Dans ce dossier dont les faits remontent à 2018, la candidate malheureuse à la mairie de Paris lors des dernières municipales (7,96% au second tour) était seule à la barre, en jeans gris et veste à carreaux: pas de parties civiles, Mme Chikirou ayant de longue date passé un accord avec son ancienne webtélé Le Média pour convenir de l'abandon des démarches.
Après quatre heures à se contenir dans des débats cordiaux, la députée LFI a fini par se tourner vers la procureure et lancer: "Je n'arrive vraiment pas à comprendre pourquoi vous avez choisi le moment où j'étais candidate à la mairie de Paris pour ressortir cette affaire. (...) Vous avez clos ce dossier, cette enquête, il y a des années, cinq ans. Pourquoi avoir attendu tout ce temps-là ?"
"Si on avait voulu la cochonner, on ne s'y serait pas pris autrement", a aussi plaidé son avocat Dominique Tricaud, demandant la relaxe dans ce dossier "gardé (par le parquet) comme un poison politique".
L'accusation reproche à la députée LFI, 46 ans aujourd'hui, d'avoir tenté de tromper la banque Crédit du Nord en juillet 2018, au préjudice du site d'actualité Le Média, qu'elle avait cofondé.
Elle lui reproche en particulier d'avoir tenté de faire transférer 67.146 euros du compte de la webtélé à Mediascop, sa société de conseil à l'époque, ainsi que d'avoir subtilisé deux chèques.
"Huit ans de harcèlement"
Mme Chikirou savait-elle qu'elle venait d'être démise de ses fonctions de présidente de la Société de production Le Média (SDPLM) au moment où elle effectue ces démarches en banque ?
L'audience, pour répondre à cette question, a offert à coup de courriels internes, de SMS et de dissection d'assemblées générales houleuses, une plongée dans les coulisses du média, à l'époque rongé par les dissensions intestines.
A partir du 27 juillet 2018, date du rendez-vous à la banque, "elle sait qu'elle n'est plus présidente" et "elle usurpe la qualité de présidente de la SDPLM" pour demander un virement, finalement non abouti, a estimé la représentante du ministère public, évoquant également des "faisceaux d'indices" concernant la soustraction des deux chèques.
"Ce n'est pas l'affaire du siècle, c'est un contentieux qui aurait pu être soldé autrement", a reconnu la procureure, requérant toutefois une peine d'amende "proportionnée au montant de la facture qu'elle cherchait à se faire rembourser".
Elle n'a en revanche pas requis une peine d'inéligibilité, encourue dans ce genre d'affaires, "au vu de l'ancienneté des faits, de la gravité limitée et vu que personne n'est présent comme victime".
La défense, elle, évoque un différend commercial entre deux sociétés, sur fond de départ tendu de Mme Chikirou.
Cette dernière a assuré qu'elle n'avait appris sa mise à l'écart que par un SMS du psychanalyste Gérard Miller, cofondateur du Média, le 27 juillet en fin d'après-midi, soit après son premier rendez-vous à la banque.
"La thèse, c'était que la décision de révoquer Mme Chikirou avait été prise le 24 (juillet) et que tout ce qui se déroule ensuite, c'est de l'escroquerie. Sauf que ça ne s'est pas passé comme ça", a plaidé son avocat.
A la barre, la députée de Paris s'est dite impatiente de "mettre un terme" à ce dossier.
"Moi, j'ai vécu huit ans de harcèlement médiatique, huit ans d'injures sans arrêt. (...) Honnêtement, j'essaie de vivre comme si c'était la fin de cette histoire", a-t-elle conclu.
Décision le 8 juin.