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30.07.2026 à 12:18

Marion Moinet
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RSE partout, écologie nulle part.

- Médias et écologie /
Texte intégral (2786 mots)

Le titre du milliardaire Rodolphe Saadé cuisine l'écologie à toutes les sauces dans ses colonnes, inventant même d'audacieux oxymores, comme l'IA « écoresponsable » ou les Jeux Olympiques « zéro pollution ». De fait, La Provence est l'un des journaux régionaux qui parle le plus d'écologie, mais en parle-t-il mieux pour autant ?

Été 2026. Alors que les canicules se succèdent, l'écologie a fini par s'imposer dans les médias comme un sujet dont on ne peut plus faire l'économie. Quitte à en parler n'importe comment… Les exemples les plus emblématiques sont issus de la sphère Bolloré, dont les médias s'arc-boutent sur le sujet de la climatisation, au détriment d'une analyse des causes du dérèglement climatique. Mais au-delà du climatoscepticisme décomplexé de CNews, le manque de formation des journalistes fait aussi des ravages dans la presse quotidienne régionale, qui, avec la presse départementale, est lue par deux tiers des Français.

Le quotidien La Provence – détenu par CMA CGM [1] et Rodolphe Saadé, deuxième milliardaire plus grand émetteur de CO2 en France – en est un exemple flagrant. Dans ses colonnes, La Provence cuisine volontiers « l'écologie » à toutes les sauces, que ce soit pour parler d'intelligence artificielle ou de l'aménagement des zones commerciales. Les sujets économiques sont de plus en plus souvent saupoudrés de termes comme « décarbonation », « transition écologique » ou encore « innovation responsable », tandis que la section « environnement » du journal regorge d'articles dithyrambiques sur des entreprises « engagées » qui « s'investissent pour la biodiversité », et leurs projets « zéro pollution ».

Mais sous couvert de parler d'écologie, le titre véhicule surtout un discours pro-business, défendant la compatibilité supposée de la croissance économique avec la protection de l'environnement : la « croissance verte ». Rarement fondée sur l'analyse objective de faits scientifiques, la couverture médiatique proposée par La Provence permet aussi d'écoblanchir des choix politiques et des secteurs économiques pourtant critiquables sur le plan écologique.

RSE partout, écologie nulle part

Parmi les titres de la presse régionale, La Provence se démarque par une couverture plus importante que ses pairs (quoique toujours insuffisante) des sujets environnementaux. Selon l'association Quota Climat, qui se base sur les données de l'Observatoire des Médias sur l'Écologie, entre janvier et mars 2026 le journal marseillais se plaçait en tête des titres régionaux qui ont consacré le plus de place à l'environnement pendant la campagne des élections municipales, avec 6,4% de contenus liés à l'environnement, contre 5% pour Nice-Matin et Sud Ouest, qui complètent le podium. À titre de comparaison, les « meilleurs élèves » de la presse nationale, Le Monde et L'Humanité, ont quant à eux consacré environ 9% de leur couverture à ces sujets.

Mais à en juger par les articles publiés par La Provence à l'été 2026 dans la section « Environnement » de son site, son leadership au sein de la presse quotidienne régionale s'explique aussi par une prolifération de sujets « environnementaux » n'ayant que peu de rapport avec l'écologie, le climat ou la biodiversité.

Ainsi de cet article paru début juillet dans l'édition Alpes du journal sous le titre : « Les parcs d'activités de Manosque investissent en faveur de la biodiversité et pour leur transition énergétique ». Publié à l'issue de « l'assemblée générale de l'association des parcs d'activités de Manosque », l'article est anglé sur le « projet biodiversité » que compte développer la zone commerciale, décrit et commenté par une seule et même source, le président de l'association des parcs d'activité manosquins, au journaliste. Sans surprise, l'article a donc des allures de SAV : on apprendra notamment comment l'association compte réduire la pollution lumineuse en investissant dans des Led et des ampoules « qui s'éteignent la nuit », ou encore « développer une trame turquoise », des « ilots de verdure et de fraîcheur » et des « corridors » pour la faune : en clair, planter des haies sur les ronds-points ? Pour l'heure, le projet se résume à une étude préalable… financée à 90% par des fonds publics. Toutes proportions gardées, cet effort des entreprises au service de « la biodiversité et la transition énergétique », méritait-il réellement une demi-page dans le journal ?

D'autant que cet exemple n'est pas un cas isolé. Comme d'autres médias régionaux, La Provence couvre régulièrement les actions menées par les entreprises au titre de leur responsabilité sociale et environnementale (RSE). Si certaines de ces actions peuvent avoir un impact environnemental positif – souvent marginal –, rares sont les articles qui le quantifient et le remettent en contexte. De fait, la principale fonction de ces sujets (outre de combler des pages) est de soigner l'image de marque des organisateurs, qui ne manquent pas de solliciter le journal à chaque opération RSE. À chaque fois, les mêmes ressorts sont à l'œuvre : non-hiérarchisation des informations (une petite action débouche sur un article élogieux d'une demi-page, voire d'une pleine page), et absence totale d'analyse sur l'impact réel de ces opérations.

Ainsi, la réhabilitation d'une autre zone d'activité dans la Drôme permet au rédacteur de souligner « la volonté de la communauté de communes de concilier développement économique et transition écologique, grâce à une gestion plus durable des eaux pluviales, à la désimperméabilisation de certains espaces et au renforcement de la biodiversité ». En oubliant de préciser que l'essentiel de ces mesures sont déjà obligatoires depuis plusieurs années... Au Frioul, près de Marseille, c'est une opération « ramassage de déchets » financée par deux entreprises de la tech qui suscite l'enthousiasme du journal. En parallèle, le principal mécène de l'événement s'est payé un publireportage dans les colonnes du journal, pour mettre l'accent sur « son engagement en faveur de la protection des océans ». Pour que le vernis « vert » tienne, mieux vaut passer deux couches...

Des Jeux Olympiques « sans pollution » et une IA « écoresponsable »

Aux côtés de ces sujets sans fond, on retrouve aussi de nombreux articles qui reprennent sans recul des éléments de langage mettant en avant la dimension « durable » ou « décarbonée » de projets pourtant contestables sur le plan écologique. Souvent tirés des pages « Économie » du journal, ces articles ne mobilisent quasiment pas de données scientifiques ou de sources contradictoires, et contribuent régulièrement à écoblanchir des projets douteux.

Ainsi, le 6 juillet 2026, La Provence consacre un article très positif aux Jeux Olympiques d'Hiver 2030, intitulé « "Un coup de projecteur très très important" : la région Paca fait le pari de l'économie locale et durable ». Réalisé par une journaliste du service économie, en marge des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, l'article rend compte d'une conférence de presse organisée par le président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, co-organisatrice des JO 2030. Ce dernier annonce que « 70% » des contrats des JO 2030 seront attribués à des entreprises « régionales ». Voilà pour le côté « local ». Mais quid de la partie « durable » ? Sur ce point, la journaliste, qui n'a visiblement pas eu le temps de se procurer des chiffres sur l'impact environnemental des JO 2030, se replie sur les éléments de langage fournis par la Région :

Avec pour objectif zéro pollution, ces Jeux se veulent décarbonés. La région Sud compte ainsi « façonner et préparer » ses montagnes à horizon 2050 selon le président de la région. L'ambition affichée : réduire le réchauffement climatique et éviter la perturbation des futurs JO.

Ces affirmations pourraient être remises en perspective, puisque l'arc alpin devrait atteindre 2,7 degrés de réchauffement moyen à horizon 2050 – date à laquelle les trois quarts des glaciers locaux auront disparu. Quant au bilan carbone officiel de ces Jeux « décarbonés », il a été estimé par les organisateurs eux-mêmes à 804 000 tonnes d'équivalent CO2 (les émissions annuelles de 80 000 Français) [2]. Mais l'article ne fournira aux lecteurs, qui sont en droit d'attendre une analyse fondée sur des faits, que des éléments de langage hasardeux.

Autre exemple qui illustre bien l'emploi abusif de notions « écologiques » dans le journal : le 11 juillet, paraît le compte rendu d'une rencontre entre acteurs de l'éducation supérieure. Intitulé « À Marseille, Formasup Méditerranée dresse le bilan d'un apprentissage vert et inclusif », l'article s'attarde sur le défi de rendre l'intelligence artificielle « écoresponsable ». Si la journaliste prend de temps d'évoquer en détail les « projections environnementales alarmantes » qui auréolent l'IA – consommation d'électricité, d'eau, et déchets générés –, elle laisse ensuite champ libre à un discours techno-optimiste qui met en avant « l'écoconception » comme solution : « Passer d'une IA rouge à une IA verte, c'est la transition incontournable à opérer », explique un interlocuteur. Voilà un sujet vite expédié…

La veille, le service Économie de La Provence avait déjà consacré une interview au président du syndicat patronal des entreprises du numérique. Après la très prévisible question « l'IA représente-t-elle une opportunité ou une menace pour votre secteur ? », le journal entrait dans le vif du sujet : « Au niveau du numérique responsable, la France est-elle sur la bonne voie ? » Réponse : « Nous, les Européens, on essaie d'aller dans le bon sens et on essaie de faire en sorte que l'énergie qui va être consommée pour alimenter les data centers soit la plus verte possible pour justement préserver la planète. » La Provence semble estimer que son rôle n'est pas ici de demander des précisions à son interlocuteur, ni de tempérer ou de confronter ces propos à des faits.

Dérouler le tapis rouge à la « croissance verte »

Que ce soit en couvrant des opérations RSE à l'impact anecdotique ou en « verdissant » des projets controversés, La Provence relaie une vision profondément dépolitisée de l'écologie, qui n'interroge pas les causes et ne désigne pas non plus les responsables des crises écologiques. Le sujet est traité comme une variable d'ajustement : une poussière « verte » dont il suffirait de saupoudrer les articles pour être dans l'air du temps. Vidés de tout sens, les adjectifs « durable », « responsable », « engagé », « décarboné », ponctuent ainsi le journal sans que ses auteurs s'interrogent sur la pertinence du terme choisi ou sur la réalité qu'il recouvre. Ce dévoiement du langage est particulièrement flagrant lorsque le journal réalise des interviews avec des élus, dont les propos sont rarement vérifiés, mis en perspective ou confrontés à des faits. Ainsi, le 2 juin 2026, dans un article intitulé « La biodiversité a besoin des entreprises », La Provence tendait le micro au ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre. Lequel attribuait les « reculs » de la transition écologique, sujet dont il est pourtant chargé... à La France insoumise. Tout en « se refusant à opposer croissance économique et protection de l'environnement », il déclarait : « La biodiversité a besoin des entreprises et vice versa. »

Ni climatosceptique, ni climato-dénialiste, la ligne éditoriale du journal s'apparente à ce que le sociologue Albin Wagener (également rédacteur en chef du média parodique Malheurs Actuels) qualifie de « climato-ségrégationnisme » dans une tribune pour Politis :

Un sceptique, c'est quelqu'un qui réfléchit et qui doute ; un dénialiste, c'est quelqu'un qui refuse de voir la réalité en face parce qu'elle lui semble insupportable. Or ce qui empêche l'action climatique, ce ne sont pas des individus qui douteraient ou refuseraient l'évidence ; au contraire, il s'agit d'un projet politique et financier, porté par des personnes qui ont connaissance du changement climatique, mais décident de préserver leurs intérêts économiques.

Plus loin, il développe :

Les médias ou les politiques qui optent pour l'inaction climatique ne sont pas seulement antiécologiques ; ils portent un projet politique cohérent, basé sur le conservatisme des mœurs, la préservation d'un ordre social inégalitaire, et une prédominance des intérêts économiques et financiers sur tout le reste.

À en juger par les nombreux articles consacrés par La Provence aux conséquences du changement climatique sur son territoire, le média est parfaitement au fait de la réalité du drame, même s'il s'attarde moins sur ses causes [3]. Mais cette connaissance n'entraîne pas de changement de cap dans sa couverture des enjeux politiques et économiques au sens large. À l'heure où la France brûle, La Provence (et de nombreux autres médias nationaux ou régionaux) reste plus encline à parler d'« écologie » quand il s'agit d'évoquer les petites actions mises en œuvre par les puissants ou de verdir un projet aux retombées juteuses, que de questionner les responsabilités du système de production, des super-pollueurs milliardaires et des élus dans la crise en cours.

Marion Moinet


[1] Voir également nos articles sur BFM-TV et sur la couverture de l'inauguration du dernier porte-conteneurs de la CMA CGM.

[2] Lire « Forêts rasées, montagnes bétonnées : la vraie carte des JO 2030 dans les Alpes », Reporterre, 18/07.

[3] Selon les calculs de l'Observatoire des médias sur l'écologie, les causes du dérèglement climatique ne sont mentionnées que dans 18,3% des articles de La Provence traitant des conséquences de la crise climatique.

16.07.2026 à 07:00

Acrimed
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Été 2026

- Médiacritiques
Lire plus (271 mots)

Le Médiacritiques n°59 est sorti de l'imprimerie le 10 juillet. À commander sur notre site ou à retrouver en librairie. Et surtout, abonnez-vous !

Ce numéro ne sera pas plus diffusé en kiosques que les précédents. Vous pourrez cependant le trouver dans les librairies listées ici, ainsi que sur notre boutique en ligne.

Tous les anciens numéros sont (ou seront) en accès libre ici.

15.07.2026 à 09:59

Patrick Michel
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« Affaire Erner », suite.

- Bidonnages et mensonges / ,
Texte intégral (1337 mots)

« Affaire Erner », suite.

Nous avions déjà exposé les premiers épisodes de cette triste affaire : le 24 juin, au cours de la matinale qu'il anime sur France Culture, Guillaume Erner a diffusé un montage sonore censé démontrer les similarités antisémites des discours de Jean-Marie Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon. Problème : un des extraits de ce montage était en réalité tiré d'une émission de 2017 dans laquelle Jean-Luc Mélenchon ne faisait en aucune façon référence aux juifs. Cette falsification n'étant pas passée inaperçue, Guillaume Erner a été contraint de produire des excuses, consistant en l'occurrence à déporter la faute sur la source de ce montage trompeur, que le journaliste avait omis de mentionner à l'antenne. Si, devant l'évidence, la station, l'animateur, les syndicats, les SDJ, le médiateur ont tous reconnu des « erreurs », voire une « faute grave », une poignée d'irréductibles éditorialistes ne l'ont pas entendu de cette oreille, et ont refusé mordicus de reconnaître le caractère « fallacieux » dudit montage. Démontrant, une nouvelle fois, que la vérité leur importe bien peu ?

Les irréductibles

C'est Raphaël Enthoven, dès le lendemain de l'entretien, qui ouvre le bal. Sous la communication de France Culture sur X, qui explique que le « montage fallacieux » et « [non] sourcé » n'aurait « pas dû être diffusé », Enthoven s'entête : « Fallacieux ? En quoi ? A quel titre ? » Le même jour, les sociétés des journalistes de Radio France et de France Culture produisent un communiqué commun, condamnant « les propos antisémites faussement attribués à Jean-Luc Mélenchon ». Jean Quatremer sort alors de ses gonds : « Le petit doigt sur la couture du pantalon, aux ordres de LFI. […] Et dites, la @SDJradiofrance, vous avez entendu parler des dog whistle ? Parce qu'il faudrait arrêter de nous prendre pour des demeurés. » Très remonté, et un rien obsessionnel, Quatremer publiera entre le 25 juin et le 8 juillet pas moins de 49 tweets (ou repost) sur « l'affaire Erner ».

Caroline Fourest n'est bien sûr pas en reste, et ajoute une couche de complotisme sur le déni de réalité : « La meute de Jean-Luc Mélenchon est en ordre de bataille. A un an de la présidentielle, ses militants, très actifs dans les rédactions et les Sociétés de Journalistes (SDJ), font feu de tout bois pour écarter les journalistes qui les dérangent. Il faut l'expliquer au grand public. Et résister à cette intimidation politique. » Résumons : plutôt que de constater, comme Guillaume Erner lui-même, que le montage était « fallacieux », la championne de l'anti-complotisme préfère s'imaginer qu'un groupe agit dans l'ombre et « fait feu de tout bois » contre ce pauvre Guillaume Erner, victime d'une cabale politique. Nos deux journalistes stars ne seront bien sûr pas les seuls sur cette ligne de défense fondée sur des « faits alternatifs » : tous les habitués du comptoir sont là. Brice Couturier (en réaction au communiqué des SDJ de Radio France) : « Les syndicats de gauche de Radio France ont choisi : ils soutiendront la candidature de Mélenchon aux présidentielles. Attendez-vous à ce que cela s'entende dans les journaux d'information de ses stations... » ; Céline Pina : « LFI ou comment aider à comprendre la montée du fascisme hier en regardant ses promoteurs aujourd'hui. Acte 1 l'intimidation et la menace des opposants et détracteurs » ; Éric Naulleau : « La chasse à l'homme menée par la meute insoumise s'attaque maintenant à Guillaume Erner, le brillant animateur de la matinale de France Culture, un des honneurs de la profession » ; Peggy Sastre (dans son éditorial du Point) : « France Culture, aussi, a reconnu la faute, quitte à jeter sous le bus son producteur et donner du fioul à une chaudière tyrannique qui n'en avait vraiment pas besoin » ; Marika Bret : « L'intimidation, la traque, la purge, c'est une vieille méthode, une passion totalitaire, tenace et mortifère ». Etc. Bref, le problème n'est pas le montage trompeur, mais la critique des médias.

Difficile de ne pas remarquer que les irréductibles défenseurs d'Erner gravitent autour de la galaxie printaniste. Une poignée de chroniqueurs, au pouvoir éditorial démesuré comparé à leur nombre, qui utilisent leurs journaux ou leurs structures comme tremplins pour truster des invitations à la télé ou à la radio. Dernier exemple en date ? L'Association française des grands reporters et correspondants (AFGRC), dont deux membres (Noémie Halioua et Emmanuel Razavi [1]) publient une tribune dans Le Figaro pour défendre Erner.

À la suite de son « erreur », le présentateur des Matins a en effet écopé d'un « avertissement », et son « billet d'humeur » lui a été retiré. Une punition d'une effroyable sévérité, inacceptable pour les « grands reporters » Noémie Halioua et Emmanuel Razavi qui, dans leur tribune, tiennent à alerter : « Affaire Erner : la France ne doit pas devenir le pays des ayatollahs ! »

En cause, les demandes exprimées par des militants insoumis de voir le journaliste présenter des excuses aux personnes calomniées. Le tableau est inquiétant : « Menaces, harcèlement, intimidation » ; « chasse à l'homme méthodiquement orchestrée par "la meute" LFI » ; « entreprise de mise à mort professionnelle » ; « soif de nuire au journaliste que rien ne semble apaiser », etc. Malheureusement aucun exemple ou citation n'est donné à l'appui de cette description. Et encore : LFI « menace gravement la santé démocratique de notre pays », en particulier par ses desseins à l'égard de la corporation des journalistes (disent nos « grands reporters », oubliant leurs diatribes contre le corporatisme des autres… pour voler au secours de ladite corporation) : « Tenter de bâillonner toute voix discordante ou critique de LFI quitte à répandre la terreur au sein de cette corporation », au sein de laquelle « parmi les voix à faire taire, [les insoumis jugeraient qu'il y a] d'abord celles des journalistes de confession juive, qui alertent sur la nouvelle judéophobie qui découle de l'antisionisme ». Ou comment surenchérir dans la calomnie.

La « post-vérité » jadis décriée est aujourd'hui un registre banal du discours éditocratique. La preuve ? Le site d'un quotidien national publie une tribune dans laquelle pas un fait tangible n'apparaît, et dans laquelle les faits avérés tels que la falsification de Guillaume Erner n'apparaissent que comme des éléments de décor, qui n'entrent pas en compte dans le « raisonnement » exposé. Ainsi devisent certains « grands reporters » …

Patrick Michel avec Jérémie Younes


[1] Noémie Halioua, ex-rédactrice en chef d'i24 news, est une habituée du genre. Quant à Emmanuel Razavi, on le croise de plus en plus fréquemment dans nos articles. L'association des « grands reporters », proche d'Atlantico, a été fondée, entre autres, par Benjamin Sire et Nora Bussigny.

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