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08.10.2026 à 12:22

Vaut-il mieux manger de petits poissons ou de grands poissons ?

Gauthier Schaal, Maître de Conférences en biologie marine, Université de Bretagne occidentale
Alice Guillot, Doctorante en sciences de l'environnement marin, Université de Bretagne occidentale
On a tendance à manger plus de grands poissons que de petits poissons. Pourtant privilégier les petits poissons a plus d’un intérêt pour la santé humaine et celle des écosystèmes.
Texte intégral (2168 mots)
Parmi les centaines d’espèces consommées dans le monde, les petits poissons pélagiques (sardines, maquereaux, anchois, harengs) sont ceux qui procurent le plus d’avantages nutritifs et qui renforcent de cette manière la sécurité nutritionnelle. Sue Winston/Unsplash, Fourni par l'auteur

L’ESSENTIEL

  • On a tendance à manger plus de grands poissons que de petits poissons.

  • Pourtant privilégier les petits poissons a plus d’un intérêt pour la santé humaine.

  • La pêche des petits poissons impacte également moins les écosystèmes.


La consommation de poisson bénéficie d’une image très positive auprès des consommateurs européens, surfant notamment sur la vague de ce qu’on appelle la Healthy Food et de la mode de la cuisine japonaise.

Le poisson est perçu comme une nourriture nutritive, peu grasse, riche en micronutriments, et dont l’impact environnemental associé à sa production est relativement faible en comparaison de la viande.

Le succès des gros poissons

Alors que les consommateurs différencient généralement très précisément les espèces à l’origine de la viande qu’ils consomment (poulet, bœuf, porc…), le poisson est généralement considéré dans sa globalité, indépendamment des espèces concernées.

Or, là où moins d’une dizaine d’espèces animales terrestres sont communément consommées pour leur viande, les poissons dits « communs » regroupent plusieurs dizaines d’espèces.

Parmi les poissons les plus consommés en Europe, les grosses espèces, comme le saumon, le cabillaud (nom alimentaire de la morue) ou le thon (il s’agit en réalité de plusieurs espèces regroupées sous cette appellation générique), se taillent la part du lion (de mer), représentant plus d’un quart de la quantité totale consommée.

À l’inverse, les petites espèces, regroupées sous le terme de « petits poissons pélagiques » (sardines, anchois, maquereaux, harengs…) représentent une quantité bien plus faible. Là où les gros poissons bénéficient généralement auprès du consommateur d’une image de nourriture nutritive, saine et naturelle, la perception des petits poissons pélagiques est plutôt celle d’une nourriture certes goûteuse, mais globalement plus traditionnelle, et pour tout dire, un peu vieillotte.

Alors a-t-on raison de privilégier les gros aux petits poissons ?

Plus d’avantages nutritifs chez les petits poissons

De manière générale, tous les poissons sont d’excellentes sources nutritives, et bien que leur composition en nutriments varie d’une espèce à une autre, tous sont de bonnes sources de macro et micronutriments, parmi lesquels le fer, le zinc, le calcium, le sélénium ainsi que les acides gras poly-insaturés oméga-3.

Ces derniers composés sont essentiels au bon fonctionnement de l’organisme (système immunitaire, développement nerveux, échanges cellulaires), et les carences peuvent induire des dysfonctionnements graves au plan nerveux, pouvant aller jusqu’au développement de maladies neurodégénératives ou de cancers. Parmi les oméga-3 les plus intéressants d’un point de vue métabolique, l’acide docosahéxaénoïque (DHA) et l’acide eicosapentaénoïque (EPA) sont quasiment exclusifs aux produits de la mer.

Synthétisés par les microalgues puis transférés le long de la chaîne alimentaire par le biais des organismes aquatiques, les humains dépendent presque exclusivement des produits de la mer pour acquérir ces composés.

Si tous les poissons marins en contiennent en quantités notables, les poissons de l’ordre des Clupéiformes, qui incluent sardines, anchois et harengs, sont connus pour être les plus riches en EPA et en DHA de tous les poissons ainsi qu’en calcium et en zinc.

Ainsi, parmi les centaines d’espèces de poissons consommées à l’échelle mondiale, les petits poissons pélagiques sont certainement ceux qui procurent le plus d’avantages nutritifs. Ils contribuent ainsi pleinement à la sécurité nutritionnelle.

Cette problématique est particulièrement prégnante dans les régions intertropicales, où une part importante de la population demeure exposée à l’insécurité alimentaire. En Afrique de l’Ouest, par exemple, on estime que celle-ci concernait 61,6 % de la population sur la période 2022-2024.

Dans ce contexte, la consommation de poisson, et plus généralement de produits de la mer, représente un potentiel important pour atteindre l’objectif de sécurité alimentaire énoncé par les Nations unies en 2015 comme l’un des 17 grands objectifs de développement durable à l’échelle planétaire.

Quid des polluants ?

En dépit de leur forte valeur nutritive, les poissons sont également soumis aux différentes pollutions qui affectent le milieu marin et qui peuvent s’accumuler dans leur chair, représentant in fine un risque potentiel associé à leur consommation. Deux mécanismes expliquent cette accumulation :

  • la bioaccumulation, phénomène par lequel les polluants que les organismes ne sont pas capables d’éliminer s’accumulent dans leurs tissus ;

  • la bioamplification, phénomène par lequel un prédateur accumule les polluants contenus dans la chair de ses proies.

Ainsi, à la fois du fait de la bioamplification et de la bioaccumulation, les gros poissons, qui vivent plus longtemps et sont généralement situés au sommet des chaînes alimentaires, sont théoriquement les plus susceptibles de présenter des niveaux de contamination associés à des risques sanitaires pour les polluants capables de se bioamplifier.

L’exemple le plus marquant est celui du mercure, soumis à ces deux mécanismes. On a ainsi pu observer chez certains grands prédateurs marins des concentrations en mercure dépassant toutes les normes internationales. Dans l’estuaire du Saint-Laurent au Québec (Canada), les carcasses de bélugas échouées sont ainsi traitées comme des déchets toxiques, en dehors des circuits classiques d’équarrissage.

Ce schéma général, qui décrit bien comment certains polluants comme le mercure s’accumulent plus chez les gros poissons que chez les petits, n’est cependant pas valable pour tous les polluants. Les poissons, comme tous les organismes marins, sont en effet soumis à un cocktail de polluants (métaux lourds, polluants organiques persistants, micro et nano-plastiques), qui ont des origines et des voies de contamination diverses, et face auxquels les poissons disposent des capacités de détoxification qui varient en fonction du polluant, et surtout de l’espèce concernée.

L’importance du contexte local

Au-delà de ces mécanismes généraux, il reste néanmoins important de mentionner que l’un des principaux facteurs contrôlant les niveaux de contamination des poissons en divers polluants reste le contexte local. Ainsi, indépendamment de la taille de l’organisme et de la nature du polluant considéré, s’il provient d’un milieu fortement contaminé, il sera plus susceptible de présenter lui-même des niveaux de contamination importants.

Dans une étude comparative des niveaux de contamination en divers polluants parmi plusieurs espèces de poissons marins des trois grandes façades maritimes de France hexagonale, il a ainsi pu être montré que les petites roussettes (Scyliorhinus canuicula) présentaient des niveaux de contamination en arsenic et en mercure entre trois et cinq fois plus élevés en Manche orientale que dans le golfe de Gascogne.

À l’inverse, le merlan (Merluccius merluccius) était huit fois plus contaminé au mercure dans le golfe du Lion, en Méditerranée, que dans le golfe de Gascogne. De même, la pêche des sardines en baie de Seine a été suspendue pendant près de douze ans en raison de leurs niveaux en polluant organique d’origine industrielle (ou PCB) et n’est de nouveau ouverte que depuis 2022, pour les mois d’avril à juin.

Au-delà du choix entre petit et gros poissons, l’origine géographique revêt donc une importance fondamentale en matière de risque sanitaire potentiel.

Quels impacts sur les écosystèmes ?

Enfin, au-delà des bénéfices nutritionnels et des risques potentiels associés à la présence de différents contaminants dans les poissons, un dernier point à considérer concerne les effets associés à leur capture ou à leur production.

La demande mondiale en saumon a conduit à la multiplication des fermes aquacoles intensives, dont les impacts sur l’environnement sont documentés :eutrophisation à proximité des installations, dissémination de pathogènes vers les populations sauvages, échappement d’individus qui viennent s’hybrider avec les populations sauvages.

Par ailleurs, l’alimentation de ces saumons d’élevage est essentiellement basée sur des farines animales produites à partir de petits poissons pélagiques dont la pêche industrielle entre en compétition avec la pêche artisanale de subsistance dans de nombreux pays qui en dépendent pour assurer leur sécurité alimentaire.

Enfin, les densités de poissons dans ces installations aquacoles, qui peuvent atteindre plusieurs dizaines de kilogrammes par mètre cube, posent également des questions fondamentales en matière de bien-être animal.

Les pêcheries thonières en milieu tropical, qui sont à l’origine de l’essentiel des conserves retrouvées en grande surface, ont également des conséquences importantes sur l’environnement, notamment en lien avec les captures accessoires qu’elles engendrent.

Dans le Pacifique oriental, on estime ainsi que, entre 1993 et 2009, en moyenne plus de 45 000 requins, 3 600 raies Manta et plusieurs dizaines de tortues marines sont capturés chaque année. Si les pêcheries thonières n’en sont pas les uniques responsables, elle joue un rôle incontestable dans le déclin de plus de 70 % des populations de requins à l’échelle mondiale de 1970 à 2018.

À l’inverse, du fait de leur durée de vie plus courte, leur maturité précoce et leurs forts taux de reproduction, les petits poissons pélagiques sont relativement moins sensibles à la pression de pêche. Si de nombreuses populations sont néanmoins surexploitées dans le monde, l’atteinte de niveaux d’exploitation cohérents avec un renouvellement naturel des stocks représente un objectif plus réaliste.


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a lieu du 2 au 12 octobre 2026), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Saveurs savantes ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

The Conversation

Gauthier Schaal a reçu des financements de l'Agence Nationale de la Recherche, de l'Union Européenne (programmes Biodiversa, FEAMPA).

Alice Guillot a reçu des financements de l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD), de ISblue (ANR17-EURE-0015), de l'Union Européenne (Biodiversa), et de l'Université de Bretagne Occidentale (UBO).

07.10.2026 à 16:54

Des variétés résistantes pour sauver la vigne : les consommateurs sont-ils prêts à changer de goûts et les vignerons à les adopter ?

Olivier Geffroy, Enseignant-Chercheur en viticulture, oenologie et analyse sensorielle, École d'Ingénieurs de Purpan
Caroline Paire, Doctorante en Sciences de gestion, Montpellier SupAgro
Christian Chervin, Professeur Viticulture et Oenologie, Toulouse INP
Foued Cheriet, Professeur en stratégie internationale et en marketing alimentaire/vin, Montpellier SupAgro
Valérie Olivier, Enseignant-Chercheur en économie des filières agricoles et biosourcées, Toulouse INP
Malgré leur intérêt pour réduire jusqu’à 80 % de traitements phytosanitaires, l’adoption de nouvelles variétés progresse lentement et l’offre commerciale reste limitée.
Texte intégral (2062 mots)

L’ESSENTIEL

  • De nouvelles variétés de vigne résistantes aux principales maladies fongiques sont aujourd’hui disponibles à la plantation.

  • Malgré leur intérêt pour réduire jusqu’à 80 % de traitements phytosanitaires, leur adoption progresse lentement et l’offre commerciale reste limitée.

  • Des travaux menés en Occitanie dans le cadre du projet Ressenti et du Défi Clé Vinid’Occ permettent d’envisager leur avenir avec un certain optimisme.


Ces travaux Ressenti et Vinid’Occ visent à identifier les leviers et les freins à l’adoption de ces nouvelles variétés, notamment celles récemment inscrites au catalogue français et accessibles aux viticulteurs, afin de mieux comprendre les conditions nécessaires à leur développement.

Depuis 2023, ce projet pluridisciplinaire associe un consortium de chercheurs toulousains et montpelliérains autour de deux thèses de doctorat. Il combine des enquêtes et des évaluations sensorielles auprès des acteurs de la filière et des consommateurs, ainsi que des approches de neuromarketing pour analyser les réactions face à ces nouveaux vins.

Stratégie d’hybridation

La vigne d’origine européenne cultivée dans nos vignobles appartient à l’espèce Vitis vinifera, du latin vinifera « qui donne le vin ». Au cours du XIXᵉ siècle, elle est mise en péril par l’introduction depuis le continent nord-américain de plusieurs pathogènes – phylloxera, mildiou ou oïdium – auxquels elle n’avait jamais été confrontée.

En plus de Vitis vinifera, d’autres espèces de vigne américaines, comme Vitis labrusca ou Vitis rupestris, ont en revanche développé, en co-évoluant avec ces pathogènes sur de longues périodes, des mécanismes adaptatifs de résistance. Ces espèces peuvent être croisées avec Vitis vinifera ; elles donnent des descendants viables, fructifères, ayant hérité d’une partie du génome de chacun des parents, incluant parfois des traits de résistance aux maladies.

Cette stratégie d’hybridation interspécifique a été utilisée de manière non dirigée au cours de l’histoire pour développer des espèces hybrides. Ces dernières possèdent une résistance aux maladies variable et donnent des vins de qualité œnologique généralement inférieure. Depuis 1935, six de ces hybrides – Clinton, Herbemont, Isabelle, Jacquez, Noah et Othello – ont été interdits en France pour produire du vin, du fait d’une aptitude supposée supérieure à produire des vins riches en méthanol et potentiellement dangereux pour la santé. Grâce à la persévérance d’un collectif cévenol, ces six hybrides sont en passe d’être de nouveau autorisés.

L’une des stratégies pour atténuer ces traits négatifs est de procéder à des rétrocroisements successifs avec Vitis vinifera pour ne conserver de l’espèce américaine que les gènes de résistance. Ces étapes très chronophages nécessitent de mesurer les caractéristiques des plants, de sélectionner ceux d’intérêt avant de procéder à un nouveau croisement.

Création variétale française

Les progrès de la génétique ont permis de gagner du temps, en repérant la présence des gènes d’intérêt à l’aide de marqueurs. La France, comme l’Allemagne, la Suisse et l’Italie, fait partie des leaders mondiaux en matière de création de ces variétés.

La stratégie nationale est prudente puisqu’elle vise à combiner plusieurs gènes, afin d’améliorer la résistance et d’éviter des contournements, c’est-à-dire la possibilité que certaines souches de pathogènes plus virulentes se développent sur ces variétés.

Depuis 2017, les premiers fruits de la création variétale française – les cépages floréal, voltis, artaban et vidoc – peuvent être plantés par les vignerons. Depuis ces premières inscriptions au catalogue national, plusieurs inscriptions ont suivi notamment les variétés dites Inrae-Bouquet, du nom d’Alain Bouquet, chercheur pionnier de l’Inrae.

Adoption de ces nouvelles variétés

En 2021, ces variétés représentaient 1 208 hectares de vignoble, soit seulement 0,15 % du vignoble français, avec une lente progression des plantations majoritairement localisées en Occitanie. La Champagne est une autre région pionnière qui expérimente ces variétés depuis plusieurs années.

Une analyse médiatique a montré que ces variétés étaient très peu présentes dans la presse généraliste, illustrant leur manque de visibilité. Au contraire, dans la presse viticole spécialisée, un consensus émerge en leur faveur, notamment au fil des évolutions réglementaires. Depuis 2018, leur culture expérimentale est autorisée dans certaines appellations d’origine protégées (AOP) grâce à la directive dite variété d’intérêt à fin d’adaptation (Vifa).

Même si les choses évoluent rapidement, l’offre est encore restreinte avec seulement 108 références commerciales identifiées en 2024.

Des signaux encourageants

D’un point de vue sensoriel, les travaux de Caroline Paire, doctorante sur le projet, ont montré qu’il existait une diversité de profils comparable aux vins conventionnels. Ils ont également mis en évidence qu’il n’y avait aucun obstacle sensoriel à l’acceptation des vins issus de ces variétés par les consommateurs, en blanc comme en rouge, en assemblage ou en cuvée monovariétale :

« Les professionnels restaient sceptiques vis-à-vis de ces nouvelles variétés, notamment pour les rouges dont ils jugeaient les vins rustiques, acides et de moindre qualité. L’utilisation de vidoc ou d’artaban, en assemblage avec du merlot, ne pénalise pas l’appréciation lors de nos essais. Nous avons identifié un seul groupe de consommateurs composé d’hommes âgés de plus de 65 ans et consommant du vin quotidiennement, préférant systématiquement les vins de Merlot pur. »

La question du nom à adosser à ces variétés est un sujet qui cristallise des tensions au sein de la profession. Certains acteurs souhaitent les désigner en référence à leurs géniteurs, une approche non cautionnée par les instances en charge de leur agrément. D’autres travaux en cours de publication montrent que la dégustation reste le juge de paix comme le souligne Caroline Paire :

« Le nom importe finalement peu au consommateur, dont les connaissances en la matière sont limitées. Lors de nos expérimentations, le cabernet blanc, une variété résistante blanche développée en Allemagne, a été fréquemment confondue avec le cabernet-sauvignon, le cépage rouge roi du Bordelais et la variété de cuve la plus plantée au monde. »

« Eye-tracking »

Des groupes de discussion couplés à des expériences d’eye-tracking, un dispositif utilisé en neuromarketing suivant les mouvements oculaires et analysant les signaux captant l’attention des consommateurs, ont été menés. La conclusion ? La propension à réduire de 80 % le nombre de traitements chimiques de ces variétés devait être utilisée pour communiquer autour de la résistance, de préférence sous la forme d’un logo ou d’une pastille.

Eye-tracking
Exemple de résultats d’une séance d’eye-tracking : les zones captant davantage l’attention du consommateur apparaissent en rouge. Fourni par l'auteur

À lire aussi : Les enfants voient l’art différemment : ce que nous apprennent les dernières recherches d’« eye-tracking »


Trois profils de producteurs

Le producteur, quant à lui, est tout aussi incapable que le consommateur de distinguer à la dégustation les deux types de vin. Le travail de l’équipe Ressenti a permis d’identifier trois profils :

  • les « sceptiques », professionnels plus âgés issus de caves particulières ;

  • les « réceptifs », coopérateurs manifestant un soutien mesuré à l’innovation ;

  • les « observateurs », jeunes professionnels sans pouvoir de décision.

Les 96 producteurs interrogés par Marc-Antoine Dolet, autre doctorant sur le projet, estiment que ces variétés pourraient couvrir jusqu’à 25 % du vignoble occitan d’ici trente ans.

Du consommateur au producteur, les signaux sont globalement au vert et laissent envisager un bel avenir pour ces nouvelles variétés. L’inconnue qui demeure est de savoir si la crise structurelle et profonde qui secoue le vignoble français et mondial agira comme accélérateur ou comme frein.


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a lieu du 2 au 12 octobre 2026), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Saveurs savantes ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

The Conversation

Le projet Ressenti a reçu une subvention de la part de la région Occitanie, et un co-financement des Vignobles Foncalieu et des Grands Chais de France.

Caroline Paire a reçu des financements de la Région Occitanie.

Christian Chervin a reçu des financements de la région Occitanie.

Foued Cheriet a reçu des financements de la Région Occitanie.

Valérie Olivier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

07.10.2026 à 16:53

Conserver les aliments périssables sans emballages plastiques : où en est-on ?

Élodie Choque, Maitre de conférence en microbiologie, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)
Les emballages sans plastique se heurtent à plusieurs freins d’ordre scientifique et technique.
Texte intégral (3046 mots)

L’ESSENTIEL

  • Les emballages plastiques représentent plus de 40 % de nos déchets plastiques au niveau mondial. Pour mettre un terme à la pollution plastique et décarboner l’économie, il va falloir apprendre à s’en passer.

  • Leur remplacement par des alternatives biosourcées et biodégradables se heurte toutefois à plusieurs freins d’ordre scientifique et technique. Les alternatives ne présentant pas, pour l’heure, toutes les propriétés requises.

  • Mais les attentes, parfois contradictoires, du consommateur sont également en cause : celui-ci s’agacera facilement d’un emballage alternatif qui ne serait dégradable qu’en composteur industriel, mais refusera d’acheter un aliment dont l’emballage serait opaque – plutôt que transparent – et ne permettrait pas de s’assurer de l’état de fraîcheur avant achat.


Chaque jour, des millions de barquettes, de films transparents et de sachets souples sont jetés après quelques heures ou quelques jours d’utilisation à peine. Le plastique pétrochimique s’est imposé au siècle dernier comme le maître incontesté de nos rayons alimentaires, mais son règne doit désormais toucher à sa fin, impératifs de décarbonation et de lutte contre la pollution plastique obligent.

Mais remplacer ce matériau polyvalent et bon marché sans sacrifier la fraîcheur de nos aliments relève d’un véritable défi scientifique et industriel. État des lieux.

Le contexte réglementaire et environnemental

Le constat environnemental est alarmant : le secteur de l’emballage représente près de 40 % des déchets plastiques générés dans le monde. La majeure partie de ces conditionnements est à usage unique et finit dans les incinérateurs, dans les décharges ou, plus grave encore, dans les écosystèmes marins et terrestres.

Ces plastiques ne disparaissent jamais vraiment. Ils se fragmentent en micro et nanoplastiques qui contaminent la chaîne alimentaire, les sols et les ressources en eau. De plus, la fabrication de ces polymères synthétiques repose sur l’extraction d’énergies fossiles, contribuant directement aux émissions de gaz à effet de serre.


À lire aussi : Comment le plastique est devenu incontournable dans l’industrie agroalimentaire


Face à cette crise, la puissance publique a pris le relais des alertes scientifiques.

  • En France, la loi Anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec) impose une sortie progressive du plastique jetable à l’horizon 2040, avec des jalons stricts concernant la réduction des emballages, le réemploi et l’interdiction de certains formats, comme le suremballage de nombreux fruits et légumes.

  • Au niveau européen, la révision du règlement relatif aux emballages et aux déchets d’emballages (PPWR, pour Packaging and Packaging Waste Regulation) fixe des objectifs contraignants pour l’ensemble des États membres : réduction nette du volume global des déchets d’emballages, obligation d’intégrer des taux minimaux de matière recyclée dans les nouveaux conditionnements, interdiction ciblée de certains emballages plastiques à usage unique dans la restauration et le commerce de détail ou encore harmonisation des critères de recyclabilité d’ici à 2030.

Cette tenaille réglementaire et environnementale force les industriels de l’agroalimentaire et la recherche en science des matériaux à réinventer d’urgence la protection de nos aliments.


À lire aussi : Plastiques : pour une meilleure gestion de l’emballage, du recyclage et de la consommation


Qu’est-ce qu’une denrée périssable ?

En science des aliments, une denrée périssable désigne tout produit biologique sujet à une détérioration rapide et inévitable si des conditions de conservation strictes ne sont pas appliquées.

Contrairement aux produits dits « stables » (comme le riz sec ou les conserves) ou « semi-périssables » (comme les pommes de terre ou le miel), les denrées périssables possèdent une durée de vie limitée, souvent mesurée en jours ou en semaines. Sur le plan réglementaire, elles sont identifiées par une date limite de consommation (DLC), indiquée par la mention « À consommer jusqu’au… ». Dépasser cette date présente un risque direct potentiel pour la santé humaine.

À gauche, un fromage (aliment périssable) avec une date limite de consommation (DLC). À droite, un paquet de pain (aliment semi-périssable) avec une date de durabilité minimale (DDM). Thomas Bresson, CC BY-SA

La vulnérabilité des denrées périssables s’explique par trois types d’altérations : biologiques, chimiques et/ou physiques.

  • Il y a d’abord la dégradation microbiologique qui correspond à la multiplication des bactéries pathogènes (Salmonella, Listeria monocytogenes, Escherichia coli) ou des microorganismes d’altération (moisissures, levures).

  • Les aliments peuvent aussi être soumis à des réactions chimiques et enzymatiques, tels que la rancification des lipides (particulièrement marquée dans les viandes et les poissons gras) ou le brunissement des fruits et légumes coupés.

  • Enfin, il peut y avoir des altérations physiques qui dégradent l’aspect et la texture de l’aliment, comme un flétrissement ou un ramollissement.

Pour neutraliser ces facteurs de dégradation, l’emballage ne peut pas être un simple contenant. Il doit agir comme un bouclier fonctionnel qui va protéger l’aliment de la contamination par des microorganismes extérieurs ainsi que d’une exposition aux conditions extérieures (dessèchement, humidité, oxygène).

Les alternatives aux plastiques

Si l’on souhaite remplacer le plastique pour la conservation de ces aliments, les nouveaux matériaux devront impérativement remplir plusieurs propriétés fondamentales : un contrôle des transferts gazeux et hydriques ainsi que des exigences mécaniques, thermiques et sanitaires, comme le montre le tableau ci-dessous.

Pour répondre à ce cahier des charges exigeant, la recherche s’oriente vers différentes familles de matériaux biosourcés, recyclables ou biodégradables. Cependant, les options sont peu nombreuses et les limites techniques sont trop importantes pour en faire des solutions industrielles viables à l’heure actuelle.

Il y a la possibilité d’utiliser des matériaux inorganiques, tels que le verre, l’acier ou encore l’aluminium. Cette solution existe déjà, avec l’avantage de présenter les propriétés requises pour l’industrie alimentaire et d’être recyclable à l’infini (tout du moins en théorie), mais ces matériaux un poids notable et par conséquent une forte empreinte carbone, notamment liée au transport.

Puis viennent les options biosourcées, telles que la cellulose. Il s’agit du polymère le plus présent dans la nature, il est le composant principal de la paroi des végétaux. La cellulose a déjà été étudiée pour des solutions d’emballage comme des cartons enduits ou du cellophane.

Elle a l’avantage de constituer une matière recyclable, d’origine naturelle et qui montre une bonne rigidité. La cellulose a toutefois des inconvénients : elle ne peut former que des emballages opaques, les solutions proposées sont très sensibles à l’humidité et ce matériau nécessite une fonctionnalisation chimique (utilisation de solvants) pour pouvoir être utilisé.

La nanocellulose, en particulier, composée de nanostructures de cellulose, représente une solution de micro-enrobage fonctionnelle pour enduire le papier ou le carton qui, purs, ne résistent ni à l’eau ni aux graisses. D’autres solutions de revêtements biosourcés sont aussi étudiées, telles que les protéines ou les cires végétales, afin d’améliorer leur étanchéité.

D’autres polymères issus de la production biotechnologique ou de la transformation d’agro-ressources, tels que l’acide polylactique (PLA), issu de la fermentation de l’amidon, ou les polyhydroxyalkanoates (PHA), produit naturellement par certaines bactéries, peuvent aussi présenter une solution intéressante pour les emballages des aliments périssables.

Ils sont considérés comme des alternatives biosourcées, car produites par des microorganismes, bien qu’ils doivent être modifiés chimiquement pour pouvoir être utilisés. Ils forment des alternatives transparentes, thermoformables (on peut en faire des barquettes ou des verres) et présentent une bonne barrière aux gaz. Cependant, ils sont souvent fragiles et nécessitent un traitement industriel pour être dégradés (compostabilité industrielle uniquement).


À lire aussi : Vers des plastiques biodégradables et recyclables ? La piste des « PHA » progresse


Enfin, des biopolymères naturels, tels que l’amidon (issu de la pomme de terre), l’alginate (issu des algues) ou la chitine (issus de la carapace des crustacés), ont été étudiés. Ces biopolymères ont l’avantage d’être très abondants et facilement biodégradables, mais ils présentent une barrière trop faible à l’humidité.

Le fructane, un polymère produit à partir de racines d’endives, montre des résultats prometteurs (tout du moins pour ce qui est de sa résistance) pour remplacer les emballages plastiques. Fourni par l'auteur

Nous travaillons actuellement, au laboratoire, sur une solution innovante à base de racines d’endive, dont le polymère principal est le fructane. Nous obtenons des résultats prometteurs en ce qui concerne la résistance, mais le matériau n’est pas encore suffisamment inerte pour pouvoir être utilisé dans la conservation des denrées périssables. La migration, c’est-à-dire le transfert de molécules de l’emballage vers l’aliment, est encore trop importante.

Il convient cependant de distinguer deux notions souvent confondues, alors qu’elles ne sont pas équivalentes : le caractère biosourcé du matériau et sa biodégradabilité.

En effet, certains bioplastiques sont des plastiques biosourcés, dont le matériau est issu de la biomasse (maïs, canne à sucre, huiles végétales) et non du pétrole, mais ne sont pas nécessairement biodégradables. À l’inverse, d’autres bioplastiques sont biodégradables, c’est-à-dire que leur matériau peut se décomposer sous l’action de microorganismes. Les matériaux les plus vertueux sont ceux qui sont à la fois biosourcés et biodégradables.


À lire aussi : Les bioplastiques, une solution bio pas si écolo


Et le consommateur dans tout ça ?

L’industriel est prêt à adopter des solutions plus respectueuses de l’environnement, à partir du moment où les options proposées sont viables techniquement et économiquement. Toutefois, l’adoption de ces innovations ne dépend pas seulement de leurs performances scientifiques, mais aussi de leur acceptabilité par le grand public.

Or, les consommateurs expriment aujourd’hui des attentes complexes et parfois paradoxales. En effet, les citoyens sont devenus très méfiants face aux allégations environnementales floues. Ils demandent des garanties sur la fin de vie des emballages : un matériau étiqueté « compostable », mais qui nécessite une usine de compostage industriel à 60 °C provoque la frustration s’il finit dans la poubelle ménagère.

Dans le même temps, une majorité de consommateurs souhaite encore voir l’état de fraîcheur des viandes ou des poissons avant l’achat, ce qui favorise les solutions hybrides ou les bioplastiques transparents, au détriment du papier opaque. Et c’est l’un des plus grands challenges des solutions biosourcées développées à l’heure actuelle.

L’intention d’achat écoresponsable est très présente, mais se heurte à deux réalités économiques et pratiques : la sensibilité au prix et le refus du gaspillage alimentaire.

Ainsi, dans un contexte d’inflation, le surcoût lié aux emballages biosourcés ne doit pas être répercuté brutalement sur le prix final de l’aliment. De plus, le consommateur n’est pas disposé à accepter une réduction de la durée de conservation de ses produits sous prétexte que l’emballage est plus vertueux. En effet, le gaspillage d’une pièce de viande a un impact environnemental bien supérieur à celui de son emballage.

Réussir une transition vers des alternatives sans plastique repose donc sur une adéquation parfaite entre la performance technique du matériau, le respect de la législation et la réponse aux habitudes quotidiennes des consommateurs. C’est dans cet esprit que les recherches prometteuses actuellement en cours doivent se poursuivre.


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a lieu du 2 au 12 octobre 2026), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Saveurs savantes ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

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Élodie Choque a reçu des financements de la Région Hauts-de-France (dynamique Economie Circulaire et Nouveaux Modèles de Développement).

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