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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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09.02.2026 à 06:00

Yémen : Les Houthis détiennent arbitrairement des chrétiens

Human Rights Watch

Click to expand Image Des policiers militaires houthis – masqués, casqués et l’arme au poing – patrouillaient à bord d’un véhicule dans une rue de Sanaa, au Yémen, le 16 février 2024. © 2024 Mohammed Hamoud/Getty Images

(Beyrouth) – Les autorités houthies au Yémen ont arrêté arbitrairement plus de 20 chrétiens au cours des trois derniers mois, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Les Houthis devraient les libérer immédiatement, ainsi que les centaines d'autres personnes détenues arbitrairement dans les zones du Yémen sous leur contrôle.

« Au lieu de chercher à réduire les taux alarmants de famine auxquels sont confrontés de nombreux Yéménites, les Houthis ne cessent de procéder à des arrestations et détentions », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse sur le Yémen et Bahreïn à Human Rights Watch. « Les Houthis devraient cesser de détenir des membres de la communauté chrétienne marginalisée et d’autres personnes, et veiller plutôt à ce que tous les habitants des territoires sous leur contrôle aient un accès adéquat à la nourriture et à l'eau. »  

Human Rights Watch a mené des entretiens avec deux membres de la minorité chrétienne au Yémen qui ont rassemblé des informations sur les arrestations, et a examiné des informations diffusées en ligne, notamment des déclarations et des publications sur les réseaux sociaux.

À partir de fin novembre et début décembre 2025, les Houthis ont lancé une campagne d’arrestations arbitraires de chrétiens au Yémen. Selon le Conseil national pour les minorités dans ce pays, ainsi qu’un chrétien yéménite dont Human Rights Watch a recueilli le témoignage, les Houthis ont arbitrairement arrêté sept chrétiens yéménites début décembre, avant de procéder à d’autres arrestations le 24 décembre, veille de Noël. Une autre personne de la communauté chrétienne a déclaré que deux chrétiens avaient aussi été détenus fin novembre. 

Les deux personnes interviewées par Human Rights Watch ont déclaré qu'au 12 janvier, les autorités houthies avaient arbitrairement arrêté plus de 20 chrétiens dans les gouvernorats de Sanaa et d'Ibb, ainsi que dans d’autres zones sous leur contrôle. Selon l'une des personnes, 24 chrétiens avaient été arrêtés ; l’autre personne était au courant de 21 arrestations. 

La première personne a déclaré que son chiffre (24) était basé sur ses communications avec des chrétiens « officiellement » reconnus comme tels, mais qu'il pouvait y avoir eu d'autres cas de détention dont elle n'avait pas connaissance. Le Conseil national pour les minorités a déclaré que « des dizaines » de personnes avaient été détenues dans le cadre de la campagne des Houthis. La plupart de ces cas semblent correspondre à la définition de disparition forcée. 

« Certaines personnes ont été arrêtées dans la rue, d'autres chez elles », a déclaré la deuxième personne. Elle a ajouté que dans les cas dont elle avait connaissance, les autorités n'avaient présenté aucun mandat d'arrêt aux personnes arrêtées. « Les forces de l'ordre ne se sont pas présentées, nous ne savons pas qui elles étaient. Elles ont fait irruption dans les maisons, ont défoncé des portes et ont arrêté les gens de force. » Les personnes interviewées ont déclaré qu'aucune raison justifiant leur arrestation n'avait été donnée aux détenus. 

La première personne a déclaré qu'à sa connaissance, aucune des personnes détenues n'avait pu communiquer avec sa famille, et que les autorités n'avaient pas non plus fourni à leurs familles des informations sur leur lieu de détention lorsqu'elles les avaient demandées. Elle a ajouté que certains détenus souffraient de problèmes de santé, notamment de maladies cardiaques et de diabète, qui nécessitaient des soins médicaux. Elle ne savait pas si elles avaient reçu les soins requis. 

L'autre personne a déclaré qu'elle savait que deux détenus avaient pu brièvement contacter leurs familles par téléphonique, mais que les autres n'avaient eu aucun contact avec leurs proches. « Nous sommes des communautés cachées, marginalisées et prises pour cible par toutes les autorités du Yémen, y compris les autorités religieuses », a déclaré cet individu. « [Nous sommes] poursuivis et persécutés par des dignitaires religieux et par les autorités, dans différentes régions du Yémen. » 

Les disparitions forcées, lors desquelles les autorités détiennent une personne puis refusent de divulguer des informations sur le lieu ou sur les conditions de sa détention, constituent des crimes graves au regard du droit international ; elles sont interdites par le droit international des droits humains, et par le droit international humanitaire.

Selon la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF), on estimait auparavant à 41 000 le nombre de chrétiens au Yémen ; ce chiffre comprenait des Yéménites, des réfugiés et des expatriés étrangers. Cependant, la Commission a affirmé en 2025 que « la communauté s'est réduite à quelques milliers de personnes » ces dernières années, car beaucoup ont fui en raison du conflit. Il est impossible de déterminer des chiffres exacts en raison de l'absence de recensement, et de la crainte de persécution de nombreuses minorités religieuses. 

En 2016, Human Rights Watch a indiqué que le conflit ayant éclaté en 2014 avait des répercussions sur la communauté chrétienne, notamment des attaques contre des croyants et des institutions chrétiennes. Depuis lors, les autorités houthies, ainsi que d'autres autorités yéménites, ont continué à maltraiter les minorités religieuses au Yémen, notamment les chrétiens, les juifs et les bahaïs. En 2023, Human Rights Watch a documenté la détention arbitraire par les Houthis de 17 membres de la communauté bahaïe du Yémen, soumis à des disparition forcées ; ceci a fait suite à d’autres arrestations systématiques de bahaïs menées par les Houthis, depuis plusieurs années.

Les arrestations de chrétiens par les Houthis font également suite aux arrestations, au cours des 18 derniers mois, de centaines de personnes sur le territoire contrôlé par les Houthis ; il s’agit notamment d’employés d’agences humanitaires des Nations Unies, des membres de la société civile, de défenseurs des droits humains, de journalistes et d'autres personnes qui tâchaient d’exercer leur droit à la liberté d'expression. 

« Les Houthis affirment souvent vouloir défendre la justice face à l'oppression occidentale, mais leurs violations continues des droits de leur propre peuple montrent qu’il s’agit de vaines paroles », a conclu Niku Jafarnia. « Ceux qui disent s'opposer à l'injustice à l'étranger ne devraient pas commettre d'actes injustes dans leur propre pays. »

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09.02.2026 à 06:00

Niger : Une frappe de drone militaire tue 17 civils

Human Rights Watch

Click to expand Image Capture d'écran d'une vidéo montrant les suites de la frappe militaire du 6 janvier 2026 à Kokoloko, au Niger. © 2026 Privé

(Nairobi) – Une frappe apparemment exécutée par un drone militaire nigérien a tué au moins 17 civils, dont quatre enfants, et en a blessé au moins 13 autres sur un marché bondé à l’ouest du Niger le 6 janvier 2026, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Cette frappe, qui a également tué trois combattants islamistes, a violé le droit de la guerre, qui interdit les attaques indiscriminées, et pourrait constituer un crime de guerre.

L’attaque a eu lieu dans le village de Kokoloko, dans la région de Tillabéri, à environ 120 kilomètres à l’ouest de Niamey, la capitale, et à moins de trois kilomètres de la frontière avec le Burkina Faso. Les habitants ont raconté que l’État islamique au Sahel (EIS), un groupe armé islamiste, est actif à Kokoloko et dans les environs depuis plusieurs années. Des groupes armés islamistes mènent des attaques contre les militaires et les civils au Niger depuis 2019.

« L’attaque militaire au Niger qui a tué trois combattants islamistes a également tué et blessé un grand nombre de civils sur un marché en violation du droit de la guerre », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Les autorités nigériennes devraient garantir une enquête transparente et impartiale sur cette attaque, poursuivre de manière appropriée les responsables et indemniser de façon adéquate les victimes et leurs familles. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 15 personnes par téléphone, dont six témoins et neuf membres d’organisations non gouvernementales nationales et internationales, journalistes et habitants de la zone de Kokoloko. Human Rights Watch a également analysé et géolocalisé trois vidéos mises en ligne montrant les conséquences de l’attaque, ainsi que des images satellites du lieu de la frappe.

La junte militaire nigérienne, qui a pris le pouvoir lors d’un coup d’État en juillet 2023, n’a fait aucun commentaire public à la suite de la frappe de drone. Human Rights Watch a envoyé une lettre au cabinet de la junte pour lui communiquer ses conclusions et demander des réponses à des questions précises. Human Rights Watch n’a pas reçu de réponse.

Des témoins ont déclaré qu’entre 10 et 13 heures le 6 janvier, ils ont vu un drone survoler Kokoloko à deux reprises, puis larguer une munition sur le village vers 13 h 30, alors que des centaines de personnes étaient présentes au marché.

« J’ai vu le drone de couleur blanche qui volait, puis j’ai entendu quelque chose comme un sifflement avant une forte explosion », a raconté un marchand de 36 ans qui a échappé de peu à des blessures. « Le marché a été touché, et il était bondé de femmes et d’enfants, de femmes qui vendent du riz cuit, de la soupe à la viande et d’autres aliments ; leurs enfants étaient là, ainsi que de nombreux marchands. »

Les témoins ont également expliqué qu’au moment de la frappe, trois combattants de l’EIS, sans armes et habillés en civil avec des turbans, étaient au marché, tandis que trois autres se trouvaient dans le village. « Ce jour-là, vers 9 h du matin, j’ai vu six combattants de l’EIS, armés de Kalachnikovs [fusils d’assaut] et d’une mitrailleuse, arriver au village et trois d’entre eux se sont rendus au marché », a décrit le marchand. « Les combattants de l’EIS font leurs courses dans tous les marchés de la région, ils font leurs achats et ils s’en vont. »

Des habitants ont raconté que de nombreux corps avaient été déchiquetés et brûlés. « J’ai compté 17 corps, principalement des femmes et des enfants », a indiqué un chef religieux, âgé de 67 ans, qui est retourné au marché vers 18 h ce jour-là. « Les corps étaient carbonisés, ce qui a rendu l’identification très difficile. » D’après les témoignages, les combattants de l’EIS ont aidé les habitants à récupérer les corps, qui ont été enterrés dans le cimetière du village. « Nous avons mis les femmes et les enfants ensemble, dans une fosse commune, et les hommes dans une autre fosse », a expliqué un homme.

Les trois vidéos montrent de la terre calcinée et des dégâts importants aux étals du marché causés par le feu, certains d’entre eux étant encore en train de brûler. Les données de détection des incendies fournies par le système FIRMS (Fire Information for Resource Management System) de la NASA ont recensé des incendies actifs à Kokoloko le 6 janvier à 13 h 31, heure locale. Les images satellites à basse résolution du 7 janvier montrent de nouvelles traces de feux à Kokoloko qui n’apparaissaient pas sur les images du matin précédent.

Les images satellites à haute résolution du 20 janvier montrent des zones brûlées dans différents endroits du village le long de la route principale. Des témoins ont raconté que la munition larguée par le drone a provoqué l’incendie, qui a été renforcé par du carburant présent au marché et par les étals en bois, favorisant la propagation rapide des flammes.

Click to expand Image Image © 2026 Planet Labs PBC. Graphique © 2026 Human Rights Watch

Human Rights Watch n’a pas été en mesure d’identifier le drone ou la munition utilisés. Depuis 2022, l’armée nigérienne aurait acquis divers types de drones de fabrication turque, notamment Bayraktar TB-2, Karayel-SU et Aksungur UCAV. Ces drones peuvent être munis de capteurs qui permettent une surveillance active avec des retransmissions vidéo en direct et être équipés de munitions guidées.

Des vidéos du site publiées sur Internet et examinées par Human Rights Watch font état de dégâts importants aux structures causés par le feu qui auraient pu être provoqués par des explosifs puissants. Des témoins ont rapporté que les blessés présentaient un éventail de blessures, notamment des brûlures et des blessures dues à des fragments de munitions.

À la suite de la frappe, la quasi-totalité des 1 200 habitants de Kokoloko ont fui vers des villages voisins ou ont franchi la frontière vers le Mali. « J’ai passé la première nuit dans un village proche avec mes enfants », a raconté une femme qui a perdu sa cousine, âgée de 50 ans, et son neveu, âgé de 5 ans, dans la frappe. « Ensuite, nous avons traversé la frontière vers le Mali avec presque rien. »

Human Rights Watch a obtenu une liste établie par des habitants avec les noms des 17 civils tués et des 13 blessés. Les personnes tuées incluaient 11 femmes âgées de 29 à 50 ans, 2 hommes âgés de 32 et 55 ans et 4 enfants âgés de 5 à 10 ans. Les personnes blessées incluaient 4 femmes âgées de 28 à 45 ans, 7 hommes âgés de 23 à 62 ans et 2 enfants âgés de 14 et 15 ans.

Des témoins ont indiqué que les habitants ont trouvé les corps des trois combattants et que l’EIS s’est occupé de leur enterrement.

En vertu du droit international humanitaire, également appelé droit de la guerre, les parties à un conflit armé doivent faire la distinction à tout moment entre les combattants et les civils, et ne jamais cibler les civils. Les attaques qui utilisent un moyen ou une méthode de combat dont les effets ne peuvent pas être limités, comme demandé par le droit de la guerre, et qui frappent donc des objectifs militaires et des civils sans distinction, sont des attaques indiscriminées illégales. Même si plusieurs combattants islamistes étaient présents, la frappe de drone sur le marché bondé de Kokoloko avec au moins une arme explosive constitue une attaque indiscriminée. Si ceux qui ont ordonné ou exécuté la frappe l’ont fait avec une intention criminelle, c’est-à-dire délibérément ou imprudemment, ils se rendent coupables de crimes de guerre.

Selon l’organisation non gouvernementale Armed Conflict Location and Event Data (ACLED), en 2025, la région de Tillabéri a enregistré le « plus grand nombre de victimes causées par des attaques contre des civils » dans le centre du Sahel, ces attaques étant menées par l’EIS, par l’armée nigérienne et par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nasr al-Islam wal Muslimin, JNIM), groupe armé lié à Al-Qaïda.

En septembre 2025, les médias ont fait état de frappes aériennes de l’armée nigérienne qui ont touché une marché hebdomadaire dans le village d’Injar, dans la région de Tillabéri, tuant plus de 30 civils dans une attaque contre des combattants présumés. En janvier 2024, des médias avaient signalé que des frappes de drones militaires nigériens contre des groupes armés islamistes avaient tué plusieurs civils dans le village de Tiawa, aussi situé dans la région de Tillabéri.

« Les gouvernements étrangers soutenant l’armée nigérienne devraient faire pression sur les autorités pour les inciter à adopter des mesures visant à éviter tout préjudice aux populations locales », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Le gouvernement se doit de fournir des services aux personnes touchées pour les aider à se rétablir des blessures et des traumatismes subis, ainsi que de verser une indemnisation adéquate aux victimes et à leurs familles. »

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Articles

Jeune Afrique

04.02.2026 à 06:01

Afrique centrale : Les civils sont en danger dans l’est de la RD Congo

Human Rights Watch

Click to expand Image Un combattant du M23 surveille des soldats congolais détenus au Stade de l’Unité à Goma, en République démocratique du Congo, le 30 janvier 2025. © 2025 Daniel Buuma/AFP via Getty Images

(Nairobi) – Les abus commis par les forces gouvernementales et les groupes armés à l’encontre des civils sont devenus monnaie courante dans le conflit qui frappe l’est de la République démocratique du Congo, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2026. En Afrique centrale, les gouvernements du Rwanda, du Burundi, de la RD Congo et de la République centrafricaine ont encore restreint les droits civils et politiques.

« Les populations des pays d’Afrique centrale ont été confrontées à des risques croissants au cours de la dernière année, qu’il s’agisse d’attaques ou de déplacements forcés dans l’est de la RD Congo ou de la suppression des droits fondamentaux ailleurs dans la région », a expliqué Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale chez Human Rights Watch. « Les organismes régionaux et internationaux doivent inciter les gouvernements d’Afrique centrale à protéger les civils et à défendre l’espace démocratique. »

Dans la 36ème édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.

Le conflit qui oppose le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda, aux forces armées congolaises a conduit à de nouvelles atrocités dans l’est de la RD Congo. Le M23 a commis de nombreux crimes de guerre, y compris des meurtres et des violences sexuelles. L’armée congolaise et ses alliés Wazalendo, ainsi que d’autres groupes armés, ont également commis des crimes de guerre.La période précédant les élections locales et législatives au Burundi ainsi que les élections présidentielles en République centrafricaine ont été marquées par des abus. Dans les deux pays, les candidats de l’opposition ont été empêchés de se présenter. Au Burundi, les électeurs ont été intimidés et ont subi des pressions lors du vote.Les autorités des quatre pays ont réprimé les médias, la liberté d’expression et le droit de réunion pacifique. En RD Congo, les autorités et le M23 ont tous deux pris pour cible des journalistes, des détracteurs et des activistes. Un tribunal militaire a condamné l’ancien président Joseph Kabila à la peine capitale par contumace pour des chefs d’inculpation motivés par des raisons politiques. Au Rwanda, la cheffe de l’opposition Victoire Ingabire a de nouveau été arrêtée dans le cadre d’un procès en cours contre des membres de son parti.Les mécanismes de justice internationale ont fait des progrès significatifs dans les affaires concernant l’Afrique centrale en 2025. La Cour pénale internationale a reconnu deux chefs de milices anti-balaka coupables de crimes de guerre et crimes contre l’humanité perpétrés en République centrafricaine. Roger Lumbala, ancien chef rebelle et ministre congolais accusé de crimes contre l’humanité commis en RD Congo, est jugé en France.

Les gouvernements d’Afrique centrale devraient défendre l’État de droit et respecter les libertés fondamentales, y compris pendant les conflits armés, a déclaré Human Rights Watch. Une pression internationale concertée est nécessaire pour veiller à ce que les gouvernements protègent leurs populations et respectent leurs obligations en vertu du droit international, notamment en traduisant en justice les responsables de crimes graves.

04.02.2026 à 06:00

Faire face au défi posé par Trump aux droits humains

Human Rights Watch

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(Washington, le 4 février 2026) – Les démocraties respectueuses des droits humains devraient former une alliance stratégique afin de préserver l’ordre international fondé sur des règles, menacé par l’administration Trump ainsi que par les dirigeants de la Chine et de la Russie, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch dans son Rapport mondial 2026.

Dans la 36e édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. 

Le président américain Donald Trump et la montée en puissance des autoritarismes ont fait des ravages sur les garanties et les protections des droits humains dans le monde. Les récentes violations commises par les États-Unis – des atteintes à la liberté d’expression aux expulsions de personnes vers des pays tiers où elles risquent d’être torturées – montrent l’ampleur de l’assaut porté par son administration contre l’état de droit. Conjuguées aux efforts déployés de longue date par la Chine et la Russie pour affaiblir l’ordre international fondé sur des règles, les agissements de l’administration Trump ont d’énormes répercussions au niveau international.

« Le système mondial des droits humains est en danger », a déclaré Philippe Bolopion, directeur exécutif de Human Rights Watch. « Sous la pression incessante du président américain Donald Trump et constamment sapé par la Chine et la Russie, l’ordre international fondé sur des règles est en train d’être détruit, menaçant d’emporter avec lui l’édifice sur lequel les défenseurs des droits humains s’appuient pour faire progresser les normes et protéger les libertés. Pour contrer cette tendance, les gouvernements qui attachent encore de l’importance aux droits doivent former, aux côtés des mouvements sociaux, de la société civile et des institutions internationales, une alliance stratégique pour s’y opposer. »

Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en français

Le président américain a sapé la confiance dans l’intégrité des élections et réduit le devoir de rendre des comptes du gouvernement, a déclaré Philippe Bolopion. Trump s’en est pris à l’indépendance de la justice, a défié les décisions judiciaires, réduit brutalement l’aide alimentaire et les subventions en matière de santé, restreint les droits des femmes, entravé l’accès à l’avortement, compromis les recours contre les discriminations raciales, supprimé les protections pour les personnes transgenres et intersexes et porté atteinte à la vie privée. Il a également usé de son pouvoir pour intimider ses adversaires politiques, les médias, des cabinets d’avocats, des universités, la société civile et même des humoristes.

« En invoquant un risque “d’effacement civilisationnel’’ en Europe et en s’appuyant sur des stéréotypes racistes pour présenter des populations entières comme indésirables aux États-Unis, l’administration Trump a adopté des politiques et une rhétorique qui rejoignent l’idéologie nationaliste blanche », a analysé Philippe Bolopion. « La politique étrangère de Trump a bouleversé les fondements de l’ordre international fondé sur des règles, qui vise à promouvoir la démocratie et les droits humains. Trump s’est vanté de n’avoir “pas besoin du droit international”, seulement de sa “propre morale”. »

La politique étrangère de Trump a été caractérisée par un mépris flagrant des obligations des États-Unis en matière de droits humains et par le rejet brutal de tout effort pour en faire un axe important de la diplomatie américaine. L’administration a brutalement mis fin à la quasi-totalité de l’aide étrangère américaine, y compris les financements destinés à l’aide humanitaire vitale. Elle s’est également retirée des institutions multilatérales essentielles à la protection des droits humains dans le monde, notamment le Conseil des droits de l’homme de l’ONU et l’Accord de Paris sur le climat.

L’affaiblissement des institutions multilatérales par les États-Unis a également porté un coup dur aux initiatives internationales pour prévenir ou mettre fin aux graves crimes internationaux. Le mouvement « Plus jamais ça », né des horreurs de l’Holocauste et relancé par les génocides rwandais et bosniaque, avait incité l’Assemblée générale des Nations Unies à adopter le principe de la « responsabilité de protéger » (R2P) en 2005. Aujourd’hui, ce principe est rarement invoqué et la Cour pénale internationale subit des attaques en règle.

Il y a vingt ans, le gouvernement américain et la société civile ont joué un rôle déterminant pour mobiliser une réponse face aux atrocités de masse commises au Darfour. Le Soudan est à nouveau en proie à la violence, mais cette fois, sous la présidence de Trump, dans l’impunité.

Dans le Territoire palestinien occupé, les forces armées israéliennes ont commis des actes de génocide, un nettoyage ethnique et des crimes contre l’humanité, tuant plus de 70 000 personnes depuis les attaques menées par le Hamas contre Israël en octobre 2023 et déplacé de force la grande majorité de la population de Gaza. Ces crimes ont suscité une condamnation internationale disparate, et Trump a poursuivi la politique américaine de longue date de soutien quasi inconditionnel à Israël, alors même que la Cour internationale de Justice était saisie d’allégations de génocide.

En Ukraine, les efforts de paix de Trump ont systématiquement minimisé la responsabilité de la Russie dans les graves violations commises. Au lieu d’exercer une pression réelle sur Poutine pour mettre fin à ces crimes, Trump a publiquement critiqué le président ukrainien Volodymyr Zelensky, exigé un accord minier abusif, fait pression sur l'Ukraine pour qu'elle cède de vastes territoires et proposé une « amnistie totale » pour les crimes de guerre.

Alors que les États-Unis tournent résolument le dos aux droits humains, certains pays qui auraient pu mener la lutte pour les préserver ont été affaiblis par des forces internes illibérales sur leur propre sol, a déclaré Philippe Bolopion. Les gouvernements sont également freinés par la crainte de s’aliéner les États-Unis et la Chine, et beaucoup considèrent les droits et l’état de droit comme un obstacle, plutôt qu’un atout, pour leur sécurité et leur croissance économique.

Mais si ces pays s’unissaient, ils pourraient devenir une force politique puissante et former un bloc économique de taille. Il est essentiel de regarder au-delà du cercle habituel, a affirmé Philippe Bolopion. L’ordre multilatéral a été mis en place petit à petit par des États de toutes les régions. Et le soutien aux droits humains n’est jamais venu seulement de démocraties puissantes ou de pays irréprochables en matière de droits humains.

Cette coalition mondiale de démocraties respectueuses des droits pourrait offrir d’autres incitations pour contrer les politiques de Trump, qui ont sapé la gouvernance commerciale multilatérale et les accords commerciaux réciproques incluant des protections pour les droits. De nouveaux accords commerciaux attractifs, assortis de protections effectives pour les travailleurs, et des accords sécuritaires similaires pourraient être conditionnés au respect de la gouvernance démocratique et des normes relatives aux droits humains.

Cette nouvelle alliance constituerait également un puissant bloc pour voter à l’ONU. Elle pourrait s’engager à défendre l’indépendance et l’intégrité des mécanismes onusiens de protection des droits humains, à apporter un soutien politique et financier, et à bâtir des coalitions capables de promouvoir les normes démocratiques, même face à l’opposition des superpuissances.

Même dans les pires moments, l’idéal de liberté et de droits humains demeure. Le pouvoir du peuple reste le moteur du changement et de la protection des droits des plus vulnérables, a déclaré Philippe Bolopion. Dans ce monde plus hostile, le travail de la société civile est plus crucial que jamais.

« Briser la vague autoritaire et défendre les droits humains est le défi de toute une génération », a conclu le directeur exécutif de Human Rights Watch. « En 2026, il se jouera de manière particulièrement aigue aux États-Unis, avec des conséquences considérables pour le reste du monde. Pour lutter contre cette tendance, il faudra une réaction déterminée, stratégique et coordonnée de la part des électeurs, de la société civile, des institutions multilatérales et des gouvernements respectueux des droits humains à travers le monde. »

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04.02.2026 à 06:00

Afghanistan : La répression exercée par les talibans s’est intensifiée en 2025

Human Rights Watch

Click to expand Image Des migrants afghans revenus dans leur pays chargeaient leurs possessions sur un camion dans le camp Omari à Torkham, en Afghanistan, le 16 septembre 2025. Plus de trois millions d'Afghans qui avaient précédemment fui vers le Pakistan et l’Iran sont rentrés en Afghanistan, parfois sous la contrainte, depuis septembre 2023.  © 2025 Elke Scholiers/Getty Images

(Bangkok) – Les autorités talibanes en Afghanistan ont accru en 2025 leur répression des femmes et des filles et ont mis en place de nouvelles règles ayant pour effet de limiter encore davantage la liberté des médias, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2026. La crise humanitaire que connaît le pays s’est aggravée à cause de la réduction de l’aide en provenance de l’étranger et des retours forcés de millions de réfugiés afghans. 

« Les gouvernements devraient faire pression sur les talibans pour qu’ils mettent fin à leurs horribles abus, tout en atténuant la crise humanitaire qui affecte l’Afghanistan et en offrant des protections aux réfugiés afghans », a déclaré Fereshta Abbasi, chercheuse sur l’Afghanistan auprès de la division Asie de Human Rights Watch. « La répression implacable des talibans devrait pousser les autres gouvernements à soutenir les efforts visant à amener tous les individus responsables de graves crimes en Afghanistan à rendre des comptes. »

Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en français

Dans la 36e édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.

En 2025, les talibans ont émis de nouvelles lois draconiennes qui restreignent encore davantage la liberté de mouvement des femmes et leur accès à l’espace public, tout en mettant fermement en application les interdictions déjà existantes pour les filles de recevoir une éducation au-delà du cycle primaire et les limites aux possibilités d’emploi des femmes, abus que les experts des Nations Unies ont décrits comme constituant un « apartheid de genre ». En juillet, la Cour pénale internationale (CPI) a émis des mandats d’arrêt à l’encontre de responsables talibans de haut rang pour le crime contre l’humanité de persécution sexiste.Le 6 octobre, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a adopté une résolution historique créant un mécanisme indépendant chargé d’enquêter sur les violations des droits humains passées et actuelles commises en Afghanistan. Les talibans ont imposé de nouvelles restrictions limitant encore davantage la liberté des médias et ont emprisonné arbitrairement des critiques de leur régime. Les autorités ont également arrêté des personnes pour avoir prétendument commis des infractions aux lois sur la « moralité », telles que des femmes accusées de porter un hidjab (voile islamique) inapproprié ou des employeurs accusés de n’avoir pas organisé des lieux de travail séparés pour les femmes et les hommes. Le nombre de journalistes travaillant encore en Afghanistan a diminué en raison de la réduction des aides étrangères et de la politique répressive des talibans.La crise humanitaire en Afghanistan s’est encore aggravée en 2025 car le gouvernement américain a effectué des coupes massives dans son aide à l’étranger et d’autres pays lui ont emboîté le pas, tandis que de nombreux pays forçaient des millions de réfugiés afghans à retourner en Afghanistan. Plus de 22 millions de personnes étaient exposées à un risque d’insécurité alimentaire, les femmes et les filles en étant affectées de manière disproportionnée. 

Les gouvernements du monde devraient faire pression sur les talibans pour qu’ils mettent fin aux violations des droits humains et devraient également fournir une assistance humanitaire à la population afghane, a déclaré Human Rights Watch. Aucun pays ne devrait renvoyer de force en Afghanistan des personnes qui pourraient y être exposées aux risques de persécutions ou de menaces pour leur vie. Les États membres de l’ONU devraient financer et soutenir le nouveau mécanisme d’enquête indépendant sur l’Afghanistan, dont la création a été décidée en octobre 2025.

04.02.2026 à 06:00

Afrique de l’Ouest/Sahel : Les juntes militaires poursuivent leur répression

Human Rights Watch

Click to expand Image Le président du Burkina Faso Ibrahim Traoré (à droite) arrive à l’aéroport de Moscou, en Russie, le 8 mai 2025. © 2025 Grigory Sysoev / RIA Novosti/Anadolu via Getty Images

(Nairobi) – Les dirigeants de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest ont intensifié leur répression contre les libertés tout en renforçant leur emprise sur le pouvoir en 2025, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2026.

Au Nigeria et au Sahel, les groupes armés islamistes ainsi que les forces gouvernementales et leurs alliés ont attaqué des civils et des infrastructures civiles à répétition. Dans le même temps, les juntes du Sahel ont expulsé les organes régionaux et internationaux et affaibli les institutions chargées de la reddition des comptes en cas d’abus.

« Les dirigeants des juntes militaires dans la région du Sahel ont intensifié leurs actions de répression de la liberté d’expression et d’autres libertés avec peu de considération pour les transitions promises vers la démocratie », a déclaré Mausi Segun, directrice de la division Afrique de Human Rights Watch. « Des efforts de plus grande ampleur doivent être déployés à l’échelle régionale pour forcer les autorités d’Afrique de l’Ouest à ouvrir un espace politique et démocratique et protéger les droits humains de leur citoyens. »

Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en français

Dans la 36ème édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.

Les autorités du Niger et du Mali ont recommandé la prolongation de cinq ans de leurs périodes de transition respectives vers un régime démocratique et ont interdit le multipartisme. Le Tchad a quant à lui aboli la limitation du nombre de mandats présidentiels.Les gouvernements ont continué à restreindre la liberté d’expression, la dissidence et les médias. Au Burkina Faso et au Mali, des journalistes, des activistes et des critiques de la junte ont été arbitrairement détenus, soumis à des disparitions forcées ou illégalement conscrits, alors que des opposants et figures politiques ont été ciblés pour s’être exprimés librement. Au Nigeria, les autorités ont arrêté et poursuivi en justice des journalistes et des utilisateurs de réseaux sociaux, souvent en s’appuyant sur une application large de la loi sur la cybercriminalité. Au Niger, l’ancien président Mohamed Bazoum reste arbitrairement détenu sans avoir eu de procès. Au Tchad, l’ancien premier ministre et dirigeant de l’opposition Succès Masra a été condamné à 20 ans de réclusion sur la base d’accusations à caractère politique.Deux groupes armés islamistes, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wa al-Muslimeen, JNIM) et l’État islamique au Sahel (EIS), ont massacré des civils au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Les forces armées burkinabè, les milices progouvernementales, les forces armées maliennes et le groupe Wagner, soutenu par la Russie, et désormais dénommé « Africa Corps », ont exécuté sommairement des civils de l’ethnie peule.Au Nigeria, des attaques mortelles contre les civils de l’État de Borno ont indiqué la résurgence de la faction Jama’atu Ahlis Sunna Lidda’awati wal-Jihad de Boko Haram, alors que dans le nord-ouest du pays, des gangs de bandits ont continué de perpétrer des meurtres, des enlèvements et des raids violents dans un contexte où le gouvernement ne parvient pas à protéger les communautés ou à faire rendre des comptes aux responsables.Le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont poursuivi leur stratégie de désengagement en finalisant leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et en annonçant leur retrait de la Cour pénale internationale (CPI), mettant gravement en péril l’accès à la justice pour les victimes d’abus.

L’Union africaine ainsi que les autres organes régionaux et internationaux doivent déployer davantage d’efforts pour préserver les civils des attaques et violations des droits humains, a déclaré Human Rights Watch.

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