« Nous avons remarqué que la corruption semble s’inviter à la Maison-Blanche en suivant des cycles de cinquante ans. Cela suggère que la dénonciation et les sanctions protègent la présidence contre ses pulsions criminelles latentes pendant environ un demi-siècle. Vers l’année 2023, le peuple américain serait bien avisé de se mettre en alerte et de commencer à pointer du doigt tout ce qu’il remarque. » 1
« Je ne peux qu’admirer le ‘Golfe d’Amérique’ quand je le regarde. J’en ai les larmes aux yeux. » 2
Lorsque j’étais étudiant à l’université, l’un de mes cours portait sur la politique américaine contemporaine et la constitution. Dans la bibliographie figurait un livre du journaliste Arthur M. Schlesinger au titre saisissant : The Imperial Presidency 3. Ce livre n’était pas étudié de manière isolée. On nous conseillait de lire aussi des publications comme l’essai paru dans Harper’s Magazine de Richard Hofstadter intitulé « Le style paranoïaque dans la politique américaine et autres essais » 4.
Comme beaucoup d’étudiants britanniques sérieux ayant grandi dans les années 1970 et 1980, j’étais captivé par ce pays à la constitution écrite, aux règles strictes régissant la séparation des pouvoirs et à ce que notre professeur qualifiait de « contre-pouvoirs » — checks and balances. Cela semblait très différent de ce qu’on disait être caractéristique de la constitution non écrite et des pratiques coutumières du Royaume-Uni. À l’université, on découvrait pourtant ce monde alternatif dans lequel le pouvoir présidentiel pouvait s’étendre beaucoup plus loin dans une culture qui était capable de diaboliser, de marginaliser et de vilipender tout ce à quoi ou à qui les puissants ne s’intéressaient pas.
Il n’est pas étonnant que Hollywood se soit montré si habile à produire et à diffuser des films conspirationnistes sur l’« État profond » — le deep state — et les abus de pouvoir présidentiels, mettant en scène la contamination croisée des principes et des pratiques mêmes qui ont fait des États-Unis un modèle démocratique libéral constitutionnel. Dans le langage de la guerre froide, on aurait pu parler d’« impérialisme informel » — changement de régime, ingérence électorale, désinformation agressive et intervention militaire limitée 5.
À cette époque — qui était aussi celle de Nixon — l’idée d’une « présidence impériale » opérant au 1600 Pennsylvania Avenue à Washington DC et dans ses environs était animée par les retombées du scandale du Watergate, par le complexe militaro-industriel de l’État profond et par le contrecoup confus du conflit au Vietnam 6. Le linguiste Noam Chomsky et l’universitaire en finance Edward Herman écrivait sur la manière dont le « consentement » était fabriqué par des médias dociles et un anticommunisme dominant qui avaient permis d’étouffer en grande partie les voix critiques dans les États-Unis de la fin de la guerre froide 7. Autrement dit, les « présidences impériales » pouvaient perdurer parce qu’elles n’étaient pas suffisamment remises en question au sein de la société civile. Selon Media Matters for America, les réseaux sociaux d’aujourd’hui, plutôt que les médias grand public comme le New York Times qui préoccupaient Chomsky et Herman, sont biaisés en faveur des sources médiatiques de droite 8.
Alors que le président Donald Trump a suscité des comparaisons avec Richard Nixon et la fameuse « théorie du fou » — madman theory — on s’est aussi inquiété du rôle que peuvent jouer les pouvoirs et contre-pouvoirs 9. Comme Nixon le disait à son chef de cabinet de l’époque, H. R. Haldeman, il pourrait y avoir des avantages à cultiver une personnalité publique colérique et imprévisible : « j’appelle ça la théorie du fou, Bob. Je veux que les Nord-Vietnamiens croient que j’en suis arrivé au point où je pourrais faire n’importe quoi pour arrêter la guerre. On leur glissera simplement le mot, ‘pour l’amour de Dieu, vous savez que Nixon est obsédé par le communisme. On ne peut pas le retenir quand il est en colère’… » 10
Si certains ont jugé que le comportement de Trump en tant que président était grossier et sinistre dans son ton et ses intentions, d’autres ont noté une volonté trop évidente de s’accommoder de pays tiers agressifs tels que la Russie. La considération de Schlesinger sur « l’année 2023 » pourrait seulement être le résultat d’un bon sens du timing plutôt qu’une prédiction pertinente : l’approche de Trump vis-à-vis des normes, des règles et des codes consiste simplement à les enfreindre ou à les contourner — tout en utilisant l’arrêt des financements et les licenciements pour éventrer le travail administratif et calculateur du gouvernement fédéral.
Le deuxième mandat présidentiel de Donald Trump s’inscrit dans le sillage d’une administration désireuse de tirer parti de son mandat électoral pour faire passer « l’Amérique d’abord », America First. Jim Sciutto, correspondant étranger principal d’ABC News, a ressuscité la « théorie du fou » pour tenter de donner un sens à la première administration Trump — mais la deuxième pourrait nécessiter une autre mise en garde 11. Alors que Trump a souvent utilisé des mots comme « injuste » (unfair) pour fustiger la façon dont le système international — cet ordre international d’après 1945, fondé sur des règles, que l’Amérique a contribué à créer et à défendre — serait désormais truqué contre Washington, d’autres pays, souvent alliés, sont fréquemment accusées de profiter de la bienveillance américaine 12. Pourtant, dans le même temps, Trump dénonce l’avantage commercial de la Chine et il se montre complaisant face à la Russie.
Sur le plan intérieur, l’ascension de Trump au pouvoir s’inscrit dans le cadre d’un autoritarisme populiste qui appelle à s’opposer à Washington (drain the swamp). La mise à l’écart des agences fédérales s’est accompagnée d’intimidations et de haine publique envers toute personne ou entité qui remet en question la légitimité de ces actions. L’ancien grand maître d’échecs Garry Kasparov a simplement qualifié ce phénomène de « poutinisation » de l’Amérique 13. Le Département de l’efficacité gouvernementale (D.O.G.E.), dirigé par Elon Musk, est déterminé à défricher par le feu les agences fédérales et les financements — dans une entreprise qui n’a pas de précédent. La capacité des États-Unis à mener leurs activités, y compris dans le domaine scientifique, tant au niveau national qu’à l’étranger, est tout simplement en train de disparaître. Leur participation aux organisations internationales est menacée.
Les écosystèmes des réseaux sociaux contribuent à attribuer la responsabilité de tout cela à la malveillance de malfaiteurs « gauchistes ». En l’absence d’une vision commune de ce que sont des sources médiatiques « fiables », les rituels sociaux et culturels qui auraient autrefois été identifiés comme faisant partie intégrante du fonctionnement des « imaginaires nationaux » sont en train d’être détruits. Les « médias mainstream » sont désormais un terme injurieux et s’accompagnent d’accusations selon lesquelles le spectre des « fake news » est omniprésent. Des observateurs universitaires comme Timothy Snyder ont mis en garde, à plusieurs reprises, contre la manière dont l’Amérique contemporaine glisse en territoire fasciste 14. Cela a de l’importance, car ce que moi-même et d’autres appelons la « géopolitique populaire » devient de plus en plus fractionnée lorsque les citoyens n’ont pas de points de repère communs pour comprendre la place de l’Amérique dans le monde 15.
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L’objectif de cet essai est de suivre et de retracer les contours géopolitiques de la présidence impériale de Trump — définie par la combinaison du privilège de l’exécutif et des intérêts personnels — pour tenter d’en dégager une cohérence hypothétique.
Trump n’est pas le seul à se lancer dans la poursuite impitoyable de ses intérêts personnels. D’autres présidents, démocrates et républicains, ont été parfaitement capables d’utiliser leurs pouvoirs exécutifs de cette façon. Trump, cependant, le fait au vu et au su de tous et d’une manière qui semble indifférente au chaos qu’il crée. Il a ouvertement menacé l’indépendance du Canada et a ouvertement parlé d’expulser Ottawa du réseau de renseignement des Five Eyes 16. Trump ne se soucie pas de la cohésion sociale interne. Il fait peu de cas des schémas existants d’alliance internationale et n’a que faire de l’idée que l’Amérique devrait être la « nouvelle Jérusalem », en particulier si le retour sur investissement est faible.
Qu’est-ce qui fait alors de Trump un président « géopolitique » ? Nous voulons risquer quelques éclaircissements.
La géopolitique de Trump : deals, cartes, immobilier
La géopolitique, pendant une grande partie de son histoire intellectuelle, a visé à donner un sens aux réalités géographiques qui sous-tendent la politique mondiale 17.
Elle a connu un passé mouvementé au cours duquel, comme discipline, elle a été liée à des trajectoires du pouvoir et de la pensée autoritaires et fascistes. Cela s’explique par le fait que la pensée géopolitique a souvent été développée par des auteurs qui s’intéressaient explicitement à la manière dont l’acquisition et la conservation des ressources et des territoires consolidaient le pouvoir national et impérial.
La géographie physique de la Terre a également son importance en géopolitique. Pour ceux qui s’intéressent au domaine maritime, il est facile de comprendre que les zones de canaux, les détroits maritimes et les mers régionales peuvent susciter — et suscitent — des préoccupations à l’idée que l’accès et la mobilité puissent être entravés par des tiers hostiles. Ce n’est pas un hasard si certains des plus fervents défenseurs de la vision géopolitique du monde défendaient passionnément la nécessité pour les citoyens de regarder leurs cartes et leurs globes, dans l’espoir qu’ils comprennent mieux les réalités géographiques dominantes. La guerre et les crises ont eu pour effet d’affiner ces sensibilités spatiales 18.
Au cours de son second mandat, l’approche de Trump rappelle de plus en plus ce que le juriste et théoricien politique nazi Carl Schmitt a qualifié de Großraum — le « grand espace »
Klaus Dodds
Si le sujet a connu des hauts et des bas en termes de popularité auprès des commentateurs grand public, il ne fait aucun doute que la « géopolitique » connaît un regain d’intérêt en Europe, en Amérique du Nord et ailleurs dans le monde. Les raisons en sont multiples, mais il est probable que ce qu’Adam Tooze et d’autres ont décrit comme une « polycrise » soit un des facteurs d’explication — le sentiment que le monde fait face et continue d’être confronté à une série de crises qui se recoupent, allant de l’effondrement financier au changement climatique et à la pandémie, en passant par les conflits et les rivalités entre grandes puissances qui impliquent la Chine, la Russie et les États-Unis.
Lors de son premier mandat, Trump a souvent utilisé le terme d’« injustice » pour décrire une situation où les États-Unis permettaient à d’autres de bénéficier de leur succès. Il a abordé cette question de front, en exigeant que les alliés cessent simplement de se comporter en profiteurs.
Plus inquiétant encore, au cours de son second mandat, l’approche de Trump rappelle de plus en plus ce que le juriste et théoricien politique nazi Carl Schmitt a qualifié de Großraum — le « grand espace » 19. S’inspirant des États-Unis et de leur doctrine Monroe du XIXe siècle, Schmitt a soutenu que les États hégémoniques chercheraient à dominer une zone géographique plus vaste afin d’assurer leur prospérité et leur sécurité futures. Tout cela ne se limiterait peut-être pas non plus aux grandes puissances. Des superpuissances régionales telles qu’Israël et la Turquie ont aussi montré leur volonté d’occuper, d’annexer et de s’emparer de territoires voisins dans le cadre de leur planification de sécurité à long terme.
C’est ce ces idées que naît le diagnostic de Trump.
Premièrement, les États-Unis ne sont plus disposés à soutenir un ordre international fondé sur des règles, car cela n’apporte pas suffisamment de reconnaissance et d’avantage concurrentiel. Des mots comme « gratitude » sont souvent utilisés dans l’affirmation que des pays comme le Canada auraient été négligents lorsqu’il s’agissait de « remercier » les États-Unis pour leur générosité. Selon Trump, les coûts et le niveau d’engagement envers les autres seraient tout simplement trop élevés — et il pense clairement que les actions de soft power, y compris l’aide au développement, sont surestimées.
Entre 1946 et 2024, l’aide au développement américaine a coûté environ 1 000 milliards de dollars — son principal bénéficiaire étant Israël. La décision de fermer l’USAID en 2025 s’inscrivait dans le cadre d’un programme plus large de réduction des dépenses fédérales, qui vise principalement l’aide humanitaire, mais n’interfère pas avec l’aide militaire à l’allié régional le plus proche des États-Unis 20. Le retour sur investissement — à l’exception d’Israël qui est un cas particulier — étant jugé faible par rapport aux avantages matériels et monétaires que l’Amérique en retire.
Deuxièmement, la Chine est un véritable concurrent mondial et elle s’est avérée habile dans la construction de relations transactionnelles et indexées sur les investissements dans des domaines tels que les infrastructures et l’accès aux marchés.
Troisièmement, les alliés des États-Unis ont tiré profit à long terme du programme de fidélité de Washington, forgé à l’issue de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre froide. Par conséquent, ils ont pu consacrer des ressources considérables à d’autres domaines de dépenses, mais pas spécifiquement à la défense.
Quatrièmement, si le centre de gravité géopolitique mondial est la région indo-pacifique, les Européens devront alors prendre en charge leur propre sécurité.
Enfin, les États-Unis doivent assurer leur sécurité hémisphérique et s’employer à ce que l’empreinte chinoise et russe soit strictement circonscrite dans leurs sphères d’influence respectives. À la fois la Chine et la Russie ont annexé des terres et des mers régionales. Les commentaires de Trump sur l’accaparement des terres du Canada, du Groenland et du canal de Panama doivent être considérés sous cet angle.
Mais la vision géopolitique du monde de Trump est aussi façonnée par la perspective opératoire du promoteur immobilier. Dans son livre, The Art of the Deal, publié en 1987, Trump donne un aperçu de sa vie professionnelle qui passe d’une propriété et d’un endroit à l’autre 21. Le réseautage, les routines de travail imprévisibles et le favoritisme y occupent une place majeure. Son mantra est de voir grand, et les investissements tels que les casinos et les hôtels servent à étendre son ampleur géographique et à gérer une gamme de business personnels.
En juin 2018, au cours de son premier mandat, Trump a émis l’idée que la Corée du Nord avait de « belles plages », qui en retour se prêteraient bien à la construction de « grands hôtels » et de condominiums, si seulement un accord pouvait être conclu pour dénucléariser la péninsule coréenne 22. Reprenant certaines de ses idées antérieures tirées de The Art of the Deal, le président américain avait proposé une redéfinition de la relation avec la Corée du Nord comme une opportunité de conclure des accords immobiliers et touristiques qui s’avéreraient mutuellement bénéfiques. Il avait exhorté le dirigeant nord-coréen, Kim Jong Un, à réfléchir à cette question « sous l’angle de l’immobilier » — from a real estate perspective — une expression qui n’a pas été définie par Trump, mais qui vise à tirer parti d’un avantage commercial plutôt qu’à prolonger une situation conflictuelle.
Si les transactions immobilières et foncières relient les affaires familiales à la géopolitique, Trump a apparemment également un penchant pour les cartes.
Klaus Dodds
Un autre pan de cette pensée calculatoire a été révélé en octobre 2024 lorsque Trump, alors candidat à la présidence, a exigé que la Corée du Sud paie 10 milliards de dollars par an pour bénéficier de la présence stabilisatrice des forces des États-Unis basées en Corée [USFK] 23, qualifiant la Corée du Sud de « machine à sous ». Au cours de son premier mandat, il avait mis à rude épreuve les relations entre Washington et Séoul en exigeant davantage de celle-ci pour maintenir la présence d’environ 30 000 soldats américains 24.
En février 2025, Trump est revenu sur ce thème de la promotion de l’investissement immobilier comme catalyseur de transformations géopolitique et géoéconomique. Il s’agissait cette fois-ci de la bande de Gaza, mais un mois plus tôt, la famille Trump avait proposé un accord pour un complexe de luxe avec l’Albanie 25. Contrairement à la Corée du Nord à ce stade, les propositions concernant l’Albanie et Gaza ont toutes deux pour origine un plan de paix et de développement fondé sur l’investissement, porté par le gendre de Trump, Jared Kushner.
Dans sa version la plus radicale, Trump a semblé suggérer en 2025 que Gaza serait nettoyée et développée sous la tutelle des États-Unis. Il a ainsi déclaré : « les États-Unis prendront le contrôle de la bande de Gaza et nous ferons le travail avec cet endroit aussi », puis « nous en serons propriétaires. » Cela faisait suite aux remarques du mois dernier sur Gaza où il avait dit aux journalistes : « vous parlez d’un million et demi de personnes… nous allons simplement tout nettoyer. » 26 Une proposition aussi extravagante impliquerait dans les faits l’expulsion et la réinstallation de plusieurs millions de résidents palestiniens en Égypte et en Jordanie — et vraisemblablement une présence militaire américaine permanente pour garantir les intérêts de ceux qui réalisent cet investissement commercial. Une autre option consisterait à s’assurer que tout dirigeant palestinien de Gaza soit étroitement aligné sur les intérêts américains et israéliens. Un média a résumé cela par un titre évocateur : « Les plans de Trump pour ‘prendre le contrôle’ de Gaza, expulser les Palestiniens et construire des biens immobiliers dont sa famille pourrait tirer profit » 27.
Si les transactions immobilières et foncières relient les affaires familiales à la géopolitique, le président Trump a apparemment également un penchant pour les cartes.
En février 2017, Kevin Drum dans le magazine américain Mother Jones écrivait : « Alors que Barack Obama aimait les documents d’orientation politique de trois à six pages à interligne simple, les membres du personnel du Conseil sont désormais invités à limiter leurs documents à une seule page, avec de nombreux graphiques et cartes. ‘Le président aime les cartes’, a déclaré un responsable. » 28
Au cours de son premier mandat, Trump s’est mis à tweeter ou à retweeter frénétiquement des cartes des États-Unis qui représentaient le comportement de vote selon les comtés 29. Parfois, ces cartes ont aussi été utilisées pour mettre en avant son mandat populaire, tandis qu’en d’autres occasions, d’autres cartes et projections cartographiques ont été utilisées pour justifier l’utilité d’acquérir des îles comme le Groenland.
Dans le livre The Divider : Trump in the White House, 2017-2021, Peter Baker et Susan Glasser du New York Times racontent comment Trump s’est intéressé au Groenland. Il aurait déclaré aux auteurs : « Pourquoi n’avons-nous pas ça ? (…) Vous regardez une carte. Je suis promoteur immobilier. Je regarde un coin, je me dis : ‘Je dois avoir ce magasin pour l’immeuble que je construis’, etc. Ce n’est pas si différent. » Ou encore : « J’adore les cartes. Et j’ai toujours dit : ‘Regardez la taille de ce pays. C’est immense. Cela devrait faire partie des États-Unis’ » 30.
Il est apparu que les membres de l’administration Trump avaient alors étudié des options telles qu’une proposition de bail, par laquelle le Danemark louerait le Groenland aux États-Unis. Ayant d’abord évoqué en 2019 l’idée d’un investissement immobilier plutôt que d’une location, Trump est revenu sur ce thème en 2025, et a reçu à chaque fois un refus ferme de la part des gouvernements du Danemark et du Groenland 31.
Au cours de son premier mandat, Trump s’est mis à tweeter ou à retweeter frénétiquement des cartes des États-Unis qui représentaient le comportement de vote selon les comtés.
Klaus Dodds
Ces éléments permettent de constater que Trump a été explicite dans le lien qu’il fait entre le développement immobilier, les cartes et la géopolitique 32.
Un autre exemple intéressant de cette intersection serait la façon dont ses propriétés et ses terrains de golf, y compris le club privé Mar-a-Lago en Floride, sont utilisés comme des sites d’accueil de sommets internationaux et personnels.
S’agissant de Mar-a-Lago, Trump l’a acheté en 1985 et en a fait un club privé en 1995. Au cours de son premier mandat, il y a accueilli le Premier ministre japonais de l’époque, Shinzo Abe, et le dirigeant chinois, Xi Jinping 33. À la fin de son premier mandat, Trump avait pris l’habitude d’utiliser Mar-a-Lago et ses hôtels à New York et à Washington DC comme des lieux de séjour pour les dignitaires étrangers. Certains pays, comme le Koweït, choisissent par exemple un hôtel appartenant à Trump pour célébrer leurs journées nationales 34. Tout cela s’est poursuivi avec un certain enthousiasme au début du second mandat présidentiel, avec une nouvelle série de dirigeants politiques et de PDG d’entreprises choisissant de socialiser avec Trump à Mar-a-Lago en particulier 35. Trump a une prédilection pour les sites côtiers, de préférence avec un accès à des terrains de golf, qui servent d’écrins pour son action politique personnelle.
Make America Larger
Au cours des deux derniers mois, Trump a lié le destin du Canada, du Groenland, du golfe du Mexique et du canal de Panama d’une manière qui refléterait une vision hémisphérique de la puissance et de la présence américaines.
En commençant par quelques messages postés le jour de Noël de l’année dernière, le président élu s’était exprimé sur à la manière dont les États-Unis devraient exercer une influence et un contrôle plus importants sur la zone du canal de Panama, acheter ou annexer le Groenland et intégrer le Canada en tant que 51e État. Une fusion entre les États-Unis et le Canada signifierait que les « États-Unis » deviendraient plus grands que la Fédération de Russie — et plus encore si le Groenland était également annexé. En outre, le golfe du Mexique a été rebaptisé par décret présidentiel « golfe d’Amérique » et Trump ne cesse depuis de se faire photographier à côté d’une grande carte illustrant ce changement de nom en février 2025.
L’un des arguments mobilisés par Trump et la Maison-Blanche est de considérer les États-Unis comme un pays qui devrait étendre sa portée territoriale, car cela lui permettrait d’assurer un accès aux ressources et aux points de contrôle — le canal de Panama et les routes maritimes autour de la pointe nord de la masse continentale nord-américaine — dont elle aura besoin pour sa sécurité dans un avenir plus incertain. Tout cela s’est enfin accompagné d’autres décrets et déclarations sur les restrictions de voyage, la sécurité aux frontières et les interrogatoires pour ceux qui cherchent à entrer aux États-Unis et y faire des affaires.
Dans un récent article publié par Ethics and International Affairs, Sune Lægaard de l’université de Roskilde a proposé une analyse utile pour comprendre la « mentalité territoriale » de Trump 36.
Il note que Trump ne parle pas de manière cohérente de lieux et de territoires spécifiques, et qu’il offre différentes justifications pour son intérêt à leur égard. En prenant le Groenland comme étude de cas, Lægaard montre que l’intérêt de Trump pour l’acquisition de la plus grande île du monde a tourné autour de revendications de sécurité nationale, de sécurité économique, de sécurité internationale et d’une apparente absence de droits danois sur l’île — ce qui est étrange dans la mesure où les États-Unis reconnaissent le Danemark comme un État membre de l’ONU. Qui plus est, Trump a lié le Groenland à de plus larges transformations dans l’Arctique et à l’importance accrue des voies de navigation à mesure que la banquise fond autour de la masse continentale nord-américaine. Pour encore compliquer les choses, Trump a amalgamé la propriété et le contrôle : aux côtés des préoccupations sur la nécessité de garantir la continuité de l’accès et de la mobilité des États-Unis autour du Groenland, par le canal de Panama et à travers d’autres mers régionales telles que le golfe du Mexique, il évoque des droits réels que les États-Unis auraient sur leur masse continentale.
Au moins 40 % des États-Unis doivent leur existence à des achats sous une forme ou une autre.
Klaus Dodds
Si la capacité de Trump à composer des salades de mots est largement reconnue, il existe une autre façon de voir cette situation, qui consiste à l’inscrire dans le cadre de l’intérêt pour les sphères d’influence hémisphériques. Le discours d’investiture de Trump en janvier 2025 a souligné que les États-Unis devraient être une « nation en croissance » et a fait des références positives à d’anciens présidents comme William McKinley. Le président a ainsi déclaré :
« Les États-Unis se considéreront à nouveau comme une nation en croissance, qui permet d’accroître notre richesse, étendre notre territoire, construire nos villes, réhausser nos attentes et porter notre drapeau vers de nouveaux et magnifiques horizons. »
Au moins 40 % des États-Unis doivent leur existence à des achats sous une forme ou une autre, le dernier en date étant celui des Antilles danoises — aujourd’hui les îles Vierges américaines — en 1917. Comme l’a démontré l’achat de l’Alaska à l’Empire russe de l’époque, ces achats peuvent être considérés comme des investissements à long terme. Cent ans plus tard, le pipeline trans-alaskien transportait du pétrole du versant nord de l’Alaska jusqu’au port de Valdez dans le sud. Aussi troublante soit-elle, l’offre d’achat du Groenland par les États-Unis n’était pas sans précédent pour une nation qui a considéré que sa frontière civilisationnelle était en expansion constante 37. Tout cela a par ailleurs souvent été indifférent et cynique envers ceux qui vivent dans ces endroits, tels que les peuples autochtones et d’autres pris dans les cycles de croissance colonisation nationale/croissance territoriale.
De la géopolitique hémisphérique
Réviser la géographie nationale des États-Unis, comme l’imagine Trump, pourrait sembler logique — bien que déstabilisant et indésirable pour d’autres — dans le contexte de ce qui pourrait se produire au cours des deux prochaines décennies.
La Chine est un concurrent mondial des États-Unis, soutenu et encouragé par une base solide de ressources, une industrie maritime dominante, une importante force navale et un avantage commercial déloyal. D’ici 2049, date du centième anniversaire de la prise de pouvoir par le Parti communiste chinois, la Chine vise à devenir la première puissance mondiale. Pour conserver sa primauté, Washington devrait consolider sa présence hémisphérique en intégrant le Canada et le Groenland, sécuriser l’accès à la partie continentale de l’Amérique du Nord et à ses alentours, contenir et dominer le Mexique, et obtenir un important retour sur tout investissement concernant la puissance militaire et économique des États-Unis. Tout ce que les États-Unis feraient « pour le reste du monde » aurait ainsi un prix. Si des alliés tels que l’Australie et le Japon ont de la valeur, c’est parce qu’ils permettent et facilitent l’accès à des régions clés telles que l’Indo-Pacifique.
Cette conception de la géopolitique hémisphérique est essentiellement justifiée par des considérations sur l’avantage commercial comparatif et l’exposition commerciale.
Les États-Unis sont simplement moins dépendants du commerce international en pourcentage du PIB que la Chine — 24 % pour Washington contre 37 % pour Pékin. Le Canada dirige la plupart de ses exportations vers les États-Unis (76 %), et c’est encore davantage pour le Mexique (84 %). Certaines de ces exportations canadiennes sont essentielles à l’économie américaine, comme l’aluminium et l’acier.
L’attitude de Trump envers le Canada a été particulièrement choquante. Le Président des États-Unis a déclenché une guerre commerciale, parlé ouvertement d’annexer le pays et émis des doutes sur la « frontière artificielle » entre les deux pays. L’élément le plus troublant pour de nombreux Canadiens est la menace de transformer le pays en un entrepôt de ressources pour les États-Unis, qui pourraient alors déterminer quand et combien de ressources circuleraient vers le sud. En mars 2025, Trump a publié sur les réseaux sociaux : « La seule chose qui ait du sens pour le Canada c’est qu’il devienne notre cher cinquante et unième État. Cela ferait disparaître totalement tous les tarifs douaniers et tout le reste. » 38
Il n’est pas possible de comprendre tout cela seulement si l’on saisit que la vision géopolitique du monde de Trump est mue par le sentiment d’être une autarcie qui s’empare des terres et des ressources de ses voisins proches en prévision de temps plus difficiles à venir.
La conception trumpienne de la géopolitique hémisphérique est essentiellement justifiée par des considérations sur l’avantage commercial comparatif et l’exposition commerciale.
Klaus Dodds
Protéger les États-Unis du « Tropique du Chaos » : la prophétie de Parenti
Même si Trump ne s’intéresse manifestement pas au changement climatique — et qu’il démantèle même systématiquement les capacités scientifiques d’agences fédérales telles que la NOAA — il pourrait avoir eu l’écho de travaux de ces dernières années qui ont alerté sur de nouvelles zones géographiques de chaos et de violence.
Les États-Unis sont susceptibles de connaître une augmentation des conditions météorologiques extrêmes, que ce soit sous forme d’inondations, d’incendies, de chaleur extrême, d’ouragans ou de sécheresse.
Cela provoquera des crises pour l’approvisionnement en eau et l’habitation à long terme dans certaines parties des États-Unis continentaux.
Un argument en faveur de l’annexion ou de l’incorporation du Canada et du Groenland est que les États-Unis pourraient avoir besoin de déplacer leur population et leurs activités vers le Nord à un certain point au cours du XXIème siècle et plus tard — à mesure que la masse continentale deviendra plus chaude et plus sèche 39.
Chris Parenti a soutenu dans son livre Tropic of Chaos que la pauvreté, les conflits et l’insécurité alimentaire se font sentir dans le monde alors que les États vulnérables s’effondrent 40.
Parenti est clair sur le fait que le capitalisme néolibéral et un climat dur et imprévisible contribuent à aggraver les conditions de vie de millions de personnes dans le monde — en privilégiant la maximisation des profits et la privatisation de ressources limitées, notamment la terre et l’eau. Quant au titre de son livre, l’auteur affirme :
« Entre le tropique du Capricorne et le tropique du Cancer se trouve ce que j’appelle le Tropique du chaos, une ceinture d’États postcoloniaux économiquement et politiquement malmenés qui ceint les latitudes moyennes de la planète. Dans cette bande, autour des tropiques, le changement climatique commence à frapper durement. Les sociétés de cette ceinture sont fortement dépendantes de l’agriculture et de la pêche, et donc très vulnérables aux variations climatiques… C’est dans cette ceinture que se concentrent la plupart des États en faillite ou en quasi-faillite du monde en développement. » 41
Écrit bien avant le premier mandat de Trump, le livre de Parenti pourrait être lu soit comme un appel aux armes pour reconnaître les conséquences destructrices du capitalisme industriel et l’incinération continue des combustibles fossiles — soit comme un guide de ce qui doit être fait pour que les plus privilégiés du monde puissent empêcher le Tropique du Chaos de s’étendre vers le nord.
D’un livre comme celui-ci, d’aucuns à Washington pourraient ainsi tirer la leçon qu’il faut militariser davantage la frontière sud des États-Unis, séquestrer des ressources, annexer des territoires supplémentaires et dominer les voisins plus faibles qui pourraient être à l’origine des flux migratoires des personnes les plus vulnérables dans le monde.
Un argument en faveur de l’annexion ou de l’incorporation du Canada et du Groenland est que les États-Unis pourraient avoir besoin de déplacer leur population et leurs activités vers le Nord.
Klaus Dodds
Un chapitre du livre portant sur le Mexique aide d’ailleurs rétrospectivement à expliquer l’obsession qu’avait Trump en 2016 de construire un « beau mur », alors que Parenti explique pourquoi tant de Mexicains et de Latino-Américains se dirigent vers le nord. De manière prophétique, l’auteur alerte sur le fait que les fervents défenseurs de l’anti-immigration et de la frontière finiront par éroder les libertés civiles des Américains et par établir une ségrégation fondée initialement sur la classe et l’argent, puis sur la qualité de vie des régions frontalières du sud du pays 42.
Juguler les mouvements. Arsenaliser le commerce
Une autre clef de compréhension peut être de se pencher à nouveau sur les interdictions de voyager.
En mars 2025, l’administration Trump est revenue sur ce sujet — lors de son premier mandat, il avait ciblé sept pays à majorité musulmane pour la suspension des visas — et a cette fois identifié 41 pays, répartis en trois catégories de restrictions. La première catégorie implique la suspension totale des visas et comprend des pays tels que l’Afghanistan, l’Iran et la Corée du Nord. La deuxième catégorie sera soumise à des restrictions partielles de visas, notamment pour des pays comme Haïti et le Soudan du Sud. Enfin, 26 autres pays, dont le Pakistan, ont été avertis qu’ils devaient de toute urgence remédier à leurs « lacunes [deficiencies] », faute de quoi ils seraient placés dans une catégorie de restriction plus sévère 43.
Enfin, la militarisation des interdictions, des frais, des droits de douane, des barrières et des suspensions partielles fait désormais partie intégrante de l’arsenal géopolitique de Trump, tout en étant reliée à des projets qui visent à renforcer la sécurité de l’hémisphère américain 44. Produire de l’incertitude devient directement lié à la volonté de déstabiliser les tiers et d’obtenir un avantage stratégique — bien que cela ait généré une série de conséquences qui semblent compromettre l’objectif même de Trump d’un renforcement de la sécurité économique nationale.
L’approche de Trump en matière de transport maritime illustre bien cela.
En mars 2025, la Commission maritime fédérale (FMC) a enquêté sur sept goulets d’étranglement, dont le canal de Panama et la Manche, dans le cadre d’une évaluation stratégique de ce qui a été appelé des « conditions défavorables ». La conclusion évidente de ces travaux est que l’administration viserait les pays tiers qui nuisent aux intérêts économiques des États-Unis, incluant notamment l’imposition de taxes portuaires américaines.
L’une des pressions sur le gouvernement du Panama était la menace que la FMC — qui devrait agir en tant qu’agence gouvernementale fédérale indépendante — soit potentiellement encouragée à recommander l’interdiction de l’entrée des navires sous pavillon du Panama dans les ports américains. Si cette recommandation était adoptée, cela pourrait encourager les compagnies maritimes à changer de pavillon et, par conséquent, provoquer des difficultés économiques au Panama : la perte du pavillon entraînant une perte de revenus 45. S’il est parfaitement possible d’intimider les petites nations de cette manière, l’unilatéralisme américain finirait par effrayer les opérateurs maritimes, fausser les marchés et les flux commerciaux et saper la confiance des consommateurs nationaux — qui est un moteur essentiel de la puissance économique de Washington.
Plutôt Jackson que Nixon
Donald Trump ne ferait pas grand cas de la comparaison avec Nixon. Son véritable point de référence est plutôt le président Andrew Jackson (1829-1937).
Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi : Trump et Jackson pourraient être décrits comme des célébrités nationales et des figures populistes — « président du peuple » — et partagent une prédilection semblable pour l’expansion de l’empreinte territoriale des États-Unis 46. Ils prétendent tous deux représenter des parties des États-Unis — en particulier les régions rurales et les plus pauvres de l’Amérique blanche — qui auraient été oubliées par les élites urbaines.
Alors que le portrait tutélaire d’Andrew Jackson trône dans la Maison-Blanche, Trump s’est activement employé à harceler ses proches voisins et à menacer d’annexion forcée des alliés de l’OTAN comme le Danemark. Contrairement à Nixon, on voit mal le président Trump prononcer un discours de démission au cours de son second mandat.
Comme Jackson, Trump pense clairement qu’il exerce une forme critique de géopolitique.
En février 2025, Nathan Gardels a soutenu dans un essai47. Le président des États-Unis est focalisé sur la poursuite incessante d’un intérêt national qu’il a lui-même défini, qui inclut le fait de convoiter les lieux en leur donnant de nouveaux noms, les ressources et les territoires d’autrui. Comme le soutient Gardels, « les rêveries agressives du président sur l’annexion du Groenland, du canal de Panama et même du Canada s’inscrivent dans ce contexte ». Il en va de même de l’imposition brutale de droits de douane et de taxes, de contrôles aux frontières et d’interdictions de voyager à des tiers.
Comme Jackson, là où apparaissent des opportunités de soutenir sa famille élargie, Trump n’hésitera pas à le faire — puisqu’il pense que la géopolitique américaine sera plus efficace si elle passe par des deals immobiliers.
Mais la vision America First de Trump est également capable de certains accommodements et de certaines concessions.
La sécurisation de sa sphère d’influence ne doit pas nécessairement se faire au détriment des intérêts d’autres pays — qui tiennent eux aussi à leur décisionnisme souverain. L’Ukraine en est un bon exemple, où les interactions de Trump avec la Russie de Poutine révèlent une volonté de négocier des territoires et des ressources en échange d’un cessez-le-feu et de promesses de ne pas envisager la possibilité d’une future adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. L’Arctique pourrait également servir d’étude de cas, où le rôle croissant de l’Arabie saoudite au plan mondial pourrait être utile au développement mutuel de ces matières premières essentielles.
Comme Jackson, Trump pense clairement qu’il exerce une forme critique de géopolitique.
Klaus Dodds
Imaginons un monde où Trump obtient le Groenland et Poutine le Svalbard. Où la Chine est autorisée à annexer Taïwan. Cet espèce de monde-là est un espace où les États et les communautés les plus petits sont simplement annexés, conquis et totalement marginalisés. Il n’est guère étonnant que Foreign Affairs ait récemment publié un essai intitulé « La conquête est de retour » 48 — en notant d’ailleurs qu’elle n’a jamais vraiment disparu comme les communautés de Crimée, de Géorgie, de Palestine, de Somalie, et de leurs environs le savent bien.
Imaginons encore un monde où la famille Trump négocierait des hôtels et des futurs « rivieras » en échange d’une désescalade dans la péninsule coréenne, d’une annexion de la bande de Gaza — ou de n’importe quel autre endroit qui pourrait être ouvert à toute sorte de business.
Nous avons commencé à vivre dans ce monde.
La formule géopolitique imaginée par Trump — consolider l’emprise étatsunienne sur l’hémisphère occidental tout en protégeant son accès à d’autres régions du monde jugées précieuses pour ses intérêts globaux — est déjà en train de façonner une nouvelle réalité.
Sources
- The Imperial Presidency, Londres, Harper Collins, 2004, p. 418.
- Trump gets teary-eyed as he looks at ‘Gulf of America’ map : ‘It’s so beautiful’ », India Today, 26 février 2025.
- The Imperial Presidency, Londres, Harper Collins, 2004.
- Harper’s Magazine, novembre 1964, pp. 77-86.
- America’s informal empire », LSE Blogs, 5 mai 2024.
- President Dwight D. Eisenhower’s Farewell Address (1961).
- The Manufacturing of Consent, Pantheon Books, New York, 1988.
- The right dominates the online media ecosystem, seeping into sports, comedy, and other supposedly nonpolitical spaces », Media Matters for America, 14 mars 2025.
- Nixon’s Vietnam War, University of Kansas, Lawrence, 1998.
- The End of Power, Times Books, New York, 1978, p. 122.
- The Madman Theory, Harper Collins, New York, 2020.
- Trump’s expansionism threatens the rule-based order in place since the Second World War », The Guardian, 23 mars 2025.
- The Putinization of America », The Atlantic, 28 février 2025.
- What Does It Mean That Donald Trump Is a Fascist ? », New Yorker Magazine, 8 novembre 2024.
- Where Americans stand on the economy, immigration and other issues as Trump addresses Congress », Pew Research Center, 3 mars 2025.
- White House official pushes to axe Canada from Five Eyes intelligence group », Financial Post, 25 février 2025.
- Geopolitics : A Very Short Introduction, Oxford University Press, Oxford, 2019.
- The Politics of Maps : Cartographic Constructions of Israel/Palestine, Oxford University Press, Oxford, 2020.
- Lebensraum and Großraum : Nazi Spatial Theories Beyond Nazism », EJIL : Talk !, 11 février 2025.
- What is USAID and why is Trump poised to ‘close it down’ ? », BBC, 7 février 2025.
- The Art of the Deal, Arrow Books, Londres, 1987.
- Trump pitches ‘best hotels in the world’ to Kim », CNN, 12 juin 2018.
- Trump suggests $10 billion price tag for US troops in South Korea », Radio Free Asia, 16 novembre 2024.
- What is going on with the United States alliance with South Korea ? », Commentaire, Brookings, 27 novembre 2019.
- Albania approves luxury resort project linked to Jared Kushner’s company », Reuters, 26 janvier 2025.
- ‘Waterfront property’ : what are Trump’s real estate interests in Palestine ? », The Guardian, 7 février 2025.
- Trump plans to ‘take over’ Gaza, expel Palestinians & build real estate his family could profit from », Geopolitical Economy, 7 février 2025.
- President Trump Likes Graphics and Maps », Mother Jones, 13 février 2017.
- Donald Trump’s favorite map is deeply misleading », So What, 28 janvier 2024.
- The cosmetics billionaire behind Trump’s obsession with buying Greenland », Independent, 8 janvier 2025.
- President Trump, Hemispheric Security and the Greenland Connection », Groupe d’études géopolitiques, 21 février 2025.
- How Big Does Donald Trump Think Greenland Is ? » Foreign Policy, 14 février 2025.
- Trump Hosts Foreign Dignitaries at His Own Private Resort », VOA, 6 avril 2017.
- 150 foreign government officials have paid visits to Trump properties », CREW (Citizens for Responsibility and Ethics in Washington), 23 octobre 2020.
- Mar-a-Lago Guest List Hints at Trump’s Agenda », China US Focus, 17 janvier 2025.
- Trump, Territory, and Greenland : Mixed Claims for Ownership, Rights, and Control », Ethics and International Affairs, 7 février 2025.
- The Frontier in American History, Holt, New York, 1920.
- ‘It’s really terrible’ — What is Trump plan to redraw Canada/U.S. border ? », Windsor Star, 14 mars 2025.
- Pyromania, Agenda Books, Newcastle, 2024.
- Tropic of Chaos : Climate Change and the New Geography of Violence, Nation Books, New York, 2011.
- Ibid., p. 9.
- Oceans Rise, Empires Fall, Oxford University Press, Oxford, 2024.
- Trump administration weighs travel ban on dozens of countries, memo says », Reuters, 17 mars 2025.
- Weaponizing Uncertainty, C.D. Howe Institute, Verbatim, 2018.
- The Jacksonian foundations of Trump’s American foreign policy », OXPOL, 12 janvier 2018.
- Trump as sovereign decisionist », Noema Magazine, 14 février 2025.
- Conquest is back », Foreign Affairs, 21 mars 2025.