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11.03.2026 à 12:14

Comment faire campagne face à l’extrême droite ? L’exemple de Nice Front populaire

admin

L’heure est grave à Nice. Le duel Christian Estrosi-Eric Ciotti prend toute la lumière médiatique. En face deux listes de gauche. L’une alliant le PS, le PC et les Écolos, l’Après, Debout, Génération.s (Unis pour Nice), l’autre se voulant citoyenne et soutenue par la FI, le NPA et Ensemble (Nice Front populaire). Un chemin étroit se dessine pour cette dernière, dans cette campagne où s’agite la peur de voir Eric.. Read More

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Texte intégral (3321 mots)

L’heure est grave à Nice. Le duel Christian Estrosi-Eric Ciotti prend toute la lumière médiatique. En face deux listes de gauche. L’une alliant le PS, le PC et les Écolos, l’Après, Debout, Génération.s (Unis pour Nice), l’autre se voulant citoyenne et soutenue par la FI, le NPA et Ensemble (Nice Front populaire). Un chemin étroit se dessine pour cette dernière, dans cette campagne où s’agite la peur de voir Eric Ciotti, allié au RN, prendre les rênes de la ville. Une campagne de terrain mêlant porte-à-porte, cafés populaires, conférence de presse en plein air, et qui porte en son sein la promesse de « rendre le pouvoir aux citoyens ». Par Edwin Malboeuf

 

« Bonjour, on vient pour les élections municipales, vous pouvez ouvrir la porte ? » Ce dimanche 18 janvier à 16h30, quartier populaire de l’Ariane, une dizaine de militants de la liste Nice Front populaire (NiFP) sonne aux immeubles. Action du jour : porte-à-porte. Le but est simple. Présenter la liste et des axes de campagnes (logement, transport) et demander aux citoyens s’ils sont bien inscrits sur les listes électorales. « Passez cinq minutes par porte, c’est plus qualitatif que quantitatif aujourd’hui. Dans ce quartier, on a plutôt tendance à voter pour des listes comme les nôtres » détaille Olivier Salerno (LFI), numéro 2 de la liste derrière Mireille Damiano, tête de liste, présente ce jour-là, durant le briefing.

Les accueils des résidents sont divers. Certaines personnes ne sont pas de l’Union européenne et ne peuvent donc pas voter. « Vos idées comptent tout de même », dit Mireille Damiano, en distribuant un questionnaire pour l’amélioration du cadre de vie du quartier. D’autres ne sont tout simplement pas intéressés « J’ai 45 ans, je n’ai jamais voté », répond dans l’entrebâillement de la porte, un homme avec sa famille. D’autres encore tendent l’oreille. « C’est bon à savoir, on va aller voter. C’est quand ? ». Hatem Dridi, numéro 6 sur la liste, donne en guise d’argument, l’un des récents faits d’armes de la tête de liste. « Grâce à Mireille Damiano, avocate, on a fait retirer le drapeau israélien du fronton de la mairie ». « Je ne savais pas, je ne suis pas allé en centre-ville depuis longtemps ». Car c’est cela aussi l’Ariane. Un quartier populaire, enclavé, coincé entre les montagnes et le Paillon, le fleuve niçois, à l’est de Nice, desservi par une seule ligne de bus, et dont le tram se fait attendre depuis ses débuts. Christian Estrosi s’y est toujours opposé. Une injustice sociale pour tous ces contribuables, dont la plupart des services publics font défaut dans ce quartier. Le porte-à-porte continue :« Oui j’ai déjà entendu parler de vous, ma grande sœur m’en a parlé », répond une jeune femme, lunettes de vue sur le haut du crâne. « Nous proposons un programme de changement radical. Quand les gens d’un quartier pensent quelque chose, il faut qu’ils puissent porter un projet. Créer des vrais comités de quartier pour que ces projets voient le jour », détaille Mireille Damiano. A l’Ariane, aux dernières élections, il y a eu 60% d’abstention.

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Hatem Dridi et Mireille Damiano, tête de liste, en porte-à-porte à l’Ariane, janvier 2026 © Edwin Malboeuf

Rendre le pouvoir à la base

Dimanche 25 janvier, rendez-vous est donné place Saint-Roch pour exposer « la ville que nous voulons ». Mireille Damiano et Olivier Salerno détaillent plusieurs propositions du programme : comité de quartier avec pouvoir d’agir, budget participatif, transports gratuits. « La ville de Nice est trop souvent une ville qui exclut. La ville que nous voulons, nous la construirons avec les habitants et les habitantes », clame Olivier Salerno face à la soixantaine de personnes présentes ce jour. « Mettre en place une véritable démocratie active. Car nous ne parlons pas de cette démocratie participative de façade, mais d’une démocratie qui donne le pouvoir aux Niçois et Niçoises. Pour associer le plus grand nombre à la vie de la cité, il nous faut des outils. Certains existent déjà comme les conseils de quartier et de territoires. Nous les réformerons en profondeur afin de donner à ces instances, pour l’instant consultatives, un vrai pouvoir citoyen : élaboration de projet, de décision et de saisine du conseil municipal », renchérit Mireille Damiano. Puis les noms qui composent la liste de la place 5 à la place 16 s’avancent pour expliquer les raisons de leur présence. Chacun.e avait une minute : les hommes ne respectent pas le temps de parole. « La déconstruction est un lent processus », s’excuse Ciril Joanin, 16ème de la liste, et président de l’Assemblée occitane, un mouvement régionaliste de gauche. Encartés au NPA, Ensemble ou LFI, militantes féministes, associatifs, antiracistes, LGBTQIA+ : le début de liste se veut fort de sa diversité de profils. Mais comme le dit Cédric Petipas, 14ème : « C’est la seule liste à laquelle on nous demande de venir comme nous sommes, et pas pour ce que nous sommes. Nous ne sommes pas des quotas.  ».

Illustration 2
Les 16 premier.es de la liste Nice Front populaire, le 25 janvier 2026, place saint-Roch © Edwin Malboeuf

Une campagne qui se veut proche des citoyens

Chaque jour ou presque, les militant.es vont tracter, afficher, faire du porte-à-porte. « Une campagne inspirée par celle de Mamdani à New York, même si c’est pas les mêmes moyens », dit Olivier Salerno. Car, si les passages dans les médias ne sont pas si rares, force est d’admettre que ceux-ci n’ont d’yeux que pour le spectacle des frères ennemis Estrosi et Ciotti. En plus du porte-à-porte, la liste reprend l’idée de Viva, collectif citoyen qui avait mené la campagne de 2020 avec déjà Mireille Damiano à sa tête, d’organiser des Assemblées populaires. Cette fois-ci, ce sont des cafés populaires. L’idée est de recueillir la parole des habitant.es, leur faire écrire leurs revendications sur des papiers et de les afficher dans la rue, le temps d’un café. Pendant ce temps, les militant.es tractent. Les avis sont multiples. Dans le lot, beaucoup disent ne plus vouloir voter. « Tous pareils, de la gauche à la droite », entend-on ce 11 février à l’angle du boulevard Raimbaldi lors d’un café populaire. Ou encore : « De toute façon, à Nice, la gauche n’a aucune chance. Et je ne vote pas, je veux que tous les élus fichent le camp », s’exclame une dame, bonnet marron sur la tête. « Il y a de l’hostilité, mais globalement ça va. Les gens sont assez réceptifs », confie un des militants. « Moi c’est le mouvement du 10-Septembre [mouvement de blocage national] qui m’a mis en action. Je me suis dit qu’il fallait s’engager », poursuit-il.

Face au duel Estrosi-Ciotti, pas de front commun

En face, le duel très droitier ravit les médias avec son lot de coups bas, de traîtrises de dernière minute, et de ralliement opportun. Christian Estrosi, en poste depuis 2008, contre Eric Ciotti, son petit, qui doit l’essentiel de sa carrière politique au maire en place. Un duel de fachos, l’un qui a toujours frayé avec la ligne rouge, l’autre qui a décidé de la franchir aux dernières élections législatives en rompant le cordon sanitaire entre la droite et l’extrême droite. Pour expérimenter ce qui se dessine depuis plusieurs années voire décennies avec la radicalisation de la droite dite républicaine, une union des droites. Ou devrait-on dire une union des extrêmes droites. Le 22 mars, le risque est probable de voir Nice dirigée par l’extrême droite. Ce ne serait pas nouveau. Pour rappel Jean Médecin (maire de 1928 à 1944, puis de 1947 à 1965) a voté les pleins pouvoirs à Pétain et a participé au régime de Vichy durant la Seconde Guerre mondiale. Son fils, Jacques Médecin (1966-1990) se disait être « en accord avec 99% des thèses du Front national ». Son successeur, Jacques Peyrat (1995-2008) fut l’un des fondateurs de ce même Front national. Quant à Christian Estrosi, s’il n’a jamais franchi le rubicon, sa politique ultra-sécuritaire et raciste n’a jamais eu grand-chose à envier aux partis d’extrême droite.

Face à cela, un collectif, là aussi se voulant citoyen, s’est mis en place dès avril 2025 pour espérer tourner la page de ces décennies noires : Reprenons la main. Avec 200 signatures, il appelait à l’union de toute la gauche dès le premier tour. Les vieux caciques du Parti socialiste, des Écologistes, et du Parti communiste ont préféré un calendrier d’accords partisans, avant de penser à la société civile. Il n’y a donc pas eu d’union, chaque camp se rejetant la faute sur l’autre. Il en est peut-être mieux ainsi, tant les détestations, qui ne confinent pas qu’aux seules inimitiés égotiques mais bien à des divergences de fond notoires, sont profondes. Pour autant, la liste d’union de la gauche de droite propose elle aussi les transports gratuits (pour les Niçois.es), l’encadrement des loyers, une limitation du surtourisme. L’on peut douter de la sincérité des propositions à la lecture des formulations creuses du programme, sortes de vœux pieux adressés à qui veut l’entendre, sans précisions sur les moyens de mise en œuvre qui n’offrent que peu de garanties. On peut également douter de la volonté politique d’une liste emmenée par Juliette Chesnel-Leroux dont le fait d’armes de son dernier mandat est d’avoir fait changer le nom d’un lycée. Les slogans de campagne illustrent cette différence de radicalité. D’un côté, « Nice n’est pas à vendre » veut marquer une rupture avec la marchandisation de la ville, de l’autre on veut rendre « Nice abordable », soit tempérer quelque peu la folie spéculative de la ville. D’un côté, on voulait une liste citoyenne, de l’autre, une lutte de places et un cartel de partis.

Alors Nice Front populaire, une liste citoyenne ? Timidement pourrait-on dire. Comme en 2020, avec la liste Viva, elle se veut être un rassemblement citoyen, soutenu par des partis. Si la tête de liste est effectivement vierge de toute adhésion partisane, on trouve ensuite des militants de la France insoumise, un ex du PS, une militante du NPA, puis de Ensemble. Ensuite viennent s’entremêler des militants associatifs et syndicaux et de l’Assemblée Occitane. Tous ces logos apparaissent sur les affiches et tracts, ce qui a suscité des débats en interne, certains estimant que LFI est un repoussoir, quand d’autres pensent au contraire qu’elle amène massivement du vote, comme ont pu le montrer les dernières élections à Nice, où LFI a réalisé de bons scores. Ce qui explique sans doute que tous les médias nomment cette liste LFI-NPA, ou LFI-Viva, voire LFI tout court, au grand dam des intéressés ; jamais ou rarement Nice Front populaire. L’idée était pourtant de coller à l’esprit du Nouveau Front populaire, rassemblant partis, syndicats, associations, militants de terrain, unis contre l’arrivée probable du fascisme à la tête de l’État en juin 2024, ici à la tête de Nice et sa métropole en mars 2026.

Démocratie active : qu’est-ce donc ?

La question du tirage au sort d’une partie de la liste a été posée. Mais cette fois-ci, contrairement à 2020, aucune modalité de cette nature ne s’est concrétisée pour tenter de rendre la liste plus démocratique. Pourtant, cela figure dans l’onglet démocratie du programme : privilégier la méthode du tirage au sort pour les instances de délibération citoyenne. Actuellement, ces instances sont purement consultatives et peu investies. Elles peuvent servir en revanche de légitimation de certaines mesures dégueulasses par la municipalité, comme en 2018, lorsque Christian Estrosi avait voulu supprimer la fontaine à eau place du Pin, car les associations de riverains et le conseil de quartier avaient formulé cette requête, sous prétexte nullement caché, que cela faisait venir les sans-abris. Ici, le programme du NiFP, dans les clous de la mue communaliste de la France insoumise, se rapproche de la vision portée par Murray Bookchin (lire p.8/9). Se rapproche seulement puisque selon Pierre Sauvêtre, spécialiste du théoricien, cité par Reporterre : « De manière très simple, le communalisme, c’est l’idée de mettre en place un autre régime politique, qui se substitue au régime représentatif. » Néanmoins, on peut saluer l’effort. Le programme de la liste niçoise prévoit plusieurs choses en la matière : assemblées citoyennes, au niveau des quartiers puis de la municipalité, dotées de budgets participatifs, usage du référendum local, réduction des prérogatives du maire, locaux dédiés à la délibération. C’est par ailleurs l’une des autres mesures phares, transversales à plusieurs thématiques : la création de Maisons citoyennes. Pensées comme des lieux de création artistique et d’éducation populaire, elles s’apparentent néanmoins à une resucée des Maisons de la jeunesse et de culture (MJC) promues par Mitterrand dans les années 1980. « C’est l’idée, mais c’était bien ! », s’enthousiasme Anne-Laure Chaintron (LFI), troisième sur la liste.

Logement : que faire pour endiguer la crise ?

Les chantiers sont vastes dans cette ville gangrenée par la pauvreté où 21% de la population vit sous le seuil de pauvreté contre 14% pour la moyenne nationale. Mais aussi par le manque de logements sociaux : 14% seulement du parc locatif quand la loi oblige à 25%. Et des amendes chaque année (8 millions d’euros en 2025) qui grèvent les comptes publics. Pour se mettre en conformité avec la loi, le NiFP prévoit plusieurs mesures. Notamment, l’expropriation, ou « réquisition » selon les termes plus doux choisis par la liste, des habitats inoccupés pendant une période de cinq ans, pour les transformer en logements sociaux. « C’est une volonté politique. On prévient d’abord, le but est simplement d’avoir plus de logements à la location. Ce qu’on veut faire, c’est accompagner ces propriétaires, qui parfois ne savent pas quoi faire d’appartements qu’ils ont hérité, pour les remettre sur le marché à condition qu’ils ne soient pas en location saisonnière. Ce n’est pas possible d’avoir autant de logements qui ne servent à rien, même pas une semaine par an. Cela remettrait de la mixité sociale, car ces logements vides sont un peu partout, sauf dans les quartiers populaires », détaille Anne-Laure Chaintron. En sus, figure au programme l’encadrement des loyers, comme cela se fait à Paris. « Toutes les mesures proposées sont faisables au niveau du droit. On ne propose rien qui ne soit pas en conformité avec la loi. Déjà car on a une tête de liste avocate, et aussi parce qu’on voit ce qui se fait ailleurs », poursuit-elle. Le logement à Nice figure parmi les revendications prioritaires des personnes croisées lors des cafés populaires. Pour cause, après Paris, Nice est la ville où le marché du logement est le plus tendu. Prix à la hausse, foncier exigu, peu d’offres locatives, pression de la location touristique. A ce titre, la liste NiFP entend bien réguler la plateforme AirBnB sur son territoire, sans ambition autre que la conformité avec la loi qui prévoit désormais un quota de 90 jours par an, avec en sus une cellule de contrôle municipale dédiée. A son corps défendant, Estrosi a tenté pendant le Covid, et plus récemment de lutter contre la prédation de la location touristique. La justice a retoqué plusieurs fois ces mesures. Pourquoi ne pas bannir la plateforme tout simplement comme Berlin dès 2016 ? « La question ne s’est pas posée. Normalement le principe des locations de ce type était de pouvoir tirer un bénéfice pour une durée limitée de son logement. ».

Pour conclure, l’on peut dire que la campagne menée par la liste niçoise nourrit quelques ambitions. Transformer la ville, par le bas, en tentant de prendre en compte les aspirations citoyennes, en démocratisant la décision, en créant des espaces de lutte et de résistances populaires. A l’heure de ces lignes, un sondage réalisé par Cluster 17, sur une base de seulement 763 personnes, annonce Eric Ciotti largement en tête des intentions de vote à 41% au premier tour, devant Christian Estrosi (31%), Juliette Chesnel-Leroux (12%) et Mireille Damiano (10%). L’objectif est clair pour le NiFP : arriver en tête de la gauche pour proposer une fusion à ses conditions et dans une triangulaire à l’issue incertaine, créer la surprise, ou a minima, avoir une gauche de combat au conseil municipal. Laquelle n’a que très peu existé dans cette enceinte ces dernières décennies.

 

Cet article en accès libre est extrait du numéro 60, actuellement en kiosques dans tous le pays. Pour vous abonner et le recevoir directement dans la boite aux lettres, c’est ici : www.mouais.org/abonnements

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30.01.2026 à 11:55

Les lieux de culture attaqués : une librairie niçoise fait condamner l’État

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Il ne fait pas bon de tenir une librairie indépendante dans la France de 2026. Entre perquisitions et intimidations, l’État et l’extrême-droite se retrouvent pour attaquer ces lieux essentiel de culture résistante. Entretien avec Maud Pouyé, dont la librairie niçoise, les Parleuses, a récemment fait condamner l’État pour censure. En décembre 2022, Gérald Darmanin, qui est alors ministre de l’Intérieur, se déplace à Nice pour un événement à la gloire.. Read More

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Texte intégral (1733 mots)

Il ne fait pas bon de tenir une librairie indépendante dans la France de 2026. Entre perquisitions et intimidations, l’État et l’extrême-droite se retrouvent pour attaquer ces lieux essentiel de culture résistante. Entretien avec Maud Pouyé, dont la librairie niçoise, les Parleuses, a récemment fait condamner l’État pour censure.

En décembre 2022, Gérald Darmanin, qui est alors ministre de l’Intérieur, se déplace à Nice pour un événement à la gloire du super-hôtel de police en chantier dans cette ville. Maud Pouyé et Anouk Aubert, de la librairie féministe faisant face à ce projet, afin d’accueillir dignement le ministre accusé de viol (mais ayant bénéficié d’un non lieu en 2022) décident alors de mettre en vitrine Impunité, d’Hélène Devynck, tandis que le collectif local des Colleuses appose sur l’enseigne les slogans : « Impunité », « Sophie on te croit » et « Qui sème l’impunité récolte la colère ». « Ces messages sont collés tôt le matin à 7 heures. Puis elles repartent. Alors qu’elles reviennent pour ouvrir leur commerce à 9h45, elles trouvent leurs vitrines masquées par de grands draps noirs. Et des flics en civil qui procèdent à leur contrôle d’identité. Les collages extérieurs ont été arrachés. Ceux de l’intérieur masqués » (1). Ce qui a fait l’objet d’une condamnation par le tribunal administratif de Nice, ce mercredi 14 janvier 2026, suite à dépôt de plainte de leur part, ce tribunal ayant « déduit que l’occultation de la vitrine de la librairie « Les Parleuses » ne s’avérait pas nécessaire en l’absence de troubles à l’ordre public et que cette illégalité engageait la responsabilité pour faute de l’Etat ».

Victoire ? Mouais…. « Ces derniers mois, rapporte Blast, [les] attaques contre les libraires se sont multipliées […]. En juin, la librairie Les jours heureux de Rosny-sous-Bois était couverte de slogans hostiles au Hamas sur une partie de sa vitrine consacrée à des poètes palestiniens  ; en juillet, un libraire du Chambon-sur-Lignon était visée par la préfecture de la Haute-Loire pour sa participation à un rassemblement de solidarité avec le peuple palestinien ; en septembre, c’est La Tête Ailleurs, dans le onzième arrondissement de Paris, qui fait l’objet de tags à l’acide et de menaces ; mi-novembre, la Petite Égypte, dans le deuxième arrondissement, est à son tour vandalisée à l’acide avec l’inscription « La putain du Hamas », pour avoir programmé un débat avec Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens. On pourrait ainsi aligner les exemples, des événements similaires ayant été recensés à Marseille, Rennes, Nantes, Bordeaux… » (2)

Nous retrouvons Maud à l’étage de la partie de la librairie consacrée à littérature pour enfants et ados. L’occasion de revenir sur le combat qu’elles ont mené pour leur droit à la liberté d’expression, sur ce qu’elles n’ont pas eu l’occasion de dire aux autres journalistes, et sur la joie en demi-teinte ressenti lors de l’annonce de leur victoire définitive. Car dans ce contexte global d’attaque des librairies indépendantes, si cette décision de justice est une bouffée d’air, il n’y a selon elle pas de quoi se réjouir.

« C‘est vrai que plein de gens sont passés nous voir en disant « Bravo, félicitations », mais moi je suis très gênée quand on me dit ça ». Car « déjà, on va pas se mentir, si Lorraine [Questiaux], notre avocate, ne nous avait pas pris par la main en disant « on va y aller, on va gagner, et je vous fais pas payer, je me rémunérerai avec les frais de justice », je pense qu’on n’aurait pas lancé de procédure », des procédures effectivement coûteuses et terriblement chronophages -et c’est le but. Maud se dit que derrière ces « bravos », « ce qui s’exprime, c’est que dans dans le contexte actuel des librairies indépendantes -et pas que, le contexte en général-, ça a été une espèce de respiration ». Cependant, «  je n’arrive pas à avoir la même joie que quand on a gagné le référé en 2023 ». Sans doute, nous dit-elle l’air las, car « le même jour où l’on a appris cette victoire, l’on a appris aussi que la librairie Violette & Co, que l’on a connaît bien, avait été perquisitionnée », avec pour motif invoqué la vente d’un livre de coloriages titré From the River to the Sea, de Nathi Ngubane et Azad Essa, et de la maison d’édition Social Bandit Media.

Elle revient sur ce que qu’a vécu cette librairie amie : « Elles sont dans un tunnel depuis août, dont elles ne sortent pas, et qui va crescendo. Elles ont eu des attaques à l’acide, du cyberharcèlement de l’extrême-droite, et ce qui n’a pas été trop dit à l’époque, c’est qu’elles se sont aussi fait intimider par des flics, qui se sont pointés à la librairie en leur disant que si elles n’avaient pas porté plainte, c’est bien qu’elles avaient quelque chose à se reprocher. Et là, aujourd’hui, c’était leur jour d’audition au commissariat… »

Et, selon elle, ce qui est dit trop rarement à propos de ces attaques de librairies, « c’est que ça éclipse les conséquences sur les gens qui y bossent ». Des conséquences parfois graves. « Tu es pris dans un espèce de tourbillon de stress, d’angoisse, de sollicitations, c’est épuisant nerveusement, voire a des conséquences lourdes sur la santé mentale ».

Elle évoque le cas des librairies Transit et le Sauvage, à Marseille, qui ont reçu des menaces et ont été dégradées par des tags de croix celtiques, la librairie queer les Vagues à Nantes, dont la vitrine a été fracassée…. « Dans ces dernières années, on avait fait une liste de ces attaques à notre avocate, pour qu’elle plante un peu ce décor général, au moment de l’audience, et de leur dire que leur décision sera importante, car le climat est celui-là ». Un climat d’une extrême-droite en lutte violente contre la culture. Et « quand Violette & Co est perquisitionnée et doit aller au commissariat, ça montre de quelle manière l’État ouvre les vannes et légitime, quelque part, ces violences ».

Quant à elles, elles vont très bientôt se retrouver face à un super-hôtel de police, sur une place que le maire de Nice, Christian Estrosi, a proposé de renommer « parvis Nicolas Sarkozy ». Comment le vivent-elles ? Un silence ; un ange passe. « En fait… nous allons déménager ». « On va pas se voiler la face, moi, je n‘ai pas envie de venir travailler ici ». Elles partent donc, avec leurs enfants, dans un village du Vaucluse, où elle vont reprendre une autre librairie indépendante. Une perte sèche pour la culture vivante à Nice, où, quand un commissariat ouvre, une librairie ferme.

Par Macko Dràgàn ; entretien réalisé par Tia Pantaï et Macko Dràgàn le jeudi 22 janvier 2026

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(1) https://blogs.mediapart.fr/mouais-le-journal-dubitatif/blog/101222/un-hopital-ferme-un-hotel-des-polices-ouvre

(2) https://www.blast-info.fr/articles/2026/groupuscules-partis-institutions-les-droites-en-guerre-contre-les-librairies-independantes-4aNsco7VTpWQ2Ff5r-tpBw

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22.01.2026 à 12:27

« Fils de pédo, c’est une étiquette difficile à enlever… »

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Alexandre est militant de gauche à Digne-les-Bains (04). Récemment, un média d’extrême-droite l’a questionné sur son père, surnommé « le barbouze pédophile ». Il revient pour nous sur cette histoire, sur ce que cela fait de grandir à l’ombre d’un monstre, et « rappeler que même si c’est pas évident de parler, c’est pourtant la seule chose à faire quand on sait qu’un enfant est en danger ». En 2015, en Ardèche, un homme,.. Read More

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Texte intégral (1940 mots)

Alexandre est militant de gauche à Digne-les-Bains (04). Récemment, un média d’extrême-droite l’a questionné sur son père, surnommé « le barbouze pédophile ». Il revient pour nous sur cette histoire, sur ce que cela fait de grandir à l’ombre d’un monstre, et « rappeler que même si c’est pas évident de parler, c’est pourtant la seule chose à faire quand on sait qu’un enfant est en danger ».

En 2015, en Ardèche, un homme, Christian Georges, surnommé le « barbouze pédophile » par la presse locale en raison de prétendues activités d’espion, écope de 19 ans de prison sur renvoi de cassation, pour avoir agressé sexuellement quatre enfants âgés de 4 à 10 ans1.

Dix ans plus tard, nous retrouvons Alexandre Georges à la terrasse d’un kebab près de la gare Saint-Charles, à Marseille. L’air grave, il déroule son histoire. Jusqu’il y a peu, ce militant était une figure politique incontournable de sa ville, Digne-les-bains, dans les Alpes-de-Haute-Provence (04). Chef de file de la gauche, il était pressenti pour briguer la mairie aux prochaines élections, avec derrière lui une gauche unie. « Il y avait un boulevard, en mars prochain j’aurais pu me réveiller maire de la ville… »

Mais un appel va bouleverser cet agenda. Celui d’un journaliste du groupe Canal +, du milliardaire Vincent Bolloré. Alexandre le comprend alors : les médias d’extrême-droite s’intéressent à lui. Et, plus précisément, à son nom de famille, Georges -pourtant fort répandu. Mais, voilà : Christian Georges est bel et bien son père. « Fils de pédo, c’est une étiquette difficile à enlever… Car ce qui est le plus répandu, c’est de penser que la pédocriminalité est quelque chose qui va se transmettre héréditairement. Et, en même temps, tu confierais tes gosses à un enfant de pédophile, toi ? »

Il revient sur ce père monstrueux, condamné une première fois à Djibouti, « où il travaillait apparemment pour le ministère de l’intérieur sur l’affaire du juge Borrel 2 avec des méthodes peu recommandables, pour toutes les dingueries qu’il avait faites là-bas. Mais c’est surtout à partir de son retour en France que les emmerdes ont commencé pour lui ». Et qu’il sera, donc, condamné pour viol sur le beau-frère, la belle-sœur, la cousine, et le cousin d’Alexandre : « Il a pris quasiment le maximum légal, 19 ans ».

« Moi, je n‘étais pas forcément au courant de tout ça. Je n’ai pas grandi avec lui -et à partir de mes huit ans, il était en prison à Djbouti-, même si j’étais encore en contact. Mais ma famille cherchait à me protéger un maximum de ce qu’il avait fait, et à faire en sorte qu’on vive, qu’on ait le moins de contact possible avec cette histoire ».

Si cela s’était arrêté à cette première condamnation, « j’aurais pu ne pas redouter que ça ressorte, même quand j’étais tombé sur les articles il y a à peu près un an, parce que ma mère avait fait supprimer tout lien légal de parenté avec lui ». D’autant qu’il ne pensait pas qu’il puisse recommencer après tant d’années de prison -dont il était entre-temps sorti, libéré pour « bonne conduite » après 14 années d’incarcération. « Mais a priori, je pouvais faire de la politique, sans être tenu pour le fils d’un pédocriminel ».

« Seulement, la situation a évolué. Il a récidivé et je suis témoin dans cette affaire. Pas possible de nier la paternité ». Et pour la presse d’extrême-droite -oui, celle-là même qui maintient à l’antenne un Jean-Marc Morandini définitivement condamné pour « corruption de mineurs »- autant que pour les adversaires politiques potentiellement à l’origine de cette « boule puante », de « témoin » à « impliqué » il n’y a qu’un pas, raison pour laquelle il décide de nous parler aujourd’hui de ce qu’il a vu.

Dans l’antre du monstre

En sortant de prison, Christian Georges refait sa vie avec une famille de migrants Géorgiens, dont seuls les enfants parlent français. « Il m’avait présenté assez tôt le petit dernier comme mon petit frère, qu’il aurait eu avec la maman. Et les gamins se comportaient avec moi comme avec un grand frère. » Ceci s’avérera un mensonge, produit pour respecter les termes de sa conditionnelle l’interdisant de fréquenter d’autres enfants que les siens -des termes certes confondant s’agissant d’un pédophile ayant été condamné pour avoir agressé des enfants de sa famille.

Ayant reçu des informations inquiétantes, Alexandre, après avoir retardé ce séjour suite à une lourde opération, se rend dans le foyer. « Un policier marseillais que je connaissais m’avait donné une liste de trucs à checker pour comprendre ce qui se passait. Mais pas besoin d’aller trop loin ». Car « s’il était prudent devant la maman, face à moi, il ne se cachait pas et dormait même dans le lit du petit. J’étais le cliché du fils fidèle à ses yeux… »

Alexandre sort alors en prétextant aller voir des amis, et se rend au commissariat, où il fait une déposition. Puis, dans l’attente de l’aval du parquet pour mener une perquisition, il rentre.

Sa voix s’éraille. « J‘avais fait tout le cheminement dans ma tête. Je me suis dit : Mais en fait, ma vie, elle va être foutue. Vraiment, j’avais l’impression d‘avoir laissé un gros, gros morceau de moi derrière. D’être mort à l’intérieur. Et du coup, en arrivant sur place, le dernier truc qui restait à peu près d‘important dans ma vie C’était… C’était les deux petits bout’choux, dont je pensais encore qu’ils étaient mes petits frères ».

« Je me suis dit : c’est mieux s‘il meurt, en fait. De façon concrète, sans haine, Sans rien. Je me suis dit : c‘est mieux si ça se termine. Un bon coup, on termine cette affaire, voilà, on met fin à tout ça. Il ne recommencera plus ». Il parvient cependant à se calmer. Se doutant peut-être de quelque chose, le père fuit au matin, et sera interpellé plus tard, le 21 mai dernier.

Entre-temps, en parlant avec les enfants de la fratrie, Alexandre apprendra le degré d’horreur atteint dans le foyer. Horreur qui continuera, quand l’agresseur tentera d’entrer à nouveau en contact avec la famille depuis sa cellule, à partir d’un compte Facebook utilisant la photo de profil du dernier enfant abusé, le petit Géorgien de 7 ans. « J’en ai parlé avec la maman, histoire que ce soit elle qui prévienne la police la prochaine fois. Ça ne peut pas toujours être les gosses les plus courageux…. »

Cette récidive sera prochainement jugée, avec la mère comme partie civile et Alexandre comme témoin. « Et maintenant des personnes ont l’intention de se servir de ce lien de parenté contre moi, conscientes que ça me serait politiquement très dommageable d’être le fils d’un pédophile ». « J‘ai peur que ce soit utilisé, surtout au détriment des gamins ».

Parler, pour ne pas subir

Car pour ces enfants, le chemin de la reconstruction s’annonce long, si ce n’est impossible. Les premières victimes de Christian Georges y sont-elles parvenues ? « Je n’en sais rien…. Ma cousine a totalement coupé les ponts. Il faut dire que ma famille ne l’a pas vraiment soutenue, à l’époque. Ni moi non plus, même si je n’étais qu’un gamin ». Il soupire : « Je lui ai quand même envoyé un message pour lui dire que j’étais désolé. Elle ne m’a jamais répondu. Et c’est son bon droit, après tout ce qu’elle a vécu ».

Alexandre laisse son sandwich et ses frites quasiment intouchés, et s’allume une cigarette, ses cheveux roux frappés par le Mistral. Nous lui demandons ce qu’il souhaite dire en conclusion. Il réfléchit. Puis : « Pourquoi ne pas rappeler que même si c’est pas évident de parler, c’est pourtant la seule chose à faire quand on sait qu’un enfant est en danger ? »

Par Mačko Dràgàn

1 https://www.laprovence.com/article/edition-avignon-grand-avignon/3418994/le-barbouze-pedophile-ecope-de-19-ans.html

2 « L’affaire Borrel concerne l’assassinat à Djibouti du magistrat français Bernard Borrel et ses multiples développements judiciaires, médiatiques et politiques. Bernard Borrel, procureur de Lisieux de 1988 à 1995, est détaché en tant que conseiller technique à partir d’avril 1994 auprès du ministre djiboutien de la Justice pour effectuer des missions de coopération[1] quand il disparaît […]. Son cadavre est retrouvé le lendemain dans un ravin, en partie calciné » (Wikipédia).

 

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