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05.06.2026 à 08:19

FRANCE24
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L'ancienne professeur de français de 60 ans a découvert cette partie du passé familial, quand sa fille de 26 ans, Helena, a trouvé la preuve de cette adhésion survenue deux ans après l'arrivée au pouvoir d'Hitler. Après la mise en ligne par les archives nationales américaines d'environ douze millions de fiches, deux grands hebdomadaires allemands, Die Zeit et Der Spiegel, ont facilité le travail d'enquête en créant des outils de recherche pour ces documents. Jusqu'en mars, le registre était consultable uniquement sur demande et sur place à Berlin. Depuis la mise en ligne, des centaines de milliers d'Allemands ont fouillé ces scans de microfilms à la recherche d'aïeux, bien conscients que des vérités désagréables pouvaient s'y cacher. "Quand ma fille m'a envoyé la capture d'écran de la fiche, j'étais assez surprise", confie à l'AFP Corinna, qui préfère taire son nom de famille. Pendant des décennies, son père, fils d'un mineur social-démocrate de Sarre (sud-ouest), était engagé dans la politique municipale. Après son décès, Corinna avait retrouvé des écrits d'après-guerre où l'ancien instituteur affirmait "vouloir former des jeunes plus libres, capables de se forger leur propre opinion après cette dictature". - Secrets et non-dits- Son père ne lui avait jamais rélévé son adhésion au nazisme, et la découverte de son nom dans les archives à conduit Corinna à une seconde surprise: sa fille aînée, la soeur de Helena, savait. "Quand elle avait 7 ans, son grand-père lui avait raconté la guerre, ses combats en Russie et en France, et son adhésion au parti nazi", explique Corinna. Cette situation illustre une culture du secret et des non-dits qui a prévalu dans de nombreuses familles allemandes après la chute du IIIème Reich, alors que plus d'un citoyen sur dix était membre du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP) en 1945. Cette génération a ensuite "fait comprendre, notamment par l’ambiance qui régnait au sein de la famille, qu'il ne fallait pas aborder certaines choses", explique Johannes Spohr, historien qui aide des familles à retracer le passé nazi de leurs aïeux. Selon lui, ces aïeux ont pour certains "gardé le silence", ou alors raconté une autre "version de l’histoire", en se posant en victimes du nazisme voire en résistants. "Dans de récents sondages, entre 11 et 18% des personnes interrogées déclaraient que leurs aïeux avaient aidé des personnes persécutées. Cela ne correspond pas à l'état actuel des recherches scientifiques: moins d'1% des Allemands ont aidé", affirme M. Spohr, dans un entretien à l'AFP. Après avoir découvert l'adhésion en 1940 de sa grand-mère au NSDAP à 19 ans, Felix Pülm regrette de ne pas "pouvoir poser davantage de questions" à son aïeule décédée. "Ma grand-mère avait déjà vu ce que faisaient les nazis. Et pourtant elle a décidé d'adhérer", constate M. Pülm, 42 ans, professeur de langue, culture et histoire allemandes. Quand ses grands-parents étaient encore en vie, ils se positionnaient clairement contre le nazisme, amenant par exemple leurs enfants visiter la maison d'Anne Frank à Amsterdam. "S'interroger" "Mais ils n'avaient pas dit tout ce qu'ils avaient fait à l'époque", regrette M. Pülm qui veut désormais discuter avec toute sa famille de sa découverte, non pas pour être "moralisateur mais plutôt (pour) essayer de comprendre". La date d'adhésion donne une première indication sur les motivations. "Si on était encarté dès les années 20 ou au début des années 30, avant la venue au pouvoir d'Hitler, on peut supposer qu'on agissait par conviction", dit M. Spohr. A partir de 1933, il peut s'agir d'opportunisme. "Certains secteurs professionnels comptaient également davantage de membres que d'autres: les fonctionnaires, les enseignants étaient davantage sous pression pour devenir membre du NSDAP, même si cela n'a jamais été obligatoire", ajoute l'expert. Felix Pülm aimerait aussi que l'ouverture des archives conduise à une réflexion sur l'actuel essor de l'extrême droite en Allemagne, espèrant "que de nombreuses familles prendront le temps de s’interroger sur les raisons qui conduisent à s'engager dans un tel parti".

05.06.2026 à 08:15

FRANCE24
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Le pari Musk La notoriété d'Elon Musk et sa réussite à bâtir des géants mondiaux comme Tesla puis SpaceX ont forgé sa réputation: celle d'un visionnaire, qui voit frémir les nouvelles technologies prometteuses et les transforme en champion industriel planétaire. La valorisation astronomique de SpaceX, près de 1.800 milliards de dollars, repose sur le pari que cette série de succès passés hors norme se poursuivra jusqu'à l'accomplissement de ses rêves spatiaux. En l'état, rien dans son cœur de métier ne cadre avec un tel montant: l'entreprise grossit vite, mais perd de l'argent. À ce tarif, l'action vaudrait environ 94 fois le chiffre d'affaires 2025 ; le cabinet d'analyse Morningstar estime la juste valeur du groupe autour de 780 milliards de dollars, largement moitié moins. Le chiffre d'affaires a bondi à 18,7 milliards de dollars en 2025, en hausse de 33% sur un an, mais les coûts ont grimpé plus vite encore, creusant une perte nette de 4,9 milliards. Au premier trimestre 2026, le groupe en a déjà reperdu 4,3. Le document d'introduction en Bourse promet que l'entreprise s'adressera à un marché total de 28.500 milliards de dollars, soit l'équivalent du PIB des Etats-Unis. Le vrai pactole, selon SpaceX, viendra de l'accès à internet via ses satellites Starlink et, surtout, de l'IA servie par des centres de données expédiés dans l'espace par fusée. Sauf que sa branche concernée, xAI, ne tient pas la cadence de ses rivaux et ses revenus plafonnent autour de 500 millions de dollars, une fraction de ceux d'OpenAI ou d'Anthropic. Musk garde les commandes Même après l'arrivée d'une nuée d'actionnaires, Elon Musk gardera la haute main sur l'entreprise. Le mécanisme est simple. Les petits porteurs reçoivent des actions de catégorie A: une voix chacune. M. Musk, lui, détient des actions de catégorie B qui pèsent 10 voix l'unité. Résultat, ses droits de vote submergent les autres: environ 82% du total. Ce système n'a rien d'inédit: Google, Meta ou Snap l'ont déjà employé pour garder leurs fondateurs aux commandes, même une fois cotés. Poursuites verrouillées Échaudé par des années de plaintes d'actionnaires de Tesla, cotée de longue date, M. Musk a transformé SpaceX en forteresse juridique. Toute action en justice devra être portée devant un tribunal de commerce spécialisé du Texas. Et si un juge s'y refuse, le litige file en arbitrage privé, sans jury ni recours collectif ("class action"), privant les actionnaires de leur principale arme face aux grands groupes. Le document admet le "risque" qu'un tribunal invalide ces clauses un jour. Mais d'ici là, ce sera la règle. Place aux particuliers Pour séduire ses légions de partisans, SpaceX réserve 30% des actions de l'opération pour les particuliers. Dans une introduction classique, les grandes maisons de Wall Street se taillent la part du lion. Cette fois, les particuliers ont une rare occasion de participer à la bataille. Pourquoi ça compte? Parce que cela change la composition de l'actionnariat dès le premier jour. En ouvrant grand la porte aux particuliers, l'entreprise répartit la propriété au-delà des fonds spéculatifs et des fonds communs, plus susceptibles de tiquer devant la réalité des comptes. Cela peut aussi rendre l'action plus volatile d'entrée: si une foule d'enthousiastes se rue dessus, le cours peut s'envoler d'un coup. Un achat quasi imposé Reste l'effet le plus mécanique. Plus de 60% des actions américaines sont aux mains de fonds passifs, qui se contentent de répliquer un indice comme le Nasdaq 100. Or le Nasdaq a changé ses règles en mai pour permettre à de très grosses capitalisations comme SpaceX, susceptible de peser fort sur l'indice, de l'intégrer en 15 séances au lieu de trois mois. Ces fonds, dont ceux abritant l'épargne-retraite de nombreux Américains, devront donc faire de la place au nouveau venu, déclenchant une vague d'achats de titres SpaceX et de ventes d'autres valeurs. Et comme 4% seulement du capital seront mis sur le marché lors de cette opération, tous ces acheteurs confondus, fonds indiciels ou fans de Musk, se disputeront un volume de titres minuscule. Ce qui pourrait faire flamber le cours.

05.06.2026 à 08:13

FRANCE24
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Le premier a une vingtaine d'années. Rencontré par l'AFP dans un café de la capitale albanaise, près du tribunal où il doit pointer chaque semaine depuis le démantèlement du réseau, il n'affiche aucun remords. "S'il y a des gens qui croient, je ne vois pas pourquoi moi je devrais avoir des scrupules", explique celui qui avait pour modèle les héros du "Loup de Wall Street" - un film avec Leonardo DiCaprio incarnant un courtier véreux mais immensément riche. Depuis un immeuble luxueux du centre-ville, il se faisait passer pour un Américain passionné d'investissement et contactait des dizaines de victimes que "d'autres opérateurs avaient déjà identifiées". "Mon rôle était de les attirer pour les convaincre d'investir", raconte-t-il en avouant même par moment s'être senti "fier". Avec un salaire de 1.450 euros hors prime, contre 500 euros bruts pour le salaire minimum albanais, le jeune homme ne voyait dans ce job qu'une "excellente opportunité, très bien rémunérée". Six mois après son embauche, il se retrouve sous contrôle judiciaire, accusé de fraude, risquant de 3 à 10 ans de prison. Victimes françaises Fin avril, plusieurs centres d'appel albanais ont été démantelés, dont celui pour lequel travaillait Jon, au coeur d'une enquête pour escroquerie en bande organisée et blanchiment d'argent initiée par les gendarmes de la section de recherche de Pau, dans le sud-ouest de la France. En 2023, ces derniers ont été saisis après la plainte d'un investisseur des Pyrénées-Atlantiques qui avait misé 30.000 euros - en pure perte - sur une plateforme baptisée universatrade.io. De l'Alsace (est) à la Bretagne (ouest) en passant par le Midi (sud-est), la gendarmerie a identifié 19 victimes françaises pour un montant d'environ 1,5 million d'euros; dont Chantal, cheffe d'entreprise dans le sud du pays. Pour elle, tout a commencé en cliquant sur une publicité sponsorisée invitant à investir sur le cours du pétrole. "Dix minutes après, j'ai eu un appel. Une voix masculine, que je trouvais hyper sympa, vraiment un mec super", explique la quinquagénaire, souhaitant rester anonyme par crainte de représailles. "Ma fille allait se marier, je me suis dit que ça me ferait un petit plus..." Elle mise d'abord 250 euros. Sur l'application que lui ont fait installer ses interlocuteurs, la somme paraît fructifier, devient 500, 1.000 euros... "Ça va très, très vite, et ils vous disent +Vous ne voulez pas investir plus?+". Elle remet bientôt 5.000, puis 10.000, puis 70.000, 80.000 euros... Chantal est prudente et vérifie sur internet: les plateformes semblent exister, ses conseillers ont des profils LinkedIn et des noms francophones ("Gabrielle Cartier", "Hugo Moretti"...) malgré un fort accent à l'oral. "Ils m'ont même envoyé une copie de carte d'identité", se désole-t-elle. "Tu pleures, tu hurles" En décembre, trois mois après son premier investissement, Chantal est presque à 300.000 euros de gain affiché. Elle tente de récupérer l'équivalent de 30.000 euros en cryptomonnaie. "Là, tout se grippe", dit-elle. La descente aux enfers commence - Chantal explique avoir "voulu se flinguer", sauvée par ses proches. Mais l'"emprise" des escrocs est telle, les messages - 15 ou 20 par jour - si pressants qu'elle continue à verser de l'argent, jusqu'à 300.000 euros au total, dans l'espoir de débloquer son investissement. Notamment via un autre compte, ouvert à la demande des escrocs, dans une banque en ligne. "Ils vous tiennent. Comment voulez-vous faire? Ils ont votre argent. Tu n'en dors pas de la nuit, ton cerveau ne suit pas. Et le lendemain, ils te disent: +Il faut qu'avant midi, il y ait telle somme, sinon, tu ne récupéreras pas ton argent+. Donc, tu remets la somme. On te dit qu'+une heure après, ça sera sur ton compte+. Et là, ça n'y est pas. Et tu pleures, tu hurles dans la rue." "On dit que les victimes sont crédules mais c'est tellement bien monté...", très "sophistiqué", explique à l'AFP une source proche de l'enquête. Dignité Les gendarmes ont retracé le cheminement de la cryptomonnaie jusqu'en Albanie, où une perquisition menée avec la police locale le 22 avril à Tirana a permis de découvrir un centre d'appel avec une cinquantaine d'ordinateurs. Sur un disque dur, les noms et coordonnées des victimes françaises d'universaltrade.io. Cinq ressortissants albanais ont été interpellés: quatre prête-noms, titulaires de portefeuilles de cryptomonnaies, dont un policier, et un donneur d'ordre présumé, propriétaire du centre d'appels. Ce dernier, né en 1999, a été placé en détention provisoire. L'Albanie n'extradant pas ses ressortissants, le parquet de Pau devrait se dessaisir de l'enquête au profit de la justice albanaise, qui a promis de prendre en considération les victimes françaises pour de possibles indemnisations. D'autres dossiers sont aux mains de la justice en Albanie, devenue une destination privilégiée pour ces centres d'appels frauduleux, grâce au faible coût du travail, à une main d'oeuvre jeune et multilingue, et à une facilité à blanchir l'argent, notamment dans la construction, souligne Fatjon Softa, un ancien policier. Au-delà de l'Albanie, ce type d'arnaques fleurit aussi en Asie du Sud-Est, Afrique de l'Ouest ou aux Emirats arabes unis. Depuis le sud de la France, Chantal veut témoigner pour éviter à d'autres de connaître le même sort. "Ils volent plus que votre argent. Ils volent votre dignité. Ils volent votre intelligence. Ils volent tout ce que vous êtes. Tout ce que vous avez construit pendant toutes ces années", souffle-t-elle. Cet argent, "c'était un peu notre retraite. Mon mari et moi, on s'est remis au travail. C'est terrible". (*) Les prénoms ont été modifiés.
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