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10.06.2026 à 12:27

Pauline Perrenot
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Texte intégral (7011 mots)

Le capital médiatique fait le capital médiatique. Depuis janvier 2026 et la parution d'un livre-entretien avec un ponte du Figaro, Alain Finkielkraut est en tournée. Célébré depuis quatre décennies comme « l'un de nos plus grands intellectuels » (Léa Salamé), il est en outre sollicité en tant qu'expert de tout pour commenter « l'actualité ». Des séquences au cours desquelles la complaisance des journalistes nous rappelle le rôle des grands médias dans la sacralisation d'un acteur majeur de la fascisation du débat public.

« J'ai besoin d'être rassuré, s'épanche Alain Finkielkraut auprès de la présentatrice Élisabeth Quin. C'est d'ailleurs aussi pour ça que j'accepte de passer à la télévision. » Sur le plateau d'Arte ce jour-là (23/03), la séance de câlinothérapie dispensée par l'équipe de « 28 Minutes » lui aura donné entière satisfaction. La présentatrice s'est inquiétée de ses « vulnérabilités » ; bien sûr, elle « aurait adoré » qu'il évoque sa « passion pour Pierre Dac, insurpassable humoriste », mais elle a préféré solliciter l'avis de « l'ex-gauchiste devenu socialiste conservateur libéral » (sic) – auquel elle ne manque pas de donner du « cher Alain Finkielkraut » – sur les résultats des élections municipales. C'est dans cette ambiance tout en courtoisie, propre aux plateaux du « cercle de la raison », que les trois journalistes ont accueilli sans broncher les considérations du philosophe médiatique sur le « Paris des bobos et des logements sociaux ». C'est encore sans une once de contradiction qu'ils l'ont écouté analyser la défaite du candidat LFI François Piquemal à Toulouse [1] comme l'expression d'un « sursaut républicain de la gauche dreyfusarde et républicaine », et confier le « véritable réconfort » que ces résultats lui ont procuré. Cela non sans l'avoir au préalable félicité pour son dernier ouvrage, dans lequel Élisabeth Quin a su évidemment reconnaître quelques « passages très beaux, très émouvants, très surprenants ».

Le plateau d'Arte est loin d'être isolé : à l'occasion de la parution de ce livre-entretien conduit par le directeur délégué de la rédaction du Figaro, Vincent Trémolet de Villers, nombre de rédactions de presse écrite et audiovisuelle se sont postées au chevet de l'académicien-toutologue pour ausculter son « cœur lourd », le titre de l'essai. « Chacun de ses livres est un événement », reconnaît volontiers David Pujadas (LCI, 29/01), qui ne poussera pas l'audace jusqu'à caractériser la nature de « l'événement » en question, d'abord – si ce n'est exclusivement – médiatique. Depuis le 1er janvier 2026, ce sont au moins vingt recensions dans la presse, auxquelles s'ajoutent une quinzaine d'interventions télé et radio [2]. Produit du capital social et médiatique de Finkielkraut lui-même, cette tournée est également sponsorisée par la prestigieuse maison Gallimard, où Finkielkraut fut directeur de collection et qui accompagne depuis quarante ans son prêt-à-penser réactionnaire.

Car la marque médiatique « Finkie » aura bel et bien résisté à toutes les outrances. En 2021, ses propos sur l'affaire Olivier Duhamel lui avaient bien coûté son poste de chroniqueur sur LCI [3], mais de logorrhées xénophobes en éloges de Renaud Camus, il aura, contre vents et marées, conservé les grâces de France Culture. « Toujours plus sollicité, plus omniprésent, plus bavard, écrivaient Sylvie Tissot et Pierre Tevanian à propos des décennies 1990 et 2000, [Finkielkraut] n'a cessé de se caricaturer lui-même, de se droitiser, de se radicaliser en somme dans ce que Jacques Rancière a résumé sous le nom de "haine de la démocratie" : haine de la jeunesse, haine de la massification de l'enseignement, haine des cultures populaires, du féminisme, de la Gay Pride et plus généralement de tout ce qui est festif et de tout ce qui est revendicatif – et enfin, de plus en plus explicitement et obsessionnellement, haine du rap, de "l'immigration", des "banlieues" et de "l'islam". » Ainsi le philosophe est-il de longue date l'une des figures médiatiques les plus en pointe dans la banalisation des obsessions de l'extrême droite et la disqualification de « toute pensée progressiste ». Fast-thinker par excellence [4], il est indéboulonnable : livre après livre, il n'en finit pas d'être promu dans et par les grands médias.

« Éternel empêcheur de penser en rond »

Sur France 5, Thomas Snégaroff s'émeut ainsi de « passages sur l'amour qui sont très beaux » après avoir mis cartes sur table : « C'est un livre que j'ai beaucoup aimé, confie-t-il à son auteur. D'abord parce qu'il est très bien écrit, d'abord parce qu'il est très drôle aussi. » (« En société », 10/05) Même tonalité sur Franceinfo, où le poulain de BHL Nathan Devers ménage son (médiocre) effet de surprise : « Il y a un paradoxe Alain Finkielkraut dans votre livre, s'amuse-t-il. Il s'appelle "Le cœur lourd", mais quand on le lit, on a une impression de légèreté ou plutôt d'élévation. » (07/02) Ce sont également trois journalistes conquis qui se succèdent dans l'émission « 24h Pujadas » sur LCI (29/01). « [Ce livre] est une promenade en vérité, assez délicieuse il faut bien le dire, dans votre vie, dans vos sentiments », démarre David Pujadas, talonné par Ruth Elkrief pour la question qui fâche – « Est-ce que vous espérez retrouver un cœur léger ? » – et d'Hervé Gattegno pour la contradiction : « On vous admire en vous lisant. Et on admire votre façon de jouer avec les idées, avec la langue. ». De « La grande librairie » aux plateaux de CNews, la pugnacité des journalistes est à l'image de l'uppercut décroché par Benjamin Duhamel dans la matinale de France Inter : « Vous êtes encore un angoissé, un éternel angoissé à 76 ans, Alain Finkielkraut ? » Un registre dans lequel excelle plus que tout autre sa prédécesseuse, Léa Salamé : « Moi, j'ai grandi avec vos livres, j'ai à peu près tout lu », fayote l'éditocrate dans « Quelle époque » (France 2, 24/01), après avoir peut-être réalisé l'un des lancements les plus éloquents de sa carrière :

Léa Salamé : Je suis très contente de vous recevoir ! Ça fait presque dix ans qu'on ne vous a pas vu sur une émission du samedi soir. À l'époque, vous veniez tout le temps chez Ardisson, chez Ruquier. Là, ça fait longtemps que vous ne venez pas et vous n'étiez jamais venu dans « Quelle époque ». Je suis très contente de vous recevoir. Je vous ai beaucoup interviewé, Alain Finkielkraut, dans d'autres formats. Vous êtes l'une des personnes que j'aime le plus interviewer avec Fabrice Lucchini parce qu'on sait jamais ce qui va se passer et que vous mettez tellement d'intensité dans vos réponses qu'au moins, on se dit : « On ne va pas s'ennuyer ! ».

Tout en parlant d'elle-même, la journaliste donne la clé des invitations du philosophe : son aura médiatique, mais aussi le potentiel télégénique du « bon client » que savent exploiter les faiseurs de grands « moments »… médiatiques [5]. On tourne en rond !

« Finkie est encore là »

Dans la presse écrite également. Avec ce nouveau livre, son hagiographe attitré au Monde, Jean Birnbaum, ne pouvait pas ne pas découvrir « un homme différent de celui que l'on croyait connaître » et qui « se rafraîchit les idées » (05/02). « Un nouveau livre d'Alain Finkielkraut est toujours une bonne nouvelle », confirme Transfuge (18/02), plein de compassion face au « désarroi » de cet « enfant du siècle ». Dans le numéro de Marianne consacré à « la folie racialiste » de LFI (29/01), une journaliste prend le temps de flatter « un personnage attachant, à la personnalité réjouissante » et au « charme d'antan » (29/01). Challenges acclame des « entretiens libérateurs » (22/01), L'Express un « beau succès » témoignant de la « profonde intranquillité du philosophe » (05/03) et La Tribune dimanche, un livre « poignant et profond », « bellement littéraire » (15/02) – l'occasion pour l'auteur de cette recension de faire d'une pierre deux coups (de brosse à reluire) : « La subtilité du journaliste Vincent Trémolet de Villers fait merveille pour escorter et aiguiser l'intensité d'Alain Finkielkraut. »

On a là « deux esprits fins et sensibles » corroborent Les Échos (11/02), où Finkielkraut est décrit comme une « voix libératrice », « une lame essentielle au cœur sensible » ; « toujours soucieux de la nuance dans une époque où le sensationnalisme triomphe », poursuit le quotidien économique, qui pousse la facétie jusqu'à le qualifier de « penseur à contre-courant ». Un « éternel empêcheur de penser en rond », renchérit Paris Match (15/01), qui fait preuve d'un « courage » inébranlé « pour affronter l'idéologie dominante », insiste L'Express (05/03), et signe « une ode à la liberté de penser, y compris contre soi » selon Le Point (21/01), où le rédacteur en chef Saïd Mahrane ne tarit pas d'éloges à propos de cette « voix érudite, humble et anxieuse, mais d'abord vraie » : bref, un « homme généreux, car éducateur, qui, inlassablement, indique à tous où trouver la clé d'or ». Les entretiens-fleuve participent de la légende dorée. Ce sont par exemple six pages dans Lire magazine (01/02) et pas moins du double dans Valeurs actuelles (01/04) : couverture, interview et recension d'un ouvrage placé sous le signe de la « sagesse » d'un « homme qui ne parle de lui que pour mieux donner à voir la France ».

La presse d'extrême droite fait assurément dans la dentelle [6]. On entend parler de « subtile pudeur », de « tendresse » et « mélancolie » dans Le JDD (08/02) ; de « joie de vivre » et de « génie de la conversation féconde » dans le JDNews (25/02) : « Nous pourrions tous, je crois, disciples de "Finkie", nous rassembler dans un bouquin décrivant notre première rencontre avec lui, et pour les plus chanceux, raconter la naissance d'une amitié. » L'auteur de ces lignes, l'inénarrable Mathieu Bock-Côté, cultive au passage son entregent : il recevait le toutologue dix jours plus tôt sur CNews dans l'émission (naturellement) nommée « Face à Bock-Côté » (14/02), et le réinterrogera quelques semaines plus tard sur Europe 1 dans « Le grand rendez-vous » (24/05). Vous avez dit « circuit fermé » ? Quant à Causeur, ce sont pas moins de trois articles dithyrambiques qui paraissent en février, transportés « par la pensée rendue bohème d'Alain Finkielkraut » : « Finkie est encore là […], gentilhomme en partance vers un ailleurs pas encore tout à fait défini. » (09/02)

Néanmoins, la moisson ne fut nulle part meilleure qu'au Figaro. Promouvoir à la fois l'un de ses chefs, Vincent Trémolet de Villers, et l'un de ses intellectuels favoris – « invité d'honneur » du bicentenaire du quotidien, en janvier dernier ? Une aubaine ! Dans sa chronique du nouvel an rédigée sous forme de liste de vœux (1/01), Jean-Christophe Buisson espérait « un succès de librairie pour Le Cœur lourd ». Le Figaro s'en est donné les moyens. Cinq interviews/recensions en à peine trois semaines [7]... pour un même tapis rouge : l'un des livres « les plus poignants du philosophe », « sensible et profond » pour Alexandre Devecchio (23/01), « mélancolique et nuancé » aux yeux d'Eugénie Bastié (28/01), qui ne lésine sur rien à l'heure du copinage. « Être trop intelligent dans un monde livré à l'idiocratie vous expose à la tristesse », pontifie l'éditocrate, avant le bouquet final :

Eugénie Bastié : Ce livre est une consolation au milieu du sectarisme et de l'étroitesse d'esprit de nos contemporains. L'esprit de finesse au royaume des bourrins. […] Finkielkraut se fait avec élégance l'orfèvre d'un art oublié : celui du scrupule et de la nuance.

« Une manière de gauche d'être réactionnaire »

« Élégance », « finesse », « scrupule », « nuance » : autant de caractéristiques qui viennent immédiatement à l'esprit quand on pense « Finkielkraut ». Sur Public Sénat (27/03), Claire Chazal ajoute au cocktail un peu de « douceur » : « [Ce livre est] peut-être plus doux que les livres précédents que vous avez écrits ». Suivie par Isabelle Schmitz, dans Le Figaro (02/02), qui complète avec un soupçon de « sagesse » : Finkielkraut « se garde de l'hubris et des jugements hâtifs ». Bref, comme nous allons le constater par la suite, « il s'est juste un peu assagi » (Transfuge, 18/02). À cette mystification s'ajoute un autre exercice de zèle : Finkielkraut serait « de gauche ».

« Alain Finkielkraut et ses compagnons de traversée […] ont inventé une manière de gauche d'être réactionnaire », ose par exemple Claude Askolovitch dans Vanity Fair (29/04), au détour d'une « tentative de portrait » courant sur huit (interminables) pages, relevant plutôt d'une (nouvelle) tentative de réhabilitation contrite. Symptomatique de la posture de cette petite bourgeoisie journalistique ayant « le Finkielkraut un peu honteux », le portrait carbure à la dépolitisation. Comme souvent, il n'est question que de morale… et de copinage : « Vincent Trémolet de Villers est un homme gentil. J'apprécie l'affection qu'il porte à Alain Finkielkraut. » Mais aussi de complaisance et de narcissisme : Askolovitch reconnaît que l'académicien « est l'incarnation même de la réaction »… mais s'attendrit pour ses « bouffées de morale » et ses « élans d'amour ». Ou encore : « J'ai appris de lui que l'on peut aimer un homme que l'on désapprouve. Je le sépare de ses opinions », déclare le journaliste à qui de droit. « Je n'ai jamais voulu perdre Alain Finkielkraut. Le voudrais-je que je ne saurais pas », insiste-t-il, avant de garantir que lui-même, pour sa part, se trouve du « bon côté de la barricade » – gare au malaise : « Nous nous sommes parfois disputés. En 2013, il me reprochait à l'antenne de France Inter d'avoir offert une belle édition du Coran à la nounou de mon fils. » Bref, Asko écrit pour son copain Finkie, et nage dans le pathos pour se tranquilliser d'avoir Finkie comme copain.

L'ambiance est plus franche sur LCI (« 24h Pujadas », 29/01), mais le confusionnisme bat également son plein :

Hervé Gattegno : Dans cette identité malheureuse, il y a cette identité d'homme de gauche, vous la revendiquez encore aujourd'hui. Donc on sent que vous êtes un homme de gauche malheureux, mais vous avez une caractéristique par rapport à tous les hommes de gauche que nous connaissons, c'est que vous dites très peu de mal de la droite. Et donc je suis surpris de cela parce que pour exprimer votre malaise d'homme de gauche qu'on peut comprendre, et que vous argumentez fort bien, est-ce que vous ne passez pas complétement à côté de la critique de la droite ?

Il y a de l'idée !

Dans un mimétisme confondant, les journalistes jonglent les uns après les autres avec une poignée de citations, parmi lesquelles « une phrase dans votre livre qui nous a marqués, certifie Florence Paracuellos. Vous dites : "C'est parce que je suis de gauche que je ne suis plus de gauche". » (France Inter, 19/01) La scène se répète à l'identique dans un nombre incalculable de studios, et sans débat ni contradiction, Finkielkraut se contente alors généralement d'étriller LFI, de citer « la gauche danoise » en guise de modèle [8], de répéter l'idée qu'il se fait d'un deuxième tour idéal pour la prochaine élection présidentielle – Bruno Retailleau contre Raphaël Glucksmann ou Jérôme Guedj ! – mais aussi de prendre ses idoles à témoin, comme ici dans « C à vous » (France 5, 20/01) : « Mon maître à penser en cette matière [la gauche, NDLR], c'est Jacques Julliard, un homme de gauche. Pendant ses dernières années, il écrivait un éditorial dans Le Figaro et la gauche aurait dû s'interroger sur cette trajectoire. » Défense de rire. On le pourrait si parmi tous ces entretiens audiovisuels, il existait quelque journaliste disposé à siffler la fin de la récré. Las, la plupart d'entre eux – comme bon nombre de responsables politiques – préfèrent l'introniser « politologue », et même le légitimer en tant qu'arbitre de la gauche partisane en France.

Enfin, alors que Finkielkraut fut un fervent soutien de l'État d'Israël après le 7 octobre 2023 [9], mais également l'un des artisans de l'amalgame mortifère entre Juifs et Israël [10], il tient désormais le beau rôle en plateau. Comme face à tous les résistants de la 25e heure, les journalistes ne manquent pas d'applaudir le courage avec lequel il dénonce les « répugnants fanatiques » du gouvernement Netanyahou (Europe 1, 24/05) ou les destructions d'oliveraies de Cisjordanie par les colons [11]. Pour Claude Askolovitch, cela suffit à panthéoniser son homme : « Son public inattentif, qui depuis des années le prenait pour l'avocat inconditionnel des juifs et d'Israël, s'est étonné de le retrouver de gauche. » (Vanity Fair, 29/04) Il fallait oser.

« Élégance », « finesse », « scrupule » et « nuance »

Si nous nous sommes longuement attardés sur la complaisance journalistique et la poétique des recensions médiatiques, c'est pour montrer à quel point elles contrastent avec la brutalité parallèlement déployée par l'académicien dans son livre et chacune de ses interviews. Si prompts à dénoncer la « brutalisation » du débat et à stigmatiser des personnalités publiques, face à Finkielkraut, les journalistes préalablement cités ne mettent jamais le holà et renoncent à contrecarrer ses thèses. Comme en 2021 face à Zemmour, la grande presse fait œuvre de blanchisseuse : elle légitime le racisme et promeut la réaction. Finkielkraut l'« assagi » a donc toute latitude pour nous balader dans son musée des horreurs. Florilège garanti sans « jugements hâtifs », 100% « nuancé » et « doux ».

- Sur Trump. Finkielkraut le trouve passablement vulgaire, mais il s'incline devant sa politique internationale et n'hésite pas à saluer ses actions au Venezuela, en Iran, mais aussi à Gaza, où Finkielkraut nie catégoriquement le génocide, « une accusation épouvantable et totalement mensongère » : « Il n'y a évidemment pas eu de génocide à Gaza. […] Dans un génocide, il n'y a pas deux belligérants. Si le Hamas avait désarmé, la guerre aurait cessé tout de suite. » (Le Figaro, 05/02) Puis, entre quelques déplorations à propos de l'effondrement de la langue française, Finkielkraut assure que la « décadence woke » (« C à vous ») ébranle les États-Unis au même titre que la « décadence Maga » et que l'« idéologie trans » (« En société ») a écorné la campagne de Kamala Harris – sans réaction des journalistes sur aucun des deux plateaux.

- Sur Renaud Camus. Invité par CNews (14/02) à compatir avec le pamphlétaire néofasciste, Finkielkraut se dit « fatigué de ses surenchères conceptuelles » mais déclare qu'il le considère comme « le plus grand prosateur contemporain » et que « son Journal, démentiel, est aussi génial », avant de regretter sa mise au ban :

Alain Finkielkraut : Renaud Camus […] qui n'a plus d'éditeur, dont les libraires ne vendent jamais les livres […], jamais un compte rendu dans aucun journal, jamais aucune invitation médiatique ! […] L'ironie ultime, c'est que les ennuis lui sont venus du jour où il a parlé de « grand remplacement ». Or aujourd'hui, tout le monde parle de « grand remplacement », même Jean-Luc Mélenchon qui l'appelle de ses vœux ! Il veut […] un nouveau peuple pour en finir avec les Français de souche et pour lui-même accéder au pouvoir.

- Sur l'immigration. Naturellement, il alerte à l'envi sur le « changement démographique massif en France » et ne rate jamais l'occasion de disserter sur son nouveau concept – la « grande cause nationale » qu'il préconise : « la défense du droit à la continuité historique », consistant à « maîtriser l'immigration pour que la France ait une chance de persévérer dans son être » (La Tribune dimanche). Une rhétorique essentialisante, fondée sur des critères ethno-religieux, en partie, qu'il précise à l'antenne de « La grande librairie » en parlant d'une « époque de l'homogénéité culturelle, ethnique » sans qu'Augustin Trapenard ne tique ni ne lui réclame aucun compte. Mais aussi dans L'Express, lorsque l'intervieweur lui demande si « l'Europe [doit] revendiquer ses racines judéo-chrétiennes » :

Alain Finkielkraut : L'Europe devrait simplement consentir à son propre passé. Elle devrait comprendre que sa vocation n'est pas de déserter son être, mais […] de persévérer dans son être à une époque où elle est contestée par une autre civilisation extrêmement vigoureuse et de plus en plus présente en son sein, à savoir l'islam.

Aucun journaliste ne lui opposant de contradiction sérieuse, Finkielkraut se sent pousser des ailes, tout particulièrement dans les médias d'extrême droite. Sur Europe 1, il s'insurge contre « l'hospitalité inconditionnelle » prônée par les « adeptes du sans-frontiérisme » : « Au nom de l'égale dignité des personnes, certains considèrent aujourd'hui comme discriminatoire la distinction entre autochtones et étrangers. » Et chez Valeurs actuelles, il fustige le Conseil constitutionnel, coupable d'avoir « retourné le principe de fraternité contre la souveraineté populaire en interdisant aux législateurs d'ériger en délit […] l'aide à la circulation des étrangers en situation irrégulière. Voilà où nous en sommes : l'État de droit semble destiné à empêcher le droit de l'État. »

- Sur le fascisme et l'antifascisme. Sur CNews (14/02), alors que Finkielkraut s'« inquiète de notre avenir » en se demandant ce qu'il va « se passer en France si un candidat ou une candidate du Rassemblement national est élu en 2027 », sa réponse a le mérite de la clarté : « Un déchaînement des antifas. Nous courons ce risque-là. Non pas une résurgence du fascisme, mais une violence antifa sans limite, voilà ce qui peut nous attendre ! » Dans son entretien au « FigaroVox » (24/02), il déclare notamment que « depuis la chute du IIIe Reich, l'antifascisme n'est plus la résistance héroïque à un régime totalitaire, mais la lutte confortable contre une menace imaginaire », une « idéologie féroce et potentiellement criminelle qui transforme l'adversaire politique en ennemi du genre humain ». Et de réagir tout en « nuance » à la mort du militant néonazi Quentin Deranque : « Nos antifascistes sont des pogromistes qui se prennent pour des résistants. » A contrario, il reprendra le présentateur de RTL concernant cette même affaire :

Alain Finkielkraut : Je ne qualifierais pas comme vous Quentin Deranque de militant d'ultra-droite. C'était un homme, d'après ce qu'on peut savoir, qui était devenu catholique traditionnaliste. Il assistait aux messes en latin et on dit qu'il adhérait aussi à l'Action française. L'Action française est devenue un groupe totalement inoffensif qui a rompu complétement avec l'antisémitisme de Maurras.

Comme on peut le mesurer en lisant l'enquête en deux volets (ici et ) publiée par Ripostes (04/05/2025), celle de Streetpress (29/06/2023) à propos d'une organisation jouant le rôle d'« école des cadres réactionnaires », mais aussi divers articles portant sur les actions de l'organisation dans la période récente [12].

- Sur l'antisémitisme. Le philosophe médiatique a beau être fort peu lucide sur la question, sa parole est d'or sur les plateaux. Dans la continuité du concept de « nouvel antisémitisme » qu'il popularise depuis plus de vingt ans dans le débat public, il répète partout où il passe non seulement qu'« au Front national, l'antisémitisme est aujourd'hui marginal, résiduel », mais aussi qu'« il y a un parti antisémite en France, un seul, et passionnément antisémite comme l'a dit très justement Raphaël Enthoven, c'est La France insoumise. » (« C à vous ») Ou encore, dans Le Figaro (24/02) :

Alain Finkielkraut : L'antisémitisme en effet, n'est plus raciste, mais impeccablement antiraciste et revêt maintenant, dans les universités, les oripeaux de la vertu. Sous l'effet de la politique israélienne, on n'a pas seulement le droit, mais le devoir de haïr les Juifs jusque dans les hautes sphères de la pensée.

Le laisser-faire des journalistes s'explique du fait de la banalisation continue de tels propos au cours des trois dernières années, qui tiennent désormais lieu de prêt-à-penser. Ainsi les journalistes avalisent-ils et reprennent-ils à leur compte la moindre de ses outrances :

Isabelle Schmitz : Le vieil antisémitisme français associé à la droite est désormais passé à gauche […]. Celui qui frappe aujourd'hui en France est, affirme Finkielkraut, « un antisémitisme d'importation », qui rejoue en version miniature le drame du 7 Octobre. [Le Figaro, 02/02)]

Bien sûr, le philosophe n'oublie pas d'injurier et de diffamer à tour de bras. Quand il ne qualifie pas Jean-Luc Mélenchon de « Le Pen de la politique contemporaine […], c'est du "Durafour crématoire" d'extrême gauche », il répète à l'envi que Thomas Portes, Aymeric Caron, David Guiraud ou encore Raphaël Arnault sont des « antisémites passionnés et patentés » (RTL). Là encore, aucun commentaire des journalistes, pas plus qu'ils n'en expriment lorsqu'il déclare sur Franceinfo :

Alain Finkielkraut : Que feront les juifs, imaginez, si par malheur Jean-Luc Mélenchon et avec lui David Guiraud, Rima Hassan, Thomas Portes et d'autres arrivent au pouvoir ? C'est ce que disait Robert Badinter avant de mourir : il faut se tenir prêt à partir à temps.

- Sur La France insoumise. Sa détestation viscérale de la gauche se décline sur d'autres terrains, mais repose toujours sur un suprémacisme bourgeois (à travers sa haine de l'égalité) et racial (à travers ses obsessions identitaires). Parmi tous les entretiens parcourus, la seule fois où Finkielkraut parle de classe sociale par exemple, c'est sous un angle identitaire (et imbitable) : « Les quartiers populaires, assure-t-il sur France 2, c'est tout le contraire des classes populaires : c'est des quartiers d'où les classes populaires sont parties parce qu'elles ont perdu la guerre des yeux. » Sur France Inter, il affirme encore que « la gauche […] a trahi tous ses principes fondamentaux l'un après l'autre : la laïcité d'abord […] ; elle a trahi l'école, c'est l'égalitarisme qui tue l'égalité des chances ; elle a trahi la République, elle oublie la nation au profit de l'hospitalité inconditionnelle ». Les journalistes laissent couler. Un seul d'entre eux osera une remontrance. Ironie du sort : ça se passe chez Bolloré. Alors que Finkielkraut s'emballe contre la « francophobie » de Mélenchon – une « francophobie déchaînée ! On ne doit plus parler français ; le français, c'est fini ; la langue française, c'est fini ; on doit parler créole ! » –, Stéphane Dupont des Échos ose d'une petite voix : « Vous exagérez un petit peu là, non ? » Si peu…

***

À l'heure où la lutte contre l'empire Bolloré mobilise de plus en plus largement, il n'est sans doute pas inutile de rappeler que la banalisation/promotion de l'extrême droite opère via d'autres mécanismes. La saturation de l'espace médiatique par l'un des « intellectuels » jouant depuis des décennies un rôle moteur dans la fascisation du débat public en est un – et le tapis rouge que lui déroulent les journalistes les plus en vue, son accélérateur. Et ce n'est pas là la moindre des « complicités » journalistiques… car celle-ci concerne la quasi-totalité des grands médias.

Pauline Perrenot

Annexe : Finkielkraut tour 2026

Le Figaro, 15/01, 23/01, 28/01, 02/02, 05/02 ; Paris Match, 15/01 ; France Inter, « Le grand entretien », 19/01 ; France 5, « C à vous », 20/01 et « La grande librairie », 18/03 et « En société », 10/05 ; Le Point, 21/01 ; Challenges, 22/01 ; France 2, « Quelle époque », 24/01 ; LCI, « 24H Pujadas », 29/01 ; Marianne, 29/01 ; Lire magazine, 01/02 ; Le Monde, 05/02 ; Le JDD, 08/02 ; Franceinfo, « Le pour et le contre », 07/02 ; Les Échos, 11/02 ; CNews, « Face à Bock-Côté », 14/02 et « L'heure des pros », 25/03 ; La Tribune dimanche, 15/02 ; Transfuge, 18/02 ; RTL, « Journal inattendu », 21/02 ; JDNews, 25/02 ; L'Express, 05/03 ; BFM-TV, 19/03, 05/05 ; Arte, « 28 Minutes », 23/03 ; Public Sénat, « Au bonheur des livres », 27/03 ; Valeurs actuelles, 01/04 ; Vanity Fair, 29/04 ; Europe 1, « Le grand rendez-vous », 24/05.


[1] Battu par le maire sortant divers droite (ex LR) Jean-Luc Moudenc, soutenu (entre autres) par le Medef et le patronat local, dans une campagne marquée par de fortes opérations de désinformation mais aussi d'ingérence israélienne.

[2] Voir la liste en annexe.

[3] Accusé d'inceste sur son beau-fils de 14 ans par Camille Kouchner – dans son ouvrage La familia grande (Seuil, 2021) –, Olivier Duhamel reconnaîtra les faits trois mois plus tard. Quelques jours après la parution de ce livre, Alain Finkielkraut déclarait sur LCI qu'« on n'a pas les éléments. Y a-t-il eu consentement ? À quel âge cela a-t-il commencé ? Y a-t-il eu ou non une forme de réciprocité ? On parle d'un adolescent. Ce n'est pas la même chose [qu'un enfant]. » (11/01/2021)

[4] Pierre Bourdieu le cite en exemple dans Sur la télévision, Raisons d'agir, p. 32.

[5] D'après cet aveu-culte de Léa Salamé sur Konbini (19/04/2023) : « Le plus important, évidemment que c'est pas la question, mais c'est le moment. C'est même pas la réponse, c'est le moment. C'est-à-dire que peu importe la question, peu importe la réponse, il faut qu'il y ait un moment. […] Moi, mon obsession le matin sur Inter, par exemple, c'est qu'il y ait un moment. C'est pas d'aller chercher et déceler la vérité, c'est qu'il y ait un moment et que l'auditeur soit surpris. […] Pour moi, un bon journaliste, c'est quelqu'un qui va faire un moment, où il va se passer un truc. »

[6] Il est intéressant de noter que sur la page internet du livre, si Gallimard ne manque pas d'épingler des citations tirées de médias à ses yeux fréquentables, la maison d'édition se garde bien d'y joindre les applaudissements de Causeur, Valeurs actuelles, CNews… ou encore ceux de l'Action française.

[7] Un grand entretien croisé avec Sylvain Tesson (15/01) ; un portrait signé Alexandre Devecchio dans Le Figaro Magazine où Finkielkraut trône à la Une (23/01) ; une chronique d'Eugénie Bastié (28/01) ; une recension d'Isabelle Schmitz pour Le Figaro Histoire (02/02) et un entretien dans l'émission du « Club le Figaro » sur Le Figaro TV trois jours plus tard, animée par… Eugénie Bastié (05/02).

[8] Celle qui n'aura cessé d'extrême droitiser sa politique migratoire notamment, et qui assume un rôle moteur dans la politique déshumanisante et meurtrière menée par et au sein de l'Union européenne, c'est-à-dire une politique « d'enfermement massif », « d'externalisation », « de dissuasion, coercition et criminalisation » (Migreurop, 26/03). Une politique qui satisfait d'autres gauchistes notoires, parmi lesquels Dominique Reynié (Fondapol, janvier 2023).

[10] Comme on peut le constater avec cette déclaration tirée du Cœur lourd, que citent d'ailleurs tous les journalistes en plateau (sans voir le problème) au moment d'acclamer sa critique du gouvernement Netanyahou : « Face à cet antisionisme virulent qui tourne à l'antisémitisme, je suis solidaire d'Israël. Mais de quel Israël ? Entre les héritiers d'Yitzhak Rabin et les disciples de son meurtrier, je ne peux pas ne pas choisir. C'est encore cela, "le cœur lourd". Pour la première fois de notre histoire, nous devons faire face à la haine sans avoir la consolation de l'innocence. » (Nous soulignons).

[11] C'est le phénomène que Finkielkraut mentionne quasi systématiquement : jamais on ne l'entend parler, par exemple, de l'assassinat des Palestiniens par les colons ou l'armée israélienne.

[12] Par exemple à Stains, en 2022, ou à La Roche-sur-Yon, en 2024, à l'occasion d'une manifestation contre le droit à l'avortement.

08.06.2026 à 17:06

Nils Solari
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Des « élections dont tout le monde se fout royalement ».

- Politique /
Texte intégral (627 mots)

Des « élections dont tout le monde se fout royalement ».

Des élections ont eu lieu fin mai dans l'indifférence médiatique. Visant à désigner 77 délégués consulaires et 443 conseillers des Français de l'étranger répartis dans 130 circonscriptions à travers le monde, les élections consulaires se sont tenues du 22 au 31 mai. Au total, ce sont près de 1,7 million de Français résidant à l'étranger qui étaient appelés aux urnes afin d'élire leurs représentants auprès des ambassades et consulats, pour un mandat de six ans. Les conseillers prendront part à l'élection des 12 sénateurs représentant les Français établis hors de France lors des élections sénatoriales de septembre.

Le scrutin n'est donc pas sans enjeu politique… mais les médias n'en ont quasiment pas parlé. Hormis, notamment, LCP (05/04), l'AFP (22/05) [1] ou La Croix (22/05), les rares articles sur le sujet paraissent surtout la veille ou le dernier jour du vote… voire après le scrutin : La Croix, le JDD (30/05), Le Monde, Mediapart (31/05), Le Républicain Lorrain, Libération, Les Échos (04/06), Marianne (05/06)…

« Peu médiatisées en France » (Le Monde), « scrutin discret » (Les Échos), « quasi-indifférence médiatique » (JDD), ou, même, des élections « dont tout le monde se fout royalement » (« Quotidien », 28/05) : au moins les grands médias font-ils preuve de lucidité les concernant.

Iront-ils jusqu'à se remettre en question ? Avec leur pouvoir de mise à l'agenda, les médias jouent un rôle déterminant dans la sélection des informations ; ils constituent, en tant qu'animateurs du débat public, une médiation clé pour que les électeurs et électrices connaissent les modalités de vote, les enjeux qui lui sont liés, les choix politiques qui s'offrent à eux. Mais dès qu'ils se trouvent privés de sondages, de « punchlines » et des principaux éléments constitutifs de la « course de petits chevaux », les médias regardent ailleurs.

Nils Solari


[1] Dépêche reprise entre autres pas Les Échos ou le HuffPost.

05.06.2026 à 10:49

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Communiqué de l'intersyndicale.

- Actes et actions
Texte intégral (950 mots)

Acrimed soutient l'initiative de l'intersyndicale pour une journée de mobilisation « pour combattre les dangers qui menacent l'information, pour refuser les plans sociaux et défendre une information de qualité ». Nous reproduisons ci-dessous leur communiqué.

Toutes et tous à Paris le 18 juin pour défendre les métiers de l'information, piliers de la démocratie

Le jeudi 18 juin, les syndicats SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes, le SGJ-FO, la Filpac-CGT, le SNPEP-FO, Info'Com-CGT appellent l'ensemble des salariés des médias à rejoindre ce cortège et à se mobiliser collectivement pour combattre les dangers qui menacent l'information, pour refuser les plans sociaux et défendre une information de qualité.

Depuis le début de l'année, les tempêtes se succèdent dans le monde des médias : des suppressions de postes par centaines, une précarisation croissante des métiers de l'information, des salarié·es remplacé·es par l'intelligence artificielle, des émissions arrêtées en raison des restrictions budgétaires, des pressions de toutes parts mettant en cause l'indépendance des rédactions, notamment de la part d'éditeurs milliardaires, d'extrême droite entre autres…

Ces difficultés doivent inquiéter l'ensemble des citoyens. Car elles mettent gravement en danger l'information de qualité que tout citoyen et citoyenne est en droit d'attendre dans une démocratie.

Lecteur et lectrice, internaute, auditeur et auditrice, téléspectateur et téléspectatrice, vous ne trouvez plus votre village dans les pages de votre quotidien régional, vous constatez que votre magazine est moins épais et avec des articles tous écrits de la même façon, que les flashs infos sont moins nombreux, les reportages vidéo moins développés par manque de temps… Ce n'est pas qu'une impression : les conditions de travail se sont fortement dégradées. Elles mettent désormais en péril la qualité de l'information.

Ces plans menacent désormais les emplois de journalistes, infographistes, documentalistes, correcteurs, monteurs vidéo, caméramans, rotativistes, techniciens ou personnels administratifs…

À travers les dangers qui menacent l'information, c'est une question de vie ou de mort pour la démocratie en France.

Le 18 juin, mobilisons-nous pour revendiquer :

L'arrêt des plans de suppressions d'emplois, des effectifs nécessaires pour un journalisme de qualité, la titularisation des précaires ;

Que l'intelligence artificielle ne serve pas de prétexte à la suppression de métiers et d'emplois ;

Un encadrement de l'utilisation de l'intelligence artificielle pour préserver l'emploi et la qualité de l'information ;

Des rémunérations à la hauteur de nos qualifications, l'arrêt de la baisse continue des budgets piges et le respect strict de la loi Cressard ;

Le respect de notre statut professionnel permettant de résister aux pressions d'où qu'elles viennent, ce qui suppose de refuser que les médias d'information se transforment en officines de propagande ou de désinformation ;

Des moyens nécessaires pour que l'audiovisuel public puisse mener sa mission correctement ;

Une véritable bataille menée contre les géants du numérique qui pillent nos informations et conservent les retombées financières ;

Un renforcement des moyens de régulation du monde des médias : limiter la concentration des médias, inclure les organisations syndicales dans la CPPAP ;

Un maintien des imprimeries ;

Un véritable plan national pour lutter contre les déserts informationnels ;

Un réel renforcement et une plus grande collecte des droits voisins, et l'extension de leur répartition ;

Un droit à l'information libre et indépendante, socialement garanti ;

Une révision en profondeur de la loi contre les concentrations de 1986 et une mise à niveau avec le droit européen, sur la protection des sources, l'indépendance de l'audiovisuel public, etc.

Les employeurs des médias et le ministère de la Culture, chargé de l'information, doivent nous répondre.

Un appel à la grève sera déposé par les syndicats SNJ, SNJ-CGT, SGJ-FO et le SNPEP-FO. Les sections d'entreprises sont libres de définir les modalités de leur mouvement de grève.

Le jeudi 18 juin, rendez-vous à 11 heures à Paris (lieu à définir) pour défiler jusqu'au ministère de la Culture. À partir de 14 heures : tables rondes revendicatives à la Bourse du travail, rue du Château d'eau.

Organisée par : le Syndicat national des journalistes (SNJ), le SNJ-CGT, la CFDT-Journalistes, le SGJ-FO, la Filpac-CGT, le SNPEP-FO, et Info'Com-CGT.

Premiers soutiens : Union des clubs de la presse de France et francophones (UCP2F), Association des journalistes scientifiques de la presse d'information (AJSPI), Association des journalistes du tourisme (AJT), Prenons la Une, Club de la presse Occitanie, Profession:Pigiste, FEC-FO.

Paris, 4 juin 2026.

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