
01.07.2026 à 13:04
Pablo Pillaud-Vivien
La canicule aura eu un mérite : mettre le Rassemblement national devant sa nullité en le forçant à préciser son fameux « grand plan climatisation ». Après les promesses d’un État stratège, le parti d’extrême droite accouche d’un dispositif de prêts à taux zéro pour les collectivités, les hôpitaux, les Ehpad et les particuliers. Autrement dit, l’État ne finance plus les équipements : il prête. « L’État nounou, c’est fini » comme dirait le député RN Jean-Philippe Tanguy. Mais du coup, les ambitions aussi. Ça va être compliqué de convaincre en reprenant les vieilles recettes de la droite bancaire…
01.07.2026 à 12:48
Collectif
Dans une tribune, plus de 200 universitaires apportent leur soutien à l’historien Julien Théry, suspendu 18 mois de ses fonctions. Ils estiment que cette décision crée un précédent inquiétant pour l’ensemble de l’enseignement supérieur.
Le 24 juin 2026, l’université Lumière Lyon 2 affichait la décision disciplinaire qui frappe un de ses enseignants, Julien Théry : 18 mois de suspension d’exercice sans traitement.
Julien Théry, professeur d’histoire et chercheur respecté, en France et à l’étranger, pour ses travaux sur le Moyen Âge, était accusé d’antisémitisme ; il est cependant sanctionné non à ce titre, mais pour avoir nui à l’image et au fonctionnement de son université de rattachement. Les faits qui lui sont imputés n’ont pas eu lieu dans ledit établissement, et le contenu des cours de J. Théry n’est nullement en cause : on reproche à l’enseignant ses interventions à titre personnel sur les réseaux sociaux, et comme animateur sur des médias militants classés à gauche. À la suite d’autres intellectuels, Julien Théry s’est ainsi volontairement exposé et rendu vulnérable pour des causes qu’il a estimées justes de défendre, telle que celle des Palestinien·nes.
Ce sont ces interactions numériques, tributaires des polémiques où elles s’inscrivaient, qui sont censées avoir porté atteinte à la renommée de son université. Aucune allégeance à des projets criminels ou racistes n’est imputée à Julien Théry. Il est de celles et ceux qui ont milité pour que l’historien et résistant Marc Bloch, auquel il a consacré un colloque − organisé avant l’annonce présidentielle de novembre 2024 − ainsi que plusieurs publications scientifiques, entre au Panthéon. Ses écrits comme son engagement constant en faveur de l’égalité sociale et contre les discriminations plaident en sa faveur. Celles et ceux qui l’ont lu, entendu ou qui l’ont fréquenté savent qu’il n’est pas antisémite. Ils et elles savent aussi que Julien Théry, spécialiste des procès pour crimes « infâmes » sous l’Inquisition, n’a cessé de dénoncer l’autoritarisme et l’iniquité de certaines procédures judiciaires. La chose peut sembler piquante. Elle pique en effet.
Encore faut-il, ici, s’entendre sur ce qu’on tient pour une procédure judiciaire. Les sections disciplinaires des universités sont composées de collègues enseignants-chercheurs qui n’y siègent pas pour leurs compétences de juristes. Elles sont saisies par les président·es d’université à l’encontre des membres de la communauté universitaire pour des faits relatifs à leurs fonctions. Pourtant, l’université Lyon 2 a refusé la protection fonctionnelle à Julien Théry, sous le prétexte que les faits ne relevaient pas de l’exercice de ses fonctions professionnelles. Enfin, au vu des pressions extérieures, notamment celles exercées par le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, qui se félicite d’avoir obtenu une enquête sur « l’islamo-gauchisme » à Lyon 2, on aurait pu s’attendre à un dépaysement de l’affaire auprès de la section disciplinaire d’une autre université.
Les peines qui frappent Julien Théry « pour l’exemple », comparées à celles qui ont pu être prononcées jusque-là, se révèlent non seulement absolument injustes mais d’une sévérité singulière. Prises dans un contexte local où interfèrent des pressions et des menaces politiques, elles devraient faire honte à celles et ceux qui les ont prononcées.
La sanction infligée à Julien Théry nous alarme parce qu’elle manifeste la soumission croissante de l’Université, comme institution publique, à des méthodes répressives qui augurent fort mal de l’avenir et contreviennent à ses missions fondamentales. C’est pourquoi nous apportons notre plein soutien à Julien Théry et demandons l’annulation pure et simple de cette sanction.
Premier·es signataires
Caby Cécile, Professeure des Universités en Histoire Médiévale, Sorbonne Université
Chiffoleau Jacques, Directeur d’études émérite EHESS
Dakhlia Jocelyne, Directrice d’études émérite EHESS
De Clerck Dima, Univ. Saint-Joseph (Beyrouth)
Débax Hélène, professeure d’histoire médiévale, Université Toulouse Jean-Jaurès
Fassin Éric, professeur des universités, sociologie, Université Paris 8
Godicheau François, Université Toulouse Jean Jaurès
Lauwers Michel, Professeur des Universités, Histoire du Moyen Âge, Université Côte d’Azur
Magnani Eliana, Directrice de Recherche au CNRS
Morvan Haude, Maître de conférences en hist. de l’art médiéval, Univ. Bordeaux Montaigne
Pécout Thierry, Professeur d’histoire du Moyen Âge, Univ. Saint-Etienne
Schnapp Alain, archéologue, professeur émérite Paris I
Schöttler Peter, Historien, CNRS
Stengers Isabelle, philosophe, professeure émérite, Université de Bruxelles
Tolan John, professeur émérite d’histoire, Nantes Université
Traverso Enzo, Historien
Le texte est ouvert à signature sur le lien suivant : https://framaforms.org/inacceptable-la-sanction-de-luniversite-lyon-2-contre-julien-thery-porte-un-coup-majeur-a-la-liberte
30.06.2026 à 12:52
Pablo Pillaud-Vivien
Le Sénat réautorise un néonicotinoïde et les mégabassines. La canicule rappelle pourtant que la question est ailleurs : notre agriculture est entrée dans un monde nouveau. Reste à savoir si nous sommes collectivement prêts à en tirer les conséquences.
La France sort d’une semaine de canicule, avec ce constat terrible : elle n’avait rien d’exceptionnel. Elle annonce au contraire ce qui nous attend. Nous avons souffert dans notre chair et les récoltes aussi. Les éleveurs ont perdu des animaux. Dans plusieurs régions, les moissons de blé s’annoncent décevantes. Le dérèglement climatique n’est plus un risque, c’est le cadre dans lequel notre agriculture doit désormais produire.
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Et que répond le Parlement ? Dans la nuit, le Sénat a adopté un amendement à une loi agricole. Le rédacteur de celui-ci : toujours le même Duplomb dont une pétition de deux millions de signataires et le Conseil constitutionnel avaient déjà entravé une loi il y a un an.
À nouveau, le sénateur LR Laurent Duplomb, ainsi qu’une majorité de sénateurs, proposent le retour de l’acétamipride, l’encouragement des mégabassines, de nouvelles facilités pour les activités agricoles face aux règles environnementales, notamment sur le loup. Le texte doit maintenant passer en commission mixte paritaire mi-juillet. Cette étape est souvent présentée comme une recherche de compromis. En réalité, elle va à l’encontre du fonctionnement normal du Parlement car sa composition donne aujourd’hui un avantage à la droite.
Mais le plus frappant est ailleurs : c’est la troisième loi agricole en deux ans. Nous changeons de cap presque chaque année. Or l’agriculture ne vit pas au rythme de ces coups de barre politiques. On ne transforme pas une exploitation, un système agricole, en quelques mois. On ne prépare pas les cultures de demain avec des décisions prises dans l’urgence, parfois dans l’emportement d’un débat public faussé.
Il faut regarder la réalité en face : certains rendements vont baisser. La question n’est donc pas de faire comme si rien ne changeait. Elle est de garantir un revenu aux agriculteurs, de maintenir notre capacité à nourrir le pays.
Derrière cette loi se cache une question beaucoup plus vaste : voulons-nous adapter notre agriculture à un climat qui change ? Ou voulons-nous préserver à tout prix un modèle conçu pour un climat et un environnement qui mutent ? Nous oscillons entre ces deux choix. Sans jamais trancher.
Le retour de l’acétamipride illustre cette contradiction. L’autorisation de ce néonicotinoïde, cancérogène probable selon l’OMS, dans le reste de l’Union européenne crée une concurrence que les agriculteurs français dénoncent à juste titre. On ne peut pas demander les mêmes résultats avec des règles différentes. Mais cette difficulté révèle surtout l’absence d’une politique européenne cohérente.
Il faut regarder la réalité en face : certains rendements vont baisser. La question n’est donc pas de faire comme si rien ne changeait. Elle est de garantir un revenu aux agriculteurs, de maintenir notre capacité à nourrir le pays et de conserver la possibilité d’une agriculture exportatrice (notre climat le permet encore, contrairement à d’autres pays, ne soyons pas nationalistes et égoïstes en la matière). Voilà le débat.
L’eau pose le même défi. Les mégabassines répondent à un besoin réel : celui de stocker une ressource qui devient plus rare pendant l’été mais aussi plus abondante durant l’hiver – c’est une des conséquences du réchauffement climatique. D’autres solutions existent : créer des sillons perpendiculaires aux pentes et replanter des haies aux racines qui font barrière pour favoriser l’infiltration dans les nappes. Bref, modifier les pratiques agricoles. Sans doute faudra-t-il combiner plusieurs réponses plutôt que transformer chaque projet en guerre de religion.
Nous avons surtout besoin de retrouver une capacité à décider ensemble. Les bassins versants offrent une échelle pertinente pour penser l’eau. L’idée de biorégions avancée par Jean-Luc Mélenchon remet cette question sur la table. Mais le géographe Jacques Lévy rappelait ce mardi matin sur France Culture qu’une société ne s’organise pas seulement autour de ses contraintes naturelles. Elles comptent. Elles ne disent pas tout. L’agriculture française a besoin d’une direction. Et pour l’envisager, on a besoin d’un vrai débat avec toutes les parties prenantes, c’est-à-dire au fond l’ensemble de notre société. Seulement, aujourd’hui, on n’y est pas. On s’affronte à coups de slogans. Tout cela paraît un peu vain alors que l’urgence est maintenant un sujet du présent.