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28.09.2026 à 06:00

Helen Lackner
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Depuis le déclenchement de l'attaque israélo-états-unienne sur l'Iran en février 2026, les houthistes semblaient hésiter à s'engager. Il leur a fallu, au cours de l'été, déconnecter formellement leur stratégie militaire de celle de l'Iran et de ses intérêts pour lancer une opération éclair et capturer les abords du détroit stratégique de Bab El-Mandeb. Le tout aux dépens de l'Arabie saoudite. Lancées le 6 août 2026, les attaques des houthistes, aussi nommés Ansar Allah, contre les (…)

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Texte intégral (2897 mots)

Depuis le déclenchement de l'attaque israélo-états-unienne sur l'Iran en février 2026, les houthistes semblaient hésiter à s'engager. Il leur a fallu, au cours de l'été, déconnecter formellement leur stratégie militaire de celle de l'Iran et de ses intérêts pour lancer une opération éclair et capturer les abords du détroit stratégique de Bab El-Mandeb. Le tout aux dépens de l'Arabie saoudite.

Lancées le 6 août 2026, les attaques des houthistes, aussi nommés Ansar Allah, contre les positions du gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale (GRI) ont ouvert la voie à la reprise d'une guerre de grande échelle. Beaucoup la redoutaient, certains l'avaient anticipée. Certes, les Yéménites, tant parmi la population que parmi les responsables politiques de tous bords, étaient las de la situation de « ni guerre ni paix » qui prévalait depuis le retrait saoudien. Après s'être engagé imprudemment dans la guerre au Yémen en 2015, Riyad cherche depuis plus de cinq ans à s'extraire du bourbier. La plupart des Yéménites espéraient que les évolutions récentes dans la région conduiraient à un règlement plus ou moins acceptable. Celui-ci aurait permis d'éviter les morts et les destructions massives qui, une fois encore, s'abattent sur la population. Dorénavant, tout porte à croire que l'on s'achemine vers la reprise d'un conflit de longue durée, marqué par des mouvements successifs sur de nombreux fronts et par le recours croissant à des drones, des missiles et des moyens aériens pilotés faisant appel à des technologies avancées. Les évolutions récentes sur le terrain de bataille complexifient la situation. Aucune option n'offre une issue raisonnable.

Les Saoudiens de nouveau happés

Comme en 2015, l'Arabie saoudite est profondément impliquée et décrite comme l'ennemi principal de la nouvelle campagne par les dirigeants houthistes. En désignant le royaume comme responsable des maux yéménites, ils se tiennent formellement à distance de la stratégie iranienne — que peu de Yéménites, soutiens des houthistes compris, accepteraient de suivre. Malgré l'affirmation initiale selon laquelle la stratégie militaire vise exclusivement à entraîner la levée du blocus saoudien sur le Yémen, vieux de onze ans, les attaques d'Ansar Allah contre le territoire saoudien restent limitées. Elles visent de manière ciblée les installations de production et d'exportation de pétrole. Conformément à leur slogan « blocus contre blocus », les houthistes cherchent principalement à empêcher le royaume d'exporter son pétrole.

En coordination avec les actions armées menées depuis le nord par des groupes irakiens, Ansar Allah est presque parvenu, pour l'heure, à interrompre les exportations par l'oléoduc saoudien Est-Ouest. L'annonce de la reprise progressive de ses activités, le 23 septembre, ne contredit pas l'impression d'une grande fragilité. Entre mars et juillet, cette infrastructure a été utilisée pour acheminer environ 4 millions de barils par jour vers le port de Yanbu, sur la mer Rouge. Quatre-vingts pour cent étaient ensuite dirigés vers le sud, en direction de l'Asie de l'Est, par le détroit de Bab El-Mandeb. Les attaques des milices irakiennes menées le 11 septembre 2026 contre l'oléoduc empêcheront, pendant au moins six semaines, l'acheminement de quantités substantielles de pétrole par cette voie. Le blocus houthiste des navires à destination ou en provenance de l'Arabie saoudite via le détroit fera en sorte que, une fois l'oléoduc totalement réparé, seules des quantités beaucoup plus faibles pourront passer par le canal de Suez — une voie maritime plus lente et plus coûteuse.

Carte du Yémen montrant la zone contrôlée par les Houthis et leur avancée vers le détroit.
Carte du Yémen montrant les zones contrôlées par les forces gouvernementales et les houthistes au 11 septembre 2026 selon le Sana'a Center.
OLIVIA BUGAULT / AFP

À cet égard, les récentes victoires des houthistes sur la côte orientale de la mer Rouge jusqu'au détroit facilitent ce processus, sans, toutefois, provoquer une transformation fondamentale. Depuis le détroit de Bab El-Mandeb, les houthistes peuvent attaquer des navires avec des armements ordinaires et peu sophistiqués, tandis que plus au nord, dans la mer Rouge, ils ont besoin de technologies de ciblage plus sophistiquées. Reste que le simple fait d'être la cible potentielle d'attaque détourne les armateurs comme cela a été le cas en 2024 quand le soutien à Gaza a justifié les attaques houthistes.

Dans ce contexte, l'économie saoudienne happée de nouveau dans le conflit yéménite s'en trouve grandement fragilisée et souffre de trois maux. Le premier est la diminution des revenus due à la réduction des exportations pétrolières, avec les contraintes budgétaires qui en résultent. Le second concerne la possible destruction d'infrastructure nouvellement construite en raison de potentielles attaques. Enfin, le dernier touche les dommages causés à la réputation internationale du pays par la guerre, qui affectent les investissements étrangers.

Les États-Unis aux abonnés absents

Bien qu'elle ne soit pas mentionnée par Ansar Allah, cette stratégie soutient clairement l'Iran dans ses efforts visant à contrôler les exportations pétrolières de la région. Une perturbation grave de l'approvisionnement mondial en hydrocarbures constitue la principale arme iranienne pour faire pression sur les États-Unis, les autres États du Nord global et les pétromonarchies régionales. L'enjeu est bien de les conduire à faire des concessions permettant de rétablir le marché dans une situation ressemblant à celle qui prévalait avant la guerre israélo-états-unienne contre l'Iran. Empêcher l'Arabie saoudite d'exporter 5 millions de barils par jour constitue un élément fondamental de cette stratégie et les houthistes en sont dorénavant directement partie prenante. Mais ce mode opératoire permet à ces derniers de présenter leur lutte comme dirigée contre un ennemi historique, le royaume saoudien, plutôt que comme un soutien à un régime iranien généralement impopulaire.

À ce jour, l'Arabie saoudite a réagi avec retenue à cette nouvelle crise. Elle dispose de peu d'options, particulièrement en l'absence d'un soutien militaire efficace de la part de ses supposés alliés occidentaux, les États-Unis en tête. Bien que les Saoudiens aient tiré les leçons de septembre 2019, lorsque des missiles iraniens et irakiens avaient causé d'importants dommages aux installations de traitement de pétrole Saudi Aramco d'Abqaiq et de Khurais, ils n'ont pas été en mesure d'identifier une solution de remplacement. À cette époque, la première administration Trump avait refusé d'apporter un quelconque soutien, le président soulignant que c'était l'Arabie saoudite qui avait été attaquée, et non les États-Unis ! Cette fois-ci, lorsque le prince héritier Mohammed Ben Salmane (MBS) a demandé personnellement à deux reprises au président états-unien Donald Trump un soutien aérien, il s'est vu proposer, en guise de réponse, davantage de conseillers dans ses salles d'opérations militaires. Celles-ci comptent déjà une multiplicité de conseillers internationaux, qui pourraient fort bien prodiguer des conseils mutuellement contradictoires. Les annonces d'achats de matériel militaire états-unien — 3,5 milliards de dollars (3 milliards d'euros) en missiles et 48 avions de combat F-35 d'une valeur projetée de 24 milliards (21 milliards d'euros) — n'ont rien changé à l'affaire.

Face aux refus de Washington, c'est le président français Emmanuel Macron qui a annoncé, le 24 septembre 2026, l'envoi prochain de personnel militaire pour protéger le port de Yanbu et les infrastructures pétrolières saoudiennes des attaques, notamment celles venues du Yémen. Les détails sur la mission des militaires français manquent, mais il est peu probable que cela affecte le blocus houthiste du détroit de Bab El-Mandeb. La baisse des prix des carburants, objectif des dirigeants français et européens, risque donc d'être minime.

Les enjeux locaux du conflit

Indépendamment de la rhétorique et des enjeux régionaux, la guerre actuelle se déroule bel et bien au Yémen, où elle a des répercussions désastreuses pour les civils. Le mouvement houthiste, doté d'une milice militaire efficace et bien entraînée, fait face aux forces divisées et plus faibles du GRI. Cette milice est renforcée par deux décennies de combats et de préparatifs militaires, et bénéficie actuellement du soutien de conseillers iraniens et libanais. Son équipement est pour l'essentiel produit localement, mais comprend également des technologies très avancées. Elle a appris à tirer le meilleur parti du cyberespace et de l'intelligence artificielle, notamment en recourant à la désinformation sur le champ de bataille. Les préjugés racistes qui les dépeignent en « va-nu-pieds en sandales, montagnards arriérés » démontrent que ceux qui les profèrent méconnaissent totalement leurs capacités. Leurs forces, tout comme leurs facultés d'organisation et de mobilisation, ont été systématiquement sous-estimées.

Les événements de septembre ont tout aussi clairement montré que les forces gouvernementales restent profondément divisées et en concurrence, malgré les efforts entrepris pour restructurer la chaîne de commandement et les forces militaires depuis l'exclusion du Conseil de transition du Sud (CTS) du gouvernement en janvier 2026. Elles n'étaient pas de taille à affronter la blitzkrieg (« guerre éclair ») d'Ansar Allah, méthodiquement conduite et soigneusement planifiée, qui a entraîné l'effondrement rapide de la côte méridionale de la Tihama1 jusqu'à Bab El-Mandeb au début du mois de septembre.

Derrière la violence, les civils

Les événements de ce mois-ci démontrent également la rationalité des houthistes dans le choix du moment de leur offensive. Il convient de rappeler la situation d'ensemble. Confrontés à des menaces croissantes contre leur pouvoir, les houthistes ont choisi d'attaquer avant que leur situation ne se détériore davantage. Ces derniers mois, les conditions de vie des plus de 20 millions de Yéménites placés sous leur autorité s'étaient grandement dégradées. La situation humanitaire était désastreuse un an après que le Programme alimentaire mondial a cessé toute aide dans les zones contrôlées par Ansar Allah. Les transferts de fonds ont aussi diminué et les difficultés affectent l'ensemble des transactions financières à la suite du déplacement de la plupart des banques de Sanaa vers Aden. La désignation d'Ansar Allah par les États-Unis, en mars 2025, comme « organisation terroriste étrangère », empêche la plupart des institutions financières mondiales de traiter avec leurs homologues basés à Sanaa. Bien que les dirigeants houthistes ne se laissent pas influencer par les sondages de popularité, ils ne pouvaient totalement ignorer la situation des millions de personnes placées sous leur autorité.

Sur le plan politique, la principale menace pour le régime houthiste réside à long terme dans le rapprochement et l'amélioration des relations entre le GRI et le régime saoudien. Une meilleure coordination pourrait avoir un effet sur le terrain militaire et mettre les houthistes sous pression, forcés de négocier. À l'échelle internationale, l'absurdité de la position actuelle des houthistes ne peut être ignorée : Ansar Allah a informé les États-Unis qu'il n'avait aucune intention d'attaquer leurs navires ni ceux sans lien avec l'Arabie saoudite. Qu'en est-il donc du slogan houthiste scandé à tout va ? Après avoir loué Dieu, son premier impératif est « Mort à l'Amérique ». La nouvelle position pragmatique est-elle liée à l'impact de la campagne de bombardements états-uniens de cinquante-deux jours menée contre eux en 2025 ? D'autres questions restent en suspens. Par exemple, qu'en est-il donc des navires liés à Israël qui ne sont plus ciblés depuis le « cessez-le-feu » à Gaza ? Sont-ils, eux aussi, libres de circuler ?

Contrôle de Bab El-Mandeb

Pour l'heure, les houthistes contrôlent l'intégralité de la côte yéménite de la mer Rouge, ainsi que les îles dans le détroit de Bab El-Mandeb. Les forces du gouvernement yéménite combattent actuellement pour reprendre d'importantes positions montagneuses surplombant la plaine côtière. L'autre grand front septentrional, la région de Marib, productrice d'hydrocarbures, constitue également un axe majeur de la guerre, tandis que d'autres fronts militaires sont réactivés. Les forces du gouvernement tentent par ces contre-offensives d'inverser les pertes spectaculaires et d'améliorer leur coordination. Modifier l'équilibre des forces prendra du temps, notamment parce que certains des fidèles du CTS semblent discrètement coopérer avec les houthistes en leur vendant des armes qu'ils avaient retirées d'Aden en janvier 2026. Cela laisse penser que les Émirats arabes unis sont, à tout le moins, encore peu susceptibles de soutenir le GRI et les Saoudiens dans leur lutte.

Avec un soutien saoudien limité, le gouvernement yéménite se retrouve largement livré à lui-même dans cette guerre. Les déclarations internationales de solidarité ne se traduisent pas par des actions concrètes, même pour contribuer à faire face à la détérioration récente et considérable de la situation humanitaire déjà désastreuse. À moins d'une improbable défaite militaire totale de l'un des deux camps principaux, la guerre risque de devenir une nouvelle catastrophe durable pour le peuple yéménite. Cent cinquante mille personnes ont été déplacées au cours des dernières semaines. Elles s'ajoutent aux 5 millions déjà recensés en interne.


1NDLR. Plaine côtière de la mer Rouge, à cheval sur l'Arabie saoudite et le Yémen.

25.09.2026 à 14:00

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Treize ans d'Orient XXI Depuis le 1er octobre 2013, Orient XXI propose une approche riche et diversifiée des mondes arabes et musulmans qui souffrent d'une image déformée et partielle ici, mais dont l'avenir nous concerne pourtant toutes et tous. Treize ans d'existence, c'est aussi treize ans d'archives qui permettent de comprendre les mutations actuelles. Nous sommes persuadés que le présent ne peut se comprendre sans le passé. Si nous mettons régulièrement ces archives en avant, en Une (…)

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Treize ans d'Orient XXI

Depuis le 1er octobre 2013, Orient XXI propose une approche riche et diversifiée des mondes arabes et musulmans qui souffrent d'une image déformée et partielle ici, mais dont l'avenir nous concerne pourtant toutes et tous.

Treize ans d'existence, c'est aussi treize ans d'archives qui permettent de comprendre les mutations actuelles. Nous sommes persuadés que le présent ne peut se comprendre sans le passé. Si nous mettons régulièrement ces archives en avant, en Une ou dans des dossiers, nous souhaiterions à terme les valoriser au mieux.

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Nos événements

  • Orient XXI aux 30 ans d'Acrimed, 26 septembre, Paris

Le samedi 26 septembre à partir 15 heures, retrouvez Orient XXI à la salle Olympe de Gouges. Nous y tiendrons un stand avec les livres de notre collection chez Libertalia à l'occasion de la grande journée festive organisée pour les 30 ans de l'observatoire des médias Acrimed (acronyme d'« Action-Critique-Médias »).

Affiche colorée annonçant l

Acrimed fête ses 30 ans !
26 septembre
15h à 22h
Salle Olympe de Gouges, 15 rue Merlin, 75011 paris
Entrée libre
Informations et programme

Orient XXI dans les médias

Discussion sur le socialisme et les colonies, avec des images historiques en fond.
Cliquez sur l'image pour voir la vidéo.

Invité par Julien Théry pour son émission « On s'autorise à Penser » diffusée sur Le Média, le journaliste Thierry Brésillon revient sur l'attitude des socialistes français face à la République du Rif (1921-1926) et leur ambiguïté sur la question coloniale qu'il avait développé dans cet article pour Orient XXI :

Thierry Brésillon, 31 août
Alors que les socialistes français avaient dénoncé la conquête du Maroc et militaient pour une solution politique au conflit qui oppose la France à la République du Rif, ils s'abstiennent quand le gouvernement demande des crédits pour financer son effort militaire en juillet 1925. Cette ambiguïté sur la question coloniale préfigure l'attitude des socialistes face aux mouvements de décolonisation à venir.
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Agenda culturel

  • Mahmoud Darwich Poetry Day du 25 au 27 septembre

Depuis 2020, le Poetry Day a pour ambition de renouveler et de réinventer les formes de célébration de la poésie en proposant un événement partagé simultanément par une trentaine de lieux partenaires en France et à l'international. Cette année, il met à l'honneur Mahmoud Darwich (1941-2008), poète palestinien dont l'œuvre, reconnue comme l'une des plus importantes de la poésie arabe contemporaine, occupe également une place essentielle dans le patrimoine littéraire universel.

Du 25 au 27 septembre, l'événement se déploie selon deux axes complémentaires. À Paris, l'Institut du monde arabe propose une programmation riche et plurielle autour de son œuvre, réunissant concerts, lectures, conférences et rencontres littéraires, avec notamment Walid Ben Slim, Marcel Khalifé, Simone Bitton, Farouk Mardam-Bey.... Dans le même temps, une trentaine de lieux, en France et à l'étranger, s'approprient cette figure majeure de la poésie en élaborant des propositions artistiques singulières, en accord avec leur identité et leurs spécificités. Parmi eux, Actoral et la Factorie-Maison de la poésie en France, ainsi que le Festival international de littérature de Montréal, Giorno Poetry System à New York et Poetik Bazar à Bruxelles à l'étranger.

Mahmoud Darwich Poetry Day
25 au 27 septembre
Institut du monde arabe
1 rue des Fossés Saint-Bernard, 75005 Paris
Informations et programmation

Meryem Belkaïd, Février 2024
Mahmoud Darwich (1941-2008) est devenu le porte-voix de la cause palestinienne parce que sa poésie est acte de résistance à portée universelle. Mais la poésie palestinienne est multiple et a vu, depuis la Nakba de 1948 jusqu'à Gaza ces derniers mois, plusieurs générations de femmes et d'hommes écrire sur un futur de liberté et d'indépendance.
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Le discours du dictateur
Yves Gonzalez-Quijano, Septembre 2013
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À lire sur Afrique XXI

[« Pour Andrée Blouin, l'intégrité était un garde-fou essentiel »>https://afriquexxi.info/Pour-Andree-Blouin-l-integrite-etait-un-garde-fou-essentiel], Samuel Fergombé, 25 septembre 2026.

Mon pays, l'Afrique, l'autobiographie d'Andrée Blouin, rééditée en 2025, est désormais disponible en français aux éditions Hors d'atteinte. Longtemps oubliée, cette figure majeure des indépendances africaines a récemment retrouvé une visibilité, grâce au documentaire Soundtrack to a Coup d'État. Sa fille Ève, cheville ouvrière de la réédition et de la traduction, a reçu Afrique XXI.

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En anglais

Andrea Umbrello, 14 September
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Jonathan Bonjean, 25 settembre
Fondata nel 2024 dalle famiglie Trump e Witkoff, World Liberty Financial, società di criptoattività, consente di aggirare le sanzioni statunitensi, in particolare quelle contro l'Iran. Il conflitto di interessi che ne deriva è solo la punta dell'iceberg di un progetto ben più ambizioso: controllare i flussi finanziari paralleli mondiali.
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En espagnol

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25.09.2026 à 06:00

Marine Bequet
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Dans Requiem pour Gaza, des Palestiniens exilés en Égypte témoignent, de manière intime, auprès de Joe Sacco et Chris Hedges, du génocide encore en cours. Un livre pour lutter contre l'oubli, l'indifférence et la complicité. Le 7 octobre 2023, à 7h30. Angy est devant le portail de l'école, à Gaza-ville, avec ses enfants. La veille, son frère est parti pour l'Égypte pour épouser sa fiancée égyptienne. La nuit a été longue et toute la famille manque de sommeil. Tandis qu'elle leur dit au (…)

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Dans Requiem pour Gaza, des Palestiniens exilés en Égypte témoignent, de manière intime, auprès de Joe Sacco et Chris Hedges, du génocide encore en cours. Un livre pour lutter contre l'oubli, l'indifférence et la complicité.

Le 7 octobre 2023, à 7h30. Angy est devant le portail de l'école, à Gaza-ville, avec ses enfants. La veille, son frère est parti pour l'Égypte pour épouser sa fiancée égyptienne. La nuit a été longue et toute la famille manque de sommeil. Tandis qu'elle leur dit au revoir, le gardien dit à Angy de ramener ses enfants chez elle. Il y a des bombardements, lui dit-il, mais personne ne sait ce qui se passe.

À Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, Afnan Ali prépare l'anniversaire de ses jumeaux. Le thème de celui-ci est la Pat'Patrouille, leur dessin animé préféré. Elle entend des explosions au loin, mais ne s'attarde pas dessus. Les tirs et les bombardements israéliens sont fréquents, ils font partie du quotidien des Palestiniens de Gaza. Sur le tableau blanc aimanté sur son réfrigérateur, elle note sa liste de courses. Elle ne doit pas oublier d'acheter « un gâteau à la boulangerie Mazaj ».

Hayat Ismaeel est institutrice dans une école du camp de réfugiés d'Al-Maghazi, non loin de Deir Al-Balah, dans le centre de l'enclave. Elle et ses filles de 12 et 15 ans se préparent également à aller à l'école. Elles entendent le bruit des roquettes. De peur, tout le monde dans la rue se met à courir. « On est allés sur internet pour voir ce qui se passait », dit Hayat. « Ils disaient que le Hamas était entré dans des colonies israéliennes. […] On redoutait la réaction d'Israël. » Les bombardements massifs israéliens débutent dès le lendemain. Ni Hayat, ni ses enfants ne retourneront à l'école. Ni ceux d'Angy. Ni ceux d'Afnan.

Deux ans après la parution de Guerre à Gaza (Futuropolis, 2024), dont le ton pamphlétaire visait à interpeller ses compatriotes, l'auteur de bande dessinée documentaire états-unien Joe Sacco revient au journalisme de terrain dans Requiem pour Gaza. Pour cet ouvrage mêlant récit et dessins, il retrouve Chris Hedges, ancien correspondant du New York Times pour le Proche-Orient. Ensemble, ils avaient déjà écrit Jours de destruction, jours de révolte (Futuropolis, 2012), un reportage sur les habitants des zones sinistrées par le capitalisme aux États-Unis.

Les étapes du génocide

Les deux journalistes ont recueilli pendant plusieurs mois les témoignages de Palestiniens de Gaza exilés en Égypte. Derrière chaque histoire personnelle, une histoire commune se dessine : celle du génocide. Toutes et tous vivent les mêmes drames : les bombardements, l'exode constant, les sièges, l'aide humanitaire bloquée, les corps que l'on ne peut pas enterrer, les adieux que l'on ne peut pas faire. Ils et elles parlent des exécutions sommaires, des assassinats ciblés contre les soignants, les journalistes et les enseignants, des enlèvements, de la destruction de toutes les infrastructures.

Il y a aussi la faim, la soif, la peur… Et l'humiliation. Sur la route de l'exode vers le sud de la bande, une soldate tire dans la direction de la jeune Zaina sans la toucher puis se moque de sa peur en l'imitant. Même chose lors des distributions alimentaires de la Gaza Humanitarian Foundation (GHF), une organisation privée soutenue par les États-Unis et Israël qui détenait le monopole de la distribution de l'aide humanitaire entre mars et mai 2025. Les soldats israéliens et les mercenaires états-uniens filment, hilares, les Palestiniens se battant pour les maigres colis. Puis, ils leur tirent dessus de loin et les abattent. Plus de 850 Palestiniens ont été tués à proximité de ces centres, presque tous par balles.

En Égypte, un autre sentiment émerge : la culpabilité. Celle d'avoir laissé les autres, celle de pouvoir boire un thé alors qu'il n'y en a plus à Gaza. Les remords remontent : avoir dû fuir sans avoir eu le temps de chercher le chat, avoir dû trainer sa mère par les pieds parce qu'elle ne pouvait plus marcher lors du déplacement forcé vers Rafah. Ces exilés n'ont aucun statut en Égypte. « On n'est rien », dit Ossama Abdou. « On est vivants, mais on n'existe pas officiellement. On n'est ni réfugiés, ni touristes, ni résidents. » Ils ne peuvent pas accéder à l'école, aux services sociaux et aux soins.

« On en arrive à douter de notre humanité »

À Gaza, Ossama Abdou était psychologue clinicien, spécialisé dans les traumatismes. Il explique à Joe Sacco que s'il avait vu des signes de traumatismes lors des précédentes attaques israéliennes, l'on « ne pouvait pas parler d'une communauté traumatisée », car l'entraide « permettait de préserver “la résilience” des habitants de Gaza. » Mais avec le génocide, « toute la communauté essaie de survivre ». La solidarité ne peut plus s'appliquer de la même manière. Un autre facteur permettait aux Palestiniens de « tenir bon » : « l'idée que leur souffrance avait un sens, qu'il y avait une forme d'honneur à se dresser contre l'impérialisme et le colonialisme. » Mais cela a changé aussi, dit-il :


L'intensité de la souffrance a déformé le sens même de la souffrance. Les questions que nous nous posons, à nous-mêmes et au monde, ont profondément changé. On en arrive à douter de notre humanité. […] Les Palestiniens pourraient intégrer l'idée que le monde ne veut pas d'eux. Ce n'est pas seulement qu'il les a abandonnés. Non. Le monde ne verrait aucun inconvénient à ce que les Palestiniens n'existent pas.

L'exil ne met pas un terme à la souffrance. La plupart des Palestiniens interrogés confient que, la nuit, les fantômes de leurs proches viennent les visiter en rêve. Ils disent être toujours vivants, et tous se serrent dans les bras. Au réveil, ils ne sont plus là. Aucun d'entre eux n'a pu être enterré dignement. C'est ici que le titre du livre de Sacco et Hedges se révèle : ces témoignages sont un requiem destiné à l'âme des défunts, pour qu'ils reposent en paix.

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