19.10.2026 à 16:04
Pourra-t-on vraiment surveiller les impacts des néonicotinoïdes réautorisés par la loi d’urgence agricole ?
Texte intégral (2574 mots)
L’ESSENTIEL
La loi d’urgence agricole, promulguée le 18 août 2026, réautorise certains néonicotinoïdes de façon dérogatoire.
Le texte législatif prévoit également qu’un conseil de surveillance examine les conséquences environnementales de ces dérogations.
Mais nous ne sommes pas encore outillés pour pouvoir surveiller les impacts de ces pesticides sur les écosystèmes.
Comment mesurer les effets des néonicotinoïdes réautorisés de façon dérogatoire par l’article 6 de la loi d’urgence agricole ? Ce même article 6 prévoit qu’un conseil de surveillance sera chargé d’examiner les effets des dérogations, notamment à partir des données de la phytopharmacovigilance pilotée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).
Mais, dans les faits, cette surveillance pourra-t-elle mesurer efficacement les impacts de ces insecticides ? En l’état, cela risque d’être compliqué. Pour comprendre pourquoi, il faut regarder comment les risques liés aux pesticides sont encadrés et pris en compte en France.
Quand la substance était au cœur de la décision publique
Depuis la loi du 2 novembre 1943, l’autorisation des pesticides de synthèse repose sur un principe relativement simple : avant leur mise sur le marché, les produits font l’objet d’une évaluation dite a priori destinée à « vérifier leur efficacité et leur innocuité dans les conditions d’emploi prescrites ».
Aujourd’hui, c’est le règlement européen (CE) no 1107/2009 qui régit la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques avec une évaluation en deux étapes, d’abord de la substance active puis du produit commercial. L’Autorité européenne de sécurité sanitaire des aliments (EFSA) contrôle la conformité des essais réalisés par l’industriel producteur de la substance active ainsi que leurs résultats, puis effectue une évaluation des risques afin de recommander (ou non) l’agrément de la substance à la Commission européenne.
Ensuite, chaque pays membre décide de l’autorisation des produits commerciaux contenant cette substance et ses co‑formulants et précise les conditions d’utilisation afin d’assurer une protection adéquate des utilisateurs et de l’environnement. En France, c’est l’Anses qui est chargée de cette évaluation des produits.
Ainsi, pendant plus d’un demi-siècle, la substance chimique a constitué l’objet central de la régulation. Pour cela, la toxicologie et l’écotoxicologie ont progressivement élaboré un ensemble de méthodes standardisées pour définir les niveaux d’exposition, mesurer les dangers et évaluer le risque.
Les décisions d’autorisation ou d’interdiction reposaient principalement sur des connaissances produites avant la mise sur le marché, avec l’idée qu’une expertise scientifique suffisamment robuste permettait de repérer et d’interdire les substances présentant un « effet nocif pour la santé humaine ou animale » ou un « effet inacceptable sur l’environnement ».
Des risques plus difficiles à prévoir
Mais depuis plusieurs décennies, cette évaluation du risque a priori se heurte à la complexité du réel. Les contaminants sont plus nombreux, leurs usages se diversifient et leurs effets peuvent être chroniques, diffus ou liés à des mélanges de substances.
Parallèlement, les politiques publiques doivent arbitrer entre plusieurs objectifs : protection de l’environnement, compétitivité des filières agricoles, souveraineté alimentaire, adaptation au changement climatique ou acceptabilité sociale. L’émergence de nouveaux ravageurs et de maladies des cultures ainsi que l’évolution des conditions de production agricole en lien avec le changement climatique renforcent ce besoin de réactivité.
Dans ce contexte, le principe consistant à faire reposer la décision publique sur l’idée que tous les effets d’une substance pourront être connus avant son utilisation atteint ses limites. Il paraît de plus en plus nécessaire de s’appuyer également sur les informations produites dans les conditions réelles d’utilisation des produits après leurs mises sur le marché.
Le cas des néonicotinoïdes
Peu d’exemples illustrent aussi clairement cet impératif que celui des insecticides néonicotinoïdes. Le premier pesticide de cette famille, l’imidaclopride, a été autorisé dans les années 1990 après une évaluation a priori qui prenait en compte les risques pour les abeilles.
Dans les mois qui ont suivi son autorisation, cependant, des apiculteurs ont observé des disparitions inhabituelles de butineuses à proximité des champs traités. Les mêmes constats furent également établis, plus tard, lors de l’autorisation du thiaméthoxame et de la clothianidine.
Il a ainsi fallu deux décennies d’expérimentations et de travaux scientifiques pour que les effets de ces substances sur les capacités d’orientation des abeilles et leur retour à la ruche soient progressivement documentés, conduisant, en 2013, à des restrictions d’usage de ces trois néonicotinoïdes sur les cultures attractives pour les abeilles, avant leur interdiction en 2018.
Cette articulation entre évaluation a priori et retour d’expérience du terrain fait aujourd’hui l’objet de réflexions importantes dans le domaine de l’évaluation des risques liés aux pesticides.
À lire aussi : Pesticides : mieux les évaluer pour mieux protéger notre santé et limiter la contamination de l’air, des eaux et des sols
Quand la surveillance en conditions réelles devient un outil de décision
Pour disposer d’informations plus continues sur l’état de santé des populations et des écosystèmes, les politiques environnementales accordent aujourd’hui une place croissante à la surveillance : le suivi des effets sur la santé humaine, sur la biodiversité, sur la qualité de l’eau, des sols et de l’air, ou encore la surveillance des contaminants émergents. La surveillance ne sert donc plus seulement à vérifier les conséquences d’une politique déjà décidée. Elle peut aussi contribuer à produire les connaissances nécessaires pour l’ajuster.
Appliquant cette logique, la loi d’urgence agricole a donc réintroduit l’acétamipride et la flupyradifurone en chargeant un conseil de surveillance d’examiner les effets des dérogations accordées. Ici les éventuels effets non intentionnels observés en conditions réelles ne sont donc plus seulement destinés à enrichir les connaissances scientifiques, ils sont appelés à contribuer directement au pilotage des dérogations et, le cas échéant, à les réévaluer.
Mais cette réévaluation des décisions au regard des observations réalisées en conditions réelles ne peut fonctionner que si les dispositifs de surveillance sont en mesure de produire des signaux suffisamment précoces, robustes et interprétables pour éclairer la décision publique. Or, détecter précocement un effet non intentionnel, distinguer un signal anormal d’une fluctuation naturelle, attribuer un impact à une substance particulière dans des environnements contaminés par des mélanges complexes de substances ou encore relier des observations locales à des phénomènes plus généraux constituent autant de défis scientifiques.
Le défi : construire la science de la surveillance
L’écotoxicologie doit ainsi étendre son champ d’action. Longtemps mobilisée pour caractériser les propriétés intrinsèques des substances et établir les relations entre exposition et effets, la discipline est appelée à développer les connaissances, les méthodes et les outils permettant de comprendre le fonctionnement des socio-écosystèmes soumis à des stress chimiques multiples. Les dispositifs de surveillance devront ainsi acquérir les capacités scientifiques et techniques nécessaires pour mesurer, en conditions réelles, les effets des pesticides.
Mais les dispositifs de surveillance ont-ils les capacités de réaliser cela ? Pas vraiment. Nous manquons aujourd’hui de protocoles harmonisés, de méthodes d’interprétation, de dispositifs d’observation pérennes et d’indicateurs permettant de produire des signaux robustes, interprétables et suffisamment précoces pour éclairer l’action publique.
L’évaluation des risques liés aux pesticides chez les abeilles montre particulièrement bien cette difficulté. Depuis près d’un demi-siècle, ces insectes occupent une place singulière étant donné leur image emblématique de la santé de l’environnement et les valeurs qu’elles portent via la pollinisation. Pour les protéger, la réglementation impose des tests de toxicité avant la mise sur le marché des pesticides et des restrictions de leurs usages une fois homologués.
Pourtant, depuis vingt-cinq ans, les atermoiements entre retraits et dérogations concernant les néonicotinoïdes illustrent les difficultés rencontrées par le législateur pour résoudre le dilemme entre sauvegarde des pollinisateurs et protection des cultures. Acquérir les moyens d’alerter sur l’éventuel impact des pesticides chez l’abeille, comme les médecins signalent les effets indésirables des médicaments, est un moyen manquant à l’arsenal.
En effet, force est de constater que si des centaines d’études scientifiques ont démontré la toxicité des insecticides néonicotinoïdes chez les abeilles, nos dispositifs actuels de surveillance sur le terrain peinent à détecter les effets comportementaux, chroniques ou physiologiques documentés dans des conditions contrôlées.
La difficulté tient notamment au fait qu’un problème de santé peut être facilement attribué à une substance dans un cadre expérimental où la substance, la dose et la durée d’exposition ainsi que les conditions (température, nourriture, agent pathogène, etc.) sont rigoureusement contrôlées, mais beaucoup plus difficilement sur les ruchers où les abeilles sont exposées à des mélanges de substances à des concentrations très variables tout en subissant l’effet d’autres facteurs environnementaux qui influencent aussi leur santé (maladies, alimentation, conditions météorologiques, paysage).
L’altération de l’immunité des abeilles fournit un exemple de cette difficulté à établir un lien de causalité sur le terrain. En conditions expérimentales, l’altération de l’immunité par un pesticide peut être mise en évidence grâce à des technologies de pointe, en comparant l’expression de gènes impliqués dans la réponse immunitaire chez des abeilles exposées et des abeilles témoins.
En conditions de terrain, une telle perturbation est beaucoup plus difficile à détecter : elle peut rester silencieuse ou favoriser secondairement le développement d’une maladie virale, par exemple. Une infection peut ainsi être identifiée comme la cause de l’affaiblissement d’une colonie, alors que l’exposition à un pesticide a pu initialement fragiliser les défenses immunitaires des abeilles, favorisant le développement de l’infection. Le symptôme observé peut ainsi masquer le facteur déclenchant.
En outre, l’absence, chez l’abeille, de paramètres physiologiques de référence permettant d’établir un diagnostic comparable à celui pratiqué en santé humaine ou animale, où les analyses sanguines peuvent révéler des perturbations invisibles à l’observation, complique d’autant plus la tâche.
Là où le médecin peut s’appuyer sur des constantes et des valeurs biologiques de référence, la surveillance des colonies repose encore largement sur des signes généraux et peu spécifiques, comme la mortalité ou l’affaiblissement. Identifier sur le terrain les effets nocifs documentés expérimentalement nécessite donc de développer de nouveaux indicateurs et des outils permettant de mesurer plus finement le comportement et la physiologie des abeilles sur les ruchers. Ces mesures font appel à des méthodologies et des équipements (compteur d’abeilles, puces RFID…) qui dépassent largement les pratiques courantes de la surveillance des colonies d’abeilles et restent techniquement et économiquement difficiles à déployer dans le cadre d’une surveillance à grande échelle.
Seul le développement d’une véritable science de la surveillance permettra, à terme, que les décisions relatives aux autorisations dérogatoires puissent s’appuyer sur des dispositifs capables d’éclairer efficacement l’action publique.
Le défi des prochaines années ne sera probablement pas de choisir entre évaluation des risques et surveillance, mais de construire les connaissances, les méthodes et les dispositifs permettant d’articuler ces deux approches. La capacité de la science à accompagner l’évolution des politiques environnementales dépendra de cette articulation, mais aussi de la reconnaissance des investissements qu’elle impose.
Maryline Pioz a une activité d'expertise à l'Anses.
Axel Decourtye a reçu des financements de l'Union Européenne, du Ministère en charge de l'agriculture et du Compte d'Affectation Spécial pour le Développement Agricole et Rural. Axel Decourtye a été expert à l'ANSES.
Cyril Vidau a reçu des financements de diverses associations/fondations (Fondation Lune de Miel, Fondation de France) et structures publiques (ANSES, Office Français de la Biodiversité, CASDAR,...). Il a eu une activité d’expertise à l’Anses
17.10.2026 à 10:09
Dans nos déchets organiques, du plastique qui limite l’efficacité de la collecte
Texte intégral (1724 mots)
L’ESSENTIEL
La collecte de nos déchets organiques (biodéchets), généralisée en France depuis 2024, est une avancée louable.
Dans la pratique, son efficacité est limitée par des confusions dans le tri : la présence de certains plastiques considérés à tort comme étant compatibles avec la méthanisation freine les processus de valorisation.
Des recherches se penchent sur la conception de matériaux compatibles à la fois avec les imperfections de la collecte et les procédés de traitement.
Épluchures, marc de café, pain rassis, restes de repas, herbe de tonte, branches mortes, tailles de jardin… nos poubelles regorgent de matières organiques que l’on regroupe aujourd’hui sous le terme de biodéchets. Depuis 2024, la France a généralisé leur tri à la source pour les détourner de l’incinération et les valoriser, en les transformant en ressources utiles.
Sur les centaines de millions de tonnes de déchets que la France produit chaque année, tous flux confondus, les biodéchets représentent en effet près d’un tiers, soit plusieurs millions de tonnes. Une grande partie de ces biodéchets étant constituée d’eau et de carbone, les brûler présente en effet un intérêt limité.
Les collecter séparément est, en revanche, une manière rationnelle de les valoriser. Selon les territoires, plusieurs solutions coexistent : compostage de proximité, collecte en porte-à-porte ou apport volontaire dans des bornes dédiées… L’objectif est toujours le même : transformer nos restes de cuisine et déchets verts en compost utile aux sols ou en énergie renouvelable grâce à la méthanisation.
Cette évolution constitue une bonne nouvelle pour le climat et l’économie circulaire, mais sa mise en œuvre pratique reste parfois laborieuse. Parmi les difficultés rencontrées figure la présence persistante de déchets plastiques dans les bacs à biodéchets.
À lire aussi : L’obligation de tri des biodéchets va-t-elle enfin faire décoller la méthanisation en France ?
Du plastique dans les biodéchets
Certaines erreurs de tri sont faciles à comprendre : emballages oubliés, couverts jetables ou films alimentaires.
D’autres sont plus subtiles : une simple étiquette collée sur une peau de banane ou un sachet présenté comme « biodégradable » peuvent sembler compatibles avec la filière, alors qu’ils ne le sont pas nécessairement.
Une partie du problème provient d’une confusion fréquente autour du terme « bioplastique », qui mélange les plastiques biosourcés et biodégradables, alors qu’ils désignent des réalités très différentes. Ce qui alimente une confusion chez le citoyen entre ce qui est biosourcé, biodégradable et compostable. Or, tous ces mots ne sont pas équivalents.
Un plastique est dit « biosourcé » lorsqu’il est fabriqué à partir de ressources d’origine biologique, telles que l’amidon, les sucres ou encore les huiles végétales. Cela ne dit rien de sa capacité à se dégrader après usage.
Un matériau est qualifié de « biodégradable » lorsqu’il peut être décomposé par l’action des microorganismes. Mais cette propriété dépend fortement des conditions du milieu : température, humidité, présence d’oxygène, activité microbienne et temps disponible.
Enfin, un matériau compostable est conçu pour se dégrader dans des conditions précises de compostage. Dans de nombreux cas, cette compostabilité n’est garantie que dans des installations industrielles, où la température, l’humidité et l’aération sont soigneusement contrôlées.
À lire aussi : Conserver les aliments périssables sans emballages plastiques : où en est-on ?
Ce qui est compostable n’est pas forcément méthanisable
Cette confusion conduit parfois à des contresens lors du tri : un citoyen peut déposer en toute bonne foi un sac ou un emballage qu’il suppose compostable dans son bac à biodéchets. Or, les biodéchets ne partent pas forcément au compost industriel : ils peuvent aussi être destinés à la méthanisation, ce procédé biologique de valorisation énergétique qui traite différentes matières organiques – effluents d’élevage, résidus agricoles, déchets alimentaires ou encore biodéchets collectés séparément.
Et contrairement aux idées reçues, tout matériau compostable n’est pas nécessairement méthanisable. Et pour la méthanisation, la présence de plastiques est problématique.
En effet, à la différence du compostage, qui est un procédé aérobie (c’est-à-dire réalisé en présence d’oxygène), la méthanisation est au contraire un procédé anaérobie, qui fonctionne en absence d’oxygène. Des communautés microbiennes dégradent la matière organique et produisent un biogaz riche en méthane, qui peut être utilisé pour produire de l’électricité et de la chaleur ou bien être épuré afin d’être injecté dans le réseau sous forme de biométhane.
La méthanisation produit également un résidu appelé « digestat », qui contient encore de la matière organique et des éléments nutritifs valorisables en agriculture. Selon la nature des déchets traités, une étape d’hygiénisation peut être nécessaire afin de garantir la sécurité sanitaire du produit final.
L’ensemble constitue une chaîne technique dont chaque étape dépend de la qualité de la précédente. Lorsque les intrants sont propres, la préparation est plus simple, la digestion plus efficace et les produits obtenus, biogaz et digestats, de meilleure qualité.
À lire aussi : Pourquoi mettre des matières plastiques dans son composteur est une mauvaise idée
L’efficacité de la filière mise à mal
Entre les deux procédés (méthanisation et compost), les communautés microbiennes, les conditions physico-chimiques et les temps de séjour diffèrent fortement. Par conséquent, un emballage capable de se dégrader dans une plateforme de compostage industriel peut se révéler peu ou pas dégradable dans un méthaniseur. Il peut rester longtemps intact, perturber les équipements ou générer des fragments susceptibles de contaminer les produits finaux.
Dans ce contexte, la qualité du gisement collecté est essentielle. Lorsqu’une collectivité autorise un certain type de sac plastique, cette décision dépend généralement de l’organisation locale de la collecte et du traitement : compostage, méthanisation, déconditionnement éventuel…
Dans certaines installations, des équipements de déconditionnement permettent en effet de séparer les emballages de la fraction organique afin d’extraire la matière valorisable. Mais ces systèmes ne sont jamais parfaits : une partie des fragments plastiques peut persister et poursuivre son chemin dans la chaîne de traitement.
En dehors de ce cadre précis, l’introduction de « bioplastiques » ne garantit en rien une meilleure performance environnementale que la présence de plastiques classiques. En théorie, il faudrait donc complètement séparer la filière méthanisation de la filière compost, mais c’est difficile à mettre en place.
Ces fragments de plastique se retrouvant dans les biodéchets entraînent plusieurs conséquences.
En amont, ils réduisent la quantité de matière réellement disponible (une partie étant contaminée par la présence de plastique) pour produire du biogaz et augmentent les besoins de maintenance du méthaniseur et les coûts de préparation.
En aval, ils peuvent dégrader la qualité des digestats, voire compromettre leur acceptabilité pour un retour au sol.
Autrement dit, chaque élément indésirable diminue l’efficacité globale de la filière.
Vers des matériaux compatibles ?
Cette situation soulève une question fondamentale : puisque la sensibilisation ne suffira pas à éradiquer toute confusion, que certains étiquetages alimentent d’ailleurs, comment concevoir des matériaux qui puissent être utilisés pour la collecte des biodéchets, tout en étant compatibles avec les procédés de traitement ?
Pour y répondre, la recherche travaille aujourd’hui à comprendre quels paramètres chimiques et physiques contrôlent la biodégradation des polymères dans les méthaniseurs. L’objectif n’est plus de produire des matériaux biodégradables dans l’absolu, mais de développer des matériaux pensés pour un procédé donné.
Comment mesurer cette compatibilité ? Quels critères permettent d’évaluer la dégradation d’un polymère dans un méthaniseur ? Comment concevoir des plastiques adaptés aux contraintes de la filière ? Telles sont les questions auxquelles la recherche va répondre. Ces travaux ouvrent la voie à une nouvelle génération de matériaux pensés non plus seulement pour l’usage, mais aussi pour leur fin de vie.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
15.10.2026 à 16:46
Rhinocéros de Sumatra et de Java, une course contre la montre pour éviter leur extinction
Texte intégral (2033 mots)

L’ESSENTIEL
Il ne reste que quelques dizaines de rhinocéros de Sumatra en vie et environ 50 rhinocéros de Java, tous en Indonésie.
Le braconnage et la fragmentation des populations menacent leur survie.
Les naissances obtenues en sanctuaire redonnent espoir, mais la sauvegarde de ces espèces reste fragile.
Petit, poilu et doté d’un charme irrésistiblement espiègle.
Voilà les mots qui me sont venus à l’esprit lorsque j’ai rencontré pour la première fois un rhinocéros de Sumatra (Dicerorhinus sumatrensis), après avoir parcouru un dédale de passerelles en bois dans un centre de conservation niché au cœur des forêts denses et humides de la partie malaisienne de Bornéo.
C’était en 1998 et j’étais alors un étudiant enthousiaste, bénévole dans ce centre. À l’époque, on estimait qu’il restait 300 rhinocéros de Sumatra dans le monde.
Je voyais dans cette femelle rhinocéros un symbole d’espoir pour la conservation de l’espèce. Mais aujourd’hui, selon le rapport 2026 sur l’état des rhinocéros dans le monde, publié par l’International Rhino Foundation, il reste moins de 50 rhinocéros de Sumatra, tous présents en Indonésie. Le rhinocéros de Java (Rhinoceros sondaicus) est tout aussi rare.
Même si ces chiffres reposent sur des estimations, la tendance est alarmante.
Des mammifères majestueux
Dans la culture contemporaine, les rhinocéros symbolisent la force, la puissance et la sécurité. Ils servent de mascottes à des équipes sportives et leur image se retrouve partout, des logos automobiles aux marques d’équipements de sécurité.
Leur omniprésence dans la culture populaire peut nous conduire à sous-estimer la gravité de leur situation. Les espèces utilisées comme emblèmes publicitaires sont souvent perçues comme plus répandues qu’elles ne le sont réellement.
Il existe aujourd’hui cinq espèces de rhinocéros. J’ai eu le privilège d’en côtoyer quatre au cours de ma carrière de vétérinaire spécialiste de la faune sauvage, dans des zoos, des sanctuaires et en milieu naturel.
L’Afrique abrite les rhinocéros blancs et noirs, dont les populations ont considérablement fluctué au fil de l’histoire. Le rhinocéros indien, qui ne possède qu’une seule corne et affectionne les milieux aquatiques, vit en Inde et au Népal. Après avoir frôlé l’extinction au début du XXe siècle, ses effectifs se reconstituent progressivement. Ces trois espèces sont présentes dans les zoos et bénéficient généralement de la plus grande attention du public.
Comparés à leurs cousins africains et indiens, les rhinocéros de Sumatra et de Java passent généralement inaperçus. Pourtant, leur classement parmi les espèces en danger critique d’extinction témoigne de l’urgence d’agir pour les protéger.
Les rhinocéros les plus rares au monde
Selon le dernier rapport sur l’état des rhinocéros dans le monde, l’avenir du discret rhinocéros de Java et du petit rhinocéros de Sumatra, reconnaissable à sa pilosité, est aujourd’hui particulièrement incertain. Leur répartition géographique explique en grande partie cette situation.
Il ne reste qu’une cinquantaine de rhinocéros de Java. Tous vivent dans une seule aire protégée, le parc national d’Ujung Kulon, sur l’île de Java. Situé à proximité de plusieurs plaques tectoniques qui convergent, ce parc est exposé aux tremblements de terre et aux tsunamis. Une seule catastrophe naturelle pourrait suffire à anéantir toute la population de rhinocéros de Java.
À l’inverse, les quelques dizaines de rhinocéros de Sumatra encore en vie sont dispersés en de nombreuses sous-populations réparties sur deux îles. Les chances qu’un individu sauvage rencontre un congénère sont donc infimes, voire nulles. Sans possibilité de trouver un partenaire avec lequel se reproduire, ces animaux isolés sont condamnés à être les derniers représentants de leur lignée génétique.
À la recherche d’un refuge
Pour protéger cette population fragmentée, l’International Rhino Foundation a créé en 1996 le sanctuaire des rhinocéros de Sumatra. Il se trouve dans le parc national de Way Kambas, sur l’île de Sumatra.
Le sanctuaire accueille actuellement dix rhinocéros de Sumatra vivant en semi-captivité et faisant l’objet d’un suivi particulièrement étroit. Ces animaux évoluent dans de vastes espaces naturels de forêt tropicale. Ils bénéficient d’une alimentation adaptée, d’une protection contre les menaces extérieures et de soins vétérinaires réguliers.
Augmenter les effectifs de rhinocéros grâce à la reproduction naturelle ou assistée demande de la patience. Après une gestation d’environ 16 mois, les femelles donnent naissance à un seul petit. Plusieurs années peuvent s’écouler avant qu’elles ne se reproduisent à nouveau. L’infertilité est également un problème connu chez certains rhinocéros.
Le sanctuaire a néanmoins enregistré quelques succès, obtenus de haute lutte. Entre 2012 et 2023, cinq rhinocéros de Sumatra y sont nés, notamment grâce à une gestion et à un suivi rigoureux de la reproduction. Et, nouvelle encourageante, les autorités viennent d’annoncer deux nouvelles gestations.
Des images prises par des pièges photographiques ont également confirmé la naissance de cinq petits rhinocéros de Java au maximum dans le parc d’Ujung Kulon ces dernières années. Ces naissances précieuses contribuent, à leur échelle, au rétablissement des populations de ces deux espèces.
Les ravages du braconnage
Le braconnage reste une menace permanente pour toutes les espèces de rhinocéros. Fait inquiétant, la demande mondiale de cornes de rhinocéros augmente, notamment en Chine et au Vietnam. Outre son utilisation ancienne dans la médecine traditionnelle, la corne de rhinocéros est désormais un symbole de richesse et de statut social, particulièrement dans les milieux d’affaires. Entre 2019 et 2023, les braconniers auraient tué jusqu’à 26 rhinocéros de Java.
Parmi les stratégies de lutte contre le braconnage figurent les campagnes visant à faire évoluer les comportements, notamment en rendant l’achat et l’utilisation de cornes de rhinocéros socialement et culturellement inacceptables. Les gouvernements peuvent également s’appuyer sur des opérations policières fondées sur le renseignement et sur le démantèlement des grands réseaux criminels pour combattre le braconnage. Mais si les condamnations et les peines prononcées contre les braconniers se multiplient, notamment en Indonésie, cela ne suffit pas à assurer la survie des rhinocéros dans le monde.
Des mesures préventives, comme la protection et la restauration des habitats adaptés à chaque espèce, sont indispensables au rétablissement des populations de rhinocéros. C’est d’autant plus important que les activités humaines empiètent toujours davantage sur les espaces naturels.
Quelles perspectives pour l’avenir ?
La translocation, qui consiste à capturer des animaux pour les relâcher dans un nouvel environnement, est l’une des solutions envisageables pour protéger les rhinocéros. Une étude récente s’est penchée sur la possibilité de recourir à cette stratégie pour réintroduire les rhinocéros de Sumatra et de Java dans les régions d’Asie du Sud-Est où ils vivaient autrefois. Les responsables de la conservation peuvent tirer les leçons des précédentes opérations de translocation de rhinocéros africains, qui montrent que le choix d’un habitat adapté, la protection contre le braconnage et une planification rigoureuse sont essentiels à la réussite de ces initiatives.
Plus largement, la protection des rhinocéros nécessite de mobiliser un grand nombre de personnes. Les communautés locales doivent tirer des bénéfices concrets de leur cohabitation avec ces animaux, par exemple grâce à la création d’emplois et au partage des revenus de l’écotourisme. Même à distance, chacun peut contribuer à leur sauvegarde en soutenant les organisations de conservation et en évitant d’acheter des produits qui participent à la déforestation tropicale.
Des financements pérennes et un engagement politique fort sont indispensables pour protéger les derniers rhinocéros d’Indonésie. Mon souhait est que les jeunes générations, notamment mes futurs étudiants, aient à leur tour le privilège de rencontrer ces petits rhinocéros poilus.
Michelle Campbell-Ward ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.