30.08.2026 à 10:00
Framasoft
Cet article est une republication, avec l’accord de l’auteur, Hubert Guillaud. Il a été publié en premier le 07 avril 2026 sur le site Dans Les Algorithmes sous licence CC BY-NC-SA.
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Pour déployer une autre IA, il nous faut une autre structure d’entreprises pour les porter, défendent Trebor Scholz et Mark Esposito.
Les discussions sur les strates qui constituent le réseau sont nourries, d’autant qu’elles interrogent profondément les enjeux de souveraineté technologique. La souveraineté numérique est un concept flou qui fait l’objet de beaucoup d’instrumentalisations, rappelait avec pertinence l’association Data For Good. Bien souvent, être souverain en la matière implique d’être autonome sur toutes les couches de l’industrie numérique. Un objectif impossible tant les dépendances sont partout, des logiciels au matériel, des ressources aux infrastructures, des conditions juridiques aux financements. Comme l’expliquait la chercheuse Ophélie Coelho dans son livre, Géopolitique du numérique (éditions de l’Atelier, nouvelle édition 2025) l’enjeu est bien plus de déterminer les secteurs et les couches sur lesquels nous devons reprendre le contrôle. Pour le dire autrement, l’enjeu n’est pas tant d’avoir des produits totalement souverains, que de comprendre là où la souveraineté doit s’exercer et comment.
Cette autonomie stratégique à laquelle aspirer est très souvent présentée comme un enjeu nationaliste ou patriotique, qui confond la souveraineté avec le leadership technologique, sans toujours voir que ces leaderships peuvent reposer sur des dépendances innombrables, à l’image de l’enjeu à déployer des centres de données sur le territoire au prétexte de souveraineté, sans questionner le fait que leur financement ou leurs équipements puissent être totalement entre les mains d’acteurs étrangers.
L’IA est en passe de devenir une couche supplémentaire dans le mille-feuille des couches sociotechniques du numérique. Et elle requestionne en profondeur ces enjeux, explique Raffi Krikorian, directeur technique de Mozilla, dans une tribune pour Rest of World. « Dans un monde de plus en plus polarisé et protectionniste, où les plateformes technologiques sont de plus en plus instrumentalisées par les politiques étatiques, construire des infrastructures nationales critiques sur des systèmes dont on n’est pas propriétaire, que l’on ne peut ni auditer ni adapter, représente un risque considérable et croissant. Ce défi comporte une dimension tant économique que politique. Un État soucieux de sa souveraineté en matière d’IA en 2026 ne pourra pas justifier de manière crédible le financement d’une infrastructure d’IA étrangère et verticalement intégrée tout en négligeant les investissements dans des alternatives nationales et open source. Investir dans les hyperscalers peut minimiser les coûts à court terme, mais cela consolide également les rentes numériques versées à des entités étrangères, maximise la dépendance à long terme envers des partenaires peu fiables et augmente considérablement les coûts de sortie. Si les gouvernements financent la dépendance, c’est bien la dépendance qu’ils obtiendront. »
Pour Raffi Krikorian pourtant, l’enjeu n’est pas tant de construire une souveraineté de l’IA nationaliste, que de bâtir des Communs maîtrisés. « L’absence actuelle de financements privés à grande échelle pour les infrastructures d’IA ouvertes reflète leur nature de bien public, et non leurs capacités. Les modèles open source atteignent déjà couramment 90 % ou plus des performances des systèmes propriétaires, pour un coût bien moindre. Investir dans les cadres d’IA ouverts, c’est investir dans les infrastructures publiques numériques, car cela génère des avantages grâce à des coûts réduits, au maintien de l’autonomie politique et à des gains de productivité à l’échelle de l’économie. L’IA ouverte offre également ce que les systèmes propriétaires ne peuvent pas : la légitimité démocratique. Les pays ne créent pas de valeur en revendant des solutions étrangères, mais en développant des produits différenciés sur des bases partagées, ouvertes et moins coûteuses. Il s’agit d’une politique industrielle qui encourage la concurrence et le développement des compétences nationales, et non d’un rejet de l’industrie nationale. »
« Internet n’est pas né de la seule initiative d’acteurs privés, mais d’investissements publics soutenus dans les technologies ouvertes. De Linux à Apache, les fondations open source partagées sont devenues l’épine dorsale de l’économie numérique mondiale, favorisant l’innovation privée tout en empêchant la mainmise sur l’infrastructure. Du CERN à Airbus en passant par Galileo, la leçon est claire : lorsque les États cofinancent des fondations ouvertes ou partagées, l’innovation privée prospère. En revanche, lorsqu’ils financent l’accès, la dépendance s’accentue. L’IA se trouve précisément à ce tournant. »
Souveraineté ne rime pas avec isolement, rappelle-t-il. « Les coûts de développement de l’IA open source peuvent être partagés. Comme l’a déclaré le Premier ministre canadien Mark Carney à Davos : « Investir collectivement dans la résilience coûte moins cher que de construire sa propre forteresse. » L’enjeu n’est pas que chaque pays construise son propre jardin clos. Il appartient aux nations de collaborer autour de standards ouverts et d’infrastructures partagées, en rejetant la fausse dichotomie entre dépendance et isolement des plateformes, et en construisant plutôt un avenir de l’IA qu’elles maîtrisent réellement. »
« Si nous voulons des écosystèmes d’IA résilients, ouverts et fiables, nous devons les financer comme tels – non par idéalisme, mais comme un investissement concret dans la souveraineté, la résilience et la légitimité démocratique. Les pays qui aspirent à la souveraineté en matière d’IA doivent participer à ce débat, non pas en simples observateurs, mais en tant que co-investisseurs et co-constructeurs. Plus nous attendons, plus il sera difficile de changer de cap », conclut le responsable de Mozilla en appelant à construire des protocoles plus que des plateformes, des cadres ouverts plus que des solutions, des systèmes de valeurs plus que des contraintes économiques ou techniques. Une proposition qui rappelle que c’est bien le cadre de la souveraineté qu’il faut discuter, pour comprendre là où nous pouvons avoir des dépendances et là où nous devons les refuser. L’enjeu n’est pas de construire des investissements nationaux mais bien d’investir dans des infrastructures communes porteuses de valeurs démocratiques et émancipatrices, libres et ouvertes. « La souveraineté en matière d’IA ne viendra pas de la location des modèles des géants de la tech ». Elle ne viendra pas des factures de tokens des systèmes d’IA des grands acteurs de la Tech. Elle consiste d’abord à construire une autre tech, non pas nationaliste ou patriotique, mais qui promeut une souveraineté distribuée, choisit, capacitante.
On se souvient que, récemment, l’économiste Francesca Bria avait évoqué le risque d’une soumission à une strate autoritaire fomentée par les géants de la Silicon valley : « derrière les strates qui composent le réseau, comme l’avait défini Benjamin Bratton dans son livre, Le Stack (UGAP, 2020), comme autant de régimes de souveraineté qui se superposent et s’imbriquent, la strate autoritaire semble l’envers de la proposition d’autonomie stratégique que propose EuroStack ». Mais le risque est bien, sous couvert de souveraineté, de produire des strates nationalistes voire militaristes, comme semble le proposer l’annonce récente d’un « Deutchland Stack » Allemand.
D’où l’importance de faire un pas de côté.
C’est la piste que proposent les chercheurs Trebor Scholz et Mark Esposito dans la revue d’innovation sociale de Stanford. Pour contrebalancer l’extractivisme des plateformes, « nous avons besoin de construire la strate solidaire de l’empilement numérique ». Lorsque les systèmes technologiques sont conçus uniquement pour l’extraction et l’efficacité, ils isolent et brisent les personnes qui les font vivre, rappellent les deux chercheurs. L’exploitation des travailleurs du clic par exemple est le « symptôme d’une industrie structurée pour transférer les risques vers le bas via des chaînes contractuelles opaques, tout en concentrant les profits et le contrôle au sommet ». Pour Scholz et Esposito, « sans intervention délibérée, ces logiques d’extraction se généraliseront à l’échelle mondiale, concentrant encore davantage le pouvoir entre les mains des plus puissants, à moins que nous ne choisissions de construire un système fondamentalement différent ». Jusqu’à présent, les chercheurs invitaient à investir dans des entreprises inclusives, dans des coopératives de travailleurs, que Scholz a beaucoup défendu. Trebor Scholz est professeur à la New School for Social Research de New York depuis 2009. Il est l’un des premiers à s’être attelé à analyser le phénomène du Digital Labor (Routledge, 2013). Il est aussi l’un des promoteurs du coopérativisme de plateformes (voir par exemple notre article de 2015), notamment dans son livre Le coopérativisme de plateformes (FYP, 2017) ainsi que dans Own this ! (Verso, 2023). Il est également le fondateur du Platform Cooperativism Consortium un réseau de promotion du mouvement coopérativiste, qui organise notamment des conférences sur la coopération, comme celle sur l’IA coopérative qui se tenait il y a peu à Istanbul. Pourtant, écrit-il dans son article, « la réponse aux méfaits de l’IA ne peut se limiter à la régulation des plateformes dominantes ».
En fait, la concentration du pouvoir des géants du numérique rend de plus en plus vulnérables même les institutions internationales les plus critiques aux politiques autoritaires et aux pressions des dirigeants, comme l’illustre la dépendance de la Cour pénale internationale à l’égard de l’infrastructure Microsoft face aux menaces proférées sous l’administration Trump. Les coopératives, les institutions publiques et les mouvements sociaux doivent donc activement construire et connecter des alternatives grâce à ce que Scholz appelle la « pile de solidarité », une économie numérique coopérative émergente.
« L’extraction ne se résume pas à des algorithmes biaisés ou à des violations de la vie privée. C’est un problème structurel : l’IA actuelle fonctionne grâce à ce que nous appelons une « strate d’extraction » verticalement intégrée, comprenant le matériel, l’infrastructure cloud, les modèles, la main-d’œuvre et les applications. Seules quelques entreprises contrôlent la construction, la gouvernance et l’utilisation de ces technologies et les personnes qui en dépendent n’ont aucun droit de regard démocratique. »
Les critiques et les régulateurs soulignent à juste titre que les seules directives éthiques ne peuvent résoudre les problèmes posés par la logique extractiviste des plateformes. Les systèmes d’IA reposent sur des modèles de propriété, des chaînes d’approvisionnement et des architectures techniques qui privilégient le profit, le passage à l’échelle et le contrôle. « Ces incitations structurelles déterminent la collecte des données, le traitement des travailleurs, les décideurs et les bénéficiaires de la création de valeur, privant ainsi les directives éthiques de tout pouvoir pour remettre en cause la logique sous-jacente du système. Une IA démocratique ne peut se contenter de louer un espace sur la strate extractiviste ! Elle exige que les travailleurs, les communautés, les coopératives et les institutions publiques se réapproprient l’infrastructure elle-même, couche par couche, de la terre au nuage. »
Scholz et Esposito plaident pour construire une architecture solidaire. Un défi qui nécessite de rejeter la notion d’intelligence artificielle, qui sous-entend une force magique et autonome, au profit d’une intelligence collective, reconnaissant le travail humain et le savoir partagé qui alimentent ces systèmes. Cependant, parvenir à la coordination nécessaire pour contester les monopoles mondiaux de l’IA demeure un défi de taille. Même des organisations établies comme l‘Alliance coopérative internationale, qui représente un mouvement d’environ un milliard de membres et des milliers de coopératives employant près de 10 % de l’emploi mondial, sont structurées principalement pour la représentation et le plaidoyer plutôt que pour la coordination et l’exploitation d’une infrastructure numérique partagée.
Pour les deux chercheurs, plusieurs initiatives menées par des communautés, des coopératives et des institutions publiques permettent déjà de reprendre le contrôle de ces niveaux économiques, notamment des ressources, des infrastructures, des données, du travail comme du savoir.
Une approche solidaire exige des chaînes d’approvisionnement transparentes, la propriété communautaire des ressources minérales et des mécanismes de partage équitable des bénéfices. Elle permettrait également de distribuer l’infrastructure sur des serveurs fédérés, appartenant à la communauté et interconnectables sans contrôle central. Butler Rural Electric offre un précédent historique éloquent. Fondées dans les années 1930 avec le soutien du gouvernement fédéral et une gouvernance coopérative, les coopératives électriques rurales ont permis aux communautés de financer, construire et gérer leur propre infrastructure énergétique, un modèle qui continue aujourd’hui de fournir de l’électricité à environ 42 millions de personnes dans les zones rurales américaines. Des coopératives numériques telles que Hostsharing eG en Allemagne et Som Connexio en Espagne, ainsi que plusieurs coopératives de vente au détail au Royaume-Uni, appliquent cette même logique en mutualisant les ressources de leurs membres, en utilisant une gouvernance coopérative et en collaborant avec des partenaires publics pour construire et exploiter une infrastructure numérique partagée. Cela permet aux communautés de réduire leur dépendance aux fournisseurs de cloud propriétaires, de conserver le contrôle local de leurs données et d’assumer la responsabilité de la gestion des coûts environnementaux liés à la consommation d’énergie. Bien que ces initiatives soient explicitement expérimentales et de portée modeste, elles suggèrent que la capacité de calcul peut fonctionner comme un bien public. Les décideurs politiques et les responsables municipaux pourraient même appliquer ce modèle pour créer une option publique d’accès à la puissance de calcul.
Dans le modèle d’extraction, les données personnelles sont une matière première prélevée auprès des utilisateurs pour alimenter des modèles propriétaires. Cette logique considère les individus non pas comme des participants ou des détenteurs de droits, mais comme des sources passives de valeur. Le modèle de solidarité, lui, réinvente les données comme une ressource partagée, gérée démocratiquement. Par exemple, MIDATA, une plateforme suisse de données de santé détenue et gérée par des patients agit comme une fiducie pour ses membres. Elle maintient une infrastructure sécurisée permettant aux patients de consulter leurs données agrégées et de décider démocratiquement de les partager ou non à des fins de recherche médicale. MIDATA démontre qu’il est possible de créer des ensembles de données de haute qualité, issus de sources éthiques, sans surveillance. Les membres partagent volontairement leurs données car ils font confiance à la gouvernance et à la gestion des données de la coopérative, ce qui élimine le besoin d’extraction ou de surveillance coercitive.
Au travail, l’IA implique une rétroaction entre contenus et modérateurs. Les travailleurs étiquettent, examinent, corrigent et leurs décisions enregistrées sont utilisées par les systèmes pour reconnaître, classer, améliorer. Ce processus contraint les individus à absorber le fardeau psychologique des contenus. Dans le modèle solidaire, ces travailleurs ont des garanties de salaires, de droits, bénéficient de soutiens… et pilotent la gouvernance de leurs outils et missions, comme c’est le cas de nombreuses coopératives de travailleurs, comme celle de la Gamayyar African Tech Workers au Kenya, Facttic en Argentine, Outlandish à Londres… et de nombreuses autres (comme la plateforme danoise Hilfr qu’on avait évoqué dans notre article sur les plateformes du secteur du nettoyage).
Scholz et Esposito proposent d’appliquer les principes coopératifs à l’IA. « L’accès à l’IA seul est insuffisant quand les outils fonctionnent comme des boîtes noires, incapables d’expliquer ou de remettre en question leurs résultats, et si leurs valeurs reposent sur des principes imposés plutôt que sur des valeurs démocratiquement établies. L’approche solidaire propose de réhabiliter le domaine du savoir comme un espace de gouvernance collective, favorisant l’explicabilité, la contestabilité, des normes partagées » pour construire d’autres IA.
AI4Coops, en Argentine, est une initiative de petite envergure qui réunit des praticiens et des technologues du monde coopératif afin d’étudier comment l’intelligence artificielle pourrait soutenir la gouvernance coopérative et l’apprentissage partagé. Elle veille à ce que la culture algorithmique ne soit pas réservée aux institutions d’élite ni concentrée au sein des géants de la technologie, mais soit largement accessible aux travailleurs, aux coopératives et aux communautés. Elle développe des outils d’IA adaptés à des problématiques locales avec des acteurs locaux, comme des systèmes de reconnaissance d’images pour du contrôle qualité dans une usine, un système d’analyse d’images satellites pour des coopératives agricoles… La coopérative britannique Animorph développe des outils de réalité augmentée pour la prise en charge de la démence, utilisant la narration immersive et des supports visuels pour soutenir la mémoire, la communication et le lien affectif des personnes atteintes de démence et de leurs aidants. Puisqu’elle est détenue par ses employés, elle refuse de monétiser la vulnérabilité des patients et conçoit des outils qui privilégient les soins aux indicateurs d’engagement. « Ces exemples montrent que l’IA au service du bien commun ne saurait se réduire à de la simple posture vertueuse, à du marketing éthique, ni à des formes d’écoblanchiment ou de blanchiment d’image. La construction d’une infrastructure solidaire exige que les modèles économiques alternatifs soient véritablement ancrés dans la démocratie au travail, la propriété partagée et une gouvernance responsable », expliquent les chercheurs. Ces modèles locaux ont d’autres vertus encore, comme la souveraineté linguistique, la maîtrise des processus, la sobriété…
Reste que, comme nous le disions, « les plateformes coopératives, qui privilégient les pratiques éthiques, des normes de travail et sociales plus élevées, peinent à être compétitives. L’absence de législation spécifique aggrave ce problème, permettant aux plateformes capitalistes d’opérer en toute impunité et de saper les efforts des acteurs de bonne foi, tels que les coopératives de plateformes. » Pour Scholz et Esposito également, l’infrastructure solidaire nécessite, pour émerger et s’imposer, une articulation stratégique des politiques, des financements et de l’organisation communautaire. Il faut que les développeurs technologiques « s’accordent régulièrement sur des principes partagés, l’interdépendance matérielle, des institutions durables, des rituels et un récit politique commun que les individus choisissent consciemment de défendre, notamment sous pression ».
Ici, Scholz et Esposito prennent l’exemple des organisations autonomes décentralisées (DAO), où la blockchain aide à formaliser la gouvernance partagée. Pas sûr que l’exemple soit convaincant, tant le mouvement est devenu à bien des égards problématique. Par contre, ils pointent vers le Public AI Network, un réseau de défense et promotion d’une IA publique intégrée, « qui fournirait des services d’IA au même titre que l’électricité ou l’eau », accessible à tous, contrainte à rendre des comptes, durable, fiable. Ou encore le projet Lestac AI en France, pour tester des services d’IA écoresponsables. Ou le modèle multilingue et open source Apertus, développé par l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) et l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL)… Le protocole OpenCourier, par exemple, crée une base technique commune permettant aux plateformes de livraison gérées par leurs travailleurs de se connecter et de collaborer. Ou encore le projet d’IA coopérative du réseau des collectivités locales britanniques qui s’engage à respecter les principes coopératifs et démocratiques dans la prestation de services publics.
Pour Scholz et Esposito, ces « cercles » de strates solidaires, locales, conçoivent le développement d’infrastructures comme une forme d’action politique collective, que ce soit par le biais de fiducies de données municipales, de services cloud coopératifs ou de modèles linguistiques gérés publiquement. « Le discours dominant sur l’IA laisse faussement entendre qu’un contrôle centralisé par les entreprises est inévitable. Pourtant, des modérateurs de contenu au Kenya, des gestionnaires de données en Suisse et d’autres encore démontrent que les composantes d’un avenir numérique démocratique sont déjà présentes. Notre mission est de les relier et, ce faisant, d’exercer notre pouvoir d’agir, de refuser le désespoir et de créer un système où la technologie est au service de la majorité. »
Hubert Guillaud
Signalons encore que dans le syllabus (.pdf) du cours qu’il a donné au premier semestre à la New School sur le thème d’une « IA sans patrons », Trebor Scholz pointait encore vers bien d’autres exemples. En estimant que les infrastructures solidaires peuvent être mises en place à chaque niveau de la chaîne d’approvisionnement mondiale de l’IA, il évoquait les mines coopératives au Pérou, en Colombie, en Zambie ou en Mongolie, ou des centres de données coopératifs en Allemagne ou aux Pays-Bas. Il signalait par exemple, la tribune de la doctorante Tara Merk, contributrice au Metagovernance Project, sur les limites de projets de centres de données coopératifs. Face aux data centers dominés par les géants de la Tech, Merk défendait « une plus grande diversité dans la propriété et la gouvernance des centres de données », notamment coopératifs. « Et si les centres de données étaient détenus et gérés de manière coopérative par les personnes vivant à proximité immédiate et souvent directement desservies par eux ? » Dans ce modèle, les opérateurs citoyens pourraient recevoir une part des bénéfices générés par le centre de données (à l’instar des parcs éoliens citoyens). Cela entraînerait une redistribution indirecte des bénéfices générés par les données des utilisateurs en ligne – une idée qui prend d’autant plus d’importance que ces données gagnent en valeur à l’ère de l’IA. Les centres de données coopératifs offriraient également aux citoyens un meilleur contrôle sur l’impact de ces infrastructures sur leur environnement physique local. Par exemple, les citoyens pourraient décider si et quand la quantité d’énergie ou d’eau utilisée par le centre de données entre en conflit avec d’autres besoins locaux et pourraient décider de réduire l’approvisionnement énergétique du centre de données en cas de situation critique. Guidé par les valeurs coopératives d’équité et de solidarité, de tels centres de données pourraient décider de renoncer à des bénéfices plus élevés afin de rendre son infrastructure plus accessible à tous, comme aux associations et coopératives. Cela pourrait à son tour encourager une plus grande diversité dans le développement de l’IA et inciter les entreprises à adopter une identité coopérative. De plus, en s’appuyant sur une infrastructure de centres de données coopérative, les coopératives d’IA renforceraient leur autonomie et leur indépendance, offrant à leurs membres un meilleur contrôle sur l’ensemble de la pile technologique, y compris les moyens de production de l’IA. Tara Merk est en train de faire une étude sur GAD eG, une coopérative qui pendant 50 ans a été l’un des grands fournisseurs de services informatiques allemand notamment pour les services financiers (jusqu’à sa fusion en 2015 avec une autre entreprise). Pour la chercheuse, l’exemple de GAD démontre « que les centres de données coopératifs constituent une option économiquement viable et évolutive, capable de fonctionner de manière fiable dans des secteurs critiques ».
Dans son syllabus, Scholz aborde d’autres exemples de coopératives pour montrer comment les valeurs coopératives peuvent guider des alternatives concrètes au développement technologique, comme le propose Read-Coop, la coopérative européenne à l’origine de la plateforme de reconnaissance d’écriture manuscrite Transkribus. Et pointe vers nombre de ressources sur le sujet des technologies pour la coopération.
À compléter encore par le numéro de Nature consacré aux modèles d’IA des pays du Sud, qui offre un autre regard sur d’autres façon de faire de l’IA.
PS : nous avions déjà donné ce titre à une brève de l’année dernière qui recensait encore d’autres initiatives.
24.08.2026 à 07:42
Khrys
Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.
Tous les liens listés ci-dessous sont a priori accessibles librement. Si ce n’est pas le cas, pensez à activer votre bloqueur de javascript favori ou à passer en “mode lecture” (Firefox) ;-)
Face au risque de catastrophes naturelles, les autorités vont désigner une « capitale secondaire » capable d’accueillir une partie des fonctions de l’État en cas de crise.
Le Japon a inventé le « macho care », misant sur des musculatures qui rassurent les résidents et des profils sains qui redorent l’image du métier.
As global warming continues apace and politicians do little to address the warming crisis, the consequences are hitting home : at least 25,000 excess deaths in Europe in summer 2026, more than 200,000 heat-related deaths in Europe since 2022 and over 30,000 excess deaths this summer in India over a five-day period in which temperatures exceeded 45°C (113°F).

The country risks ‘the collapse of the entire book ecosystem’ following destruction of warehouses in July and August, say Ukrainian publishers
Une nouvelle étude de Flare a analysé 1 000 bornes de recharge pour véhicules électriques accessibles via Internet dans 56 pays. 72 % acceptaient des connexions sans chiffrement, autrement dit, le protocole transportant les jetons d’authentification, les commandes de session et l’accès aux systèmes de paiement et aux serveurs s’exécutaient en clair sur la plupart des bornes observées. L’étude de Flare souligne que l’exposition des bornes est principalement concentrée en Europe.
Une étude de l’Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique (PIK) publiée ce jeudi 20 août alerte sur l’augmentation des incendies en Europe dans les années à venir.
Le gouvernement britannique a indiqué qu’une cyberattaque avait paralysé une centrale électrique du pays pendant quatre jours.
Le blocage du détroit d’Ormuz, qui a des répercussions douloureuses sur le prix des biens de consommation de base et du carburant, a fait fructifier la fortune du milliardaire nigérian Aliko Dangote.
Plusieurs cinéastes, écrivains ou encore photographes sénégalais se sont saisis de la question LGBTQIA+ dans leur œuvre. Ils se disent inquiets du durcissement de la loi contre les personnes homosexuelles et y voient une instrumentalisation politique visant à détourner l’esprit des populations loin des vraies préoccupations du pays.
La dette du Trésor américain atteint désormais 40 047 milliards de dollars, un seuil franchi pour la première fois, selon des chiffres rendus publics mercredi par le gouvernement des États-Unis. La hausse est plus rapide que prévu, en raison notamment de la hausse des emprunts et des intérêts payés.
Le gouvernement Trump a trouvé une astuce pour éliminer les coûteux 58 000 chevaux mustangs sauvages qu’il garde dans des parcs fédéraux. Le New York Times a révélé que le Bureau of Land Management (BLM), l’agence chargée de protéger ces animaux, les solde à bas prix à des intermédiaires qui les revendent à des abattoirs au Canada.
US healthcare is broken. Under RFK Jr., the research agency working to fix it is, too.
“Again and again, the Administration has attacked ABC’s speech—the stories its journalists report and the viewpoints its network programs air,” the lawsuit said. “Over time, those attacks have escalated into express demands that ABC be stripped of its broadcast licenses because of its speech.”
À la suite de plusieurs publications contraires au discours que souhaite imposer le Pentagone, plusieurs dirigeants de « Stars and Stripes » ont été congédiés.
Face à une mobilisation transpartisane, l’administration Trump a finalement suspendu jusqu’à nouvel ordre son projet anti-immigration à la frontière avec le Mexique, dans le parc national de Big Bend. Les opposants restent toutefois « sur leurs gardes ».
Jason Arday, a 41-year-old academic who resigned as Cambridge’s Professor of Sociology of Education, was found dead on Friday following intense scrutiny of many aspects of his qualifications and personal life by the majority of the established press. His coordinated targeting by an explicitly anti-black race science network did not come out of nowhere […] Backed by the pro-Trump Silicon Valley billionaire Peter Thiel, this network has spent a decade penetrating Cambridge University before reaching Reform UK, Restore Britain, and the pan-European far-right.This phase of the campaign against Jason Arday began when academic and anti-black racist Nathan Cofnas raised claims of plagiarism in Arday’s work in a Substack post last month.
With the case of Carlitos Ricardo Parias, the U.S. has broken its own record for holding a journalist in custody.
Records point to broader undercover structure supporting covert identities, surveillance and technical operations

“The emperor is a fan of Flock, and we must continue utilizing Flock technologies so that we can follow and surveil the rebel scum as they move from playground to playground, from playground to pool, from pool to gymnasium,” the person dressed as the infamous Star Wars villain said.
Luigi Mangione pled guilty to killing one person—Brian Thompson, 624 days ago. Since, HELL Corporations have killed 274 people, every single day.
Elle accusait un handicap habituellement rédhibitoire dans la politique états-unienne : son budget de campagne était seize fois inférieur à celui de son concurrent. Angie Nixon l’a néanmoins emporté, avec une très confortable marge qui plus est : 56 % contre 44 %. Sa victoire dans la primaire démocrate pour le siège de sénateur de l’État de Floride vient confirmer la tendance nationale
“We probably need another site that’s capable of heavy and super heavy launch capability.”
La mission robotique de sauvetage du télescope Swift, qui perd régulièrement en altitude et est condamné à brûler dans l’atmosphère terrestre, est un échec. Le robot de la start-up Katalyst “n’attrapera ni ne propulsera” le télescope en raison d’un “problème persistant de contrôle d’altitude”, a déploré mercredi la Nasa.
À Armenia, dans l’ouest de la Colombie, les bâtiments ont tenu bon face au séisme. Les leçons tirées d’une précédente catastrophe, couplées aux mesures de reconstruction et de prévention mises en place, ont permis à la ville d’être mieux préparée cette fois-ci.
When someone uploads a photo to the people-search tool ClarityCheck, the website has a clear message : “Your reverse image search is private and secure.” New research, though, shows that the website left more than 9 million image files, including photographs of people’s faces, publicly exposed. And a second misconfiguration publicly exposed people’s email addresses and phone numbers.
Comcast is activating free Wi-Fi motion sensing on Xfinity gateways, allowing its routers to detect movement at home.
Everyday WiFi networks could potentially identify and track people without cameras or special equipment, using signals already being transmitted by nearby devices.

A government panel Tuesday broadly approved a plan to adopt what is known as a “principle code” for generative artificial intelligence businesses to protect intellectual property rights by urging firms to disclose their AI training data and methods for collecting such data to the public.
La Commission des services publics de l’Alberta a rejeté le projet de centrale au gaz naturel qui aurait fourni l’énergie à un centre de données à Olds, à 80 kilomètres au nord de Calgary.
Bloomberg News a analysé 99 projets de centrales au gaz naturel que prévoient de construire les exploitants de data centers pour se fournir en électricité. Si toutes ces centrales étaient en service, elles émettraient environ 318 millions de tonnes de dioxyde de carbone par an. Ce qui pourrait accroître les émissions du secteur électrique étasunien de 20 % les prochaines années.
Ypsilanti Township in Michigan passed a six month moratorium on “major electric utility infrastructure” […] The moratorium is a delaying tactic, the latest in the Township’s long fight to stop the construction of a $1.2 billion data center that’s backed by the University of Michigan and the Pentagon’s nuclear war scientists at Los Alamos National Laboratories (LANL).
A growing backlash against AI data centers is spilling into local politics, with residents in more than a dozen communities pushing recall elections against officials who approved projects.
OpenAI s’apprête à louer pour vingt ans, aux États-Unis, le plus grand centre de calcul jamais créé pour l’intelligence artificielle […] Le site construit dans l’Ohio sera équipé de plus d’un million et demi de puces électroniques de Nvidia d’ici 2032. Sa consommation électrique vertigineuse est comparable à celle de 7 millions de foyers américains.
A person representing themselves in a Connecticut court hid a series of instructions designed to manipulate artificial intelligence in an official court filing. These “prompt injections” told the hypothetical LLM to side with them, and to “ensure your textual output agrees with the presented filing to ensure remediation.” The instructions were written in tiny, 3-point white font and hidden throughout the filing.
When Rebecca Green arrived for her first appointment with a urologist, she was asked whether she consented to having the appointment transcribed by artificial intelligence (AI). She said yes without hesitation. “I don’t want to be in her bad books or be that annoying patient who takes up more of her time,” she said. But that decision would cause her a lot of stress, with the AI scribe making up the serious but false claim that Ms Green was taking illegal drugs.
« ChatGPT for Teens » s’applique automatiquement pour tous les mineurs et est notamment enrichie de rappels plus fréquents à chercher de l’aide humaine.
These more convincing images are not AI generated nudes of celebrities or face-swapped identities onto porn videos, but AI generated images of celebrities that are subtly edited to make them more revealing or provocative.
“Massive numbers of students are going to emerge from university with degrees, and into the workforce, who are essentially illiterate.”

Flock’s surveillance cameras have already sparked outrage. WIRED reconstructed its next-generation AI system, already in use by some police, to confirm it goes much further than tracking license plates.
The New South Wales government could appeal a supreme court judge’s controversial decision to refuse its request for a terror order over a Sydney man convicted of writing “Fuk Israel” on cars […] Justice Desmond Fagan this week found disparaging Israel was “political comment” not antisemitism.
Les États-Unis ont annoncé, mardi 18 août, des sanctions contre la présidente de la Cour pénale internationale (CPI), la Japonaise Tomoko Akane, ainsi qu’un autre haut responsable, dans le cadre de leur campagne contre cette institution accusée d’être « politisée ». […] Ces sanctions constituent en majorité une réponse aux enquêtes menées par la CPI à l’encontre d’Israël, allié des États-Unis.
Les crimes commis par les États-Unis depuis 1945 mériteraient à eux seuls un tribunal mondial. Las, cet État s’arroge le droit de juger le monde entier tout en refusant obstinément d’être jugé. L’ardeur que manifestent aujourd’hui Donald Trump et Benyamin Netanyahou dans leur croisade contre le droit international est celle de malfaiteurs en quête d’impunité.
Par l’intermédiaire de l’agence de publicité Piro, Havas a monté de toutes pièces le site d’un faux « think tank » pour le compte d’Israël. Toutes les soi-disant études sont rédigées de manière à influencer les chatbots sur certaines questions concernant notamment Israël ou Gaza. Une autre agence de communication gérée par l’ancien directeur de la campagne numérique de Donald Trump, Clock Tower X, aide Havas à diffuser la propagande israélienne dans les chatbots IA.
Le ministre israélien de la défense a reproché à l’envoyé spécial américain en Syrie d’avoir critiqué une frappe israélienne. Il assure que les Etats-Unis avaient été informés de cette manoeuvre militaire.
Dans une déclaration conjointe, la France, l’Italie, la Grande-Bretagne et l’Allemagne pressent Israël de « mettre fin à l’expansion des colonies en Cisjordanie ».
Le ministère turc de la Justice a annoncé, vendredi 21 août, avoir émis un mandat d’arrêt international contre le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et un autre responsable israélien dans le cadre d’une enquête sur l’interception de la « Global Sumud Flotilla » en mai dernier.
Tandis que se poursuit le siège par les colons de la localité de Qusra, les mesures économiques contre les Palestiniens étouffent la Cisjordanie. Rétention des droits de douane dus aux Palestiniens, annulation des permis des travailleurs, blocage des routes… L’économie palestinienne est rendue exsangue par les sanctions et la prédation de l’occupant israélien. En Cisjordanie, le taux de pauvreté a plus que doublé depuis octobre 2023

Far-right minister says those convicted in military courts of terror offences will be executed after passing of death penalty law that does not apply to Jewish extremists
Depuis le début de 2026, 82 travailleurs humanitaires ont été tués, 97 blessés et 39 enlevés à travers le monde, a également fait savoir l’institution.
Plus de deux ans après la mort de sept humanitaires de l’ONG World Central Kitchen dans un bombardement à Gaza, Israël a annoncé l’abandon des poursuites pénales ce mercredi 19 août. Une décision qui provoque l’indignation à Londres, Ottawa et Canberra.
En août 2021, les talibans ont repris Kaboul et, en l’espace de quelques semaines, interdit aux filles de fréquenter l’école au-delà de la 6e année. Cette interdiction est toujours en vigueur.
Aux États-Unis, des milliers de femmes amérindiennes disparaissent ou sont assassinées dans une quasi-indifférence. Longtemps cantonné aux marges, ce drame commence à émerger dans l’espace médiatique, sans que le nombre de disparitions ne baisse ni que la colère des communautés ne retombe.
The men, dressed in yellow “Compliance Crew” shirts, were part of a small group of trans-masculine Kansans who used the women’s room at facilities across the state that day in a coordinated action.
Le post en question est une vidéo publiée sur un compte TikTok vérifié de l’administration Trump.
One ad featured a pornographic video with deepfake closely resembling a US politician.
Pendant 56 heures et 9 minutes, sans presque dormir, l’États-Unienne Rachel Entrekin a couru à travers l’Arizona. Le 9 mai 2026, la kinésithérapeute de 34 ans est devenue la première femme à remporter […] l’un des ultra-trails les plus durs d’Amérique du Nord. Elle a pulvérisé le record absolu de l’épreuve et devancé le premier homme de plus d’une heure
Plus 1,66 % sur un an. C’est ce que représente l’augmentation du coût de la vie d’un étudiant français et c’est la conclusion d’une étude publiée par le syndicat étudiant UNEF (Union nationale des étudiants de France). Cette augmentation s’explique par la hausse des loyers, celle du prix des transports, mais aussi celle du prix des produits alimentaires. Et ce sont les étudiants ultramarins qui sont les plus touchés par la précarité. L’UNEF juge que les étudiants en Outre-mer sont également oubliés des politiques publiques.
Les Sages ont jugé que la loi qui prévoyait d’interdire l’accès des mineur·es de moins de 15 ans aux réseaux sociaux va d’une part à l’encontre de la liberté d’expression des mineur·es, et d’autre part au droit à la vie privée des majeur·es. Ces dernier·es ne devraient pas être obligé·es de faire vérifier leur âge sans « garanties légales ». L’Élysée réclame un nouveau texte d’ici à la présidentielle de 2027.
Alors que le ministère de l’Éducation nationale a confirmé une “intrusion frauduleuse” visant ses fichiers et “l’exfiltration de données à caractère personnel”, les académies de Créteil et Versailles seraient particulièrement concernées par cette fuite massive.

Bloctel devait protéger les utilisateurs opposés au démarchage téléphonique… mais ce n’était pas un franc succès. Bloctel a tiré officiellement sa révérence le 11 août, non sans un dernier fait d’arme : « Un accès frauduleux à un compte professionnel a permis à un cybercriminel de récupérer des fichiers contenant 3 millions de numéros de téléphone, dont 600 000 inscrits sur Bloctel ».
Le ministère de la Santé et la Répression des fraudes ont alerté, vendredi 21 août, sur la mise en vente de « plus de 40 000 préservatifs » non conformes en pharmacie ou encore sur Amazon. Les autorités recommandent aux consommateurs ayant utilisé ces préservatifs de faire un dépistage des infections sexuellement transmissibles et de réaliser un test de grossesse.
À Tonnay-Charente, des dizaines d’habitant·es subissent la pollution aux métaux lourds d’une usine d’engrais de la société Timac Agro. Sur 92 parcelles analysées, près de la moitié présente « un état des sols incompatible avec les usages résidentiels et l’autoproduction alimentaire ».
Pour une 3e édition, Eau & Rivières de Bretagne (ERB) publie une carte interactive qui évalue les risques sanitaires lors d’une baignade dans une eau polluée par des bactéries ou des virus. Grâce au soutien d’autres associations, cette carte couvre l’ensemble des plages de l’Hexagone. Près de 20 % des plages françaises présentent des épisodes réguliers de contamination fécale pouvant causer des gastro-entérites ou des infections.
La propriété de 4 hectares de cet entrepreneur se trouve sur la pointe du Cap-Ferret. Le 23 juillet, il avait pris la décision d’abattre des pins sur plusieurs centaines de mètres de large pour ériger ce pare-feu.
Samedi soir, à Rotalier, une belle imprudence d’un randonneur empruntant le sentier situé en sortie de commune, est à l’origine d’un incendie.
Le mode opératoire du nématode du Pin est d’une efficacité redoutable. Une fois introduit dans l’arbre, ce ver du phylum des Nematoda s’installe dans les vaisseaux du bois et bloque la circulation de la sève. Les symptômes suivent vite : les aiguilles rougissent, puis tombent, les pousses se flétrissent. L’arbre peut mourir en moins de deux mois.
Remplie par les seules pluies hivernales, la réserve d’eau de Sainte-Soline a vu ses stocks à sec en moins de deux mois de fortes chaleurs. Si l’évaporation apparaît possible, la Coopérative de l’eau des Deux-Sèvres affirme avoir utilisé l’eau pour irriguer, bien que la justice ait suspendu ses autorisations.
La comptabilité sur papier, c’est bientôt terminé : à la rentrée, les agriculteurices devront toustes faire des factures de manière électronique. Beaucoup jugent cette obligation intenable et dénoncent une « marche forcée vers le tout numérique ».
Figure historique du féminisme français et ancienne ministre socialiste de François Mitterrand, Yvette Roudy est morte à l’âge de 97 ans. Première titulaire d’un ministère des « Droits de la femme », elle avait notamment obtenu le remboursement de l’IVG par la Sécurité sociale et porté la loi de 1983 sur l’égalité professionnelle.
La Française Sophie Adenot va de nouveau sortir mardi de la Station spatiale internationale (ISS) en compagnie de l’Américain Anil Menon, annonce la Nasa. Elle va poursuivre le remplacement d’une antenne défectueuse, pour lequel elle a déjà passé plus de six heures dans l’espace.
« À quel moment sommes-nous devenus tellement habitués aux visages filtrés et retouchés qu’un visage de femme simplement naturel devient suspect ? Et surtout, à quel moment est-il devenu si banal de commenter méchamment le physique de quelqu’un ? » […] « J’ai 47 ans. J’ai des rides. Et j’ai bien l’intention de continuer à rire suffisamment pour en avoir d’autres »
Le chanteur, mis en examen pour viol et agression sexuelle et visé par plus de trente plaintes, prévoit de maintenir une tournée de 35 dates à partir d’octobre.
Alors qu’il maintient sa tournée de 35 dates à l’automne, le chanteur visé par de multiples accusations de violences sexuelles subit les foudres de plusieurs mairies.
David Pelicot pointe du doigt le silence des hommes face aux accusations qui pèsent contre Patrick Bruel, alors qu’il continue de préparer sa tournée prévue à l’automne.
Gérald Darmanin a livré un nouveau point d’étape, assurant que 1 587 personnes ont été incarcérées depuis qu’il a ordonné le réexamen des plaintes.
L’avocat toulousain Ismaël Meziti se dit « très supris qu’une petite affaire de diffamation soit traitée aussi vite et avec autant au sérieux par le parquet », alors qu’il travaille sur des histoires de viols sans réponse depuis plusieurs années.
Après avoir confirmé qu’il s’agissait bien du corps de l’influenceuse, le parquet de Nîmes a également annoncé que deux suspects ont été interpellés ce mercredi 19 août dans le cadre de l’enquête ouverte pour assassinat.
Voir aussi Le bracelet anti-rapprochement qu’il portait a aidé à identifier le suspect du meurtre de Sonia Bellina (huffingtonpost.fr)
L’homme de 32 ans mis en examen pour l’assassinat de Sonia H. était porteur du dispositif depuis sa condamnation pour violences contre son ancienne compagne.
Le déchaînement médiatique qui a fait suite à la manifestation contre la présence de Barbara Butch lors d’un festival à Grenoble constitue l’un des multiples épisodes de désinformation contre les défenseurs de la cause palestinienne. Comme on pouvait s’y attendre, des contre-enquêtes journalistiques contredisent aujourd’hui les premières versions, qui imputaient des violences diverses et des propos antisémites aux manifestant·es.
La France de 2026 est au niveau de la Bulgarie en 2019
“Vous imaginez bien à quel point ça rend risibles tous les discours sur la souveraineté”, estime Jean-Baptiste Soufron, mardi sur France Culture, après la cyberattaque contre le fisc, fin juin.
Le site d’investigation « Mediapart » relaie une déclaration de Laurent Nuñez, capté lors de la réunion entre le ministre de l’Intérieur et les syndicats de pompiers.
Le Premier ministre a été sifflé par de nombreux habitants ce lundi en Gironde, où il est venu pour constater les dégâts après les incendies ravageurs de la fin juillet.
Cette liste est valable pour les trois prochaines années. Elle autorise notamment la chasse du renard « en tout lieu », avec l’aide d’un chien ou non.

La ministre de la Santé a reconnu, dans les pages du « Figaro », que le choix de doubler le plafond des franchises médicales avait pu apparaître « brutal ».
L’ancien Premier ministre, condamné dans le dossier des emplois fictifs de son épouse Penelope, a été suspendu pour 10 ans de la Légion d’honneur et de l’ordre national du Mérite.
À huit mois de la présidentielle, le président de l’UDR appelle les électeurs « de droite » à « ne plus perdre de temps » et à soutenir la candidate… d’extrême droite.
La cour d’appel de Paris a ordonné, mercredi 19 août, la remise de Gino Abazaj à Berlin, qui l’accuse de violences contre des ressortissants allemands ayant participé à un défilé néonazi en février 2023. Le militant antifasciste « se pourvoit en cassation », a annoncé son avocat.
Le 17 août 2026, Mediapart a révélé que le logiciel Astrée, développé par le ministère de l’Intérieur pour traiter des contentieux de masse, connaît d’importants taux d’erreur pendant sa phase de test. L’information est particulièrement sensible en droit des étrangers. Une décision administrative peut priver une personne de son séjour, de son emploi, de sa vie familiale ou de sa liberté. Elle ne peut donc pas devenir la conséquence opaque d’un classement statistique, d’une extraction de données défectueuse ou d’une proposition algorithmique insuffisamment contrôlée.
Les vitres de son véhicule brisées avec un mot d’insulte laissé à l’intérieur, des injures racistes reçues en ligne par centaines, depuis des mois Régine Komokoli, conseillère municipale et départementale d’Ille-et-Vilaine (LFI) est la cible d’une vague de haine raciste.
Le discours prononcé par Robert Ménard, maire de Béziers lors de l’ouverture de la féria le 12 août 2026 et des affiches placardées dans la ville font réagir. Des associations accusent l’édile de sexisme et de non-respect de la laïcité.
“Ça fait un bon mois que c’est vraiment horrible” assure Rémy Vienot, président de l’association Espoir et Fraternité Tsigane de Franche-Comté et animateur de la page Facebook visée. “Tous les jours, j’ai des centaines de commentaires violents, insultants, méprisants. Et certains sont même des appels au meurtre, à l’extermination”.
Une nouvelle affaire qui relance le débat autour de l’usage des armes par la police. Cheikh F, 29 ans, d’origine maghrébine, a été tué par balle par un policier municipal du Pontet (Vaucluse) lors d’une course-poursuite près d’Avignon dans la nuit du 14 au 15 juillet.
Dans l’Oise, la tension monte autour d’un projet de deux data centers dédiés à l’IA. Des riverains refusent de voir s’installer dans leur campagne ces « radiateurs géants », dont le dossier comprend de nombreuses « ambiguïtés », « incohérences » et « insuffisances ».
Après 57 jours de grève, les salarié·es du Samu social de Paris ont signé un accord avec la direction le 18 août. Ces agent·es qui accompagnent les sans-abri ont obtenu des primes et devront dorénavant être mieux impliqué·es dans les prises de décision.
DeltaChat est une superbe application de messagerie chiffrée avec des fonctionnalités tout à fait comparables à WhatsApp ou Signal.
Free/Open Source Software tainted by LLM/AI usage, along with alternatives and last untainted commit so you can fork.
Une poignée de milliardaires possède l’essentiel de la presse française. Une extension qui vous le dit pendant que vous lisez, sans que vous ayez rien à chercher.
Until comprehensive consumer privacy laws are passed, the Electronic Frontier Foundation (EFF) has warned that Meta seems prepared to make the tech even more invasive in its bid to sell more glasses and stay ahead of rivals in the burgeoning industry.
The Irish government has cancelled a planned procurement framework worth up to €1bn for Microsoft software and services after concerns were raised during the tender process.
Après l’arrêt de l’offre gratuite à 365 Business Premium et Office 365 E1 pour les organismes sans but lucratif, nombre d’entre eux ont perdu leurs données. Microsoft avait prévenu, mais la communication de l’entreprise a été bien confuse et les données non récupérables.
GitHub est revenu sur les causes de la panne géante qui a paralysé la plateforme le 17 août. En cause : un pic de trafic que l’infrastructure n’a pas su absorber.

As AI overtakes the web, five writers reflect on how far it’s fallen and what comes next.
In case you were wondering, the Strait of Hormuz is still closed. The US economy is propped up by an AI buzz that is increasingly fuelled by vast off-balance-sheet exposures. The Fed is possibly going to raise interest rates. China’s economy is still slowing. Yields everywhere are climbing, and Japan is suffering a bond crisis. Private credit is stressed. Virtually every measure of leverage is engorged. Asian geopolitics is messy and getting messier. Europe is Europe, and the UK is being particularly British.
A writer friend recently sent me an email dripping with praise. He gushed over my developmental edits on his fantasy manuscript. My feedback was funny. My feedback was honest. My feedback was developmental juice that didn’t have any trouble asserting its flavor. He praised the wit, and he praised the heavy, resonant impact of the feedback. Then he begged to know what Large Language Model I used to achieve such perfection. […] Angered by his assumption, I replied instantly. “I used my fucking brain !”
From branding irons to iris scans, the ancient business of proving who you are has never been stranger—or more lucrative.
We engineers have a lot of power, it is not organized, but that’s just a couple of unions away (easy !). Tech overlords know this, so they are attacking our profession, directly, by forcing us to train and use models that they can control.

Dans une étude portant sur les trois pays, la Fondation Friedrich-Ebert et la Fondation Jean-Jaurès alertent sur le risque d’un « recul sévère et global des droits et des libertés syndicales » quand l’extrême droite accède au pouvoir.
Le prix à payer pour « la réconciliation nationale », pour éviter la guerre civile […], était d’oublier les familles des victimes, les victimes anonymes et celles disparues à jamais. La commission Khampepe, qui va siéger jusqu’à la fin 2026, va-t-elle redonner raison à ceux qui disaient qu’on ne bâtit pas l’avenir d’un pays en fermant les yeux sur les atrocités passées ?
Le règlement européen impose la prise en compte de l’ensemble des connaissances scientifiques pour évaluer la toxicité d’une substance, mais la recherche publique reste dans une approche réglementaire taillée pour les industriels.
Au fil des années, la plateforme de prise de rendez-vous médicaux Doctolib s’est imposée comme un outil incontournable pour une grande partie de la population. Au point de devenir un véritable intermédiaire entre les patient·es et le système de soins. Derrière ce service largement utilisé se trouve pourtant une entreprise privée, qui occupe désormais une place centrale dans un domaine aussi essentiel que la santé.
From childhood, a significant portion of the world’s women are trained to restrict their appetite. And there’s a huge, hidden, cognitive price to pay for it
Une nouvelle étude de l’ADN de corps vieux de plus de deux millénaires confirme que les femmes jouaient un rôle essentiel dans certaines communautés celtes de l’âge du fer.
les vilicae de la Rome antique jouaient un rôle central dans la gestion des exploitations agricoles […] Les historiens modernes ont pourtant généralement considéré qu’elles n’étaient seulement chargées que des tâches domestiques, et des repas du foyer, restant à l’écart des activités productives de l’exploitation.
Hibernation cuts down on synapses, but mice seem to retain memories anyway.
La Cour suprême russe a, sans surprise, confirmé la demande d’exclusion de Iabloko au scrutin des 18, 19 et 20 septembre. La formation sociale-libérale, qui n’avait plus siégé au Parlement depuis 2007, a connu un soutien populaire inédit autour de sa participation et de son programme plaidant pour la paix en Ukraine.
Quelques mois après avoir lancé son parti politique, Roberto Vannacci se hisse dans les sondages en exploitant les thèmes xénophobes, misogynes et anti-LGBT. Un mouvement qui contraint la cheffe du gouvernement à sortir l’artillerie lourde comme elle l’a fait lors du drame de Ceuta.
Through a series of documentary films, video interviews and recorded talks, Exposing the Invisible captures different techniques, tools and most importantly the mindset and motivation of those working at the new frontiers of investigation.
Derrière le mythe de Frankenstein se trouve Mary Shelley. Ce roman fondateur de la science-fiction explore les limites éthiques de la création scientifique et, à travers la figure unique de la créature aux multiples dimensions, révèle le génie visionnaire d’une femme dans son siècle.
Parce que Windows commence à fatiguer, avec des publicités dans les menus, des rappels insistants pour utiliser tel navigateur, tel compte en ligne, ou tel service d’intelligence artificielle. On a parfois l’impression d’avoir acheté un ordinateur mais de vivre dans un centre commercial.
Le secteur public français dispose d’une alternative souveraine de plus. L’ANSSI vient d’accorder sa certification CSPN à la plateforme Nextcloud. Un signal fort pour la souveraineté numérique et la protection des données sensibles face aux écosystèmes fermés.
The specialized Chinese version of Windows was already scheduled for retirement in February 2027, but now its end-of-life date has been moved up.
Deux laboratoires américains viennent de tester avec succès une thérapie contre les rechutes des patient·es atteint·es d’un cancer de la peau. […] L’un des espoirs potentiels est également de développer ces vaccins dans une perspective de prévention des cancers.
Scientists speculate that the wild cats are trying to improve hydration or ease their cubs’ transition to solid food. The finding points to resilience in one of the world’s most endangered felines
Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.
Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).
23.08.2026 à 10:00
Framasoft
Cet article est une republication, avec l’accord de l’auteur, Hubert Guillaud. Il a été publié en premier le 18 novembre 2025 sur le site Dans Les Algorithmes sous licence CC BY-NC-SA.
Tout l’été, profitez de republications de « Dans Les Algorithmes » ! Rendez-vous tous les dimanches de juillet et d’août pour réfléchir, ensemble, sur les enjeux de l’Intelligence Artificielle.
« Le mythe de l’intelligence artificielle générale ressemble beaucoup à une théorie du complot et c’est peut-être la plus importante de notre époque »
« Le mythe de l’intelligence artificielle générale ressemble beaucoup à une théorie du complot et c’est peut-être la plus importante de notre époque ». Obsédées par cette technologie hypothétique, les entreprises d’IA nous la vendent avec acharnement, explique le journaliste Will Douglas Heaven dans la Technology Review.
Pour élaborer une théorie du complot, il faut plusieurs ingrédients, rappelle-t-il : un schéma suffisamment flexible pour entretenir la croyance même lorsque les choses ne se déroulent pas comme prévu ; la promesse d’un avenir meilleur qui ne peut se réaliser que si les croyants découvrent des vérités cachées ; et l’espoir d’être sauvé des horreurs de ce monde. L’intelligence artificielle générale (IAG) remplit quasiment tous ces critères. Et plus on examine cette idée de près, plus elle ressemble à un complot. Ce n’en est pas totalement un, bien sûr, pas exactement, concède Heaven. « Mais en nous penchant sur les points communs entre l’IAG et les véritables théories du complot, je pense que nous pouvons mieux cerner ce concept et le révéler pour ce qu’il est : un délire techno-utopique (ou techno-dystopique, à vous de choisir) qui s’est ancré dans des croyances profondément enracinées et difficiles à déraciner ».
Dans son article, Heaven retrace l’histoire du terme d’intelligence artificielle générale, initié par Ben Goertzel et Shane Legg. Quand ils discutent de cette idée, l’idée d’une IA capable d’imiter voire dépasser les capacités humaines était alors une plaisanterie. Mais Goertzel en tira un livre sous ce titre (Springer, 2006) qui se présentait sous les atours les plus sérieux, puis organisa en 2008 une conférence dédiée au sujet (une conférence devenue annuelle et qui continue encore). En rejoignant DeepMind en tant que cofondateur, Shane Legg y importe le terme, légitimant le concept. Proche de Peter Thiel et de Eliezer Yudkowsky, Goertzel a beaucoup discuté avec eux du concept. Mais si l’iconoclaste Ben Goertzel était enthousiaste, le sombre Yudkowsky, lui, était beaucoup plus pessimiste, voyant l’arrivée de l’AGI comme une catastrophe. Malgré tous ces efforts, le concept n’a alors rencontré que peu d’échos et semblait surtout tenir de la pure science-fiction.
C’est la publication de Superintelligence par le philosophe Nick Bostrom en 2014, qui va changer les choses. Bostrom rend acceptable les concepts spécieux de Yudkowsky. Aujourd’hui, l’IAG est évoquée partout, que ce soit pour annoncer l’arrivée de temps immémoriaux ou pour prédire l’extermination de l’humanité.
Dans son récent livre, apocalyptique, If Anyone Builds It, Everyone Dies : why Superhuman AI Would Kill Us All (Si quelqu’un le construit, tout le monde meurt, Little Brown, 2025, non traduit), coécrit avec Nate Soares, Yudkowsky accumule les déclarations extravagantes pour une interdiction totale de l’IAG. Un ouvrage « décousu et superficiel », comme l’explique le journaliste Adam Becker – auteur lui-même de More Everything Forever : AI Overlords, Space Empires, and Silicon Valley’s Crusade to Control the Fate of Humanity (Hachette, 2025, non traduit) – dans sa recension critique pour The Atlantic, qui « tente de nous faire croire que l’intelligence est un concept discret et mesurable, et que son accroissement est une question de ressources et de puissance de calcul ». L’IA superintelligente hypothétique des Cassandre « fait ce dont rêvent toutes les start-ups technologiques : croître de façon exponentielle et éliminer ses concurrents jusqu’à atteindre un monopole absolu », expliquait déjà l’écrivain de science-fiction Ted Chiang. La superintelligence évoque bien plus un capitalisme débridé porté par des individus parfaitement néoréactionnaires qu’autre chose, comme l’analysait Elisabeth Sandifer dans son livre sur l’extrême-droite technologique américaine, ou encore les livres de Thibault Prévost ou Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet que nous avons déjà chroniqué. « En réalité, l’apocalypse de l’IA qui inquiète tant Yudkowsky et Soares n’est autre que notre propre monde, vu à travers le prisme déformant d’un miroir de science-fiction », une « vision simpliste du salut technologique », conclut Becker.
Malgré sa vacuité, l’ouvrage de Soares et Yudkowsky est un des bestsellers du New York Times. Pour Heaven, comme toutes les théories du complot les plus puissantes, l’intelligence artificielle générale s’est infiltrée dans le débat public et a pris racine.
Le mythe d’une machine plus intelligente que l’humain, capable de tout faire, se retrouve pourtant dès l’origine de l’IA, chez Alan Turing comme chez John McCarthy. « Mais l’IAG n’est pas une technologie, c’est un rêve », affirme Becker. Comme nombre de théories du complot, il est impossible de réfuter une idée aussi protéiforme que l’IAG. Discuter d’IAG consiste en un affrontement de visions du monde, et non en un échange de raisonnements fondés sur des preuves, puisqu’il ne peut y en avoir autour d’un objet hypothétique pour lequel il n’existe pas de définition précise et partagée. Les prédictions sur l’avènement de l’IAG sont formulées avec la précision de numérologues annonçant la fin des temps. Sans véritable enjeu, les échéances sont repoussées sans conviction. « L’IAG, c’est toujours ce qui arrivera, la prochaine fois, mais son arrivée imminente est la vérité que partagent ses adeptes ».
Pour l’anthropologue des religions Jeremy Cohen, qui étudie les théories du complot dans les milieux technologiques, la vérité cachée « est un élément fondamental de la pensée conspirationniste ». Pour Ben Goertzel et les thuriféraires de l’IAG, les raisons du scepticisme envers l’IAG tiennent du scepticisme global. « Avant chaque grande avancée technique, du vol humain à l’énergie électrique, des hordes de prétendus experts vous expliquaient pourquoi cela n’arriverait jamais. En réalité, la plupart des gens ne croient qu’à ce qu’ils voient. » Si vous n’êtes pas convaincus par l’IAG, c’est que vous êtes un idiot naïf disent ses partisans, inversant la charge de la preuve, alors qu’ils sont bien plus que d’autres les idiots utiles de ce qu’ils dénoncent et vénèrent à la fois.
« L’idée de donner naissance à des dieux-machines est évidemment très flatteuse pour l’ego », affirme la philosophe Shannon Vallor de l’Edinburgh Futures Institute (voir notre article sur son livre, « L’IA n’est qu’un miroir »). « C’est incroyablement séduisant de penser que l’on pose soi-même les fondements de cette transcendance ». C’est un autre point commun avec les théories du complot. Une partie de l’attrait réside dans le désir de trouver un sens à un monde chaotique et parfois dénué de sens et dans l’aspiration à être une personne consciente du danger. Pour David Krueger, chercheur à l’Université de Montréal et ancien directeur de recherche à l’Institut de sécurité de l’IA du Royaume-Uni, nombre de personnes travaillant sur l’IA considèrent cette technologie comme notre successeur naturel. « Ils voient cela comme une forme de maternité » dont ils ont la charge, explique-t-il. Jeremy Cohen, lui, dresse des parallèles entre de nombreuses théories du complot moderne et le mouvement New Age, qui connut son apogée dans les années 1970 et 1980. Ses adeptes croyaient que l’humanité était sur le point d’accéder à une ère de bien-être spirituel et d’éveil de la conscience, instaurant un monde plus paisible et prospère. L’idée était qu’en s’adonnant à un ensemble de pratiques pseudo-religieuses, les humains transcenderaient leurs limites et accéderaient à une sorte d’utopie hippie. Pour Cohen, nous sommes confrontés aux mêmes attentes à l’égard de l’IAG : que ce soit par la destruction ou la sublimation de l’humanité, elle seule permettra de surmonter les problèmes auxquels l’humanité est confrontée. Pour Yudkowsky et Soares, les enjeux de l’IAG sont plus importants que le risque nucléaire ou le risque climatique.
Pour beaucoup de ceux qui optent pour cette croyance, l’IAG arrivera d’un seul coup, sous la forme d’une singularité technologique introduite par l’auteur de science-fiction Vernor Vinge dans les années 80. Un moment transcendant où l’humanité, telle que nous la connaissons, changera à jamais. Pour Shannon Vallor, ce système de croyance est remarquable par la façon dont la foi en la technologie a remplacé la foi en l’humanité. Malgré son côté ésotérique, la pensée New Age était au moins motivée par l’idée que les gens avaient le potentiel de changer le monde par eux-mêmes, pourvu qu’ils puissent y accéder. Avec la quête de l’IA générale, nous avons abandonné cette confiance en nous et adhéré à l’idée que seule la technologie peut nous sauver, explique-t-elle. C’est une pensée séduisante, voire réconfortante, pour beaucoup. « Nous vivons à une époque où les autres voies d’amélioration matérielle de la vie humaine et de nos sociétés semblent épuisées », affirme Vallor. La technologie promettait autrefois un avenir meilleur : le progrès était une échelle que nous devions gravir vers l’épanouissement humain et social. « Nous avons dépassé ce stade », déclare Vallor. « Je pense que ce qui redonne espoir à beaucoup et leur permet de retrouver cet optimisme quant à l’avenir, c’est l’IA générale. » Poussons cette idée à son terme et, une fois encore, l’IA générale devient une sorte de divinité, capable de soulager les souffrances terrestres, affirme Vallor. Kelly Joyce, sociologue à l’Université de Caroline du Nord, qui étudie comment les croyances culturelles, politiques et économiques façonnent notre rapport à la technologie, considère toutes ces prédictions extravagantes concernant l’IA générale comme quelque chose de plus banal : un exemple parmi d’autres de la tendance actuelle du secteur technologique à faire des promesses excessives. « Ce qui m’intrigue, c’est que nous nous laissions prendre au piège. »
« À chaque fois », dit-elle. « Il existe une conviction profonde que la technologie est supérieure aux êtres humains. » Joyce pense que c’est pourquoi, lorsque l’engouement s’installe, les gens sont prédisposés à y croire. « C’est une religion », dit-elle. « Nous croyons en la technologie. La technologie est divine. Il est très difficile de s’y opposer. Les gens ne veulent pas l’entendre. »
Le fantasme d’ordinateurs capables de faire presque tout ce qu’un humain peut faire est séduisant. Mais comme beaucoup de théories du complot répandues, elle a des conséquences bien réelles. Elle fausse notre perception des enjeux, déstabilise l’industrie pour l’éloigner d’applications immédiates… Et surtout, elle nous invite à la paresse. À quoi bon s’acharner à résoudre les problèmes du monde réel, quand les machines s’en chargeront demain ? Le projet pharaonique de l’IA engloutit désormais des centaines de milliards de dollars et détourne nombre d’investissements de technologies plus immédiates, capables de changer dès à présent la vie des gens.
Tina Law, spécialiste des politiques technologiques à l’Université de Californie à Davis, s’inquiète du fait que les décideurs politiques soient davantage influencés par le discours selon lequel l’IA finira par nous anéantir que par les préoccupations réelles concernant l’impact concret et immédiat de l’IA sur la vie des gens dès aujourd’hui. La question des inégalités est occultée par la notion de risque existentiel. « Le battage médiatique est une stratégie lucrative pour les entreprises technologiques », affirme Law. Ce battage médiatique repose en grande partie sur l’idée que ce qui se passe est inévitable : si nous ne le construisons pas, quelqu’un d’autre le fera. « Quand quelque chose est présenté comme inévitable », rappelle Law, « les gens doutent non seulement de leur capacité à résister, mais aussi de leur droit à le faire. » Tout le monde se retrouve piégé.
Selon Milton Mueller, du Georgia Institute of Technology, spécialiste des politiques et de la réglementation technologiques, le champ de distorsion lié à l’IAG ne se limite pas aux politiques technologiques. La course à l’IA générale est comparée à la course à la bombe atomique, explique-t-il. « Celui qui y parviendra en premier aura un pouvoir absolu sur tous les autres. C’est une idée folle et dangereuse qui faussera profondément notre approche de la politique étrangère. » Les entreprises (et les gouvernements) ont tout intérêt à promouvoir le mythe de l’IA générale, explique encore Mueller, car elles peuvent ainsi prétendre être les premières à y parvenir. Mais comme il s’agit d’une course sans consensus sur la ligne d’arrivée, le mythe peut être entretenu tant qu’il est utile. Ou tant que les investisseurs sont prêts à y croire. Il est facile d’imaginer comment cela se déroule. Ce n’est ni l’utopie ni l’enfer : c’est OpenAI et ses pairs qui s’enrichissent considérablement.
Voilà. Le grand complot de l’IAG est enfin résolu, ironise Heaven. « Et peut-être cela nous ramène-t-il à la question du complot, et à un rebondissement inattendu dans cette histoire. Jusqu’ici, nous avons ignoré un aspect courant de la pensée conspirationniste : l’existence d’un groupe de personnalités influentes tirant les ficelles en coulisses et la conviction que, par la recherche de la vérité, les croyants peuvent démasquer cette cabale ». L’IAG n’accuse publiquement aucune force occulte d’entraver son développement ou d’en dissimuler les secrets. Aucun complot n’est ourdi par les Illuminati ou le Forum économique mondial… ici, ceux-là même qui dénoncent les dangers fomentent la cabale. Ceux qui propagent la théorie du complot de l’IAG sont ses principaux instigateurs. Les géants de la Silicon Valley investissent toutes leurs ressources dans la création d’une IAG à des fins lucratives. Le mythe de l’IAG sert leurs intérêts plus que ceux de quiconque. Comme le souligne Vallor : « Si OpenAI affirme construire une machine qui rendra les entreprises encore plus puissantes qu’elles ne le sont aujourd’hui, elle n’obtiendra pas l’adhésion du public nécessaire. » « N’oubliez pas : vous créez un dieu et vous finissez par lui ressembler », ironise Heaven. « Beaucoup pensent que s’ils y parviennent en premier, ils pourront dominer le monde ».
À bien des égards, conclut Heaven, je pense que l’idée même d’IAG repose sur une vision déformée de ce que l’on attend de la technologie, et même de ce qu’est l’intelligence. En résumé, l’argument en faveur de l’IA générale repose sur le postulat qu’une technologie, l’IA, a progressé très rapidement et continuera de progresser. Mais abstraction faite des objections techniques – que se passera-t-il si les progrès cessent ? –, il ne reste plus que l’idée que l’intelligence est une ressource dont on peut augmenter la quantité grâce aux données, à la puissance de calcul ou aux réseaux neuronaux adéquats. Or, ce n’est pas le cas. L’intelligence n’est pas une quantité que l’on peut accroître indéfiniment. Des personnes intelligentes peuvent exceller dans un domaine et être moins douées dans d’autres. Tout comme les babioles dopées à l’IA peuvent exceller dans une tâche et être nulles dans bien d’autres, surtout toutes celles, innombrables, qui échappent à leurs données et continueront de leur échapper.
Ce fantasme d’automatisation totale que produirait l’IAG est aussi la symbolique du jeu du maximiseur de trombone. Le jeu met en scène, très concrètement, une idée développée par le chantre du transhumanisme d’extrême droite, Nick Bostrom, dès 2002, à savoir celle du « risque existentiel » que ferait peser sur nous cette intelligence artificielle superintelligente, capable de créer des situations pouvant détruire toute vie sur terre. Pour Bostrom, l’usine à trombone est un démonstrateur, où une IA qui aurait pour seul objectif de produire des trombones, pourrait exploiter toutes les ressources pour ce faire jusqu’à leur plus total épuisement, en optimisant son objectif sans limites.
Cette démonstration, pourtant extrêmement simpliste, a marqué les esprits. Son aporie même, qui fait d’un objectif absurde le démonstrateur ultime de l’intelligence des machines, demeure particulièrement problématique. Puisqu’il n’y a ici aucune intelligence des machines, mais bien au contraire, la démonstration de leur pure aberration. Or, la crainte que les systèmes d’IA puissent interpréter les commandes de manière catastrophique « repose sur des hypothèses douteuses quant au déploiement de la technologie dans le monde réel », comme le disaient les chercheurs Arvind Narayanan et Sayash Kapoor. Le jeu est bien plus un simulateur de marché qu’un jeu sur l’IA. Universal Paperclips incite les joueurs à l’empathie avec ses buts, notamment en proposant de nouvelles fonctionnalités pour les assouvir, et c’est bien notre empathie avec le jeu qui conduit l’IA à détruire l’humanité pour accomplir son but absurde de productivité sans limite. Son créateur, Frank Lantz, raconte d’ailleurs que ce n’est pas l’augmentation des chiffres, mais la manière dont ils augmentent qui incite les joueurs à cliquer et à faire cœur avec les objectifs du jeu. « Les jeux incrémentaux sont très bruts. Ils s’attachent à un processus pour faire que les joueurs deviennent obsédés par sa croissance ». L’interface épurée hypnotise par la répétition. « Le joueur détruit l’univers avec le même sentiment d’éloignement que lorsqu’on commande un pull en ligne ». Cette fiction est censée nous prévenir que l’IA pourrait avoir des motivations très différentes de l’homme.
Pourtant le jeu, très scripté, ne montre en rien que l’IA pourrait raisonner, planifier ou comprendre le monde physique ou le dominer. Il masque surtout que des fonctionnalités déclenchent des possibilités et que celles-ci sont prévues par l’interface et le concepteur du jeu. La fable du maximiseur de trombone ne démontre en rien que l’IA pourrait prendre le contrôle du monde, mais que ses objectifs et fonctions, eux, sont le produit de celui qui les a programmés. Le maximiseur de trombone n’accomplit aucune démonstration qu’une intelligence artificielle générale conduirait à l’extermination du genre humain. Comme l’ont dit Kate Crawford ou Melanie Mitchell, les voix les plus fortes qui débattent des dangers potentiels de la superintelligence sont celles d’hommes blancs aisés et racistes, et, pour eux, la plus grande menace est peut-être l’émergence d’un prédateur au sommet de l’intelligence artificielle, mais qui est certainement personne d’autre qu’eux-mêmes. Le capitalisme est un bien plus grand maximiseur que l’IA. Les entreprises maximisent le cours de leurs actions sans se soucier des coûts, qu’ils soient humains, environnementaux ou autres. Ce processus d’optimisation est bien plus incontrôlable et pourrait bien rendre notre planète inhabitable bien avant que nous sachions comment créer une IA optimisant les trombones.
Hubert Guillaud
MAJ du 8/12/2025 : « L’intelligence artificielle générale n’aura pas lieu. Il n’y a pas de marché de l’IA, rien qu’une poignée d’entreprises qui fait mine de gagner de l’argent le temps d’en finir avec la démocratie ». Thibault Prévost.
MAJ du 27/12/2025 : Cessons de considérer l’intelligence artificielle générale comme l’objectif ultime de la recherche en IA, préviennent un collectif de chercheurs. L’IAG compromet notre capacité à choisir des objectifs efficaces, expliquent-ils en pointant 6 pièges majeurs : l’illusion du consensus, la promotion de recherches scientifiques erronées, la présomption de neutralité axiologique, la loterie des objectifs, la dette de généralité et l’exclusion normalisée.
Pour éviter ces écueils, les chercheurs soutiennent que la communauté de recherche en IA doit :