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07.02.2025 à 16:02

Favoritisme, intimidations : à Nice, l’extrême-droite mascu’ en planque derrière l’atelier Missor et sa statue de Jeanne d’Arc

admin

A Nice, une statue de Jeanne d’Arc, célèbre figure locale *sarcasme* suscite une polémique nationale depuis que le préfet, Hugues Moutouh, proche de Robert Ménard et Eric Ciotti peu suspects de gauchisme, a demandé son retrait de l’espace public, car elle a été installée sans appel d’offre, comme l’exige la loi. Avec le soutien du maire, Christian Estrosi, qui soutient une souscription pour racheter l’œuvre, et tout ce que ce.. Read More

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Texte intégral (3745 mots)

A Nice, une statue de Jeanne d’Arc, célèbre figure locale *sarcasme* suscite une polémique nationale depuis que le préfet, Hugues Moutouh, proche de Robert Ménard et Eric Ciotti peu suspects de gauchisme, a demandé son retrait de l’espace public, car elle a été installée sans appel d’offre, comme l’exige la loi. Avec le soutien du maire, Christian Estrosi, qui soutient une souscription pour racheter l’œuvre, et tout ce que ce pays compte d’extrême-droite, l’atelier Missor, qui a réalisé le monument, dénonce « la bureaucratie, avec la complicité d’intellectuels de gauche et de profs des Beaux-Arts » (sic). Mais localement, le profil de ces dandys parisiens réactionnaires interroge, notamment à la librairie féministe Les Parleuses, qui a fait l’objet de leurs intimidations, comme elles en témoignent auprès de Mouais.

L’information était déjà brièvement mentionnée dans le portrait que leur avait consacré le journal l’Humanité en février 2023, où au détour d’une phrase, l’on pouvait lire que les Parleuses avaient « fait l’objet d’une vidéo moqueuse de la part de l’Atelier Missor, un groupe d’identitaires masculinistes en col blanc ». Un collectif de sculpteurs plus précisément, nommé du nom de l’artiste qui le dirige, Missor donc, aux avis Google… mitigés (Voici les trois apparaissant sur le moteur de recherche : « toujours rien reçu après plus d’un an d’attente et de renvoi. Franchement ça devient vraiment la honte. Surtout que nous avons bien évidemment été débités… » ; « Commande passée en novembre 2023 pour un buste Napoléon. Toujours aucune nouvelle… » ; « Commande passée en novembre 2023 avec une livraison annoncée avant Noël. Aucune nouvelle depuis plusieurs mois. Ils continuent les prises de commandes… »), et récemment nationalement médiatisés suite à « l’affaire Jeanne d’Arc ».

Dessin de PP.P pour Mouais

Mais revenons d’abord sur cette -pitoyable- histoire. Car s’il est une commande qui est arrivé à bon port, après avoir été dûment débitée, c’est bien celle de la monumentale statue dorée de Jeanne d’Arc brandissant une croix (en fait un pommeau d’épée tenue par la lame, ce qui est formellement déconseillé, surtout à cheval), demandée par le maire de Nice, Christian Estrosi, pour la bagatelle de 170 000 euros, et inaugurée en grande pompe le 19 décembre dernier. Las, rapidement, le préfet des Alpes-Maritimes demande à ce que Jeanne soit descellée, et saisit en ce sens le tribunal administratif de Nice, qui acte que « le marché, lancé par la Régie Parcs d’Azur, a été attribué sans publicité ni mise en concurrence à la société Atelier Missor ». Comprendre : sans appel d’offre, ainsi que l’exige la loi quand il s’agit de deniers publics.

On pourrait y voir une simple guéguerre entre deux turbo-droitards dont l’entente, depuis quelques mois, n’est plus au beau fixe ; une querelle interne en terres estroso-ciottiste en somme, dont les sculpteurs auraient fait les frais, par ailleurs sans grand dommages puisqu’une ville du Sud-est de la Hongrie fasciste de Viktor Orbán s’est déjà proposé de recueillir la statue, le maire de cette bourgade déclarant, dans un communiqué commun avec les deux chefs du Parti populaire démocrate-chrétien (KDNP), allié du Fidesz, que « Le KDNP soutient toute initiative visant à sauver notre culture occidentale fondée sur le christianisme » (1).

Fin de l’histoire ? Non. Les choses se sont emballées. Furieux, Missor, dans une vidéo -les artistes sont très actifs sur Youtube, nous y reviendrons- accuse « la bureaucratie, avec la complicité d’intellectuels de gauche et de profs des Beaux-Arts », et analyse subtilement la situation : « Le fond du problème, c’est qu’en France, depuis un demi-siècle, on a un monstre de bureaucratie qui veut noyer les gens », avec pour résultats que toute les œuvres mises dans l’espace public sont « moches » -et dans le cas de Nice, on ne peut pas lui donner tort puisque c’est Estrosi qui les choisit toutes lui-même, notamment pour 99 540 euros d’argent public des « œuvres » de son « sculpteur » et surtout ami Richard Orlinski, avant que Mediapart ne révèle « que l’édile et son épouse, la journaliste Laura Tenoudji-Estrosi, [ont] reçu ces dernières années plusieurs statues de l’artiste, dont les exemplaires numérotés sont vendus des dizaines de milliers d’euros », a fortiori sans le déclarer, comme la loi et la déontologie l’auraient obligé.

N’ayant manifestement pas d’argent à lui, après avoir signé un chèque aux frais de la ville, Estrosi a soutenu le jeudi 16 janvier le lancement, par notamment le prince napoléonien Joachim Murat, d’une « souscription populaire » afin de compenser l’annulation de la commande publique en faisant appel à « tous les citoyens de Nice et d’ailleurs qui le souhaitent à y participer ». Il conclut son courrier officiel par cette vibrante adresse au préfet :« Je ne céderai rien. Les déboulonneurs de notre grand destin national peuvent passer leur chemin ».

Estrosi en soutien de l’extrême-droite masculiniste

Loin semble-t-il de ce genre d’agitations, se trouve la librairie des Parleuses, qui existe depuis septembre 2018, et « forcément féministe parce que c’est nous, que nous sommes deux femmes, en couple, et on voit bien qu’on fait face à des choses particulières en tant que telles », ainsi qu’elles nous l’expliquaient il y a deux ans. Il y a deux semaines, elles ont écrit à Christian Estrosi, dans un courrier co-signé par d’autres libraires. Pour quel motif ? « Ça m’a mis en colère, nous explique Maud à la terrasse de la librairie, quand je l’ai vu prendre fait et cause, et demander aux Niçois de payer, pour ces gars-là ». En effet, elle les connaît un peu : en novembre 2021, ils sont venus intimider une librairie qui ne leur avait rien demandé, avant, ainsi que nous le rapportions plus haut, de s’en moquer dans une vidéo publique, captée avec un portable et diffusée en infraction totale de l’article 9 du Code civil relatif au droit à l’image.

Tirant sur sa vapote, elle nous raconte l’histoire. « Ils sont venus à la librairie pour demander de mettre un buste, je ne sais plus de qui, Victor Hugo ou Dostoïevski. Ça nous arrive souvent, que des gens passent pour proposer d’exposer chez nous, et même si on n’accepte pas toujours, c’est toujours cordial. Mais là, ils sont arrivés à deux bonhommes, agressifs. Ils étaient intimidants, moqueurs, notamment avec la vendeuse présente à ce moment là ».

Elle rapporte entre autres, que, leur ayant été demandé pourquoi ils ne proposent que des bustes d’auteurs, ils auraient rétorqué, goguenards que « ce n’est pas notre faute si tous les génies sont des hommes »… « Je me suis douté que ça cachait quelque chose, et j’ai bien fait, car effectivement, ils avaient tout filmé avec leur portable, et mis en ligne pour nous humilier ». Elle leur écrit alors, texte de loi à l’appui, pour leur demander de retirer cette vidéo. « On n’a pas porté plainte, on voulait régler ça à l’amiable… On n’aurait peut être pas dû » -sachant que quiconque « photographie ou filme une personne dans un lieu privé ou transmet son image, sans son accord » risque un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.

Vu sur la toile, en référence et soutien à l’humoriste Merwane Benlazar

Après quelques relances, l’atelier finit par répondre, laconiquement, qu’il supprimera les passages où elles apparaissent. « Naïvement, j’ai fait confiance, je les ai crus…. » Avant de se rendre compte, plus tard, qu’il n’en est rien, et que la vidéo est simplement passée en statut « privé », et donc accessible aux membres de leur communauté, ce qui contrevient toujours au respect de la vie privée et du droit à l’image.

Maud nous dit son incompréhension de ce genre de procédés, tout particulièrement contre des lieux de culture. « D’autres librairies ont été visées. Et j’ai vu une autre vidéo, où ils s’en prennent à un taxi… » Étrange façon, pour ces nouveaux arrivants aux allures de dandys bourgeois parisiens, de contribuer à la culture locale…

L’atelier Missor, ou comment « rendre des idées nauséabondes sympathiques »

Comme dit plus haut, l’atelier est très actif sur les réseaux sociaux, et notamment en vidéo. Le 20 octobre 2022, David-Julien Rahmil, rédacteur en chef adjoint de la revue en ligne L’ADN et auteur de L’internet des enfants aux éditions Divergences, publie un article titré L’Atelier Missor, la meilleure (et la pire) série de téléréalité que vous pouvez regarder. Il y détaille les contenus de la chaîne Youtube, aux 50 000 abonnés alors, de la petite bande de Missor, « spécialisée dans des personnages historiques appréciés par une clientèle que l’on pourrait qualifier de traditionaliste ou de nationaliste », qu’il décrit comme « une pépite de drôlerie non intentionnelle et de cringe », sur fond de « virilisme à la sauce cryptogay ».

Sapes à la Peaky Blinders, langage excessivement châtié, vouvoiement systématique, tatouages de marins, moustaches en guidons de vélos, marcels chatoyants, et viriles bagarres ou embrassades torses nus ou en slip, « le tout se mélange à une forme de folie collective donnant aux vidéos une ambiance cryptogay permanente et totalement savoureuse, étant donné l’orientation politique et masculiniste des protagonistes ». « Ce spectacle navrant donne l’impression de voir des adolescents lâchés dans un squat d’artistes tenter les pires expérimentations ». Mais, conclut le journaliste, « derrière tout ça, on se prend aussi à trouver sympathique une bande de garçons porteuse d’idées qui ne le sont pas vraiment. L’Atelier Missor est-il une nouvelle forme de pilule rouge, cette fameuse technique d’endoctrinement par les mèmes et l’humour ? Leur vidéo intitulée « Jeanne au secours », faisant référence au fameux mème lié à Jean-Marie Le Pen a de quoi mettre le doute sur leurs véritables intentions ».

Intentions du reste assez aisément identifiables, quand, sur leur site où ils vendent leurs bustes de bonhommes -jamais de femmes, à part Jeanne d’Arc bien évidemment-, la clique se définit comme « un petit groupe d’hommes qui se bat pour défendre les grands hommes du passé », avant de partir en envolée romantico-lyriques sauce Nietzsche mal digéré de type « Et si nous construisions des statues monumentales pour les villes. Et si nous reprenions ce rêve de civilisation, qui avait été abandonné ? », ou encore « Napoléon avait un rêve. Avant de mourir, il voulait faire de Paris la capitale de l’univers » (et on se demande donc pourquoi s’installer à Nice, d’autant plus si c’est pour venir se foutre de la gueule des locaux).

Nice, terre d’inculture municipale

Retour à la terrasse des Parleuses. En décembre 2022, leur vitrine avait été couverte d’un drap noir par des policiers, à l’occasion de l’invitation, par Christian Estrosi, de Gérald Darmanin, alors ministre de l’intérieur, pour visiter le futur commissariat avoisinant. Des collages en soutien des femmes victimes de violence avaient été apposés sur la librairie. Le tribunal administratif de la ville a condamné une une « atteinte à la liberté d’expression ».

« Nous n’avons reçu aucun soutien du maire lors de notre censure. A part une lettre, visiblement écrite par le stagiaire, où il nous a dit… son intérêt pour la lutte contre l’illettrisme. On lui a répondu qu’on ne voyait pas le rapport (rires». Elle fulmine : «  Et là, on nous demande de faire le dos rond, de laisser des mascus venus nous intimider, et nous jeter en pâtures sur leurs réseaux d’extrême-droite, empocher de l’argent public, et représenter la culture à Nice ? Il y a un moment où c’est trop ». D’autant que, l’extrême-droite, le couple en a déjà fait les frais, ayant notamment dû déposer une main courante après des dégradations retrouvées un matin, et portant la marque de l’Action Française -sans nul doute elle aussi friande du travail de Missor.

La faferie locale, d’ailleurs, ne s’y est pas trompé. Deux jours de suite, une centaine de manifestants se sont rassemblés aux abords de l’église Sainte Jeanne-d’Arc jouxtant la fameuse statue, à l’appel de la section locale de Reconquête, de Philippe Vardon, ex-skin néo-nazi co-fondateur de Génération identitaire et élu dans « l’opposition » -il sait semble-t-il trouver des accords avec le maire- au conseil municipal de la ville, et d’Identité-Liberté, groupuscule de Marion Maréchal, ces deux derniers ayant également mis en ligne une pétition, où l’on peut lire :

« Depuis des mois, la gauche locale s’est montrée réticente à l’installation d’une statue de Jeanne d’Arc à Nice. Elle est non seulement allergique au symbole bien sûr, mais aussi au collectif d’artistes choisi : l’atelier Missor. Des artistes qui ne semblent pas pencher à gauche, c’est évidemment inacceptable… Le Tribunal administratif de Nice s’appuie aujourd’hui sur un principe de « mise en concurrence » absolument inadapté pour casser le contrat passé entre la Métropole et l’atelier Missor. Quels autres artistes pouvaient réaliser une telle œuvre ? La préfecture a fait savoir qu’il fallait désormais démonter la statue de Jeanne d’Arc : Quels que soient les arguments administratifs, ou même juridiques, il est absolument inconcevable de déboulonner une statue de Jeanne d’Arc en France ».

Quant à Maud, elle conclut en nous disant que, dans leur courrier au maire de la ville, elles avaient demandé à ce que la place à côté de la librairie « soit renommée en hommage à Rose Valland, une grande dame, une Résistante, et très importante dans l’histoire du mouvement lesbien » -elle a également contribué grandement au sauvetage et à la restitution des œuvres et bien culturels volés par les nazis aux institutions et aux familles Juives pendant la Guerre. Une prochaine commande -avec appel d’offre cette fois-ci- pour l’atelier Missor ?

Par Mačko Dràgàn

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(1) Source : le JDD, oui on sait.

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04.02.2025 à 12:52

Felix Tréguer : « Avec la technopolice, on n’aurait pas pu résister en 1940 »

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Auteur d’un ouvrage intitulé Technopolice, Félix Tréguer, chercheur associé au Centre Internet et Société du CNRS et membre de La Quadrature du Net, une association dédiée à la défense des droits humains dans le contexte d’informatisation, analyse l’accouplement de la machine et de la police. Entre Nice, Marseille et Denver, le constat apparaît terrifiant. Les bonds technologiques permettent d’enserrer de plus en plus la population, avec des formes de contrôle pas.. Read More

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Texte intégral (3247 mots)

Auteur d’un ouvrage intitulé Technopolice, Félix Tréguer, chercheur associé au Centre Internet et Société du CNRS et membre de La Quadrature du Net, une association dédiée à la défense des droits humains dans le contexte d’informatisation, analyse l’accouplement de la machine et de la police. Entre Nice, Marseille et Denver, le constat apparaît terrifiant. Les bonds technologiques permettent d’enserrer de plus en plus la population, avec des formes de contrôle pas si éloignées du modèle chinois. Malgré tout, le réel et la rue résistent. Entretien. Par Edwin Malboeuf

« On est prêt, on attend juste la législation ». Ce mot d’un policier au Centre de supervision urbain, lors d’une rencontre citoyenne un soir de février 2024 fait froid dans le dos. Après une heure et demie à montrer à la petite quinzaine de personnes présentes l’ampleur des dispositifs en matière de vidéosurveillance algorithmique (VSA), il donnait des exemples de paramètres installés sur les logiciels pour lever une alerte. Comme un attroupement de plus de 5 personnes sur la place centrale de Nice. Enterrant ainsi l’idée d’agora, soit la place comme cœur de la démocratie. Félix Tréguer, chercheur et membre actif de la Quadrature du Net, association visant à défendre les libertés dans un contexte d’informatisation du monde, ne dit pas autre chose dans son livre titré par un néologisme idoine pour décrire l’accouplement de la technologie avec la surveillance de masse : Technopolice.

Celle-ci selon lui est « incompatible avec les formes de vie démocratique ». Pourquoi, lui demande-t-on ? « A l’époque de la création du fichier TES (Titres électroniques sécurisés) qui prévoyait la prise d’empreinte faciale pour les documents d’identité, l’un des fondateurs de la Quadrature avait eu cette analogie avec 1940. Si à ce moment, on n’avait pas pu falsifier des documents d’identité, on aurait été incapable d’organiser des réseaux clandestins, dissidents, capables de résister à l’occupant nazi. L’argument est de dire qu’une reconnaissance faciale, couplée aux 100 000 caméras déployées aujourd’hui dans les rues, empêche de monter des réseaux clandestins de résistance. La sauvegarde des formes de vie démocratiques passe par le refus en tant que société qui veut demeurer démocratique, d’instaurer ces structures de surveillance massive. C’est l’un des arguments les plus forts ». Avec un Rassemblement national aux portes du pouvoir, l’argument est effectivement de poids. Que donneraient ces outils dans des mains (encore) plus malintentionnées ?

La rue résiste à la domestication

Malgré tout, de nombreux exemples historiques permettent de garder un brin d’optimisme face à la méga-machine qui se met en place. Notamment, le mouvement des Gilets jaunes fin 2018, parvenu à contourner les effectifs policiers malgré une technologie avancée et omniprésente à l’époque. « Malgré la puissance des dispositifs, il y a encore des craquelures dans cet appareil d’Etat technopolicier. Il demeure un géant aux pieds d’argile. Avec une certaine régularité, il se fait dépasser » énonce Félix Tréguer. Dans Technopolice, il écrit à propos des révoltes ouvrières du début du XXème siècle : « La rue résiste aux tentatives de domestication ». Car le sujet est bien celui-ci. Domestiquer. Contrôler. Surveiller. « Il y a aussi tout ce que cela change en nous, dans le rapport à l’altérité, à la rue, à la spontanéité, au pouvoir. La manière dont ces technologies tentent de faire de nous des sujets dociles. De produire des subjectivités normées, conformes, qui se déplacent d’un point A à un point B dans la ville : bosser, consommer, rentrer chez soi. Et surtout ne pas parler politique, s’attrouper pour créer des formes de vie un peu plus organiques. On sent à quel point le projet de technopolice renvoie à une vision surannée et dangereuse. Il faut le dénoncer sur le plan de la critique politique », poursuit-il.

La tech pour votre bien-être

Dans un édito du Monde diplomatique d’août 2021, Serge Halimi écrit : « Il fut un temps, qui n’était pas le Moyen Âge, où l’on pouvait prendre le train en demeurant anonyme, traverser une ville sans être filmé, se sentir d’autant plus libre qu’on ne laissait derrière soi nulle trace de son passage. Et pourtant, il y avait déjà des enlèvements d’enfants, des attentats terroristes, des épidémies — et même des guerres. » Un rappel utile lorsque la technologie est toujours invoquée, d’abord pour des raisons moralement légitimes. « Il y a une volonté qui remonte aux origines de l’informatique de vouloir épouser au maximum le réel. Il faut reconnaître que les systèmes d’intelligence artificielle ont progressé en la matière ces dernières années. C’est notamment le cas pour la videosurveillance algorithmique sur laquelle on travaille », informe Félix Tréguer.

Un pouvoir agoraphobe

Le pouvoir se méfie de la foule, de la plèbe rassemblée et organisée, et ce depuis que le pouvoir est pouvoir. « L’enjeu de cette foule rassemblée et concentrée dans les villes avec la cohabitation de classes sociales antagonistes que ça suppose, la proximité de ces masses prolétariennes constitue un défi pour le pouvoir, explique le chercheur. L’Etat moderne se met en place comme une instance capable de domestiquer cette vie urbaine qui lui échappe, subversive et indocile, largement auto-organisée jusqu’à la fin du Moyen-Age. Francis Dupuis-Déri [intellectuel anarchiste – N.D.L.R.] a ce terme d’agoraphobie pour désigner ce rapport de crainte viscérale des élites politiques vis-à-vis du peuple. On retrouve ça très largement aujourd’hui dans les discours politiques », retrace Félix.

Au-delà d’une peur panique du pouvoir en place face aux masses, l’intensification des flux et des échanges (populations, marchandises, biens), corollaire de la contre-révolution néolibérale dans les années 1980, a nécessité la mise en place d’outils de contrôle disparates. « La circulation beaucoup plus intense suscitée par le capitalisme moderne pour produire de la richesse nécessite une logique sécuritaire et des formes de contrôles qui doivent laisser la circulation dans des espaces ouverts, garante de richesse et de prospérité et qu’il faut stimuler. Et pour garder des formes de contrôles efficaces, ce sont tous ces capteurs pour calculer à la volée, et décider si untel ou unetelle a droit d’accès à tel endroit. Ces technologies de technopolice qu’on a documentées rendent possible ces formes de gouvernances massifiées. Un avocat dans un salon sécuritaire à Nice avait dit : “Dans une société à 10 milliards de personnes, on aura besoin de la biométrie pour s’administrer”. Cette complexité sociale et les échelles de circulation modernes en lien avec le capitalisme mondialisé nécessite ce contrôle des flux toujours plus serrés et cette technologie pour le faire de manière efficace, la plus fluide possible. »

Surveillance et néolibéralisme vont de pair

Dit autrement, « la surveillance est le produit de rationalisation du gouvernement des sociétés modernes », peut-on lire dans Technopolice. « L’intégration étatique et capitaliste toujours plus poussée se double donc d’une consolidation de l’emprise policière, qui participe à ce qui peut s’apparenter à une colonisation de l’intérieur », poursuit-il plus loin. Par le prisme de la technopolice, on lit en creux une théorie de la formation de l’Etat. Pour rappeler que la police est au cœur de la matrice originelle de l’Etat.  « A partir du XIXème siècle, l’apparition d’une force policière professionnalisée est simultanée de processus de dislocation de formes d’auto-régulations, de communauté rurale et urbaine. La technopolice a une histoire ancienne. Mais dans les années 1960, avec une crise de gouvernementalité, due aux révoltes raciales dans les ghettos noirs américains, les revendications sociales, démocratiques, anticapitalistes très poussées, l’informatique est approprié pour venir tenter d’amplifier et rationaliser l’action policière. Aux Etats-Unis, puis en France, se met en place un cadrage uniquement répressif en considérant ces revendications comme de la délinquance ordinaire et non des revendications politiques. Avec des investissements massifs et des renoncements de tout l’échiquier politique, à penser la délinquance uniquement par le prisme psychologisant de la déviance individuelle ». Le chercheur membre de la Quadrature du Net note également un paradoxe « des discours sur la liberté et l’inflation de la sphère carcérale pour gérer les populations reléguées de ce capitalisme dérégulé qui fleurit dans les années 1980 ». A ce titre, l’on doit au sociologue Loïc Wacquant cette formule imagée dans Les prisons de la misère, paru en 1999 : « La main invisible du marché nécessite le poing de fer de l’Etat pénal ».

Démocratie vs dictature ? Stratégies diverses mais horizons communs

Comme dans bien d’autres politiques publiques, la stratégie des petits pas est à l’œuvre s’agissant de technopolice. Il s’agit d’avancer à pas feutrés, petit à petit dans la montée en intensité de l’emprise techno-sécuritaire. Car des bonds en avant trop grand raidissent l’opinion publique. Le député Philippe Latombe (Modem) le sait bien. « Avec la reconnaissance faciale, on touche à un tabou absolu, au truc qui fait hurler tout le monde. Ce que nous avons proposé […], c’est que si on y va d’un coup d’un seul, ça va tellement crisper que ça ne passera pas. Il faut y aller en touchant les choses du bout des doigts et en y allant dans des cas très particuliers, très bien balisés. » (Technopolice, page 149). Plus loin, il affirme que son utilisation est inéluctable : « Ce serait une faute [de ne pas utiliser la reconnaissance faciale]. Si on a des outils pour le faire, utilisons-les, et après on verra bien si ça ne marche pas ». Voilà pour le cynisme. Où l’on se rend compte qu’à la différence du modèle chinois, un certain assentiment populaire, tout du moins de la représentation nationale, est nécessaire pour installer des outils sécuritaires similaires. En somme, un horizon partagé, mais des stratégies pour y parvenir qui diffèrent, notamment dues aux différences de régimes politiques.

« La Chine est une toile de fond lancinante, énonce Félix Tréguer. A la fois une espèce d’altérité radicale dans la bouche des promoteurs de la technopolice. Ce qu’il faudrait ne pas devenir. De l’autre côté, il y a une partie des élites qui a du mal à cacher, voire assume très clairement une forme de fascination par le spectacle techno-sécuritaire mis en place par le gouvernement chinois. Cette ambivalence est assez structurante dans beaucoup de domaines et dans le débat public. L’espace de contestation est évidemment bien plus grand dans un pays libéral comme la France. Mais la différence entre la Chine et l’Europe de manière générale est une différence de degré plus que de nature, dans la taille de ces espaces de contestation, l’ampleur, la profondeur et l’ubiquité de ces systèmes de surveillance. On sent une manière de se rassurer alors qu’ils sont en train de se faire complice de tendance techno-sécuritaire qui participe de la dérive fasciste », affirme-t-il.

Face à cette installation progressive de la technopolice, quels garde-fous ? Dans son livre, le chercheur montre que ceux-ci ne sont que de papiers. La loi informatique et libertés de 1978 fait foi en la matière. Instituant la CNIL cette même année, cette commission s’apparente aujourd’hui à un gendarme numérique peu doté, dont son avis simplement consultatif n’a que peu d’effets sur l’évolution des dispositifs. Dès 1969, le chargé de mission ministériel d’informatisation de la police se demandait : « La mise en mémoire d’un certain nombre de données n’est-elle pas attentatoire à la liberté et même à la dignité de l’Homme ? Ne présente-t-elle pas des dangers si nous connaissons à nouveau comme naguère la férule d’un Etat totalitaire, le joug d’une police politique orientée non vers le maintien de l’ordre public, la prévention et la répression des crimes, mais vers l’asservissement des citoyens libres, privés par une minorité de leurs moyens d’expression ? » (Technopolice, p.154).

Force est de constater que sa prophétie s’est partiellement réalisée. La technopolice est advenue ou en train d’advenir et l’Etat sus aux mouvements sociaux d’ampleur des dernières années et d’une pandémie a réagi de manière extrêmement autoritaire. Un contrôle surplombant dans des centres de supervision urbain, couplé à une colonisation de l’intérieur, où le policier recueille des données du terrain ; partout le flic se dresse face à la contestation, à l’altérité, au problème social ou sanitaire à résoudre.

Dans cette informatisation tous azimuts, Félix Tréguer y voit « le flic comme un travailleur de la donnée comme un autre ». Il fait « l’hypothèse qu’au moins du point de vue de l’informatisation, le travail du policier peut se rapprocher de ce qu’induit l’informatisation pour plein d’autres secteurs professionnels. Comme devoir remplir des bases de données diverses et variées. Et les formes de contrôle managériales que cela suppose. Notamment, les marges d’interprétation laissées aux agents sont très largement réduites, voire annulées. On pourrait penser que s’agissant de la police c’est une bonne chose. Pas toujours, il y a une capacité de négociation du policier parfois qui est possible. Avec l’utilisation de la bodycam, s’il constate une infraction, il est obligé d’activer la chaîne pénale. L’annihilation des marges d’interprétation contribue à l’arbitraire et à la violence policière, articulé au système pénal et carcéral ».

Que faire face à la machine ?

A la fin de son livre, il consacre les derniers chapitres à montrer les réalisations et résistances possibles. Si les garde-fous institutionnels sont maigres, les collectifs et associations ne sont pas légion non plus sur ces questions. « On n’est pas seuls. Mais c’est sûr qu’on n’est pas dans un contexte historique très porteur. Néanmoins, j’ai essayé de montrer ce qu’on a pu faire avec l’action collective, à ralentir des processus. Par exemple lorsque le gouvernement teste pour la première fois la VSA, il le fait sur des cas d’usage peu sensibles pour les libertés publiques : individus à contre-sens, port d’arme, départ de feu. On n’est pas sur le recours la reconnaissance faciale comme c’était envisagé au départ ». La Quadrature a également empêché la reconnaissance faciale au lycée des Eucalyptus à Nice, à clouer les drones du ministère de l’intérieur au sol pendant deux ans, et ceux de la police municipale au grand dam de Christian Estrosi. « Il y a quelques petites victoires pas si anecdotiques qu’un petit effort militant collectif permet de mettre en place », affirme-t-il.

Des alternatives et un enjeu à repolitiser

Le plus grave dans cette fuite en avant se trouve surtout être son caractère irréversible. Observe-t-on des retours en arrière ça et là ? « Bonne question. Je n’ai pas l’impression… Mais des listes de gauche plurielle ont au moins annoncé des moratoires sur ces questions. Le problème c’est que l’Etat et le ministère de l’Intérieur verrouillent ces débats et engagent des rapports de forces sur les dotations. Il y a une forte pression politico-administrative et empêcher les alternatives ».

Néanmoins, il se veut confiant pour la suite : « J’ai l’impression qu’il y a une entrée pour repolitiser cela, de montrer à quel point la police est une arnaque de la société capitaliste avancée. Qu’elle maintient un ordre social inégalitaire. Il est tout à fait légitime de prendre l’option d’une désescalade techno-sécuritaire. Faute d’une révolution, ça ne se fera pas de manière radicale. Mais ne pas remplacer des caméras qui tombent en panne etc…».

Pour conclure, Félix Tréguer donne des alternatives: « Il y a plein de pistes qui montrent comment tu peux produire de la sécurité, au sens de protection de l’intégrité physique des gens, autrement que par la matraque et la prison. Le féminisme anti-carcéral, la justice communautaire pour prendre en charge la violence des gangs dans certains quartiers aux Etats-Unis par exemple ».

Et réaffirme l’utilité d’une critique totale, à la fois d’un point de vue policier mais également politique. « Avec le peu d’études qu’on a, on voit tout de même que dans les enquêtes pénales, ça ne sert à que dalle. Sur la prévention de la délinquance, ça a plutôt tendance à simplement la déplacer. Néanmoins, il y a des progrès techniques très importants. Cet argument de l’inefficacité, il faut l’utiliser à titre subsidiaire et ne pas faire l’économie d’un discours politique qui critique ces technologies ».

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30.01.2025 à 12:18

Bernard Arnault, mon fantôme en costume trois-pièces

admin

Le jeudi 28 novembre, Bernard Arnault s’est pointé au tribunal de Paris, porte de Clichy pour s’expliquer dans l’affaire d’espionnage de la rédaction de Fakir… Tristan, directeur du journal amiénois et ami de Mouais, nous livre son récit. «Bernard Arnault, c’est pas grand-chose je me dis. Rien qu’un homme minable, misérable, comme tout le monde». – Monsieur l’huissier, allez chercher le témoin. L’huissier se lève. Un murmure parcourt la salle... Read More

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Texte intégral (1472 mots)

Le jeudi 28 novembre, Bernard Arnault s’est pointé au tribunal de Paris, porte de Clichy pour s’expliquer dans l’affaire d’espionnage de la rédaction de Fakir… Tristan, directeur du journal amiénois et ami de Mouais, nous livre son récit. «Bernard Arnault, c’est pas grand-chose je me dis. Rien qu’un homme minable, misérable, comme tout le monde».

– Monsieur l’huissier, allez chercher le témoin.

L’huissier se lève. Un murmure parcourt la salle. Les têtes se tournent vers la porte qu’il vient de franchir. Quelques secondes s’égrainent. J’ai toujours du mal à croire qu’il est venu. C’est la voix d’Élise Lucet, hurlant ses questions dans le couloir, qui me fait réaliser qu’il est bien là. Puis, il entre. L’homme que l’on dit plus puissants que les chefs d’État. Ce qu’on découvre est pourtant d’une plate banalité. Un vieux monsieur tiré à quatre épingles dans un costume moche et hors de prix. Son visage n’est pas celui de la vieillesse habituelle. Non, lui sa gueule est ravagée. Mal rafistolée par des années de maquillage, peut être de chirurgie, difficile à dire. Le visage d’un homme qui fuit la mort en la portant sur lui.

Quand il prend place à la barre, c’est pas d’une voix d’empereur qu’il s’exprime, on entend que dalle. Des – Plus fort ! sont criés par des journalistes. C’est mal, mais c’est un peu jouissif de le voir se faire engueuler pour qu’il hausse le ton.

Bernard Arnault, c’est pas grand-chose je me dis. Rien qu’un homme minable, misérable, comme tout le monde.

Pour rappel, entre 2013 et 2016, LVMH a fait surveiller la rédaction de Fakir, Ruffin en tête, parce qu’on s’intéressait un peu trop à son empire à son goût. Dans notre numéro 53 de décembre 2012, on révélait comment ce fils à papa avait construit sa fortune sur le mensonge. En 1984, il avait racheté le groupe Boussac Saint-Frères, en empruntant 40 millions de Francs à son paternel et… 1 milliard à l’État français. En contrepartie il promettait de sauver tous les emplois dans le nord de la France. À peine deux ans plus tard, tout le monde était à la porte. Il n’avait gardé que Dior, et bazardé le reste. Alors non seulement ça lui a pas plu qu’un petit canard picard en parle, mais comble du blasphème, ce même petit journal préparait un documentaire (Merci patron !) consacré au sujet. S’en était trop, il fallait agir, et c’est à Bernard Squarcini, ancien numéro un de la DCRI qu’a été confié la mission. Vous trouverez tous les détails de cette affaire sordide dans notre numéro 115 actuellement en kiosque (évitez les Relay, Bolloré aussi est fâché…).

Aujourd’hui, à la barre il est là pour témoigner. C’est la moindre des choses quand on sait qu’il n’est même pas sur le bancs des accusés. On l’a quand même cité à comparaître comme témoin histoire qu’il s’explique. En réalité, on y croyait pas vraiment qu’il allait se pointer, mais Benjamin Blanchet, le président du tribunal avait déjà Sarko à son tableau de chasse. Il avait eu recours à la force publique pour le forcer à venir témoigner lors du procès des sondages de l’Élysée. Sarko escorté par des flics pour l’obligé à aller au tribunal, ça fait toujours un peu plaisir. Sûrement que Bernard a du se dire qu’il valait mieux éviter que ça lui arrive.

Pendant près de trois heures il a répondu aux questions du tribunal. Il est lisse, bien préparé. Il n’est au courant de rien. Tout est la faute à Pierre Godet, son BFF, le numéro deux de toujours de LVMH décédé en 2018, c’est pratique. Pourtant, quand c’est au tour de nos avocats de le questionner, le vernis craque. Il s’énerve, refuse de répondre à ces élucubrations débiles.

En le voyant là, à la barre, perdre son sang froid face à nos avocats, je ne peux pas m’empêcher de penser à un truc. Ce gars est un fantôme. Tout glisse sur lui, de la moral à la justice. Il maîtrise chacune de ses apparitions. Ce que l’on voit, ce sont les merdes qu’il nous vend. Ses sacs, ses robes, ses parfums, toutes ces conneries brillent pour lui, pendant qu’il reste dans l’ombre. Alors là, être assis sur les bancs du tribunal à le regarder s’énerver en publique, c’est un moment bien particulier, et ça m’a étrangement ramené sur les bancs de la fac de Nanterre. Grégory Delaplace, c’était un de mes profs quand j’étais en Master d’anthropologie (filière d’excellence de l’islamo-gauchisme comme chacun le sait). Delaplace donc, explore les notions d’invisible et d’apparition pour analyser la manière dont certaines réalités sociales ou personnes agissent. L’invisible ne signifie pas l’absence mais une présence diffuse, qui existe sans être directement perceptible. Ça peut être un pouvoir, une influence ou même une croyance, toujours agissants mais hors du champ visible quotidien. L’apparition, quant à elle, marque un moment où cet invisible se manifeste. Phénomène, souvent bref, qui dévoile une réalité cachée ou un acteur discret, sans pour autant dissiper son mystère ni sa puissance. Ces concepts montrent que l’invisible structure nos sociétés, et lorsqu’il apparaît, il ne disparaît pas, mais se révèle brièvement pour rappeler son influence essentielle.

Et je me dit que Bernard Arnault, avec son empire de luxe, c’est vraiment une allégorie du capitalisme. LVMH incarne la production du désir à travers ses marques de luxe. Cette quête incessante du toujours plus. Tout ça génère une présence invisible. Les campagnes publicitaires, jusqu’aux JO de Paris, et l’image des produits, transforment ce désir en une force agissante, qui structure nos attentes. Il est là le plus grand pouvoir de nuisance de ces gars là. Je sais pas s’il en a conscience. Ce que je sais, c’est que lui aussi s’est perdu dans cette quête du toujours plus. Toujours plus de pouvoir et d’influence. C’est pour ça qu’il était prêt à tout pour choper une place à l’Académie des sciences morales et politiques. Et c’est pour ça qu’il ne peut pas souffrir de critiques, même celles venant d’un petit journal picard.

D’ailleurs, venir au tribunal, ça a du lui faire mal à la gueule à Bernard, lui qui a si longtemps incarné l’invisible: un pouvoir gigantesque, lointain et intangible, se dérobant à toute véritable responsabilité. Son apparition à la barre, diffère de ses apparitions habituellement bien orchestrées, et révèle que l’invisible n’est qu’un masque. Derrière, il y a un humain qui se dérobe dès qu’il est confronté à la vérité. ‘En vos miroirs menteurs, vous faites mentir les miroirs’ chantait Ferré. Son pouvoir repose sur notre acceptation. Regardons-le, interrogeons-le, et faisons en sorte que l’invisible ne soit plus qu’un spectre qui se dissipe à la lumière. Se faisant, il restera encore un invisible à questionner, celui du désir capitaliste, tous ces petits Bernard Arnault qui nous rongent de l’intérieur.

Par Tristan Quemener, directeur de Fakir

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29.01.2025 à 10:04

Municipales de 2026 à Nice : quelle union à gauche ?

admin

Nous sommes allés dimanche 26 janvier 2025 aux vœux de la France Insoumise des Alpes-Maritimes sur la place Garibaldi afin d’interroger les principaux leaders de gauche locaux sur les difficultés à se rassembler pour les Municipales 2026. Quel espoir pour l’union à gauche contre l’affrontement Ciotti-Estrosi ? La situation niçoise en dit beaucoup sur les tensions nationales… Après une première réunion entres partis qui excluait le rassemblement citoyen VIVA –.. Read More

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Nous sommes allés dimanche 26 janvier 2025 aux vœux de la France Insoumise des Alpes-Maritimes sur la place Garibaldi afin d’interroger les principaux leaders de gauche locaux sur les difficultés à se rassembler pour les Municipales 2026. Quel espoir pour l’union à gauche contre l’affrontement Ciotti-Estrosi ? La situation niçoise en dit beaucoup sur les tensions nationales…

Après une première réunion entres partis qui excluait le rassemblement citoyen VIVA – Nice, que soutient La France Insoumise, quel espoir pour l’union à gauche ?

Avec par ordre d’apparition

Anne-Laure Chaintron – La France Insousmise

Thomas Ghestem – La France Insousmise

Bernard Friot – sociologue

Patrick Allemand – Parti Socialiste

Olivier Salerno – La France Insoumise

Robert Injey – Alternative Communiste

Julien Picot – Secrétaire départemental du Parti Communiste Français

Saber Gasmi- Secrétaire départemental Les Écologistes

Journaliste : Edwin Malboeuf

Images : David Mus

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