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07.10.2026 à 16:53

Conserver les aliments périssables sans emballages plastiques : où en est-on ?

Élodie Choque, Maitre de conférence en microbiologie, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)
Les emballages sans plastique se heurtent à plusieurs freins d’ordre scientifique et technique.
Texte intégral (3046 mots)

L’ESSENTIEL

  • Les emballages plastiques représentent plus de 40 % de nos déchets plastiques au niveau mondial. Pour mettre un terme à la pollution plastique et décarboner l’économie, il va falloir apprendre à s’en passer.

  • Leur remplacement par des alternatives biosourcées et biodégradables se heurte toutefois à plusieurs freins d’ordre scientifique et technique. Les alternatives ne présentant pas, pour l’heure, toutes les propriétés requises.

  • Mais les attentes, parfois contradictoires, du consommateur sont également en cause : celui-ci s’agacera facilement d’un emballage alternatif qui ne serait dégradable qu’en composteur industriel, mais refusera d’acheter un aliment dont l’emballage serait opaque – plutôt que transparent – et ne permettrait pas de s’assurer de l’état de fraîcheur avant achat.


Chaque jour, des millions de barquettes, de films transparents et de sachets souples sont jetés après quelques heures ou quelques jours d’utilisation à peine. Le plastique pétrochimique s’est imposé au siècle dernier comme le maître incontesté de nos rayons alimentaires, mais son règne doit désormais toucher à sa fin, impératifs de décarbonation et de lutte contre la pollution plastique obligent.

Mais remplacer ce matériau polyvalent et bon marché sans sacrifier la fraîcheur de nos aliments relève d’un véritable défi scientifique et industriel. État des lieux.

Le contexte réglementaire et environnemental

Le constat environnemental est alarmant : le secteur de l’emballage représente près de 40 % des déchets plastiques générés dans le monde. La majeure partie de ces conditionnements est à usage unique et finit dans les incinérateurs, dans les décharges ou, plus grave encore, dans les écosystèmes marins et terrestres.

Ces plastiques ne disparaissent jamais vraiment. Ils se fragmentent en micro et nanoplastiques qui contaminent la chaîne alimentaire, les sols et les ressources en eau. De plus, la fabrication de ces polymères synthétiques repose sur l’extraction d’énergies fossiles, contribuant directement aux émissions de gaz à effet de serre.


À lire aussi : Comment le plastique est devenu incontournable dans l’industrie agroalimentaire


Face à cette crise, la puissance publique a pris le relais des alertes scientifiques.

  • En France, la loi Anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec) impose une sortie progressive du plastique jetable à l’horizon 2040, avec des jalons stricts concernant la réduction des emballages, le réemploi et l’interdiction de certains formats, comme le suremballage de nombreux fruits et légumes.

  • Au niveau européen, la révision du règlement relatif aux emballages et aux déchets d’emballages (PPWR, pour Packaging and Packaging Waste Regulation) fixe des objectifs contraignants pour l’ensemble des États membres : réduction nette du volume global des déchets d’emballages, obligation d’intégrer des taux minimaux de matière recyclée dans les nouveaux conditionnements, interdiction ciblée de certains emballages plastiques à usage unique dans la restauration et le commerce de détail ou encore harmonisation des critères de recyclabilité d’ici à 2030.

Cette tenaille réglementaire et environnementale force les industriels de l’agroalimentaire et la recherche en science des matériaux à réinventer d’urgence la protection de nos aliments.


À lire aussi : Plastiques : pour une meilleure gestion de l’emballage, du recyclage et de la consommation


Qu’est-ce qu’une denrée périssable ?

En science des aliments, une denrée périssable désigne tout produit biologique sujet à une détérioration rapide et inévitable si des conditions de conservation strictes ne sont pas appliquées.

Contrairement aux produits dits « stables » (comme le riz sec ou les conserves) ou « semi-périssables » (comme les pommes de terre ou le miel), les denrées périssables possèdent une durée de vie limitée, souvent mesurée en jours ou en semaines. Sur le plan réglementaire, elles sont identifiées par une date limite de consommation (DLC), indiquée par la mention « À consommer jusqu’au… ». Dépasser cette date présente un risque direct potentiel pour la santé humaine.

À gauche, un fromage (aliment périssable) avec une date limite de consommation (DLC). À droite, un paquet de pain (aliment semi-périssable) avec une date de durabilité minimale (DDM). Thomas Bresson, CC BY-SA

La vulnérabilité des denrées périssables s’explique par trois types d’altérations : biologiques, chimiques et/ou physiques.

  • Il y a d’abord la dégradation microbiologique qui correspond à la multiplication des bactéries pathogènes (Salmonella, Listeria monocytogenes, Escherichia coli) ou des microorganismes d’altération (moisissures, levures).

  • Les aliments peuvent aussi être soumis à des réactions chimiques et enzymatiques, tels que la rancification des lipides (particulièrement marquée dans les viandes et les poissons gras) ou le brunissement des fruits et légumes coupés.

  • Enfin, il peut y avoir des altérations physiques qui dégradent l’aspect et la texture de l’aliment, comme un flétrissement ou un ramollissement.

Pour neutraliser ces facteurs de dégradation, l’emballage ne peut pas être un simple contenant. Il doit agir comme un bouclier fonctionnel qui va protéger l’aliment de la contamination par des microorganismes extérieurs ainsi que d’une exposition aux conditions extérieures (dessèchement, humidité, oxygène).

Les alternatives aux plastiques

Si l’on souhaite remplacer le plastique pour la conservation de ces aliments, les nouveaux matériaux devront impérativement remplir plusieurs propriétés fondamentales : un contrôle des transferts gazeux et hydriques ainsi que des exigences mécaniques, thermiques et sanitaires, comme le montre le tableau ci-dessous.

Pour répondre à ce cahier des charges exigeant, la recherche s’oriente vers différentes familles de matériaux biosourcés, recyclables ou biodégradables. Cependant, les options sont peu nombreuses et les limites techniques sont trop importantes pour en faire des solutions industrielles viables à l’heure actuelle.

Il y a la possibilité d’utiliser des matériaux inorganiques, tels que le verre, l’acier ou encore l’aluminium. Cette solution existe déjà, avec l’avantage de présenter les propriétés requises pour l’industrie alimentaire et d’être recyclable à l’infini (tout du moins en théorie), mais ces matériaux un poids notable et par conséquent une forte empreinte carbone, notamment liée au transport.

Puis viennent les options biosourcées, telles que la cellulose. Il s’agit du polymère le plus présent dans la nature, il est le composant principal de la paroi des végétaux. La cellulose a déjà été étudiée pour des solutions d’emballage comme des cartons enduits ou du cellophane.

Elle a l’avantage de constituer une matière recyclable, d’origine naturelle et qui montre une bonne rigidité. La cellulose a toutefois des inconvénients : elle ne peut former que des emballages opaques, les solutions proposées sont très sensibles à l’humidité et ce matériau nécessite une fonctionnalisation chimique (utilisation de solvants) pour pouvoir être utilisé.

La nanocellulose, en particulier, composée de nanostructures de cellulose, représente une solution de micro-enrobage fonctionnelle pour enduire le papier ou le carton qui, purs, ne résistent ni à l’eau ni aux graisses. D’autres solutions de revêtements biosourcés sont aussi étudiées, telles que les protéines ou les cires végétales, afin d’améliorer leur étanchéité.

D’autres polymères issus de la production biotechnologique ou de la transformation d’agro-ressources, tels que l’acide polylactique (PLA), issu de la fermentation de l’amidon, ou les polyhydroxyalkanoates (PHA), produit naturellement par certaines bactéries, peuvent aussi présenter une solution intéressante pour les emballages des aliments périssables.

Ils sont considérés comme des alternatives biosourcées, car produites par des microorganismes, bien qu’ils doivent être modifiés chimiquement pour pouvoir être utilisés. Ils forment des alternatives transparentes, thermoformables (on peut en faire des barquettes ou des verres) et présentent une bonne barrière aux gaz. Cependant, ils sont souvent fragiles et nécessitent un traitement industriel pour être dégradés (compostabilité industrielle uniquement).


À lire aussi : Vers des plastiques biodégradables et recyclables ? La piste des « PHA » progresse


Enfin, des biopolymères naturels, tels que l’amidon (issu de la pomme de terre), l’alginate (issu des algues) ou la chitine (issus de la carapace des crustacés), ont été étudiés. Ces biopolymères ont l’avantage d’être très abondants et facilement biodégradables, mais ils présentent une barrière trop faible à l’humidité.

Le fructane, un polymère produit à partir de racines d’endives, montre des résultats prometteurs (tout du moins pour ce qui est de sa résistance) pour remplacer les emballages plastiques. Fourni par l'auteur

Nous travaillons actuellement, au laboratoire, sur une solution innovante à base de racines d’endive, dont le polymère principal est le fructane. Nous obtenons des résultats prometteurs en ce qui concerne la résistance, mais le matériau n’est pas encore suffisamment inerte pour pouvoir être utilisé dans la conservation des denrées périssables. La migration, c’est-à-dire le transfert de molécules de l’emballage vers l’aliment, est encore trop importante.

Il convient cependant de distinguer deux notions souvent confondues, alors qu’elles ne sont pas équivalentes : le caractère biosourcé du matériau et sa biodégradabilité.

En effet, certains bioplastiques sont des plastiques biosourcés, dont le matériau est issu de la biomasse (maïs, canne à sucre, huiles végétales) et non du pétrole, mais ne sont pas nécessairement biodégradables. À l’inverse, d’autres bioplastiques sont biodégradables, c’est-à-dire que leur matériau peut se décomposer sous l’action de microorganismes. Les matériaux les plus vertueux sont ceux qui sont à la fois biosourcés et biodégradables.


À lire aussi : Les bioplastiques, une solution bio pas si écolo


Et le consommateur dans tout ça ?

L’industriel est prêt à adopter des solutions plus respectueuses de l’environnement, à partir du moment où les options proposées sont viables techniquement et économiquement. Toutefois, l’adoption de ces innovations ne dépend pas seulement de leurs performances scientifiques, mais aussi de leur acceptabilité par le grand public.

Or, les consommateurs expriment aujourd’hui des attentes complexes et parfois paradoxales. En effet, les citoyens sont devenus très méfiants face aux allégations environnementales floues. Ils demandent des garanties sur la fin de vie des emballages : un matériau étiqueté « compostable », mais qui nécessite une usine de compostage industriel à 60 °C provoque la frustration s’il finit dans la poubelle ménagère.

Dans le même temps, une majorité de consommateurs souhaite encore voir l’état de fraîcheur des viandes ou des poissons avant l’achat, ce qui favorise les solutions hybrides ou les bioplastiques transparents, au détriment du papier opaque. Et c’est l’un des plus grands challenges des solutions biosourcées développées à l’heure actuelle.

L’intention d’achat écoresponsable est très présente, mais se heurte à deux réalités économiques et pratiques : la sensibilité au prix et le refus du gaspillage alimentaire.

Ainsi, dans un contexte d’inflation, le surcoût lié aux emballages biosourcés ne doit pas être répercuté brutalement sur le prix final de l’aliment. De plus, le consommateur n’est pas disposé à accepter une réduction de la durée de conservation de ses produits sous prétexte que l’emballage est plus vertueux. En effet, le gaspillage d’une pièce de viande a un impact environnemental bien supérieur à celui de son emballage.

Réussir une transition vers des alternatives sans plastique repose donc sur une adéquation parfaite entre la performance technique du matériau, le respect de la législation et la réponse aux habitudes quotidiennes des consommateurs. C’est dans cet esprit que les recherches prometteuses actuellement en cours doivent se poursuivre.


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a lieu du 2 au 12 octobre 2026), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Saveurs savantes ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

The Conversation

Élodie Choque a reçu des financements de la Région Hauts-de-France (dynamique Economie Circulaire et Nouveaux Modèles de Développement).

06.10.2026 à 15:15

Petite histoire sensorielle de la truffe à l’époque moderne

Anne-Constance Legros, Doctorante contractuelle en histoire moderne, spécialisée dans la botanique des XVIe et XVIIe siècles., Université de Tours
Aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, la truffe semble connaître un regain d’intérêt, tant chez les naturalistes que chez les spécialistes de l’art culinaire.
Texte intégral (2570 mots)

L’ESSENTIEL

  • La truffe nourrit de nombreux discours et alimente nombre de controverses depuis l’Antiquité.

  • C’est à l’époque moderne, aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, qu’elle est mise en valeur par les naturalistes, les artistes et les gastronomes.

  • À travers les sources littéraires et visuelles, il est possible de retracer une histoire sensorielle de la truffe.


La truffe, champignon aromatique, est hypogée – c’est-à-dire qu’elle vit sous terre contrairement aux champignons épigés qui croissent à la surface – et mycorhizienne (le terme vient du grec μύκης (mykēs), champignon et ρίζα (ríza), racine).

Autrement dit, la truffe vit en symbiose avec des racines, le plus souvent celles d’arbres appelés « truffiers ». La fructification, qui est communément dénommée truffe, est composée d’une chair (gléba) marbrée et d’une écorce (péridium) soit verruqueuse, soit lisse.

Dans le sillon de l’histoire des sensibilités représentée par les travaux de Lucien Febvre, d’Alain Corbin et d’Hervé Mazurel, il convient de s’intéresser aux sens mobilisés par les champignons, et plus particulièrement, dans la lignée des recherches de Jean-Louis Flandrin, aux odeurs et saveurs de truffe à l’époque moderne (XVIᵉ-XVIIᵉ siècles).

À travers l’étude des traités de naturalistes, des recettes et des représentations, cet article propose ainsi une approche historique du goût mycologique et de sa perception dans la première modernité.

La grande absente

En 1601, Charles de l’Écluse (1526-1609), dit Clusius publie une importante monographie sur les champignons : Fungorum in Pannoniis observatorum brevis historia. Mais étrangement, il n’y mentionne pas les truffes, singulière au regard de la tradition des savoirs mycologiques. C’est d’autant plus surprenant que Giambattista della Porta (1535-1615), dont Clusius a repris le chapitre sur les champignons dans l’addendum, consacre également un chapitre aux truffes, « De tuberibus », dans ses Villae, un important traité encyclopédique d’agronomie et d’architecture rurale (1592).

Trois hypothèses peuvent être envisagées pour expliquer cette omission. La première, sans doute la moins plausible au regard de l’attention portée par Clusius au legs antique et médiéval, serait celle d’un simple oubli. La deuxième supposerait l’absence de truffes en Pannonie – à cheval sur les actuelles Autriche, Hongrie, Slovénie, Croatie, Serbie et Bosnie-Herzégovine – ce qui expliquerait qu’elles ne soient pas mentionnées dans son étude de la région.

Si une telle absence paraît peu vraisemblable dans cette zone géographique, il reste possible que Clusius et son entourage n’aient pas eu l’occasion d’en observer sur le terrain.

Enfin, la troisième repose sur une distinction entre les Fungi (champignons) et les Tubera (truffes). Clusius les envisagerait comme deux catégories distinctes : une classe de Fungi, subdivisée en deux ordres, esculenti et noxii (comestibles et toxiques), eux-mêmes répartis en genres et en espèces ; et une classe indépendante regroupant les Tubera. Si aucune de ces hypothèses n’est vraiment satisfaisante, ce silence mérite d’être relevé, a fortiori parce qu’il se manifeste également dans son Codex clusii, recueil d’aquarelles mycologiques publié en 1578.

Pourtant, à l’époque de Clusius, les truffes commencent à sortir de l’ombre et à devenir un sujet d’étude à part entière. De la terre au traité, la truffe s’inscrit ainsi progressivement dans les discours médicaux, puis naturalistes, où elle acquiert progressivement le statut d’objet de savoir.

C’est ainsi que Le Libro de componere herbe et frutti, de Giovanni Cademosto de Lodi, composé vers 1460–1500, représente dans la notice des Tartufole, un homme récoltant des truffes, sur le même modèle que les descendants du Tacuinum sanitatis, manuel médiéval très populaire sur la santé.

Cependant, l’illustration ne reproduit pas seulement l’image des truffes, elle glisse également dans le paysage des champignons à stipe, au premier plan. Dans son panier néanmoins, l’homme n’a collecté que des truffes. La présence des champignons dans le paysage et leur absence dans le panier apparaissent comme un véritable mode d’emploi de la cueillette.

Dans cet esprit, le médecin et botaniste italien Pierandrea Mattioli (1501-1577), précise au sujet des truffes dans son Commentaire du médecin grec Dioscoride :

« Les truffes sont communes en Toscane et sont fort desirees des Gentils hommes et grans seigneurs. »

Ainsi, dans le contexte italien toscan, la truffe jouit du statut de mets de premier choix, destiné aux tables nobles.

Une histoire sensorielle

Au XIIIᵉ siècle, le dominicain Albert le Grand considère les truffes comme étant un genre de champignons. Cependant, il les différencie et précise qu’elles se caractérisent par l’absence de goût et/ou de parfum : « et sunt privati sapore omnes tuberes, et in hoc differunt a fungis ». En effet, le terme latin sapor, oris (m.) peut concerner les deux sens, olfactif et gustatif.

Dans le contexte mycologique, il n’est pas impossible qu’il puisse désigner les deux en même temps, à la fois l’odeur particulière du champignon et le goût prononcé de celui-ci. Leur consommation étant considérée par les autorités comme une cause de mélancolie, elles doivent être mangées avec du vin pur
– « vinum purum » – et des épices – « species condientes eos » – pour contrer leurs effets néfastes sur l’eucrasie (c’est-à-dire l’équilibre entre les quatre humeurs du corps : le sang, la phlegme, la bile jaune et la bile noire qui, déséquilibrées, engendrent des maladies, selon les croyances médicales de l’époque).

Il indique cependant que l’ajout de ces assaisonnements ne permet pas aux truffes de devenir plus goûtues, « mais elles restent toutefois inspides » (« sed tamen remanent insipidi »), écrit-il, ce qui est très surprenant, tant la truffe est connue au contraire pour son goût prononcé. Pour reprendre la formule du gastronome français Jean Anthelme Brillat-Savarin, « [q]ui n’a pas senti sa bouche se mouiller en entendant parler de truffes… » (Brillat-Savarin, Éd. 1828, p.203-204) et en imaginant leurs arômes sur notre palais ?

Alfonso Ceccarelli, médecin généalogiste et faussaire italien, publie à Padoue un court traité sur les truffes – Opusculum de tuberibus, 1564 – qui témoigne de l’intérêt renouvelé pour cet objet naturel et ses qualités gustatives à la Renaissance. Dans le chapitre IV sur la variété des truffes, il rapporte l’hypothèse de deux naturalistes qui en recensent quatre espèces. Celles-ci se différencient notamment par leur apparence, leur couleur et par leur goût :

« [Ils] affirment qu’il existe quatre sortes de truffes : certaines sont rousses avec une écorce noire et un goût désagréable ; d’autres sont blanches avec une écorce noire et sans goût ; d’autres encore sont grises avec une écorce noire, plus savoureuses que les autres ; et d’autres enfin sont noires, également avec une écorce noire, et ont un goût aromatique vif, sucré et très savoureux, supérieur aux autres, et sont très recherchées dans les cuisines par les amateurs de bonnes choses. »

Il existerait donc parmi les truffes une hiérarchie des saveurs : elles peuvent être désagréables, insipides, ou développer de vifs arômes. Les espèces de truffes semblent ainsi répertoriées selon leur sapidité, ce qui suggère une plus ou moins grande propension à les consommer. Contrairement à Albert le Grand, certaines variétés de truffes sont considérées comme intéressantes à cuisiner en raison de leurs particularités aromatiques. C’est notamment le cas de la truffe de couleur noire à l’écorce noire, qui désigne sans aucun doute le Tuber melanosporum
– Truffe noire dite du Périgord – dont le goût est jugé meilleur que celui de toutes les autres.

Dans l’édition posthume de De l’Honneste volupté, livre très nécessaire à la vie humaine, pour observer bonne santé… (1571), Platine de Crémone énonce la manière d’apprêter les truffes pour bien les déguster :

« Est bon toutefois (ainsi qu’il dict) de les bouillir premierement en eaue ensemble un roux d’œuf, & nettoyées & plumées les confire en huille doux & inspargir des espices. Autres y a qui les apprestent & lavent premierement avec du vin, & puis les font & laissent cuire soubz les cendres chaudes : & quand sont cuyctes & bien nettoyées les mettent à table toutes chaudes apres la chair inspargies de sel, & de poyvre. Et apres icelles mangées lon doit boire de bon vin… »

S’il mentionne l’usage de sel, de vin et d’épices pour rehausser les saveurs du plat, il ne fait cependant aucune mention du goût caractéristique de la truffe, ni des nuances gustatives propres à ses différentes variétés. En l’absence de toute caractérisation de sa saveur, la truffe semble ainsi perdre la singularité gustative qui lui est par ailleurs attribuée. Pourtant, Ceccarelli estime que la perfection et qualité des truffes – sous-entendu leur sapidité – dépendent de leurs régions et lieux de récolte.

« Que nul ne s’étonne si les truffes récoltées en différents lieux n’offrent pas le même degré de perfection et de qualité, car les végétaux varient et se transforment selon la région et l’emplacement […] Il faut assurément admettre que les racines des plantes acquièrent des saveurs distinctes déterminées par les propriétés du sol, tout comme on l’observe pour les fruits. »

Sous sa plume, l’odeur des truffes se décline en une série de qualificatifs
– plaisante (gratus), parfumée (odorata), aromatique (aromaticum), voire pénétrante (penetratiuum) – tandis que leur goût est décrit plus simplement, comme doux et agréable (dulcia, gustuque suavia). Dans le traité de cuisine « dedié aux Dames Mesnageres » de l’agronome Nicolas de Bonnefons (1654), la puissante senteur des truffes semble même aller jusqu’à susciter l’émotion chez d’aucuns :

« Elles ont une tres-bonne odeur, car si vous les enfermiez dans des Boettes pour les transporter au loing ; à l’ouverture de la Boete leur parfum est si puissant, qu’il tire les larmes des yeux. »

Cependant, davantage que le sens olfactif, c’est le sens gustatif qui revêt la plus grande importance pour l’agronome :

« À cause que de tous les sens, il n’y en a point de plus délicieux, ny de plus necessaire à la vie que celuy du Goust. »

Il suggère en ce sens de « fai[re] secher des Champignons » et de les réduire « en poudre bien fine ». Cette poudre « sera excellente […] pour […] relever le goust au tems [sic : temps] que l’on ne voit point de Champignons ».

Les champignons, y compris la truffe, deviennent ainsi des exhausteurs de goût et d’arômes, facilement conservables sous forme sèche, afin de contrer leur saisonnalité. Cette réflexion synesthésique, qui associe les perceptions olfactives et gustatives à l’expérience sensible, trouve un écho chez Ceccarelli. À la fin de son traité, il rapporte un distique attribué à Laurentius Sacchareus – qui rappelle une épigramme du poète latin Martial (Epigrammata, livre XIII, 50) :

« Nous sommes des fruits nés des entrailles déchirées de la terre ;
Que vous nous humiez ou que vous nous mangiez, nous sommes d’agréables truffes. »

En donnant voix aux truffes dans ces vers, il met en scène l’expérience sensorielle du consommateur, dont l’agrément tient tant à leur fragrance qu’à leurs qualités gustatives.

Les propriétés organoleptiques des truffes, stimulant les sens du goût et de l’odorat, sont connues dès le XVIᵉ siècle. La rareté de cet objet naturel et ses arômes vifs en font un produit alimentaire recherché. Tant est si bien que les truffes se retrouvent comme sujet de composition sous le pinceau du toscan Bartolomeo Bimbi (1648-1729) pour rejoindre le cabinet du grand-duc de Toscane, Côme III de Médicis (1642-1723), à la villa Medicea dell’Ambrogiana.

Comme l’indique le cartouche dans le tableau, cette masse fongique fut découverte en octobre 1706 sur le lieu de production habituel des « Tartufi neri odorosi » (truffes noires parfumées) et présentait « tutte le qualita di vero Tartufo, cioe figura, colore, consistenza, e odore » (« toutes les caractéristiques d’une véritable truffe – à savoir la forme, la couleur, la consistance et l’odeur »). Bien qu’il s’agisse d’une multitude de truffes agglutinées par la terre, ce portrait rigoureux confère à la truffe une certaine noblesse par sa représentation, dont le morceau découpé laisse deviner les effluves au spectateur.


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a eu lieu du 2 au 12 octobre 2026), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Saveurs savantes ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

The Conversation

Anne-Constance Legros ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

06.10.2026 à 12:12

Alliés potentiels, non-convaincus, détracteurs… comment dépasser les clivages créés par les ZFE ?

Carole Treibich, Enseignant chercheur en économie, Université Grenoble Alpes (UGA)
Hélène Bouscasse, Chercheuse INRAE, spécialisée en économie spatiale et des transport, Inrae
Rim Rejeb, Chercheuse en économie, VEDECOM; Université Grenoble Alpes (UGA)
Sandrine Mathy, Directrice de Recherche CNRS - économiste de l'environnement - Laboratoire GAEL, Université Grenoble Alpes (UGA)
Des travaux de recherche ont identifié six profils types selon leur rapport aux ZFE et aux mesures d’accompagnement, précieux pour mieux cibler ces dernières.
Texte intégral (3621 mots)

L’ESSENTIEL

  • En France, les zones à faibles émissions (ZFE) se trouvent au cœur d’une saga politique et réglementaire ; accusées d’être socialement injustes, elles alimentent la défiance d’une partie de la population.

  • Des travaux de recherche ont identifié six profils types de réactions face aux ZFE, qui permettent de mieux comprendre les attitudes sociales en présence.

  • À la clé, une bonne nouvelle : le groupe des « enthousiastes » est le plus représenté, le second étant celui des « alliés potentiels », convaincus des bienfaits de la ZFE pour la santé publique, mais inquiets de ses potentielles répercussions sociales. Un groupe qu’il est possible de convaincre à travers des mesures d’accompagnement ciblées.


Le 8 octobre 2026, les zones à faibles émissions (ZFE) reviennent au cœur du débat politique, avec l’examen d’une proposition de loi du Rassemblement national (RN) lors de sa niche parlementaire. Celle-ci vise à les supprimer définitivement, quelques mois après une première tentative avortée.

Quinze ans de ZFE en France : les grandes étapes réglementaires. H. Bouscasse et coll., 2026, Fourni par l'auteur

Cette chronologie témoigne d’une défiance vis-à-vis des ZFE, accusées d’être socialement injustes. L’argument est le suivant : elles ne bénéficieraient qu’aux habitants aisés des centres urbains au détriment des ménages modestes qui vivent en périphérie et qui, faute de moyens financiers ou d’alternatives de transport, verraient leur accès au centre-ville restreint, ce qui pourrait également limiter leurs possibilités d’emploi.

Une campagne de désinformation médiatique visant à discréditer les ZFE a encore amplifié le sentiment d’injustice sociale.


À lire aussi : ZFE, de la suppression au sursis : une saga juridique qui n’a pas encore dit son dernier mot


Des travaux que nous avons menés menés à Grenoble (Isère) sur la vulnérabilité des ménages face aux ZFE montrent qu’il est possible d’identifier précisément les ménages les plus vulnérables et, parmi eux, ceux qui ne peuvent pas s’adapter à la ZFE. Ce sont ces derniers, finalement peu nombreux, que les dispositifs d’accompagnement ciblent en priorité.

Quels sont les liens entre adhésion aux mesures d’accompagnement et soutien aux ZFE ? Une nouvelle recherche que nous avons récemment publiée dans Transport Policy dresse six profils types. D’abord, trois groupes plutôt favorables : les enthousiastes, les anti-dérogations et les non concernés. Puis trois autres profils plus ou moins critiques : les alliés potentiels, les non-convaincus et les détracteurs.

Alors que les ZFE continuent de déchaîner les passions, ces résultats sont précieux, car ils peuvent permettre de mieux cibler les mesures d’accompagnement.

Des bénéfices démontrés à l’étranger

Trente ans après les premières ZFE instaurées en Suède, et avec près de 300 ZFE aujourd’hui en Europe, il est établi qu’elles ont conduit à une réduction des émissions de NO2 et de PM10 de 5 % à 25 %, des maladies cardiovasculaires ou encore du diabète. Elles permettent même de rattraper les déficits de développement pulmonaire causés par la pollution atmosphérique chez les enfants, ce qui est déterminant pour prévenir la morbidité respiratoire et cardiovasculaire à l’âge adulte.

Ces bénéfices dépassent la seule santé physique. À Londres (Royaume-Uni), la mise en place de la ZFE s’est accompagnée d’une baisse de 18,5 % des arrêts maladie, entraînant une amélioration significative de la productivité du travail. Les habitants y déclarent également être plus heureux, avoir une meilleure estime de soi et ressentir moins d’anxiété.

Les bénéfices sont également d’ordre économique : une analyse coûts-bénéfices estime que la ZFE londonienne génère environ 37 millions de livres sterling d’économies par an (soit près de 43 millions d’euros) pour l’ensemble de la population.


À lire aussi : Les ZFE sont-elles injustes ? Ce que montrent les simulations de trafic en Île-de-France


Dépasser la tension entre justice sociale et environnement : l’exemple de Grenoble

Dans notre étude, nous explorons, sur la base d’une enquête réalisée à Grenoble avant la mise en place de la ZFE dans l’agglomération, une voie pour concilier justice sociale et efficacité environnementale et sanitaire, à travers la mise en place de mesures d’accompagnement des ZFE. Nous avons ainsi analysé les liens entre soutien à la ZFE et soutien à des mesures visant soit à renforcer son ambition environnementale et sanitaire, soit à améliorer son équité sociale, en facilitant l’adaptation des ménages les plus modestes.

Les mesures d’accompagnement que nous avons considérées sont celles envisagées par les décideurs politiques avant la mise en place de la ZFE.

  • Trois consistaient en des dérogations destinées à répondre à des préoccupations sociales : pour les artisans et les commerçants ambulants, certains véhicules de service public et les personnes en situation de handicap.

  • Deux autres favorisaient l’utilisation de la voiture particulière (un programme de mise au rebut pour l’achat d’un véhicule plus récent et l’autorisation de circuler dans la ZFE en cas de covoiturage), qui visaient également à répondre aux préoccupations des usagers ne disposant pas d’autres options de transport ou préférant ne pas renoncer à l’utilisation de la voiture.

  • D’autres visaient à encourager le transfert modal.

Cinq mesures, en particulier, avaient pour objectif d’encourager l’utilisation des transports en commun :

  • l’amélioration du réseau de transports en commun à l’intérieur de la zone ;

  • l’amélioration du réseau à l’extérieur de la zone ;

  • l’extension des parkings relais à proximité des transports en commun ;

  • la mise en place d’un titre de transport unique valable sur l’ensemble du réseau de transports en commun du département ;

  • et enfin, la réduction des tarifs des transports en commun.

Une autre mesure favorisait le vélo, tandis que la dernière mesure consistait en un service de conseil personnalisé destiné à aider les usagers à adapter leur mobilité dans la ZFE.


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Les six profils identifiés face aux ZFE

Notre analyse a permis d’identifier six attitudes types face aux ZFE, représentées dans le schéma ci-dessous.

Derrière le débat sur les ZFE, six profils aux attentes très différentes. H. Bouscasse et coll., 2026, Fourni par l'auteur

Une majorité de répondants était favorable à la mise en place de la ZFE. Dans ce groupe de personnes favorables, trois profils émergent.

  • Les « enthousiastes », groupe le plus important (32 % des répondants), soutiennent toutes les mesures d’accompagnement et sont fermement convaincus des effets positifs de la ZFE sur la qualité de l’air et la circulation.

  • Les « anti-dérogations » (15 %) sont très convaincus des bénéfices sanitaires de la ZFE, enjeu d’autant plus important à leurs yeux qu’ils vivent plus souvent en centre-ville. Ils s’opposent aux dérogations susceptibles d’en réduire l’ambition environnementale et sanitaire.

  • Le soutien à la ZFE des « non concernés » (8 %) semble découler du fait qu’ils ne sont pas impactés (car vivant en dehors du centre-ville) et ne se soucient guère des implications sociales, rendant ce soutien d’autant plus fragile qu’ils ne sont pas de fervents défenseurs de l’environnement.

Parmi les personnes opposées ou neutres vis-à-vis de la ZFE, trois autres profils se dégagent.

  • Les « alliés potentiels » (deuxième groupe le plus représenté, avec 19 % des répondants) soutiennent toutes les mesures d’accompagnement, particulièrement les conseils personnalisés. Convaincus des effets positifs de la ZFE, ils sont néanmoins inquiets des répercussions sociales potentielles (peut-être parce qu’ils ont des revenus relativement modestes), ce qui freine leur soutien à la ZFE. Ce groupe est particulièrement important à cibler pour les décideurs locaux. Répondre à leurs préoccupations (peur d’une vulnérabilité économique accrue) par des mesures d’accompagnement appropriées, notamment des conseils personnalisés, pourrait les rallier à la ZFE.

  • Les « non-convaincus » (17 %) doutent surtout de l’efficacité de la ZFE. Inquiets de ses conséquences sociales, ils soutiennent néanmoins la plupart des mesures d’accompagnement, à l’exception des conseils personnalisés, perçus comme coûteux et inefficaces.

  • Enfin, les « détracteurs » (9 %) avouent un désintérêt pour l’environnement et une attitude négative à l’égard du vélo. Pour eux, la ZFE n’a aucun intérêt, et ils ne soutiennent aucune des mesures. Tenter de convaincre ce groupe semble vain. Ils pourraient cependant représenter une forte opposition à sa mise en œuvre.


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Ce que cela change pour l’action publique

Des campagnes de communication ciblées, axées à la fois sur les impacts de la pollution atmosphérique sur la santé, les inégalités socio-économiques et spatiales d’exposition et sur les bénéfices avérés des ZFE en Europe, pourraient réduire la méconnaissance ou la sous-estimation de ces bénéfices et ainsi renforcer l’adhésion aux ZFE. Mais la communication à elle seule ne suffira probablement pas. L’efficacité et l’équité perçues doivent être abordées conjointement.

Notre analyse met en évidence le défi que représente la mobilisation des « alliés potentiels » sans compromettre le soutien des « anti-dérogations », afin de susciter une large adhésion du public. Cela nécessite de répondre aux préoccupations en matière d’équité sociale des « alliés potentiels », en particulier celles des ménages résidant en dehors du périmètre de la ZFE, qui peuvent se sentir limités dans leur capacité à s’adapter.

À cette fin, il est essentiel de combiner le déploiement d’une ZFE avec des mesures qui :

  • d’une part, renforcent la crédibilité des bénéfices attendus en matière de santé (et évitent ainsi les dérogations généralisées),

  • et, d’autre part, apportent des solutions adaptées aux ménages. L’introduction de dérogations très ciblées, adaptées à des situations spécifiques, pourrait apaiser les inquiétudes concernant une vulnérabilité accrue en matière de mobilité chez les ménages défavorisés, sans compromettre l’efficacité environnementale de la ZFE.

À Grenoble, des dérogations ciblées permettent d’apporter des solutions concrètes aux ménages les plus exposés. Pixabay

De telles flexibilités existent déjà : dans la métropole de Lyon (Rhône), la dérogation « Petit rouleur » permet par exemple de circuler jusqu’à 52 jours par an avec un véhicule normalement concerné par les restrictions. À Grenoble aussi, un certain nombre de dérogations ciblées existent.

Les services de conseil personnalisés en mobilité constituent un autre outil prometteur. À Grenoble, à l’issue d’un entretien visant à évaluer la capacité de chaque individu à s’adapter à la ZFE, notamment en matière de transfert modal, les participants peuvent bénéficier d’un forfait de mobilité de 1 000 euros. Utilisable pendant un an, il peut être utilisé pour la location à long terme de vélos classiques ou électriques, l’achat d’abonnements aux transports en commun ainsi que pour des services d’autopartage ou de covoiturage.

L’enjeu global dépasse la question de la survie des ZFE qui, même si elles survivent à cette niche parlementaire, auront du mal à se relever de ces attaques répétées. Il s’agit surtout de reconnaître qu’il est possible d’améliorer la qualité de l’air, et la santé de tous, de réduire les inégalités d’exposition et de diminuer la place de la voiture dans nos déplacements. L’actualité – en lien, notamment, avec le prix des carburants – nous rappelle que la dépendance à l’automobile ne cesse de peser sur le budget des ménages, en particulier les plus modestes, tout en fragilisant la sécurité énergétique de la France et en aggravant le réchauffement climatique.

Rappelons que la pollution de l’air est responsable de 5 à 7 % de la mortalité européenne et de 7 % de la mortalité en France. Dans les zones urbaines françaises, ce sont les ménages les plus modestes qui sont les plus exposés à une piètre qualité de l’air et ceux dont la santé aurait le plus à gagner de son amélioration.

C’est pourquoi la Directive européenne sur la qualité de l’air vise le « zéro pollution » à l’horizon 2050. Sa transposition nationale, qui doit être réalisée avant la fin de cette année, nécessitera d’abaisser drastiquement les seuils réglementaires de pollution atmosphérique afin de s’aligner sur ces nouvelles normes. Est-ce que supprimer les ZFE sans alternative est vraiment la meilleure manière de s’y préparer ?

The Conversation

Sandrine Mathy a reçu des financements de l'ADEME (Programme Primequal) pour le projet QAMECS-SHS, de Grenoble Alpes Métropole (projet PERCEPOL), et de l'ANR dans le cadre du programme “Investissements d’avenir” (ANR- 15-IDEX-02) pour les projets MOBILAIR et ACME .

Carole Treibich, Hélène Bouscasse et Rim Rejeb ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

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