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27.05.2026 à 11:41

FRANCE24
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Il y a une heure à peine, ce vendeur de légumes de Bhubaneshwar, dans l'est de l'Inde, a fait examiner ses yeux pour la première fois de sa vie grâce à une ONG, GoodVision, qui s'est donnée pour mission d'offrir une bonne vue aux populations défavorisées. Et contre paiement de moins de 2 euros à peine, Tofan Jena, 49 ans, en est reparti avec une paire de lunettes correctrices. Et plein de projets. "Je peux lire, je peux écrire et je vois très bien de loin", répète ce père de famille, en touillant devant sa baraque du quartier de Salia Sahi l'épais brouet qui lui servira de repas. "Je vais pouvoir tout faire avec ces lunettes..." Ce matin-là, ce petit miracle s'est répété pour des dizaines de résidents du bidonville de Bhubaneshwar. Les techniciens de GoodVision y ont déployé pour la journée leur camp ambulant sous une toile qui protège difficilement les patients d'un soleil étouffant. Examen des yeux, tests de vision, choix et ajustement des lunettes. Et en bout de chaîne, la confrontation avec un monde de clarté et de détails qu'ils avaient oublié ou, pour certains d'entre eux, jamais connu. Lunettes Binocles sur le nez, Minati Rout achève son parcours sur une dernière épreuve. Séparer les petits cailloux d'une assiette remplie de grains de riz. Test réussi. "Je n'étais plus capable de lire les petites lettres, d'enfiler une aiguille (...) désormais je peux faire tout ça", se réjouit la commerçante de 43 ans, "je vais vite conseiller à mes voisins de faire examiner leurs yeux". Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), un milliard d'humains souffrent de problèmes de vue sans avoir les moyens de les corriger. Un enseignant allemand, Martin Aufmuth, a donc eu l'idée de fabriquer des lunette à un prix inférieur à un dollar. Treize ans plus tard, GoodVision travaille dans douze pays, dont l'Inde. Sans surprise, les besoins y sont immenses. Si environ 550 millions d’Indiens ont besoin de lunettes, on estime que 250 millions n'y ont pas accès. L'impact est considérable. L'Agence internationale pour la prévention de la cécité (IAPB) a évalué dans ce seul pays à plus de 30 milliards de dollars la perte de productivité des maladies des yeux évitables ou curables. "Nous proposons un service de soins oculaires de base", explique le responsable de l'ONG pour l'Inde, Piush Khetan, "dépistages visuels gratuits, lunettes aux personnes dans le besoin et chirurgies de la cataracte dans nos hôpitaux partenaires." "Accès aux soins" Depuis qu'elle sillonne les Etats de l'Odisha et du Jharkhand voisin, GoodVision a offert près de 700.000 examens des yeux, distribué 300.000 paires de lunettes et payé 15.000 opérations de la cataracte. Les verres correcteurs viennent de Chine, les montures sont fabriquées en Inde à partir d'un fil de métal habilement plié. Dix minutes à peine suffisent à un ouvrier entraîné pour assembler une paire. Chaque mois, la caravane de l'ONG s'arrête dans plus de 400 quartiers pauvres de grandes villes ou villages isolés, dont les populations sont largement oubliées des services de santé officiels, publics ou privés. Ce matin-là, elle fait étape dans la petite localité de Maniabandha, à deux heures de route de Bhubaneshwar. Assis sur des chaises en plastique, une vingtaine d'hommes et de femmes attendent leur examen. "Ces camps sont très importants pour ces gens car ils n'ont aucun accès aux soins", souligne l'optométriste Gopinath Das. "Ils doivent se déplacer pour un test. Ils ont peur de sortir du village, ils n'ont pas d'argent, certains ne savent même pas qu'ils voient mal". Pour les accompagner et les traiter, GoodVision a recruté et formé près de 150 techniciens. Parmi eux, Debasmita Behera, 23 ans. "Après mes études, j'ai galéré pour trouver un emploi (...) maintenant j'ai un bon boulot, j'aide les gens et je peux subvenir aux besoins de mes proches", résume fièrement la jeune femme devant la nouvelle maison familiale. "Convaincre" A Maniabandha, huit des patients du jour ont pris la direction de Bubhaneshwar et de l'hôpital Vision Care, où ils seront opérés de la cataracte. La maraude de GoodVision fournit aux chirurgiens de cet établissement privé la moitié de leurs "clients". "Le plus difficile, c'est de les convaincre de se faire opérer", commente le patron de l'hôpital, Srinatha Kumar Mishra. "Ils ont peur d'être stigmatisés (...) ils jugent normal de ne plus voir en vieillissant", dit-il, "même si on leur dit que ça peut être soigné, il faut les motiver". C'est tout l'objectif du porte-à-porte de GoodVision. "En Inde, nous ne prenons les choses au sérieux que s'il s'agit d'une question de vie ou de mort", regrette Piush Khetan. "Alors nous insistons sur l'information, nous essayons de convaincre les populations de l'importance de prendre soin de leurs yeux". L'ONG a ouvert un bureau en France pour convaincre entreprises, fondations et privés de la financer. "Les soins oculaires sont un investissement très rentable", assure sa représentante, Maryline Ehlermann, "une étude a calculé que si le milliard d'humains qui ont un défaut de vision curable étaient soignés, cela rapporterait chaque année 447 milliards de dollars à l'économie mondiale". Dans le pays le plus peuplé de la planète, et l'un des plus inégalitaires selon la Banque mondiale, la tâche est "gigantesque". Mais Piush Khetan y croit. "En neuf ans", dit-il, "nous avons fait bouger les choses".

27.05.2026 à 11:33

FRANCE24
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Les électeurs colombiens sont appelés à désigner dimanche le prochain chef de l'Etat, quatre ans après l'arrivée au pouvoir du premier dirigeant de gauche, Gustavo Petro. Une élection qui a lieu dans un contexte particulier: le pays sud-américain connaît sa pire flambée de violence depuis la signature de l'accord de paix avec les Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) en 2016. Attentats à la bombe, enlèvements et extorsions se multiplient. Les favoris du scrutin s'affrontent sur la direction à prendre pour venir à bout du conflit armé interne vieux de six décennies: continuer à négocier la paix avec les groupes armés, stratégie amorcée par Petro, ou utiliser la force pour venir à bout de ces organisations illégales. Alors que le candidat de gauche Ivan Cepeda propose d'insister sur un désarmement négocié, ses opposants Abelardo de la Espriella et Paloma Valencia promettent militarisation et méga-prisons. Sur les réseaux sociaux, les positions des candidats sont toutefois déformées et le débat démocratique brouillé par des contenus trompeurs cherchant à associer les candidats à des activités illégales, dans un pays qui est le premier producteur mondial de cocaïne. Comptes coordonnés Fils d'un sénateur communiste assassiné, Ivan Cepeda apparaît fréquemment dans de fausses publications tentant de le présenter comme un défenseur des guérillas. Dans une vidéo modifiée par intelligence artificielle, il affirme par exemple vouloir intégrer des guérilleros à l'armée, qui aujourd'hui les combat. Dans un autre montage, le défenseur des droits humains reçoit des instructions d'Ivan Mordisco, le guérillero le plus recherché du pays. Abelardo De la Espriella, candidat de droite dure et anti-establishment qui, en tant qu'avocat, a défendu des narcotrafiquants et paramilitaires, est censé apparaître sur une photo diffusée sur les réseaux aux côtés d'un mafieux. Mais l'homme sur l'image n'est pas le candidat. Quant à Paloma Valencia, proche du puissant ex-président de droite Alvaro Uribe (2002-2010), une vidéo tronquée a circulé dans laquelle elle déclare soi-disant vouloir gouverner avec les paramilitaires d'extrême droite. Il est difficile de savoir "qui est en coulisses" de ce type de désinformation, relève Frey Muñoz, directeur adjoint la Mission d'observation électorale (MOE). Mais en plus des internautes qui partagent spontanément ces faux contenus, il existe "des comptes coordonnés, avec des intérêts clairs, qui mettent de l'argent sur une plateforme" pour augmenter leur portée, ajoute-t-il. Une vidéo de Mme Valencia dans laquelle elle est accusée de "faire l'éloge" du paramilitarisme des années 90 -responsable de meurtres- a par exemple fait l'objet de publicités ciblées sur Facebook afin d'atteindre plus de 30.000 vues. Selon la MOE, la désinformation figure parmi les principaux risques électoraux. Elle peut approfondir la "radicalisation politique" et "amener l'électeur à voter davantage avec ses émotions qu'avec sa raison", indique M. Muñoz.

27.05.2026 à 11:29

FRANCE24
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La cité corsaire est particulièrement prisée par les plus de 60 ans, qui représentent 40% de sa population, soit près de 11.000 habitants. Elle est appréciée pour son climat tempéré. Mais comme d'autres départements de l'Ouest, l'Ille-et-Vilaine est en vigilance orange canicule dès le mois de mai. Le mercure a dépassé les 30°C à Saint-Malo mardi, nouvelle illustration du changement climatique. "Une partie de la population, plus fragile, les personnes âgées ou les personnes dans des logements en hauteur ou mal isolées, souffrent beaucoup de cette situation", signale Florence Abadie, adjointe au maire à la sécurité civile. La ville a mis en place un registre pour appeler les personnes fragiles et s'assurer que "tout se passe bien pour eux", ajoute-t-elle. Dominique Laborde, 71 ans, en vacances chez une amie en Bretagne, souffre de la chaleur malgré ses origines montpelliéraines. "Je le vis mal parce qu'il fait très chaud (...) c'est vraiment le plomb sur la tête", dit-elle, même après avoir pris le frais dans la cathédrale de Saint-Malo. Le changement climatique, "je trouve que c'est inquiétant". "Nous avons des enfants et des petits-enfants. ça risque d'être compliqué pour eux si ça se détériore autant", poursuit la retraitée. Joëlle Diridollou, 72 ans, qui l'accueille, a adapté les horaires pour visiter la côte, "le matin, l'après-midi pas avant 15h30 (...), on dîne tardivement et dehors, ce qui est très rare" à cette saison, décrit-elle. Elle dit pour sa part bien vivre la chaleur en étant "à 10 minutes de la mer" et grâce à sa "maison bien isolée". Rues ombragées Françoise Le Ludec, 65 ans, Malouine depuis toujours, ne souffre pas non plus outre mesure. "ça arrive de temps en temps", tempère-t-elle, bien que de telles températures n'aient jamais été atteintes en mai. Mais pour aller à la plage et se baigner, "il fait trop chaud" en milieu d'après-midi. Elle préfère se promener dans les rues ombragées de la vieille ville où circule une brise, non sans avoir fermé tous les volets de sa maison. "On a l'impression d'être dans le sud." Ernestine, 82 ans, n'a pas pris de telles précautions. Elle aussi est née à Saint-Malo, et elle a l'habitude de sortir de chez elle "entre 14h30 et 14h45" pour se promener sur la grande plage du Sillon et marcher au bord de l'eau, peu importe la météo, explique-t-elle, casquette vissée sur la tête. "J'espère que cet été on aura la même chose", lance-t-elle, car le froid et l'humidité font souffrir ses articulations. Xavier, 63 ans et Emmanuelle, 62 ans, cadres, retraité et en passe de l'être, viennent eux en vacances à Saint-Malo depuis une vingtaine d'années. "On ne s'attendait pas à avoir de telles températures", reconnaît Xavier dans le train de Rennes à Saint-Malo. Le couple va adapter son programme en conséquence. "Canicule = plage", résume Emmanuelle. Pour ce couple ayant travaillé en région parisienne, cette chaleur précoce conforte leur choix de s'être installés dans l'Ouest, vers Saint-Nazaire, plutôt que dans le Sud de la France. "Il faudrait promouvoir les mobilités douces" pour agir contre le réchauffement climatique, estime Emmanuelle, quand son mari déplore que des gens "prennent leur véhicule pour faire 400 mètres", les voitures thermiques étant une source majeure d'émissions de gaz à effet de serre.
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