LePartisan.info À propos Podcasts Fil web Écologie Blogs REVUES Médias
Souscrire à ce flux
Fondation Copernic.

▸ Les 10 dernières parutions

14.03.2026 à 17:23

Faire taire l’antifascisme et redessiner le paysage politique Tel est l’objectif de la droite et de l’extrême droite

Ingrid Darroman

Par Gérard Delahaye, Didier Gelot, Philippe Sultan, membres du Conseil d’Administration de la Fondation Copernic  L’agression mortelle de Quentin Deranque, militant raciste et antisémite assumé, lié à la frange la plus radicale du catholicisme réactionnaire et à l’«ultra-droite lyonnaise », adepte de la violence contre le mouvement social et féministe, a ouvert une nouvelle séquence […]

L’article Faire taire l’antifascisme et redessiner le paysage politique Tel est l’objectif de la droite et de l’extrême droite est apparu en premier sur Fondation Copernic.

Texte intégral (2690 mots)

Par Gérard Delahaye, Didier Gelot, Philippe Sultan, membres du Conseil d’Administration de la Fondation Copernic 

L’agression mortelle de Quentin Deranque, militant raciste et antisémite assumé, lié à la frange la plus radicale du catholicisme réactionnaire et à l’«ultra-droite lyonnaise », adepte de la violence contre le mouvement social et féministe, a ouvert une nouvelle séquence politique lourde de dangers pour l’ensemble de la gauche et du camp progressiste. Au delà de ses conséquences  sur la capacité collective de combattre l’antifascisme (I), cet événement a joué un rôle d’accélérateur sur le rapprochement en cours entre droite et extrême droite (II). Inversement, il exacerbe la désunion au sein de la gauche (III). Il appelle dès lors de notre part une réflexion approfondie sur les objectifs et les moyens d’un antifascisme conséquent (IV). 

I/ Disqualifier l’antifascisme

Les partis de droite et du bloc dit « central » ainsi que le Gouvernement, aiguillonnés par le Rassemblement National, n’ont de cesse de chercher à disqualifier l’antifascisme désormais assimilé à une nébuleuse violente mettant en péril la vie démocratique. Par un effet de mimétisme saisissant, les mêmes éléments de langage et le même « narratif » que ceux employés par Donald Trump pour désigner l’ennemi intérieur forment aujourd’hui le discours national.   

A l’évidence, les circonstances de la mort de ce jeune militant appellent à un vrai débat sur les modalités de l’action antifasciste et des multiples formes d’autodéfense que ce combat requiert. Nous rappellerons d’un mot ici que la manière de combattre l’extrême-droite ne saurait être dissociée du projet d’émancipation écosocialiste, féministe et antiraciste. A cet égard, la ligne de conduite d’un antifascisme conséquent ne saurait laisser place dans son répertoire d’action au virilisme et à de telles pratiques de lynchage.  

La spécificité lyonnaise, caractérisée par la menace quotidienne que constitue l’extrême-droite dans cette ville, doit au contraire nous inciter à penser collectivement un antifascisme en cohérence avec le projet d’émancipation dont il se prévaut.

 Il est dès lors urgent de ne pas laisser s’installer un récit visant à organiser la disqualification et la diabolisation de l’antifascisme, et au delà de toute la gauche de rupture. Toute une rhétorique visant à pointer le danger que constitueraient « les extrêmes » renforce le terrain lexical et politique propre à une réhabilitation de l’extrême-droite dans « l’espace républicain » et à la marginalisation des gauches de rupture identifiées comme une menace contre l’ordre public. Tirer un trait d’égalité entre l’ultra-droite néo-nazie, le mouvement anti-fasciste, et plus largement la France Insoumise (comme le font actuellement le pouvoir et malheureusement  certaines forces de gauche) n’a d’autres visées que  de chercher à affaiblir toute opposition aux inflexions de plus en plus autoritaires du régime d’accumulation capitaliste. Cela est d’autant plus insupportable que la très large majorité des violences politiques, dont certaines ont abouti au décès de militants de gauche, largement documentées depuis des décennies, sont le fait de l’ultra-droite et qu’elles ne sont que très rarement sanctionnées pénalement.

Une telle manipulation est d’autant plus dangereuse qu’elle s’inscrit dans un contexte international ou l’extrême-droite est résolument à l’offensive. Le discours visant à criminaliser l’antifascisme (et avec lui l’ensemble de la gauche) est largement repris par Donald Trump qui, par l’intermédiaire du Département d’État américain, déclare que « L’extrémisme violent de gauche est en hausse, et [que] son rôle dans la mort de Quentin Deranque démontre la menace qu’il représente pour la sécurité publique (Le Monde, 20 février 2026). En Italie, les néofascistes demandent « Justice pour Quentin » et, dans la continuité du discours raciste du rassemblement National, appellent à combattre partout en Europe « l’islamisation rampante ». Quant à Emmanuel Macron il renvoie dos à dos « fascistes et anti-fascistes », alors que dans le même temps Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, refuse d’interdire la manifestation d’ultra-droite organisée à Lyon le 21 février dernier par l’ensemble de la facho-sphère en « Hommage à Quentin » sous prétexte de défendre « la liberté d’expression ». Signe des temps : ce militant de l’ultra-droite est transformé en icône de la recomposition à droite. La minute de silence organisée à l’Assemblée nationale, à la demande de sa présidente, au regard de son passé antisémite et raciste sonne comme une injure à la démocratie Il en est de même lorsque Laurent Wauquiez, président de la région Rhône-Alpes, et chantre de l’Union des droites, affiche son portrait en grand format sur le fronton de l’Hôtel de Région. Un véritable retournement de l’Histoire sur les anciennes terres de Jean Moulin ! Au-delà de l’événement lui-même débouchant sur l’organisation d’une hideuse marche des fiertés fascistes dans la capitale des Gaules, c’est une nouvelle séquence de recomposition politique à laquelle on assiste, sous le signe d’une union des droites telle que la théorisait jadis Bruno Mégret.

II/ Une recomposition à droite lourde de conséquences

Cette complicité entre la droite et l’extrême droite, relayée au plus haut niveau du pouvoir, est d’autant plus insupportable qu’elle concourt à favoriser le processus en cours de recomposition de la mouvance radicale de l’extrême droite qui voit dans cette séquence une véritable aubaine pour aller encore plus loin dans la provocation, contre le mouvement social, féministe et antiraciste, voire écologiste (cf. le terme « d’écoterrorisme » invoqué en 2023 par Gérald Darmanin, alors Ministre de l’Intérieur). Les attaques verbales et physiques contre des militants, des locaux syndicaux (comme ceux de Solidaires) ou des permanences d’élus politiques, l’alerte à la bombe au siège parisien de la France Insoumise, les menaces de mort perpétrées envers des militants de gauche, n’ont qu’un seul objectif : faire taire toute riposte antifasciste.

Ne nous y trompons pas. En dépit de la prudence affichée par Jordan Bardella pour ne pas écorner le vernis de respectabilité (relative) obtenu par la « dédiabolisation » de son parti et marquer une « distance » à l’égard des groupes de nervis qui gravitent autour du RN, nul doute qu’ils pourraient demain se voir confier un rôle de supplétifs pour sous-traiter ses basses œuvres à l’endroit des syndicalistes, des féministes, des personnes racisées ou LGBTQIA+. Après s’être superficiellement lavé de l’infamie de l’antisémitisme qui lui collait à la peau, le RN prétend désormais incarner la République et postuler à sa présidence, dans une version qui durcira encore davantage les dispositifs les plus coercitifs de la Véme République. L’enjeu est transparent. Au moment ou l’ensemble des digues qui entouraient l’extrême droite sont en train de s’écrouler, et que des pans entiers de la droite traditionnelle quittent le bateau pour rejoindre Jordan Bardella et Marine Le Pen, il s’agit d’instrumentaliser cet événement dramatique pour criminaliser l’ensemble de la gauche de transformation sociale, et redessiner le paysage politique français.

Ceux qui comme François Hollande ou Raphaël Glucksmann s’engouffrent dans cette voie mortifère et déclarent caduc tout accord avec LFI au nom des gauches prétendument irréconciliables, ne font que renforcer la probabilité de voir le Rassemblement National sortir vainqueur lors des prochaines échéances électorales, notamment présidentielles, pour mieux s’en prendre aux immigrés, aux femmes, aux droits des salariés et des plus précaires. Les  attaques contre la France Insoumise, (largement relayée par la presse sous le contrôle de Vincent Bolloré) vont dans ce sens. Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, déclarait que nous avons tous : « une responsabilité quand on glisse un bulletin LFI dans l’urne » cherchant ainsi à détourner « le peuple de gauche » du chemin de la victoire. Cette volonté de diabolisation concerne l’ensemble de celles et ceux qui se réclament d’un véritable changement social, Elle s’inscrit dans la suite logique des dernières élections législatives ou, alors que les forces de gauche unies au sein du NFP avaient été majoritaires, Emmanuel Macron avait refusé de nommer un premier ministre issu de ses rangs. C’est bien cette éventualité que le pouvoir et la droite cherchent à conjurer pour les prochaines échéances. 

On mesure bien ici les nouveaux piétinements programmés en direction de l’État de droit et les libertés publiques.

III/ Refuser la désunion à gauche

Pour contrer cette funeste orientation il convient que l’ensemble de la gauche et des écologistes ne tombe pas dans le piège grossier qui leur est tendu. L’Histoire a malheureusement largement démontré que la désunion des gauches face à la montée de l’extrême droite, fasciste ou hitlérienne, ne peut aboutir, à terme, qu’à son accession au pouvoir. Au moment où certaines forces politiques de gauche, pour des raisons opposées (mais toutes aussi mortifères) s’évertuent à briser toute perspective d’unité, il importe que le mouvement social s’oppose à la nouvelle situation politique ouverte aujourd’hui, et réaffirme la nécessité de retrouver une forme d’espérance dans un avenir émancipateur.

Refuser de s’engouffrer  comme certains y ont consenti, par opportunisme ou par cécité, dans le piège qui leur a été tendu visant à isoler et bannir la France Insoumise de l’espace démocratique au risque de susciter de nouvelles attaques, qui viseront alors l’ensemble des forces militantes de gauche, ne vaut pas validation des choix stratégiques de la FI ni de ceux de l’ex Jeune Garde. Elle ne vaut pas non plus excommunication ! Mais cela suppose aussi que la radicalité en politique reparte de sa définition étymologique : prendre à la racine les questions qui se posent pour l’avenir de nos sociétés.

IV/ Œuvrer à la refondation d’un mouvement antifasciste de masse

Penser sans aveuglement et sans complaisance les pièges et les écueils qu’une telle séquence recèle nous encourage à ouvrir les conditions d’un débat politique serein et argumenté sur la nécessité de construire un véritable front unitaire antifasciste.

En effet, la focale placée sur une bataille rangée entre antifas et militants d’extrême-droite ne doit pas nous faire oublier qu’il existe en France et à l’échelle internationale un vaste répertoire d’actions antifascistes qui ne se réduit pas à ce seul affrontement. Il en va ainsi du travail quotidien des organisations syndicales sur les lieux de travail et de la formation assurée par le réseau VISA, comme de la mobilisation des féministes contre les attaques visant les droits des femmes ou encore des collectifs LGBTQIA+ qui s’organisent contre l’offensive des droites radicales. On peut y ajouter l’ensemble des médias alternatifs indépendants qui documentent et analysent cette réalité et organisent le débat sur les moyens de la contrer. Le spectre de l’antifascisme est beaucoup plus large que le prisme politicien et médiatique ne le laisse saisir. Raison de plus pour faire vivre le débat avec l’ensemble des actrices et acteurs qui y sont impliqué.es, sans tabous ni exclusives. Il faut pour cela prendre la mesure du risque bien réel de marginalisation d’un antifascisme réduit à la seule conflictualité de rue, coupé des forces sociales avec lesquelles il peut et doit changer d’échelle. Si la question de l’autodéfense fait son retour, il convient de l’aborder à l’aune de la situation historique actuelle.

Nous savons qu’à l’époque des réseaux sociaux, les régimes d’affects ont une importance prééminente. L’extrême-droite à cet égard déploie une stratégie qui vise à donner une caisse de résonance et une légitimité aux « passions tristes » qui hélas travaillent la société française, et à les mettre en récit. Un antifascisme du XXIème siècle ne pourra faire l’économie d’une réflexion sur les affects mobilisables. Il devra débattre de ceux qu’il retient pour mieux délimiter son terrain, y compris éthique. Il aura besoin d’un récit émancipateur désirable, susceptible de supplanter le catalogue des peurs, des haines et des ressentiments qui, invariablement caractérisent celui de l’extrême-droite.

Les mobilisations de la société étasunienne contre la police de l’immigration (ICE)  véritable  milice d’extrême-droite intégrée à l’appareil d’État, sont à cet égard porteuses d’enseignements et d’espoirs. Minneapolis a montré que les affects liés à la solidarité immédiate de voisinage, du souci de l’autre, pouvaient avoir une force propulsive y compris pour mettre collectivement en échec le pouvoir et contraindre Donald Trump à un premier recul. L’alchimie sociale créée à partir des collectifs de migrant.es, des organisations communautaires, des collectifs militants de quartiers et du mouvement syndical, nous livre la formule de ce que pourrait être un antifascisme de masse. Nous pourrions évoquer aussi la capacité de mobilisation, le courage et l’inventivité de la société ukrainienne face à l’agresseur impérialiste russe, ce qui suppose d’établir un lien entre le combat contre les différents impérialismes et un antifascisme conséquent.

Tels sont les enjeux et les défis qu’il nous faut relever pour être en capacité d’installer dans l’espace public notre propre agenda et cesser de subir celui d’une extrême-droite dopée par sa montée en puissance à l’échelle mondiale. La réponse antifasciste se doit d’être internationaliste. Elle ne peut en effet avoir de sens que si elle intègre sa dimension internationale et vise à relayer et coordonner l’ensemble des initiatives développées contre les extrême-droites..

L’organisation d’assises sur l’antifascisme, où l’ensemble des questions liées aux contenus et aux modalités de son intervention, pourraient être mises en débat, par-delà les différences ou les divergences d’orientation. Une telle initiativenous paraît être unenécessitécruciale au regard des échéances et des enjeux du moment.

Dans ce contexte particulièrement préoccupant, la fondation Copernic continuera de lutter, aujourd’hui comme hier, avec ses propres armes qui sont celles de la pensée critique et de l’action collective. Elle poursuivra son combat pour l’unité des forces démocratiques, syndicales, associatives et politiques contre le danger de la droite en symbiose avec le discours raciste et xénophobe du Rassemblement National. Elle continuera à œuvrer pour qu’un futur désirable puisse être la réalité de demain.

L’article Faire taire l’antifascisme et redessiner le paysage politique Tel est l’objectif de la droite et de l’extrême droite est apparu en premier sur Fondation Copernic.

PDF

07.02.2026 à 11:05

8 mars 2026 : journée internationale de lutte pour les droits des femmes

Ingrid Darroman

Face aux impérialismes, aux droites et extrêmes droites, partout dans le monde, les femmes résistent !Face aux attaques du gouvernement, Grève féministe !Nous appelons à la grève du travail, des tâches domestiques et de la consommation.Sans les femmes, tout s’arrête !Nous sommes déterminées à lutter contre le pouvoir, faire entendre les voix de toutes pour arracher […]

L’article 8 mars 2026 : journée internationale de lutte pour les droits des femmes est apparu en premier sur Fondation Copernic.

Texte intégral (2476 mots)

Face aux impérialismes, aux droites et extrêmes droites, partout dans le monde, les femmes résistent !
Face aux attaques du gouvernement, Grève féministe !
Nous appelons à la grève du travail, des tâches domestiques et de la consommation.
Sans les femmes, tout s’arrête !
Nous sommes déterminées à lutter contre le pouvoir, faire entendre les voix de toutes pour arracher l’égalité.
Nous sommes solidaires des femmes et des populations subissant de plein fouet les conséquences dramatiques du changement climatique, aggravé par les politiques productivistes et capitalistes.

Solidarités internationales

A l’heure des guerres génocidaires, des coups d’État, des impérialismes démultipliés, de l’Iran à l’Afghanistan, de la Palestine au Soudan en passant par le Rojava, le Venezuela et l’Ukraine, nous serons en grève en solidarité avec nos sœurs du monde entier. Nous affirmons notre solidarité avec nos sœurs d’ Amérique latine, d’Iran, du Groenland, sous menace d’une intervention impérialiste directe par les Etats-Unis de Trump. De l’Amérique latine et du Sud au continent africain, les luttes écoféministes articulent droits des femmes, autodétermination des peuples et défense du vivant. Elles s’opposent aux logiques impérialistes, coloniales et néolibérales qui sacrifient les territoires et les populations au profit des multinationales minières, pétrolières, agricoles et financières.
En solidarité avec celles qui font face aux régimes fascisants, réactionnaires, théocratiques, colonialistes et impérialistes; avec celles qui endurent les génocides, les conflits armés, les bombardements massifs, et viols de guerre, les mutilations sexuelles, les mariages forcés, celles confrontées à l’exode et aux politiques migratoires racistes, celles qui subissent la crise climatique – 80 % des populations déplacées pour des raisons climatiques sont des femmes -, l’insécurité alimentaire et l’exploitation des multinationales; avec toutes celles qui se défendent farouchement pour recouvrer ou obtenir leur liberté et leurs droits.

Pas d’instrumentalisation des luttes féministes par l’extrême droite, pas d’extrême-droite dans la rue, pas une voix pour l’extrême droite.

L’Extrême-droite est désormais au pouvoir dans de nombreux pays. Partout, les immigré-es et migrant-es sont réprimé-es. Des masculinistes aux racistes, islamophobes et antisémites, lesbophobes, homophobes et transphobes, handiphobes, qui exercent des violences permanentes, l’extrême-droite étend sa sphère d’influence, grâce aux médias achetés par sa galaxie. Elle ne cesse de nourrir la haine de l’autre, le racisme, la misogynie, la LGBTQIAphobie, le validisme, et entretient la centralité d’un projet politique xénophobe.
Nous réclamons l’abrogation de la loi immigration et la régularisation de tou·te·s les sans-papier-es.
Avec les municipales de 2026 et la potentielle arrivée de l’extrême droite dans plusieurs villes, l’enjeu est celui d’une opposition unie et radicale et la formation d’un front antifasciste !

De l’argent, il y en a !

A l’heure du financement d’un porte avion de 10 milliards alors que des associations, notamment féministes, risquent de fermer leurs portes et leurs services faute de financement , nous refusons de nous taire.
Le gouvernement refuse de taxer les ultra-riches, le budget profondément sexiste et socialement brutal est en cours d’adoption. Ce budget impactera toujours plus lourdement les femmes du fait de leur position subalterne dans le monde du travail.
Les inégalités salariales, les bas salaires, les allocations inférieures au seuil de pauvreté, les pensions de retraites toujours plus faibles précarisent les conditions de vie. Les femmes représentent 62% des personnes payées au SMIC et 70 % des bénéficiaires des banques alimentaires. Plus de 9,8 millions de personnes, dont plus d’une famille monoparentale sur 3, vivent sous le seuil de pauvreté. 300 000 personnes dont 3000 enfants vivent dans la rue.
Nous demandons la hausse des salaires, la revalorisation des minimas sociaux, la construction massive de logements sociaux.
L’arrêt immédiat de la baisse des financements et un rattrapage du budget des associations qui accompagnent et soutiennent les femmes.

Du travail, un temps de travail, des retraites et des salaires pour vivre et pas survivre

Les femmes, notamment les mères isolées, sont particulièrement impactées par la vie chère, elles sont majoritaires à occuper des emplois mal rémunérés, sont souvent percutées par la précarité et le temps partiel imposé et touchent un salaire en moyenne ¼ inférieur à celui des hommes. Les femmes, dont les retraites sont 40% inférieures à celles des hommes, sont encore plus impactées par la dernière réforme. Nous voulons la retraite à 60 ans, une réduction du nombre d’annuités et des pensions décentes.
Nous réclamons l’abrogation totale de la réforme Macron des retraites et de toutes celles qui ont accentué les inégalités. Nous exigeons l’abrogation des lois qui pénalisent les chômeurs·euses et les bénéficiaires du RSA. Nous exigeons la revalorisation des métiers féminisés (éducation, soin, lien, santé, nettoyage…), l’égalité salariale, l’interdiction du temps partiel imposé, la transformation des CDD en CDI et la réduction du temps de travail à 32 heures minimum avec embauches correspondantes. Nous exigeons une transposition ambitieuse de la directive européenne sur la transparence salariale qui vise à renforcer l’application du principe d’une même rémunération “pour un même travail ou un travail de valeur égale”.

Pour un réel partage du travail domestique !

80 % des femmes consacrent au moins une heure par jour à la cuisine ou au ménage contre seulement 36 % des hommes.
63 % des personnes qui s’occupent tous les jours d’enfants, de personnes âgées ou handicapées de manière informelle sont des femmes, ces aidantes ne doivent pas être victimes d’un défaut de solidarité nationale renvoyant aux solidarités familiales.
Invisibilisé, dévalorisé, il est loin d’être une question privée. Les tâches qui en découlent font pleinement partie de l’activité économique.
C’est un travail qui participe à produire des biens et des services et qui contribue au bien être des membres du ménage (famille) et va bien au-delà.
Nous ne pouvons nous satisfaire que rien ne bouge dans la répartition des tâches au sein des couples et ce depuis des années. Cette inégalité dans la répartition du travail domestique se traduit par des inégalités dans la sphère professionnelle et est l’un des facteurs des inégalités salariales et patrimoniales.
Le 8 mars, nous appelons à la grève du travail domestique.

Pour plus d’égalité et de justice, plus de services publics !

Le démantèlement des services publics de la santé, de l’éducation, du logement dégradent les conditions de vie des femmes. Les politiques libérales ont privatisé les services publics et contraignent les femmes à compenser les carences auprès des enfants comme des plus âgé·e·s, des malades, des enfants et adultes handicapé-es, au détriment de leur carrière, de leur autonomie financière, de leur santé.
Nous réclamons la création de services publics de la petite enfance à la hauteur des besoins, avec les moyens correspondants pour en finir avec les crèches privées et de l’autonomie tout au long de la vie et une prise en charge réelle du 4e âge.
Nous exigeons des services publics renforcés : 63% des personnels sont des femmes et elles en sont aussi les premières usagères.​

Notre corps nous appartient !

47000 femmes dans le monde meurent chaque année d’un avortement clandestin.
Nous réclamons la réouverture de tous les centres d’interruption volontaire de grossesse qui ont été fermés pour permettre un réel accès à l’IVG sur tout le territoire, le choix de la méthode, et les moyens nécessaires à la hauteur des besoins.
LGBTQIA, nous voulons pouvoir faire nos choix de vie, vivre librement notre orientation sexuelle, nos identités. Nous demandons la fin des mutilations et des traitements hormonaux non consentis.
Nous voulons l’ouverture de la PMA pour toutes !
Nous dénonçons les offensives réactionnaires qui s’en prennent aux droits des personnes LGBTQIA+. Nous revendiquons la liberté de vivre son orientation sexuelle.
Nous exigeons une transition libre et gratuite pour toutes et tous et la fin des mutilations et traitements hormonaux non consentis sur les personnes intersexes.
Handicapées, nous subissons toutes les violences. Nous sommes privées de nos droits à l’autonomie, à l’éducation, à l’emploi, aux soins, et à la procréation. Nous voulons notre indépendance économique, l’accessibilité universelle à l’ensemble de l’espace public et à tous les lieux et bâtiments.

Stop aux violences sexistes et sexuelles

Près d’une femme sur trois est victime de violences conjugales ou sexuelles au cours de sa vie (OMS), soit environ 840 millions de femmes dans le monde.
Nous continuons à compter nos mortes car il n’y a aucune volonté politique de lutter contre les violences faites aux femmes et aux enfants.
L’impunité persiste, 1 % des viols sont condamnés.
Nous refusons que les enfants violé·es, maltraité·es, incesté·es continuent le plus souvent à être abandonné·es à leur sort !
Pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles, dont les violences obstétricales et gynécologiques, nous voulons une loi-cadre intégrale qui mette en avant prévention, éducation, protection, accompagnement, sanction et garantisse les moyens pour la prise en charge de l’ensemble des victimes, femmes, enfants et minorités de genre.
Les plus touchées par les violences sexistes, dont les violences économiques, sont celles qui souffrent déjà de multiples oppressions : femmes victimes de racisme, exilées et migrantes, sans papiers, ouvrières, femmes sans domicile, précarisées, privées de liberté, en situation de handicap, femmes lesbiennes et bi, femmes trans, femmes en situation de prostitution et celles victimes de l’industrie pornocriminelle.
Nous demandons la mise en place d’actions concrètes pour lutter contre toutes les violences sexistes et sexuelles, protéger les victimes et combattre les réseaux de traite prostitutionnelle et de proxénétisme et la marchandisation du corps des femmes.
Nous dénonçons les baisses des subventions aux associations qui luttent contre les VSS et exigeons au moins les 3 milliards nécessaires pour l’accompagnement des victimes et des moyens pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles et leur prévention.

Éduquer à l’égalité, un enjeu majeur , du plus jeune âge à l’Université

Une éducation à l’égalité doit permettre aux enfants de comprendre les mécanismes de domination s’exerçant dans notre société et contribuer à les protéger contre les violences sexistes et sexuelles.
Nous voulons une éducation non sexiste, la réelle mise en place effective d’une éducation à la vie affective et sexuelle qui intègre les notions de désir et de plaisir, d’une éducation au consentement et à l’égalité. Et surtout, des moyens pour la mettre en œuvre.
Les inégalités se vivent aussi à l’université : stéréotypes dans les orientations et les filières, bizutage fortement genré, violences sexistes et sexuelles, et c’est sans citer le sexisme ordinaire dans les amphis.
Nous demandons notamment des dispositifs de protection et de soutien des victimes de discrimination efficients et financés, des formations de lutte contre les VSS…
Éducation à la Vie Affective Relationnelle et Sexuelle pour toutes et tous maintenant !
Le programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS), dans la continuité des lois votées pour l’éducation à la sexualité à l’école, doit être mis en œuvre.

Nous sommes et resterons mobilisé-es tous les jours contre le patriarcat, le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie, le validisme, les politiques libérales et autoritaires du gouvernement et contre l’extrême droite.

Le 8 mars, nous serons en grève féministe et nous manifesterons pour imposer un rapport de force et faire valoir nos revendications.

Au 29 Janvier 2026

ActionAid France, Alliance des femmes pour la démocratie, Amicale du Nid, APEL-Egalité, Association Place des femmes 59, Attac France, CNT-Solidarité Ouvrière éducation, Collectif 11 Droits des Femmes, Collectif IVG Tenon Paris 20, Collectif National pour les Droits des Femmes, Confédération Générale du Travail CGT, Coordination française pour le Lobby Européen des Femmes, Crldht Comité pour les libertés et les droits de l’homme en Tunisie, En avant toute(s), FEMEN FRANCE , Femmes Egalité , Fondation Copernic, Force Féministe 57, Fédération Syndicale Unitaire FSU , FTCR Fédération Tunisiens Citoyen des 2 Rives, Genre et Altermondialisme, LDH (Ligue des droits de l’Homme), Le Planning familial , Le Planning familial des Côtes-d’Armor, Ligue des Femmes Iraniennes pour la Démocratie-LFID, Maison des Femmes Thérèse Clerc , Marche Mondiale des Femmes France , Mouvement de la Paix, Mouvement des femmes kurdes en France, Mouvement du Nid, Organisation de Solidarité Trans (OST), Réussir l’égalité femmes-hommes, Stop aux Violences Obstétricales et Gynécologiques – StopVOG, UNEF le syndicat étudiant, Union syndicale Solidaires, VISA, Women Without Violence.

En soutien

Commission Féminisme les Écologistes, Ecoféminisme PEPS, Egalités, Génération·s, Jeunes Socialistes, L’APRES, La France insoumise, Les Jeunes Génération.s, NPA-l’Anticapitaliste, Parti Communiste, Parti Communiste des Ouvriers de France , Parti de Gauche , Parti socialiste , PEPS Ecoféminisme, Réseau Coopératif Gauche Alternative, Révolution Écologique pour le Vivant (REV), Victoires Populaires.

L’article 8 mars 2026 : journée internationale de lutte pour les droits des femmes est apparu en premier sur Fondation Copernic.

PDF

24.01.2026 à 12:11

1995 : La conquête féministe du mouvement social

Ingrid Darroman

Article initialement publié dans « L’Anticapitaliste – la revue mensuelle du NPA » -n°172-173 – « Combats et débats dans la grève de 1995 » Revue L’Anticapitaliste n° 172-173 (Décembre 2025-janvier 2026) « AD (...) le travail de mémoire est fondamental, c’est considérer qu’on est une chaîne humaine et que si on est ce qu’on est aujourd’hui, c’est parce qu’il […]

L’article 1995 : La conquête féministe du mouvement social est apparu en premier sur Fondation Copernic.

Texte intégral (3620 mots)

Article initialement publié dans « L’Anticapitaliste – la revue mensuelle du NPA » -n°172-173 – « Combats et débats dans la grève de 1995 » Revue L’Anticapitaliste n° 172-173 (Décembre 2025-janvier 2026)

« AD (...) le travail de mémoire est fondamental, c’est considérer qu’on est une chaîne humaine et que si on est ce qu’on est aujourd’hui, c’est parce qu’il y a eu un certain nombre d’événements, un certain nombre de combats avant nous et c’est ça qui nous forge.

Hélène : Oui mais à quoi elle sert la mémoire, si tu ne t’occupes que de la mémoire, à ce moment-là, tu ne penses qu’à conserver des acquis, t’as pas envie d’aller plus loin.

A.D : Non, parce que ça peut être le début d’une action ; ce n’est pas forcément une passivité. Si tu dis à des nanas qui hurlent quand tu prononces le mot de féministes que si elles peuvent faire l’amour sans avoir peur de tomber enceinte, c’est grâce à ces femmes là, elles auront peut-être une autre vision des choses et peut-être qu’après elles iront plus loin.

Chrystelle : Moi, c’est depuis que je suis militante que je me rends compte qu’il y a eu des choses et que je m’informe. »[1]

Les Marie pas claire et Anne Dhoquois

A l’heure des mobilisations que l’on souhaiterait « déferlantes » face à une montée exponentielle de l’extrême-droite, nous pouvons regarder de plus près ce que les mobilisations féministes de l’automne 95 pourraient nous apprendre d’un champ des possibles unitaires aujourd’hui.

Le maintien « au creux de la vague »

Sous un gouvernement de gauche, en 1982, les « Assises sur les femmes au travail », organisées par par le courant féministe lutte de classes, ont mobilisé 2000 féministes d’associations, de syndicats, de partis politiques à la Sorbonne. S’il est possible de faire largement référence commune aux conquêtes des années 70, rares sont celles qui tiennent compte des creux loin des « vagues féministes », périodisation courante de l’histoire de(s) féminisme(s). Pourtant, ce qui permet le maintien d’une forte conscientisation des oppressions et des dominations, c’est bien le travail militant « ordinaire » qui permet de construire les mobilisations qui n’adviennent pas de façon spontanée.

« Après cela, il y eu plusieurs années d’atomisation et de repli du mouvement féministe dans des associations spécialisées par thème ou locales. » [2]

Et pourtant, la question des droits des femmes, notamment en termes d’emploi, se posait avec la grève des infirmières (plus de 100000 personnes manifestaient en soutien en Octobre 1988), et la coordination des infirmières dès 1989 « qui va imposer un autre mode d’organisation aux centrales syndicales, en dénonçant leurs conditions de travail dans le monde de la santé, mais surtout dans ces métiers dits féminisés où l’égalité serait soi-disant naturelle. « Ni bonnes, ni nonnes, ni connes » rencontre beaucoup d’échos au sein des milieux féministes sur le droit du travail mais aussi les questions de la démocratie syndicale et de la place des femmes. » [3]

Le collectif féministe contre le viol est créé en 1985 « pour réagir contre les viols commis dans des lieux publics de la région parisienne, en pleine rue ou dans des transports en commun, devant des témoins passifs »[4] et permet l’ouverture le 8 Mars 1986 d’une permanence téléphonique nationale, anonyme et gratuite. Le père de Claudine qui a accusé à visage découvert son père de viol le 27 mars 1989 sur TF1 porte plainte contre elle. Lors de l’audience à St Brieux, le Collectif féministe contre le viol était mobilisé. La loi du 10 juillet 1989 modifie la prescription et créé également le 119.[5]

A partir de 1990, les commandos anti-IVG commencent leurs actions dans les centres d’orthogénie. Des mouvements masculinistes émergent comme SOS Papas.

En défense les droits des femmes à disposer de leur corps alors que la Loi de 1975 est directement attaquée et pour revendiquer des moyens pour les centres IVG est créée la CADAC, Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception (associations, syndicats, partis politiques), la même année que Ras’l’Front. La Loi Neiertz de délit d’entrave à l’IVG est votée en 1993 à la suite des « Etats généraux pour le droit à l’avortement » impulsés par la CADAC. Des commandos se déploient également aux Etats-Unis avec l’« Opération Rescue » et en 1991, Susan Faludi publie aux Etats-Unis « Backlash, la guerre froide contre les femmes » qui explicite les attaques réactionnaires en cours en réaction aux conquis féministes des années 70.

La puissance unitaire comme carburant d’un mouvement féministe qui s’ancre dans le mouvement social jusqu’au « Toutes ensemble »

Répondant à l’appel d’associations catholiques intégristes et de l’extrême-droite, 10000 personnes manifestent contre l’IVG en Janvier 1995 et en juin 1995, le Front national dirige trois villes. A la suite de l’élection de Chirac et de la proposition de loi d’amnistie des commandos, la mobilisation et l’amendement Neiertz (toujours) permettent de faire reculer le gouvernement. 

« On a appelé à une mobilisation le 27 juin devant l’Assemblée nationale. Aux directions syndicales, on avait dit : « Vous avez 48 heures pour dire si vous êtes de la manifestation ». Entre-temps on a pensé que ça ne suffisait pas et qu’il fallait aller plus loin. »[6] Le 25 novembre, devenu journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes en référence aux sœurs Mirabal seulement en 1999, est choisi pour se laisser le temps de préparer la mobilisation. La CADAC convoque à la Bourse du Travail de Paris des réunions unitaires du mouvement féministe qui n’avait pas pour habitude de s’y réunir. La salle Louise Michel est comble à chaque réunion.

« Il y avait un toutes ensemble, et ça tranchait, c’était une autre période par rapport aux pratiques habituelles du mouvement féministe dans les années 70 où les syndicats n’étaient pas présents mais où on fonctionnait par groupes femmes par assemblées générales etc … Ça a été une préoccupation de la CADAC en 1990 d’intégrer des syndicats , des partis politiques. »[7]

Dans cet appel sont évoqués le droit à l’avortement mais aussi le temps partiel imposé, l’égalité salariale, la loi sur la famille de C.Codaccioni, l’allocation parentale pour le deuxième enfant…  Les revendications sont larges puisque c’est la tendance lutte de classes du mouvement qui mène la mobilisation.

Novembre 1995 : Le toutes ensemble

« On était contentes, on était joyeuses, et vraiment le fait de se retrouver dans la rue, ça nous mettait du baume au cœur et on y était avec tout le monde. » Suzy Rojtman

149 organisations, dont des associations féministes, des syndicats et des formations politiques appellent à la manifestation du 25 Novembre, relayées par 56 collectifs de villesElle va réunir 40000 personnes dont un tiers d’hommes.

La manifestation est le lendemain d’une mobilisation interprofessionnelle et du premier jour de grève reconductible des cheminots.

« C’était pour le droit réel à l’avortement et à la contraception, pour une réelle égalité entre les femmes et les hommes et contre le rétablissement de l’ordre moral.» Maya Surduts[8]

« En 1995, de nouveaux syndicats sont présents dans la rue, les institutrices étaient aussi dans les Assemblées Générales interprofessionnelles à côté des cheminots… »[9]

« Mais dès que les cheminots prennent la tête de la grève reconductible, les femmes disparaissent de la scène publique, elle sont « absorbées » dans le mouvement général. La présence des hommes, quant à elle, même minoritaire, lors de la manifestation du 25 novembre 1995, a été́ relevée par la presse systématiquement. »[10] 

Désormais, il y a un cortège féministe à chaque manifestation. L’élan de mobilisation est tel que le collectif unitaire qui a organisé la manifestation va préparer des assises féministes et se pérenniser. Les revendications ne sont pas – encore – reprises par l’ensemble du mouvement social.

Quel renouveau du féminisme après 1995 ?

C’est donc le 24 Janvier 1996 qu’est créé le Collectif National pour les Droits des Femmes. Il prépare et appelle (170 organisations) à des « Assises nationales pour les droits des femmes » les 15 et 16 Mars 1997 qui ont réuni 2000 femmes.  Plusieurs  thématiques sont abordées dans les diverses commissions : Pauvreté, précarité, immigration / Violences faites aux femmes / Femmes dans la vie publique (qui termine sur « nous exigeons une loi sur la parité́ » mais fait  remarquer que cette question n’a pas été́ traitée au consensus mais « à une large majorité́ ») / Elles choisissent dans laquelle est abordée la création du Contrat d’Union Sociale (CUS) futur PACS et « la revendication d’un certain nombre d’actes concrets, comme par exemple l’attribution de chambres de couples pour les lesbiennes dans les maisons de retraite. »[11]

« C’est un évènement refondateur où on reprend la parole et où on pose un certain nombre d’exigences en matière revendicative. A cette occasion, des femmes syndicalistes se retrouvent dans l’unité et se disent, comment peut-on faire pour faire prendre en compte plusieurs choses au niveau syndical, l’égalité salariale et professionnelle qui progressent peu et en même temps la place des femmes dans le syndicalisme ? » Anne Leclerc [12]

Les journées intersyndicales femmes débutent en 1998. Les féministes syndicalistes ont besoin de réfléchir ensemble aux dynamiques qu’elles souhaitent mettre en œuvre. Elles réunissent aujourd’hui, 27 ans après leur création, quasiment 400 à 500 personnes, sur des thématiques préparées avec les associations féministes, pour ne pas circonscrire les débats seulement autour du travail.

Le CNDF organise en novembre 1997 une manifestation sur l’emploi des femmes et pour la baisse du temps de travail pour tous et toutes et poursuit par une campagne sur le temps partiel imposé.

C’est le début des mobilisations altermondialistes mais également de la Marche mondiale des femmes contre les violences et la pauvreté qui se prépare à l’échelle internationale (2000, 2005, 2020, 2025) avec une première rencontre en 1998. Les féministes participent aux forums sociaux comme à celui de Saint Denis en 2003 où 3000 femmes de toutes générations, se réunissent le premier jour. En Décembre 2005, le CNDF organise les rencontres « Alternatives féministes » [13]avec des ateliers » autour de quatre grandes thématiques : précarité et emploi, féminisme ou féminismes, libéralisme et choix, transmission générationnelle. Les militantes féministes de la LCR (dont Maya Surduts)  auront pris grande part à ce renouveau, comme elles avaient pu le faire depuis la fin des années 70, notamment avec Les Cahiers du Féminisme, au travail unitaire large comme au travail unitaire syndical.

Les violences faites aux femmes au centre des revendications et des mobilisations

« Dans le projet de loi Sarkozy (alors ministre de l’intérieur) sur la sécurité intérieure, il y a des mesures qui stigmatisent encore plus les personnes prostituées comme celles luttant contre le « racolage passif ». Nous avons organisé le 10 décembre 2002 à Paris une manifestation abolitionniste pour dire « Non au système prostitutionnel, non au projet de loi Sarkozy, oui à un monde sans prostitution ». [14]» Suzy Rojtman

Dès 2006, le CNDF écrit et propose une Loi-Cadre contre les violences faites aux femmes, inspirée par la loi-cadre espagnole dont plusieurs propositions ont été reprises dans la loi du 9 juillet 2010. (La Loi cadre sera « toilettée » en  2013[15]).

« La loi votée, fruit d’un long travail entre les parlementaires, le CNDF et les associations comporte des avancées : la création d’une ordonnance de protection, la reconnaissance (pas complète) des violences psychologiques au sein du couple, la modification du délit de dénonciation calomnieuse, la reconnaissance du mariage forcé comme circonstance aggravante des violences, etc. Mais il y a des stagnations importantes : l’amélioration de la prise en compte du harcèlement sexuel au travail a été barré par le Sénat ; la loi, à la demande du gouvernement, ne concerne quasiment que les violences conjugales ; la prévention est minimale, l’Observatoire des violences et la formation ont été retoqués par la Commission des finances. » [16]

Le collectif unitaire prépare également une manifestation pour le 6 novembre 2010 qui lie le droit à l’avortement et le démantèlement de l’hôpital public. 

Lors des États Généraux « Les Droits Des Femmes Dans Tous Leurs États ! »  les 3 et 4 décembre 2011, plusieurs thématiques sont abordées par des militantes de toutes organisations :  Violences sexuelles, droit des femmes à disposer de leur corps, égalité dans l’emploi, travail, précarité, pauvreté, les droits des femmes : un enjeu planétaire ?, féminisme, démocratie, libertés à l’épreuve des extrêmes droites et de l’ordre moral, Familles : je vous hais, familles : je vous aime. Elles seront un socle revendicatif important lors des années suivantes, notamment lors de la campagne présidentielle de 2012.

Jusqu’à l’automne 2017 et au mouvement #MeToo, les mobilisations perdureront avec moins de force, moins de présence numérique. Le mouvement féministe peine à retrouver la force qu’il a pu avoir. Des désaccords sont à l’œuvre et affaiblissent le mouvement et donc ses revendications, mais les militantes associatives de terrain restent présentes et les militantes syndicales et politiques sont toujours actives.

La construction commune des mobilisations unitaires, dans lesquelles chaque organisation ne peut se reconnaître entièrement, reste encore aujourd’hui un objectif à atteindre. L’unité est un outil pour construire de fortes mobilisations face à l’extrême-droite, aux mouvements masculinistes, aux attaques racistes, lgbtphobes et aux violences libérales et impérialistes qui se déploient partout. Il n’est pas question aujourd’hui de dire « qui fait quoi ? » mais « comment fait-on ensemble ? ».

C’est finalement le seul enjeu d’un mouvement féministe qui souhaite être large et puissant, ce que, à l’heure d’une extrême-droite à la porte du pouvoir, nous nous devons de construire, malgré tout.

Ingrid Darroman, militante féministe, secrétariat de la Fondation Copernic

Références :

  • Bulletin de l’ANEF – Printemps 1997 Compte rendus des commission des Assises de Mars 1997 https://www.anef.org/wp-content/uploads/2014/03/23-PRINTEMPS-1997.pdf 
  • 15 et 16 mars 1997 : Des Assises nationales pour le droit des femmes. In: Cahiers du féminisme, n°79-80, 1996. Trafic d’enfants : L’exploitation et la violence (hiver 1996 – printemps 1997) p. 3. https://femenrev.persee.fr/doc/cafem_0154-7763_1996_num_79_1_4448 
  • Cahiers du féminisme, n°74, 1995. Dossier : Menaces sur le droit à l’avortement (automne 1995) https://femenrev.persee.fr/issue/cafem_0154-7763_1995_num_74_1
  • Propos recueillis par Maruani, M et Silvera, R (2013). Maya Surduts, un féminisme de luttes. Travail, genre et sociétés, 29(1), 5-22.
  • Jacqueline Heinen et Josette Trat, « Femmes et hommes dans le mouvement social », Cahiers du GEDISST n° 18, L’Harmattan, Paris, 1997.
  • Rojtman Suzy. Après la manifestation du 25 novembre. In: Cahiers du féminisme, n°75-76, 1995. Dossier : Le mouvement social, coté femmes (hiver – printemps 1996) pp. 40-41.
  • Trat Josette « 1995, un mouvement social puissant et « sexué » https://lanticapitaliste.org/opinions/histoire/1995-un-mouvement-social-puissant-et-sexue
  • Mermoz Mélanie, Trat Josette « Histoire du MLF : un entretien » Août 2010 https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article18255
  • Rojtman Suzy, Surduts Maya, « Le féminisme encore une fois à la croisée des chemins ? », Cahiers du genre, hors-série 2006.
  • Trat Josette, « Retour sur l’automne chaud de 1995 », in Heinen J., et Trat j. (coord.) « Hommes et femmes dans le mouvement social », Cahiers du Gedisst, n° 18, L’Harmattan 1997, p. 39-59. 
  • Trat Josette, « L’histoire oubliée du courant « féministe luttes de classe » en France » in Femmes, genre, féminisme, collection Les Cahiers de Critique Communiste, 2007, p. 9-32.

[1] « Nouvelle génération, nouvelles féministes ? » Les Marie pas claire et Anne Dhoquois p. 149-170 https://doi.org/10.4000/cedref.305  4-5 | 1995 Continuités et discontinuités du féminisme « Transmettre aujourd’hui » Les cahiers du CEDREF Centre d’enseignement, d’études et de recherches pour les études féministes.

[2] Trat Josette, « L’histoire oubliée du courant « féministe luttes de classe » en France » in Femmes, genre, féminisme, collection Les Cahiers de Critique Communiste, 2007, p. 9-32.

[3] Anne Leclerc, CNDF, 8 Novembre 2025, 8 Novembre 2025 « 30 ans du mouvement social de novembre-décembre 1995 » Fondation Copernic – Politis – au Point Ephémère, Paris

[4] Site du CFCV Janvier 2026

[5] Rojtman Suzy Inceste, que de temps perdu ! 20 novembre 2023 Médiapart Le blog de S Rojtman

[6] Propos recueillis par Maruani, M et Silvera, R (2013). Maya Surduts, un féminisme de luttes. Travail, genre et sociétés, 29(1), 5-22.

[7] Suzy Rojtman, CNDF, 8 Novembre 2025 « 30 ans du mouvement social de novembre-décembre 1995 » Fondation Copernic – Politis – au Point Ephémère, Paris

[8] Propos recueillis par Maruani, M et Silvera, R (2013). Maya Surduts, un féminisme de luttes. Travail, genre et sociétés, 29(1), 5-22.

[9] Anne Leclerc, CNDF, 8 Novembre 2025 « 30 ans du mouvement social de novembre-décembre 1995 » Fondation Copernic – Politis – au Point Ephémère, Paris

[10] Trat Josette. Introduction. In: Cahiers du GEDISST (Groupe d’étude sur la division sociale et sexuelle du travail), N°18, 1997. Hommes et femmes dans le mouvement social. pp. 5-17.

[11] Compte-rendu de la commission dans le Bulletin de l’ANEF – Printemps 1997 Assises

[12] 8 Novembre 2025 « 30 ans du mouvement social de novembre-décembre 1995 » Fondation Copernic – Politis – au Point Ephémère, Paris

[13] Trat Josette, Femmes, genre, féminisme, collection Les Cahiers de Critique Communiste, 2007, p. 9-32.

[14] « Violences faites aux femmes : leur reconnaissance reste un combat – Interview de Suzy Rojtman » Revue Ecole Emancipée N°27. Janvier-Février 2011

[15] https://www.collectifdroitsdesfemmes.org/spip.php?article471 

[16] Revue Ecole Emancipée N°27

L’article 1995 : La conquête féministe du mouvement social est apparu en premier sur Fondation Copernic.

PDF
3 / 10
  GÉNÉRALISTES
Ballast
Fakir
Interstices
Issues
Korii
Lava
La revue des médias
Time [Fr]
Mouais
Multitudes
Positivr
Regards
Slate
Smolny
Socialter
UPMagazine
Le Zéphyr
 
  Idées ‧ Politique ‧ A à F
Accattone
À Contretemps
Alter-éditions
Contre-Attaque
Contretemps
CQFD
Comptoir (Le)
Déferlante (La)
Esprit
Frustration
 
  Idées ‧ Politique ‧ i à z
L'Intimiste
Jef Klak
Lignes de Crêtes
NonFiction
Nouveaux Cahiers du Socialisme
Période
 
  ARTS
L'Autre Quotidien
Villa Albertine
 
  THINK-TANKS
Fondation Copernic
Institut La Boétie
Institut Rousseau
 
  TECH
Dans les algorithmes
Framablog
Gigawatts.fr
Goodtech.info
Quadrature du Net
 
  INTERNATIONAL
Alencontre
Alterinfos
Gauche.Media
CETRI
ESSF
Inprecor
Guitinews
 
  MULTILINGUES
Kedistan
Quatrième Internationale
Viewpoint Magazine
+972 mag
 
  PODCASTS
Arrêt sur Images
Le Diplo
LSD
Thinkerview
🌓