
23.02.2026 à 18:00
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23.02.2026 à 07:00
Des symboles détournés aux manifestations néonazies de Lyon, Geoffrey Dorne et Ricardo Parreira dévoilent les codes, les réseaux et les méthodes de recrutement.
Suit Thomas Portes, qui défend un antifascisme parlementaire assumé et répond aux critiques visant la France Insoumise.
Entre bataille culturelle, guerre des images et offensive médiatique, le débat fait du bien.
Il dénonce le traitement médiatique de la manifestation de Lyon et l’inversion des responsabilités : «on a renvoyé dos à dos les fascistes et les antifascistes».
Il affirme que la cible politique actuelle est claire : «L’objectif affiché là c’est de détruire la France Insoumise», évoquant une offensive médiatique coordonnée.
Il analyse la période politique comme un moment critique : «Nous sommes dans une période pré-fasciste», établissant un parallèle historique avec les dynamiques autoritaires.
Il justifie l’intégration de Raphaël Arnault à l’Assemblée et défend la complémentarité entre antifascisme institutionnel et antifascisme de rue.
Il revient sur la minute de silence et précise ne pas y avoir assisté personnellement, expliquant les enjeux politiques liés à la séquence.
Il dénonce la normalisation des thématiques d’extrême droite dans l’hémicycle et l’espace médiatique, évoquant une saturation permanente des débats par ces sujets.
Il appelle à reconstruire un antifascisme large et populaire, articulé à un projet social et politique de rupture, estimant que la lutte antifasciste ne peut être dissociée des combats sociaux.
Geoffrey Dorne présente Icono-fascisme comme la continuité du site Indextreme, structuré autour de «100 symboles qui sont des symboles qui sont réappropriés par l’extrême-droite». Il insiste sur la volonté de produire «un objet qui reste, qui soit durable», destiné aussi aux CDI et établissements scolaires.
Il explique que le livre ne se limite pas à un inventaire graphique mais comprend une réflexion sur «la question tout simplement de la sémiologie graphique», insistant sur «l’importance des sens, des symboles dans le graphisme».
Dorne identifie trois stratégies de manipulation : «la stratégie de l’inversion», qui consiste à «prendre un symbole progressiste et de le retourner» ; «la stratégie de l’euphémisation», soit «prendre un symbole explicitement fasciste et on l’adoucit» ; et «la stratégie de la confusion», où «plus c’est flou, plus c’est un peu brumeux et nuageux, plus tout le monde s’y perd».
Il précise que nombre de symboles analysés sont détournés : «la plupart des symbole que l’on présente sont des signes qui sont réappropriés, qui ont été pillés», certains «n’ont rien demandé et qui pourtant se font réapproprier par l’extrême droite».
Ricardo Parreira martèle la nécessité de qualification idéologique claire : «L’extrême droite est raciste, l’extrème droite est homophobe, transphobe, islamophobre, antisémite». Il affirme que la dédiabolisation ne change rien à la nature idéologique.
Il alerte sur la puissance visuelle des signes : «C’est des moteurs visuels qui ont une charge émotionnelle», expliquant que ces symboles agissent «même inconsciemment» dans les processus d’identification culturelle.
À propos de la manifestation lyonnaise, il affirme que «Ces événements-là, ils sont faits pour une chose, c’était de recruter les plus jeunes», détaillant le rôle des réseaux sociaux, Telegram et du maillage territorial de l’extrême droite.
Il décrit la démonstration publique comme un message codé adressé aux sympathisants : «nous les Néonazis, on est là, on arrive», analysant la manifestation comme un signal de normalisation et de puissance.
Il développe la logique idéologique sous-jacente aux slogans et symboles tels que «On est chez nous», en les replaçant dans l’histoire antisémite française, de Drumont à Maurras, et dans une perspective ethnodifférencialiste contemporaine.
Enfin, il explicite le projet politique radical qu’il attribue aux mouvances néonazies : «le projet politique d’aujourd’hui c’est d’abord la rémigration», décrivant une stratégie visant la déportation massive des personnes non-blanches hors d’Europe.
22.02.2026 à 09:00
Comment faire en sorte que celles et ceux qui s’engagent continuent à (tenter de) changer le monde sans s’esquinter la santé ? Comment éviter la surchauffe.
Pour en causer, on reçoit Hélène Balazard, chercheuse en science politique et Simon Cottin-Marx, sociologue, auteurs de Burn-out militant – Comment s’engager sans se cramer (Payot, 2026)
Les auteurs rappellent l’ampleur de l’engagement associatif en France : 22 millions de personnes participent à des associations, dont 10 millions de bénévoles actifs, mais «un militant c’est quelqu’un qui va défendre une idée politique» tandis qu’«un bénévole c’est quelqu’un qui va s’engager gratuitement, sans contrepartie, pour une cause».
Le burn-out militant repose sur trois symptômes précis : «un sentiment d’épuisement», «la déshumanisation des relations interpersonnelles» et «la perte de sens», avec ce constat brutal : «les gens, ils sont crevés».
Parmi les causes structurelles, ils identifient «la culture du sacrifice personnel», «une impossible prise en charge du bien-être par les organisations» et «les répressions… de plus en plus fortes envers le monde associatif».
Ils insistent sur la responsabilité collective : «à aucun moment, on est en train de responsabiliser les individus» car «il y a une responsabilité collective à l’épuisement des individus».
Le mythe du héros solitaire est déconstruit : «derrière chaque individu, il y a un collectif» et «toute victoire, c’est surtout derrière toute victoire, il y a un collectif».
L’exemple de Rosa Parks montre que «son acte héroïque s’inscrit dans une organisation collective» préparée de longue date par la NAACP.
Face à la surcharge numérique, certaines organisations instaurent un droit à la déconnexion : «entre 19h30 et 8h30, on ne s’envoie rien», preuve que «on se mettait la pression entre elles».
Les violences internes doivent être anticipées : il faut «recueillir la parole des victimes», «faire une enquête» et «protéger évidemment la victime».
La répression extérieure pèse lourd : «le contexte épuise», notamment quand «il n’y a pas d’argent, les gens ne sont pas formés et les victimes sont toujours laissées à l’abandon».
Malgré tout, ils réaffirment la nécessité d’agir : «S’engager, c’est génial», «on a besoin des militants pour changer le monde» et il ne faut «pas oublier de prendre soin de nous et de nos luttes».