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Publié par l’association Alter-médias / Basta !

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25.03.2026 à 08:43

Des données très gourmandes en terres

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195 hectares, soit l'équivalent de 273 terrains de football. C'est la surface du centre de données que Google veut construire à quelques kilomètres de Châteauroux. C'est l'un des principaux projets de ce type en France aujourd'hui.
Le chiffre illustre l'empreinte territoriale et matérielle du boom des « data centers » impulsé par les multinationales du numérique au nom de l'intelligence artificielle et encouragé par le gouvernement français.
Pour implanter ces projets, les géants de la (…)

- Chiffres / , , ,
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195 hectares, soit l'équivalent de 273 terrains de football. C'est la surface du centre de données que Google veut construire à quelques kilomètres de Châteauroux. C'est l'un des principaux projets de ce type en France aujourd'hui.

Le chiffre illustre l'empreinte territoriale et matérielle du boom des « data centers » impulsé par les multinationales du numérique au nom de l'intelligence artificielle et encouragé par le gouvernement français.

Pour implanter ces projets, les géants de la tech tendent à cibler des territoires éloignés des métropoles, en mal de dynamisme économique, où la contestation sera minimale.

Avant ce centre de données de Google, le site était censé accueillir une usine chinoise puis une « gigafactory » de Tesla. En attendant, ces terres sont cultivées. Pour combien de temps ?

Lire l'enquête de Lucille Giovanelli et Séverin Lahaye : À Châteauroux, Google avance masqué : les dessous d'un projet de data center XXL

18.03.2026 à 07:00

Festivals, lieux de concert, billetterie : le secteur de la musique sous la coupe d'une poignée de grands groupes

Olivier Petitjean
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Qui contrôle la musique et les concerts en Europe ? Reset ! et LiveDMA, deux réseaux dédiés à la défense des scènes locales et de la culture indépendante, ont identifié les grands groupes qui détiennent la majorité des scènes musicales et des festivals en Europe.
Les deux cartographies, réalisées par Matthieu Barreira, permettent de prendre la mesure de la concentration croissante du secteur. Version PDF : ici pour les festivals et là pour les scènes.
Quatre groupes - Live Nation, AEG, (…)

- Infographies / , , , ,
Texte intégral (725 mots)

Qui contrôle la musique et les concerts en Europe ? Reset ! et LiveDMA, deux réseaux dédiés à la défense des scènes locales et de la culture indépendante, ont identifié les grands groupes qui détiennent la majorité des scènes musicales et des festivals en Europe.

Les deux cartographies, réalisées par Matthieu Barreira, permettent de prendre la mesure de la concentration croissante du secteur. Version PDF : ici pour les festivals et là pour les scènes.

Quatre groupes - Live Nation, AEG, CTS Eventim et Superstruct – contrôlent à eux seuls plus de 200 festivals de musique en Europe (Royaume-Uni inclus) parmi les plus importants. C'est le cas par exemple en France pour Rock en Seine ou We Love Green, détenus à 50% par AEG, ou de Main Square, le TSF Jazz Festival de Chantilly et Lolapalooza Paris, dans le portefeuille de Live Nation.

Les mêmes grands groupes contrôlent également - avec quelques autres - une proportion importante des grandes scènes musicales européennes. En France, AEG est présent au Bataclan, à l'Adidas Arena et à l'Accor Arena. Live Nation (dont les dirigeants français semblent très proches de l'ancienne ministre de la Culture et candidate à la mairie de Paris Rachida Dati, comme l'a relevé La Lettre) doit faire l'acquisition, sous réserve de l'approbation de l'Autorité de la concurrence, de Paris La Défense Arena. L'entreprise s'occupe aussi de la programmation de la LDLC Arena à Lyon, propriété du candidat Jean-Michel Aulas.

En France, le secteur est aussi marqué par la présence de noms bien connus comme celui de Bouygues (La Seine musicale), Vincent Bolloré (L'Olympia notamment) et quelques autres.

Le phénomène de concentration ne s'arrête pas là, puisque ces grands groupes sont aussi présents dans la production, les services techniques et surtout la billetterie et les données associées. En plus d'avoir sous contrat des dizaines d'articles de renommée mondiale, Live Nation contrôle le site Ticketmaster, Une procédure antitrust a été initiée aux Etats-Unis en 2024 qui aurait pu forcer le géant de la musique à se séparer de cette pépite très profitable. Un accord à l'amiable a finalement été annoncé en mars 2026, qui permet à Live Nation de garder son empire au prix de quelques concessions.

L'ensemble du système semble conçu pour faire remonter de l'argent vers les grands groupes qui contrôlent les différents maillons de la chaîne, pour le plus grand profit de leurs riches actionnaires et de quelques superstars, au détriment du secteur dans son ensemble et notamment des scènes indépendantes qui soutiennent les artistes émergents.

Plus d"informations sur ces infographies en anglais sur cette page

On notera que la situation n'est guère meilleure du côté de la musique enregistrée, avec le poids de Spotify et des GAFAM. Les grandes majors du secteur - Warner, Sony et Universal (lui aussi propriété de la famille Bolloré) sont elles aussi engagées dans une politique d'acquisition de labels indépendants et de contrôle de l'ensemble de la chaîne, dont témoigne l'absorption récente et controversée de Downtown Music par Universal.

17.03.2026 à 07:00

Pourquoi les fermes municipales ont le vent en poupe en France

Barnabé Binctin
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« Bien nourrir nos enfants », « projet global d'aménagement », « levier pour agir »... Inspirées par quelques expériences pionnières, les fermes municipales se sont multipliées ces dernières années sur le territoire français, allant souvent de pair avec une « remunicipalisation » des cantines scolaires. Reportage à Lyon et à Auray sur des initiatives qui avancent malgré le battage médiatique anti-écologie et qui pourraient bien redessiner durablement le paysage agroalimentaire.
Mewan (…)

- Territoires sous influence, territoires de résistance / , , , , ,
Texte intégral (3957 mots)

« Bien nourrir nos enfants », « projet global d'aménagement », « levier pour agir »... Inspirées par quelques expériences pionnières, les fermes municipales se sont multipliées ces dernières années sur le territoire français, allant souvent de pair avec une « remunicipalisation » des cantines scolaires. Reportage à Lyon et à Auray sur des initiatives qui avancent malgré le battage médiatique anti-écologie et qui pourraient bien redessiner durablement le paysage agroalimentaire.

Mewan procède minutieusement aux derniers réglages sur le semoir accroché au cul de son tracteur. D'ordinaire, la machine sert à planter des semences sur les 4 hectares de terre que cultive le maraîcher de 35 ans. Mais en cette après-midi ensoleillée de début mars, il tente ce qu'il appelle un « détournement de fonction » en recalibrant l'engin afin d'épandre des granulés de compost sur les cultures d'oignons. Ce n'est pourtant pas faute de manquer de matériel. Dans le hangar derrière lui sommeillent entre autres un désherbeur thermique, une planteuse, un enfouisseur de pierre.

« On a investi près de 180 000 euros pour une quinzaine de machines au total, soit un budget hors de portée pour un agriculteur à son compte. C'est tout l'intérêt d'être une ferme publique : on a plus de moyens pour faire notre métier et pour innover », témoigne celui qui a été recruté par la Métropole de Lyon en janvier 2024 pour être le tout premier salarié de cette drôle de ferme urbaine implantée à Chassieu, à la périphérie de la capitale des Gaules, entre un aérodrome, une zone d'activité commerciale et un lotissement pavillonnaire.

Déjà un autre « détournement de fonction » : avant que les élus écologistes n'arrivent en 2020 à la tête de la plus grande collectivité locale de France hors Paris – 58 communes pour environ 1,5 million d'habitants –, personne n'imaginait que ce petit bout de terre cerné de bitume, autrefois occupé par un garage automobile, soit ainsi reconverti en territoire nourricier, entièrement bio. Et encore moins géré en direct par la puissance publique.

« Une collectivité a des leviers pour agir. Mais encore faut-il le vouloir »

Personne n'imaginait que ce petit bout de terre cerné de bitume, autrefois occupé par un garage automobile, soit ainsi reconverti en territoire nourricier, entièrement bio.

C'est pour enrichir son offre de produits sains, frais et locaux à destination de la restauration scolaire que la Métropole de Lyon a conçu ce projet de régie publique de maraîchage. « Nous pensons l'alimentation de qualité comme un enjeu de bien commun, au même titre que l'eau, dont nous avons également repris la distribution en gestion publique », explique Jérémy Camus, le vice-président en charge de l'agriculture et de l'alimentation.

Pour l'heure, les 15 tonnes de fruits et légumes récoltées lors de la première saison d'exploitation, en 2025, ne représentent qu'un approvisionnement anecdotique pour les cantines, également en régie, qui assurent 10 000 repas quotidiens dans les 38 collèges publics gérés par la Métropole [1]. À terme, lorsqu'elle tournera à plein régime, la ferme métropolitaine entend produire jusqu'à 60 à 80 tonnes par an. De quoi contribuer un peu plus à atteindre l'objectif ambitieux d'assiette 100% bio dans ces mêmes cantines, annoncé par la majorité écologiste.

« On nous a tellement rétorqué que c'était complètement utopique, qu'on y arriverait jamais…, poursuit Jérémy Camus, fier d'exhiber les chiffres à la fin de ce premier mandat. On est passé de 6% à notre arrivée, en 2020, à 75% à la rentrée 2025. » Ce projet de régie agricole, chiffré à 2,3 millions d'euros d'investissements au total, s'inscrit pour la Métropole dans une démarche plus globale, articulée autour d'une vraie politique de soutien à la filière agricole ainsi qu'un important travail de sanctuarisation des terres agricoles face à la bétonisation [2]. « L'enjeu, c'était de montrer qu'une collectivité a des leviers pour agir, y compris en matière de politique agricole. Mais encore faut-il le vouloir. »

Un réseau national des fermes publiques

Bonne nouvelle : la Métropole de Lyon semble loin d'être la seule à témoigner de cette volonté. S'il n'existe pas de référencement exhaustif, on compterait aujourd'hui plus d'une centaine de communes engagées dans des projets similaires de régie publique de maraîchage [3]. « Pour ma part, j'en comptabilise autour de 120, mais il y en a probablement bien plus dont je n'ai pas encore connaissance », témoigne Gilles Pérole, adjoint à l'alimentation à Mouans-Sartoux, la ville pionnière en la matière.

« J'en comptabilise autour de 120, mais il y en a probablement bien plus »

En 2010, cette commune de 11 000 habitants dans les Alpes-Maritimes fut la première à mettre en œuvre ce concept de ferme municipale (lire l'enquête que nous avions alors consacrée à ces initiatives : Ces « paysans-fonctionnaires » qui approvisionnent des cantines scolaires en aliments sains et locaux). Depuis, ses cantines scolaires y proposent une alimentation 100% bio, fournie à 90% par les six hectares cultivés par la régie agricole. Et Gilles Pérole prêche désormais les bienfaits de la démarche aux quatre coins de la France, et parfois jusqu'à Bruxelles. Il était reçu le 5 mars dernier par la Commission européenne, où il a plaidé pour une révision de la règlementation des marchés publics dédiés à l'alimentation, qui ne permettent pas de favoriser les produits cultivés localement. « D'un côté, on promeut politiquement la relocalisation de l'alimentation, mais de l'autre, on interdit aux appels d'offre d'inscrire des critères de proximité, c'est un non-sens ! », dénonce cet écologiste convaincu.

Malgré ces obstacles, Gilles Pérole a constaté « une forte croissance » de ces projets au cours du dernier mandat municipal (2020-2026). À tel point que le mouvement se structure à présent autour d'un Réseau national des fermes publiques, officiellement créé en septembre 2025 et doté d'un salarié à temps plein. Il regroupe des collectivités de taille variée, aux quatre coins de la France [4], avec une grosse disparité dans le volume de production finale. Si la plupart des fermes se concentrent généralement sur du maraîchage déployé sur quelques hectares de terres agricoles, la ferme publique de Toulouse – le domaine de Candie – fait figure d'exception avec ses 250 hectares sur lesquels on cultive également des vignes et des céréales.

Ce qui rassemble tous ces projets ? Trois critères principaux, qui forment aujourd'hui la définition d'une « ferme publique » formalisée par le Réseau : « Un, il faut que la gouvernance soit publique, même si elle peut prendre des formes juridiques différentes (communes, département, SEM, EPCI, etc.). Deux, il faut que la production soit à destination de la restauration collective ou d'un service public (un EHPAD, une épicerie solidaire, etc.). Trois, il faut un engagement 100% bio, une condition no-négociable », liste Gilles Pérole, qui est désormais – évidemment – le président du Réseau.

« 20% de nos collectivités membres annoncent un projet de remunicipalisation »

La volonté de ces communes de reprendre le contrôle sur leur alimentation prend racine dans la lente écologisation des esprits au tournant des années 2010. Adoptée en 2018, la loi EGalim impose ainsi à la restauration collective publique de proposer « 50% de produits de qualité et durable, dont 20% de produits biologiques ». Des objectifs qui pour l'heure sont encore bien loin d'être atteints. Pour autant, devant la multiplication des crises écologiques et sanitaires, les nouveaux mots d'ordre de résilience, d'autonomie et de souveraineté se sont mis à fleurir dans les discours publics, et se sont traduits par des initiatives concrètes au niveau local. « Il y a eu une prise de conscience du rôle des territoires face au centralisme d'État, incapable de faire bouger les lignes sur la transition écologique », résume Gilles Pérole.

Les projets de fermes municipales et la reprise en régie des cantines scolaires vont de pair.

La remunicipalisation des services de restauration collectif est un autre phénomène en vogue, comme le constate le réseau Un Plus Bio, à l'origine du Manifeste des Cantines Rebelles il y a dix ans. « 20% de nos collectivités membres annoncent un projet de remunicipalisation, dans les années à venir, rapporte Stéphane Veyrat, le directeur. Les élus comprennent que pour faire mieux en matière d'alimentation, il est préférable de garder les clés de son outil. » À l'image de la ville de Marseille, qui a mis fin en 2024 à la délégation de service public de son prestataire pour « poser le premier acte de la remunicipalisation » de ses cantines scolaires, l'un des grands engagements de campagne du Printemps Marseillais en 2020.

Souvent, d'ailleurs, les projets de fermes municipales et la reprise en régie des cantines scolaires vont de pair. De la fourche à la fourchette, un cercle vertueux et logique, estime Gilles Pérole : « Quand on veut bien cuisiner pour les enfants, souvent, on se demande d'où viennent les produits – et vice-versa. » À Auray, commune de 15 000 habitants située aux portes du Golfe du Morbihan, l'intention première fut d'abord de construire une grande cuisine centrale afin d'approvisionner les cantines scolaires en liaison chaude. Jusqu'alors, c'est un camion venu de Lorient, à 40 kilomètres de là, qui venait livrer chaque jour les 700 repas consommés par les jeunes alréens des quatre écoles de la ville. Les parents d'élèves à l'origine de la liste citoyenne de gauche, élue à la surprise générale en 2020, avaient mis la question alimentaire au cœur de leurs priorités. « C'est le rôle d'une collectivité que de veiller à la santé publique de ses habitants, et l'acte de bien manger en est l'un des leviers essentiels », justifie aujourd'hui Myriam Devingt, devenue l'adjointe déléguée à l'éducation, l'enfance et la jeunesse.

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« Difficile de faire confiance au capitalisme pour bien nourrir nos enfants »

Le modèle de la régie s'est vite imposé comme un moyen évident de « contrôle » et de « traçabilité », rembobine la maire actuelle, Claire Masson, qui nous a reçu dans son bureau, quelques jours avant de solliciter à nouveau la confiance de ses concitoyens : « Les normes sont très faciles à contourner pour les grandes entreprises de restauration collective, et par définition, le privé cherchera toujours à rogner sur la qualité ou sur la quantité pour augmenter ses marges. Difficile de faire confiance au capitalisme pour bien nourrir nos enfants ! En gestion directe, on a des garanties que n'offre pas les DSP (délégations de service public, ndlr). » Sans compter la mission de sensibilisation et d'éducation au goût auprès des jeunes papilles, que l'édile entend bien confier aux cuisiniers municipaux, à travers différents ateliers en immersion derrière les fourneaux, ce que « jamais une boîte privée n'envisagerait de faire, encore moins gratuitement ».

La commande publique continue de profiter largement aux mastodontes qui trustent le marché de la restauration collective – qu'il s'agisse de groupes industriels comme Elior ou Sodexo ou de grossistes tels Pomona.

Restait cependant l'épineuse question de l'approvisionnement de ces fameux fourneaux. Car les producteurs bio et locaux ne se bousculent pas au portillon : obstacle des marchés publics, volume de commande difficile à absorber, contrainte de normes jugées trop strictes, etc., les freins restent encore nombreux pour les petites filières locales. « Même dans les zones où il y a une production agricole importante et diversifiée, il reste compliqué de faire travailler les agriculteurs avec la restauration collective. La plupart du temps, ils sont déjà engagés dans des filières plus longues, avec de meilleures garanties et des débouchés plus adaptés à leur propre capacité, et ils rechignent à faire de la paperasse pour les appels d'offres des marchés publics, sans certitude d'en être lauréat. Le jeu n'en vaut pas la chandelle », résume Gilles Pérole. Résultat : la commande publique continue de profiter largement aux mastodontes qui trustent le marché de la restauration collective – qu'il s'agisse de groupes industriels comme Elior ou Sodexo ou de grossistes tels Pomona. (Contacté à deux reprises, le Syndicat national de la restauration collective, qui regroupe les industriels du secteur, n'a pas souhaité répondre à nos questions.)

Alors quand est apparue l'offre de vente de cette exploitation de 4,5 hectares, répartis en trois parcelles dans le petit hameau de Rostevel au nord d'Auray, l'équipe municipale a aussitôt saisi l'opportunité et racheté la ferme, avec l'accord de la SAFER, sans aide ni subvention. Coût de l'opération : 690 000 euros [5]. La petite abeille dessinée sur l'autocollant « La ferme communale d'Auray » qui habille désormais la boîte aux lettres n'a pas calmé les vitupérations de l'opposition. « On a tout entendu : que ce n'était pas le rôle d'une collectivité de faire de l'agriculture, qu'on recréait un kolkhoze et qu'on préparait l'arrivée des chars russes… », se lamente Claire Masson.

Les adversaires de droite ont annoncé la couleur : s'ils gagnaient les prochaines élections, ils remettront en cause le projet au motif qu'il est trop dispendieux. Avec la cuisine centrale, qui a nécessité 3,2 millions d'euros (subventionnés, eux, à 44%), le projet alimentaire aura représenté 12% du budget total d'investissements sur le mandat. La majorité actuelle ne s'en cache d'ailleurs pas : le coût des repas sera supérieur de 0,80 centimes par rapport au prix actuel. Mais le fond du problème réside ailleurs, estime l'édile, elle-même ingénieure agronome de formation : « On ne respecte pas le travail des agriculteurs, qui se tuent à la tâche sans être payé au juste prix. Aujourd'hui, un maraîcher bosse 70 heures par semaine à se casser le dos pour à peine un Smic ! Et après, on nous reproche de faire de la concurrence déloyale… »

« C'est un projet global d'aménagement du territoire »

C'est effectivement l'une des critiques récurrentes formulées à l'égard de ces projets. Critiques que Gilles Pérole balaye d'un revers de main : « Au total, les aides publiques au secteur agroalimentaire représentent 48 milliards d'euros par an ! Et ce, sans le moindre critère de qualité ou de durabilité, donc je ne vous parle pas de la facture pour la santé publique et pour dépolluer les sols, l'eau, etc… On marche sur la tête. » Le soutien public à la filière bio ne représentant que 0,20 % de ce montant, selon un rapport piloté par le Basic. Le Réseau national des fermes publiques compte d'ailleurs parmi ses principales revendication la reconnaissance du statut agricole qui permettrait alors aux communes de bénéficier d'une partie de ces subventions et à ses salariés, véritables « paysans-fonctionnaires », d'être enregistrés à la MSA (Mutualité sociale agricole).

A Lyon, Mewan n'a pas l'air de regretter son nouveau rythme de vie, avec congés payés et contrat de travail, quand bien même « c'est parfois difficile de loger toute la masse de travail dans seulement 35h ! Au moins, désormais, je sais combien je touche à la fin du mois… » Lui qui était maraîcher à son compte, une quarantaine de kilomètres plus au nord dans le Beaujolais, n'a pas non plus l'impression d'avoir trahi les siens, encore moins de leur faire concurrence. Bien au contraire : « Ce n'est pas avec nos quatre petits hectares qu'on nourrira les collégiens de Lyon, on n'est rien sans le reste de la profession. Mais quand on est indépendant, on est souvent incapable de répondre aux exigences de la restauration collective, c'est trop risqué et trop chronophage, et au bout du compte, ce sont les grandes majors qui en profitent, avec toutes les conséquences écologiques et gustatives que l'on connaît. L'enjeu de la ferme métropolitaine, c'est de pouvoir expérimenter des nouvelles pratiques et montrer qu'il existe des solutions agroécologiques pour maximiser la productivité et les rendements. Pour, à terme, inspirer les maraîchers du coin et les encourager à s'insérer sur ces marchés de la restau' co'. »

« C'est le rôle de la puissance publique que de pouvoir s'exonérer de la quête de rentabilité permanente. »

Dans les champs, ces derniers mois, le fermier a ainsi fait pousser quelques fruits et légumes peu ordinaires : des scorsonères, une variété de salsifis noir dont Mewan aime le « petit goût d'artichaut » et à qui il promet un grand avenir dans nos cantines ; des poireaux bleus de Solaise, une variété rustique, potentiellement plus adaptée aux évolutions du climat ; ou encore des melons de Prescott, une variété ancienne réputée pour son rendement. Tous les paris ne se révèlent pas toujours réussis, à l'image de ces melons finalement peu convaincants – sans sucre ni longue conservation.

Pas grave, relativise l'élu Jérémy Camus, qui parle de ce projet comme d'une « vitrine » et d'un « incubateur » : « C'est le rôle de la puissance publique que de pouvoir s'exonérer de la quête de rentabilité permanente, en assumant un risque ou une part de R&D qu'un agriculteur indépendant n'aurait pas pu intégrer à son plan de culture. » Sans oublier de lister tous les autres bénéfices, non-marchands eux aussi, de ce projet de ferme métropolitaine : « Préservation de la biodiversité et de la ressource en eau, création d'une trame agro-bocagère qui doit également servir d'îlot de fraîcheur face à l'aggravation du changement climatique : c'est un projet global d'aménagement du territoire, qui va bien au-delà d'une simple fonction agronomique de production de carottes et de pommes de terre. » Ou comment ériger le « détournement de fonctions » au rang d'art.


[1] Spécificité propre à cette collectivité, la Métropole de Lyon est dotée des compétences du Département sur le territoire qu'elle administre et gère donc à ce titre les collèges.

[2] Dans le détail, plus de 200 agriculteurs locaux ont ainsi été accompagnés financièrement dans la création, la diversification ou le développement de leur exploitation, tandis que la Métropole annonce avoir sanctuarisé 700 hectares de terres agricoles. Coût estimé de cette politique agricole sur le mandat : 12 millions d'euros (sur un budget de programmation pluriannuelle d'investissement de 4 milliards). Plus d'infos ici.

[3] En 2024, l'association Potagers et Compagnie en dénombrait jusqu'à 150. Voir : ici.

[4] Daté de juillet 2024 et publié à l'issue de l'organisation des toutes premières Rencontres nationales des fermes municipales, ce répertoire présente 48 projets différents alors recensés.

[5] Dans le détail : 110 000 euros pour les 4,5 hectares de terre, 330 000 euros pour les bâtiments et 250 000 euros d'investissements de remise en état.

12.03.2026 à 13:08

Territoires sous influence, territoires en résistance. Autour des élections municipales 2026

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À l'occasion des élections municipales 2026, série d'enquêtes sur les stratégies d'influence territoriales des grandes entreprises et sur les résistances locales.

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Texte intégral (568 mots)

À l'occasion des élections municipales 2026, l'Observatoire des multinationales vous propose une série d'enquêtes sur les stratégies d'influence territoriales des grandes entreprises et sur les résistances locales.

Les dimanches 15 et 22 mars se tiennent en France les élections municipales, qui vont renouveler les mandats de maires et de conseillers pour six ans.

Un an avant les prochaines présidentielles et législatives, les considérations de politique nationale pèsent encore plus que d'habitude sur ce scrutin.

Il n'en est pas moins l'occasion de recentrer l'attention sur le niveau local et ses enjeux. C'est là que se font ressentir concrètement certains des sujets qui intéressent le plus directement les électrices et électeurs – le logement, la qualité de la vie, la santé, l'alimentation – alors même que ces sujets sont très largement influencés par des acteurs et des décisions à l'échelle nationale ou supranationale : les politiques publiques ou les stratégies des grands acteurs économiques qui opèrent par delà les frontières.

En matière économique, l'échelle locale apparaît ainsi souvent comme un réceptacle des problèmes globaux. Beaucoup d'élus se donnent simplement pour mission d'attirer ou de garder les investisseurs et les entreprises sur leur territoire, avec parfois une grande part d'aveuglement voire de servilité.

Les autorités territoriales brassent aussi beaucoup d'argent – via l'octroi de marchés publics, via la gestion des services collectifs, via les décisions d'aménagement qui occasionnent de juteux contrats. Traditionnellement, ce sont surtout les entreprises de secteurs comme l'eau, les déchets ou la construction qui nouent, de manière plus ou moins légale, des relations étroites avec les maires et les autres élus locaux. Ces entreprises sont de plus en plus rejointes par des firmes d'autres secteurs, notamment le numérique, les plateformes ou la logistique, qui veulent implanter de nouveaux équipements (comme, précisément, des centres de données) ou qui prospèrent sur de nouveaux marchés urbains.

Mais l'échelon municipal est aussi parfois un lieu de résistance et de transformation, comme l'avait montré la série d'enquêtes sous le titre « Villes contre multinationales » que l'Observatoire des multinationales avait conçue à l'occasion des précédentes élections (à retrouver ici). De nombreuses villes et leurs habitants luttent, partout en Europe, contre les impacts et les méfaits locaux des grandes entreprises, que ce soit en matière de pollution, de logement ou de transport. Ils cherchent aussi à reconstruire, depuis le terrain, une économie résiliente, écologique, ancrée dans les besoins de la population et dont les richesses ne seraient pas exploitées au profit de lointains actionnaires.

Cette vision positive du rôle des villes et de l'échelle locale – qu'illustre aussi à sa manière l'élection de Zohran Mamdani à New York il y a quelques mois – est également importante dans l'optique de la lutte contre l'extrême droite et de l'extrême-droitisation des esprits, dont la campagne électorale en cours offre encore une fois de nombreux exemples.

12.03.2026 à 07:30

Résistances locales. Notre sélection d'enquêtes autour des municipales

Olivier Petitjean
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En prévision du premier tour des municipales, nous avons choisi pour vous quelques enquêtes qui pourraient vous guider jusqu'aux urnes dimanche prochain.
Les dimanches 15 et 22 mars se tiennent en France les élections municipales, qui vont renouveler les mandats de maires et de conseillers pour six ans.
Un an avant les prochaines présidentielles et législatives, les considérations de politique nationale pèsent encore plus que d'habitude sur ce scrutin.
Il n'en est pas moins l'occasion (…)

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Texte intégral (1717 mots)

En prévision du premier tour des municipales, nous avons choisi pour vous quelques enquêtes qui pourraient vous guider jusqu'aux urnes dimanche prochain.

Les dimanches 15 et 22 mars se tiennent en France les élections municipales, qui vont renouveler les mandats de maires et de conseillers pour six ans.

Un an avant les prochaines présidentielles et législatives, les considérations de politique nationale pèsent encore plus que d'habitude sur ce scrutin.

Il n'en est pas moins l'occasion de recentrer l'attention sur le niveau local et ses enjeux. C'est là que se font ressentir concrètement certains des sujets qui intéressent le plus directement les électrices et électeurs – le logement, la qualité de la vie, la santé, l'alimentation – alors même que ces sujets sont très largement influencés par des acteurs et des décisions à l'échelle nationale ou supranationale : les politiques publiques ou les stratégies des grands acteurs économiques qui opèrent par delà les frontières.

En matière économique, l'échelle locale apparaît ainsi souvent comme un réceptacle des problèmes globaux. Beaucoup d'élus se donnent simplement pour mission d'attirer ou de garder les investisseurs et les entreprises sur leur territoire, avec parfois une grande part d'aveuglement voire de servilité, comme en témoignent les efforts du maire de Châteauroux pour attirer successivement des Chinois, puis Tesla, puis aujourd'hui un centre de données de Google, projet qui est l'objet de notre dernière enquête : À Châteauroux, Google avance masqué : les dessous d'un projet de data center XXL.

Les autorités territoriales brassent beaucoup d'argent – via l'octroi de marchés publics, via la gestion des services collectifs, via les décisions d'aménagement qui occasionnent de juteux contrats. Traditionnellement, ce sont surtout les entreprises de secteurs comme l'eau, les déchets ou la construction qui nouent, de manière plus ou moins légale, des relations étroites avec les maires et les autres élus locaux.

Ces entreprises sont de plus en plus rejointes par des firmes d'autres secteurs, notamment le numérique, les plateformes ou la logistique, qui veulent implanter de nouveaux équipements (comme, précisément, des centres de données) ou qui prospèrent sur de nouveaux marchés urbains.

Lieux d'influence, lieux de résistance

C'est l'une des raisons qui expliquent l'essor du lobbying à l'échelle locale, porté par des cabinets d'influence spécialisés, sur lequel nous levons le voile dans une autre enquête inédite : « Un boom du lobbying à l'échelle locale » : enquête sur les stratégies d'influence territoriales des grandes entreprises.

Mais l'échelon municipal est aussi parfois un lieu de résistance et de transformation.

Au moment des précédentes élections il y a six ans, juste avant que la pandémie de Covid ne mette la société et l'économie au ralenti pendant plusieurs mois, l'Observatoire des multinationales avait rassemblé dans le cadre d'un projet européen une série d'enquêtes sous le titre « Villes contre multinationales » (à retrouver ici).

Dans un contexte d'essor du « municipalisme » et des « villes rebelles », nous y parlions de la manière dont des villes et leurs habitants luttent, partout en Europe, contre les impacts et les méfaits locaux des grandes entreprises, que ce soit en matière de pollution, de logement ou de transport. Nous y parlions aussi des leviers que les villes peuvent activer pour reconstruire, depuis le terrain, une économie résiliente, écologique, ancrée dans les besoins de la population et dont les richesses ne seraient pas exploitées au profit de lointains actionnaires. Parmi ces moyens figurent notamment la remunicipalisation des services publics (depuis longtemps l'un des chevaux de bataille de l'Observatoire des multinationales), l'usage stratégique des marchés publics, la relocalisation économique.

Malgré un contexte politique défavorable et malgré l'ambiance actuelle de « backlash » contre l'écologie et contre les politiques progressistes en général, ces initiatives ont continué à se multiplier et à s'étendre depuis six ans. C'est le cas par exemple pour le mouvement de création de fermes municipales et de remunicipalisation des cantines scolaires, dont nous vous avions parlé alors (lire Ces « paysans-fonctionnaires » qui approvisionnent des cantines scolaires en aliments sains et locaux) et sur lequel nous reviendrons dans une autre enquête à paraître dans quelques jours.

Cette vision positive du rôle des villes et de l'échelle locale – qu'illustre aussi à sa manière l'élection de Zohran Mamdani à New York il y a quelques mois – est également importante dans l'optique de la lutte contre l'extrême droite et de l'extrême-droitisation des esprits, dont la campagne électorale en cours offre encore une fois de nombreux exemples.

Dans de nombreuses villes, des candidats veulent profiter des mécontentements locaux sur le logement, le coût de la vie ou les défaillances des services publics pour défendre une toute autre vision de la ville : sécuritaire, xénophobe, anti-écologique. À Paris, la campagne de Sarah Knafo – à laquelle nous consacrons une autre enquête dans le cadre de notre série « Extrême Tech » – cherche à moderniser l'image de l'extrême droite à base de cryptomonnaies et d'IA en reprenant les stratégies et les méthodes du trumpisme. À lire : Comment Sarah Knafo s'appuie sur la crypto pour « trumpiser » l'extrême droite française.

À cet égard aussi, ces élections sont bien aussi une répétition générale de ce qui nous attend l'année prochaine.

Revue de presse spéciale municipales

Opération séduction. Parmi les multinationales qui affectent directement la vie dans les villes et qui y mènent des stratégies d'influence pour éviter les réglementations, les entreprises de plateforme comme Airbnb et Uber figurent en bonne place. Une enquête de Mediapart met en lumière les efforts récents d'Airbnb pour redorer son image en France et séduire certains élus locaux, en faisant appel aux services de think tank comme Terram et du spécialiste des sondages Jérôme Fourquet.

L'empire Stérin vise les municipales. Dans le cadre de sa série d'enquêtes sur les financements de l'homme d'affaires d'extrême droite, L'Humanité se penche sur les activités de deux piliers du projet Périclès, l'observatoire Hexagone et l'institut de formation Politicae, dans le cadre de la campagne municipales. Ce dernier se présente comme une structure de formation « apolitique » destinée à aider les candidats aux élections locales mais favorise ceux qui penchent très à droite.

À Paris, candidats-lobbyistes et candidats-communicants. Dans deux articles ici et , La Lettre dresse la – longue – liste des professionnels du lobbying et de la communication présents parmi les candidats aux élections municipales à Paris, principalement sur les listes de Rachida Dati ou Pierre-Yves Bournazel. Nombre d'entre eux sont d'ailleurs des élus sortants, comme quoi le phénomène n'est pas nouveau. D'autres sont d'anciens responsables politiques, comme Marlène Schiappa, retournée dans le secteur de la comm (chez Tilder) et sixième sur la liste du candidat centriste. Avec beaucoup de conflits d'intérêts à la clé.

Les casseroles de Rachida Dati. Kévin Gernier, par ailleurs responsable plaidoyer au sein de l'ONG Transparency France, a lancé Wikidati un site recensant toutes les affaires d'atteintes à la probité impliquant l'ancienne ministre et aujourd'hui candidate à la Mairie de Paris Rachida Dati. Plusieurs affaires tournent autour des prestations qu'elle a assurées pour de grandes entreprises comme Orange ou Engie alors qu'elle était par ailleurs responsable publique. La réaction ne s'est pas faite attendre puisque quelques heures après la mise en ligne de ce site, le directeur de campagne de Rachida Dati réclamait son retrait, ajoutant une nouvelle ligne à la longue série de procédures bâillons intentées par cette dernière.

Algorithmes. Une analyse réalisée par l'ONG « People versus Big Tech » dans le cadre de la campagne pour les municipales en France montre que les algorithmes de X et de TikTok favorisent très largement l'exposition des usages aux contenus d'extrême droite. Selon cette étude, les usagers affichant des affinités de droite sont massivement exposés à des contenus très à droite, tandis que les usagers de gauche sont exposés à la fois à des contenus labellisés « extrême gauche » mais aussi à une quantité disproportionnée de contenus d'extrême droite. Une conclusion qui rejoint celle de la veille média Arago, qui a noté une visibilité très disproportionnée sur le réseau X des contenus partagés par la campagne de Sarah Knafo à Paris. Quand on vous dit que les élections municipales sont une répétition générale.

11.03.2026 à 09:56

Des élus locaux sous influence ?

Olivier Petitjean
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Le nombre d'élus locaux condamnés pour atteinte à la probité pourrait s'élever à 460 pour la mandature 2020-2026.

- Chiffres / , , ,
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Pourtant, d'après le rapport annuel 2024-2025 de l'Observatoire des risques de la vie territoriale et associative, lancé par la Smacl, une compagnie d'assurance des collectivités territoriales, le nombre d'élus locaux condamnés pour atteinte à la probité pourrait s'élever à 460 pour la mandature 2020-2026. Ils étaient 307 élus locaux ont été condamnés sur la mandature précédente, entre 2014 et 2020.

Une hausse que Farah Zaoui, juriste spécialisée en droit des collectivités territoriales et directrice du cabinet de conseil Probitas, attribue d'abord à « la meilleure qualité du thermomètre en France ». Elle est aussi le signe des risques croissants liés aux relations entre élus et entreprises au niveau local, notamment autour de la passation de marchés publics ou aux délégations de services publics, dans un contexte où les grandes entreprises développent leurs stratégies d'influence à l'échelle territoriale, avec l'aide de cabinets spécialisés.

Mais si « beaucoup d'argent transite par l'échelon local », la volonté politique de s'attaquer aux conflits d'intérêts à ce niveau reste absente.

Lire notre enquête : « Un boom du lobbying à l'échelle locale » : enquête sur les stratégies d'influence territoriales des grandes entreprises

10.03.2026 à 07:00

À Châteauroux, Google avance masqué : les dessous d'un projet de data center XXL

Lucille Giovannelli, Séverin Lahaye
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À une dizaine de kilomètres de Châteauroux, Google envisage d'implanter un immense data center sur 195 hectares, son premier en France. Ce projet est présenté comme un moteur de développement économique, pleinement intégré à la stratégie numérique porté par le maire Gil Avérous comme à celle du gouvernement français. Très peu d'informations filtrent sur le terrain, malgré les questionnements sur son impact écologique et ses réels bienfaits.
« Je ne suis pas très au fait du sujet, c'est un (…)

- Territoires sous influence, territoires de résistance / , , , ,
Texte intégral (4567 mots)

À une dizaine de kilomètres de Châteauroux, Google envisage d'implanter un immense data center sur 195 hectares, son premier en France. Ce projet est présenté comme un moteur de développement économique, pleinement intégré à la stratégie numérique porté par le maire Gil Avérous comme à celle du gouvernement français. Très peu d'informations filtrent sur le terrain, malgré les questionnements sur son impact écologique et ses réels bienfaits.

« Je ne suis pas très au fait du sujet, c'est un peu secret », glisse la pharmacienne. « C'est vous qui me l'apprenez ! », renchérit un riverain surpris. À dix kilomètres au sud-est de Châteauroux, la petite commune d'Étrechet, d'à peine 1 000 habitants, découvre au compte-gouttes un projet industriel annoncé à ses portes : la construction par Google d'un data center XXL.

Les rares données publiques proviennent du conseil communautaire du 23 juin 2025 rapportées par la presse locale, notamment La Nouvelle République. Elles situent le projet dans la zone d'aménagement concerté (ZAC) d'Ozans, attenante à Étrechet : 500 hectares y sont disponibles. Google, via sa filiale Tricolore Computing, détenue par une holding basée en Irlande, envisage d'y acquérir 195 hectares, l'équivalent de 273 terrains de football, pour un montant annoncé de 58,5 millions d'euros. L'entreprise a confirmé par communiqué qu'elle étudiait « la possibilité de l'acquisition d'un terrain à Châteauroux en vue de l'expansion potentielle de notre infrastructure cloud et de centres de données en France ». Parmi des dizaines de nouveaux projets de ce type en cours de développement en France [1], celui-ci s'annonce comme le plus imposant, nécessitant une puissance électrique de plus de 500 MW.

Parmi des dizaines de nouveaux projets de data centers en France, celui-ci s'annonce comme le plus imposant, nécessitant une puissance électrique de plus de 500 MW

Il s'agirait du premier centre de données exploité directement par Google sur le territoire français. Aujourd'hui, quand vous faites une recherche sur son moteur, envoyez un email via Gmail ou consultez Google Maps, vos données sont routées vers des datacenters dits de colocation, chez des opérateurs de cloud tiers comme Equinix en Ile-de-France ou Digital Realty à Marseille.

À l'échelle locale, les seules informations émanent de la communication de Gil Avérous, président de l'agglomération et maire de Châteauroux, candidat à sa réélection aux municipales des 15 et 22 mars 2026. Ancien membre des Républicains, qu'il quitte en 2023, il a été quelques mois ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative dans le gouvernement Barnier. Le data center Google n'est pas un enjeu électoral à proprement parler, relégué derrière des priorités comme la santé et la sécurité, mais il figure néanmoins dans le volet consacré au développement économique du programme de Gil Avérous. Pourtant, dans les rues d'Étrechet, personne ne semble vraiment au courant. « On a quelques informations, mais on ne divulgue rien à l'approche des municipales », explique une habitante qui distribue des programmes électoraux.

Influence territoriale

Officiellement, rien n'est acté. Google devrait donner sa réponse définitive en juin 2026, le temps de mener des études complémentaires. La multinationale précise que « le projet est très en avance de phase et qu'il n'y a donc pas d'éléments tangibles sur le calendrier, les technologies utilisées (notamment de refroidissement) ou les ressources énergétiques ». Un argument qui surprend au regard de la surface envisagée et de l'investissement annoncé.

En attendant, le groupe américain déploie une stratégie d'influence territoriale, multipliant les initiatives localement et les promesses de retombées économiques. Google France a lancé cette opération séduction dès 2024 à travers l' « Académie IA », une formation destinée aux élus locaux, en partenariat avec l'association Villes de France, représentant les villes moyennes de 10 000 et 100 000 habitants et leurs intercommunalités, et présidée par un certain... Gil Avérous. D'après nos informations, l'IUT de Châteauroux a déjà été chargé de créer une filière destinée à former les futurs salariés du data center, dont l'ouverture est prévue dès la rentrée prochaine.

Pour la chercheuse Ophélie Coelho, chercheuse associée à l'IRIS et auteure de Géopolitique du numérique (L'Atelier, 2025), ces initiatives s'apparentent à une « diplomatie industrielle de terrain ». Il s'agit de s'implanter en amont, avant même l'ouverture des chantiers. « Ils vont à la rencontre des acteurs locaux, ils mettent en scène leur contribution positive à la société : c'est leur spécialité, affirme-t-elle. Ensuite Google sollicite la Commission nationale du débat public pour organiser des concertations. » Mais selon la chercheuse, ces dispositifs restent très encadrés : « Les discours y sont extrêmement formels, les quelques contradicteurs ont très peu de temps et surtout ces discussions n'ont aucun poids sur la décision finale. »

Technophilie

À Châteauroux, le numérique constitue depuis longtemps le marqueur politique central de l'exécutif municipal. Ancien délégué national à l'économie numérique sous la présidence de Nicolas Sarkozy, Gil Avérous a érigé la technologie en colonne vertébrale de son action, et surtout de sa communication. Sur les réseaux sociaux, la machine tourne à plein régime : publications quasi-quotidiennes sur Facebook et Instagram, vidéos soignées, storytelling calibré. Dernier trophée en date : le label national « Villes Internet » décerné à Châteauroux.

Une partie des élus locaux s'aligne sur cette vision technophile. À quelques kilomètres d'Étrechet, à Buzançais, la communauté d'agglomération de Val-de-l'Indre a vendu 10 hectares, répartis en six parcelles, à l'entreprise Decknet pour qu'elle y construise un datacenter dont l'entrée en fonction est prévu en 2027. L'économiste Nicolas Bouzou, fondateur du cabinet Asterès, a été missionné par la Préfecture et le Département pour imaginer un plan de redynamisation du territoire baptisé « Indre 2030 » qui évoque un futur fait de datacenters, de gigafactories et de flottes de robotaxis. Son nom avait été mentionné dans l'enquête internationale des « Uber Files » révélée par Le Monde. La plateforme américaine l'avait alors missionné « pour réaliser des études sur mesure et prendre sa défense dans les médias ». Le préfet du département Thibault Lanxade apparaît comme un fervent soutien de cette stratégie : « Les véhicules autonomes sont de véritables opportunités à saisir », affirmait-il auprès d'ICI Berry à propos du plan Indre 2030. Avant sa nomination par le gouvernement en 2023, il dirigeait le groupe Luminess, spécialisé dans la dématérialisation et la transformation numérique des organisations.

Pour le co-secrétaire des écologistes de l'Indre, Jean Delavergne, ce déploiement numérique est notamment permis par « la manière féodale dont Gil Avérous gère le territoire », avec « des élus qui votent comme un seul homme ». Dans ce contexte, l'opposition dénonce « une fuite en avant technocratique » qu'elle juge déconnectée des réalités sociales et environnementales. Quant à Gil Avérous, qui s'est signalé par des attaques répétées contre ses opposants qu'il qualifie, selon plusieurs sources, d' « éco-terroristes » ou de tenants d'une « écologie du retour à la bougie », il n'a pas répondu à nos sollicitations.

« La prochaine fois, ce sera SpaceX »

La zone d'Ozans où doit s'implanter le data center de Google figure parmi les 26 sites « clés en main » – ces terrains déjà viabilisés bénéficient d'allègements administratifs pour faciliter l'arrivée rapide de projets – dévoilés par le gouvernement lors du Sommet de l'IA en 2025. Mais l'histoire de cette friche industrielle est jalonnée d'annonces restées lettre morte. Dès 2012, près de 500 hectares de terres agricoles ont été arrachées à leurs propriétaires pour accueillir un projet porté par un investisseur chinois promettant 5 000 emplois, sous l'impulsion de l'ancien maire Jean-François Mayet. Le projet n'a jamais abouti.

« Ça fait des années que ça dure. On croira aux projets quand ils se réaliseront »

Sept ans plus tard, un premier projet de data center porté par l'entreprise Green Challenge, filiale du groupe néerlandais Mados, avec un budget de 700 millions d'euros, a connu le même sort. « La prochaine fois, ce sera SpaceX », ironise Éric Domenge-Abeau, tête de liste de l'Union de la gauche citoyenne à Châteauroux. Allusion directe à l'année 2016 durant laquelle le maire avait publié une vidéo, doublée en anglais, invitant Tesla à s'implanter sur la ZAC d'Ozans, s'adressant directement à son dirigeant : « Hello Elon, I'm Gil Avérous and my ambition is to convinced you to come here ! » Sa vidéo de 3 minutes 40 portée par des notes de musique guillerette vante l'attrait économique de l'agglomération et s'achève par ce message : « Welcome Tesla, welcome to Chateauroux. »

Aujourd'hui, malgré des routes viabilisées, la zone demeure quasi-vide, à l'exception d'un bâtiment possédé par Soprema Steel, industriel spécialisé dans la fabrication de structures métalliques. Sur place, le scepticisme domine. « Ça fait des années que ça dure. On croira aux projets quand ils se réaliseront », confie une riveraine, résignée. Emmanuel de Saint Pol, agriculteur exproprié en 2012, exploite désormais ses anciennes terres en location. « Est ce que ça me révolte ? Non. Je suis surtout lassé. Maintenant, tout le monde s'en fout. Pourquoi ? Je ne sais pas. Peut-être qu'on a perdu l'énergie. »

Un militant écologiste rappelle le contexte économique local : « Le territoire a été marqué par le départ des forces américaines de la base de l'OTAN dans les années 60 et par la fragilisation progressive de son tissu industriel. L'attente d'un projet structurant est donc forte. » En quête de renouveau industriel, l'exécutif municipal défend à tout prix sa stratégie d'attractivité. Dans son programme, Gil Avérous l'écrit noir sur blanc : l'arrivée de Google constitue « une chance historique », et il promet : « Les retombées doivent être pour vous. »

« Il sera difficile de démontrer l'intérêt social du projet »

Pourtant, les chiffres invitent à la prudence. Selon un rapport de l'Agence locale de l'énergie et du climat de Seine-Saint-Denis, les centres de données génèrent en moyenne un emploi pour 10 000 m². Appliqué aux 195 hectares annoncés (soit 1,95 million de m²), ce ratio correspond à environ 200 emplois directs. Un chiffre modeste au regard des 273 terrains de football mobilisés. Pour le collectif le Nuage était sous nos pieds, ces créations d'emplois relèvent surtout de la sous-traitance : « Peu d'entreprises créent réellement des postes grâce à cela. Il sera difficile de démontrer l'intérêt social du projet. »

Autre promesse mise en avant : la valorisation de la chaleur dite fatale, chaleur générée par les équipements informatiques qui fonctionnent en continu. En Seine-Saint-Denis, cet argument a été présenté comme un levier destiné à faciliter l'acceptation du projet auprès des habitants, avec l'annonce d'un raccordement au chauffage des HLM et des équipements comme des piscines. Cependant, à Étrechet, la réalité technique interroge. La distance d'environ 10 km avec Châteauroux rendrait le transfert d'énergie coûteux et peu performant, en raison des pertes liées au transport et des infrastructures supplémentaires nécessaires. Un expert, souhaitant rester anonyme, estime ainsi que « seule une fraction, environ un tiers, de cette chaleur pourrait être valorisée, ce qui est largement insuffisant ».

Un militant écologiste affirme avoir tenté d'obtenir des précisions auprès d'Enedis et de RTE. En vain

Au-delà de ces questionnements, un obstacle conditionne l'ensemble du projet : l'alimentation électrique. Le territoire ne dispose actuellement pas de la puissance suffisante pour alimenter une telle infrastructure. Les lignes à haute tension existantes sont déjà saturées, forçant RTE, le gestionnaire du réseau, à repenser en profondeur le maillage électrique dans le département. Pour répondre aux besoins, il prévoit le doublement de la ligne électrique de 400 000 volts reliant le barrage d'Éguzon à Marmagne. Une enquête publique a été lancée en 2025 pour accompagner ce projet, dont le démarrage des travaux n'est pas attendu avant 2032. Un chantier estimé à près de 300 millions d'euros qui conditionne directement la réalisation du data center, comme l'a souligné Gil Avérous lui-même lors d'une présentation organisée dans le cadre de la Commission nationale du débat public : « Pour un datacenter classique, c'est bon, pour un grand projet, on est limité. On n'a pas les capacités d'accueillir des grands centres de données. »

Un militant écologiste impliqué dans le suivi du dossier, qui requiert l'anonymat, affirme avoir tenté d'obtenir des précisions auprès d'Enedis et de RTE. En vain. « On n'arrive pas à avoir d'info, c'est secret absolu, ils ont l'ordre de la boucler. »

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« Culture du secret »

L'impression d'omertà vaut également pour les édiles locaux. Sollicité sur l'état d'avancement du projet de data center, le maire d'Étrechet Marc Descouraux répond laconiquement : « Où ça en est ? Je ne vous le dirai pas, parce que je n'en sais rien, c'est l'agglomération qui gère. » Même prudence chez le maire de Buzançais, une commune située à l'ouest de Châteauroux. Son maire, Régis Blanchet, évoque l'entreprise américaine en ces termes : « Il paraît qu'il ne faut pas dire son nom. »

Cette discrétion correspond au modus operandi habituel des GAFAM, explique Maxime Colin, juriste en droit de l'environnement au sein de France Nature Environnement : « Leur stratégie a toujours été à l'échelle nationale de ne pas en parler pour laisser se développer les projets et de laisser finalement la société considérer le problème tardivement. »

Les data centers sont arrivés masqués sans dire qui ils étaient. Le nom de code de Facebook était Vatas.

Cécile Diguet, urbaniste au Studio Dégel qui a développé une expertise spécifique sur les data centers, le confirme dans une étude réalisée pour l'ADEME de 2019 : « Les data centers sont arrivés masqués sans dire qui ils étaient. Le nom de code de Facebook était Vatas. La collectivité savait seulement que le projet avait besoin de 80 à 120 ha, beaucoup d'eau et beaucoup d'électricité. Aucune idée en revanche de l'activité de cet opérateur au démarrage et jusqu'à assez tard dans l'avancement du projet. La culture du secret des GAFAM peut ainsi aller à l'encontre d'un besoin d'anticipation et de planification urbaine et économique des territoires. »

Cette stratégie « d'avancer masqué » s'étend aussi aux procédures de concertation publique. À Wissous, dans l'Essonne, Amazon a présenté son projet de datacenter étape par étape afin de réduire les risques de recours et d'éviter les contestations. Selon Maxime Colin, l'information auprès du public est souvent minimale, voire inexistante. « La population a pourtant toujours envie de donner son avis, les data centers sont des sujets qui intéressent le public. Mais là, il y a une volonté des industriels que ça ne se sache pas vraiment. »

Pour Ophélie Coelho, cette opacité alimente la défiance qu'elle prétend éviter. « Les entreprises restent prudentes par crainte des critiques. Mais en refusant de publier des données précises, notamment sur leur consommation d'énergie et d'eau, elles suscitent exactement l'effet inverse, analyse-t-elle. L'absence de données tangibles favorise des critiques désordonnées, qu'il devient ensuite facile de discréditer. »

« Souveraineté numérique »

Ce qui est sûr, c'est que Google, Amazon et les autres porteurs de projets de datacenters peuvent compter sur l'appui du gouvernement. « Implanter des centres de données sur notre sol est une priorité, au service de notre souveraineté numérique », déclarait ainsi Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l'intelligence artificielle et du numérique, dans un guide pour accompagner l'implantation de centres de données en France.

Pourtant, installer des infrastructures sur le territoire ne suffit pas à garantir une quelconque souveraineté lorsque l'essentiel des technologies, des capitaux et des opérateurs restent étrangers. L'ensemble de la chaîne, des câbles sous-marins aux serveurs et aux usages, en passant par les puces et les logiciels, reste sous le contrôle des Big Tech. Quant aux financements, malgré un plan d'investissement de 109 milliards annoncé par Emmanuel Macron lors du Sommet pour l'IA, ils proviennent majoritairement d'investisseurs étrangers tels que Brookfield (Canada) et MGX (Emirats arabes-unis). Quelques acteurs français, tels que Thésée ou Data4, participent bien à certains projets, mais restent largement minoritaires. À Châteauroux, le choix de Google de baptiser sa filiale « Tricolore Computing » relève surtout de l'effet cocorico que d'une réelle maîtrise française.

Lire aussi GAFAM Nation

Le gouvernement et les grands acteurs derrière les projets de data centers ont uni leurs forces pour s'attaquer aux quelques législations qui encadrent ces implantations. D'après le registre de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), la multinationale a soutenu le projet de loi relatif à la simplification de la vie économique, et notamment son article 15. Il vise à classer les centres de données parmi les « projets d'intérêt national majeur » (PINM). Ce statut permettrait à l'État, par l'intermédiaire d'un préfet ou d'un ministre, d'imposer certains aménagements malgré l'opposition d'élus locaux, en dérogeant à des règles d'urbanisme notamment en matière de hauteur des bâtiments et à certaines contraintes environnementales. Il ouvrirait également un accès prioritaire à des ressources stratégiques telles que le foncier, l'eau ou l'électricité. À Marseille, un projet de centre de données a déjà mis en lumière des conflits d'usage autour de ces ressources. Des organisations comme La Quadrature du Net et Le Nuage était sous nos pieds ont exprimé leurs craintes sur ces évolutions législatives.

« Ce sera compliqué de se mobiliser »

Au sein du conseil d'agglomération de Châteauroux, l'opposition reste très minoritaire. Elle n'en formule pas moins plusieurs griefs contre le projet de Google, comme le fait qu'il s'agisse d'une entreprise américaine soumise au droit américain, et dont la contribution fiscale en France interroge. Ces élus dénoncent également l'artificialisation des sols, alors que les épisodes de crues récentes en France ont été aggravés par l'imperméabilisation des territoires. Les data centers étant fortement consommateurs d'eau, cet enjeu cristallise les tensions, alors l'Indre a connu une situation de stress hydrique marquée il y a quelques années.

Une stratégie visant à s'installer dans un territoire où la contestation est faible, voire inexistante.

Une grande incertitude demeure : la capacité du territoire à se mobiliser si le projet voyait le jour. « On est une grande maison de retraite », glisse, mi-ironique mi-résigné, un militant écologiste. Si le projet se concrétise, « on n'aura pas le temps de dire ouf ! Ce sera compliqué de se mobiliser. On reste vigilants, mais on sait que le rapport de force est fragile. » Le journaliste de La Nouvelle République Gaspard Mathé renchérit en décrivant un territoire « peu habitué aux grandes luttes environnementales ». Emmanuel de Saint Pol, agriculteur, partage ce constat : « Se mobiliser, pour quoi faire ? Personne ne suivra ». Jérémie Godet, vice-président du conseil régional Centre-Val de Loire chargé du climat, considère que le choix d'implantation ne doit rien au hasard. Il affirme être « convaincu d'une stratégie visant à s'installer dans un territoire où la contestation est faible, voire inexistante ».

Foncier disponible, élus en quête de relais économiques, territoire vieillissant : ce ne serait pas la première fois que Google miserait sur une telle même. La multinationale est implantée depuis 2010 en Belgique, à Saint-Ghislain dans le Hainaut, une province rurale et frontalière des Hauts-de-France. Quinze ans après les premières discussions, le site atteint 50 000 m² et doit encore s'étendre, pour 5 milliards d'euros supplémentaires. L'implantation s'est faite dans un territoire « peu dense et à l'écart », où la vente d'un terrain communal en friche a constitué une ressource bienvenue pour une commune précarisée. Selon la journaliste indépendante Maïté Warland, la communication est restée minimale : consultations publiques « assez succinctes », études environnementales aux contours flous, et absence d'évaluation complète sur l'impact énergétique. Une porte-parole du gestionnaire de réseau lui avait même confié : « On ne sait pas comment on va gérer Google dans deux, trois ans. »

Les data centers représenteraient déjà près de 1,5 % de la consommation d'électricité nationale, avec une projection à 10 % d'ici 2035, rapprochant le pays de l'Irlande, où ils pèsent environ 22 % de la demande. Côté emploi : 1 000 à 1 500 postes avaient été promis à l'origine, mais aujourd'hui « on n'a pas de chiffre précis », souligne la journaliste belge, qui relève aussi des doutes sur la part réelle de ces emplois bénéficiant à des travailleurs locaux. « En 2024, interrogé au Parlement sur la consommation d'eau et d'électricité du site, un ministre a invoqué le secret professionnel », déplore Maïté Warland. Un silence qui s'inscrit dans la continuité de l'attitude des gouvernements successifs, qu'elle juge « très favorables et très peu regardants » face à ces infrastructures. « On ferme les yeux sur le brol », tranche-t-elle.


[1] Voir les cartographies réalisées par Le nuage était sous nos pieds et par La Tribune.

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