03.11.2026 à 16:07
Une start-up américaine veut vendre la lumière du Soleil la nuit : qui aura son mot à dire ?
Texte intégral (1830 mots)

L’ESSENTIEL
La start-up californiennne Reflect Orbital a réservé deux lancements de fusées indiennes pour tester la vente de lumière solaire en pleine nuit.
Selon la modélisation d’une étude publiée en août, la lueur émanant d’un miroir de 54 mètres de circonférence pourrait dépasser l’éclat d’une pleine Lune à 14 kilomètres.
Ni Washington ni New Delhi n’encadrent encore cette lumière, qui peut toucher des riverains n’ayant rien demandé.
Une start-up américaine a réservé deux lancements de fusées indiennes pour tester un service, encore à l’état de projet, qu’aucune entreprise n’a jamais vendu : apporter sur la Terre la lumière du Soleil en pleine nuit.
Installée en Californie, Reflect Orbital prévoit de placer des miroirs géants en orbite basse et de s’en servir pour diriger la lumière solaire réfléchie vers des points choisis au sol.
L’entreprise veut vendre cet éclairage venu de l’espace pour un large éventail d’usages, du maintien de la production des centrales solaires après le coucher du Soleil jusqu’aux opérations de recherche et de sauvetage. Son premier démonstrateur en orbite, Eärendil-1, emportera un réflecteur de 18 mètres sur 18.
Pour fournir un éclairage réellement utile à l’aide de miroirs spatiaux, il faudra surmonter de redoutables défis techniques. Mais une autre question se pose avec urgence : qui décidera des endroits où la lumière du Soleil renvoyée depuis l’espace aura le droit de toucher le sol ?
La lumière ne s’arrête pas au bord du faisceau
On pourrait croire qu’un miroir spatial est capable d’éclairer la centrale solaire d’un client ou le lieu d’un sauvetage sans rien toucher alentour. Ce n’est pas tout à fait ainsi que les choses se passent, car l’atmosphère terrestre ne respecte pas les frontières nettes.
Une étude scientifique évaluée par des pairs, publiée en août 2026, a modélisé ce qui se produit lorsque la lumière solaire réfléchie traverse notre atmosphère. Les molécules et les aérosols diffusent une partie du faisceau lumineux dans le ciel environnant. La lumière qui atteint le sol est renvoyée vers le haut, puis diffusée à nouveau.
La lumière peut donc toucher une zone bien plus vaste que prévu. Pour un futur miroir de 54 mètres en projet, les auteurs de l’étude ont montré que la lueur du ciel qui en résulterait pourrait rester importante bien au-delà de la zone visée. À 14 kilomètres du faisceau, elle pourrait être plus vive qu’une pleine Lune sur la plus grande partie du ciel. Même à 34 kilomètres, la lueur du ciel en direction du faisceau pourrait encore dépasser celle d’une nuit de pleine Lune.
Il s’agit de prédictions issues d’un modèle, et non de mesures effectuées sur de vrais miroirs spatiaux. Elles mettent néanmoins en lumière un problème réglementaire non résolu : les personnes touchées n’auront pas forcément commandé cette lumière.
Cela concerne évidemment les astronomes, mais l’enjeu est aussi plus large. La lumière réfléchie altère l’obscurité naturelle sur une zone qui peut être bien plus étendue que celle pour laquelle le client paie réellement.
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En réponse aux questions de The Conversation, un porte-parole de Reflect Orbital a écrit :
« La plupart des gens et la plupart des endroits ne verront jamais cette lumière. Pour recevoir le service, les clients devront obtenir des permis, l’aval des autorités locales et se conformer aux procédures de vérification de l’identité des clients (« Know Your Customer »). Chaque prestation nécessitera des autorisations à plusieurs niveaux, et si les gens ne veulent pas de la lumière, ils ne la recevront pas. »
Alors, qui réglemente la lumière ?
Le premier test réglementaire a déjà révélé une importante lacune technique.
En juillet, la Commission fédérale des communications (FCC), le régulateur états-unien des télécommunications, a autorisé Reflect Orbital à déployer et à exploiter Eärendil-1. Mais sa licence ne porte que sur les communications radio, plus précisément sur l’utilisation de fréquences déterminées pour la télémesure et le contrôle du satellite.
Les astronomes ont demandé à la FCC d’imposer des garde-fous atténuant les effets optiques. La commission a refusé, estimant que l’astronomie ne relevait pas de ses règles.
L’American Astronomical Society (la société savante des astronomes américains, NdT) et d’autres ont depuis contesté cette décision.
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L’Inde entre en scène
Le nouvel accord conclu par Reflect Orbital avec l’entreprise indienne Skyroot Aerospace porte sur deux lancements spéciaux, avec la fusée Vikram-1 et la Vikram-1U, en cours de développement.
L’Inde pourrait donc devoir affronter à son tour la question que la FCC a largement éludée. Un lancement depuis l’Inde nécessite une autorisation du Centre national indien de promotion et d’autorisation des activités spatiales, l’IN-SPACe.
Ses règles couvrent la sécurité des lancements, l’immatriculation et les impacts environnementaux. Elles exigent expressément de limiter les effets néfastes sur l’environnement (sur Terre ou dans l’espace) ainsi que les altérations de l’atmosphère.
À ce jour, aucune autorisation publique ne permet de savoir comment l’IN-SPACe traiterait une lumière délibérément réfléchie.
On ne sait pas clairement de quelle juridiction devrait relever ce réflecteur spatial. Reflect Orbital est états-unienne. Skyroot et le site de lancement sont indiens. L’engin spatial pourrait éclairer le territoire d’un pays tiers. Et, du fait de la diffusion atmosphérique, ses effets pourraient s’étendre bien au-delà de la zone visée.
Ni le régulateur américain ni le régulateur indien ne se sont, jusqu’ici, penchés sur la lumière venue de l’espace. Restent donc des questions qui dépassent la seule autorisation de lancement.
Si un opérateur commercial veut éclairer un site dans un autre pays, les autorités de ce pays doivent-elles donner leur accord ? Qu’en est-il d’une commune voisine ou d’un observatoire touchés par la lumière diffusée ? Et si les effets franchissent les frontières, quel régulateur pourrait exiger d’un opérateur de miroirs spatiaux qu’il modifie ses pratiques ?
Ces questions deviendront bien plus difficiles à trancher si on attend, pour s’y atteler, que la lumière solaire réfléchie soit devenue un service commercial et non plus une expérience.
De l’expérience au service
Rien de tout cela ne signifie qu’il faille forcément empêcher Reflect Orbital de faire la démonstration de sa technologie. En réalité, Eärendil-1 pourrait fournir de vraies données aux régulateurs : des mesures de luminosité, de diffusion atmosphérique et de la précision avec laquelle la lumière réfléchie peut être contrôlée.
Reflect Orbital affirme qu’elle continuera à travailler avec les astronomes, les populations et les régulateurs à mesure qu’elle étendra ses essais.
En attendant, les gouvernements doivent décider qui aura le droit d’allumer la lumière, et qui pourra s’y opposer lorsqu’une partie de celle-ci ne se cantonnera pas à la parcelle bien délimitée du client.
Richard de Grijs est membre de l’Astronomy–Space Coordinating Committee d’Astronomy Australia Ltd (organisme australien de coordination de la recherche en astronomie, NdT). Il a été directeur exécutif de l’International Space Science Institute–Beijing.
03.11.2026 à 16:06
Can democracy be taught? Brazil is about to find out
Texte intégral (3023 mots)
KEY TAKEAWAYS
Brazil’s experience offers lessons for other democracies, including Europe, that are turning to education to strengthen democratic resilience.
Knowing how institutions work is not enough: democracy is learned through experience as much as via content.
Civic education mandates often fail between the law and the classroom. Teachers, time and democratic school life decide whether they take hold.
In Brazil’s presidential run-off on October 25, President Lula turned the result around against the odds by winning a fourth term with 51.77% of the valid votes. It was the first time since Brazil’s return to democracy that the runner-up in the first round went on to win.
First-round abstention reached 21.08 %, the highest rate in a presidential election since 1998. It fell to 19.22% in the run-off, but more than 30 million eligible voters still stayed away.
This is no one-off: abstention has crept up since 2006, when it stood at 16.75%. Experts blame disenchantment after decades of scandals and two presidential impeachments, voters registered in towns they have left, and fines up to R$3.51, less than one euro, for those who neither vote nor justify their absence. In a country where voting is compulsory for most adults, seeing it as a right, rather than merely a duty, will require a deeper cultural shift.
That shift begins long before election day, through civic education : learning not only how democracy works, but how to question, act and influence public life by tackling concrete problems in their communities.
Yet civic education received little attention in the campaign. In his platform, Lula proposed a national digital literacy policy to combat disinformation. The policy would teach people of all ages, especially older people, to navigate the internet critically, but the programme says little about schools. Flávio Bolsonaro, for his part, pledged schools that teach students “how to think, not what to think”, free from partisan indoctrination, and more civic-military schools.
Beyond electoral promises, what is Brazil’s long-term vision for preparing citizens to take part in democracy?
A promise on paper
Brazil’s 1988 Federal Constitution already states that education must prepare people for the exercise of citizenship. The 1996 National Education Guidelines and Bases Law (LDB) made this one of the core aims of basic education, and the National Common Core Curriculum (BNCC) includes citizenship among the skills every student should develop.
Yet the gaps are large. The 2022 International Civic and Citizenship Education Study (ICCS) found significant gaps in Brazilian students’ civic knowledge. According to the OECD’s 2024 Truth Quest Survey, Brazilians had the lowest ability among 21 countries to distinguish between true and false or misleading online content, with an accuracy rate of 54%, compared to an average of 60%.
In September 2025, the executive branch responded: a ministerial ordinance created the Brazilian Ministry of Education’s Programme for Citizenship and Sustainability Education. Joining is voluntary, yet by July 2026 all but one of Brazil’s 26 states and 57% of its municipalities had signed up.
Its competency matrix sets out 46 skills, from pre-school to the end of secondary school, in three strands :
fundamental rights and environmental citizenship
the democratic ecosystem and its defence
citizenship in practice.
Pupils should learn, for example, to recognise democratic breakdowns and authoritarian proposals in Brazil’s history, to understand what the Supreme Court and the leaders of both houses of Congress do, to tell free speech from hate speech, and to take part in their school’s democratic bodies, such as student councils.
Networks that join must appoint a coordinator and draw up a local plan, and teachers can take online courses on the ministry’s platform. The programme’s own guide acknowledges “significant gaps” in citizenship education in Brazil, and promises a national plan to monitor implementation and learning outcomes.
In July 2026, more than a decade after the original bill was introduced, a new law amended the LDB to make civic education a compulsory curricular component.
It is not the first time. In 1969, the military junta made moral and civic education compulsory at every level, alongside a secondary-school subject called Brazilian Social and Political Organisation (OSPB). Among its stated aims was “the cult of the homeland, its symbols, traditions and institutions”. After the return to democracy, a 1993 law abolished both and folded their content into the humanities. Civic education is therefore, not new to Brazil.
The challenge is to understand what each curriculum really sets out to teach.
The new law has an unusual cross-party history. It was signed under Lula’s government, but originated in a bill by federal deputy Renata Abreu, leader of Podemos, a party that formally backed Flávio Bolsonaro in the run-off.
In a deeply polarised country, could civic education become a rare point of common ground?
Its reach will also depend on how the law and the programme fit together, since one is compulsory and the other is voluntary. Ideally, each feeds the other: the law gives the 43% of municipalities still outside the programme in July a reason to join, and the programme gives schools the means to comply. Together, they could take civic education to every school; apart, many schools will face a new duty without the means to meet it.
From law to the classroom
The law makes civic education compulsory, but not necessarily as a standalone subject. It could be woven into existing classes, such as history, geography and Portuguese, or taught through interdisciplinary projects. Given the autonomy of Brazil’s education systems, some states could also make it a separate subject.
Much remains to be defined. The law does not specify teaching hours, grade levels, teacher qualifications or materials. Its incorporation into the National Common Core Curriculum still requires approval by the National Education Council and ratification by the education minister. Only then will states, municipalities and schools adapt their curricula.
In October, the electoral court and the education ministry agreed to work together on regulation, teaching materials and school election simulations. Learning by doing has a track record: since 2004, the Chamber of Deputies’ Youth Parliament has brought 78 secondary school students to Brasília for each edition, to debate and vote on bills as if they were deputies. But such programmes reach few pupils, and institutional commitment is only a first step.
Nor is the new law consensual. Associations of philosophy and social science teachers asked for a veto, fearing it would weaken philosophy and sociology, and the Escola sem Partido movement warned of ideological indoctrination. Though raised from different angles, both concerns point to the same condition for success: teachers trained not only in content, but in a professional ethic above party lines, so that students learn to form their own views rather than adopt someone else’s.
Brazilians even have an expression for laws that never take hold: “Leis que não pegam.” This gap is precisely why Politize !, the non-partisan civic education institute I co-founded in 2015, has run its Active Citizenship School programme for over eight years. In Brazilian public schools alone, more than 19,000 teachers have used its training and materials to reach around 288,000 students. In 2026, this work earned Politize! the European Union’s Human Rights Award in Brazil.
For the new law to take hold, civic education must be cross-curricular but with clear owners, interdisciplinary but not diluted, and non-partisan but not depoliticised. It will need teacher training, suitable materials, curricular time, coordination and monitoring.
Could this law become the opportunity to bring civic education to scale across Brazil?
When democracies turn to the classroom
Brazil would not be the first country to turn to the classroom when its political order is under strain. In such moments, civic education is less an education policy than an attempt to rebuild a shared democratic project.
In 1952, a West Germany rebuilding after Nazism and war created a federal agency to consolidate and spread democratic and European ideas among Germans, today’s Federal Agency for Civic Education. In 1976, a meeting of educators from across the political spectrum gave rise to the Beutelsbach Consensus : teachers must not indoctrinate, must present contested issues as contested, and must enable students to take part in democracy. Fifty years on, it remains the standard in German classrooms, and a useful reference for Brazil’s own fears of indoctrination.
Latin America offers closer parallels. In Chile, after a wave of corruption scandals, a 2016 law required every state-recognised school to adopt a citizenship education plan and paved the way for a compulsory subject, Citizenship Education, in the final two years of secondary school, which was introduced in 2020. In Colombia, a 2014 law passed during peace talks with the FARC guerrillas made a course on the culture of peace compulsory in every school and a 2015 decree required it to be assessed in the national school-leaving exam.
Other countries have focused on participation. In Argentina, a 2013 law requires education authorities to recognise and support student councils in secondary schools. In Mexico, the electoral authority, INE, gives children and teenagers the opportunity to vote on issues that affect them: more than 10 million people aged 3 to 17 took part in 2024.
Across Latin America, civic education often stops at declarations. A 2020 UNESCO review of primary-school curricula in 19 countries in the region (Brazil’s included) found that citizenship features in all of them, but that such concepts appear more often in statements of principle than in the content teachers use to plan lessons.
Europe shows that a place in the curriculum is only half the battle. Italy, for instance, made civic education compulsory in 2019 as a cross-curricular subject of at least 33 hours a year, shared among each class’ teachers and taught since 2020.
Across Europe, the weak link has been teacher preparation. When the EU’s Eurydice network reviewed 42 education systems in 2017, 17 had no central rules or recommendations on preparing future teachers for citizenship education, and only 13 of the 36 systems that taught it across subjects defined what all future secondary teachers should master.
A new Eurydice report, due in December, will show what has changed and give Brazil and its neighbours a benchmark. In the end, teachers decide whether civic education takes hold, and they can only do so if education systems prepare and support them.
A lesson from the run-off
Brazil’s run-off showed what is at stake. Citing transport failures and floods, Supreme Court justice Cristiano Zanin extended voting by two hours nationwide, after both campaigns had requested extensions in some areas. Flávio Bolsonaro called the decision unacceptable, refused to concede and said he would seek to annul the election. Whether the decision was right is for institutions to judge.
Within days, after Supreme Court justice Alexandre de Moraes ordered him to surrender his passports in a money-laundering investigation, Flávio Bolsonaro left Brazil for the United States. His allies called it political exile from judicial persecution. Critics, Lula among them, replied that “those with nothing to hide have nothing to fear”, and some suggested he was getting ahead of January, when his Senate term ends, and with it the special legal standing it grants. Each side tells a ready-made story.
When politics works more like a clash of tribes, or a form of entertainment, than a shared civic space, no school subject can protect citizens on its own.
What civic education can offer is a shared grammar for such decisive moments on the political agenda: separating facts from narratives, accepting results, and contesting electoral proceedings and practices through evidence, transparency and the courts.
Lula’s new term will be the first to implement the law that seeks to promote civic education. Making it work will require treating civic education as state policy, not government policy.
Brazil already obliges its citizens to vote; the harder task is preparing them to vote well and to take part in democracy between elections. If the law succeeds, the country will have shown the many democracies now turning to the classroom that democracy can be taught and, above all, practised.
A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!
Gabriel Marmentini is the co-founder and executive director of Politize!, a non-partisan civic education institute based in Brazil. He is also the co-founder and executive director of the Brazilian Association for Head and Neck Cancer (ACBG Brasil), a patient advocacy organisation.
03.11.2026 à 13:20
Pourquoi les défis qui consistent à manger des aliments ultrapimentés sont des jeux dangereux
Texte intégral (1694 mots)
L’ESSENTIEL
Des défis, qui consistent à consommer des produits extrêmement pimentés, sont popularisés sur les réseaux sociaux.
Sans le savoir, les participants à ces jeux s’exposent à des risques réels pour leur santé.
Les centres antipoison ont recensé plus d’une centaine d’intoxications ces cinq dernières années, principalement chez des adolescents et des jeunes adultes.
Longtemps utilisé pour relever les plats et conserver les aliments, le piment connaît depuis quelques années un détournement de son usage culinaire qui a alerté l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Sur les réseaux sociaux, des défis mettant en scène l’ingestion de produits ultrapiquants séduisent un public souvent jeune, au prix parfois de conséquences médicales préoccupantes.
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Au cœur de ces produits se trouve la capsaïcine, une substance chimique (son nom scientifique est 8-méthyle N-vanillyle 6-nonénamide) qui est naturellement présente dans les piments du genre Capsicum. Responsable de la sensation de brûlure caractéristique, elle agit sur des récepteurs nerveux (les TRPV1 pour transient receptor potential vanilloide 1) qui transmettent au cerveau un signal similaire à celui d’une élévation de température.
Résultat : rougeurs, transpiration, larmoiements et impression de « bouche en feu », alors même qu’aucune augmentation réelle de température ne se produit.
Des effets parfois sévères après ingestion ou contact avec la peau ou les yeux
Si les effets d’une consommation modérée restent généralement transitoires, des quantités plus importantes peuvent provoquer des douleurs intenses tout au long du tube digestif. Brûlures buccales, douleurs gastriques, nausées, vomissements ou diarrhées figurent parmi les symptômes les plus fréquemment observés. Dans certains cas, des manifestations plus générales peuvent apparaître, comme une augmentation de la pression artérielle, des palpitations ou une perte de connaissance.
Les risques ne se limitent pas à l’ingestion. Le contact avec la peau ou les yeux peut entraîner des irritations parfois importantes. Quant aux aérosols contenant de la capsaïcine, comme certains sprays de défense, ils sont susceptibles de provoquer des troubles respiratoires chez les personnes sensibles.
Les enfants ainsi que les personnes souffrant de pathologies digestives ou cardiovasculaires figurent parmi les populations les plus vulnérables. Des réactions allergiques ont également été rapportées.
L’effet viral des challenges
Le phénomène a pris une ampleur internationale avec l’apparition de défis reposant sur la consommation de snacks extrêmement concentrés en capsaïcine. L’un des plus connus, le « One-Chip Challenge », invitait les participants à manger une chips ultrapiquante puis à résister le plus longtemps possible sans boire ni manger, tout en filmant leur réaction.
En 2023, aux États-Unis, un adolescent de 14 ans est décédé après avoir participé à un challenge de ce type. Le produit contenait notamment du Carolina Reaper, considéré comme l’un des piments les plus puissants au monde, avec une intensité pouvant dépasser deux millions d’unités sur l’échelle de Scoville qui mesure le niveau de piquant d’un piment et s’exprime en unité thermique de Scoville. À titre de comparaison, le Tabasco classique atteint généralement entre 2 500 et 5 000 unités.
L’échelle de Scoville pour mesurer l’intensité d’un piment
- La concentration de capsaïcine varie largement d’une variété de piments à l’autre. Plus un piment contient de capsaïcine, plus il est piquant. On a recours à l’échelle thermique de Scoville pour mesurer le niveau de piquant d’un piment.
Classification simplifiée des piments les plus connus, du moins au plus piquant, selon leur intensité moyenne sur l’échelle de Scoville (SHU, Scoville Heat Units)
En Europe, des produits similaires commercialisés sous le nom de « Hot Chip Challenge » ont suscité plusieurs alertes sanitaires à l’automne 2023. À la suite de signalements en Allemagne et en Suisse, ces produits ont fait l’objet de rappels, y compris en France.
Plus de 100 intoxications recensées en France
Entre 2021 et 2025, les centres antipoison français ont enregistré 124 cas d’intoxication liés à la consommation d’aliments particulièrement pimentés. Les personnes concernées étaient âgées en moyenne de 18 ans, et plus d’un tiers des cas impliquaient des adolescents de 10 à 15 ans. Les hommes étaient légèrement majoritaires.
Le piment consommé directement en tant que plante représentait le produit le plus souvent impliqué, devant les chips ultrapiquantes et différentes sauces pimentées.
Répartition par classe d’aliments des intoxications à la capsaïcine enregistrées par les Centres antipoison de 2021 à 2025
Dans près de quatre cas sur dix, la consommation s’inscrivait dans le cadre d’un défi. Les adolescents étaient particulièrement représentés dans ces situations.
Les symptômes observés étaient principalement des douleurs digestives ou buccales, des irritations et des vomissements. Si la quasi-totalité des cas sont restés bénins, une femme de 28 ans a présenté un œdème de Quincke après avoir participé à un défi impliquant une chips pimentée (l’œdème de Quincke correspond à une réaction inflammatoire ou allergique qui se traduit par un gonflement rapide de la peau et des muqueuses au niveau de la tête et du cou, ndlr). Elle a dû être prise en charge aux urgences avant une évolution favorable.
Que faire en cas de brûlure intense après ingestion de piment ou de produits pimentés ?
- La capsaïcine étant soluble dans les graisses et non dans l’eau, les produits gras comme le lait ou les yaourts atténuent la sensation de brûlure, contrairement à l’eau.
- Les aliments riches en amidon (pain, pomme de terre, riz) peuvent également s’avérer efficaces pour soulager la sensation de brûlure.
- Enfin, toute difficulté respiratoire ou gonflement du visage doit conduire à contacter immédiatement les secours (composer le 15, le 112, ou le 114 pour les personnes malentendantes). Dans les autres cas, il est conseillé d’appeler un centre antipoison ou de consulter un médecin si la douleur persiste ou s’aggrave.
La réglementation européenne sur les produits pimentés appelée à évoluer
À ce jour, la capsaïcine naturellement présente dans les aliments ne fait pas l’objet de restrictions spécifiques au sein de l’Union européenne. Toutefois, plusieurs produits ont déjà été retirés du marché en raison de concentrations jugées trop élevées ou d’un étiquetage insuffisant.
Face à la multiplication des signalements, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) mène actuellement une évaluation des risques liés à la consommation de capsaïcine. Les données recueillies par les centres antipoison français ont été intégrées à ces travaux, dont les conclusions sont attendues d’ici à la fin de l’année 2027. Elles pourraient déboucher sur un renforcement de la réglementation applicable aux produits les plus concentrés.
Prudence face aux produits « ultra-hot », « superpiquants » ou « extrêmes »
Dans l’attente de nouvelles recommandations, les autorités sanitaires rappellent l’importance de la vigilance. Les mentions « ultra-hot », « superpiquant » ou « extrême » doivent alerter les consommateurs, tout particulièrement lorsqu’il s’agit de produits commercialisés dans le cadre de défis viraux sur les réseaux sociaux.
Les autorités sanitaires recommandent également d’éviter ces challenges, en particulier chez les adolescents, de conserver les produits très pimentés hors de portée des enfants et de porter des gants lors de la manipulation de piments particulièrement forts.
Pour en savoir plus, consulter l’article qui lui est consacré dans le numéro 29 du bulletin Vigil’Anses de juillet 2026, édité par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).
Sandra Sinno-Tellier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
02.11.2026 à 17:53
Ce qu’un Congrès dominé par les démocrates changerait pour l’Europe
Texte intégral (2180 mots)

L’ESSENTIEL
Un Congrès démocrate ne suffira pas à freiner Trump ni à garantir le soutien américain à l’Ukraine.
La dépendance militaire aux États-Unis fragilise l’Europe, comme l’illustre le cas Starshield.
Une victoire démocrate ne rétablirait pas l’alliance transatlantique : l’Europe doit en tout état de cause renforcer son autonomie stratégique.
Les élections de mi-mandat mobilisent traditionnellement moins d’électeurs que les élections présidentielles. Cette année, toutefois, le scrutin suscite une attention considérable, aux États-Unis comme à l’étranger, en particulier en Europe.
L’Europe n’a même pas eu besoin d’attendre les résultats des « midterms » pour en mesurer les effets. Alors que le prix des carburants pèse sur les électeurs états-uniens, Donald Trump a récemment conclu un accord prévoyant l’importation de gazole russe dans l’espoir de faire baisser les prix avant le jour du scrutin. Un revirement spectaculaire après des années de pressions exercées par Washington à l’endroit de Moscou en raison de sa guerre contre l’Ukraine.
Le contraste avec l’attitude de l’Europe sur ce dossier est saisissant. Le 12 octobre, l’UE a adopté son plus vaste train de sanctions individuelles jamais décidé contre le complexe militaro-industriel russe, visant 1 569 personnes et entités. Quatre jours plus tard, Trump a suspendu l’application de nouvelles sanctions états-uniennes majeures contre la Russie, en vertu d’une loi qu’il avait signée quelques semaines auparavant.
Ces décisions adressent un message préoccupant à Kiev et aux capitales européennes : la pression exercée sur la Russie n’a rien d’acquis et peut être relâchée dès lors que les intérêts électoraux états-uniens deviennent prioritaires.
Dès lors, la question se pose : un Congrès aux équilibres différents (actuellement, les républicains dominent aussi bien la Chambre des représentants que le Sénat) pourrait-il modifier les relations entre les États-Unis et l’Europe ?
Pour les Européens, la réponse importe surtout dans deux domaines : la sécurité et le commerce. Ils ne doivent toutefois pas s’attendre à ce que les élections de novembre réparent instantanément une relation transatlantique mise à rude épreuve.
Ce que le Congrès peut changer
Trois scénarios possibles à l’issue des élections de mi-mandat méritent l’attention : les républicains conservent les deux chambres et gardent ainsi un Congrès « rouge » ; au contraire, les démocrates prennent le contrôle des deux Chambres ; ou bien on assiste à une « vaguelette bleue » qui voit les démocrates remporter la Chambre des représentants tandis que les républicains conservent le Sénat.
Une Chambre des représentants à majorité démocrate pourrait bloquer des textes de loi, enquêter sur les décisions de l’administration et peser sur les dépenses publiques. La conquête du Sénat leur donnerait en outre davantage de poids sur les nominations, notamment celles des ambassadeurs et des hauts responsables. Mais même si les démocrates contrôlaient les deux Chambres, Trump conserverait son droit de veto et pourrait continuer à recourir aux décrets présidentiels.
Une défaite sur le front intérieur ne rendrait pas nécessairement Trump moins actif à l’étranger. Elle pourrait même produire l’effet inverse. Si son programme législatif était entravé, il pourrait se concentrer sur les accords internationaux, les rapports de force et la construction de son héritage présidentiel. Dans l’un ou l’autre des scénarios de victoire démocrate, les Européens devraient donc se préparer à composer avec un président limité sur le plan intérieur, mais toujours disposé à prendre des risques politiques importants en matière de politique étrangère.
Une telle fuite en avant ne serait pas sans précédent. En janvier 2007, après avoir perdu la majorité à la Chambre des représentants et au Sénat lors des élections de mi-mandat de 2006, George W. Bush a envoyé plus de 20 000 soldats américains supplémentaires en Irak.
Ukraine, OTAN : les limites des garanties américaines
Pour l’Ukraine, les élections de mi-mandat pourraient avoir des conséquences importantes.
Si les républicains conservaient le contrôle du Congrès, le soutien américain resterait tributaire de la volonté des élus opposés aux concessions à Moscou de tenir tête à leur président. Ce n’est pas exclu : l’accord sur le gazole et la suspension des sanctions ont suscité de vives critiques dans les deux camps, montrant que soutenir Trump ne signifie pas toujours partager sa position sur la Russie. Mais les critiques, à elles seules, ne changent guère la situation de l’Ukraine.
Une Chambre des représentants à majorité démocrate exercerait un contrôle plus étroit sur l’administration et pourrait devenir un relais plus solide de l’aide à Kiev. Mais tout financement devrait encore obtenir l’accord du Sénat et du président. Une promesse de soutenir l’Ukraine ne se traduirait donc pas automatiquement par l’envoi d’armes sur le front.
Si les démocrates contrôlaient les deux chambres, le Congrès disposerait d’un levier plus important sur les crédits et les sanctions. Mais même dans un tel cas de figure, il ne pourrait pas négocier à la place de Trump ni garantir que son administration appliquerait les décisions des parlementaires comme ils l’entendent. Le président pourrait également recourir aux décrets pour contourner de fait le Congrès.
La récente dérogation aux sanctions contre la Russie illustre cette difficulté. Le Congrès avait adopté des mesures sévères, mais le président en a suspendu l’application peu après, au nom de l’« intérêt national ».
L’Europe — et l’Ukraine en particulier — doit comprendre que des lois à première vue sévères peuvent rester largement théoriques : les sanctions peuvent être levées ou suspendues pour une durée indéterminée.
Les récentes restrictions imposées à la connectivité satellitaire ukrainienne révèlent une autre vulnérabilité. Des responsables ukrainiens ont indiqué que les limitations de débit affectant Starshield, le service de satellites militaires de SpaceX, avaient perturbé leurs opérations de drones. Elon Musk, PDG de SpaceX et proche allié de Trump, a attribué le contrôle de ces restrictions à l’armée américaine et au président, même si les raisons de l’interruption du service ne sont toujours pas clairement établies.
Pour l’Europe, la conséquence est évidente. Une hausse des dépenses de défense est nécessaire, mais elle ne suffira pas si des moyens essentiels de communication et d’autres capacités militaires restent tributaires de décisions prises à Washington. Le soutien du Congrès peut fournir des ressources ; il ne saurait remplacer les capacités propres de l’Europe ni rendre fiables les engagements du locataire de la Maison-Blanche.
Le conflit entre les États-Unis et l’Iran ajoute une nouvelle source d’incertitude. L’Europe subit les conséquences économiques de la guerre, à travers les marchés de l’énergie et le transport maritime, mais elle dispose de peu de moyens pour peser sur les décisions de Washington.
Un Congrès démocrate pourrait renforcer le contrôle des opérations militaires et chercher à les encadrer par la loi et par le vote des budgets. Mais les pouvoirs du Congrès en matière de guerre ne garantissent pas que l’armée des États-Unis n’interviendrait plus à l’étranger. Soucieux de laisser un héritage en politique étrangère, Trump pourrait tout faire pour obtenir une victoire diplomatique, accentuer la coercition à l’encontre de Téhéran ou alterner entre les deux. L’Europe doit être en mesure de défendre ses intérêts dans chacune de ces hypothèses.
Commerce et droits de douane : pas de trêve automatique
Les entreprises européennes pourraient voir dans une progression des démocrates la perspective d’une plus grande prévisibilité. Mais elles ne doivent pas confondre cette perspective avec la fin automatique des différends commerciaux.
La Constitution confie au Congrès le pouvoir de fixer les droits de douane, mais celui-ci a délégué une part importante de ses prérogatives au président. Un changement de majorité au Congrès ne suffit donc pas, à lui seul, à supprimer les droits de douane existants ni à retirer ces pouvoirs à l’exécutif.
Une Chambre des représentants démocrate pourrait bloquer de nouveaux textes et mettre en évidence le coût des politiques de Trump. Si les démocrates remportaient également le Sénat, ils seraient mieux placés pour tenter de limiter la marge de manœuvre présidentielle. Trump conserverait toutefois son droit de veto : le surmonter exigerait davantage qu’une courte majorité démocrate.
Un Congrès républicain pourrait adopter des textes soutenant le programme économique de Trump. Mais les élus dont les électeurs pâtissent des restrictions commerciales seraient soumis à des pressions pour s’y opposer.
Il importe surtout que les Européens ne supposent pas que l’opposition du Congrès à Trump équivaut à un accord avec leurs priorités économiques. Dans les domaines de la concurrence industrielle, de l’accès aux technologies de pointe et des relations avec la Chine, la véritable question est de savoir si les intérêts des parlementaires américains convergent réellement avec ceux de l’Europe.
L’UE devrait consolider ses relations avec Washington en négociant d’une seule voix. Si les gouvernements cherchent individuellement à obtenir des exemptions, ils risquent d’affaiblir le pouvoir de négociation collectif de l’Union.
L’Europe ne peut pas se permettre d’attendre
Les élections de mi-mandat ont une importance réelle. Une Chambre des représentants démocrate constituerait un important pôle d’opposition à la Maison-Blanche. Le contrôle des deux Chambres par les démocrates renforcerait encore ce contre-pouvoir, tandis qu’une victoire républicaine laisserait les Européens face à un rapport de forces dont ils ont pu mesurer ces dernières années toute la complexité. Mais aucun de ces scénarios ne les dispenserait d’agir.
Les divergences sur les sanctions contre la Russie révèlent des priorités contradictoires, tandis que les restrictions imposées par SpaceX ont mis en lumière la dépendance européenne à l’égard des technologies états-uniennes. Les électeurs américains ne peuvent résoudre à eux seuls aucun de ces problèmes.
Les gouvernements européens devraient approfondir leurs relations avec les parlementaires américains, au-delà des clivages partisans, renforcer leurs industries de défense et sécuriser leurs infrastructures essentielles. Surtout, leurs dirigeants devraient résister à la tentation de voir dans une progression des démocrates un retour à la normale. Quel que soit le résultat, les Européens doivent y voir une occasion d’agir, et non un prétexte pour attendre.
Waya Quiviger ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
02.11.2026 à 16:59
Quiz Santé - Jouez avec The Conversation pour mieux connaître les rats et les microbes qu’ils hébergent
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S’adaptant parfaitement aux environnements urbanisés, le rat est associé de longue date à notre espèce. Mais nous le connaissons encore mal.
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