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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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26.03.2026 à 07:00

Nigeria : Les attaques à Maiduguri reflètent une nouvelle menace pour les civils

Human Rights Watch

Click to expand Image Un véhicule de police blindé était garé près des décombres sur le site d’un marché à Maiduguri, au Nigeria, le 17 mars 2026, au lendemain d'explosions qui ont tué au moins 23 personnes et en ont blessé plus de 100 autres dans cette ville. © 2026 AFP via Getty Images

(Abuja) – Les attentats meurtriers perpétrés à Maiduguri, capitale de l’État de Borno dans le nord-est du Nigeria, ont ravivé les inquiétudes quant à la recrudescence des attaques violentes perpétrées par Boko Haram et au risque croissant pour les civils dans la région, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. À la suite de ce crime de guerre manifeste, les autorités nigérianes devraient renforcer de toute urgence la protection des civils dans la région.

Les attaques, survenues dans la soirée du 16 mars 2026, ont frappé des lieux publics très fréquentés, notamment un marché, les environs d’un bureau de poste et l’entrée de l’hôpital universitaire de Maiduguri, faisant 23 morts et 108 blessés, selon les autorités policières. Ces attaques semblent avoir été indiscriminées et constituent donc un crime de guerre au regard du droit international. Le gouvernement nigérian est engagé depuis plus d’une décennie dans un conflit armé dans le nord-est du pays contre le groupe insurgé Boko Haram et les factions qui s’en sont séparées.

« Ces dernières attaques montrent que les civils du nord-est du Nigeria restent dangereusement exposés à une violence meurtrière, malgré des années d’efforts du gouvernement en matière de sécurité », a déclaré Anietie Ewang, chercheuse sur le Nigeria à Human Rights Watch. « La recrudescence de telles attaques à Maiduguri est profondément alarmante, et met en évidence la menace persistante que les groupes armés font peser sur la vie quotidienne. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec cinq témoins des attentats à la bombe perpétrés contre le bureau de poste, l’hôpital et le marché. Aucun groupe armé n’a revendiqué ces attentats, mais l’armée nigériane les a décrits comme des tentatives coordonnées menées par des combattants présumés de Boko Haram visant à faire un grand nombre de victimes et à semer la panique. Le groupe armé Jama’atu Ahlis Sunna Lidda’awati wal-Jihad (JAS), plus connu sous le nom de Boko Haram, a déjà perpétré plusieurs attentats-suicides visant des civils.

Le JAS a été considérablement affaibli après la mort de son chef de longue date, Abubakar Shekau, en 2021, lors d’affrontements avec la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique, une faction rivale qui s’est séparée du groupe. Cependant, selon les analystes, le JAS semble revenir en force, comme en témoignent plusieurs attaques récentes dans la région.

En décembre 2025, une mosquée de Maiduguri a été visée par un attentat à la bombe qui a fait cinq morts, mettant fin à des années de calme relatif. Bien que la violence liée à Boko Haram ait diminué par rapport à son pic, la poursuite des attaques dans toute la région suggère que l’insurrection reste une menace persistante, et les attentats de Maiduguri suscitent de nouvelles inquiétudes en matière de sécurité.

L'État de Borno est largement considéré comme l'épicentre de l'insurrection, tandis que Maiduguri est la principale plaque tournante opérationnelle pour les interventions de sécurité. C'est également un pôle humanitaire clé, accueillant des agences qui viennent en aide aux populations touchées par la crise.

En 2020, Fatou Bensouda, alors Procureure de la Cour pénale internationale, a affirmé que son bureau d’ s avait trouvé des motifs raisonnables de croire que Boko Haram et ses groupes dissidents, ainsi que les forces de sécurité nigérianes, avaient commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité pendant le conflit. Elle a noté que « la grande majorité des actes criminels commis dans le cadre de cette situation [était] imputable à des acteurs non étatiques ». La Procureure Bensouda avait alors décidé de ne pas donner suite à une demande d’ouverture d’une enquête officielle, en partie en raison de ressources limitées, et la situation reste au stade de l’examen préliminaire.

Ibrahim Talba, un tailleur de 35 ans, a déclaré à Human Rights Watch qu’il s’était rendu dans un restaurant local situé en face de l’entrée de l’hôpital universitaire de Maiduguri pour manger après avoir rompu son jeûne pendant le ramadan. Là, il a été témoin d’une altercation entre deux jeunes hommes à bord d’un tricycle commercial et un agent de sécurité, qui leur refusait l’entrée au motif qu’ils n’utilisaient pas un tricycle autorisé. Il a déclaré qu’après un bref échange houleux, l’un des hommes a lancé vers le gardien de sécurité une bouteille, qui a explosé lorsque celui-ci l’a renvoyée vers l’homme. Alors qu’Ibrahim Talba et d’autres personnes se précipitaient vers les lieux, une deuxième explosion s’est produite, le blessant. Il a présenté ses blessures par éclats d’obus au dos, aux jambes et au ventre.

Fatima Sheriff, une vendeuse de nourriture âgée de 25 ans, a déclaré qu'après avoir livré de la nourriture à un membre du personnel de l'hôpital, elle se dirigeait vers la porte lorsqu'elle s'est arrêtée pour répondre à un appel de sa sœur. Elle a brièvement remarqué la dispute, mais l'appel l'a distraite. Quelques instants plus tard, une forte explosion a retenti, des flammes ont envahi les lieux et elle a perdu connaissance. Elle a repris conscience plus tard à l’hôpital, sans aucune blessure physique. Là-bas, elle a vu sept personnes amenées inconscientes à la suite de l’explosion, dont une jeune fille que le médecin a déclarée morte par la suite.

Mustafa Muhammed, un vendeur de casquettes âgé de 45 ans, a déclaré avoir été blessé par des éclats d’obus au dos et sur le côté des côtes à la suite d’une explosion devant l’hôpital. Il a déclaré : « Je me trouvais dans le quartier de Costain, près du cimetière de Gwange, lorsque j’ai entendu une forte explosion provenant du quartier du marché du lundi. Je me suis mis à courir, j’ai enfourché mon vélo pour rentrer chez moi, en empruntant la route menant à l’hôpital universitaire de Maiduguri. Alors que je traversais la route en direction de l’hôpital, il y a eu une autre explosion. Je ne sais même pas ce qui s’est passé. J’ai juste vu un nuage de fumée rougeâtre et noir, puis je me suis retrouvé couvert de sang. La seule chose dont je me souviens ensuite, c’est d’avoir ouvert les yeux et de m’être retrouvé dans un lit d’hôpital. »

Babagana Abubakar, un vendeur de fruits âgé de 39 ans, a déclaré qu’il vendait des pastèques à un client près de la poste, lorsqu’une forte explosion a « tout fait voler en éclats ». Il a poursuivi : « Nous avons tous commencé à courir pour nous mettre à l’abri, sans savoir où nous cacher. Je savais que c’était l’explosion d’une bombe, car j’avais déjà entendu ce bruit à Maiduguri. »

Babagana Abubakar est revenu pour aider les victimes et a vu des gens gisant au sol, mais il était incapable de dire qui était vivant ou mort. « J’ai essayé d’aider l’un des blessés, mais j’ai reculé quand j’ai vu du sang couler de sa poitrine », a-t-il déclaré. « Je n’ai pas pu continuer. C’était trop. Je tremblais et j’avais froid partout. Je ne connaissais pas les victimes, car je vends surtout aux passants, mais j’ai ensuite reconnu parmi les morts un jeune homme qui m’avait acheté des bananes quelques minutes avant l’explosion, grâce à son maillot blanc du Real Madrid. »

Ce vendeur de fruits a ajouté qu’il entendait encore l’écho de l’explosion, dans sa tête. « Chaque fois que je ferme les yeux, je revois la scène, les corps gisant par terre. Ça ne cesse de se rejouer dans mon esprit. J’ai également perdu mon gagne-pain, car tous les fruits que je vendais ont été éparpillés partout par l’explosion et je n’ai rien pu ramasser ni récupérer. »

Un fonctionnaire de 53 ans a déclaré qu’il se rendait en voiture au marché du lundi pour faire ses courses auprès des vendeurs de rue à l’extérieur lorsqu’il a entendu une forte explosion, accompagnée d’une lumière rouge vif dans le ciel. Il a déclaré : « Après l’explosion, les gens se sont mis à courir dans toutes les directions. J’ai laissé ma voiture et j’ai couru à pied, comme l’ont fait d’autres automobilistes. Après avoir couru environ 400 mètres sans entendre d’autres coups de feu, nous nous sommes arrêtés, réalisant que cela signifiait probablement qu’il n’y avait pas d’hommes armés sur les lieux. Cet incident m’a vraiment effrayé. Je n’ai jamais vécu une telle expérience depuis que j’ai emménagé ici. »

Les autorités nigérianes devraient de toute urgence renforcer la protection des civils dans les zones à haut risque, améliorer les mesures d’alerte précoce et d’intervention, et apporter un soutien aux victimes, ainsi qu’aux personnes qui ont perdu leurs moyens de subsistance, a déclaré Human Rights Watch.

« Les attentats à la bombe à Maiduguri mettent en évidence le danger extrême et permanent auquel sont confrontés les civils du nord-est du Nigeria, face aux groupes armés », a conclu Aniete Ewang. « Les autorités nigérianes devraient d’urgence intensifier leurs efforts pour protéger les civils, garantir des enquêtes rapides et transparentes, et traduire les responsables en justice. »

25.03.2026 à 05:00

ONU : Le droit à l’autodétermination des habitants du Sahara occidental est menacé

Human Rights Watch

Click to expand Image Deux Sahraouis déplacés, originaires du Sahara occidental – territoire revendiqué par le Maroc – photographiés dans le camp de réfugiés de Dakhla, situé à environ 170 kilomètres au sud-est de la ville de Tindouf dans l’ouest de l’Algerie, le 14 janvier 2023. © 2023 Ryad Kramdi/AFP via Getty Images La résolution du Conseil de sécurité de l’ONU portant sur le litige autour du territoire du Sahara occidental, qui dure déjà depuis des décennies, ne garantit pas que le nouveau cadre visant à régler ce problème de longue date respecte le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, ni qu’il se conforme au droit international.La résolution se contente d’appuyer le plan d’autonomie du Maroc, qui n’intègre pas l’option de l’indépendance, ne prévoit pas de réparations et ne définit pas de manière précise les habitants du Sahara occidental ayant droit à l’autodéterminationLe Conseil de sécurité de l’ONU devrait faire respecter le droit à l’autodétermination et veiller à ce que tout résultat des négociations reflète la véritable volonté du peuple sahraoui.

(Beyrouth) – La résolution adoptée par le Conseil de sécurité des Nations Unies au sujet des revendications du Maroc concernant le Sahara occidental, afin de sortir de cette impasse de longue date, ne garantit pas que le nouveau cadre respectera le droit à l’autodétermination des habitants de ce territoire, ni sa conformité au droit international, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Tout règlement du litige devrait en outre garantir le droit des Sahraouis à recevoir une réparation pour les préjudices subis depuis que le Maroc a pris le contrôle de la plus grande partie du territoire, notamment une indemnisation et le droit au retour pour les personnes déplacées, ainsi que pour leurs descendants, s’ils ont maintenu des liens suffisants avec le territoire.

« Trente-cinq ans après que le Conseil de sécurité des Nations Unies a convenu de la tenue d’un référendum afin de résoudre la situation au Sahara occidental, l’opportunisme politique risque de prendre le dessus sur le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination », a déclaré Hanan Salah, directrice adjointe de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Pour s’assurer du respect de ce droit, le Conseil de sécurité et tous les pays devraient veiller à ce que le peuple sahraoui puisse déterminer librement son statut politique. »

Le 31 octobre 2025, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 2797, soutenue par les États-Unis, qui porte sur le Sahara occidental et les revendications du Maroc vis-à-vis de ce territoire. L’objectif déclaré de la résolution est de parvenir à « une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui soit fondée sur le compromis et conforme aux buts et principes énoncés dans la Charte des Nations Unies », tout en affirmant le « principe de l’autodétermination » et en reconnaissant qu’« une autonomie véritable pourrait représenter une solution des plus réalisables ». 

Cependant, la résolution n’approuve que le plan d’autonomie proposé par le Maroc en 2007 ; or, ce plan n’intègre pas l’option de l’indépendance, n’aborde pas le droit aux réparations et ne définit pas de manière précise les habitants du Sahara occidental ayant droit à l’autodétermination. Human Rights Watch ne prend pas position sur la question de l’indépendance du Sahara occidental.

Le Maroc occupe la majeure partie du Sahara occidental depuis 1975, lorsque l’Espagne a mis fin à son administration coloniale de ce vaste territoire désertique. Depuis, il y a eu un conflit armé entre le Maroc et le Front populaire de libération de la Seguia el-Hamra et du Rio de Oro, un mouvement indépendantiste représentant les Sahraouis, connu sous le nom abrégé de Front Polisario.

En 1991, les Nations Unies ont négocié un cessez-le-feu entre le Maroc et le Front Polisario, et mis en place la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental, qui devait assurer le suivi du cessez-le-feu et organiser un référendum permettant aux Sahraouis éligibles de choisir entre l’indépendance et l’intégration au Maroc. Le référendum ne s’est jamais concrétisé. Le Maroc affirmait qu’il était irréalisable d’établir une liste de votants et refusait que l’indépendance soit un choix au référendum, tandis que le Front Polisario insistait sur l’option de l’indépendance. Le conflit armé entre le Polisario et le Maroc a repris en 2020.

Le droit international humanitaire s’applique à ce territoire, étant donné l’existence du conflit armé et l’occupation marocaine. Le Maroc a toujours par ailleurs la responsabilité de respecter ses obligations vis-à-vis de la population, en vertu du droit international relatif aux droits humains.

Au moins 173 000 réfugiés sahraouis résident actuellement dans des camps de réfugiés isolés, situés près de la ville de Tindouf en Algérie et administrés par le Front Polisario. D’après World Population Review, la plus grande partie de la population du Sahara occidental est composée désormais de Marocains qui ont commencé à s’installer dans la région lorsque le territoire est passé sous occupation du Maroc, et de leurs descendants. 

Le droit international humanitaire interdit à un pouvoir d’occupation de transférer sa population vers le territoire occupé. De tels transferts constituent par ailleurs un crime de guerre selon le Statut de Rome de la Cour pénale internationale. 

Le peuple du Sahara occidental jouit d’un droit à l’autodétermination garanti par le droit international, a rappelé Human Rights Watch. Un avis consultatif de 1975 de la Cour internationale de Justice (CIJ) a réaffirmé le droit des peuples du Sahara occidental à l’autodétermination, conformément à la résolution 1514 (XV) de l’Assemblée générale de 1960, adoptant la Déclaration sur l'octroi de l'indépendance aux pays et aux peuples coloniaux.

La CIJ a conclu que dans les territoires non autonomes, le droit à l’autodétermination pouvait être réalisé par l’une des options suivantes : « deven[ir] un État indépendant et souverain, s’associ[er] librement à un État indépendant, ou s’intégr[er] à un État indépendant », et qu’il devait « être l’expression de la volonté libre et authentique du peuple concerné » Un aspect fondamental de l’exercice du droit à l’autodétermination réside dans « les vœux librement exprimés du peuple concerné ». 

Les recherches de Human Rights Watch ont montré que les autorités marocaines faisaient systématiquement obstruction au travail des groupes plaidant pour l’autodétermination au Sahara occidental et qu’elles réprimaient toute manifestation d’opposition au régime marocain. Elles ont appliqué des lois pénalisant l’atteinte à l’« intégrité territoriale » du Maroc, empêché des rassemblements, interdit aux associations de se dire favorables à l’autodétermination des Sahraouis, frappé des activistes en garde à vue et dans la rue, soumis à la torture, emprisonné et condamné des activistes lors de procès entachés de violations des procédures régulières et d’aveux forcés, et entravé leur liberté de déplacement.

En décembre 2025, Human Rights Watch a écrit aux États-Unis, au Royaume-Uni, à la France, au Maroc, à l’Algérie ainsi qu’à l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU sur le Sahara occidental, Staffan de Mistura, pour recueillir des informations sur le cadre de négociations portant sur l’avenir du Sahara occidental, mais n’a reçu aucune réponse.

Le Conseil de sécurité devrait faire respecter le droit à l’autodétermination et veiller à ce que tout résultat des négociations traduise la véritable volonté du peuple sahraoui. Toute proposition actualisée du Maroc devrait par ailleurs respecter le droit des Sahraouis à recevoir une réparation pour les préjudices subis depuis que le Maroc a pris contrôle de la plus grande partie du territoire en 1976, notamment une indemnisation et le droit au retour pour les personnes déplacées hors du territoire, ainsi que pour leurs descendants, s’ils ont maintenu des liens suffisants avec le territoire. 

« Il y a déjà quelques décennies, le Conseil de sécurité s’est engagé à faire respecter le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, mais n’a que peu avancé à cet égard », a conclu Hanan Salah. « Après 50 ans d’occupation, le Conseil devrait exposer comment il compte faire respecter l’ensemble des droits humains du peuple sahraoui, y compris son droit à l’autodétermination. »

Informations complémentaires

Le Sahara occidental est inscrit depuis 1963 sur la liste de territoires non autonomes des Nations Unies. Bien que plusieurs pays aient reconnu la souveraineté marocaine, le statut du territoire n’a pas changé depuis. Il s’agit de l’un des derniers de ce type reconnus par l’ONU, et le seul en Afrique à figurer dans la catégorie des processus de décolonisation incomplets.

Les territoires non autonomes sont définis par la Charte des Nations Unies comme ceux « dont les populations ne s’administrent pas encore complètement elles-mêmes ». L’Union africaine reconnaît la République arabe sahraouie démocratique (RASD) comme État membre. Elle a toujours traité le territoire comme une question de décolonisation exigeant l’expression de la volonté libre et authentique du peuple sahraoui.

Contexte de l’Initiative marocaine et de la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU

En 2007, une Initiative marocaine pour la négociation d’un statut d’autonomie pour la région du Sahara a proposé d’accorder un certain degré d’autonomie à la population du Sahara occidental placé sous la souveraineté du Maroc, en excluant l’option de l’indépendance et en conservant une compétence en matière de sécurité nationale, de défense, d’affaires étrangères et de justice.

Plusieurs États ont reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, en particulier les États-Unis en décembre 2020. Bien que l’Union africaine ne l’ait pas reconnu, plusieurs de ses membres ont soutenu le plan marocain d’autonomie, dont le Sénégal et le Kenya. 

En 2007, le Front Polisario a proposé son propre plan en vue d’une solution politique, qui prévoit un référendum d’autodétermination. Il a émis une proposition actualisée en 2025. 

La résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU soutenait le plan marocain d’autonomie de 2007 comme base de négociation et appelait toutes les parties à « participer aux discussions sans conditions préalables et sur la base du plan d’autonomie proposé par le Maroc afin de parvenir à une solution politique définitive et mutuellement acceptable qui assure l’autodétermination du peuple du Sahara occidental », ajoutant qu’« une autonomie véritable pourrait représenter une solution des plus réalisables ». La résolution 2797 ne fait pas référence à l’Avis consultatif de 1975 de la Cour internationale et ne fournit aucune garantie qu’il sera respecté.

Cette résolution ne précise pas qui sont les peuples du Sahara occidental, ni s’ils englobent toutes les personnes sahraouies déplacées depuis le conflit de 1975 ainsi que leurs descendants. Le plan de règlement de 1988, tel qu’accepté par les parties, énonçait lui que « tous les Sahraouis dénombrés dans le recensement organisé en 1974 par les autorités espagnoles, âgés de 18 ans ou plus, auront le droit de voter lors du référendum », y compris « les réfugiés sahraouis [...] recensés ». 

Le Polisario a rejeté le postulat de la résolution. 

Prenant ses distances avec les positions précédemment adoptées par nombre de ses États membres, l’Union européenne a déclaré en janvier 2026 qu’elle avait unanimement « actualisé sa position vis-à-vis du Sahara occidental, l’alignant avec la résolution 2797 du Conseil de sécurité », et affirmé que les négociations devraient « se baser sur le plan d’autonomie du Maroc ».

De Mistura, l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU sur le Sahara occidental, a prié le Maroc de fournir un « plan d’autonomie approfondi et actualisé » et déclaré que la résolution 2797 « apportait un cadre de négociation,sans dicter les résultats ». 

Dans un communiqué explicatif publié le 31 octobre, l’Algérie a déclaré que cette résolution « était en-deçà des attentes et aspirations légitimes du peuple du Sahara occidental, représenté par le Front Polisario ».

Droit international en matière de droit à l’autodétermination

Le droit à l’autodétermination est entériné par la Charte des Nations Unies et le droit international relatif aux droits humains. Les articles 1 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels affirment tous deux que « tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel. » 

Le Comité des droits de l’homme des Nations Unies, qui fait autorité pour interpréter le Pacte, a déclaré dans son Observation générale n°12 que tous les États avaient l’obligation de respecter l’autodétermination d’une population et de promouvoir sa réalisation. 

La résolution 2625 (1970) de l’Assemblée générale de l’ONU, sur les Principes du droit international touchant les relations amicales et la coopération entre les États conformément à la Charte des Nations Unies, ainsi que la résolution 1514 (XV) de 1960 de l’Assemblée générale, adoptant la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux, affirment le droit à l’autodétermination. 

La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples affirme que tout peuple « a un droit imprescriptible et inaliénable à l’autodétermination. Il détermine librement son statut politique et assure son développement économique et social selon la voie qu’il a librement choisie. » Lors d’une affaire clé, jugée en 2022 par la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples sur la réintégration du Maroc à l’Union africaine en 2017, la Cour a fait remarquer :

Eu égard au fait qu’une partie du territoire de la RASD [République arabe sahraouie démocratique] est toujours sous occupation marocaine, il va sans dire que les États parties à la Charte ont une obligation individuelle et collective à l’égard du peuple de la RASD, celle de protéger son droit à l’autodétermination, particulièrement en lui portant assistance dans son combat pour la liberté [...]

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24.03.2026 à 17:38

Chine : Un éminent avocat défenseur des droits humains condamné à 5 ans de prison

Human Rights Watch

Click to expand Image Une image du procès en mai 2017 de l'avocat défenseur des droits humains Xie Yang, au Tribunal populaire intermédiaire de Changsha, à Pékin, visible sur un ordinateur le 8 mai 2017. Le 23 mars 2026, dans le cadre d’un autre procès, Xie Yang a été condamné à cinq ans de prison. © 2017 Ng Han Guan/AP Photo

(New York, 23 mars 2026) – Un tribunal chinois a condamné l’éminent avocat défenseur des droits humains Xie Yang à cinq ans de prison le 23 mars, l’ayant reconnu coupable d’« incitation à la subversion du pouvoir de l’État » ; les accusations portées contre lui étaient toutefois basées sur des motifs politiques, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Le gouvernement chinois devrait immédiatement annuler cette condamnation, qui fait suite à de graves violations de procédure et à des années de persécution, et libérer Xie Yang sans condition.

Le tribunal populaire intermédiaire de Changsha a invoqué plusieurs publications de Xie Yang sur WeChat pour justifier son verdict, a indiqué son ex-épouse, Chen Guiqiu, sur les réseaux sociaux. Le tribunal a également ordonné la confiscation de 100 000 yuans (14 500 dollars américains) de son compte.

« Les poursuites engagées par les autorités chinoises contre Xie Yang et la sévérité de la peine prononcée par le tribunal reflètent le mépris total de Pékin pour l’état de droit », a déclaré Maya Wang, directrice adjointe pour l’Asie à Human Rights Watch. « Cette affaire visait non seulement à persécuter ce courageux avocat des droits humains, mais au-delà, à intimider tous les avocats qui cherchent à protéger les droits du peuple chinois. »

La procédure judiciaire contre Xie Yang a été entachée de graves violations des garanties d’une procédure régulière, a observé Chen Guiqiu. Les autorités ont prolongé sa détention provisoire à 13 reprises, sur une durée totale de plus de quatre ans, et ont interdit à ses avocats d’assister à ses audiences. Le procès de Xie Yang, en octobre 2025, s’est tenu à huis clos ; la police n’en a informé sa famille qu’après coup. 

Le procès de Xie Yang a violé le droit à un procès équitable devant un tribunal indépendant et impartial, tel que prévu par le droit international des droits humains, a déclaré Human Rights Watch. En outre, la procédure a enfreint le Code de procédure pénale chinois, qui garantit le droit à la défense (articles 33 à 35), le caractère public des audiences (article 188) et la fixation de délais pour les enquêtes pénales. Compte tenu du temps déjà passé en détention, la peine de Xie Yang devrait s’étendre jusqu’en janvier 2027.

Le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a reconnu que la détention de Xie était arbitraire, et a appelé à sa libération immédiate. 

Xie Yang, âgé de 54 ans et originaire de Changsha, dans la province du Hunan, a commencé à pratiquer le droit en 2011. Il a défendu des activistes et des victimes de violations des droits dans des affaires politiquement sensibles, notamment des cas de persécution religieuse et des litiges fonciers. 

Xie Yang a fait l’objet de représailles répétées en raison de son travail. En juillet 2015, lors de la vague d’arrestations à l’échelle nationale d’avocats défenseurs des droits humains connue sous le nom de « Répression 709 », Xie a été torturé et victime d’une disparition forcée, condamné pour « incitation à la subversion » et emprisonné jusqu’en mai 2017. 

Les autorités l’ont à nouveau placé en détention en janvier 2022 après qu’il eut fait pression pour obtenir la libération d’un jeune enseignant qui avait été interné de force dans un établissement psychiatrique, après avoir critiqué la censure dans l’éducation. La police a perquisitionné le domicile de Xie Yang, l’a torturé pendant sa détention et l’a inculpé pour « incitation à la subversion » et « provocation de querelles et de troubles », a indiqué l’organisation Chinese Human Rights Defenders, basée aux États-Unis. 

« Les gouvernements étrangers devraient exprimer à voix haute leur soutien à des avocats défenseurs des droits humains comme Xie Yang, car ce type d’appui est primordial lorsque la situation est aussi grave », a conclu Maya Wang. « Un fort soutien international pourrait améliorer le traitement réservé à Xie Yang et, surtout, aider à lui donner, ainsi qu’à d’autres avocats en Chine, la force de persévérer. »

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Articles

Le Monde  La Croix

24.03.2026 à 16:08

Indonésie : Attaque à l'acide contre un défenseur des droits humains

Human Rights Watch

Click to expand Image Andrie Yunus, coordinateur adjoint de l’ONG indonésienne KontraS, participait à une manifestation à Bandar Lampung, sur l’île de Sumatra en Indonésie, le 5 février 2026. © 2026 Project Multatuli/Adrian Mulya

(Sydney, 24 mars 2026) – Le président indonésien Prabowo Subianto devrait immédiatement publier un décret présidentiel instituant une commission d’enquête chargée de faire la lumière sur l’attaque à l’acide contre un éminent défenseur des droits humains qui avait critiqué l’armée, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch ; cette commission devrait être indépendante vis-à-vis de l’armée. Bien que la police militaire ait arrêté quatre soldats en lien avec cette attaque, les antécédents d’impunité pour les forces armées indonésiennes dans les affaires de violations graves des droits humains soulève des inquiétudes quant à l’obligation de rendre des comptes.

Vers 23 heures, le 12 mars 2026, à un carrefour du quartier de Menteng à Jakarta, deux hommes à moto ont aspergé d’acide Andrie Yunus, un coordinateur adjoint de 27 ans à KontraS, la Commission non gouvernementale pour les disparus et les victimes de violences. Yunus venait de terminer l’enregistrement d’une interview pour un podcast à la Fondation indonésienne d’aide juridique et rentrait chez lui à moto. Il a subi des brûlures sur 24 % de la surface de son visage, de sa poitrine et de ses mains, et a peut-être perdu son œil droit.

« Cette brutale attaque à l’acide perpétrée dans le centre-ville de Jakarta contre un éminent défenseur des droits humains, commise par des membres présumés des services de renseignement militaire, suscite de graves inquiétudes pour tous les militants des droits humains en Indonésie », a déclaré Elaine Pearson, directrice pour l’Asie à Human Rights Watch. « Le président Prabowo devrait mettre en place une équipe d’enquête indépendante chargée d’enquêter sur l’attaque contre Andrie Yunus, afin de garantir que tous les responsables soient traduits en justice. »

Le 18 mars, la police militaire indonésienne a arrêté un capitaine, deux lieutenants et un sergent, tous trois employés par l’Agence indonésienne de renseignement stratégique (Badan Intelijen Strategis, BAIS). Cette agence gère le renseignement militaire sous le commandement des Forces armées nationales.

La police nationale avait auparavant diffusé des vidéos de vidéosurveillance montrant l’attaque à l’acide ; on y voit deux hommes suivant Yunus sur sa moto, faisant demi-tour et jetant l’acide sur lui. La police a également publié plus de 2 000 images provenant de 86 caméras de vidéosurveillance autour de Jakarta qui avaient filmé Yunus jusqu’à une semaine avant l’attaque. Ces images couvraient des lieux allant du parc du Monument national de Jakarta, où Yunus avait participé à une manifestation, jusqu’à Bogor, où il rendait visite à ses parents.

La police nationale a divulgué les initiales de deux suspects, apparemment identifiés à partir des images de vidéosurveillance. La police militaire a fourni les initiales des quatre militaires arrêtés, mais celles-ci différaient de la liste de la police, ce qui a fait craindre que toutes les personnes impliquées dans l’attaque n’aient pas été identifiées.

Dans le passé, Andrie Yunus a ouvertement critiqué l’armée indonésienne, en particulier depuis que le Parlement indonésien a adopté un amendement à la loi sur les forces armées qui élargit le rôle de l’armée dans les secteurs civils. Il a également contribué à un rapport sur l’implication possible d’officiers du BAIS dans des incendies criminels lors des manifestations nationales contre la situation économique en août et septembre 2025. Il avait confié à des amis proches et à ses parents que des inconnus le menaçaient et le surveillaient.

Plus de 420 organisations ont publié des déclarations condamnant les « mains invisibles » qui ont planifié l’attaque contre Yunus et appelant à une enquête complète et indépendante. KontraS a qualifié l’attaque de « brutale et diabolique ».

Le 19 mars, le président Prabowo a déclaré aux journalistes : « C'est un acte barbare, nous devons entamer des poursuites. Nous devons enquêter. Qui leur a donné l'ordre, qui les a payés ? »

En vertu de la loi indonésienne, la police civile ne peut enquêter sur le personnel militaire, à quelques exceptions près rarement invoquées. La loi de 1997 sur les tribunaux militaires prévoit que l’armée enquêtera sur les crimes commis par des soldats et que les tribunaux militaires sont compétents pour juger tous les crimes présumés commis par des soldats. Le système de justice militaire en Indonésie manque de transparence, d’indépendance et d’impartialité, et n’a pas réussi à enquêter et à poursuivre comme il se doit les violations graves des droits humains présumées commises par le personnel militaire.

À titre d’exemple, la police de Papouasie a enquêté sur une attaque survenue en octobre 2024 à Jayapura, au cours de laquelle deux hommes à moto ont lancé une bombe incendiaire sur la salle de rédaction du journal Jubi. Le rapport de police de janvier 2025, fondé sur des entretiens avec neuf témoins et des enregistrements de vidéosurveillance, impliquait deux soldats indonésiens. Mais l’armée a renvoyé le rapport à la police, affirmant qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves pour donner suite.

KontraS est depuis longtemps la cible d’attaques. En 2001, une bombe a été envoyée au domicile du fondateur de l’organisation, Munir Thalib, alors que KontraS enquêtait sur le rôle d’une équipe des forces spéciales dans l’enlèvement de militants. Le 7 septembre 2004, Munir Thalib a été empoisonné lors d’un vol de Garuda Indonesia reliant Singapour à Amsterdam, ce qui a entraîné son décès. Deux civils ont été condamnés dans cette affaire, mais un tribunal de Jakarta a acquitté en 2008 un ancien adjoint de l’Agence nationale de renseignement qui avait initialement été inculpé de meurtre avec préméditation.

Depuis son entrée en fonction en octobre 2024, le gouvernement Prabowo a adopté des lois et des politiques qui portent atteinte aux droits humains, créant un climat hostile à la société civile, a déclaré Human Rights Watch. Les modifications apportées à la loi sur les forces armées, promulguées en mars 2025, permettent aux officiers de l'armée d'occuper davantage de postes au sein du gouvernement. Des militants ont exprimé leur inquiétude quant au fait qu'un projet de loi sur la lutte contre la désinformation et la propagande étrangère pourrait être utilisé pour cibler les détracteurs du gouvernement. Prabowo a maintes fois fait part de ses inquiétudes concernant les « marionnettes d’acteurs étrangers », faisant craindre une répression à l'encontre des groupes de la société civile qui reçoivent une aide internationale.

« Il est crucial que le gouvernement indonésien identifie et poursuive toutes les personnes responsables de l’horrible attaque à l’acide contre Andries Yunus », a conclu Elaine Pearson. « Le président Prabowo devrait démontrer au peuple indonésien que de telles violences ne seront pas tolérées, quels qu’en soient les auteurs, et quels que soient leur rang et leur titre. »

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Zonebourse/Reuters

24.03.2026 à 04:00

Iran : Des attaques délibérées contre des navires civils ont constitué des crimes de guerre manifestes

Human Rights Watch

Click to expand Image Des nuages de fumée noire émanaient du cargo thaïlandais Mayuree Naree dans le détroit d'Ormuz, suite à une frappe iranienne qui a partiellement incendié ce navire, le 11 mars 2026. © 2026 Marine royale thaïlandaise via AP Photo Les forces iraniennes semblent avoir délibérément pris pour cible au moins deux navires commerciaux civils dans le détroit d’Ormuz et ses environs le 11 mars ; de tels actes constitueraient des crimes de guerre. Entre le 1er et le 18 mars, l’ONU a confirmé 17 incidents ayant endommagé des navires commerciaux dans la région.Ces attaques, ainsi que la menace d’attaques, semblent également avoir contribué à une hausse significative des coûts de l’énergie à l’échelle mondiale, susceptible d’entraîner à son tour une flambée des prix des denrées alimentaires et dans d’autres secteurs vitaux, au détriment des droits des populations.L’Iran, les États-Unis et Israël devraient cesser immédiatement de mener des attaques illégales contre des civils et des biens de caractère civil.

(Beyrouth, le 24 mars 2026) — Les forces iraniennes semblent avoir délibérément pris pour cible au moins deux navires commerciaux civils dans le détroit d’Ormuz et ses environs le 11 mars 2026 ; de tels actes constitueraient des crimes de guerre, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Ces attaques, ainsi que la menace d’attaques, pourraient également contribuer à une hausse significative des coûts de l’énergie, des denrées alimentaires et d’autres secteurs vitaux à l’échelle mondiale, au détriment des droits des populations.

« Prendre délibérément pour cible des navires civils et les membres de leur équipage constitue un crime de guerre », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse auprès de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Les crimes de guerre ne sauraient justifier d’autres crimes de guerre ; l’Iran, les États-Unis et Israël devraient tous cesser immédiatement de mener des attaques illégales contre des civils et des biens de caractère civil, et cesser de tenter de présenter ces biens comme des cibles légitimes. »

À partir du 1er mars, les forces iraniennes ont commencé à attaquer des navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz et ses environs en réponse aux attaques menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran, selon l’Organisation maritime internationale (OMI), une agence des Nations Unies. Le 11 mars, Ebrahim Zofaghari, porte-parole des forces armées iraniennes, a déclaré que si les États-Unis et Israël continuaient d’attaquer l’Iran, les forces iraniennes ne laisseraient pas passer « un litre de pétrole » par ce détroit.

« Environ 20 000 marins restent bloqués dans le golfe Persique, à bord de navires exposés à des risques accrus et soumis à une tension psychologique considérable », a déclaré le 6 mars Arsenio Dominguez, Secrétaire général de l’OMI.

Human Rights Watch a documenté le ciblage apparemment délibéré de deux navires commerciaux, le Safesea Vishnu et le Mayuree Naree, le 11 mars, en s’appuyant sur des déclarations des autorités iraniennes revendiquant ces attaques, sur des photographies et des vidéos publiées en ligne montrant leurs conséquences immédiates — et, dans le cas du Safesea Vishnu, le moment même de l’attaque — ainsi que sur des données recueillies par l’OMI.

Entre le 1er et le 18 mars, l’OMI a confirmé 17 incidents ayant endommagé des navires commerciaux, résultant de 16 attaques manifestement perpétrées dans le détroit d’Ormuz, le golfe Persique et le golfe d’Oman. Elle a également signalé que sept gens de mer et un ouvrier de chantier naval avaient été tués, que quatre gens de mer étaient portés disparus et que 10 personnes avaient été blessées, dont cinq grièvement.

L’OMI a indiqué à Human Rights Watch avoir collecté des données provenant d’autorités telles que la United Kingdom Maritime Trade Operation (UKMTO), le Joint Maritime Information Center (JMIC) et le Maritime Security Centre Indian Ocean (MSCIO). Elle a précisé que les informations reçues étaient directement vérifiées auprès des États du pavillon des navires concernés afin de documenter les attaques. L’Organisation n’a pas été en mesure de confirmer l’identité des responsables de ces 16 attaques. Toutefois, le Conseil de l’OMI a, le 19 mars, condamné « fermement les menaces et les attaques dirigées contre des navires, ainsi que la fermeture présumée du détroit d’Ormuz par la République islamique d’Iran ».

Click to expand Image Sites des attaques iraniennes contre des navires commerciaux, recensées au 18 mars 2026. Points en couleur orange : attaques signalées. Points en couleur marron : attaques confirmées. Sites approximatifs, selon les données de l'Organisation maritime internationale (OMI), ainsi que d’organisations suivant les itinéraires des navires. © 2026 OMI, VesselFinder, MarineTraffic (données)/Human Rights Watch (graphique)

Human Rights Watch a identifié tous les navires mentionnés par l’OMI sur les sites de suivi du trafic maritime, et pu confirmer qu’il s’agissait de navires commerciaux civils dotés d’équipages civils. Dans certains cas, Human Rights Watch a pu déterminer leur position au moment de l’attaque. Outre les attaques perpétrées contre le Safesea Vishnu et le Mayuree Naree, les chercheurs ont confirmé des attaques visant deux autres navires – le Skylight et le Safeen Prestige – en s’appuyant sur des photographies et des vidéos publiées en ligne, ainsi que sur des déclarations diffusées sur Internet par des entités gouvernementales et militaires ; dans un troisième cas, celui du MKD Vyom, cette confirmation repose uniquement sur des déclarations. En ce qui concerne les trois navires précités, Human Rights Watch n’a pas été en mesure de déterminer qui était responsable de ces attaques.

Un quart du « commerce mondial de pétrole par voie maritime » transite par le détroit d’Ormuz. Depuis le début du conflit, le prix du pétrole brut a augmenté de 40 %, selon le New York Times. « La guerre au Moyen-Orient provoque la plus importante perturbation de l’approvisionnement de toute l’histoire du marché pétrolier mondial », selon l’Agence internationale de l’énergie.

Le 16 mars, le général de brigade Ali Mohammad Naini – porte-parole du Corps des gardiens de la révolution islamique d’Iran, qui aurait été tué lors d’une frappe israélienne le 20 mars – a déclaré que les forces iraniennes avaient pris pour cible tous les navires appartenant à une entité américaine ou israélienne, quel que soit leur pavillon. Il n’a pas précisé s’il faisait référence à des navires militaires, civils, ou aux deux. Le JMIC a indiqué le 11 mars que, bien que certains des navires frappés depuis le 1er mars aient eu des « liens commerciaux potentiels avec l’Occident », « de multiples attaques ont visé des navires n’ayant aucune affiliation confirmée avec des propriétaires américains ou israéliens ».

Selon la Lloyd’s List Intelligence, une société spécialisée dans les données et le renseignement maritimes, certains navires ont continué de traverser le détroit entre le 1er et le 18 mars, notant que « les navires de la ‘‘flotte de l’ombre’’ [navires menant des opérations illégales dans le but de contourner les sanctions] transportant du pétrole et du gaz iraniens représentent la majeure partie du trafic transitant par le détroit d’Ormuz ».

Human Rights Watch a adressé, le 18 mars, un courrier aux autorités iraniennes pour solliciter des éclaircissements au sujet de ces attaques, mais n’a reçu aucune réponse.

Dans les déclarations qu’elles ont faites au sujet des deux navires qu’elles affirment avoir pris pour cible, le Mayuree Naree et le Safesea Vishnu, les autorités iraniennes n’ont pas soutenu que ces navires constituaient des objectifs militaires, ni présenté la moindre preuve démontrant que des éléments présents à bord de ces navires auraient pu constituer des cibles militaires.

En vertu du droit international humanitaire, il est interdit en toute circonstance de lancer des attaques directes contre des civils et des biens de caractère civil ; par ailleurs, les parties belligérantes sont tenues de prendre toutes les précautions possibles pour éviter de causer des dommages aux civils et aux biens de caractère civil. Les navires civils entretenant des liens commerciaux avec les États-Unis ou Israël demeurent des biens de caractère civil. Les parties belligérantes doivent prendre toutes les mesures nécessaires pour vérifier que les cibles visées constituent bien des objectifs militaires. Toute personne commettant de graves violations des lois de la guerre avec une intention criminelle – c’est-à-dire de manière intentionnelle ou par imprudence – peut être poursuivie pour crimes de guerre. Des individus peuvent également voir leur responsabilité pénale engagée pour avoir aidé, facilité, soutenu ou encouragé la commission d’un crime de guerre.

Les effets de la dépendance mondiale aux combustibles fossiles, ainsi que ses liens avec la concentration du pouvoir des grandes entreprises et les gouvernements autoritaires, sont de plus en plus manifestes, selon Human Rights Watch. Une transition juste vers les énergies renouvelables constitue, plus que jamais, une urgence tant environnementale que géopolitique. À cette fin, des efforts concomitants devraient être déployés pour garantir un accès universel aux services publics, tels que la sécurité sociale, l’éducation et les soins de santé.

« Les attaques des forces iraniennes contre des navires civils dans le détroit d’Ormuz porteront préjudice à certaines des populations les plus défavorisées sur le plan socioéconomique dans le monde », a conclu Niku Jafarnia. « Les forces iraniennes devraient cesser immédiatement ces attaques, secourir les trois membres d’équipage restants à bord du Mayuree Naree et relâcher tous les marins détenus. »

Informations complémentaires Attaques iraniennes du 11 mars contre des navires 

Le 11 mars, le Safesea Vishnu, un pétrolier, a été « touché par un projectile inconnu », selon l’UKMTO. Le dernier signal émis par le navire a été reçu par le site de suivi maritime MarineTraffic à 22 h 01, heure locale. Le 12 mars, l’Agence de presse de la République islamique (IRNA) — l’agence de presse officielle de l’État iranien — a publié un communiqué du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) confirmant que le Safesea Vishnu « avait été touché dans le nord du golfe Persique après avoir échoué à se conformer aux mises en garde de la marine du CGRI et les avoir ignorées ».

L’un des membres de l’équipage a été tué lors de l’attaque, a indiqué l’OMI, en précisant qu’un autre pétrolier, le Zefyros, avait pris feu au cours du même incident. Les deux navires se trouvaient côte à côte dans les eaux territoriales irakiennes, à environ 50 milles nautiques au sud-est de Bassora, selon les mesures relevées sur les sites de suivi maritime.

Human Rights Watch a analysé trois vidéos publiées sur X par différents comptes le 12 mars, la plus ancienne ayant été mise en ligne à 00 h 32. L’une de ces vidéos, filmée depuis un navire voisin, montre deux fortes explosions à bord du Safesea Vishnu, survenues à quelques secondes d’intervalle. Les auteurs de la vidéo, filmant depuis le navire voisin, affirment appartenir à la marine du CGRI et déclarent avoir détruit un navire américain dans le golfe Persique. Le Safesea Vishnu prend alors feu. Cette vidéo corrobore les témoignages recueillis par Reuters auprès de l’armateur et exploitant américain du navire, selon lesquels deux embarcations sans pilote, chargées d’explosifs, auraient percuté le bâtiment.

Une autre vidéo montre des pompiers arrosant le Safesea Vishnu depuis un bateau voisin. La BBC a diffusé une vidéo, filmée de jour, montrant le navire fortement incliné sur le flanc et considérablement endommagé.

Le New York Times a indiqué que, selon l’autorité irakienne chargée des exportations de pétrole, « les deux navires étaient utilisés par l’Irak pour son propre transport de pétrole ». Le média a ajouté que « de hauts responsables irakiens ont déclaré que l’un des navires, battant pavillon des îles Marshall, appartenait à une société américaine ».

Le même jour, trois autres navires — le One Majesty, un porte-conteneurs battant pavillon japonais, et deux vraquiers, le Star Gwyneth (pavillon des îles Marshall) et le Mayuree Naree (pavillon thaïlandais) — ont été attaqués dans le détroit, a indiqué l’OMI.

Le porte-parole de la Marine royale thaïlandaise a déclaré, dans un communiqué, avoir reçu un rapport initial selon lequel « deux projectiles d’origine inconnue » avaient touché le Mayuree Naree alors qu’il naviguait dans le détroit d’Ormuz, après avoir quitté les Émirats arabes unis. Le communiqué précisait que la marine omanaise avait secouru 20 des 23 membres d’équipage du navire, un fait confirmé par le Centre omanais de sécurité maritime. Le 18 mars, la Marine royale thaïlandaise a signalé que le navire était passé des eaux territoriales omanaises aux eaux territoriales iraniennes. Trois membres d’équipage seraient restés à bord du navire, gravement endommagé.

Des photographies prises par les membres d’équipage secourus, et circulant en ligne, montrent la superstructure du navire dégageant d’épaisses colonnes de fumée noire. L’une de ces photographies révèle une coque endommagée, près de l’hélice, des dégâts qui pourraient avoir été causés par une explosion.

Le jour où les trois navires auraient été attaqués, l’agence Tasnim News — affiliée aux Gardiens de la révolution (IRGC) — a publié un communiqué sur sa chaîne Telegram, à 15 h 36, affirmant que le Mayuree Naree avait été « bombardé par des chasseurs iraniens quelques heures plus tôt, après avoir ignoré les avertissements de la marine des Gardiens de la révolution et insisté illégalement pour traverser le détroit d’Ormuz ».

Alireza Tangsiri, commandant des forces navales des Gardiens de la révolution, a publié un message sur X le même jour, à 15 h 50 (heure locale), indiquant que l’équipage du Mayuree Naree avait « ignoré les avertissements [des autorités iraniennes] et avait l’intention de traverser le détroit, mais a été intercepté ». Il a ajouté que « tout navire ayant l’intention de traverser [le détroit d’Ormuz] doit obtenir l’autorisation de l’Iran ».

Ces deux déclarations contenaient également des allégations selon lesquelles les forces iraniennes auraient attaqué un autre navire, l’Express Rome ; or, ce navire ne figure pas sur la liste de ceux qui ont été attaqués établie par l’OMI. Le 19 mars, Human Rights Watch a reçu confirmation de Danaos Shipping — les propriétaires de l’Express Rome — que le navire n’avait été ni touché ni compromis de quelque manière que ce soit, et que son équipage était en sécurité.

Selon des informations diffusées par les médias datés du 20 mars, un responsable du ministère népalais des Affaires étrangères a déclaré que les autorités iraniennes avaient « placé un ressortissant népalais en détention dans le détroit d’Ormuz ».

Déclarations du Corps des gardiens de la révolution islamique

Human Rights Watch n’a pas été en mesure de confirmer qui était responsable des 14 autres attaques documentées par l’OMI. Toutefois, les autorités iraniennes ont fait plusieurs déclarations dans lesquelles elles ont manifesté une intention manifeste d’attaquer les navires — y compris les navires civils — qui tenteraient de traverser le détroit.

Le 4 mars, Mohammad Akbarzadeh, un responsable de la marine du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), a annoncé que le détroit d’Ormuz se trouvait « sous le contrôle total de la République islamique d’Iran ». Le 16 mars, Naini a réitéré ces propos.

« Si les États-Unis prétendent que la marine iranienne a été détruite, alors pourquoi le détroit d’Ormuz est-il toujours fermé et pourquoi pas même un seul pétrolier n’est-il autorisé à y transiter ? », a déclaré Mohammad Akbarzadeh. « Si la Force aérospatiale iranienne [la force de missiles, aérienne et spatiale du CGRI, distincte de l’Armée de l’air] a été détruite, pourquoi nos missiles et nos drones atteignent-ils leurs cibles prévues à des intervalles précis ? »

Le 12 mars, ce qui semble être le nouveau compte X du nouveau Guide suprême de l’Iran, Mojtaba Khamenei, a publié le message suivant : « Le levier que constitue le blocage du détroit d’Ormuz doit impérativement continuer d’être utilisé. » Tangsiri a republié cette déclaration, ajoutant : « En maintenant la stratégie consistant à garder le détroit d’Ormuz fermé, nous porterons les coups les plus sévères à l’ennemi agresseur. »

Également le 12 mars, le bureau des relations publiques du Corps des gardiens de la révolution islamique a indiqué, dans un communiqué diffusé par l’agence IRNA sur Telegram, que les navires doivent « se conformer aux lois et réglementations régissant le passage dans le golfe Persique et le détroit d’Ormuz...afin de se prémunir contre le risque d’être touchés par des projectiles errants ».

Les États-Unis ont également pris pour cible et détruit des navires militaires iraniens. Le Commandement central des États-Unis a indiqué avoir endommagé ou détruit 43 navires iraniens au cours des sept premiers jours du conflit. Bien que les navires militaires constituent des cibles légitimes, ces attaques pourraient faire peser des menaces environnementales à long terme sur la région. L’attaque menée par la marine américaine contre un navire militaire iranien près du Sri Lanka, le 4 mars, a provoqué une marée noire s’étendant sur 20 kilomètres, selon l’Observatoire des conflits et de l’environnement.

Wim Zwijnenberg, analyste au sein de PAX — une organisation non gouvernementale néerlandaise —, a déclaré à Human Rights Watch qu’au 13 mars, les attaques menées par toutes les parties au conflit avaient provoqué « de nombreux dégâts [environnementaux] sur divers sites, [notamment] des déversements de pétrole près de Bassora, de Bandar Abbas et du Sri Lanka ; des impacts toutefois souvent limités et de courte durée », grâce à la rapidité des opérations de nettoyage menées par les autorités. Toutefois, le 18 mars, Wim Zwijnenberg a indiqué qu’une frappe américaine distincte, visant un navire iranien transporteur de drones près de Bandar Abbas (dans le sud de l’Iran), avait « entraîné la formation d’une vaste nappe de pétrole de 25 kilomètres de long, menaçant l’environnement côtier et marin de la réserve de biosphère de Hara ainsi que des zones humides du détroit de Khuran ».

La poursuite des attaques contre les navires transportant de grandes quantités de pétrole et de gaz risque de causer des dommages environnementaux significatifs et durables. En dépit des efforts de nettoyage, les marées noires en mer ont des répercussions néfastes et persistantes sur la vie marine et les écosystèmes. Le droit international humanitaire coutumier dispose que les parties belligérantes sont tenues de respecter la protection et la préservation de l’environnement naturel. Toutes les mesures réalisables doivent être prises pour réduire au minimum les dommages environnementaux. L’emploi de méthodes ou de moyens de guerre conçus pour causer — ou dont on peut s’attendre à ce qu’ils causent — des dommages étendus, durables et graves à l’environnement naturel est interdit.

Les attaques contre les navires civils dans le détroit d’Ormuz, de même que la menace d’attaques et le ciblage des infrastructures énergétiques dans le contexte des conflits, semblent également contribuer à une hausse significative des coûts énergétiques à l’échelle mondiale ; une augmentation susceptible d’entraîner, par ricochet, une flambée des prix des denrées alimentaires et d’autres biens essentiels, au détriment des droits des populations.

Dans ce même discours prononcé le 11 mars, Ebrahim Zofaghari a lancé : « Préparez-vous à voir le baril de pétrole atteindre les 200 [dollars] américains, car son prix dépend de la stabilité régionale... une stabilité que vous avez vous-mêmes compromise. »

La hausse des prix du pétrole et du gaz aura des répercussions en cascade sur des secteurs tels que l’alimentation, les transports et l’énergie à travers le monde — des secteurs pourtant essentiels à la jouissance des droits humains. Par ailleurs, plusieurs médias et groupes de réflexion ont mis en garde contre les conséquences potentielles de cette situation sur l’approvisionnement alimentaire mondial, en raison de l’effondrement des exportations d’engrais transitant par ce détroit. Le Financial Times a indiqué que, selon plusieurs experts, « la guerre au Moyen-Orient est sur le point de déclencher un choc alimentaire mondial pire encore que celui provoqué par l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022 », étant donné qu’une part importante des matières premières entrant dans la composition d’engrais largement utilisés transite par ce détroit.

Carl Skau, le directeur exécutif adjoint du Programme alimentaire mondial (PAM), a déclaré aux journalistes le 17 mars que si le conflit régional actuel perdure, « 45 millions de personnes supplémentaires pourraient sombrer dans une situation de faim aiguë en raison de la hausse des prix ».

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La Croix

23.03.2026 à 05:00

Des responsables israéliens évoquent une escalade des atrocités au Liban

Human Rights Watch

Click to expand Image Un énorme nuage de fumée noire était dégagé suite à une frappe israélienne contre un bâtiment situé dans le centre de Beyrouth, au Liban, le 12 mars 2026 ; l’armée israélienne avait précédemment émis un avertissement ordonnant l’évacuation de cet immeuble. © 2026 Adri Salido/Getty Images

(Beyrouth, 23 mars 2026) – Les forces israéliennes ont étendu leurs opérations terrestres dans le sud du Liban, suite à des déclarations exprimant l’intention de déplacer de force des habitants, de détruire des domiciles de civils et de mener des frappes pouvant cibler des civils, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les déplacements forcés, les actes de destruction injustifée et les attaques visant délibérément des civils constituent des crimes de guerre. Les pays qui continuent de fournir des armes et une aide militaire à Israël risquent de se rendre complices des graves violations commises par le gouvernement israélien au Liban.

Le 22 mars, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a déclaré que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et lui-même avaient « ordonné l'accélération de la démolition de maisons libanaises dans les villages frontaliers, afin de contrecarrer les menaces pesant sur les communautés israéliennes, conformément aux modèles de Beit Hanoun et de Rafah à Gaza ». Le 16 mars, Israel Katz avait déclaré que des centaines de milliers d’habitants chiites du sud du Liban, qui ont dû évacuer cette région, ne pourront « pas retourner dans leurs foyers dans la zone au sud du [fleuve] Litani, tant que la sécurité des résidents du nord d’Israël ne sera pas garantie ». Précédemment, entre le 11 et le 15 mars, l’armée israélienne avait adressé aux habitants des banlieues sud de Beyrouth des ordres de déplacement, avertissant qu’elle « n’hésitera pas à cibler toute personne se trouvant près de membres, d'installations ou de moyens de combat du Hezbollah ».

« Depuis plus de deux ans, les alliés d’Israël et les États européens qui prétendent soutenir et défendre les droits humains ont adopté la politique de l’autruche, détournant leur regard des atrocités qui se poursuivent au Liban comme à Gaza », a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch. « Mais les atrocités prolifèrent en cas d’impunité, et les autres pays ne devraient plus rester passifs alors qu’elles se poursuivent. »

Depuis la récente escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah le 2 mars, les attaques israéliennes ont tué au moins 1 029 personnes au Liban, dont 118 enfants et 40 secouristes, selon les statistiques publiées le 22 mars par le ministère libanais de la Santé publique. Ces derniers jours, le Hezbollah a tiré en moyenne environ 150 roquettes par jour vers Israël, selon l’armée israélienne. Les attaques du Hezbollah ont blessé au moins 15 personnes en Israël, selon les médias israéliens. 

Les 4 et 5 mars, l’armée israélienne a émis des ordres de déplacement concernant l’ensemble de la population libanaise au sud du fleuve Litani, ainsi que les habitants des banlieues sud de Beyrouth, soit des centaines de milliers de personnes. Depuis le 12 mars, l’armée israélienne a élargi les zones soumises à ces ordres de déplacement, ordonnant aux habitants du sud du Liban de se réfugier au nord du fleuve Zahrani, situé à 15 kilomètres au nord du fleuve Litani, soit à 40 kilomètres au nord de la frontière sud du Liban avec Israël. Plus d’un million de personnes ont été déplacées au Liban à ce jour. 

La déclaration du ministre israélien de la Défense, indiquant que les habitants chiites du sud du Liban ne seront pas autorisés à regagner leurs foyers tant qu’une norme de « sécurité » indéterminée pour les habitants du nord d’Israël ne sera pas garantie, laisse craindre qu’Israël empêchera les habitants de regagner leurs foyers pour une durée indéterminée. La vaste portée des ordres de déplacement, ainsi que les déclarations qui n’abordent pas la question de la protection des civils déplacés, soulèvent des inquiétudes quant au crime de guerre que constitue le déplacement forcé, a déclaré Human Rights Watch. 

Le fait de cibler spécifiquement les habitants chiites indique en outre qu’Israël impose ces mesures sur la base de leur religion, ce qui constitue une violation des droits humains, et montre également que la sécurité des habitants n’est pas l’objectif de ces déplacements. 

Ordonner à l’armée israélienne d’accélérer la destruction d’habitations libanaises fait peser un risque sérieux de crime de guerre – celui de destruction injustifiée – ainsi que de violations de l’interdiction, en vertu du droit international, de détruire délibérément des biens civils, sauf lorsque cela est nécessaire pour des raisons militaires légitimes. La simple possibilité d’une utilisation militaire future de certaines structures civiles par des groupes armés ne saurait, au regard des lois de la guerre, justifier la destruction à grande échelle d’habitations entières de l’autre côté de la frontière libanaise.

Entre le 11 et le 15 mars, le porte-parole arabophone de l’armée israélienne a émis au moins cinq ordres de déplacement quasi identiques à l’intention des habitants de sept quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, après avoir d’abord émis un ordre de déplacement généralisé pour l’ensemble de la banlieue sud de Beyrouth le 5 mars. Ce message enjoignait aux habitants des banlieues sud d’« évacuer immédiatement » leurs domiciles, et de « ne pas retourner dans ces quartiers jusqu’à nouvel ordre ». 

Les nouveaux ordres précisaient en outre que l’armée israélienne « n’hésitera pas à cibler toute personne se trouvant près de membres, d'installations ou de moyens de combat du Hezbollah ». Cette formulation diffère des ordres précédents émis à l’intention des habitants des banlieues sud de Beyrouth, qui indiquaient, par exemple, que « toute personne se trouvant à proximité de membres, d’installations ou de moyens de combat du Hezbollah met sa vie en danger ».

Le 5 mars, le ministre israélien des Finances Bezalel Smotrich, qui dispose aussi du statut de co-ministre de la Défense et qui siège au cabinet de sécurité, a enregistré près de la frontière israélo-libanaise une vidéo dans laquelle il avertissait que « très bientôt, Dahiyeh [banlieue sud de Beyrouth] ressemblera à Khan Younis », à Gaza. Human Rights Watch a précédemment documenté des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des actes de génocide commis par l’armée israélienne à Gaza. 

Ces déclarations, combinées à la conduite antérieure de la guerre par les forces israéliennes au Liban, suscitent de graves inquiétudes quant au fait que l’armée israélienne pourrait prendre pour cible des civils, uniquement en raison de leur présence dans ou à proximité de zones où le Hezbollah est présent. 

Depuis le 7 octobre 2023, les forces israéliennes ont commis au Liban de nombreuses violations du droit de la guerre et des crimes de guerre apparents en toute impunité, notamment des attaques apparemment délibérées ou indiscriminées contre des journalistes, des civils, des secouristes, des institutions financières, des installations liées à la reconstruction, et une mission de maintien de la paix de l’ONU. Elles ont également utilisé illégalement des munitions au phosphore blanc dans des zones peuplées, parmi d’autres violations. Human Rights Watch a aussi documenté le fait que plusieurs attaques illégales israéliennes au Liban avaient été menées avec des armes de fabrication américaine.

Les civils qui ont choisi de rester dans les zones faisant l’objet d’ordres d’évacuation dans le sud du Liban courent un risque particulier d’être coupés de l’approvisionnement en nourriture et en médicaments ainsi que d’autres formes d’aide, a déclaré Human Rights Watch. 

Le 18 mars, le porte-parole arabophone de l’armée israélienne a déclaré que certains ponts enjambant le fleuve Litani seraient frappés, « afin d’empêcher le transfert de renforts et de moyens de combat » vers le sud du Liban. Entre le 13 et le 22 mars, l’armée israélienne a déclaré avoir frappé au moins quatre ponts au-dessus du fleuve Litani. 

De son côté, le Hezbollah devrait prendre toutes les précautions possibles pour protéger les civils lors de ses opérations au Liban et en Israël. 

Les civils qui ne se plient pas aux ordres d’évacuation restent entièrement protégés par le droit international humanitaire. Le déplacement forcé est interdit par les lois de la guerre, sauf dans les cas où la sécurité des civils est en jeu, ou pour des « raisons militaires impératives ».

Toute personne qui commet des violations graves des lois de la guerre avec une intention criminelle – c’est-à-dire de manière intentionnelle ou par imprudence – peut être poursuivie pour crimes de guerre. Des individus peuvent également être tenus pénalement responsables pour avoir aidé, facilité, assisté ou encouragé un crime de guerre. 

Les autorités judiciaires libanaises devraient ouvrir des enquêtes nationales sur les crimes internationaux graves, et le gouvernement devrait adhérer au Statut de Rome de la Cour pénale internationale ; le gouvernement devrait aussi soumettre une déclaration acceptant la compétence de la Cour avant la date d’adhésion, y compris depuis au moins le 7 octobre 2023. 

Les principaux alliés d’Israël, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne, devraient suspendre leur aide militaire et leurs ventes d’armes à Israël, et imposer des sanctions ciblées aux responsables dont la responsabilité dans les violations graves en cours est établie de manière crédible. Ils devraient aussi exercer une pression supplémentaire sur Israël pour garantir que les résidents déplacés puissent retourner chez eux, une fois les hostilités terminées, ou une fois que les raisons de leur déplacement cessent d'exister.

 « L’armée israélienne n’a pas à décider quand les civils libanais perdent la protection que leur accorde le droit international, et elle ne devrait pas pouvoir empêcher les résidents déplacés de retourner chez eux en invoquant une norme de “sécurité” indéfinie », a conclu Ramzi Kaiss. « Cibler délibérément des civils, des biens de caractère civil et d’autres personnes protégées par le droit international constituerait un crime de guerre, et les pays qui fournissent des armes à Israël devraient réaliser qu’ils risquent eux aussi de se rendre complices de crimes de guerre. »

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