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05.11.2026 à 14:56

Attaque militaire des États-Unis au Venezuela

Rédaction

Le 3 janvier 2026, le réveil a été brutal au Venezuela. Vers 3 heures du matin, ce samedi-là, des avions et des détonations ont commencé à se faire entendre. Le pays subissait une incursion militaire étatsunienne baptisée « Résolution absolue », ordonnée par l'administration de Donald Trump. Les États-Unis ont bombardé des points stratégiques de Caracas, dont Fuerte Tiuna et La Carlota, et d'autres zones du pays, notamment La Guaira et Higuerote.

L'opération, qui visait des installations militaires vénézuéliennes, s'est soldée par un bilan tragique de victimes civiles et militaires. Selon des informations tirées de différents médias ou de témoignages, car on ne dispose d'aucun chiffre officiel, ce bilan s'élève à 81 personnes, dont 32 étaient de nationalité cubaine et faisaient partie du cercle de sécurité du président Nicolás Maduro.

Nicolás Maduro et Cilia Flores ont été enlevés et transférés dans une prison de haute sécurité à New York. Pour certains, cette action représente une « libération » en raison du caractère répressif et antidémocratique du gouvernement Maduro. Pour d'autres, il s'agit d'une intervention étrangère qui viole l'autodétermination et la souveraineté du pays.

L'incertitude

Pour l'ensemble de la population, les heures qui ont suivi l'attaque militaire ont été marquées par l'angoisse. Les magasins ont été pris d'assaut par des gens pressés de remplir leur garde-manger tant était grande l'incertitude quant à la fin des bombardements.

À Caracas, capitale du pays et centre du pouvoir – et donc de l'attaque –, les files d'attente dans les magasins ont duré des heures. Les citoyennes et citoyens achetaient ce qu'ils pouvaient trouver, quel qu'en soit le prix. Il faut souligner que nous venions de connaitre quelques journées marquées par la hausse du dollar, ce qui affecte directement les revenus de tout le monde. Au Venezuela, bien que le bolivar (Bs) soit la monnaie officielle, l'économie est dollarisée[1] et régie par plusieurs taux de change : celui de la Banque centrale du Venezuela (BCV), le « parallèle » (une moyenne de différents taux), et celui de Binance, utilisé comme indice de référence numérique. Cette variété de prix a fait grimper la valeur du dollar en espèces à des taux qui ont presque doublé celui de la BCV.

Il convient de rappeler que le salaire minimum officiel n'a pas augmenté depuis quatre ans, lorsqu'il a été fixé à 130 Bs, ce qui représente actuellement moins de 0,40 dollar US par mois. Jusqu'à présent, la classe ouvrière reçoit des primes qui représentent environ 180 dollars par mois, mais qui ne se retrouvent pas dans les avantages sociaux légaux (prestations, vacances, etc.).

Un pays sous tutelle

Devant le vide du pouvoir, le 5 janvier 2026, la Cour suprême de justice a confié la présidence par intérim à Delcy Rodríguez, jusqu'alors vice-présidente. Delcy Rodríguez a poursuivi une longue trajectoire politique. Elle a assumé des responsabilités stratégiques dans les gouvernements Chavez et Maduro. En 2006, sous Chavez, elle a été durant six mois ministre du Cabinet présidentiel, puis en 2013-2014, sous Maduro, ministre de la Communication et de l'Information. De 2014 à 2017, elle est ministre des Affaires étrangères, première femme à occuper ce poste, où elle s'est distinguée par un discours conflictuel au sein d'organismes internationaux comme l'Organisation des États américains (OEA)[2]. En 2017-2018, en tant que présidente de l'Assemblée nationale constituante, elle a dirigé cet organe plénipotentiaire qui avait été créé dans un contexte de fortes tensions politiques. Depuis 2018, elle est vice-présidente de la République, un poste à partir duquel elle a consolidé son pouvoir interne ainsi que la gestion économique du pays. Elle a aussi dirigé le ministère de l'Économie et des Finances entre 2020 et 2024, où elle a effectué des réformes économiques. Elle a ensuite été ministre des Hydrocarbures en 2024, un poste clé pour le contrôle de l'industrie pétrolière, avant la transition qui a suivi l'attaque étatsunienne. Sans oublier qu'elle est la fille de Jorge Antonio Rodríguez, fondateur de la Ligue socialiste[3], et la sœur de Jorge Rodríguez, l'actuel président de l'Assemblée nationale.

Alors que peu après les bombardements étatsuniens Delcy Rodriguez dénonçait l'enlèvement de Maduro et de son épouse Cilia, elle a déclaré les jours suivants que le gouvernement vénézuélien était prêt à travailler et à collaborer avec les États-Unis.

Actuellement, le pays est dirigé par un gouvernement sous tutelle des États-Unis, dont les représentants ont déclaré à plusieurs reprises qu'ils « décidaient de l'utilisation des ressources de l'industrie pétrolière ». D'un gouvernement qui se proclamait anti-impérialiste, nous sommes passés à un gouvernement tenant un autre discours et engagé dans d'autres actions, qui consistent notamment à accueillir de hauts fonctionnaires de l'administration Trump pour discuter de questions intérieures. Les décisions stratégiques, en particulier en matière économique, sont conçues de telle sorte qu'elles répondent aux exigences imposées par les États-Unis sans contribuer au bien-être des travailleuses et travailleurs ou à l'amélioration de la situation des secteurs économiques et sociaux qui ont subi la crise pendant des années.

Dès les premiers moments de cette période dite de transition, une réforme de la loi sur les hydrocarbures a été approuvée et permet à des entreprises privées, notamment étatsuniennes comme Chevron et européennes comme Repsol, de contrôler la production et la vente de pétrole brut. De même, le secrétaire américain à l'Énergie, Chris Wright, s'est rendu à Caracas pour confirmer que les ventes de pétrole rapportent déjà plus d'un milliard de dollars de recettes destinées, selon le discours officiel, à la remise en état des services publics.

Au départ, Donald Trump, soutenu par le secrétaire d'État Marco Rubio, affirmait que les recettes provenant de la vente de pétrole étaient déposées dans un compte à Doha, la capitale du Qatar. Cependant, elles ont été, dès la fin février selon Chris Wright, versées directement dans des comptes du département du Trésor américain, dans un fonds appelé Foreign Government Deposit Funds (Fonds de dépôt des gouvernements étrangers).

Le gouvernement vénézuélien a indiqué que ces ressources ont été affectées à l'amélioration des services publics qui, tels la santé, l'approvisionnement en eau, le métro de Caracas, l'Internet, l'électricité, sont en très mauvais état depuis des années. On a également annoncé que la Banque centrale du Venezuela injecterait des devises étrangères afin de freiner l'inflation et de stabiliser le marché des changes.

Cependant, aucune de ces ressources n'a été affectée à l'amélioration des droits fondamentaux comme les salaires, les prestations sociales, les retraites ou les pensions, soit les principales revendications de la grande majorité de la population.

Loi d'amnistie et droits de l'homme

La communauté internationale surveille de près le processus de libération des prisonniers et prisonnières politiques. À ce jour, on estime que plus de 440 personnes ont été libérées, protégées par la loi d'amnistie qui couvre les faits qui se sont produits entre 1999 et aujourd'hui. La mission de l'ONU observe ce processus avec prudence et exige une transparence totale.

Il convient toutefois de noter que cette loi d'amnistie suscite des doutes dans l'opinion publique en raison de la manière dont elle a été présentée, du contexte et du manque de transparence quant à ceux et celles qui en bénéficieraient alors qu'un grand nombre de personnes sont détenues pour des raisons politiques. On estime que si le gouvernement voulait vraiment corriger cette situation, il suffirait de libérer les prisonniers politiques et qu'une loi d'amnistie ne serait pas nécessaire.

Les défis immédiats

Pour la Vénézuélienne ou le Vénézuélien moyen, l'intervention étatsunienne n'a pas signifié la fin des problèmes, mais leur transformation. La réalité dans les rues est passée d'un calme général tendu à l'apparition des premiers signes d'actions politiques venant des différentes branches du gouvernement réaffirmant leur soutien à Delcy Rodríguez, ainsi que des mobilisations des étudiantes et étudiants universitaires. Ces derniers exigent l'accélération de la libération des prisonniers politiques et insistent sur la nécessité d'organiser des élections générales, y compris des élections présidentielles, pour légitimer les pouvoirs publics.

De même, des voix s'élèvent parmi les travailleurs et travailleuses de certains secteurs pour réclamer la restitution de leurs droits bafoués, comme le salaire minimum tel qu'établi par l'article 91 de la Constitution (un salaire égal au coût du panier d'épicerie de base), des négociations sur les conventions collectives et d'autres éléments. Cela reflète clairement la perception d'un répit dans la répression, ce qui ouvre la possibilité de passer à l'action politique et syndicale sans risquer d'être criminalisés comme cela était le cas depuis des années.

Ce dernier point est très positif car il donne des signes, encore ténus, d'un regain d'action et de lutte parmi les travailleurs et travailleuses, un secteur fondamental pour dynamiser la scène politique à partir de la base, dans un pays qui est depuis longtemps à la merci des élites. La crise au Venezuela explique également comment le gouvernement et l'opposition traditionnelle de droite se sont entendus pour fonder le régime sur la désorganisation de la classe ouvrière et des mouvements populaires et en les privant de toute possibilité d'avoir leur propre direction. Sur ce point, le parti au pouvoir est d'accord avec María Corina Machado, figure d'opposition tout aussi antidémocratique que Maduro ou Delcy Rodríguez.

Il est dès lors très important de réaffirmer que, compte tenu des difficultés générales subies par le peuple vénézuélien, le gouvernement maduriste et l'opposition traditionnelle sont les deux faces d'une même médaille. À tel point qu'il n'y a actuellement aucune différence politique fondamentale entre Delcy Rodríguez et María Corina Machado, puisque toutes deux se disputent un concours de servilité envers Trump.

Cela soulève sans aucun doute la nécessité que se construise une nouvelle force politique au Venezuela qui soit au service des plus démuni·e·s et des plus pauvres et non à celui des élites habituelles. D'autant plus qu'aux problèmes structurels existants s'ajoute la condition d'un pays néocolonisé par les États-Unis, dont le projet expansionniste ne semble pas vouloir s'arrêter au Venezuela, mais vise également Cuba, d'autres pays d'Amérique latine, le Canada et le Groenland.

Il est clair que Nicolas Maduro et la classe dirigeante psuviste[4] doivent rendre des comptes au peuple vénézuélien pour leur gouvernement corrompu, antidémocratique et répressif qui a, dans une large mesure, transformé le pays en une gigantesque prison, persécutant et emprisonnant critiques et opposants. Cependant, ce ne sont pas les États-Unis qui ont cette obligation morale ni cette autorité légale. Outre leur statut de pays impérialiste, les États-Unis ont à la Maison-Blanche un complice du génocide palestinien qui, au cours de la première année de son deuxième mandat présidentiel, a bombardé plus de six pays[5] et, comme si cela ne suffisait pas, apparait comme un des protagonistes dans l'affaire Jeffrey Epstein.

Dans ce contexte, plusieurs scénarios d'une transition que l'on suppose supervisée et dirigée par les États-Unis sont possibles. Ces derniers ont préféré faire appel à la fratrie Rodríguez, car il semble que, du moins pour l'instant, María Corina Machado ne leur garantisse pas le contrôle interne que leur assure en grande partie le chavisme au pouvoir, en particulier chez les militaires.

Il reste donc à voir si les différents acteurs politiques minoritaires qui ne sont pas liés aux élites tant du gouvernement que de l'opposition dans toute sa diversité sont capables de s'associer aux voix qui commencent à se faire entendre comme celles des syndicats et autres mouvements de lutte. Pourront-ils constituer une nouvelle force politique qui prône avec vigueur une sortie de crise véritablement démocratique et au service des « grandes majorités », c'est-à-dire les travailleurs et travailleuses, les classes populaires, la jeunesse.

Le plus grand miroir dans lequel ces groupes peuvent se refléter pour l'instant se trouve dans certaines régions des États-Unis mêmes, où les travailleurs, les travailleuses et les communautés organisées se sont mobilisés et ont affronté l'autoritarisme de Donald Trump, sa politique anti-immigration agressive ainsi que l'ICE, la force de police répressive.

Par Mely Villalobos, journaliste vénézuélienne

Une économie dollarisée est celle où le dollar américain circule parallèlement à la monnaie locale, ce qui influence les transactions et les politiques économiques. NDLR. ↑ L'Organisation des États américains a été créée en 1948 par les États-Unis et regroupe la plupart des États des Amériques et des Antilles. ↑ Jorge Rodríguez père a été arrêté le 23 juillet 1976 pour sa participation présumée à l'enlèvement de l'homme d'affaires étatsunien et espion présumé de la CIA, William Frank Niehous. Le dirigeant de la Ligue socialiste est décédé alors qu'il était détenu par la Direction des services de renseignement et de prévention, la police politique de l'époque au Venezuela, après avoir été torturé pendant un interrogatoire. ↑ De PSUV, Parti socialiste unifié du Venezuela. NDLR. ↑ L'article a été écrit avant les bombardements contre l'Iran, commencés le 28 février 2026. NDLR. ↑

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05.11.2026 à 12:25

L'Histoire donne parfois raison aux « casseurs »

Comité de Montreal

Dans la plupart du contenu médiatique produit autour des manifestations françaises des dernières semaines, un cadre clair ressort : les casseurs sont les méchants, alors que les manifestants pacifiques sont les…

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04.11.2026 à 18:32

Soins d'avortement au Nouveau-Brunswick : disponibilité ne veut pas dire accessibilité

Geneviève L. Latour

Depuis sa création en 2007, le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick revendique des services d'avortement accessibles pour les femmes et personnes de minorités de genre de la province. Bien qu'une victoire importante en ce sens ait eu lieu le 7 novembre 2024, plusieurs barrières demeurent, et la lutte pour rendre l'avortement réellement accessible dans la province se poursuit.

Le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick (RFNB) est un organisme francophone rassembleur et inclusif, qui agit en faveur d'une transformation radicale de la société en appuyant les luttes contre les oppressions. Sa mission est de revendiquer l'égalité des genres en faisant de l'action politique, en sensibilisant le grand public et en mobilisant ses membres autour d'enjeux féministes. Le Regroupement défend et promeut les droits et les intérêts des femmes et des minorités de genre francophones du Nouveau-Brunswick.

Une des revendications principales de l'organisme est l'élaboration d'une réelle politique d'accès aux services de santé reproductive et sexuelle dans toute la province selon le cadre d'analyse et de pratiques de la justice reproductive. Selon le collectif SisterSong, la justice reproductive vise à garantir les droits de conserver son autonomie personnelle et corporelle, d'avoir des enfants, de ne pas en avoir, et de faire vivre ses enfants dans des communautés sécuritaires et durables.

Il y a une distinction importante à faire entre la disponibilité et l'accessibilité d'un service. On définit l'accessibilité comme la capacité d'obtenir un service sans barrières ni obstacles. Les services d'avortement sont actuellement disponibles au Nouveau-Brunswick, mais ils ne sont pas pour autant accessibles. Trop souvent, les discussions publiques sur l'amélioration de l'accès à l'avortement dans la province donnent l'impression que cet accès est faible, voire complètement inexistant, ce qui n'est pas le cas. Ce genre d'idées reçues peut en retour empêcher les gens d'obtenir les soins d'avortement dont iels ont besoin.

Retour historique de 1989 à 2024

Techniquement, le système juridique a tranché le débat sur l'avortement en 1988, quand la Cour suprême du Canada a décriminalisé l'avortement. Cependant, depuis des décennies, l'accès aux soins d'avortement fait l'objet de discours misogynes, où la priorité n'est jamais mise sur l'autonomie des corps des femmes et des minorités de genre, mais sur le contrôle patriarcal de ces corps. De fait, le Nouveau-Brunswick se démarque par un mouvement anti-choix assez puissant. Que ce soit en raison d'une base religieuse encore très présente, d'une population vieillissante ou de valeurs familiales traditionnelles, cet attachement au mouvement anti-choix se fait également sentir dans l'arène politique, ce qui rend le changement difficile.

En 2014, le premier ministre et chef libéral Brian Gallant fait de l'accès à l'avortement un sujet central de sa campagne électorale. Une fois au pouvoir, il retire une partie d'un règlement qui nécessitait la signature de deux médecins pour avoir accès à un avortement chirurgical. Le Nouveau-Brunswick est aussi la première province au pays, en 2017, à rendre universel et gratuit un l'accès à la pilule abortive. Le gouvernement de Gallant maintient cependant une des restrictions du Règlement 84-20 de la Loi sur le paiement des services médicaux, qui interdit à l'Assurance-maladie de couvrir le coût des avortements chirurgicaux pratiqués en dehors des hôpitaux agréés.

En 2018, les progressistes-conservateurs gagnent les élections provinciales et le premier ministre Blaine Higgs s'affiche ouvertement « pro-vie » (anti-choix). Bien qu'il maintienne que sa position n'influencerait pas la façon dont le gouvernement allait gérer cet enjeu, l'accès à l'avortement se voit considérablement réduit durant ses deux mandats, jusqu'en 2024. Le 6 février 2024, la Clinique 554 de Fredericton, seule clinique privée à pratiquer des avortements chirurgicaux au Nouveau-Brunswick, se voit contrainte de fermer ses portes. Il s'agit du même endroit où, en 1994, le docteur Henry Morgentaler y avait ouvert sa clinique. Le docteur Adrian Edgar explique qu'en l'absence de financement provincial, l'établissement dépendait principalement des dons pour fonctionner puisqu'une partie des avortements pratiqués l'étaient gratuitement pour les patientes les plus démunies.

Pour ces raisons, jusqu'à tout récemment, le gouvernement fédéral retirait de l'argent envoyé au Nouveau-Brunswick pour les transferts en santé, car la province contrevenait à la loi en rendant difficile l'accès à l'avortement. De plus, jusqu'au début 2025, l'Association canadienne des libertés civiles poursuivait le gouvernement provincial en justice sur cette question.

Le 21 octobre 2024, la province du Nouveau-Brunswick élit pour la première fois une première ministre, la cheffe libérale Susan Holt. Moins de trois semaines après son élection, soit le 7 novembre 2024, Holt abroge l'article de loi limitant le remboursement des avortements chirurgicaux effectués en clinique privée. Par contre, bien que l'article de loi ait été abrogé, ça ne change pas les choses du jour au lendemain puisqu'aucune clinique privée n'offre de services de soin d'avortement en ce moment. De plus, il reste encore des barrières géographiques, financières, et linguistiques liées à la stigmatisation et au manque d'information.

Barrières à l'accès

En ce qui concerne les barrières géographiques, au Nouveau-Brunswick, il faut savoir qu'il n'existe que trois points d'accès à l'avortement chirurgical : aux deux hôpitaux de Moncton, et à l'hôpital de Bathurst, dans le nord de la province. Ainsi, certaines personnes doivent faire plus de six heures de route aller-retour pour obtenir un avortement, ce qui a un impact sur la santé mentale des personnes enceintes.

L'accès géographique limité se traduit également en barrières financières pour plusieurs, en raison des coûts associés au déplacement et à la rareté du transport collectif interrégional dans la province. En plus des coûts de transport s'ajoutent les coûts découlant du fait de prendre congé du travail, de faire garder ses enfants et de loger dans un hôtel.

Le RFNB met également l'accent sur les barrières linguistiques rencontrées spécifiquement par les personnes francophones et/ou immigrantes. Souvent, ces personnes doivent choisir entre recevoir des services en anglais rapidement, ou attendre pour des services en français ou dans leur langue maternelle. Pourtant, recevoir des soins dans sa langue maternelle diminue les risques de complications.

Il ne faut pas négliger les barrières en lien avec la stigmatisation. Au Nouveau-Brunswick, l'avortement demeure un sujet extrêmement tabou, particulièrement pour les jeunes et les personnes 2ELGBTQIA+. Cette stigmatisation permet à certains mythes de se développer et d'être diffusés à grande échelle, et expose les personnes qui interrompent une grossesse à des sentiments de honte et au harcèlement.

Finalement, les personnes en quête de services d'avortement se heurtent également à des barrières en matière d'absence d'information. Très bien référencés sur les moteurs de recherche et financés par des organismes religieux anti-choix, les centres de « crise de grossesse » se déguisent comme des lieux d'information et de soutien, mais ils propagent de fausses informations. Pour contrevenir à cette mésinformation, le RFNB souhaite que les régies de santé et le gouvernement du Nouveau-Brunswick fournissent des informations claires sur l'accès actuel (par exemple, les types d'avortement, le nombre de rendez-vous nécessaires, les limites de la gestation et les points d'accès).

Un travail qui ne fait que commencer

Si la barrière législative n'existe plus, le gouvernement doit poursuivre le travail afin de réellement donner accès aux services d'avortement, et ce, aux quatre coins de la province. Cela passera par : l'augmentation des centres de services au sein des hôpitaux, la mise en place de services dans des cliniques communautaires, l'embauche de sages-femmes pour pratiquer les avortements, l'embauche de radiologues pour accélérer l'accès aux échographies, le remboursement des prises de sang et des échographies hors hôpital afin de faciliter le suivi des avortements, et la mise en place de congés de maladie, qui permettront notamment aux personnes enceintes d'accéder aux services d'avortement sans en subir de conséquences économiques. Le RFNB demande donc au gouvernement d'assurer des services universels, gratuits, bilingues et de qualité, pour toutes les femmes et les minorités de genre dans la province.

Geneviève L. Latour est présidente du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick. Cet article a été écrit grâce au travail de recherche et de vulgarisation produit par l'équipe du RFNB.

Photo : Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick

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