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22.08.2026 à 10:35

Quand les médias sous-informent et désinforment à propos de la crise environnementale

Pauline Amiel, Head of school EJCAM, Aix-Marseille Université (AMU); Université de Toulouse
En 2026, seuls 4 % des articles de presse écrite et des sujets audiovisuels concernaient l’environnement. Une proportion montée à 10 % au cours de l’été. La désinformation est en hausse, notamment sur les chaînes du groupe Bolloré et sur des radios privées.
Texte intégral (1730 mots)

L’ESSENTIEL

  • En 2026, 4 % des articles de presse écrite et des sujets audiovisuels concernaient l’environnement. Une proportion montée à 10 % au cours de l’été.

  • Le réchauffement climatique peine à s’imposer face aux logiques médiatiques actuelles : info en continu, infotainment, réseaux sociaux.

  • La désinformation est également en hausse, notamment sur les chaînes du groupe Bolloré et sur des radios privées.


« Vous n’avez pas été très convaincants. » Sur BFMTV, ce 26 juin 2026, en plein épisode de canicule, un chroniqueur de la chaîne d’informations en continu accuse les scientifiques de ne pas avoir suffisamment bien communiqué sur les effets du réchauffement climatique et donc d’être responsables de l’inaction actuelle.

Réponse cinglante du climatologue Christophe Cassou, expert du Giec, présent en plateau :

« C’est assez honteux ce que vous venez de dire là. De rejeter la responsabilité sur les scientifiques, c’est inadmissible. Les rapports sont là, le Giec est là. »

La séquence a marqué les esprits, alors que l’été a été frappé par des records de température, des incendies monstres et des canicules à répétition. Quelle est la responsabilité des médias dans le manque d’information et la désinformation relative à la crise environnementale ?

Le constat de la sous-information est sans appel. Depuis 2024, l’Observatoire des médias sur l’écologie (OME) mesure la part des sujets environnementaux dans les contenus d’information des médias. En avril 2026, seuls 4,8 % des articles publiés par l’ensemble de la presse écrite et 4 % des sujets audiovisuels en France concernent les crises environnementales, selon l’observatoire créé par un consortium d’ONG engagées pour un meilleur traitement médiatique des questions climatiques, financé entre autres par l’Agence de la transition écologique (Ademe).

Le public estime d’ailleurs que les médias ne sont pas à la hauteur de la crise. D’après un sondage de 2024 pour le ministère de la transition écologique, 59 % des répondants estiment être mal informés sur le sujet du changement climatique.

L’environnement, un objet trop complexe pour le journalisme ?

Les questions environnementales résistent aux formats ordinaires de l’actualité et aux routines journalistiques. Parce qu’elles articulent des temporalités longues, des savoirs scientifiques complexes, des responsabilités politiques, économiques et individuelles souvent distribuées, elles se conjuguent mal avec l’approche simplificatrice générée par l’information en continu, l’infotainment et les formats courts.

Plus largement, le modèle actuel du journalisme considère comme relevant de « l’actu » ce qui sort de l’ordinaire. Le changement climatique n’est donc visible que lorsqu’il y a une catastrophe ou un évènement – un méga-incendie, par exemple.

Ce modèle correspond à l’actualité dite « chaude ». Pour preuve, depuis la première canicule jusqu’aux incendies qui ont touché la France cet été 2026, le temps médiatique consacré au climat a augmenté : 10,6 % du temps d’antenne des radios et TV a été consacré aux « crises environnementales » en juillet par l’OME, (il était de 12,8 % en août 2025). Le climat est donc rendu visible dans les médias quand il fait événement, alors même que les enjeux du réchauffement relèvent souvent de processus longs, cumulatifs et systémiques.

Cette approche par la crise et l’événement, comme en cette période de canicule, correspond à un cadrage épisodique. Le cadrage épisodique est une forme de traitement journalistique qui raconte un problème public à partir d’un cas concret, d’un événement ou d’un individu, réduisant ainsi sa complexité.

Or, les recherches montrent que ce cadrage tend souvent à favoriser des lectures individualisantes des problèmes de société. Selon Philip Solomon Hart, les publics exposés à un cadrage épisodique des questions climatiques ont tendance à moins soutenir les politiques publiques de lutte contre le réchauffement que ceux exposés à un cadrage thématique plus contextualisé. Se focaliser sur les touristes évacués à cause des incendies en Gironde ou sur les pyromanes plutôt que lier les mégafeux au réchauffement climatique est un cadrage épisodique qui empêche le public d’avoir une vision d’ensemble.

Bilan des médias audiovisuels français en 2025

Bien sûr, des différences importantes existent selon les médias. Sur France Info TV, en mai 2026, 54 % des séquences consacrées à la canicule ont mentionné le changement climatique tandis qu’Arte, RFI, France Culture et France24 sont les chaînes qui contextualisent le plus les causes. Ainsi, les médias audiovisuels publics paraissent traiter le plus complètement ce sujet, contrairement à certains médias privés, tels que CNews, Europe 1 et BFMTV, qui ne le mentionnent que dans 20 % de leurs séquences environ.

En mai, l’ONG QuotaClimat a révélé un cas de désinformation toutes les 20 minutes sur Sud Radio, CNews et Europe 1. Globalement, 62 cas de mésinformation climatique sont relevés sur l’ensemble des médias audiovisuels français, entre le 23 et le 30 mai.

Sur CNews et Europe 1, la désinformation passe par une euphémisation de la situation (par exemple, « La vague de chaleur n’est pas exceptionnelle », selon Pascal Praud dans l’émission « l’Heure des pros 2 » sur CNews, le 21 mai 2026), par des témoignages individuels du type « Je me souviens, quand j’étais enfant, j’avais chaud », la remise en question des causes humaines du réchauffement climatique ou encore la mise en avant du technosolutionnisme.

Selon l’Ademe, la désinformation sur le climat est plutôt en augmentation et elle n’est donc pas uniquement le fait de journalistes. En effet, les médias sont régulièrement soumis à des stratégies d’influence de lobbies ou de partis liés à ces lobbies qui visent à orienter la lecture des sujets environnementaux. On peut citer les débats sur le glyphosate, les OGM ou le climatoscepticisme. Plus récemment, lors de l’examen de la loi d’urgence agricole, nombre de responsables politiques interviewés par les chaînes d’information en continu ont ignoré les conclusions scientifiques sur la toxicité des pesticides ou l’usage des mégabassines.

La lourde responsabilité des médias

Le changement climatique, au-delà d’un sujet d’actualité, est avant tout un sujet de société qui pose la question de notre avenir commun. Le rôle des médias et des journalistes dans la mise en récit est essentiel, comme le rappelle le sixième rapport du Giec, publié en 2023 qui assure que

« les médias jouent un rôle crucial dans la formation des perceptions, la compréhension et la volonté d’agir du public vis-à-vis du changement climatique ».

Le chercheur Jean-Baptiste Comby a montré la lourde responsabilité de certains médias qui ont contribué à culpabiliser les publics et à déplacer la question climatique sur le terrain des comportements individuels, des gestes écocitoyens et de la morale de la consommation.

Plus grave, le « blanchiment de la désinformation, les attaques et dénonciations dans les médias » font partie intégrante d’un modus operandi de décrédibilisation de la science, selon le chercheur David Chavalarias.

CNews est la chaîne qui propage le plus de désinformation climatique : selon plusieurs ONG, 174 cas y ont été recensés en 2025. QuotaClimat a saisi le Conseil d’État à ce sujet, le 1er juillet, espérant que l’instance pousse l’Arcom à reconsidérer sa décision de ne pas sanctionner la chaîne, rappelant ainsi que le régulateur avait, en 2024, sanctionné financièrement CNews pour une séquence similaire de désinformation climatique, à hauteur de 20 000 euros.

Sud Radio a, elle aussi, été sanctionnée en juin 2024, pour « plusieurs déclarations qui venaient contredire ou minimiser le consensus scientifique existant sur le dérèglement climatique actuel, par un traitement manquant de rigueur et sans contradiction », tenues à l’antenne en 2023. L’Arcom a aussi rappelé à l’ordre la chaîne en juillet 2024.

Il n’existe pas de dispositions législatives relatives spécifiquement au traitement des enjeux écologiques, mais, face à l’ampleur de la désinformation et de ses enjeux, la question de la régulation doit être posée.

The Conversation

Pauline Amiel est membre bénévole du conseil scientifique de l'Observatoire des médias sur l'Ecologie.

20.08.2026 à 15:04

Prunier ou abricotier ? Le marmottier, un arbre fruitier qui brouille les pistes

Tiphaine Bacot, Enseignante-chercheuse contractuelle en génétique, Inrae
Marine Delmas, Chercheuse, Inrae
Véronique Decroocq, Directrice de recherches et coordinatrice du projet Horizon Europe FRUITDIV, travaillant sur la diversité des espèces sauvages apparentées aux espèces cultivées fruitières, Inrae
Il y a urgence à protéger la diversité génétique du marmottier, robuste et résistant face à la sécheresse. Cet arbre fruitier pourrait aider à protéger les vergers de demain.
Texte intégral (3328 mots)
Marmottier (_Prunus brigantina_) dans les Alpes françaises, en 2017. Stéphane Decroocq, Fourni par l'auteur

L’ESSENTIEL

  • Prunus brigantina est un arbre fruitier sauvage que l’on retrouve en altitude dans les Alpes et que la science a longtemps hésité à rattacher soit aux pruniers, soit aux abricotiers.

  • Le nom « marmottier », l’une des nombreuses dénominations données à cet arbre, vient de ses fruits, appelés « marmottes » par certaines populations locales.

  • Il y a urgence à protéger la diversité génétique du marmottier, robuste et résistant à la sécheresse. Introduire ses gènes dans les fruitiers cultivés pourrait les aider à devenir plus résilients face au changement climatique.


Cet arbre alpin rare et discret, quasiment inconnu du grand public, est l’un des fruitiers les plus hauts d’Europe. Longtemps mal classé au plan taxonomique, Prunus brigantina, également appelé « marmottier » (et bien d’autres noms, comme on le verra plus bas), intéresse désormais à la fois les botanistes, les généticiens, les conservateurs et les sélectionneurs.

Cette espèce particulièrement résiliente pourrait en effet s’avérer précieuse pour améliorer les vergers de demain et les aider à faire face à la sécheresse et à l’appauvrissement des sols. C’est ce que suggèrent les dernières études scientifiques, qui se sont appuyées sur la génétique pour reconstituer l’histoire évolutive de ce fruitier dont l’arbre généalogique a longtemps tenu du casse-tête. État des lieux.

Carte d’identité d’un arbre montagnard unique

Véritable champion des hautes altitudes, Prunus brigantina (ou Prunus brigantiaca) pousse exclusivement dans les Alpes du Sud françaises et le Piémont italien. On le rencontre jusqu’à plus de 1 900 mètres d’altitude, ce qui le place sur le podium des fruitiers sauvages les plus hauts d’Europe.

Localement, l’espèce peut être appelée de plusieurs façons : « marmottier » – en référence à la « marmotte », le nom alpin de son fruit – ou « afatoulier » – dérivé de l’occitan alpin afatoule. On l’appelle encore « prunier » ou « abricotier de Briançon ».

Cette espèce est endémique de cette région : elle n’existe de façon naturelle nulle part ailleurs dans le monde. Son nom scientifique fait référence à Briançon (Brigantium à l’époque romaine), dans le département des Hautes-Alpes, où l’espèce a été décrite pour la première fois en 1786 dans l’Histoire des plantes du Dauphiné, du médecin et botaniste français Dominique Villars.

Ce fruitier sauvage est une espèce particulièrement rustique, qui tolère des conditions écologiques difficiles. Il se développe dans des milieux secs et ensoleillés, au sein de fourrés clairsemés et de versants rocheux des montagnes.

Adapté aux conditions exigeantes de l’étage montagnard, il n’a jamais été un arbre de verger. En revanche, son port buissonnant et ses rameaux épineux en font un excellent arbuste de haies, autrefois utilisé pour délimiter les parcelles et contenir les troupeaux lors de la transhumance.


À lire aussi : Khejri, l’arbre qui donne vie au désert


Et les marmottes dans tout ça ?

On l’a vu, le nom « marmottier » fait référence à la « marmotte », l’un des noms donnés à son petit fruit jaune. Ce fruit, plutôt acide et très peu sucré, a parfois été transformé en confiture. Mais c’est surtout son amande qui a été exploitée : on en extrayait une huile réputée pour ses usages alimentaires et médicinaux (un remède contre la colique, notamment).

Très recherchée dans les Alpes malgré un rendement extrêmement faible – il fallait environ 10 000 amandons pour produire un litre d’huile –, cette huile pouvait se vendre à un prix trois fois supérieur à celui de l’huile d’olive et deux fois à celui de l’huile de noix.

Les marmottes, fruits d’un marmottier, arbre fruitier poussant dans les Alpes françaises. Stéphane Decroocq, Fourni par l'auteur

Faiblement dosée en acide cyanhydrique, cette huile pouvait également être utilisée pour la consommation alimentaire en petite quantité. Bien que le fruit s’appelle marmottier, le botaniste Dominique Villars donna à son huile le nom d’« huile de marmote » (avec un seul t afin de la distinguer de la véritable huile de marmotte obtenue à partir de la graisse de l’animal).


À lire aussi : Plantes médicinales : valider la tradition, prévenir les risques


Un casse-tête généalogique enfin résolu

Les nombreux noms différents donnés à cet arbre fruitier traduisent le flou qui existe de longue date autour de sa classification taxonomique au sein du genre Prunus, qui réunit les arbres à fruits à noyau.

Plus précisément, il fait partie du sous-genre Prunophora, aux côtés des pruniers et des abricotiers, un groupe d’espèces toutes originaires de l’hémisphère Nord. Sur la base de ses attributs morphologiques, il fut longtemps classé dans la section abricotiers, dont il est le seul représentant à l’état sauvage en Europe.

Mais les données génétiques racontent une histoire plus nuancée. Plusieurs études récentes ont comparé différentes espèces apparentées aux abricotiers et aux pruniers et ne s’accordent pas toutes sur la taxonomie de P. brigantina.

Carte des individus de P. brigantina collectés dans les Alpes du Sud françaises dans le cadre de l’étude de Liu et al. 2021. Les individus sont représentés par des points dont les couleurs correspondent aux trois groupes génétiques identifiés. Les noms en italique font référence aux trois parcs naturels du sud-est des Alpes françaises dont ces groupes génétiques sont issus. Fourni par l'auteur
  • Une analyse de 71 individus sauvages de P. brigantina publiée en 2021 (à laquelle l’Inrae a participé), s’appuyant sur certains marqueurs génétiques spécifiques, a identifié trois groupes génétiques distincts et suggère que l’espèce appartient à la section Armeniaca (abricotier), en accord avec sa classification historique.

  • D’autres études (notamment publiées en 2019 et en 2021), réalisées sur la base des séquences de génome complet, suggèrent de leur côté que P. brigantina est une espèce bien distincte de la section Armeniaca ; autrement dit qu’il ne s’agirait pas d’un abricotier.

Prunier ou abricotier ? Les « marmottes » (fruits du marmottier), dépourvues de duvet, évoquent davantage des prunes que des abricots (pourvus d’un duvet), ici en photographie.

En 2026, une étude phylogénétique plus large, à l’échelle du genre Prunus, incluant des espèces plus éloignées au plan taxonomique de P. brigantina, a attribué le marmottier à la section Prunus (prunier), et non plus à la section Armeniaca (abricotier).

Cette nouvelle classification est d’ailleurs en accord avec son apparence : le marmottier ressemble davantage à un prunier, notamment par ses fruits à peau lisse et les structures qui les portent, dépourvus du duvet typique des abricots.


À lire aussi : Quelles espèces d’arbres planter en ville ?


Les leçons du marmottier pour aider les vergers face aux changements climatiques

Dans le cadre d’une initiative internationale de caractérisation de la biodiversité européenne, un génome de référence de P. brigantina, a été assemblé et annoté par le Genoscope, en collaboration avec l’Inrae.

Les études précédentes s’appuyaient sur des sections de génome ou des marqueurs génétiques isolés, non sur le génome complet de l’arbre. Le décryptage de celui-ci va nous permettre de repérer les régions génomiques que le marmottier partage avec ses plus proches cousins, pruniers. C’est en comparant ces zones partagées que nous pourrons reconstituer l’arbre généalogique des pruniers et comprendre un peu mieux l’origine du marmottier, tout en ciblant des gènes d’intérêt en lien avec sa résilience ou ses qualités naturelles.

Le génome de cet arbre sauvage pourrait bien s’avérer précieux pour assurer l’avenir de nos vergers face au changement climatique. En effet, il constitue un réservoir de gènes pour assurer la robustesse des espèces cultivées. Au fil de la domestication, nos fruits modernes ont souvent perdu une partie de leur bagage génétique. Or les cousins sauvages, eux, ont conservé ces gènes oubliés.

Cousin de la prune européenne et de la prune américano-japonaise, le marmottier s’est adapté aux conditions extrêmes des montagnes, s’épanouissant sur des sols pauvres et dans des milieux très secs. Cette robustesse naturelle représente une mine d’or. En puisant dans ce réservoir de diversité génétique, les chercheurs espèrent créer des variétés de pruniers plus résilientes, mieux armées pour faire face au changement climatique tout en se passant d’arrosage intensif et de traitement chimique.

Mais, aujourd’hui, les populations de marmottiers sont fragilisées. Sous l’effet des activités humaines, du surpâturage et du développement des pistes de ski en hiver, son habitat est fragmenté, isolant les arbres les uns des autres. Le marmottier ne pousse désormais plus que dans des zones de plus en plus localisées (dans le Queyras, le Mercantour et les Écrins, notamment), dont il est urgent, pour la sauvegarde de l’espèce, de protéger les trois populations génétiquement distinctes.


À lire aussi : Des « collections vivantes » d’arbres fruitiers pour faire face au changement climatique


Préserver la diversité des fruitiers sauvages dans des vergers de conservation

Pour sauver ce patrimoine unique et éviter que sa diversité génétique ne disparaisse sur le terrain, les scientifiques ont trouvé la parade : les vergers conservatoires.

Individus de P. brigantina dans un verger conservatoire du Centre de ressource biologique (CRB) Prunus de l’Inrae, abritant également d’autres espèces apparentées. Marine Delmas, Fourni par l'auteur

Le principe ? Recueillir et cultiver des arbres hors de leur milieu naturel, pour les mettre à l’abri. Dans cette optique, une équipe de chercheurs de l’Inrae a déjà sélectionné une petite quarantaine d’individus stratégiques. Cette mini-collection a été pensée pour regrouper et sauvegarder, à elle seule, l’ensemble de la diversité génétique connue de l’espèce.

Protéger cette espèce, ce n’est pas seulement préserver un arbre rare et unique en France : c’est garder une bibliothèque de gènes disponibles pour la recherche et, peut-être, pour les vergers de demain. Derrière un arbre de montagne discret se cache une question très actuelle, celle de la manière dont on protège et valorise la diversité sauvage pour mieux préparer les vergers de demain.

The Conversation

Véronique Decroocq a reçu des financements de l'agence nationale de la recherche (ANR), du programme PRIMA (le Partenariat pour la recherche et l'innovation dans la région méditerranéenne) (projet FREECLIMB) et de la commission européenne.(programme Horizon Europe, projet FRUITDIV).

Marine Delmas et Tiphaine Bacot ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

20.08.2026 à 15:02

Est-ce que vous jouez avec votre chat ou est-ce que vous êtes juste en train de l’embêter ?

Julia Henning, Researcher, School of Animal and Veterinary Science, Adelaide University
Ce que beaucoup de gens considèrent comme un « jeu » n’en est parfois pas du tout pour le chat. En réalité, ces interactions pourraient être source de stress pour lui.
Texte intégral (2719 mots)

L’ESSENTIEL

  • Le jeu est bénéfique à la santé des chats domestiques. Il renforce également les liens avec l’humain.

  • Cependant, une étude inédite montre que nous sommes nombreux à confondre le jeu avec des situations où les chats sont en détresse.

  • C’est l’occasion donc de faire le bilan sur les signes qui doivent nous alerter et ceux qui nous indiquent que notre chat apprécie vraiment le jeu.


Vous est-il déjà arrivé de regarder des vidéos en ligne d’humains « jouant » avec des chats et de remarquer que ce dernier n’a pas vraiment l’air de s’amuser ? Si c’est le cas, vous êtes probablement plus doué que la moyenne pour déchiffrer le langage corporel des chats.

On sait que des jeux interactifs réguliers favorisent la santé, réduit le stress et renforce le lien entre l’homme et le chat.

Mais selon notre dernière étude, ce que beaucoup de gens considèrent comme du « jeu » n’en est peut-être pas du tout. En réalité, ces interactions sont source d’agacement ou de stress pour les chats.

Quand le jeu n’en est plus

Lorsqu’ils jouent, l’humain et le chat doivent savoir distinguer les comportements qui pourraient être perçus comme menaçants dans d’autres contextes, tels que les mouvements brusques, les coups de patte ou les poursuites.

Des études montrent pourtant que les gens ont du mal à interpréter la communication féline et souvent ne remarquent pas quand un chat ne veut pas jouer. Et même lorsqu’ils s’en rendent compte, beaucoup de gens choisissent de continuer quand même.


À lire aussi : Sommes-nous les parents de nos chiens ou de nos chats ?


Afin de comprendre pourquoi certaines personnes peuvent mal interpréter ou ignorer les signes de stress chez les chats, nous avons, dans le cadre de notre nouvelle étude, analysé 1 100 commentaires laissés sous des vidéos publiées sur les réseaux sociaux (YouTube, TikTok, Instagram et Facebook) montrant des « jeux » dangereux.

Afin d’éviter que les vidéos virales n’influencent de manière disproportionnée l’analyse, seuls les 100 premiers commentaires de chaque vidéo ont été analysés. Les commentaires provenaient à la fois de propriétaires de chats et de personnes n’en possédant pas.

Les 11 vidéos sélectionnées montraient toutes des signes évidents de détresse chez les chats, tels que des sifflements, des morsures, des tentatives de fuite, des blessures visibles chez les humains et, dans certains cas, des chats subissant des violences physiques. Malgré cela, de 75 % à 93 % des commentaires sur l’ensemble des vidéos étaient positifs. Comment cela s’explique-t-il ?

Pourquoi interprète-t-on mal le comportement des chats ?

Les interprétations erronées des internautes semblaient influencées par leurs croyances préexistantes concernant les chats, les relations entre les humains et les chats, mais aussi par ce qui est considéré comme amusant ou drôle. De nombreux commentaires banalisaient ainsi les manipulations brutales, présentaient des signes de stress comme de l’excitation ou de l’affection, ou les minimisaient en les qualifiant de « mignons » ou « marrant ».

Dans de nombreux cas, les commentaires reflétaient une dissonance cognitive – ce malaise mental qui survient lorsque nos convictions bien ancrées se heurtent à des preuves contradictoires – ainsi que les mécanismes d’adaptation courants auxquels notre cerveau a recours pour l’atténuer, tels que le déni, le rejet ou l’adoption d’une attitude défensive :

« N’importe qui doté d’un minimum de bon sens peut voir que cette vidéo ne montre pas de maltraitance animale. »

Les commentaires faisaient également écho à des perceptions problématiques issues de discours sociétaux plus larges, tels que :

« Si elle n’était pas à l’aise, elle s’enfuirait. »

« S’ils étaient vraiment en colère, ton bras saignerait à flots. »

De telles déclarations présentent une ressemblance frappante avec des remarques adressées aux victimes de violences conjugales, telles que « Si c’était si terrible, pourquoi n’est-elle pas partie ? »

Les idées fausses les plus courantes

1. « Une véritable détresse ne laisse aucun doute »

De fait, les internautes pensaient souvent que si un chat n’appréciait vraiment pas une interaction, il s’enfuirait ou infligerait des blessures plus graves. S’il n’y avait pas de sang visible, si le chat restait sur place ou s’il ne correspondait pas à l’idée que l’on se fait d’un animal « en détresse », les internautes concluaient qu’il s’agissait d’un jeu.

En réalité, les chats restent souvent engagés dans une interaction ou retiennent leurs attaques afin de réduire les risques pour eux-mêmes, par le biais d’une « réaction de paralysie », ou pour éviter une escalade de la violence.

2. « Ce n’est pas du stress, c’est de l’excitation »

Les téléspectateurs interprétaient souvent à tort les signaux de détresse (oreilles rabattues, queue qui fouette, attaques violentes, grognements) comme des signes indiquant qu’un chat appréciait un « jeu » brutal. Ils citaient des comportements similaires observés chez leur propre chat comme preuve que celui-ci s’amusait.

En réalité, les jeux brutaux sont trop stimulants. Même si les chats semblent s’amuser, ils adoptent souvent une attitude défensive, et non ludique.

Un chat noir semble peu impressionné par une peluche colorée posée sur sa tête, mais il ne semble pas en détresse
Embêter votre chat, ce n’est pas « jouer » : cela revient simplement à l’agacer. Valentin Klopfenstein/Unsplash

3. « Le chat sait que ce n’est qu’un jeu »

De nombreux internautes ont également supposé que les chats sociabilisés ou ayant tissé des liens affectifs avec l’humain étaient capables de faire la différence entre « le jeu » et « la violence ». D’autres pensaient aussi que les chats « savaient » se retenir. Cette conviction a persisté même lorsqu’une vidéo montrait un bébé blessé, les internautes continuant d’affirmer que le chat se montrait doux.

En réalité, même si les chats peuvent modérer leurs gestes lors de véritables séances de jeu, ils peuvent rapidement être surexcités, ce qui peut entraîner une détresse et des blessures par défense.

Et ils peuvent également se sentir stressés, même s’ils savent que vous jouez avec eux. De plus, si les chats peuvent se montrer plus tolérants envers une personne en qui ils ont confiance, les interactions non désirées risquent, à la longue, d’entamer cette confiance.

Un chat à la robe écaille de tortue vu de près, s’apprêtant à bondir sur une souris colorée attachée au bout d’une ficelle
Les séances régulières de jeu interactif, lorsqu’elles sont menées correctement, sont saines et bénéfiques pour votre chat. Dan Dennis/Unsplash

4. « C’est comme ça que vous gagnez leur confiance »

Plus inquiétant, encore, certains internautes encourageaient les autres à poursuivre ces interactions néfastes alors même que le chat devenait visiblement angoissé et agressif, affirmant que c’était le meilleur moyen de « gagner la confiance » d’un chat ou de s’attirer ses faveurs.

Mais si les chats expriment leur détresse, c’est pour une bonne raison : ils veulent que vous arrêtiez.

5. « C’est comme ça que les chats montrent leur amour »

Les internautes interprétaient souvent les morsures comme un signe d’affection et parlaient parfois de « morsure d’amour », et la tolérance humaine face aux blessures était alors souvent saluée comme un signe de dévouement. Certains considéraient ainsi les griffures comme un signe d’honneur et affirmaient qu’elles faisaient partie intégrante de la vie avec des chats.

En réalité, ces soi-disant « morsures d’amour » sont généralement la manière polie qu’a un chat de vous faire comprendre qu’il en a assez. Si vous êtes constamment couvert de morsures ou d’égratignures, c’est probablement que vous surstimulez régulièrement votre chat.

Un chat tigré, assis sur une clôture à l’extérieur, tendant une patte vers l’appareil photo avec curiosité
Si vous êtes constamment couvert de griffures, c’est probablement que vous stimulez trop votre chat – ce n’est pas ainsi qu’il « exprime son affection ». Julian Guttzeit/Unsplash

Comment vraiment jouer avec votre chat ?

Laissez-le choisir. Assurez-vous que votre chat a envie de jouer. Commencez en douceur, laissez-lui le choix, proposez-lui plusieurs issues et soyez attentif aux signes subtils indiquant qu’il en a assez.

Évitez les jeux de combat. Les jeux trop brutaux peuvent rapidement submerger un chat, lui apprendre à considérer les mains comme des jouets et entraînent souvent des blessures. Privilégiez plutôt l’utilisation en alternance de différents jouets à baguette et d’objets similaires qui vous permettent de rester à distance, vous protègent des blessures et réduisent le risque de causer accidentellement du stress à votre chat.

Restez curieux. Dans notre étude, de nombreux observateurs ont mal interprété le comportement des chats ou ignoré des signes évidents de stress, non par malveillance, mais parce que les reconnaître allait à l’encontre de leurs convictions ou de l’image qu’ils avaient d’eux-mêmes. Si l’idée que votre façon de jouer puisse causer du stress à votre chat vous met mal à l’aise, inspirez-vous des chats et essayez de rester curieux. Il a été démontré que la curiosité est efficace pour aider les gens à dépasser leurs propres préjugés.

Si nous restons curieux, nous restons attentifs aux moments où nos chats prennent plaisir à jouer et à ceux où ils veulent s’arrêter.

The Conversation

Julia Henning ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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