a déclaré Natalie Nougayrède, ancienne directrice du journal Le Monde. « Philippe est un défenseur intrépide des principes fondamentaux, vif et agile. À la tête de Human Rights Watch, il apportera tout son talent et son énergie à la lutte pour les droits humains, une tâche qui est aujourd’hui plus urgente que jamais. »

En 2010, après avoir couvert pendant une décennie les efforts de l’ONU pour mettre fin aux atrocités de masse et à divers conflits, Philippe Bolopion a rejoint Human Rights Watch afin de mieux concrétiser sur la scène mondiale son engagement en faveur des droits humains. Il a d’abord travaillé en tant que Directeur du plaidoyer auprès de l’ONU, puis a été nommé Directeur adjoint chargé du plaidoyer mondial en 2016. Dans le cadre de ces responsabilités, il a ardemment défendu les droits des personnes piégées dans des crises majeures, au Myanmar, au Burundi, au Soudan du Sud, en République centrafricaine, au Cameroun et au Mali, contribuant souvent aux activités de plaidoyer et de recherche sur le terrain.

Philippe Bolopion a notamment plaidé pour le déploiement d’une mission internationale de maintien de la paix en République centrafricaine, dénoncé les ventes d’armes à l’Arabie saoudite par des pays occidentaux malgré le risque qu’elles soient utilisées lors de crimes de guerre au Yémen, et contribué à la création avec des partenaires locaux et internationaux d’une coalition dénonçant l’oppression systématique des Palestiniens par le gouvernement israélien. Il a aussi codirigé la campagne qui a permis d’empêcher l’obtention par la Russie d’un siège au Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Tout au long de cette période, Philippe Bolopion a été une voix puissante dans les médias pour la défense des victimes de violations des droits humains à travers le monde.

Plus récemment, Philippe Bolopion avait rejoint la société française de gestion d’actifs TOBAM, pour participer au lancement d’une stratégie d’investissement mettant en lumière les coûts élevés que les régimes autoritaires représentent pour les investisseurs.

 « J’ai pu observer l’approche percutante de Philippe en matière de leadership à l’égard de plusieurs questions importantes des droits humains en Afrique, notamment en République centrafricaine où ses activités de plaidoyer ont contribué aux enquêtes du Procureur de la Cour pénale internationale pour traduire en justice des chefs de milices ; c’est précisément ce dont Human Rights Watch a besoin en ce moment », a déclaré Mausi Segun, directrice de la division Afrique à Human Rights Watch. « Je suis enthousiasmée par la perspective de ce que l’organisation peut accomplir, en ce moment où la jouissance des droits humains n’est guère qu’un mirage pour de nombreuses personnes à travers le monde. »

Philippe Bolopion accède à la direction de Human Rights Watch à un moment marqué par d’importants défis. La démocratie est en recul dans une large partie du monde depuis deux décennies, les normes relatives aux droits humains et durement acquises risquent d’être érodées, et des atrocités massives sont commises au Soudan, à Gaza, en Ukraine et ailleurs. Parmi les tâches prioritaires de Philippe Bolopion figureront la mobilisation de nouvelles ressources et le renforcement du rôle unique et de l’impact de Human Rights Watch, qui s’appuie sur divers outils : des enquêtes innovantes et rigoureuses, des rapports et communiqués qui affirment des faits permettant de démentir la propagande, ainsi que des campagnes de plaidoyer pragmatiques, visant à augmenter le coût des abus commis par des acteurs puissants.

« Le mouvement des droits humains fait face à une forte tempête : la Chine et la Russie poursuivent de manière effrontée leur stratégie d’affaiblir les droits à l’échelle mondiale, pendant que l’administration Trump s’attaque aux piliers de la démocratie américaine, avec des effets dévastateurs pour l’écosystème mondial des droits humains », a affirmé Philippe Bolopion. « Human Rights Watch est dans une position unique pour faire face à ce défi en dépit du vacarme, en affirmant les faits, en dénonçant les crimes, en alertant le public et en faisant pression sur les détenteurs de pouvoir afin que les auteurs d’abus soient tenus responsables. »

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Articles

RTS.ch (itw de Ph. Bolopion) audio

20.11.2025 à 22:42

La COP30 devrait accélérer les efforts de lutte contre la déforestation

Human Rights Watch

Click to expand Image Des femmes autochtones brésiliennes participaient à une manifestation en faveur de la justice climatique et de la protection de la forêt amazonienne lors de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP3O) à Belém, au Brésil, le 17 novembre 2025.  © 2025 Anderson Coelho/Reuters

Le sommet des Nations Unies sur le climat de cette année (COP30) se tient actuellement à Belém, aux portes de l’Amazonie brésilienne. Le président Luiz Inácio Lula da Silva a inauguré le sommet en annonçant un fonds d’investissement mondial destiné à rémunérer les pays possédant des forêts tropicales pour le fait de conserver les arbres sur pied. Les peuples autochtones ont fait sentir leur présence à la COP30 depuis le début, exigeant la reconnaissance de leurs contributions en tant que défenseurs de l’environnement. 

Ces événements ont placé les milieux forestiers au cœur de la COP30, et suscité l’espoir qu’elle ferait progresser les efforts de protection des forêts critiques pour le climat et des communautés dont elles permettent la subsistance. 

À l’échelle nationale, un élan a été observé. Cette semaine, le Brésil a terminé le processus de reconnaissance juridique officielle de quatre territoires autochtones.

Dans l’un d’eux, situé dans l’État de Mato Grosso, des fermiers illégaux menacent de gagner du terrain sur la forêt et de la convertir en pâturages. Cette nouvelle a redonné espoir aux Manokis, le groupe autochtone dont c’est le territoire. « Nous prendrons place dans notre territoire la tête haute, sans peur, comme nos ancêtres nous l’ont appris », a déclaré Giovani Tapura, un chef du peuple autochtone manoki, à Human Rights Watch.

Le Brésil a également annoncé qu’il avait avancé dans le processus de reconnaissance officielle des frontières de 23 autres territoires. Il a été clairement démontré, surtout dans la région amazonienne, que les territoires de peuples autochtones et d’ascendance africaine qui sont délimités connaissent moins de déforestation que des zones comparables. 

Mais jusqu’ici, les négociations actuelles au sein de la conférence sur le climat n’ont pas abordé la question des engagements à mettre fin à la déforestation et à respecter les droits des peuples de la forêt.

La dernière version de travail du document final de la COP30 ne contient pas de feuille de route pour les forêts, alors que les pays avaient précédemment convenu de faire cesser et d’inverser les pertes forestières d’ici 2030. 

Le document final de la COP30 devrait comprendre un engagement de la part des gouvernements à entamer immédiatement des travaux sur une feuille de route assortie d’échéances, visant à endiguer la perte de surface forestière et à lutter contre la dégradation des forêts. 

Toute feuille de route destinée à la préservation des forêts devrait par ailleurs exprimer un engagement explicite à faire progresser le respect des droits fonciers des peuples autochtones et des communautés locales. En pratique, cela se traduirait par la reconnaissance légale des droits fonciers coutumiers, la lutte contre l’invasion illégale des territoires traditionnels, le renforcement de la gouvernance des terres gérées en commun et l’investissement dans des moyens de subsistance durables pour les communautés traditionnelles. Cette feuille de route devrait appeler explicitement à financer une conservation pilotée par les communautés. 

La COP30 devrait marquer un tournant pour la protection des forêts critiques pour le climat. Les gouvernements devraient mettre au point une feuille de route afin de mettre fin à la déforestation, et faire progresser le respect des droits.

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20.11.2025 à 06:01

Cisjordanie : En vidant des camps de réfugiés, Israël a commis un crime contre l’humanité

Human Rights Watch

Click to expand Image Deux femmes palestiniennes portaient leurs enfants en quittant le camp de réfugiés de Nour Chams, dans le nord de la Cisjordanie, le 10 février 2025, lors d’une opération de déplacement forcé lancée par les forces israéliennes ; l’un des soldats israéliens les observant brandissait son arme dans leur direction. © 2025 Wahaj Bani Moufleh Le déplacement forcé par le gouvernement israélien des populations de trois camps de réfugiés de Cisjordanie, en janvier et février 2025, a constitué des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.Les Conventions de Genève interdisent de déplacer des civils de territoires occupés, sauf temporairement pour des raisons militaires impératives ou pour la sécurité de la population. Les civils déplacés ont droit à la protection et au relogement, ainsi qu’au retour dès que les hostilités ont cessé à proximité.Les hauts responsables israéliens, notamment le Premier ministre Benyamin Netanyahou et le ministre de la Défense Israel Katz, devraient faire l’objet d’enquêtes pour les opérations menées dans les camps de réfugiés et être poursuivis de manière appropriée pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Les gouvernements devraient imposer des sanctions ciblées et prendre d’autres mesures urgentes pour cesser leurs politiques répressives.

(Jérusalem) – Le déplacement forcé par le gouvernement israélien des populations de trois camps de réfugiés de Cisjordanie en janvier et février 2025 a constitué des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Les 32 000 personnes déplacées par ces opérations n’ont pas été autorisées à retourner dans leurs domiciles, dont beaucoup ont été délibérément démolis par les forces israéliennes.

20 novembre 2025 “All My Dreams Have Been Erased”

Ce rapport de 105 pages, intitulé « ‘All My Dreams Have Been Erased’: Israel’s Forced Displacement of Palestinians in the West Bank » (« ‘Tous mes rêves ont été effacés’ : Déplacement forcé par Israël de Palestiniens en Cisjordanie »), détaille l’« Opération Mur de fer » (« Operation Iron Wall »), une opération militaire israélienne touchant les camps de réfugiés de Jénine, Tulkarem et Nour Chams, qui a commencé le 21 janvier 2025, quelques jours après l’annonce d’un cessez-le-feu temporaire à Gaza. Les forces israéliennes ont abruptement ordonné aux civils de quitter leur domicile, notamment à travers des haut-parleurs montés sur des drones. Des témoins ont déclaré que les soldats quadrillaient les camps en faisant brutalement irruption dans les domiciles, en saccageant les propriétés, en interrogeant les habitants et finalement en forçant toutes les familles à partir.

« Les autorités israéliennes, début 2025, ont chassé 32 000 Palestiniens de leurs foyers situés dans des camps de réfugiés en Cisjordanie, sans aucun égard pour les protections du droit international, et ne les ont pas autorisés à revenir », a déclaré Nadia Hardman, chercheuse senior auprès de la division Droits des réfugiés et migrants à Human Rights Watch. « Alors que l’attention du monde était tournée vers Gaza, les forces israéliennes ont commis en Cisjordanie des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des actes de nettoyage ethnique qui devraient faire l’objet d’enquêtes et de poursuites. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 31 réfugiés palestiniens qui vivaient dans trois camps, a analysé des images satellite et a consulté les ordres de démolition de l’armée israélienne confirmant les destructions généralisées. Les chercheurs ont également analysé et vérifié des vidéos et des photographies des opérations militaires israéliennes.

Click to expand Image Carte de la Cisjordanie, montrant l’emplacement des camps de réfugiés de Jénine, Nour Chams et Tulkarem, dans le nord du territoire. © 2025 Human Rights Watch

Le 21 janvier, les forces israéliennes ont pris d’assaut le camp de réfugiés de Jénine en déployant des hélicoptères Apache, des drones, des bulldozers et des véhicules blindés pour appuyer des centaines de soldats d’infanterie qui forçaient les gens à sortir de chez eux. Des habitants ont témoigné à Human Rights Watch qu’ils avaient vu des bulldozers démolir des bâtiments pendant qu’on les expulsait. Des opérations similaires ont eu lieu dans le camp de réfugiés de Tulkarem le 27 janvier et dans le camp voisin de Nour Chams le 9 février.

L’armée israélienne n’a fourni aucun abri ni aucune aide humanitaire aux habitants déplacés. Beaucoup ont cherché refuge dans les foyers déjà surpeuplés de parents ou d’amis, ou bien se sont tournés vers les mosquées, les écoles et les associations caritatives.

Une femme de 54 ans a témoigné que les soldats israéliens « criaient et jetaient des objets dans tous les sens [...] On aurait dit une scène de film – certains avaient des masques et ils portaient toutes sortes d’armes.Un des soldats a dit : ‘Vous n’avez plus de maison ici. Vous devez vous en aller.’ »

Depuis ces descentes, les autorités israéliennes ont refusé aux habitants le droit de retourner dans les camps, même en l’absence d’opérations militaires actives à proximité. Les soldats israéliens ont tiré sur des personnes qui tentaient de se rendre chez elles, et seul un petit nombre d’habitants ont été autorisés à récupérer leurs possessions. L’armée a rasé et dégagé des espaces au bulldozer, apparemment pour créer des chemins d’accès aux camps plus larges, et a bloqué toutes les entrées.

En analysant l’imagerie satellitaire, Human Rights Watch a constaté que six mois plus tard, plus de 850 domiciles ou autres bâtiments avaient été détruits ou gravement endommagés dans l’ensemble des trois camps. L’évaluation s’est concentrée uniquement sur des zones de destruction massive comprenant des bâtiments détruits et lourdement endommagés, souvent à cause de l’élargissement d’allées et de routes dans ces camps au bâti dense.

November 15, 2024: © 2025 Planet Labs PBC. July 24, 2025: © 2025 Planet Labs PBC

Deux images satellite montrant le camp de réfugiés de Jénine en Cisjordanie le 15 novembre 2024 (avant les opérations israéliennes de janvier 2025), et le 24 juillet 2025 (après ces opérations qui ont détruit une grande partie du camp). Le contour en pointillé indique la limite du camp, selon les données du Bureau central palestinien des statistiques (BCPS). © 2025 Planet Labs PBC (images satellite)/HRW (graphisme). 

Une évaluation préliminaire d’images satellite par le Centre satellitaire des Nations Unies, menée à partir d’octobre 2025, a permis de conclure que 1 460 bâtiments avaient subi des dégâts dans les trois camps, dont 652 qui montraient des signes de dommages modérés.

L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens (UN Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East, UNRWA) a établi ces trois camps au début des années 1950, afin d’y loger les Palestiniens qui avaient été expulsés de leurs domiciles ou forcés à fuir après la création d’Israël en 1948. Ces réfugiés – les personnes déplacées et ensuite leurs descendants – y ont vécu depuis cette époque.

L’article 49 de la Quatrième Convention de Genève, applicable aux territoires occupés, interdit de déplacer des civils, sauf temporairement pour des raisons militaires impératives ou pour la sécurité de la population. Les civils déplacés ont droit à la protection et à un relogement approprié. La puissance occupante doit assurer le retour des personnes déplacées dès que les hostilités ont cessé dans la zone.

Des responsables de l’armée israélienne ont affirmé, dans une lettre adressée à Human Rights Watch, que l’opération Iron Wall avait été initiée « à la lumière de la menace sécuritaire représentée par ces camps et la présence grandissante d’éléments terroristes en leur sein ». Cependant, il ne semble pas que les autorités israéliennes aient tenté d’établir que leur seule option possible était l’expulsion complète de la population civile afin d’atteindre leur objectif militaire ou d’expliquer pourquoi elles avaient empêché les habitants de revenir, a constaté Human Rights Watch.

Les responsables israéliens n’ont pas répondu aux questions de Human Rights Watch, demandant si Israël autoriserait les Palestiniens à revenir et à quelle date. Bezalel Smotrich, ministre des Finances qui est aussi co-ministre au ministère de la Défense, a déclaré en février que si les habitants du camp « continuaient leurs actes de terrorisme », les camps « seraient des ruines inhabitables » et que « leurs habitants seraient forcés à migrer et refaire leur vie dans d’autres pays ».

Le transfert forcé des Palestiniens des camps a constitué une forme de nettoyage ethnique – un terme non juridique décrivant l’éloignement illégal d’une zone d’un groupe ethnique ou religieux, par un autre groupe ethnique ou religieux.

Les descentes ont été menés alors que l’attention internationale était concentrée sur Gaza, où les autorités israéliennes ont commis des crimes de guerre, un nettoyage ethnique et des crimes contre l’humanité – dont le déplacement forcé et l’extermination –, ainsi que des actes de génocide.

Depuis les attaques du 7 octobre 2023 dirigées par le Hamas dans le sud d’Israël, les forces israéliennes ont tué près de 1 000 Palestiniens en Cisjordanie. Les autorités israéliennes ont de plus en plus employé la détention administrative sans inculpation ni procès, les démolitions de domiciles palestiniens et la construction de colonies illégales, tandis que la violence de la part de colons soutenus par l’État et la torture de détenus palestiniens sont elles aussi en augmentation. Le déplacement forcé et les autres actes de répression à l’encontre des Palestiniens en Cisjordanie s’inscrivent dans les crimes contre l’humanité commis par Israël que sont l’apartheid et la persécution.

Les hauts responsables israéliens devraient faire l’objet d’enquêtes pour les opérations menées dans les camps de réfugiés et, si leur responsabilité est établie, dûment poursuivis pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, notamment en vertu de la responsabilité du commandement. Parmi les personnes sur lesquelles il convient d’enquêter figurent le major-général Avi Bluth, le commandant du Commandement central qui était chargé des opérations militaires en Cisjordanie et qui a supervisé les descentes dans les camps et les ordres de démolition, les lieutenants-généraux Herzi Halevi et Eyal Zamir, qui tous deux ont occupé la fonction de chef d’état-major de l’armée israélienne, le ministre de la Défense Israel Katz, le ministre des Finances Bezalel Smotrich, qui a aussi le statut de co-ministre au ministère de la Défense et qui siège au cabinet de sécurité, ainsi que le Premier ministre Benyamin Netanyahou.

Le Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale (CPI), ainsi que, à travers le principe de compétence universelle, les autorités judiciaires nationales de divers pays, devraient enquêter sur les responsables israéliens dont l’implication dans les atrocités commises en Cisjordanie est crédible, notamment en vertu de la responsabilité du commandement.

Les gouvernements devraient imposer des sanctions ciblées à Avi Bluth, Eyal Zamir, Bezalel Smotrich, Israel Katz, Benyamin Netanyahou et aux autres responsables israéliens impliqués dans les graves abus actuellement commis dans le Territoire palestinien occupé. Ils devraient également presser les autorités israéliennes de mettre fin à leurs politiques répressives, imposer un embargo sur les armes, suspendre leurs accords commerciaux préférentiels avec Israël, interdire le commerce avec les colonies illégales et appliquer les mandats d’arrêt de la CPI.

« L’escalade d’abus commis par Israël en Cisjordanie soulignent pourquoi les autres gouvernements, en dépit du fragile cessez-le-feu à Gaza, devraient agir d’ urgence pour empêcher les autorités israéliennes d’accentuer leur répression à l’encontre des Palestiniens », a conclu Nadia Hardman. « Ils devraient infliger des sanctions ciblées au Premier ministre, Benyamin Netanyahou, au ministre de la Défense, Israel Katz, et aux autres hauts fonctionnaires israéliens responsables de crimes graves envers les Palestiniens ; ils devraient aussi appliquer tous les mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale. »

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Articles

Zonebourse/Reuters  Boursorama/Reuters

Mediapart (itw Nadia Hardman)  Entrevue

Euronews / vidéo  Courrier international/AFP

Ouest France  OLJ  BFMTV (vidéo)  RTS.ch

Fil sur X : https://x.com/hrw_fr/status/1991525346295111924

20.11.2025 à 06:00

Égypte : La Commission africaine devrait agir pour protéger les droits

Human Rights Watch

Click to expand Image Une séance consacrée à l’examen de la situation des droits humains en Égypte, au siège de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP ou ACHPR en anglais) à Banjul, en Gambie, lors de 85ème session de la CADHP en octobre 2025. © 2025 Human Rights Watch

(Beyrouth) – La Commission africaine des droits de l'homme et des peuples (CADHP) devrait agir fermement pour remédier à la crise grave et prolongée des droits humains en Égypte suite à son examen de la situation des droits dans ce pays, ont déclaré aujourd'hui 22 organisations. La Commission a constaté que l'Égypte violait de nombreux articles de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, mais n'a adopté aucune résolution sur l'Égypte depuis 2015, malgré la grave détérioration de la situation des droits humains dans le pays et la destruction quasi totale de l'espace civique.

La Commission africaine a examiné la situation de l’Égypte lors de sa 85ème session en octobre, lors de laquelle le gouvernement égyptien a présenté un rapport couvrant la période de 2019 à 2024. Ce rapport contenait toutefois des descriptions fallacieuses de la situation des droits humains en Égypte, et un déni catégorique des violations. La Rapporteure spéciale de la Commission pour l'Égypte a également présenté un rapport qui passait sous silence les violations généralisées et reprenait en grande partie le discours officiel. 

« Le gouvernement égyptien a dressé un tableau idyllique masquant la grave crise des droits humains en Égypte, tandis que la Rapporteure spéciale de la Commission africaine a repris certains de ses récits sans les examiner, les amplifiant dangereusement », a déclaré Mohamed Lotfy, directeur exécutif de l’ONG Commission égyptienne pour les droits et les libertés (Egyptian Commission for Rights and Freedoms, ECRF). « Ces déformations de la réalité rendent d'autant plus crucial pour la Commission de s'attaquer fermement à la crise des droits humains en Égypte, la pire depuis des décennies. »

Des violations flagrantes et systématiques des droits humains en Égypte ont été largement documentées dans de nombreux rapports d'organisations de défense des droits humains égyptiennes et internationales indépendantes, de mécanismes des droits humains africains et des Nations Unies, et même du Conseil national des droits de l’homme nommé par le gouvernement, selon les 22 organisations signataires.

Le gouvernment égyptien a affirmé dans son rapport qu'il ne détient aucun journaliste ni prisonnier d'opinion et que les restrictions imposées aux organisations indépendantes, telles que l'interdiction de mener et de publier des études sans autorisation, visent à garantir la « transparence et l’objectivité ». 

Lors des sessions publiques, la Rapporteure de la CADHP sur l’Égypte a rarement évoqué la grave crise des droits humains et les allégations de violations généralisées. Elle a affirmé que l’élection présidentielle de 2023 s’est déroulée dans un environnement « pacifique » et « compétitif », contredisant des preuves bien documentées de répression, des poursuites visant des candidats potentiels et des membres de leur famille, et la criminalisation effective en Égypte des rassemblements, des expressions et des associations. 

La Rapporteure a demandé au gouvernement égyptien d’accueillir une session de la CADHP en Égypte, sans toutefois soulever d’inquiétude quant à la surveillance généralisée, aux exactions commises par les forces de sécurité et à la répression des manifestants. La répression est exposée depuis longtemps, notamment pendant la session de la Commission africaine de 2019 à Charm el-Cheikh, ainsi qu’avant et pendant la COP27, la Conférence sur le changement climatique de l’ONU, en Égypte en 2022. 

En décembre 2024, la Rapporteure de la CADHP a effectué une visite officielle non annoncée en Égypte, qu'elle a qualifiée de « visite d'information (de familiarisation) et de plaidoyer ». Cependant, elle n'a apparemment rencontré aucune organisation indépendante de défense des droits humains avant, pendant ou après cette visite. En mai 2025, la Rapporteure a publié un rapport au sujet de sa visite, désormais indisponible sur le site internet de la Commission, reprenant sans contestation les arguments du gouvernement, notamment que « toute personne accusée dans une affaire pénale a droit à tous les droits stipulés dans les conventions internationales, en particulier au droit à la défense ». De nombreuses organisations internationales et égyptiennes de défense des droits humains ont exprimé publiquement et dans des lettres adressées à la CADHP, leurs préoccupations concernant la visite et le rapport de la Rapporteure.

Au cours de la période couverte par l’examen de la Commission, le gouvernement égyptien a adopté une politique de tolérance zéro à l'égard de la dissidence, a virtuellement éliminé l’espace public, et a effectivement criminalisé les droits à la liberté d'expression, de réunion, et d’association. Des dizaines de milliers d’activistes, de journalistes, de défenseur-e-s des droits humains, d’activistes pour les droits des femmes, de pmanifestants pacifiques, de syndicalistes, et d’universitaires ont été détenus ou poursuivis simplement pour avoir exercé leurs droits. Le gouvernement a harcelé, détenu et poursuivi en justice des membres de la famille de ses détracteurs, dont certain-e-s vivant à l’étranger.

Les amendements constitutionnels abusifs et dangereux introduits en 2019 ont gravement porté atteinte à l'indépendance du pouvoir judiciaire ainsi qu’à l'État de droit, et ont renforcé l'influence de l'armée sur la vie publique et politique de manière inédite. De nouvelles lois ont encore davantage restreint les droits fondamentaux, comme la loi de 2019 sur les associations et la loi de 2024 sur l'asile. Le gouvernement n'a pas procédé à une réforme significative des lois abusives existantes, telles que la loi de 2013 limitant les réunions pacifiques, la loi de 2018 sur la cybercriminalité, la loi de 2018 sur la réglementation des médias et les lois antiterroristes de 2015.

Le gouvernement a également manqué à ses obligations en matière de droits socio-économiques. Les dépenses d'éducation ont été réduites à leur plus bas niveau depuis de nombreuses années. Le budget alloué par le gouvernement aux soins de santé est bien inférieur au minimum constitutionnel et aux normes internationales. Les programmes d'aide financière couvrent moins d'un tiers des personnes vivant dans la pauvreté ou à proximité du seuil de pauvreté, même selon les chiffres officiels. 

La grave crise des droits humains en Égypte a justifié l'adoption de quatre résolutions de la CADHP depuis 2013. Ces résolutions dénoncent des violations telles que « les restrictions sévères imposées aux journalistes et aux professionnels des médias, leurs arrestations, détentions et assassinats arbitraires dans l'exercice de leur profession », ainsi que « le mépris des normes régionales et internationales relatives au droit à un procès équitable et l'imposition illégale de condamnations à mort en masse ». Le gouvernement égyptien n'a pas mis en œuvre la grande majorité des recommandations formulées dans ces résolutions. Des organisations internationales et égyptiennes ont rencontré plusieurs membres de la Commission africaine lors de sa 85ème session afin de soulever ces préoccupations en matière de droits humains. Plusieurs de ces membres ont fait part de leurs inquiétudes dans leurs interventions publiques. 

L’Égypte a également manqué à son obligation de mettre en œuvre plusieurs décisions finales de la Commission constatant son non-respect de ses obligations au titre de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, notamment trois décisions adoptées durant la période examinée depuis 2019.  

Selon les 22 organisations soussignées, la CADHP devrait prendre des mesures fermes et décisives pour mettre en lumière la crise des droits humains qui sévit en Égypte, et pour protéger les droits des Égyptiens. La Commission devrait veiller à ce que son examen et ses observations finales comprennent une évaluation factuelle de la crise des droits humains en Égypte ainsi que publier des déclarations publiques, des appels urgents et des lettres au gouvernement dénonçant les violations systématiques ainsi que la nécessité d’abroger et de modifier les lois abusives. 

Compte tenu du manquement du gouvernement à mettre en œuvre les résolutions précédentes de la Commission concernant l’Égypte, celle-ci devrait adopter une nouvelle résolution demandant des enquêtes sur les violations, la reddition des comptes et des réparations pour les victimes. La Commission africaine devrait également établir un mécanisme de suivi, conformément à son article 112, afin de contrôler la mise en œuvre des recommandations par l’Égypte et de dialoguer avec les victimes, la société civile et l’État sur des mesures correctives concrètes. La Commission, par l’intermédiaire de son Groupe de travail sur la communication, doit remédier d’urgence au manquement de l’Égypte à mettre en œuvre les mesures correctives ordonnées dans les décisions finales relatives à des cas individuels et saisir le Conseil exécutif de l’Union africaine. 

La CADHP devrait se prévaloir de son mandat d’alerte précoce, en vertu de l’article 58 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, pour attirer l’attention du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine sur la détérioration de la situation des droits humains en Égypte, notamment sur le risque de violations massives liées à l’impunité dans les détentions et les opérations antiterroristes. 

La CADHP devrait s’engager publiquement à surveiller et à dénoncer toute menace ou restriction de ce type. Elle devrait veiller à ce que toute visite dans le pays comprenne des consultations approfondies avec les victimes d’abus et les organisations égyptiennes et internationales de défense des droits humains, ainsi que des garanties crédibles de confidentialité et de sécurité, fournies par le gouvernement, pour toutes les personnes concernées.

Si une session devait se tenir en Égypte, la CADHP devrait exiger du gouvernement des garanties concrètes quant au respect et à la protection de la sécurité et des libertés de tous les participants et des médias. Les participants doivent pouvoir entrer librement sur le territoire et le gouvernement ne doit exercer aucune sanction ni représailles en cas de participation à la session. Les organisations égyptiennes exprimant des critiques devrait pouvoir y accéder sans intimidation ni représailles.

« La Commission africaine des droits de l'homme et des peuples dispose de nombreux outils pour mettre en lumière et remédier à la situation catastrophique des droits humains en Égypte et aux violations flagrantes qui y sont commises », a conclu Amr Magdi, chercheur senior auprès de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « À tout le moins, la Commission devrait veiller à ce que les affirmations du gouvernement égyptien soient rigoureusement examinées. »

Organisations signataires :

Cairo Institute for Human Rights Studies (CIHRS) - Institut du Caire pour les études sur les droits de l'hommeCommittee for Justice (Comité pour la Justice)DAWNEgyptian Commission for Rights and FreedomsEgyptian Front for Human Rights (Front égyptien pour les droits humains)Egyptian Human Rights Forum (EHRF)Egyptian Initiative for Personal Rights (EIPR) - Initiative égyptienne pour les droits personnelsEgyptWide for Human RightsEl Nadim CenterEuromed Rights NetworkFédération internationale pour les droits humains (FIDH), dans le cadre de l'Observatoire pour la protection des défenseur-e-s des droits humainsHraak for Change and Youth EmpowermentHuman Rights WatchHuMENA for Human Rights and Civic EngagementInternational-Lawyers.OrgLaw and Democracy Support Foundation e.V. (LDSF)Ligue tunisienne des droits de l’hommeOrganisation mondiale contre la torture (OMCT), dans le cadre de l'Observatoire pour la protection des défenseur-e-s des droits humainsREDRESSRefugees Platform in Egypt - RPESinai Foundation for Human Rights (Fondation Sinaï pour les droits humains)Their Right – To Defend Prisoners of Conscience
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