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Acrimed | Action Critique Médias

19.04.2021 à 09:00

Un exercice de dépolitisation : Nicolas Demorand contre Adrien Quatennens

Mathias Reymond
Texte intégral 2142 mots

Jeudi 15 avril 2021, le député de La France insoumise Adrien Quatennens était l'invité de Nicolas Demorand dans la matinale de France Inter : l'occasion pour l'animateur de déployer toute sa palette de roquet de service, en éclipsant systématiquement les débats de fond au profit du petit jeu politique.

Réputé pour ses vilénies épisodiques – comme lors du renvoi du chroniqueur Miguel Benasayag de France Culture ou celui de Didier Porte de France Inter, Nicolas Demorand se positionne toujours du côté du manche. Fervent militant politique (notamment en faveur du Traité Constitutionnel Européen en 2005), il est l'obligé des économistes libéraux qui se fourvoient (comme Daniel « la crise financière est terminée » Cohen) et des intellectuels mondains (comme Bernard-Henri Lévy ou Olivier Duhamel, avec qui il a codirigé une collection au Seuil et partagé de nombreux combats [1]). Il est aussi connu pour sa gestion calamiteuse de Libération conspué par les journalistes, il avait dû démissionner des locaux en rasant les murs.

Mais le mercenaire Demorand (France Culture, France Inter, Europe 1, France 5, Libération…) est surtout célèbre pour son arrogance lorsqu'il interviewe des invités qu'il méprise : teigneux face à Dominique Voynet, qui lui oppose systématiquement des analyses de fond quand il l'interroge sur la tactique politique. Ses hoquets (faussement) impertinents sont également sa marque de fabrique, comme lorsqu'il coupe à cinq reprises Jean-Louis Debré par un ridicule « c'est dommage, non ? », ou bien lorsqu'il dit quatre fois « vous allez bloquer la France » à Philippe Martinez.

Connu enfin pour sa nonchalance et sa morgue lorsqu'il reçoit Jean-Luc Mélenchon – il faut revoir en vidéo cette interview de janvier 2011 sur Europe 1 – Nicolas Demorand a donc récidivé ce 15 avril en recevant Adrien Quatennens.

Pour lui – comme pour la plupart des journalistes politiques – l'élection présidentielle est un jeu politicien où s'entremêlent tactique, sondages et arrangements. Et tout au long de cet entretien, Demorand va garder un cap : décrédibiliser la France insoumise, son candidat et l'invité du jour en ne le questionnant jamais sur le fond.

Cuisine politique

Aucune des questions posées par Nicolas Demorand à Adrien Quatennens ne porte sur les enjeux politiques de la crise sanitaire ou de la situation sociale : chacune de ses interventions relève de la cuisine politique [2]. L'animateur aborde « la réunion des partis et mouvements de gauche qui aura lieu samedi. » Puis il se vante : « Tout est parti d'ici, du studio de France Inter : c'est Yannick Jadot qui avait proposé aux leaders écologistes et de gauche de se mettre autour d'une table. […] Qui va représenter la France insoumise Adrien Quatennens et pour défendre quelle ligne ? »

La question posée n'est que la première d'un long réquisitoire au leitmotiv bien calibré : proposer un seul candidat à gauche et, en sous-texte, retirer la candidature de Mélenchon. « La gauche est extrêmement divisée, et alors ? Face à ça, Adrien Quatennens ? » enchaine Demorand. Il continue : « Sur le plan intellectuel et politique : quelle est votre divergence radicale, ontologique, avec les autres mouvements de gauche qui entendent travailler au progrès social et à l'écologie ? » Puis il apporte sa propre réponse en terminant la « question » : « Quel est le clivage majeur entre vous si ce n'est que vous avez déjà un candidat, Jean-Luc Mélenchon, et qu'il n'a pas l'intention, sauf erreur de ma part, de jeter l'éponge ? » Et rien ne semble le satisfaire tant il insiste : « Pourquoi ce qui est possible dans les Hauts-de-France [une candidature unitaire à gauche] ne l'est pas en France ? » ; « Avec Anne Hidalgo ou Julien Bayou, pouvez-vous ou ne pouvez-vous pas travailler ? Sont-ils des adversaires ou des partenaires ? » Et de justifier ses obsessions sur le dos des auditeurs, « nombreux déjà à poser la question », ou en feignant la naïveté : « Ce n'est pas une question vicieuse ! Ce n'est pas une question vicieuse ! C'est juste pour comprendre. » Avant de caricaturer les réponses de l'interviewé pour mieux le disqualifier : « Et donc vous dites, ce n'est pas l'union qui fait la force, […] c'est la division qui fait la force. »

Puis, dès la dixième minute, deux questions d'auditeurs triées par Demorand vont dans le même sens : « Je voulais demander à monsieur Quatennens si le front républicain aux prochaines présidentielles ne devrait pas se faire au premier tour, dès le premier tour ? » ; « Je suis ferme là-dessus, je ne voterai pour la gauche qu'unie au premier tour. Sinon, je fais dès le premier tour barrage au Front national donc je vote pour Emmanuel Macron. »

Dans ces conditions, il est difficile pour un élu de l'opposition de développer un point de vue hétérodoxe, contraire aux positions dominantes. En cadrant ainsi la discussion, Demorand ferme les portes à toutes les propositions que peut avoir son invité.

Sondomanie

Utilisé à toutes les sauces, le sondage pimente la cuisine politicienne. À l'instar d'un Alain Duhamel ou d'un Jean-Michel Aphatie, Demorand adosse son entretien à la lecture de sondages aux résultats illusoires. Pour mémoire, lors des enquêtes effectuées en mars-avril 2016 concernant l'élection présidentielle de 2017, Alain Juppé était systématiquement donné en tête au premier tour devant Marine Le Pen. Et François Fillon et Benoît Hamon, pourtant les candidats des Républicains et des Socialistes, n'étaient même pas des hypothèses envisagées par les journalistes sondomaniaques.

Ce 15 avril donc, l'animateur de France Inter utilise l'argument implacable des mauvais scores dans les sondages pour délégitimer la candidature de Jean-Luc Mélenchon : « Quand on voit les différents candidats de gauche testés dans différents sondages ces dernières semaines, tous ces candidats marquent un important retard sur Emmanuel Macron et Marine Le Pen dans la perspective de 2022. » Ensuite, il enfonce le clou en citant « Frédéric Dabi, le sondeur : "l'espace politique et le potentiel électoral de la gauche n'ont jamais été aussi faibles sous la 5ème République entre 26 et 28%". Vous êtes coordinateur de la FI, quelle analyse faites-vous de cette faiblesse extrême de la gauche, un an avant l'élection présidentielle ? » Enfin, au moment d'achever l'entretien, Demorand tente de déstabiliser Quatennens : « Merci Adrien Quatennens. Beaucoup d'auditeurs vous rappellent que dans le sondage JDD au second tour, Jean-Luc Mélenchon est le moins bien placé de tous les candidats possibles face à Marine Le Pen (60/40) et vous demandent de réagir. Je répercute les questions hein. » Passons sur l'audace légendaire de Demorand, préférant une nouvelle fois se cacher derrière les questions d'auditeurs pour justifier son interview à charge, et interrogeons-nous sur l'usage douteux de ce sondage.

Comme le rappelle l'Observatoire des sondages, « la Commission des sondages invitait [en 2008] explicitement les sondeurs à proscrire les hypothèses de second tour en contradiction avec les résultats des premiers tours, pratique qualifiée de manipulation de l'opinion. » De plus, dans un texte publié avant le premier tour de l'élection présidentielle de 2007, « la Commission rappelle qu'il serait dans l'idéal préférable d'attendre les résultats définitifs du premier tour pour réaliser [des sondages pour le second tour]. » Et de préciser : « Dans le cas d'une publication dès avant le premier tour d'un sondage de second tour, les instituts, s'ils ne publient qu'une hypothèse de second tour, doivent publier celle qui oppose les deux candidats qui arrivent en tête du sondage "premier tour". Cela étant, la commission recommande, lorsque les scores établis pour le premier tour sont suffisamment proches pour que, compte tenu des marges d'incertitude qui les affectent, l'identité des candidats qualifiés pour le second tour soit incertaine, que soient testées et publiées plusieurs hypothèses de second tour. »

Dans le cas présent, Mélenchon est bien loin d'un hypothétique accès au second tour et, comme le dit Adrien Quatennens, « avant le second tour, il y a un premier tour. »

Pour conclure, citons cette pépite, car Demorand ne recule devant aucune arme de disqualification :

C'est donc Éric Coquerel qui assistera à la réunion [de la gauche, samedi 17 avril], pas Jean-Luc Mélenchon. Question de Marjorie sur l'application Inter : « Peut-on justifier la présence de Jean-Luc Mélenchon en Amérique du Sud en pleine épidémie alors que les Français sont confinés et qu'ils n'ont pas le droit de voyager à plus de 30 kilomètres de chez eux ? »

Et d'ajouter, l'air de rien : « Énormément de questions là-dessus aussi hein ! Énormément. » La justification de Quatennens ne lui suffit pas et il ajoute : « Tout le monde a de bonnes raisons de voyager, Adrien Quatennens, si ce n'est qu'on ne le fait pas, vu qu'il y a une pandémie et que les frontières sont fermées. Y a des visioconférences… » Question, peut-être légitime, mais qu'il n'a posée à aucun de ses invités précédents qui ont été au-delà des 30 kilomètres de leur résidence [3]. Quatennens, agacé, s'étonne que l'on ne pose pas ces questions à Jean-Yves Le Drian, par exemple, en déplacement en Inde.

***

En définitive, ce matin-là, Nicolas Demorand a livré un entretien à sens unique dont l'objectif était d'escamoter les questions de fond au profit, comme d'habitude, du jeu politique. Avec pour conséquence de délégitimer une candidature.

Mathias Reymond (avec Pauline Perrenot)


[1] Dans son ouvrage, Des raisons du « non » paru en 2005, Olivier Duhamel rappelle le rôle central qu'a joué France Culture dans la bataille pour le « oui », et en particulier le « fabuleux soutien des amitiés nées dans cette aventure » au premier chef desquels celle de… « Nicolas Demorand ».

[2] À plus des deux tiers de l'interview, on note toutefois une question sur la situation sanitaire… mais qui porte sur le calendrier de réouverture des cafés, restaurants, lieux culturels, etc. Puis, une opposition de Demorand au sujet du vaccin russe. La seule réelle question de fond intervient une minute trente avant la fin et concerne la relance économique aux États-Unis.

[3] Exemple récent : Édouard Philippe, maire du Havre – certes ce n'est pas La Paz – invité le 7 avril, était bien présent à Radio France et non en visioconférence pour faire la promotion de son dernier livre...


16.04.2021 à 15:25

Loi Sécurité Globale adoptée : des contributions vont être déposées au Conseil constitutionnel

Un communiqué de la coordination nationale « Stop Loi Sécurité Globale ».

- « Indépendance ? » Procès, violences et répression / ,
Texte intégral 528 mots

Nous publions le communiqué de la coordination nationale #StopLoiSecuriteGlobale, qui s'apprête à déposer des contributions au Conseil Constitutionnel, alors que l'Assemblée nationale a définitivement adopté la proposition de loi jeudi 15 avril.

Lors de la conférence de presse qui s'est déroulée ce jeudi 15 avril, place Edouard-Herriot à Paris, près de l'Assemblée nationale où la proposition de loi Sécurité globale a, sans surprise, été entérinée par les députés, la coordination #StopLoiSecuritéGlobale a annoncé que plusieurs de ses organisations membres allaient déposer des contributions au Conseil constitutionnel. Alors que les parlementaires ont été sourds à nos alertes, il est donc notre devoir de saisir les Sages.

Aussi, le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France, la Quadrature du Net, Droit au Logement et la Ligue des Droits de l'Homme vont déposer une contribution auprès du Conseil constitutionnel, tout comme, chacun de leur côté, Amnesty international et les syndicats de journalistes SNJ, SNJ-CGT et SGJ-FO.

La coordination #StopLoiSecuritéGlobale soutient l'initiative des coordinations régionales qui vont effectuer, de leur côté, une saisine citoyenne du Conseil constitutionnel, afin de lui demander le respect de nos droits fondamentaux. Il est possible de rejoindre cette saisine citoyenne en adressant un mail à : saisinecitoyenneLSG@lebib.org

D'ores et déjà, de nombreuses villes se sont jointes à cette saisine citoyenne (nous détaillerons le nombre lors d'une prochaine communication).

La coordination #StopLoiSecuritéGlobale s'alarme du durcissement du texte sorti du Sénat, tout particulièrement de la criminalisation « en cas d'introduction dans un local professionnel, commercial, agricole ou industriel ». Ce nouvel article introduit par un sénateur LR vise, ni plus, ni moins, à réprimer pénalement l'occupation de leur lieu de travail par les salariés, de leur fac par les étudiants, de leur lycée par les lycéens, de leur école par les parents d'élèves et les enseignants... Et aussi à porter atteinte à l'exercice de la profession de journaliste. Il s'agit clairement d'une nouvelle atteinte à la liberté de manifester, à la liberté d'informer et d'être informé et au droit de grève.

Mobilisée depuis novembre contre la proposition de loi Sécurité globale, la coordination #StopLoiSecuriteGlobale - qui regroupe syndicats, sociétés, collectifs, associations de journalistes et de réalisateur·ices, confédérations syndicales, associations, organisations de défense de droits humains, comités de victimes de violences policières, de collectifs de quartiers populaires, d'exilé·es, de sans-papiers, de blessés, de Gilets jaunes - considère que ce texte est non seulement liberticide et qu'il porte également atteinte à la séparation des pouvoirs. En ce sens, la proposition de loi Sécurité globale doit être censurée par le Conseil constitutionnel.

Paris, le 15 avril 2021.


15.04.2021 à 14:14

Manuel Valls, mon amour

Pauline Perrenot, Sophie Eustache
Texte intégral 3862 mots

Depuis mi-mars, Manuel Valls est en campagne médiatique. Cette tournée, interminable, est l'occasion de souligner les traits les plus grossiers du journalisme politique dominant, dépolitisé et amnésique : absence de contradiction, psychologisation, peopolisation… Les journalistes s'y font les promoteurs, pour ne pas dire les co-auteurs, du roman de l'homme politique, qu'ils sollicitent également pour alimenter les paniques morales du moment. D'un plateau à l'autre, les mêmes questions posées avec la même commisération et la même fascination. Plus rien ne distingue alors un entretien sur France Info d'une recension du Figaro, ni un portrait de Paris Match d'une interview de RTL.

La tournée médiatique de Manuel Valls, engagée mi-mars à l'occasion de la parution chez Grasset de son ouvrage Pas une goutte de sang français. Mais la France coule dans mes veines, est un cas d'école de ce que l'on appelle la dépolitisation de la politique. Ou comment les sujets de fond et la mise en débat du bilan politique de Manuel Valls sont éclipsés au profit d'un « story-telling » intime et personnel : ses blessures morales, son ego, sa situation familiale, ses souvenirs d'enfance, ses goûts culturels et ses petits plaisirs du quotidien. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que cette publication a attiré l'attention des médias :

Du 17 mars au 14 avril, on ne compte pas moins de 43 apparitions médiatiques ou recensions, sans compter les nombreux articles publiés dans la presse people (Closer, Gala) et féminine (Le Journal des femmes, Femmes Actuelles). Depuis le 18 mars, Gala lui a par exemple consacré 17 articles, feuilletonnant, au choix, sa vie privée – « Manuel Valls privé de son chien par son ex Anne Gravoin : "J'en suis malade" » (26 mars), « Manuel Valls fleur bleue avec Susana Gallardo : "L'amour est toujours possible" » (2 avril) – ou ses passages médiatiques : « Manuel Valls ose une petite blague, Anne-Élisabeth Lemoine surprise » (29 mars).

La plume dans la plaie

Dans les articles et entretiens consacrés à l'ouvrage de l'ancien Premier ministre, les journalistes reprennent à leur compte le récit produit par Manuel Valls sur lui-même – un « visionnaire » – et sa trajectoire politique – « tragique ». Loin de déconstruire cette dramaturgie, les journalistes s'en font les promoteurs, et donc les coproducteurs. Et si tous les médias ne cèdent pas la même place au « pittoresque », la majorité d'entre eux emboîtent bien volontiers le pas du « drama » vallsiste. Best of en vidéo :

Partout, le tapis rouge. De Patrick Simonin (TV5 Monde) exaltant un lanceur d'alerte [1], à Sonia Chironi, qui le fait « philosophe » : « Vous parlez du destin aussi. Ce serait quoi une vie réussie, selon vous ? » (LCI). Pour Éric Naulleau (Paris Première), pas de doute, on a là un écrivain : c'est « un ouvrage de qualité – qualité d'écriture, qualité d'évocation, qualité de réflexion ». La mythification du personnage passant parfois par le recours à un lexique christique – les uns parlent de « résurrection » (CNews, Ouest France), les autres, de « renaissance » (Femmes actuelles) – ou lorsque sont mobilisées des figures littéraires ou historiques, comme « l'exil » (Le Figaro) ou « l'île d'Elbe » (L'Obs).

Pour accueillir Manuel Valls, les journalistes ont donc sorti le divan. Les grands médias semblent même s'être reconvertis en une vaste émission de confessions intimes : comme leurs confrères de l'audiovisuel, hebdos et presse nationale – dont bien des grandes plumes fulminent d'ordinaire contre ce qu'ils nomment « la victimisation » – ont fait vibrer les violons. À tout seigneur tout honneur, Paris Match consacre à Manuel Valls six pleines pages, le 25 mars :

Les texte du portrait n'a rien à envier à l'illustration centrale :

Manuel Valls est de ceux qui savent que la politique peut brûler. Mais quand l'échec s'ajoute à la crise sentimentale et familiale, l'homme le plus solide risque le naufrage. « J'ai failli crever » résume-t-il. Aujourd'hui, avec Susana, il se dit prêt à repartir au combat.

Psychologues, les journalistes n'hésitent pas à s'attarder sur « [son] corps en vrac, [son] mal de dos, [la] peur soudaine des regards dans la rue. Au printemps 2017, les amis le voyaient fondre, il prétextait une intolérance au gluten et s'infligeait une diète déprimante. » C'est donc tout naturellement que Paris Match, comme en famille, s'enquiert de son mental actuel :

Susana le soutient « à 100% » dit-elle. Paris l'enchante, et elle compte bien s'y déployer : Alain Minc a déjà convaincu Xavier Niel, nouveau manitou du géant immobilier Unibail, de la recruter au conseil de surveillance. Elle a acheté un grand appartement à Saint-Germain-des-Prés. Valls s'y plaît ; il a son bureau, court chaque matin le long de la Seine.

Nous voilà rassurés.

Le Point ne démérite pas, lui qui revendiquait même, une semaine plus tôt, « l'exclusivité » d'un « grand entretien » annoncé dès la Une du numéro (18 mars). Cette fois-ci, trois journalistes se sont mobilisés pour sept pleines pages... et un résultat détonnant : « On découvre un Valls intime, bouillonnant mais moins éruptif – la sagesse ? – et qui accepte de desserrer quelque peu son costume pour se livrer. » Les questions people ne manquent pas au sommaire de l'hebdomadaire d'information générale : « On sent de la mélancolie dans votre livre. Vous avez l'impression d'être passé à côté de quelque chose ? » Lorsque Valls affirme qu'il « voulai[t] pouvoir décider de [son] destin », les journalistes sortent les mouchoirs : « Vous le pouvez encore ? » Et de sonder le cœur de l'interviewé : « Qu'est-ce qui vous fait rire ? » ; « Vous évoquez [...] la manière condescendante dont les députés macronistes vous ont accueilli à l'Assemblée nationale. En avez-vous souffert ? » ; « Emmanuel Macron a-t-il été ingrat avec vous ? » ; « Tout à l'heure, on vous a entendu confesser votre bonheur personnel. C'est nouveau chez vous ? »

Pour L'Express (18 mars), Éric Mandonnet salue lui aussi « un livre très personnel qui mérite le détour », et plus encore Manuel Valls lui-même, « l'emblème d'une génération qui s'est brûlé les ailes. » Même torture dans L'Obs (26 mars), où Serge Raffy déplore les « attaques injustes » subies par l'ancien Premier ministre, et « le terrible malentendu existant entre Valls [...] et une opinion publique peu sensible à ses imprécations rugueuses à l'encontre de tous ceux qui ne vénéraient pas les préceptes de Georges Clemenceau. » Et le biographe de poursuivre les mémoires de l'empereur : « Il lui fallait donc cette forme de bannissement, cet élargissement vers l'île d'Elbe, pour retrouver la force de revenir au cœur de la bataille qui s'engage autour de l'élection présidentielle de 2022. » Amen.

Chez Marianne (26 mars), les cocoricos vallsistes ont tout bonnement transpercé le cœur de Jacques Julliard : « Son livre est tout entier un cri d'amour pour la France [...]. C'est devenu si rare, et d'autant plus précieux, un homme politique qui, avant tout programme, en dehors de tout programme, proclame sans se lasser son amour de la France ! » Agitant le drapeau, l'éditorialiste se dit surtout conquis par le fait que « cette leçon d'histoire de France [...] soit le fait d'un homme qui n'a rejoint la France que par le chemin de l'adhésion volontaire, le plus noble, le plus conforme à son génie universel. » À côté, la recension de Valeurs actuelles (1er avril) fait pâle figure, qui n'évoque qu' « un essai très intimiste » à la « précision rare », où « Manuel Valls évoque sa France. [...] Ce n'est donc pas anodin que le livre se termine ainsi : "J'ai l'ardent désir d'être utile. À chacun sa promesse de l'aube. " » C'est un Nicolas Domenach tout aussi intransigeant qu'on lit dans Challenges (10 avril) : « Le mérite du dernier livre de Manuel Valls, ce qui le rend particulièrement touchant, c'est de ne pas trop farder ses blessures et ses élans du cœur. Il s'en faut ! L'ancien Premier ministre [...] souffre, et il l'avoue crûment, du désamour qui l'a frappé jusqu'à prendre la figure honnie du Traître. »

Pour Le Figaro (25 mars), Anne Fulda est aussi à son chevet. Elle dresse le portrait d'un homme ressuscité, « prêt à défendre les valeurs auxquelles il a toujours cru » : « Valls ne le cache pas. En 2017, il s'est retrouvé "au bord de la rupture [...] dans une sorte d'anéantissement psychologique. Je pouvais me briser". Il ne supporte plus la haine qu'il suscite, la manière dont les gens le regardent dans la rue, les commentaires sur les réseaux sociaux. Il devient l'incarnation du quinquennat de François Hollande. De l'ancien monde que fustigent les macronistes. »

Décidément, les journalistes ont trouvé leur muse, et s'autorisent d'émouvantes envolées lyriques : « Comme tous les hommes dont la carapace a cédé un temps, il connaît désormais la morsure des blessures assassines que la vie politique sait infliger à ses ténors. L'homme a mûri, s'est réchauffé le cœur au soleil catalan » (Ouest France, 28 mars). Guillaume Tabard, dans Le Figaro (à nouveau), est tout aussi inspiré : « La passion française l'a emporté sur la tentation catalane. Par un titre emprunté à Romain Gary [...] Manuel Valls effectue son retour dans une vie politique qu'il a dévorée autant qu'elle l'a dévoré. Au point de le laisser pour "mort" ».

La plume dans la plaie, on vous dit.

La communion atteint son paroxysme sur France 5, où Anne-Élisabeth Lemoine n'hésite pas à terminer ses phrases :

- Manuel Valls : Je ne suis candidat à rien mais je veux participer à ce débat parce que j'aime mon pays. Et donc oui, je vais participer, je sais qu'on prend des coups. Mais comme je suis bien, comme j'ai retrouvé un équilibre…

- Anne-Élisabeth Lemoine : Vous êtes prêt à les encaisser. [...]

- Manuel Valls : [Je veux qu'on me juge] pour un homme qui chante, mal, qui écrit, qui aime la vie...

- Anne-Élisabeth Lemoine : Qui connaît par cœur des répliques des « Bronzés font du ski » et du « Père Noël est une ordure ». [...]

- Manuel Valls : Oui, je parle de Blanche Gardin et de Desproges, je parle de Vianney qui est un de ces jeunes chanteurs d'aujourd'hui, je parle de Depardieu avec les tirades de Cyrano de Bergerac.

- Anne-Élisabeth Lemoine : Vous voulez qu'on vous connaisse mieux. Parce qu'on vous a trop mal jugé.

Un duo à l'unisson.

La fabrique d'un porte-parole des paniques morales

D'entre toutes, une série d'obsessions journalistiques fait largement consensus : l'« islamo-gauchisme », les réunions non-mixtes et la dite « polémique » autour des propos d'Audrey Pulvar [2]. Bref, les paniques morales [3] qui agitent depuis plusieurs mois les plateaux télé, que les intervieweurs réactivent allègrement en présence de Manuel Valls – ce dernier ne demandant pas mieux, et se prêtant très volontiers à l'exercice.

Sur CNews, le 25 mars, Anne Fulda lui propose d'apporter son expertise : « Quand vous voyez ce modèle républicain et laïque pour lequel vous vous êtes battu, il est assez mal en point. Lorsque vous voyez que l'islamogauchisme est désormais quelque chose qui est installé dans les universités, que la présidente de l'Unef le revendique, que faire face à ça ? » Une semaine plus tard, toujours sur CNews, on le retrouve dans l'émission « Face à l'info », « débattant » avec le polémiste d'extrême droite Éric Zemmour de « tenaille identitaire », d'« assimilation républicaine », du port du voile, de « grand remplacement » et de « réhabilitation de Pétain »... Mais l'entretien a un goût de trop peu pour Christine Kelly : « Merci à vous deux. Manuel Valls, vous avez remarqué que nous n'avons pas pu aborder tous les sujets donc il faudra revenir ». « Avec plaisir », rétorque celui qui retrouvera Éric Zemmour cinq jours plus tard, sur Paris Première...

Sur Europe 1 (29 mars), Sonia Mabrouk consacre les trois quarts de l'interview aux polémiques et questions « identitaires ». Et elle démarre en trombe : « Si vous participiez à une réunion sur les discriminations à l'égard des Noirs, est-ce que vous prendriez la parole ? » Et d'insister à propos d'Audrey Pulvar : « Est-ce qu'on peut défendre les couleurs du Parti socialiste dans la région Île-de-France avec de tels propos [...] ? » ; « Est-ce qu'il y a une forme de racisme dans ces propos ? »

Et si tous les journalistes ne sont pas aussi caricaturaux, tous apportent de l'eau au moulin des paniques morales. « Très franchement, ça ne va pas un peu trop loin cette polémique [sur Audrey Pulvar] ? » ose demander Anne-Élisabeth Lemoine (France 5) à celui qui alimente la machine depuis des jours. Sur France Inter, le duo Demorand-Salamé (France Inter) parle de « laïcité mise à mal » et lui demande de prendre position sur la dissolution de l'Unef, ce que fera également Thomas Sotto sur RTL.

Pis : interrogé sur tous les plateaux autour de son « concept » de « tenaille identitaire » (qu'il illustre en mettant Assa Traoré et Éric Zemmour sur le même plan), Manuel Valls peut là encore dérouler à l'envi : compagnons de route, les journalistes ne trouveront nulle part le début du commencement d'une contradiction à apporter à cette « théorie ». À l'exception de Sonia Mabrouk…. qui plaide entre les lignes la cause d'Éric Zemmour ! Lui qui incarnerait le « populisme », face à « l'islamo-gauchisme » d'Assa Traoré. Vous avez dit « misère » ?

C'est également un festival sur LCI, qui héberge chaque semaine le directeur du Point Étienne Gernelle dans une émission animée par ses soins, « Le Point des idées ». Dans son hebdomadaire (1er avril), l'éditorialiste saluait déjà en Manuel Valls un « précurseur », porte-parole d'une pensée qui « ne semble pas tentée par le racialisme ou la complaisance envers l'islamisme. » Un panégyrique qu'il poursuit donc naturellement sur LCI dix jours plus tard (11 avril) : « Très tôt vous avez parlé d'islamisme, d'islamo-gauchisme, d'antisémitisme, est-ce que ça veut dire que vous n'avez pas réussi à l'époque à vous faire entendre de la gauche puisqu'on vous a traité de tous les noms ? »

Quant au Progrès, il se fait plus vallsiste que Valls lui-même : « Lui défend une gauche laïque, sans complaisance avec l'islamisme radical, intransigeante sur l'antisémitisme. […] Une gauche européenne, qui défend la promesse républicaine et lutte contre les obscurantismes. Schématiquement, ni la gauche de Jean-Luc Mélenchon, ni celle de Benoît Hamon ». Ces derniers ayant toujours défendu, c'est fort connu, une gauche non laïque, complaisante avec l'islamisme radical, accommodante sur l'antisémitisme, anti-républicaine et favorable à l'obscurantisme. Chapeau !

Opération « Réhabiliter le soldat Valls »

Et quand les journalistes ne s'appesantissent pas sur les réunions non mixtes ou les souffrances de Manuel Valls, ils le recyclent en tant que commentateur politique. Dans la matinale de Sud Radio, le 1er avril, Manuel Valls est questionné sur la gestion du Covid, les mesures sanitaires, la campagne de vaccination, ou encore la communication d'Emmanuel Macron. Sur LCI, Étienne Gernelle lui demande même de lire l'avenir, frisson garanti : « Pour la sortie de la pandémie, certains prédisent des années folles et d'autres la guerre civile. Et vous, vous en pensez quoi : Movida ou guerre civile ? » Avant de l'introniser expert économique : « Est-ce que la gauche française a vraiment intégré l'économie de marché ? Est-ce que dans son discours, elle a accepté ce fait : l'économie de marché comme nécessité de l'État de droit ? »

Sans compter le petit rituel prospectif de nos fins limiers, qui ne peuvent s'empêcher d'enquêter sur la future élection présidentielle. Florilège :

- Léa Salamé (France Inter) : Question sur l'appli France Inter, Corentin vous demande [...] [si] vous pourriez soutenir Anne Hidalgo si elle devenait officiellement candidate de la gauche pour la présidentielle, ou est-ce que vous vous rangeriez derrière Emmanuel Macron comme la dernière fois ?

- Anne Fulda (CNews) : Est-ce qu'éventuellement, vous, vous pourriez envisager une candidature à la présidentielle ?

- David Pujadas (LCI) : Une dernière question simplement, vous rêvez toujours d'être Président de la République ?

- Patrick Roger (Sud Radio) : [« Être utile au débat public »], ça passe par quoi ? Par un engagement dans une équipe dans la prochaine présidentielle ou pas ?

- Ouest France : Manuel Valls candidat à la présidentielle, c'est de la science-fiction ?

Ad lib.

De son bilan politique dans le gouvernement de François Hollande, de son défilé au côté de l'extrême droite au moment des mouvements indépendantistes en Catalogne, de ses comptes de campagne épinglés par la Cour des comptes espagnole, il n'est jamais question, ou si peu. Une question glissée au milieu d'une interview à Ouest France (28 mars) ou à la toute fin de l'entretien sur France Inter (22 mars). Par deux fois, Manuel Valls se dérobe, par deux fois, les journalistes n'insistent pas. Courage, fuyons.

***

À l'occasion de la parution de son livre, Manuel Valls a bénéficié d'une véritable tribune médiatique. L'occasion, une fois encore, d'observer la fabrique d'un journalisme politique mimétique, dépolitisé et complaisant. Une tournée en forme de réhabilitation et de reconquête : Manuel Valls dit vouloir « revenir dans le débat public » ? Les grands médias s'exécutent. Mais dans Paris Match, il déclarait également : « Peut-être en ai-je aussi trop fait à certains moments ? J'aurais dû apprendre à manier le silence. » Là aussi, les journalistes auraient dû le prendre aux mots. Il n'est jamais trop tard !

Sophie Eustache et Pauline Perrenot


[1] « Au fond ce livre raconte presque un cri d'amour pour la France ! J'ai l'impression que vous avez l'air d'alerter ! De dire cette France-là est peut-être menacée aujourd'hui ! », TV5 Monde, 7 avril.

[2] Pour avoir dit, à propos des réunions non mixtes : « S'il se trouve que vient à cet atelier une femme blanche, un homme blanc, il n'est pas question de la ou le jeter. En revanche, on peut lui demander de se taire, d'être spectateur ou spectatrice silencieux », la journaliste Audrey Pulvar a subi une tempête médiatique que Samuel Gontier a chroniquée.

[3] « Les composantes élémentaires d'une panique morale, selon Erich Goode et Nachman Ben-Yehuda, sont la préoccupation d'un groupe devant un phénomène inquiétant, son hostilité à l'égard de ceux qui l'incarnent, le consensus entre ses membres sur sa réalité et sur la nécessité de « faire quelque chose » pour y mettre un terme, la disproportion entre les faits réels et leur perception au sein du groupe, et enfin la volatilité : la panique disparaît le plus souvent aussi vite qu'elle est apparue mais peut aussi, dans certains cas, changer de forme en devenant objet de politique publique. » Cité dans « L'ambiguité sociale des paniques morales », Lilian Mathieu, Sens-dessous, 2015. On peut également se référer à la catégorie plus spécifique des « paniques identitaires », étudiées dans l'ouvrage collectif Paniques identitaires. Identité(s) et idéologie(s) au prisme des sciences sociales, dirigé par Laurence de Cock et Régis Meyran (Les éditions du Croquant, 2017).


08.04.2021 à 10:00

Maxime Lledo en tournée : et la « grande gueule » devint coqueluche des médias

Pauline Perrenot
Texte intégral 4347 mots

Une carrière médiatique, ça se construit ! Depuis sa première émission des « Grandes Gueules » le 9 octobre 2017 – « la réalisation d'un rêve », à 19 ans – Maxime Lledo n'a pas chômé. Il a parlé de tout ou presque, fait des vocalises et jonglé avec son arrogance. Jusqu'à la double consécration : un livre chez Fayard – Génération fracassée. Plaidoyer pour une jeunesse libre ! – qui lui a valu une tournée médiatique dans les règles de l'art. Fascinés devant ce bon client, les journalistes ont réussi le tour de force de le hisser au rang de porte-parole de la jeunesse miséreuse.

C'est une « Grande Gueule » depuis octobre 2017. Le prototype « étudiant » façon RMC. « Jeune dynamique », la gouaille qui va bien, une légitimité auto-octroyée à s'exprimer sur tous les sujets, et l'ambition du parfait client. D'ailleurs, dès son entrée dans le PAF, Maxime Lledo a immédiatement « fait événement ». À l'époque, un autre genre de jeunes dynamiques le conviaient en plateau pour le simple fait d'être « le benjamin des "Grandes Gueules" » et « le plus jeune chroniqueur de France ».

Une escroquerie médiatique

C'était le 18 octobre 2017 sur le plateau de Yann Barthès (« Quotidien », TMC). L'assurance du jeune premier semblait alors captiver les journalistes, s'amusant de ses expressions d'antan et de son « franc-parler » (l'impertinence est une notion toute relative chez Yann Barthès), et lui, bien heureux de régaler la galerie. « Quotidien » avait même réalisé un reportage : deux journalistes avaient été envoyés à Angers pour filmer Maxime Lledo au sortir de sa résidence étudiante à 5h23 du matin, avant de le suivre dans un train pour Paris, puis jusqu'aux locaux de RMC, où les deux « reporters » s'enquirent de ses « qualités » et « défauts » auprès de l'un des patrons des « GG », Alain Marschall. Le nombrilisme médiatique se mordant la queue.

Et à l'entendre faire son autoportrait, on comprend vite que les premières sont plus nombreuses que les seconds ! Bosseur, « [il] télécharge généralement la presse juste quand [il se] lève ». Lucide, il pense que « la richesse [des "Grandes Gueules"], c'est qu'on parle de tout avec tout le monde ». Critique, il affirme qu'« [il] ne bourrine pas encore assez sur certains sujets » : les GG « veulent qu'[il] l'ouvre encore un peu ». Intelligent, Maxime Lledo a vite appris. Deux mois plus tard, il dispense par exemple des leçons de marxisme à Philippe Poutou (porte-parole du NPA), qu'il qualifie sans bégayer d'« idiot utile du capitalisme », « pourri par [la] doctrine anticapitaliste » [1]. Trois ans plus tard, on peut même dire que le petit bourrin est devenu grand :

- Olivier Truchot (à propos de l'élection municipale de 2020) : Philippe Poutou à 12% ! Qui l'eut cru ? Le « phénomène Poutou » à Bordeaux, comment vous l'expliquez Maxime Lledo ? Ça te fait rire !

- Maxime Lledo : Oui, ça me fait rire ! Pour plusieurs raisons. Déjà, Philippe Poutou, c'est quelqu'un qui me donne envie d'être un grand patron, de virer mes employés et de délocaliser. […] À chaque fois qu'il dénonce des choses, ça me paraît tellement… tellement bête parfois, tellement absurde, tellement coupé d'une réalité ! (« Les grandes gueules », 21 février 2020.)

Élégante tirade, seulement deux semaines après que Philippe Poutou – et 849 travailleurs avec lui – avaient été (réellement) licenciés de l'usine Ford-Blanquefort.

Et puis, fort de son contact avec « la réalité », éveillé par de moult « clashs » et de riches bavardages, Maxime Lledo a commis un livre. Comme bien des « grandes gueules » avant lui. Et avec l'aide d'une autre « grande gueule », puisque son éditrice n'est autre qu'Isabelle Saporta – sa consœur sur RMC donc, mais également chroniqueuse multicarte sur BFM-TV après un passage trop court sur le service public (entre autres).

Un livre sur « la jeunesse ». Et la jeunesse qui souffre. De ça aussi, Maxime Lledo est spécialiste. Il l'avait d'ailleurs prouvé cinq ans auparavant au moment de choisir, entre trois, le sujet qui allait lui valoir un recrutement chez les « Grandes Gueules ». « La baisse des APL : les étudiants sont-ils maltraités ? », « Êtes-vous déçu par Emmanuel Macron ? » ou « Le terrorisme a-t-il changé vos habitudes de vie ? » Réponse du jeune anticonformiste : Emmanuel Macron. « Parce que les APL, je pensais que ça allait être déjà assez choisi, qu'on en avait déjà assez parlé. » Au contraire d'Emmanuel Macron. Mais « Emmanuel Macron, ce n'est pas forcément là où on allait attendre un jeune de 19 ans. La politique, ça ne fait pas jeune. » [2] Son avenir médiatique semblait écrit.

On mesure aussi toute sa révolte contre la précarité étudiante à son empathie pour les jeunes livreurs Deliveroo et Uber Eats [3], lorsqu'en août 2019, les premiers appelaient les clients au boycott pour dénoncer une baisse de 30 à 50% de leurs rémunérations :

Uber Eats, c'est une révolution ! Il faut bien être conscient de ça. Certes, c'est une application pour la flemme, mais c'est l'application de la régalade, du plaisir. […] C'est une certaine vision du luxe moderne qui entraîne certes, parfois en effet, quelques déconvenues [4] au sein de la société, j'en conviens, mais finalement, qu'est-ce que quelques coups de pédales pour un très bon tacos chaud ? (« Les Grandes Gueules », 9 août 2019 - ici en vidéo.)

Voilà qui valait bien un accueil (médiatiquement) retentissant pour le livre de Maxime Lledo sur la « génération fracassée », et l'intronisation de ce dernier comme « porte-parole de ses camarades d'infortune ».

Au cœur du torrent

Car ce sont bien là les mots de Judith Waintraub pour Le Figaro Magazine, là où tout a commencé. Quatre pleines pages, le 26 février, où se succèdent un portrait (« Libre comme Maxime Lledo ») et les bonnes feuilles de l'opus. Comme l'augurait le titre, la journaliste n'a pas laissé l'emphase au placard. Célébrant « une exploration sans complaisance du conflit des générations qui point », elle magnifie « le mécontemporain qui a "démissionné de son époque" pour fuir une violence idéologique qui le navre ». Les témoignages d'amis s'empilent : son éditrice, son patron – vantant un jeune « atypique […] qui cite François Sureau et qui est fan de Natacha Polony » – en passant par « son copain de fac » et… Nicolas Bedos (« Maxime est un garçon brillant et courageusement libre »), accablé comme Maxime Lledo par « les imprécations » du monde moderne et de « l'ordre sanitaire ».

Les bonnes feuilles qui suivent ne font pas tâche dans Le Figaro Magazine : BHLien, Maxime Lledo se révolte contre « les » médecins, déplorant qu'« on [ait] passé beaucoup trop de temps à écouter des gens nous reprocher d'essayer d'être heureux. Mais enfin, foutez-nous la paix. » Onfrayien, il affirme qu'« en France, ce n'est pas que l'on ne peut plus rien dire. C'est presque pire. » [5] Finkielkrautien, il tacle les « prières venant des apôtres écologistes », étrille les « néoféministes » et pleure sur l'abandon de « l'universalisme ». Enthovenien, il critique « les plateaux télé et les radios [où] se succèdent les mêmes personnes aux théories douteuses : Rokhaya Diallo en tête » (sic).

Sans oublier de se vivre, à l'instar de tous ces maîtres-à-penser, comme un lanceur d'alerte pour « sa » génération, qu'il décrète « anesthésiée » : « Le plus inquiétant, c'est la résignation. […] On a entendu les professeurs […] se mettre en grève, […] mais on n'a jamais entendu les élèves. » C'est normal : lorsque collégiens et lycéens recevaient des coups de matraque comme seule réponse aux revendications sanitaires qu'ils défendaient pour leurs établissements, Maxime Lledo avait « Grandes Gueules ». Bref, dit Judith Waintraub : « Pas de doute, le "jeune réac" ira loin ». On le craint, en effet.

« Loin », et tout près en même temps. Car dans l'écosystème médiatique, l'entretien du Figaro Magazine a sonné l'Angélus. Cinq jours plus tard, c'est Le Monde (3 mars) qui y va de ses éloges, saluant un « livre coup de poing », et « un cri de colère générationnel » qui « alerte sur le mal de la jeunesse depuis le début de la crise sanitaire ». Que des journalistes du Monde aient dû attendre Maxime Lledo et le 3 mars 2021 pour être « alertés » sur la situation des étudiants est une autre affaire ! Reste que l'éditrice, polie, n'oublie pas de dire merci pour le service après-vente :

Et de la presse, Maxime Lledo passa au petit écran. Il débute même avec un gros tremplin sur France 5, puisque l'émission très prescriptrice « La Grande librairie » [6] le reçoit le 3 mars (toujours). Et François Busnel est ravi :

Place aux jeunes ce soir ! La jeunesse d'aujourd'hui, que pense-t-elle ? Comment vit-elle dans ce monde frappé par le Covid ? Quels sont ses idéaux et ses idées hautes ? On en parle souvent de la jeunesse, mais au lieu d'en parler, on ferait peut-être mieux de l'écouter. […] C'est vous la jeunesse ! Je vous le demande : est-ce qu'elle a encore la fièvre ?

Et « la jeunesse » de répliquer :

Je ne peux pas ne pas écrire un livre, et avec la petite tribune médiatique que j'ai, ne pas essayer d'expliquer un peu la rumeur du monde.

Modestement. Doté d'un fort sens de l'humour, le chroniqueur des « Grandes Gueules » profitera même de cette autre tribune pour faire l'éloge de « la nuance » et alerter sur l'avenir de la « liberté d'opinion ou de donner son avis, soumis à énormément d'aléas. À la radio, je le sens aussi ». Un festival d'inepties qui ne semble pas perturber le présentateur, déjà conquis en début d'émission, « impressionné, tant par l'originalité et la qualité de [sa] plume que par la finesse de [son] analyse. » [7]

Et l'histoire ne s'est pas (du tout) arrêtée là. Le lendemain, le 4 mars, Maxime Lledo est à 7h45 dans la matinale de France Inter face à Léa Salamé. Il en part juste à temps pour rejoindre les locaux de RMC à 9h, où il réalise une promo-maison sur le plateau des « Grandes Gueules ». Puis, à 19h, France 5 (« C à vous ») lui ouvre de nouveau ses portes. Et à 19h45, le « jeune fracassé » se rend dans les studios d'Europe 1, où Julian Bugier l'attend comme son « invité actu ». À épingler également dans le bilan du 4 mars, un article dans la presse locale : « La "Grande Gueule" des Sables-d'Olonne, Maxime Lledo, star des plateaux TV pour la sortie de son livre » (Les Sables, Vendée Journal).

Le marathon reprend cinq jours plus tard. Le 9 mars, il effectue un bref passage dans le « 12h45 » de M6 avant de se rendre chez son amie « grande gueule », Pascal Perri, qui anime une quotidienne, le « Perri Scope », sur LCI. Et le même jour, le journal libéral Contrepoints lui consacre un article louangeur, célébrant « un cri vibrant, une charge virulente et sans concession au sujet d'une jeunesse en souffrance, contre une certaine forme de mépris et les discours moralisateurs. »

Le 10 mars, c'est la diète : on le verra uniquement sur Paris Première, où il « débat » avec Éric Zemmour et Éric Naulleau dans l'émission qui porte humblement leurs noms. Mais tout redémarre le 11 mars. Le Point chronique le livre et l'étudiant, Le Figaro en remet une couche via une interview façon « Brut » diffusée sur les réseaux sociaux, et Le Courrier de l'Ouest sonne la révolte : « "Né trop vieux dans un monde trop jeune", Maxime Lledo réclame le droit à la nuance ». Pour parfaire sa journée, Maxime Lledo se rend de nouveau sur LCI, cette fois sur le plateau de David Pujadas, en compagnie de Louis de Raguenel (ex Valeurs actuelles, désormais chez Europe 1) et de Jean Quatremer.

Le 12 mars, le chef du service politique de France Inter Yaël Goosz parle du livre dans sa chronique « La semaine politique ». Le 13 mars, Maxime Lledo retourne pour la troisième fois sur LCI dans l'émission « Le Brunch » et le 15 mars, pour la troisième fois également, il est accueilli sur France 5 dans l'émission « C ce soir », intitulée pour l'occasion… « À la recherche de la jeunesse perdue ». Le matin du 15 mars, Maxime Lledo était également l'invité de la matinale de Sud Radio, où le copinage allait bon train :

- Cécile de Ménibus : « Les Grandes gueules » qu'on embrasse bien entendu !

- Patrick Roger : Salut les GG ! Refilez-nous quelques-uns des auditeurs, qu'ils viennent se balader et écouter Sud Radio. Et qu'ils naviguent sur les ondes, c'est ça aussi le monde des médias !

Puis, le 16 mars, il est l'invité de Laurence Ferrari dans « Punchline » sur CNews et le 18 mars, c'est au tour de Valeurs actuelles de lui consacrer son encadré « Le livre ». L'hebdomadaire a notamment fort apprécié que l'étudiant « se lâche sur les néoféministes comme Alice Coffin, les antiracistes comme Rokhaya Diallo ». Et de poursuivre la promotion : « Le titre pouvait laisser croire à un jeunisme débridé truffé de complaintes. Ce n'est en fait pas le cas. L'ouvrage de Maxime Lledo […] est en fait un appel à la rébellion d'une jeunesse muselée ». On rit. Le 19 mars, Marianne ne résiste pas aux sirènes du conformisme, proposant à ses lecteurs une pleine page d'entretien avec le jeune écrivain. « Un brûlot aussi vif qu'excessif », mais qui bénéficie néanmoins, comme (presque) partout ailleurs, d'une page de publicité. C'est également le cas sur TV5 Monde le 22 mars, et dans le Figaro Étudiant le 26, qui donne le clap de fin en publiant une nouvelle interview.

Mimétisme, cirage et copinage

Aux yeux de tous ces journalistes, Maxime Lledo est donc le visage de « la jeunesse ». Aucun d'entre eux n'aura l'idée – et pour cause ! – de réellement questionner sa légitimité ou le statut de sa parole. Ni de lui rappeler ses pamphlets contre les organisations étudiantes – et notamment l'Unef – diffusés à l'antenne de RMC [8]. Car les journalistes adorent les francs-tireurs, surtout ceux qui leur ressemblent. À tel point que les interviews tournent souvent au burlesque. Comme sur Sud Radio, où Maxime Lledo remet en cause le « porte-parolat » symbolique qu'a pu incarner Adèle Haenel dans les luttes féministes :

- Maxime Lledo : Je dis juste que se lever et la considérer comme une égérie… Elle a le pouvoir de le faire, le pouvoir des caméras, le pouvoir médiatique, le pouvoir du cinéma. Est-ce qu'il faut la considérer comme une égérie ? […] La caissière qui subit des pressions, est-ce qu'elle peut se lever et dire « la honte ! » ? Est-ce qu'elle peut se barrer comme ça au détriment d'un salaire ? Je ne suis pas sûr, donc c'est un peu ça que je dénonce.

- Cécile de Ménibus : Elle, et toutes les égéries cosmétiques dont vous parlez, qui font des tribunes et qui ne sont pas sur le terrain !

- Maxime Lledo : Bien sûr ! Et de toutes les causes ! […]

- Cécile de Ménibus : C'est de l'entre-soi ?

Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois.

Et l'esbrouffe est imputable au moins autant au chroniqueur des « Grandes Gueules » qu'aux journalistes qui lui servent la soupe. « J'hésite à offrir votre livre à mon fils qui a 17 ans, parce que ça va le radicaliser un peu plus ! […] Par ailleurs, vous êtes brillant ! » s'esclaffe Anne-Élisabeth Lemoine (France 5). « C'est en train de devenir une petite sensation littéraire, est-ce que ça vous étonne déjà que votre livre rencontre un tel succès ? » bave Julian Bugier (Europe 1). « De quel homme ou femme politique vous sentez-vous proche ? Qu'est-ce que vous voulez, devenir Président de la République ? » ose Léa Salamé (France Inter). Mais rien ne vaut le lyrisme d'Éric Naulleau (Paris Première) : « C'est avec reconnaissance que les vieux mousquetaires, occupés depuis si longtemps à ferrailler contre les nouveaux gardes du cardinal, voient un jeune D'Artagnan surgir pour leur prêter main forte. […] Et de frapper d'estoc et de taille les égarements d'un néoféminisme […] ! Et de parer les plus secrètes bottes du politiquement correct […] ! »

Sans oublier le plaisir que prennent les intervieweurs à lire les uns après les autres le même extrait du livre, dans lequel Maxime Lledo s'emporte contre « la » génération de 68 : « Vous avez des mots très durs sur la génération précédente, les soixante-huitards ! » lance Léa Salamé ; « Vous en avez particulièrement contre la génération de 68 ! » tonne Anne-Élisabeth Lemoine ; « Vous attaquez donc frontalement la génération de 68 ! » tousse Julian Bugier.

Et la farce se répète à chaque interview. Démonstration :

- Le 4 mars à 7h45, Léa Salamé (France Inter) : Vous donnez les témoignages de tous vos amis : une jeune canadienne qui perd son stage et qui revient à Paris, votre frère qui ne trouve pas de boulot, ceux qui prennent des anti-dépresseurs, ceux qui font des tentatives de suicide. J'entends ce que vous dites mais n'avez-vous pas l'impression qu'il y a quand même une prise de conscience depuis quelques semaines de ce que traversent les jeunes ? Le programme du gouvernement « un jeune, une solution », les repas à 2 euros, l'appel ce matin dans Le Parisien de 158 personnalités pour sauver les jeunes. Vous n'avez pas l'impression qu'il y a une prise de conscience là ?

- Le 4 mars à 19h, Marion Ruggieri (France 5) : Dans ce livre Maxime, vous livrez les témoignages de vos amis : une jeune canadienne qui perd son stage, qui est obligée de rentrer à Paris, votre frère qui ne trouve toujours pas de travail, certains sont sous anti-dépresseurs, vous parlez même de tentatives de suicide. Alors vous le disiez tout à l'heure : "On a été méprisé par le gouvernement pendant un an". Pourtant, certaines choses ont été faites ces derniers temps : par exemple, les repas à 2 euros. C'est un début ? C'est trop timide pour vous ?

Et c'est ainsi que les journalistes confisquent la question de la précarité étudiante, sélectionnant les « interlocuteurs » légitimes : Maxime Lledo, le gouvernement et 158 personnalités qui s'affichent en Une du Parisien – parmi lesquelles de nombreux jeunes désœuvrés, comme Jean-Hervé Lorenzi, Muriel Pénicaud, Éric Naulleau, Jean-Michel Aulas, Xavier Niel et moults autres PDG.

Rideau !

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De l'ode au « burger revisité de McDo » à sa déclaration d'amour pour Nicolas Sarkozy, en passant par son indignation face à l'« immigration incontrôlée » et sa détestation des grèves, Maxime Lledo a fait ses armes sur RMC. Il peut désormais ajouter à sa pièce de théâtre une promotion marketing orchestrée par la quasi-totalité du système médiatique. Un royaume d'entre soi, où se renvoient les ascenseurs et où s'entre-congratulent les copains. Un royaume de l'esbrouffe, où citer Bernanos et Camus en prenant un air inspiré suffit à s'ouvrir le cœur de journalistes béats. Un royaume de faussaires, où un chroniqueur rémunéré par les « Grandes Gueules » et entrepreneur de causes peut être invité pour vendre son produit, adoubé pour porter la parole d'une jeunesse dans la misère. Bref, le royaume des grands médias. Au moment de débuter dans le sérail, Maxime Lledo racontait à Yann Barthès son amour de la « parlote » qui, disait Jacques Brel, « d'un faussaire fait un orfèvre » : « Je faisais chier mes parents, mes amis, donc je me suis dit : "Tiens, si j'allais en faire chier d'autres". » Ça, au moins, c'est réussi.

Pauline Perrenot


[1] « Le grand oral de Philippe Poutou », RMC, 18 décembre 2017. Et plus particulièrement la séquence débutant à 23'40.

[2] « Quotidien », 18 octobre 2017.

[3] Chez Uber Eats, les travailleurs (parfois des collégiens et lycéens illégalement embauchés) ont en moyenne 26 ans selon une enquête de Libération, « Plateformes de livraison : pour les mineurs, une course à l'argent facile », 3 mai 2019.

[4] On n'ose imaginer, dès lors, comment Maxime Lledo aurait qualifié la mort d'un livreur Uber Eats de 19 ans, survenue deux mois avant cette belle tirade. « Accidents, agressions… Les livreurs laissés sur le bord de la route », Libération, 3 juin 2019.

[5] Maxime Lledo est évidemment un proche et assidu collaborateur de la revue Front populaire de Michel Onfray.

[6] Dans l'étude « Les médias qui font vendre » (Livre Hebdo, 7 sept. 2018), « La Grande librairie » est considérée comme l'émission la plus influente sur l'achat d'ouvrages (selon 86% des libraires interrogés).

[7] Les louanges s'adressaient aux trois écrivains en plateau.

[8] Par exemple, le 29 octobre 2019 : « Les syndicats des étudiants, ils ne se battent pas pour les étudiants, mais pour faire de la politique ! L'année dernière, Unef, ils se sont battus pour le droit du travail, d'où ça nous a impactés ? Aujourd'hui, ils se battent pour la retraite, d'où ça nous impacte ? »


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