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 L'Autre Quotidien

Le numéro du jour est entièrement en accès libre.

13.07.2019 à 11:02

Les Gilets Noirs au Panthéon : Lettre à Jean Jaurès... et les autres

Photo via le Collectif La Chapelle Debout

Les Gilets Noirs étaient hier au Panthéon.
Dites, Jean Jaurès, vous les avez vus?

Flashback...

Ils étaient à Roissy le 19 mai 2019.
C'était une magnifique action.
Coordonnée, solidaire, pleine d'entrain et de détermination.
Ils avaient voulu interpeller symboliquement Air France, qui applique les consignes de l'Etat sur les expulsions, alors que nombre d'entre elles pataugent allègrement dans l'illégalité, et l'inhumanité, et que les conditions de détention des migrants sont abominables et dignes d'un pays colonial raciste (ce que bien sûr la France ne devrait plus être...)

Ils étaient à la Défense le 12 Juin 2019.
C'était une action aussi belle que la précédente, mais de plus, totalement généreuse, puisqu'elle avait été engagée par des personnes qui n'étaient pas directement concernées par l'exploitation de cette entreprise, qui salarie des migrants sans pour autant leur permettre de régulariser leur situation en Préfecture.

Mais revenons à cette folle journée d'hier, 12 Juillet 2019, ils étaient environ 600 (minimum).

Ils disent ne plus vouloir payer un policier pour obtenir un rendez vous pourtant légitime.

Ils disent vouloir attaquer un système qui fabrique les sans papiers, en créant les conditions là bas pour que ces personnes n'aient plus qu'un choix. Fuir.

Un système qui ensuite, les utilise autant que possible, et qui les jette sans ménagements.

Les méthodes sont les mêmes pour tous.

Salaires de misère, accès au logement devenu impossible pour beaucoup, accès aux soins médicaux de plus en plus drastiques, accès au service public qui s'étiole de jour en jour.

Les gilets sont noirs, jaunes, rouges, et la souffrance demeure.

Ils ont osé le faire, faisant fi de tous les risques.
Et ils le payent cher.

L'assaut fut violent, très violent.

Malgré une négociation pour sortir sans interpellations, la police a mis les bouchées doubles.

On retrouve les méthodes d'humiliation hélas classiques. Tu es blanc? sors de la nasse!

Des blessés par dizaines, des malaises, des interpellations par dizaines également ( on appelle cela une rafle je crois).
Des pompiers présents pour évacuer enfin les blessés après une longue attente, qui auraient été chargés de contrôler les noms... Ils touchent à leur but.

A quand des contrôles par les "bons citoyens" ?
Sombres relents de temps passés.

Ce que je retiens, en ce samedi 13 juillet, au lendemain de cette journée inqualifiable:

L'incroyable solidarité de ces personnes, leur intelligence collective.

Ils ont réussi ce que d'autres tentent de faire vainement, en entrant dans un lieu mythique et chargé d'Histoire, dans la joie, l'espoir, sans peur et avec tellement de dignité.

Leur lutte est exceptionnelle et exemplaire.

On n'aura pas manqué d'assister au déferlement de haine sur les réseaux sociaux, qui ne m'étonne que très modérément. 
Mais loin de m'y arrêter, cela renforce ma détermination à continuer à soutenir toute lutte juste. 
Pas vous?

Ils l'ont fait, et puisse cette magnifique action être le prélude à d'autres prises de conscience.

Chers gilets noirs, que la force soit avec vous, et avec nous !

Nathalie Athina le 13 juillet 2019 - Teleia.

  “La terre a été longtemps plus grande que l’homme, et elle a imposé à l’humanité la loi de la dispersion.” — Jean Jaurès  

Crédit photo Rose Lecat

01.07.2019 à 11:38

Turbulences, en ligne et en ville, c'est jusqu'en juillet et ça mord !

Pour déborder le virtuel, les événements programmés pendant le salon Turbulences sont autant d’occasions de rencontres avec les artistes et la réalité des œuvres. Huit spécialistes de la création contemporaine française ont été invités par Isabelle de Maison Rouge, directrice artistique du salon, à présenter un artiste de leur choix et une sélection d’œuvres représentatives de son travail. En ligne et sur place, on le répète… 

Floryan Varennes, Crux, 2018, œuvre sélectionnée par Isabelle de Maison Rouge

Paul Ardenne présente Sarah Roshem - Christian Caujolle présente Marianne Maric (image d’ouverture - Femme fontaine) - Théo-Mario Coppola présente Vincent Lemaire - Marie Gayet présente Célia Nkala - Isabelle de Maison Rouge présente Floryan Varennes (ci dessus) - Vanessa Morisset présente Yusuké Y. Offhause - Dominique Moulon présente Fabien Léaustic et Marion Zilio présente Victoire Thierrée.

Les documents biographiques et critiques mis en ligne ici permettent de comprendre la démarche et les œuvres des artistes que les invités ont choisi de présenter. Et le liende vous rendre sur les lieux d’exposition ( attention la plupart est assez loin et ne dure pas longtemps… ) Il vous reste le catalogue là itou téléchargeable, qui vous est offert gratuitement.

Célia Nkala, Les coupes, 2017, sélectionnée par Marie Gayet

Revenons aux artistes vus par leurs critiques et commençons par Sarah Roshem par Paul Ardenne.

Sarah Roshem (1972) vit et travaille à Paris. Après un doctorat consacré aux relations entre l'art et la science, elle oriente son activité de plasticienne vers l'useful art, l'art dit "utile", de nature contextuelle, voyant l'artiste intervenir dans la vie réelle à des fins concrètes et productives. À sa manière indéniablement singulière, Sarah Roshem s'inscrit dans la lignée de Lygia Clark et d'Helio Oiticica, passionnés par le principe de l'échange corporel et du partage sensitif. Une oeuvre d'art, pour cette artiste fondatrice de SR Labo (cette initiative a pour visée de rendre la création bénéfique, positive, thérapeutique), est avant tout un élément communicant, un objet que va animer l'intervention d'un spectateur ou de plusieurs. Regarder ne suffit pas, la participation active du public, plutôt, est de rigueur. Adepte de l'"art médecine" et du care,  Sarah Roshem agit en vue d'accroître la relation avec autrui, avec "autrui(s)" au pluriel, pourrait-on dire, comme le signale sa réalisation Corps communs. Celle-ci met en jeu plusieurs intervenants unis solidairement par des liens souples leur permettant des mouvements spécifiques de type "tous pour un, un pour tous". L'œuvre d'art, pour l'occasion, quitte la cimaise (cimaise qu'elle peut retrouver une fois terminée son utilisation collective) et se fait objet incarné.

Sarah Roshem, Praxies linguale 2, 2003 sélectionnée par Paul Ardenne

Marianne Maric par Christian Caujolle

Elle photographie en grande liberté. Parfois instinctivement, pour des instantanés qui vont rejoindre ses intérêts permanents, parfois en mettant en scène ses envies ou ses désirs. Elle est toujours en train, avec une forme jubilatoire de provocation - finalement bien sentie et toujours productrice de sens - de questionner le corps, ses représentations, le désir, le plaisir, le sexe. Presque paradoxalement, elle met en relation sa passion - et sa belle connaissance - de l'art classique, entre autres de la sculpture, et ses préoccupations actuelles. De la Grèce antique à Sarajevo, avec un vrai sourire et une volonté sans faille de faire réagir, elle nous oblige à nous interroger sur l'identité. Celle qui, profonde, se matérialise dans les corps.

Marianne Maric, Milk, voie lactée, 2014 sélectionnée par Christian Caujolle

Vincent Lemaire par Théo-Mario Coppola

Pour Vincent Lemaire, tout paysage est à la fois originel et prémonitoire. Il annonce les prochaines expéditions extraterrestres sur d’autres planètes ou vers d’autres galaxies et, en même temps, il est ancré dans les premiers instants du monde. Il n’est pas le paradis ou l’âge d’or mais la transcription de l’équilibre et du brutal, c’est-à-dire d’une dialectique froide, inhabitée. Nous venons de cette matrice et nous voyageons dans cette même matrice. Ce qui nous semble étrange et lointain est en vérité une manifestation inconnue de notre propre origine. Le paysage domine. Il est, pour Vincent  Lemaire, le corps transfiguré.

Vincent Lemaire, Vaalbara #5, 2014 sélectionnée par Théo-Mario Coppola

Célia Nkala par Marie Gayet : « Les circonstances d’une rencontre favorable seront à l’origine… »

 De sa formation en art déco, design et un parcours dans la mode avec Christian Lacroix, Célia Nkala  a gardé un goût pour une certaine sophistication de la forme, propice à l’expérience esthétique. Une partie de ses œuvres est issue d’assemblages d’objets, qu’elle met en relation à partir de leur symbolique et de leurs matériaux. Le nouvel objet/sculpture, hybride, mystérieux, troublant, frappe cependant par l’évidence de sa fiction. A la fois « pièce rébus » ou « pièce savante », il bouscule l’interprétation littérale et détourne la sémantique usuelle. Combiné à un dispositif d’installation minimale, posé sur un support ou en regard d’un miroir, l’objet se donne à voir, dans toute la puissance ambiguë de sa présence. Bien que nous l’expérimentions à tout moment, le temps, si l’on en croit les scientifiques et les philosophes, ne serait qu’un concept de l’esprit humain, l’avenir et le futur n’existeraient que dans les pensées. C’est justement sur cette impossibilité à représenter le temps que prennent corps les assemblages insolites de la série Eternel retour, dans des objets à la fois cycliques et doubles, fragiles et stables. Secret, caché, ce rapport équivoque dans les objets imaginés par l’artiste est sans doute le plus explicite dans la série des Objets confisqués. Ces boîtes aux fermoirs scellés et aux lignes élégantes, ou la tasse de porcelaine cadenassée à sa soucoupe, - qui ne sont pas sans rappeler les créations surréalistes A bruit secret de Marcel Duchamp et Object de Meret Oppenheim - attisent la frustration sur le mode ludique (et un brin fétichiste !) mais deviennent à leur tour des objets de contemplation. Un temps de silence dans celui des Turbulences.

Célia Nkala, Éternel retour III, 2016, sélectionnée par Marie Gayet

Floryan Varennes par Isabelle de Maison Rouge - Fin'amor ou l’amour courtois, du carquois au carcan

Tout le travail de Floryan Varennes se joue entre les rives, les limites et les bordures. L’artiste se met en rupture par rapport au temps traditionnel, il réalise une hétérochronie puisqu’il associe l’époque médiévale à l’époque actuelle en créant des analogies par le prisme du corps, du vêtement, de la santé et la ritualisation de la vie charnelle. Plus que le Moyen Age, c’est donc le médiévalisme qui le passionne avec l'ensemble de ces références temporelle, historique, politique et artistique dans le monde contemporain, qui passe chez lui par l’espace médical de l’hôpital et la sociologie du vêtement qui touche et traverse le genre. Trois domaines qui arrivent à se rencontrer avec la culture courtoise comme catalyseur. Floryan Varennes, avec son rapport à l'histoire renforcé par ses investigations sémantiques, conjugue ainsi ses recherches à tout ce qui se rapporte au corps sans jamais le figurer. Dès lors au sein de ses dispositifs qui expriment des questions de norme, d'altération et d'ornementation, il conçoit un répertoire ambigu de formes héraldiques dont la complexité agit comme une transfusion.

Floryan Varennes, Fin'Amor, 2018, sélectionnée par Isabelle de Maison Rouge

Yusuké Y. Offhause par Vanessa Morisset

Des hommes du futur à la recherche de fossiles pour connaître notre civilisation pourraient trouver des objets tels que ceux-ci… Des petites reproductions de mémoire de bâtiments célèbres qu’on peut imaginer détruits après un changement d’ère géologique ou des emballages de sandwichs, de hamburgers, de salades ou de poulets rôtis, à l'origine en plastique et d’aspect souple et transparent - les hommes du futur le découvriraient en les étudiant - se présentant maintenant sous leurs yeux, comme sous les nôtres, durs et opaques comme la pierre.  Etre à la fois ces hommes et nous-mêmes est l’expérience mi-fictive mi-réelle que nous permettent d’éprouver les sculptures-objets réalisées, pour plupart en céramique, par Yusuké Y. Offhause. La contemplation de leurs formes simplifiées et comme travaillées par le temps nous transporte en effet virtuellement dans une époque ultérieure, impliquant une méditation sur le (no) futur de notre mode de vie. Mais, concernant en particulier les Yugen Stonewares et SPA SPA, puisque les pièces peuvent servir - si bien qu’on a l’impression de manger dans des vestiges d’emballage - elles nous resituent tout autant dans l’ici et maintenant d’un repas.

Yusuké Y. Offhause, SPA SPA, type C, 2017, sélectionnée par Vanessa Morisset

Fabien Léaustic par Dominique Moulon

Fabien Léaustic est un artiste “du faire” à la formation d’ingénieur. Il use de son atelier comme d’un laboratoire où sont répétées des expériences jusqu’à ce que des œuvres en émergent. Les livres d’art y ont autant leur place que les manuels de physique bien que son atelier-laboratoire soit mobile eu égard aux résidences qu’il enchaîne inlassablement. Le lieu de ses créations pouvant être tantôt à la mesure d’une briqueterie à ciel ouvert tantôt se réduire à l’espace étendu de son disque dur. Notons que les gestes les plus artisanaux sont pour lui tout aussi inspirants que les hautes technologies. Fabien Léaustic pratique une forme de recherche en art où l’observation dans la durée des phénomènes qu’il étudie se concrétise par des pièces constituant chacune les fragments d’une l’histoire qui, littéralement, se déroule. Des sciences, il a adopté l’approche comme le prouvent ses créations pouvant être envisagées telles autant de versions. Quand l’artiste les travaille jusqu’à ce qu’elles se révèlent à lui alors que les idées ou concepts des suivantes ont déjà émergé. Quand, par exemple, au Mexique, il s’insurge contre l’usage immodéré des armes à feu par la sculpture et l’empreinte tout en offrant un accès libre à une eau purifiée que des citoyens ordinaires ont l’habitude de payer trop cher pour enrichir quelques puissantes entreprises multinationales. Sans omettre son attachement illimité pour les forces telluriques qui devraient nous inciter à davantage d’humilité. Enfin, Fabien Léaustic attire notre attention sur l'extraction du gaz de schiste par fraction hydraulique - ô combien polluante - autant qu’il évoque les coulées de boue toxique, au Brésil avec l’installation Geysa dont l’esthétique, s’inscrivant entre science et fiction, convoque l’idée même d’une forme de chamanisme contemporain. Car la pratique de Fabien Léaustic, souvent, induit la magie de ce que l’on ne peut s’expliquer. Et c’est en croisant des pratiques ancestrales avec une pensée contemporaine qu’il y parvient.

Fabien Léaustic, HELLO WORLD, 2016, sélectionnée par Dominique Moulon

Victoire Thierrée par Marion Zilio

Entretien avec Victoire Thierrée pour le Salon Turbulences, mars 2019 :

Marion Zilio : Nombreux sont les artistes qui, dans l’histoire de l’art, ont cherché à « représenter » la guerre, afin de dénoncer ses atrocités, de produire un devoir de mémoire ou encore d’en fictionnaliser des pans pour pallier au manque ou à la manipulation des archives. Ton approche me semble différente, au sens où justement tes œuvres ne représentent pas ni même ne présentent la guerre. Excepté le titre, il est parfois difficile d’établir un lien avec la guerre tant tes pièces ont les allures de sculptures minimalistes. Comment qualifierais-tu ta démarche ?
Victoire Thierrée : Je ne souhaite pas représenter littéralement la guerre. Ce n’est pas mon propos. À travers ma pratique artistique — sculpture, photographie et vidéo —, j’explore les liens existants entre la nature et la technologie, et plus particulièrement la manière dont l’homme s’approprie ces formes pour pallier à ses limites dans un contexte extrême de défense ou de survie. Je m’intéresse donc aux matériaux, machines et pratiques inspirés du génie de la nature et conçus pour la guerre. Mes pièces abordent les rapports de domination des hommes entre eux et de l’homme sur la nature.  

               Didier Semin écrivait dans son texte intitulé Bikini Léopard : « Quand Picasso avait vu défiler, en 1918, les premières unités camouflées, il avait murmuré, pensant aux toiles cubistes de 1911-1912, ”et dire que c’est nous qui avons inventé ça !” Il n’avait pas tort. Peut-être est-il dans l’ordre des choses que le rêve des artistes devienne, pour un temps, la réalité des militaires, avant d’intégrer le bien commun de l’humanité ».

Si le contemporain vous laisse de marbre, c’est souvent que les lieux qui le montrent vous déplaisent souverainement, que les salons se sont transformés de lieux de présentations des courants à de simples terminaux de vente des valeurs les plus cotées. Alors ici, de valeurs émergentes à artistes cotés, vous pouvez choisir dans cette sélection pointue, de simplement savoir quelle est la cotte, de vous enthousiasmer ( comme nous) de la singularité avouée du propos - et vous en souvenir avec le catalogue. Un beau commissariat d’expo, des artistes et des critiques qui font le job. Enjoy !

Turbulences -> 07/19


01.07.2019 à 09:59

L’éphéméride vacancier

Les images du jour

Elsa & Johanna : - c’est le soleil qui finira par nous perdre. Voir notre article

Photo Julia Fullerton-Batten

La chanson dans la tête

Childish Gambino - Feels Like Summer

L'éternel proverbe

Autant de pluie, autant de fleurs.

Proverbe libyen

Le haïku de cœur

崩れても残る気品の白牡丹
La pivoine blanche tombée - 
Quelque temps encore sous le charme 

Seishi Sagawa

photo Nina Rendulic

Les mots qui nous parlent

De mon village je vois autant de terres qu'il peut s'en voir dans l'Univers...
C'est pourquoi mon village est aussi grand que toute autre terre
Et que je suis de la dimension de ce que je vois
Et non de la dimension de ma propre taille

Alberto Caeiro, Le Gardeur de troupeaux

01.07.2019 à 08:04

Croquer la chair furieusement rose de Romy Alizée !

Dans un livre de photo de très belle facture, Romy Alizée propose une autre pornographie, queer, libre et très loin de la chair triste.

Une couverture Rose en papier (t)couché douce comme la peau. Massicotée et trouée pour laisser apparaître le regard de l’artiste en tête et son sexe au-dessus du titre : FURIE. Une sorte de glory hole à l’envers, un trou explicite qui révèle la pratique du « Face sitting » , où la belle s’assoie ostensiblement sur le visage de son beau, « lèvres contre lèvres » pour se faire jouir...

Couverture Furie Romy Alyzée

La sexualité de la photographe est au cœur de son travail. Elle clame le désir et le plaisir féminin, mais pas que. Voir dans ses photographies un simple inversement des rôles tromperait et raccourcirait son propos. Il y a du second degré dans les images, plusieurs lectures et la charge sexuelle et sexuée, provoque un décalage du genre. Un bruit qui parasite les images pornos courantes véhiculées par un patriarcat dominateur. 

Une véritable alternative. Toutes les images du livre sont d’une douceur infinie. Même les plus crues. Les sexes sont beaux. Les corps sublimes loin de la dictature des images imposées.

Photo du livre @Romy Alyzée

Furie propose un épanouissement et une libération des femmes, une réappropriation des corps, du sien propre, mais aussi ce.lui.elle du ou des partenaires. La question de domination n’est pas éludée non plus. La mise en image des fantasmes, ne triche pas, ne joue pas, elle met en relation clairement, fétichisme, consentement, domination, tout cela dans un bordel que l’on ressent joyeux !


Ici chaque image semble parfaitement choisie et raconte exactement ce qu’elle doit raconter, avec sa part d’érotisme pur, sa part d’excitation, sa part de jouissance. Cela passe sans doute par le regard de Romy, qui fixe l’objectif. « Joconde » assumée, avec l’étincelle dans les yeux noir profond et cette franchise, qui bascule notre propre regard. Pas de culpabilité, pas de gêne, juste l’évidence d’être au bon endroit, au bon moment, avec la bonne personne.

Photo du livre @Romy Alyzée

Le noir et blanc, le bon choix du format et l’espace de la page donne à l’ensemble une vraie clarté, une lumière supplémentaire. Puis le cahier central ajoute une sensualité jusqu’ici frôlée. Du bout des doigts nous voici entrain de tourner les pages d’un cahier plus petit, encarté au cœur du livre. Curieusement, alors que notre geste est explicite, nous contemplons des portraits intenses et intimes. Là encore, des visages francs, profondément humains, sont d’une beauté indéfinissable. L’esthétique des prises de vues, la graphie des lignes des visages et des bustes, amènent notre regard à percer l’intimité. Ces portraits révèlent davantage l’intimité des corps sans jamais les montrer.

Photo du livre @Romy Alizée

Les visages à nu dégagent une telle sensualité, ici, en plein milieu du livre, encarté entre les corps des pages, ils créent un point central, une attention, une pause naturelle, un basculement. Ils obligent à venir plonger nos doigts au centre du livre, pour y tourner délicatement les pages. On fait défiler alors, sur ces visages d’autres visages, le grain intense des bustes, des regards et des peaux, blanches, satinées, calmes…

Photo du livre @Romy Alizée

Nous voilà déjà dans l’autre partie du livre, les images et le regard de Romy, encore plus noir, encore plus brillant, parfois vaguement détaché, continue de nous épier, comme miroir de notre propre regard.

Voyeur soyeux de papier à images qui ne cache rien, et qui ne montre pas vraiment non plus, accaparé par ses yeux, libre et attaché à la fois.

Et dans le dernier encart… une enveloppe noire, au papier rose. Une lettre, seul texte du livre, ni légende, ni signature… Un mot.

En espagnol, en voici la première phrase :

«  Romy Alizée tiene 29 años y perdió su inocencia hace mucho tiempo. (…) »

Photo du livre @Romy Alizée

Le temps est venu de fermer le livre à la couverture rose ; on y revient assurément, pour retrouver le regard et la liberté de Romy Alizée, comme le gage d’avoir un peu de la nôtre et puis aussi de celles.eux qu’on aime éperdument, à corps perdus et à â(r)mes égales.

Richard Maniere

Furie, Romy Alizée
édition Maria Inc

Photo du livre @Romy Alizée

Photo du livre @Romy Alizée

30.06.2019 à 10:37

La radicalité à la racine - A propos du "Jeune Ahmed" de Luc et Jean-Pierre Dardenne et d'autres films sur la “radicalisation”

A propos du "Jeune Ahmed" de Luc et Jean-Pierre Dardenne, "L'Adieu à la nuit" d'André Téchiné et "Mon cher enfant" de Mohamed Ben Attia “L’ange nous annonce la mort – et que fait d’autre le langage ? (...) L’ange n’y est pour rien, – seul celui qui comprend l’innocence du langage entend aussi le vrai sens de l’annonce et peut, éventuellement, apprendre à mourir.” — Giorgio Agamben, Idée de la prose, éd. Christian Bourgois, 1998 [1988 pour l'édition originale], p. 116).

On entend sous le terme générique de radicalisation le processus social par le biais duquel un individu, souvent jeune, décide de s'engager dans des formes d'activisme politique ou religieux allant jusqu'à l'extrémisme homogène au narcissisme des causes perdues décrit par Jacques Lacan. Depuis les attentats français de 2015, la radicalisation est généralement rapportée aux militants enrôlés sous la bannière du djihadisme suturant islamisme et terrorisme. Des enquêtes sociologiques participent à soutenir la validité scientifique d'un terme faisant consensus pour les sphères parlementaire, judiciaire et médiatique, à l'instar des ouvrages respectifs de Farhad Khosrokhavar (Radicalisation, éd. Maison des sciences de l'homme, 2017) et de Laurent Bonelli et Fabien Carrie (La Fabrique de la radicalité. Une sociologie des jeunes djihadistes français, éd. Seuil, 2018 ; Radicalité engagée, radicalités révoltées : une enquête sur les mineurs suivis par la protection judiciaire de la jeunesse, éd. La documentation française, 2018).

Dans les faits, la radicalisation comme énoncé récemment imposé pour caractériser l'engagement individuel d'une fraction de la jeunesse occidentale dans des causes extrêmes jouit d'un certain consensus qui, pourtant n'existe pas franchement parmi les chercheurs en sciences humains et sociales travaillant la question problématique des rapports entre islamisme et terrorisme. Le terme est même diversement contesté au point que le dissensus règne en offrant une grande source interne de discussions et d'oppositions. D'un côté, un politologue comme Olivier Roy et un anthropologue comme Alain Bertho posent qu'il y a moins « radicalisation de l'islam » qu'«islamisation de la radicalité », le djihadisme se présentant ici comme le répertoire d'actions hégémonique pour une génération révoltée en manque d'idéal. De l'autre, l'islamologue François Burgat et le politiste Gilles Kepel critiquent le terme de radicalisation jusqu'à en contester et rejeter l'usage mais selon des perspectives opposées sinon antagoniques. Quand le premier y voit la dépolitisation de l'islam politique encouragée par les approches culturalistes, le second y reconnaît pour sa part une prénotion apparue aux États-Unis dans la suite des attentats du 11 septembre 2001 qui, appareillée à la crainte supposément politiquement correcte de l'islamophobie, empêcherait de comprendre les buts politiques de l'islamisme à l'heure de la mondialisation.

La lucidité reste en tous les cas requise, préservant contre tout amalgame le fait que le fanatisme n'est pas un caractère exclusif de l'islamisme et que l'islam n'explique à lui seul pas la propension au martyr et à l'absolu sur l'autel duquel sacrifier l'autre, à l'enseigne de l'analyse proposée par Edgar Morin : « Tout cela s'est sans cesse manifesté et n'est pas une originalité propre à l'islam. Il a trouvé depuis quelques décennies, avec le dépérissement des fanatismes révolutionnaires (eux-mêmes animés par une foi ardente dans un salut terrestre), un terreau de développement dans un monde arabo-islamique passé d'une antique grandeur à l'abaissement et l'humiliation. Mais l'exemple de jeunes Français d'origine chrétienne passés à l'islamisme montre que le besoin peut se fixer sur une foi qui apporte la Vérité absolue. » ( « Éduquer à la paix pour résister à l'esprit de guerre » in Le Monde, 5 février 2016). Mais le constat d'Edgar Morin ne sort pas du cadre d'un radicalisme inquestionné et strictement confondu avec l'extrémisme. Enfin, le chercheur affilié au CNRS Antoine Jardin va pour sa part jusqu'à qualifier le terme de radicalisation de « mort fourre-tout [et de] label hasardeux des politiques publiques dans un contexte de montée des violences djihadistes » (« Non, il n'y a pas 28% des musulmans qui sont "radicalisés" en France » in Le Monde, 29 septembre 2016), tandis que le journaliste Pierre Rimbert analyse avec l'imputation de radicalisation « un outil de disqualification à large spectre » dont aura d'ailleurs fait les frais la CGT durant sa mobilisation contre la loi travail du printemps 2016 (« "Radicalisation", un mot qui tue » in Le Monde diplomatique, 1er février 2017).

Contre les pièges de la radicalisation,

la relève de la radicalité

Avec le bébé de la radicalisation, ce terme dont l'usage fait consensus mais seulement parmi le personnel des professionnels de la politique et chez les éditocrates des grands médias, c'est l'eau du bain de la radicalité qui est jetée, peut-être délibérément obscurcie. Pourtant, radical est un mot important, il est même décisif quand il est ressaisi à sa racine rappelée en 1843 par Karl Marx à l'occasion de son introduction à sa « Contribution à la critique de La philosophie du droit de Hegel » : « Être radical, c'est prendre les choses par la racine. Or, pour l'homme, la racine, c'est l'homme lui-même. » (in Philosophie, éd. Gallimard-coll. « folio essais », 1982, p. 99). Il y a ainsi une authentique « misère de la radicalisation » à laquelle Alain Bertho oppose dialectiquement un « éloge de la radicalité » prolongé par la philosophe Marie-José Mondzain à l'occasion d'un ouvrage de combat pour l'époque contemporaine, intitulé Confiscation (éd. Les Liens qui libèrent, 2017). Des mots importants comme radicalité se retrouvent en effet confisqués par des usages négatifs comme des prises d'otage idéologiques qui empêchent de penser le pire qu'il nous faut redonner. Et c'est pourquoi il faut leur redonner la vitalité native des commencements comme autant de recommencements nécessaires pour lesquels l'« appel au courage des ruptures constructives et à l'imagination la plus créatrice » doit s'effectuer sans la moindre« complaisance à l'égard des gestes meurtriers de ceux qu'on se plaît à nommer "radicalisés" » (opus cité, pp. 14 et 18). C'est ainsi que Marie-José Mondzain rend compte des conséquences désastreuses de la confuse subsomption de la radicalité sous l'extrémité, tout en œuvrant à la relève d'un affect politique dont les artistes sont d'importants gardiens en en rappelant à notre indétermination première.

L'énigme de notre liberté est ainsi rappelée au principe de toutes les imaginations créatrices, au fondement de toutes les délibérations et de toutes les décisions sur fond d'indécidable. Et cette énigme, les artistes en sont les gardiens : « les artistes donnent sa forme au désordre en créant la scène de sa visibilité dans le respect d'une indétermination radicale, celle qui offre sa liberté à l'intelligence et à la sensibilité du spectateur. » (op. cit., p. 104-105). La radicalité esthétique est une politique du sensible non partisane, engageant des prises de position plutôt que des prises de parti. La radicalité d'un artiste en cinéma consisterait : a minima à faire du sujet contemporain ouvert à la violence extrême la figure divisée entre sa liberté radicale et les captures réductrices de la radicalisation ; a maxima à relever l'indétermination du sujet disposé au meilleur comme au pire dans le domaine de l'indécision. Le cinéma n'est authentiquement radical qu'à entrer et faire entrer le spectateur dans la zone de notre indétermination, dans cet « espace transgénérique » qui est ouverture à ce qui arrive, dans ce site intermédiaire dévolu à l'écart et l'entre, dédié à l'hospitalité pour l'autre qui vient (ibidem, p. 167-171). Et entrer dans la zone pour en préserver la dimension de réserve des possibles consiste à y reconnaître « chôra », ce « triton genos » ou troisième genre de l'être par où passe, diaphane et atopique, l'alliance renouvelée de l'idée et du sensible (cf. Platon, Timée, 27d, 5). Redonner toute sa dignité à la radicalité, mise à l'épreuve redoublée de la question de la violence extrême et de la radicalisation qui en porte par extension le discrédit épistémique et la confiscation systématique, peut être le fait de films contemporains désireux d'entrer dans la zone en affrontant la nécessité de penser de façon critique notre contemporanéité.

Le Jeune Ahmed des belges Luc et Jean-Pierre Dardenne, L'Adieu à la nuit du français André Téchiné et Mon cher enfant du tunisien Mohamed Ben Attia s'y sont essayés avec des bonheurs inégaux (le troisième film est le plus réussi, les autres sont diversement ratés mais le ratage demeure toujours problématique). Cette inégalité est justement ce qu'il faudra montrer pour penser comment le cinéma d'auteur, saisi par les urgences des opinions sur la radicalisation, peine à penser son propre défaut de radicalité.

 Des nouvelles du front, le 24 mai 2019

L'Autre Quotidien collabore avec la revue en ligne Des Nouvelles du front autour du cinéma, mais pas que, puisque nous partageons avec elle d'autres passions et prises de position. Nous la laissons se présenter elle-même :

CONTRE L'ENVERS DU CINÉMA, LE CINÉMA CONTRAIRE

Avec la conjonction de l'esthétique et de la politique, se pose l'affirmation d'une nécessité d'essayer de penser les images à l'endroit même (le cinéma) où elles seraient paradoxalement, à la fois les plus faibles peut-être (en termes de rapports de force faisant l'actuel capitalisme médiatique et culturel) et peut-être aussi les plus fortes (en promesses de sensibilité, de pensée et d'émancipation). Et il n'y aurait là rien de moins politique dès lors que l'on refuse de cantonner, ainsi qu'y travaille par ailleurs la doxa, les choses (cinématographiques) de la sensibilité et de l'esprit dans les marges de luttes qui, où qu'elles se produisent, ne le font que depuis l'esprit et la sensibilité de ses acteurs et de ses actrices. Donc, des nouvelles du front, comme autant de prises de positions.

Des Nouvelles du Front

29.06.2019 à 12:52

Chroniques de la répression judiciaire invisible

En marge de l'urgence médiatique créé par la violence policière immédiate, et tellement visible désormais, il y a l'autre violence, celle qui s'installe dans le temps, celle qui perdure à l'abri de nos regards qui pourraient légitimement s'indigner. La violence judiciaire. Celle qui, au secret des cellules et autres quartiers de détention, marginalise, isole, et stigmatise des êtres humains à vie.

Photo Nnoman

Sujet tabou, la prison...

Cette violence là, on s'est demandés comment la traiter, dans une période si focalisée sur l'image choc, sur l'information en temps réel.

Car elle appartient à un monde cadenassé, secret, et bien difficilement accessible.
Et c'est bien pour cela, qu'elle est si inexorable.
Bien souvent, seul(e)s les proches, la famille, l'entourage, y ont accès.

A Toulouse, la défense collective a récemment publié des "numéros d'écrous" de détenus Gilets jaunes, afin de permettre à chacun d'entre nous de leur envoyer des lettres de soutien.

A Paris, Antonin Bernanos, détenu en isolement pour raison de militantisme tenace, en fait les frais.

Une des techniques de déstabilisation dont use l'appareil judiciaire, est le transfert dans d'autres prisons, alors même qu'un détenu a enfin pu prendre (ironie du terme) ses marques (permis de visites accordés, études autorisées...)

Et puis, on les déplace ailleurs, et tout est à refaire...

Le terme exact pour cette technique est "torture blanche"...

Antonin lui, avait pu accéder à des études (il était étudiant avant son incarcération) et enfin avoir le droit de voir sa mère, Geneviève Bernanos, avec laquelle nous avons pu échanger sur ce sujet.

Mais las, le juge décide soudain de le transférer sur une autre prison, celle de la Santé, il y a tout juste quelques jours.

Antonin avait dit a sa mère que Fresnes semblait très embarrassé des conditions de détention qui lui avaient été imposées, et sa mise à l'isolement... Qu'est ce qui, dans le profil de ce jeune étudiant, nécessitait cette mise à l'isolement * ?

L'isolement est destiné aux terroristes, transsexuels, policiers "ripoux" etc... en gros les prisonniers "fragiles" de par leur situation individuelle.

Cela laisse rêveur sur le traitement tout particulier infligé à des personnes détenues pour des motifs politiques. Les gilets jaunes emprisonnés en masse depuis le 17 novembre 2018 en savent sans doute quelque chose.

Il est urgent de nous saisir de l'urgence de ne pas oublier tous ceux là.

Ces hommes et ces femmes mis sous clé pour leurs actions militantes, pour s'être opposés à un système qui tombe quotidiennement le masque.

Pour Antonin, pour tous les autres, ceux dont ne sait même plus ce qu'ils deviennent, pas d'oubli, pas d'oubli, pas d'oubli.

"La flèche que tu lances contre un juste reviendra sur toi." (anonyme)

Nathalie Athina, le 1 juillet 2019

* "...Le 15 avril 2019, huit personnes sont interpellées et placées en garde à vue. On leur reproche une altercation avec des membres des groupuscules d’extrême-droite Zouaves Paris, Milice Paris et Génération Identitaire dont l’un des membres est par la suite allé déposer plainte au commissariat de police. Parmi elles, cinq personnes seront mises en examen dont Antonin Bernanos, figure du milieu antifasciste parisien déjà inquiétée et condamnée dans l’affaire du Quai de Valmy. Quatre sortiront de garde à vue avec un contrôle judiciaire alors qu’Antonin Bernanos sera immédiatement incarcéré à Fresnes sous le régime de la détention provisoire. En attendant qu’une juge d’instruction mène l’enquête sur cette terrible affaire de bagarre, le jeune Bernanos est soumis à un régime carcéral particulier. Placé à l’isolement depuis deux mois, toute activité sportive ou professionnelle lui est interdite et il n’est pas en mesure de poursuivre son cursus scolaire..."

https://lundi.am/Antonin-Bernanos-en-detention-preventive-e…

Photo NnoMan

29.06.2019 à 10:14

Les chroniques d'Orient de Matthieu Chazal

En ce début de XXI° siècle, le monde moderne, porté par les valeurs occidentales et l'avènement des progrès techno-économiques, promettait l'effacement des frontières. Cependant, d'Est en Ouest, les frontières culturelles, géographiques, religieuses semblent se raffermir. Les identités ethniques et religieuses s'exaltent, les frontières deviennent murs ou barbelés, les territoires se redessinent. L'Histoire est en marche, et semble même s'accélérer. La Turquie se rappelle qu'elle fut l'Empire ottoman, l'Iran l'Empire perse et l’État islamique se souvient que la Syrie et l'Irak furent la terre des premiers califats. L'Europe semble muette, le dialogue des cultures inaudible.

Matthieu Chazal

Ces Chroniques d’Orient envisagent un territoire vaste et hétérogène: des Balkans au Caucase, de la Turquie à l'Iran, l'Irak, la Syrie. Une investigation au long cours qui se déploie en constellation, sous forme de Chroniques. À travers les multiples voix qui s’expriment d’un pays à l’autre, d’une vallée à une autre, je tente de saisir par fragments la pluralité des hommes, des modes de vie, des paysages.

Matthieu Chazal

Matthieu Chazal - Traversée du Bosphore - Istanbul, Turquie - Chroniques d’Orient 2019

L'Europe et le Moyen-Orient sont de nouveau emportés dans une mouvement historique commun. La guerre est déclarée et il nous faut réapprendre des mots tels que carnage, génocide, esclavage, décapitation... ainsi que les noms de peuples, Yézidis ou Assyro-chaldéens, tout droit sortis d'un manuel d'anthropologie. En ce début de XXI° siècle, le monde moderne, porté par les valeurs occidentales et l'avènement des progrès techno-économiques, promettait l'effacement des frontières, des limites, des normes. Cependant, d'Est en Ouest, les frontières culturelles, géographiques, religieuses semblent se raffermir. Les identités ethniques et religieuses s'exaltent, les frontières deviennent murs ou barbelés, les territoires se redessinent. L'Histoire est en marche, et semble même s'accélérer. La Turquie se rappelle qu'elle fut l'Empire ottoman, l'Iran l'Empire perse et l’État islamique se souvient que la Syrie et l'Irak furent la terre des premiers califats. L'Europe semble muette, le dialogue des cultures inaudible.

Matthieu Chazal - Commémoration du centenaire du génocide arménien - Echmiadzine, Arménie - Chroniques d’Orient 2019

Matthieu Chazal se présente ainsi : photographe français indépendant, je suis diplômé en géographie, philosophie et journalisme. Ces trois disciplines sont des compagnes de route de mes voyages en Europe de l’Est et au Moyen-Orient. Installé à Istanbul il y a une dizaine d’années, j’ai réalisé un travail documentaire sur des tsiganes nomades et sédentaires, de la Thrace à la Mésopotamie.

Depuis plusieurs années, dans une démarche ouverte à l’imprévu, l’errance, le doute, je chemine entre les deux rives du Bosphore lors de voyages au long cours afin de composer et compléter ces Chroniques.

Parallèlement, je réalise un projet documentaire sur les multiples formes que revêt la notion de ruralité en Charente. C'est dans ce territoire, où j'ai en partie grandit, que j'effectue mon travail en chambre noire.

Matthieu Chazal - Exhumation de victimes civiles dans la vielle ville de Mossoul - Irak - Chroniques d'Orient 2019

En Irak et en Syrie, j’ai photographié des scènes parfois brutales de l’immédiate fin des combats ; en Turquie et dans les Balkans, la crise migratoire. Mais mon récit photographique se construit également loin des grands tumultes et des grandes métropoles : dans des villages et des villes de province, auprès de communautés aux rites et traditions multiples. A travers des scènes de la vie quotidienne, ordinaire, modeste, j'essaie de constituer un récit non univoque dans lequel l'imaginaire peut se déployer.
Matthieu Chazal

Matthieu Chazal - Aux environs de Batumi - Mer Noire, Géorgie - Chroniques d’Orient 2019

Le photo-journalisme étant une grande partie de notre façon d’envisager la presse du XXIe siècle, après la rencontre avec Matthieu Chazal, nous vous annonçons dès aujourd’hui, que nous publierons d’ici quelques jours son port-folio dans La Nuit à venir de juillet … 

Propos recueillis par Pascal Therme le 1/07/19

Matthieu Chazal - Chroniques d’Orient



29.06.2019 à 09:39

Anima : de l'âme et quelques questions subsidiaires par Thom Yorke. Génial!

A réitérer l’exploit de OK Computer en solo, Thom Yorke étonne et ravit. Lui qui avait déclaré en 1996, qu’après Aphex Twin, il était impossible de faire de la musique comme avant, aura pris son temps pour sauter le pas du tout électronique sur ce génial Anima. Ce troisième album solo est un enchantement glauque, un moment en suspension et un déversement de trop plein des actuelles saturations du vivant.

Thom Yorke - Coachella 2017

Anima est disponible sur toutes les plateformes digitales. Produit par Nigel Godrich, il comprend neuf titres (dix en version vinyle), et sortira aux formats CD et LP le 19 juillet (double LP standard, édition limitée orange et édition deluxe orange de 180g comprenant un livre de 40 pages avec paroles et dessins au pinceau signés Stanley Donwood et Dr Tchock). Il est accompagné d’un court-métrage du même nom, réalisé par Paul Thomas Anderson et visible sur Netflix.

Si à l’époque de la jungle, circa 94/96, Radiohead était le seul groupe rock audible par ses incessantes remises en question sonores et musicales, il aura quand même fallu tout ce temps au chanteur pour se trouver un son unique et au diapason de la scène électro anglaise de James Holden à Four Tet, en passant par Floating Points et Actress. Et c’est un disque qui colle à son propos, comme les bonbons au papier, en ces temps caniculaires; une visite des champs de décombres du monde actuel, un exercice d’ultra-moderne solitude dans une cage de Faraday électro. Chaque titre affiche son climat, le développe et le laisse filer, en l’enchaînant au suivant par un savant fondu qui va proposer autre chose. Au milieu et au dessus flotte impériale la voix de Yorke qui propose un angle de vue différent pour chaque paysage pris en compte.

Si le film, réalisé à l’occasion, par Paul Thomas Anderson séquence en une suite continue trois titres : Not the News, Traffic et Dawn Chorus, à la simple écoute d’Anima, on pense plutôt au Wong Kar Wai des Anges déchus avec son tueur à gages, ses filles esseulées et son muet hyperactif, quasi tous en voix off et qui se démènent pour exister dans la nuit du Hong-Kong d’avant la restitution à la Chine. Un monde souterrain, en écho ou juste superposé à celui décrit sur cet album de leds et de néons grisâtres. Et Yorke, en impeccable maître de cérémonie y règne en maître absolu du laisser-aller, du laisser vivre - mais en conscience et qui va s’apaisant de le simplement formuler comme tel. Un album séduisant autant de maîtrise que d’abandon. Coup de maître, coup de cœur - et bienvenue dans la fanfare des cœurs solitaires (du Sergent Poivre ?) Contemporain - mais jamais comptant pour rien. Sismique … I Thought We had a Deal (The Axe)

Jean-Pierre Simard le 1/07/19

Thom Yorke - Anima - XL Recordings

28.06.2019 à 17:28

Chroniques de vies brisées - La police et le peuple en 2019

  “Sans l’autorité d’un seul, il y aurait la lumière, il y aurait la vérité, il y aurait la justice. L’autorité d’un seul, c’est un crime.”” — Louise Michel.  

Photo NnoMan

**Samedi 22 juin- Nantes, fête de la Musique, fin de soirée.**

Un couvre feu non respecté justifie une violence policière démesurée, suivie de chutes de 14 personnes dans la Loire
Les images sont choquantes, la présence des chiens, agressifs, les charges policières aveugles et violentes nous renvoient inévitablement des flashsbacks de certaines périodes de guerre passées...
Quand 5 à 15 minutes dans l'eau deviennent une éternité, quand 5 à 15 minutes nous font prendre cruellement conscience à quel point la vie peut ne tenir qu’à un fil, quand ces 5 à 15 minutes deviennent une lutte pour la survie, quand on réalise pendant ces 5 à 15 minutes, que faire la fête est devenu dangereux en ces jours menaçants, si la police s’en mêle…

Ou est passé Steve ?

Lieu : Nantes, Crime : non respect du couvre feu et musique tardive, Sanction : violences débridées, 14 chutes, plusieurs blessé(e)s, une personne portée disparue à ce jour.

**Dimanche 23 Juin 2019 - Marseille, participation à une manifestation**

Le samedi 22 Juin à Marseille lors d’une manifestation de Gilets Jaunes un jeune est violemment matraqué par un policier. 
Coincé entre des plots en métal, le policier le pousse violemment, puis lui assène plusieurs coups de matraque sur la tête. 
Avec l’aide d’autres manifestants, le jeune homme arrive à s'extirper des plots.
Il a la nuque en sang, il est abasourdi.

Lieu : Marseille, Crime : participation à une manifestation. Sanction : Matraquage intensif

**Dimanche 23 Juin - Poitiers, Montbernage.**

Un jeune homme est placé dans le coma artificiel après une interpellation avec usage du Taser de la part de la Police. La police procède à l’interpellation d’un groupe afin de vérifier que leurs chiens sont en règle, le contrôle est selon le parquet tout à fait justifié et qui plus est plusieurs personnes au sein du groupe étaient fortement alcoolisées.

Toujours selon le parquet, s’il y a eu usage du Taser c’était pour maîtriser un individu en rébellion, rien d’autre…

Petit problème cependant...la version de la compagne de la victime, diffère de cette version « officielle ». Elle dénonce une mise sous pression régulière de son compagnon par certains policiers. Elle est arrivée, suite à un appel de son compagnon, en cours d’interpellation. 

"Il m'avait appelée, j'ai entendu "contrôle" et puis ils lui ont arraché le téléphone. Je suis venue tout de suite. Il était allongé sur un banc avec sept ou huit policiers sur lui. Ils n’ont pas voulu me laisser lui parler. Il ne bougeait pas, il était calme et ils lui ont mis un coup de Taser, puis deux, puis ils l'ont laissé sept secondes. Quand j'ai voulu filmer, un policier m'a gazée. J'ai vu que Steve ne bougeait plus, il était inconscient. Ils l'ont chargé dans une voiture et ils sont partis."

Lieu : Montbernage, Crime : posséder des chiens et avoir bu de l’alcool, Sanction : coup de Taser entraînant le coma.

**Mardi 25 Juin, Vaujours - Seine-Saint-Denis**

Un gradé de la BAC plante des ciseaux dans le cou d’un lycéen de 17 ans.

Une patrouille de la BAC procède à un contrôle d’identité auprès d’un groupe de jeunes suspectés de les avoir insultés. Le contrôle dégénère, les policiers deviennent rapidement insultants. Un adolescent rapporte leurs propos : "C'est un signe de faiblesse. Si vous aviez affaire à des adultes, vous vous comporteriez différemment."

Ces paroles pourtant sensées ont porté la violence policière à son apogée : "Il voulait qu'on se disperse. On n'allait pas assez vite, selon lui. Il a avancé vers moi, a pointé ses ciseaux et me les a plantés dans la gorge, à droite de la pomme d'Adam. Ensuite, avec mon tee-shirt, je me suis fait un point de compression. Aucun des policiers ne m'est venu en aide."

Bien entendu, le policier incriminé nie cette version des faits en bloc et en donne une autre, selon laquelle ce geste serait accidentel. Cependant, il ne peut pas nier la blessure en elle même et avoue bien en être à l’origine. "Je l'ai attrapé par le cou, j'avais encore les ciseaux dans la main".

Depuis quand, en possession d’une arme blanche, dans le cadre de l'exercice de ses fonctions, saisit-on quelqu’un au cou sans la lâcher ? En outre, la jeune victime sera placée en garde à vue à sa sortie de l’hôpital, le lendemain c’est son père qui sera arrêté et placé à son tour placé en garde à vue pour douze heures, puis sa soeur, venue lui apporter des vêtements de rechange…

Stratégie d’intimidation policière ? On vous laisse juges.

Lieu : Vaujours, Crime : suspicion d’insultes, Sanction : ciseau planté dans la gorge.

**Mercredi 26 Juin - Rouen**

Lors d’une opération de tractage, sans entrave de la circulation, par des Gilets Jaunes, une patrouille de Police intervient pour des contrôles d’identité qui "dérapent " ou "dégénèrent", euphémismes policiers pour ne pas dire qu’ils deviennent tout simplement violents.

Un gilet jaune est alors interpellé, dans le fourgon, trois policiers sur lui, deux le maintiennent fermement pendant qu’un troisième le tase.

Des personnes leur indique que la victime est cardiaque, sans effet sur les policiers. 
Lorsque le bourreau est apostrophé, il justifie son acte par "Il n’avait qu’à se laisser faire c’est tout ce que j’ai à vous dire moi".

Lieu : Rouen Crime : Tractage Sanction : Taser.

Voici les chroniques d’une police meurtrière sur cinq jours, juste un aperçu, car ce ne sont que les affaires médiatisées et filmées. 
Combien restent dans l’ombre ? Combien ne sont pas filmées?
En France, le refus de se soumettre à des ordres absurdes, de contestation d'actes hors cadres, est une prise de risque pour son intégrité physique et sa vie !

Ce qui est réellement inquiétant c’est le passage de ces violences policières dans le commun, l’ordinaire, une habituation progressive, alors même qu'elles se visibilisent par leur généralisation, depuis novembre 2018.

Car lorsqu'on s'habitue cela devient normal, lorsqu'on s'habitue on est moins choqué, en revanche la peur s'installe, et on se soumet plus facilement...

L’absurde a également sa place, et lorsque l’on découvre les motivations policières en termes de réponse violente, on est soufflé par leur non sens. Imposer l’absurde, l'illogique, le rendre habituel et régner par la peur.

Le mouvement des Gilets Jaunes aura du moins permis une prise de conscience collective de la violence policière, qui est constante depuis bien longtemps déjà...

Des réflexes sont alors apparus et des vidéos inondent les réseaux sociaux. Elles constituent la seule défense face à des actes insensés, commis par des personnes armées elles, de LBD40, de GLIF4, de lacrymogènes, de boucliers, de casques, de canons à eau, de tasers...liste non exhaustive...

Le smartphone comme unique défense, face à des armes parfois létales.

Il n’y aura pas de justice. Laurent Nunez l’a dit lui même, le 2 juin 2019, lors de son intervention au grand jury, qui traitait en partie des Gilets Jaunes. Il a souligné que les policiers bénéficient de la protection fonctionnelle, des avocats pris en charge par l’Etat entre autres, et que l’Etat fera systématiquement appel des condamnations éventuelles des policiers.

Cela annonce la couleur générale du traitement des violences policières et révèle un système opaque qui les nie et les dissimule.

Mais maintenant, vient l’après. Que fait-on de cette prise de conscience ? Que fait-on pour la combattre ensemble ? 
Pour toutes les vies brisées par des violences policières ou la répression judiciaire, pour tous les morts, pour tous les blessés, pour tous les faits dont nous avons été témoins ou que nous avons visionnés, nous avons désormais le devoir de réagir. 
Nous ne pouvons plus dire " je ne savais pas".

Une dictature, ce n'est pas seulement quand l’armée est dans la rue et qu'on reste cloîtré chez soi. Il est plus que temps de perdre cette image "fantasmée" de la dictature.

On y est bien avant, on y est quand le niveau de liberté individuelle et collectif est réduit à un niveau dangereusement bas, au profit de l'impunité du bras armé d'un Etat tout puissant. 

On y est quand la répression devient le dernier rempart de l’Etat contre la parole contestataire, et la liberté d'opinion. 
On y est quand la liberté de la presse est menacée. 
On y est lorsque les pouvoirs ne sont plus séparés et qu’un seul homme, son gouvernement et ses alliés les concentrent.

Nous sommes entrés dans une phase de lutte active. Individuellement, une raison précise est souvent à l'origine d'un engagement, mais vient par la suite la conscience collective. On lutte contre un système. Abattons le. Pour reconstruire.

Marie Laure et Nathalie Athina, 27 Juin 2019

Crédit photo NnoMan

https://www.centre-presse.fr/article-684602-place-dans-le-c…
https://www.revolutionpermanente.fr/Vaujours-Un-policier-de…

28.06.2019 à 09:59

L’éphéméride du 28 juin

Nathan Lyons. Untitled from “Return Your Mind To Its Upright Position” (1999-2009)

L'air du temps

Anohni - DRONE BOMB ME

L'éternel proverbe

Il est difficile d'attraper un chat noir dans une pièce sombre, surtout lorsqu'il n'y est pas.

Proverbe chinois

Le haïku sur la tête

Un tas de papier
Sur la table
Sous le premier regard du soleil. 
Un livre vague et une cigarette éteinte près de la tasse du thé oublié.
Un débat défendu
Dans l’âme.

Ahmad Châmlû

Les mots qui parlent

Il y a des êtres qui font d'un soleil une simple tache jaune, mais il y en a aussi qui font d'une simple tache jaune un véritable soleil.

Pablo Picasso

Gertrud Arndt, Autoportrait dans l’atelier, Bauhaus Dessau, c.1926 © Bauhaus-Archiv Berlin / ADAGP, Paris 2015

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