Malgré ses appels à un barrage face à l'extrême droite dans la cinquième ville de France, le maire sortant, en lice pour un quatrième mandat et réélu avec près de 60% des voix en 2020, ne devrait pas pouvoir compter sur un éventuel retrait de la gauche.
Juliette Chesnel-Le Roux (PS-PCF-écologistes), créditée d'environ 12% des voix, et Mireille Damiano (LFI-Viva), qui pourrait flirter avec la barre des 10%, éclipsées par le combat fratricide des anciens piliers LR, ont maintes fois répété que les deux rivaux étaient pour elles les deux faces d'une même pièce.
Dimanche soir, le seul débat des deux listes de gauche portait sur une éventuelle fusion, souhaitée par Mme Damiano mais pour l'instant refusée par Mme Chesnel-Le Roux, même si des contacts sont prévus lundi.
A droite, les deux frères ennemis incarnent désormais la fracture de la droite classique, Christian Estrosi ayant choisi le macronisme et Eric Ciotti l'extrême droite. Et l'enjeu de leur duel dépasse la ville de Nice à un an de l'élection présidentielle.
Dans la capitale de la Côte d'Azur, où se pressent les touristes mais où plus d'un habitant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté, M. Ciotti a cependant mis en sourdine les enjeux nationaux et les sujets marqués comme l'immigration, présentant une liste éclectique, officiellement sans étiquette.
Quand M. Estrosi accuse son ancien bras droit de vouloir utiliser Nice comme marche-pied vers un ministère voire Matignon l'an prochain en cas d'une victoire du Rassemblement national, le clan Ciotti martèle qu'après 18 ans d'un règne sans partage, la ville a besoin d'un nouvel élan.
"Combat de coqs"
Et le duel fratricide a été violent entre le maire sortant de 70 ans et le député de 60 ans qui a longtemps été son plus proche collaborateur: accusations, petites phrases, "bilan noir" de l'adversaire, transfuges d'une équipe à l'autre, vidéos désobligeantes, tweets assassins et débats télévisés tournant au "combat de coqs", selon l'expression employée sur les plateaux.
La fin de campagne a carrément viré au scénario de mauvais film quand M. Estrosi a agité un certificat médical pour faire taire des rumeurs de Parkinson ou quand il a retrouvé une tête de porc devant chez lui.
Trois personnes ayant été en contact avec les équipes du maire sont actuellement en détention dans cette affaire mais le parquet a assuré vendredi que rien ne laissait envisager à ce stade que d’autres personnes soient impliquées.
Jusqu'au dernier épisode en date de cette salade niçoise: des dizaines de milliers de bulletins ont été endommagés par la pluie samedi lors de leur acheminement vers les bureaux de vote et ont dû être réimprimés en urgence.
Les Alpes-Maritimes, où une victoire d’Eric Ciotti pourrait pousser nombre de LR locaux à franchir le pas à leur tour, illustrent "la recomposition de la vie politique française", avait annoncé le président du parti, Jordan Bardella, la semaine dernière en meeting à Menton.
Si elle peine à se confirmer au niveau national, la dynamique est marquée à Nice: M. Ciotti fait déjà beaucoup mieux que les 27% que lui et ses candidats avaient récoltés lors des législatives de 2024 dans les bureaux de vote niçois - répartis sur trois circonscriptions.