
14.04.2026 à 18:00
Celles et ceux-ci font face à un arsenal juridique sophistiqué et les visant de plus en plus précisément, le pouvoir législatif préférant répondre aux actions des militant.e.s par de nouvelles lois répressives plutôt que de s’attaquer à la catastrophe écologique.
Dès lors, les actions de désobéissance civile, même non-violentes, font l’objet d’une surveillance accrue, et de mesures punitives systématiques : gardes à vue, perquisitions, contrôles judiciaires, assignation à résidence, amendes... C'est ainsi que ces militant.e.s se retrouvent de plus en plus devant les tribunaux.
Dans un État qui glisse vers l’autoritarisme, les écolos sont également victimes des attaques contre les libertés associatives et d’expression, comme la loi séparatisme. Prenant le prétexte du "terrorisme" ou de "l'islamisme", ces mesure liberticides touchent finalement les activistes.
Un rouleau compresseur qui abîme et décourage les militant.e.s, face auquel ils et elles s’organisent pour se protéger, se défendre... et obtiennent parfois des victoires devant les tribunaux.
Nous en parlerons avec nos deux invitées.
Emilie Petit est journaliste à 20 minutes et autrice de Militants écologistes sous haute surveillance. Quand l’activisme climatique est mis en péril (Editions du Nid-de-pied, 2025).
Nicolas Batista est militant au sein de la legal team de Rouen et chercheur indépendant sur la répression policière.
Hélène Assekour
14.04.2026 à 09:00
Son argument central: invoquer l'état de droit face à l'offensive autoritaire, c'est une posture «vouée à l'impuissance». La justice n'est pas un espace neutre mais un outil de gestion du rapport de force entre les classes.
Elle retrace sa génération politique --- celle de Rémi Fraisse, des premières manifestations interdites de solidarité à Gaza en 2014, de l'état d'urgence, des 49.3 sous un Parti socialiste qu'elle qualifie d'«autoritaire». Depuis dix ans, «il y a eu à minima une loi répressive par an». La réponse qu'elle critique à gauche, c'est celle de «supplier le régime qu'il respecte ses propres règles». Sur la Ve République: «La plus grande arnaque du siècle, c'est de nous faire croire que le conseil constitutionnel était le garant des libertés alors que ça n'a jamais été ça.»
Face à la contradiction de plaider devant des institutions qu'on juge illégitimes, elle oppose une troisième voie entre adaptation totale et boycott. Le boycott «abandonne les masses à leurs illusions». Elle cite le Comité Adama comme modèle: transformer une affaire individuelle en mobilisation politique. Sa référence tutélaire reste Vergès et sa formule: «Dans un procès de connivence, il n'y a qu'une volonté de vaincre, celle de l'accusation. Dans un procès de rupture, il y en a deux.»
En acte, elle pratique la «défense massive» à Bobigny — des dizaines de nullités soulevées, plusieurs avocats pour un même prévenu en comparution immédiate — pour «utiliser tous les droits qui sont formellement accordés aux personnes» et ne sont jamais utilisés faute de temps.
À la question rituelle sur ce qu'on a fait pendant 1h26, elle répond simplement: «On s'est préparé à avoir moins peur de l'État.»
13.04.2026 à 07:00
Valentin: Le méga canal Seine-Nord-Europe
107 km de voie d'eau artificielle pour relier Paris aux ports du Benelux: Valentin des Soulèvements de la Terre démonte méthodiquement le «chantier du siècle». Le coût a explosé de 3,5 à 7,3 milliards selon la Cour des Comptes, hors ponts, hors mise au gabarit de l'Oise, hors ports francs. L'argument écologique ne tient pas: «En réalité il va y avoir une augmentation par exemple il y aura 45 000 camions plus de trafic annuel.» Le vrai bénéficiaire? Le fret routier et les céréaliers, au détriment du ferroviaire. Derrière le projet, l'ego présidentiel de Xavier Bertrand. «Le méga canal ne tient qu'à un fil, notamment financièrement.»
Arthur Sarradin: Beyrouth et les prisons syriennes
Vingt-cinq ans, lauréat du Prix du livre du journalisme pour Le Nom des Ombres (Le Seuil), Arthur Sarradin parle en direct d'une ville épuisée: plus de 2020 morts au Liban depuis le 2 mars, un quart de la population déplacée. «On a un peu l'impression de s'enfoncer en strates.» Sur la Syrie, il raconte Saydnaya, ses prisonniers sans voix ni prénom, et l'impossibilité des formats courts face à l'horreur: «il n'y a aucun journal, aucune radio, aucune télé qui peut diffuser trois heures de témoignages, mais un livre le peut.»
Yohanna Brette: Les Filles du DC10 face au procès Sarkozy
Sa mère est morte dans l'attentat du DC10 en 1989. Aujourd'hui pupille de la Nation, Yohanna Brette est partie civile dans le procès Sarkozy: pour obtenir des fonds libyens, l'ancien président aurait promis de réétudier le sort de Sénoussi, le commanditaire de l'attentat. Le livre de Sarkozy, qui ose comparer la démarche des victimes à sa propre diplomatie, a provoqué la stupeur: «On est tombé de notre chaise, parce que c'est un ensemble de mensonges.» En audience, Sarkozy «regardait le plafond» pour éviter leur regard. «Il faut être né avant la honte pour oser dire des choses comme ça.»