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29.07.2026 à 11:50

Une icône méconnue du marronnage : Selomoh del Castilho et le capitaine Broos

Paulo Antonio Paranaguá, Historiador, sociólogo e doutor em História da Arte, Sorbonne Université
Au Suriname, Selomoh del Castilho a immortalisé le capitaine Broos, figure du marronnage au XIXᵉ siècle, dans un portrait devenu emblématique.
Texte intégral (2778 mots)
Portrait du capitaine Broos (1821-1880), chef des Brooskampers ou Bushinengue (« Noirs de la forêt ») au Suriname (1862). Selomoh del Castilho/Het Utrechts Archief (Pays-Bas)

Au Suriname, les communautés marronnes, fondées par d’anciens esclaves ayant fui les plantations coloniales, incarnent une longue histoire de la résistance à l’esclavage. Réalisé vers 1862 par le photographe Selomoh del Castilho, le portait du capitaine Broos constitue l’un des rares témoignages visuels du marronnage au XIXe siècle. Paulo Antonio Paranaguá, auteur de História da America Latina em 100 fotografias (Bazar do Tempo, Rio de Janeiro, 2025 ; l’édition espagnole est prévue fin 2026), revient ici sur l’histoire de cette photographie et de sa redécouverte.


Del Castilho, héritier de la diaspora juive néerlandaise en Amérique du Sud

Selomoh del Castilho est un pionnier de la photographie du XIXe siècle, singulier à la fois par sa personnalité et par l’une de ses œuvres, qui a connu un destin inattendu au XXIe siècle.

Il est né le 20 juillet 1826 au Suriname, la Guyane néerlandaise, et est décédé le 20 juin 1914 à Paramaribo, la capitale de cette colonie. Selomoh (Salomon) était un Juif séfarade, comme l’indique l’orthographe portugaise de son patronyme. Il épousa une coreligionnaire, Hanna de Jacob Morpurgo (1838–1895). Ils eurent plusieurs enfants, certains portant des prénoms bibliques tels qu’Isaac, Élie, Esther ou Jacob.

Cette origine juive est liée à l’histoire du Brésil hollandais (1624-1654). En effet, de nombreux Juifs des Pays-Bas accompagnèrent l’aventure sud-américaine du prince Jean-Maurice de Nassau-Siegen et construisirent la synagogue de Recife, au Pernambouc (1637), la plus ancienne des Amériques. Lorsque les Portugais vainquirent et expulsèrent les Hollandais de leur colonie, ces derniers se réfugièrent plus au nord, en Guyane, dans les Caraïbes ou sur l’île de Manhattan, où ils fondèrent La Nouvelle-Amsterdam (actuelle New York).

En Guyane, certains de ces Juifs ont reproduit le modèle esclavagiste de la plantation de canne à sucre du nord-est du Brésil, dans la « Jodensavanne » (Savane juive), à 70 kilomètres de Paramaribo, sur les rives du fleuve Suriname. Les recherches archéologiques y ont découvert l’existence d’une synagogue et d’un cimetière juif datant du XVIIe siècle, avec plusieurs pierres tombales écrites en portugais, d’autres en espagnol, en hébreu ou en néerlandais.

Les pionniers juifs de la photographie aux XIXᵉ et XXᵉ siècle

Très peu de Juifs ont embrassé la photographie au XIXe siècle. À part Selomoh del Castilho, en Amérique du Sud, on ne trouve que Federico Lessmann (père et fils), au Venezuela. Même dans les pays où la communauté juive était mieux établie et présentait une plus grande diversité, il y a eu peu de photographes juifs à cette époque. Au XIXe siècle, on compte Mendel John Diness (Jérusalem), Maksymilian Fajans (Varsovie), Hermann Biouw (Hambourg), Bertha Beckmann (Leipzig), Adèle Perlmutter-Heilperin (Vienne), David Lionel Salomons (Londres), George Barron Goodman (Sydney), Shimmel Zohar et Solomon Nunes Carvalho (New York).

En revanche, la liste des photographes juifs à partir du XXe siècle est aussi vaste qu’éloquente. Elle inclut l’une des premières femmes professionnelles de la région latino-américaine et caraïbéenne, la Surinamaise Augusta Curiel (1873-1937), qui a inauguré son atelier à Paramaribo en 1904 et l’a maintenu actif pendant plus de trente ans. Son œuvre a été exposée en 2025 au musée de la Photographie d’Amsterdam (FOAM). Augusta Curiel fut précédée par une autre Surinamaise, Clarissa Heilbron (1869-1949), qui ouvrit son atelier à Paramaribo en 1889, mais quitta la photographie après son mariage avec Abraham Moses Salomons (1893).

Selomoh del Castilho exerça la photographie entre 1857 et 1894, avec un atelier à l’angle de la Heerenstraat et de la Klipstenenstraat, des rues situées au centre de Paramaribo. Bien qu’il s’intéressât également aux beaux-arts, il transmit les techniques de sa profession à deux de ses fils, Alfred del Castilho (1875-1913), qui adopta le nom de The American Photographer pour son atelier sur la Heerenstraat, et Raphael del Castilho (1862-1943), qui transféra son atelier à la Domineestraat et mourut à New York.

Selomoh travailla avec le daguerréotype – un procédé qui permettait de fixer des images uniques sur une plaque de cuivre recouverte d’argent –, l’ambrotype – – reposant sur une plaque de verre amovible, recouverte d’une émulsion au collodion humide – et le format carte de visite. Ses expériences avec la couleur rappellent le futur autochrome des frères Lumière. En 1867, dans une publicité du Koloniaal Nieuwsblad, journal important de Paramaribo, il se présente comme photographist.

Le portrait de Broos, le cliché unique d’un rebelle

Malheureusement, peu de photos de Selomoh del Castilho ont été identifiées et conservées. La plus importante est sans doute le portrait du Kapitein (capitaine) Broos (1821-1880), chef des Bakabusi Sama, Bakabusi Nengre, Brooskampers ou Bushinengue (Noirs de la forêt).

Les frères Broos et Kaliko étaient les chefs d’un camp d’anciens individus esclavisés en fuite, formé en 1740, sur les rives de la rivière Surnaukreek, un affluent du fleuve Suriname. Ce type de rebelles étaient appelés Nègres Marrons dans les colonies françaises, Cimarrones dans les colonies espagnoles, Maroons dans les colonies anglaises et Quilombolas au Brésil.

Au Suriname, les rebelles résistèrent les armes à la main aux persécutions et aux attaques militaires jusqu’à un an avant l’abolition officielle de l’esclavage dans les colonies des Pays-Bas aux Caraïbes et en Amérique du Sud (1863). Une période de transition de dix ans s’ensuivit, avec du travail forcé. Les autorités coloniales négocièrent alors un traité de paix avec les Brooskampers en échange de terres. Le portrait du capitaine Broos a été pris à Paramaribo à cette occasion.

Dans le Brésil impérial, jusqu’à l’abolition en 1888, les individus esclavisés fugitifs étaient des hors-la-loi. Les photographies de Noirs brésiliens, prises à l’époque pour des raisons pseudoscientifiques (Louis Agassiz) ou commerciales (Christiano Jr, Alberto Henschel), représentaient des personnes réduites en esclavage ou des affranchis ; en aucun cas des Quilombolas ou des fugitifs. Luiz Felipe de Alencastro, ancien titulaire de la chaire d’Histoire du Brésil à la Sorbonne, Ynaê Lopes dos Santos, professeure d’histoire des Amériques à l’Université Fédérale Fluminense, et Sergio Burgi, conservateur en chef de la photographie à l’Institut Moreira Salles, partagent cette observation.

À Cuba, un autre pays d’abolition tardive, en 1886, la situation est analogue : les Noirs photographiés au XIXe siècle sont des personnes esclavisées ou des affranchis, confirme le spécialiste Rufino del Valle au Taller y Museo de la Fotografia Cabrales del Valle, à La Havane. Enfin, la riche collection caraïbéenne du Schomburg Center for Research in Black Culture de la Bibliothèque publique de New York ne contient aucune photo de Nègre Marron ou Maroon du XIXe siècle.

En somme, au XIXe siècle latino-américain et caribéen, le seul Noir qui se soit rebellé contre l’esclavage portraituré par un appareil photo est le capitaine Broos. Ce portrait est donc exceptionnel et unique.

La photo dans son intégralité.

La pose respecte les conventions de l’époque : assis, vêtu de blanc ou en tons clairs, portant des habits décontractés et une écharpe colorée autour du cou, une main posée négligemment sur sa jambe, Broos regarde la caméra, très sérieux, possiblement avec une expression de méfiance ou de défi. La photo a vraisemblablement été prise dans l’atelier de Selomoh del Castilho ou dans un autre espace neutre, peut-être à la suite d’une commande officielle. La recherche historique n’a pas élucidé les questions à ce propos, admet Eveline Sint Nicolaas, conservatrice au Rijskmuseum (Amsterdam), coorganisatrice de la formidable exposition Slavernij/Slavery (« Esclavage », 2021) et coautrice du magnifique ouvrage Suriname in beeld (Terra, 2025).

Destins croisés de deux représentations de l’esclavage

Ce portrait est contemporain de la célèbre photographie états-unienne connue sous le titre Scourged Back (dos flagellé), prise par McPherson & Oliver, à Baton Rouge, état de Louisiane, le 2 avril 1863.

Le portraituré était un homme esclavisé fugitif, dénommé Peter ou Gordon selon les sources, parvenu à s’échapper d’une plantation de coton après un châtiment au fouet qui lui avait laissé des cicatrices dorsales terribles. L’image fut utilisée comme un argument contre l’esclavage par la propagande abolitionniste en pleine Guerre de Sécession (1861-1865). L’une des trois versions de la photo fut même diffusée en format carte de visite, alors très populaire. En 2025, ce document visuel a été censuré dans des institutions fédérales et des parcs nationaux par la présidence de Donald Trump, qui prétend expurger l’histoire des États-Unis.

Cependant, la différence entre ces deux photos est évidente. L’une montre le chef d’une communauté rebelle invaincue, présenté en toute dignité face à la caméra ; le second est une victime, un individu sans visage ni identité certaine, présentant au photographe son dos voûté et meurtri, pour preuve de son martyre.

Certes, les deux images constituent des documents inestimables sur l’histoire de l’esclavage. Il est néanmoins permis de s’interroger sur leur notoriété tellement dissemblable. L’écart entre une grande nation comme les États-Unis et un petit pays sud-américain, ainsi que leur poids respectif dans l’histoire de la photographie, est-elle vraiment suffisante comme explication ? La différence entre une victime, aussitôt instrumentalisée dans la presse de l’époque, et un leader rebelle longtemps oublié, ne révèle-t-elle quelque chose sur les perceptions à l’œuvre et les images en construction ?

De l’archive à l’icône : la postérité du portrait de Broos

La photo de Selomoh del Castilho est conservée aux Archives d’Utrecht (Pays-Bas) après un don de la Fraternité évangélique active au Suriname. Il y a quelques années, une copie du portrait du capitaine Broos a été emportée par des Surinamais d’ascendance africaine au Ghana, où elle a été exposée au Mémorial de l’esclavage d’Assin Manso. La photo a également été exhibée dans les locaux d’une association surinamaise à Amsterdam. Le portrait a été progressivement approprié par des artistes, des institutions et des entités intéressées par l’histoire coloniale ou les études postcoloniales. Amsterdam possède même un Broos Institute, qui propose un recentrage africain dans la recherche et les études doctorales en Europe.

L’image acquit ainsi une dimension iconique, qui montre la capacité de la photographie à transmettre des aspects sous-estimés ou effacés de la mémoire et de l’histoire. Malgré les conventionnalismes du portrait du XIXe siècle, la photo du capitaine Broos fut réinterprétée à l’aune des attentes du XXIe siècle : elle devint un symbole de rébellion et de liberté, de survie et de résistance, d’autodétermination et d’identité. Une icône méconnue, paradoxale, car prisée par les uns et ignorée par la plupart des autres.

Dans ce processus, il y a une convergence entre le sujet portraituré et le photographe, dont la rencontre n’était pas prédestinée. Tous deux incarnent le traumatisme d’un déplacement forcé et brutal. Les ancêtres de Broos ont été enlevés d’Afrique par la traite transatlantique des personnes esclavisées, « le plus grave crime contre l’humanité » selon l’Assemblée générale des Nations unies (25 mars 2026). Certains de ces Africains déportés se sont réfugiés dans la brousse sud-américaine pour échapper à l’esclavage et ainsi reprendre le contrôle de leur vie.

Les Juifs furent expulsés de la péninsule Ibérique, menacés de torture et de mort par l’Inquisition. Le refuge de beaucoup d’entre eux fut Amsterdam, la nouvelle « Jérusalem du Nord ». Plus tard, certains cherchèrent la Terre promise en Amérique du Sud, au Pernambouc et en Guyane. Selomoh del Castilho ne se contenta pas de transmettre la tradition, ni d’exercer les métiers caractéristiques de sa communauté ; il embrassa une nouvelle profession, typique de la modernité naissante, qu’il enseigna à deux de ses fils.

Par leur initiative et leur effort, Broos et Del Castilho ont déjoué le déterminisme. L’interaction entre eux esquisse une convergence entre la diaspora africaine et la diaspora juive. En extrapolant, elle préfigure l’alliance entre Noirs et Juifs dans la lutte pour les Civil Rights (droits civiques) aux États-Unis dans les années 1960.

The Conversation

Paulo Antonio Paranaguá ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

29.07.2026 à 11:47

Des empereurs romains à Donald Trump : quand les dirigeants politiques se montrent dans les enceintes sportives

Sylvain Forichon, Docteur en Histoire romaine et Ingénieur de recherche, Université Bordeaux Montaigne
Au MetLife Stadium pendant la finale de la Coupe du Monde, Donald Trump s’est-il comporté d’une façon semblable à celle des empereurs romains au Cirque Maximus ?
Texte intégral (2674 mots)

Conspué pendant la finale de la Coupe du monde et moqué ensuite sur les réseaux sociaux pour s’être attardé sur le podium, Donald Trump s’est placé sans le savoir dans la longue tradition des empereurs romains dont la présence et le comportement durant les grandes festivités organisées dans le gigantesque Circus Maximus étaient toujours guettés et parfois critiqués par leurs contemporains.


La présence de Donald Trump lors de la finale de la Coupe du monde de la FIFA le 19 juillet dernier au MetLife Stadium, près de New York, n’est pas passée inaperçue en raison des sifflets qui ont retenti lors de son entrée sur la pelouse, sans oublier qu’à l’issue de la rencontre, il s’est attardé sur le podium pour la photo tandis que les joueurs de l’équipe d’Espagne exultaient en brandissant leur trophée.


À lire aussi : Coupe du Monde 2026 : le football a-t-il gagné ?


L’absence du président argentin Javier Milei lors de cette même finale, qui opposait pourtant son propre pays à l’Espagne, a été tout autant commentée dans la presse, tandis que la famille royale espagnole, elle, avait fait le déplacement.

Rappelons que la venue de Donald Trump au match 3 de la finale NBA entre New York et San Antonio au Madison Square Garden le 8 juin dernier avait été tout autant remarquée. Non seulement, pour la première fois dans l’histoire des États-Unis, un président en exercice assistait à un match de finale NBA, mais là encore des huées et des sifflets ont retenti au moment où l’image de Donald Trump apparaissait sur un écran géant tandis qu’était entonné l’hymne américain.

Le Circus Maximus : un lieu propice à la mise en scène de l’empereur

Cette attention portée à la présence, comme à l’absence, de même qu’aux réactions de dirigeants politiques lors de grandes rencontres sportives, sans oublier l’accueil que leur réservent les autres spectateurs, n’est pas un phénomène propre au XXIe siècle, comme nous le rappellent notamment plusieurs textes datant de l’Empire romain et parvenus jusqu’à nous.

En effet, ce sujet est régulièrement abordé par des auteurs grecs et latins tout au long de l’époque impériale, notamment en ce qui concerne les spectacles du Circus Maximus à Rome. Ce vaste édifice était situé au centre de la capitale de l’Empire, entre la colline de l’Aventin et celle du Palatin, où résidait généralement l’empereur lorsqu’il était à Rome. Ses premiers aménagements dateraient du VIe siècle av. J.-C.

Plusieurs fois endommagé par des incendies, le Circus Maximus n’a eu de cesse d’être transformé et agrandi jusqu’à la fin de l’Empire romain. Il aurait pu contenir jusqu’à 250 000 personnes — encore que ce chiffre reste discuté — à partir du début du IIe siècle apr. J.-C. (soit trois fois le nombre de places du MetLife Stadium). Il était non seulement le plus grand cirque, mais aussi le plus vaste édifice de spectacle de l’Empire romain, toutes catégories confondues. Il accueillait les jeux du cirque (courses de chars et autres compétitions hippiques principalement), mais aussi des chasses, pendant des journées entières, voire plusieurs jours à maintes reprises dans l’année, notamment à l’occasion des jeux annuels organisés par des magistrats en l’honneur d’une divinité.

Maquette du Circus Maximus par Paul Bigot (1870-1942). Charlie Morineau, Université de Caen

D’autres festivités pouvaient aussi être données au cirque, en particulier pour célébrer l’anniversaire de l’empereur, commémorer une victoire militaire ou honorer la mémoire d’un membre défunt et divinisé de la famille impériale.

Rappelons, si besoin est, que les combats de gladiateurs ne faisaient pas partie du programme des jeux du cirque. Ces affrontements à Rome ont eu lieu à l’origine sur les forums, puis, à partir de la fin du Ier siècle av. J.-C., dans des amphithéâtres. Le fameux Colisée, appelé amphithéâtre Flavien dans l’Antiquité, n’a été inauguré qu’en 80 apr. J.-C. Les amphithéâtres, par leur forme circulaire et leur taille plus réduite, étaient beaucoup mieux adaptés à l’organisation des combats de gladiateurs. Ce type d’édifice ne doit en aucun cas être confondu avec les cirques, des monuments généralement beaucoup plus grands, dont la piste très allongée était conçue pour accueillir les courses hippiques, en particulier de chars.

Un empereur observé et parfois aussi critiqué

Au regard de la documentation dont nous disposons, la conduite de l’empereur au cirque n’était régie par aucun texte normatif. Pour autant, certains comportements ont suscité la réprobation des auteurs anciens et/ou du peuple romain selon les témoignages parvenus jusqu’à nous. Ainsi, Auguste (empereur de 27 av. J.-C. jusqu’à sa mort en 14 apr. J.-C.) aurait eu pour habitude d’assister aux jeux du cirque avec attention, du moins en apparence, car il se souvenait que le peuple avait reproché à son père adoptif Jules César de passer son temps à lire et à répondre à des lettres ou à des pétitions plutôt qu’à observer la compétition.

Marc Aurèle (empereur de 161 à 180 apr. J.-C.) aurait eu la même fâcheuse habitude, ce qui suscita, là encore, des sarcasmes populaires. Auguste avait bien compris qu’il ne suffisait pas d’être présent, il fallait aussi partager l’intérêt de la foule pour les courses. Aussi, lorsqu’il lui arrivait de devoir s’absenter, il présentait ses excuses au public et prenait soin de recommander ceux qui devaient présider les jeux à sa place.

D’autres empereurs sont allés encore plus loin. Poussés par une passion sincère (ou feinte ?) pour les jeux du cirque, ils montrèrent ostensiblement leur soutien pour l’une des quatre factions — ou écuries — rivales qui s’affrontaient lors des courses et qui se distinguaient chacune par une couleur : la blanche, la verte, la rouge et la bleue. Ainsi, Caligula (37-41) ou Lucius Verus (161-169) ont soutenu la faction des Verts, tandis que Vitellius (éphémère empereur de Rome d’avril à décembre 69) supporta celle des Bleus.

Mais prendre part aux rivalités entre les factions du cirque et leurs partisans n’apportait pas que de la popularité à l’empereur. Lucius Verus fut un jour insulté au cirque par des supporters de la faction bleue. Cela pouvait aussi être dangereux pour le reste de l’assistance. Vitellius aurait fait exécuter des membres de la plèbe parce qu’ils auraient dénigré à haute voix, depuis les gradins, la faction bleue qu’il soutenait. De même, Caracalla (211-217), partisan de la faction bleue, aurait ordonné à ses soldats de massacrer à l’aveugle les spectateurs dans le cirque sous prétexte que certains d’entre eux venaient de tourner en dérision son cocher favori.

Mais le comportement qui semble avoir été le plus critiqué fut celui de Néron (54-68) qui serait, au regard de nos sources, le seul empereur de Rome à avoir osé conduire un char publiquement sur la piste du Circus Maximus

En 1876, Jean-Léon Gérôme peint « Course de chars », dont l’action se déroule au Circus Maximus. Art Institute of Chicago

Une telle attitude est unanimement critiquée par les auteurs des textes antiques dont nous disposons, en particulier par Tacite. Bon nombre d’entre eux considéraient en effet que la passion de leurs contemporains pour les courses de chars était surtout le propre de la plèbe et des esclaves. Se passionner pour ces compétitions revenait donc à partager les goûts des plus basses couches sociales de Rome. De plus, les cochers étaient majoritairement des esclaves ou des affranchis, du moins pour ceux dont nous connaissons la condition sociale. Par conséquent, se donner en spectacle en tant que cocher dans le cirque était contraire à la dignité d’un empereur romain.

Le cirque, une tribune pour le peuple

Mais le Circus Maximus, comme les autres édifices de spectacle à Rome, était aussi un lieu où les Romains exprimaient parfois leurs opinions à l’égard du prince — qu’il soit présent ou pas d’ailleurs — ou à l’égard de membres de son entourage ou de leur politique.

Bien avant Donald Trump, plusieurs empereurs, mais aussi des magistrats, ont été sifflés ou hués dans des édifices de spectacle à Rome, dont le Circus Maximus. Plusieurs témoignages textuels évoquent en effet des interventions inopinées de manifestants en ce lieu qui utilisaient différents modes d’expression : applaudissements inattendus, silence imprévu, acclamation adressée en apparence à l’un des cochers mais qui, par son sens équivoque, semble comporter aussi un message subliminal pour l’empereur.

Plus rarement, des huées ou des injures se sont fait entendre. Parfois, des spectateurs ont demandé à l’empereur d’affranchir un cocher de condition servile qu’ils avaient trouvé particulièrement talentueux. L’empereur se devait au moins de répondre dans ce cas, positivement ou négativement, à la demande de la foule.

Quant aux railleries qui pouvaient parfois être entendues, si certains empereurs ont réagi violemment, il apparaît que l’indulgence était plutôt de mise, car cela permettait aussi à l’empereur de prendre le pouls de l’opinion publique à Rome et de jauger son degré de popularité. D’ailleurs, au IVe siècle apr. J.-C., si ce n’était déjà le cas auparavant, chaque acclamation entonnée au cirque à Rome était soigneusement consignée par écrit, alors que les empereurs étaient de plus en plus fréquemment et longuement absents de la capitale.

Le modèle du prince à l’épreuve du cirque

Il apparaît, in fine, que le comportement d’Auguste au cirque a constitué un modèle du genre durant plusieurs décennies, voire plusieurs siècles : être présent, manifester de l’intérêt, répondre aux demandes de l’assistance. Cette manière d’être, empreinte de modération et de bienveillance, semble être restée un idéal qui a perduré jusqu’à la chute de l’Empire romain d’Occident et même tant que des courses ont eu lieu dans le Circus Maximus, jusqu’au milieu du VIe siècle apr. J.-C.

Ainsi, le roi Théodoric (493-526) évoque dans une de ses lettres l’habitude séculaire qu’aurait eue la foule au cirque de s’exprimer librement : « Mais au spectacle, qui chercherait la dignité des mœurs ? […] Quoi que dise là le peuple en fête, on ne peut le considérer comme un outrage. C’est un lieu où les excès sont tolérés : si leur caquet est supporté patiemment par les princes, il est prouvé que cela contribue à la gloire de ces derniers. » L’avenir nous dira s’il en est de même de nos jours pour les dirigeants politiques…

The Conversation

Sylvain Forichon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

28.07.2026 à 16:16

Comment X est devenu l’un des théâtres de la guerre en Ukraine

Léo-Paul Barthélémy, Doctorant en sciences de l'information et de la communication, Université de Lorraine
Yuliya Matvyeyeva, Doctorante en Sciences de l’information et de la communication à l’Université Gustave Eiffel, Université Gustave Eiffel
Depuis le début de la guerre en Ukraine, X est devenu un champ de bataille informationnel où diplomatie, OSINT, propagande et journalisme se croisent en temps réel.
Texte intégral (3464 mots)

Dans le cadre de la guerre à haute intensité en Ukraine, le rôle du réseau X (anciennement Twitter) a évolué : il est devenu un terrain privilégié à la fois pour les analystes, les journalistes et les chercheurs, ainsi qu’un espace d’expression pour les diplomates et les responsables politiques.


Dès les premières heures du 24 février 2022, alors que Vladimir Poutine venait d’annoncer, dans un discours prononcé à l’aube, le lancement de ce qu’il qualifie d’« opération militaire spéciale », des milliers de publications pullulaient déjà sur Twitter. Réactions diplomatiques, images prises sur le terrain — souvent filmées par des habitants ou enregistrées par des caméras de surveillance —, témoignages, premières enquêtes en sources ouvertes dites d’Open Source Intelligence (OSINT), analyses et campagnes informationnelles s’y entremêlaient en temps réel.

Twitter s’est imposé comme une source et un agrégateur d’informations, un espace de confrontation des récits, un laboratoire d’enquêtes ainsi qu’un outil de diplomatie numérique et une salle de rédaction internationale. Les journalistes n’étaient plus les seuls à informer : gouvernements, ONG, témoins, civils, militaires, analystes ou encore chercheurs y prélèvent et diffusent leurs informations.

Un terrain numérique riche en données

Rappelons que Twitter a été fondé en 2006 par Jack Dorsey, Evan Williams, Biz Stone et Noah Glass, avant d’être racheté par Elon Musk en octobre 2022 qui l’a renommée X en juillet 2023. Ce dernier a engagé des remaniements internes concernant aussi bien le fonctionnement du réseau social que l’organisation de ses équipes, suscitant des controverses, notamment autour de la modération des contenus. La littérature scientifique consacrée à la plate-forme est conséquente et les chercheurs en sciences humaines et sociales investissent ce réseau social pour y analyser différentes dynamiques.

Ce « terrain numérique » offre aux chercheurs et journalistes un moyen d’observer un conflit en temps réel et de décrypter des dynamiques politiques, sociales et informationnelles. Dès 2009, la notion de « Twitter Revolutions » apparaît dans l’analyse de la circulation des informations lors des contestations en Iran. Cette même formule a été reprise ultérieurement, lors du Printemps arabe, pour décrire les mobilisations collectives.

La révolution de Maïdan a aussi fait l’objet de plusieurs études sur Twitter, tant linguistiques que sociologiques. Ces travaux se sont multipliés dès 2014 avec l’annexion de la Crimée et les combats dans le Donbass. Ainsi, une étude publiée en 2015 a montré que le hashtag #SaveDonbassPeople, lancé par des militants pro-russes dans le cadre d’une campagne reposant notamment sur la mise en scène d’enfants et la création de faux profils, est ensuite devenu un instrument de confrontation informationnelle entre les deux camps. Plus récemment, en 2022, des chercheurs ont mis en évidence, à partir d’un corpus de tweets, une progression marquée de l’usage de la langue ukrainienne parmi les utilisateurs ukrainiens étudiés, parallèlement à un recul de l’usage du russe.

Diplomaties en miroir

L’allocution télévisée de Vladimir Poutine annonçant le lancement de l’« opération militaire spéciale » a été diffusée le jour même sur le compte officiel du ministère russe des Affaires étrangères, quelques heures après sa diffusion sur les chaînes de télévision russes.

Le ministre ukrainien des affaires étrangères de l’époque, Dmytro Kuleba, avait quant à lui écrit : « Poutine vient de lancer une invasion à grande échelle de l’Ukraine ». Le compte officiel du même ministère évoquait une « nouvelle vague d’agression contre l’Ukraine ». Peu après, Volodymyr Zelensky, qui soigne sa communication numérique, annonçait la rupture des relations diplomatiques avec la Russie.

Un compte gouvernemental, @Ukraine, avait demandé aux internautes : « Mentionnez @Russia et dites-leur ce que vous pensez d’eux », dans le but de sensibiliser à la situation en cours. En écho au concept de Netizen, désignant un citoyen actif sur Internet, l’expression « Netizen Battalion » a été employée par un chercheur pour qualifier l’audience internationale impliquée dans le suivi de cette guerre.

Les réactions des partenaires de l’Ukraine se sont succédé en cascade. Les publications de ces acteurs coexistent, se répondent et s’influencent mutuellement. Chaque publication apporte une bribe d’information : une heure, un message, une image, une vidéo, un hashtag, une réaction. Ensemble, ces fragments composent progressivement une archive numérique de la guerre.

Une bataille narrative dans le cyberespace

La guerre se joue aussi dans les fils d’actualité et de discussions (ou threads), où chaque publication peut être interprétée différemment. Le bombardement de la maternité de Marioupol, le 9 mars 2022, l’illustre : les photos d’Associated Press, montrant des femmes enceintes évacuées des décombres, ont circulé dans le monde entier et alimenté une bataille diplomatique sur Twitter, plusieurs diplomates russes dénonçant une mise en scène. Une image peut ainsi être à la fois un élément de preuve, l’objet d’une controverse et un instrument diplomatique, façonnant une « grammaire visuelle de la véridiction ».

La même mécanique s’est reproduite à Kramatorsk, le 8 avril 2022, qui a fait plusieurs dizaines de morts. Dmytro Kuleba affirmait que les Russes savaient la présence de civils dans la gare, qualifiant l’attaque de « massacre délibéré ».

Les autorités russes ont rejeté toute responsabilité, accusant l’Ukraine en retour.

Publication de l’ambassade de Russie au Royaume-Uni contestant les images du bombardement de la maternité de Marioupol (version archivée). The Guardian

Avant même que les enquêteurs puissent accéder au site, deux versions opposées circulaient déjà. Cette fois encore, les « OSINTers » ont confronté ces récits aux données disponibles. Bellingcat a relevé les incohérences des affirmations russes, tandis qu’une enquête de Human Rights Watch a conclu que l’attaque avait été menée par la Russie au moyen d’un missile Tochka-U, équipé d’une ogive à sous-munitions.

Dès 2022 et au-delà du théâtre ukrainien, l’opération d’influence russe Doppelgänger a diffusé sur X de faux contenus renvoyant vers des copies de médias européens, notamment Le Monde et Der Spiegel. L’objectif était d’installer durablement des récits destinés à fragiliser le soutien occidental à l’Ukraine tout en jouant avec le brouillard informationnel.

Une seconde opération, Matriochka, visait quant à elle à perturber le travail des vérificateurs de faits et des médias en les saturant de demandes, sur X ou par e-mail, pour enquêter sur de faux contenus. Le service français VIGINUM a documenté l’ampleur de ces « modes opératoires informationnels ».

Schéma du mode opératoire informationnel Overload, auquel est associé Matriochka. VIGINUM

La rapidité devient une arme à part entière. Une image peut devenir virale avant d’être vérifiée ; un récit peut s’imposer avant même que les faits ne soient établis.

Ces mêmes messages s’imprègnent des codes de la culture web. Par exemple, les mèmes ont pris une place de premier plan dans la communication de comptes gouvernementaux officiels.


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L’année 2022 a également coïncidé avec l’arrivée des outils d’intelligence artificielle générative. Par conséquent, de nombreux deepfakes ont proliféré, jouant très souvent sur les registres émotionnels pour susciter la compassion et l’empathie ou bien pour discréditer l’adversaire. De plus en plus sophistiqués à mesure que les outils s’améliorent, ils sont désormais au cœur des enjeux informationnels.

Des tweets aux enquêtes OSINT

Une question est alors centrale : comment distinguer une preuve d’une mise en scène, un fait d’une interprétation, une information d’une manipulation ? Pour répondre à ce défi, les enquêtes en sources ouvertes occupent une place décisive.

Bien que cette pratique ne soit pas nouvelle — de nombreuses voix font remonter l’OSINT à l’arrivée du BBC Monitoring Service en 1939, la veille de la Seconde Guerre mondiale —, il est courant d’associer son « essor » avec la guerre en Ukraine, notamment l’enquête de Bellingcat sur le crash du MH17 en 2014.

L’OSINT a également permis de documenter les exercices militaires russes menés aux frontières en 2021, puis l’invasion de 2022, grâce à l’exploitation de sources ouvertes par des analystes aux niveaux d’expertise variés. Leurs productions, associées à l’instantanéité des messages, ont fourni à la presse internationale des pistes d’analyse pour couvrir en continu le conflit, alors que la rapidité de l’invasion avait pris de court les rédactions.

Les informations, disséminées principalement dans le cyberespace mais pas seulement, s’appuient sur les témoignages oculaires, écrits ou filmés, ainsi que des données cartographiques ou encore satellites, sans nécessiter une présence sur place.

La veille de l’invasion, un embouteillage inhabituel est apparu près de la frontière russo-ukrainienne. Jeffrey Lewis, chercheur au Middlebury Institute, y a vu un possible signe du début de l’offensive russe, confirmé par des véhicules militaires repérés au même endroit. Google a ensuite désactivé l’affichage du trafic en Ukraine pour des raisons de sécurité.

Un hangar, un panneau, un parking ou même une ombre deviennent autant d’indices permettant de recouper les faits. Autre exemple, une vidéo montrant l’assaut contre l’aéroport de Hostomel a beaucoup circulé avant d’être géolocalisée grâce aux bâtiments visibles et aux images satellites.

Les organisations et groupes OSINT, souvent composés de bénévoles, comme Bellingcat, GeoConfirmed, InformNapalm, Molfar ou DeepStateUA, pour n’en citer que quelques-uns, publient leurs analyses sur X tout en se servant du même réseau pour nourrir leurs recherches.

Les méthodes d’analyse et de collecte des données sont par ailleurs régulièrement publiées dans une logique de rigueur et de transparence et les corrections discutées publiquement, à l’exemple du fil ci-dessous.

La plate-forme devient un espace où les informations sont confrontées et vérifiées. Le lecteur ne découvre plus seulement le résultat d’une enquête : il peut la suivre, voire y participer. Ces preuves peuvent, parfois, contribuer aux enquêtes judiciaires relatives aux crimes de guerre, dans une logique de « web of accountability ».

Une attention particulière doit aussi être portée aux diverses manipulations algorithmiques. Les comportements automatisés se matérialisent de différentes manières : de faux comptes (« fake followers ») créés en masse pour conférer une fausse légitimer à un compte fallacieux, d’autres créés expressément avec pour but de diffuser de faux narratifs, ou encore certains qui inondent de messages sur des hashtags précis (« spammers »). À ce titre, une étude portant sur la perception mondiale du début de la guerre a identifié une présence significative de tweets « pro-guerre » partagés par des comptes non associés à de véritables utilisateurs, dont plus de 10 000 bots.

Le rachat du réseau social par Elon Musk en 2022 a poussé certains utilisateurs vers d’autres plates-formes, comme Bluesky, sans empêcher la plupart des analystes de continuer à documenter la guerre malgré l’évolution des règles et des algorithmes. Par ailleurs, nombre de ces analystes publient simultanément sur d’autres médiums, notamment Telegram qui occupe une place importante en Ukraine.

Quand la diplomatie sort des chancelleries

Longtemps, la diplomatie s’exerçait largement à huis clos, à travers des notes verbales, des télégrammes et des négociations privées, tandis que sa dimension publique passait notamment par les conférences de presse.

Pour certains, à l’instar de l’ambassadeur de France en Ukraine en poste en 2022, le réseau était devenu un journal de bord suivi bien au-delà du seul cercle des diplomates. Il avait, entre autres, publié des consignes de sécurité destinées aux ressortissants français. Les comptes diplomatiques ne diffusent plus seulement des communiqués : ils réagissent en direct, interpellent d’autres acteurs internationaux, répondent aux accusations et influencent les débats.

Cette diplomatie publique peut également devenir conflictuelle. Elon Musk a tweeté en octobre 2022 une proposition de paix en suggérant notamment que la Crimée demeure sous giron russe. Andrij Melnyk, alors ambassadeur d’Ukraine en Allemagne, lui avait répondu publiquement : « Allez vous faire voir, telle est ma réponse très diplomatique. » Peu après cet échange houleux, SpaceX avait affirmé ne plus pouvoir financer Starlink, dont dépend en partie l’armée ukrainienne, avant un revirement ultérieur d’Elon Musk.

Ces séquences montrent l’imbrication de la diplomatie, du numérique et des entreprises privées dans les conflits. La communication diplomatique quitte en partie les canaux institutionnels pour devenir directe et personnalisée. L’ambassadeur n’est plus seulement le porte-parole de son État : il devient un acteur identifiable de l’espace numérique. Ses publications peuvent rassurer, signaler la continuité de son action, mobiliser des soutiens ou provoquer une controverse. La diplomatie reste dans les chancelleries, mais se joue aussi en public. Télégrammes et négociations confidentielles coexistent avec d’innombrables publications, devenues un relais de la diplomatie contemporaine.

De multiples acteurs mobilisent X pour toucher leurs audiences, mais aussi pour interagir directement avec des personnes qui seraient autrement difficilement accessibles, en court-circuitant les canaux traditionnels.

Les transformations liées à l’usage de la plate-forme, tant pour les « enquêteurs » que pour les « décideurs », s’expliquent à la fois par les possibilités offertes par X et par la manière dont les acteurs se l’approprient en situation de guerre. En ce sens, les publications qui y sont diffusées constituent une archive pour comprendre une guerre qui continue de s’écrire, année après année.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

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