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01.04.2025 à 12:40

Trouble de l’accumulation : comment réussir à se débarrasser de ces objets qui nous encombrent ?

Mary E. Dozier, Assistant Professor of Psychology, Mississippi State University
Vous avez peut-être tendance à accumuler trop d’objets. Pour vous séparer plus facilement de certains d’entre eux, il peut être utile de réfléchir à leur adéquation avec vos valeurs les plus fondamentales.
Texte intégral (2243 mots)
Pour décider quels objets garder et lesquels jeter, des stratégies existent. MoMo Productions/Getty Images

Vous avez peut-être tendance à accumuler trop d’objets. Pour vous séparer plus facilement de certains d’entre eux, il peut être utile de réfléchir à leur adéquation avec vos valeurs les plus fondamentales.


J’ai récemment aidé ma mère à trier des cartons dont elle avait hérité à la suite du décès de mes grands-parents. L’étiquette de l’un d’entre eux mentionnait – probablement mi-sérieusement, mi-ironiquement – « porte cure-dents et autres trésors ». Il renfermait de nombreux souvenirs se rattachant à des moments qui faisaient désormais partie de notre histoire, mais aucun porte cure-dents.

Parmi tous les objets que nous avons triés, mon préféré s’est avéré être une pièce de puzzle. Cet artefact m’a fait me remémorer que ma défunte grand-mère avait la manie, lorsqu’un puzzle était en cours de réalisation, d’en subtiliser une pièce et de la cacher afin de pouvoir l’ajouter au tout dernier moment, et ainsi être celle qui terminait le jeu de patience…

Après plusieurs heures passées à évoquer nos souvenirs partagés, ma mère et moi avons jeté 90 % de ce que nous avions laborieusement trié.

Cela m’a renvoyé à une question que j’entends fréquemment, qu’elle soit formulée par les membres de ma famille, par mes amis, ou par mes patients : « Pourquoi ai-je gardé ça ? »


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En tant que psychologue clinicienne, je mène des recherches sur la caractérisation, l’évaluation et le traitement du trouble d’accumulation compulsive, notamment – mais pas uniquement – chez les adultes âgés de 60 ans et plus.

Autant dire que je passe une grande partie de mon temps à réfléchir à la réponse à cette question. Voici ce que j’en sais.

Qu’est-ce qui pousse certaines personnes à tout garder ?

Le trouble d’accumulation compulsive est un trouble psychiatrique se définissant par une tendance forte à conserver des objetset par une difficulté à se débarrasser de ses possessions. Les adultes qui souffrent d’un niveau « cliniquement sévère » de ce trouble se retrouvent à vivre dans un environnement domestique tellement encombré que le fonctionnement quotidien en est compromis. Le risque d’incendie de leur logement peut même être significativement accru.

Toutefois, d’après mon expérience, de nombreux adultes accumulent des possessions qui finissent pas les encombrer dans leur vie quotidienne sans pour autant remplir les critères cliniques du trouble d’accumulation compulsive.

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Conserver des objets qui ont une valeur sentimentale ou qui « pourraient être utiles un jour » est une tendance naturelle qui s’accentue avec l’âge. Toutefois, chez certaines personnes, cette tendance s’intensifie dans de telles proportions que ce comportement d’accumulation finit par correspondre aux critères cliniques du trouble mentionné plus haut.

L’augmentation de la prévalence du trouble d’accumulation compulsive au fil du temps pourrait être lié aux changements qui se produisent, à mesure que l’on vieillit, dans les fonctions exécutives du cerveau. Les difficultés accrues rencontrées en matière de prise de décision ont des répercussions en matière d’encombrement domestique.

Le modèle traditionnel du trouble d’accumulation suggère que la difficulté à se débarrasser des objets provient d’une détresse ressentie lors de la prise de décision. Toutefois, mes recherches montrent que cela pourrait être moins vrai pour les personnes âgées.

Une pièce remplie de piles de papiers, d’étagères surchargées et d’un tricycle
Il est temps de désencombrer… Kurt Whitman/Education Images via Getty Images

Une question d’altruisme ?

Lorsque j’étais étudiante en doctorat, j’ai mené une étude au cours de laquelle mes collaborateurs et moi-même avons demandé à des adultes souffrant du trouble d’accumulation compulsive de consacrer quinze minutes à décider s’ils devaient conserver ou jeter divers objets qu’ils avaient apportés depuis leur domicile.

Les participants pouvaient choisir de trier les objets de leur choix. À cette occasion, la plupart optaient pour des documents papier, tels que d’anciennes missives, des cartes ou des notes.

Nous avons constaté que l’âge était associé à une moindre détresse pendant la tâche : les participants plus âgés ressentaient moins de stress lorsqu’ils prenaient la décision de garder ou non un objet.

Nous avons également observé que beaucoup de participants, notamment parmi les plus âgés, ressentaient des émotions positives en effectuant un tri de leurs affaires.

Dans une nouvelle étude, qui sera publiée prochainement, mon équipe a reproduit ce résultat, mais cette fois en demandant aux participants de réaliser une tâche similaire à domicile.

Les résultats obtenus suggèrent que notre tendance à tout garder n’est pas systématiquement motivée par la peur de prendre une mauvaise décision.

En fait, une autre étude publiée en 2024 et menée par mon équipe sur des adultes de plus de 50 ans souffrant du trouble d’accumulation suggère que l’altruisme, un trait de personnalité caractérisé par la volonté d’aider les autres, pourrait expliquer pourquoi certaines personnes conservent des objets que d’autres auraient jetés.

L’altruisme transparaît également fréquemment dans ma pratique clinique, lorsque j’échange avec des adultes âgés souffrant d’encombrement. Les participants à nos études me disent souvent qu’ils ont gardé tel ou tel objet par sens des responsabilités, soit envers l’objet lui-même, soit envers leur environnement.

« Je veux lui trouver un bon foyer » ou « Ma grand-mère me l’a donné » sont des justifications qui reviennent fréquemment.

Il semblerait donc que les gens ne conservent pas forcément certains objets par peur de les perdre, mais parce que les garder correspond à leurs valeurs.

Vos valeurs peuvent vous aider à décider quels objets garder et lesquels donner ou jeter.

S’appuyer sur ses valeurs

Dans une étude menée en 2024, nous avons démontré qu’adopter une approche fondée sur les valeurs pour trier aide les adultes âgés à réduire l’encombrement de leur domicile et améliore leur bien-être émotionnel.

Nous avons constaté que le fait de commencer par identifier leurs valeurs permettait aux participants de rester concentrés sur leurs objectifs à long terme. Trop souvent, les gens se demandent seulement si un objet leur procure une « étincelle de joie », sans réfléchir à sa signification plus profonde…

Nous avons par ailleurs découvert qu’au lieu de remettre en question les raisons pour lesquelles une personne souhaite garder un objet, il est plus utile de l’aider à exprimer ses raisons de s’en séparer, et les objectifs qu’elle ambitionne pour son espace de vie.

Quelques conseils pour faire place nette

En me basant sur mes travaux concernant les entretiens motivationnels menés en vue de désencombrer et sur mes observations se rapportant à un essai clinique en cours, j’estime être en mesure de suggérer quelques stratégies pour désencombrer son domicile.

Commencez par mettre par écrit vos valeurs, puis dites-vous que chacun des objets présents à votre domicile devrait être accord avec elles. Cependant, n’oubliez pas que vos valeurs peuvent parfois entrer en conflit les unes avec les autres. Lorsque cela se produit, demandez-vous si le fait de garder ou de jeter un objet vous rapproche de vos objectifs ou vous en éloigne.

Si vous aidez un proche à désencombrer son intérieur, montrez-vous intéressé, mais n’émettez aucun jugement. Là où vous voyez un carton rempli d’objets inutiles, votre grand-mère pourrait y voir une boîte contenant ses « portes cure-dents et autres trésors »…


Pour en savoir plus :

The Conversation

Mary E. Dozier a reçu des fonds de l'American Psychological Foundation et du National Institute of Mental Health.

01.04.2025 à 12:39

Santé buccodentaire : vers une feuille de route nationale en 2025

Frédéric Denis, Professeur des Universités, Praticien hospitalier, Doyen de la faculté d'Odontologie de Tours, Université de Tours
Emmanuel Rusch, Professeur des Universités, Praticien hospitalier, CHU Tours, Université de Tours
Maladies cardiovasculaires, diabète, cancers… Les maladies buccales peuvent avoir de graves conséquences. Pourtant, l’impact de la santé buccodentaire reste largement sous-estimé.
Texte intégral (1956 mots)

Maladies cardiovasculaires, diabète, cancers… Les maladies buccales peuvent avoir de graves conséquences. Pourtant, l’impact de la santé buccodentaire reste largement sous-estimé.


Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dans le monde 3,5 milliards de personnes sont touchées par les maladies et affections buccodentaires. Si elles ne sont pas traitées, leurs conséquences peuvent être sévères : elles se traduisent par, non seulement des infections, d’intenses douleurs et des limitations fonctionnelles (difficulté masticatoire, troubles de la digestion…), mais aussi des effets néfastes sur le bien-être émotionnel, mental et social.

Par ailleurs, on sait aujourd’hui qu’il existe un lien étroit entre la santé buccodentaire et certaines maladies non transmissibles comme les maladies cardiovasculaires, le diabète ou encore certains cancers. Ainsi, l’inflammation chronique des gencives peut favoriser des troubles cardiovasculaires, et le diabète mal contrôlé peut aggraver les infections buccales.

Malgré toutes ces connaissances, l’impact de la santé buccodentaire demeure largement sous-estimé. Ainsi, contrairement à d’autres pays, la France ne dispose pas d’une stratégie ministérielle spécifique à la santé buccodentaire.

Le 7 janvier 2025, la conférence nationale de santé (CNS) a adopté le rapport sur la santé buccodentaire élaboré par un groupe de travail réunissant professionnels, représentants des usagers et des offreurs de services de santé. Voici ce qu’il faut retenir des 44 propositions formulées.

Une absence de stratégie nationale

Du 26 au 29 novembre 2024, la première réunion mondiale de l’OMS sur la santé buccodentaire s’est tenue à Bangkok, sous les auspices du gouvernement du Royaume de Thaïlande. Cet événement a rassemblé des délégations de plus de 110 pays ainsi que des hauts responsables représentant des acteurs non étatiques : bailleurs de fonds, organisations de la société civile, personnes touchées par les maladies non transmissibles, universités, organisations philanthropiques et fondations.

Cette réunion a été l’occasion de débattre et réaffirmer l’engagement à soutenir la mise en œuvre du plan d’action mondial pour la santé buccodentaire 2023-2030.


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En France, les derniers rapports officiels sur la santé buccodentaire remontent à 2006 et 2010. Ils concernent principalement des populations ciblées, comme les personnes âgées, les personnes en situation de handicap ou les personnes détenues. Les recommandations de la Haute Autorité de santé (2010) relatives aux « stratégies de prévention de la carie dentaire »

Ce retard est préoccupant, alors même que l’accès aux soins devient de plus en plus difficile, notamment dans les déserts médicaux où les chirurgiens-dentistes se font rares. Dans certains départements, comme l’Indre, la densité en chirurgiens-dentistes est très inférieure à la moyenne nationale : on y recense 36 praticiens pour 100 000 habitants, contre 70 pour 100 000 au niveau national.

Vers une feuille de route nationale

Face à ce constat, en juillet 2020, la conférence nationale de santé (CNS), instance consultative de démocratie en santé placée auprès du ministre chargé de la santé, a mis en place un groupe de travail sur le thème de la santé buccodentaire.

Le 7 mai 2024, dans la continuité de la résolution mondiale de la santé de 2023 et du lancement de la stratégie et du plan d’action mondial pour la santé orale 2023–2030, la direction générale de la santé (DGS) demandait que le travail entrepris par la CNS nourrisse sa réflexion en vue de l’élaboration d’une feuille de route « santé buccodentaire ».

Grégory Emery, directeur général de la direction générale de la santé, se voit remettre le rapport sur la santé buccodentaire de la conférence nationale de santé par son président Emmanuel Rusch et les membres du groupe de travail (Frédéric Denis, Stéphanie Tubert-Jeannin et Céline Clément). Conférence nationale de la santé, Fourni par l'auteur

Le 7 janvier 2025, le rapport sur la santé buccodentaire, élaboré par un groupe de travail réunissant professionnels, représentants des usagers et offreurs de services de santé, a été adopté par la CNS.

Ce rapport est le fruit de nombreuses auditions d’usagers et de professionnels de la santé buccodentaire. Il documente les angles morts du système de santé français concernant l’accès aux soins et l’organisation du système de santé buccodentaire en général et, plus particulièrement, pour les personnes les plus éloignées du soin.

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Parmi les 44 recommandations pour une feuille de route qu’il comporte, les plus emblématiques suggèrent de :

  • renforcer la taxation des sucres libres/ajoutés et des produits du tabac et des boissons alcooliques pour protéger la santé orale et orienter ces recettes vers la prévention buccodentaire ;

  • favoriser le déploiement de programmes de prévention et/ou promotion de la santé orale au plus proche des populations ;

  • maitriser et réduire les dépassements d’honoraires afin de faciliter l’accès aux soins pour tous ;

  • inscrire le dispositif 100 % santé dans un accès aux soins sans discrimination en ajustant les paniers. En effet, si les assurés bénéficient d’un reste à charge zéro pour plus de la moitié des prothèses dentaires, il n’en reste pas moins que la réforme 100 % santé s’accompagne d’une augmentation des tarifs des complémentaires santé et des mutuelles ;

  • nommer un délégué interministériel à la santé orale avec sa déclinaison dans toutes les Agences régionales de Santé ;

  • promouvoir un exercice coordonné des acteurs du système de santé orale et encourager leur insertion au sein des structures de soins primaires ;

  • accompagner la démocratie en santé et le respect des droits des usagers pour aller vers un changement de paradigme en renforçant la mobilisation des associations dans le pilotage des politiques de santé orale.

Longtemps absente des grands débats de santé publique, la santé buccodentaire pourrait, enfin, trouver sa place au cœur des politiques de santé nationales. L’annonce d’une feuille de route en 2025 marque une avancée significative, visant à réduire les inégalités d’accès aux soins et à renforcer la prévention.

Reste à savoir si ces engagements seront suivis d’effets concrets.

En attendant, la Déclaration de Bangkok met en lumière un enjeu longtemps sous-estimé et constitue un rappel essentiel : « Pas de santé sans santé buccodentaire ».

The Conversation

Emmanuel RUSCH est Président de la Conférence Nationale de santé, membre de la Société française de santé publique et Président de la Fédération régionale des acteurs en promotion de la santé (Région Centre Val de Loire).

Frédéric Denis ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

31.03.2025 à 19:44

« La condamnation de Marine Le Pen représente un progrès indéniable pour notre démocratie »

Luc Rouban, Directeur de recherche CNRS, Sciences Po
Marine Le Pen a été reconnue coupable de détournement de fonds publics et condamnée à quatre ans de prison et cinq ans d’inéligibilité avec application immédiate. Cette décision de justice l’élimine probablement de la course à la présidentielle en 2027.
Texte intégral (1485 mots)

Marine Le Pen a été reconnue coupable de détournement de fonds publics et condamnée à quatre ans de prison et cinq ans d’inéligibilité avec application immédiate. Malgré sa décision de faire appel, cette décision de justice l’élimine probablement de la course à la présidentielle en 2027. Le politiste Luc Rouban nous livre une analyse de ce fait politique majeur. Entretien.


The Conversation : La condamnation de Marine Le Pen à une peine d’inéligibilité avec application immédiate est une surprise et un choc. Certains juristes imaginaient une lourde peine mais doutaient que le juge, sous la pression, aille au bout de la logique d’inéligibilité – pourtant inscrite dans la loi

Luc Rouban : Oui c’est une surprise et je crois que le RN ne s’attendait pas à cette décision. C’est une forme de revanche de l’État de droit sur un certain style de vie politique qui fonctionnait à l’arrangement, à l’entre-soi pendant des décennies. C’est ce à quoi nous avaient habitués la période chiraquienne et la période mitterrandienne, faites de liaisons dangereuses entre le politique et certains membres de la classe économique. On pense aussi – bien sûr – à l’affaire Nicolas Sarkozy, plus récemment. Nous assistons aujourd’hui à un retournement historique. Marine Le Pen s’attendait sans doute à du sursis, à des peines un peu symboliques. Or cette condamnation n’est pas symbolique du tout. Elle ne s’inscrit plus dans cette vie politique à l’ancienne où l’on « s’arrange ».

Pour la démocratie, ce jugement est-il une bonne chose, avec une juge qui applique la loi sans trembler ? Ou est-ce un problème comme le disent Jordan Bardella, Eric Ciotti, Laurent Wauquiez, Jean-Luc Mélenchon, mais aussi Elon Musk, Viktor Orban, Geert Wilders, Matteo Salvini ou le Kremlin ?

L.R. : Ce jugement représente un effort pour que la démocratie aille mieux. La réaffirmation de l’État de droit est tout à fait indispensable et légitime. Le système démocratique français est très fragilisé, bien plus que dans d’autres pays européens. Le niveau de confiance des citoyens envers la classe politique et dans la justice est très bas, il doit être restauré. Cela passe notamment par le fait que la justice s’applique à des personnalités qui détournent des millions d’euros, et pas uniquement à des caissières de supermarché qui se font licencier et sont poursuivies au pénal pour le vol d’une barre chocolatée. Marine Le Pen condamnée, c’est un progrès indéniable de notre démocratie : c’est le signe que le rapport au politique change, que la politique est devenue une activité professionnelle comme une autre, soumise à des réglementations, à des lois.

Bien sûr, il y aura des attaques concernant la justice, on aura l’argument trumpiste du « gouvernement des juges ». Mais il faut rappeler que le juge n’a fait qu’appliquer la loi. Il faut aussi rappeler que ceux, dont Marine Le Pen, qui critiquent les peines d’inéligibilité avaient applaudi la loi Sapin 2, votée à l’unanimité en 2016 à la suite de l’affaire Cahuzac.


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Quel est l’avenir de Marine Le Pen et du RN ? Jordan Bardella est-il en capacité de remplacer Marine Le Pen ?

L.R. : Hors scénario incertain d’un jugement favorable en appel avant l’élection présidentielle, Marine Le Pen va certainement céder sa place de candidate du RN à Jordan Bardella. Mais Jordan Bardella est-il capable de remplacer Marine Le Pen ? C’est toute la question.

En interne, ce dernier n’a pas vraiment réussi à s’imposer vraiment au sein du parti, notamment pour renouveler les cadres et structurer le mouvement. Dès que Marine Le Pen s’est absentée – ce qui était le cas après le décès de son père – le parti semblait s’affaisser.

Par ailleurs, Jordan Bardella, c’est le dauphin et l’héritier de Marine Le Pen. Or la « normalisation » du parti pourrait passer par une forme de « délepénisation ». La famille Le Pen a totalement structuré ce parti, qui est très vertical, très organisé autour de sa personne, de son entourage immédiat. Il va y avoir une interrogation sur ce modèle oligarchique et sur cette verticalité, évidemment. Est-ce que Bardella va en faire les frais ? D’autres leaders du RN, comme Sébastien Chenu ou Jean-Philippe Tanguy, qui se sont imposés sur la scène médiatique, peuvent tenter de le devancer dans la course à la présidentielle. Cela supposerait pourtant une rupture avec Marine Le Pen dans un parti où les dissidents sont vite exclus. La probabilité d’une telle contestation reste donc faible.

Quid de Marion Maréchal ? Pourrait-elle prendre la relève ?

L.R. : Je n’y crois pas car elle joue la carte du trumpisme, elle met mal à l’aise au RN. L’électorat RN est trop attaché à la souveraineté de la France, il a évolué vers une forme de droite sociale éloignée du libéralisme pur et dur. L’électorat de Reconquête ! est plus bourgeois, plus âgé, plus diplômé, plus fortuné que celui du RN.

Le RN va-t-il tirer un bénéfice de ce procès ou perdre des électeurs ?

L.R. : Il est possible que certains abstentionnistes dont la sociologie est proche des électeurs du RN expriment leur mécontentement face à la condamnation de Marine Le Pen en choisissant de voter pour le futur candidat du Rassemblement national.

Mais du côté des catégories moyennes diplômées supérieures de droite qui ont voté RN au législatives de 2024, le vote pourrait se reporter sur Les Républicains.


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Par ailleurs, quel que soit le candidat futur du RN, va se poser un problème de soutiens. Pour gagner une élection présidentielle, il faut avoir des appuis dans le monde économique. Or traîner un parti dont les principaux dirigeants ont été condamnés au pénal n’est pas une bonne carte de visite. Au fond, le RN était déjà isolé des élites sociales. Il pourrait l’être encore plus demain.

Comment l’opinion pourrait réagir à cet événement majeur qui prive des millions d’électeurs de leur candidate ? Doit-on s’attendre à des réactions populaires, éventuellement violentes ?

L.R. : Du côté de la société en général, il y aura peut-être des réactions épidermiques pendant un temps, des incidents isolés, mais je ne pense pas qu’il y ait des mouvements de masse comme dans les années 30. Le manque d’enthousiasme pour la vie politique est patent : qui va prendre des risques physiques et s’engager dans des actions violentes pour défendre un parti politique et sa représentante ? Pas grand monde je pense.


Entretien réalisé par David Bornstein.

The Conversation

Luc Rouban ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

31.03.2025 à 16:29

La créativité : un moteur du capitalisme autant qu’un idéal personnel depuis les années 1990

Anne-France de Saint Laurent-Kogan, Professeure des Universités en Sciences de l'Information et de la Communication, Université Rennes 2
Parce qu’elle est floue et qu’elle « sonne bien », la notion de créativité accompagne autant le capitalisme contemporain que la quête d’un idéal de réalisation de soi.
Texte intégral (2159 mots)
De nombreuses stratégies managériales en appellent à la créativité de leurs salariés. Elle est devenue un moyen de produire de la différence dans une économie très concurrentielle. Shutterstock

Depuis les années 1990, la référence à la créativité s’est propagée aux politiques publiques et au monde de l’entreprise. Citoyens, travailleurs et consommateurs sont enjoints à « libérer leur créativité ». Un discours qui accompagne le projet des nouvelles industries créatives, mais dont il est difficile de saisir les retombées.


De BO&MIE, la « boulangerie créative » française, à HP, la multinationale informatique américaine qui propose de « designer votre créativité », la créativité est devenue le nouveau mantra des discours politiques, marketing et managériaux.

Malgré la difficulté à définir les domaines et emplois associés et donc la portée de ces discours, cette injonction à la créativité continue de circuler. Parce qu’elle « sonne bien » et qu’elle est « joyeuse et colorée », mais aussi suffisamment floue pour englober des enjeux contradictoires, elle accompagne aussi bien le capitalisme contemporain que la quête d’un idéal de réalisation de soi.

Aux origines de la « référence créative »

Des siècles durant, Dieu seul pouvait créer, l’homme n’étant que son médiateur. Il faut attendre le XXe siècle et le processus de laïcisation de la société pour concevoir que l’individu lui-même puisse faire œuvre de création artistique. La notion de créativité – cette capacité à inventer idées originales et voies nouvelles – est donc très récente. Si la création reste associée au domaine des arts, et garde une part de mystère liée à son origine divine, la créativité peut concerner bien d’autres activités, et relève d’un potentiel au même titre que l’intelligence. Elle est en réalité toujours présente, quelle que soit la nature du travail, pour simplement faire face aux imprévus, par exemple.

La mobilisation de la créativité dans d’autres domaines que les arts et la culture va se faire au service d’une nouvelle industrie, dite « créative », qui viendrait prolonger les industries culturelles. Cette notion d’industries culturelles et créatives (ICC) trouve son origine en Grande-Bretagne au milieu des années 1990, dans un think tank du gouvernement travailliste. La promotion des ICC fut une réponse à la désindustrialisation de grands pans de l’économie, notamment en stimulant le développement de l’économie numérique. Les ICC rassemblent alors tout un ensemble d’activités, comme les jeux vidéo, le design, le tourisme, qui auraient pour ressource la créativité individuelle et qui seraient susceptibles de créer de la valeur et des emplois, car difficilement délocalisables.


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Soutenue par un acteur clé comme l’Unesco, qui publie en 2012, « Politiques pour la créativité. Guide pour le développement des industries culturelles et créatives », la référence créative se propage dans le cadre des politiques publiques, à l’instar des « quartiers de la création » ou du réseau des « villes créatives ».

Dans les entreprises qui ne relèvent pas des ICC, les stratégies managériales en appellent aussi à la créativité de leurs salariés, car elle est devenue un moyen de produire de la différence dans une économie très concurrentielle. Ces entreprises en font aussi un slogan marketing pour susciter la curiosité des consommateurs, comme Adidas et son slogan « Ici pour créer ». Les entreprises du numérique mobilisent aussi largement cette injonction à la créativité dans leur stratégie commerciale pour inciter les usagers à produire du contenu : la suite Adobe devient « Adobe Creative » ; HP propose de « designer votre créativité ».

Greffer de l’esthétique pour augmenter la valeur des produits

Une première critique portée à la notion d’ICC est qu’elle préjuge d’un prolongement naturel des activités qui relèvent des industries culturelles à celles qui relèvent des industries créatives. Les premières rassemblent des filières où la création artistique est au cœur d’un produit, tout en étant engagée dans un processus de reproduction à grande échelle : le livre, la musique, les productions audiovisuelles, les jeux vidéo. Alors que les secondes renvoient à des activités beaucoup plus disparates : design, mode, gastronomie, publicité, architecture, etc., qui ne relèvent pas d’une reproduction industrielle. Les industries créatives rassemblent surtout des activités qui produisent du symbolique (un visuel ou une idée originale), mais pour se greffer à des services et produits qui ne relèvent pas des arts ou de la culture.

Ce prolongement permet de récupérer l’aura des produits culturels pour d’autres produits à valeur utilitaire. Cette greffe d’une dimension symbolique (esthétique, identitaire, etc.) à des produits courants permet d’en augmenter la valeur marchande, pour échapper à la concurrence par les prix imposée par la mondialisation. Des gourdes ou des carnets aux couvertures illustrées par des « créatifs » peuvent ainsi se vendre plus cher.

Des cahiers colorés en vente sur un étal
Des machandises comme des carnets aux couvertures illustrées par des « créatifs » peuvent se vendre plus cher. Shutterstock

L’enchantement de l’individu « créatif »

La référence créative traduit aussi un changement d’échelle. Si l’innovation renvoie à l’organisation, la créativité renvoie à l’individu. Ainsi, dans les rapports institutionnels et discours médiatiques, la promotion des ICC passe par l’enchantement de l’individu « créatif » qui, en freelance, peut se libérer du joug du salariat, aspirer à un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle et s’épanouir personnellement par le choix d’une activité où il peut exprimer son « authenticité ».


À lire aussi : Le numérique, source de transformations pour les pratiques culturelles


Cet enchantement participe de « la conversion de l’artiste en créatif », formule qui synthétise les différents objectifs portés par ces discours. L’un d’eux est d’enjoindre les artistes et créateurs à se soumettre aux exigences marchandes, sans opposer mais au contraire en articulant les exigences esthétiques à des exigences entrepreneuriales. Ainsi, de nombreux artistes peuvent à la fois exposer en galerie, réaliser des commandes pour des entreprises et proposer des ateliers d’initiation à leur pratique artistique. Un autre objectif est d’inciter tout individu à devenir créateur ou créatrice de contenus numériques pour le nouvel espace médiatique qu’est le Web. YouTube propose par exemple toute une palette de services en ligne pour accompagner cette conversion.

Comment saisir les retombées de ces discours et politiques publiques annoncées ? Pour ce qui concerne les industries culturelles traditionnelles (édition, musique, cinéma/audiovisuel, jeux vidéo), elles se caractérisent par des écarts de rémunération et de réputation extrêmement importants. Pour quelques artistes auréolés, nombreux sont ceux qui survivent en marge du secteur, dans des conditions d’existence précaires faites d’une succession incertaine de contrats courts.

Si l’on considère dans leur ensemble les ICC, les définitions sont trop vastes pour mener des analyses rigoureuses. De plus, si ces travailleurs sont nombreux, ils sont peu visibles dans les statistiques, car ils opèrent sur différents statuts et exercent souvent plusieurs activités en parallèle.

Les travailleurs créatifs pris entre exigence esthétique et commerciale

Une enquête réalisée auprès d’une trentaine de travailleurs indépendants du domaine de la création numérique (infographistes, webdesigners, youtubeurs, vidéastes, illustrateurs) révèle que ces « web créatifs freelances » revendiquent cet idéal romantique de l’artiste libéré des contraintes spatio-temporelles, de la subordination salariale, porteur d’aspirations émancipatrices.

Néanmoins, malgré ces revendications, soumis aux impératifs d’un marché concurrentiel et responsables de leurs succès comme de leurs échecs, ils réactualisent certaines normes et valeurs instituées du travail salarié en entreprise : délimitation des sphères de privée/publique/professionnelle ; stratégies de gestion du temps pour réguler leur « liberté » tout en considérant la temporalité comme mesure de leur production ; espaces voués au seul travail, comme les espaces de coworking. Pour répondre aux exigences paradoxales de l’autoentrepreneur de soi-même – répondre aux exigences du marché tout en cherchant à rester soi-même –, les créatifs étudiés font largement appel à des coachs, à des techniques de développement personnel, voire s’investissent en parallèle dans des activités artistiques, des mouvements associatifs ou politiques s’assurant ainsi la réalisation d’un soi authentique. Sur le temps long, ces exigences paradoxales épuisent certains, qui souhaitent revenir au « confort » du salariat.

La référence créative accompagne donc de nombreux enjeux de nature très différente : réindustrialisation, flexibilité du travail, épanouissement individuel. Jusqu’à quel point ? Faire appel à la créativité pour répondre aussi à la crise climatique ? Il n’y a qu’un pas.

The Conversation

Anne-France de Saint Laurent-Kogan ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

31.03.2025 à 16:27

Pourquoi les déchets plastiques ne se dégradent-ils jamais vraiment ?

Aicha El Kharraf, Doctorante en chimie des matériaux et environnement à Géosciences Rennes & Institue des sciences chimiques de Rennes, Université de Rennes
Les plastiques ne disparaissent jamais vraiment. En se fragmentant, ils deviennent des polluants invisibles, encore plus dangereux pour notre environnement et notre santé.
Texte intégral (1771 mots)
Si l’action combinée des vagues et du soleil a tendance à faire fondre les humains, elle fragmente les plastiques et relargue CO<sub>2</sub> et additifs… sans les faire disparaître complètement. Brian Yurasits/Unsplash, CC BY

Les plastiques sont partout, de nos océans à nos poumons. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, ils ne disparaissent jamais vraiment. En se fragmentant, ils deviennent des polluants invisibles, encore plus dangereux pour notre environnement et notre santé.


Les plastiques ont été créés pour être résistants et durables. Chaque année, plus de 12 millions de tonnes de plastique finissent dans les océans ; mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, leur disparition ne signifie pas qu’ils cessent d’exister. Au contraire, ils se transforment : en microplastiques, en nanoplastiques, libérant même des gaz toxiques et de nombreux additifs chimiques – les fameux bisphénols ou encore des phtalates.

Ironiquement, c’est ce qui les rend si intéressants pour l’industrie et la société en général qui les rend aussi quasiment indestructibles. En effet, les plastiques sont conçus pour durer. Leur structure chimique, qui repose sur un assemblage de longues chaînes de carbone, les rend particulièrement résistants à la dégradation et à la biodégradation. Contrairement au bois, au papier, aux déchets organiques ou au coton, les polymères plastiques ne sont pas digérables par la plupart des microorganismes comme les bactéries et champignons.

Mais leur résistance ne vient pas uniquement de leur structure : des additifs chimiques, comme des stabilisants UV, qui protègent le plastique contre les UV, ou des retardateurs de flamme, sont ajoutés pour améliorer leurs propriétés et ralentir leur dégradation.


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Une fragmentation qui aggrave la contamination

Au lieu de disparaître, les plastiques se fragmentent sous l’effet du soleil, des vagues et des frottements avec le sable ou les rochers. Cette décomposition progressive génère des microplastiques (moins de 5 millimètres) et des nanoplastiques (moins de 1 000 nanomètres), invisibles à l’œil nu mais persistent dans l’environnement.

L’exposition aux rayons ultraviolets (UV) casse progressivement les liaisons moléculaires des polymères dans un processus appelé photodégradation. Mais même sous une exposition prolongée, il faut des décennies pour qu’un simple sac plastique commence à se fragmenter. Dans les océans, les courants et les vagues accélèrent la fragmentation des déchets plastiques et favorisent la formation des micro et nanoplastiques.

Nos travaux en cours montrent que ce phénomène va bien au-delà de la simple fragmentation. En laboratoire, nous avons observé que le polyéthylène, exposé aux UV et aux forces mécaniques de l’eau, produit des microplastiques et nanoplastiques à un rythme accéléré. Et une libération importante d’additifs chimiques. Après quelques mois d’exposition, des substances telles que le dioxyde de titane migrent hors du polymère et contaminent l’eau.

Pis, notre étude montre que la photodégradation du polyéthylène produit des gaz à effet de serre, notamment du méthane, CH4 et du dioxyde de carbone, CO2 (de l’ordre de 300 grammes par kilogramme de polyéthylène d’après nos expériences). En d’autres termes, le plastique ne se contente donc pas de polluer : il contribue aussi au changement climatique.


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Une pollution omniprésente et invisible

Les micro et nanoplastiques, légers et quasi invisibles, voyagent à travers tous les compartiments environnementaux. Dans l’eau, ils sont ingérés par les poissons et les mollusques, entrant ainsi dans la chaîne alimentaire. Dans les sols, ils perturbent la biodiversité et la fertilité des terres agricoles. Dans l’air, ils forment des aérosols transportés par le vent, qui peuvent être inhalés par les humains et la faune. Ils ont même été retrouvés dans la neige des montagnes et les pluies des zones protégées.

schéma montrant la dégradation du plastique
Schéma illustrant la dégradation du plastique par les UV et les vagues, menant à la formation de micro et nanoplastiques, au relargage d’additifs, à l’émission de gaz et à la contamination des écosystèmes aquatiques. Aicha El Kharraf, Fourni par l'auteur

Plus préoccupant encore, des microplastiques ont été détectés en 2024 dans l’eau potable, tant en bouteille qu’au robinet. Face à cette situation, le Syndicat des eaux d’Île-de-France envisage par exemple d’installer des filtres membranaires pour tenter de limiter la contamination.

Recycler, est-ce suffisant ?

Recycler davantage semble une solution évidente, mais en réalité, seule une fraction des plastiques produits dans le monde est réellement recyclée. La majorité est enfouie, incinérée ou dispersée dans l’environnement.

Les réglementations évoluent, mais restent limitées. En France, la loi Agec de 2020 interdit l’utilisation de microbilles plastiques dans les cosmétiques par exemple ; mais 63,1 % des microplastiques issus de l’usure des pneus et des textiles passent encore entre les mailles du filet.

Quelles solutions pour freiner cette pollution invisible ?

Réduire la production de tous les types de plastiques est la solution la plus efficace. Aujourd’hui, le recyclage reste limité, notamment à cause des additifs chimiques, dont la composition reste souvent secrète. Cette opacité complique leur réutilisation et réduit la qualité des plastiques recyclés. Il est donc crucial de limiter ces additifs, non seulement pour améliorer le recyclage, mais aussi parce que beaucoup sont toxiques pour l’environnement et se retrouvent dans l’eau, l’air et les organismes vivants.

D’autres pistes existent : développer des matériaux réellement biodégradables, améliorer la filtration des eaux usées en prenant en considération l’ensemble des produits de dégradation des plastiques (micro et nanoparticules), mettre en place des méthodes standardisées pour la quantification des micro et nanoparticules dans l’environnement et explorer le potentiel de certaines bactéries capables de dégrader les plastiques.


À lire aussi : Recyclage et valorisation des déchets plastiques : comment ça marche ?


Mais sans une action forte à la source, cette pollution invisible continuera de s’accumuler. Le plastique n’est pas qu’un simple déchet : c’est un polluant insidieux qui s’infiltre partout, des sols à notre alimentation. Il est encore temps d’agir, mais sans une prise de conscience et des mesures drastiques, cette pollution pourrait bientôt devenir irréversible.


À lire aussi : Pollution plastique : pourquoi ne rien faire nous coûterait bien plus cher que d’agir


The Conversation

Aicha El Kharraf a reçu des financements de CNRS.

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