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17.08.2026 à 08:13

Au bonheur des livres », rendez-vous majeur de la littérature à la télévision, est présenté par Claire Chazal.
Chaque semaine, elle reçoit deux auteurs, romanciers, biographes, essayistes, historiens... Tous les genres de littérature sont représentés dans « Au bonheur des livres ».
En fin d'émission Claire Chazal propose aux téléspectateurs plusieurs coups de coeurs à ne pas manquer.
Au bonheur des livres », rendez-vous majeur de la littérature à la télévision, est présenté par Claire Chazal.
Chaque semaine, elle reçoit deux auteurs, romanciers, biographes, essayistes, historiens... Tous les genres de littérature sont représentés dans « Au bonheur des livres ».
En fin d'émission Claire Chazal propose aux téléspectateurs plusieurs coups de coeurs à ne pas manquer.17.08.2026 à 07:30

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après des débuts plutôt bienveillants, la relation va vite se tendre sur les collectivités, avant qu’elle ne se dégrade sur le projet de réforme constitutionnelle, qui finira enterré.
En cet été 2017, ils se remettent encore à peine de ce que certains qualifient de « hold-up » démocratique. Le jeune Emmanuel Macron, 39 ans, vient d’être élu président de la République, au nez et à la barbe de ce qu’on appellera un peu vite, alors, « l’ancien monde ». Le PS et l’UMP sont dans les choux, bons à compter les ralliements à En Marche, le mouvement présidentiel qui a accompagné l’ascension fulgurante de l’ancien ministre de l’Economie de François Hollande.
Au Sénat, fief des fillonistes, on panse ses plaies. Quelque mois auparavant, les soutiens de François Fillon le voyaient déjà Président, avant qu’il ne soit emporté par les affaires. Certains se voyaient déjà à Matignon ou Place Beauvau. Ils resteront parlementaires.
Dans un premier temps, le Sénat se montre plutôt constructif envers la majorité macroniste. Durant les premiers mois du premier quinquennat Macron, la majorité sénatoriale de droite et du centre soutient plusieurs réformes, notamment sur le Code du travail. Pas une surprise, car cette réforme libérale a toujours été défendue par la droite. Dans le domaine de la sécurité, la majorité sénatoriale approuve également la loi antiterroriste du gouvernement qui intègre dans le droit commun des mesures de l’état d’urgence afin d’en sortir. Le Sénat soutient aussi le texte de moralisation de la vie politique, à l’exception de la suppression de la réserve parlementaire.
Le premier ministre est alors un certain Edouard Philippe. « Certes, il a basculé chez Macron, mais c’est un ancien député LR. On se dit, on va voir comment ça se passe. Après tout, on doit pouvoir travailler », raconte le sénateur LR des Hauts-de-Seine, Roger Karoutchi, qui se souvient : « Au tout début, sur bien des sujets, franchement, on a eu le sentiment d’être écouté, de pouvoir avancer ».
Le 17 juillet 2017, Emmanuel Macron se rend au Sénat pour la conférence des territoires. La présence d’un Président au sein du Parlement, un fait exceptionnel. Seul Valéry Giscard d’Estaing était déjà venu dans l’hémicycle pour le centenaire du Sénat, en 1975. Face aux collectivités territoriales, il tente d’envoyer quelques signaux positifs. Mais la grogne des élus locaux va vite prendre le pas, entre la suppression d’une partie des emplois aidés, la baisse de la dotation de 300 millions d’euros et celle des aides au logement (APL). Et à l’approche des sénatoriales de septembre 2017, le Sénat se fait, comme à son habitude, l’écho de la fronde des territoires. Les grands électeurs ne s’y trompent pas. Alors que François Patriat, patron des sénateurs macronistes, vise une soixantaine de membres, il n’arrive à former qu’un groupe d’une vingtaine de sénateurs. Un premier revers pour Emmanuel Macron.
« On a une rupture qui se fait sur deux dossiers : les sénatoriales et les collectivités, avec une grande tension ». « Aux sénatoriales, les macronistes ont l’idée qu’ils vont conquérir le Sénat, qu’il y aura une vague. Et il s’avère qu’ils sont tout ridicules. On en annonçait une soixantaine et ils se retrouvent trois pelés et un tondu. Pour le Sénat, ce n’est plus du tout une menace », rappelle Benjamin Morel.
Sur les collectivités, « il y a une forme de non-compréhension entre le Président et les élus. Il y a des points qui vont marquer une forme de rupture profonde, et qui au fond, libère en grande partie le Sénat de la menace du macronisme ». Et c’est ainsi qu’« une forme de résistance assez profonde, qui reste bienveillante la première année, mais il y a une défiance qui s’installe ».
Mais bientôt, un autre sujet va concentrer les crispations : la réforme constitutionnelle. Promesse de campagne d’Emmanuel Macron, le chef de l’Etat entend réduire le nombre de parlementaires de 30 %, imposer le non-cumul des mandats dans le temps, une dose de proportionnelle, et réviser la procédure parlementaire pour l’accélérer, notamment en limitant le droit d’amendement. Le 3 juillet 2017, il convoque le Congrès, où il développe son projet. Mais en matière de réforme constitutionnelle, impossible de faire sans le Sénat. Il faut une majorité des 3/5 au Congrès, réunions des députés et sénateurs, pour modifier le texte de 1958. Et pour les sénateurs, il ne faut toucher à la Constitution que d’une main tremblante…
Dans un premier temps, Gérard Larcher se montre « ouvert », espérant même aller « au bout ». Mais très vite, le président LR du Sénat rappelle ses lignes rouges, qui vont se durcir au fil des discussions. C’est notamment la représentation des territoires qui bloque. Pour la majorité sénatoriale, il faut au moins un sénateur par département, mesure qu’elle obtiendra.
Pour Benjamin Morel, ce n’est pas tant la baisse du nombre de parlementaires que la volonté « d’accélérer le temps parlementaire, réduire la capacité d’amendement et la navette parlementaire » qui tend les choses. D’autant que « le Sénat existe par la navette ». « On avait une procédure accélérée quasiment généralisée », se souvient le professeur de droit public. D’autant qu’Emmanuel Macron menace de passer par référendum, si les parlementaires ne s’entendent pas, ce qui n’arrange rien.
Au fond, pour ce Président arrivé très vite au pouvoir, « le Parlement l’enquiquine ». « Quand il était ministre, Emmanuel Macron estimait qu’au Parlement, c’était des empêcheurs de tourner en rond », avance Benjamin Morel. « On a eu le sentiment, qu’ayant jamais été parlementaire, le président de la République n’avait pas une profonde considération du Parlement », corrobore Roger Karoutchi, qui ajoute : « Il a toujours considéré que le Parlement, c’était embêtant ».
C’est aussi le choc des cultures entre deux mondes politiques, l’ancien et le nouveau. « Quand vous tombez sur un Philippe Bas (ancien président LR de la commission des lois, ndlr), un Jean-Pierre Sueur (ancien président PS de la commission des lois) ou un Gérard Larcher, ce n’est pas le même monde. Ce n’est pas qu’une affaire de génération, c’est une affaire de formation. Il y a une grande incompréhension, un mépris et une grande tension », souligne Benjamin Morel.
Alors que l’examen de la réforme constitutionnelle commence enfin à l’Assemblée, fin juin 2018, l’affaire Benalla – on en parle dans le prochain épisode – viendra alors stopper de plein fouet l’examen du texte. L’exécutif la reprendra à la rentrée 2018, avec un nouveau tour de discussions. Avec les gilets jaunes, c’est le retour des tensions et la réforme est encore repoussée à 2019. Le calme revenu, les choses semblent alors avancer, on parle même de « deal ». Une fausse accalmie. « L’accord est proche », va jusqu’à dire Edouard Philippe, mais il renvoie en même temps la responsabilité sur la Haute assemblée, ne voulant pas reprendre les débats « pour constater in fine le désaccord avec le Sénat ». Gérard Larcher réagit aussitôt et parle de « renoncement » de l’exécutif, ne voulant pas porter le chapeau.
« Plus ça avançait et plus je disais à Gérard Larcher, ça ne se fera pas. Pour obtenir les 3/5, il fallait que le Sénat suive. Or il jouait tellement sur l’Assemblée… » souligne aujourd’hui Roger Karoutchi. Au final, cet échec arrange peut-être un peu tout le monde, les sénateurs, mais les députés aussi, ne voulant pas forcément se faire harakiri sur le nombre de parlementaires. Après moult péripéties, la réforme constitutionnelle n’aboutira jamais.
Malgré ces tensions, les sénateurs LR sauront cependant se montrer constructifs lors des crises. « Sur les gilets jaunes, le covid, les textes d’urgence ont été votés sans problème au Sénat, sur des sommes considérables, alors que le quoi qu’il en coûte effrayait un peu la majorité sénatoriale », rappelle Roger Karoutchi, « on a été extrêmement coopératifs. Le Sénat a été de tous les rendez-vous de l’urgence, de la santé publique, du soutien aux entreprises. On n’a pas mégoté, on a voté sans rechigner, même si on n’était pas d’accord ». Mais là encore, les sénateurs auront le sentiment de ne pas être payés en retour. « Très vite, au bout de deux ans, on a eu le sentiment que clairement, on n’était plus dans la même conception de la relation », se souvient Roger Karoutchi. Deux mondes qui cohabitent et se regardent souvent avec méfiance. Les commissions d’enquête de la Haute assemblée vont illustrer ce rapport à l’exécutif, où le Sénat va apparaître comme un véritable contre-pouvoir, objet de notre prochain épisode.
15.08.2026 à 09:00

C’est l’un des procès pour espionnage les plus retentissants de l’Histoire des États-Unis. Celui des époux Rosenberg, accusés d’avoir travaillé pour le compte des Soviétiques en pleine Guerre froide et alors que l’Amérique apprend avec stupeur que les Russes détiennent l’arme atomique. Le documentaire "Les Rosenberg, des espions au cœur de l’Amérique", réalisé par Julia Bracher, diffusé cet été sur Public Sénat, raconte leur histoire et les tumultes provoqués par leur procès jusqu’au jour de leur exécution, le 19 juin 1953. L’élan populaire international n’aura pas suffi à les sauver de la chaise électrique.
« Peur rouge », « chasse aux sorcières », « Maccarthysme »… Au tournant des années 1950, les États-Unis entrent dans une période de profonde crispation politique. L’Union soviétique vient de se doter de l’arme atomique, la Chine bascule dans le camp communiste et la guerre de Corée éclate. À Washington, la lutte contre l’influence soviétique devient une priorité absolue. Dans ce climat marqué par la « Red Scare », la peur du communisme irrigue la vie politique, les institutions et les médias.
C’est dans ce contexte que Julius et Ethel Rosenberg, couple new-yorkais issu de familles juives modestes et engagé dans les milieux communistes américains des années 1930, sont arrêtés en 1950 par le FBI, sur dénonciation. Mais le doute subsiste et commence à diviser l’opinion. Rien dans leur quotidien, dans leur mode de vie, ni même dans leur comportement ne peut laisser penser que ce couple ordinaire, parents de deux jeunes enfants, travaille clandestinement pour le compte des Soviétiques, et pourtant…
Tel un roman policier qui laisse planer l’incertitude sur leur culpabilité jusqu’au bout, le documentaire de Julia Bracher replace leur histoire dans cette atmosphère de suspicion généralisée, où la recherche d’espions devient un enjeu politique autant que judiciaire. À travers les images d’archives, les actualités filmées et les discours officiels, le documentaire rappelle combien la peur du communisme imprègne alors l’opinion publique et le monde politique.
Un procès devenu un symbole des tensions politiques américaines
Ouvert en mars 1951, le procès dépasse rapidement le strict cadre judiciaire. Les procureurs présentent les Rosenberg comme des acteurs majeurs de la transmission des secrets de la bombe atomique à l’Union soviétique, ce qui ne colle pas avec l’image assez terne qu’ils dégagent et cette apparence si éloignée des héros des romans d’espionnage.
La disproportion entre les accusations dont ils font l’objet et ce que l’on sait de leur histoire et de leur mode de vie, interroge. Le juge Irving Kaufman va jusqu’à affirmer, lors du prononcé de la peine, que les actes reprochés au couple auraient indirectement favorisé l’expansion soviétique et contribué aux milliers de pertes humaines de la guerre de Corée. Une appréciation qui dépasse largement les faits établis au procès et qui demeure, aujourd’hui encore, l’un des aspects les plus critiqués de cette décision.
Comment ne pas y voir une dimension politique ? Car même si Joseph McCarthy n’intervient pas directement dans le procès Rosenberg, sa proximité avec ceux qui ont la charge de l’affaire, jette un doute sur leur capacité de jugement objectif et serein.
Le maccarthysme, entre lutte contre l’espionnage et restriction des libertés
Le documentaire montre comment l’affaire nourrit un climat où l’appartenance passée au Parti communiste américain suffit souvent à éveiller les soupçons. Les commissions parlementaires multiplient les auditions, les fonctionnaires sont soumis à des enquêtes de loyauté, tandis que le monde de la culture, de l’université et des syndicats fait l’objet d’une surveillance accrue. « Le communisme n’est pas un parti politique. C’est un mode de vie diabolique et malfaisant. Il s’apparente à une maladie qui se répand tel une épidémie. » dira le patron du FBI, John Edgar Hoover.
Les historiens interrogés rappellent que l’espionnage soviétique est bien une réalité, plusieurs réseaux ont effectivement transmis des informations à Moscou durant la Seconde Guerre mondiale. Mais ils soulignent également que cette menace réelle nourrit une politique de suspicion généralisée qui conduit parfois à fragiliser les garanties judiciaires.
Ce que les archives déclassifiées ont réellement établi
L’un des apports majeurs du film réside dans l’exploitation des archives ouvertes plusieurs décennies après les faits. Les documents et les archives soviétiques consultées après la disparition de l’URSS permettent aujourd’hui de mieux cerner les responsabilités respectives des deux époux.
Le consensus historiographique actuel considère que Julius Rosenberg a bien participé à un réseau de renseignement soviétique. Les archives indiquent qu’il recrute plusieurs informateurs et transmet des informations industrielles et militaires à Moscou. En revanche, contrairement à l’image véhiculée lors du procès, son rôle dans la transmission des secrets décisifs de la bombe atomique apparaît beaucoup plus limité que ne l’affirmait l’accusation.
Les accusations visant Ethel Rosenberg sont encore plus disproportionnées par rapport à la réalité de sa situation. Les documents disponibles ne permettent pas d’établir qu’elle ait joué un rôle opérationnel comparable à celui de son mari. Plusieurs historiens estiment aujourd’hui qu’elle fut essentiellement poursuivie afin de faire pression sur Julius et de le faire parler. Son frère David Greenglass reconnaîtra d’ailleurs, plusieurs décennies plus tard, avoir modifié certains aspects de son témoignage concernant le rôle précis de sa sœur pour protéger son épouse Ruth Greenglass.
Une affaire toujours au cœur des débats sur la justice et les libertés publiques
Plus de soixante-dix ans après l’exécution des Rosenberg, leur histoire continue d’alimenter les débats sur la peine de mort, la protection des droits de la défense et les pouvoirs de l’État en période de menace. L’affaire illustre les difficultés auxquelles sont confrontées les démocraties lorsqu’elles doivent répondre à une menace réelle tout en préservant les principes de l’État de droit.
Le documentaire rappelle enfin l’ampleur de la mobilisation internationale suscitée par la condamnation des Rosenberg. Des intellectuels, des scientifiques et des responsables politiques de nombreux pays avaient demandé leur grâce, estimant que les éléments du dossier ne justifiaient pas une exécution. Le président Dwight Eisenhower refusa toutefois toute mesure de clémence et les deux époux furent exécutés le 19 juin 1953.
Retrouvez le documentaire « Les Rosenberg, des espions au cœur de l’Amérique » de Julia Bracher samedi 15 août à 21h puis en replay sur notre site internet ici.