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ACTA - Média d'enquête militant, partisan, autonome et internationnaliste

19.01.2021 à 19:10

Tunisie : Rage populaire dix ans après la révolution

lemarteausansmaitre

Samedi dernier, le traditionnel anniversaire de la Révolution a revêtu un sens nouveau, déclenchant quatre jours d’affrontements qui se sont étendus à toute la Tunisie. La colère a explosé, de Tunis à Sousse, de Hammamet à Tozeur, de Monastir à Djerba, des milliers de jeunes sont descendus dans la rue avec la détermination de soulever la question de leur survie, coincés entre l’urgence du Covid et la crise économique qui sévit. Le solde de la soirée était de 242 arrestations (le chiffre monte aujourd’hui à 630).

Les épicentres à partir desquels les manifestations ont commencé sont les quartiers populaires de la capitale. La révolte est générationnelle, beaucoup de ceux qui ont été arrêtés sont jeunes voire très jeunes. Ce qui se passe est un cocktail explosif qui résulte de la coïncidence entre la mauvaise gestion de l’épidémie par les gouvernants (5 528 décès, 175 000 cas vendredi dernier, alors que la campagne de vaccination n’a pas encore commencé en Tunisie, contrairement à l’Égypte et au Maroc) et des conditions économiques qui demeurent désastreuses depuis l’époque de la révolution.

Entre le chômage des jeunes, la pauvreté et la faillite qui s’annonce, la rupture de 2011 résonne comme une occasion manquée pour beaucoup. Les acquis formels de cette époque, tels que la Constitution et le droit à la parole, deviennent aujourd’hui des simulacres face aux conditions dans lesquelles survivent les classes populaires tunisiennes.

« C’est la révolte des affamés », annonce un slogan peint sur un mur à Kabbariya, quartier de la banlieue sud de Tunis. Ainsi, les émeutiers attaquent et pillent les supermarchés pour s’emparer des produits de première nécessité, détruisent « les agences bancaires et postales, leur présence dans des quartiers où l’épargne et le crédit bancaire sont inaccessibles résonne comme une provocation. »

« C’est la continuation de 2010 et 2011, car rien n’a changé, le pouvoir a appauvri davantage les gens et marginalisé davantage les régions. Nous avons eu un problème avec la famille corrompue de Ben Ali. Aujourd’hui, nous avons un problème avec la nouvelle famille au pouvoir, la famille Ennahda, et les hommes d’affaires corrompus, les mêmes qu’avant, en plus des nouveaux », affirme un manifestant de Jelma.

Les institutions ont répondu aux manifestations en déployant les militaires d’un côté et en proposant un vaste remaniement du gouvernement de l’autre. Hichem Mechichi, le Premier ministre tunisien, n’a pas reconnu la nature politique de la révolte, qualifiant de « vandales » les jeunes qui se battent dans les rues depuis plusieurs jours.

Des manifestants ont été tabassés, parmi les personnes arrêtées certaines sont accusées d’avoir « fomenté » les émeutes sur les réseaux sociaux, des raids de police ont eu lieu dans des quartiers inondés de gaz lacrymogènes et l’armée a été déployée dans les gouvernorats de Sousse, Kasserine, Siliana et Bizerte. Des véhicules blindés de la Garde nationale ont patrouillé dans les rues de Hay Tadhamon, l’un des plus grands quartiers populaires de la périphérie de Tunis, dans la nuit de lundi à vendredi.

Mechichi est en fonction depuis le 2 septembre 2020 et a été membre de la Commission nationale d’enquête sur la corruption et les détournements de fonds en 2011.

Ennahda, le parti au pouvoir, a vu son succès électoral se réduire. « D’un étonnant 37 % en 2011 (89 sièges), ils sont passés à 27 % des voix en 2014 (69 sièges) et seulement 19 % lors de la dernière élection en 2019 (52 sièges). D’une part, la baisse de popularité d’Ennahda reflète le mécontentement de l’opinion quant à sa gestion de l’économie. D’orientation néolibérale et désireux de se présenter comme pro-business, Ennahda n’a pas tenu ses promesses de justice sociale – un des piliers de sa plate-forme et une exigence clé de la révolution. Plus généralement, le parti n’a pas réussi à mettre en œuvre de véritables projets de réformes structurelles et socio-économiques pendant ses années de gouvernement, et encore moins en termes “islamiques”. D’autre part, Ennahda a payé pour son association avec l’establishment – de plus en plus perçu comme une bande d’entités égoïstes – et la politique de consensus et de compromis “à tout prix”, qui a stabilisé le pays mais a empêché les réformes nécessaires. »

Le parlement issu des élections de 2019 est extrêmement fragmenté, et parmi les formations les plus populaires figure celle qui appelle à un retour au régime de Ben Ali.

Les organisations officielles de la classe ouvrière et les organisations étudiantes ont été court-circuitées par cette irruption et se positionnent entre peur et curiosité, tentant une légitimation politique des manifs en même temps que leur récupération.

Il s’agira de voir si la révolte actuelle se solidifiera en un mouvement capable de « se réapproprier » la révolution inachevée ou si elle n’aura été qu’une explosion momentanée destinée à retourner dans l’ombre.

Une chose est sûre, derrière le slogan « Notre confinement politique dure depuis dix ans » qui résonne dans les rues, si la révolution de 2011 a été le déclencheur de bouleversements mondiaux, cette révolte est un signal important.

Via Infoaut

Texte intégral 997 mots

Samedi dernier, le traditionnel anniversaire de la Révolution a revêtu un sens nouveau, déclenchant quatre jours d’affrontements qui se sont étendus à toute la Tunisie. La colère a explosé, de Tunis à Sousse, de Hammamet à Tozeur, de Monastir à Djerba, des milliers de jeunes sont descendus dans la rue avec la détermination de soulever la question de leur survie, coincés entre l’urgence du Covid et la crise économique qui sévit. Le solde de la soirée était de 242 arrestations (le chiffre monte aujourd’hui à 630).

Les épicentres à partir desquels les manifestations ont commencé sont les quartiers populaires de la capitale. La révolte est générationnelle, beaucoup de ceux qui ont été arrêtés sont jeunes voire très jeunes. Ce qui se passe est un cocktail explosif qui résulte de la coïncidence entre la mauvaise gestion de l’épidémie par les gouvernants (5 528 décès, 175 000 cas vendredi dernier, alors que la campagne de vaccination n’a pas encore commencé en Tunisie, contrairement à l’Égypte et au Maroc) et des conditions économiques qui demeurent désastreuses depuis l’époque de la révolution.

Entre le chômage des jeunes, la pauvreté et la faillite qui s’annonce, la rupture de 2011 résonne comme une occasion manquée pour beaucoup. Les acquis formels de cette époque, tels que la Constitution et le droit à la parole, deviennent aujourd’hui des simulacres face aux conditions dans lesquelles survivent les classes populaires tunisiennes.

« C’est la révolte des affamés », annonce un slogan peint sur un mur à Kabbariya, quartier de la banlieue sud de Tunis. Ainsi, les émeutiers attaquent et pillent les supermarchés pour s’emparer des produits de première nécessité, détruisent « les agences bancaires et postales, leur présence dans des quartiers où l’épargne et le crédit bancaire sont inaccessibles résonne comme une provocation. »

« C’est la continuation de 2010 et 2011, car rien n’a changé, le pouvoir a appauvri davantage les gens et marginalisé davantage les régions. Nous avons eu un problème avec la famille corrompue de Ben Ali. Aujourd’hui, nous avons un problème avec la nouvelle famille au pouvoir, la famille Ennahda, et les hommes d’affaires corrompus, les mêmes qu’avant, en plus des nouveaux », affirme un manifestant de Jelma.

Les institutions ont répondu aux manifestations en déployant les militaires d’un côté et en proposant un vaste remaniement du gouvernement de l’autre. Hichem Mechichi, le Premier ministre tunisien, n’a pas reconnu la nature politique de la révolte, qualifiant de « vandales » les jeunes qui se battent dans les rues depuis plusieurs jours.

Des manifestants ont été tabassés, parmi les personnes arrêtées certaines sont accusées d’avoir « fomenté » les émeutes sur les réseaux sociaux, des raids de police ont eu lieu dans des quartiers inondés de gaz lacrymogènes et l’armée a été déployée dans les gouvernorats de Sousse, Kasserine, Siliana et Bizerte. Des véhicules blindés de la Garde nationale ont patrouillé dans les rues de Hay Tadhamon, l’un des plus grands quartiers populaires de la périphérie de Tunis, dans la nuit de lundi à vendredi.

Mechichi est en fonction depuis le 2 septembre 2020 et a été membre de la Commission nationale d’enquête sur la corruption et les détournements de fonds en 2011.

Ennahda, le parti au pouvoir, a vu son succès électoral se réduire. « D’un étonnant 37 % en 2011 (89 sièges), ils sont passés à 27 % des voix en 2014 (69 sièges) et seulement 19 % lors de la dernière élection en 2019 (52 sièges). D’une part, la baisse de popularité d’Ennahda reflète le mécontentement de l’opinion quant à sa gestion de l’économie. D’orientation néolibérale et désireux de se présenter comme pro-business, Ennahda n’a pas tenu ses promesses de justice sociale – un des piliers de sa plate-forme et une exigence clé de la révolution. Plus généralement, le parti n’a pas réussi à mettre en œuvre de véritables projets de réformes structurelles et socio-économiques pendant ses années de gouvernement, et encore moins en termes “islamiques”. D’autre part, Ennahda a payé pour son association avec l’establishment – de plus en plus perçu comme une bande d’entités égoïstes – et la politique de consensus et de compromis “à tout prix”, qui a stabilisé le pays mais a empêché les réformes nécessaires. »

Le parlement issu des élections de 2019 est extrêmement fragmenté, et parmi les formations les plus populaires figure celle qui appelle à un retour au régime de Ben Ali.

Les organisations officielles de la classe ouvrière et les organisations étudiantes ont été court-circuitées par cette irruption et se positionnent entre peur et curiosité, tentant une légitimation politique des manifs en même temps que leur récupération.

Il s’agira de voir si la révolte actuelle se solidifiera en un mouvement capable de « se réapproprier » la révolution inachevée ou si elle n’aura été qu’une explosion momentanée destinée à retourner dans l’ombre.

Une chose est sûre, derrière le slogan « Notre confinement politique dure depuis dix ans » qui résonne dans les rues, si la révolution de 2011 a été le déclencheur de bouleversements mondiaux, cette révolte est un signal important.

Via Infoaut


17.01.2021 à 19:00

Contre la calomnie et la diffamation, en soutien à Houria Bouteldja

lemarteausansmaitre
Tribune
Texte intégral 1690 mots

Les commentaires antisémites qui ont visé la dauphine de Miss France 2020, April Benayoum, ont été unanimement, et évidemment à raison, déplorés et condamnés. Pourtant, l’une de ces réactions a valu à son auteure de se retrouver la cible d’accusations d’antisémitisme : sous la pression, Mediapart a dépublié le texte incriminé. Ces attaques viennent principalement des personnes et groupes qu’en général on retrouve en première ligne chaque fois qu’il est question de défendre l’État face aux avancées de l’antiracisme politique. Ces détracteurs ont-ils raison ? Houria Bouteldja, antisémite ?

À cette question, nous répondons sans hésitation : non. Que les idées qu’elle défend plaisent ou non, cela relève du débat démocratique. Mais l’antisémitisme, lui, est un délit qui relève du pénal. Ceux qui, la main sur le cœur, accusent Houria Bouteldja de tenir publiquement des propos antisémites, alors que précisément elle pointait dans son article les dérives antisémites à l’encontre de Miss Provence ainsi que l’hypocrisie des puissances occidentales qui s’abstiennent de voter une résolution de l’ONU proposant de combattre le néonazisme, sont de vulgaires tartuffes. Force est de constater que tout ce bruit n’aura été qu’une campagne diffamatoire profitant à un certain courant d’idées (qui essaime du Printemps républicain à Valeurs Actuelles en passant par l’extrême droite) et desservant la lutte politique contre l’antisémitisme.

Houria Bouteldja s’est déjà expliquée, notamment sur la phrase qui aura servi d’étincelle : « On ne peut pas être Israélien innocemment. » Résumons la lecture fallacieuse et indigne qui en a été faite par nos inquisiteurs : tout Israélien serait par essence coupable des crimes de la colonisation israélienne ; donc tout juif le serait aussi ; donc il serait permis de les haïr en tant qu’ils sont Israéliens, donc en tant qu’ils sont juifs. Si rien ne va dans cette lecture, c’est qu’elle fait mine d’ignorer la longue tradition littéraire et politique dans laquelle s’inscrit Houria Bouteldja, reprenant quelques fils qu’ont suivis des penseurs comme Aimé Césaire, Albert Memmi ou encore Jean-Paul Sartre. Réfléchissant à la manière dont les structures de domination (notamment coloniales) agissent sur les rapports sociaux entre groupes et entre individus, et sur les représentations collectives qui en découlent, ils en ont tiré la conséquence suivante : nul n’échappe à ces rapports sociaux, aux profits ou aux désavantages qu’ils confèrent. Mais dans la mesure où existe la liberté de se positionner, nul ne peut s’en déresponsabiliser.

Sauf à considérer les Israéliens comme des cas à part, ou bien à nier la réalité de la situation coloniale en Palestine, il n’y a pas de raison de s’émouvoir lorsque cette analyse leur est appliquée. Le bât blesse plus douloureusement pour nous, antiracistes, lorsque les accusations de nos détracteurs sont soutenues par l’amalgame entre judaïsme et sionisme, entre juifs et sionistes – là où il s’agirait plutôt de déconstruire et d’expliciter cette confusion dangereuse, ce que Houria Bouteldja a justement le courage de faire. Mais cette assimilation redoutable semble insufflée par une certaine doxa dominante depuis les plus hauts sommets de l’État, comme l’a montré la détermination d’Emmanuel Macron à faire entrer l’antisionisme dans la définition de l’antisémitisme.

Aussi, à la question complotiste de Marianne « Qui protège Houria Bouteldja ? », nous répondons : pas les médias mainstream, pas les institutions, pas les structures de pouvoir, pas les intellectuels de salon, pas des pouvoirs occultes et encore moins des forces honteuses d’elles-mêmes. Ceux et celles qui la soutiennent, c’est nous : des militantes et militants antiracistes et anti-impérialistes qui savent parfaitement reconnaître l’antisémitisme même sous ses formes les plus sophistiquées, comme nous savons reconnaître une authentique militante décoloniale.

Finalement, la polémique qui a suivi la publication du papier de Houria Bouteldja en dit bien plus sur le contexte de sa réception que sur son auteure. De son côté, elle n’a jamais cédé ni à l’essentialisation, ni au judéocentrisme. Au contraire, elle mobilise les idées indissociables de liberté et de responsabilité, pour elle-même comme pour les autres. Antisémite, Houria Bouteldja ? En aucun cas. Et l’en accuser relève non seulement de la calomnie mais aussi de la diffamation.

En revanche, nos détracteurs n’en finissent plus de se radicaliser dans la défense de l’État, de ses pratiques racistes et de ses structures inégalitaires comme ils sont tolérants vis-à-vis des discours islamophobes et négrophobes. Nous déplorons que, dans le contexte d’un débat sciemment saboté, la chasse aux sorcières ait toujours cours. Contre la calomnie et la diffamation, nous soutenons Houria Bouteldja.

Gil Anidjar, professeur, Columbia University (États-Unis)

Simon Assoun, éducateur spécialisé, militant Union juive française pour la paix

Eric Aupol, photographe, enseignant

Ariella Aïsha Azoulay, professeure de culture moderne (États-Unis)

Ludivine Bantigny, historienne, universitaire

Yesse Belkhodja, militante décoloniale, porte-parole du Collectif de défense des jeunes du Mantois

Omar Benderra, économiste

Mounia Bennani-Chraïbi, professeur ordinaire de politique comparée, Université de Lausanne

Amal Bentounsi, militante contre les violences policières

Elise Bernard, intermittente du spectacle

Judith Bernard, enseignante et metteuse en scène

Omar Berrada, écrivain, chercheur

Julie Billaud, professeur associée d’anthropologie, The Graduate Institute, Genève

Daniel Blondet, CGT Educ’action, militant anti-impérialiste

Patrick Bobulesco, libraire

Félix Boggio Ewanjé-Epée, professeur de philosophie

Mathieu Bonzom, universitaire

Marion Bordessoulles, CGT Spectacle

Alain Brossat, professeur émérite

Sébastien Budgen, éditeur Verso Books

François Burgat, politologue

Ismahane Chouder, militante féministe

Thomas Coutrot, économiste, militant altermondialiste

Julie Crenn, historienne de l’art

Julien Crépieux, artiste

Alain Damasio, écrivain

Querelle Delmas, militant queer

Mathias Delori, chercheur CNRS en sciences politiques

Christine Delphy, sociologue, féministe

Laurent de Wangen, militant associatif

Daphné Dolphens, militante antiraciste

Tal Dor, sociologue

Baudouin Dupret, Sciences Po Bordeaux

Ali El Baz, militant de l’immigration

Annie Ernaux, écrivaine

Hervé Falcetta, maçon, CGT SLCBA

Olivier Fillieule, professeur ordinaire de science politique à l’Université de Lausanne et directeur de recherche au CNRS

Caroline Gay, comédienne 

François Gèze, éditeur

Anahita Grisoni, Sociologue et urbaniste

Georges Gumpel, Union juive française pour la paix, Partie Civile au procès de Klaus Barbie

Eric Hazan, éditeur

Choukri Hmed, maître de conférences, Université Paris-Dauphine

Rachid Id Yassine, sociologue, Université Gaston Berger, Sant-Louis

Philippe Jouary, cadre associatif

Saad Jouni, rédacteur en chef de Decolonial News

Stefan Kipfer, professeur, Université York, Toronto

Safi Khatib, syndicaliste

Farhad Khosrokhavar, sociologue

Anna Knight, traductrice

Richard Labévière, journaliste, rédacteur en chef de prochetmoyen-orient.ch

Thierry Labica, Université de Nanterre

Baptiste Lanaspeze, éditeur

Thomas Lancelot, militant antisioniste et féministe

Gaëlle Le Fur, sociologue

Alana Lentin, Western Sidney University

Raphaël Liogier, professeur des universités, Sciences Po Aix-en-Provence

M’baïreh Lisette, militant décolonial et anticolonialiste

Franco Lollia, Brigade antinégrophobie

Pierre Magne, professeur agrégé de philosophie et maître de conférences à l’École Polytechnique

Joëlle Marelli, traductrice

Joseph Massad, Columbia University

Gustave Massiah, économiste, altermondialiste

Pascal Menoret, professeur titulaire, Brandeis University (Massachusetts)

René Monzat, militant antiraciste

Dominique Natanson, animateur du site Mémoire juive & éducation

Melanie Ngoye Gaham, militante

Annie Ohayon, productrice

Tristan Petident, militant NPA

Alexandre Piettre, philosophe et sociologue du politique et des religions, Université de Lausanne

Charles Poitevin, écrivain

Geneviève Rail, professeure émérite, Institut Simone-De Beauvoir 

Ben Ratskoff, éditeur en chef de PROTOCOLS

Gianfranco Rebuccini, anthropologue, chargé de recherche au CNRS et militant queer

Jonathan Ruff-Zahn, UJFP, rappeur

Nordine Saidi, militant décolonial et membre de Bruxelles Panthères

Catherine Samary, économiste altermondialiste

Raphaël Schneider, co-fondateur de Hors-Série

Khadija Sendhaji, militante antiraciste, décoloniale (Bruxelles)

Michèle Sibony, militante antiraciste, Union Juive Française pour la Paix

Maboula Soumahoro, Présidente Black History Month

Isabelle Stengers, philosophe

Julien Théry, historien

Gavan Titley, University of Maynooth

Enzo Traverso historien

Karim Van Dromme, bénévole à l’Unafam et militant contre le validisme et la psychophobie

Ghyslain Vedeux, militant antiraciste, président du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN)

Françoise Vergès, politologue, féministe décoloniale

Marianne VL Koplewicz, éditrice

Michel Warschawski, militant anticolonialiste israélien

Sarah Youbi, interne en médecine générale

Hela Yousfi, maître de conférences, Université Paris-Dauphine


16.01.2021 à 14:55

Couvre-feu : produire « quoi qu’il en coûte »

lemarteausansmaitre

En annonçant un #CouvreFeu à 18H00 sur l’ensemble du territoire, le gouvernement #LREM démontre une nouvelle fois sa préférence pour une gestion autoritaire de la crise sanitaire en cours. Plutôt que de repenser l’organisation sociale pour la rendre plus protectrice, on nous empêche de nous voir, de sortir, de prendre l’air. Pour maintenir les taux de profit d’un capitalisme mortifère, on nous impose une discipline policière au lourd passé guerrier et colonial.

Le fait d’interdire la circulation en dehors des horaires de travail n’a plus rien à voir avec une protection sanitaire censée. C’est une nouvelle forme d’infantilisation, qui ignore totalement nos capacités d’autodéfense et d’auto-organisation face à la contamination. Depuis des mois, chacun·e a appris à se protéger soi-même et à protéger les autres, mais c’est seulement à coups d’amendes et de répression policière que l’État entend nous rééduquer.

Plus que le #virus lui-même, c’est la gestion étatique qui a muté pour devenir de plus en plus dangereuse. Alors que le 1er confinement avait été marqué par un ralentissement de la sphère productive (« quoi qu’il en coûte » disait #Macron), par la mise au second plan du travail ou bien la revalorisation symbolique des travailleur·euses essentiel·les, ce couvre-feu nous assigne toutes et tous à notre seule fonction productive. Il limite nos existences à des aller-retours glauques entre travail et domicile. Dans sa prise de parole, le 1er Ministre a d’ailleurs pris soin de préciser que les entreprises pourront faire varier les horaires, supprimer les pauses du midi ou élargir le travail du dimanche. L’unique fonction sociale autorisée en temps de #Covid19 étant celle d’exploité.

Alors que nous avons besoin de solidarité, d’entraide et d’auto-organisation, le gouvernement nous impose sa logique individualiste et punitive. Avec le travail et la patrie, c’est aussi la famille que ce couvre-feu met à l’honneur, comme si cette institution était réellement protectrice. Comme si, pour beaucoup d’entre-nous, la famille n’était pas un carcan dont les sorties, provisoires ou définitives, sont parfois salvatrices. Pour celles et ceux qui vivent seuls, ou dans des logements exigus ou insalubres, le couvre-feu accroît la précarité, la solitude et les atteintes psychiques.

Dans un réflexe pavlovien, les ministres ont également annoncé un renforcement des contrôles aux frontières, avec des tests imposés pour les entrées et sorties, de façon différenciée selon qu’on se déplace dans ou hors Union Européenne. Comme si la viralité tenait compte des critères administratifs nationaux. L’apparition du variant anglais avait déjà donné lieu à une absurdité de ce type, entrainant une fermeture de la frontière franco-anglaise, selon le fantasme ridicule d’un variant qui n’aurait pas franchi la Manche (on a constaté ensuite qu’il était présent en France depuis des semaines, mais qu’il n’avait pas été détecté jusqu’ici). Ajouté à la ridicule compétition mondiale pour la vaccination, ces mesures nourrissent le développement d’un patriotisme sanitaire, tout à fait en phase avec le durcissement des nationalismes occidentaux.

En dehors des mesures répressives, aucune alternative viable n’est proposée. S’adressant aux étudiant·es, la Ministre de l’Enseignement Supérieur s’est contentée de rappeler les dispositifs gadgets et les numéros verts, en faisant semblant d’annoncer un retour possible à l’université pour les licences 1, ce qui était déjà prévu. Alors que des blocages de partiel, un incendie d’une salle d’examen à Nantes et une multiplication des alertes sur la détresse étudiante ont rythmé l’actualité ces derniers jours, le gouvernement continue d’ignorer les appels à un plan d’aide et de soutien à la jeunesse (notamment via l’ouverture du RSA aux 18-25 ans). Le Ministre de l’Économie a lui aussi clairement affiché ses priorités en annonçant une prise en charge des coûts fixes des entreprises fermées…mais seulement pour celles dont le chiffre d’affaires dépasse le million d’euros mensuel.

Le prétexte de la validation scientifique de ces mesures ne trompera personne. Le Conseil Scientifique censé livrer des recommandations n’est qu’un outil de légitimation au service de la #Macronie. Les véritables arbitrages sont réalisés par une poignée de personnes et validés par un Conseil de Défense, en dehors de tout principe démocratique, ou pseudo-démocratique. L’orientation stratégique de leurs décisions est claire : il s’agit pour l’État de s’arroger le monopole de la protection sanitaire, de réduire nos existences au travail et à la consommation, en annihilant toutes possibilités d’auto-organisation et d’auto-défense. À nous d’y répondre…

Texte intégral 1254 mots

En annonçant un #CouvreFeu à 18H00 sur l’ensemble du territoire, le gouvernement #LREM démontre une nouvelle fois sa préférence pour une gestion autoritaire de la crise sanitaire en cours. Plutôt que de repenser l’organisation sociale pour la rendre plus protectrice, on nous empêche de nous voir, de sortir, de prendre l’air. Pour maintenir les taux de profit d’un capitalisme mortifère, on nous impose une discipline policière au lourd passé guerrier et colonial.

Le fait d’interdire la circulation en dehors des horaires de travail n’a plus rien à voir avec une protection sanitaire censée. C’est une nouvelle forme d’infantilisation, qui ignore totalement nos capacités d’autodéfense et d’auto-organisation face à la contamination. Depuis des mois, chacun·e a appris à se protéger soi-même et à protéger les autres, mais c’est seulement à coups d’amendes et de répression policière que l’État entend nous rééduquer.

Plus que le #virus lui-même, c’est la gestion étatique qui a muté pour devenir de plus en plus dangereuse. Alors que le 1er confinement avait été marqué par un ralentissement de la sphère productive (« quoi qu’il en coûte » disait #Macron), par la mise au second plan du travail ou bien la revalorisation symbolique des travailleur·euses essentiel·les, ce couvre-feu nous assigne toutes et tous à notre seule fonction productive. Il limite nos existences à des aller-retours glauques entre travail et domicile. Dans sa prise de parole, le 1er Ministre a d’ailleurs pris soin de préciser que les entreprises pourront faire varier les horaires, supprimer les pauses du midi ou élargir le travail du dimanche. L’unique fonction sociale autorisée en temps de #Covid19 étant celle d’exploité.

Alors que nous avons besoin de solidarité, d’entraide et d’auto-organisation, le gouvernement nous impose sa logique individualiste et punitive. Avec le travail et la patrie, c’est aussi la famille que ce couvre-feu met à l’honneur, comme si cette institution était réellement protectrice. Comme si, pour beaucoup d’entre-nous, la famille n’était pas un carcan dont les sorties, provisoires ou définitives, sont parfois salvatrices. Pour celles et ceux qui vivent seuls, ou dans des logements exigus ou insalubres, le couvre-feu accroît la précarité, la solitude et les atteintes psychiques.

Dans un réflexe pavlovien, les ministres ont également annoncé un renforcement des contrôles aux frontières, avec des tests imposés pour les entrées et sorties, de façon différenciée selon qu’on se déplace dans ou hors Union Européenne. Comme si la viralité tenait compte des critères administratifs nationaux. L’apparition du variant anglais avait déjà donné lieu à une absurdité de ce type, entrainant une fermeture de la frontière franco-anglaise, selon le fantasme ridicule d’un variant qui n’aurait pas franchi la Manche (on a constaté ensuite qu’il était présent en France depuis des semaines, mais qu’il n’avait pas été détecté jusqu’ici). Ajouté à la ridicule compétition mondiale pour la vaccination, ces mesures nourrissent le développement d’un patriotisme sanitaire, tout à fait en phase avec le durcissement des nationalismes occidentaux.

En dehors des mesures répressives, aucune alternative viable n’est proposée. S’adressant aux étudiant·es, la Ministre de l’Enseignement Supérieur s’est contentée de rappeler les dispositifs gadgets et les numéros verts, en faisant semblant d’annoncer un retour possible à l’université pour les licences 1, ce qui était déjà prévu. Alors que des blocages de partiel, un incendie d’une salle d’examen à Nantes et une multiplication des alertes sur la détresse étudiante ont rythmé l’actualité ces derniers jours, le gouvernement continue d’ignorer les appels à un plan d’aide et de soutien à la jeunesse (notamment via l’ouverture du RSA aux 18-25 ans). Le Ministre de l’Économie a lui aussi clairement affiché ses priorités en annonçant une prise en charge des coûts fixes des entreprises fermées…mais seulement pour celles dont le chiffre d’affaires dépasse le million d’euros mensuel.

Le prétexte de la validation scientifique de ces mesures ne trompera personne. Le Conseil Scientifique censé livrer des recommandations n’est qu’un outil de légitimation au service de la #Macronie. Les véritables arbitrages sont réalisés par une poignée de personnes et validés par un Conseil de Défense, en dehors de tout principe démocratique, ou pseudo-démocratique. L’orientation stratégique de leurs décisions est claire : il s’agit pour l’État de s’arroger le monopole de la protection sanitaire, de réduire nos existences au travail et à la consommation, en annihilant toutes possibilités d’auto-organisation et d’auto-défense. À nous d’y répondre…


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