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20.07.2026 à 17:15

La théorie de l’évolution est mal comprise : est-ce un problème de langue, de vocabulaire ou de psychologie ?

Nicolas Gergaud, Docteur en sciences du langage, Université Bordeaux Montaigne
Notre langue « ordinaire » peut-elle décrire correctement un savoir scientifique et des concepts très précis ?
Texte intégral (2389 mots)

Notre langue « ordinaire » peut-elle décrire correctement un savoir scientifique et des concepts très précis ? La difficulté s’accroît lorsque l’on utilise des mots qui n’ont pas le même sens dans l’usage courant que dans le champ des sciences. L’exemple de la théorie de l’évolution est particulièrement parlant.


La théorie de l’évolution semble souffrir d’un malentendu : si la biologie dispose d’un vocabulaire spécifique dont la fonction est l’univocité, la langue commune, elle, reste polysémique. C’est précisément dans cet écart, entre unicité et variété, que se logent les représentations qui accompagnent encore notre manière de penser l’évolution.

Mes recherches se situent dans le champ des sciences du langage. C’est en analysant une centaine de productions écrites d’étudiants en sciences de la vie qu’un constat s’est progressivement imposé à moi. Alors que je cherchais à décrire les caractéristiques du discours disciplinaire en anatomie comparée, j’ai rencontré une difficulté qui ne relevait pas uniquement de la maîtrise d’un lexique spécialisé ou d’une méthodologie discursive particulière : elle engageait plus largement la capacité de la langue ordinaire à exprimer des concepts issus de la biologie évolutive.

Les termes spécialisés – acide désoxyribonucléique, tétrapode, xylème, ostéichtyen et autres syncrétismes gréco-latins – remplissent une fonction spécifique. Ils permettent de désigner des objets et des phénomènes de façon univoque. Cependant, lorsque les biologistes mettent le savoir en discours, ils mobilisent nécessairement des mots du quotidien dont le sens déborde forcément du cadre scientifique. La difficulté n’est donc pas seulement de vulgariser un savoir complexe, elle est d’abord de traduire un système conceptuel à travers une langue qui par nature est culturellement marquée. Comprendre ce que disent les groupes de mots « théorie de l’évolution » et « les mammifères se sont adaptés » nécessite une posture particulière.

Le mot « théorie » ne signifie pas toujours la même chose

Le mot « théorie » par exemple, dans l’usage courant, renvoie à une opinion personnelle, parfois à une simple conjecture : on peut entendre des énoncés contenant « ma théorie, c’est… » en lieu et place « à mon avis, c’est… » (de cela devraient se méfier d’ailleurs les complotistes). En sciences expérimentales, le terme « théorie » désigne un cadre explicatif robuste, construit à partir d’observations et de résultats expérimentaux, éprouvés par les faits et toujours susceptible d’être révisé. Une théorie n’est jamais absolument vraie ; pour qu’elle le soit, il faudrait admettre qu’elle englobe tous les faits passés, présents et futurs, « la science serait terminée » enseigne le père de la méthode expérimentale, Claude Bernard.

Quant au verbe « s’adapter », avec son pronom réfléchi, il évoque une action volontaire, une capacité à modifier consciemment son comportement face aux circonstances. Pourtant, le discours de la biologie évolutive exclut toute intentionnalité. En effet, le vivant n’a pas décidé d’être ce qu’il est, et encore moins dans une optique d’adaptation. Dans une même population, les individus montrant certaines caractéristiques avantageuses dans un écosystème donné laisseront davantage de descendants. D’un point de vue évolutif, le vivant ne s’adapte pas : il est adapté.

Ces glissements de sens ne relèvent pas d’un simple malentendu lexical. Ils révèlent une manière spontanée de penser le vivant. Comme le montre la psychologie cognitive, nous sommes enclins à attribuer des intentions à des phénomènes naturels qui n’en possèdent aucune. Nous voyons des projets là où n’opèrent que des mécanismes physiques. Nous prêtons des stratégies à ce qui résulte de processus aveugles. Nous avons des intuitions et nous les prêtons aux choses.

L’anthropomorphisme naît de ce phénomène. Thierry Ripoll, professeur de psychologie cognitive à l’université d’Aix-Marseille, écrit dans son ouvrage Pourquoi croit-on ? (2020) que le système intuitif répond à un besoin de sens immédiat et à l’espoir de ne pas être le produit contingent de phénomènes dépourvus de finalité. Bref, nous aimons nous raconter des histoires pour mieux rêver. L’une des conséquences les plus persistantes de cette disposition cognitive consiste à interpréter l’évolution comme une marche vers le progrès.

Progrès ? Quel progrès ?

Le mythe du progrès sous-tend largement notre manière de penser l’évolution du vivant. Il constitue l’un des cadres interprétatifs à travers lesquels nous donnons intuitivement un sens positif à l’évolution. Pourtant, le progrès est une notion historique, sociale ou technique, il n’est pas une catégorie biologique. On peut parler de progrès scientifique, économique ou politique ; on ne saurait parler d’un progrès de la nature. Si une structure organique (comme l’œil par exemple) demeure dans les populations, c’est parce que l’efficacité fonctionnelle contribue à sa persistance, et non pas parce qu’elle représenterait une amélioration inscrite dans un projet d’ensemble. Nos yeux, nos poumons ou notre cerveau ne sont pas l’aboutissement d’un dessein, ils sont les produits contingents de l’histoire évolutive.

Pourtant, en dépit de la liste de mots à éviter en sciences de l’évolution, notre langage continue d’introduire partout des hiérarchies implicites. Nous parlons encore volontiers d’espèces « primitives », de « fossiles vivants », ce qui revient à parler d’organismes qui seraient « moins » ou « plus » évolués que d’autres (ce qui est erroné, convenons-en). Nous évoquons encore souvent une nature « bien faite », voire qui serait « inventive ».

La métaphore de la « sortie des eaux » fonctionne elle-même comme un récit de promotion où quitter le milieu aquatique reviendrait à franchir un degré supérieur de l’évolution. Mais que dire alors des méduses et des baleines ? Des bactéries ou des champignons ? Des plantes ? À quelle aune mesurerions-nous leur prétendue infériorité ? Ces questions n’ont, du point de vue de la biologie, aucun sens. Elles témoignent seulement de la persistance d’un imaginaire finaliste.

Une question socialement vive

Le savoir lié à l’évolution se heurte toujours à de multiples représentations sociales où se rencontrent croyances et biais épistémologiques. Si le débat scientifique catalysé par Darwin semble réglé, la théorie est loin de faire consensus dans la sphère sociétale : la théorie de l’évolution demeure une question socialement vive. Les difficultés de compréhension de la théorie de l’évolution ne relèvent pas d’une simple confusion terminologique.

Elles traversent l’école, l’université et, plus largement, la société. Récemment, une étude de l’IFOP révèle que 27 % des 18-24 ans sondés adhèrent à une représentation créationniste du monde (« les êtres humains ne sont pas le fruit d’une longue évolution d’autres espèces comme les singes mais ont été créés par une force spirituelle »), tandis qu’un quart des étudiants inscrits en licence ou en master conservent une représentation erronée de l’évolution. Dès lors, l’enjeu dépasse largement le cadre de la biologie : il touche à la manière dont la société s’approprie les connaissances scientifiques. C’est pourquoi la vulgarisation occupe une place décisive. Il ne s’agit pas seulement de rendre le savoir accessible, mais aussi d’éviter que le langage ordinaire ne réintroduise dans la narration des schémas de pensée que la théorie de l’évolution permet pourtant de dépasser.

Un storytelling contre-productif

L’une des images les plus ancrées de l’évolution reste celle d’un continuum linéaire, au travers duquel l’idée du primate « moins évolué » se redresse progressivement jusqu’à devenir un être humain assurément « plus évolué ».

Les documentaires sur la nature sont souvent des invitations au voyage. Mais, là où tout est supposé n’être qu’ordre et beauté, les récits consacrés au vivant sont largement imprégnés d’anthropomorphisme. La nature « invente », les animaux deviennent « ingénieux », les plantes « décident » et possèdent des « superpouvoirs » tandis que l’évolution déploie ses « ruses ». Pris isolément, ces procédés relèvent de nécessités narratives. Accumulés, ils composent cependant une véritable commedia dell’arte du vivant, où les personnages – le progrès, l’intention, le génie de la nature – avancent masqués. Dans ce « storytelling mental » : nous construisons des narrations qui nous procurent le sentiment de comprendre le monde. Ce qui facilite le récit brouille la compréhension de la théorie : il y a du bruit dans la transmission.

Tout cela indique que la vulgarisation peine encore à dépasser l’obstacle à la bonne transmission du savoir. Cela suppose peut-être de soumettre notre langue commune à l’analyse. À la lumière de La Psychanalyse du feu, nous sommes invités à nous interroger sur les images, les intuitions et les valeurs que nous projetons sur le monde. Il nous appartient sans doute d’exercer cette même vigilance à l’égard des mots par lesquels nous racontons le vivant. Pour la connaissance objective, rectifier le discours n’est pas seulement mieux dire la science ; c’est aussi apprendre à mieux la penser.

L’espèce humaine n’occupe aucun sommet par rapport aux autres espèces. University of Texas

À partir de séquences d’ARN ribosomal, des chercheurs de l’université du Texas fournissent une représentation graphique de la parenté d’environ 3000 espèces actuelles. Cela prend la forme d’un cercle, dont chacun des points se trouve équidistant de l’ancêtre commun universel. Notre position n’y occupe aucun sommet. Homo sapiens partage le même temps évolutif que Gallus gallus(coq doré), qu’un chêne, un champignon ou une bactérie. Les degrés de complexité diffèrent ; le temps évolutif, lui, est identique. Aucune espèce contemporaine n’est plus évoluée qu’une autre.

Cette idée, de se situer au même rang évolutif que tous les êtres vivants, est peut-être l’une des plus difficiles à accepter, tant elle heurte nos intuitions. Elle exige que nous renoncions au récit du progrès pour penser l’histoire du vivant sans direction, sans intention et sans hiérarchie. Il nous faudra sans doute décoloniser notre imaginaire, non pour renoncer à raconter des histoires, mais pour apprendre enfin à raconter celle de l’évolution.

The Conversation

Nicolas Gergaud ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

19.07.2026 à 11:21

Les centres de données spatiaux posent aussi des risques écologiques. Qu’en dit le droit ?

Anna Hurova, Post-doctorante, Chaire Espace, École normale supérieure (ENS) – PSL
Un regard juridique sur les centres de données spatiaux, qui ne règlent pas tous les problèmes environnementaux de leurs équivalents terrestres… et en génèrent des nouveaux.
Texte intégral (2034 mots)
Déploiement de Starcloud-1 en novembre 2025 : avec ses GPU de Nvidia, c’est le premier satellite à faire tourner le modèle de langage de Google dans l’espace (Gemini). Philipjohnst, Wikipédia

Différents acteurs du spatial prévoient d’envoyer des centres de données en orbite, souvent sous la forme de constellations de nombreux satellites. Souvent, l’argument est de délocaliser les nuisances contre lesquelles des voix s’élèvent sur Terre. Mais les centres de données spatiaux ne règlent pas tous les problèmes, et en génèrent des nouveaux. Un regard juridique.


Le 30 janvier, l’entreprise SpaceX a sollicité l’autorisation de lancer un million de satellites dotés d’une capacité de calcul destinée à alimenter des modèles avancés d’intelligence artificielle (IA). À la fin du mois de mars, un premier modèle de satellite, l’AI Sat Mini, a été présenté : l’appareil mesurerait environ 170 mètres de long, dont près de 100 mètres de panneaux solaires, soit une dimension proche de celle de la Station spatiale internationale. Pour l’instant, le projet est encore en cours de développement et les caractéristiques précises de la configuration des satellites qui seront déployés au sein d’une constellation d’un million d’unités ne sont pas encore connues. Néanmoins, il permet d’illustrer les perspectives de ce futur déploiement.

Parallèlement, la Chine prévoit le lancement de la constellation Three-Body Computing Constellation, composée de 2 800 satellites. De plus en plus d’États et d’acteurs privés envisagent également le déploiement de satellites destinés à soutenir ce type de technologie.

L’émergence simultanée de ces projets témoigne d’une concurrence technologique particulièrement intense et met en lumière la nécessité de repenser, de manière qualitative, les cadres actuels de la gouvernance spatiale. Cette réflexion pourrait notamment s’inscrire dans le cadre des consultations relatives aux aspects juridiques et politiques de la gestion du trafic spatial au sein du Sous-comité juridique du Comité des utilisations pacifiques de l’espace extra-atmosphérique, ou encore prendre la forme d’un nouveau cadre normatif, tel qu’évoqué dans le Pacte pour l’avenir de l’ONU.

L’argument écologique contestable

L’objectif consiste à fournir une puissance de calcul inédite afin de faire tourner des modèles avancés d’IA de manière plus viable économiquement, directement dans l’espace. Cela concerne notamment le traitement des images satellitaires sans les dupliquer, par exemple pour la gestion des catastrophées, le suivi des ressourcés agricoles ou encore d’étude du climat, etc.

En effet, ces derniers consomment des quantités considérables d’électricité, et certains scénarios estimant qu’ils pourraient représenter jusqu’à 30 % de la consommation électrique européenne, ainsi que d’importants volumes d’eau nécessaires au refroidissement des infrastructures. Véolia rapporte par exemple que la consommation d’eau des centres de données de Virginie, aux États-Unis, est passée de 1,13 à 1,85 milliard de gallons entre 2019 et 2023.

Le projet de recherche ASCEND, mené par l’Union européenne, souligne également que le déploiement futur de capacités de traitement de données en orbite pourrait contribuer à la stratégie de réduction de l’empreinte carbone du secteur numérique, conformément aux objectifs du Pacte vert pour l’Europe.

À première vue, le transfert des centres de données vers l’espace apparaît comme une solution écologiquement prometteuse.

Plan d’encombrement des orbites et conséquences environnementales

L’espace peut sembler infini et détaché des contraintes environnementales terrestres. Pourtant, une approche systémique des interactions entre l’espace et la Terre permet de mettre en évidence de profondes interdépendances.

Il convient notamment de souligner que les projets visant à déployer des centres de données en orbite concernent principalement l’orbite basse, qui constitue déjà la région orbitale la plus encombrée. Dans le projet de SpaceX, par exemple, la constellation serait déployée à des altitudes comprises entre 500 et 2 000 kilomètres. Les satellites seraient répartis dans des « coquilles orbitales » étroites, d’une épaisseur maximale de 50 kilomètres chacune.

Or, le nombre d’objets en orbite autour de la Terre connaît une croissance extrêmement rapide. Aujourd’hui, on estime qu’environ 26 000 objets de plus de 10 centimètres se trouvent en orbite terrestre basse, dont près de 9 300 satellites actifs. À cela s’ajoutent environ 1,2 million d’objets mesurant entre 1 et 10 centimètres, ainsi qu’environ 130 millions de fragments compris entre 1 millimètre et 1 centimètre.

La combinaison du nombre actuel d’objets spatiaux et des futurs déploiements alimente les craintes liées à ce que l’on appelle le « syndrome de Kessler » : une réaction en chaîne de collisions générant toujours plus de débris et pouvant rendre certaines orbites inutilisables durant des décennies. L’augmentation du nombre et de la taille des satellites accentue ce risque et impose de repenser la gestion du trafic spatial.


À lire aussi : Pollution dans l’espace : et si on taxait ?


D’autres conséquences environnementales liées à ce type de projets méritent également d’être soulignées.

Tout d’abord, la dissipation thermique produite par les infrastructures orbitales dans le vide spatial pourrait créer des interférences nuisibles pour les satellites évoluant sur la même trajectoire et ainsi soulever des interrogations au regard de l’obligation de ne pas créer d’entraves injustifiées aux activités spatiales d’autres États, telle qu’énoncée à l’article IX du Traité de l’espace de 1967.

Ensuite, les impacts sur l’environnement terrestre associés aux lancements et aux rentrées atmosphériques des satellites suscitent des préoccupations croissantes. Les panaches d’émissions des lanceurs ainsi que les processus de désintégration atmosphérique pourraient notamment affecter la couche d’ozone.

Afin de mieux appréhender ces contraintes, il est possible de mobiliser la théorie des « limites de la croissance », initialement développée pour analyser les limites écologiques de l’expansion économique humaine.

Face à ces défis, le droit reste relativement limité

Plusieurs documents juridiques existent, mais ils sont insuffisamment coordonnés.

Les lignes directrices relatives à l’atténuation des débris spatiaux élaborées par les Nations unies, l’Agence spatiale européenne et l’Inter Agency Space Debris Coordination Committee abordent par exemple peu les impacts des débris spatiaux sur l’environnement terrestre. Par ailleurs, certaines mesures destinées à réduire les débris en orbite, comme la désorbitation des satellites, peuvent paradoxalement accentuer les effets sur l’atmosphère ou sur les écosystèmes marins.

D’autres instruments juridiques présentent également des limites. En particulier, le Protocole de Montréal relatif aux substances qui appauvrissent la couche d’ozone, même modifié par l’amendement de Kigali, ne prend pas en compte certaines substances issues de la rentrée des satellites, comme l’alumine.

Similairement, la Convention sur la pollution atmosphérique transfrontière à longue distance (c’est-à-dire qui exerce des effets dommageables dans une zone soumise à la juridiction d’un autre État, et à une distance telle qu’il n’est généralement pas possible de distinguer les apports des sources individuelles ou groupes de sources d’émission) ne s’applique pas à ce type de phénomènes.

Dépasser les limitations du droit actuel en s’appuyant sur les obligations des États en matière de changement climatique

En l’absence de règles internationales précises, les juridictions internationales pourraient jouer un rôle important. Dans son avis consultatif sur les « obligations des États en matière de changement climatique », la Cour internationale de justice a rappelé plusieurs principes importants :

  • Les activités menées au-delà de la juridiction nationale mais sous le contrôle d’un État peuvent engager sa responsabilité si elles causent un préjudice.

  • Les effets à prendre en compte ne se limitent pas aux impacts directs : les effets cumulatifs ou indirects doivent également être considérés.

  • La responsabilité d’un État ne consiste pas seulement à mettre en place des mécanismes institutionnels de contrôle, mais aussi à garantir l’effectivité et la qualité de leur mise en œuvre.

Ces principes pourraient servir de base juridique pour interpréter l’article IX du Traité de l’espace. Celui-ci prévoit notamment la tenue de consultations internationales lorsque les activités d’un État causeraient une gêne potentiellement nuisible aux activités d’autres États parties au Traité en matière d’exploration et d’utilisation pacifiques de l’espace extra-atmosphérique.

Dans un contexte de multiplication rapide des satellites, cette approche pourrait contribuer à développer progressivement un cadre juridique.

The Conversation

Anna Hurova ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

17.07.2026 à 10:58

À quoi servent les grosses boules orange suspendues aux lignes électriques ?

Rui Bo, Associate Professor of Electrical and Computer Engineering, Missouri University of Science and Technology
Elles sont visibles de loin, mais peu de personnes savent à quoi servent ces grosses boules orange suspendues aux lignes électriques. Leur rôle est pourtant essentiel : éviter les collisions entre les aéronefs et les câbles à haute tension.
Texte intégral (1789 mots)
La visibilité préside au choix de la couleur de ces boules. MdE/Wikimedia, CC BY

Ces sphères orange que l’on aperçoit au-dessus des lignes à haute tension ne transportent pas l’électricité. Elles constituent en réalité un dispositif de sécurité aérienne aussi simple qu’efficace, conçu pour protéger les pilotes, leurs passagers et les personnes au sol.


Vous est-il déjà arrivé, sur l’autoroute, de lever les yeux et d’apercevoir ces grosses boules orange suspendues aux lignes électriques ? On dirait d’immenses perles enfilées sur les câbles à haute tension. Mais que font donc ces ballons de basket géants perchés là-haut ?

Je suis professeur et mes recherches portent sur les réseaux électriques, ces vastes infrastructures qui acheminent l’électricité des centrales jusqu’à nos maisons, nos écoles et nos entreprises.

Ces grosses boules orange ne servent ni à transporter l’électricité ni à améliorer le fonctionnement des lignes à haute tension. En revanche, elles remplissent une mission essentielle. Officiellement appelées « balises aéronautiques sphériques » ou « sphères de balisage », elles permettent aux pilotes de repérer les lignes électriques afin d’éviter que des avions ou des hélicoptères ne les percutent.

En quelque sorte, ce sont de grands panneaux d’avertissement suspendus dans le ciel, destinés à protéger les pilotes, leurs passagers et les personnes au sol.

De grands panneaux d’avertissement dans le ciel

Depuis un avion ou un hélicoptère, les lignes électriques peuvent être très difficiles à distinguer, en particulier lorsque les pilotes volent à basse altitude. Les câbles métalliques, très fins, se fondent facilement dans le paysage. Les boules orange rendent ces lignes beaucoup plus visibles. On peut les comparer aux bandes réfléchissantes d’un vélo : un dispositif simple, mais qui permet de repérer un danger avant qu’il ne soit trop tard.

Le choix de la couleur orange n’a rien d’un hasard. Cette teinte très vive est particulièrement visible pour l’œil humain et se détache nettement des couleurs plus discrètes de l’environnement, qu’il s’agisse du bleu du ciel, du vert des arbres ou du gris des nuages.

Il arrive que ces sphères soient rouges, blanches ou même rayées, mais l’orange reste la couleur la plus répandue, car elle offre une excellente visibilité dans la plupart des conditions d’éclairage.

Les règles de sécurité aérienne de nombreux pays précisent les couleurs à utiliser afin que les pilotes puissent identifier rapidement les obstacles. Aux États-Unis, par exemple, la Federal Aviation Administration publie des recommandations détaillant le balisage des obstacles situés à proximité des trajectoires aériennes.

Des techniciens préparent une sphère de balisage avant son installation
Des techniciens préparent une sphère de balisage avant son installation. Lisa Meiman/Western Area Power/Flickr, CC BY

Depuis le sol, ces sphères peuvent sembler à peine plus grosses que des balles de ping-pong. En réalité, la plupart sont beaucoup plus imposantes : elles mesurent environ 60 centimètres à 1 mètre de diamètre, soit la taille d’un gros ballon de plage.

Chacune pèse entre 4,5 et 11 kilogrammes, l’équivalent d’un grand sac à dos rempli de livres. Elles sont généralement fabriquées en plastique très résistant ou en fibre de verre, des matériaux également utilisés pour les bateaux ou les équipements d’aires de jeux. Elles peuvent ainsi résister pendant des années au soleil, à la pluie, à la neige, au vent… et même aux oiseaux qui viennent s’y poser de temps à autre.

Même si elles sont fixées sur des lignes transportant d’énormes quantités d’électricité, ces sphères ne sont pas elles-mêmes sous tension. Elles sont fabriquées à partir de matériaux isolants, qui ne laissent pas passer le courant électrique.

Pourquoi y a-t-il autant de câbles dans notre ciel ?

Les lignes à haute tension sont les autoroutes de l’électricité : elles acheminent le courant depuis les centrales où il est produit jusqu’aux lieux où il est consommé.

Les câbles sont suspendus entre de solides pylônes métalliques ou des poteaux en bois de grande hauteur. L’objectif est de maintenir ces lignes à haute tension suffisamment éloignées du sol pour garantir la sécurité des personnes qui circulent ou vivent à proximité. Certains pylônes de transport d’électricité, notamment ceux qui supportent les lignes à très haute tension, peuvent atteindre la hauteur d’un immeuble de 15 étages.

Si vous observez attentivement une ligne à très haute tension, vous verrez souvent trois gros câbles, parfois surmontés d’un quatrième, plus fin, appelé câble de garde. Placée au point le plus élevé, cette ligne est la plus susceptible d’être frappée par la foudre. Elle protège ainsi les autres câbles contre les surtensions susceptibles d’endommager les équipements ou de provoquer des coupures d’électricité. Relié à la terre, le câble de garde permet au courant de la foudre de s’écouler en toute sécurité le long du pylône jusqu’au sol.

Les trois principaux câbles fonctionnent ensemble pour transporter l’électricité selon un système triphasé. En répartissant le courant sur trois conducteurs plutôt qu’un seul, le réseau peut acheminer davantage d’énergie tout en limitant les pertes, ce qui améliore son efficacité.

Comment les boules sont-elles fixées aux câbles ?

L’installation des sphères de balisage aéronautique est réalisée par des équipes spécialement formées, qui interviennent souvent depuis un hélicoptère. Dans la plupart des cas, la ligne électrique reste sous tension pendant les travaux, ce qui exige des procédures de sécurité très strictes et une préparation minutieuse.

La sphère est constituée de deux demi-coques qui se referment autour du câble avant d’être solidement boulonnées l’une à l’autre.

Une fois en place, ces balises peuvent rester en service de 10 à 15 ans, selon les conditions météorologiques et leur environnement. Elles nécessitent peu d’entretien, mais les gestionnaires des réseaux les inspectent régulièrement afin de vérifier qu’elles ne sont ni fissurées ni trop décolorées.

Toutes les lignes électriques n’ont pas besoin de ces balises. Elles sont principalement installées dans les zones où les aéronefs sont susceptibles de voler à basse altitude, par exemple à proximité des rivières, des vallées, des aéroports ou des couloirs empruntés par les hélicoptères. Les lignes de distribution qui alimentent les quartiers sont généralement trop basses pour nécessiter un tel balisage.

La prochaine fois que vous apercevrez ces points orange dans le ciel, vous saurez donc qu’il ne s’agit pas d’un équipement destiné au transport de l’électricité, et que leur couleur n’a rien d’un hasard. Ces sphères sont des dispositifs simples mais ingénieux, conçus pour rendre le ciel un peu plus sûr.

The Conversation

Rui Bo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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