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28.05.2026 à 16:59

Découverte de centaines de monuments funéraires dans l’est du Sahara

Julien Cooper, Lecturer, Department of History and Archaeology, Macquarie University

Maël Crépy, Chercheur en géographie et histoire ancienne, Université Lumière Lyon 2 ; Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

Marie Bourgeois, PhD Candidate, Ancient History, Université Lumière Lyon 2

Ces sépultures collectives circulaires étaient remplies d’ossements humains et animaux, souvent soigneusement disposés autour d’une figure centrale.
Texte intégral (3010 mots)
« Sépultures en enceinte », formées de sépultures individuelles disposées autour d’une sépulture dite « principale », au cœur du désert de l’Atbai, dans l’est du Soudan. Google Earth, Fourni par l'auteur

Une équipe d’archéologues a mis au jour, dans l’est du Soudan, des sépultures collectives veilles de cinq à six mille ans, dont l’étude permet d’élaborer certaines hypothèses sur l’organisation des sociétés nomades qui vivaient là.


Nous menons depuis plusieurs années une campagne de télédétection par satellite des vastes paysages désertiques de l’est du Soudan. Ce travail a consisté en la recherche systématique et minutieuse, sur des images satellitaires, de vestiges archéologiques dans le désert de l’Atbai, dans l’est du Soudan, qui correspond à la partie la plus orientale du Sahara.

Notre équipe – composée d’archéologues de l’Université Macquarie (Sydney, Australie), du laboratoire Histoire et sources des mondes antiques de l’ENS Lyon (HiSoMA) et de l’Académie polonaise des sciences (Varsovie) – souhaitait retracer l’histoire de cette région désertique située entre le Nil et la mer Rouge, sans avoir à procéder à des recherches sur le terrain.

Un type de vestige archéologique particulièrement intrigant s’est démarqué. Nous avons observé sur de nombreuses images de vastes ensembles organisés autour d’un individu important, placé au centre de plusieurs sépultures. Des travaux de terrain antérieurs sur des sites funéraires similaires ont montré qu’ils contenaient généralement à la fois des ossements humains et animaux.

Probablement construits durant les quatrième et troisième millénaires avant notre ère, tous ces monuments funéraires sont entourés de grands murs circulaires, dont certains atteignent 80 mètres de diamètre, et renferment des humains, ainsi que leurs bovins, moutons et chèvres.

Par nos nouvelles recherches, publiées dans la revue African Archaeological Review, nous avons découvert 260 ensembles de sépultures à enceinte jusque-là inconnues, éparpillées à l’est du Nil sur près de 1 000 km de désert du nord au sud.

Nous avons identifié sur les images satellitaires plusieurs centaines de sites de sépultures à enceintes dans l’est du Soudan. Google Earth, carte réalisée dans QGIS, Fourni par l'auteur

Qui a construit ces monuments funéraires ?

Déjà connus par quelques exemples isolés mis au jour dans les déserts égyptien et soudanais, ces grands monuments funéraires circulaires intriguent les chercheurs depuis longtemps.

Ce qui semblait autrefois être des cas isolés apparaît aujourd’hui comme un modèle récurrent et cohérent, qui fait supposer l’existence d’une culture nomade commune ancienne s’étirant sur une vaste étendue désertique.

La plupart de ces monuments se trouvent au Soudan actuel, dans les collines de la mer Rouge. Malheureusement, les images satellite ne suffisent pas à elles seules pour écrire toute l’histoire des constructeurs de ces sépultures à enceinte.

Les datations par le carbone 14 et les restes de poteries provenant des quelques monuments fouillés jusqu’ici nous indiquent qu’ils ont vécu – approximativement – entre 4000 et 3000 avant notre ère, peu avant que les Égyptiens ne forment dans la vallée du Nil le royaume que nous connaissons sous le nom d’Égypte pharaonique.

Mais les nomades qui ont construit les sépultures à enceinte de l’Atbai (en anglais, Atbai Enclosure burials) n’avaient pas grand-chose à voir avec les Égyptiens sédentaires et agriculteurs du Nil.

Habitant le désert et y menant leurs troupeaux d’un pâturage à un autre, il s’agissait de véritables nomades sahariens.

Un groupe de sépultures collectives à enceinte, dont certaines ont récemment été vandalisées. Google Earth, Fourni par l'auteur

Une élite nomade ?

Dans de nombreuses enceintes se trouvent des sépultures « secondaires » disposées autour d’une sépulture « principale » au centre, occupée par un individu se distinguant ainsi des autres – peut-être un chef ou un autre membre important de la communauté.

Pour des archéologues, cette donnée est cruciale car on l’utilise comme indicateur pour discerner des classes et une hiérarchie au sein des sociétés préhistoriques.

La question de l’époque à laquelle les sociétés nomades sahariennes sont devenues moins égalitaires occupe les archéologues depuis des décennies, mais la plupart s’accordent aujourd’hui pour dire que c’est aux alentours de cette période, au quatrième millénaire avant notre ère, qu’a commencé à se distinguer « une élite ».

Cela reste bien éloigné des profondes divisions entre les dirigeants et les dirigés que l’on observe dans des sociétés telles que celle de l’Égypte ancienne, avec ses pharaons et ses cultivateurs. Cependant, ces monuments funéraires marquent, pour le Sahara oriental, l’apparition des premières inégalités au sein d’une société.

Le prestige des troupeaux et la mémoire des lieux

Le bétail semble avoir revêtu pour ces nomades de la fin de la Préhistoire une importance majeure (une hypothèse également étayée par l’art rupestre local de cette époque). En se faisant enterrer aux côtés de leur troupeau, les nomades qui ont construit les sépultures à enceinte témoignent qu’ils tenaient leurs animaux en haute estime.

Des milliers d’années plus tard – parfois près de 4 000 ans après leur construction initiale – les nomades habitant la région ont décidé de réutiliser ces monuments déjà anciens pour y établir leur propre sépulture.

Par la construction des sépultures à enceinte de l’Atbai, des nomades de la fin de la Préhistoire ont ainsi formé des espaces funéraires qui ont perduré durant des millénaires.

Sépultures à enceinte de Bir Asele et tracé des sentiers empruntés par les troupeaux qui pâturaient sur les versants ; a. Photographie au sol (James Harrell). b. Plan du site d’après Murray 1926, redessiné par Marie Bourgeois. c. Sentiers pastoraux autour de Bir Asele, Google Earth, tracés par Marie Bourgeois. Fourni par l'auteur

Que sont devenus ces nomades ?

Personne ne peut le dire avec certitude.

Les rares datations disponibles pour ces monuments se situent entre 4000 et 3000 avant notre ère, vers la fin d’une période où le Sahara, autrefois moins aride et moins désertique, s’asséchait, et que l’on appelle « période humide africaine ».

La mousson d’été s’est progressivement retirée du nord vers le sud, réduisant les pluies et raréfiant les pâturages. Cette situation a conduit les nomades à abandonner les bovins pour des bétails moins gourmands en eau, à accroître la mobilité de leurs troupeaux, à migrer vers le sud ou à se réfugier vers le Nil.

Les monuments funéraires que nous avons découverts sont très majoritairement situés à proximité de ce qui correspondait à l’époque à des points d’eau : on les retrouve près de mares rocheuses au fond des vallées, de sources, de lits de lacs temporaires et de rivières éphémères. Ce choix récurrent nous indique qu’au moment de la construction de ces monuments, le désert était déjà aride et hostile, et que l’accès à l’eau était déjà crucial.

À une période encore mal datée, alors que l’herbe et les buissons cédaient la place au sable et aux rochers, il est devenu impossible pour ces nomades de conserver leurs précieux bovins.

Posséder de grands troupeaux, dans ce désert et à cette époque, était probablement un moyen de faire étalage d’une possession coûteuse et rare et d’en tirer du prestige – l’équivalent peut-être, à la possession d’une Ferrari de nos jours. Un tel statut du bétail pourrait expliquer pourquoi des animaux étaient fréquemment enterrés aux côtés de leurs propriétaires au sein des monuments funéraires.

Les sépultures à enceinte de l’Atbai se concentrent fréquemment à proximité de sources d’eau, comme ce petit bassin situé dans un ravin. Julien Cooper, Fourni par l'auteur

Une histoire plus vaste

Les sépultures à enceinte de l’Atbai ne constituent qu’une portion de l’histoire bien plus vaste de l’adaptation humaine au changement climatique et environnemental au Sahara et en Afrique du Nord.

Du Sahara central au Kenya et même à l’Arabie, l’élevage de bovins, de chèvres et de moutons a transformé les sociétés. Il a modifié l’alimentation, les modes de déplacement et les hiérarchies au sein de communautés humaines.

Ce n’est pas une coïncidence si les sociétés ont changé leurs pratiques en même temps qu’elles adoptaient un mode de vie pastoral. Ces enceintes funéraires nous montrent que ces nomades dispersés constituaient des populations organisées et expertes en matière d’adaptation à un environnement particulièrement difficile.

La découverte de ces 260 sépultures supplémentaires – à la vingtaine connue jusqu’alors – redessine ainsi la préhistoire du Sahara et du Nil.

Les sépultures à enceinte de l’Atbai constituent une forme de prologue au monumentalisme des royaumes nilotiques d’Égypte et de Nubie, et offrent une vision de cette région qui va au-delà des pharaons, des pyramides et des temples déjà largement connus.

Malheureusement, nombre de ces monuments funéraires sont actuellement détruits ou saccagés en raison de l’exploitation minière sauvage. Ces sépultures exceptionnelles ont survécu pendant des millénaires, mais elles peuvent à présent disparaître en moins d’une semaine.


Maria Gatto (Académie polonaise des sciences) est l’une des auteurs de notre article. Nous remercions Alexander Carter, Tung Cheung, Kahn Emerson, Jessica Larkin, Stuart Hamilton et Ethan Simpson, de l’Université Macquarie, pour leur contribution au travail de télédétection. Nous exprimons également notre gratitude à la National Corporation of Antiquities and Museums (Soudan).

The Conversation

Julien Cooper a reçu des financements de l’Australian Research Council (Future Fellowship, FT230100067).

Maël Crépy a reçu des financement du CNRS (HiSoMA) et de l'Ifao (programme de recherche NOMADES).

Marie Bourgeois a reçu des financements de l'Ifao (programme de recherche NOMADES).

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28.05.2026 à 16:42

Changement climatique : une nouvelle étude confirme que la chaleur augmente le risque d’accouchements prématurés

Dominic Royé, Investigador Ramon y Cajal, Consejo Superior de Investigaciones Científicas (CSIC)

Ana M Vicedo-Cabrera, Head Climate Change & Health research group, University of Bern

Aurelio Tobias, Associate professor, Instituto de Diagnóstico Ambiental y Estudios del Agua (IDAEA - CSIC)

Carmen Íñiguez, Profesora en el Departamento de Estadística e Investigación Operativa, Universitat de València

Coral Salvador, Senior Research Assistant, University of Bern

De nouveaux travaux portant sur l’analyse des données de naissance de 250 villes situées dans 13 pays permet de mieux cerner les effets des chaleurs extrêmes sur le risque d’accouchement prématuré.
Texte intégral (1717 mots)

Une nouvelle étude portant sur 36,6 millions de naissances révèle que les chaleurs extrêmes augmentent le risque de naissance prématurées. Les futures mères sont d’autant plus à risque qu’elles sont en situation de vulnérabilité socioéconomique.


Imaginez-vous vivre une journée caniculaire en plein été. Maintenant, imaginez ce que cela peut signifier pour une femme enceinte de huit mois. Inconfortable, c’est le moins que l’on puisse dire… Mais la chaleur n’est pas qu’un simple désagrément : elle peut aussi, dans de nombreux cas, déclencher un accouchement prématuré. Or, le risque de mortalité des bébés nés avant terme – c’est-à-dire avant 37 semaines de gestation – est significativement accru. Ces enfants sont par ailleurs exposés à des complications en matière de santé dont les conséquences peuvent les affecter toute leur vie durant.

Depuis plusieurs décennies, la recherche documente le lien entre exposition à la chaleur et risque de naissances prématurées. Toutefois, jusqu’à présent, la plupart des études se limitaient à l’étude des naissances survenues dans une seule ville ou un seul pays. En outre, les méthodologies mises en œuvre, variables d’une recherche à l’autre, se prêtaient difficilement à la comparaison.

Combien de naissances prématurées la chaleur provoque-t-elle réellement dans le monde ? Toutes les femmes enceintes sont-elles aussi vulnérables les unes que les autres ? Publiée dans la revue Environment International, notre nouvelle étude apporte les réponses les plus complètes à ce jour à ces questions.

Treize pays, 36 millions de naissances

Au cours de nos travaux, nous avons analysé 36,6 millions de naissances survenues durant la période estivale, entre 1979 et 2019, dans 250 villes et agglomérations de 13 pays : Australie, Brésil, Canada, Chili, Équateur, Estonie, Israël, Italie, Japon, Paraguay, Espagne, Suisse et États-Unis. Il s’agit de l’analyse multicentrique (autrement dit portant sur les données de plusieurs sites différents, selon un même protocole, NdT) la plus vaste jamais réalisée sur ce sujet.

Pour estimer la relation entre la température et le risque de naissance prématurée, nous avons eu recours à des modèles statistiques de pointe. Ceux-ci nous ont permis d’identifier les effets différés et non linéaires d’une exposition à la chaleur durant les jours qui précèdent l’accouchement.

Les résultats sont sans ambiguïté : le risque de naissance prématurée augmente de manière linéaire avec la hausse des températures. Lors des journées de chaleur modérée, ledit risque croît de 2,8 %. Lors des épisodes de chaleur extrême, cette augmentation atteint 3,8 %.

Près de 855 naissances prématurées supplémentaires par million

Traduire ces risques en chiffres permet de mieux apprécier l’ampleur du phénomène : selon nos calculs, 1,41 % de l’ensemble des naissances prématurées survenues durant la période estivale est attribuable à la chaleur. En valeur absolue, cela représente 855 naissances prématurées supplémentaires par million de naissances.

Cet ordre de grandeur est comparable à celui d’autres facteurs bien établis. Il dépasse largement, par exemple, la contribution du tabagisme maternel dans les pays à revenu faible et intermédiaire, et se situe au même niveau que celle du paludisme. En d’autres termes, la chaleur constitue d’ores et déjà un facteur de risque environnemental majeur pour la santé reproductive.

À ce sujet, les disparités entre pays sont également éclairantes. Les taux les plus élevés sont enregistrés par le Paraguay, avec 1 347 naissances prématurées par million, tandis que le taux le plus faible est affiché par la Suisse (628 naissances prématurées par million). L’Espagne se situe dans la tranche intermédiaire haute, avec 1 080 par million.

Cette variabilité suggère que le climat, le niveau de développement socio-économique et la capacité d’adaptation de chaque pays influent de manière significative sur la vulnérabilité des femmes enceintes.

Toutes les grossesses ne présentent pas le même risque

L’une des conclusions les plus marquantes de notre étude suggère que la chaleur n’affecte pas toutes les femmes de la même manière. Les jeunes mères célibataires ayant un faible niveau d’éducation et se trouvant en situation de vulnérabilité socio-économique pourraient être exposées à un risque accru de naissance prématurée induite par la chaleur.

Les fœtus de sexe féminin semblent également plus sensibles que les fœtus de sexe masculin. Cependant, la plupart de ces analyses de sous-groupes n’ont pas atteint le seuil de significativité statistique, et des recherches complémentaires seront nécessaires pour les confirmer.

Des mécanismes spécifiques sous-tendent ces disparités. Les personnes en situation de précarité économique sont plus susceptibles de vivre dans des zones particulièrement chaudes en raison de l’effet d’îlot de chaleur urbain. Elles sont aussi plus souvent amenées à travailler en extérieur, et disposent plus rarement d’une climatisation ou d’autres moyens de protection contre la chaleur.


À lire aussi : Chaleur, pollution de l’air et manque de végétation : les plus défavorisés sont aussi les plus exposés


Inégalités sociales et inégalités climatiques se superposent, et ce sont les femmes enceintes les plus vulnérables qui en paient le prix le plus lourd.

La chaleur influe aussi sur les accouchements à terme

Le résultat le plus inattendu de notre recherche est sans doute celui-ci : l’effet de la chaleur ne se limite pas aux naissances prématurées. Nous avons également observé une augmentation significative du risque d’accouchement dans le cadre de grossesses considérées comme cliniquement « normales », autrement dit survenant entre la 37ᵉ et la 42ᵉ semaine. La chaleur extrême augmente ainsi le risque d’accouchement entre la 37ᵉ et la 38ᵉ semaine de 3,66 %, tandis qu’à 39 semaines et au-delà, ce risque est accru de 2,97 %.

Cela signifie que la chaleur peut agir comme un facteur déclenchant du travail pour des fœtus qui, dans d’autres circonstances, auraient poursuivi leur développement normalement.

La fenêtre gestationnelle la plus sensible s’étend de la 31ᵉ à la 40ᵉ semaine, ce qui signifie qu’elle couvre à la fois des naissances prématurées tardives et des naissances à terme précoces.

Les mécanismes en jeu

Les mécanismes biologiques impliqués sont nombreux. La chaleur peut élever la température corporelle et déclencher des contractions utérines. La déshydratation qu’elle provoque perturbe par ailleurs l’équilibre électrolytique et réduit le débit sanguin placentaire.

La chaleur favorise aussi les processus inflammatoires et le stress oxydatif, lesquels sont susceptibles de compromettre le développement fœtal et d’accélérer la maturation du col de l’utérus.

Les femmes enceintes sont particulièrement vulnérables, car leur organisme produit davantage de chaleur en raison de la croissance fœtale, tout en ayant une capacité réduite à la dissiper, du fait de la prise de poids.

En première ligne du réchauffement climatique

Ces résultats revêtent une dimension particulièrement préoccupante dans le contexte du changement climatique. En effet, au cours des prochaines décennies, les vagues de chaleur deviendront plus fréquentes, plus intenses et plus longues. En cas d’inaction, le fardeau des naissances prématurées attribuables aux fortes températures ne fera que s’alourdir, érodant des décennies de progrès en matière de santé néonatale et infantile.

Une réponse à la hauteur de l’enjeu suppose d’intervenir sur plusieurs fronts. Sur le plan clinique, les systèmes de santé doivent intégrer la chaleur en tant que facteur de risque au cours du suivi de la grossesse, en particulier pour les femmes en situation de vulnérabilité sociale. Sur le plan de l’aménagement urbain, il est urgent de développer des stratégies d’adaptation – espaces verts, îlots de fraîcheur, systèmes d’alerte précoce – pour protéger les femmes enceintes lors des épisodes de chaleur extrême. Enfin, sur le plan politique, ces résultats doivent se traduire par des objectifs ambitieux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

La chaleur extrême n’est plus une simple question de confort. C’est un enjeu de santé publique, d’équité sociale et de justice climatique. Et les femmes enceintes sont en première ligne.

The Conversation

Dominic Royé bénéficie d'un financement du programme Ramón y Cajal (RYC2023-042824-I) et de GAIN, l'agence pour l'innovation de la Xunta de Galicia.

Ana M Vicedo-Cabrera bénéficie d'un financement du Fonds national suisse, de la Coopérative Mobiliar, du Wellcome Trust et de l'Office fédéral de l'environnement (Suisse).

Coral Salvador bénéficie d'un financement de la Xunta de Galicia et reçoit actuellement des fonds du Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS).

Aurelio Tobias et Carmen Íñiguez ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

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28.05.2026 à 16:41

Tout le monde sait que les entretiens annuels sont inefficaces, alors pourquoi en fait-on encore ?

Danaë Anderson, Lecturer in Occupational Health and Safety, Te Herenga Waka — Victoria University of Wellington

Jeremy Morrow, Senior Lecturer, Business School, Auckland University of Technology

Rituels annuels, grilles de notation et « Key Performance Indicators » : les évaluations de performance structurent encore la vie des entreprises. Pourtant, de plus en plus de travaux montrent qu’elles sont mal adaptées au travail actuel.
Texte intégral (1614 mots)
Un des défauts de l’entretien annuel est qu’il est principalement tourné vers le passé. Charles Deluvio/Unsplash, CC BY

Pensées pour un monde du travail stable et prévisible, les évaluations annuelles peinent à saisir la complexité des contributions actuelles. Résultat : elles mesurent mal ce qui compte vraiment.


Chaque année, les organisations remettent à jour leur stratégie, annoncent de nouveaux indicateurs de performance, les fameux KPI (pour Key Performance Indicators), et affichent des objectifs ambitieux pour l’année à venir. Mais malgré l’évolution rapide des modes de travail, des technologies et des besoins des équipes, un élément reste étonnamment figé : les évaluations individuelles de performance.

La plupart d’entre nous voient très bien à quoi elles ressemblent : le formulaire classique à cases à cocher, les échelles de notation de un à dix, et cet espace vide un peu gênant réservé aux « commentaires complémentaires ».

Nous savons que ces dispositifs sont dépassés. Des travaux de recherche montrent depuis des années qu’ils regardent vers le passé, peuvent biaiser les comportements et négligent la collaboration ainsi que l’apprentissage. Nous savons qu’ils reposent sur une évaluation rétrospective d’une « performance » individuelle définie de manière étroite. Et nous savons qu’ils reflètent souvent mal le travail réel – par opposition à ce qui est effectivement valorisé. Pourtant, année après année, ils perdurent. Alors pourquoi continue-t-on à les utiliser ? (NDT : En France, la loi exige qu’un entretien professionnel ait lieu tous les deux ans. Cet entretien est à distinguer des évaluations annuelles dont nous parlons ici).

Un décalage avec le travail réel

De nombreux travaux expliquent pourquoi les dispositifs classiques d’évaluation de la performance et les KPI sont décevants. Une partie du problème tient au fait qu’ils brouillent la frontière entre rémunération et performance. Les chercheurs en management distinguent pourtant depuis longtemps la mesure de la performance – utilisée pour les salaires et les promotions – de l’amélioration de la performance, qui relève de l’apprentissage et du développement.

Fusionner ces deux objectifs dans un même processus annualisé crée une tension inhérente entre deux logiques pourtant très différentes. Le calendrier pose également problème. Des retours tardifs, concentrés une fois par an, sont souvent déjà dépassés et d’une utilité limitée, manquant des occasions clés d’amélioration tout au long de l’année.

Un article largement cité conclut d’ailleurs que les systèmes formels, fortement axés sur les notations, sont « fastidieux et de faible valeur ». L’amélioration de la performance, souligne-t-il, passe plutôt par des attentes continues, des retours en temps réel et des opportunités de développement – et non par des rituels annuels.

Une enquête de 2024 sur la gestion de la performance menée par le cabinet de conseil Betterworks va dans le même sens. Si la plupart des dirigeants jugent leurs dispositifs efficaces, les salariés dressent un constat bien différent : 44 % estiment qu’il s’agit d’un « échec significatif ».

Plus largement, les employés sont 57 % moins nombreux que les dirigeants à considérer que ces systèmes fonctionnent correctement. D’où vient un tel décalage – et pourquoi persiste-t-il ?

L’illusion d’objectivité

Le Center for Advanced Human Resource Studies de l’Université Cornell (État de New York) apporte quelques éléments de réponse. Son analyse des tendances en matière de gestion de la performance, publiée en 2025, montre que les systèmes traditionnels perdurent non pas parce qu’ils sont efficaces, mais parce qu’ils sont :

  • profondément ancrés dans les organisations, généralement liés à la rémunération, aux promotions, à la conformité et aux cycles RH,

  • perçus comme objectifs alors qu’ils ne le sont pas,

  • longs et coûteux à réformer, ce qui freine les transformations,

  • décalés par rapport aux attentes des salariés, dont seul un sur cinq se dit motivé par les dispositifs actuels.

Les indicateurs classiques de performance – production horaire, nombre de tâches réalisées, objectifs de vente – ont été conçus pour une époque où le travail était prévisible et ancré dans un lieu. Ils peinent à rendre compte de ce qui fait aujourd’hui la réussite des organisations.

Les sciences sociales rappellent depuis longtemps qu’à partir du moment où un indicateur devient un objectif, il cesse d’être une bonne mesure : les comportements s’ajustent pour maximiser le score plutôt que la réalité qu’il est censé refléter.

Concrètement, la sur-optimisation d’un KPI pousse à « jouer avec les chiffres » ou encourage des comportements contre-productifs. Les salariés prennent des raccourcis ou travaillent excessivement, au lieu d’améliorer réellement le résultat de leur travail.

Les organisations observent le même phénomène à une échelle plus large : se focaliser sur les volumes produits et la poursuite d’objectifs chiffrés peut nuire à la qualité, à la création de valeur à long terme et à la collaboration.

C’est d’autant plus vrai lorsque l’automatisation prend en charge les tâches routinières et que la contribution humaine se déplace vers la créativité, la résolution de problèmes et la production de valeur sur le long terme – autant d’éléments difficiles à résumer en un seul indicateur. À l’inverse, lorsque les indicateurs de performance manquent de clarté, les jugements subjectifs des supérieurs tendent à se substituer aux données réelles.

Pourtant, de nombreuses entreprises continuent de s’appuyer sur ces indicateurs anciens, simplement parce qu’ils sont familiers, quantifiables et profondément ancrés dans leurs pratiques. Le paradoxe est frappant : elles disposent de plus de données que jamais sur leurs salariés, mais leurs systèmes d’évaluation reposent encore sur des instantanés dépassés et des indicateurs réducteurs.

Comme le souligne un expert, des réalités de performance complexes sont souvent simplifiées à l’extrême dans des cadres qui « fabriquent » des données chiffrées pour créer une illusion d’objectivité.

Et si l’on mesurait ce qui compte vraiment ?

Les recherches sur les approches modernes de management de la performance montrent un net basculement : les évaluations annuelles rigides cèdent la place à des échanges continus, accompagnés par les managers.

Parmi les évolutions qui favorisent davantage la motivation et l’engagement des salariés :

  • des retours continus, en temps réel,

  • des objectifs à court terme, ajustables,

  • des échanges informels et réguliers entre managers et collaborateurs,

  • des dispositifs à « 360 degrés », où les retours proviennent de plusieurs collègues, offrant une vision plus équilibrée du travail collectif,

  • une logique de développement tournée vers l’avenir, plutôt que la notation des performances passées.

Ces approches reflètent mieux la manière dont le travail de qualité se construit réellement : progressivement, de façon collaborative et souvent imprévisible. À l’heure où les organisations définissent leurs objectifs pour le nouvel exercice, le véritable indicateur à adopter pourrait bien être celui qui évalue… leurs propres dispositifs de mesure de la performance.

Favorisent-ils la progression ? Captent-ils la valeur réelle du travail ? Suscitent-ils l’engagement ? Reflètent-ils ce que font réellement les équipes ? Répondre à ces questions permet d’identifier ce qui ne fonctionne plus. Et, dans bien des organisations, les systèmes d’évaluation de la performance figurent sans doute parmi les chantiers les plus urgents à lancer.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

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