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06.03.2026 à 12:49

Abdelhakim Sefrioui, condamner un homme pour écrire une histoire

Nadia Meziane

Lorsque Samuel Paty a été assassiné, je travaillais comme précaire de l’Éducation nationale, assistante d’élèves en situation de handicap. J’ai aujourd’hui beaucoup de mal à me remémorer cette période sans m’effondrer psychologiquement. Elle a été une période extrêmement difficile de ma vie, mais aussi de celle des personnels de l’Éducation nationale, et plus encore de celles et ceux qui n’ont aucune reconnaissance sociale, qui ne sont pas professeurs et qui sont également sous-payés et maltraités. À cette époque nous étions en pleine pandémie et en plein dans sa gestion catastrophique. L’école était l’un des seuls services publics où le tout numérique n’avait pas remplacé l’humain. Nous avions repris le travail dans des conditions épouvantables dès la fin du premier confinement. Les consignes changeaient sans cesse. Les protocoles sanitaires arrivaient tard et étaient modifiés toutes les semaines. Le ministre Jean-Michel Blanquer annonçait souvent les nouvelles règles sur Twitter avant même que les personnels ne les découvrent par leur hiérarchie. Les journées étaient interminables. Nous avions peur d’attraper une maladie dont nous ne connaissions pas encore tous les dangers. Les parents étaient eux-mêmes épuisés et inquiets. Leur colère se tournait souvent vers nous. Certains nous reprochaient d’imposer le masque aux enfants. D’autres nous reprochaient de ne pas le faire respecter suffisamment. Certains nous reprochaient d’être malades et de ne pas venir travailler. D’autres nous reprochaient au contraire de venir travailler alors que nous l’étions peut-être. Certains nous trouvaient trop prudents. D’autres pas assez. Mais la pression ne s’arrêtait pas lorsque nous quittions…
Texte intégral (2201 mots)

Lorsque Samuel Paty a été assassiné, je travaillais comme précaire de l’Éducation nationale, assistante d’élèves en situation de handicap.

J’ai aujourd’hui beaucoup de mal à me remémorer cette période sans m’effondrer psychologiquement. Elle a été une période extrêmement difficile de ma vie, mais aussi de celle des personnels de l’Éducation nationale, et plus encore de celles et ceux qui n’ont aucune reconnaissance sociale, qui ne sont pas professeurs et qui sont également sous-payés et maltraités.

À cette époque nous étions en pleine pandémie et en plein dans sa gestion catastrophique.

L’école était l’un des seuls services publics où le tout numérique n’avait pas remplacé l’humain. Nous avions repris le travail dans des conditions épouvantables dès la fin du premier confinement.

Les consignes changeaient sans cesse. Les protocoles sanitaires arrivaient tard et étaient modifiés toutes les semaines. Le ministre Jean-Michel Blanquer annonçait souvent les nouvelles règles sur Twitter avant même que les personnels ne les découvrent par leur hiérarchie.

Les journées étaient interminables. Nous avions peur d’attraper une maladie dont nous ne connaissions pas encore tous les dangers. Les parents étaient eux-mêmes épuisés et inquiets. Leur colère se tournait souvent vers nous. Certains nous reprochaient d’imposer le masque aux enfants. D’autres nous reprochaient de ne pas le faire respecter suffisamment. Certains nous reprochaient d’être malades et de ne pas venir travailler. D’autres nous reprochaient au contraire de venir travailler alors que nous l’étions peut-être. Certains nous trouvaient trop prudents. D’autres pas assez.

Mais la pression ne s’arrêtait pas lorsque nous quittions l’école.

Le soir, lorsque nous rentrions chez nous, enfermés à cause des confinements, nous retrouvions sur internet un autre monde hostile. Des articles de la presse mainstream, des commentaires sur les réseaux sociaux, des vidéos reprochaient à l’Éducation nationale, et surtout à ses salariés, de ne pas gérer correctement la situation pandémique.

Les arguments invoqués étaient souvent tout et leur contraire.

Certains affirmaient que l’école mettait les enfants en danger en restant ouverte. D’autres reprochaient aux enseignants de ne pas travailler suffisamment. Quoi que nous fassions, nous étions coupables.

Notre vie était devenue un cauchemar.

Nous étions obligés de travailler au milieu d’autres êtres humains, notamment des enfants particulièrement contagieux, mais nous devions rentrer chez nous et nous enfermer à 18 heures comme si le virus n’existait qu’à certaines heures.

À cette époque j’avais une expression pour parler de toutes les personnes en télétravail. Je les appelais les planqués de l’arrière. C’est dans cette ambiance que l’assassinat de Samuel Paty est survenu.

Une ambiance de fatigue extrême, d’angoisse permanente et de confusion générale.

Nous avons eu peur. Vraiment peur. Je ne peux pas le cacher. À ce moment-là, la première chose que je me suis dite, c’est que peut-être les parents musulmans nous détestaient et ne confiaient leurs enfants à l’école publique que parce qu’ils n’avaient pas le choix.

Je ne sais pas pourquoi j’ai pensé cela. Je n’étais qu’une modeste assistante d’élèves en situation de handicap. Mais cette idée m’a traversé. Elle m’a plongée dans une immense tristesse. Et dans des pensées sombres , absurdes et paranoìaques pwndant un temps . Et contradictoires de surcroît.

Parmi les précaires de l’Éducation nationale, nous sommes nombreux à être musulmans ou issus de l’immigration musulmane. Depuis les attentats, une menace plane au-dessus de nos têtes. Le signalement. Un signalement peut intervenir n’importe quand. Il suffit de peu de choses. Bien souvent c’est la parole d’un adulte contre celle d’un enfant.

Ce système fait planer une terreur sourde sur les parents musulmans mais aussi sur les personnels musulmans de l’Éducation nationale. Je l’ai ressenti très fortement le matin de la rentrée où devait avoir lieu la minute de silence pour Samuel Paty. Tout avait été encadré de manière quasi militaire. La minute de silence devait avoir lieu à la même heure dans toutes les écoles. Le contenu de l’hommage était lui aussi strictement défini.

Mais je travaillais avec des élèves en situation de handicap. Certains avaient des troubles du comportement. D’autres réagissaient très fortement au stress. Je laisse chacun imaginer ce que peut signifier pour ces enfants une minute de silence pour une mort violentw.

À l’Éducation nationale pourtant, on ne pose pas de questions. On obéit.

Après cet événement, les professeurs ont progressivement perdu toute liberté pédagogique.

Les hommages sont devenus des exercices tout faits.

En élémentaire, ce que retenaient les élèves, c’est qu’on allait colorier le drapeau français. C’est tout.

Quant à l’événement lui-même, ils écoutaient sagement, sans en retenir grand-chose. Un de mes derniers souvenirs à l’Éducation nationale concerne une autre minute de silence organisée après la mort violente d’un professeur. L’instituteur avec qui je travaillais eut l’idée de demander aux élèves de CM2 s’ils se souvenaient d’autres minutes de silence. Nous pensions qu’ils parleraient de Samuel Paty.

Aucun élève n’en parla.

Tous se souvenaient en revanche de la minute de silence organisée pour Jacques Chirac.en 2019. Nous avons ri plus tard, par autodérision. De nos pauvres vies de salariés modestes.

Lorsqu’arrive un événement tragique comme la mort d’un collègue, c’est évidemment d’abord la mort d’un collègue. On ne peut extirper de soi ce lien que l’on a en passant ses journées de huit heures à dix-huit heures avec des êtres humains qui ont la même fonction que nous. Quelles que soient par ailleurs leurs opinions politiques ou religieuses. L’humanité commune et le partage des journées créent quelque chose.

Je ne suis pas allé au procès d’Abdelhakim Sefrioui. J’y comptais pourtant. J’ai essayé de me persuader qu’il y avait peut-être un espoir. En réalité je n’en ai eu aucun depuis le départ. Je savais que tous les éléments de fait pourraient être apportés. Mais je savais aussi qu’il ne s’agissait pas seulement de juger une affaire. Il s’agissait d’écrire une histoire. Dire que les musulmans avaient eu tort. Dire qu’ils étaient tous plus ou moins coupables. En condamnant un homme.

Abdelhakim Sefrioui, militant contre l’islamiophobie a été condamné à quinze ans de réclusion criminelle après son procès en appel. Pourtant les faits sont connus.

Le meurtrier n’avait jamais vu les contenus publiés par Abdelhakim Sefrioui.

Il avait pris sa décision avant même que ces contenus ne soient diffusés.

Avant l’assassinat de Samuel Paty, Abdelhakim Sefrioui était déjà sous surveillance.

Rien n’avait justifié l’intervention de l’antiterrorisme.

Voilà pour les faits. Je n’ai jamais rencontrè Abdelhakim . Mais tous les militants de la place parisienne savent que c’ètait quelqu’un qui luttait depuis des annèes avec les mots et les manifs . Même ses adversaires politiqies de l’èpoque et je crois qu’on a tous le devoir de le dire . Tous qui ètions là dans les annèes 2010 .

Mais il ne s’agissait pas seulement des faits. S’il s’agissait vraiment de justice, alors de nombreux militants d’extrême droite qui appellent à la remigration ou à des violences contre les immigrés seraient aujourd’hui en prison après des meurtres racistes ou des agressions très graves.

Ce n’est pas le cas.

La conclusion est donc vite tirée. Je l’avais d’ailleurs écrit avec François Burgat dans un texte après le premier procès. Mais voir cette réalité en face est plus difficile. On cherche des arguments. On cherche quoi dire. Et puis on ne trouve rien. Qu’un mur. Le mur de l’injustice.

Il y a aussi ce que j’appellerais l’incommunicabilité des expériences contradictoires.

C’est sans doute ce que ressentent beaucoup d’entre nous, musulmans et musulmanes salariés au sein de l’Éducation nationale.

Nous ne pouvons pas parler aux autres musulmans de la réalité de ce qu’est l’école au quotidien. Nous ne pouvons pas dire que malgré les lois islamophobes, malgré la violence politique du moment, notre quotidien avec les enfants est aussi fait d’attention, de petits gestes, parfois de petites désobéissances. Il ne doit nous en être donné aucune gloire. Mais elles existent.

Nous ne pouvons pas non plus dire que les enfants sont heureux avec nous. Parce que beaucoup de parents, musulmans ou non, ne sont pas persuadés que leurs enfants soient heureux à l’école. C’est justifiè, souvent , mais pas toute la journèe

De l’autre côté, nous ne pouvons pas non plus parler à nos collègues. Comme une grande partie de la société française, ils sont pour beaucoup frappés par une propagande islamophobe de plus en plus forte et de plus en plus délirante. Je l’ai constaté après le 7 octobre et après le début du génocide à Gaza.

Des collègues que je trouvais jusqu’ici sympathiques, attentifs aux élèves, compétents dans leur métier, se sont persuadés que les musulmans n’étaient pas exactement des êtres humains et que ce qui se passait à Gaza était une riposte légitime.

Cette incommunicabilité conduit beaucoup d’entre nous à se sentir étrangers partout où ils vont.

Étrangers et enfermés dans une situation inextricable.

Pour celles et ceux d’entre nous qui sont musulmans s’ajoutent encore d’autres contraintes : l’impossibilité de porter le hijab, la gêne pendant le Ramadan lorsque tout le monde observe si nous sommes fatigués et si nous faisons correctement notre travail.

Et surtout une chose : lorsque nous faisons bien notre travail, lorsque nous le faisons aussi parce que nous avons des valeurs musulmanes, il ne nous en sera jamais fait crédit.

Nous sommes censés être des êtres neutres dont on a extirpé l’islam.

J’ai quitté l’Éducation nationale il y a deux ans. Je l’ai quittée à contre-cœur. Parce que j’aimais travailler avec les enfants. Mais il ne m’ était plus possible d’y travailler en étant musulmane.

C’est de tout cela que j’aurais aimé parler à Abdelhakim Sefrioui. Mais il est en prison. Condamné à quinze ans pour avoir été militant antiraciste contre l’islamophobie.

Je sais ce qu’il m’aurait répondu.. c’est un militant.

Il m’aurait regardée et il m’aurait dit :

« Et alors, que comptes-tu faire ? »

Je fais ce qui est logique dans cette situation d’injustice. Une injustice qui est la sienne. Mais aussi celle de tous les militants contre l’islamophobie.

Ils savent désormais que s’ils se mobilisent contre une injustice et que des événements tragiques ont lieu ensuite, même sans aucun rôle matériel et sans aucune influence sur leur déroulement, ils pourront aller croupir quinze ans en prison. Dans l’indifférence la plus grande. Et être considérés comme les complices d’un meurtrier.

Je suis aujourd’hui militante contre l’islamophobie. Minuscule. Toujours précaire. Toujours sans importance. Mais il y a toujours une suite. Toujours une transmission.

Et c’est peut-être la seule leçon à tirer de tout cela.

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19.02.2026 à 09:33

Communiqué : démocratie française, une dérive annoncée.

Lignes de Crêtes

Basculement Une alerte à la bombe vise le siège d’un parti politique. Des permanences voient leurs vitres brisées. Une mosquée est attaquée dans un contexte où les lieux de culte musulmans sont déjà régulièrement pris pour cible depuis des mois. Des militantes antifascistes sont doxxées, exposées publiquement, livrées aux menaces et au harcèlement. À Châteauroux, un militant du Rassemblement national se retranche, tire sur les forces de l’ordre, mobilise le RAID. Dans le même temps, sur les plateaux de télévision, des responsables politiques réclament la dissolution des groupes antifascistes et de LFI. L’histoire européenne connaît ces moments où la tension devient un climat. ° L’attentat de Piazza Fontana en 1969. ° Les émeutes du 6 février 1934. La mort de Quentin Deranque est un drame humain. Mais la manière dont un drame est immédiatement intégré dans un récit politique révèle le basculement en cours. De la dédiabolisation à la diabolisation Dans les années 2010, le Rassemblement national a été progressivement normalisé. La dédiabolisation a fonctionné. Aujourd’hui, le mouvement s’inverse. Ce ne sont plus les forces issues de l’extrême droite qui sont traitées comme une menace pour les démocraties, les enseignements des crimes commis au 20ᵉ siècle par le premier fascisme ont été muséifiés. Ce sont les forces qui refusent leur normalisation qui deviennent suspectes. L’antifascisme est désigné comme problème. Évidemment, ce mouvement s’inscrit dans la dynamique occidentale centrée autour des États-Unis dirigés par Trump, avec une proximité assumée des mouvements suprémacistes blancs les plus fanatiques. Ce déplacement structure la séquence…
Texte intégral (1838 mots)

Basculement

Une alerte à la bombe vise le siège d’un parti politique. Des permanences voient leurs vitres brisées.

Une mosquée est attaquée dans un contexte où les lieux de culte musulmans sont déjà régulièrement pris pour cible depuis des mois. Des militantes antifascistes sont doxxées, exposées publiquement, livrées aux menaces et au harcèlement. À Châteauroux, un militant du Rassemblement national se retranche, tire sur les forces de l’ordre, mobilise le RAID.

Dans le même temps, sur les plateaux de télévision, des responsables politiques réclament la dissolution des groupes antifascistes et de LFI.

L’histoire européenne connaît ces moments où la tension devient un climat.

La mort de Quentin Deranque est un drame humain. Mais la manière dont un drame est immédiatement intégré dans un récit politique révèle le basculement en cours.

De la dédiabolisation à la diabolisation

Dans les années 2010, le Rassemblement national a été progressivement normalisé.

  • Présence médiatique acceptée, oubli total du « on ne débat pas avec l’extrême-droite.
  • Thèmes identitaires diffusés dans le débat dominant, normalisation de groupes ouvertement racistes
  • Installation parlementaire banalisée.

La dédiabolisation a fonctionné. Aujourd’hui, le mouvement s’inverse. Ce ne sont plus les forces issues de l’extrême droite qui sont traitées comme une menace pour les démocraties, les enseignements des crimes commis au 20ᵉ siècle par le premier fascisme ont été muséifiés. Ce sont les forces qui refusent leur normalisation qui deviennent suspectes. L’antifascisme est désigné comme problème. Évidemment, ce mouvement s’inscrit dans la dynamique occidentale centrée autour des États-Unis dirigés par Trump, avec une proximité assumée des mouvements suprémacistes blancs les plus fanatiques.

Ce déplacement structure la séquence actuelle.

Lyon : le déclencheur effacé

À Lyon, des groupes d’extrême droite avaient annoncé leur intention d’empêcher un meeting légal tenu par une députée européenne ciblée pour son identité et ses positions sur la Palestine. Rima Hassan fait l’objet d’un acharnement sur la durée, raciste, sexiste et islamophobe. Et ce, avec l’assentiment, voire la participation du pouvoir, qui ne garantit même plus la sécurité des campagnes électorales.

C’est le point de départ.

Sans cette attaque politique, il n’y aurait pas eu confrontation. Pourtant, le récit dominant efface ce déclencheur pour installer une lecture univoque : l’antifascisme comme menace centrale. Ce récit ouvre un horizon précis. La dissolution comme perspective assumée.

Dans les heures qui ont suivi, des responsables politiques nationaux ont réclamé la dissolution des groupes antifascistes. Éric Ciotti, Bruno Retailleau, Gérald Darmanin et d’autres ont multiplié les déclarations visant “l’ultragauche” et exigeant fermeté et interdictions. Les deux derniers, anciens ministres de l’Intérieur et candidats possibles à la présidentielle incarnent à la perfection le mélange dangereux des genres.

Ces prises de position ne sont pas marginales. Elles s’inscrivent dans une stratégie plus large. Une partie de la droite parlementaire assume désormais des convergences avec l’extrême droite. Le pouvoir exécutif oscille entre deux options : s’unir à une partie de cette extrême droite ou intégrer son logiciel pour le supplanter.

Dans les deux cas, la conséquence est la même : la gauche qui refuse la normalisation devient l’obstacle principal. La qualification judiciaire d’“association de malfaiteurs” élargit les enquêtes, permet de perquisitionner, de cartographier des réseaux, d’étendre le champ des poursuites. La dissolution devient une perspective assumée. Une trajectoire déjà engagée Cette logique ne commence pas à Lyon.

La loi dite “séparatisme” a étendu les pouvoirs de police administrative.

Des associations musulmanes ont été dissoutes. Des perquisitions préventives ont été banalisées. Des interdictions administratives se sont multipliées. Puis est venue la tentative de dissolution des Soulèvements de la Terre. Puis la dissolution de la Jeune Garde antifasciste.

Ce fut d’abord l’Islam, puis l’Écologie. Maintenant, c’est au tour de l’Antifascisme. Le périmètre du soupçon s’élargit progressivement, avec l’islamophobie comme matrice.

La loi “séparatisme” a installé une logique : un courant culturel ou politique peut être traité administrativement comme une menace globale. La répression des mobilisations contre le génocide en Palestine s’est inscrite dans ce cadre :

  • Interdictions de manifestations.
  • Pressions universitaires.
  • Criminalisation médiatique.

Pourtant, la lutte contre les génocides appartient au cœur des traditions antifascistes et humanistes. Un nouvel antifascisme s’est structuré autour de cette mobilisation. Large, internationaliste, intégrant une direction en partie musulmane et issue de l’immigration. C’est cette recomposition qui est aujourd’hui visée.

L’inversion historique

Les dissolutions administratives trouvent leur origine dans la loi du 10 janvier 1936, adoptée après les émeutes du 6 février 1934 pour dissoudre les ligues fascistes. Elle constituait théoriquement un instrument de défense contre ceux qui menaçaient la démocratie. La mobiliser aujourd’hui contre des antifascistes constitue une inversion majeure, déjà utilisée pendant la guerre d’Algérie puis suite à « mai 68 ». L’outil conçu pour dissoudre les ligues fascistes est retourné contre ceux qui s’y opposent.

Mémoire et sélection

Une minute de silence a été observée à l’Assemblée nationale en hommage à Quentin Deranque. Ça ne coûte rien et effectivement, dans l’absolu, une vie est une vie. Mais l’absolu n’a jamais existé en politique.

Les minutes de silence parlementaires ne sont pas automatiques pour toutes les victimes de crimes politiques. Hichem Miraoui, assassiné le 31 mai 2025, n’a pas fait l’objet d’un tel hommage.

Plus lointainement dans l’histoire des crimes de l’extrême-droite française, même les rares qui ont été vraiment médiatisés, Brahim Bouarram, tué le 1ᵉʳ mai 1995 par des militants d’extrême droite, non plus. Ibrahim Ali, abattu le 21 février 1995 à Marseille par des colleurs d’affiches du Front national, non plus.

La mémoire institutionnelle sélectionne. Et cette sélection accompagne un déplacement.

La stratégie de la tension

Le 12 décembre 1969, l’attentat de Piazza Fontana fit 17 morts. La responsabilité fut immédiatement imputée à l’extrême gauche. Des militants furent arrêtés. Giuseppe Pinelli mourut lors d’un interrogatoire.

Reconstitution du décès de G Pinelli

Des années plus tard, l’implication de réseaux néofascistes dans une stratégie de la tension fut établie. Dans toute séquence de tension, la question n’est pas seulement celle des faits. Elle est celle de l’orientation du récit et de ses effets. Ce qui se joue aujourd’hui dépasse l’issue d’une enquête.

Nous assistons à un basculement :

  • de la dédiabolisation de l’extrême droite
  • à la diabolisation de l’antifascisme.

Or, l’antifascisme n’est pas une faction. Il est une tradition démocratique née des catastrophes du XXe siècle. Mais au-delà des dissolutions elles-mêmes, l’enjeu central réside dans l’extension continue des pouvoirs de police administrative :

  • Perquisitions préventives.
  • Dissolutions par décret.
  • Interdictions de manifestations.
  • Contrôles administratifs et financiers accrus.

Ces mécanismes s’élargissent. Et ils s’appliquent toujours selon la même orientation idéologique. Une démocratie ne peut fonctionner durablement si le droit d’association, le droit de manifestation et le pluralisme deviennent conditionnels. On ne fait pas disparaître une révolte en la dissolvant. On ne supprime pas un soulèvement antifasciste par décret.

La réponse ne peut être l’isolement des organisations visées. Elle suppose un front large attaché aux libertés publiques, au refus de l’arbitraire administratif, à la défense des espaces de mobilisation. Elle suppose de tenir ensemble les luttes écologistes, antiracistes, sociales et antifascistes. La vigilance antifasciste ne menace pas la démocratie.

Ce qui la menace, ce sont les mécanismes qui cherchent à la neutraliser.

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04.02.2026 à 12:47

Procès en appel d’Elias d’Imzalène : chronique d’une mascarade « antiraciste » annoncée

blackfedayin

Le procès en appel d’Elias d’Imzalène a fourni aux organisations déterminées à faire taire les voix critiques du colonialisme génocidaire israélien une nouvelle occasion de révéler au grand jour l’étendue de leur inconséquence sur les questions « antiracistes ». Droit dans ses bottes et stoïque tout au long de l’audience malgré les multiples provocations, Elias d’Imzalène est demeuré fidèle à ses principes, assumant ses positions antiracistes et anticolonialistes face à des « parties civiles » pour qui ce procès en appel s’est transformé en véritable naufrage…   Une « intifada judiciaire » au service du colonialisme sioniste Les 7 et 8 janvier 2026, se tenait à Paris le procès en appel d’Elias d’Imzalene, militant anticolonialiste poursuivi pour avoir eu l’outrecuidance de dénoncer publiquement le génocide en Palestine ; un génocide commis par l’Etat colonial sioniste, avec la complicité des gouvernements occidentaux, dont le gouvernement français. Côté « parties civiles », une dizaine d’avocats mandatés par des organisations dont l’«antiracisme » s’arrête aux portes de Gaza et de la Cisjordanie… Ces mêmes organisations qui prétendent qu’on a le droit de critiquer le gouvernement israélien tout en menant une « intifada judiciaire » implacable contre toute personne cherchant à exercer ce droit… Une propagande médiatique moins efficace que prévue ? Mal préparés, brouillons et désorganisés, les avocats des parties civiles ont avant tout cherché à s’appuyer sur l’intense campagne de propagande et de dénigrement médiatique ayant précédé l’audience. En effet, au cours de l’année 2025, Elias d’Imzalene a été mentionné dans plusieurs livres, reportages et autres « enquêtes » (souvent truquées) tandis que son visage apparaissait en…
Texte intégral (2556 mots)

Le procès en appel d’Elias d’Imzalène a fourni aux organisations déterminées à faire taire les voix critiques du colonialisme génocidaire israélien une nouvelle occasion de révéler au grand jour l’étendue de leur inconséquence sur les questions « antiracistes ». Droit dans ses bottes et stoïque tout au long de l’audience malgré les multiples provocations, Elias d’Imzalène est demeuré fidèle à ses principes, assumant ses positions antiracistes et anticolonialistes face à des « parties civiles » pour qui ce procès en appel s’est transformé en véritable naufrage…

 

Une « intifada judiciaire » au service du colonialisme sioniste

Les 7 et 8 janvier 2026, se tenait à Paris le procès en appel d’Elias d’Imzalene, militant anticolonialiste poursuivi pour avoir eu l’outrecuidance de dénoncer publiquement le génocide en Palestine ; un génocide commis par l’Etat colonial sioniste, avec la complicité des gouvernements occidentaux, dont le gouvernement français. Côté « parties civiles », une dizaine d’avocats mandatés par des organisations dont l’«antiracisme » s’arrête aux portes de Gaza et de la Cisjordanie… Ces mêmes organisations qui prétendent qu’on a le droit de critiquer le gouvernement israélien tout en menant une « intifada judiciaire » implacable contre toute personne cherchant à exercer ce droit…

Une propagande médiatique moins efficace que prévue ?

Mal préparés, brouillons et désorganisés, les avocats des parties civiles ont avant tout cherché à s’appuyer sur l’intense campagne de propagande et de dénigrement médiatique ayant précédé l’audience. En effet, au cours de l’année 2025, Elias d’Imzalene a été mentionné dans plusieurs livres, reportages et autres « enquêtes » (souvent truquées) tandis que son visage apparaissait en couverture de Marianne, magazine dont la dérive « netanyahuesque » a fait l’objet de critiques acerbes de la part de ses propres salariés…

Aussi, lors de la première journée d’audience, les avocats des « parties civiles » se sont essentiellement concentrés sur la réputation prétendument « sulfureuse » d’Elias d’Imzalene ; un catalogue de mensonges et de contre-vérités en total décalage avec la personnalité et combats d’Elias, connu pour son engagement de longue date dans les luttes menées contre les injustices perpétrées à l’égard des « damnés de la Terre ».

La stratégie visant à diaboliser à outrance le militant anticolonialiste a fini par agacer le président du tribunal qui a dû rappeler que l’objectif de l’audience n’était pas de savoir si Elias d’Imzalene était un « gentil garçon » (ou pas) mais plutôt de déterminer si l’utilisation du mot « intifada » relevait d’une forme d’incitation à la haine raciale ou religieuse…

De l’art de choisir les « bons » témoins « arabo-musulmans »…

Affaiblis par leur piètre prestation lors du premier jour du procès, les avocats des « parties civiles » n’avaient plus d’autre choix que de faire appel à des témoins triés sur le volet. Des témoins qui, à travers leurs livres et articles publiés dans la presse dominante et leurs très nombreuses apparitions dans les médias (y compris sur le service public) ou encore à l’Assemblée nationale, ont joué un rôle majeur dans la cabale médiatique contre Elias d’Imzalène et, à travers lui, les voix qui se sont élevées pour dénoncer le génocide sioniste en Palestine. A la barre, les deux témoins ont tenu à rappeler leurs origines « arabo-musulmanes ». Pourquoi cette insistance ? Pour redorer l’image des organisations des « parties civiles » dans le champ antiraciste et démontrer qu’elles n’ont aucune forme d’hostilité envers les personnes d’origine « arabo-musulmane » ? On se souvient qu’en 2017, Mohamed Sifaoui, qui a longtemps été un des journalistes préférés des soutiens inconditionnels d’Israel, avait quitté la LICRA (« partie civile » au procès d’Elias) avec fracas en déclarant notamment que la LICRA était «largement noyautée par des individus, des femmes et des hommes, qui n’ont strictement rien à faire dans des organisations antiracistes ». Dans la même déclaration, Mohamed Sifaoui affirmait que la LICRA « n’est pas encore prête à accueillir des cadres d’origine maghrébine », y compris des maghrébins « laïques et démocrates, des progressistes luttant contre l’antisémitisme n’y ont pas leur place. D’ailleurs c’est ce qui explique probablement leur absence criante », concluait le journaliste.

On se rappelle également Zineb El Razoui, journaliste et essayiste qui était adulée du temps où elle appelait la police à « tirer à balles réelles » sur les « racailles des quartiers » mais qui a disparu des radars médiatiques et s’est même vu retirer le prix Simone Veil accordé par la Région Île de France après avoir « osé » s’émouvoir des massacres perpétrés par l’armée israélienne à Gaza…

Il ne fallait donc pas se tromper sur le choix des témoins…

Omar Youssef Souleimane, célébrité imaginaire et sérial affabulateur

Invité à s’exprimer à la barre, Omar Youssef Souleimane, qui se présente lui-même comme un journaliste et essayiste d’origine syrienne, a affirmé qu’il était obligé de se grimer lorsqu’il assistait à certains rassemblements ou manifestations en soutien au peuple palestinien, contre le génocide à Gaza et le nettoyage ethnique de la Cisjordanie. Manque de pot : pour l’écrasante majorité des gens, Omar Youssef Souleimane est un illustre inconnu… Cette réalité, Omar Souleimane l’avait découverte au moment du procès en première instance. Ignoré par la plupart des gens qui étaient dans l’assistance ce jour-là, le journaliste-essayiste a dû inventer une « exfiltration » par la police qui n’a jamais eu lieu… Rien d’étonnant de la part d’un journaliste qui, dans ses « enquêtes », multiplie les imprécisions et les contre-vérités.  Dans le cadre de la promotion de son dernier livre, publié par une maison d’édition qui appartenant au milliardaire françafricain Vincent Bolloré, Omar Souleimane dénonçait ainsi le rôle d’un certain « Elias el Hajri » qu’il présentait comme le suppléant du député de la France insoumise Louis Boyard. Vérification faite, la personne attaquée ne s’appelle pas Elias (mais Omar voit des « Elias » partout) et n’a jamais été le suppléant de Louis Boyard. A la barre, Omar Souleimane a dû se prêter à un exercice auquel il n’était pas préparé. En effet, ayant longtemps été habitué à pérorer sur les plateaux de télévision sans aucune contradiction, le journaliste-essayiste a dû répondre aux questions des avocats d’Elias d’Imzalène sur l’origine et le sens du mot « intifada » ainsi que les nombreuses contre-vérités qui apparaissent dans son livre. Acculé, Omar Souleiman, que l’on n’avait jamais vu autant agacé, est ressorti de la salle d’audience la mine déconfite et sans avoir eu besoin d’une quelconque « exfiltration » par la police. Comme à son habitude, Omar Souleimane a proposé une autre version du déroulé de son audition au tribunal ; une version que l’on retrouve dans les colonnes du journal Marianne. Mais oui, Marianne ! Vous savez, ce journal dont la directrice de rédaction, Eve Szeftel avait participé, en juillet 2025, à un voyage tous frais payés par le gouvernement israélien afin de mieux relayer auprès de l’opinion publique française la propagande de l’armée génocidaire ? Bien évidemment Eve Sfetzel s’était abstenue d’indiquer à ses lecteurs qui avait payé les frais du voyage, déclenchant ainsi une motion de défiance de la part de sa propre rédaction. On comprend mieux pourquoi les articles d’Omar Youssef Souleimane, célébrité imaginaire et sérial affabulateur sont régulièrement publiés dans Marianne

Nora Bussigny ou Alice au pays des « islamo-wokistes »

Après Omar Youssef Souleimane, c’était autour de Nora Bussigny, « journaliste d’investigation », de se présenter à la barre en tant que témoin. Craignant sans doute de ne pas être reconnue, Nora Bussigny a préféré laisser à la maison la perruque rose qu’elle revêtait jadis dans le cadre de ses opérations d’« infiltration » des groupuscules « wokistes »… A la barre, Nora Bussigny a tenu à indiquer qu’elle ne saurait être suspectée de « racisme antimusulman », étant elle-même d’origine marocaine… Oui, Nora parle bien de « racisme antimusulman » et non d’ « islamophobie», terme qu’elle rejette catégoriquement. Comme la LICRA et la plupart des organisations s’étant portées « parties civiles » dans le cadre du procès intenté à Elias d’Imzalène. Et comme la LICRA, Nora Bussigny a une fâcheuse tendance à assimiler les critiques envers l’Etat d’Israel à de l’antisémitisme…

Invitée par un des avocats d’Elias d’Imzalène à situer politiquement les journaux auxquelles elle contribue régulièrement (« Le Point », « Franc-Tireur ») Nora Bussigny finit par concéder, non sans difficulté, qu’ils ne sont pas très à gauche ; « je les situerai au centre-droit » finira-t-elle par admettre dans un geste de contrition auquel ses très nombreuses apparitions médiatiques ne l’avaient pas habitué. En effet, comme Omar Youssef Souleimane, Nora Bussigny s’est vu dérouler, pendant plusieurs mois, le tapis rouge dans les médias, et même à l’Assemblée nationale, souvent sans aucun contradicteur pour nuancer, interroger, remettre en cause les déclarations de la « journaliste d’investigation ». Ainsi, lors de son audition à l’Assemblée Nationale, Nora Bussigny a pu déclarer tranquillement qu’Elias d’Imzalène était poursuivi pour « apologie du terrorisme », ce qui est totalement faux. Mais Nora n’a pas jugé utile de faire une déclaration publique pour corriger les contre-vérités qu’elle avait contribué à propager. A la barre, elle indiquera avoir demandé que sa déclaration erronée concernant les chefs d’accusation reprochés à Elias d’Imzalène soit amendée dans le procès-verbal de l’audition. Ce qui ne fut pas fait, évidemment. On aura connu des « journalistes d’investigation » plus rigoureux. Pour Nora Bussigny, l’audience devant le tribunal s’avèrera beaucoup moins facile que prévue ; loin de la « promenade de santé » que les avocats des « parties civiles » lui avaient probablement prédite… Perturbée par des questions des avocats d’Elias d’Imzalène auxquelles elle ne s’attendait vraisemblablement pas, Nora Bussigny, pourtant diplômée en lettres modernes alla même jusqu’à confondre le subjonctif et le conditionnel… Astafourlay !

Quand les pourfendeurs des discours de « haine » et du « laxisme de la justice » squattent les plateaux d’un média raciste et d’un délinquant sexuel…  

Face à la prestation calamiteuse de leurs témoins, les avocats des parties civiles ont renoué, en fin d’audience, avec leurs vieilles recettes : accuser Elias d’Imzalène de tous les crimes de France et de Navarre. N’ayant honte de rien, une des avocates alla même jusqu’à suggérer qu’Elias d’Imzalène pouvait même être considéré comme le responsable (intellectuel ?) d’une agression homophobe en région parisienne. La raison ? Islam, charia, toussa, toussa.

Quand on connait le pedigree de certains des avocats présents dans la salle d’audience du côté des « parties civiles », il n’y a rien d’étonnant.  Ainsi, Muriel Ouaknine-Melki, avocate représentant l’organisation juive européenne (OJE), dont elle est la présidente, est une habituée des plateaux de C News, chaine du milliardaire françafricain Vincent Bolloré et temple de la haine (islamophobe, négrophobe) dans le paysage audiovisuel français. Les multiples condamnations pour incitation à la haine raciale d’Eric Zemmour, ex-chroniqueur star de C News, ainsi que les rappels à l’ordre de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM) en raison des propos racistes tenus sur les antennes de la chaine n’ont pas suffi à convaincre Me Ouaknine-Melki, pourfendeuse autoproclamée des discours de « haine », de boycotter la chaine d’information du groupe Bolloré. Pire, le 15 janvier 2026, Muriel Ouaknine-Melki était présente sur le plateau de C News, et plus précisément dans l’émission de Jean-Marc Morandini, au lendemain de la condamnation définitive de ce dernier pour « corruption de mineurs »… Au cours d’une émission animée par un délinquant sexuel condamné à deux ans de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende notamment pour avoir envoyé des messages de nature sexuelle à trois adolescents entre 2009 et 2016 mais aussi pour avoir invité chez lui un adolescent de 16 ans avant de lui demander de se masturber, Me Ouaknine-Melki dénoncera le laxisme de la justice française envers les jeunes (d’origine arabo-musulmane bien évidemment) qui, à son goût, causent trop de troubles en marge des matches de la Coupe d’Afrique des Nations. Un réquisitoire implacable et en toute décontraction contre la justice « laxiste » sur le plateau d’un animateur inscrit au fichier des  délinquants sexuels…

Muriel Ouaknine, avocate et présidente de l’Organisation Juive européenne (« partie civile » au procès en appel d’Elias d’Imzalène) sur le plateau de C News, dans l’émission du délinquant sexuel Jean-Marc Morandini, le 15 janvier 2026 (capture d’écran).

 

Feindre de s’insurger contre les discours « haineux » tout en squattant régulièrement le bastion médiatique de la haine en France, fustiger le « laxisme » de la justice en France sur le plateau d’un délinquant sexuel notoire : voilà un bon aperçu de la double personnalité de Muriel Ouaknine-Melki qui pourrait intéresser les journalistes sérieux dans le cadre d’une « enquête ». Reste à savoir si Omar Youssef Souleimane et Nora Bussigny, les « journalistes d’investigation » préférés de la LICRA et de l’OJE, pourront relever le défi…

Prochain rendez-vous : septembre 2026

Les avocats des deux parties n’ayant pas pu plaider à l’issue de la deuxième journée de ce procès en appel, la date de la prochaine audience a été repoussée à septembre 2026. Combien d’émissions Muriel Ouaknine-Melki fera-t-elle d’ici-là sur la chaine C-NewsHaine et dans l’émission du délinquant sexuel Jean-Marc Morandini ? Suspense…

Black Fedayin

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14.01.2026 à 21:04

En Iran comme ailleurs : Soyez libres — mais restez pauvres

Arland Mehmetaj

Depuis la fin décembre 2025, l’Iran est secoué par une insurrection populaire d’ampleur nationale. Partie des ruelles du Grand Bazar de Téhéran, elle s’est rapidement propagée aux grandes villes et aux provinces, entraînant commerçants, étudiants, travailleurs et classes populaires dans un même mouvement. Les premiers mots d’ordre portaient sur ce qui, partout ailleurs dans le monde, déclenche les colères sociales : inflation galopante, effondrement du rial, explosion du prix des denrées, disparition de toute sécurité économique. Très vite, pourtant, la révolte a débordé ce cadre pour devenir une contestation globale du pouvoir politique, économique et social. Ce soulèvement rappelle une évidence trop souvent oubliée par les commentaires occidentaux : il est impossible de séparer la lutte pour la survie matérielle de la lutte pour la liberté politique. La “révolte du pain” : fondement matériel de quasiment toute insurrection Les premières étincelles sont venues d’un espace longtemps perçu comme conservateur : le bazar. Commerçants et artisans, pilier historique de l’économie iranienne, ont fermé boutique et pris la rue et on ne peut clairement pas les accuser d’un goût prononcé de l’agitation. La raison était bien plus simple : la misère gagnait leurs foyers, leurs employés et leurs clients. La dévaluation brutale de la monnaie, la perte du pouvoir d’achat et l’effondrement des perspectives ont mis en évidence que l’ordre économique existant ne protège plus personne, pas même ceux qui en étaient autrefois les relais les plus fidèles. C’est un fait. Cependant, réduire ce que ce mouvement deviendrait au fil du temps…
Texte intégral (1989 mots)
Depuis la fin décembre 2025, l’Iran est secoué par une insurrection populaire d’ampleur nationale. Partie des ruelles du Grand Bazar de Téhéran, elle s’est rapidement propagée aux grandes villes et aux provinces, entraînant commerçants, étudiants, travailleurs et classes populaires dans un même mouvement. Les premiers mots d’ordre portaient sur ce qui, partout ailleurs dans le monde, déclenche les colères sociales : inflation galopante, effondrement du rial, explosion du prix des denrées, disparition de toute sécurité économique. Très vite, pourtant, la révolte a débordé ce cadre pour devenir une contestation globale du pouvoir politique, économique et social.
Ce soulèvement rappelle une évidence trop souvent oubliée par les commentaires occidentaux : il est impossible de séparer la lutte pour la survie matérielle de la lutte pour la liberté politique.
La “révolte du pain” : fondement matériel de quasiment toute insurrection
Les premières étincelles sont venues d’un espace longtemps perçu comme conservateur : le bazar. Commerçants et artisans, pilier historique de l’économie iranienne, ont fermé boutique et pris la rue et on ne peut clairement pas les accuser d’un goût prononcé de l’agitation. La raison était bien plus simple : la misère gagnait leurs foyers, leurs employés et leurs clients. La dévaluation brutale de la monnaie, la perte du pouvoir d’achat et l’effondrement des perspectives ont mis en évidence que l’ordre économique existant ne protège plus personne, pas même ceux qui en étaient autrefois les relais les plus fidèles. C’est un fait.
Cependant, réduire ce que ce mouvement deviendrait au fil du temps à une simple « crise du coût de la vie » serait une erreur, certes. Ne pas comprendre son hétérogénéité, aussi. Mais refuser d’y voir une révolte matérielle serait une falsification encore plus grave. La lutte pour le pain n’est pas un prélude honteux à la politique : elle en est l’une des formes premières. L’insécurité économique n’est pas un décor secondaire de l’oppression iranienne ; elle en est l’un des instruments centraux. Hélas, le voir là-bas, c’est aussi, à une autre échelle et dans un contexte différent sur la forme, l’admettre ici et ailleurs. La bourgeoisie occidentale et ses chiens de garde veillent à ce que ça ne soit pas le cas.
Liberté abstraite et cécité occidentale
Face à cette réalité, une partie des discours médiatiques et politiques occidentaux s’emploie donc à réordonner la colère iranienne selon des catégories lui correspondant davantage ici. La révolte serait avant tout une « quête de liberté » contre l’autoritarisme religieux ; les causes économiques, elles, relèveraient du contexte, de l’arrière-plan, presque de l’anecdotique.
Cette hiérarchisation n’est pas neutre. Elle correspond à une vision libérale et bourgeoise de la liberté, profondément marquée par la position sociale de ceux qui l’énoncent. Dans les démocraties occidentales, il est plus confortable de célébrer certaines luttes, soigneusement sélectionnées au préalable, pour les droits civiques, la liberté d’expression ou l’émancipation culturelle que d’affronter ce que disent réellement les soulèvements populaires : que la liberté est vide lorsqu’elle ne garantit pas les conditions matérielles de l’existence. Comme la démocratie n’est que de façade si elle ne garantit pas les conditions matérielles de participation politique réelle des masses.
Ce prisme ne produit que des illusions. L’une d’elles consiste à considérer la liberté comme une affaire d’idées, de symboles et de valeurs, détachée des salaires, du logement, de l’accès à la nourriture ou aux soins. Or, pour des millions d’Iraniens, la domination politique – par la classe bourgeoise natio-cléricale intérieure comme par les politiques impérialistes extérieures – se vit aussi dans la précarité quotidienne et dans l’impossibilité de vivre dignement.
La police libérale de la colère
C’est dans ce contexte qu’interviennent énormément de prises de positions politiques, d’Éditos comme d’analyses partielles et partiales qui, au mieux relativisent, au pire nient, le caractère économique de soulèvement en Iran, et même son autonomie. La prise de position de Kamel Daoud notamment dans une tribune publiée dans Le Point va, sans surprise, dans le même sens.
Sous couvert de défendre la dignité politique du peuple iranien, Daoud s’en prend frontalement aux analyses économiques du soulèvement, qu’il qualifie d’« explication alimentaire », allant jusqu’à y voir une forme de condescendance, voire de « racisme feutré ». En lisant Daoud parler de « condescendance » et de « racisme feutré » de quelqu’un d’autre, on pourrait presque se demander s’il s’agit d’une tribune ou d’une assignation pour le plagiat. S’il dénonce, ou veut en garder le monopole, y compris sur celui du plagiat.
Blague à part, l’argument mérite d’être pris au sérieux — précisément pour ce qu’il révèle – et c’est la seule chose qui est importante dans le contexte français. Car ce que Daoud choisit d’invisibiliser, c’est que la séparation entre liberté politique et condition matérielle est clairement un privilège de classe. Il faut n’avoir jamais connu la précarité structurelle pour croire que lutter contre la pauvreté ne relève pas d’une lutte pour la liberté. Il faut être protégé de la faim pour imaginer que le pain serait un sujet secondaire, presque indigne du politique.
En dénonçant les analyses matérialistes comme réductrices, Daoud ne défend pas une émancipation plus exigeante ; il reconduit, en bon chien de garde de la bourgeoisie et sa démocratie impériale, une hiérarchie libérale des luttes où seules les revendications formulées dans un langage abstrait, moral ou culturel sont jugées nobles par les « démocraties » occidentales. La liberté devient alors un concept désincarné, comme le concept de la « démocratie représentative», acceptable précisément parce qu’il ne remet pas en cause les structures économiques — ni en Iran, ni en France, ni ailleurs à l’échelle mondiale.
L’économie comme instrument de domination et les Libertés réelles
Ce sont précisément les conditions économiques — capitalisme, corruption, captation des richesses par les élites politico-religieuses, sanctions économiques internationales (souvent absentes des analyses occidentales) et destruction du pouvoir d’achat — qui rendent l’oppression iranienne totale, quotidienne, inévitable. Ne pas pouvoir se nourrir, se soigner ou se projeter n’est pas un simple « contexte » de la domination et son arrière-plan totalement secondaire par rapport à d’autres types d’oppression et de répression subies par la population.
Accuser les analyses matérialistes de réduire les Iraniens à leurs « ventres » relève d’un renversement classique : reprocher à ceux qui prennent la misère au sérieux de manquer de respect, tout en refusant d’en faire un objet politique central. Or, ce n’est pas parler du pain qui est condescendant ; c’est parler de liberté en faisant abstraction des conditions de ceux à qui elle est matériellement refusée.
Les révoltes iraniennes montrent une vérité que les discours dominants occidentaux ne veulent surtout pas admettre. C’est le fait que la liberté commence réellement là où la pauvreté cesse d’être une “fatalité” organisée. Elle commence quand vivre ne se résume plus à endurer. Les libertés ce n’est pas ce que les discours prétendent mais ce que le vécu est réellement. Les manifestants iraniens n’opposent pas lutte économique et lutte politique ; ils les articulent, parce que leur expérience quotidienne leur a appris qu’il n’y a pas de liberté possible dans le dénuement systémique.
Si ce message dérange, c’est parce qu’il met à nu ce qu’on nous vend comme une certitude confortable Celle selon laquelle la liberté pourrait exister indépendamment des rapports de classe. En Iran comme ailleurs, la révolte rappelle une évidence matérialiste : l’émancipation humaine est indivisible. Elle inclut le droit à la parole – d’ailleurs, bien plus réel pour Kamel Daoud que tous les sans-abris de Dunkerque à Perpignan mis ensemble – mais aussi le droit de manger, de se loger, de vivre sans peur du lendemain. C’est important. En parler est crucial.
Et s’il faut encore le rappeler, c’est peut-être parce qu’il n’y a, décidément, que pour la bourgeoisie occidentale que lutter pour le pain n’est pas lutter pour la liberté
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04.01.2026 à 13:25

Le crime d’Elias d’Imzalene: avoir eu raison trop tôt

Lignes de Crêtes

  Les 7 et 8 janvier, la Cour d’Appel de Paris rejugera Elias d’Imzalène. Deux journées d’audience pour quelques phrases prononcées en manifestation. Deux journées pour décider si une parole militante relève de l’expression politique ou de la menace pénale. Ce procès en appel ne porte pas seulement sur des mots. Il porte sur qui a le droit de les prononcer, et à quel prix. Il porte sur la transformation progressive d’un activiste des droits humains en ennemi intérieur. Ce qui est jugé aujourd’hui, c’est une parole qui, en septembre 2024, a nommé ce que beaucoup refusaient encore de dire — et qui l’a fait trop tôt, depuis une identité immédiatement illégitime : celle d’un militant musulman. Depuis, pourtant, les lignes ont bougé. De plus en plus de voix, issues d’horizons différents, affirment publiquement que ce qui se passe à Gaza porte bien le nom de génocide. Des ONG, des juristes, mais aussi des figures intellectuelles et culturelles dont la légitimité est largement reconnue dans le monde occidental. Parmi elles, celle de Omer Bartov, historien de la Shoah, professeur émérite à l’université Brown, spécialiste reconnu des crimes de masse. À l’été 2025, dans une tribune publiée en une du New York Times, il affirme explicitement que ce qui se déroule à Gaza relève du génocide. Cette prise de position est majeure : elle émane d’un chercheur qui a consacré sa vie à l’étude de la destruction des Juifs d’Europe et qui, longtemps, s’est montré prudent dans l’usage de ce terme.…
Texte intégral (1497 mots)

 

Les 7 et 8 janvier, la Cour d’Appel de Paris rejugera Elias d’Imzalène.

Deux journées d’audience pour quelques phrases prononcées en manifestation. Deux journées pour décider si une parole militante relève de l’expression politique ou de la menace pénale.

Ce procès en appel ne porte pas seulement sur des mots. Il porte sur qui a le droit de les prononcer, et à quel prix. Il porte sur la transformation progressive d’un activiste des droits humains en ennemi intérieur.

Ce qui est jugé aujourd’hui, c’est une parole qui, en septembre 2024, a nommé ce que beaucoup refusaient encore de dire — et qui l’a fait trop tôt, depuis une identité immédiatement illégitime : celle d’un militant musulman.

Depuis, pourtant, les lignes ont bougé.

De plus en plus de voix, issues d’horizons différents, affirment publiquement que ce qui se passe à Gaza porte bien le nom de génocide. Des ONG, des juristes, mais aussi des figures intellectuelles et culturelles dont la légitimité est largement reconnue dans le monde occidental.

Parmi elles, celle de Omer Bartov, historien de la Shoah, professeur émérite à l’université Brown, spécialiste reconnu des crimes de masse. À l’été 2025, dans une tribune publiée en une du New York Times, il affirme explicitement que ce qui se déroule à Gaza relève du génocide. Cette prise de position est majeure : elle émane d’un chercheur qui a consacré sa vie à l’étude de la destruction des Juifs d’Europe et qui, longtemps, s’est montré prudent dans l’usage de ce terme.

Cette évolution traverse aussi le champ culturel. Art Spiegelman, auteur de Maus — œuvre fondatrice de la culture populaire contemporaine sur la Shoah, l’une des plus connues et des plus respectées mondialement — a lui aussi pris position. À travers des initiatives artistiques et des expositions de bande dessinée, il dénonce l’instrumentalisation de la mémoire de la Shoah et la violence en cours à Gaza.

Ces voix sont tardives — mais elles existent désormais. Elles montrent qu’Elias d’Imzalène n’était ni isolé, ni délirant, ni extrémiste. Il disait, dès septembre 2024, ce que des historiens, des intellectuels et des figures culturelles majeures de la lutte contre l’antisémitisme  affirment aujourd’hui, enfin,  ouvertement.

La différence est ailleurs.

Lorsqu’Omer Bartov écrit dans le New York Times, lorsqu’Art Spiegelman parle ou expose, leur parole est discutée, parfois contestée, mais elle n’est pas criminalisée. Elle n’entraîne ni garde à vue, ni procès, ni gel des avoirs.

Lorsqu’Elias d’Imzalène parle, en revanche, il est un homme musulman, militant, visible, issu d’une communauté déjà suspectée. Et c’est ce fait — bien plus que ses mots — qui l’a conduit devant une Cour d’Appel.

 

 Le point de départ : une parole criminalisée.

Le 8 septembre 2024, place de la Nation, Elias d’Imzalene appelle à une « insurrection des consciences ». Il s’exprime dans un contexte d’extrême violence à Gaza : bombardements massifs, effondrement humanitaire, famine documentée, morts quotidiennes.

À ce moment-là, le débat public français est verrouillé. La solidarité avec la Palestine est assimilée à une transgression. Les mots sont traqués, isolés, surinterprétés. L’appel à l’« intifada » — entendu par lui comme un soulèvement des consciences contre la position du gouvernement français — devient le cœur d’un dispositif pénal et médiatique disproportionné.

 

Le premier crime : avoir eu raison trop tôt, et avoir organisé.

Le premier crime d’Elias d’Imzalene est d’avoir eu raison trop tôt. Mais il est surtout d’avoir organisé.

Elias d’Imzalene n’est pas un militant solitaire. Il fait partie de celles et ceux, nombreux,  qui ont contribué à la création du collectif Urgence Palestine, un collectif qui a posé une ligne claire : replacer la parole palestinienne au centre de la mobilisation, refuser qu’elle soit confisquée, neutralisée ou rendue acceptable à condition d’euphémiser l’horreur coloniale.

Urgence Palestine a émergé dans un contexte de répression assumée. À l’automne 2023, le ministre de l’Intérieur soutenait l’interdiction des manifestations pro-palestiniennes. Malgré cela, la jeunesse est descendue dans la rue. Le collectif a permis de structurer cette mobilisation, de la rendre visible, massive, durable, puis d’entraîner l’ensemble des forces de gauche et de défense des droits humains.

C’est cette capacité à faire masse, à rendre la solidarité impossible à ignorer, qui n’est pas pardonnée.

 

La sanction pénale : une disproportion assumée

Elias d’Imzalene est poursuivi, jugé, condamné.

Le 19 décembre 2024, il écope de cinq mois de prison avec sursis pour provocation publique à la haine ou à la violence.

Dans son discours, il ne prononce pas le mot « juif ». Il n’appelle à aucune violence contre des personnes. Il appelle à la mobilisation contre ce qu’il désigne comme un génocide et contre l’alignement du gouvernement français.

 

La double peine : punition pénale et punition administrative

La répression ne s’arrête pas au tribunal.

En janvier 2025, un arrêté de gel des avoirs est publié au Journal officiel. Cette mesure est renouvelée.

Ce renouvellement n’est pas lié à un fait nouveau, mais à une continuité : Elias d’Imzalene a continué à s’engager publiquement.

Le gel devient alors un outil de pression politique. Il ne sanctionne pas un acte passé : il punit une persistance.

Concrètement, cela signifie un compte bloqué, une dépendance matérielle forcée, l’impossibilité de vivre et de se défendre normalement. La répression ne vise plus seulement la parole : elle organise une asphyxie et la mort sociale.

 

Une constance militante de terrain

Avant d’être un nom dans un dossier judiciaire, Elias d’Imzalene est un militant de terrain.

Il a été présent dans toutes les mobilisations antiracistes, et dans toutes les manifestations pour la Palestine, y compris les plus petites, celles qui n’attirent ni caméras ni tribunes.

Il est également présent aux côtés d’autres luttes sociales. Il était notamment au grand meeting du 15 novembre aux Invalides, organisé pour l’anniversaire du mouvement des Gilets jaunes. Un mouvement oublié de tous les politiques, qui ne rapporte plus rien à ses soutiens, si ce n’est le respect de ses propres principes, parmi lesquels la justice sociale universelle.

 

Une stratégie plus large

Elias d’Imzalene n’est pas un cas isolé.

Omar Al Soumi a lui aussi été visé par des poursuites, une stigmatisation médiatique et un gel de ses avoirs.

À travers eux, une stratégie se dessine : transformer des figures de mobilisation en exemples dissuasifs.

Le second crime d’Elias d’Imzalene est en effet d’être un homme musulman assumé.

Comme d’autres leaders de la solidarité avec la Palestine, il n’a pas pris la parole pour récupérer une cause, mais pour encaisser les coups. Depuis plus de deux ans, ces coups visent aussi une communauté musulmane systématiquement suspectée, sommée de prouver sa loyauté, régulièrement frappée d’indignité nationale.

Dans le climat politique actuel, où La France insoumise est accusée d’accepter un prétendu entrisme religieux, Elias d’Imzalene est construit comme une incarnation de cette menace fantasmée.

 

La tenaille

D’un côté, on reproche aux hommes musulmans de ne pas s’intégrer, de rester à l’écart des luttes sociales.

De l’autre, lorsqu’ils s’y engagent, ils sont accusés d’« entrisme ».

Cette double injonction ne laisse qu’une issue : le silence ou la destruction.

Ce procès dépasse largement Elias d’Imzalène.

Il concerne l’ensemble des musulmans et musulmanes de ce pays, mais aussi tous les activistes pour les droits humains. Il teste une limite : jusqu’où peut-on aller, en France, pour réduire au silence celles et ceux qui nomment un crime de masse ?

Voilà ce qui est en jeu : transformer un activiste des droits humains en ennemi intérieur — et, à travers lui, adresser un avertissement à tous les autres.

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28.12.2025 à 18:51

Mustafa Çakıcı, héros de Gaza sacrifié sur l’autel de l’islamophobie de gauche

Flo Flo

Le traitement infligé à Mustafa Çakıcı, à son retour de détention israélienne, raconte autre chose qu’un dérapage : il dévoile la mort lente de certaines valeurs que la gauche prétendait défendre. En s’acharnant contre un homme qui venait d’affronter la violence coloniale pour briser le blocus de Gaza, une partie de la gauche a révélé sa propre faillite morale. Réhabiliter Mustafa Çakıcı, c’est lire ce que son histoire dit de nous : notre islamophobie persistante, notre indifférence au génocide des musulmans, et nos réflexes militants incapables de reconnaître un résistant dès lors qu’il ne correspond pas à l’image que nous voulons afficher.   La gauche, la meute et le musulman : la chasse ouverte contre Mustafa Çakıcı Leader français de la flottille de la liberté, Mustafa Çakıcı a navigué jusqu’aux eaux de Gaza pour dénoncer le blocus israélien. Il a mis sa vie en danger, a été arrêté par l’armée israélienne, puis torturé et maltraité en détention – un traitement que plusieurs organisations humanitaires et des médias comme L’Humanité ont décrit pour l’ensemble des membres de la flottille capturés[1][2]. Lorsqu’il revient en France, il a perdu 18 kilos. Il est en état de stress post-traumatique, mais il est debout. Symbole de la résistance pacifique, il est alors porteur d’un message simple : la liberté pour la Palestine, la dignité pour les peuples. Et c’est à ce moment précis que certains médias et une partie de la gauche dite “progressiste” décident de le clouer au pilori[3]. On ne salue pas son…
Texte intégral (4456 mots)

Le traitement infligé à Mustafa Çakıcı, à son retour de détention israélienne, raconte autre chose qu’un dérapage : il dévoile la mort lente de certaines valeurs que la gauche prétendait défendre. En s’acharnant contre un homme qui venait d’affronter la violence coloniale pour briser le blocus de Gaza, une partie de la gauche a révélé sa propre faillite morale. Réhabiliter Mustafa Çakıcı, c’est lire ce que son histoire dit de nous : notre islamophobie persistante, notre indifférence au génocide des musulmans, et nos réflexes militants incapables de reconnaître un résistant dès lors qu’il ne correspond pas à l’image que nous voulons afficher.

 

La gauche, la meute et le musulman : la chasse ouverte contre Mustafa Çakıcı

Leader français de la flottille de la liberté, Mustafa Çakıcı a navigué jusqu’aux eaux de Gaza pour dénoncer le blocus israélien. Il a mis sa vie en danger, a été arrêté par l’armée israélienne, puis torturé et maltraité en détention – un traitement que plusieurs organisations humanitaires et des médias comme L’Humanité ont décrit pour l’ensemble des membres de la flottille capturés[1][2].

Lorsqu’il revient en France, il a perdu 18 kilos. Il est en état de stress post-traumatique, mais il est debout. Symbole de la résistance pacifique, il est alors porteur d’un message simple : la liberté pour la Palestine, la dignité pour les peuples.

Et c’est à ce moment précis que certains médias et une partie de la gauche dite “progressiste” décident de le clouer au pilori[3].

On ne salue pas son courage. On ne dénonce pas la violence israélienne qu’il a subie. A la place, la machine à broyer se met en route. On fouille son passé numérique, on exhume des publications anciennes, on les isole, on les amplifie. Mediapart publie immédiatement, suivi de StreetPress, et c’est une traînée de poudre.

En quelques jours, Mustafa Çakıcı n’est plus un survivant de la répression israélienne : il est le « problème musulman » qu’une partie de la gauche prétend avoir la charge de corriger.

Puis selon un schéma largement éprouvé par le Printemps Républicain, fer de lance de la gauche islamophobe, après avoir désigné des cibles musulmanes, on laisse la fachosphère et ses milices IRL poursuivre le travail.

Fdesouche amplifie l’attaque, désigne la mosquée que Mustafa Çakıcı préside, ajoute une couche de « frères musulmans » pour faire peur. Et pour celui qui vient de vivre le calvaire israëlien, c’est une autre descente aux enfers, bien française cette fois-ci : cyberharcèlement, diffamations, torrent d’insultes… et menaces de mort.

Sous le post Facebook de Mediapart, fachistes et gauche bourgeoise rivalisent de commentaires haineux : « cinquième colonne », « un infiltré », « un ambassadeur du Hamas », « un pyschopathe extrémiste religieux », « expulsion ! », « il faut faire le ménage ! », « ça se voit sur sa tête », « ils sont tous comme ça », « Il faut le signaler à Bibi et on sera débarrassés ».

Puis viennent les attaques contre la mosquée de Mustafa Çakıcı, contre sa communauté, contre le mouvement dans lequel il milite.

Ce qui s’est joué là dépasse de loin l’anecdote. C’est un acte politique, un moment d’islamophobie médiatique qui a alimenté le climat de haine ambiant et la gauche en a été l’un des moteurs.

Et parce que l’islamophobie ne relève jamais du débat, mais toujours du passage à l’acte, pendant que l’on traquait les mots de Mustafa Çakıcı, une mosquée de Niederhaslach était taguée, insultée, souillée[4]. Cette attaque aura fait l’objet d’une unique brève en « faits divers », dans le journal local. Mustafa Çakıcı, lui, aura fait la une nationale.

 

Le pardon sélectif de la gauche : un privilège blanc

Mustafa Çakıcı n’a pas fui ses responsabilités. Dans un communiqué clair et sincère[5], il reconnaît avoir relayé des contenus problématiques, en explique le contexte et présente ses excuses, précisant que ces publications « ne reflètent en aucun cas [ses] convictions ». Il réaffirme que son engagement a toujours été guidé par la défense pacifique des droits humains.

Un tel geste, chez n’importe quel militant blanc, aurait été salué comme une preuve de maturité politique — ou, à tout le moins, traité en interne plutôt qu’exposé sur la place publique. Mais ici, rien de cela : la gauche universaliste refuse toute nuance, toute contextualisation, toute écoute. Celle qui prône habituellement la réhabilitation, la compréhension et le “dialogue permanent” devient soudain impitoyable dès qu’un musulman s’exprime hors du cadre qu’elle lui assigne.

Cette sévérité n’a rien d’un accident : elle s’inscrit dans une longue tradition de double standard. La même gauche qui a toléré – et parfois même produit – des figures comme Soral, Dieudonné, Chouard, Fourest ou Valls n’a jamais vu dans leurs dérives un symptôme d’elle-même. Pas d’examen de conscience, pas de mise en question collective : le passé des siens a toujours droit à l’erreur, au contexte, à la “période”.

Quand un militant blanc commet une faute, on parle d’“écart”, de “dérapage”, ou de “complexité”. Et lorsqu’il sert un récit utile — Assange contre l’impérialisme américain, Navalny contre la dictature russe — la même gauche se range sans hésiter derrière ces icônes. Peu importe que le premier soutienne aujourd’hui Marine Le Pen[6], ou que le second soit ouvertement raciste et nationaliste[7] : on contextualise, on pardonne, on théorise.

Mais ce deux-poids-deux-mesures apparaît de manière encore plus flagrante lorsqu’on le replace dans un autre moment de guerre.

En 2022, au cœur de Marioupol, les combattants du régiment Azov se retranchent dans l’usine d’Azovstal et se battent jusqu’à la mort contre l’envahisseur russe. Leur appartenance à une unité dont les origines et une partie des membres est ouvertement nationaliste et d’extrême droite[8] n’empêche en rien la gauche française de les célébrer. Dans les manifestations, on brandit leurs visages, on loue leur courage, on admire leur résistance. Personne ne convoque leurs familles pour exiger des comptes. Personne n’épluche leurs réseaux sociaux. L’urgence, disait-on alors, est ailleurs : un peuple doit être défendu.

Or cette évidence se dissout dès que le militant est musulman et qu’il revient d’un engagement lié à la Palestine. Ce qui, pour l’Ukraine, relevait de la solidarité inconditionnelle, devient pour Gaza une suspicion permanente. L’un a droit au respect malgré ses zones d’ombre ; l’autre doit être pur, impeccable, parfait. L’un est un héros malgré ses contradictions ; l’autre est un danger malgré son courage.

Mustafa Çakıcı est jugé non pour ce qu’il a fait, mais pour ce qu’il représente. Et ce refus de lui accorder la présomption d’humanité — cette incapacité à entendre la sincérité de son repentir — incarne l’islamophobie de gauche dans toute sa splendeur : le musulman n’a pas droit à la fragilité, à l’erreur, à la complexité. Il doit être exemplaire et discret, ou disparaître.

 

Mustafa Çakıcı : le moment colonial de la gauche française

La campagne menée contre Mustafa Çakıcı ne parle pas seulement d’un homme : elle renvoie la gauche à son propre miroir colonial. Elle révèle un camp politique incapable d’accueillir des voix qui ne lui ressemblent pas, habitué à filtrer la souffrance du monde et à la traduire pour le compte des opprimés. Dès qu’un musulman parle en son nom propre, sans passer par ses relais ni demander l’autorisation d’être politique, ce camp vacille. Mustafa Çakıcı dérange parce que sa parole échappe aux dispositifs qui prétendent l’encadrer et la rendre acceptable.

Ce rejet procède d’une islamophobie spécifiquement “de gauche”, masquée derrière les oripeaux de l’universalisme. Une islamophobie qui accepte les musulmans à condition qu’ils soient repentants, discrets, reconnaissants – jamais en colère, jamais indociles. Elle mobilise la laïcité pour mettre au pas, le féminisme comme arme civilisationnelle, et l’universalisme comme filtre invalidant systématiquement la parole musulmane. Tout y concourt à maintenir les dominés dans un rôle subalterne : visibles seulement quand la gauche les désigne, audibles seulement quand elle les autorise, jamais sujets politiques.

Mustafa Çakıcı fait ainsi l’expérience directe d’une indépendance que la gauche ne supporte pas. Il devient un obstacle dans la bataille silencieuse qu’elle mène pour conserver le leadership symbolique de la lutte contre le génocide à Gaza — une gauche qui veut être seule sur la photo, seule à parler au nom des opprimés.

Mustafa Çakıcı dérange parce qu’il n’est pas un figurant dans le récit de cette gauche. Il parle en son nom propre – et cette simple liberté suffit à le transformer en cible.

Cette posture colonialo-paternaliste révèle surtout l’aveuglement politique d’une gauche persuadée qu’elle peut combattre l’anéantissement d’un peuple depuis le confort social et symbolique des élites bourgeoises — alors même que l’histoire entière des luttes contre les massacres de masse montre que ceux qui excluent, surveillent et étouffent leurs propres alliés finissent toujours par servir l’ordre qu’ils prétendent contester.

L’histoire des luttes contre les dictatures, les massacres et les systèmes d’oppression nous raconte en effet toujours la même chose : face à la violence extrême, l’hétérogénéité n’est pas un défaut, mais une condition de survie.

De la guerre d’Espagne[9] aux résistances antifascistes européennes[10], des mouvements anti-lynchages américains[11] aux coalitions transnationales contre les nettoyages ethniques dans les Balkans, des luttes anti-apartheid[12] à l’Irak et à la Syrie face à Daech, les victoires ont été remportées par des alliances improbables. Elles réunissaient marxistes et conservateurs, féministes et religieux, syndicalistes et libéraux, organisations laïques et groupes traditionnels.

Partout où la mort de masse menaçait, les clivages idéologiques s’effaçaient devant l’urgence de protéger des vies. Et les coalitions les plus efficaces furent toujours celles qui acceptaient d’être traversées de tensions, de désaccords et de contradictions, mais unies par la certitude que l’essentiel — empêcher l’anéantissement d’êtres humains — primait sur toute autre considération.

C’est là la grande leçon du XXᵉ siècle et du début du XXIᵉ. Et si la gauche française choisit aujourd’hui de l’ignorer, ce n’est ni par oubli ni par naïveté : c’est parce qu’elle préfère préserver son contrôle symbolique, sa respectabilité et ses hiérarchies — quitte à disqualifier des résistances musulmanes jugées trop indociles, trop peu assimilables. Ce reniement historique dit moins son attachement à l’universel que sa difficulté persistante à reconnaître les musulmans comme des sujets politiques à part entière.

 

La gauche française face au génocide : la désertion et la complicité par confort

Qu’on le dise clairement : au lendemain du 7 octobre, une grande partie de la gauche française n’a pas simplement été dépassée. Elle a abandonné. Elle a abandonné Gaza, abandonné les Palestiniens, abandonné celles et ceux qui alertaient déjà sur la mécanique génocidaire en marche. Et pire : elle a participé activement à étouffer ces alertes, à délégitimer ceux qui tentaient de briser l’indifférence.

Alors même que les signaux d’un basculement génocidaire étaient limpides, cette gauche a choisi la ligne de moindre résistance : se draper dans la condamnation morale du Hamas pour mieux se dispenser de voir ce que l’État israélien s’apprêtait à commettre. Sous couvert de prudence, elle a avalisé l’inacceptable. Sous couvert d’« équilibre », elle s’est rendue complice du récit qui justifie l’anéantissement d’un peuple.

Ainsi, au fil des semaines, elle a méthodiquement émoussé la réalité des crimes : relativisation des bilans, suspicion systématique des sources palestiniennes, répétition mécanique des éléments de langage israéliens. Les hôpitaux ? Des bases militaires. Les écoles ? Des caches d’armes. Les familles ensevelies ? Des dommages collatéraux regrettables mais inévitables.

Cette rhétorique, adoptée sans esprit critique, n’était pas neutre : elle a contribué à désensibiliser l’opinion, à normaliser l’inhumain.

Dans le même temps, elle a participé, parfois avec une ardeur stupéfiante, à la criminalisation de la solidarité. La critique du sionisme ? Soupçonnée d’antisémitisme. Les manifestations pro-palestiniennes ? Assimilées à un soutien au terrorisme. Les militants musulmans ? Placés sous surveillance, diffamés, marginalisés.

Mustafa Çakıcı, comme tant d’autres, en a subi les conséquences : ostracisés, mis en accusation, suspectés d’excès là où ils ne faisaient que dire la vérité que la gauche refusait d’affronter. Au lieu de protéger ceux qui portaient les alertes, la gauche les a exposés. Elle les a livrés à la répression institutionnelle, médiatique et fasciste, pour ne pas assumer elle-même la rupture politique que leur courage rendait inévitable.

Plus grave encore : cette gauche s’est offert un rôle confortable – celui de la gardienne de la morale abstraite. Elle s’est autorisée à juger la radicalité de ceux qui tentaient de sauver des vies, depuis un siège éthique qui n’était que la façade polie de la lâcheté politique. Elle s’est autorisée à distribuer bons et mauvais points pendant que des quartiers entiers disparaissaient sous les bombes.

Dans un contexte de destruction massive, une telle posture n’est pas un simple manquement : c’est une participation à l’ordre dominant, une contribution – passive ou active – à la violence. Lorsque la priorité devient de préserver son image plutôt que de défendre les opprimés, on cesse d’être un contre-pouvoir ; on devient un rouage supplémentaire du dispositif qui les écrase.

Certains segments de la gauche, assumant leur islamophobie, ont même franchi un pas supplémentaire : l’intégration au récit du « choc des civilisations », qui a justifié le soutien à l’offensive israélienne tout en disqualifiant les militants anticolonialistes. Pour ces courants, affaiblir le front de solidarité n’était pas un effet secondaire, mais une stratégie — une manière de maintenir l’ordre politique existant, quitte à accepter comme prix politique une complaisance envers la destruction de Gaza.

Cette gauche affirme aujourd’hui qu’elle « ne savait pas ». Mais elle savait. Elle disposait des faits, des rapports, des alertes, des images, des témoignages — et elle a choisi de ne pas en tirer les conséquences politiques. Ce choix délibéré a laissé seuls ceux qui alertaient, et il a contribué à rendre acceptable l’inacceptable : la destruction méthodique d’une population.

Il est temps de rompre avec cette gauche-là, celle qui s’effondre toujours là où elle devrait tenir, celle qui sacrifie les opprimés pour rester respectable, celle qui, au lieu d’affronter la violence coloniale, a préféré s’attaquer à ceux qui la dénonçaient.

 

De Mustafa Çakıcı à la Philharmonie de Paris : quand la gauche tourne le dos aux résistants

La même gauche qui au lieu de protéger Mustafa Çakıcı, l’a livré à la vindicte médiatique, s’est, quelques semaines plus tard, indignée de voir des militants interrompre pacifiquement le concert de l’Orchestre philharmonique d’Israël.

Ce soir-là, l’orchestre, qui se présente comme une véritable « ambassade culturelle » d’un État en train d’anéantir Gaza, se produit à Paris. Les appels au boycott sont nombreux, structurés, argumentés[13][14][15]. L’institution les ignore.

Dans la salle, des militants rappellent publiquement qu’un génocide est en cours. Ils sont aussitôt roués de coups par des spectateurs d’extrême droite, puis arrêtés, placés en garde à vue, et mis en examen. Ils encourent aujourd’hui jusqu’à un an de prison pour avoir dérangé un concert – autrement dit, pour avoir refusé la normalisation culturelle d’un État en train d’écraser un peuple.

Là encore, les réactions les plus véhémentes ne viennent pas de la droite, mais de pans entiers de la gauche militante, culturelle et médiatique. Celles et ceux qui hier avaient accablé Mustafa Çakıcı se déclarent alors « choqués », « outrés » par l’irruption de militants pro-palestiniens dans une salle de concert.

Les mêmes qui sommaient Mustafa Çakıcı d’être irréprochable en toutes choses condamnent ici sans nuance une action non violente. Les mêmes qui refusaient la contextualisation pour Mustafa Çakıcı refusent ensuite de contextualiser la désobéissance civile face à un génocide.

Ce parallélisme n’est pas anodin : il révèle une cohérence idéologique. La gauche qui a abandonné Mustafa Çakıcı est la même qui préfère s’émouvoir d’un trouble à l’ordre culturel parisien plutôt que de la destruction systématique d’un peuple. Elle consacre plus d’énergie à scruter la pureté morale de ses militants qu’à affronter un processus d’anéantissement en cours.

 

Soutenir Mustafa Çakıcı, c’est refuser une gauche sans courage

Ce qui se joue ici dépasse des individus : c’est toute une culture politique qui s’effondre sous son propre poids moraliste, une gauche qui, au lieu d’affronter l’ordre colonial génocidaire, préfère domestiquer ses propres rangs, discipliner celles et ceux qui n’ont que leur voix pour résister, confondre « respectabilité » et courage, sanctionner les dérangeants plutôt que les coupables.

Cette gauche-là a cessé d’être un contre-pouvoir : elle sélectionne, trie, disqualifie ; elle ne lutte plus, elle gère son image ; elle ne se solidarise plus, elle surveille. Ce basculement n’est pas abstrait : il s’est traduit par l’isolement de militants, par la mise à l’écart de celles et ceux qui refusaient le silence, tandis que Gaza, elle, continuait d’être écrasée.

Soutenir Mustafa Çakıcı, c’est refuser cette lâcheté collective. L’attaquer à son retour de détention israélienne fut une indécence et une trahison politique qui ont affaibli la lutte contre une offensive dévastatrice : pendant que certains s’acharnaient à évaluer sa respectabilité, un homme revenait d’avoir risqué sa vie pour briser un blocus inhumain.

La campagne médiatique qui s’est acharnée sur lui a envoyé un message glaçant à toute une génération de militant·es musulman·es : « Si vous osez agir pour la Palestine, nous vous briserons. »

Réhabiliter Mustafa Çakıcı ne revient pas à nier ses erreurs, mais à reconnaître qu’un militant musulman n’a pas à être plus parfait qu’un combattant ukrainien pour mériter la solidarité de celles et ceux qui se prétendent progressistes ; c’est admettre sa dignité, son engagement, son humanité, mais aussi regarder en face ce que Gaza aura révélé : l’effondrement de valeurs dont la gauche aimait encore se réclamer.

Ce qui a été infligé à Mustafa Çakıcı est le miroir d’une faillite morale plus large. Cela révèle une islamophobie de gauche qui se manifeste moins par des discours explicites que par une incapacité persistante à accepter l’existence d’une parole musulmane qui ne demande ni validation ni tutelle. Cette faillite se double d’une complicité avec le pire lorsque, par prudence frileuse, des militants engagés contre le génocide sont sacrifiés au nom de la respectabilité. Elle révèle enfin un logiciel colonial et paternaliste, trahi par la peur de perdre le contrôle symbolique d’une lutte que l’on prétend soutenir tout en voulant en monopoliser le récit.

Réhabiliter Mustafa Çakıcı, enfin, ce n’est pas seulement réparer une injustice : c’est reconstruire un camp progressiste digne de ce nom — un camp qui protège ses résistants, qui accepte que des voix musulmanes puissent exister sans tutelle, et qui ne renonce jamais à la justice précisément au moment où elle exige du courage.

 

[1] Amnesty International France, « L’interception illégale de la flottille mondiale Sumud par Israël… », communiqué de presse, 1er octobre 2025,
https://www.amnesty.fr/presse/linterception-illgale-de-la-flottille-mondiale-sum.

[2] https://www.facebook.com/watch/?v=1141001697530982

[3] Nadia Meziane, « Mustafa Cakici, unité nationale contre une tête de Turc », Yeni Şafak France (International), 16 octobre 2025,
https://www.yenisafak.com/fr/international/mustafa-cakici-unite-nationale-contre-une-tete-de-turc-48754.

[4]« Des tags anti-islam sur une mosquée Milli Görüs », Les Dernières Nouvelles d’Alsace (section Faits divers – Justice), 15 octobre 2025, https://www.dna.fr/faits-divers-justice/2025/10/15/des-tags-anti-islam-sur-une-mosquee-milli-gorus.

[5] https://www.facebook.com/tarikat1/posts/pfbid0A3Lhd9GS9PW8Y9xBR3mcLFg8gKpaPNPA4itVriLxJYYwwM1J2a4xGf6UtTi3eqjXl

[6] « Pour Assange, Le Pen a perdu la présidentielle à cause du sexisme », Ouest-France, [date de publication],
https://www.ouest-france.fr/politique/marine-le-pen/pour-assange-le-pen-perdu-la-presidentielle-cause-du-sexisme-4979055

[7] Nicolas Werth, « Navalny a parcouru, jusqu’au sacrifice ultime de sa propre vie, un cheminement politique complexe », Le Monde (tribune), 20 février 2024,
https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/02/20/navalny-a-parcouru-jusqu-au-sacrifice-ultime-de-sa-propre-vie-un-cheminement-politique-complexe_6217450_3232.html.

[8] G Sasse et. A. Shmakov, « Qu’est-ce que le régiment Azov, ce bataillon ultra-nationaliste devenu symbole du martyre de Marioupol ? », The Conversation France, 20 avril 2022

https://theconversation.com/quest-ce-que-le-regiment-azov-ce-bataillon-ultra-nationaliste-devenu-symbole-du-martyre-de-marioupol-183602

[9] Dreyfus-Armand, Geneviève, « Guerre d’Espagne : les débats chez les intellectuels français », Bulletin hispanique, 2016, en ligne : https://journals.openedition.org/bulletinhispanique/pdf/4252

[10] Robert O. Paxton, *Le fascisme en action*, trad. William O. Desmond, Seuil, coll. « Histoire », 2004.

[11] Taylor Branch, La Partie des eaux : Amérique aux années King, 1954-1963, Fayard, 1990.

[12] Desmond Tutu, *Pas de futur sans pardon*, Albin Michel, 2000

[13] UJFP, Pas de musique pour le génocide ! Non au concert de l’Israel Philharmonic Orchestra à la Philharmonie de Paris, UJFP – Union juive française pour la paix, 4 novembre 2025, en ligne : https://ujfp.org/pas-de-musique-pour-le-genocide-non-au-concert-de-lisrael-philharmonic-orchestra-a-la-philharmonie-de-paris/.

[14] Collectif, « Solidarité avec Gaza. Lettre à la Philharmonie de Paris », Orient XXI, en ligne, https://orientxxi.info/solidarite-avec-gaza-lettre-a-la-philharmonie-de-paris,8627.

[15] Sud Culture Solidaires, « Pour l’annulation du concert de l’Orchestre Philharmonique d’Israël », Sud Culture Solidaires, 5 novembre 2025, en ligne : https://sud-culture.org/2025/11/05/pour-lannulation-du-concert-de-lorchestre-philharmonique-disrael/?print=print.

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