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Le Monde Moderne - Directeurs de publication Alexis Poulin et Antoine de Decker ACCES LIBRE

16.04.2021 à 11:01

La politique “sanitaire” n’est-elle qu’une stratégie de contre insurrection ?

Le Monde Moderne

« Contre insurrection », bible de l’armée américaine en Irak pour éviter une déculottée, a été écrite dans les années 60 en anglais par un officier français, David Galula, officier opérationnel en Algérie qui avait eu « la chance » d’échanger avec des officiers chinois de l’armée rouge sur les stratégies d’insurrections. Par Eric Lemaire En 200 pages, il […]

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Texte intégral 763 mots

« Contre insurrection », bible de l’armée américaine en Irak pour éviter une déculottée, a été écrite dans les années 60 en anglais par un officier français, David Galula, officier opérationnel en Algérie qui avait eu « la chance » d’échanger avec des officiers chinois de l’armée rouge sur les stratégies d’insurrections.

Par Eric Lemaire

En 200 pages, il explique comment réfléchissent les insurgés et comment contrer une insurrection.

Il suppose en gros que les insurgés sont des communistes, ce qui explique certains raccourcis et présupposés.

Cet officier est décrit par sa hiérarchie comme vif mais instable et démontre un nombre impressionnant de fulgurances dans son livre, qui s’appliquent curieusement à la situation actuelle, de gestion de la crise sanitaire, par les interdictions de déplacements, le couvre-feu à répétions et les « gestes barrières ».

Résumons les idées forces de ce livre :

L’insurrection est impossible dans un pays communiste grâce à la restriction des déplacements et la mise en place du soupçon généralisé.

La contre insurrection est 80 % de politique et 20 % de militaire et suit des règles très précises. Elle préfère toujours des mesures de police à une intervention des forces armées (voir loi de sécurité globale, votée cette semaine).

Une insurrection ne peut réussir que sur la base d’une idéologie structurée et d’une équipe de dirigeants en cercle. Raison pour laquelle les gilets jaunes n’ont pu se structurer en mouvement insurrectionnel ou politique. Elle suit 4 étapes dirigés par un centre. Le centre ne doit jamais fusionner avec ses alliés et les identifier clairement pour les assimiler ensuite.

Le match a lieu entre les convaincus des deux camps pour faire basculer les tièdes qui souhaitent simplement vivre en leur proposant la meilleure alternative de survie et de vie.

Face à une population rétive, les loyalistes doivent soit proposer une contre idéologie correspondant mieux aux aspirations de la population, soit couper l’herbe sous le pied de l’insurrection, soit combiner punitions et récompenses (voir les amendes covid comme une punition et le vaccin comme une récompense).

La contre insurrection débute généralement dans les zones rouges, par exemple fermer les restaurants à Marseille, et suit un plan en huit étapes.

Dans ces étapes, on trouve au départ après l’expulsion des troupes insurgées et quelques exemples la demande de gestes simples à la population, adapté en temps de covid : porter un masque ou respecter les gestes barrières.

La contre insurrection infiltre des éléments dans l’insurrection, notamment des blacks blocks pour la démonétiser, dans un but de désorganisation et de renseignement.

Une méthode très efficace de contre insurrection est le couvre feu.

Lorsqu’une zone rouge a faibli et que les insurgés sont isolés, vient le temps des élections, qui doit si possible permettre l’accession au pouvoir de loyalistes jeunes.

Une insurrection et une contre insurrection mettent typiquement de 5 à 10 ans pour remporter une victoire définitive.

L’auteur finit curieusement le livre en indiquant que lorsque (en 1963 !) la Russie sera redevenue pacifique, la chine prendra le relais des insurrections / contre insurrections et qu’elle opérera prioritairement en Afrique Centrale, en Australie, au Canada et dans certains états européens.

Une lecture indispensable en ces temps de gilets jaunes et de covid !

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13.04.2021 à 17:37

La République en Marche : décryptage du premier parti d’extrême-centre de la Ve

zakaria arab

Retour en 2016 : Emmanuel Macron, jeune pousse fringante de la politique française fraîchement démissionnée du ministère de l’Economie, annonce la création de son mouvement politique : « En Marche ! ». Derrière ce nom imaginé par le publicitaire Jacques Séguéla, la promesse est simple : dépasser les clivages droite-gauche pour proposer une façon nouvelle de faire de la politique, centrée […]

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Texte intégral 1704 mots

Retour en 2016 : Emmanuel Macron, jeune pousse fringante de la politique française fraîchement démissionnée du ministère de l’Economie, annonce la création de son mouvement politique : « En Marche ! ». Derrière ce nom imaginé par le publicitaire Jacques Séguéla, la promesse est simple : dépasser les clivages droite-gauche pour proposer une façon nouvelle de faire de la politique, centrée sur la raison et le pragmatisme. Libéral, progressiste, opposée aux extrêmes et au conservatisme ; la formule a plu à l’électorat français qui lui a donné les clefs de la boutique France pour les cinq années à venir.

Cette façade progressiste, qui consistait à prendre le meilleur de la gauche et de la droite pour redresser un pays enfermé dans une situation de crise s’appuyait sur une autre promesse : intégrer des gens dits de la « société civile », censés être des experts dans leurs domaines professionnels. 

Ce qui s’apparentait à être un renouveau de la vie politique française a en vérité une saveur d’ancien plat réchauffé. L’historien Pierre Serna, professeur des universités à Paris I Panthéon-Sorbonne et autrefois membre puis directeur de l’Institut d’histoire de la Révolution française a écrit un ouvrage, La République des girouettes. 1789 – 1815 et au-delà. Une anomalie politique française, la France de l’extrême-centre. Il va étendre ce concept dans un autre ouvrage : L’Extrême Centre ou le poison français : 1789-2019

Derrière ce concept relativement nouveau, la proposition de Pierre Serna est de mettre un mot sur la méthode de gouvernance qui traversa la France du Consulat à la Restauration. Suite aux épreuves politiques qui ont traversés la France des suites de la Révolution, marquées par des changements abruptes de politiques et de méthodes de gouvernement, la classe politique française d’alors devait chercher à se redéfinir continuellement pour s’attirer les bonnes faveurs des français. Sans rentrer dans les détails des travaux de M. Serna que je vous convie à lire de toute urgence tant ils sont passionnants, retenons que durant cette période historique, le politique désireux de traverser les régimes se métamorphosait en technocrate qui fera fonctionner les institutions par-dessus les clivages. Loin des conflits droite-gauche d’alors, il ne prend parti pour aucun camp, se définissant comme personne de bon sens, compétente, modérée et uniquement préoccupée par l’intérêt général. 

Cette brève présentation devrait en effet vous faire penser à quelqu’un, ainsi qu’à sa majorité. En effet, Emmanuel Macron et ses adeptes vinrent aux électeurs en 2016 et 2017 avec cette promesse d’une majorité d’experts car venant de la société civile, et non-professionnels de la politique comme c’était le cas jusqu’ici. Sa volonté était de ringardiser le clivage gauche-droite pour faire valoir une proposition nouvelle (mais pas tant que cela) : le pragmatisme, qui consistait en une approche rationnelle et modérée de la vie démocratique du pays. 

Mais là n’est pas tout le sel de la conceptualisation de Pierre Serna. Derrière son analyse historique se démarque les traits caractéristiques d’un régime d’extrême-centre, qui nous révèlent beaucoup de chose et sur notre histoire politique française, mais aussi sur la période actuelle que nous traversons. 

D’après ses travaux de recherche, un régime d’extrême-centre se propose aux français pour sortir d’une crise politique et globale. Il se vante de mettre en œuvre une politique orientée par les principes du libéralisme économique, conduite par un exécutif autoritaire. Pour M. Serna, il se décompose en trois points : « le girouettisme », la modération rationnelle du juste milieu, le républicanisme a-démocratique. Il se veut être le pourfendeur de la démocratie traditionnelle, centrée sur une opposition entre la droite et la gauche et héritée de la Révolution française. Face à cette composition historique de la vie politique française, la proposition faite est de mettre en œuvre une promesse de rationalité, technocratique, voire dépolitisée, face à laquelle les opposants les plus radicaux seront immédiatement qualifiés d’extrêmes, pour les décrédibiliser et donc les réduire à l’impuissance. 

Son analyse se poursuit jusqu’à la composition de cette offre politique. Les acteurs de ce rassemblement son issus pour l’essentiel des institutions de l’Etat, ou des catégories socio-professionnelles supérieures. Ces institutions seront tournées à l’avantage du régime en place pour incarner un pouvoir autoritaire, qui ne se préoccupent peu ou pas des velléités démocratiques des citoyens. 

Le schéma d’apparition est toujours le même au fil de l’histoire selon les travaux de Pierre Serna : une crise politique et sociale survient ; crise face à laquelle ce mode politique apparaît pour en faire miroiter la sortie. Se construit alors un rassemblement autour d’une figure charismatique, jeune pour marquer une forme de rupture avec la politique traditionnelle, qui va chercher à réunir des acteurs politiques et économiques d’horizons différents, dans l’optique de proposer un programme « responsable et rationnel », aussi bien sur le plan économique que libéralisme sociétal, afin d’avoir les bonnes faveurs de la gauche comme de la droite. Il se dit à l’écart de toute idéologie, en faisant valoir une forme de modération dans sa parole publique. 

Une fois aux manettes, il va renforcer de manière autocratique son pouvoir, au détriment des chambres parlementaires, au motif que les réformes à engager son techniques. L’exécutif devient le centre d’organisation et des décisions du pouvoir : tout émane de lui, il est plus que jamais centralisé et concentré. Le Parlement muselé par une majorité aux mains de l’exécutif, l’opinion publique éclatée par les réformes toutes plus explosives les unes que les autres, les seules relations entre les gouvernants et les citoyens résident dans une communication verticale et institutionnelle, la manifestation, les échéances électorales (et selon les régimes les référendums plébiscitaires). 

Si on rattache ce concept à notre période actuelle, nul doute que la transcription sur Emmanuel Macron et la majorité En Marche reste intacte. Toutes les cases sont cochées, du climat de crise politique et économique jusqu’à l’exercice autocratique du pouvoir, en passant par la promesse d’un renouveau technocratique, pragmatique et rationnel, appuyé par une composition de la majorité faite de spécialistes de leur domaine. Ce concept, très sérieux car sujet à des travaux scientifiques minutieux, approfondis par d’autres auteurs, témoigne de la dérive extrémiste du régime jupitérien d’Emmanuel Macron. 

Les crises de ses godillots à l’Assemblée et dans les médias, tendant à qualifier d’extrémistes toute opposition venant de la droite comme de la gauche attestent de cette volonté d’ostraciser aux yeux de l’électorat les autres propositions politiques, afin de rester seul maître à bord d’un navire qu’il coule lui-même. Pis encore : son projet de réforme constitutionnel, dans sa première version (avant l’abandon de l’examen du texte des suites de l’affaire Benalla), visait à réduire significativement les pouvoirs du Parlement, et aux seins de ceux-ci la parole de l’opposition. La volonté politique d’astreindre le pouvoir législatif à obéir à l’exécutif est manifeste, pour ne pas dire dangereusement éloquent quant à la véritable qualité de cette majorité prétendue « modérée ». 

Les relais entre gouvernement et gouvernés sont verticaux : en outre-passant les partenaires sociaux, et en faisant fi des revendications lors de manifestations qui furent tout sauf sporadiques durant ces quatre années, la parole présidentielle a gagné en verticalité : le Président décide, l’Assemblée acquiesce, le peuple n’a que le droit d’accepter. 

Avec une majorité faite de girouette, comme le démontre les nombreuses vidéos retraçant les retournements de veste de ceux qui aujourd’hui figurent au gouvernement ou à l’Assemblée Nationale ; une modération rationnelle du juste milieu en se faisant le parangon d’être la synthèse parfaite de la droite et de la gauche ; un républicanisme a-démocratique incarné par des lois toujours plus liberticides, voire un exercice du pouvoir autocrate ; le doute plane de moins en moins. 

Dès lors, il devient nécessaire de traiter ce pouvoir pour ce qu’il est : un extrême. Au même titre qu’il existe une extrême-droite et une extrême-gauche française, il y a en France un extrême-centre, incarné par la République en Marche, parti qui désire plus que tout faire de notre pays un espace monopolistique en faveur de ses cadres. A l’instar de la façon dont sont traités les extrêmes droite et gauche dans notre pays, la République en Marche doit bénéficier du même traitement : une opposition franche de la part des français qui croient encore en la démocratie ; une ostracisation par les associations et médias qui profitent encore d’une indépendance et liberté éditoriale ; une poussée envers les cadres de ce parti à assumer ce positionnement qui n’est ni neuf, ni rationnel, ni pragmatique, mais purement dogmatique et creux. 

  • Zakaria Arab

Crédit : RT en Français

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12.04.2021 à 17:39

Joe Biden nostalgique de la Guerre froide ?

Le Monde Moderne

                  Sur le plateau de la chaîne américaine ABC, le journaliste vedette George Stephanopoulos interroge Joe Biden au sujet de son homologue russe. A la question : « Vladimir Poutine est-il un tueur ? » Joe Biden répond par un « oui ». Allant jusqu’à menacer le président russe de lui faire payer sous peu le prix de ses actes. Lesquels précisément ? Cela […]

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Texte intégral 1150 mots

                  Sur le plateau de la chaîne américaine ABC, le journaliste vedette George Stephanopoulos interroge Joe Biden au sujet de son homologue russe. A la question : « Vladimir Poutine est-il un tueur ? » Joe Biden répond par un « oui ». Allant jusqu’à menacer le président russe de lui faire payer sous peu le prix de ses actes. Lesquels précisément ? Cela n’est pas évoqué, mais le ton est donné.

Une longue liste de griefs, plus ou moins légitimes

                  Ce flou artistique maintenu au sujet des actes dont il est question laisse place aux spéculations de toute sorte. Joe Biden ferait-il référence à l’empoisonnement de la figure emblématique de l’opposition au régime, Alexeï Navalny ? La responsabilité continue d’être imputée aux autorités russes qui, elles, le nient fermement.  Ce scénario reste peu probable alors que des sanctions ont déjà été votées par le Congrès. Alors, peut-être était-il question d’un bruyant rapport incriminant la Russie pour ses ingérences dans la campagne présidentielle de 2020 ? Là encore, la récence du rapport, publié le 16 mars et démenti par les autorités russes, autant que des antécédents forcent à la prudence : le rapport Mueller au sujet de l’ingérence russe dans les élections présidentielles de 2016 avait été désavoué par la justice[i]. Les chefs d’accusation, encore bien souvent bloqués au stade d’hypothèse s’accumulent : une récente cyberattaque est imputée à la Russie par les Etats-Unis, ainsi que le financement des talibans en Afghanistan. Ce qui reste certain, c’est que l’imprécision de cette menace permet l’invocation du premier prétexte venu pour une politique étrangère va-t-en-guerre. Une démarche inquiétante lorsqu’elle est mise en perspective avec le slogan reaganien et néoconservateur de Joe Biden : « America is back[ii] », qui signe le retour d’une Amérique offensive.

Une menace tournée en dérision par la Russie

                  La réaction de la Russie ne s’est pas fait attendre et a été pour le moins surprenante. Lors d’une visio-conférence Vladimir Poutine a répondu à l’affront par un vœu de « bonne santé » adressé au président américain. Un souhait qu’il précise sans humour, ni ironie. Mais par la suite, son discours perd très vite de sa malice et se fait plus conventionnel. Il appelle alors à un travail fondé sur des intérêts communs aux deux pays, et envoie ainsi un signal d’apaisement et de modération. Une réaction qui réduit les paroles de Joe Biden à un accès de colère incontrôlé. Si Moscou tente de tempérer, décision a tout de même été prise de rappeler l’ambassadeur Anatoli Antonov résidant à Washington, afin d’éviter une dégradation irréversible des relations. A cela s’ajoute les mots du président de la chambre basse, Viatcheslav Volodine, qui accuse Joe Biden d’avoir insulté tout le peuple russe. L’offensive n’est donc pas complètement reçue avec légèreté et d’aucuns regrettent déjà cette sortie d’un isolationnisme relatif. En effet, même si Vladimir Poutine n’attendait rien de l’administration Biden, la dégradation progressive des relations diplomatiques est notable, et même Donald Trump, plutôt favorable à la Russie, n’a su arrêter la chute. Les récents événements comme l’annexion de la Crimée et l’intervention en Syrie, ont ainsi pu servir de prétexte à l’envenimement des tensions russo-américaines.

                  Le retour d’un « axe du mal »

                  Cette hostilité de l’establishment américain envers la Russie apparaît contre-productive et anachronique près de trente ans après la chute du mur de Berlin. Ainsi, c’est toute une binarité manichéenne qui se trouve aujourd’hui critiquée car surannée. Le géant chinois nous en fournit une illustration parfaite en exhortant les Etats-Unis « à abandonner la mentalité de Guerre froide[iii] ». Ce nouvel équilibre géopolitique implique de repenser l’alliance atlantique explicitement tournée contre la Russie depuis sa création le 4 avril 1949. Mais de telles initiatives ne semblent pas être à l’ordre du jour au vu des mots prononcés par Joe Biden lors de la conférence virtuelle de Munich : « J’envoie un message clair au monde : l’Amérique est de retour. L’alliance transatlantique est de retour ». Une stratégie qui vise directement la Russie, accusée « d’attaquer » les démocraties libérales.

Joe Biden réactive alors le clivage éculé et idéaliste d’une Amérique protectrice des libertés face aux attaques populistes : la volonté de reprendre le leadership moral, par trop abîmé, est clairement affichée. Ce retour à la moralité s’apparente cependant à un cheval de Troie : une séduisante manœuvre pour mieux assoir une domination. Au-delà du caractère abscons de la préservation de cette vieille rivalité ne pouvant manquer de rappeler un rance parfum de Guerre froide, une telle agressivité risque de nuire à la conclusion d’accords essentiels. C’est le cas du traité bilatéral New Start récemment renouvelé par les deux pays visant à limiter conjointement leurs arsenaux militaires. L’espoir malgré tout reste encore permis alors que les Etats-Unis refusent de rappeler leurs ambassadeurs afin de maintenir des « canaux de communication ouverts ».

                  Ainsi, il serait bon que Joe Biden n’enferme pas le monde dans une bipolarité aujourd’hui dépassée. De même, le temps de « l’hyperpuissance américaine » semble s’étioler et le questionnement d’un rôle par trop considéré comme messianique s’impose. Alors que la Russie semble garder ses portes ouvertes au dialogue en tentant de retarder autant que possible le naufrage, il serait bon que l’Amérique se saisisse de cette opportunité.

Baptiste Detombe


[i] https://proxy.sciencespobordeaux.fr:3768/2019/05/HALIMI/59875

[ii] https://edition.cnn.com/2021/02/04/politics/biden-state-department-visit/index.html

[iii] https://www.lunion.fr/id241903/article/2021-03-19/la-chine-appelle-les-etats-unis-abandonner-la-mentalite-de-guerre-froide

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05.04.2021 à 10:05

Lettre au Président de la République

zakaria arab

M. Le Président de la République Emmanuel Macron, J’étais de ceux qui, mercredi 31 mars à 20h, suivaient votre allocution télévisée. Curieux à l’idée de découvrir les nouvelles mesures qui seraient mise en place pour endiguer une épidémie déjà bien trop longue, j’ai pris ce risque, en connaissance de cause, d’écouter le son d’une voix […]

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Texte intégral 1256 mots

M. Le Président de la République Emmanuel Macron,

J’étais de ceux qui, mercredi 31 mars à 20h, suivaient votre allocution télévisée. Curieux à l’idée de découvrir les nouvelles mesures qui seraient mise en place pour endiguer une épidémie déjà bien trop longue, j’ai pris ce risque, en connaissance de cause, d’écouter le son d’une voix qui m’irrite à chacune de vos apparitions. Sans commenter la nature de mesures qui trahissent l’incompétence de l’équipe gouvernementale aux manettes du pays, j’étais interloqué, surpris, enhardi par les absurdités prononcées.

Voilà déjà une année et quelques semaines que ce virus empoisonne nos vies. Voilà un an que nous vivotons, sans goûter à cet esprit de liberté qui depuis 200 ans traverse notre nation. Un an à suivre des injonctions contradictoires d’un gouvernement qui navigue à vue, couplée à des satisfecit déplacés. Un an que nous assistons, impuissant, à la chute vertigineuse d’un pays vieux comme le monde.

De « qu’il vienne me chercher », vous en êtes aujourd’hui réduit à défausser toute responsabilité à un « nous » qui dissimule votre réelle incompétence. Vous voulez décider seul, forts de vos prétendues compétences en épidémiologie (quel manque de respect pour ceux qui passèrent des années à sacrifier plaisirs et douceurs de vivre pour en être diplômé !). Dans ce costume de Président mal taillé pour vos frêles épaules, Jupiter a fait place à Pluton. La grandeur de cette fonction que vous souhaitiez réhabiliter a donné lieu à un abaissement de cette dernière, pis encore que sous le mandat de votre prédécesseur.

Sous votre arrogance, ce sont 100 000 cadavres qui jonchent désormais nos mémoires. Une liste qui ne cessera de se rallonger au fil des mois à venir. A ces morts du virus viendront ceux de la détresse dans laquelle vous les avez placés. Sans perspective, sans espoir car votre gestion est sans planification, des commerçants, des artistes, des travailleurs se verront victimes d’une crise dont vous êtes l’un des principaux responsables, vous et vos collaborateurs qui portent l’inadapté sobriquet de « ministres ».

Vous oubliez trop rapidement vos fonctions passées, à l’oreille de ceux qui gouvernèrent. Dictés par des impératifs fixés par une bureaucratie bruxelloise déconnectée de la réalité des faits, vous et M. le Premier Ministre nous semblent victime d’une amnésie partielle des deux dernières décennies. A la casse de notre modèle social dont vous vous faîtes les chantres s’additionne celle de l’hôpital public, pourtant vital pour tout pays qui se prétend des ambitions internationales. A railler feu Fidel Castro, nous nous demandons pourquoi ne pas faire appel à leur réserve médical, eux qui ont l’un des systèmes de santé les plus performants du monde. A récupérer honteusement la figure d’Ambroise Croizat, nous honorerions sa mémoire en vous chassant d’un pouvoir que vous ne méritez pas.

Plus que des responsabilités à prendre, c’est le sang qui coule de vos mains qu’il vous faut maintenant assumer. Nous en avons assez de voir un Prince capricieux, désireux d’endosser toutes les capes comme un enfant un jour de carnaval, faire preuve de couardise quand des comptes sont à rendre. Nous sommes las de goûter un peu plus chaque jour à l’incapacité chronique des gouvernants que vous êtes. Nous suffoquons face à l’étouffante impossibilité de voir la lumière au bout du tunnel, car vos mensonges ne sont que l’épais brouillard qui masque celle du phare.

Les mensonges sur le virus ; les mensonges sur les masques ; les mensonges sur les tests ; les mensonges sur les écoles ; les mensonges sur la vaccination ne sont que des épisodes qui doivent vous rougir de honte, et nous verdir de rage. Ce dernier, en cours de diffusion, mobilise une énergie folle de votre part à vous satisfaire du déclassement d’un pays historiquement grand comme la France, alors qu’il devrait vous inciter à l’humilité. Croire éperdument en une riposte européenne, quand celle-ci ne fait qu’attaquer au cure-dent, atteste du funeste destin que vous nous promettez pour la suite. Mentir sur la situation de pays qui s’en sortent bien mieux que nous, par pur dogmatisme, quand ce n’est pas de la rance, ne suffit pas à dissimuler votre lâcheté.

Mais là n’est pas tout. Plutôt que de mobiliser toutes vos équipes à faire disparaître une épidémie, vous préfériez en profiter pour dérouler un agenda législatif et règlementaire minable. Réforme des retraites, loi Avia, Loi confortant les principes républicains (que, pourtant, vous méconnaissez), réforme de l’assurance-chômage : plutôt que de vous inquiéter de la santé d’un pays malade, vous avez préféré poursuivre votre entreprise de destruction d’un Etat pourtant déjà en lambeau. Car au-delà des ineptes mesures présentées ici, préférant fracturer la Nation et la condition de vie de ses citoyens les plus démunis, c’est tout un fonctionnement naturel de l’Etat que vous avez fossoyé.

En confiant la gestion de la crise à des cabinets de conseil privés, vous nous avez démontré de l’intérêt que vous portez à la chose publique, dont vous êtes sensé en être le garant. Vous n’aimez pas la République, l’Etat encore moins. En délaissant les forces vives qui se tuent à la tâche pour assurer le bon fonctionnement d’un pays aux rouages défaillants, pour y préférer des cabinets seulement motivés par les factures aux montants pharaoniques que vous signez sans réfléchir, vous avez démontré la réelle motivation de votre action. Vous n’êtes en poste que pour clouer le cercueil d’un pays que vous ne comprenez pas, que vous n’aimez pas, qui ne vous inspire rien si ce n’est mépris et suffisance.

M. le Président de la République, vous, votre gouvernement et votre majorité n’êtes que passager dans notre Histoire séculaire, voire millénaire. A vouloir y laisser trace et empreinte, vous ne serez qu’une vulgaire ligne dans la chronologie d’une Ve République qui a assez duré. Votre cynisme, votre couardise, votre incompétence, votre ridicule nous donne aujourd’hui suffisamment de colère pour qu’elle se transforme en force collective. Si la France a changé, l’esprit qui inspire sa Nation réside toujours.

La Nation française que vous méprisez amoureusement est née d’une révolte ; elle peut encore faire des piqûres de rappel. Si vous ne faîtes preuve d’humilité d’ici à la prochaine campagne présidentielle, le vent de colère qui traverse le pays balaiera la poussière que vous êtes dans notre Histoire. Quoiqu’il arrive, nous sommes prêts à souffler avec lui.

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