
26.10.2026 à 13:02
Loïc Le Clerc
Vendredi dernier, Kévin T. assassine Pengo Bossio Wangi, 26 ans, et blesse grièvement cinq autres personnes, dont une fille de 12 ans, toujours en réanimation. Il revendique le caractère raciste de ses actes. Depuis, la garde à vue du terroriste a été levée et Kévin T. a été placé en observation à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture. Il serait schizophrène. L’avocat de la victime, Yassine Bouzrou, « constate une récurrence préoccupante : lorsque l’attentat émane de l’extrême droite, la question psychiatrique s’impose très vite ». La maladie qui touche Kévin T. est peut-être une circonstance atténuante pour lui, en aucun cas elle ne l’est pour nous. La société française ne saurait se cacher derrière son petit doigt : la xénophobie distillée à longueur d’émissions construit les délires d’aujourd’hui. Mieux qu’un arsenal antiterroriste impotent, la France devrait lutter contre le racisme et la maladie mentale – une autre « grande cause nationale » d’Emmanuel Macron.
23.10.2026 à 14:01
Pablo Pillaud-Vivien
Nicolas Duvoux, sociologue, professeur à Paris-8, auteur de Des vies volées aux PUF, est l’invité de #LaMidinale.
23.10.2026 à 12:30
Pablo Pillaud-Vivien
Il n’y a pas seulement une défaillance globale de l’État. Il n’y a pas qu’un fiasco – voulu ou non – du maintien de l’ordre et de la préservation du droit de manifester. Il n’y a pas que des scènes d’émeutes. La crise que traverse notre pays se généralise et s’aggrave. Et les ressorts pour la résoudre sont de plus en plus épuisés. Le problème, ce n’est pas seulement que le droit de manifester soit concrètement remis en cause mais que la démocratie sociale soit mise à mal. Les manifestants, les grévistes, le peuple en colère ne sont plus écoutés. Rien ne fait bouger l’exécutif et notre pays s’enfonce.
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La justice est un des maillons qui semble encore tenir. Mais elle aussi souffre. Le problème n’est pas que la justice soit trop ferme ou trop laxiste, c’est qu’elle n’est pas juste. Qui croit que les comparutions immédiates, ces jugements à la va-vite et sans droit véritable pour la défense, auront quelque effet positif que ce soit ?
La rue et la justice sont deux lieux d’expression de la souveraineté populaire. Dans la rue, le peuple manifeste sa volonté, conteste ceux qui gouvernent et rappelle que la démocratie ne se réduit pas au vote. Dans les tribunaux, la justice est rendue en son nom : elle doit garantir l’égalité devant la loi, protéger les libertés et sanctionner les infractions sans céder aux pressions du pouvoir ni à l’opinion. L’une fait entendre le peuple, l’autre rend la justice en son nom. Que se passe-t-il lorsque la première ne produit plus d’effet politique sur le pouvoir et que la seconde devient le principal lieu où se traite la contestation ?
Dans une démocratie représentative, le peuple délègue une partie de sa souveraineté à des élus. Mais cette délégation ne signifie pas qu’il y renonce. Manifester, c’est rappeler aux gouvernants qu’ils ne sont pas propriétaires du pouvoir qui leur a été confié.
Dans une démocratie représentative, le peuple délègue une partie de sa souveraineté à des élus. Mais cette délégation ne signifie pas qu’il y renonce. Manifester, c’est rappeler aux gouvernants qu’ils ne sont pas propriétaires du pouvoir qui leur a été confié. C’est aussi faire exister dans l’espace public des conflits que les institutions ne parviennent pas toujours à représenter. La rue n’est pas le peuple tout entier. Elle est néanmoins l’un des lieux où se construit et se dispute la volonté collective.
La justice obéit à une autre logique. Elle ne peut se confondre avec la volonté immédiate de la majorité, pas plus qu’avec celle du gouvernement. Si elle est rendue au nom du peuple français, c’est pour appliquer le droit à tous, y compris à ceux que l’opinion a déjà condamnés. Son indépendance est la condition de sa légitimité. La justice doit pouvoir sanctionner les violences commises lors d’une manifestation sans criminaliser la contestation elle-même, établir les responsabilités individuelles sans réduire une mobilisation collective à une affaire pénale ni à une faute collective comme le prépare la prochaine loi dite « casseurs-payeurs ». Les comptes-rendus des procès liés au 17 octobre soulèvent bien des questions sur la manière dont la justice est rendue, sur l’individualisation des peines et sur la place laissée aux droits de la défense. Quand la justice semble expéditive, la confiance dans l’institution s’abîme – et c’est alors un pilier de la démocratie qui vacille.
Le problème du 17 octobre n’est donc pas seulement celui du droit de manifester ou de la réponse pénale. Il est celui de la place du peuple dans la démocratie. La justice est rendue en son nom, mais le peuple ne saurait être réduit à celui au nom duquel on juge. Il doit aussi demeurer celui qui débat, conteste et décide de son avenir. La rue ne remplace ni les urnes ni les tribunaux. Mais sans la possibilité de faire pression sur le pouvoir, les premières risquent de n’être qu’un rendez-vous périodique et les seconds de devenir, malgré eux, les gestionnaires d’un conflit politique qu’aucune décision judiciaire ne peut résoudre.