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Le Monde Moderne - Directeurs de publication Alexis Poulin et Antoine de Decker

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29.10.2020 à 20:58

Covid 19 : Jusqu’où sommes-nous prêts à aller ?

Le Monde Moderne

Tout est chamboulé. L’urgence est devenue la norme. La covid est parmi nous. Et nous n’y réchapperons pas de sitôt. La question n’est plus alors de savoir quand nous en serons débarrassés, mais bien quels sacrifices sommes-nous prêts à faire pour permettre cette cohabitation délétère. L’altérité est devenue une menace, nous sommes tous de potentiels […]

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Article intégral (1688 mots)

Tout est chamboulé. L’urgence est devenue la norme. La covid est parmi nous. Et nous n’y réchapperons pas de sitôt.

La question n’est plus alors de savoir quand nous en serons débarrassés, mais bien quels sacrifices sommes-nous prêts à faire pour permettre cette cohabitation délétère.

L’altérité est devenue une menace, nous sommes tous de potentiels porteurs infectieux, souvent invisibles.  De simples citoyens, nous devenons de potentiels dangers publics. Devons-nous pour autant abandonner tout contact humain ? Détruire la vie culturelle, source de sociabilité ? Entraîner la déliquescence de l’économie, lieu de l’échange marchand ? Car oui l’école, le travail, les festivités, les transports en commun, absolument tous ces espaces de vie sont les royaumes du virus. Nous aurons beau adopter une discipline scandinave, porter des masques et respecter la distanciation sociale, la densité humaine et la culture d’un peuple ne se changent pas du jour au lendemain. Quel choix pour demain ? La question devrait être posée aux français, car il s’agit ici d’un choix de société.

Un exécutif dépassé de longue date 

Depuis le début de la crise, certes inédite, l’exécutif français avance à l’aveugle. Le discours autour du virus dans un premier temps, ne devait pas être source d’inquiétude, nous étions incités à nous rendre au théâtre, et le masque était inutile notamment du fait de sa complexité technique. Cette position apaisante a vite été chamboulée : Le masque s’est généralisé, une amende prohibitive a été mise en place si son port n’est pas respecté, le confinement a été édicté car tout compte fait, les sorties, même culturelles, ne sont pas sans dangers… Le premier acte, haut en couleur, a été suivi par le deuxième, toujours aussi rocambolesque. La rentrée, grande surprise, a engendré une augmentation des déplacements humains et des rencontres, la deuxième vague tendait alors à poindre le bout de son nez comme la cacophonie gouvernementale. Alors que Jean-Baptiste Lemoyne, Secrétaire d’Etat au tourisme, incite les français à partir en vacances en Toussaint, le gouvernement tente une mesure intermédiaire pour stopper la progression du virus : le couvre-feu. De nombreuses métropoles tombent sous le coup de cette restriction. Les effets sont vite ressentis : peu convaincants. Comme si les français sortaient en journée, drôle d’idée. Le gouvernement serait en train de comprendre que c’est l’ensemble de la société et de son fonctionnement qui alimente le virus. Très bien, le reconfinement est instauré.

Pourquoi sommes-nous face à une élite aussi frileuse ? Avançant constamment à tâtons ? Prête à entreprendre les plus radicales mesures au moindre signal négatif ? En effet, même si une deuxième vague semble se profiler les indicateurs restent très ténus (cf. graphiques ci-dessous). Alors cette surréaction peut s’expliquer par la peur de revivre les scandales ayant émaillé les débuts de la pandémie en France : saturation des services de réanimation (minés par l’austérité budgétaire européenne), mensonges sur les masques, et enfin la menace d’une mise en examen par la Cour de Justice de la République. Si une partie importante du gouvernement y a réchappé, cela n’a pas été le cas d’Edouard Philippe, d’Agnès Buzin et d’Olivier Véran. Ils sont accusés sur le « chef d’abstention de combattre un sinistre », délit prévu et réprimé par l’article 223-7 du code pénal ». Le seul moyen donc d’éviter de tels déboires est d’agir, constamment, de frétiller de sorte que chaque citoyen puisse constater leur présence. Au lieu de prévoir une logique de long-terme de lutte contre la pandémie, le gouvernement s’évertue à jouer des pieds et des mains pour éviter l’engorgement des hôpitaux et de nouvelles poursuites en justice. En résulte des balbutiements constants, une improvisation permanente et impertinente. Des actes hasardeux et incompris, couplés à des médias drogués au sensationnel, diffusant dans la population un climat anxiogène générant le consentement à toute restriction. Citoyens de France, voyez comme ils sont aux manettes de l’Etat, aussi désemparés qu’éprouvés. Et si la solution résidait en nous ?

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Et si nous choisissions cette société de demain ?

Le virus est et restera. Caractérisé par une force de contagion impressionnante, mais un taux de létalité   réel extrêmement bas (0,5% à 0,7% selon l’institut Pasteur), variant grandement en fonction de la classe d’âge et de la présence de comorbidités, il semble ne connaître aucune limite spatiale. Chaque interaction humaine est alors un risque, un risque de transmettre un virus qui peut s’avérer aussi mortel qu’inoffensif. Supprimer le contact humain, voilà la grande innovation du confinement. Si nous ne nous rencontrons plus, nous n’infectons pas. Radical mais efficace. 

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Cependant, si le virus tue directement, le confinement lui le fait indirectement. Mais il est plus simple de comptabiliser le bilan du premier que du second. Pourtant, celui du confinement est loin d’être ridicule. Commençons par le choc économique : le premier confinement a entraîné une perte de six points de PIB, une contraction de 33% de la consommation et une perte de 41% sur le champ marchand selon l’INSEE… Dans les faits cela se traduit par des CDD non renouvelés et un chômage massif avec plus de 10% de la population active concerné selon la Commission européenne. Des secteurs entiers de l’économie sont touchés : les transports, l’aéronautique, le milieu culturel, les bars et la restauration… La pauvreté a elle aussi bondi avec 45% des demandeurs d’aide auprès du Secours Populaire inconnu de l’association selon le baromètre de l’Ipsos.  Enfin, ce sont les inégalités qui ont explosé : la situation financière des plus pauvres s’est plus dégradée que celle du reste de la population, le télétravail a été possible pour 52% des cadres et seulement 2% des ouvriers, le suivi scolaire était plus compliqué dans les milieux modestes… Une exacerbation des inégalités qui n’est pas sans conséquences. Les tensions sociales, souvent déjà latentes, finissent par éclater, comme ce fût le cas en Italie lors de l’annonce de nouvelles restrictions. Je passerai sur les conséquences psychologiques et sanitaires du confinement, entre solitude, dépression, usage hypertrophié des écrans chez les enfants, augmentation des arrêts cardiaques et retards sur les diagnostics des pathologies… Une détresse économique, sociale et psychologique qui fait la lie des violences, qu’elles soient domestiques, ou extérieures au logis, tout le monde se rappelle cet été meurtrier.

La question doit alors vraiment se poser aux français. Le conseil scientifique en ne prenant qu’en compte le virus, néglige le reste, nous néglige. Il n’y a pas de solution miracle, les morts semblent être de tous les bords de l’équation. Pourtant, d’autres options existent, comme l’isolement partiel des personnes à risque. S’il n’y a pas que la technicité médicale, mais bien des pans sociaux et économiques dans les conséquences des solutions prescrites, alors il est normal que les français se saisissent du sujet, surtout si les enjeux sont si importants. L’exécutif semble débordé et impuissant, alors, Monsieur le Président, pourquoi ne pas laisser aux français le choix du prix à payer ?

  • Baptiste Detombe

Sources :

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