25.06.2026 à 06:01
Human Rights Watch
(Washington, 25 juin 2026) – Le taux de décès parmi les personnes détenues aux États-Unispar l’agence de l'immigration et des douanes (Immigration and Customs Enforcement, ICE) a fortement augmenté, avec au moins 52 décès signalés depuis le début du mandat actuel du président Donald Trump, ont déclaré Human Rights Watch et Physicians for Human Rights dans un rapport conjoint publié aujourd’hui.
25 juin 2026 Dying in DetentionCe rapport de 73 pages, intitulé « Dying in Detention: Rising Deaths in an Expanding US Immigration Detention System » (« Mourir en détention : Hausse du nombre de décès dans un système de détention des migrants en expansion aux États-Unis »), documente la hausse du nombre de décès survenus sous la garde de l’ICE, à l’aide d’analyses statistiques et médicales menées par des experts. Le rapport, en exposant cette augmentation du taux de mortalité, soulève de sérieuses questions quant à l’adéquation des soins de santé fournis par l’ICE et de son personnel sous contrat. La hausse du taux de mortalité est observée alors que l’administration Trump soumet un nombre record d’immigrés à une détention obligatoire, y compris dans des conditions inhumaines et dégradantes, tout en démantelant les mécanismes de contrôle interne.
« Le taux de mortalité des personnes placées en détention par l’ICE atteint son plus haut niveau depuis de nombreuses années, même en tenant compte de la forte augmentation du nombre de détentions », a déclaré Brian Root, conseiller senior auprès de la division Technologie et droits humains à Human Rights Watch. « Le Département de la sécurité intérieure et le Congrès devraient agir immédiatement pour réduire le nombre de personnes en détention et améliorer les conditions de détention, notamment en garantissant l’accès à des soins de santé adéquats, conformément aux obligations des États-Unis en matière de droits humains. »
Human Rights Watch a mené une analyse quantitative des décès survenus sous la garde de l’ICE entre le 1er octobre 2015 et le 4 juin 2026, et a examiné les tendances de l’évolution du taux de mortalité durant cette période. Parallèlement, Physicians for Human Rights a réalisé une analyse médicale des 39 décès survenus sous la garde de l’ICE au cours de la première année de l’actuelle administration Trump, en s’appuyant principalement sur des informations publiques limitées.
Les deux organisations ont examiné plusieurs cas de manière plus approfondie que ce qui avait été rapporté précédemment, en s’appuyant sur des entretiens avec des proches des personnes décédées, des avocats et d’anciens codétenus, et, dans deux cas, en examinant des dossiers médicaux complémentaires.
Dans l’un de ces cas, Maksym Chernyak, un homme ukrainien âgé de 44 ans, a été victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC) après avoir présenté des signes clairs d’une urgence médicale, dont le personnel pénitentiaire a été témoin sans y réagir à temps. Le retards pris pour son transfert vers un centre de soins spécialisés a presque certainement contribué à son décès, selon les deux organisations.
Dans un autre cas, Lorenzo Antonio Batrez Vargas, âgé de 32 ans, est décédé en détention de l’ICE en 2025, après avoir été diagnostiqué positif au Covid-19 et avoir passé 12 jours en isolement. Pour accéder aux dossiers relatifs à sa détention, à son traitement et à son décès, la famille de Lorenzo Vargas a déposé une demande en vertu de la loi sur la liberté d’information (Freedom of Information Act) en octobre 2025, suivie d’une action en justice en décembre. Début mai 2026, elle n’avait toujours reçu aucune information supplémentaire.
« Seule une mère qui a perdu son enfant sait ce que je ressens », a déclaré sa mère. « Je voudrais que mon fils soit en vie, mais suis impuissante. »
Au cours de la première année du second mandat de Trump, le nombre de personnes placées en détention par l’ICE a augmenté de 77 %, passant d’environ 40 000 personnes à plus de 71 000 personnes en janvier 2026.
Nombre de personnes personnes migrantes détenues aux États-Unis (moyenne mensuelle) Click to expand Image Ce tableau montre la hausse du nombre de personnes migrantes détenues aux États-Unis, de décembre 2015 à juin 2026. De gauche à droite, ces chiffres correspondent à la présidence de Barack Obama, de Donald Trump (1er mandat), de Joe Biden et de Donald Trump (2ème mandat). Les chiffres ont fortement baissé lors de l’épidémie de Covid-19, avant de grimper lors du mandat de Biden et du 2ème mandat de Trump. Sources : Immigration and Customs Enforcement (ICE), Deportation Data Project. Graphisme © 2026 Human Rights WatchDurant cette même période (second mandat de Trump), le taux de décès en détention sous la garde de l’ICE a grimpé de 140 %.
Nombre de décès mensuels dans les centres de détention de personnes migrantes aux États-Unis (décembre 2015 – 4 juin 2026) Click to expand Image Ce tableau montre la hausse du nombre de décès mensuels dans les centres de détention de personnes migrantes aux États-Unis, de décembre 2015 au 4 juin 2026. De gauche à droite, ces chiffres correspondent à la présidence de Barack Obama, de Donald Trump (1er mandat), de Joe Biden et de Donald Trump (2ème mandat). Sources : Immigration and Customs Enforcement (ICE), American Immigration Lawyers Association (AILA). Graphisme © 2026 Human Rights WatchHuman Rights Watch et Physicians for Human Rights ont documenté des conditions de détention abusives dans des centres de rétention aux États-Unis depuis les années 1990.
Le gouvernement Trump a démantelé les mécanismes de contrôle interne, déjà limités, au sein du Département de la Sécurité intérieure (Department of Homeland Security, DHS) dont l’ICE fait partie, rendant ainsi plus difficile l’obtention d’informations, l’exercice de recours en cas d’abus ou la mise en cause de la responsabilité de l’agence et de ses sous-traitants.
Human Rights Watch et Physicians for Human Rights ont constaté que l’ICE ne divulguait pas suffisamment d’informations sur les circonstances entourant les décès survenus sous sa garde, laissant sans réponse des questions cruciales concernant les soins prodigués aux personnes détenues et la conformité de ces soins aux normes internationales en matière de droits humains. De plus, les rapports de l’agence sont souvent tardifs, ce qui constitue une violation manifeste de ses propres obligations en la matière, qui prévoient la divulgation publique d’un décès dans les 48 heures, ainsi qu’un rapport public plus détaillé dans les 30 jours. Le caractère limité des informations actuellement disponibles soulève de graves inquiétudes quant à la nature de bon nombre de ces décès et à l’adéquation des soins prodigués aux personnes en détention.
« L’ICE limite si sévèrement les informations qu’elle fournit au Congrès, aux familles et au public que tout contrôle est pratiquement impossible », a déclaré Dre Katherine Peeler, co-auteure du rapport, professeure adjointe de pédiatrie à la Harvard Medical School et conseillère médicale auprès de Physicians for Human Rights. « Dans les cas où nous avons accès aux dossiers de l’ICE et à ceux d’hôpitaux externes, nous constatons un manquement stupéfiant au devoir de diligence. »
Les décès de personnes placées en détention par les services d’immigration américains indiquent des violations potentielles du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), qui protège le droit à la vie et oblige les États à prendre des mesures pour préserver la vie des personnes placées sous leur garde. Les mauvaises conditions de détention et l’absence de soins médicaux adéquats peuvent également constituer des violations de l’interdiction des traitements cruels, inhumains ou dégradants prévue par le PIDCP et la Convention contre la torture (Convention Against Torture, CAT).
Le Département de la Sécurité intérieure (DHS) et ses sous-traitants devraient rendre compte pleinement, publiquement et en temps opportun de chaque décès survenu sous leur garde. Le Congrès devrait réduire le nombre de personnes placées en détention, privilégier les mesures alternatives et suspendre tout financement destiné à une nouvelle extension du système de détention. Le Département devrait aborder résolument les problèmes de l’augmentation du nombre de décès, de l’insuffisance des soins médicaux, ainsi que des manquements chroniques du DHS en matière de transparence et de communication d’informations. Le Congrès devrait également mettre en place de nouveaux mécanismes de contrôle indépendants dotés d’une réelle capacité de suivi, notamment des enquêtes indépendantes obligatoires sur chaque décès survenu en détention, ainsi que la publication de tous les rapports d’enquête sur les décès et des rapports d’autopsie, et imposer des sanctions à l’ICE en cas de non-respect de ces dispositions.
Le financement du DHS a considérablement augmenté avec la récente allocation de 70 milliards de dollars jusqu’en 2029. Le Congrès devrait légiférer pour mettre en place des mécanismes de contrôle autonomes, afin de garantir que ces fonds ne servent pas à étendre un système abusif qui n’a pas su protéger des vies.
« Les familles ont le droit de savoir ce qui est arrivé à leurs proches placés en détention par l’ICE », a conclu Katherine Peeler. « Tant que des personnes sont détenues par les services d’immigration américains, le gouvernement a l’obligation légale et morale de protéger leur vie, et lorsqu’il y parvient pas, il a l’obligation publique de rendre compte de ce qui s’est passé. À l’heure actuelle, il manque à toutes ces obligations. »
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Articles
20Minutes/AFP France24 Le Monde
Ouest-France Lessentiel.lu
24.06.2026 à 07:00
Human Rights Watch
(Nairobi) – Le gouvernement du Cameroun a manifestement failli à son engagement pris il y a plus d’une décennie de réduire considérablement les violences à l’égard des femmes et des filles, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Cet échec laisse les victimes et les survivantes exposées à des préjudices sans véritable protection ni accès à la justice, alors même que les autorités reconnaissent que les violences à l’égard des femmes et des filles s’aggravent.
Le rapport de 86 pages, intitulé « “Je vis dans l’insécurité permanente” : Discrimination, manque d’autonomie économique et violences à l’égard des femmes au Cameroun », documente les violences généralisées faites aux femmes, y compris les violences physiques, psychologiques et économiques, qui sont le plus souvent infligées par les maris et les partenaires intimes. Les chercheur-euse-s ont constaté que les abus physiques et économiques étaient utilisés pour restreindre l’accès aux ressources financières, à la sécurité sociale, à l’emploi, à la propriété et à l’indépendance économique. Ces violences ne sont pas des incidents isolés ; elles sont en réalité enracinées dans des inégalités de genre bien ancrées, des lois discriminatoires et des institutions faibles, et sont exacerbées par un sous-investissement chronique du gouvernement dans la prévention et le soutien aux survivantes.
24 juin 2026 « Je vis dans l’insécurité permanente »« La violence à l’égard des femmes n’est pas simplement le fait d’actes violents commis par des individus : elle est rendue possible et aggravée par des lois discriminatoires et des défaillances institutionnelles du Cameroun qui laissent les survivantes sans protection », a déclaré Juliana Nnoko, conseillère senior auprès de la division Droits des femmes à Human Rights Watch. « Le gouvernement a un besoin urgent de lois, de politiques et de services qui répondent aux réalités des violences domestiques, donnent la priorité à la prévention et aident les survivantes à accéder à la justice. »
Entre septembre et décembre 2024, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 60 femmes qui ont été victimes de violences domestiques et/ou de discrimination, ainsi que trois chefs religieux et sept responsables gouvernementaux qui gèrent des services sociaux à Maroua, Douala et Buéa. Les chercheur-euse-s ont également examiné plusieurs politiques et rapports gouvernementaux sur les violences basées sur le genre.
Bon nombre des femmes interviewées ont subi des conséquences économiques qui les ont enfermées dans des relations violentes en raison de la perte d’accès à leur revenu, à leur terre, à leur logement, à un emploi rémunéré et à la sécurité sociale. Les maris ont vendu des biens acquis conjointement sans consulter ou indemniser leur épouse, saboté des opportunités d’emploi, annulé des baux commerciaux et détruit du matériel professionnel.
Une femme a raconté qu’elle a passé près de trois décennies confinée dans la propriété familiale : il lui était interdit de sortir, de parler à d’autres personnes ou de réaliser son souhait de créer une petite entreprise, et elle était battue lorsqu’elle désobéissait.
Les femmes ayant demandé de l’aide aux autorités ont décrit avoir subi des pressions pour les amener à se réconcilier avec leurs agresseurs, avoir été tenues pour responsables des violences subies ou avoir fait l’objet de représailles après avoir dénoncé des abus. Plusieurs ont indiqué que leurs maris avaient des liens avec des policiers ou des autorités locales, ce qui rendait le signalement encore plus dangereux ou impossible.
« Je suis allée au commissariat de police, pensant qu’ils convoqueraient [mon mari] », a relaté Yvonne D., une femme de 54 ans travaillant dans le traitement de données à Douala, dont le nom complet, comme celui des autres femmes, n’est pas mentionné pour des raisons de sécurité. « Au lieu de cela, le policier a écouté sans prendre de notes, a souri et a simplement dit : “Vraiment ! Les femmes !” Quand je suis rentrée à la maison et que mon mari a découvert que j’étais allée voir la police, il m’a battue sévèrement devant nos enfants et m’a mise à la porte. »
L’obligation de rendre des comptes pour les abus reste limitée, ce qui renforce le climat d’impunité. « La famille, les affaires sociales et la police m’ont conseillé de persévérer [dans la préservation de mon mariage] pour le bien de mes enfants », a expliqué Rosalind E., coiffeuse de 44 ans vivant à Buéa. Lorsqu’elle s’est rendue au poste de police, une commissaire lui a recommandé « d’abandonner parce que c’est une affaire de famille ». Le procureur de l’État lui a également conseillé de stopper la procédure après l’arrestation de son mari, parce que celui-ci n’était pas disposé à coopérer avec la police.
En raison de la discrimination structurelle au Cameroun, les femmes sont systématiquement dépossédées de leurs terres et de leurs biens par des proches et des parents par alliance de sexe masculin, même lorsqu’elles possèdent des documents prouvant la propriété. Les frères et les oncles exploitent leur autorité pour s’emparer des terres ou les vendre, souvent au mépris des souhaits des parents décédés, tandis que les veuves sont intimidées en vue de les faire renoncer à leurs droits.
Toutes les femmes âgées interviewées ont décrit avoir subi des formes de discrimination multiples et croisées, y compris des obstacles à l’héritage de leurs parents, des droits discriminatoires sur les biens matrimoniaux pendant le mariage et lors du veuvage, et des barrières sexospécifiques à l’accès aux pensions et aux services publics essentiels. Malgré les procès et les documents officiels, les femmes restent vulnérables et privées de leur droit à la propriété.
En 2011, le gouvernement camerounais s’est engagé à lutter contre les violences basées sur le genre, notamment en réduisant leur prévalence de moitié. Cependant, au cours des 15 années qui ont suivi, le gouvernement n’a pas pris de mesures significatives pour respecter cet engagement. Un Code de la famille révisé, une réforme juridique indispensable pour protéger les droits des femmes et se conformer aux obligations du Cameroun en vertu du droit international, est en projet depuis plus de 20 ans. Le Cameroun ne dispose d’aucune politique ou directive nationale sur les violences domestiques.
Le cadre juridique actuel régissant les relations familiales contient des dispositions discriminatoires qui désignent les maris comme chefs de famille et principaux gestionnaires des biens matrimoniaux. Ces dispositions affaiblissent le pouvoir de décision des femmes quant au lieu de résidence, à l’emploi et à la gestion des biens immobiliers, piégeant les femmes dans des mariages violents.
La police, les professionnels de santé et les autorités judiciaires sont mal équipés pour protéger les survivantes ou traduire en justice les auteurs d’abus. Le gouvernement ne possède pas de système global et coordonné pour le recueil ou la ventilation des données sur les violences basées sur le genre, ce qui dissimule la véritable ampleur du problème, y compris la prévalence des violences domestiques et même des féminicides, aux décideurs et au public.
Le Cameroun est un État partie à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et au Protocole de Maputo de l’Union africaine; ces deux traités exigent que les gouvernements éliminent les lois discriminatoires, préviennent la violence à l’égard des femmes et des filles et garantissent des recours efficaces aux survivantes. Ces obligations comprennent l’adoption de mesures pour respecter, protéger et appliquer les droits des femmes à l’intégrité corporelle, à la non-discrimination et aux droits économiques, sociaux et culturels, y compris leurs droits à la propriété, au logement, à la santé, à la sécurité sociale, au travail et à un niveau de vie suffisant. La violence domestique n’est pas une affaire familiale privée : c’est une atteinte grave aux droits humains que les gouvernements doivent s’employer à prévenir et à résoudre, a déclaré Human Rights Watch.
Les obligations internationales du Cameroun exigent une réforme légale, un financement durable des services centrés sur les victimes et une responsabilisation efficace des auteurs d’abus. Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais et son président, Paul Biya, gouvernent le Cameroun depuis plus de quatre décennies. Il n’est pas question ici de l’inaction de plusieurs gouvernements successifs : c’est le même parti et le même président qui portent la responsabilité continue de l’absence de mesures législatives significatives depuis des décennies pour éliminer les violences à l’égard des femmes.
« Le gouvernement devrait d’urgence réformer les lois discriminatoires sur la famille, actualiser et adopter le Code de la famille en projet depuis longtemps, instaurer une réponse nationale coordonnée aux violences domestiques et veiller à ce que les services soient accessibles dans tout le pays », a conclu Juliana Nnoko. « Être une femme au Cameroun ne devrait pas signifier d’avoir à subir la discrimination et la violence. »
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LaLibre.be
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CamerounActuel
23.06.2026 à 22:00
Human Rights Watch
(Beyrouth, 23 juin 2026) – Les pays membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG, ou GCC en anglais) exposent les travailleurs migrants à un nouvel été meurtrier sans leur offrir de mesures adéquates de santé et de sécurité au travail, alors que les températures atteignent des niveaux dangereux, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Les travailleurs migrants, en particulier ceux qui travaillent à l’extérieur, sont confrontés à une chaleur extrême en accomplissant des tâches physiquement éprouvantes, tout en répondant aux fréquentes exigences de leurs employeurs. « La chaleur est si intense qu’elle dépasse les limites de ce qu’une personne ordinaire peut supporter », a déclaré un travailleur.
« Malgré de nombreuses preuves concernant la hausse des températures mondiales et les risques sanitaires graves liés à l’exposition à la chaleur extrême, les États du Golfe tardent à adopter des mesures de protection adéquates », a déclaré Michael Page, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Les États du Golfe ont les moyens et la capacité d’adopter de telles mesures, notamment en limitant les horaires de travail en fonction de seuils de température réels, au lieu d’imposer des horaires fixes. »
Entre février et mai 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 20 travailleurs migrants originaires du Bangladesh, du Népal et du Pakistan, employés en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis, au Koweït et au Qatar, dans le secteur du bâtiment et dans la livraison à vélo de produits commandés via des applications ; les discussions ont porté sur les questions de la chaleur et des problèmes de santé et de sécurité au travail. C’est la quatrième année consécutive que Human Rights Watch mène de tels entretiens afin de mieux comprendre les risques liés à la chaleur extrême.
Le mois de juin marque le début de la période d’application des interdictions de travail à midi dans plusieurs États du Golfe ; il s’agit de leur seule mesure de protection contre l’exposition à la chaleur, qui interdit le travail en extérieur à certaines heures pendant les mois d’été. Ces interdictions s’appliquent généralement de juin à août ou septembre. et limitent le travail en extérieur entre la fin de la matinée et le milieu de l’après-midi.
Cependant, de plus en plus de données scientifiques démontrent les limites des interdictions basées sur le calendrier et les horaires pour protéger les travailleurs contre les risques sanitaires liés à la chaleur.
Un ouvrier du génie civil basé aux Émirats arabes unis a qualifié la chaleur d’« insupportable » et s’est souvenu avoir travaillé en plein air alors que les températures atteignaient 48 degrés Celsius (118,4 degrés Fahrenheit). « En été, il devient difficile de travailler dès 7 h 30 ou 8 h du matin, mais nous devons travailler jusqu’à 11 h 30 quoi qu’il arrive. C’est le moment le plus difficile. » Il a ajouté que les travailleurs migrants des pays du Golfe doivent se préparer mentalement à l’été à venir en se demandant : « Comment allons-nous tenir le coup cette année ? »
L’exposition à une chaleur extrême peut provoquer des coups de chaleur mortels, aggraver des pathologies préexistantes, altérer les fonctions cognitives et augmenter le risque d’accidents du travail. Elle peut également causer des séquelles durables, notamment une insuffisance rénale, voire un décès prématuré.
Un travailleur basé aux Émirats arabes unis a déclaré : « Parfois, nous entendons parler de quelqu’un dans une autre entreprise qui s’est effondré à cause de la chaleur et qui est décédé. Quand nous entendons cela, nous en avons la chair de poule. Nous nous disons : “Peut-être que demain, ce sera notre tour. Nous travaillons nous aussi sous la même chaleur.” »
Le sixième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) indique que les vagues de chaleur extrêmes se sont intensifiées dans toute la péninsule arabique, le changement climatique d’origine humaine y jouant un rôle déterminant. Une étude menée en 2024 par l’organisation World Weather Attribution sur la vague de chaleur en Asie occidentale a révélé que le changement climatique d’origine humaine avait rendu ce type de phénomène environ cinq fois plus probable et environ 1,7 °C plus intense qu’il ne l’aurait été sans le réchauffement dû aux combustibles fossiles. Selon une autre étude de World Weather Attribution, le changement climatique rend le pèlerinage du Hadj à La Mecque dangereusement chaud plus tôt dans l’année par rapport au passé ; les hausses de température précédemment observées aux mois d’été (juin-août) se produisent désormais en mai, voire même plus tôt.
Human Rights Watch a mené des entretiens avec six livreurs à vélo dont le travail est lié à des applications en ligne via des plateformes numériques ; ils ont décrit un manque d’espaces de repos frais ou ombragés, une mauvaise visibilité sous un soleil intense, une chaleur déformant leur vision, la surchauffe des appareils nécessaires à leur travail, ainsi que des répercussions directes sur la santé telles que des coups de soleil et des maladies liées à la chaleur, notamment des vertiges et des évanouissements, qu’ils considèrent comme courants.
Ces hommes ont également évoqué les pressions exercées par les entreprises de plateformes, notamment les livraisons urgentes et la crainte de perdre des revenus ou leur emploi, ce qui rend difficile le refus de commandes même lorsque les conditions sont insalubres ou dangereuses.
« Si une commande arrive, il faut la livrer, qu’il fasse chaud ou qu’il pleuve », a déclaré un livreur basé aux Émirats arabes unis. Certains points de retrait proposaient des zones de repos et de l’eau fraîche ; certaines entreprises mettaient à disposition des espaces de repos tels que des bus climatisés ; d’autres encore pouvaient adapter leurs horaires pour inclure les heures nocturnes, plus fraîches.
« Pendant les trois mois de grande chaleur, à certains endroits, tous les 15 à 20 kilomètres, des bus climatisés étaient mis à disposition pour permettre aux livreurs à vélo de se reposer », a expliqué un travailleur. « De l’eau y était également disponible. Si la chaleur devenait insupportable, nous pouvions nous y reposer… mais ces points de repos n’étaient disponibles qu’à certains endroits seulement. »
Certains pays du CCG, tels que le Koweït et le Qatar, ont explicitement interdit les livraisons à vélo pendant les heures d’interdiction de midi en été. Les Émirats arabes unis ont rendu obligatoires les aires de repos et de rafraîchissement pour les livreurs à vélo, et ont annoncé récemment l’extension de ces zones de repos.
Les États du Golfe devraient adopter des mesures de protection contre la chaleur au travail fondées sur des données probantes, telles que l’indice WBGT (Wet Bulb Globe Temperature), largement utilisé, qui mesure le stress thermique au travail en fonction de la température de l’air et de l’humidité relative. Ces mesures devraient inclure des horaires de travail et de repos fondés sur des données probantes, guidés par les seuils WBGT en temps réel et l’intensité du travail, ainsi que l’accès à de l’eau fraîche et à des zones de repos ombragées et fraîches, afin de prévenir les maladies et les décès liés à la chaleur chez les travailleurs en extérieur. Seul le Qatar, en 2021, a introduit cet indice avec un seuil maximal de WBGT fixé à 32,1 degrés Celsius (89,78 degrés Fahrenheit) pour interrompre le travail en extérieur ; mais ce seuil demeure trop élevé, et des lacunes persistent dans son application.
« Quand on transpire beaucoup, le corps s’affaiblit considérablement », a expliqué un travailleur. « Mais à cause de la pression exercée par l’entreprise, on continue à travailler. L’esprit se dit : “Je peux y arriver”, mais le corps ne suit pas… À chaque saison, quelqu’un s’effondre. »
On observe également des disparités importantes dans les mesures de santé et de sécurité au travail mises en place par les employeurs privés. « Si quelque chose arrive sur le chantier, des soins médicaux sont immédiatement disponibles », a déclaré un ouvrier. « Sur les grands chantiers, des médecins sont présents. Les bonnes entreprises fournissent toutes les installations nécessaires. Dans les petites entreprises, en revanche, ces installations n’existent pas. »
Un autre ouvrier a ajouté : « Certains chantiers fournissent de l’eau fraîche, d’autres non. Pour rester hydraté, il faut aller fréquemment aux toilettes. Or, de nombreux chantiers de construction ne disposaient pas d’installations sanitaires adéquates. »
Un aide-maçon basé au Qatar a déclaré : « Nous avions des vertiges en travaillant sous la chaleur. Nous nous reposions pendant 5 à 10 minutes, après quoi le contremaître nous rappelait au travail. Si nous nous allongions, il nous criait immédiatement de nous lever et de travailler. » L’aire de repos de son chantier ne disposait ni de climatisation ni de réfrigération pour la nourriture des travailleurs. « Parfois, la nourriture sentait mauvais, et nous devions la jeter. »
L’absence de politiques solides fondées sur des données probantes visant à prévenir l’exposition dangereuse à la chaleur, ainsi que la surveillance insuffisante de la part des autorités, ont transformé la protection contre la chaleur en un jeu de hasard, a déclaré Human Rights Watch, car la santé et la sécurité des travailleurs face à des températures extrêmes dépendent souvent de la bonne volonté des superviseurs et des employeurs.
Un récent rapport de Human Rights Watch concernant les plateformes numériques a révélé que les travailleurs indépendants sont souvent confrontés à des conditions de travail dangereuses, notamment à une chaleur extrême, et ne bénéficient que d’une protection minimale en cas de blessure ou d’incapacité de travail.
Un nouveau traité de l’Organisation internationale du travail, adopté le 12 juin, établit des normes de travail dans le secteur des plateformes numériques, et comprend une section consacrée à la sécurité et à la santé au travail. Il exige des gouvernements qu’ils prennent des mesures préventives adéquates pour prévenir les accidents du travail, les maladies professionnelles et autres risques pour la santé des travailleurs en plateforme.
Les gouvernements devraient ratifier sans délai cette convention et la transposer dans leur législation nationale, notamment en adoptant des mesures permettant de remédier de manière adéquate aux risques liés aux vagues de chaleur extrême, a déclaré Human Rights Watch.
« La hausse des températures mondiales rend encore plus dangereuse la chaleur estivale extrême qui sévit déjà dans le Golfe, en particulier pour les millions de travailleurs migrants qui travaillent en plein air sans repos ni hydratation suffisants », a conclu Michael Page. « Les États du Golfe devraient garantir la sécurité et la protection de la santé de tous les travailleurs. »
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23.06.2026 à 18:32
Human Rights Watch
Le 20 juin, le Conseil de sécurité des Nations Unies a signalé un « risque imminent d’atrocités de masse » à El-Obeid, la capitale de l’État du Kordofan du Nord, dans l’ouest du Soudan ; cette région est depuis des mois l’épicentre de combats acharnés entre les Forces de soutien rapide (FSR) et les Forces armées soudanaises (FAS).
Ce conflit, qui a éclaté en avril 2023, a déjà fait des dizaines de milliers de morts, contraint des millions de personnes à fuir leurs foyers et provoqué l’une des pires catastrophes humanitaires au monde.
Le 18 juin, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a également lancé un « avertissement sévère » concernant le risque de nouvelles atrocités, alors que les FSR encerclaient El-Obeid selon les médias.
Lors de sa réunion concernant le Soudan prévue le 26 juin, le Conseil de sécurité devrait examiner la prise de mesures urgentes visant à empêcher les attaques des FSR. Le Conseil devrait imposer de nouvelles sanctions à l’encontre des commandants des FSR et de leurs principaux partisans, notamment aux Émirats arabes unis.
Tout au long du conflit, les FSR ont bénéficié d’un soutien militaire apporté par les EAU. Human Rights Watch a récemment révélé que des centaines de contractuels militaires privés colombiens, apparemment engagés par une société émiratie, ont transité par des installations militaires aux EAU avant d’être déployés au Soudan pour soutenir les FSR.
Certains gouvernements haussent le ton face à la multiplication des atrocités et des crimes de guerre au Soudan. Le 18 juin, au Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève, la Norvège, s’exprimant au nom de la Coalition pour la prévention des atrocités et la justice au Soudan, a exhorté les FSR à « cesser immédiatement » leur assaut contre El-Obeid.
Le soutien des Émirats arabes unis aux FSR doit être mis en lumière. Les preuves de plus en plus nombreuses du soutien matériel apporté par les EAU aux FSR ont conduit à des appels de plus en plus pressants pour que des pressions soient exercées sur ce pays. Les dirigeants du monde entier, en particulier les dirigeants africains et les membres de la Coalition susmentionnée, devraient rompre leur silence sur le rôle insidieux joué par les EAU dans l’attisement de ce conflit, et exiger que ce pays cesse de soutenir les FSR ; à l’inverse, les Émirats devraient user de leur influence sur les FSR pour empêcher de nouvelles atrocités.
L’heure est venue pour les gouvernements de montrer qu’ils se soucient du sort des civils soudanais, en agissant pour empêcher que les ceux-ci ne continuent de payer un prix incommensurable du conflit.
L’heure est venue pour les gouvernements de montrer qu’ils se soucient du conflit soudanais, en agissant pour empêcher que les civils ne continuent de payer un prix incommensurable.
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23.06.2026 à 01:00
Human Rights Watch
(Bangkok) – Le gouvernement cambodgien recourt systématiquement à des moyens coercitifs pour obtenir et diffuser des aveux d’opposants politiques et d’activistes détenus, afin de nuire à leur réputation politique, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Ces mauvais traitements s’inscrivent dans le cadre d’une campagne menée depuis une décennie par le gouvernement contre ses opposants politiques, rendue possible par un système judiciaire contrôlé par le gouvernement et par des médias alignés sur les positions de l’État.
Ces dernières années, les autorités cambodgiennes ont fréquemment porté des accusations pénales sans fondement contre des membres de partis d’opposition et des activistes, afin de les contraindre ensuite à présenter des excuses publiques et à rejoindre le Parti populaire cambodgien (PPC), parti au pouvoir, en échange de leur libération. Les médias proches du PPC publient régulièrement des vidéos ou des déclarations de ces aveux obtenus sous la contrainte, afin de discréditer ces activistes politiques.
« Le parti au pouvoir au Cambodge menace les activistes politiques de poursuites pénales absurdes, puis les contraint à avouer des crimes inventés de toutes pièces pour obtenir leur libération », a déclaré Bryony Lau, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « En poussant des activistes à rejoindre le PPC, les autorités cherchent à les discréditer et à consolider davantage un régime “de facto” de parti unique. »
Human Rights Watch a examiné plus de 140 vidéos et reportages de médias relatant des excuses publiques et des aveux d’activistes au cours de la dernière décennie, et a mené des entretiens avec neuf personnes, dont des activistes, des membres de l’opposition politique, des proches de détenus et des avocats de la défense. Human Rights Watch n’a pas révélé publiquement l’identité de ces personnes, afin d’assurer leur protection.
Les aveux obtenus sous la contrainte sont souvent filmés, et dans de nombreuses vidéos, les activistes font face à la caméra, vêtus d’uniformes de prisonniers orange ou bleus. Dans plusieurs vidéos, il semble que les activistes lisent des déclarations préparées à l’avance. Ces « aveux » s’accompagnent souvent d’excuses pour des crimes présumés liés à leurs activités politiques, ainsi que de demandes d’adhésion au parti au pouvoir.
Les activistes et les membres des partis d’opposition font de plus en plus l’objet d’accusations forgées de toutes pièces et subissent des pressions pour qu’ils changent de camp depuis que le dirigeant de longue date, Hun Sen, a quitté ses fonctions de Premier ministre et cédé son poste à son fils, Hun Manet, à l’issue des élections de 2023, entachées de graves irrégularités. Sous la direction du Premier ministre Hun Manet, le gouvernement a poursuivi sa répression contre l’opposition politique, les activistes environnementaux et sociaux, ainsi que toutes les formes de dissidence dans le pays. Des aveux forcés sont fréquemment adressés à Hun Sen, désormais président du Sénat, ainsi qu’à Hun Manet.
« Ils sont venus me voir en prison et m’ont dit : “Si tu rejoins le PPC, ils te laisseront sortir d’ici” », a déclaré un activiste. Un avocat qui représente plusieurs opposants au gouvernement actuellement en détention a déclaré : « Parmi mes clients qui sont des activistes politiques, 100 % d’entre eux subissent des pressions pour avouer et rejoindre le parti au pouvoir afin d’être libérés. »
Le contrôle exercé par le parti au pouvoir sur le pouvoir judiciaire permet l’utilisation abusive de poursuites pénales à l’encontre des activistes politiques, qui sont souvent inculpés d’« incitation à commettre un crime », un chef d’accusation passible d’une peine pouvant aller jusqu’à deux ans de prison. En 2022, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a conclu que les articles du code pénal cambodgien relatifs à l’incitation « sont libellés en des termes imprécis et excessivement [vagues] ».
Ces dernières années, le gouvernement a également inculpé des activistes de l’opposition pour « complot visant à attaquer l’État », une infraction plus grave passible de 5 à 10 ans de prison.
L’absence d’indépendance judiciaire au Cambodge facilite les aveux obtenus sous la contrainte, car les tribunaux ne sont jamais intervenus pour mettre fin à des poursuites à motivation politique. Le parti au pouvoir contrôle le système judiciaire cambodgien depuis des décennies, les juges et les procureurs occupant des postes de haut niveau au sein du parti, notamment le président de la Cour suprême du Cambodge, qui est membre du Comité central influent du PPC.
« Les juges sont des hauts responsables du PCC, ce sont tous des responsables du PCC », a déclaré un avocat. « Il n’y a donc aucun moyen de garantir que justice soit faite. »
En 2024, lors du dernier Examen périodique universel (EPU) du Cambodge, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a recommandé au gouvernement d’améliorer l’indépendance des juges et des procureurs et de garantir le droit à un procès équitable, soulignant que ces droits n’étaient pas respectés. Le gouvernement a accepté, au cours du processus d’examen, une recommandation visant à « poursuivre l’application des mesures visant à garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire », mais les tribunaux cambodgiens restent subordonnés au parti au pouvoir.
Une fois que les membres de partis d’opposition et autres activistes sont arrêtés et inculpés, ils sont presque toujours placés en détention provisoire et se voient refuser la liberté sous caution. Les prisons cambodgiennes sont notoirement surpeuplées, et des détenus ont décrit des conditions de détention déplorables, notamment un manque d’accès à la nourriture, à l’eau potable et aux soins médicaux, ainsi que de tortures et d’autres mauvais traitements.
En mai 2022, le Comité des droits de l’homme des Nations Unies, qui veille au respect du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), a recommandé au gouvernement cambodgien de « réduire sensiblement la surpopulation dans les prisons » et de « redoubler d’efforts pour améliorer les conditions de détention ». Pourtant, depuis lors, le problème de la surpopulation carcérale s’est aggravé.
Plusieurs activistes ont déclaré que les conditions de détention difficiles exerçaient une pression supplémentaire pour les pousser à avouer. « Nous dormons entassés comme des sardines, il n’y a pas de place pour s’allonger », a déclaré un activiste politique, précisant qu’il devait verser entre 200 et 250 dollars US de pots-de-vin chaque mois pour obtenir une nourriture suffisante et des produits d’hygiène.
De nombreuses excuses et aveux obtenus sous la contrainte sont enregistrés puis diffusés sur Fresh News, un média proche du gouvernement qui sert de porte-parole au PCC. Au cours de la dernière décennie, Fresh News a diffusé au moins 90 aveux enregistrés, dont beaucoup ont été enregistrés en prison avec des activistes vêtus d’uniformes pénitentiaires.
Un activiste qui a été arrêté, puis a avoué en échange de sa libération, a déclaré que la diffusion publique de ses aveux avait entraîné la méfiance et la discrimination de la part de ses anciens collègues et amis : « Il y a l’isolement, la solitude, le désespoir… les gens cessent de vous parler, d’interagir avec vous. Vous êtes sur la liste noire. »
Le gouvernement cambodgien devrait abandonner les poursuites à motivation politique, annuler les condamnations injustifiées et libérer immédiatement et sans condition les activistes et les responsables politiques de l’opposition détenus à tort, a déclaré Human Rights Watch.
« Depuis des années, les aveux forcés obtenus par les autorités cambodgiennes tournent en dérision le droit à un procès équitable et les libertés politiques dans ce pays », a conclu Bryony Lau. « Si ces aveux, conçus pour la télévision d’État, se poursuivent, personne au Cambodge ni à l’étranger ne devrait prendre au sérieux les élections communales de 2027 ni les élections nationales prévues en 2028. »
Suite détaillée en ligne en anglais.
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22.06.2026 à 23:14
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Des manifestations menées en Syrie entre le 13 et le 17 juin afin de réclamer la justice pour les crimes commis sous le régime d’Assad ont coïncidé avec plusieurs attaques perpétrées par des foules d’auto-justiciers et des incitations à la haine fondées sur des critères identitaires, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Les manifestations se sont étendues aux gouvernorats d’Alep, d’Idlib, de Deir Ezzor, de Raqqa et de Damas. Les autorités syriennes devraient veiller à ce que les forces de sécurité protègent les personnes accusées d’avoir des liens avec l’ancien gouvernement contre toute attaque menées dans un esprit de justice populaire.
« Les massacres et les meurtres de membres de minorités religieuses syriennes en 2025 montrent à quelle vitesse le ciblage d’individus se transforme en punition collective de communautés entières », a déclaré Hiba Zayadin, chercheuse senior sur la Syrie à Human Rights Watch. « Les Syriens ont certes le droit de demander la justice, mais la justice ne devrait jamais servir de prétexte pour s’en prendre à des personnes simplement en raison de leur religion ou de leurs origines. Les autorités syriennes devraient tracer clairement cette ligne de démarcation. »
Le 16 juin, des dizaines de manifestants à Damas sont entrés dans le quartier de Mazzeh 86, et ont tenté de pénétrer dans le quartier d’Ush al-Warwar, tous deux à majorité alaouite. Les médias locaux ont fait état de de personnes blessées et de dégâts matériels à Mazzeh 86, tandis que les forces de sécurité ont bouclé Ush al-Warwar pour empêcher les manifestants d’y pénétrer.
Un commerçant de Mazzeh 86, qui a demandé à rester anonyme par crainte pour sa sécurité, a déclaré à Human Rights Watch que plusieurs hommes en civil, le visage couvert d’un keffieh, avaient attaqué son magasin dans la soirée du 16 juin. Il a indiqué avoir reconnu certains de ces hommes pour les avoir déjà croisés à plusieurs reprises dans le quartier, occasions lors desquelles ils avaient interpellé, insulté et frappé des habitants accusés d’être alaouites.
« Ils n’ont rien laissé intact », a déclaré le commerçant. Les hommes ont brisé les vitrines de son magasin, endommagé les fenêtres, arraché les rideaux et tiré des coups de feu à l’intérieur ; aucune balle ne l’a touché, a-t-il ajouté, mais les hommes l’ont frappé à coups de matraques électriques et l’ont poignardé, tout en lui lançant des insultes sectaires.
Ce commerçant a estimé que les dégâts causés à son magasin s’élevaient à environ 1 000 dollars US. Il a déclaré que des hommes qu’il pensait appartenir au même groupe étaient revenus plus tard et l’avaient emmené à l’hôpital al-Mouwasat pour qu’il y soit soigné. Human Rights Watch a examiné des photographies corroborant son récit des blessures physiques, montrant un œil au beurre noir, une plaie de couteau au bras, recousue, et des ecchymoses sur le dos et les bras.
Une habitante de Mazzeh 86, qui a également demandé à rester anonyme, a déclaré que, cette même nuit, une foule de 300 à 400 personnes s’était rassemblée au pied de la colline menant au quartier, l’empêchant d’entrer par l’entrée principale où se situe un poste de contrôle géré par des agents de la Sécurité générale syrienne. Elle est entrée par un autre chemin et a vu des hommes masqués et des agents de sécurité arpenter les rues. Elle a indiqué que les hommes masqués l’avaient interpellée, mais l’avaient laissée passer quand ils ont vu qu’il s’agissait d’une femme.
Human Rights Watch a aussi géolocalisé et vérifié deux vidéos filmées à Ush al-Warwar et publiées sur les réseaux sociaux le 15 juin, entre 22 h 30 et 23 h. Elles montrent des foules scandant des insultes vulgaires anti-alaouites sur la route principale menant à l’entrée du quartier, qui avait été bloquée par la Direction de la sécurité routière du ministère de l’Intérieur. D’autres vidéos prises au même endroit montrent la présence des forces de sécurité alors qu’une foule se rassemblait.
À Salqin, dans la province d’Idlib, des médias ont rapporté que des assaillants non identifiés avaient saccagé des commerces appartenant à des personnes accusées d’être des partisans de l’ancien gouvernement. L’Agence France-Presse, citée par Arab News, a fait état de menaces circulant en ligne à l’encontre d’anciens combattants paramilitaires présumés pro-Assad à Lattaquié.
Human Rights Watch a également examiné des vidéos documentant des violences collectives à l’encontre de deux hommes accusés d’avoir des liens avec l’ancien gouvernement. Plusieurs vidéos géolocalisées montrent un homme âgé, identifié comme étant Shukri Kayali, accusé d’être un ancien combattant paramilitaire pro-gouvernemental, ensanglanté et partiellement déshabillé, traîné dans les rues de Kafr Takharim, dans la province d’Idlib, puis abandonné au pied d’une tour de l’horloge locale. Selon les médias, Shukri Kayali est décédé à la suite de cette agression.
Une autre vidéo, publiée sur les réseaux sociaux vers 2 h 30 du matin le 15 juin, montre le corps sans vie d’un homme identifié comme étant Fadi Rabou, lui aussi accusé d’être un ancien combattant paramilitaire, tandis que des hommes dans la foule criaient « Allahu Akbar » (« Dieu est grand »). Plusieurs comptes sur les réseaux sociaux ont rapporté que le meurtre avait eu lieu dans le quartier d’al-Sheikh Talat, dans la ville d’Idlib. Human Rights Watch n’a pas pu géolocaliser de manière indépendante ces images, ni confirmer la mort de l’un ou l’autre de ces hommes sur la seule base de ces séquences vidéo.
Les autorités syriennes ont déployé des forces de sécurité dans certains quartiers marqués par des tensions à mesure que les troubles se propageaient, bloquant notamment l’accès à Ush al-Warwar, et les manifestations se sont depuis apaisées. Mais les tensions sous-jacentes qui ont poussé la population à descendre dans la rue restent sans solution, a déclaré Human Rights Watch.
La Commission d’enquête internationale indépendante des Nations Unies sur la Syrie a identifié l’absence d’un cadre juridique clair en matière de justice comme l’un des facteurs à l’origine de la poursuite des violences dans le pays, une lacune que les autorités syriennes ont reconnue. Le 15 juin, la Commission nationale syrienne pour la justice transitionnelle a déclaré que les sanctions collectives étaient incompatibles avec la justice. Le même jour, le ministère syrien de l’Intérieur a indiqué qu’il détenait près de 6 000 militaires et agents de sécurité de l’ère Assad et a exhorté les citoyens à fournir des preuves par les voies officielles plutôt que d’agir de leur propre chef.
Les autorités devraient enquêter d’urgence sur les auteurs des attaques violentes commises en juin, veiller à ce que les personnes incarcérées soient détenues dans des conditions sûres et conformes à la loi, et procéder systématiquement à des déploiements de protection en cas de nouvelles tensions. Ces attaques ont aussi démontré l’urgence de renforcer la confiance du public dans des procédures judiciaires indépendantes concernant les crimes de l’ère Assad, ainsi que d’autres crimes internationaux graves commis en Syrie.
Les autorités devraient mettre en place des réformes législatives exhaustives afin de permettre des poursuites efficaces, tout en garantissant le respect des normes internationales en matière de droits humains et de procès équitable, a déclaré Human Rights Watch. Elles devraient également protéger activement l’espace civique, et consulter les acteurs de la société civile syrienne et les associations de victimes de jouer au sujet des processus judiciaires. Cela implique notamment de clarifier la stratégie des autorités, ainsi que le calendrier et les modalités des consultations à l’échelle nationale ; les autorités devraient prévoir de manière significative la participation de la société civile à l’élaboration et au fonctionnement des institutions, y compris la Commission nationale pour la justice transitionnelle.
« Tant que les notions de vengeance et de justice seront confondues, le nombre de victimes croîtra et il sera difficile de mener à bien le processus de reddition de comptes », a conclu Hiba Zayadin.
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