05.09.2026 à 17:13
Vers un ciel artificiel ? Ce que prévoit le droit contre la pollution du ciel nocturne
Texte intégral (2047 mots)

L’ESSENTIEL
L’explosion en cours du nombre de satellites vient s’ajouter à la pollution lumineuse que nous émettons depuis la surface de la Terre et menace la noirceur du ciel nocturne.
Si la pollution lumineuse sur Terre peut être encadrée, et l’est d’ailleurs plutôt bien en France, la pollution lumineuse venant de l’espace est bien plus difficile à réguler. Les juristes sont à pied d’œuvre.
Saviez-vous que, dans certains pays comme le Japon, il existe des parcs naturels… astronomiques ?
Chaque année, au mois d’août, a lieu l’une des plus grandes pluies d’étoiles filantes de l’année : les Perséides. Mais si vous observez le ciel nocturne l’an prochain, que pourrez-vous voir ? Selon l’endroit où vous vous trouvez, peut-être juste un ciel gris ou orangé sur lequel vous apercevrez la constellation de la Grande Ourse, et surtout de points lumineux en mouvement, qui sont autant de satellites « en orbite basse ».
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Aujourd’hui, il existe deux sources principales de pollution lumineuse du ciel nocturne, qui limite toujours davantage un accès libre et ouvert au ciel nocturne : celles provenant de la Terre et celles provenant de l’espace, en particulier des satellites. Que dit le droit de la protection de la nuit étoilée ?
Protection contre la pollution lumineuse d’origine terrestre : l’approche française
La première source est relativement mieux réglementée. L’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes (ANPCEN) définit le phénomène comme « la dégradation de l’environnement nocturne par émission de lumière artificielle entraînant des impacts importants sur les écosystèmes (faune et flore) et sur la santé humaine suite à l’artificialisation de la nuit ».
En France, depuis moins d’une décennie, plusieurs dispositions encadrent la pollution lumineuse. Notamment, le Code de l’environnement vise à assurer un équilibre harmonieux entre les zones urbaines et les zones rurales et encadre les émissions lumineuses artificielles. De plus, un décret de 2022 vise à réduire et prévenir la pollution lumineuse, en précisant les exigences relatives à la conception et à l’exploitation des installations d’éclairage extérieur ainsi que les règles applicables aux propriétaires publics et privés. Un arrêté fixe quant à lui la liste et le périmètre des 11 sites d’observation astronomique exceptionnels.
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Un mécanisme non gouvernemental de portée internationale est le label « Réserve internationale de ciel étoilé » (RICE), décerné par l’International Dark Sky Association, basée aux États-Unis. Ce label récompense une qualité exceptionnelle du ciel nocturne et engage les territoires concernés à mettre en œuvre des actions visant à réduire la pollution lumineuse. Il en existe sept en France, mais les RICE ne bénéficient d’aucune reconnaissance officielle de la part de l’État, ce qui limite leur capacité à se développer et à influencer les politiques publiques.
Par conséquent, la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature a reçu d’une sénatrice des Alpes-Maritimes une question portant sur la reconnaissance officielle des RICE comme territoires d’intérêt national, ainsi que sur l’élargissement du champ de l’arrêté aux éclairages privés.
Si l’on compare la France à d’autres États, elle figure parmi les pays les plus avancés en matière de lutte contre la pollution lumineuse. Les États réglementent principalement cette question au moyen de seuils d’éclairage, de restrictions techniques applicables aux installations lumineuses au niveau des différentes unités administratives, de réglementations techniques spécifiques (comme en Italie), ou encore par la certification de certains parcs nationaux en tant qu’« International Dark Sky Places », comme c’est notamment le cas au Japon.
Une pollution lumineuse sans frontières : le rôle des satellites
La pollution provenant de l’espace est due aux satellites qui réfléchissent la lumière du soleil.
La plupart des satellites polluent de façon « accidentelle ». En effet, les satellites sont construits à partir de matériaux qui réfléchissent la lumière du soleil, ce qui les rend souvent visibles à l’œil nu, sans qu’ils soient conçus spécifiquement pour cela. Le nombre de satellites en orbite autour de la Terre a connu une croissance exponentielle ces dernières années. En 2026, environ 15 000 satellites sont en orbite basse (low Earth orbit, ou LEO). Ils ont un impact direct sur l’astronomie professionnelle et amateur (contrairement aux satellites opérant sur d’autres orbites).
L’effet combiné des satellites actuellement en orbite basse et de l’accumulation de débris spatiaux pourrait déjà entraîner une augmentation d’environ 10 % de la luminosité du ciel nocturne par rapport aux niveaux naturels.
La régulation des satellites « pollueurs accidentels »
La régulation de ce domaine repose sur l’interaction entre trois catégories d’acteurs.
Les sociétés et organisations astronomiques encouragent les entreprises à coopérer et à partager leurs solutions afin de préserver les intérêts de l’astronomie. Elles incitent également les États à mettre en place des mesures incitatives visant à aider les opérateurs de satellites à développer les technologies nécessaires pour réduire au maximum les interférences avec les observations astronomiques et préserver la qualité du ciel nocturne, notamment son caractère sombre et silencieux.
Ainsi, le Centre de l’Union astronomique internationale pour la protection du ciel sombre et silencieux contre les interférences des constellations de satellites (IAU CPS) élabore notamment, en collaboration avec les opérateurs, des recommandations techniques, par exemple concernant les limites de luminosité apparente des satellites.
Il mène également des consultations avec des organisations internationales, telles que l’Union internationale des télécommunications (UIT) et le Bureau des Nations unies pour les affaires spatiales (UNOOSA), ainsi qu’avec les gouvernements nationaux, afin de favoriser la mise en œuvre des instruments existants de soft law, tels que les Best Practices for the Sustainability of Space Operations de la Space Safety Coalition, le Code of Conduct for Space Sustainability de la Global Satellite Operators Association ou encore l’ESA Zero Debris Charter.
La pollution lumineuse intentionnelle, une source émergente et très inquiétante
La pollution lumineuse intentionnelle, quant à elle, est étroitement liée aux projets de réflecteurs solaires.
En effet, en juillet 2026, la Commission fédérale des communications (FCC) des États-Unis a accordé à la société Reflect Orbital une autorisation pour le développement d’une technologie de réflecteurs spatiaux destinés à diriger la lumière solaire réfléchie vers des zones ciblées afin de « fournir une solution d’éclairage pour les opérations critiques » sans précision sur la nature de ces opérations, celles-ci sont probablement liées à l’augmentation de la durée d’utilisation des cellules solaires.
Ce dernier exemple a relancé les débats scientifiques et soulève trois questions juridiques :
1) Cette pratique, en l’absence de normes réglementaires spécifiques, pourrait-elle contribuer à l’émergence d’une pratique coutumière, autrement dit, il s’agirait d’un mode d’action déterminé par une pratique établie, plutôt que par des normes juridiques ? Pour répondre la question, il faudrait une communication publique et transparente concernant ces technologies, avant leur mise en œuvre. Celle-ci permettrait de renforcer la prise de conscience internationale et de garantir une implication active des États dans d’élaboration des normes (un mécanisme prévu par l’article IX du Traité de l’espace).
2) Existe-t-il une perspective d’adoption par les États membres des Nations unies de la proposition de moratoire ? Il semble qu’un document unilatéral tel qu’un moratoire risquerait de demeurer peu uniforme et de conduire à une approche réglementaire asymétrique entre les États, créant ainsi une fragmentation supplémentaire de la gouvernance des nouvelles activités spatiales.
3) La lumière solaire peut-elle être considérée comme une « substance extraterrestre », au sens de l’article IX du Traité de l’espace – ce qui permettrait l’application de cette disposition aux réflecteurs orbitaux ? Par analogie avec les échantillons d’astéroïdes, la lumière solaire qui n’atteindrait pas naturellement certaines zones de la Terre, mais qui serait intentionnellement dirigée par une intervention humaine, pourrait être considérée comme une substance extraterrestre au sens de l’article IX du Traité de l’espace, qui oblige les États parties au Traité à éviter les modifications nocives du milieu terrestre et à prendre les mesures appropriées à cette fin comme l’engagement dans les consultations internationales.
Une coordination renforcée entre les opérateurs de satellites, les astronomes et les autorités publiques est indispensable pour protéger le ciel nocturne contre les pollutions lumineuses, quelle qu’en soit la source. Et même chacun d’entre nous, qui sommes à la fois des contemplateurs du ciel nocturne et des utilisateurs de services spatiaux, peut contribuer à sa protection par un engagement citoyen actif.
Anna Hurova ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
05.09.2026 à 17:12
Notre ciel nocturne est en train de disparaître : un des enjeux du Sommet international sur l’espace 2026
Texte intégral (3102 mots)

L’ESSENTIEL
Les 9 et 10 septembre 2026, la France accueillera à Paris le Sommet international sur l’espace 2026.
Parmi les défis à l’ordre du jour, l’un des plus urgents, et des moins médiatisés, est la préservation du ciel nocturne, aujourd’hui menacé par la prolifération des satellites.
Sans action rapide, nos nuits pourraient bientôt ressembler à un écran de jeu vidéo où les satellites artificiels en perpétuel mouvement éclipseraient les étoiles.
Lors d’une soirée d’observation avec des élèves et leurs parents à Chilly, en Haute-Savoie, l’un d’entre nous leur apprenait à distinguer les planètes des étoiles parmi les constellations. Dans la lueur du crépuscule, les lumières clignotantes des avions en approche de Genève, et d’autres à éclat constant, se déplaçaient parmi les points fixes du firmament. « Ces points lumineux qui glissent sans clignoter ne sont ni des étoiles filantes ni des comètes, mais des satellites en orbite basse éclairés par le Soleil, » ont-ils appris. Cependant, la magie du ciel que nous admirions ce soir-là pourrait bien marquer la fin d’une époque. Dans moins de cinq ans, le ciel nocturne risque d’être méconnaissable.
En effet, en 2019, on comptait 2 200 satellites actifs en orbite avant les premiers lancements de la constellation Starlink, mais aujourd’hui, ils sont plus de 18 000 (d’après l’Orbital Radar). Ces satellites, dont la plupart n’ont pas pour fonction de réfléchir délibérément la lumière vers la Terre, contribuent néanmoins déjà à la pollution lumineuse du ciel en raison de la lumière solaire réfléchie par leurs surfaces, notamment celle de leurs panneaux solaires. D’ici 2030, ce nombre pourrait atteindre 30 000 à 60 000 si tous les projets déclarés à l’International Telecommunication Union (ITU) et à la Federal Communications Commission (FCC) états-unienne voient le jour.
Une autre catégorie de projets pourrait encore accroître le nombre d’objets en orbite. Les centres de données spatiaux, comme ceux envisagés par Orbital Compute, pourraient ajouter 100 000 satellites supplémentaires, chacun équipé de panneaux solaires qui renvoient la lumière du Soleil avec pour résultat, une pollution lumineuse spatiale sans précédent, sous la forme de points aussi lumineux que les étoiles les plus brillantes, se déplaçant à grande vitesse sur la voûte céleste et visibles à l’œil nu depuis n’importe où sur Terre.
À cette croissance pourrait s’ajouter une nouvelle catégorie d’objets : des satellites conçus pour réfléchir volontairement la lumière du Soleil vers les régions terrestres plongées dans la nuit. Le projet Reflect Orbital, qui prévoit d’éclairer des zones terrestres la nuit via des miroirs géants en orbite (50 000 sont annoncés), les satellites pourraient être jusqu’à quatre fois plus brillants que la pleine Lune dans leur faisceau direct, ou aussi éclatants que Vénus en dehors de celui-ci, selon une étude récente de l’European Southern Observatory (ESO). Ils viendraient donc s’ajouter aux milliers de satellites déjà visibles qui quadrillent la voûte céleste. À cause de la diffusion de la lumière du Soleil redirigée vers des zones de nuit sur Terre, ces sources contribueraient également à rendre le fond du ciel plus brillant dans des régions jusqu’ici préservées de toute pollution lumineuse.
Des impacts bien au-delà de l’astronomie
En effet, cette perspective menace aussi la biodiversité. Les espèces nocturnes (chauves-souris, oiseaux migrateurs, insectes, pollinisateurs…) dépendent de l’obscurité pour s’orienter, chasser ou se reproduire. Une série d’études récentes montre que la pollution lumineuse perturbe les écosystèmes complexes en modifiant les comportements de prédation, de reproduction et de migration. Préserver l’obscurité nocturne constitue donc un enjeu majeur pour la biodiversité, au même titre que la limitation de l’éclairage artificiel au sol.
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Avec des dizaines de milliers de satellites en orbite basse, le risque de collisions en cascade, que l’on appelle le syndrome de Kessler, devient réel, voire imminent. Chaque collision génère des milliers de débris, rendant certaines orbites inutilisables pour des décennies. En 2026, plus de 28 000 objets de plus de 10 centimètres de taille sont déjà catalogués en orbite (Orbital Radar).
Les débris spatiaux ne constituent pas seulement une menace pour les satellites : en réfléchissant la lumière du Soleil, les milliers de petits fragments en orbite peuvent également augmenter la luminosité diffuse du ciel nocturne. Une étude récente estime que cette contribution pourrait représenter, à l’horizon 2035, entre 3 et 20 % de la luminosité naturelle du ciel, et ce quelque soit l’endroit d’où l’on observe, donc y compris dans les sites astronomiques les plus sombres. Cette lumière diffuse, contrairement aux traînées individuelles des satellites, affecterait en permanence les observations astronomiques en augmentant le bruit de fond du ciel.
D’un point de vue culturel, c’est la disparition annoncée du ciel étoilé, patrimoine commun de l’humanité. Aujourd’hui, un tiers des images du télescope Hubble sont déjà altérées par des traînées de satellites. D’ici 2030, plus de 90 % des observations de missions comme SPHEREx, ARRAKIHS ou Xuntian, trois grands télescopes spatiaux consacrés à l’étude de l’Univers, pourraient être inutilisables. SPHEREx représente à lui seul un investissement d’environ 500 millions de dollars pour la Nasa, tandis qu’ARRAKIHS bénéficie d’un budget d’environ 200 millions d’euros de l’ESA.
Mais le vrai drame est culturel : déjà en 2016, 80 % des Américains, 60 % des Européens et plus d’un tiers du reste du monde ne voyaient déjà plus la Voie lactée à cause de la pollution lumineuse terrestre. Avec les mégaconstellations, même les zones les plus sombres de la planète perdront leur ciel étoilé.
Pas de régulations… ni de régulateur
Le problème aujourd’hui, c’est qu’aucune autorité ne dispose des moyens pour imposer des limites aux opérateurs privés. Cette course à l’orbite soulève désormais des questions qui dépassent largement les enjeux techniques : elle met en évidence les limites du droit spatial actuel et l’absence de véritable gouvernance internationale des constellations privées.
L’ITU gère les fréquences radio et les orbites, mais ne couvre pas les impacts environnementaux ou astronomiques. Ce qui a fonctionné pour la gestion des bandes de fréquences électromagnétiques destinées aux communications, c’est le fait qu’une gestion anarchique de celles-ci aurait directement impacté les opérateurs. Malheureusement, ce qui se passe avec les mégaconstellations n’aura pas d’impact immédiat sur le cœur des activités des entreprises impliquées, du moins dans un premier temps. La pollution lumineuse et les perturbations pour l’astronomie concernent principalement des effets indirects, qui ne remettent pas directement en cause leur modèle économique : les opérateurs ont donc peu d’incitations à limiter spontanément ces nuisances tant qu’aucune réglementation ne les y contraint.
Le COPUOS (Committee on the Peaceful Uses of Outer Space) est le comité des Nations unies pour les utilisations pacifiques de l’espace. Celui-ci a créé un groupe d’acteurs dont les recommandations ne sont pas contraignantes.
Ainsi, le Centre pour la protection des cieux sombres et calmes (Centre for the Protection of the Dark and Quiet Sky, CPS) de l’Union astronomique internationale coordonne les efforts entre astronomes, agences spatiales et industriels. Il travaille avec les opérateurs pour mesurer et réduire la luminosité de leurs satellites, en encourageant le recours à des traitements de surface moins réfléchissants et au partage de bonnes pratiques. Mais son influence dépend de la bonne volonté des opérateurs privés.
Dans un rapport intitulé « Large Satellite Constellations: Perspectives and Challenges », les Académies des sciences des pays du G7 ont proposé de créer un organisme de gouvernance permanent, inspiré de l’ITU, mais avec des responsabilités élargies. Cet organisme aurait pour objectif de gérer les orbites des satellites, de contrôler les impacts environnementaux, de protéger l’astronomie et de réguler le trafic spatial pour éviter les collisions. Sans ce cadre international strict et contraignant, la situation en orbite basse pourrait devenir ingérable, avec le risque accru du syndrome de Kessler, où des millions de débris rendraient l’espace inutilisable.
La France accueille les 9 et 10 septembre à Paris le Sommet international sur l’espace 2026, un événement qui réunira décideurs, scientifiques et industriels. En préparation de ce sommet, les académies des sciences du G7 ont tiré la sonnette d’alarme. Dans une déclaration commune, elles appellent à limiter le nombre de satellites en orbite basse, à créer un organisme international de régulation et à imposer des normes strictes pour réduire leur impact.
Que peuvent faire les citoyens ?
Les citoyens peuvent sensibiliser leur entourage au ciel nocturne comme patrimoine universel à protéger, au même titre que les océans ou les forêts. Ils peuvent aussi participer à des programmes, comme Globe at Night, pour mesurer la pollution lumineuse ou soutenir des initiatives, comme celles de DarkSky International pour limiter l’impact des mégaconstellations et préserver les cieux sombres.
Les décideurs, quant à eux, ont la responsabilité d’agir rapidement. Le Sommet international sur l’espace 2026 doit être l’occasion de créer un cadre international contraignant pour limiter le nombre de satellites et leur impact, de privilégier des infrastructures terrestres à faible empreinte carbone et des technologies de communication moins dépendantes des constellations satellitaires, et de protéger les sites de la pollution lumineuse à l’échelle mondiale, comme c’est le cas avec les « réserves internationales de ciel étoilé ».
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Le ciel de demain se décide aujourd’hui ! Dans dix ans, nos enfants regarderont-ils encore la Voie lactée, ou ne verront-ils qu’un réseau de lumières artificielles en mouvement ?
Le choix est entre nos mains, car le ciel nocturne n’est pas une ressource infinie. C’est un bien commun, un patrimoine culturel et écologique que nous avons la responsabilité de transmettre. Le Sommet international sur l’espace 2026 est une occasion unique pour agir.
Fabien Malbet est membre du GDR 2202 "Lumière et environnement nocturne" (LUMEN). Il est aussi membre de l'"Union astronomique internationale" (UAI/IAU) depuis 2006 et plus récemment du "Center for the Protection of the Dark and Quiet Sky" (IAU-CPS). Il reçoit des financements de l'Université Grenoble Alpes (LabEx FOCUS) du Centre National d'Études Spatiales (CNES), et de l'Agence Nationale de la Recherche (PEPR-Orignis, projet RETINA).
Julien Milli est membre du GDR 2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne). Il a reçu des financements du Labex OSUG 2024-2025, de l'Institut National des Sciences de l'Univers (INSU), de l'Agence Nationale de la Recherche (ANR) et du Conseil Européen de la Recherche (ERC). Il a été employé par l'Observatoire Européen Austral (ESO) au Chili de 2012 à 2019.
04.09.2026 à 12:32
Une étude chez la souris éclaire les changements cérébraux qui pourraient favoriser la rechute après l’arrêt de l’alcool
Texte intégral (1683 mots)

Pourquoi certaines personnes rechutent-elles après avoir arrêté de boire ? Des travaux menés chez la souris suggèrent que l’abstinence peut modifier l’activité d’une région cérébrale, le BNST, et ainsi contribuer à une consommation d’alcool excessive malgré ses conséquences néfastes.
Chez certains individus, s’abstenir de boire de l’alcool peut ensuite accentuer une consommation compulsive. Notre équipe de recherche a constaté que, chez des souris privées d’alcool, cette envie irrépressible de boire est précédée de modifications de l’activité d’une région cérébrale particulière, ce qui ouvre de nouvelles pistes de dépistage pour identifier et aider les personnes les plus vulnérables à une rechute.
Bien que l’abstinence alcoolique soit associée à une amélioration de l’état de santé, les chercheurs spécialisés dans les addictions émettent l’hypothèse que les modifications cérébrales qui surviennent pendant une période d’abstinence pourraient accroître le risque de rechute.
Pour explorer cette hypothèse, nous avons étudié le comportement de souris après leur avoir donné un accès volontaire à l’alcool pendant une longue période, suivi d’une période d’abstinence forcée. Nous avons constaté qu’une partie des souris développait une consommation d’alcool résistante à l’aversion : elles se mettaient alors à boire de l’alcool malgré la quinine que nous ajoutions pour le rendre de plus en plus amer. De plus, comparées aux souris qui n’avaient pas subi d’abstinence forcée, ces souris consommaient des quantités encore plus importantes de cet alcool très amer. Ces résultats suggèrent que l’abstinence pourrait entraîner des difficultés physiologiques susceptibles de contribuer aux rechutes chez les personnes souffrant de troubles liés à l’usage d’alcool.
Nous avons ensuite suivi l’activité d’un groupe particulier de cellules dans une région du cerveau appelée noyau du lit de la strie terminale, ou BNST. Des recherches antérieures ont montré que cette petite structure cérébrale joue un rôle important dans certains symptômes des troubles liés à l’usage d’alcool, notamment l’anxiété et la dépression.
Nous avons constaté que lorsque des souris en abstinence étaient replacées dans l’environnement où elles avaient auparavant eu accès à l’alcool, elles tentaient d’en boire, alors même que le dispositif ne contenait que de l’eau. Ces tentatives étaient associées à une activité du BNST. Chez les souris abstinentes qui avaient développé une préférence pour l’alcool très amer, l’activité dans cette région du cerveau était plus de deux fois supérieure à celle observée chez les souris qui n’avaient pas subi de période d’abstinence forcée.
Fait important, nous avons observé une activité du BNST avant même de donner aux souris abstinentes accès à l’alcool amer. Ce résultat laisse penser qu’il pourrait être possible d’identifier les personnes présentant un risque de rechute en mesurant l’activité du BNST lorsqu’on leur donne accès à de l’alcool.
Pourquoi c’est important
La consommation excessive d’alcool constitue l’un des principaux enjeux de santé publique. Bien qu’elle soit associée à de nombreux effets néfastes sur la santé, le public sous-estime chroniquement sa gravité.
En 2024, le nombre de décès associés à la consommation d’alcool aux États-Unis était 4,5 fois supérieur à celui des décès attribués aux opioïdes. Alors que la réduction des risques – qui constitue un élément majeur de la prise en charge des troubles liés à l’usage d’opioïdes – est également étudiée dans le traitement des troubles liés à l’usage d’alcool, l’abstinence reste au cœur de la plupart des approches de cette addiction.
Plus de 80 % des Américains âgés de 12 ans et plus consomment de l’alcool au cours de leur vie, et environ 10 % développent ensuite un trouble lié à l’usage d’alcool. Ces 10 % représentent près de 30 millions de personnes qui auraient besoin d’un traitement (En Europe, l'alcool est responsable de plus de 7 % des maladies et décès prématurés).
Malheureusement, les cliniciens disposent de peu d’outils pour prédire quelles personnes auront besoin d’aide. Bien que des traitements contre les troubles liés à l’usage d’alcool soient approuvés par la Food and Drug Administration (FDA), le nombre de personnes diagnostiquées reste très élevé. De fait, ce nombre a pratiquement doublé aux États-Unis depuis 1999.
Mettre au point de meilleures stratégies pour identifier les personnes présentant un risque de développer un trouble lié à l’usage d’alcool et les aider à s’orienter parmi les différentes options thérapeutiques pourrait améliorer leur prise en charge.
Ce que l’on ignore encore
Le rôle exact que joue le BNST dans les comportements liés aux troubles liés à l’usage d’alcool n’est pas encore clairement établi. On ignore également ce qui provoque l’augmentation de son activité, ainsi que les populations spécifiques de cellules cérébrales au sein du BNST qui sont à l’origine de cette activité. Répondre à ces questions pourrait permettre d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques.
La suite
De nouveaux outils en neurosciences permettent désormais aux chercheurs de manipuler l’activité de neurones spécifiques dans le cerveau des souris. Grâce à ces techniques, notre équipe cherche à comprendre le rôle du BNST dans la consommation d’alcool malgré les conséquences néfastes qui en découlent.
Notre collègue Jennifer Blackford étudie également l’activité du BNST dans le cerveau de personnes souffrant d’un trouble lié à l’usage d’alcool et se trouvant aux premiers stades de l’abstinence. Si son équipe observe des résultats similaires chez l’humain, l’étape suivante consisterait à étudier plus précisément, dans le cadre d’essais cliniques, la possibilité d’utiliser l’activité du BNST comme outil de dépistage.
Danny G. Winder a reçu des financements des National Institutes of Health.
Marie Doyle a reçu des financements du National Institute of Alcohol Abuse and Alcoholism.