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11.07.2026 à 11:04

Interdiction des PFAS en France et en Europe : ce qui change en 2026

Stéphane Jomini, Chercheur et expert des évaluations REACH, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)
La France a interdit, début 2026, une liste de produits contenant des PFAS, anticipant une probable évolution de la réglementation européenne, qui n’est pas encore jouée.
Texte intégral (1908 mots)

Début 2026, la France a interdit certains produits à l’origine de pollution aux perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées, ou PFAS. Cette évolution de la législation anticipe la réglementation européenne qui pourrait changer fin 2026, à la suite d’un projet de restriction déposé par plusieurs États européens et soutenu par la France. Deux comités consultatifs de l’Agence européenne des produits chimiques ont déjà livré des avis favorables au projet. Mais la transcription finale dans le droit européen devrait se jouer courant 2027.


Les substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS) sont un groupe de plusieurs milliers de substances chimiques (polymériques ou non) et d’origine synthétique ou liée à la dégradation d’autres PFAS. On les utilise dans de nombreuses applications du quotidien. On en retrouve dans les textiles, les emballages (alimentaires), les lubrifiants, les réfrigérants, l’électronique, la construction et bien d’autres encore.

Les propriétés physico-chimiques de ces substances conduisent à leur très grande persistance dans l’environnement du fait de la stabilité de la liaison chimique carbone-fluor, qui confère aux PFAS une résistance à la dégradation thermique, chimique et biologique. Cette persistance est associée à d’autres propriétés de dangers tels qu’une grande mobilité, de la bioaccumulation, de la toxicité pour l’humain et pour l’environnement.

À la suite de la médiatisation des problématiques liées au PFAS, la France a introduit une réglementation prévoyant l’interdiction progressive de certains produits contenant des PFAS, certains étant déjà interdits depuis le 1er janvier 2026. Ces interdictions devraient ensuite être étendues en 2030. Ceci fait suite à l’anticipation de dispositions européennes qui devraient être actées dans le courant de l’année, dans le sillage d’un projet de restriction déposé par l’Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas, la Suède et la Norvège, et soutenu par la France.


À lire aussi : Les PFAS, « polluants éternels » : quels enjeux et nécessités réglementaires ?


Le comité d’évaluation des risques (CER) et le comité d’analyse socioéconomique (CASE) de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) ont déjà rendu, en mars 2026, des avis favorables à la restriction.

L’opinion finale, compilation de l’opinion du CER déjà finalisée et de celle du CASE à la suite de la consultation publique sur celle-ci (obligation réglementaire dans le processus de restriction, 3 511 commentaires reçus, de 3 200 organisations et 250 individus, originaire de 44 pays), prélude à l’adoption finale du projet, devrait être déposée auprès des services de la Commission européenne en décembre 2026.

Mais la transcription de ce projet dans le droit européen n’est pas encore garantie à ce stade et tout va se jouer en 2027 au sortir des discussions qui vont avoir lieu entre les États membres et les services de la Commission européenne.

Les produits interdits, aujourd’hui   demain

La législation européenne encadre déjà certaines substances de la famille des PFAS avec le règlement REACH (enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des substances chimiques). Plusieurs composés sont déjà restreints ou interdits dans certains usages. C’est par exemple le cas de l’acide perfluorooctanoïque (PFOA), de l’acide perfluorooctanesulfonique (PFOS) et de l’acide perfluorohexane sulfonique (PFHxS).

Les produits de fartage utilisés pour les skis sont sources de contaminations aux PFAS. Rammy_Rammy/Shutterstock (no reuse)

Depuis le 1er janvier 2026, la fabrication, l’importation, l’exportation et la mise sur le marché de cosmétiques, produits de fartage (pour les skis), vêtements, chaussures et leurs imperméabilisants contenant des PFAS sont désormais interdits. Une exception est toutefois prévue pour les textiles d’habillement et chaussures de protection pour les professionnels, notamment ceux ayant des missions de défense nationale ou de sécurité civile, comme les militaires ou les pompiers, qui seront listés par décret.

Cette action s’inscrit dans le plan d’action interministériel sur les PFAS publié en avril 2024. Ce plan s’articule autour de cinq axes de travail qui impliquent différents ministères (santé, écologie, industrie, consommation, recherche, agriculture, intérieur, armées…), opérateurs de l’État (Ineris, BRGM, Ifremer…) et agences (Anses, Santé publique France, Ademe, OFB, agences de l’eau…).

Le projet de restriction en cours d’examen par l’Union européenne

Concrètement, le dossier de restriction déposé par plusieurs États européens auprès de l’ECHA présente deux scénarios de restriction, à savoir :

  • une interdiction totale des PFAS, assortie d’une période de transition de dix-huit mois ;

  • et une interdiction partielle, c’est-à-dire assortie de dérogations spécifiques (de cinq à douze ans) pour certaines utilisations, en plus d’une période de transition de dix-huit mois.

Dans son avis rendu en mars 2026, le comité d’évaluation des risques (CER) de l’ECHA estime les rejets dans l’environnement liés à l’ensemble des utilisations des PFAS à environ 70 000 tonnes par an. En fonction des secteurs d’utilisation, les émissions de PFAS peuvent survenir dans l’atmosphère, les systèmes aquatiques (eaux de surface ou souterraines, eau douce ou marine), les sols ou les sédiments. Ils surviennent lors de la fabrication de ces substances, de leur utilisation ou de leur élimination.

Les gaz fluorés constituent la principale source de ces émissions environnementales (environ 60 000 tonnes par an), suivis par l’utilisation de polymères fluorés notamment dans les textiles, les tissus d’ameublement, le cuir, les vêtements et les moquettes. Le CER a conclu que le premier scénario (l’interdiction totale des PFAS) constitue la mesure la plus efficace pour réduire au maximum ces rejets. Cela pourrait entraîner leur réduction de 96 % sur une période de trente ans (soit 3,3 millions de tonnes en moins).

Tout comme le CER, le comité d’analyse socioéconomique (CASE) de l’ECHA conclut qu’une restriction visant les PFAS constitue l’option de gestion des risques la plus appropriée. Comme dans l’avis du CER, il est préconisé une restriction de groupe (c’est-à-dire, de l’ensemble des substances couvertes par la définition des PFAS, explicitée dans le dossier) fondée sur la similitude structurelle et le danger des molécules. Ceci permettra à la fois d’éviter une substitution regrettable où des PFAS non réglementés remplaceraient ceux visés par cette restriction ou ceux déjà réglementés par ailleurs et de limiter l’exposition future à des PFAS qui ne sont pas actuellement utilisés.

Cependant, à l’inverse du CER, le CASE estime que le scénario d’un bannissement total des PFAS est disproportionné au vu de son impact sur la société, que ce soit en matière de coûts, de bénéfices et de services rendus. Le CASE préconise donc l’application du deuxième scénario, avec des dérogations ciblées et limitées dans le temps.

L’avis du CASE a été soumis à une consultation publique, qui devrait s’achever fin juin. À la suite de quoi, le CASE adoptera son avis final d’ici fin 2026, puis les avis du CER et du CASE seront officiellement transmis à la Commission européenne, qui aura un délai de trois mois pour se prononcer. La Commission européenne pourra alors proposer une restriction qui sera soumise à l’examen et au vote du comité REACH, composé des États membres de l’UE.

Réguler les usages actuels ne sera toutefois qu’une première étape : il faudra gérer ensuite les conséquences de l’utilisation qui a été faite des PFAS au cours des dernières décennies. La dépollution des stocks environnementaux, du fait de la très forte persistance de ces composés et de l’utilisation continue de ces substances, sera un réel défi pour le monde de la recherche et les autorités publiques. Ce sera pourtant nécessaire pour garantir un environnement sain pour l’ensemble des citoyens, comme acté au sein du Green Deal européen.


À lire aussi : Ces PFAS qui échappent à la surveillance environnementale


The Conversation

Stéphane Jomini a reçu des financements du Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche (Doctorat). Financement de projet Européen (Commission Européenne, projet RiskGone).

09.07.2026 à 17:26

Avec « The Mandalorian », comprendre les enjeux derrière les métaux rares

Olivier Pourret, Enseignant-chercheur en géochimie et responsable intégrité scientifique et science ouverte, UniLaSalle
Elodie Pourret-Saillet, Enseignante-chercheuse en géologie structurale, UniLaSalle
La fiction n’invente pas autant qu’elle révèle. En imaginant un métal rare dont le contrôle influence le destin d’une galaxie entière, « Star Wars » parle de notre avenir.
Texte intégral (2888 mots)
Un détour par la fiction pour mieux comprendre les enjeux stratégiques et environnementaux de l’exploitation des terres rares. Allociné

Armures étincelantes, forges ancestrales et batailles galactiques : dans l’univers de Star Wars, le « beskar » occupe une place à part. Ce métal légendaire, au cœur de l’identité mandalorienne, est réputé presque indestructible. Il résiste aux tirs de blaster et autres pistolasers, supporte des températures extrêmes et constitue un héritage transmis de génération en génération.


Avec la sortie en salle, le 20 mai dernier, de The Mandalorian and Grogu, premier film Star Wars à retrouver les écrans de cinéma depuis l’Ascension de Skywalker en 2019, le « beskar », matériau légendaire, revient au centre du récit. Présenté comme quasiment indestructible, capable de résister aux tirs de blaster et même aux sabres laser, le beskar appartient évidemment au domaine de la fiction.

Pourtant, derrière cette invention scénaristique se cache une réalité étonnamment familière : notre monde dépend lui aussi de matériaux rares, concentrés dans quelques régions du monde, convoités par les grandes puissances et devenus indispensables au fonctionnement des technologies modernes. La galaxie de Star Wars n’est peut-être pas aussi éloignée de nos préoccupations géologiques qu’elle en a l’air.

Un métal fictif qui ressemble à nos ressources stratégiques

Dans The Mandalorian, le beskar est bien davantage qu’un simple matériau. Il est rare, convoité, difficile à extraire et étroitement associé à une région unique de la galaxie : la planète Mandalore. Sa possession confère un avantage décisif, qu’il soit militaire, politique ou symbolique.

Cette situation n’est pas sans rappeler celle de certaines matières premières que géologues et économistes qualifient aujourd’hui de « critiques » ou de « stratégiques ». Ces ressources sont indispensables au fonctionnement de technologies essentielles, mais leur production demeure concentrée dans un nombre limité de pays, créant des dépendances parfois importantes.

Les terres rares en constituent sans doute l’exemple le plus connu. Derrière ce nom se cache un groupe de 17 éléments chimiques utilisés dans les aimants permanents des éoliennes, les moteurs de véhicules électriques, les smartphones ou encore certains équipements militaires. D’autres métaux, comme le cobalt, le gallium, le germanium ou l’indium, jouent également un rôle central dans les batteries, les semi-conducteurs ou les écrans tactiles.

Comme le beskar, ces ressources se distinguent moins par leur valeur marchande que par leur importance stratégique.

Production mondiale de cobalt. Olivier Pourret, données USGS, Fourni par l'auteur
Production mondiale de terres rares. Olivier Pourret, données USGS, Fourni par l'auteur

Leur répartition géographique est également très inégale. En 2025, la Chine assure près de 69 % de la production mondiale de terres rares et domine largement leur transformation industrielle. La République démocratique du Congo fournit quant à elle près des trois quarts du cobalt extrait dans le monde. Cette concentration crée une dépendance structurelle pour les grandes puissances industrielles, à l’image de celle que connaît la galaxie fictive de Star Wars vis-à-vis du beskar de Mandalore.

Quand la géologie rejoint la science-fiction

Les créateurs de Star Wars n’ont évidemment pas conçu le beskar comme un objet géologique. Pourtant, les propriétés qu’ils lui attribuent présentent une certaine cohérence avec ce que nous connaissons des matériaux les plus performants développés par l’industrie moderne.

Le beskar est présenté comme un alliage plutôt que comme un élément pur. Ce choix est particulièrement crédible. Dans le monde réel, les matériaux aux propriétés mécaniques exceptionnelles résultent presque toujours d’associations complexes entre plusieurs éléments chimiques.

L’acier inoxydable combine ainsi fer, chrome et nickel. Les alliages de titane utilisés dans l’aéronautique incorporent de l’aluminium et du vanadium. Les superalliages employés dans les turbines aéronautiques peuvent contenir une dizaine d’éléments différents afin de résister simultanément aux contraintes mécaniques, à l’oxydation et aux températures extrêmes.

La résistance thermique du beskar évoque également certains métaux réfractaires bien connus des géologues et des métallurgistes. Le tungstène, par exemple, possède la température de fusion la plus élevée parmi les métaux connus, atteignant 3 422 °C. Le rhénium, plus rare encore, est utilisé dans les composants soumis à des températures particulièrement élevées, notamment dans l’industrie aéronautique.

Barres, cristaux et tube de tungstène. Alchemist/Wikimedia, CC BY

Quant à sa capacité à absorber des impacts sans se rompre, elle rappelle les recherches menées depuis une vingtaine d’années sur les alliages à haute entropie. Ces matériaux de nouvelle génération associent plusieurs éléments en proportions voisines, produisant des combinaisons inédites de dureté, de résistance mécanique et de résistance à la corrosion.

Bien sûr, aucun de ces matériaux ne pourrait réellement arrêter un sabre laser. Mais la logique scientifique qui sous-tend le beskar apparaît moins fantaisiste qu’il n’y paraît au premier abord.

Des ressources au cœur des rapports de puissance

La comparaison devient encore plus frappante lorsqu’on s’intéresse à la géopolitique des ressources.

Dans l’univers du Mandalorian, le contrôle du beskar constitue un enjeu de pouvoir majeur. Les conflits qui entourent son extraction, sa circulation et sa réappropriation participent directement à l’équilibre politique de la galaxie. L’histoire récente fournit plusieurs exemples comparables.

En 2010, dans un contexte de tensions territoriales avec le Japon, la Chine a temporairement restreint ses exportations de terres rares. L’événement a provoqué une forte inquiétude parmi les industriels dépendants de ces matériaux et a accéléré les réflexions sur la diversification des approvisionnements.

Plus récemment, Pékin a instauré des restrictions à l’exportation concernant le gallium, le germanium, puis d’autres matériaux stratégiques utilisés dans les semi-conducteurs et les technologies de défense.

Ces épisodes rappellent que les matières premières critiques ne constituent pas seulement des ressources économiques. Elles représentent également des instruments d’influence et de souveraineté.

Face à ces enjeux, l’Union européenne a adopté en 2024 le Critical Raw Materials Act, destiné à renforcer la sécurité d’approvisionnement en matières premières critiques, à développer les capacités de recyclage et à diversifier les sources d’importation. Les États-Unis poursuivent des objectifs similaires à travers différents programmes de soutien à l’industrie minière et métallurgique.

Face à cette dépendance, deux grandes stratégies s’offrent aux pays importateurs : diversifier les sources d’extraction ou apprendre à récupérer ce que l’on a déjà consommé. C’est cette deuxième voie, celle du recyclage, que la série illustre, sans le savoir, avec une grande précision.

Le recyclage, ou l’art mandalorien appliqué à nos déchets

L’un des aspects les plus intéressants de la série réside peut-être dans la place accordée au recyclage du beskar. À plusieurs reprises, le personnage de l’armurière récupère d’anciens fragments de métal pour les fondre et leur donner une nouvelle forme. Dans la fiction, ce geste possède une dimension culturelle et spirituelle forte : il permet de préserver un héritage tout en l’adaptant aux besoins du présent.

Cette pratique fait écho à un défi bien réel. Aujourd’hui, moins de 1 % des terres rares contenues dans les produits en fin de vie sont effectivement recyclées. Les obstacles sont nombreux : faibles concentrations dans les objets, difficultés de démontage, coûts élevés des procédés de récupération ou encore insuffisance des filières de collecte.

Pourtant, les millions de véhicules électriques, d’éoliennes et d’équipements électroniques actuellement en circulation constituent déjà un immense gisement urbain de métaux stratégiques.

De nombreux programmes de recherche européens et asiatiques cherchent ainsi à développer de nouvelles méthodes permettant de récupérer le néodyme des aimants permanents ou le cobalt contenu dans les batteries. À leur manière, ces chercheurs pratiquent eux aussi une forme de forge moderne : ils transforment les déchets technologiques d’aujourd’hui en ressources stratégiques de demain.

Ce que le beskar révèle de notre monde

Au fond, The Mandalorian ne raconte pas une histoire de métallurgie. La série parle avant tout d’identité, de transmission, de mémoire collective et de résilience culturelle.

Mais si le beskar occupe une place aussi centrale dans cet univers, c’est précisément parce qu’il matérialise ces enjeux sous une forme immédiatement compréhensible. La rareté de la ressource, la dépendance qu’elle crée et les conflits qu’elle suscite donnent une profondeur supplémentaire aux thèmes explorés par la fiction.

Comme souvent, la science-fiction agit ici comme un miroir. Elle déplace les questions dans une galaxie imaginaire pour mieux éclairer celles qui traversent notre propre société.

Les terres rares, le cobalt ou le gallium ne bénéficient pas de l’aura mythique du beskar. Leurs noms sont moins évocateurs et leurs propriétés moins spectaculaires. Pourtant, ils jouent un rôle tout aussi déterminant dans les transformations technologiques, énergétiques et géopolitiques du XXIᵉ siècle.

La fiction n’invente donc pas tant qu’elle ne révèle. En imaginant un métal rare dont le contrôle influence le destin d’une galaxie entière, Star Wars nous invite à porter un regard nouveau sur les ressources dont dépend notre propre avenir.

Ignorer cette réalité, c’est avancer dans la galaxie sans armure : vulnérable, exposé, dépendant des autres.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

09.07.2026 à 17:23

Écoles en surchauffe : un problème qui se joue avant tout à l’échelle des salles de classe

Mona Noroozi, Doctorante, Génie Civil et Sciences de l'Habitat, Université Savoie Mont Blanc
Monika Woloszyn, Professeure en physique du bâtiment, Université Savoie Mont Blanc
Nolwenn Hurel, Chercheuse en physique du bâtiment, Cerema
Comment aider l’école à s’adapter aux canicules ? Il ne faut pas oublier que, au sein d’un même établissement, l’étage et l’exposition des salles jouent beaucoup.
Texte intégral (2456 mots)

La canicule qui a frappé la France fin mai et en juin 2026 a illustré le manque d’adaptation du bâti scolaire face aux vagues de chaleur. L’éducation nationale entend y remédier à travers un plan spécifique, qui doit passer par le diagnostic des établissements scolaires les plus exposés à la chaleur. Une approche qui ignore que, au sein d’une même école, l’exposition aux températures peut varier en fonction de toutes sortes de facteurs. C’est notamment le cas de l’étage et de l’exposition des salles de classe, qui ont été examinées ici.


Les vagues de chaleur sont de plus en plus intenses, fréquentes, et surtout précoces. Elles arrivent de plus en plus tôt dans la saison, désormais dès les mois de mai ou de juin, pendant les dernières semaines de l’année scolaire. Les vagues de chaleur récemment connues par la France, fin mai puis de mi à fin juin 2026, l’ont illustré : elles ont affecté le déroulement des cours et des examens de fin d’année, comme le brevet ou le baccalauréat

À la clé, des canicules souvent éprouvantes, qui ont parfois forcé la fermeture de nombreuses écoles. Or, les enfants sont particulièrement vulnérables à la chaleur, car leur corps régule moins bien sa température que celui des adultes. Dans une salle surchauffée, leur concentration et leur capacité d’apprentissage chutent fortement.

Face à ces épisodes, on cherche naturellement des solutions pour rafraîchir les écoles. La circulaire du 27 mai 2026 relative au plan ministériel de gestion des vagues de chaleur prévoit ainsi d’établir une cartographie des bâtiments scolaires les plus exposés à la chaleur. Mais, avant cela, il conviendrait déjà de se demander si toutes les salles de classe chauffent de la même manière au sein d’un même bâtiment scolaire.


À lire aussi : Protéger les écoles des prochaines canicules : des solutions low-tech à expérimenter dès maintenant


La réponse est loin d’être évidente. Au sein d’un même bâtiment, deux classes peuvent connaître des températures très différentes. Il faut alors regarder ce qui se passe à l’échelle de la classe, et pas seulement à celle du bâtiment.

Ceci implique de ne plus considérer les écoles comme des blocs de salles de classe équivalentes où les écoles récemment rénovées ou construites seraient nécessairement davantage à l’abri que les autres : il convient d’examiner chaque situation dans les détails.

Quatre bâtiments scolaires pour illustrer la diversité du bâti scolaire français

Pour y voir plus clair, nous avons mené, dans le cadre d'un projet de recherche en cours, des mesures pendant la canicule de juin 2026 dans quatre écoles d’une même agglomération en Savoie.

Ces écoles n’ont pas été choisies au hasard : chacune est bâtie différemment, ce qui affecte la façon dont elle encaisse et restitue la chaleur. Pour chacune, des capteurs ont relevé la température de plusieurs salles, heure par heure, pendant toute la durée de la vague de chaleur.

  • Le bâtiment de l’école 1, dont la construction est très récente, est en béton isolé par l’extérieur, c’est aussi la seule école où une partie des fenêtres s’ouvre automatiquement la nuit.

  • Le bâtiment de l’école 2 est en parpaing non isolé.

  • le bâtiment de l’école 3 est en parpaing isolé par l’extérieur, ayant fait l’objet d’une rénovation énergétique récente.

  • Et enfin, le bâtiment de l’école 4 est en pierre.

D’un étage à l’autre, les salles de classe ne chauffent pas pareil

L’étage est le premier facteur que l’on peut examiner. Dans les quatre écoles étudiées, le rez-de-chaussée était presque toujours réservé aux espaces administratifs et communs, comme le bureau du directeur, la cantine, la bibliothèque ou la salle polyvalente, et comptait peu de salles de classe. Les classes se trouvaient surtout dans les étages supérieurs.

Or, ce simple déplacement des salles en hauteur peut suffire à changer du tout au tout l’expérience thermique des enfants. En effet, il existe des différences notables de température entre les classes du rez-de-chaussée et celles des étages élevés, comme le montrent nos mesures dans des classes situées dans le même bâtiment, soit en rez-de-chaussée, soit au dernier étage, pour une exposition équivalente des fenêtres.

Influence de l’étage sur les températures mesurées dans les classes pour les quatre bâtiments. La ligne rouge montre la température au dernier étage, la ligne bleue celle du rez-de-chaussée, et la ligne grise les températures extérieures. Pour rappel, l’école 1 est en béton isolé par l’extérieur et une partie des fenêtres s’ouvre automatiquement la nuit, l’école 2 en parpaing non isolé, l’école 3 en parpaing isolé par l’extérieur et l’école 4 en pierre. Fourni par l'auteur

Le résultat a été le même dans tous les cas : la classe à l’étage est restée plus chaude, sans jamais que l’inverse ne se produise. Ce qui frappe, c’est que cette tendance s’est vérifiée dans les quatre écoles, quelles que soient les caractéristiques du bâtiment.

Qu’il s’agisse de l’école de construction récente où les fenêtres s’ouvraient automatiquement la nuit pour laisser entrer l’air frais, de celle qui a été rénovée avec une isolation extérieure ou de celle qui ne l’était pas, dans tous les cas, les salles de classe à l’étage sont restées plus chaudes que celles du rez-de-chaussée. Aucune de ces caractéristiques n’a suffi à compenser l’effet de l’étage ou à l’effacer.

À quelques mètres près, l’orientation change tout

Sans surprise, l’orientation des fenêtres de la classe joue également un rôle crucial dans l’exposition à la chaleur. Entre deux classes du même bâtiment situées au même étage, l’orientation des ouvrants pouvait, à elle seule, entraîner des températures très différentes. C’est ce que montrent les résultats ci-dessous.

Influence de l’orientation sur les températures mesurées dans les classes. La ligne verte désigne la température dans les classes à l’est, la bleue celle des classes à l’ouest, et la rouge celles des classes au sud. Pour rappel, le bâtiment 1 est en béton isolé par l’extérieur et une partie des fenêtres s’ouvre automatiquement la nuit et le bâtiment 4 est en pierre. Seuls ces deux bâtiments ont été retenus, car les expositions n’étaient pas comparables pour les bâtiments 2 et 3. Fourni par l'auteur

L’hétérogénéité du bâti scolaire explique en partie ces contrastes : les orientations des fenêtres diffèrent en fonction des salles et des bâtiments scolaires. Certaines donnent sur le soleil du matin, d’autres sur le soleil de l’après-midi, d’autres encore sur une cour brûlante ou ombragée.

Pourtant, lorsqu’il s’agit de déterminer le plan de l’école et de décider de l’affectation des pièces, le risque de canicule entre trop rarement en ligne de compte. Quelle pièce deviendra une salle de classe ? Laquelle servira de bureau, de réserve ou de salle commune ?

Le confort thermique des enfants, en toutes saisons, devrait être un critère déterminant. En cas de force majeure, le plan d’occupation des bâtiments doit pouvoir être adapté. On se souvient par exemple qu’il y a quelques semaines, certains élèves de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) ont dû passer les épreuves orales du bac de français dans un parking souterrain.


À lire aussi : Lors des canicules, notre cerveau ne s’aligne pas toujours avec le thermomètre et peut nous mettre en danger


Les écoles ne sont pas des espaces homogènes

Pour autant, les différences observées ici entre les classes ne sauraient être exclusivement attribuées à leur étage ou à leur orientation. Le comportement des occupants pendant les jours de classe, le moment où les fenêtres sont ouvertes et fermées, celui où les protections solaires sont abaissées ainsi que l’état des fenêtres et des protections pendant les jours de fermeture, qui conditionne leur efficacité pour limiter la surchauffe lorsque l’école est vide, sont autant de paramètres pouvant jouer sur les écarts de températures entre deux classes qui seraient, par ailleurs, dans des situations comparables en matière d’étage, d’exposition et de type de construction.

L’étage et l’orientation des fenêtres ne sont ainsi que deux facteurs parmi de nombreux autres : taille, nombre et type de fenêtres, matériaux, couleur des murs extérieurs, état des protections solaires, nombre d’enfants accueillis… on pourrait encore en dénombrer une dizaine d’autres.

Mais lorsqu’on voit à quel point ces deux facteurs simples suffisent à rendre deux classes d’un même bâtiment aussi différentes, on mesure à quel point il peut être trompeur de considérer une école entière comme un ensemble homogène.

C’est pourquoi il convient de se méfier des solutions toutes faites et de ramener le questionnement au bon niveau. Avant de se demander « comment rafraîchir les écoles », ne pas oublier : « Dans cette école en particulier, quelles pièces conviennent le mieux pour être utilisées comme salles de classe ? » Et, bien sûr, pour les écoles dont les murs ne sont pas encore sortis de terre : « Comment les classes pourraient-elles être plus fraîches dès le départ ? »

The Conversation

Mona Noroozi a reçu des financements de l'État, gérés par l'ANR au titre du PIA (réf. ANR-18-EURE-0016 – Solar Academy), et un cofinancement de l'ADEME (contrat n° TEZ24-039).

Monika Woloszyn a reçu des financements de l'ADEME et de l'ANR au titre du PIA (ref. ANR-18-EURE-0016 – Solar Academy).

Nolwenn Hurel a reçu des financements publics de l'ADEME et de l'ANR.

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