07.02.2026 à 11:05
Ingrid Darroman
Face aux impérialismes, aux droites et extrêmes droites, partout dans le monde, les femmes résistent !Face aux attaques du gouvernement, Grève féministe !Nous appelons à la grève du travail, des tâches domestiques et de la consommation.Sans les femmes, tout s’arrête !Nous sommes déterminées à lutter contre le pouvoir, faire entendre les voix de toutes pour arracher […]
L’article 8 mars 2026 : journée internationale de lutte pour les droits des femmes est apparu en premier sur Fondation Copernic.
Face aux impérialismes, aux droites et extrêmes droites, partout dans le monde, les femmes résistent !
Face aux attaques du gouvernement, Grève féministe !
Nous appelons à la grève du travail, des tâches domestiques et de la consommation.
Sans les femmes, tout s’arrête !
Nous sommes déterminées à lutter contre le pouvoir, faire entendre les voix de toutes pour arracher l’égalité.
Nous sommes solidaires des femmes et des populations subissant de plein fouet les conséquences dramatiques du changement climatique, aggravé par les politiques productivistes et capitalistes.
A l’heure des guerres génocidaires, des coups d’État, des impérialismes démultipliés, de l’Iran à l’Afghanistan, de la Palestine au Soudan en passant par le Rojava, le Venezuela et l’Ukraine, nous serons en grève en solidarité avec nos sœurs du monde entier. Nous affirmons notre solidarité avec nos sœurs d’ Amérique latine, d’Iran, du Groenland, sous menace d’une intervention impérialiste directe par les Etats-Unis de Trump. De l’Amérique latine et du Sud au continent africain, les luttes écoféministes articulent droits des femmes, autodétermination des peuples et défense du vivant. Elles s’opposent aux logiques impérialistes, coloniales et néolibérales qui sacrifient les territoires et les populations au profit des multinationales minières, pétrolières, agricoles et financières.
En solidarité avec celles qui font face aux régimes fascisants, réactionnaires, théocratiques, colonialistes et impérialistes; avec celles qui endurent les génocides, les conflits armés, les bombardements massifs, et viols de guerre, les mutilations sexuelles, les mariages forcés, celles confrontées à l’exode et aux politiques migratoires racistes, celles qui subissent la crise climatique – 80 % des populations déplacées pour des raisons climatiques sont des femmes -, l’insécurité alimentaire et l’exploitation des multinationales; avec toutes celles qui se défendent farouchement pour recouvrer ou obtenir leur liberté et leurs droits.
L’Extrême-droite est désormais au pouvoir dans de nombreux pays. Partout, les immigré-es et migrant-es sont réprimé-es. Des masculinistes aux racistes, islamophobes et antisémites, lesbophobes, homophobes et transphobes, handiphobes, qui exercent des violences permanentes, l’extrême-droite étend sa sphère d’influence, grâce aux médias achetés par sa galaxie. Elle ne cesse de nourrir la haine de l’autre, le racisme, la misogynie, la LGBTQIAphobie, le validisme, et entretient la centralité d’un projet politique xénophobe.
Nous réclamons l’abrogation de la loi immigration et la régularisation de tou·te·s les sans-papier-es.
Avec les municipales de 2026 et la potentielle arrivée de l’extrême droite dans plusieurs villes, l’enjeu est celui d’une opposition unie et radicale et la formation d’un front antifasciste !
A l’heure du financement d’un porte avion de 10 milliards alors que des associations, notamment féministes, risquent de fermer leurs portes et leurs services faute de financement , nous refusons de nous taire.
Le gouvernement refuse de taxer les ultra-riches, le budget profondément sexiste et socialement brutal est en cours d’adoption. Ce budget impactera toujours plus lourdement les femmes du fait de leur position subalterne dans le monde du travail.
Les inégalités salariales, les bas salaires, les allocations inférieures au seuil de pauvreté, les pensions de retraites toujours plus faibles précarisent les conditions de vie. Les femmes représentent 62% des personnes payées au SMIC et 70 % des bénéficiaires des banques alimentaires. Plus de 9,8 millions de personnes, dont plus d’une famille monoparentale sur 3, vivent sous le seuil de pauvreté. 300 000 personnes dont 3000 enfants vivent dans la rue.
Nous demandons la hausse des salaires, la revalorisation des minimas sociaux, la construction massive de logements sociaux.
L’arrêt immédiat de la baisse des financements et un rattrapage du budget des associations qui accompagnent et soutiennent les femmes.
Les femmes, notamment les mères isolées, sont particulièrement impactées par la vie chère, elles sont majoritaires à occuper des emplois mal rémunérés, sont souvent percutées par la précarité et le temps partiel imposé et touchent un salaire en moyenne ¼ inférieur à celui des hommes. Les femmes, dont les retraites sont 40% inférieures à celles des hommes, sont encore plus impactées par la dernière réforme. Nous voulons la retraite à 60 ans, une réduction du nombre d’annuités et des pensions décentes.
Nous réclamons l’abrogation totale de la réforme Macron des retraites et de toutes celles qui ont accentué les inégalités. Nous exigeons l’abrogation des lois qui pénalisent les chômeurs·euses et les bénéficiaires du RSA. Nous exigeons la revalorisation des métiers féminisés (éducation, soin, lien, santé, nettoyage…), l’égalité salariale, l’interdiction du temps partiel imposé, la transformation des CDD en CDI et la réduction du temps de travail à 32 heures minimum avec embauches correspondantes. Nous exigeons une transposition ambitieuse de la directive européenne sur la transparence salariale qui vise à renforcer l’application du principe d’une même rémunération “pour un même travail ou un travail de valeur égale”.
80 % des femmes consacrent au moins une heure par jour à la cuisine ou au ménage contre seulement 36 % des hommes.
63 % des personnes qui s’occupent tous les jours d’enfants, de personnes âgées ou handicapées de manière informelle sont des femmes, ces aidantes ne doivent pas être victimes d’un défaut de solidarité nationale renvoyant aux solidarités familiales.
Invisibilisé, dévalorisé, il est loin d’être une question privée. Les tâches qui en découlent font pleinement partie de l’activité économique.
C’est un travail qui participe à produire des biens et des services et qui contribue au bien être des membres du ménage (famille) et va bien au-delà.
Nous ne pouvons nous satisfaire que rien ne bouge dans la répartition des tâches au sein des couples et ce depuis des années. Cette inégalité dans la répartition du travail domestique se traduit par des inégalités dans la sphère professionnelle et est l’un des facteurs des inégalités salariales et patrimoniales.
Le 8 mars, nous appelons à la grève du travail domestique.
Le démantèlement des services publics de la santé, de l’éducation, du logement dégradent les conditions de vie des femmes. Les politiques libérales ont privatisé les services publics et contraignent les femmes à compenser les carences auprès des enfants comme des plus âgé·e·s, des malades, des enfants et adultes handicapé-es, au détriment de leur carrière, de leur autonomie financière, de leur santé.
Nous réclamons la création de services publics de la petite enfance à la hauteur des besoins, avec les moyens correspondants pour en finir avec les crèches privées et de l’autonomie tout au long de la vie et une prise en charge réelle du 4e âge.
Nous exigeons des services publics renforcés : 63% des personnels sont des femmes et elles en sont aussi les premières usagères.
47000 femmes dans le monde meurent chaque année d’un avortement clandestin.
Nous réclamons la réouverture de tous les centres d’interruption volontaire de grossesse qui ont été fermés pour permettre un réel accès à l’IVG sur tout le territoire, le choix de la méthode, et les moyens nécessaires à la hauteur des besoins.
LGBTQIA, nous voulons pouvoir faire nos choix de vie, vivre librement notre orientation sexuelle, nos identités. Nous demandons la fin des mutilations et des traitements hormonaux non consentis.
Nous voulons l’ouverture de la PMA pour toutes !
Nous dénonçons les offensives réactionnaires qui s’en prennent aux droits des personnes LGBTQIA+. Nous revendiquons la liberté de vivre son orientation sexuelle.
Nous exigeons une transition libre et gratuite pour toutes et tous et la fin des mutilations et traitements hormonaux non consentis sur les personnes intersexes.
Handicapées, nous subissons toutes les violences. Nous sommes privées de nos droits à l’autonomie, à l’éducation, à l’emploi, aux soins, et à la procréation. Nous voulons notre indépendance économique, l’accessibilité universelle à l’ensemble de l’espace public et à tous les lieux et bâtiments.
Près d’une femme sur trois est victime de violences conjugales ou sexuelles au cours de sa vie (OMS), soit environ 840 millions de femmes dans le monde.
Nous continuons à compter nos mortes car il n’y a aucune volonté politique de lutter contre les violences faites aux femmes et aux enfants.
L’impunité persiste, 1 % des viols sont condamnés.
Nous refusons que les enfants violé·es, maltraité·es, incesté·es continuent le plus souvent à être abandonné·es à leur sort !
Pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles, dont les violences obstétricales et gynécologiques, nous voulons une loi-cadre intégrale qui mette en avant prévention, éducation, protection, accompagnement, sanction et garantisse les moyens pour la prise en charge de l’ensemble des victimes, femmes, enfants et minorités de genre.
Les plus touchées par les violences sexistes, dont les violences économiques, sont celles qui souffrent déjà de multiples oppressions : femmes victimes de racisme, exilées et migrantes, sans papiers, ouvrières, femmes sans domicile, précarisées, privées de liberté, en situation de handicap, femmes lesbiennes et bi, femmes trans, femmes en situation de prostitution et celles victimes de l’industrie pornocriminelle.
Nous demandons la mise en place d’actions concrètes pour lutter contre toutes les violences sexistes et sexuelles, protéger les victimes et combattre les réseaux de traite prostitutionnelle et de proxénétisme et la marchandisation du corps des femmes.
Nous dénonçons les baisses des subventions aux associations qui luttent contre les VSS et exigeons au moins les 3 milliards nécessaires pour l’accompagnement des victimes et des moyens pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles et leur prévention.
Une éducation à l’égalité doit permettre aux enfants de comprendre les mécanismes de domination s’exerçant dans notre société et contribuer à les protéger contre les violences sexistes et sexuelles.
Nous voulons une éducation non sexiste, la réelle mise en place effective d’une éducation à la vie affective et sexuelle qui intègre les notions de désir et de plaisir, d’une éducation au consentement et à l’égalité. Et surtout, des moyens pour la mettre en œuvre.
Les inégalités se vivent aussi à l’université : stéréotypes dans les orientations et les filières, bizutage fortement genré, violences sexistes et sexuelles, et c’est sans citer le sexisme ordinaire dans les amphis.
Nous demandons notamment des dispositifs de protection et de soutien des victimes de discrimination efficients et financés, des formations de lutte contre les VSS…
Éducation à la Vie Affective Relationnelle et Sexuelle pour toutes et tous maintenant !
Le programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS), dans la continuité des lois votées pour l’éducation à la sexualité à l’école, doit être mis en œuvre.
Nous sommes et resterons mobilisé-es tous les jours contre le patriarcat, le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie, le validisme, les politiques libérales et autoritaires du gouvernement et contre l’extrême droite.
Le 8 mars, nous serons en grève féministe et nous manifesterons pour imposer un rapport de force et faire valoir nos revendications.
Au 29 Janvier 2026
ActionAid France, Alliance des femmes pour la démocratie, Amicale du Nid, APEL-Egalité, Association Place des femmes 59, Attac France, CNT-Solidarité Ouvrière éducation, Collectif 11 Droits des Femmes, Collectif IVG Tenon Paris 20, Collectif National pour les Droits des Femmes, Confédération Générale du Travail CGT, Coordination française pour le Lobby Européen des Femmes, Crldht Comité pour les libertés et les droits de l’homme en Tunisie, En avant toute(s), FEMEN FRANCE , Femmes Egalité , Fondation Copernic, Force Féministe 57, Fédération Syndicale Unitaire FSU , FTCR Fédération Tunisiens Citoyen des 2 Rives, Genre et Altermondialisme, LDH (Ligue des droits de l’Homme), Le Planning familial , Le Planning familial des Côtes-d’Armor, Ligue des Femmes Iraniennes pour la Démocratie-LFID, Maison des Femmes Thérèse Clerc , Marche Mondiale des Femmes France , Mouvement de la Paix, Mouvement des femmes kurdes en France, Mouvement du Nid, Organisation de Solidarité Trans (OST), Réussir l’égalité femmes-hommes, Stop aux Violences Obstétricales et Gynécologiques – StopVOG, UNEF le syndicat étudiant, Union syndicale Solidaires, VISA, Women Without Violence.
En soutien
Commission Féminisme les Écologistes, Ecoféminisme PEPS, Egalités, Génération·s, Jeunes Socialistes, L’APRES, La France insoumise, Les Jeunes Génération.s, NPA-l’Anticapitaliste, Parti Communiste, Parti Communiste des Ouvriers de France , Parti de Gauche , Parti socialiste , PEPS Ecoféminisme, Réseau Coopératif Gauche Alternative, Révolution Écologique pour le Vivant (REV), Victoires Populaires.
L’article 8 mars 2026 : journée internationale de lutte pour les droits des femmes est apparu en premier sur Fondation Copernic.
24.01.2026 à 12:11
Ingrid Darroman
Article initialement publié dans « L’Anticapitaliste – la revue mensuelle du NPA » -n°172-173 – « Combats et débats dans la grève de 1995 » Revue L’Anticapitaliste n° 172-173 (Décembre 2025-janvier 2026) « AD (...) le travail de mémoire est fondamental, c’est considérer qu’on est une chaîne humaine et que si on est ce qu’on est aujourd’hui, c’est parce qu’il […]
L’article 1995 : La conquête féministe du mouvement social est apparu en premier sur Fondation Copernic.
Article initialement publié dans « L’Anticapitaliste – la revue mensuelle du NPA » -n°172-173 – « Combats et débats dans la grève de 1995 » Revue L’Anticapitaliste n° 172-173 (Décembre 2025-janvier 2026)
« AD (...) le travail de mémoire est fondamental, c’est considérer qu’on est une chaîne humaine et que si on est ce qu’on est aujourd’hui, c’est parce qu’il y a eu un certain nombre d’événements, un certain nombre de combats avant nous et c’est ça qui nous forge.
Hélène : Oui mais à quoi elle sert la mémoire, si tu ne t’occupes que de la mémoire, à ce moment-là, tu ne penses qu’à conserver des acquis, t’as pas envie d’aller plus loin.
A.D : Non, parce que ça peut être le début d’une action ; ce n’est pas forcément une passivité. Si tu dis à des nanas qui hurlent quand tu prononces le mot de féministes que si elles peuvent faire l’amour sans avoir peur de tomber enceinte, c’est grâce à ces femmes là, elles auront peut-être une autre vision des choses et peut-être qu’après elles iront plus loin.
Chrystelle : Moi, c’est depuis que je suis militante que je me rends compte qu’il y a eu des choses et que je m’informe. »[1]
Les Marie pas claire et Anne Dhoquois
A l’heure des mobilisations que l’on souhaiterait « déferlantes » face à une montée exponentielle de l’extrême-droite, nous pouvons regarder de plus près ce que les mobilisations féministes de l’automne 95 pourraient nous apprendre d’un champ des possibles unitaires aujourd’hui.
Le maintien « au creux de la vague »
Sous un gouvernement de gauche, en 1982, les « Assises sur les femmes au travail », organisées par par le courant féministe lutte de classes, ont mobilisé 2000 féministes d’associations, de syndicats, de partis politiques à la Sorbonne. S’il est possible de faire largement référence commune aux conquêtes des années 70, rares sont celles qui tiennent compte des creux loin des « vagues féministes », périodisation courante de l’histoire de(s) féminisme(s). Pourtant, ce qui permet le maintien d’une forte conscientisation des oppressions et des dominations, c’est bien le travail militant « ordinaire » qui permet de construire les mobilisations qui n’adviennent pas de façon spontanée.
« Après cela, il y eu plusieurs années d’atomisation et de repli du mouvement féministe dans des associations spécialisées par thème ou locales. » [2]
Et pourtant, la question des droits des femmes, notamment en termes d’emploi, se posait avec la grève des infirmières (plus de 100000 personnes manifestaient en soutien en Octobre 1988), et la coordination des infirmières dès 1989 « qui va imposer un autre mode d’organisation aux centrales syndicales, en dénonçant leurs conditions de travail dans le monde de la santé, mais surtout dans ces métiers dits féminisés où l’égalité serait soi-disant naturelle. « Ni bonnes, ni nonnes, ni connes » rencontre beaucoup d’échos au sein des milieux féministes sur le droit du travail mais aussi les questions de la démocratie syndicale et de la place des femmes. » [3]
Le collectif féministe contre le viol est créé en 1985 « pour réagir contre les viols commis dans des lieux publics de la région parisienne, en pleine rue ou dans des transports en commun, devant des témoins passifs »[4] et permet l’ouverture le 8 Mars 1986 d’une permanence téléphonique nationale, anonyme et gratuite. Le père de Claudine qui a accusé à visage découvert son père de viol le 27 mars 1989 sur TF1 porte plainte contre elle. Lors de l’audience à St Brieux, le Collectif féministe contre le viol était mobilisé. La loi du 10 juillet 1989 modifie la prescription et créé également le 119.[5]
A partir de 1990, les commandos anti-IVG commencent leurs actions dans les centres d’orthogénie. Des mouvements masculinistes émergent comme SOS Papas.
En défense les droits des femmes à disposer de leur corps alors que la Loi de 1975 est directement attaquée et pour revendiquer des moyens pour les centres IVG est créée la CADAC, Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception (associations, syndicats, partis politiques), la même année que Ras’l’Front. La Loi Neiertz de délit d’entrave à l’IVG est votée en 1993 à la suite des « Etats généraux pour le droit à l’avortement » impulsés par la CADAC. Des commandos se déploient également aux Etats-Unis avec l’« Opération Rescue » et en 1991, Susan Faludi publie aux Etats-Unis « Backlash, la guerre froide contre les femmes » qui explicite les attaques réactionnaires en cours en réaction aux conquis féministes des années 70.
La puissance unitaire comme carburant d’un mouvement féministe qui s’ancre dans le mouvement social jusqu’au « Toutes ensemble »
Répondant à l’appel d’associations catholiques intégristes et de l’extrême-droite, 10000 personnes manifestent contre l’IVG en Janvier 1995 et en juin 1995, le Front national dirige trois villes. A la suite de l’élection de Chirac et de la proposition de loi d’amnistie des commandos, la mobilisation et l’amendement Neiertz (toujours) permettent de faire reculer le gouvernement.
« On a appelé à une mobilisation le 27 juin devant l’Assemblée nationale. Aux directions syndicales, on avait dit : « Vous avez 48 heures pour dire si vous êtes de la manifestation ». Entre-temps on a pensé que ça ne suffisait pas et qu’il fallait aller plus loin. »[6] Le 25 novembre, devenu journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes en référence aux sœurs Mirabal seulement en 1999, est choisi pour se laisser le temps de préparer la mobilisation. La CADAC convoque à la Bourse du Travail de Paris des réunions unitaires du mouvement féministe qui n’avait pas pour habitude de s’y réunir. La salle Louise Michel est comble à chaque réunion.
« Il y avait un toutes ensemble, et ça tranchait, c’était une autre période par rapport aux pratiques habituelles du mouvement féministe dans les années 70 où les syndicats n’étaient pas présents mais où on fonctionnait par groupes femmes par assemblées générales etc … Ça a été une préoccupation de la CADAC en 1990 d’intégrer des syndicats , des partis politiques. »[7]
Dans cet appel sont évoqués le droit à l’avortement mais aussi le temps partiel imposé, l’égalité salariale, la loi sur la famille de C.Codaccioni, l’allocation parentale pour le deuxième enfant… Les revendications sont larges puisque c’est la tendance lutte de classes du mouvement qui mène la mobilisation.
Novembre 1995 : Le toutes ensemble
« On était contentes, on était joyeuses, et vraiment le fait de se retrouver dans la rue, ça nous mettait du baume au cœur et on y était avec tout le monde. » Suzy Rojtman
149 organisations, dont des associations féministes, des syndicats et des formations politiques appellent à la manifestation du 25 Novembre, relayées par 56 collectifs de villes. Elle va réunir 40000 personnes dont un tiers d’hommes.
La manifestation est le lendemain d’une mobilisation interprofessionnelle et du premier jour de grève reconductible des cheminots.
« C’était pour le droit réel à l’avortement et à la contraception, pour une réelle égalité entre les femmes et les hommes et contre le rétablissement de l’ordre moral.» Maya Surduts[8]
« En 1995, de nouveaux syndicats sont présents dans la rue, les institutrices étaient aussi dans les Assemblées Générales interprofessionnelles à côté des cheminots… »[9]
« Mais dès que les cheminots prennent la tête de la grève reconductible, les femmes disparaissent de la scène publique, elle sont « absorbées » dans le mouvement général. La présence des hommes, quant à elle, même minoritaire, lors de la manifestation du 25 novembre 1995, a été́ relevée par la presse systématiquement. »[10]
Désormais, il y a un cortège féministe à chaque manifestation. L’élan de mobilisation est tel que le collectif unitaire qui a organisé la manifestation va préparer des assises féministes et se pérenniser. Les revendications ne sont pas – encore – reprises par l’ensemble du mouvement social.
Quel renouveau du féminisme après 1995 ?
C’est donc le 24 Janvier 1996 qu’est créé le Collectif National pour les Droits des Femmes. Il prépare et appelle (170 organisations) à des « Assises nationales pour les droits des femmes » les 15 et 16 Mars 1997 qui ont réuni 2000 femmes. Plusieurs thématiques sont abordées dans les diverses commissions : Pauvreté, précarité, immigration / Violences faites aux femmes / Femmes dans la vie publique (qui termine sur « nous exigeons une loi sur la parité́ » mais fait remarquer que cette question n’a pas été́ traitée au consensus mais « à une large majorité́ ») / Elles choisissent dans laquelle est abordée la création du Contrat d’Union Sociale (CUS) futur PACS et « la revendication d’un certain nombre d’actes concrets, comme par exemple l’attribution de chambres de couples pour les lesbiennes dans les maisons de retraite. »[11]
« C’est un évènement refondateur où on reprend la parole et où on pose un certain nombre d’exigences en matière revendicative. A cette occasion là, des femmes syndicalistes se retrouvent dans l’unité et se disent, comment peut-on faire pour faire prendre en compte plusieurs choses au niveau syndical, l’égalité salariale et professionnelle qui progressent peu et en même temps la place des femmes dans le syndicalisme ? » Anne Leclerc [12]
Les journées intersyndicales femmes débutent en 1998. Les féministes syndicalistes ont besoin de réfléchir ensemble aux dynamiques qu’elles souhaitent mettre en œuvre. Elles réunissent aujourd’hui, 27 ans après leur création, quasiment 400 à 500 personnes, sur des thématiques préparées avec les associations féministes, pour ne pas circonscrire les débats seulement autour du travail.
Le CNDF organise en novembre 1997 une manifestation sur l’emploi des femmes et pour la baisse du temps de travail pour tous et toutes et poursuit par une campagne sur le temps partiel imposé.
C’est le début des mobilisations altermondialistes mais également de la Marche mondiale des femmes contre les violences et la pauvreté qui se prépare à l’échelle internationale (2000, 2005, 2020, 2025) avec une première rencontre en 1998. Les féministes participent aux forums sociaux comme à celui de Saint Denis en 2003 où 3000 femmes de toutes générations, se réunissent le premier jour. En Décembre 2005, le CNDF organise les rencontres « Alternatives féministes » [13]avec des ateliers » autour de quatre grandes thématiques : précarité et emploi, féminisme ou féminismes, libéralisme et choix, transmission générationnelle. Les militantes féministes de la LCR (dont Maya Surduts) auront pris grande part à ce renouveau, comme elles avaient pu le faire depuis la fin des années 70, notamment avec Les Cahiers du Féminisme, au travail unitaire large comme au travail unitaire syndical.
Les violences faites aux femmes au centre des revendications et des mobilisations
« Dans le projet de loi Sarkozy (alors ministre de l’intérieur) sur la sécurité intérieure, il y a des mesures qui stigmatisent encore plus les personnes prostituées comme celles luttant contre le « racolage passif ». Nous avons organisé le 10 décembre 2002 à Paris une manifestation abolitionniste pour dire « Non au système prostitutionnel, non au projet de loi Sarkozy, oui à un monde sans prostitution ». [14]» Suzy Rojtman
Dès 2006, le CNDF écrit et propose une Loi-Cadre contre les violences faites aux femmes, inspirée par la loi-cadre espagnole dont plusieurs propositions ont été reprises dans la loi du 9 juillet 2010. (La Loi cadre sera « toilettée » en 2013[15]).
« La loi votée, fruit d’un long travail entre les parlementaires, le CNDF et les associations comporte des avancées : la création d’une ordonnance de protection, la reconnaissance (pas complète) des violences psychologiques au sein du couple, la modification du délit de dénonciation calomnieuse, la reconnaissance du mariage forcé comme circonstance aggravante des violences, etc. Mais il y a des stagnations importantes : l’amélioration de la prise en compte du harcèlement sexuel au travail a été barré par le Sénat ; la loi, à la demande du gouvernement, ne concerne quasiment que les violences conjugales ; la prévention est minimale, l’Observatoire des violences et la formation ont été retoqués par la Commission des finances. » [16]
Le collectif unitaire prépare également une manifestation pour le 6 novembre 2010 qui lie le droit à l’avortement et le démantèlement de l’hôpital public.
Lors des États Généraux « Les Droits Des Femmes Dans Tous Leurs États ! » les 3 et 4 décembre 2011, plusieurs thématiques sont abordées par des militantes de toutes organisations : Violences sexuelles, droit des femmes à disposer de leur corps, égalité dans l’emploi, travail, précarité, pauvreté, les droits des femmes : un enjeu planétaire ?, féminisme, démocratie, libertés à l’épreuve des extrêmes droites et de l’ordre moral, Familles : je vous hais, familles : je vous aime. Elles seront un socle revendicatif important lors des années suivantes, notamment lors de la campagne présidentielle de 2012.
Jusqu’à l’automne 2017 et au mouvement #MeToo, les mobilisations perdureront avec moins de force, moins de présence numérique. Le mouvement féministe peine à retrouver la force qu’il a pu avoir. Des désaccords sont à l’œuvre et affaiblissent le mouvement et donc ses revendications, mais les militantes associatives de terrain restent présentes et les militantes syndicales et politiques sont toujours actives.
La construction commune des mobilisations unitaires, dans lesquelles chaque organisation ne peut se reconnaître entièrement, reste encore aujourd’hui un objectif à atteindre. L’unité est un outil pour construire de fortes mobilisations face à l’extrême-droite, aux mouvements masculinistes, aux attaques racistes, lgbtphobes et aux violences libérales et impérialistes qui se déploient partout. Il n’est pas question aujourd’hui de dire « qui fait quoi ? » mais « comment fait-on ensemble ? ».
C’est finalement le seul enjeu d’un mouvement féministe qui souhaite être large et puissant, ce que, à l’heure d’une extrême-droite à la porte du pouvoir, nous nous devons de construire, malgré tout.
Ingrid Darroman, militante féministe, secrétariat de la Fondation Copernic
Références :
[1] « Nouvelle génération, nouvelles féministes ? » Les Marie pas claire et Anne Dhoquois p. 149-170 https://doi.org/10.4000/cedref.305 4-5 | 1995 Continuités et discontinuités du féminisme « Transmettre aujourd’hui » Les cahiers du CEDREF Centre d’enseignement, d’études et de recherches pour les études féministes.
[2] Trat Josette, « L’histoire oubliée du courant « féministe luttes de classe » en France » in Femmes, genre, féminisme, collection Les Cahiers de Critique Communiste, 2007, p. 9-32.
[3] Anne Leclerc, CNDF, 8 Novembre 2025, 8 Novembre 2025 « 30 ans du mouvement social de novembre-décembre 1995 » Fondation Copernic – Politis – au Point Ephémère, Paris
[4] Site du CFCV Janvier 2026
[5] Rojtman Suzy Inceste, que de temps perdu ! 20 novembre 2023 Médiapart Le blog de S Rojtman
[6] Propos recueillis par Maruani, M et Silvera, R (2013). Maya Surduts, un féminisme de luttes. Travail, genre et sociétés, 29(1), 5-22.
[7] Suzy Rojtman, CNDF, 8 Novembre 2025 « 30 ans du mouvement social de novembre-décembre 1995 » Fondation Copernic – Politis – au Point Ephémère, Paris
[8] Propos recueillis par Maruani, M et Silvera, R (2013). Maya Surduts, un féminisme de luttes. Travail, genre et sociétés, 29(1), 5-22.
[9] Anne Leclerc, CNDF, 8 Novembre 2025 « 30 ans du mouvement social de novembre-décembre 1995 » Fondation Copernic – Politis – au Point Ephémère, Paris
[10] Trat Josette. Introduction. In: Cahiers du GEDISST (Groupe d’étude sur la division sociale et sexuelle du travail), N°18, 1997. Hommes et femmes dans le mouvement social. pp. 5-17.
[11] Compte-rendu de la commission dans le Bulletin de l’ANEF – Printemps 1997 Assises
[12] 8 Novembre 2025 « 30 ans du mouvement social de novembre-décembre 1995 » Fondation Copernic – Politis – au Point Ephémère, Paris
[13] Trat Josette, Femmes, genre, féminisme, collection Les Cahiers de Critique Communiste, 2007, p. 9-32.
[14] « Violences faites aux femmes : leur reconnaissance reste un combat – Interview de Suzy Rojtman » Revue Ecole Emancipée N°27. Janvier-Février 2011
[15] https://www.collectifdroitsdesfemmes.org/spip.php?article471
[16] Revue Ecole Emancipée N°27
L’article 1995 : La conquête féministe du mouvement social est apparu en premier sur Fondation Copernic.
13.01.2026 à 18:01
Fondation Copernic
Quelques jours avant son décès il participait encore à un débat sur la situation internationale (à partir du Venezuela) lors d’un Conseil d’administration de la Fondation Copernic. Jean, Nous sommes certain-es à t’avoir connu ici à Copernic, mais aussi à la LCR, à la FSU, à l’Ecole Emancipée, et aussi … dans de nombreux autres […]
L’article Jean Malifaud, Militant de la Fondation Copernic, dont il fut trésorier (entre autres fonctions…), est mort. est apparu en premier sur Fondation Copernic.
Quelques jours avant son décès il participait encore à un débat sur la situation internationale (à partir du Venezuela) lors d’un Conseil d’administration de la Fondation Copernic.

Nous sommes certain-es à t’avoir connu ici à Copernic, mais aussi à la LCR, à la FSU, à l’Ecole Emancipée, et aussi … dans de nombreux autres endroits et organisations auxquelles tu participais encore il a y peu. Tu avais un peu moins les cheveux au vent sans doute qu’en 68 que tu aimais toujours rappeler mais tu étais toujours un peu là-bas. Les mathématiques, tu les auras peut être un peu partagés avec nous si on considère la compta comme des maths, le débat est ouvert … Le débat, tout le temps, en permanence, celui que tu disais nécessaire et dont parfois nous avions du mal à te faire décrocher. Oui, débattre avec toi, ne pas être de ton côté, ce n’était pas simple. Convaincu, tu pouvais être aride, la réunion finie, nos moments amicaux sont de ceux que nous partagerons longtemps. Ce nous, c’est aussi ce qui pouvait caractériser ton militantisme, l’unité, cette sacro-sainte. Faire avec, comprendre, avancer, lier, toujours avec stratégie, objectif.
On a pu ferrailler, s’engueuler, peut être même se faire la tête, mais jamais longtemps. Le travail d’unité, la solidarité internationale ne devaient pas attendre la virgule, qui, si tu y tenais, reviendrait sur le tapis dans le texte suivant ou à la prochaine réunion. Ton regard doux, malgré la dureté parfois de tes positions, est aussi un souvenir. Nous avons encore un long chemin à faire, sans toi désormais. Mais nous serons là, présent-es aux côtés de Monique, ta compagne. Parce que la révolution tendre était aussi ce vers quoi tu pouvais nous amener.
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