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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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29.07.2026 à 10:42

Arabie saoudite : nouvelles exécutions de migrants éthiopiens

Human Rights Watch

Click to expand Image Des migrants éthiopiens marchaient le long d'une autoroute à la périphérie de Sanaa, au Yémen, le 23 août 2023, en direction de la province de Saada dans le nord, dans l’espoir d’y traverser la frontière et d’entrer en Arabie saoudite. De nombreux migrants éthiopiens fuyant la violence dans leur pays cherchent à obtenir l'asile dans les États du golfe Persique. © 2023 Mohammed Hamoud/Getty Images

(Beyrouth) – Les autorités saoudiennes ont exécuté cinq migrants éthiopiens pour des infractions sans caractère létal liées à la drogue le 27 juillet 2026, sans procédure régulière, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les autorités saoudiennes ont exécuté au moins 17 ressortissants éthiopiens depuis le début de l’année 2026 pour des chefs d’accusation liés à la drogue.

Au moins 79 autres personnes courent un risque imminent d’exécution pour des chefs d’accusation similaires. Selon l’Organisation européenne saoudienne pour les droits humains (European Saudi Organization for Human rights), les autorités saoudiennes ont exécuté au moins 116 personnes en 2026, à la date du 27 juillet.

« Les autorités saoudiennes exécutent des migrants éthiopiens marginalisés à l’issue d’audiences qui ne durent parfois que quelques minutes, sans avocat ni interprète », a déclaré Joey Shea, chercheuse senior sur l’Arabie saoudite à Human Rights Watch. « Des dizaines de migrants vulnérables courent toujours un risque d’exécution imminente après des procès qui n’en étaient guère, dans un système qui considère leurs vies comme sans valeur. »

Depuis avril, Human Rights Watch a interrogé plus d’une douzaine de sources bien informées au sujet des cas de migrants éthiopiens menacés d’exécution imminente pour des infractions sans caractère létal liées à la drogue, dont deux ayant une connaissance directe des exécutions les plus récentes. Les autorités saoudiennes ont déclaré que les exécutions les plus récentes concernaient des cas de « trafic de haschisch ». Les sources ont indiqué que les cinq hommes étaient tous originaires de la région du Tigré, au nord de l’Éthiopie, où les violations des droits persistent et où la situation humanitaire reste désastreuse à la suite du conflit armé de 2020-2022. L’escalade des tensions entre le gouvernement fédéral éthiopien et les autorités tigréennes fait craindre une nouvelle vague d’atrocités dans la région. Les cinq migrants avaient fui le Tigré et emprunté la dangereuse route migratoire orientale traversant le golfe d’Aden pour rejoindre le Yémen.

Human Rights Watch a interrogé une source bien informée ayant une connaissance directe des cas des cinq hommes et une autre source bien informée a corroboré les faits généraux de l’affaire. L’une des sources a déclaré que l’un des hommes exécutés vivait au Yémen depuis plus d’un an, sans emploi ni accès à des services d’aide, lorsqu’un Yéménite l’a abordé en mars ou avril 2023 et lui a proposé, ainsi qu’aux quatre autres, un emploi. Les cinq hommes étaient « affaiblis physiquement et mentalement » après leur périple éprouvant depuis l’Éthiopie, ainsi qu’en raison du chômage et de la pauvreté, et estimaient qu’ils « devaient accepter ce travail même s’ils ne savaient pas en quoi il consistait », a déclaré la source. L’homme leur a demandé de transporter un colis dont ils ignoraient le contenu sur une courte distance et leur a indiqué où le livrer, puis il a disparu.

Les autorités saoudiennes les ont arrêtés alors qu’ils marchaient sur le bord d’une route. Ils ont été « surpris de voir des soldats saoudiens les arrêter » car ils ne s’étaient pas rendu compte qu’ils avaient franchi la frontière avec l’Arabie saoudite, selon la source.

Les hommes ont été détenus pendant plus de trois ans au centre de détention de Khamis Mushait, dans la province d’Asir, en Arabie saoudite. Ils ont été contraints de signer des documents en arabe, une langue qu’ils ne comprenaient pas, et n’ont eu droit qu’à trois audiences, d’une durée comprise entre trois et vingt minutes, dont deux se sont tenues à distance. Un interprète fourni par les autorités saoudiennes n’était présent que lors de deux de ces audiences, et les migrants ont été informés qu’ils seraient condamnés à mort pour trafic de haschisch. Les hommes n’ont bénéficié d’aucune représentation juridique ni d’aucune possibilité de présenter une défense valable.

Lors de la première audience, les hommes ont été informés qu’ils pouvaient rédiger une lettre de recours et la remettre aux agents de sécurité saoudiens du centre de détention. Comme ils ne savaient ni lire ni écrire l’arabe, au moins l’un d’entre eux a demandé à un détenu saoudien de rédiger la lettre de recours et « n’avait aucune idée si la lettre avait été présentée au tribunal ou aux juges », selon la source. « Le gardien de sécurité aurait très bien pu simplement la jeter à la poubelle. »

Les cinq hommes étaient chrétiens et, selon les sources, les responsables de la prison ne leur auraient pas permis de pratiquer leur religion. « Si les chrétiens veulent prier ensemble, la police intervient pour les en empêcher », a déclaré la source. L’un des détenus a également rapporté que la police lui avait retiré de force un collier avec une croix, a précisé la source.

Avant les exécutions du 27 juillet, le 23 juin 2026, les autorités saoudiennes avaient exécuté cinq autres Éthiopiens pour trafic de haschisch. Dans l’une de ces affaires, un passeur avait contraint un homme à transporter du qat, une plante stimulante douce originaire d’Éthiopie, du Yémen vers l’Arabie saoudite, en échange de l’aide apportée pour faciliter son voyage.

La cathinone, le stimulant présent dans le qat, est interdite en Arabie saoudite, mais légalement autorisée et consommée de manière traditionnelle dans certaines régions d’Éthiopie ainsi qu’au Yémen. Les sources ont indiqué que l’homme ignorait que le transport de qat vers et à l’intérieur de l’Arabie saoudite était illégal.

Le 12 mai, le patriarche de l’Église orthodoxe éthiopienne Tewahedo a lancé un appel aux autorités éthiopiennes et saoudiennes pour qu’elles suspendent l’exécution des ressortissants éthiopiens. Dans un communiqué du 13 juillet, le ministère éthiopien des Affaires étrangères a déclaré qu’il « restait en étroite collaboration avec les autorités compétentes du Royaume d’Arabie saoudite concernant les questions touchant les ressortissants éthiopiens », notamment « les personnes faisant l’objet de poursuites judiciaires et de mesures judiciaires ». Le communiqué ne précisait pas si cela incluait les personnes condamnées à mort pour des infractions liées à la drogue.

Human Rights Watch s’oppose à la peine de mort en toutes circonstances en raison de sa cruauté inhérente. Le recours à la peine de mort par l’Arabie saoudite est contraire au droit international des droits humains, qui consacre le « droit inhérent à la vie » de chaque être humain et limite la peine de mort aux « crimes les plus graves », ceux qui entraînent intentionnellement la mort.

En 2025, les infractions sans caractère létal liées à la drogue représentaient 68 % des exécutions en Arabie saoudite. Le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a condamné cette pratique de l’Arabie saoudite, estimant que les exécutions pour des infractions liées à la drogue sont incompatibles avec le droit international des droits humains et ne relèvent pas de la catégorie des « crimes les plus graves ». Le groupe de travail a exhorté les autorités saoudiennes à rétablir un moratoire et a souligné que l’application de la peine de mort pour de telles infractions constituait une violation manifeste des normes juridiques internationales.

Des centaines de milliers d’Éthiopiens vivent et travaillent en Arabie saoudite. Si beaucoup émigrent pour des raisons économiques, bon nombre d’entre eux ont fui de graves violations des droits humains commises par leur gouvernement, notamment lors du récent conflit armé brutal qui a sévi dans le nord de l’Éthiopie. Human Rights Watch documente depuis des années un large éventail de violations des droits humains à l’encontre des migrants empruntant cette même route.

La détention de migrants dans des centres aux conditions déplorables en Arabie saoudite est un problème de longue date, que Human Rights Watch a qualifié de traitement inhumain et dégradant. En 2023, Human Rights Watch a constaté que des gardes-frontières saoudiens avaient tué au moins plusieurs centaines de migrants et de demandeurs d’asile éthiopiens qui tentaient de franchir la frontière entre le Yémen et l’Arabie saoudite, ce qui, si ces actes s’inscrivaient dans le cadre d’une politique du gouvernement saoudien visant à assassiner des migrants, constituerait un crime contre l'humanité.

L’Arabie saoudite devrait immédiatement annuler la peine de mort prononcée à l’encontre des migrants éthiopiens et réexaminer toutes les condamnations conformément à ses obligations internationales, notamment la Convention des Nations unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Le ministère éthiopien des Affaires étrangères et ses représentants en Arabie saoudite devraient intervenir de toute urgence auprès de leurs homologues saoudiens et, à tout le moins, veiller à ce que leurs ressortissants bénéficient d’une assistance consulaire immédiate.

« Les gouvernements devraient faire pression de toute urgence sur les autorités du prince héritier Mohammed ben Salmane pour qu’elles mettent fin à ces exécutions et commuent les peines des dizaines d’autres personnes qui risquent le même sort », a déclaré Joey Shea.

27.07.2026 à 11:46

Cisjordanie : la montée de la violence des colons risque d'entraîner des atrocités de masse

Human Rights Watch

Click to expand Image Les forces israéliennes ont tiré des gaz lacrymogènes sur des Palestiniens et des journalistes qui couvraient des opérations militaires et les activités des colons dans le village voisin de Tell, en Cisjordanie, le 25 juillet 2026. © 2026 Roman Levin/Sipa via AP Photo

(Beyrouth) – Deux attaques menées par des colons israéliens contre le village de Tell, près de Naplouse en Cisjordanie, le 24 juillet 2026, ont entraîné la mort de quatre Palestiniens et de deux Israéliens, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Cet incident a déclenché une vague d’attaques de représailles menées par des colons dans des villages palestiniens voisins, l’annonce par le gouvernement israélien d’une « vaste opération antiterroriste », ainsi que des déclarations de responsables israéliens appelant à la destruction de maisons et de villages palestiniens. Les gouvernements devraient agir de toute urgence pour empêcher de nouvelles violences et atrocités commises par les colons.

« Le gouvernement israélien n’a pas empêché les attaques menées par des colons contre le village de Tell. Il doit donc désormais mettre un terme aux représailles des colons et à l’escalade des opérations militaires qui ne feront qu’aggraver une situation déjà critique », a déclaré Sarah Sanbar, chercheuse par intérim sur Israël et la Palestine à Human Rights Watch. « Des années marquées par une violation généralisée de la loi et l’impunité pour ces attaques ont transformé la Cisjordanie en une poudrière prête à exploser et une action décisive s’impose de toute urgence. »

Les meurtres commis le 24 juillet à Tell portent à 10 le nombre de Palestiniens tués en Cisjordanie occupée depuis le 19 juillet. Au 19 juillet, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) faisait état de 68 Palestiniens tués en Cisjordanie en 2026, dont au moins 13 par des colons. L’OCHA a indiqué qu’au 15 juillet, 20 Israéliens avaient été blessés en 2026 en Cisjordanie. La violence des colons a fortement augmenté depuis l’entrée en fonction du gouvernement israélien actuel en décembre 2022, avec une reprise particulièrement marquée en mars et avril 2026, pendant la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran.

Human Rights Watch a interrogé deux témoins des attaques ainsi qu’un militant local, et a vérifié six vidéos des incidents publiées sur les réseaux sociaux et transmises directement aux chercheurs.

Entre 6 h 10 et 6 h 45 du matin le 24 juillet, 40 à 50 colons, dont des enfants, se sont approchés de Tell par l’est, ont attaqué quatre ou cinq habitations palestiniennes à coups de pierres et ont tenté d’y faire irruption, ont déclaré les témoins. Une confrontation a éclaté entre les colons et les Palestiniens, au cours de laquelle un colon armé a tiré et blessé un Palestinien, ont indiqué les témoins. D’autres Palestiniens sont alors arrivés pour venir en aide à la famille et les colons ont pris la fuite.

Environ 30 minutes plus tard, le même groupe de colons est revenu à Tell par le sud-ouest, où ils ont été rejoints par des soldats israéliens, a déclaré Mujahid Waleed, un habitant local qui a été témoin des deux incidents.

« Quand je suis arrivé [sur les lieux de la deuxième altercation], les colons et les Palestiniens étaient déjà en train de se battre », a déclaré Waleed. « Les colons attaquaient les Palestiniens, et l’armée restait les bras croisés sans intervenir. L’armée n’est intervenue qu’après qu’un Palestinien eut désarmé un colon et commencé à tirer sur le soldat et les colons. L’armée a riposté et tué à bout portant le [Palestinien] qui portait l’arme, tandis que les colons et les soldats ont tiré sur les trois autres Palestiniens non armés. »

Les attaques ont eu lieu dans la zone B, une zone placée sous contrôle sécuritaire conjoint d’Israël et de l’Autorité palestinienne en vertu des accords d’Oslo II. Les quatre Palestiniens tués étaient deux frères et deux cousins de la famille Ramadan.

Human Rights Watch a vérifié et géolocalisé deux vidéos montrant l’affrontement, qui corroborent le récit de Waleed. Une vidéo montre deux colons armés aux côtés d’un soldat en uniforme, près d’un groupe d’hommes palestiniens. Les colons semblent avoir déclenché l’altercation physique en donnant un coup de pied à un Palestinien, avant qu’une bagarre n’éclate et qu’un soldat ne tire en l’air.

Lorsque deux Palestiniens tentent de s’emparer des armes des colons, des coups de feu retentissent et un Palestinien s’effondre au sol. On aperçoit un colon brandissant une arme. Une deuxième vidéo montre le deuxième Palestinien en train de prendre une arme à feu à un colon et de le pousser à terre ; le colon sort un pistolet, et le Palestinien semble tirer sur lui.

L’armée israélienne a déclaré à 9 h 32 que des soldats avaient été dépêchés sur place à la suite d’un signalement faisant état d’« une attaque contre des civils israéliens qui faisaient une randonnée dans la secteur » et que « des terroristes avaient dérobé l’arme d’un agent de sécurité arrivé sur les lieux et avaient ouvert le feu en direction des civils israéliens ». L’armée a annoncé par la suite que l’incident avait entraîné la mort de Benyahu Mellet, 32 ans, et du major Yuval Ezra, 27 ans, un soldat en service actif. L’armée israélienne a indiqué que le commandant de section avait riposté et tué le tireur palestinien, a rapporté le Times of Israel. Elle n’a pas fourni de détails concernant la mort des trois autres Palestiniens.

Human Rights Watch, d’autres organisations non gouvernementales et les médias ont signalé à plusieurs reprises des attaques menées par des colons armés, qui se produisent souvent en présence d’unités de l’armée israélienne ou alors que des soldats se tiennent à proximité sans intervenir. Ils ont constaté que les colons responsables de ces attaques opèrent souvent avec le soutien financier, matériel et juridique de l’État israélien.

Le Times of Israel a rapporté que Mellet dirigeait les équipes de défense civile de la colonie de Havat Gilad. Après le 7 octobre 2023, le ministère de la Sécurité nationale a mis en place ces équipes dans les colonies de Cisjordanie et leur a conféré des pouvoirs de police spéciaux, des uniformes et des armes. La création de ces unités, ainsi que celle de « bataillons de défense régionaux » réservés aux colons au sein de l’armée israélienne, a contribué à un dangereux flou entre colons et soldats.

En réponse à cet incident, le Premier ministre Benjamin Netanyahou a convoqué une réunion d’urgence sur la sécurité, a annoncé le redéploiement de cinq bataillons militaires en Cisjordanie et a ordonné à l’armée de mener une « vaste opération antiterroriste ».

Depuis lors, des attaques de représailles menées par des colons ont été signalées dans des villages voisins, a rapporté l’agence de presse palestinienne WAFA. Ces attaques ont fait des blessés et causé des incendies criminels ainsi que d’autres dégâts matériels.

Netanyahou a également annoncé qu’il allait accélérer la régularisation des avant-postes de colons et la création de nouveaux avant-postes. Ces avant-postes, qui ont souvent servi de points de départ pour des attaques contre des communautés palestiniennes, sont illégaux tant au regard de la loi israélienne que de la Quatrième Convention de Genève. Leur légalisation rétroactive sert à repousser les limites de l’expansion des colonies et à permettre l’appropriation de terres palestiniennes, servant souvent de précurseurs à des colonies plus importantes.

Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a appelé Netanyahou à « autoriser la création d’une colonie à l’avant-poste de Sela, près du lieu où la grave attaque a eu lieu ce matin. À cette fin, il est nécessaire de transférer cette zone de la zone B à la zone C [territoire entièrement contrôlé par Israël], d’en assumer la responsabilité et d’autoriser l’implantation d’une colonie à cet endroit ».

Depuis l’attaque, des responsables israéliens ont publié des déclarations appelant à la destruction de maisons et de villages palestiniens. Smotrich a déclaré que ces villages « devraient ressembler aux camps de réfugiés de Naplouse et de Tulkarem », qui ont été détruits lors d’une opération militaire israélienne en janvier 2025, laquelle, selon Human Rights Watch, constituait des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et un nettoyage ethnique.

Dans un message publié sur X, le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a déclaré : « Les villes et villages des assassins de Cisjordanie devraient subir le même sort que Beit Hanoun [une ville palestinienne assiégée] à Gaza. … Pour chaque Juif assassiné, l’ennemi doit subir la perte de terres et de maisons. »

En juillet 2024, la Cour internationale de justice a estimé que l’occupation par Israël du territoire palestinien était illégale et qu’Israël enfreignait l’interdiction de la ségrégation raciale et de l’apartheid. La Cour a estimé qu’Israël avait l’obligation d’évacuer tous les colons de Cisjordanie, y compris de Jérusalem-Est, de permettre aux Palestiniens déplacés de regagner leurs foyers et de leur verser des réparations.

Les gouvernements doivent agir de toute urgence pour empêcher de nouvelles atrocités en Cisjordanie, notamment en imposant des sanctions ciblées à l’encontre des personnes impliquées dans les graves violations en cours, en suspendant les transferts d’armes vers Israël, en interdisant le commerce avec les colonies illégales, en suspendant les accords commerciaux préférentiels avec Israël et en soutenant la Cour pénale internationale et ses enquêtes en cours, notamment en exécutant ses mandats d’arrêt.

« Les violences commises par les colons à l’encontre de Tell nous rappellent que si la violence n’est pas enrayée et si les responsables ne sont pas amenés à rendre des comptes, une escalade et de nouvelles atrocités sont inévitables », a déclaré Sarah Sanbar. « Les gouvernements doivent prendre des mesures d’urgence afin que le gouvernement israélien ne continue pas à agir comme s’il avait le feu vert pour commettre de nouvelles atrocités. »

27.07.2026 à 10:44

Les États-Unis et l’Iran menacent de mener des attaques contre des infrastructures civiles

Human Rights Watch

Click to expand Image Une femme iranienne contemplait les décombres de son appartement détruit dans le quartier de Shahrak-e Gharb, à Téhéran, le 21 mars 2026 ; les États-Unis et Israël ont mené plusieurs frappes contre l’Iran à partir du 28 février 2026.  © 2026 Majid Saeedi/Getty Images

(Washington, DC) – Le président Donald Trump a annoncé le 24 juillet 2026 que les États-Unis envisageaient de lancer « une attaque massive » contre l’Iran à la suite de la rupture du cessez-le-feu et du protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran. Les dirigeants américains et iraniens ont menacé de riposter et d’attaquer des cibles pouvant être des infrastructures civiles, en violation du droit de la guerre.

Le 23 juillet, Trump a déclaré : « À partir de maintenant, chaque fois que la République islamique d’Iran tirera sur un navire dans le détroit d’Ormuz, que ce soit à l’aide d’un missile, d’une roquette, d’un drone ou de tout autre dispositif ou arme, les États-Unis bombarderont et détruiront UN PONT OU UNE CENTRALE ÉLECTRIQUE, y compris ceux situés à proximité ou à l’intérieur de la capitale, Téhéran. »

Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien, a publié un message sur X le 22 juillet dans lequel il déclarait : « Si notre sécurité n’est pas assurée, aucune infrastructure ne sera à l’abri. »

Le droit de la guerre interdit les attaques délibérées contre des biens de caractère civil ainsi que les attaques dont les dommages attendus à l’égard des civils dépassent les avantages militaires directs escomptés. Les personnes qui commettent de graves violations du droit de la guerre avec une intention criminelle — c’est-à-dire de manière délibérée ou par imprudence — se rendent coupables de crimes de guerre.

La citation suivante peut être attribuée à Balkees Jarrah, directrice pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Human Rights Watch :

« Les dirigeants américains et iraniens menacent de mener des attaques délibérées contre des infrastructures civiles à la suite des récents affrontements entre les deux pays, au cours desquels leurs forces ont illégalement attaqué des civils et des biens civils en Iran, dans les pays du Golfe et en Israël. Les autres pays devraient faire clairement savoir aux États-Unis et à l’Iran que les responsables de crimes de guerre seront traduits en justice, y compris par le biais de la compétence universelle. »

27.07.2026 à 06:00

RD Congo : Les activités d’une compagnie pétrolière présentent de graves risques de pollution

Human Rights Watch

Click to expand Image Puits de pétrole situé dans la concession de Perenco en République démocratique du Congo. © 2026 Human Rights Watch La pollution liée aux activités du seul producteur de pétrole de la République démocratique du Congo fait peser de graves risques sanitaires pour les communautés vivant à proximité de ses installations. La compagnie pétrolière Perenco procède au torchage de gaz et au brûlage de déchets, contribuant ainsi à la dégradation de la qualité de l'air. L’entreprise n'a pas non plus empêché les fuites de pétrole provenant de puits et de pipelines sur le sol et dans les rivières, ce qui a engendré des risques sanitaires pour les populations riveraines.Les autorités devraient reconnaître la menace qui pèse sur la santé des populations dans la concession pétrolière, communiquer immédiatement les niveaux de pollution et agir pour réduire l'exposition des habitants.

(Kinshasa) – La pollution liée aux activités du seul producteur pétrolier de la République démocratique du Congo fait peser de graves risques sanitaires sur les communautés voisines, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Le gouvernement congolais a commandé un audit environnemental des activités de la compagnie pétrolière et gazière franco-britannique Perenco en décembre 2024, en raison de signalements de pollution de longue date. Cependant, il n’a pas fourni de calendrier pour la publication du rapport d’audit final, ni publié de conclusions provisoires, ni divulgué publiquement des données essentielles sur la qualité de l’air, des sols et de l’eau.

« Le gouvernement congolais devrait immédiatement publier les conclusions provisoires de l’audit environnemental portant sur la concession de Perenco et divulguer toutes les données de surveillance environnementale », a déclaré Agathe Bounfour, chercheuse principale sur les combustibles fossiles au sein de Human Rights Watch. « Les résidents des communautés ont le droit de connaître l’étendue de la pollution dans leur environnement et les risques pour leur santé. »

En janvier 2026, une équipe de chercheurs de Human Rights Watch a mené des entretiens auprès de 45 personnes : des résidents locaux, des travailleurs du secteur pétrolier, des professionnels de santé, des représentants du gouvernement et des experts en environnement et en santé publique, à Muanda, où se trouvent les opérations, et à Kinshasa, la capitale. Human Rights Watch a également analysé des images satellites ainsi que des vidéos et des photographies géolocalisées provenant de sources locales. 

Perenco procède au torchage du gaz – la combustion contrôlée du gaz naturel libéré lors de la production de pétrole – sur cinq sites de stockage et de traitement du pétrole situés à proximité de communautés résidentielles. Human Rights Watch a constaté que le torchage du gaz et l'incinération des déchets par Perenco ont contribué à la mauvaise qualité de l'air sur sa concession, créant des risques sanitaires pour les résidents locaux. À un endroit, le torchage s'est produit à moins de 80 mètres d'habitations. Des habitants souffrant de maladies respiratoires et vivant à proximité de ces sites de torchage ont confié à Human Rights Watch qu'ils pensaient que la pollution atmosphérique provenant de ces opérations en était responsable. Les habitants ont également fait état de symptômes aigus, tels que des douleurs thoraciques et des nausées, qu'ils ont attribués à la fumée provenant de la combustion dans une installation de traitement des déchets située à deux kilomètres d'un village.

D’après une visite sur place et des entretiens menés par Human Rights Watch auprès de membres de la communauté, Perenco n’a pas non plus empêché les déversements de pétrole provenant des puits ainsi que des pipelines sur les sols et dans les lits des rivières. Des études indépendantes menées en 2013 et 2025 ont documenté une grave contamination environnementale liée aux activités pétrolières dans la région, ayant exposé les résidents à des gaz, des métaux lourds, des hydrocarbures ainsi que d'autres composés reconnus comme toxiques et nocifs pour la santé humaine.

Un villageois de la zone de concession de Perenco a indiqué : « Le pétrole se déverse dans les rivières où nous nous baignons. » Un homme d'une quarantaine d'années, qui vit près d'un « Tank farm » — une installation de stockage et de traitement du pétrole — a expliqué : « Lorsque le gaz est brûlé à la torche dans le Tank Farm, nos yeux nous brûlent et nous souffrons de maux de tête et de vertiges. » Le responsable du personnel de santé d'un hôpital local a affirmé que, selon lui, les villages disposant d'infrastructures pétrolières connaissaient « des taux plus élevés de maladies respiratoires que les zones dépourvues de production pétrolière ».

Le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, auquel la République démocratique du Congo est partie, garantit le droit au « meilleur état de santé physique et mentale que [toute personne] soit capable d'atteindre». Le droit à la santé oblige les gouvernements à prendre des mesures « visant à empêcher et réduire l'exposition de la population … aux produits chimiques toxiques et autres facteurs environnementaux nocifs ayant une incidence directe sur la santé des individus».

Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies, le comité d'experts chargé de surveiller la mise en œuvre du Pacte, a déclaré que cela exige des gouvernements qu'ils prennent des mesures pour prévenir la pollution par des tiers, tels que les sociétés minières. Le fait pour un gouvernement de « de ne pas adopter de lois ou de ne pas assurer l'application de lois destinées à empêcher la pollution de l'eau, de l'atmosphère et des sols par les industries extractives et manufacturières» peut constituer une violation du droit international des droits humains. 

La législation environnementale congolaise interdit certaines pratiques de production pétrolière et de gestion des déchets susceptibles de nuire à la santé ou à la sécurité publiques. Or, le gouvernement n'a pas assuré un suivi régulier de la qualité de l'air, de l'eau et des sols dans la région de Muanda. En novembre 2025, la ministre en charge des Hydrocarbures a annoncé la prolongation d'un an du contrat de décembre 2024 portant sur l’audit environnemental et fiscal des dommages causés par les activités de l'entreprise, sans fournir d'explication claire quant à ce renouvellement, ni s'engager sur une date de publication précise.

En mai 2026, Human Rights Watch a écrit au gouvernement congolais pour demander des informations sur la prévention de la pollution, la dépollution, le suivi et la surveillance des activités de Perenco à Muanda, notamment l'accès à l'audit environnemental, mais n'a reçu aucune réponse.

En réponse aux questions de Human Rights Watch, Perenco a nié que ses activités « puissent entraîner une pollution de l’air, du sol et de l’eau ou des problèmes de santé aigus néfastes ». L'entreprise a déclaré qu'elle considérait les études scientifiques menées sur le site comme méthodologiquement inadéquates, et qu'elle avait investi dans la prévention de la pollution et des initiatives de développement local, notamment dans le domaine de la santé. Elle a également affirmé avoir cessé le torchage sur 220 « points de torchage » situés dans la concession et coopérer pleinement avec les autorités congolaises afin de réduire davantage le torchage du gaz.

Le droit à la santé oblige les gouvernements à « assurer une éducation et un accès à l'information concernant les principaux problèmes de santé de la communauté, y compris les méthodes de prévention et de lutte contre ces problèmes». Le Comité des droits de l’homme de l’ONU a précisé que le droit à l’information englobe le droit d’accéder aux informations détenues par des organismes publics, ainsi que l’obligation de garantir un accès facile, rapide, efficace et pratique aux informations d’intérêt public détenues par les autorités. Ces informations incluent notamment les résultats d’un audit environnemental, tel que celui portant sur les activités de Perenco et commandé par le gouvernement.

Dans sa correspondance avec Human Rights Watch, Perenco n’a pas répondu aux questions concernant la surveillance des polluants, ni à la demande de partager les données de surveillance. De même, les ministères congolais de l’Environnement et des Hydrocarbures n’ont pas répondu à la demande d’informations de Human Rights Watch sur les mesures prises pour surveiller les conditions environnementales dans la région.

« Le gouvernement congolais doit faire preuve de transparence quant aux niveaux de pollution pétrolière afin de respecter ses obligations en matière de droit à la santé et d’appliquer pleinement ses lois», a conclu Lewis Mudge, directeur de la division Afrique centrale à Human Rights Watch. « Les autorités devraient reconnaître la menace pesant sur la santé des populations vivant dans la concession pétrolière, signaler immédiatement les niveaux de pollution et prendre des mesures pour réduire l’exposition de la population. »

Opérations de Perenco en République démocratique du Congo

L’entreprise petro-gazière franco-britannique Perenco est le seul opérateur pétrolier de la République Démocratique du Congo. Elle exploite des gisements de pétrole à terre et en mer dans une région qui s'étend le long des étroits 37 kilomètres de côtes du pays et englobe des dizaines de villages et de petits hameaux informels dans la partie orientale de la ville de Muanda, dans la province du Kongo Central. L’entreprise conserve des droits exclusifs d'exploration et de production de pétrole sur la quasi-totalité des blocs côtiers terrestres et sur l'intégralité de la zone maritime du pays.

Des études indépendantes publiées antérieurement ont documenté une grave contamination environnementale liée aux opérations pétrolières dans la région. Un rapport d'enquête du Sénat congolais de 2013, consulté par Human Rights Watch, a révélé des concentrations élevées de dioxyde de soufre (SO₂) et de dioxyde d'azote (NO₂) à proximité des sites de torchage de gaz, ainsi qu'une contamination des eaux souterraines et de surface par les hydrocarbures et de fortes concentrations de métaux lourds. 

Une étude réalisée en 2025 par des chercheurs de plusieurs universités de la RD Congo et du Cameroun a révélé des niveaux élevés d'hydrocarbures pétroliers totaux (HPT) et de composés organiques volatils (COV) dans les sols entourant les sites d'extraction de pétrole des villages de Kinkazi, Kitombe et Tshiende, que les chercheurs ont attribués à des fuites de pétrole.

Torchage du gaz

Le torchage du gaz consiste à brûler les co-produits gazeux générés lors de l'extraction du pétrole brut. Le torchage peut prendre plusieurs formes : le gaz peut être canalisé dans une cheminée verticale et brûlé en hauteur ; dirigé par des systèmes de torchage horizontaux dans des usines de traitement d'hydrocarbures ou des raffineries ; ou brûlé au niveau du sol dans des fosses ou d’autres installations à la surface, la combustion ayant lieu directement sur le site du puits.

Le torchage de gaz peut produire plusieurs polluants atmosphériques nocifs pour la santé humaine, notamment des particules fines, des COV, du monoxyde de carbone, du SO₂, des hydrocarbures aromatiques polycycliques, du NO₂ et du carbone noir. Les impacts sanitaires liés à l'exposition à ces polluants atmosphériques courants provenant du torchage de gaz augmentent avec la proximité aux sites de torchage.

Le torchage du gaz est interdit par la loi congolaise, sauf en cas de circonstances exceptionnelles et uniquement avec l'autorisation préalable du ministère des Hydrocarbures. Ni Perenco ni le ministère des Hydrocarbures n'ont répondu à la demande d'information de Human Rights Watch concernant l’éventuelle possession d’une autorisation de torchage de gaz par l'entreprise et, le cas échéant, les conditions de cette autorisation. Cependant, Perenco a indiqué qu'elle considère le torchage de gaz comme « une nécessité opérationnelle pour assurer la continuité de la production pétrolière dans la région de Muanda » et que « les autorités congolaises compétentes sont (...) pleinement conscientes de la situation. »

Human Rights Watch a constaté, sur la base d'une analyse de données satellites et du recueil de témoignages, que le torchage du gaz a eu lieu sur cinq sites associés à des infrastructures de stockage et de traitement du pétrole dans la concession de Perenco, soit verticalement par des cheminées, soit horizontalement ; entre janvier 2025 et mars 2026. 

Durant cette période, une activité de torchage quotidienne a été détectée au « tank Farm » de Kinkazi, situé à un point de rassemblement de pipeline de Perenco à quatre kilomètres au sud-est de la ville de Muanda, ainsi que sur un autre site dans une zone résidentielle du nord-est de la ville. Des indications d’activités de torchage ont également été détectés au « tank farm » de Mibale, près de Tshiende, et au  « tank farm » de Liawenda. Des signes de de torchage au ras du sol, au niveau des puits de pétrole, ont également été observés en 2025, tandis qu'aucune activité de torchage au sol n'a été constatée de mars à juin 2026. Human Rights Watch n'a pas été en mesure de réaliser une analyse des volumes de torchage sur ces sites en raison des limitations des données satellitaires et de l'épaisse couverture nuageuse de la zone durant cette période.

Click to expand Image Site de torchage vertical à Mibale, en République démocratique du Congo.  © 2026 Human Rights Watch

La proximité des sites de torchage de gaz avec les villages et les habitations situés dans la concession de Perenco expose les populations riveraines à des risques sanitaires importants, selon Human Rights Watch. La majeure partie de la population de la concession vit à moins de cinq kilomètres de l'un des cinq principaux sites de torchage. Une grande partie de la zone urbaine densément peuplée de Muanda se trouve dans cette zone. Dans le nord-est de la ville de Muanda, les habitants les plus proches vivent à moins de 80 mètres du site de torchage. Plusieurs villages, dont Liawenda, Tshiende, Kinkazi, Mamputu, Kitombe et Kimini, sont également situés à moins de trois kilomètres de sites de torchage actifs. Dans les villages de Tshiende et de Kinkazi, les habitants les plus proches vivent respectivement à environ 1,3 kilomètre et 2,5 kilomètres des sites de torchage des  « tank farms ». 

Click to expand Image Carte de la densité de population dans la concession de Perenco, superposée à la distance par rapport aux cinq principaux sites de torchage actifs identifiés par Human Rights Watch. Données démographiques © 2026 GRID3 / CIESIN / WorldPop COD, Gridded Population Estimates v4.4 (décembre 2025). Analyse et graphiques. © 2026 Human Rights Watch.   © Click to expand Image L’imagerie satellitaire du 6 janvier 2024 montre la proximité d'un site de torchage, situé dans la partie nord-est de la ville de Muanda, avec des habitations et des zones résidentielles. L'analyse effectuée par Human Rights Watch a révélé que le site était toujours en activité en 2025 et au début de l'année 2026. Image © 2026 Airbus. Google Earth. Graphiques. © 2026 Human Rights Watch. 

De nombreux habitants interrogés ont fait état de problèmes de santé, notamment de maladies respiratoires, qu'ils ont attribué à l'exposition aux polluants atmosphériques émis par le torchage du gaz.

Un professionnel de santé expérimenté d'un hôpital local qui accueille des patients de plusieurs villages de la concession a également décrit de nombreux « cas de maladies respiratoires telles que la sinusite et la pneumonie, en particulier chez les enfants. » 

Une femme d'âge moyen de Kinkazi, membre active de la Mama Society — une association de femmes du village — s'est plainte d’odeurs de gaz constantes liées au torchage. « Nous respirons du gaz ; il y a de fortes odeurs partout », a-t-elle déclaré. « On sent constamment des odeurs nauséabondes dans le village, ce qui donne envie de rester à l’intérieur. »

Trois autres habitants de Kinkazi se sont également plaints d’« odeurs de gaz constantes » près du  « tank farm ». Un habitant de 42 ans, sans emploi, a affirmé que les villageois « vomissaient » à cause de cela.

Dans le village de Tshiende, un homme d'une vingtaine d'années a déclaré : « On respire l'air pollué qui vient du tank farm. » Il a estimé que 15 autres personnes de son village souffrent de toux chronique. Un petit maraîcher d'une cinquantaine d'années a déclaré : « Notre santé est affectée — toux, nez qui coule, difficultés respiratoires. »

Dans un échange avec Human Rights Watch, Perenco a écrit que « 220 points de torchage ont été définitivement éteints et les sites correspondants dans les zones de Kinkazi et de Kitombe ont été remis en état. » Perenco a ajouté que l'entreprise était « en discussion avec les autorités congolaises compétentes concernant les options de valorisation du gaz [utilisation du gaz naturel] qui permettraient, à terme, de réduire davantage, voire d'éliminer complètement le torchage du gaz. »

Incinération des déchets pétroliers 

Perenco exploite une installation de traitement des déchets de 10 hectares située à environ deux kilomètres au sud-est du village de Kinkazi. Human Rights Watch a obtenu, vérifié et géolocalisé des photographies ainsi que des séquences vidéo de l'installation et a constaté que certains déchets pétroliers sont brûlés dans des incinérateurs à ciel ouvert au sein de l'installation.

La loi congolaise de 2011 relative aux Principes fondamentaux de la protection de l'environnement interdit l'élimination des déchets dans des lieux où ils peuvent générer des odeurs désagréables ou nuire à l'environnement, à la santé, ou à la sécurité publique.

Les villageois de Kinkazi interrogés ont fait état de maladies respiratoires qu'ils ont attribuées à la fumée provenant de l'installation. Un habitant d'une quarantaine d'années a affirmé que « lorsqu'il y a du vent et qu’ils brulent les déchets la nuit, les odeurs se propagent vers le village», et qu'il souffrait de « douleurs à la poitrine et d'une toux persistante ». Une autre personne, âgée d'une quarantaine d'années, a déclaré : « Nous respirons beaucoup de fumée, nous avons des nausées et des maux de tête. » Des travailleurs ont indiqué que l'entreprise produit deux principaux types de déchets lors des opérations de forage pétrolier : la boue de forage, composée principalement de résidus de fluides de forage ; et les paraffines, des dépôts d'hydrocarbures cireux provenant du pétrole brut qui s'accumulent à l'intérieur des pipelines et doivent être régulièrement éliminés. Les fuites de pétrole polluent également les sols. 

Click to expand Image L'imagerie satellitaire du 23 février 2026 montre l'installation de gestion des déchets de Perenco à Kinkazi, en République démocratique du Congo. Image © 2026 Planet Labs PBC. Analyse et graphiques. © 2026 Human Rights Watch. Click to expand Image Panneau de l'entreprise indiquant une « zone de traitement des paraffines » au site de gestion des déchets de Perenco, près du village de Kinkazi, en République démocratique du Congo. © 2026 Privé

Des photographies et des vidéos datant du début de l'année 2026, authentifiées par Human Rights Watch, montrent des réservoirs et des incinérateurs à ciel ouvert dans une zone signalée par un panneau comme étant une « zone de traitement des paraffines ». Des travailleurs ont déclaré à Human Rights Watch que ces réservoirs et incinérateurs servent à brûler les déchets de paraffine pour les dissoudre. « Nous apportons une certaine quantité de paraffine à brûler chaque nuit », a expliqué un employé de Perenco. « Des tuyaux remplis de gaz sont utilisés, ce qui crée une flamme, et une fois la paraffine brûlée, elle se transforme en sable. » 

Le témoignage de l'employé a été corroboré par une vidéo, prise début 2026 et authentifiée par Human Rights Watch, qui montre de hautes flammes s'élevant d'un incinérateur à ciel ouvert à l'intérieur de l'installation, la nuit. Des habitants de Kinkazi ont également signalé des feux provenant du site chaque nuit. Un producteur de vin de palme, âgé de 40 ans et originaire de Kinkazi, a déclaré : « La nuit, on sent la fumée qui se dirige vers le village. On sent l’odeur de fumée, et cela sent mauvais ». 

Click to expand Image Incinérateurs du centre de traitement des déchets de Perenco, près du village de Kinkazi, en République démocratique du Congo. © 2026 Privé Click to expand Image L'incinérateur du centre de traitement des déchets de Perenco, près du village de Kinkazi, en pleine activité nocturne. © 2026 Privé

Daniel Bain, professeur associé au département de géologie et de sciences de l'environnement de l'Université de Pittsburgh, a examiné les preuves visuelles recueillies par Human Rights Watch et a constaté que, bien que « les données sur la qualité de l'air local restent limitées, les zones proches des sites d'incinération de déchets présentent des concentrations élevées de carbone organique volatil et de particules fines dans l'atmosphère. »

Pollution de l'eau et des sols 

Human Rights Watch a constaté que Perenco n'a pas empêché les déversements et l’infiltration de pétrole brut provenant des puits de pétrole dans le sol. Le pétrole brut extrait du sol est un mélange complexe de milliers de composés chimiques et de métaux lourds, dont bon nombre sont toxiques et peuvent être nocifs pour la santé humaine. 

La loi congolaise de 2011 sur la Protection de l'environnement interdit le rejet de déchets ou d'autres substances susceptibles d'altérer ou de dégrader la qualité des eaux de surface ou souterraines, ainsi que toute activité susceptible de provoquer la pollution, l’érosion ou toute autre forme de dégradation des sols ou du sous-sol.

Plusieurs habitants au sein de la concession ont décrit comment le pétrole déborde régulièrement des puits lors de fortes pluies, souvent à proximité — voire parfois à l'intérieur — des villages. « Lorsqu’il pleut abondamment et que l’eau monte, le pétrole se répand à proximité », a déclaré un habitant de Tshiende.

À plusieurs endroits de la zone de concession, des chercheurs de Human Rights Watch ont observé et photographié des têtes de puits non protégées, recouvertes de ce qui semblait être des résidus de pétrole brut, ainsi que des traces de pétrole sur le sol environnant. 

Click to expand Image Puits de pétrole près de Tshiende, en République démocratique du Congo. © 2026 Human Rights Watch

Les chercheurs de Human Rights Watch ont également observé des pipelines provenant des installations d’extraction et de traitement du pétrole de Perenco présentant des signes visibles d’érosion, passant sous ou le long des villages et des terres agricoles et traversant parfois des rivières. Des riverains ont décrit de précédents évènements de ruptures de ces pipelines. « Les pipelines traversent les rivières et quand l'un d'entre eux éclate, le pétrole brut se déverse dans l'eau », a déclaré un habitant de Kinkazi.

Des travailleurs de l'industrie pétrolière ont déclaré que ces fuites et débordements fréquents sont le résultat d'un entretien insuffisant des infrastructures pétrolières. Un ancien employé a expliqué : « Il n’y a pas d’entretien régulier des pipelines, et ils ne nettoient que les grosses canalisations, pas les petites. En cas de forte chaleur, la densité diminue et cela provoque une explosion. » Daniel Bain, professeur á l'Université de Pittsburgh, a également souligné le manque de mesures préventives, notant que les sites de forage ne semblaient pas être entourés de digues de terre pour contenir les fuites.

Le gouvernement congolais n'effectue pas de suivi régulier des conditions environnementales dans la région, selon Human Rights Watch. Cependant, une enquête officielle menée en 2013 par une commission du Sénat a révélé une contamination des eaux souterraines et de surface de la région par des hydrocarbures et des métaux lourds. Des échantillons d'eau prélevés dans le cadre de cette enquête ont montré la présence de plomb et de mercure à des niveaux dépassant les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé en matière de qualité de l'eau potable. Le plomb est un métal lourd particulièrement nocif : une exposition chronique peut nuire aux reins, au système cardiovasculaire, à la santé reproductive et contribuer à l’anémie ainsi qu’à l’hypertension. Le mercure peut nuire aux systèmes nerveux, digestif et immunitaire, ainsi qu'aux poumons, aux reins, à la peau et aux yeux, et des effets graves sur la santé sont possibles même à de faibles niveaux d'exposition.

Click to expand Image Graphique © 2026 Human Rights Watch Click to expand Image Graphique © 2026 Human Rights Watch

Une étude menée en 2025 par plusieurs universités de la RD Congo et du Cameroun a révélé des niveaux élevés de composés organiques volatils et d'hydrocarbures dans les sols à proximité des puits de pétrole des villages de Kinkazi, Kitombe et Tshiende. Les auteurs ont conclu que ces polluants présentaient des risques potentiels pour les écosystèmes et la santé humaine, et ont recommandé des mesures de dépollution des sols, ainsi que la mise en place d'un système de surveillance à long terme de la qualité des sols et des eaux souterraines.

Dans un échange avec Human Rights Watch, Perenco a déclaré que « l'intégrité des infrastructures et la prévention de la pollution » étaient « au cœur de ses activités » et « structurées autour de ‘trois principes fondamentaux’ : l'inspection systématique des équipements et des infrastructures, l'évaluation technique et structurelle des actifs après chaque inspection, et les opérations de réparation ou de remplacement lorsque cela s'avère nécessaire. » L’entreprise a indiqué que « depuis 2021, elle avait investi plus de 100 millions de dollars » dans l’intégrité des infrastructures ainsi que dans les opérations de maintenance et « démantelé 35 km de pipelines terrestres ».

Perenco a également indiqué que de « nombreuses sources de dommages environnementaux » devraient être prises en compte, telles que « l’utilisation quotidienne par la population locale des cours d’eau et des rivières pour le lavage à grande échelle de véhicules à moteur » ou « les actes fréquents de vandalisme et de sabotage de ses installations », ainsi que « l’existence d’un trafic important de carburant entre la RDC et l’Angola, impliquant le stockage, le transport et la vente de carburant dans des conditions précaires. »

Surveillance environnementale

Un représentant de l'Office Congolais de Contrôle (OCC), un organisme gouvernemental qui collabore avec le ministère de l'Environnement pour la surveillance environnementale de la concession pétrolière, s'est entretenu avec Human Rights Watch. 

Ce représentant a déclaré que, bien que l'OCC effectue des inspections ponctuelles à l'aide d'équipements portables pour mesurer les polluants atmosphériques et la contamination des sols dans plusieurs communautés — notamment Liawenda, Banana, Mibale, Nsianfumu et Makelekese — il n'existe aucun programme de surveillance gouvernemental régulier. Il a indiqué que même si Perenco avait installé des capteurs de surveillance de la qualité de l'air dans plusieurs villages, l'OCC n'avait aucun accès aux données.

En 2025, un comité du parlement régional du Kongo Central a exhorté les autorités nationales à « acquérir et installer des capteurs de surveillance nationaux … sur les sites de la province susceptibles d’être pollués », et à « exiger de toutes les entreprises se livrant à des activités polluantes qu’elles soumettent mensuellement les données de surveillance collectées par ces capteurs. » Deux membres de l'assemblée provinciale ont déclaré à Human Rights que Perenco détient des données de surveillance des polluants pour la concession, mais ne leur en a pas donné l'accès. 

Le responsable d'une organisation environnementale basée à Muanda a déclaré : « Il n'existe aucune donnée publique disponible concernant la mesure des polluants, c'est pourquoi les ONG locales tentent de commander leurs propres analyses. »

23.07.2026 à 17:30

Inde : Recours excessif à la force contre des manifestations d’étudiants

Human Rights Watch

Click to expand Image Un policier indien frappait des manifestants lors d'une marche du Cockroach Janta Party (CJP) à New Delhi, en Inde, le 20 juillet 2026.   © 2026 Kabir Jhangiani/NurPhoto via AP

(New York, 23 juillet 2026) – Les forces de sécurité indiennes ont utilisé des gaz lacrymogènes et des matraques pour réprimer des manifestations d’étudiants et d’autres jeunes, pour l’essentiel pacifiques, à New Delhi le 20 juillet, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Le gouvernement du Premier ministre Narendra Modi devrait mener sans délai une enquête impartiale sur tout recours inutile et excessif à la force, autoriser les manifestations pacifiques et cesser de suspendre l’accès aux services Internet mobiles, ce qui expose la population à des risques supplémentaires.

Les manifestations, qui ont débuté en juin pour réclamer des comptes concernant la mauvaise gestion des concours d’entrée en médecine, se sont élargies pour inclure des revendications contre le chômage et la corruption du gouvernement. Le « Cockroach Janta Party (CJP) » (« Parti populaire des cafards »), un mouvement créé par des membres de la génération Z après que le juge en chef de la Cour suprême eut comparé des jeunes chômeurs à des cafards, avait appelé à une marche pacifique vers le Parlement le 20 juillet. De nombreuses personnes, dont des policiers, ont été blessées ; une jeune manifestante se trouve dans un état critique.

« Les jeunes Indiens voulaient défiler pacifiquement vers le Parlement pour demander des comptes à leurs dirigeants élus », a déclaré Meenakshi Ganguly, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « Au lieu de cela, la police a répondu avec des coups de matraque et des tirs de gaz lacrymogènes, et les autorités ont imposé des coupures d’Internet. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec neuf témoins, parmi lesquels des organisateurs de la manifestation, des journalistes et des étudiants manifestants ; l’organisation a également analysé et vérifié dix vidéos publiées sur les réseaux sociaux.

Le 21 juillet, des dirigeants de l’opposition politique ont critiqué la répression policière, qualifiant le gouvernement d’« insensible » et d’« autoritaire ». La police de Delhi a temporairement placé en garde à vue plusieurs figures de proue de l’opposition après une manifestation de près de trois heures devant la résidence de Modi. La Cour suprême a refusé d’examiner un recours concernant des allégations d’abus policiers à l’encontre d’étudiants manifestants. Le juge en chef a déclaré : « Ne nous faites pas perdre notre temps. »

Depuis juin, les manifestants occupaient Jantar Mantar, un observatoire du XVIIIe siècle qui constitue un lieu de manifestation emblématique situé à quelques kilomètres du Parlement. Les manifestations ont pris de l’ampleur le 18 juillet après que la police de Delhi eut expulsé de force de Jantar Mantar l’activiste Sonam Wangchuk, qui menait une grève de la faim depuis le 28 juin, et l’eut admis dans un hôpital public.

La police de Delhi a affirmé que les manifestants avaient fait preuve d’un « comportement indiscipliné, agressif et violent », qu’ils avaient attaqué des policiers à coups de pierres et d’autres objets, qu’ils avaient vandalisé ses véhicules et qu’ils avaient recouru à des « violences à grande échelle », blessant des policiers. Human Rights Watch a vérifié une vidéo montrant des manifestants en train de frapper et de se jeter sur un policier, qui tombe à terre.

Le Cockroach Janta Party et les manifestants ont rejeté la version de la police faisant état de violences à grande échelle, affirmant que les forces de l’ordre avaient recouru à la force sans aucune provocation. « Des manifestants étaient simplement assis par terre, suppliant la police de ne pas les frapper, leur demandant : “Pourquoi nous frappez-vous ?” », a déclaré un avocat âgé de 34 ans basé à Delhi. « La foule cherchait bien plus à dialoguer avec la police qu’à riposter. Ils ne ripostaient pas et n’essayaient pas d’esquiver les coups de matraque, ils encaissaient simplement les coups. »

« Je ne m’attendais pas à ce que la police soit aussi brutale », a déclaré un photojournaliste de 24 ans qui couvrait la manifestation. « J’ai des photos de manifestants qui restaient simplement là, debout, tandis que la police les frappait. J’ai vu des policiers frapper des femmes. Les femmes suppliaient, les mains jointes, et pourtant les policiers continuaient à les frapper. »

Plusieurs manifestants ont déclaré que les forces de sécurité les avaient repoussés dans des espaces très exigus, ou avaient chargé la foule, risquant de provoquer une bousculade. « C’était étouffant, il n’y avait pratiquement pas d’espace pour respirer », a déclaré un étudiant en droit de 24 ans, décrivant une échauffourée qui a eu lieu lorsque la police a chargé des manifestants qui avaient tenté de franchir les barricades policières. « J’ai réussi tant bien que mal à rester debout, mais deux des filles qui étaient avec moi sont tombées, et des gens leur ont marché dessus. »

Human Rights Watch a vérifié six vidéos montrant des agents de sécurité utilisant des matraques ou des gaz lacrymogènes contre des manifestants, ou lançant des pierres contre eux. Une video montre une bombe lacrymogène qui atterrit et éclate au milieu d’un groupe de manifestants assis par terre. La force de l’explosion fait tomber un manifestant alors qu’il tente de s’enfuir.

Human Rights Watch a vérifié une autre vidéo montrant trois hommes en civil tenant des matraques en plastique semblables à celles utilisées par les agents de sécurité. On en voit au moins un frapper des manifestants aux côtés de policiers. Plusieurs témoins ont déclaré que des policiers en civil étaient également présents et que de nombreux policiers, ainsi que des membres de la Force d’action rapide (Rapid Action Force, RAF) chargée du maintien de l’ordre, ne portaient pas de badge nominatif, ce qui empêche de les tenir pour responsables de leurs actes. Selon des associations de défense des droits numériques, les manifestants ont également fait l’objet d’une surveillance à l’aide de systèmes de reconnaissance faciale.

Les opérateurs de télécommunications auraient reçu l’ordre de couper les services Internet mobiles dans certains quartiers du centre de Delhi le 20 juillet. Cependant, le gouvernement n’a pas respecté les directives de la Cour suprême exigeant que les ordres de suspension soient rendus publics. Un manifestant a déclaré avoir perdu ses amis dans la bousculade, puis avoir été frappé au coude par un policier avec une matraque. Mais il n’a pas pu retrouver ses amis, a-t-il expliqué, car les autorités « avaient coupé l’Internet mobile et brouillé les réseaux mobiles, de sorte qu’aucun appel ne passait ».

Les autorités indiennes recourent souvent à des coupures d'accès à Internet lors de manifestations afin de restreindre l’accès à l’information, de dissimuler les exactions commises par les forces de sécurité et d’empêcher toute documentation indépendante de ces violations, a déclaré Human Rights Watch. L’accès à Internet est pourtant largement reconnu comme un moyen essentiel de faire respecter divers droits humains garantis par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et d’autres instruments relatifs aux droits humains auxquels l’Inde est un État partie. En 2016, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a adopté une résolution condamnant sans équivoque « les [coupures d’Internet] qui visent à empêcher ou à perturber délibérément l’accès à l’information », et appelant tous les États à « s’abstenir de telles pratiques et à les faire cesser ».

Le droit de se réunir et de manifester pacifiquement est un droit fondamental protégé par le droit international des droits humains. Les Principes fondamentaux des Nations Unies sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois stipulent que les agents ne peuvent recourir à la force que lorsque cela est strictement nécessaire. Lorsqu’ils recourent à la force, les responsables de l’application des lois doivent faire preuve de retenue et agir de manière proportionnée à la gravité de l’infraction et à l’objectif légitime à atteindre. Les Lignes directrices de l’ONU portant sur l'utilisation des armes à létalité réduite dans le cadre de l'application des lois indique que les gaz lacrymogènes ne doivent être employés que lorsque cela est nécessaire pour prévenir d’autres dommages physiques et ne doivent pas être utilisés pour disperser des manifestations non violentes.

 « La police indienne a une longue histoire de violations graves des droits humains commises en toute impunité », a conclu Meenakshi Ganguly. « Les autorités devraient mener sans délai une enquête impartiale sur les exactions commises par les forces de sécurité à l’encontre des manifestants à Delhi, et poursuivre en justice de manière appropriée les responsables, quel que soit leur grade. »

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23.07.2026 à 06:00

Niger : Trois ans de régime militaire ont aggravé la crise des droits humains

Human Rights Watch

Click to expand Image Le général Abdourahamane Tiani, du Niger, participe au deuxième sommet de l'Alliance des États du Sahel sur la sécurité et le développement, à Bamako, au Mali, le 23 décembre 2025. © 2025 Mali Government Information Center via AP

(Nairobi) – Au Niger, la junte militaire a établi un régime autoritaire, démantelé les institutions démocratiques et intensifié la répression depuis sa prise du pouvoir il y a trois ans, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Le 26 juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani et d’autres officiers de l’armée nigérienne ont renversé le gouvernement élu du président Mohamed Bazoum. Depuis lors, la junte a consolidé des pouvoirs étendus et incontrôlés, affaiblissant systématiquement les institutions susceptibles de demander des comptes aux autorités militaires. Au cours de l’année écoulée, les autorités militaires ont dissous tous les partis politiques et plusieurs syndicats indépendants, suspendu des dizaines d’organisations de la société civile, détenu des journalistes en vertu d’une loi très large sur la cybercriminalité, déchu des opposants politiques de leur nationalité, criminalisé les relations homosexuelles consenties, annoncé le retrait du Niger de la Cour pénale internationale (CPI) et prolongé la transition politique du pays sans aucune perspective d’élections démocratiques.

« Trois ans après le coup d’État, la junte nigérienne a élargi ses attaques contre les droits humains », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Les chefs militaires ont étendu leur propre pouvoir tout en restreignant l’espace civique et en fermant les recours judiciaires pour les victimes. »

La junte continue de détenir arbitrairement l’ancien président Bazoum, son épouse, l’ancien ministre de l’Intérieur Hama Amadou Souley et Moussa Tiangari, un éminent défenseur des droits humains. Dans des avis publiés en février 2025 et en mai 2026, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a conclu que la détention de Mohamed Bazoum et Moussa Tiangari était arbitraire, en violation du droit international relatif aux droits humains, et a appelé les autorités à les libérer.

En mars, la junte a adopté un nouveau code de procédure pénale fixant la détention provisoire dans les affaires de terrorisme à 12 mois, renouvelable une fois. Alors que Moussa Tiangari est détenu depuis décembre 2024 pour des accusations liées au terrorisme, ses avocats ont déposé une demande de libération devant la cour d’appel le 19 juin. Bien que la loi exige que le tribunal statue dans les trois jours, aucune décision n’a été rendue. Une semaine plus tard, les autorités ont modifié la loi, prolongeant la période maximale de détention provisoire à quatre ans, renouvelable une fois.

 « La coïncidence est trop grave pour être passée sous silence », a déclaré sur les réseaux sociaux Hamid Amadou N’gadé, ancien conseiller en communication du président Bazoum. « Une justice digne de ce nom ne change pas les règles après coup pour maintenir un citoyen en prison. » Les avocats de Moussa Tiangari soutiennent que la disposition révisée ne peut pas s’appliquer de manière rétroactive pour justifier son maintien en détention.

Les autorités militaires ont également adopté une série de mesures qui restreignent la liberté des médias et l’espace civique. Elles ont ciblé des journalistes pour avoir couvert ou relayé des sujets d’intérêt public en vertu d’une législation très large sur la cybercriminalité. En octobre 2025, à Niamey, la capitale, la police a arrêté les journalistes Moussa Kaka, Abdoul Aziz Idé, Ibro Chaibou, Souleymane Brah, Youssouf Seriba et Oumarou Kané après qu’ils aient diffusé sur les réseaux sociaux une invitation à un point presse sur un fonds de solidarité visant à collecter de l’argent pour les forces de sécurité de l’État. Les autorités les ont accusés de « complicité dans la diffusion de documents susceptibles de troubler l’ordre public », en vertu de la loi sur la cybercriminalité. En novembre, un tribunal a libéré Moussa Kaka, Abdoul Aziz Idé et Souleymane Brah sous caution et a maintenu Ibro Chaibou, Youssouf Seriba et Oumarou Kané en détention, ordonnant leur transfert à la prison de Kollo, en périphérie de Niamey. Youssouf Seriba et Oumarou Kané ont été libérés le 15 juillet, cependant Ibro Chaibou demeure en détention. La loi sur la cybercriminalité, modifiée par la junte en 2024, a réintroduit des peines d’emprisonnement et des amendes pour des troubles à l’ordre public définis dans un sens large.

La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, tous deux ratifiés par le Niger en 1986, garantissent les droits à la liberté d’opinion et d’expression.

Les autorités ont également tenté de réprimer les critiques au-delà des frontières du Niger. Depuis la fin de l’année 2024, les autorités ont temporairement déchu au moins 18 figures de l’opposition en exil de leur citoyenneté nigérienne, sur le fondement d’une ordonnance de 2024 prévoyant la création d’une base de données nationale des personnes soupçonnées de terrorisme. En juin, les autorités ont révoqué la citoyenneté nigérienne de Mariama Djibrine, présidente d’une coalition de groupes d’opposition de la diaspora nigérienne, malienne et burkinabè qui plaide pour un retour à l’ordre constitutionnel dans les trois pays du Sahel. Ce mois-là, le ministre des Affaires étrangères a appelé les missions diplomatiques nigériennes à surveiller les critiques en ligne à l’égard des autorités militaires, démontrant une volonté de dissuader la diaspora de discuter de la situation des droits humains dans le pays.

En mars, le Niger a adopté un nouveau code pénal qui punit les relations homosexuelles consenties et les pratiques LGBT au sens large de 5 à 10 ans de prison et de lourdes amendes. Le mariage pour les personnes de même sexe est également passible de 10 à 20 ans d’emprisonnement, et les mêmes peines s’appliquent aux personnes qui facilitent, soutiennent, financent, mettent en place des organisations et des événements pour les personnes LGBT ou qui y participent.

Les médias internationaux ont rapporté que les forces de sécurité ont arrêté en juin au moins 16 personnes, y compris des hauts responsables au sein de la police, en vertu de la législation révisée. Au Niger, où les personnes LGBT sont déjà confrontées à la stigmatisation et à la discrimination, la criminalisation des relations homosexuelles a déjà des conséquences qui s’étendent au-delà des tribunaux. Plusieurs professionnels de santé communautaires ont raconté à Human Rights Watch qu’ils ont suspendu les activités de sensibilisation et de soutien pour les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes en raison de craintes de harcèlement ou de violences. La criminalisation par la junte des relations consenties entre personnes de même sexe enfreint ses obligations en vertu du droit régional et international relatif aux droits humains.

La situation sécuritaire dans le pays a continué de se dégrader. Les groupes armés islamistes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique ont mené à plusieurs reprises des attaques meurtrières contre des civils dans la région occidentale de Tillabéri. Les forces de sécurité nigériennes ont répondu par des opérations de contre-insurrection violentes. En janvier, une frappe de drone militaire nigérien a tué au moins 17 civils sur un marché bondé dans l’ouest du Niger, en violation des interdictions de mener des attaques indiscriminées établies par le droit de la guerre.

Le retrait du Niger de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest en 2025, associé à son retrait de la CPI en juin, reflète une volonté plus large de la junte de restreindre les possibilités de responsabilisation au niveau régional et international.

Les relations internationales avec les autorités militaires nigériennes se sont souvent faites au détriment des droits humains. Certains gouvernements, dont les États-Unis, la Russie, la Turquie et l’Italie, ont donné la priorité à la coopération en matière de sécurité sans conditionner l’aide à des critères adéquats en matière de droits humains, malgré l’aggravation des violations commises par la junte.

Les Nations Unies n’ont pas systématiquement dénoncé les violations des droits humains commises par les autorités militaires nigériennes. Alors que l’ONU réexamine son approche de la région du Sahel, notamment à travers l’évaluation mandatée par le Secrétaire général António Guterres du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), les États membres de l’ONU devraient veiller à ce que la protection des droits humains et la reddition de comptes soient des piliers centraux de tout dialogue futur entre l’UNOWAS et le Niger, a déclaré Human Rights Watch.

« Les partenaires internationaux du Niger doivent se réengager pour faire face à l’intensification de la répression de la junte dans la quête de sécurité », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Ils devraient faire pression sur les autorités pour qu’elles respectent les droits fondamentaux, libèrent les personnes détenues arbitrairement, cessent de cibler les opposants politiques et les détracteurs et définissent une feuille de route crédible vers un régime civil. »

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