10.03.2026 à 05:00
(Nairobi) – Un groupe armé lié à Al-Qaïda a sommairement exécuté dix chauffeurs routiers longue distance et deux apprentis chauffeurs routiers adolescents fin janvier 2026 dans le sud-ouest du Mali, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Ces meurtres, commis lors d'une attaque contre un convoi de camions-citernes, constituent des crimes de guerre manifestes.
Le 29 janvier, des combattants du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM ou Jama'at Nusrat al-Islam wa al-Muslimeen, JNIM) ont attaqué un convoi d’au moins 40 camions-citernes escorté par l'armée en route pour la ville de Kayes, dans la région de Kayes. Des témoins ont déclaré que les combattants du GSIM avaient tiré sur le convoi, que les soldats avaient riposté, puis qu'ils avaient incendié au moins 12 camions et exécuté les chauffeurs et leurs apprentis. Les corps des victimes ont été retrouvés deux semaines plus tard, les yeux bandés, les mains liées derrière le dos et la gorge tranchée.
« L'exécution sommaire de 12 chauffeurs de camions par le GSIM est le dernier exemple en date de la dépravation de ce groupe armé et de son mépris pour les principes juridiques de base », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Tous les groupes armés sont tenus de protéger les civils en vertu du droit international. »
Entre le 30 janvier et le 28 février, Human Rights Watch a mené des entretiens à distance avec 12 personnes, dont trois témoins de l'attaque, un proche d'une des victimes et huit journalistes, responsables syndicaux et villageois. Human Rights Watch a également géolocalisé une vidéo partagée en ligne le 29 janvier qui montre au moins 11 camions-citernes incendiés ou encore en flammes sur la route, à environ sept kilomètres au sud du village d'Ambidédi.
Click to expand Image Lieu de l'attaque du convoi. Graphique © 2026 Human Rights WatchDans un communiqué publié le jour de l'attaque, le GSIM a revendiqué avoir pris pour cible les troupes maliennes entre Diboli et Kayes, mais n'a fourni aucune autre information. Les autorités maliennes n'ont fait aucune déclaration publique sur cet incident et n'ont pas répondu à une lettre envoyée par Human Rights Watch le 2 mars pour recueillir leurs commentaires.
Depuis septembre 2025, le GSIM a coupé l'approvisionnement en carburant du Mali, bloquant et attaquant les convois de camions-citernes en provenance des pays voisins et provoquant de graves pénuries qui ont interrompu les transports, perturbé l'approvisionnement en électricité, fait grimper les prix et paralysé la vie quotidienne à Bamako, la capitale, ainsi qu’ailleurs. Bina Diarra, connu sous le nom d'Abou Houzeifa Al-Bambari, l'un des hauts dirigeants du GSIM au Mali, a déclaré à tort dans une vidéo de novembre 2025 que tous les véhicules de transport de carburant étaient des « cibles militaires ».
Trois chauffeurs de camion et d'autres témoins ont expliqué que le convoi avait quitté Dakar, au Sénégal, le 27 janvier et avait traversé la frontière pour rejoindre Diboli, au Mali, le 28 janvier. Ils ont déclaré que des voyageurs et des chauffeurs de bus sur la route nationale 1 les avaient avertis que la route n'était pas sûre, les combattants islamistes arrêtant les véhicules pour contrôler l'identité des passagers. Cependant, les chauffeurs ont également déclaré que des soldats maliens basés à Kayes s'étaient rendus à Diboli sans incident le 28 janvier pour escorter le convoi sur la même route le lendemain.
Les chauffeurs de camion ont déclaré que, comme il n'y avait pas de menace imminente et que prolonger leur séjour à Diboli augmenterait le risque, le convoi a poursuivi sa route comme prévu le 29 janvier. « Lorsque nous avons quitté Diboli, nous pouvions sentir la peur dans nos têtes et nos estomacs », a déclaré un chauffeur de camion de 48 ans. « Nous craignions que ce soit notre dernier voyage. »
Les chauffeurs routiers et les habitants ont déclaré que le convoi était destiné à approvisionner Kayes et d'autres localités de la région en carburant. Si le carburant est utilisé à des fins civiles, il joue également un rôle crucial dans le maintien des opérations militaires au Mali et peut constituer une cible militaire légitime. La région de Kayes compte plusieurs bases militaires, dont le quartier général de la 4e région militaire.
Des témoins ont déclaré que le convoi s'étendait sur environ 1,5 kilomètre sur la route nationale 1 et était escorté par sept véhicules militaires. « Il y avait six camionnettes militaires et un Landcruiser [militaire] avec au moins quatre soldats dans chaque véhicule », a déclaré un chauffeur routier de 50 ans. « Quatre véhicules [militaires] [se trouvaient] en tête du convoi, et trois autres se déplaçaient entre la fin et le milieu [du convoi]. »
Les combattants du GSIM ont attaqué le convoi vers 9 h 30, à environ 7 kilomètres au sud du village d'Ambidédi et à 43 kilomètres de Kayes. Des images satellites prises le 29 janvier à 11 h 55 montrent d'énormes panaches de fumée s'élevant du lieu de l'attaque.
Click to expand Image Image satellite prise le 29 janvier à 11 h 55 qui montrent d'énormes panaches de fumée s'élevant du lieu de l'attaque à environ 7 kilomètres au sud du village d'Ambidédi, au Mali. Image © 2026 Planet Labs PBC. Graphique © 2026 Human Rights WatchDes témoins ont déclaré que les assaillants avaient ouvert le feu sur l'avant du convoi, déclenchant un échange de tirs, les soldats en position avancée ripostant et ceux à l'arrière avançant pour les renforcer. Les assaillants se sont ensuite mis à tirer vers le milieu et l'arrière du convoi. « J'ai vu des djihadistes à moto, ils portaient des turbans et criaient « Allah Akbar » », a déclaré le chauffeur de 48 ans. « Ils ont commencé à tirer, les militaires ont riposté et c'est dans la fusillade que j'ai sauté de mon camion et pris la fuite. »
Selon des témoins, la plupart des chauffeurs en tête du convoi ont suivi les conseils des soldats de ne pas paniquer et de ne pas s'arrêter, tandis que certains plus en arrière ont abandonné leurs camions et pris la fuite ou fait demi-tour. Les combattants du GSIM ont capturé plusieurs de ceux qui fuyaient, en exécutant 12 par la suite et en libérant d’autres. Le GSIM a abandonné les 12 corps sur le bord de la route. « Personne n'a osé les récupérer par crainte d'une autre attaque », a déclaré un chauffeur routier de 45 ans.
Le 9 février, le Syndicat national des chauffeurs et conducteurs routiers du Mali (SYNACOR) a appelé à une grève nationale, exhortant les autorités à récupérer les corps et à les rendre à leurs familles ou à assurer leur inhumation. Le 11 février, des soldats ont récupéré les corps. Un homme a déclaré que les victimes, dont deux adolescents, avaient été retrouvées les yeux bandés, les mains liées derrière le dos et la gorge tranchée. Le lendemain, l'armée a enterré les corps au cimetière de Kayes.
Le gouvernement n'a fourni aucune information aux familles des chauffeurs portés disparus depuis l'attaque. Le frère de l'un d'entre eux a déclaré s'être rendu à l'hôpital régional de Kayes, où l'armée avait emmené plusieurs chauffeurs routiers blessés. « Le médecin m'a dit qu'il ne faisait pas partie des six blessés admis », a déclaré cet homme, qui ignore toujours si son frère est mort ou vivant.
Human Rights Watch a reçu une liste de six chauffeurs disparus : deux Sénégalais âgés de 39 et 49 ans, deux Maliens âgés de 46 et 52 ans, un Burkinabè âgé de 35 ans et un Ivoirien âgé de 47 ans.
Toutes les parties au conflit armé au Mali sont tenues de respecter le droit international humanitaire. En vertu du droit de la guerre coutumier, les forces attaquantes doivent à tout moment faire la distinction entre les civils et les combattants. Les attaques délibérées contre des civils et les biens civils sont interdites. L'article 3 commun aux quatre Conventions de Genève de 1949 interdit le meurtre et les traitements cruels de toute personne détenue, qu'il s'agisse d'un civil ou d'un combattant capturé. Les violations graves du droit de la guerre commises avec une intention criminelle, c'est-à-dire délibérément ou par imprudence, constituent des crimes de guerre.
La légalité de l'attaque contre le convoi dépendrait de la question de savoir si les assaillants ont pris ou non toutes les mesures possibles pour vérifier que le carburant était destiné à l'usage des forces armées. Que l'attaque contre les camions ait été légale ou non, le traitement cruel et l'exécution des chauffeurs de camion étaient clairement illégaux, a déclaré Human Rights Watch.
« Le massacre des chauffeurs routiers souligne la nécessité pour les autorités maliennes d'intensifier leurs efforts pour protéger les civils et traduire en justice les responsables d'abus », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Le gouvernement devrait solliciter l'aide de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples dans le cadre de cette initiative. »
09.03.2026 à 05:01
Mise à jour 09/03/26 : Depuis la publication de ce communiqué, le nombre de morts signalées suite aux attaques israéliennes a augmenté, s’élevant à 394 décès au 8 mars.
(Beyrouth) – L'armée israélienne a utilisé illégalement des munitions au phosphore blanc lors de tirs d’artillerie au-dessus d’habitations le 3 mars dans la ville de Yohmor, dans le sud du Liban, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.
Human Rights Watch a vérifié et géolocalisé huit photos montrant des explosions de munitions au phosphore blanc dans le ciel au-dessus d'un quartier résidentiel de Yohmor, suivies de l’intervention d’agents de la défense civile libanaise, afin d’éteindre des incendies dans au moins deux maisons et une voiture dans cette zone.
« L'utilisation illégale de phosphore blanc par l'armée israélienne au-dessus de zones résidentielles est extrêmement alarmante, et aura des conséquences désastreuses pour les civils », a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch. « Les effets incendiaires du phosphore blanc peuvent causer la mort, ou des blessures cruelles qui entraînent des souffrances à vie. »
Le phosphore blanc est une substance chimique dispersée par des obus d’artillerie, des bombes ou des roquettes, et qui s’enflamme au contact de l'oxygène. Cette substance peut mettre le feu à des habitations, à des zones agricoles et à d’autres biens civils. En vertu du droit international humanitaire, l’utilisation de munitions au phosphore blanc à explosion aérienne dans des zones peuplées est illégalement indiscriminée, et ne respecte pas l’obligation légale de prendre toutes les précautions possibles pour éviter de nuire aux civils.
Human Rights Watch a authentifié et géolocalisé une photo publiée sur les réseaux sociaux dans la matinée du 3 mars, montrant la dispersion de phosphore blanc dans le ciel suite à l’explosion d’au moins deux obus d’artillerie au-dessus d'un quartier résidentiel de Yohmor, dans le sud du Liban. Human Rights Watch a identifié la forme du nuage de fumée causé par les explosions aériennes sur la photo comme étant conforme au type de panache de fumée blanche, d’une forme semblable aux jointures d'un poing, produit par l’explosion du projectile d'artillerie de 155 mm de la série M825 au phosphore blanc.
Précédemment, le 2 mars à 5h27, Avichay Adraee, porte-parole arabophone de l’armée israélienne, avait publié un ordre d'évacuation enjoignant les habitants de Yohmor et de 50 autres villages et villes d’« évacuer immédiatement [leurs maisons] et [de] s'éloigner des villages vers des territoires situés à une distance d'au moins 1 000 mètres du village ». Adraee a répété cette déclaration à 12h12 le même jour. Human Rights Watch n'a pas été en mesure de vérifier si des personnes se trouvaient dans la zone ou avaient été blessées à la suite de l'utilisation de phosphore blanc.
Human Rights Watch a précédemment documenté l'utilisation massive de phosphore blanc par l'armée israélienne entre octobre 2023 et mai 2024 dans des villages frontaliers du sud du Liban, ce qui a exposé les civils à un grave danger et provoqué le déplacement de nombreux habitants.
Le phosphore blanc peut être utilisé selon divers objectifs, notamment pour occulter, marquer, ou signaler des opérations militaires, ou pour attaquer directement le personnel et le matériel militaires de l’ennemi. Les inquiétudes concernant son utilisation dans des zones peuplées sont amplifiées par la technique montrée dans des vidéos de projectiles au phosphore blanc explosant en vol, qui dispersent 116 tampons de feutre imprégnés de la substance sur une zone de 125 à 250 mètres de diamètre, selon l'altitude et l'angle de l'explosion, exposant sans discernement davantage de civils et de structures civiles à des dommages potentiels qu'une explosion au sol localisée.
Human Rights Watch a également vérifié et géolocalisé des photos publiées sur Facebook le 3 mars à 11h34 et à 13h36 par l'équipe de défense civile du Comité islamique de la santé, affilié au groupe armé libanais Hezbollah, à Yohmor. Ces photos montrent des membres de l’équipe éteignant des incendies sur les toits d'habitations et dans une voiture, ainsi que de la fumée s'échappant des balcons d'une maison ; l'équipe de défense civile a attribué ces incendies au phosphore blanc. Les sites géolocalisés se trouvent dans un rayon de moins de 160 mètres.
Selon l'analyse de Human Rights Watch, ces incendies ont probablement été causés par des morceaux de feutre imprégnés de phosphore blanc, compte tenu de la proximité de la maison et de la voiture avec la zone où des munitions à explosion aérienne ont été observées ; ceci indique que ces munitions ont été utilisées de manière illégale au-dessus d’une zone de concentration de civils.
Au 6 mars, suite à la récente escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah le 2 mars, au moins 217 personnes ont été tuées au Liban, selon le ministère de la Santé ; en outre, des centaines de milliers de personnes ont été déplacées.
L'armée israélienne a émis des ordres d'évacuation adressés à l'ensemble de la population du Liban au sud du fleuve Litani, ainsi qu’à tous les habitants de la banlieue sud de Beyrouth, soit des centaines de milliers de personnes. La nature radicale des ordres d'évacuation émis par l'armée israélienne soulève des inquiétudes quant au fait que leur objectif premier n'est pas de protéger les civils, mais plutôt de semer la terreur et la panique, en particulier dans le contexte des récentes évacuations à grande échelle de civils au Liban. Ceci augmente considérablement le risque qu’Israël procède ainsi à un déplacement forcé, un crime de guerre, a observé Human Rights Watch.
Israël devrait interdire toute utilisation de munitions au phosphore blanc lors de tirs d’artillerie dans les zones peuplées, car cette utilisation expose les civils à des attaques indiscriminées. Il existe des alternatives au phosphore blanc dans les obus fumigènes, dont certaines produites par des entreprises israéliennes, comme le projectile fumigène M150 que l'armée israélienne a utilisé dans le passé afin de masquer la visibilité de ses forces. Ces alternatives peuvent avoir le même effet, et réduire considérablement les dommages causés aux civils.
Human Rights Watch a précédemment appelé les principaux alliés Israël, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Allemagne, à suspendre leurs ventes d'armes et aide militaire à Israël, et à imposer des sanctions ciblées aux responsables impliqués de manière crédible dans des crimes graves. Les autorités judiciaires libanaises devraient ouvrir des enquêtes nationales sur les crimes internationaux graves, et le gouvernement devrait adhérer au Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI), et soumettre une déclaration acceptant la compétence de la Cour avant la date d'adhésion, y compris depuis au moins le 7 octobre 2023.
L'utilisation généralisée du phosphore blanc par Israël dans le sud du Liban met en évidence la nécessité d'une législation internationale plus stricte en matière d'armes incendiaires, a déclaré Human Rights Watch. Le Protocole III de la Convention sur les armes classiques est le seul instrument juridiquement contraignant consacré spécifiquement aux armes incendiaires. Le Liban est un État partie au Protocole III, alors qu’Israël n’y a pas adhéré.
Le Protocole III définit une arme incendiaire comme toute arme « essentiellement conçue » pour provoquer des incendies ou des brûlures, et exclut donc certaines munitions polyvalentes à effet incendiaire, notamment celles contenant du phosphore blanc. En outre, dans le cas d’une attaque contre une « concentration de civils », le Protocole comporte une règlementation moins stricte si les armes incendiaires sont tirées depuis le sol – comme celles utilisées par Israël au Liban – que si elles sont larguées par voie aérienne, même si elles provoquent les mêmes blessures horribles.
Le terme « concentration de civils » est définie de manière large, comprenant les « parties habitées des villes […] ou des villages », ainsi que les camps de réfugiés. Human Rights Watch et de nombreux pays appellent depuis longtemps à rectifier les lacunes du Protocole III, et à créer des normes internationales qui protègent mieux les civils des dommages causés par les armes incendiaires.
« Israël devrait immédiatement mettre fin à cette pratique, et les États qui fournissent à ce pays des armes, y compris des munitions au phosphore blanc, devraient immédiatement suspendre leurs ventes d'armes et leur aide militaire, et exhorter Israël à cesser de tirer ces munitions sur des zones résidentielles », a conclu Ramzi Kaiss.
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07.03.2026 à 21:28
(Beyrouth, 7 mars 2026) – Une attaque illégale contre une école primaire dans le sud de l’Iran dans la matinée du 28 février, qui aurait tué plusieurs dizaines de civils dont de nombreux enfants, devrait faire l'objet d'une enquête en tant que crime de guerre, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.
Cette attaque a eu lieu dans le cadre de centaines de frappes menées contre l'Iran par les forces américaines et israéliennes dans la matinée du 28 février. Ni les États-Unis ni Israël n'ont revendiqué la responsabilité de cette attaque ; un porte-parole de l'armée israélienne a déclaré à Human Rights Watch qu'il n'avait « connaissance d'aucune frappe [militaire israélienne] dans la région ». Le gouvernement iranien a accusé la coalition américano-israélienne d'être responsable de cette attaque.
L'école primaire Shajareh Tayyebeh, située dans la ville de Minab, dans la province d'Hormozgan, se trouve à l'intérieur de l'enceinte d'un complexe des forces navales du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Cependant, les informations examinées par Human Rights Watch montrent que l'école est entourée d'un mur et dispose d'une entrée séparée de celle du reste du complexe.
Le schéma des frappes, qui ont directement touché des structures distinctes à travers le complexe, y compris l'école, ainsi que les points d'impact des munitions qui sont visibles sur plusieurs bâtiments, indiquent que cette attaque a été menée à l'aide de munitions guidées de haute précision. Il ne semble pas s’agir de frappes erronées menées par des armes dont les systèmes de guidage ou de propulsion auraient échoué, ou auraient été perturbés de manière à frapper cette zone de manière aléatoire.
« Une enquête rapide et approfondie devrait être menée sur cette attaque, notamment pour déterminer si les responsables savaient qu'il y avait une école à cet endroit, et qu'elle serait remplie d'enfants et d'enseignants avant midi », a déclaré Sophia Jones, chercheuse en sources ouvertes auprès du Laboratoire d'enquêtes numériques de Human Rights Watch. « Les responsables de cette attaque illégale devraient être tenus de rendre des comptes, y compris par le biais de poursuites judiciaires contre toute personne responsable de crimes de guerre. »
Carte de Minab Click to expand Image Carte de la ville de Minab, dans le sud de l’Iran, montrant plusieurs sites dont celui de l'école primaire Shajareh Tayyebeh. © 2026 Human Rights WatchHuman Rights Watch a vérifié et analysé 14 vidéos et photographies publiées sur les réseaux sociaux, enregistrées immédiatement après l'attaque ou pendant les opérations de recherche et de sauvetage, ainsi que 4 autres provenant des funérailles. Les chercheurs ont également examiné une quarantaine d'images satellite accessibles au public, enregistrées au cours des 25 dernières années, ainsi que des images satellite enregistrées après l'attaque et disponibles par achat ; ces images montrent le site de l'attaque, ainsi que le cimetière voisin où les victimes ont apparemment été enterrées. Les chercheurs ont également examiné les déclarations de la Société du Croissant-Rouge iranien et de responsables gouvernementaux iraniens, israéliens et américains, ainsi que les articles publiées par des médias indépendants hors d'Iran.
En raison de la coupure d'Internet et des restrictions de communication imposées par les autorités iraniennes, Human Rights Watch n'a pas été en mesure de mener de manière sûre des entretiens avec des témoins ou des membres des familles des personnes tuées lors de l'attaque. Ceci a limité la capacité des chercheurs à vérifier le nombre exact et l'identité des enfants et des autres personnes tuées, ainsi que d'autres détails liés à l'attaque. Cependant, les chercheurs ont interrogé deux sources qui s'étaient entretenues avec des témoins et des proches des victimes. Human Rights Watch enquête également sur les frappes des forces iraniennes contre des cibles dans des pays du Moyen-Orient.
La nature exacte des différentes sections du complexe du CGRI, la mesure dans laquelle les installations étaient utilisées à des fins militaires au moment de l'attaque et ce qui y était stocké n'étaient pas immédiatement apparents. Si certaines des installations du complexe étaient utilisées à des fins militaires, les autorités iraniennes auraient apparemment exposé des civils à des risques inutiles, et auraient donc également violé les lois de la guerre.
L'analyse des images satellite montre qu'au moins huit structures du complexe ont été directement touchées par des munitions, dont au moins une qui a frappé et gravement endommagé l'école, qui était séparée du reste du complexe par un mur.
Image satellite du 4 mars 2026, quatre jours après l'attaque du 28 février à Minab, en Iran Click to expand Image Image satellite du 4 mars 2026, quatre jours après l'attaque du 28 février contre le complexe des forces navales du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et l'école primaire Shajareh Tayyebeh à Minab, en Iran. Les quatre cadres rouges dénotent les immeubles détruits, dont l’école (haut de l’image). Les points jaunes correspondent à diverses zones d’impact et/ou de structures incendiées. © 2026 Planet Labs PBC (image satellite) / HRW (analyse et infographie)Deux vidéos filmées à côté de l'école immédiatement après l'attaque et vérifiées par des chercheurs montrent de la fumée noire s'élevant du toit de l'école, dont une partie était effondrée. Dans l'une des vidéos, on voit clairement les lignes blanches d'un terrain de football, un filet de volley-ball et les murs de l'école peints de couleurs vives, ainsi que deux panaches de fumée provenant d'autres endroits du complexe. Dans la deuxième vidéo, des personnes sont rassemblées autour de l'école et crient. Une troisième vidéo vérifiée par les chercheurs montre un angle différent du complexe, depuis le sud, et des panaches de fumée provenant d'au moins un troisième endroit à l'intérieur de ce complexe.
Des images satellite haute résolution révèlent qu'entre février et septembre 2016, un mur intérieur a été construit pour séparer l'école du reste du complexe. De plus, une entrée séparée sans poste de sécurité a été créée pendant cette période, permettant d'accéder à l'école depuis la rue sans avoir à entrer dans le complexe militaire. Deux tours de guet, auparavant visibles sur les images satellite et situées à moins de 50 mètres du bâtiment scolaire, ont également été supprimées en 2016. La façade de l'école a été dégagée, et les lignes d'un terrain de football ont été tracées dans la cour en août 2017.
Le complexe comprend également une clinique médicale, sous l’autorité des forces navales du CGRI. Les médias d'État ont rapporté qu'elle avait été inaugurée en janvier 2025 par le général de division Hossein Salami, alors commandant en chef du CGRI.
Des images satellite à basse résolution datant du 2 mars 2026 montrent au moins sept autres sites d'impact dans l'enceinte du CGRI en plus de l'école, y compris un impact évident sur le toit de la clinique médicale. Une analyse d'images satellite à haute résolution enregistrées le 4 mars confirme que des armes explosives ont détoné en au moins huit lieux, dont cinq sites où les dommages correspondent à une munition pénétrant dans les structures par le toit, et explosant.
Les dommages causés à deux autres structures, ainsi que la distance relative entre celles-ci et les autres structures attaquées, indiquent que ces deux structures ont très probablement été aussi directement attaquées avec des armes explosives, ce qui porte à dix le nombre total de sites d'impact ayant probablement été directement attaqués. Le nombre de frappes individuelles et la précision apparente avec laquelle elles ont touché des structures individuelles à travers la base, observée en partie grâce aux trous circulaires relativement petits qui ont servi de points d'entrée aux munitions, indiquent que l'attaque a été menée sur un large éventail de cibles individuelles dans l’enceinte, avec des munitions guidées de haute précision.
L'emplacement de l'école dans l'enceinte de la force navale du CGRI n’en faisait pas en soi une cible légitime. L'école était opérationnelle, et des enfants y étaient présents le jour de l'attaque. Human Rights Watch n'a trouvé aucune preuve indiquant que l'école était utilisée à des fins militaires, bien que les chercheurs n'aient pas pu s'entretenir avec des témoins des frappes, les familles des personnes tuées ou d'autres sources bien informées.
Mais même si les assaillants visaient une cible militaire légitime à proximité de l'école, les lois de la guerre interdisent les attaques contre des objectifs militaires si les dommages prévisibles pour les civils et les biens civils sont disproportionnés par rapport au gain militaire escompté de l'attaque.
Deux images satellite du cimetière de Minab Hermud1er mars: © 2026 Planet Labs PBC. Analysis and Graphics © 2026 Human Rights Watch 4 mars: © 2026 Planet Labs PBC. Analysis and Graphics © 2026 Human Rights Watch
Deux images satellite prises les 1er et 4 mars 2026, montrant le cimetière de Minab Hermud, situé à environ 3,5 km de l'école primaire Shajareh Tayyebeh. À GAUCHE (1er mars) : Cette image a été enregistrée moins de 24 heures après l'attaque. Dans la parcelle située a droite de la structure au toit bleu, le sol est préparé pour de nouvelles inhumations. À DROITE (4 mars) : Des rangées de tombes individuelles fraîchement creusées sont désormais visibles dans cette parcelle.
L’armée américaine ainsi que l’armée israélienne disposent de méthodes sophistiquées et étendues de collecte de renseignements utilisées dans le cadre de nombreuses opérations de combat afin d'améliorer la surveillance, l'évaluation et la vérification des cibles.
Human Rights Watch a écrit aux armées américaine et israélienne le 2 mars, et aux autorités iraniennes le 3 mars. L'armée israélienne a répondu le 3 mars en affirmant ceci : « Après un premier examen, [l'armée israélienne] n'a connaissance d'aucune frappe [de l'armée israélienne] dans la région », ajoutant que « l’incident fait l'objet d'une enquête ». Ni l'armée américaine ni les autorités iraniennes n'ont répondu aux questions de Human Rights Watch.
Le 4 mars, lors d'une conférence de presse au sujet des opérations menées contre l’Iran, le Secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a répondu à une question concernant l'attaque contre l'école. Il a affirmé : « Tout ce que je peux dire, c'est que nous enquêtons sur cela. Bien sûr, nous ne visons jamais des cibles civiles, mais nous examinons la situation et menons une enquête. » Au cours de cette conférence, le chef d'état-major interarmées, le général Dan Caine, a déclaré que le groupe aéronaval USS Abraham Lincoln exerçait contre l’Iran une « pression » le long de la côte sud-est du pays et « affaiblissait [ses] capacités navales tout le long du détroit [d’Ormuz] ». Lors de cette déclaration (à 17:40 de la vidéo), le général Caine a dirigé son pointeur laser vers une carte de l’Iran montrant les sites de frappes américaines/israéliennes, y compris dans la zone du sud-est comprenant Minab.
Une enquête indépendante approfondie sur l'attaque contre l'école primaire Shajareh Tayyebeh devrait être menée, notamment pour déterminer si des crimes de guerre ont été commis, a déclaré Human Rights Watch. Les crimes de guerre sont des violations graves du droit de la guerre commises avec une intention criminelle, c'est-à-dire de manière délibérée ou imprudente. Les responsables de crimes de guerre ou d'autres violations graves du droit de la guerre, y compris les commandants militaires et civils, devraient être tenus de rendre des comptes, tandis que les victimes et leurs familles devraient être indemnisées de manière appropriée.
Les écoles et autres établissements d'enseignement sont des biens civils et sont protégés contre les attaques. Ils perdent cette protection lorsqu'ils sont utilisés à des fins militaires, mais toutes les parties doivent néanmoins se conformer au droit international humanitaire, notamment en respectant le principe de proportionnalité et en prenant toutes les mesures possibles pour minimiser les dommages causés aux civils. La simple présence de personnel militaire dans des infrastructures civiles ne fait pas automatiquement de ces installations dans leur ensemble une cible militaire légitime. Human Rights Watch n'a trouvé aucune information indiquant que l'école Shajareh Tayyebeh ait été utilisée à des fins militaires.
Les autorités iraniennes devraient garantir la protection des écoles et autres infrastructures civiles.
Les États-Unis devraient immédiatement évaluer leur responsabilité dans cette frappe et rendre publiques leurs conclusions. Si l'armée américaine a mené cette frappe, elle devrait mener une enquête approfondie sur les défaillances opérationnelles et politiques qui l'ont conduite à frapper une école, rendre pleinement compte des dommages causés aux civils, demander des comptes aux responsables, y compris par des poursuites judiciaires, et s'engager à mettre en œuvre des changements qui garantiraient que de telles défaillances ne se reproduisent pas lors d'opérations futures.
« Les alliés des États-Unis et d'Israël devraient insister pour que les responsables de l'attaque contre l'école Shajareh Tayyebeh rendent des comptes et pour que cessent les attaques contre les infrastructures civiles dans toutes leurs opérations dans la région, avant que d'autres civils, y compris des enfants, ne soient illégalement tués », a conclu Sophia Jones.
Suite plus détaillée en anglais.
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