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19.02.2026 à 14:59

Depuis l’invasion de l’Irak, les États-Unis n’avaient jamais déployé autant d’avions de guerre au Moyen-Orient

Marin Saillofest

Sur la base d'analyses de sources ouvertes, d'images satellites et de déclarations de responsables américains, l'US Air Force aurait déployé, ces dernières semaines, entre 150 et 200 appareils de tous types à travers diverses bases au Moyen-Orient.

Il s'agit du déploiement le plus important de l'armée américaine sur un seul théâtre potentiel depuis l'invasion de l'Irak en 2003.

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Texte intégral (912 mots)

Les États-Unis ont déployé plusieurs dizaines d’avions de combat, de ravitailleurs et d’appareils de surveillance au Moyen-Orient au cours des dernières 48 heures. Ces moyens supplémentaires viennent s’ajouter à un total de 13 navires de combat déjà présents en mer d’Arabie, dans le détroit d’Ormouz, en mer Rouge et dans la Méditerranée.

  • Un porte-avions supplémentaire, le Gerald R. Ford, accompagné de quatre destroyers composant son groupe aéronaval, pourrait arriver à proximité des côtes israéliennes dès dimanche 22 février.
  • Il devrait rester, du moins dans un premier temps, en Méditerranée pour contribuer à la défense d’Israël en cas de riposte iranienne.

Sur la base d’analyses de sources ouvertes, d’images satellites ainsi que de déclarations de responsables américains, on estime que l’US Air Force aurait déployés environ 150 à 200 appareils ces dernières semaines à travers divers bases au Moyen-Orient, et à bord du porte-avions USS Abraham Lincoln, qui peut transporter jusqu’à 90 avions.

  • C’est sans compter les appareils déjà présents sur des bases de l’armée américaine ou celles utilisées par les États-Unis dans la région.
  • Un nombre important d’avions ont par ailleurs été déployés ces derniers jours sur des bases situées en Europe, et ne sont pas comptabilisés ici.
  • Le porte-avions Gerald R. Ford, qui se trouverait actuellement à proximité du détroit de Gibraltar, peut quant à lui transporter 75 appareils.

Il s’agit du plus important déploiement de puissance aérienne par l’armée américaine au Moyen-Orient depuis 2003 1.

  • L’US Air Force avait déployé 863 appareils dans la région pour l’invasion de l’Irak, auxquels venaient s’ajouter 408 avions de la Marine, 372 du corps des Marines et 20 déployés par l’armée — soit un total de 1 663 avions de combat et de soutien.
  • En 1991, pendant la guerre du Golfe, 1 300 appareils avaient été déployés par Washington. De leur côté, les forces irakiennes affichaient un total de 700 avions de combat.

Si Trump n’aurait pas encore pris de décisions quant à l’utilisation qui sera faite de « l’armada » assemblée aux alentours de l’Iran, les moyens aériens déployés au Moyen-Orient suggèrent que celui-ci disposera de capacités bien supérieures à celles utilisées lors des précédentes frappes contre le programme nucléaire iranien, en juin 2025.

  • Selon le Pentagone, plus de 125 appareils, dont sept bombardiers furtifs Northrop B-2 Spirit, avaient participé à l’opération Midnight Hammer qui, selon Donald Trump, aurait « anéanti » le programme nucléaire iranien.
  • Ces derniers avaient décollé du territoire américain, depuis une base de l’armée de l’air située dans le Missouri. Un sous-marin prépositionné à proximité de l’Iran avait également lancé plusieurs dizaines de missiles de croisière Tomahawk contre des infrastructures clefs en surface.
  • Les douzaines d’avions ravitailleurs disponibles dans la région pourraient indiquer que les forces américaines disposeront des capacités de mener une campagne prolongée 2.

Des sources ont déclaré hier, mercredi 18, à Axios qu’une opération militaire américaine en Iran « serait probablement une campagne massive de plusieurs semaines qui ressemblerait davantage à une guerre à part entière qu’à l’opération ciblée menée le mois dernier au Venezuela » 3.

Sources
  1. U.S. Gathers the Most Air Power in the Mideast Since the 2003 Iraq Invasion », The Wall Street Journal, 18 février 2026.
  2. U.S. Military Moves Into Place for Possible Strikes in Iran », The New York Times, 18 février 2026.
  3. Trump meets with top Iran advisers as war threat grows », Axios, 18 février 2026.

19.02.2026 à 10:00

Jeux olympiques d’hiver de Milan 2026 : la Norvège en tête du classement, la France en 4e place

Marin Saillofest

Plus de 90 pays concourent dans le cadre des Jeux olympiques d’hiver de Milan, qui ont débuté vendredi 6 février pour une durée de deux semaines.

Tableau mis à jour le 19 février à 14h (Paris).

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Lire plus (366 mots)

Les premières médailles des Jeux olympiques d’hiver 2026 de Milan Cortina ont été décernées samedi 7 février.

  • La Norvège figure en tête du classement avec quinze médailles d’or (combiné nordique, ski de fond, ski acrobatique, patinage de vitesse, biathlon et saut à ski), huit d’argent (patinage de vitesse, biathlon, ski alpin et saut à ski) et dix de bronze (ski de fond, saut à ski, patinage de vitesse, ski alpin et biathlon).
  • Elle est suivie par l’Italie avec neuf médailles d’or, cinq d’argent et douze de bronze, et par les États-Unis avec sept médailles d’or, onze d’argent et six de bronze.

La Norvège semble être favorite pour terminer en première place du classement, lorsqu’on prend en compte le nombre de médailles d’or. 

  • Oslo avait remporté les précédents Jeux de Pékin en 2022, terminant la compétition avec 37 médailles dont 16 en or. Le pays a gagné tous les Jeux depuis 2014.
  • Les États-Unis, qui présentent la plus grande délégation à Milan (233 athlètes) pourraient également remporter un nombre important de médailles.

Parmi les pays de l’Union, c’est l’Allemagne qui semble avoir le plus de chances de finir en tête. Berlin a la deuxième délégation en termes de nombre d’athlètes (189) derrière l’Italie parmi les 27 (196 athlètes).

  • Depuis les premiers Jeux olympiques d’hiver de 1924, qui s’étaient tenus à Chamonix, Berlin a remporté 267 médailles dont 107 en or.
  • Le pays se classe ainsi en troisième place derrière la Norvège (405 médailles) et les États-Unis (330 médailles au total).
  • L’Allemagne avait terminé à la deuxième place lors des Jeux de Pékin, remportant 12 médailles d’or.

Cette page sera mise à jour régulièrement avec les résultats des dernières compétitions.

19.02.2026 à 06:30

Tous les pays européens se sont éloignés des positions défendues par les États-Unis à l’ONU en 2025 — et se sont rapprochés de la Chine

Ramona Bloj

L’analyse de l’ensemble des votes à l’ONU en 2025 révèle une dynamique frappante : de l’Allemagne à Monaco, tous les pays européens ont voté plus souvent comme la Chine et moins souvent comme les États-Unis l’an dernier par rapport à 2024.

En se rangeant du côté de la Russie et de la Corée du Nord sur plusieurs votes, l’administration Trump s’est considérablement isolée diplomatiquement.

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Texte intégral (750 mots)

L’année 2025 a été marquée par un basculement sans précédent de la stratégie de vote des États-Unis aux Nations unies. 

  • Dès le 24 février dernier, un mois seulement après le retour de Trump au pouvoir, Washington votait aux côtés de la Russie, de la Biélorusse, des juntes d’Afrique subsaharienne, de la Corée du Nord et de la Hongrie contre une résolution appelant à la fin des hostilités russes contre l’Ukraine.
  • Quelques semaines plus tard, en avril, les États-Unis votaient de nouveau aux côtés de Moscou et d’autres régimes autoritaires contre une résolution contenant plusieurs mentions de la guerre d’agression russe.
  • Le 14 avril, Trump attribuait la responsabilité de la guerre russe contre l’Ukraine à Kiev en déclarant que Zelensky avait « commencé la guerre contre quelqu’un qui fait 20 fois votre taille en espérant que les gens vous donneront des missiles ».

Tandis que les pays européens partageaient fréquemment les mêmes positions que les États-Unis lors de votes à l’ONU au cours des années précédentes, sous les mandat d’Obama et de Biden notamment, 2025 a été marquée par une divergence sans précédent qui a conduit la totalité des pays européens à se rapprocher de Pékin.

  • Selon un rapport de Focal Data publié le 6 février et classant les pays membres des Nations unies en fonction de leurs votes sur un axe d’alignement sur les États-Unis ou la Chine, le nombre d’États considérés comme étant « fortement alignés » sur Washington s’est effondré l’an dernier 1.
  • En moyenne, sous Trump, seulement sept pays partagent des positions très proches de celles des États-Unis à l’ONU — le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie, Israël, la Moldavie, les Îles Marshall et la Micronésie —, contre 46 en moyenne sous les mandats de Joe Biden et de Barack Obama.
  • Le nombre de pays considérés comme étant « alignés » sur Pékin est quant à lui resté stable : 73 — dont l’Inde, la Russie, l’Iran ou les Émirats arabes unis —, contre 87 sous les mandats des deux précédents présidents américains démocrates.

Les pays européens sont toujours considérés par Focal Data comme partageant des positions plus proches de celles défendues par les États-Unis que par la Chine. 

Ils se sont toutefois considérablement éloignés des positions américaines l’an dernier.

  • Sur la base de l’indice développé par Focal Data, seulement deux pays se sont alignés sur la Maison-Blanche de Donald Trump à l’ONU l’an dernier : Israël et l’Argentine.
  • Prise dans son ensemble, l’Amérique du Sud est considérée comme étant plus proche de Pékin, et s’est davantage rapprochée des positions chinoises en 2025.
  • L’Océanie a quant à elle suivi une trajectoire similaire à celle de l’Europe, et se trouve désormais plus proche d’une position de « neutralité » à l’ONU — mesurée sur un axe États-Unis-Chine — qu’à n’importe quel moment depuis au moins 1992.

L’étude de Focal Data montre que, sous le deuxième mandat de Donald Trump, les États-Unis occupent une position de plus en plus isolée dans l’enceinte des Nations unies. Tandis que les Européens s’éloignent des positions défendues par Washington, les pays avec lesquels la Maison-Blanche essaye d’opérer un rapprochement, comme la Russie, demeurent eux aussi bien plus proches de Pékin.

Sources
  1. Mapping the New Geopolitical Axis, Focal Data, 6 février 2026.

19.02.2026 à 06:00

La fin de l’illusion verte : treize thèses pour une écologie nouvelle

Matheo Malik

Pour faire face à l’urgence climatique, l’écologie doit se rendre à l’école du réalisme.

Une pièce de doctrine signée Emmanuel Guerin, Vice-Doyen de la nouvelle École du climat de Sciences Po.

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Texte intégral (5306 mots)

La transition énergétique est entrée dans une phase nouvelle : sans que l’urgence climatique ait disparu, la décarbonation se déploie désormais dans un monde marqué par la guerre, la fragmentation géopolitique et la militarisation croissante des chaînes de valeur.

Loin d’apaiser les rivalités, les impacts de la crise climatique et la transition énergétique les reconfigurent. Ils déplacent les lieux du pouvoir, modifient les instruments de la puissance et redessinent les hiérarchies mondiales.

La transition énergétique produit une interdépendance nouvelle, asymétrique et hiérarchisée. Elle ne met pas fin à la géopolitique des territoires, mais la complète et parfois la supplante par une géopolitique des chaînes de valeur, des capacités industrielles, des minerais critiques et des normes. Nous vivons la fin de l’illusion verte.

Dans ce contexte, les impacts physiques de la crise climatique agissent comme des multiplicateurs de conflictualité, affectant la résilience des économies, la stabilité des États et la robustesse des chaînes d’approvisionnement.

Face à cette réalité, il serait illusoire de défendre des principes sans se donner les moyens de les mettre en œuvre. Mais il serait tout aussi dangereux de confondre réalisme et cynisme. Les questions centrales deviennent alors : comment penser la transition énergétique dans un monde conflictuel à court terme  ? Comment organiser une compétition maîtrisée à moyen terme  ? Et comment rouvrir, à long terme, les conditions d’une coopération internationale, qui ne reviendra pas spontanément ni ne sera comme avant ?

1 — L’écologie est une fonction fondamentale de la puissance

La géoéconomie s’est longtemps structurée autour d’un ensemble relativement stable de variables de puissance : la taille des économies, la capacité industrielle, l’accès aux ressources stratégiques, la maîtrise des technologies clefs, la puissance financière et monétaire, ainsi que la capacité à définir des règles commerciales et des normes internationales.

Dans ce cadre, l’énergie occupait déjà une place centrale, mais principalement comme facteur de dépendance ou de rente, organisée autour des hydrocarbures, des infrastructures de transport et des équilibres géopolitiques territoriaux. La mondialisation avait renforcé ces interdépendances, sans les faire disparaître, en les inscrivant dans des chaînes de valeur complexes dominées par quelques grandes puissances industrielles et financières 1.

Le réalisme sans projet de transformation devient cynisme. Mais le volontarisme sans ancrage stratégique se transforme en impuissance.

Emmanuel Guérin

La crise climatique et la transition énergétique ne remplacent pas ces variables traditionnelles : elles les complètent et en ajoutent de nouvelles. La capacité industrielle devient indissociable de la maîtrise des technologies décarbonées. Le contrôle des ressources se déplace vers les minerais critiques et, surtout, vers les segments intermédiaires des chaînes de valeur. La puissance normative acquiert un rôle structurant dans l’orientation des marchés et des trajectoires industrielles.

À ces dimensions s’ajoutent désormais des facteurs jusqu’ici secondaires en géoéconomie : la capacité à financer la transition à grande échelle, à assurer les risques croissants liés aux chocs climatiques, et à maintenir la résilience des systèmes productifs face aux perturbations physiques du changement climatique 2.

Ces dimensions financières ne sont pas secondaires : elles structurent en profondeur la capacité des économies à investir et à absorber le risque. Certaines fonctions, longtemps considérées comme périphériques, apparaissent ainsi comme de véritables points de passage critiques de la transition.

2 — La puissance est un nœud invisible

Le secteur des assurances constitue un chokepoint (« point d’étranglement ») critique, souvent sous-estimé.

Les assurances sont un pilier fondamental du système financier : sans couverture assurantielle, la majorité des grands projets énergétiques — notamment offshore, miniers ou d’infrastructures lourdes — ne peuvent obtenir de financement bancaire. Les assureurs jouent ainsi un rôle d’infrastructure invisible du capitalisme énergétique.

Si les grandes compagnies d’assurance décidaient de cesser de couvrir les nouveaux projets d’exploration et d’exploitation pétrolière et gazière, une part significative des investissements fossiles deviendrait non finançable ou prohibitive en termes de coûts du capital. Le retrait progressif des assureurs des énergies fossiles pourrait ainsi devenir un levier décisif d’accélération de la transition.

En intégrant ces nouveaux points de passage — qu’ils soient industriels, comme le raffinage des minerais critiques, ou financiers, comme l’assurance des projets énergétiques — la transition énergétique révèle une transformation plus profonde de la géoéconomie contemporaine : elle ne supprime pas les variables traditionnelles de la puissance, mais en reconfigure la hiérarchie et en déplace les centres de gravité. 

La capacité à contrôler des segments intermédiaires, à organiser le financement du risque et à sécuriser la résilience des systèmes productifs devient désormais aussi déterminante que la possession des ressources elles-mêmes.

Nous vivons la fin de l’illusion verte.

Emmanuel Guérin

3 — La Chine nous apprend que la transition fait système

La Chine a très tôt compris ce problème. Dès le tournant des années 2006–2010, avec la formalisation des industries stratégiques émergentes dans ses plans quinquennaux, elle a fait de la transition énergétique un pilier explicite de sa stratégie de montée en gamme industrielle. Cette orientation est ensuite renforcée et accélérée à partir de 2011, lorsque ces secteurs deviennent des priorités pleinement institutionnalisées de la politique économique chinoise.

L’avantage chinois ne tient pas seulement au volume des investissements ou aux subventions. Il repose sur la construction précoce d’une politique intégrée allant de l’amont à l’aval, articulant sécurisation des approvisionnements en minerais critiques, développement des capacités de raffinage et de transformation, soutien massif à l’industrie manufacturière, politique d’innovation ciblée et mobilisation coordonnée des instruments financiers publics et privés 3.

Là où l’Europe et les États-Unis ont longtemps traité ces dimensions de manière fragmentée — dissociant énergie, industrie, commerce, innovation et finance — la Chine a pensé la transition comme un système productif et financier cohérent 4. C’est cette cohérence stratégique de long terme, bien plus que les avantages de coûts à court terme, qui explique aujourd’hui sa position dominante dans de nombreux segments clefs des chaînes de valeur de la transition énergétique.

4 — Gouverner la transition, c’est contrôler ses points de passage

Le contrôle des minerais critiques s’inscrit pleinement dans cette logique. Le pouvoir ne réside pas dans l’extraction seule. Il se concentre dans les segments intermédiaires — raffinage, transformation, fabrication de composants — qui constituent de véritables points de contrôle critiques au sein des chaînes de valeur. Ces points de passage obligés permettent de contraindre, ralentir ou orienter l’ensemble du système productif, surtout lorsqu’ils sont couplés à des instruments financiers, commerciaux, ou normatifs.

Cette logique de contrôle des segments intermédiaires n’est pas abstraite. Elle se matérialise concrètement dans certaines chaînes de valeur stratégiques, où la concentration des capacités industrielles crée des vulnérabilités systémiques.

La vulnérabilité stratégique ne tient pas seulement à la concentration géographique des ressources minières, mais surtout à la concentration des capacités de raffinage et de transformation. Si l’extraction du lithium ou des terres rares est relativement dispersée, la Chine domine massivement les segments intermédiaires des chaînes de valeur. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la Chine contrôle environ 60 % du raffinage mondial du lithium, 73 % du cobalt et près de 90 % des terres rares.

Ce pouvoir sur les étapes de transformation constitue un véritable chokepoint géoéconomique : le contrôle de ces segments intermédiaires permet, en cas de tensions, de ralentir ou de conditionner l’ensemble de la production mondiale de batteries, d’éoliennes ou de véhicules électriques. La vulnérabilité réside ainsi moins dans la rareté physique des minerais que dans la concentration des capacités industrielles critiques 5.

La puissance normative joue aussi un rôle structurant. Définir les standards techniques, environnementaux ou commerciaux revient à organiser les marchés, à orienter les trajectoires industrielles et à créer des avantages compétitifs durables. L’Europe dispose ici d’un atout majeur, mais celui-ci ne produit des effets stratégiques que s’il est articulé à une capacité industrielle, financière et technologique réelle.

À cette reconfiguration de la géoéconomie s’ajoute désormais un élément transversal : la résilience climatique. Les impacts physiques du changement climatique — sécheresses, inondations, stress hydrique, événements extrêmes — affectent directement les capacités productives, les infrastructures, les chaînes logistiques et les systèmes financiers.

Le pouvoir ne se mesure plus seulement en PIB ou en capacités militaires, mais aussi en capacité à absorber les chocs climatiques et à maintenir le fonctionnement des chaînes de valeur dans un environnement de plus en plus instable.

La coopération post-carbone sera sélective, conditionnelle et réversible.

Emmanuel Guérin

5 — Les chaînes de valeur sont devenues des armes

La promesse initiale d’une mondialisation verte, dans laquelle l’interdépendance climatique favoriserait la coopération, est aujourd’hui largement entamée. La transition énergétique s’inscrit aujourd’hui dans une dynamique de fragmentation conflictuelle, où chaque bloc cherche à sécuriser sa trajectoire de décarbonation 6.

Les chaînes de valeur de la transition sont de plus en plus militarisées, au sens où elles sont intégrées aux calculs de sécurité économique et de rivalité stratégique 7. Le contrôle de nœuds centraux dans les réseaux économiques permet d’exercer une coercition indirecte. La transition énergétique amplifie cette logique en multipliant les dépendances techniques et industrielles.

Cette militarisation a un coût. Elle renchérit la transition, ralentit le déploiement technologique et accentue les inégalités d’accès aux technologies. Mais elle est aussi devenue une condition politique de la décarbonation. Sans politique industrielle, sans sécurisation des approvisionnements, sans protection contre les chocs externes, il n’existe pas de coalition politique durable en faveur de la transition.

Les États-Unis illustrent cette tension. Leur trajectoire récente révèle une puissance structurellement bipolaire : impulsion sous Obama, freinage sous Trump I, accélération massive avec l’Inflation Reduction Act (IRA) sous Biden, puis coup d’arrêt brutal avec Trump II. Cette instabilité fragilise les chaînes de valeur mondiales et renforce la fragmentation du système 8.

6 — L’Europe peut devenir la première république électrique

Le climat est devenu un champ de bataille central des chaînes de valeur mondiales. La décarbonation sous tension s’opère à l’âge des blocs. Chaque grande puissance cherche à réduire ses vulnérabilités, à sécuriser ses approvisionnements et à contrôler les segments critiques de la transition.

Cette dynamique ne concerne pas seulement les grandes puissances industrielles. Les pays riches en ressources critiques — Australie, Chili, Brésil, Canada, République démocratique du Congo, Afrique du Sud, Indonésie — occupent une position stratégique nouvelle. Mais là encore, l’enjeu n’est pas uniquement l’accès à la ressource brute. Ce sont les capacités de transformation, de raffinage et de montée en gamme qui déterminent la véritable autonomie stratégique.

Dans ce contexte, la dépendance européenne aux énergies fossiles et celle aux technologies décarbonées doivent être clairement distinguées.

La première est structurelle et irréversible.

La seconde est stratégique et potentiellement réversible, à condition d’investir massivement et de coordonner les politiques industrielles.

L’Europe pourrait devenir un véritable électro-État, si elle acceptait d’en payer le coût d’investissement.

Pour l’Europe, la voie de sortie ne réside ni dans le repli naïf ni dans la dépendance assumée. Elle passe par une stratégie de puissance lucide, fondée sur des leviers qu’elle maîtrise déjà pour partie : la taille de son marché intérieur, sa capacité à définir des normes structurantes, la mobilisation coordonnée de ses instruments financiers et budgétaires, et la reconstruction d’une base industrielle crédible dans les segments clefs de la transition.

À ces atouts s’ajoute une contrainte structurante — sortir des énergies fossiles — qui, loin d’être un handicap, peut devenir le moteur d’une stratégie d’autonomie industrielle et technologique, à condition d’être assumée politiquement 9.

La transition énergétique ne peut plus être pensée comme un simple projet environnemental ou technologique. Elle est devenue un fait géopolitique total.

Emmanuel Guérin

7 — Il faut apprendre à faire avec la Chine ce que la Chine a fait avec nous

La stratégie européenne vis-à-vis de la Chine doit partir d’un constat sans illusion : la relation combine simultanément partenariat, compétition et rivalité systémique.

Partenariat, parce que la transition énergétique et la stabilisation du climat relèvent de biens publics mondiaux sur lesquels aucune solution n’est possible sans coopération sino-européenne. Compétition, parce que les chaînes de valeur de la transition sont devenues un terrain central de rivalité industrielle et technologique. Rivalité systémique, enfin, parce que la Chine est l’alliée de la Russie et l’Europe de l’Ukraine.

Pour l’Europe, l’enjeu n’est donc ni l’alignement ni le découplage, mais la construction d’une relation stratégique conditionnelle, fondée sur des intérêts clairement définis 10.

Cela implique, concrètement, de faire avec la Chine ce que la Chine a fait avec les puissances industrielles occidentales : conditionner l’accès au marché européen à des joint-ventures majoritairement européennes, organiser des transferts de technologie effectifs, exiger une localisation industrielle sur le territoire européen et inscrire ces partenariats dans des trajectoires explicites de décarbonation.

Sur le plan commercial, en plus d’innover, l’Europe doit accepter une ouverture sélective, en protégeant les segments industriels stratégiques et en utilisant ses instruments de défense commerciale lorsque les pratiques chinoises créent des déséquilibres structurels. Sur le plan de l’investissement, elle doit combiner filtrage strict des investissements entrants dans les secteurs critiques et capacité à attirer les capitaux chinois dans des projets clairement encadrés, alignés avec ses priorités industrielles, climatiques et technologiques.

L’objectif n’est pas de contenir la Chine, mais de rééquilibrer une relation asymétrique, afin que la coopération sur la transition énergétique ne se traduise plus par une dépendance stratégique durable.

8 — Notre intérêt stratégique réside dans la résistance à la puissance fossile des États-Unis

La relation avec les États-Unis constitue pour l’Union un autre défi stratégique.

Washington ne peut plus être considéré comme un allié fiable. L’hostilité frontale de l’administration américaine vis-à-vis de l’Europe, combinée à une relance assumée des énergies fossiles et au démantèlement des politiques climatiques fédérales, impose une révision lucide du partenariat transatlantique.

L’Europe doit accepter que les États-Unis agissent désormais comme un pétro-État offensif, prêt à utiliser l’énergie, le commerce et les normes comme instruments de pression géopolitique.

Face à cette réalité, la stratégie européenne ne peut être ni l’alignement ni l’attentisme : elle doit assumer une ligne de fermeté, défendre sans ambiguïté ses intérêts industriels et énergétiques, et mettre en place des mesures de réciprocité chaque fois que les politiques américaines produisent des asymétries concurrentielles structurelles au détriment de la transition européenne.

9 — La bataille des minerais ne se gagne pas à la mine

En parallèle, l’Europe doit construire des partenariats stratégiques de long terme avec les pays riches en ressources critiques, fondés non sur une logique extractive, mais sur le co-investissement industriel, la transformation locale et le partage de valeur. Sa puissance normative et la taille de son marché constituent, à cet égard, des leviers décisifs 11.

Concrètement, cela suppose des stratégies différenciées selon les métaux et les partenaires : avec la République démocratique du Congo pour le cobalt, avec le Chili pour le cuivre, avec l’Australie pour le lithium, avec l’Indonésie pour le nickel, et avec l’Afrique du Sud pour des métaux clés de la transition tels que l’iridium, le manganèse et le platine…

La Chine, enfin, demeure un acteur incontournable pour certains minerais et matériaux stratégiques — notamment le dysprosium, le néodymium et le graphite — ce qui impose à l’Europe de penser ces relations non comme de simples échanges commerciaux, mais comme des négociations géoéconomiques structurantes, intégrant investissements, accès aux technologies intermédiaires et sécurisation des chaînes de valeur.

Dans tous les cas, l’enjeu n’est pas seulement l’accès à la ressource brute, mais la capacité à remonter la chaîne de valeur, à sécuriser le raffinage et la transformation, et à inscrire ces partenariats dans une trajectoire industrielle et climatique cohérente.

Le climat est devenu un champ de bataille central des chaînes de valeur mondiales. La décarbonation sous tension s’opère à l’âge des blocs.

Emmanuel Guérin

10 — La transition est un champ de bataille

La transition énergétique ne peut plus être pensée comme un simple projet environnemental ou technologique. Elle est devenue un fait géopolitique total, qui redistribue la puissance, reconfigure les dépendances et transforme les chaînes de valeur en instruments de rivalité stratégique.

Loin de faire disparaître les logiques de puissance, elle les déplace : des territoires vers les chaînes de valeur, des hydrocarbures vers les minerais critiques, des flux commerciaux vers les points de contrôle industriels, financiers et normatifs 12. Dans ce monde fragmenté, la décarbonation progresse non malgré la conflictualité, mais à travers elle, sous la contrainte des rapports de force et des chocs climatiques eux-mêmes.

La transition énergétique produit une interdépendance hiérarchique  : les dépendances ne s’évanouissent pas, elles se concentrent et s’asymétrisent. Le pouvoir se niche désormais dans la capacité à organiser des systèmes productifs complets, à sécuriser les segments intermédiaires des chaînes de valeur, à définir des normes structurantes et à absorber les chocs climatiques.

Dans cette configuration, la Chine apparaît comme l’acteur le plus cohérent, les États-Unis comme un pétro-État instable et offensif, et l’Europe comme une puissance potentielle encore inachevée, coincée entre dépendance subie et autonomie possible. Penser la transition sans intégrer cette réalité géoéconomique, c’est se condamner à l’impuissance stratégique.

11 — Nous pouvons apprendre à domestiquer la rivalité

La fragmentation actuelle du système international ne débouche pas mécaniquement sur un chaos durable.

Même dans un monde conflictuel, les grandes puissances ont intérêt à éviter une escalade incontrôlée qui élèverait excessivement le coût de la transition énergétique et fragiliserait leurs propres trajectoires industrielles. La question n’est donc pas de revenir à une coopération idéalisée, mais de canaliser la rivalité autour de règles minimales, de zones de stabilisation et de mécanismes de désescalade sectoriels.

Une compétition maîtrisée suppose d’abord de désidéologiser certaines interdépendances critiques. Dans les chaînes de valeur de la transition énergétique, tous les segments ne présentent pas le même niveau de sensibilité stratégique. Identifier clairement ce qui relève du vital, du stratégique et du substituable permet de limiter la tentation d’une militarisation généralisée, coûteuse et contre-productive. À défaut de confiance politique, une forme de transparence technique et industrielle peut contribuer à réduire l’incertitude et les risques de ruptures brutales.

Ensuite, la maîtrise de la compétition passe par des accords sectoriels ciblés, pragmatiques et réversibles. Ils peuvent porter sur des standards techniques, des règles de notification des restrictions à l’exportation ou des mécanismes de coordination en cas de choc sur l’offre de minerais critiques. Ces arrangements ne reposent pas sur une convergence de valeurs, mais sur des intérêts convergents à court et moyen terme : éviter les pénuries, stabiliser les marchés et préserver la crédibilité des trajectoires de décarbonation.

Enfin, une compétition maîtrisée suppose des capacités internes de résilience. Plus les économies sont capables d’absorber les chocs — industriels, financiers ou climatiques — moins elles sont tentées de recourir à des mesures coercitives extrêmes. Investir dans la diversification des approvisionnements, la montée en gamme industrielle et la résilience climatique n’est pas seulement une stratégie défensive : c’est une condition de stabilité systémique.

12 — La coopération n’est pas une illusion

À long terme, aucune transition énergétique durable n’est possible dans un monde de rivalité permanente et non régulée.

La stabilisation du climat reste un bien public mondial, et les effets physiques du changement climatique continueront de frapper indistinctement les puissances établies et émergentes : la coopération internationale ne disparaîtra donc pas par fatalité, mais elle ne reviendra ni spontanément ni sous les formes héritées de l’ère de la mondialisation libérale.

Toute coopération crédible devra être adossée à des rapports de force assumés. Les principes sans instruments sont inopérants. Cela implique de lier coopération climatique et capacités réelles : financement, transfert de technologies, accès aux marchés, mais aussi capacité à sanctionner les comportements prédateurs. La coopération post-carbone sera sélective, conditionnelle et réversible.

Enfin, cette coopération devra intégrer un fait central : la transition énergétique crée des gagnants et des perdants, au sein des États comme entre eux. Reconstruire un minimum de coopération internationale implique de traiter ces asymétries, notamment vis-à-vis des pays riches en ressources critiques et des économies les plus exposées aux chocs climatiques. Sans mécanismes crédibles de partage des risques et des bénéfices, la conflictualité reste la norme.

La transition énergétique produit une interdépendance hiérarchique  : les dépendances ne s’évanouissent pas, elles se concentrent et s’asymétrisent.

Emmanuel Guérin

13 — Le réalisme n’est pas un cynisme

À court terme, le réalisme est donc indispensable. Dans un monde fragmenté, traversé par la guerre, la rivalité stratégique et les chocs climatiques, les principes qui ne s’appuient pas sur des capacités réelles de mise en œuvre restent lettre morte. Penser la transition énergétique sans penser la puissance industrielle, la sécurité des approvisionnements et la résilience des chaînes de valeur revient à s’exposer à une dépendance durable, donc à une perte de souveraineté.

À moyen terme, l’enjeu n’est pas de faire disparaître la conflictualité, mais de la canaliser.

Transformer une rivalité anarchique en une compétition plus maîtrisée suppose d’identifier des règles minimales, des arrangements sectoriels et des mécanismes de stabilisation capables de limiter les spirales de coercition et de fragmentation. Il ne s’agit pas d’un retour à la coopération harmonieuse, mais d’une gestion stratégique des interdépendances, fondée sur des intérêts convergents autant que sur des rapports de force assumés.

À plus long terme, enfin, aucune transition énergétique hors des énergies fossiles n’est possible sans une forme renouvelée de coopération internationale. Cette coopération ne reviendra ni spontanément ni sous les formes héritées de la mondialisation passée. Elle devra être construite patiemment, à partir d’une compréhension lucide des transformations du pouvoir induites par la transition énergétique, et de la reconnaissance de vulnérabilités climatiques désormais partagées.

Le réalisme sans projet de transformation devient cynisme. Mais le volontarisme sans ancrage stratégique se transforme en impuissance. Penser la transition énergétique aujourd’hui, c’est accepter de tenir ensemble ces deux exigences.

Sources
  1. Review of International Political Economy, n°12 (1), 2005, pp. 78–104.
  2. The New Global Rulers. The Privatization of Regulation in the World Economy, Princeton, Princeton University Press, 2011.
  3. The Rise of China’s Industrial Policy, 1978–2020, Oxford, Oxford University Press, 2021.
  4. Critical Minerals Market Review, Paris, Agence internationale de l’énergie, 2023.
  5. Energy Policy, n°53, 2013, pp. 331–340. Voir aussi Marshall B. Burke, Solomon M. Hsiang et Edward Miguel, « Climate and Conflict », Annual Review of Economics, n°7, 2015, pp. 577–617.
  6.  International Security, n°44 (1), 2019, pp. 42–79.
  7. Underground Empire : How America Weaponized the World Economy, New York, Henry Holt, 2023. Voir aussi Gary Gereffi, « The Organization of Buyer-Driven Global Commodity Chains : How U.S. Retailers Shape Overseas Production Networks » in Gary Gereffi et Miguel Korzeniewicz (dir.), Commodity Chains and Global Capitalism, Westport, CT, Praeger, pp. 95–122.
  8. International Affairs n°96 (2), 2020, pp. 389–407.
  9. Project Syndicate, juillet 2025.
  10. The Brussels Effect. How the European Union Rules the World, Oxford, Oxford University Press, 2020. Voir aussi : Andreas Goldthau et Nick Sitter, « A Liberal Actor in a Realist World : The European Union Regulatory State and the Global Political Economy of Energy », Oxford Institute for Energy Studies, OIES Paper : SP 33, 2015 ; Ian Manners, « Normative Power Europe : A Contradiction in Terms ? » Journal of Common Market Studies n°40 (2), 2002, 235–258.
  11. The Role of Critical Minerals in Clean Energy Transitions, Paris, Agence internationale de l’énergie, 2021.

18.02.2026 à 15:33

Iran : Trump est « plus proche d’une guerre de grande ampleur au Moyen-Orient qu’on ne le pense »

Marin Saillofest

Selon une source citée par Axios, un média états-unien bien informé sur les dynamiques de la Maison-Blanche, le discours conciliant relayé par les autorités de la République islamique ne correspondrait pas à la réalité.

« Le patron en a assez. Certaines personnes de son entourage le mettent en garde contre une guerre avec l'Iran, mais je pense qu'il y a 90 % de chances que nous assistions à une action militaire dans les prochaines semaines ».

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Texte intégral (961 mots)

Selon Axios — qui dispose souvent de sources et d’accès très profonds dans les administrations Trump et Netanyahou —, « l’administration Trump est plus proche d’une guerre de grande ampleur au Moyen-Orient que la plupart des Américains ne le pensent » 1.

  • Des négociations ont eu lieu à Genève en début de semaine, dans un format inhabituel : l’administration n’était pas représentée par des diplomates ou des membres du gouvernement, mais par le gendre du président, Jared Kushner, et l’envoyé spécial Steve Witkoff. 
  • La rencontre a duré trois heures. Les Iraniens ont proposé de revenir dans les deux prochaines semaines avec des propositions détaillées « afin de combler certaines des divergences entre nos positions » 2.
  • En Iran, une partie des premières pages des quotidiens sont consacrées aujourd’hui aux négociations, que certains qualifient de « sérieuses » et « constructives » (Ârmân). Le ministre iranien Abbas Araghchi a déclaré que les pourparlers avaient fait « de bons progrès ».
  • La plupart de la presse iranienne relaie cependant un discours prononcé la veille par le Guide suprême à Tabriz, dans lequel il interprète les négociations comme une preuve de l’échec des États-Unis à renverser ou à déstabiliser la République islamique. Ainsi, le journal Sédâ-yé Irân titre « Tu ne peux pas non plus [renverser la République islamique] » au-dessus d’une photo de Donald Trump, sombre et de dos 3.

Depuis le début de l’année, Washington a massivement renforcé son dispositif militaire dans la région.

  • Le 26 janvier, un responsable américain avait déclaré que le porte-avions Abraham Lincoln était entré « dans la zone de responsabilité du Commandement central dans l’océan Indien occidental ».
  • Celui-ci se situerait désormais, avec les trois destroyers l’escortant (l’USS Frank E. Petersen Jr., l’USS Spruance et l’USS Michael Murphy), dans le nord-ouest de la mer d’Arabie, au large des côtes d’Oman.
  • Un autre porte-avions et son groupe aéronaval, l’USS Gerald R. Ford, le plus moderne de la flotte américaine, devrait également arriver au Moyen-Orient dans les prochaines semaines.
  • Ces bâtiments sont équipés de plusieurs missiles Tomahawks pouvant être utilisés pour frapper des cibles en Iran. Le porte-avions Abraham Lincoln dispose quant à lui de douzaines d’avions de chasse F-35 et FA-18, ainsi que d’avions de soutien. Selon Axios, au cours des dernières 24 heures, 50 autres avions de combat — des F-35, des F-22 et des F-16 — se sont dirigés vers la région.

La présence d’un volume de force inédit suggère que les États-Unis sont aujourd’hui à la recherche de concessions substantielles.

  • Un conseiller de Trump aurait confié à Axios : « Il y a 90 % de chances que nous voyions une action militaire dans les prochaines semaines ». L’option envisagée serait une campagne militaire conjointe américano-israélienne de grande ampleur.
  • Pour faire tomber la République islamique, une opération systémique articulant regime change avec regime collapse pourrait donc être envisagée.
  • Donald Trump avait déclaré le 13 février que le changement de régime « serait la meilleure chose qui puisse arriver » en Iran. 
  • Selon Farid Vahid, une partie de la population iranienne espère désormais qu’une intervention américaine ait lieu, après la répression massive des manifestants au début du mois de janvier.

Le contexte fait penser à la séquence du mois de juin dernier, qui avait conduit à l’opération Midnight Hammer.

  • La Maison-Blanche avait annoncé que le président prendrait deux semaines pour décider entre une solution diplomatique ou militaire.
  • Trois jours plus tard, le 19 juin, les États-Unis bombardaient directement, et ce pour la première fois, la République islamiste.
Sources
  1. Trump moves closer to a major war with Iran », Axios, 18 février 2026.
  2. U.S. and Iran say progress made in Geneva nuclear talks », Axios, 17 février 2026.
  3. Première page du quotidien Sédâyé-Irân, 18 février 2026.

18.02.2026 à 14:02

En Russie, les arrestations de hauts-fonctionnaires ont été multipliées par cinq depuis 2022

Marin Saillofest

La guerre contre l’Ukraine a conduit à une multiplication des poursuites pénales et des arrestations de cadres identifiés par le Kremlin comme s’engageant dans des détournements de fonds ou des activités de corruption.

L’an dernier, un tiers (32 %) des responsables poursuivis appartenaient aux services de sécurité.

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Texte intégral (794 mots)

Depuis 2022, les procédures pénales et les arrestations de hauts-fonctionnaires au motif de corruption et de détournements de fonds notamment se sont multipliées en Russie : en 2025, 155 hauts-responsables ont été arrêtés, contre 33 en 2022, selon une recension de Novaïa Gazeta 1.

  • Près d’un tiers (32 %) des hauts-responsables poursuivis l’an dernier appartenaient aux services de sécurité.
  • Viennent ensuite les secteurs de la construction et du logement (21 %), des transports (14 %), puis l’agriculture (7 %).
  • Le vice-gouverneur de la région de Koursk, Vladimir Bazarov, a été arrêté à l’été 2025 après avoir été accusé de détourner des fonds alloués à la construction d’infrastructures de défense dans la région de Belgorod, frontalière de l’Ukraine.
  • L’ex-vice-gouverneur du kraï de Krasnodar, Alexandre Vlasov, a été placé en détention provisoire fin septembre pour des soupçons de « fraude à grande échelle et d’abus de pouvoir ».
  • Au même moment, l’ancien vice-gouverneur de la région de Sverdlovsk, Oleg Chemezov, était lui aussi arrêté après avoir été soupçonné de fraude « d’une ampleur considérable 2.

Cette vague d’arrestations s’est accompagnée d’une hausse des confiscations d’actifs, appartenant notamment à des investisseurs russes basés à l’étranger. C’est par exemple le cas de l’aéroport de Moscou-Domodedovo, saisi à l’été 2025, dont les propriétaires étaient des résidents fiscaux en Turquie, Émirats arabes unis et Israël. 

  • Ces opérations servent d’abord à renflouer les caisses de l’État, notamment lors de ventes aux enchères, mais également à « faire preuve d’une justice symbolique », selon la politologue russe Tatiana Stanovaya 3.

Les services de renseignement extérieurs estoniens estiment que la hausse des cas de corruption impliquant des hauts responsables est directement liée aux effets négatifs de la guerre.

  • Les opportunités financières étant plus rares et concentrées, notamment en raison de la redirection de la majeure partie des ressources de l’État vers l’économie de guerre, la concurrence entre les élites s’est considérablement accrue.
  • Les nombreux échecs de Moscou dans la défense de son territoire contre les attaques ukrainiennes ou la livraison de matériel défaillant à l’armée ont quant à eux créé le besoin d’attribuer cette responsabilité à des boucs-émissaires 4.
  • Dans un nombre important de cas, les confiscations de biens et d’actifs servent « d’avertissements » lancés par le Kremlin.

Lorsqu’elles sont placées en détention ou poursuivies, ces personnalités sont pour la plupart remplacées par des fonctionnaires avant tout choisis pour leur fidélité envers Vladimir Poutine. Le dirigeant russe préfère toutefois, pour certains postes, des technocrates, notamment pour diriger des ministères ou des régions. Cette tendance pourrait toutefois évoluer, alors que le régime russe ne cesse de se resserrer.

Sources
  1. В 2025 году в России арестовано 155 высокопоставленных чиновников », Новая газета, 16 octobre 2025.
  2. Бывшего свердловского вице-губернатора Олега Чемезова задержали », RBC, 29 septembre 2025.
  3. Russia’s System Is Beginning to Eat Its Own, Carnegie Endowment for International Peace, 14 octobre 2025.
  4. International Security and Estonia 2026, Välisluureamet, 10 février 2026.
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