09.05.2026 à 00:30
Niel Kadereit
Le Parc naturel régional du Haut-Languedoc est l'un des plus gros fournisseurs d'énergies renouvelables d'Occitanie. Et à l'heure de la réévaluation de sa charte, l'État pousse pour poursuivre son industrialisation. Transition énergétique oblige. Au-dessus du village d'Arfons, dans le Tarn, quelque chose manque au décor depuis plusieurs semaines. Onze mâts d'éoliennes ont laissé place à des trous béants dans le sol de la Montagne noire. Les machines, usées par une dizaine d'années de (…)
- CQFD n°252 (mai 2026) / Le dossierLe Parc naturel régional du Haut-Languedoc est l'un des plus gros fournisseurs d'énergies renouvelables d'Occitanie. Et à l'heure de la réévaluation de sa charte, l'État pousse pour poursuivre son industrialisation. Transition énergétique oblige.
Au-dessus du village d'Arfons, dans le Tarn, quelque chose manque au décor depuis plusieurs semaines. Onze mâts d'éoliennes ont laissé place à des trous béants dans le sol de la Montagne noire. Les machines, usées par une dizaine d'années de service, sont en train d'être remplacées par de nouvelles, plus performantes. Le procédé a un nom, anglais parce que sinon ce ne serait pas sérieux : le repowering. « Le niveau d'acceptabilité est optimal puisqu'on parle d'un site déjà existant. Avec un minimum d'impact supplémentaire, on va pouvoir maximiser la production », assure Robin Albriet au journaliste de France Inter qui s'est fendu d'un reportage sur place. Si ce chef de projets de Valorem, la société qui exploite le site, semble marcher sur des œufs, c'est que, dans le coin, les éoliennes sont un sujet sensible pour une bonne partie de la population.
« Ça fait huit ans que je suis installé ici. Et quand je vois toutes ces coupes de forêt, que ce soit pour installer des éoliennes, des panneaux photovoltaïques ou exporter du bois, je me dis que ce parc naturel, il est quand même de moins en moins naturel. Je ne vois pas trop le côté écologique du truc, sachant qu'on n'a pas spécialement besoin de produire plus d'électricité que ce que l'on a déjà. » Sébastien Gaubiac fait partie de celles et ceux qui, au village, voient d'un mauvais œil la multiplication des projets de centrales énergétiques dans le Parc naturel régional du Haut-Languedoc. Élu au conseil municipal d'Arfons en mars dernier, il compte porter cette voix à l'occasion du renouvellement de la charte du parc. En cours d'élaboration, le document fixera notamment les règles d'installation d'énergies renouvelables et de protection du territoire jusqu'en 2043. Et l'État de pousser vers une plus forte artificialisation de ces paysages.
Dans un courrier adressé au président du Parc naturel régional du Haut-Languedoc le 5 mars 2025, les préfets de l'Hérault et du Tarn jugeaient « inadmissible » de ne pas augmenter la taille des mâts d'éoliennes et « discutable » de ne pas en augmenter le nombre. Le 25 mars 2026, le Conseil national de la protection de la nature, un organe rattaché au ministère de la Transition écologique, observait en réponse que les prescriptions des préfets étaient « en tous points semblables à celles prévues […] hors des aires protégées ». Trois cent éoliennes sont déjà implantées ou en cours d'implantation sur ce petit territoire qui produit plus d'un tiers de l'électricité éolienne de toute la région Occitanie. Selon le Conseil national de la protection de la nature, cette dynamique pourrait les conduire à terme à s'interroger sur le maintien du classement du Haut-Languedoc en parc naturel, pourtant l'un des plus anciens de France.
02.05.2026 à 00:30
L'équipe de CQFD
Youpi ! Deuxième taquet printanier pour Lecornu. Après avoir été contraint d'ajourner la proposition de loi de son propre groupe (Ensemble pour la République) qui visait à faire bosser les salarié·es de certains commerces le 1er mai, le voilà obligé de retirer l'abjecte loi Yadan. « Obstruction parlementaire » de la France insoumise, dispersion des soutiens de la macronie… Et rapport de force politique imposé par en bas, dont une pétition avec pas moins de 700 000 signatures. La (…)
- CQFD n°252 (mai 2026) / ÉditoYoupi ! Deuxième taquet printanier pour Lecornu. Après avoir été contraint d'ajourner la proposition de loi de son propre groupe (Ensemble pour la République) qui visait à faire bosser les salarié·es de certains commerces le 1er mai, le voilà obligé de retirer l'abjecte loi Yadan. « Obstruction parlementaire » de la France insoumise, dispersion des soutiens de la macronie… Et rapport de force politique imposé par en bas, dont une pétition avec pas moins de 700 000 signatures.
La proposition de loi Yadan « [vise] à lutter contre les formes renouvelées de l'antisémitisme ». Mais quelles sont-elles ? La minute de silence au Parlement pour Quentin Deranque, un antisémite notoire ? Le groupe Whatsapp de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS 4) servant de « déversoir à la haine raciste et antisémite » des policier·es et de leur commandant1 ? Le rachat du réseau social X par le néonazi Elon Musk et le risque de mise en avant accrue de contenus racistes via la refonte de son algorithme ? Pensez-vous ! Pour Caroline Yadan, ses soutiens macronistes, mais aussi socialistes (François Hollande et Jérôme Guedj), le « nouvel antisémitisme », c'est : critiquer l'État d'Israël. Et hop ! En un tournemain, les soutiens de la Palestine ne seraient plus antisionistes, mais antisémites ! Vous aussi vous avez mal au cerveau ?
La théorie du « nouvel antisémitisme » nous vient des années 1970. Des officiels israéliens l'avaient opposée à la résolution 3379 de l'ONU qui affirmait que « le sionisme est une forme de racisme ». Une instrumentalisation de l'antisémitisme qui permet de légitimer le soutien de la France à la politique coloniale d'Israël. Mais aussi d'y associer tous les Juif·ves. Beaucoup pourtant, dont les collectifs Tsedek ! et l'Union juive française pour la paix, la dénoncent. Ils rappellent que l'antisémitisme ne peut pas être conçu « hors-sol » : il est d'abord inscrit historiquement dans des politiques étatiques structurellement racistes. Hier l'antisémitisme, aujourd'hui l'islamophobie, la négrophobie... À essentialiser les Juif·ves, l'État poursuit sa logique de racialisation des communautés religieuses, pour mieux hiérarchiser ses populations, et les faire jouer les unes contre les autres.
Si le nouveau joujou répressif de Yadan est pour l'heure mis au placard, Lecornu promet de le ressortir dans un projet de loi en juin prochain, alors qu'auront lieu, dans le même temps, les procès de Anasse Kazib et de Rima Hassan pour apologie du terrorisme. À gauche, il est temps de se secouer les puces et de ne plus considérer l'antisémitisme comme une lutte séparée de celle des autres formes de racisme et du continuum colonial. Restons soudé·es et rappelons que notre ennemi commun reste la bourgeoisie qui, elle, s'est salement radicalisée.
1 Le Canard enchaîné (25/06/2024).
02.05.2026 à 00:30
En cette ère de hausse des prix de l'énergie, où résonnent divers appels à l'électrification, au nucléaire, CQFD s'est pris la tête sur les meilleures et pires façons de faire tourner la machine. Jean-Baptiste Fressoz nous rappelle que le renouvelable n'enterre pas le fossile, Sébastien Navarro nous parle des déchets nucléaire à Malvési. Hors numéro, répression administrative : en Europe, où fleurissent les hubs de re-migration ; et plus spécifiquement au pays de l'amour, pour les (…)
- CQFD n°252 (mai 2026) / Mathilde Paix, Sommaire
En cette ère de hausse des prix de l'énergie, où résonnent divers appels à l'électrification, au nucléaire, CQFD s'est pris la tête sur les meilleures et pires façons de faire tourner la machine. Jean-Baptiste Fressoz nous rappelle que le renouvelable n'enterre pas le fossile, Sébastien Navarro nous parle des déchets nucléaire à Malvési. Hors numéro, répression administrative : en Europe, où fleurissent les hubs de re-migration ; et plus spécifiquement au pays de l'amour, pour les internationaux qui souhaitent officialiser leur union. On parle aussi du projet de méga-canal dans les Hauts de France, et du décolonialisme difficile en Haïti.
Quelques articles seront mis en ligne au cours du mois. Les autres seront archivés sur notre site progressivement, après la parution du prochain numéro. Ce qui vous laisse tout le temps d'aller saluer votre marchand de journaux ou de vous abonner...
En couverture : « Mais où trouvent-ils toute celle énergie ? » par Mathilde Paix
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– « Une énergie n'en remplace jamais une autre, elles croissent en symbiose » - Dans le livre Sans transition : une nouvelle histoire de l'énergie (Seuil, 2024), Jean-Baptiste Fressoz, historien des techniques, s'attaque au mythe de la transition énergétique, dénué de fondement historique. Entretien.
– Actualités d'une lutte passée en cours contre un futur sans avenir - Le 23 mars, la justice autorisait l'emploi de la force pour expulser « La Gare », près de Bure, lieu historique de la lutte antinucléaire, dans le cadre de l'avancée du projet d'enfouissement des déchets radioactifs, dit « Cigéo ». Sur place, les militant·es s'organisent pour résister. Tribune.
– Énergie verte et Montagne noire - Le Parc naturel régional du Haut-Languedoc est l'un des plus gros fournisseurs d'énergies renouvelables d'Occitanie. Et à l'heure de la réévaluation de sa charte, l'État pousse pour poursuivre son industrialisation. Transition énergétique oblige.
– Malvési, monstre toxique - Malvési est un site de traitement de l'uranium qui sévit depuis sept décennies, à deux pas de Narbonne. Une bombe toxique auquel le journaliste Sébastien Navarro, plume occasionnelle de CQFD, a consacré un ouvrage tout juste publié, Malvési. Entretien.
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– Return hubs : sous-traiter l'expulsion - Après l'odieux Pacte européen sur la migration et l'asile, Bruxelles entend franchir un nouveau cap dans le harcèlement des personnes en migration. Son prochain outil : le « règlement retour ». Un texte qui propose de renvoyer des gens vers des pays dont ils n'ont pas la nationalité, dans lesquels ils ne sont probablement jamais allés et sans leur consentement.
– Mégacanal Seine-Nord Europe : 107 kilomètres d' aberrations - De Compiègne à Aubencheul-au-Bac, un mégacanal de 107 kilomètres veut faire se rejoindre la Seine et l'Escaut. Derrière des promesses d'écologie et de dynamisation du territoire, une démesure financière et environnementale qui inquiète associations environnementales, syndicats et habitant·es.
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« On a besoin d'un football autonome »- Pour les unions dont l'une des deux personnes vient de l'extérieur de l'Europe, dur de vivre son idylle au pays du romantisme. Rencontre à Marseille avec l'un de ces couples.
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– Lu dans... | D'anciens détenus de l'ICE trouvent réconfort au sein d'un groupe d'entraide - Face aux traumatismes laissés par la détention au sein des centres de la police de l'immigration, plusieurs anciens captifs new-yorkais s'entraident grâce à l'aide de l'Envision Freedom Fund. Le média indépendant Documented raconte leurs parcours. Extraits.
– Sur la Sellette : Douze mois de prison et un conseil - En comparution immédiate, on traite à la chaîne la petite délinquance urbaine, on entend souvent les mots « vol » et « stupéfiants », on ne parle pas toujours français et on finit la plupart du temps en prison. Une justice expéditive dont cette chronique livre un instantané.
– Échec scolaire : Les petits mouchards - Loïc est prof d'histoire et de français, contractuel, dans un lycée pro des quartiers Nord de Marseille. Chaque mois, il raconte ses tribulations au sein d'une institution toute pétée. Entre sa classe et la salle des profs, face à sa hiérarchie ou devant ses élèves, il se demande : où est-ce qu'on s'est planté ?
– Peine perdue : Friture avec les huiles - Luno intervient bénévolement en prison. Il livre ici un regard oblique sur la taule et ses rouages par quelqu'un qui y passe mais n'y dort pas. Ce mois-ci : enfumage en règle.
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– Demain c'est pas si loin... - Les Soulèvements de Mars, déclinaison locale des Soulèvements de la Terre, publient un nouvel ouvrage collectif qui analyse les mécanismes moroses de la forêt de ciment dans laquelle on vit : Bave, crache, chie du béton.
– Rendre à la poussière des années d'existence - À Toulouse comme ailleurs, des quartiers populaires sont détruits, remodelés, aseptisés, et leurs résident·es poussé·es dehors. Dans « Personne ne se souviendra de nous », documentaire sonore réalisé par Ludo Mepa et Américo Mariani, trois habitantes racontent la violence de leurs expériences et l'évolution de leur rapport au monde.
– Jusqu'au boss final - Dans son livre Tout reste à jouer, Marijam Did participe à enfoncer cette porte immense qui s'entrouvre depuis quelques années : celle qui consiste à démontrer la puissance politique des jeux vidéo.
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- L'édito – Yadan l'air comme un relent de racisme
– Ça brûle ! – Recherches dans l'au-delà
– L'animal du mois – Le phoque épicurien
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