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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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11.05.2026 à 12:00

Tunisie : Cesser les poursuites abusives contre des membres d’organisations d’aide aux réfugiés

Human Rights Watch

Click to expand Image Mustapha Djemali, directeur du Conseil tunisien pour les réfugiés (CTR). © Privé

(Beyrouth, le 11 mai 2026) – Cinq employés du Conseil tunisien pour les réfugiés (CTR) seront rejugés le 13 mai après avoir fait appel des condamnations pénales prononcées contre eux à cause de leur travail d’assistance aux demandeurs d’asile et aux réfugiés en Tunisie, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Les autorités tunisiennes devraient mettre fin aux poursuites judiciaires abusives à l’encontre de ces employés, les indemniser pour leur détention illégale et cesser la répression généralisée contre les organisations de la société civile.

En mai 2024, les autorités ont fermé le Conseil tunisien pour les réfugiés et arrêté son directeur fondateur, Mustapha Djemali, ainsi que son chef de projet, Abderrazek Krimi, avant de lancer des poursuites judiciaires contre eux et quatre autres employés. Le 24 novembre 2025, le Tribunal de première instance de Tunis a condamné Mustapha Djemali et Abderrazek Krimi à deux ans de prison, dont six mois avec sursis  ; ils ont ensuite été libérés le jour même, ayant déjà purgé leur peine. Le tribunal a acquitté trois autres accusés, tandis que le quatrième était poursuivi dans le cadre d’une procédure distincte. Mustapha Djemali et Abderrazek Krimi ont tous deux fait appel du verdict ; le parquet a également interjeté appel.

« La Tunisie a déployé de gros efforts pour éliminer presque toute l’aide et les protections auxquelles les réfugiés et demandeurs d’asile pourraient accéder », a déclaré Bassam Khawaja, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Les autorités devraient mettre fin aux poursuites abusives qui adressent un message effrayant aux organisations effectuant un travail humanitaire. »

Le Conseil tunisien pour les réfugiés, fondé en 2016, apportait une aide au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) en assurant l’examen initial des demandes d’asile. Il fournissait par ailleurs des hébergements d’urgence et des soins médicaux aux réfugiés et aux demandeurs d’asile. Le 2 mai 2024, le CTR a publié un appel d’offres afin que des hôtels tunisiens proposent des services d’hébergement, ce qui a provoqué une vive polémique sur les réseaux sociaux, dans un contexte de répression contre des migrants. Le lendemain, la police perquisitionnait le siège du CTR à Tunis, fermait l’organisation et arrêtait Djemali. Le 4 mai, elle arrêtait Krimi.

Le 7 mai 2024, un juge d’instruction a ordonné que Djemali et Krimi soient détenus pendant toute la durée de l’enquête portant sur les accusations, qui découlaient des articles 38, 39 et 41 de la Loi n°40 de 1975 relative aux passeports et aux documents de voyage : avoir « renseigné, conçu, facilité ou aidé […] l’entrée ou la sortie clandestine d’une personne du territoire tunisien », « hébergé les personnes entrant dans le territoire tunisien ou le quittant clandestinement » et « participé à une entente ou formé une organisation » dans le but de commettre ces infractions. Le 30 avril 2025, le juge d’instruction a officiellement inculpé les six employés aux termes de la loi de 1975. Le 3 juin 2025, la Chambre d’accusation a alourdi les inculpations en y intégrant les dispositions de l’article 42 de la loi, qui, à elles seules, sont passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à dix ans de prison.

Entre mai et juin 2024, les autorités ont par ailleurs gelé les comptes bancaires du Conseil tunisien pour les réfugiés, mais aussi de Djemali et de Krimi, a déclaré à Human Rights Watch un des avocats de la défense. Le CTR a depuis cessé toutes ses activités et le gel de ses comptes l’a empêché de régler ses employés, ses fournisseurs, son loyer ou ses factures d’électricité, ce qui fait qu’il est endetté, a précisé un avocat. Les comptes de Djemali et de Krimi demeurent gelés, ce qui les prive d’accès à leur argent et les met en difficulté économique. Djemali n’a pas pu retirer sa pension de retraite depuis 2024, a confié sa famille à Human Rights Watch. 

Le 25 novembre 2025, le tribunal de première instance a reconnu Djemali et Krimi coupables aux termes de l’article 39 de la Loi n°40 de 1975, qui punit « quiconque aura hébergé les personnes entrant dans le territoire tunisien ou le quittant clandestinement » ou « aura affecté un lieu à leur hébergement », a déclaré à Human Rights Watch un des avocats de la défense. 

Après avoir consulté l’ordonnance du juge, Human Rights Watch a conclu que les chefs d’accusation étaient uniquement fondés sur le travail légitime du CTR, lequel opérait légalement en Tunisie et était financé presque exclusivement par le HCR. Le juge d’instruction a considéré que les activités de l’organisation consistaient à apporter une aide à des migrants dépourvus de statut légal « pour assurer leur installation dans le pays », alors que les bénéficiaires du travail du CTR étaient des demandeurs d’asile et des réfugiés recensés auprès du HCR en Tunisie. L’ordonnance fait référence à des activités telles que le fait de fournir à des réfugiés et demandeurs d’asile un hébergement et une allocation en espèces , qui sont des prestations ordinaires du HCR dans de nombreux pays, souvent mises en œuvre par l’intermédiaire de partenaires.

Les poursuites judiciaires abusives et les condamnations injustes des employés du Conseil tunisien pour les réfugiés s’inscrivent dans une répression plus large de la société civile en Tunisie et une tendance à criminaliser l’aide humanitaire à destination des réfugiés et des migrants. En 2024, les forces de sécurité ont arrêté au moins six autres employés d’organisations non gouvernementales et entamé des poursuites judiciaires contre d’autres personnes en lien avec leur travail de lutte contre les discriminations ou d’aide aux réfugiés, demandeurs d’asile et migrants.

Depuis janvier 2026, au moins neuf personnes travaillant pour des organisations de la société civile ont été condamnées à des peines de prison à cause de leur travail, pourtant légitime. le 19 mars, un tribunal de Tunis a condamnéSaadia Mosbah, une éminente défenseure des droits humains, présidente de l’association de lutte contre le racisme Mnemty (« Mon rêve »), à huit ans de prison et à une lourde amende, en lien avec des accusations de malversations financières.

Les autorités ont mis fin à quasiment toutes les actions d’assistance et de protection en faveur des réfugiés et demandeurs d’asile en Tunisie. Non seulement elles ciblent et font fermer les organisations d’aide, mais en juin 2024 elles ont intimé au HCR de suspendre le traitement des demandes d’asile. Le pays ne dispose toujours pas de cadre légal national en matière de droit d’asile. Par conséquent, les demandeurs d’asile se retrouvent dans une situation de flou juridique, sans accès à une protection en vertu du droit international, ce qui les expose au risque d’être arbitrairement arrêtés et expulsés.

La Tunisie est un État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques et à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, qui garantissent le droit à la liberté d’association, à ne pas subir d’arrestation ou de détention arbitraires, ainsi que le droit à un procès équitable. La Charte africaine protège par ailleurs le droit à demander et obtenir l’asile en cas de persécution et la Constitution tunisienne de 2022 garantit le droit à l’asile politique.

La Tunisie est également un État partie à la Convention de 1951 des Nations Unies relative au statut des réfugiés et à la Convention de 1969 de l’Organisation de l’union africaine régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique, qui toutes deux protègent les droits des réfugiés et des demandeurs d’asile. Ces textes interdisent en particulier de criminaliser les personnes pour leur entrée ou leur séjour irréguliers sur un territoire, si elles se présentent rapidement aux autorités.

Dans un rapport de 2025, le Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination raciale a recommandé que la Tunisie réforme son cadre législatif afin de veiller à ce que les organisations de la société civile disposent d’un espace ouvert, y compris celles qui travaillent avec les groupes ethniques minoritaires, les demandeurs d’asile, les réfugiés et les migrants.

« Les travailleurs humanitaires ne devraient pas vivre dans la crainte d’être arbitrairement arrêtés, poursuivis, voire emprisonnés pendant des années », a conclu Bassam Khawaja. « Les mesures des autorités tunisiennes bloquant le traitement des demandes d’asile et ciblant les organisations d’aide ont un impact dévastateur sur les réfugiés et demandeurs d’asile présents dans le pays. »

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08.05.2026 à 06:00

Rwanda : Un opposant meurt en prison le jour de sa libération

Human Rights Watch

Click to expand Image Aimable Karasira. © Privé

(Nairobi) – Les autorités rwandaises devraient mener une enquête efficace, indépendante et transparente sur le décès en détention d’Aimable Karasira, un universitaire rwandais et détracteur de premier plan du gouvernement, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Il est décédé le jour où il devait être libéré de prison.

Les poursuites contre Aimable Karasira ainsi que son incarcération sont emblématiques de la répression menée par le Rwanda contre la dissidence et la liberté d’expression. Sa mort s’ajoute à la liste des disparitions et des décès suspects de personnes perçues comme des détracteurs et des opposants au gouvernement, et l’incapacité des autorités à rendre justice dans ces affaires envoie un message délibérément intimidant.

« Il y a de nombreuses raisons de s’interroger sur les circonstances entourant la mort en détention d’Aimable Karasira, notamment les années de harcèlement et de persécution qu’il a subies de la part des autorités », a déclaré Clémentine de Montjoye, chercheuse senior sur la région des Grands Lacs à Human Rights Watch. « Le gouvernement a la responsabilité de prouver qu’Aimable Karasira n’a pas été tué illégalement, et les partenaires du Rwanda devraient suivre cela de près. »

Les Services correctionnels du Rwanda (Rwanda Correctional Services) ont annoncé qu’Aimable Karasira était mort d’un surdosage médicamenteux alors qu’il s’apprêtait à être libéré le 6 mai 2026. Un porte-parole de l’agence a déclaré aux médias locaux qu’« il a pris de grandes quantités de médicaments qui lui avaient été prescrits pour une affection préexistante ». Selon les médias, il serait décédé à l’hôpital du district de Nyarugenge à Kigali, la capitale.

Aimable Karasira a commencé à subir des pressions et des menaces après avoir publié une vidéo sur sa chaîne YouTube en 2020 au sujet de la perte de proches lors du génocide de 1994 ainsi qu’aux mains du Front patriotique rwandais (FPR) au pouvoir au lendemain de celui-ci. En août 2020, exprimant craindre pour sa sécurité, il a déclaré à Human Rights Watch : « J’ai reçu des lettres, des menaces. Je reçois des appels provenant de numéros que je ne connais pas. Un représentant du gouvernement a été envoyé pour négocier avec moi et m’a dit d’arrêter de publier mes opinions. »

Alors que les menaces et le harcèlement s’intensifiaient, il a déclaré que des agents des services de renseignement lui avaient ordonné de publier de fausses informations sur des opposants au gouvernement sur sa chaîne YouTube. Aimable Karasira a été arrêté en mai 2021 et inculpé de négation et de justification du génocide ainsi que de divisionnisme, qui constituent des crimes au Rwanda.

Tout au long de sa détention, Aimable Karasira a été victime d’actes de torture, de mauvais traitements et d’une privation de soins médicaux. Lors d’une audience le 30 mai 2022, Aimable Karasira a déclaré au tribunal que les autorités pénitentiaires de Nyarugenge l’avaient torturé – notamment en le privant de sommeil, en l’exposant à une lumière constante et à de la musique forte, et en le frappant — afin de le punir et de le contraindre à assister aux audiences. Aimable Karasira et son avocat ont déclaré à la cour qu’on lui refusait tout traitement médical pour son diabète et ses troubles mentaux, et qu’il avait été conduit de force au tribunal alors qu’il n’était pas en état de participer au procès. Il a également accusé les autorités pénitentiaires de lui fournir une nourriture inadéquate et insuffisante et de lui refuser l’accès à l’argent envoyé par des amis ou des proches, avec lequel il aurait pu acheter des articles en prison.

Le procureur avait fait appel de son acquittement pour plusieurs chefs d’accusation, notamment la négation et la justification du génocide, et avait requis une peine de 30 ans d’emprisonnement, dont le verdict était en attente au moment de son décès. Mais comme Aimable Karasira avait déjà purgé quatre ans de sa peine de cinq ans en détention provisoire, celle-ci touchait à sa fin et il devait être libéré le 6 mai.

Le gouvernement rwandais a depuis longtemps l’habitude de se soustraire à son obligation de garantir des enquêtes transparentes et indépendantes sur les décès de détenus et de détracteurs politiques de premier plan placés en détention par l’État, a déclaré Human Rights Watch.

Le décès d’Aimable Karasira rappelle la mort en détention en 2020 du chanteur et détracteur du gouvernement Kizito Mihigo. Le 17 février 2020, les autorités rwandaises ont annoncé que celui-ci était décédé dans une cellule du commissariat de Remera à Kigali, quatre jours après avoir été arrêté à nouveau alors qu’il tentait de fuir le pays. Avant sa mort, Kizito Mihigo avait déclaré à Human Rights Watch qu’il était menacé et craignait que des agents de l’État ne le tuent.

Tout comme Aimable Karasira, la volonté de Kizito Mihigo de remettre en question certains éléments du récit officiel du gouvernement concernant le génocide avait fait de lui une cible. Les voix et l’autorité morale de ces deux hommes trouvaient un écho auprès du public et alarmaient les représentants de l’État. Dans les deux cas, les autorités rwandaises ont rapidement présenté des explications officielles : un suicide dans le cas de Kizito Mihigo et une suspicion d’un surdosage médicamenteux dans celui d’Aimable Karasira.

Comme le stipule la Version révisée du Manuel des Nations Unies sur la prévention des exécutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires et les moyens d’enquête sur ces exécutions (« Protocole du Minnesota »), les obligations de chaque État de respecter et de protéger le droit à la vie impliquent qu’il est responsable d’un décès en détention sauf preuve du contraire, en particulier dans les cas où « la personne décédée […] était, avant sa mort, un opposant politique au gouvernement ou un défenseur des droits de l’homme ; elle souffrait de problèmes de santé mentale reconnus ; ou elle s’est suicidée dans des circonstances inexpliquées. »

Pour établir la responsabilité de la mort d’Aimable Karasira, les autorités rwandaises devraient inviter un groupe d’experts indépendants à mener une enquête impartiale, approfondie et transparente, a déclaré Human Rights Watch. Parmi ces experts devraient figurer le Rapporteur spécial de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires ainsi que des membres du Groupe de travail de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples sur la peine de mort, les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires et les disparitions forcées en Afrique. Cette enquête devrait inclure une autopsie et ses conclusions devraient être rendues publiques.

Les partenaires régionaux et internationaux du Rwanda, qui sont restés longtemps silencieux face à la répression croissante de ce gouvernement, devraient appeler publiquement à une enquête indépendante.

« Aimable Karasira n’est que le dernier détracteur du gouvernement en date à avoir connu une mort suspecte », a conclu Clémentine de Montjoye. « Les partenaires du Rwanda devraient prendre la défense de hommes et des femmes qui risquent leur vie pour s’exprimer et condamner la répression de plus en plus intense à l’encontre des voix dissidentes dans le pays. »

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Articles

TV5 Monde (+ vidéo)

06.05.2026 à 17:47

Au Soudan du Sud, des civils meurent de faim dans les zones de conflit

Human Rights Watch

Click to expand Image Un employé local du Programme alimentaire mondial (PAM) était assis sur des sacs de denrées alimentaire dans un hangar à Bor, dans l'État du Jonglei, au Soudan du Sud, le 13 février 2026 ; la livraison d’aide alimentaire dans cette région était bloquée en raison du conflit entre les forces gouvernementales et celles de l’opposition. © 2026 Luis Tato/AFP via Getty Images

Le dernier rapport publié par le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (Integrated Food Security Phase Classification, IPC), au sujet du Soudan du Sud, dresse un bilan terrible des immenses souffrances infligées aux civils par les parties belligérantes dans ce pays. Publié le 28 avril, ce rapport avertit que la situation est encore pire que prévu : 7,8 millions de personnes ont désespérément besoin d’aide alimentaire. 

Le rapport note que 73 000 personnes sont confrontées à la famine et au risque de mort dans les États du Haut-Nil et de Jonglei, où les combats entre les forces gouvernementales et l’Armée populaire de libération du Soudan en opposition (Sudan People's Liberation Army-in-Opposition, SPLA-IO) se sont intensifiés depuis 2025. Plusieurs zones de ces deux États sont menacées par la famine.  

Les taux de malnutrition chez les enfants ont atteint des niveaux dramatiques. Environ 2,2 millions d’enfants de moins de cinq ans, notamment à Abiemnhom, souffriraient de malnutrition aiguë ; sans traitement nutritionnel d’urgence, ces enfants risquent de subir des séquelles physiques et cognitives à vie, ou de mourir de faim. Des journalistes souhaitant mettre en lumière les histoires reflétées par ces chiffres ont récemment partagé avec Human Rights Watch des photos d’enfants malnutris d’Akobo, dans l’État de Jonglei.

La crise humanitaire est le résultat des actions des parties belligérantes. 

Selon les médias, les forces des deux camps ont commis des meurtres illégaux, des agressions sexuelles, y compris des viols de civiles, des actes de pillage et des incendies de biens civils. Des bombardements menés par les forces gouvernementales ont touché des infrastructures essentielles, y compris des hôpitaux. 

Depuis fin 2025, l’armée a émis dans les États du Haut-Nil et de Jonglei de nombreux ordres d’évacuation, qui dans plusieurs cas étaient illégaux en raison de leur portée excessive ; l’opposition a émis au moins trois ordres de ce type. Le 6 mars, l’armée a ordonné aux civils, au personnel de l’ONU et aux organisations humanitaires d’évacuer la ville d’Akobo et son comté, dans l’État de Jonglei ; ceci a contraint le personnel des organisations d’aide humanitaire et une grande partie des 270 000 habitants à fuir cette région. 

Ces ordres d’évacuation étaient accompagnés de mesures délibérées du gouvernement visant à bloquer l’accès à l’aide dans les zones contrôlées par l’opposition, ainsi que de mesures administratives coercitives.  

Les partenaires du Soudan du Sud ont condamné avec une fréquence accrue les actions du gouvernement, mais ces propos devraient être suivis de sanctions à l’encontre des responsables qui entravent délibérément l’aide humanitaire, ainsi que d’un soutien financier accru à une telle assistance. Les membres du Conseil de sécurité de l’ONU devraient avertir le gouvernement sud-soudanais ainsi que l’opposition que s’ils ne permettent pas aux civils d’accéder immédiatement et en toute sécurité à l’aide humanitaire, ils envisageront des sanctions ou d’autres mesures visant l’obligation de rendre des comptes.

Les dirigeants du Soudan du Sud et de l’opposition devraient garder à l’esprit que ces actes – l’entrave à l’aide humanitaire, la facilitation de la famine et les attaques violentes contre des civils – sont susceptibles de poursuites en tant que crimes au regard du droit international ; ils pourraient donc en être tenus responsables, et le seront.

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05.05.2026 à 00:00

Chine : Un « plan d’harmonisation » efface la langue tibétaine

Human Rights Watch

Click to expand Image Un agent de sécurité chinois photographié devant l’École Shangri-La, dans la préfecture autonome tibétaine de Kardze, dans la province du Sichuan en Chine, le 5 septembre 2023. © 2023 AP Photo/Andy Wong Une directive de 2021 du ministère chinois de l’Éducation – le Plan d’harmonisation linguistique pour les enfants – impose l’utilisation du mandarin standard dans l’ensemble de l’enseignement et de l’encadrement préscolaires, y compris dans les régions où vivent les minorités ethniques.En limitant sévèrement l’enseignement en langue tibétaine dès la petite enfance et en imposant un endoctrinement idéologique aux enfants de maternelle, le gouvernement chinois accélère l’effacement de la langue et de la culture tibétaines.Le gouvernement chinois devrait mettre fin à l’endoctrinement politique de jeunes enfants, et veiller à ce que les enfants tibétains puissent apprendre et utiliser le tibétain à la maternelle. Les gouvernements étrangers devraient faire pression sur le gouvernement chinois pour qu’il libère les défenseurs de la langue tibétaine actuellement détenus, et autorise l’accès d’organisations indépendantes aux régions tibétaines.

(New York) – Le gouvernement chinois impose un enseignement en chinois et un endoctrinement idéologique aux enfants de maternelle dans le but de forcer les Tibétains à s’assimiler, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.

4 mai 2026 “Start with the Youngest Children”

Le rapport de 72 pages, intitulé « Start with the Youngest Children: China Uses Preschools to ‘Integrate’ Tibetans » (« Commencer par les plus jeunes : La Chine se sert des écoles maternelles pour “intégrer” les Tibétains »), montre comment une directive du ministère de l’Éducation datant de 2021 – le Plan d’harmonisation linguistique pour les enfants – impose l’utilisation du mandarin standard dans tout l’enseignement préscolaire dans les régions où vivent des minorités ethniques. Si, en théorie, les écoles maternelles peuvent encore proposer des cours supplémentaires dans la langue des enfants issus des minorités, ces minorités n’ont plus l’autorité légale pour le faire. En limitant drastiquement l’enseignement en langue tibétaine pendant la petite enfance, une période cruciale pour l’acquisition du langage et la formation de l’identité, le gouvernement chinois accélère l’effacement de la langue et de la culture tibétaines.

« En ciblant les enfants de maternelle, le gouvernement chinois intensifie sa campagne visant à priver les enfants tibétains de leur langue maternelle, de leur culture et de leur identité », a déclaré Maya Wang, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « Cette politique ne vise pas à améliorer la qualité de l’éducation, mais à assimiler de force les Tibétains à une identité nationale centrée sur la culture de l’ethnie Han, et ce dès leur plus jeune âge. »

Ce rapport s’appuie sur une analyse de plusieurs lois et documents politiques chinois, ainsi que sur des sources universitaires et médiatiques. Human Rights Watch a également interrogé sept Tibétains et universitaires qui ont une connaissance directe et récente de la situation dans les régions tibétaines, dont l’accès est restreint à l’extrême.

Human Rights Watch a constaté que de nombreux enfants tibétains sortent de l’école maternelle sans savoir ou sans vouloir parler le tibétain, même avec les membres de leur famille. Les parents ont rapporté que, quelques semaines ou quelques mois après leur entrée à la maternelle, les enfants ne s’expriment presque plus qu’en chinois.

Le Plan d’harmonisation de 2021 est l’aboutissement de plusieurs décennies d’évolutions politiques visant à réduire l’enseignement dans la langue maternelle des minorités. Depuis la loi de 1984 sur l’Autonomie régionale au niveau national, la Chine a mis en place, en cinq étapes, l’enseignement obligatoire du chinois à des âges de plus en plus précoces. Alors que ce processus était déjà achevé dans les écoles primaires et secondaires, les écoles maternelles ont longtemps été le dernier lieu où le tibétain pouvait encore être utilisé comme principale langue d’enseignement.

En 2021, le ministère de l’Éducation a exigé de toutes les écoles maternelles situées dans les régions où vivent des minorités d’utiliser la « langue commune nationale », c’est-à-dire le chinois standard, pour l’ensemble des activités d’enseignement et d’encadrement. Les références officielles à l’« éducation bilingue » ont disparu des documents politiques. Une série de décisions judiciaires, de lois sur l’éducation et de politiques gouvernementales a éliminé les dernières possibilités juridiques et politiques d’éducation dans les langues minoritaires, tout en intégrant l’endoctrinement politique et culturel dans l’ensemble du système scolaire, notamment au niveau préscolaire. Cela a abouti à la loi de 2026 sur la Promotion de l’unité et du progrès ethniques, qui impose des sanctions légales à toute personne jugée coupable d’« entraver » l’apprentissage et l’utilisation du chinois. 

Bien que la maternelle ne soit pas obligatoire en Chine, Human Rights Watch a constaté que, dans les régions tibétaines, elle l’est effectivement dans la pratique. Les écoles primaires des zones urbaines exigent de plus en plus souvent une attestation de fréquentation de la maternelle au moment de l’inscription, les parents n’ayant dès lors guère d’autre choix que d’envoyer leurs enfants dans des écoles maternelles où l’enseignement est dispensé en chinois.

Les autorités exigent aussi que les écoles maternelles encouragent, voire incitent, les parents et enfants à parler chinois à la maison et même à leur envoyer des vidéos qui les montre en train de le faire. Des évaluateurs désignés par le gouvernement ont testé les compétences en mandarin des enfants d’âge préscolaire au moyen d’entretiens et d’observations, et ce malgré une réglementation qui interdit les examens ou toute autre forme de pression scolaire dans les écoles maternelles.

Cette politique linguistique s’accompagne d’un endoctrinement accru, qu’il soit politique ou culturel. Les programmes préscolaires dans les régions tibétaines mettent de plus en plus l’accent sur « l’éducation patriotique », la loyauté envers le Parti communiste chinois et l’identification des enfants comme membres de la « nation chinoise ». On apprend aux enfants à célébrer les fêtes chinoises de la culture Han, à réciter des classiques chinois, à chanter des chants patriotiques et à participer à des activités qui glorifient l’histoire militaire et révolutionnaire de la Chine. Le bouddhisme tibétain et les pratiques culturelles tibétaines, qui constituent des piliers essentiels de l’identité culturelle et ethnique, sont absents du programme scolaire.

« La langue perd du terrain de manière accélérée chez des Tibétains de plus en plus jeunes, avec des conséquences culturelles profondes », a déclaré Human Rights Watch. Parmi elles figurent l’affaiblissement de la communication entre les enfants et leurs aînés, la modification des dynamiques familiales, la diminution progressive de la transmission des connaissances religieuses et culturelles et le sentiment croissant chez les enfants d’une infériorité de la langue et de l’identité tibétaines.

Les politiques de la Chine vont à l’encontre des obligations qui lui incombent en vertu du droit international relatif aux droits de l’homme, notamment la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, qui garantit aux enfants appartenant aux minorités le droit d’utiliser leur propre langue et oblige les États à veiller à ce que l’éducation respecte l’identité culturelle des enfants.

« Le gouvernement chinois devrait revenir sur les mesures qui visent à imposer l’enseignement en chinois dans les écoles maternelles, rétablir de véritables options d’enseignement bilingue et mettre fin à l’endoctrinement politique dans les structures d’accueil de la petite enfance », a déclaré Human Rights Watch. Les gouvernements étrangers et l’ONU devraient également faire pression sur le gouvernement chinois pour qu’il respecte ses obligations internationales et autorise un accès d’organisations indépendantes aux régions et aux écoles tibétaines.

« La disparition linguistique à l’échelle de ce que l’on observe au Tibet n’est pas le fruit du hasard : elle s’inscrit dans le cadre d’un projet politique du gouvernement chinois », a conclu Maya Wang. « À moins d’un changement des pratiques de la Chine, toute une génération d’enfants tibétains grandira coupée de sa propre langue, de sa culture et de son patrimoine. »

Citations extraites du rapport 

« L’éducation doit imprégner le sang et toucher l’âme ; elle doit être assimilée dès le plus jeune âge, dès la maternelle. Nous devons mener à bien l’éducation patriotique, en semant au plus profond du cœur de chaque enfant les graines de l’amour pour la Chine, en veillant à ce que les valeurs socialistes fondamentales s’enracinent et se développent dans l’esprit de la prochaine génération. Tous les groupes ethniques se doivent d’enseigner aux enfants le développement d’un sentiment d’appartenance à la nation chinoise, afin qu’ils ne s’identifient pas uniquement à leur propre ethnie, mais se reconnaissent avant tout comme faisant partie de la nation chinoise. » 

– Xi Jinping, Secrétaire général du Parti communiste chinois, dans un discours prononcé à l’occasion de la Conférence centrale sur le travail des nationalités, le 28 septembre 2014. 
 

« Il ne s’agit pas seulement de ne plus enseigner la langue tibétaine. […] C’est un calcul pour orienter les pensées et les croyances des enfants. […] Le problème, c’est que le programme de la maternelle est conçu de manière à mettre en avant la nationalité chinoise de culture Han : façon de parler, thèmes abordés, manière de reconnaître les objets, et plus généralement tout le savoir transmis. Il n’y a pas l’ombre d’une trace de pensée tibétaine. Le résultat, c’est que lorsque les enfants finissent la maternelle à l’âge de 6 ans, et même si leurs deux parents sont tibétains, ils se considèrent comme chinois… Dans une dizaine ou une vingtaine d’années, cette culture aura sans doute disparu pour ne plus subsister que dans les musées. » 

– Un responsable tibétain chargé de la mise en œuvre de la politique culturelle, interrogé par Human Rights Watch à la mi-2025. 
 

« Même si [la fillette] est encore capable de comprendre [le tibétain], elle ne répond qu’en chinois. Au bout d’un certain temps, elle a réussi à me donner quelques réponses simples en peu de mots en tibétain, mais il était évident qu’elle faisait de gros efforts pour y parvenir… Il y a deux écoles maternelles dans la ville, et la mère a choisi celle où la langue tibétaine n’est pas totalement interdite : on ne s’adresse aux enfants qu’en chinois, mais ils sont autorisés à parler tibétain dans la cour de récréation. » 

– Un chercheur spécialisé en linguistique, répondant par écrit à des questions de Human Rights Watch, les 5 et 6 mars 2025. 
 

« Tous les enfants de moins de 10 ans parlent chinois entre eux. Ils n’échangent pas en tibétain. Si on les y oblige, ils parlent tibétain, mais leur niveau dépend des parents. C’est une cause perdue d’avance – et cela s’est produit en l’espace d’une génération. » 

– Un chercheur en études tibétaines, dans un message transmis par SMS à Human Rights Watch le 10 octobre 2025.

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Articles

France Info 

La Croix

30.04.2026 à 18:22

Cambodge : Rejet de l’appel interjeté par un chef de l’opposition

Human Rights Watch

Click to expand Image Kem Sokha, chef de l’opposition au Cambodge, répondait aux questions d’un journaliste à son domicile à Phnom Penh (où il était assigné à résidence après avoir été détenu) le 16 janvier 2020, peu avant de se rendre au tribunal pour une nouvelle audience de son procès. © 2020 AP Photo/Heng Sinith

(Bangkok, 30 avril 2026) – Le 30 avril, la Cour d’appel de Phnom Penh, au Cambodge, a confirmé la condamnation du leader de l’opposition Kem Sokha, basée sur des motifs politiques, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. La cour a confirmé sa condamnation à 27 ans de prison, prononcée en mars 2023, et a prolongé l’assignation à résidence de facto qu’il subit actuellement ; la cour lui a aussi imposé une interdiction supplémentaire de voyager à l’étranger pendant cinq ans. Les autorités cambodgiennes devraient immédiatement annuler cette condamnation, et libérer Kem Sokha.

Âgé de 72 ans, Kem Sokha est l’ancien président du Parti du sauvetage national du Cambodge (PSNC, ou CNRP en anglais), qui était le principal parti d’opposition avant sa dissolution par le gouvernement en novembre 2017. Suite à son arrestation par les autorités cambodgiennes en septembre 2017, Kem Sokha a été détenu arbitrairement, maltraité et privé de son droit de vote ainsi que de la possibilité de se présenter aux élections.

« Le gouvernement cambodgien devrait abandonner ses poursuites infondées contre Kem Sokha, le libérer immédiatement et lui restituer sans condition ses droits politiques », a déclaré Bryony Lau, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « Les élections communales de 2027 et les élections nationales de 2028 n’auront aucune légitimité, tant que le gouvernement utilisera les tribunaux pour punir injustement ses opposants politiques. »

La police de Phnom Penh et des membres de l’unité de garde du corps personnelle de l’ancien Premier ministre Hun Sen ont arrêté Kem Sokha le 3 septembre 2017. Un juge d’instruction a ensuite inculpé Kem Sokha de trahison et de « collusion avec des étrangers » en vertu de l’article 443 du Code pénal cambodgien, qui prévoit une peine pouvant aller jusqu’à 30 ans de prison.

Après son arrestation, Kem Sokha a été détenu pendant plus d’un an au Centre correctionnel III de la province de Tboung Khmum. En juin 2018, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a conclu que la détention préventive de Sokha était « arbitraire », et « motivée par des considérations politiques », et a exhorté les autorités cambodgiennes à le libérer immédiatement et sans condition. En septembre 2018, Kem Sokha a été placé en résidence surveillée de facto, une situation qui perdure à ce jour.

Les procureurs du gouvernement ont cherché à présenter les activités pro-démocratie du PSNC, ainsi que le rôle de Kem Sokha en tant que leader de ce parti d’opposition et son influence auprès d’organisations non gouvernementales de défense des droits humains, comme des tentatives de renversement du gouvernement cambodgien menées en collusion avec des pays étrangers.

Le procès de Kem Sokha a été reporté pendant des années ; des experts en droits humains des Nations Unies ont observé que le processus judiciaire semblait avoir été « artificiellement prolongé ». En mars 2023, sa condamnation a entraîné de nouvelles restrictions à sa liberté de mouvement et d’association ; le tribunal lui a interdit de contacter quiconque, à l’exception de ses proches, que ce soit en personne ou en ligne, sans l’autorisation des procureurs. L’appel de Kem Sokha a débuté en janvier 2024, mais les audiences ont été suspendues en septembre 2024, sans qu’un motif clair soit fourni, et n’ont repris qu’en avril 2026.

Vidéo de mars 2023 Play Video

En novembre 2017, deux mois après l’arrestation de Kem Sokha, la Cour suprême, contrôlée par le gouvernement et dirigée par un membre du comité central du Parti populaire cambodgien (parti au pouvoir), avait ordonné la dissolution du PSNC. De nombreux membres haut placés du parti s’étaient alors exilés, craignant d’être arrêtés. Le gouvernement a ensuite organisé des élections, tenues le 29 juillet 2018 et auxquelles aucun parti ou candidat d’opposition significatif n’a pu se présenter. Le parti au pouvoir a remporté les 125 sièges de l’Assemblée nationale, transformant de fait le Cambodge en un État à parti unique.

Depuis lors, les autorités cambodgiennes ont continué à réprimer et à harceler l’opposition politique. En 2021, les procureurs ont ouvert des procès collectifs contre d’autres membres de l’opposition politique ; parmi les accusés figuraient plus de 100 personnes liées au PSNC, le parti de Kem Sokha qui fut dissous, ainsi que des activistes de la société civile.

Les élections locales organisées en 2022 ont été entachées de nombreuses et graves irrégularités dans le dépouillement des votes, laissant craindre une fraude électorale et une manipulation des résultats. Les élections nationales de juillet 2023 se sont déroulées après l’exclusion du principal parti d’opposition actuel, le Parti de la bougie. Des experts en droits humains de l’ONU ont déclaré que la période préélectorale était « extrêmement déconcertante », ajoutant que « cela a affecté la crédibilité de l’ensemble du processus électoral ».

À la suite des élections nationales de 2023, le Premier ministre de longue date, Hun Sen, a quitté son poste et l’a transféré à son fils, l’ancien commandant de l’armée Hun Manet. En avril 2024, Hun Sen a été nommé président du Sénat cambodgien, après des élections sénatoriales entachées de menaces et de pots-de-vin. Sous l’autorité de Hun Sen et puis de son fils Hun Manet, le gouvernement cambodgien a considérablement restreint les droits, réprimant l’espace civique et politique ainsi que d’autres libertés fondamentales.

« Les gouvernements qui ont appelé les autorités cambodgiennes à libérer Kem Sokha depuis près d’une décennie devraient le faire encore plus vigoureusement, suite à l’arrêt déplorable rendu par la Cour d’appel », a conclu Bryony Lau. « Les gouvernements donateurs devraient clairement indiquer qu’ils n’apporteront aucun soutien technique aux prochaines élections, tant que les autorités cambodgiennes n’auront pas pris de mesures pour rouvrir pleinement l’espace politique. »

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Mediapart/AFP  Blick.ch

29.04.2026 à 17:50

Arabie saoudite : Annuler les exécutions imminentes de migrants éthiopiens

Human Rights Watch

Click to expand Image Des migrants éthiopiens marchaient le long d'une autoroute à la périphérie de Sanaa, au Yémen, le 23 août 2023, en direction de la province de Saada dans le nord, dans l’espoir d’y traverser la frontière et d’entrer en Arabie saoudite. De nombreux migrants éthiopiens fuyant la violence dans leur pays cherchent à obtenir l'asile dans les États du golfe Persique. © 2023 Mohammed Hamoud/Getty Images

(Beyrouth) – Au moins 65 migrants éthiopiens risquent d’être exécutés prochainement en Arabie saoudite pour des infractions liées à la drogue, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les autorités saoudiennes ont déjà exécuté trois migrants éthiopiens le 21 avril.

« L’Arabie saoudite est prête a exécuter des migrants étrangers pour des infractions non violentes à l’issue de procès n’ayant pas respecté les garanties procédurales fondamentales, ce qui témoigne d’un mépris profond pour la vie et les droits de ces personnes », a déclaré Nadia Hardman, chercheuse senior auprès de la division Droits des réfugiés et migrants à Human Rights Watch. « Les partenaires de l’Arabie saoudite devraient intervenir de toute urgence avant qu’il ne soit trop tard. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec trois sources bien informées au sujet des cas de trois hommes éthiopiens détenus au centre de détention de Khamis Mushait dans la région d’Asir, en Arabie saoudite. Selon ces sources , les trois hommes se sont décrits comme des réfugiés, ayant fui le conflit armé de 2020-2022 dans la région du Tigré dans le nord de l’Éthiopie, où la situation humanitaire reste désastreuse.

Les sources ont indiqué que les trois hommes avaient emprunté la dangereuse route migratoire traversant le golfe d’Aden, passant par le Yémen, pour rejoindre l’Arabie saoudite à la recherche d’un emploi. Elles ont précisé que les hommes s’étaient sentis contraints de transporter du khat, une plante légèrement stimulante originaire de certaines régions d’Afrique de l’Est, afin de gagner de l’argent pour financer leur voyage et survivre. Dans au moins un cas, ont déclaré les sources, un passeur a forcé un homme à transporter la plante du Yémen vers l’Arabie saoudite, comme condition pour faciliter son voyage.

La cathinone, substance stimulante du khat, est interdite en Arabie saoudite mais légalement autorisée et consommée culturellement dans certaines régions d’Éthiopie, ainsi qu’au Yémen. Les sources ont indiqué qu’aucun des hommes ne savait qu’il était illégal de transporter du khat vers et à l’intérieur de l’Arabie saoudite.

Les sources ont indiqué que les autorités de sécurité saoudiennes ont intercepté et arrêté les trois hommes entre 2023 et 2024, dans la région d’Abaha, alors qu’ils travaillaient, et les ont transférés vers divers centres de détention, puis finalement à Khamis Mushait. Les sources ont précisé que les hommes ont dû comparaître lors de deux ou trois audiences collectives extrêmement brèves, certaines par liaison vidéo. Les hommes n’avaient ni représentation juridique ni interprètes, et aucun d’entre eux n’a été informé des charges retenues contre eux.

Les sources ont déclaré que des agents de sécurité avaient frappé les hommes pendant les audiences et les avaient forcés à signer des documents qu’ils ne comprenaient pas. Un traducteur n’est apparu qu’à l’audience finale, uniquement pour les informer qu’ils avaient été reconnus coupables de trafic de drogue et condamnés à mort. Les sources ont rapporté les propos du juge : « Vous servirez d’exemple aux autres. »

Ces hommes sont détenus à Khamis Mushait depuis plus de deux ans sans possibilité de faire appel. Aucune date d’exécution n’a été fixée, mais ils font partie d’un groupe d’environ 65 autres Éthiopiens détenus dans leur cellule, tous condamnés à mort pour des infractions liées à la drogue, ainsi que de Saoudiens détenus à Khamis Mushait pour meurtre et autres crimes graves. Les sources ont indiqué que ces hommes pensent que des centaines d’autres Éthiopiens se trouvent dans d’autres cellules. Les médias ont rapporté que plus de 200 Éthiopiens attendent la peine de mort à Khamis Mushait. Human Rights Watch n’est pas en mesure de vérifier ce chiffre.

Le 21 avril, selon des sources bien informées, des gardiens de prison saoudiens ont emmené trois codétenus de leur cellule en leur disant qu’ils se rendaient à une audience au tribunal. Les gardiens ont ensuite déclaré aux autres détenus que les trois hommes avaient été exécutés et qu’ils devaient en informer leurs familles, ce qui a semé la panique parmi les autres. Les détenus n’ont reçu aucune visite depuis le début de leur détention et n’ont eu aucune communication avec les représentants consulaires éthiopiens.

Les sources bien informées ont rapporté les propos d’un homme : « La semaine dernière, trois de nos amis ont été tués ; peut-être qu’aujourd’hui ou après-demain, ils [les agents de sécurité saoudiens] me tueront. Aidez-nous, s’il vous plaît. »

Le 21 avril, le ministère de l’Intérieur a publié un communiqué annonçant l’exécution de trois ressortissants éthiopiens pour « participation à un trafic de haschisch » vers l’Arabie saoudite.

Les autorités saoudiennes ont procédé à un nombre record d’exécutions annuelles depuis le début du suivi de ces statistiques, avec 345 exécutions en 2024 et 356 exécutions en 2025. Les exécutions de ressortissants étrangers pour des infractions non mortelles liées à la drogue ont été le principal facteur de la forte augmentation des exécutions en 2025.

L'Arabie saoudite a exécuté plus de 2 000 personnes depuis que le roi Salmane ben Abdelaziz a accédé au trône le 23 janvier 2015 et a nommé son fils Mohammed ben Salmane prince héritier le 21 juin 2017. Malgré l’engagement pris en 2018 par le prince héritier de réduire considérablement le recours à la peine de mort, les exécutions se sont accélérées, notamment celles de mineurs accusés, les exécutions disproportionnées de ressortissants étrangers et les exécutions à motivation politique de personnes exerçant leur droit à la liberté d’expression.

Human Rights Watch s'oppose à la peine de mort en toutes circonstances en raison de sa cruauté inhérente. Le recours à la peine de mort par l'Arabie saoudite contredit le droit international des droits humains, selon lequel le droit à la vie est « inhérent à la personne humaine » ; selon le droit international, la peine de mort ne devrait s’appliquer qu’aux « crimes les plus graves », généralement ceux entraînant la mort ou des blessures corporelles graves.

En 2025, les infractions non mortelles liées à la drogue représentaient environ 68 % du total des exécutions. Le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a condamné cette pratique de l’Arabie saoudite, estimant que les exécutions pour des infractions liées à la drogue sont incompatibles avec le droit international des droits humains et ne relèvent pas de la catégorie des « crimes les plus graves ». Le Groupe de travail a exhorté les autorités saoudiennes à rétablir le moratoire sur les exécutions, soulignant que l’imposition de la peine de mort pour de telles infractions constitue une violation manifeste des normes juridiques internationales.

Des centaines de milliers d’Éthiopiens vivent et travaillent en Arabie saoudite. Si beaucoup émigrent pour des raisons économiques, beaucoup ont fui de graves violations des droits humains commises par leur gouvernement, notamment lors du récent et brutal conflit armé dans le nord de l’Éthiopie. Human Rights Watch documente depuis des années un large éventail de violations des droits humains à l’encontre des migrants empruntant cette même route.

La détention de migrants dans des installations insalubres en Arabie saoudite est un problème de longue susceptible de constituer un traitement inhumain et dégradant, selon Human Rights Watch. Par ailleurs, Human Rights Watch a constaté en 2023 que les gardes-frontières saoudiens avaient tué au moins des centaines de migrants et de demandeurs d’asile éthiopiens qui tentaient de franchir la frontière entre le Yémen et l’Arabie saoudite ; si ces actes s’inscrivaient dans le cadre d’une politique du gouvernement saoudien visant à tuer des migrants, ils constitueraient un crime contre l’humanité.

L'Arabie saoudite devrait immédiatement annuler les peines de mort prononcées à l'encontre des migrants éthiopiens et réexaminer toutes les condamnations conformément à ses obligations internationales, notamment la Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ainsi que la Convention des Nations Unies contre la torture.

Le ministère éthiopien des Affaires étrangères et ses représentants en Arabie saoudite devraient intervenir d’urgence auprès de leurs homologues saoudiens et, au minimum, veiller à ce que leurs ressortissants bénéficient d’une assistance consulaire immédiate. L’Arabie saoudite devrait ratifier la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et mettre en place des procédures d’asile conformes aux normes internationales.

Les gouvernements concernés devraient user de leur influence pour faire pression sur l’Arabie saoudite afin qu’elle abolisse la peine de mort ou, à tout le moins, qu’elle rétablisse un moratoire sur les exécutions pour des infractions liées à la drogue.

« Le recours massif à la peine de mort en Arabie saoudite va de pair avec des violations fondamentales et systémiques des droits des accusés à une procédure régulière et à un procès équitable », a conclu Nadja Hardman. « Les autorités saoudiennes devraient commuer les condamnations à mort, et abolir la peine de mort. »

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