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14.01.2026 à 11:08

Iran : un peuple qui veut vivre

la Rédaction

La newsletter du 14 janvier 📨
Texte intégral (1683 mots)

La newsletter du 14 janvier 📨

par Catherine Tricot

Le régime iranien étouffe sa société. Pourtant, ce peuple n’a jamais cessé de se battre. Et massivement.

Cette révolte est comme les précédentes : elle est partie d’un fait divers, d’un lieu inattendu. Cette fois, ce sont les marchands du bazar de Téhéran qui ont baissé leur rideau en signe de protestation. Qui aurait pu le prévoir ? Ce groupe fait partie des soutiens traditionnels de l’ordre établi, de cette tradition obtuse sur laquelle le régime s’appuie depuis des décennies. Ils ont agi de façon inopinée parce qu’avec plus de 40 % d’inflation, le commerce est grippé. On peut être un obscur dévot et vouloir vivre.

Les commerçants du bazar ne sont pas devenus les leaders du mouvement. Ils l’ont enclenché. La dynamique n’a pris toute sa force qu’avec le renfort de la jeunesse, des femmes, de toutes les villes et de toutes les contrées. Son origine se perd dans un bouillonnement plus profond, plus ancien, dont chacun sent qu’il dépasse largement l’étincelle d’origine.

L’Iran est inscrit dans un processus révolutionnaire de longue durée. En 1979, ce n’est pas une manœuvre de palais qui a fait tomber le Shah, mais des millions d’Iraniens dans la rue, une mobilisation populaire massive qui a rendu le régime intenable et contraint le monarque à fuir. La révolution islamique a confisqué cet élan, l’a détourné, l’a écrasé, mais elle n’a jamais éteint le feu qui l’avait rendue possible.

Depuis, l’histoire iranienne est scandée par des soulèvements récurrents, profonds, massifs. En 2009, des millions d’Iraniens sont descendus dans la rue pour contester les résultats officiels de l’élection présidentielle. En 2022, c’est contre un régime liberticide, misogyne, qui martyrise les femmes, que le pays s’est soulevé. Aujourd’hui, l’enjeu semble plus diffus… et c’est précisément ce qui le rend capable de rassembler largement. Chacun vient avec sa révolte. Et c’est cette diversité, celle qui ressemble au peuple, qui donne la force. Quelque chose peut basculer.

Ce processus est contradictoire et complexe, parfois déroutant. Les mobilisations peuvent être massives aussi quand il s’agit de soutenir le régime, comme on l’a vu encore cette semaine. Ces démonstrations de force ne sont pas des illusions d’optique : elles disent l’existence d’un pays traversé de tensions, d’allégeances, de peurs, de convictions antagonistes.

Depuis 1979, l’Iran est une théocratie devenue à l’évidence une dictature étouffante pour son peuple. Les mollahs et leurs sbires, les gardiens de la révolution, font régner la coercition la plus dure, l’obscurantisme le plus étroit, la violence la plus brute. Les premières années de la révolution se sont vite révélées un cauchemar pour tous ceux qui espéraient une libération avec la chute du régime du Shah. Le parti Toudeh, grand parti communiste, a été interdit. L’exil des intellectuels, des opposants politiques, a été massif. La promesse révolutionnaire a été trahie mais la mémoire de la révolution est restée.

Il n’y a aucun doute que ce peuple, constitué dans une histoire et une culture millénaires, forgé dans des combats terribles, existe politiquement et n’entend pas être « libéré ». Le nationalisme iranien est une réalité qu’il faut prendre au sérieux. Le blesser, l’instrumentaliser, ou prétendre s’y substituer, alors que le vent de la liberté souffle à nouveau, n’a aucun sens. À cet égard, les tentatives d’ingérence des États-Unis version Trump relèvent du grotesque. Elles ne servent ni la liberté ni les Iraniens. Elles nourrissent la propagande du régime.

Ce régime de malheur doit tomber.

Que pouvons-nous faire ? Il faut agir vite et fort. Des centaines, des milliers d’Iraniens ont été abattus. Des milliers sont arrêtés et risquent le pire. Les actions politiques, militantes, journalistiques, diplomatiques doivent s’accélérer. Il faut soutenir et faire confiance. Les Iraniens se battent et ils gagneront. Ce sera leur victoire, par leur courage.

Femme, vie, liberté.

Catherine Tricot

🔴 CENSURE DU JOUR

Mercosur, budget et tant d’autres choses : tout est à censurer

Il y aura des motions de censure. Aujourd’hui contre le Mercosur ; bientôt contre le budget de l’État porté par le pouvoir. La seconde est évidente ; la première moins. Le gouvernement est pleinement responsable de sa proposition de budget : peu de chance qu’il trouve une majorité pour la voter. L’affrontement parlementaire se terminera par un vote contre le gouvernement. C’est clair et tout le monde comprend. C’est moins le cas de la motion de censure contre le Mercosur, même s’il est évident qu’Emmanuel Macron et ses multiples gouvernements ont fluctué et mal mené la lutte contre cet accord obsolète et délétère de libre-échange. Mais il est tout aussi évident que ce n’est pas le seul sujet sur lequel les gouvernements et Emmanuel Macron ont failli. Le logement ? La politique industrielle ? La recherche ? La pauvreté ? Les inégalités ? Rien ne va. À un moment ou à un autre, cette politique aussi devra être censurée, de façon claire et nette : par les citoyens, dans les urnes. Aujourd’hui, des députés devanceront l’appel.

C.T.

ON VOUS RECOMMANDE…

Les créateurs et créatrices d’Iran déploient une vitalité et une puissance remarquables. Qu’ils et elles s’expriment par les mots, le dessin, le cinéma, la musique ou les arts visuels, la chape de la censure étatique ne parvient jamais à étouffer l’éclat de leurs œuvres, qui continuent de s’imposer par leur beauté et leur force. Comme cette série disponible sur Arte, The Actor, qui raconte le quotidien chancelant de deux comédiens de Téhéran qui tentent, vaille que vaille, de subsister grâce à leur métier. Humour en biais et tristesse âpre, la série s’impose par l’usage puissant d’une allégorie du spectacle vivant pour dire l’étau des pouvoirs autoritaires.

C’EST CADEAU 🎁🎁🎁

Une jeune femme a chanté pour la liberté dans les rues d’Iran. Elle savait ce qui pouvait lui arriver, mais elle a chanté quand même. En Iran, une femme qui chante en public n’est pas considérée comme une artiste. C’est un acte politique. C’est à cela que ressemble le courage sous un régime autoritaire : des actes ordinaires se transforment en résistance parce que la liberté est interdite.

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13.01.2026 à 15:16

« La gauche française devrait écouter ce que disent les oppositions vénézuéliennes de gauche »

Pablo Pillaud-Vivien

Yoletty Bracho, enseignante franco-vénézuélienne en sciences politiques à l’université d’Avignon, est l’invitée de #LaMidinale.
Texte intégral (1683 mots)

Yoletty Bracho, enseignante franco-vénézuélienne en sciences politiques à l’université d’Avignon, est l’invitée de #LaMidinale.

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13.01.2026 à 12:24

Le RN progresse grâce aux électeurs LR

Pablo Pillaud-Vivien

Pendant que Marine Le Pen comparaît, l’extrême droite continue de s’installer dans le paysage politique. Grâce notamment aux sympathisants de droite qui valident leurs idées. Jordan Bardella ne s’y trompe d’ailleurs pas… au risque de se planter. Aujourd’hui s’ouvre le procès en appel de Marine le Pen et de treize des prévenus qui n’ont pas…
Texte intégral (1050 mots)

Pendant que Marine Le Pen comparaît, l’extrême droite continue de s’installer dans le paysage politique. Grâce notamment aux sympathisants de droite qui valident leurs idées. Jordan Bardella ne s’y trompe d’ailleurs pas… au risque de se planter.

Aujourd’hui s’ouvre le procès en appel de Marine le Pen et de treize des prévenus qui n’ont pas fait appel de leur condamnation après le procès pour détournement de fonds européens. Outre celui Marine Le Pen, c’est donc l’avenir politique immédiat du député Julien Odoul et du maire de Perpignan Louis Aliot qui se joue. Pas celui de l’extrême droite : une étude réalisée chaque année par l’institut de sondage Verian pour Le Monde et L’Hémicycle permet d’en prendre la mesure.


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Cette étude confirme que les idées de l’extrême droite progressent sensiblement et globalement. Les sentiments négatifs continuent de l’emporter sur les sentiments positifs (48% contre 42%) mais le total des désaccords avec les idées du RN recule de six points en un an (44%) tandis que l’accord progresse de trois points (42%). Kifkif.

Cela se traduit par le fait que 80% des Français sont d’accord pour dire que la justice n’est pas assez sévère avec les petits délinquants… Une idée qui réunit 95% des électeurs RN et 97% des électeurs LR. Mais ce sont chez les macronistes et à gauche que l’idée progresse le plus : +8%. Il faut reconnaître qu’il reste peu de marge de progression chez les électeurs LR et RN ! 

La progression des idées xénophobes et autoritaires est générale mais elle progresse de façon différenciée entre, d’une part, la gauche et les macronistes et, d’autre part, les LR et le RN : on distingue nettement deux pôles dans l’opinion. Ainsi, sur aucun sujet, la gauche et les macronistes n’attendent de progrès en cas d’accession au pouvoir du RN. Il en va différemment pour les LR et le RN qui en espèrent beaucoup sur la sécurité des Français (78%), la réindustrialisation de la France (54%), la qualité des services publics (55%), le pouvoir d’achat (53%) et l’indépendance de la justice (51%). Tout aussi frappant, le clivage est net sur les valeurs républicaines : 65% des sympathisants de gauche et 56% des macronistes considèrent le RN comme antisémite, tandis que 76% et 69% le jugent xénophobe. Ces proportions chutent brutalement à droite, ne concernant plus que 29% et 30% des sympathisants LR, et deviennent quasi inexistantes chez les électeurs RN, avec seulement 5% et 6%. Tout aussi cauchemardesque : 84% des électeurs RN et 73% des électeurs LR sont favorables à la suppression du droit du sol.

La progression des idées du RN est portée par le décrochage des LR qui se rallient aux idées lepenistes. Cela se traduit directement dans le champ politique : les sympathisants LR se disent désormais favorables à 43% à des alliances de circonstances ou globales avec le RN. Bien que cette idée ne soit portée par quasiment aucun dirigeant national LR, 34% des sympathisants de droite pensent encore qu’il faut combattre toute alliance avec le parti d’extrême droite. Logiquement, les LR considèrent que le RN a la capacité de gouverner (63%), alors que cette appréciation recule à gauche et chez les macronistes (25% dans les deux camps). 

Même affaiblie, la gauche reste idéologiquement et politiquement le pôle de résistance au RN. Pour les sympathisants de gauche, la possibilité de l’accès du RN au pouvoir est même en recul passant de 61 à 59%. Les électeurs de gauche ont sûrement repris confiance avec le succès du front « anti-RN » de juillet 2024. Ils trouveront des raisons de se rassurer dans le fait que, sur la longue durée (depuis 2010), le RN est vécu comme un danger pour 45 à 60% de leurs concitoyens. Cela fluctue peu. Sauf chez les LR. 

Après avoir dédiabolisé le FN (qui était vécu par 70% des Français comme un danger jusque dans les années 2010), la stratégie de Jordan Bardella et des caciques LR semble porter ses fruits et pourrait constituer une nouvelle inflexion. 

Elle était manifeste dans les vœux du président du RN : nulle sur la forme, ennuyeuse, monocorde, sans âme et sans réparties, Jordan Bardella a constamment repris des items classiques à droite. Face aux questions des journalistes, il ne répond pas, il esquive. Aucune vision d’ensemble, aucune cohérence, aucune conflictualité assumée. Tout juste une tentative de respectabilité économique. Jordan Bardella parle comme la droite. Va-t-il élargir et engranger ou s’effondrer devant la vacuité et l’inadéquation du discours libéral-autoritaire ? Dans les années 80, Le Pen père avait tenté d’être un Reagan à la française. Plouf. 

Le procès de Marine Le Pen agit alors comme un révélateur cruel. D’un côté, une cheffe affaiblit et en recul jusque dans son camp, de l’autre, un dauphin médiatique, vide politiquement, incapable d’incarner autre chose qu’une droite de slogans. C’est peut-être cela, le vrai danger : pas Jordan Bardella mais ce qu’il cache, à savoir une extrême droite qui n’a plus besoin de talents, ni même de discours, pour imposer son cadre. Une extrême droite devenue la langue commune d’une partie du pays.

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