LePartisan.info À propos Podcasts Fil web Écologie Blogs REVUES Médias
Souscrire à ce flux
Revue généraliste

▸ les 10 dernières parutions

02.04.2025 à 14:44

Conclave sur les retraites : fumée blanche… pour une grande arnaque ? (3ème partie)

Bernard Marx

Le « conclave » sur les retraites de François Bayrou fait vraiment office de couteau suisse. Mais même après le départ de FO et de la CGT, le banquet continue. Notre chroniqueur éco Bernard Marx suit le dossier pour vous.
Texte intégral (1407 mots)

Le « conclave » sur les retraites de François Bayrou fait vraiment office de couteau suisse. Mais même après le départ de FO et de la CGT, le banquet continue. Notre chroniqueur éco Bernard Marx suit le dossier pour vous.

La période de la mondialisation version néolibérale est en passe de se clore. Donald Trump fait entrer le monde dans une nouvelle phase de type néo-impérialiste sous le règne de la loi du plus fort, de l’autoritarisme politique et d’une offensive culturelle réactionnaire1. Les pays européens et l’Union européenne sont particulièrement menacés. La résistance et l’alternative à cette nouvelle « grande transformation » du capitalisme ne sont pas encore déployées ou même élaborées, ni par les sociétés, ni par les politiques.

Faux dilemme

Face à la politique Trump et à la menace du néo-impérialisme russe, les dirigeants de l’Union européenne ont donné la priorité aux dépenses militaires et au réarmement européen.

En France, les pouvoirs économiques et politiques s’en servent comme levier pour l’austérité et contre les services publics, les retraites et les dépenses sociales. S’adressant aux Français le 5 mars, Emmanuel Macron a donné le tempo : « Ce seront de nouveaux investissements qui exigent de mobiliser des financements privés mais aussi des financements publics, sans que les impôts ne soient augmentés. Pour cela, il faudra des réformes, des choix, du courage. »

Ils voudraient affaiblir politiquement et socialement le combat qu’ils prétendent mener qu’ils ne s’y prendraient pas autrement. Car il n’y a pas besoin d’austérité et de retraite à 64 ans, ou plus, pour financer la croissance des dépenses militaires qu’ils projettent.

1. Il ne s’agit pas d’économie de guerre. Les dépenses militaires seront de 50,5 milliards d’euros en 2025. La loi de programmation militaire prévoyait 67 milliards en 2030. Il s’agirait d’aller à 100 milliards. Soit un effort supplémentaire de 1 point de PIB à cet horizon (+0,2 point de PIB maximum par an).

2. Comme le soulignent l’économiste Henri Sterdyniak ou son collègue Jean-Marie Harribey, si la hausse des dépenses militaires donne la priorité à la production nationale (ce qui n’est pas acquis), elle sera financée par cette croissance de la production. Celle-ci augmentera les rentrées fiscales et pour la protection sociale, retraites comprises.

3. Il y aura effectivement problème si la production de biens de consommations et de services n’augmente pas ou pas suffisamment. Ça fera de l’inflation. Ce n’est pas fatal. Contrairement à ce que dit Emmanuel Macron, on peut augmenter des impôts (mais pas n’importe lesquels) pour accroître la production et la qualité des services publics et sociaux et soutenir les transformations écologiques de la production et de la consommation.

Des avances de crédit supplémentaires seront aussi nécessaires pour financer les investissements dans le secteur de l’armement. Il faut porter cet enjeu au niveau européen comme cela a été fait pour le covid. Y compris la responsabilité de la Banque centrale européenne.

« Des chars ou des retraites. Le faux dilemme », titre à raison le numéro d’avril d’Alternatives économiques.

Vrais remèdes

Ce jeudi 3 avril, les syndicats CGT, UNSA, FSU et Solidaires appellent à une journée de mobilisation contre les politiques gouvernementales envers les fonctionnaires. Et la CGT appelle tous les salariés à rejoindre les fonctionnaires et les agents publics, y compris par la grève, dans les rassemblements et les manifestations pour exiger l’abrogation de la réforme des retraites et l’augmentation des salaires. 

« De l’argent, il y en a », expose la CGT. Précisons : Michaël Zemmour a publié sur Bluesky le graphique ci-dessous.

Pour rappel on est à un niveau de "dépenses publiques" en point de PIB inférieur à 2014-2017, légèrement supérieur à 2018-2019.En 2018 (année exceptionnelle, au déficit à 2,3%) les dépenses étaient plus faible de 0,7 points de PIB. Les prélèvements étaient plus hauts de 2,1 points de PIB.

Michaël Zemmour (@michaelzemmour.cpesr.fr) 2025-03-27T21:33:28.836Z

Il est très parlant : en part du PIB, le niveau des dépenses publiques n’a pas explosé. Il est inférieur à la période 2014-2017. Par contre les « prélèvements » ont diminué de deux points de PIB. En clair. La politique Macron a accéléré la baisse des impôts sur les « entreprises », les profits et les dividendes. Politique inefficace s’il en est. Les milliardaires y ont beaucoup gagné. La production nationale beaucoup moins. Et le déficit s’est creusé. Il est donc plus que justifié d’opérer des hausses de prélèvements qui viseraient notamment les plus fortunés, les très gros héritages ou des aides publiques inefficaces (crédit d’impôt recherche par exemple). Les économistes Anne-Laure Delatte et Lucas Chancel ont évalué qu’une réforme fiscale ciblée d’une dizaine de mesures pourrait générer jusqu’à 50 milliards d’euros de recettes annuelles.

Mais on ne financera pas les retraites par un impôt sur les milliardaires. Ce sont les cotisations qui doivent assurer un financement durable du système du retour à 62 ans et des autres améliorations nécessaires. C’est aussi la seule façon de diminuer les inquiétudes des actifs actuels sur leur retraite future. La CGT met l’accent sur l’amélioration générale des salaires, l’égalité salariale hommes-femmes, l’assujettissement aux cotisations des primes d’intéressement et de participation ou une hausse de 1% des cotisations patronales.

Mais si tel avait été le cadre et les objectifs du conclave, même une augmentation des cotisations sociales des salariés aurait pu faire partie de la négociation. Fin 2024, Michaël Zemmour avait calculé que l’abrogation du passage à 64 ans « pourrait être financée par une hausse de cotisations de l’ordre de 0,15 point par an, à partager entre employeurs et salariés, pendant six ans ».


  1. Voir notamment l’analyse stimulante de Arnaud Orain et son livre Le monde confisqué. Essai sur le capitalisme de la finitude (XVIᵉ – XXIᵉ siècle), Flammarion, janvier 2025. ↩

02.04.2025 à 12:25

Ruffin entre en campagne présidentielle

Pablo Pillaud-Vivien

Ce 1er avril à Montreuil, le député de la Somme tenait un premier meeting, décidé à se battre pour 2027.
Texte intégral (954 mots)

Heureux d’être ensemble et qu’on leur propose une perspective de victoire, même ténue : le millier de militants de gauche réunis à Montreuil pour écouter le député de la Somme sont ressortis ragaillardis. Ça faisait longtemps qu’on ne leur avait pas proposé un plan présidentiel qui n’apparaisse pas purement et simplement comme une impasse.

« Desserrer l’étau entre les trop fous et les trop mous », tel est l’objectif de François Ruffin qui tenait meeting ce mardi 1er avril. Après le maire communiste Patrice Bessac et le député Alexis Corbière, les locaux de l’étape, les femmes de ménage de Sciences Po et les grévistes d’Arcelor-Mittal, l’élu de la Somme a livré un discours de futur candidat à l’élection présidentielle. Il a d’ailleurs explicitement affirmé qu’il ne fallait pas se voiler la face : les dynamiques ont besoin d’un leader. Il a donc lancé un site – notre-france.avecruffin.fr – qui ne fait aucun doute sur ses ambitions.

Devant un parterre d’un gros milliers de militants de tous horizons où on retrouvait des insoumis, des communistes, des socialistes, des écologistes, des associatifs et des syndicalistes, bref la gauche dans sa pluralité, François Ruffin a cherché à mettre au point son style : dans une langue travaillée et drôle, il a entremêlé comme à son habitude les histoires incarnées, les vannes, les références et les grands horizons. C’est d’ailleurs là toute sa difficulté : réussir à continuer à incarner une singularité dans le paysage politique, celle qui fonde son identité de député-reporter, et, en même temps, d’apparaître présidentiable.

Sa proposition politique repose sur le besoin de protection que doit assurer l’État aux concitoyens. Il parle d’emplois, de logements, de protection sociale ; il inclue la protection contre l’emprise de l’argent. Il prolonge cette idée dans une affirmation souverainiste. Pas un souverainisme de défense proposée par la commission européenne mais un souverainisme de construction pour rebâtir une industrie. La crédibilité politique de cette proposition repose sur l’unité et le rassemblement : d’abord en ce qui concerne les « gens de France » alors que les vents mauvais venus de l’extrême droite veulent nous diviser et nous monter les uns contre les autres. Ainsi a-t-il consacré de larges pans de son discours à faire l’éloge des migrations, démontant les haines xénophobes du fils d’immigrés italiens, Jordan Bardella, et fait de notre humanité partagée un projet politique. Dénonçant les risques inconsidérés pris sur la second tour de la présidentielle – « Ce n’est pas un tour de magie », une pique contre Jean-Luc Melenchon –, il se place du coté des enfants de l’immigration. Il entend remplir « notre France » avec plus de force que l’extrême droite, en « connaissant sa honte et soutenant sa gloire ». Cette France des « petites mains », dont il connaît les prénoms, il l’oppose à la « France d’en haut », celle des Bernard Arnault et autres milliardaires à qui il veut rappeler l’impératif d’égalité.

Mais cette unité et ce rassemblement, c’est aussi celui de la gauche et il n’a pas voulu se dérober face à la question stratégique qui hante tous les esprits. « Une candidature commune » est, pour François Ruffin, la condition sine qua non de la victoire. Attention, il n’a pas parlé de candidature unique. À ce titre, on notera qu’il n’a pas mentionné les embûches nombreuses, sinon en des termes génériques, qui pourraient empêcher son projet présidentiel. Pas un mot des ambitions socialistes de présenter un candidat issu de leurs rangs ou de la volonté affichée et claire de Jean-Luc Mélenchon pour 2027. À dire vrai, ce n’était pas le sujet de la soirée. Sa voie, étroite, c’est de redonner l’envie d’avoir envie à cette gauche unitaire pour établir un rapport de forces avec les insoumis et le PS… et s’imposer. Il croit à la victoire du pot de terre contre le pot de fer. On attend encore la première étape de ce plan : le rapprochement officiel des « petits » partis de la gauche, de Génération.s, de l’Après et de Picardie Debout. Voudront-ils se transformer en écurie présidentielle pour François Ruffin?

Le député est décidé à se battre pour 2027 qu’il veut voir d’abord comme « une aventure ». Non, il ne nous prépare pas déjà, comme un autre François avant lui, le tournant de la rigueur après deux ans d’exercice du pouvoir mais il entend faire de sa campagne un moment politique. Dans la « JOIE ! » Et c’est vrai qu’on en a besoin en ce moment. Il a donc enjoint ceux qui veulent s’associer à sa démarche à aller écouter les Français et à rédiger des cahiers de doléances dont la synthèse se fera sous la forme d’une grande assemblée réunie à l’été. Et en septembre, il proposera une « équipe de France », sous-entendu une équipe pour Ruffin 2027. On l’espère plus féminisme qu’hier soir. Bref, y’a du boulot mais un chemin est proposé. Et Ruffin a l’air déterminé à l’ouvrir.

02.04.2025 à 12:24

Un boulevard pour Bardella ?

Loïc Le Clerc

L'inéligibilité de Marine Le Pen serait une aubaine pour une candidature du jeune président du RN. Pas gagné d'avance !
Texte intégral (1077 mots)

L’inéligibilité de Marine Le Pen serait une aubaine pour une candidature du jeune président du RN. Pas gagné d’avance !

Dans la bouche de Marine Le Pen, il y a un avant et un après condamnation à l’inéligibilité : « Jordan Bardella a la capacité d’être président de la République », sur BFM le 30 mars ; « Jordan Bardella est un atout formidable pour défendre le mouvement ; j’espère que nous n’aurons pas à utiliser cet atout plus tôt qu’il n’est nécessaire », sur TF1 le 31 mars.


TOUS LES JOURS, RETROUVEZ L’ESSENTIEL DE L’ACTU POLITIQUE DANS NOTRE NEWSLETTER

👉 C’EST ICI ET C’EST GRATUIT


Marine Le Pen a été condamnée à 4 ans d’emprisonnement, dont 2 ferme aménageables sous bracelet électronique, 100 000 euros d’amende et une peine d’inéligibilité de cinq ans avec application immédiate pour avoir joué un « rôle central » dans le système du parti qui lui a permis de détourner 4,6 millions de fonds publics européens. Une peine que ne reconnaît pas la triple candidate à la présidentielle.

Or, la résistance de Marine Le Pen pour conserver son statut de candidate naturelle du parti est une balle dans le pied du RN. Le temps va manquer – la présidentielle, c’est demain ! – et Marine Le Pen joue la montre, sonnée par la sentence des juges. En attendant, c’est Jordan Bardella qui est empêché.

Jordan Bardella a besoin de temps et que Marine Le Pen s’éclipse. On ne mène pas campagne avec maman dans le dos. Aussi, sa candidature ne saurait souffrir d’une hésitation de la part de la grande cheffe.

Certes, les sondages, dès à présent, le place en tête des intentions de vote, à la même hauteur que Marine Le Pen. La base partisane du RN reste fidèle, pour le moment.

Mais le président du RN a-t-il le profil pour être autre chose qu’un atout de Marine Le Pen ? Son inexpérience, son jeune âge, sa proximité avec l’extrême droite « diabolisée »… ne joue pas en sa faveur. Il est le tenant de la droite conservatrice-libérale, la droite hors les murs, l’union des droites, bref, tout ce qui va à l’encontre des années de travail de Marine Le Pen et son populisme-national. Jordan élargissait le spectre de couleurs de Marine, mais Bardella vaut-il quelque chose sans Le Pen ?

Certes, sa côte de popularité est au plus haut. Il cultive son image auprès de la jeunesse, très présent sur les réseaux sociaux, il fait de la muscu, joue aux mêmes jeux vidéos que les jeunes et pourtant… Les 18-24 ans sont ceux qui ont la moins bonne opinion de lui, ceux qui souhaitent le moins sa candidature, ceux qui ont le moins voté Marine Le Pen en 2022 et les plus abstentionnistes. Paradoxalement, les 65 ans et plus sont la tranche d’âge qui a la meilleure opinion du garçon et votent tout aussi peu Le Pen que les plus jeunes…

en % (source : Ifop)abstention au 1er tour 2022vote Le Pen au 1er tour 2022souhait de candidature de Bardellabonne opinion de Bardella
18-24 ans41183035
25-34 ans22244436
35-49 ans27294541
50-64 ans22264637
65 ans et +22184250

Tout ceci va peser, semaine après semaine, dans la balance. N’oublions pas non plus que Jordan Bardella est visé par une plainte pour emploi fictif et escroquerie. Les chats de Marine ne font pas des chiens.

Pour l’heure, le bougre affiche sa « loyauté » à la patronne et la stratégie de contre-attaque médiatique pose des bases trumpistes : les juges confisquent la démocratie. Cet argumentaire vaudra-t-il dans la tête des électeurs marinistes ? Ou bien lâcheront-ils le RN d’un simple « Tous les mêmes, tous pourris » ?

Jordan Bardella va devoir ramer pour contrer les attaques incessantes dont son parti fera l’objet, si jamais son hypothétique campagne démarre un jour. D’ici là, il a besoin de temps et que Marine Le Pen s’éclipse. On ne mène pas campagne avec maman dans le dos. Aussi, sa candidature ne saurait souffrir d’une hésitation de la part de la grande cheffe.

D’autant que la concurrence est là. Marine le Pen avait le poids politique pour l’écraser. Depuis sa condamnation, ils doivent y croire à nouveau, les Zemmour, Maréchal et Ciotti, mais aussi les Retailleau, Wauquiez ou Darmanin. La guerre de succession du lepenisme sera tout aussi rude en interne qu’en externe. Marine Le Pen sombre et laisse un trou noir dont la force gravitationnelle va chambouler la droite française. Jordan Bardella est en première ligne.

02.04.2025 à 12:22

CHIFFRE DU JOUR

la Rédaction

639, c’est le nombre de peines d’inéligibilité avec exécution provisoire prononcées en 2023 Marine Le Pen n’est pas seule : rien qu’en 2023, sur les 16 634 peines d’inéligibilité prononcées par la justice, 639 étaient assorties d’une exécution provisoire. Mais, évidemment, tout le monde s’en fout. Pas de cris d’orfraie pour dénoncer une mesure anti-démocratique…
Lire + (177 mots)

639, c’est le nombre de peines d’inéligibilité avec exécution provisoire prononcées en 2023

Marine Le Pen n’est pas seule : rien qu’en 2023, sur les 16 634 peines d’inéligibilité prononcées par la justice, 639 étaient assorties d’une exécution provisoire. Mais, évidemment, tout le monde s’en fout. Pas de cris d’orfraie pour dénoncer une mesure anti-démocratique pour ceux-là : la droite et l’extrême droite ne s’insurgent que lorsque ça les touche directement – ou plutôt lorsque cela touche les puissants comme Marine Le Pen. Mais c’est une peine banale. Sauf que ces gens-là refusent d’imaginer qu’ils puissent être traités à égalité avec les autres, ils tiennent à leur régime d’exception qu’en l’espèce serait conféré à l’édile du RN par le fait d’avoir été candidate à l’élection présidentielle. La peste soit des fats.

02.04.2025 à 12:21

LA LETTRE DU 2 AVRIL

la Rédaction

Un boulevard pour Bardella ?
Texte intégral (1651 mots)

Un boulevard pour Bardella ?

par Loïc Le Clerc

L’inéligibilité de Marine Le Pen serait une aubaine pour une candidature du jeune président du RN. Pas gagné d’avance !

Dans la bouche de Marine Le Pen, il y a un avant et un après condamnation à l’inéligibilité : « Jordan Bardella a la capacité d’être président de la République », sur BFM le 30 mars ; « Jordan Bardella est un atout formidable pour défendre le mouvement ; j’espère que nous n’aurons pas à utiliser cet atout plus tôt qu’il n’est nécessaire », sur TF1 le 31 mars.

Marine Le Pen a été condamnée à 4 ans d’emprisonnement, dont 2 ferme aménageables sous bracelet électronique, 100 000 euros d’amende et une peine d’inéligibilité de cinq ans avec application immédiate pour avoir joué un « rôle central » dans le système du parti qui lui a permis de détourner 4,6 millions de fonds publics européens. Une peine que ne reconnaît pas la triple candidate à la présidentielle.

Or, la résistance de Marine Le Pen pour conserver son statut de candidate naturelle du parti est une balle dans le pied du RN. Le temps va manquer – la présidentielle, c’est demain ! – et Marine Le Pen joue la montre, sonnée par la sentence des juges. En attendant, c’est Jordan Bardella qui est empêché.

Certes, les sondages, dès à présent, le place en tête des intentions de vote, à la même hauteur que Marine Le Pen. La base partisane du RN reste fidèle, pour le moment.

Mais le président du RN a-t-il le profil pour être autre chose qu’un atout de Marine Le Pen ? Son inexpérience, son jeune âge, sa proximité avec l’extrême droite « diabolisée »… ne joue pas en sa faveur. Il est le tenant de la droite conservatrice-libérale, la droite hors les murs, l’union des droites, bref, tout ce qui va à l’encontre des années de travail de Marine Le Pen et son populisme-national. Jordan élargissait le spectre de couleurs de Marine, mais Bardella vaut-il quelque chose sans Le Pen ?

Certes, sa côte de popularité est au plus haut. Il cultive son image auprès de la jeunesse, très présent sur les réseaux sociaux, il fait de la muscu, joue aux mêmes jeux vidéos que les jeunes et pourtant… Les 18-24 ans sont ceux qui ont la moins bonne opinion de lui, ceux qui souhaitent le moins sa candidature, ceux qui ont le moins voté Marine Le Pen en 2022 et les plus abstentionnistes. Paradoxalement, les 65 ans et plus sont la tranche d’âge qui a la meilleure opinion du garçon et votent tout aussi peu Le Pen que les plus jeunes…

en % (source : Ifop)abstention au 1er tour 2022vote Le Pen au 1er tour 2022souhait de candidature de Bardellabonne opinion de Bardella
18-24 ans41183035
25-34 ans22244436
35-49 ans27294541
50-64 ans22264637
65 ans et +22184250

Tout ceci va peser, semaine après semaine, dans la balance. N’oublions pas non plus que Jordan Bardella est visé par une plainte pour emploi fictif et escroquerie. Les chats de Marine ne font pas des chiens.

Pour l’heure, le bougre affiche sa « loyauté » à la patronne et la stratégie de contre-attaque médiatique pose des bases trumpistes : les juges confisquent la démocratie. Cet argumentaire vaudra-t-il dans la tête des électeurs marinistes ? Ou bien lâcheront-ils le RN d’un simple « Tous les mêmes, tous pourris » ?

Jordan Bardella va devoir ramer pour contrer les attaques incessantes dont son parti fera l’objet, si jamais son hypothétique campagne démarre un jour. D’ici là, il a besoin de temps et que Marine Le Pen s’éclipse. On ne mène pas campagne avec maman dans le dos. Aussi, sa candidature ne saurait souffrir d’une hésitation de la part de la grande cheffe.

D’autant que la concurrence est là. Marine le Pen avait le poids politique pour l’écraser. Depuis sa condamnation, ils doivent y croire à nouveau, les Zemmour, Maréchal et Ciotti, mais aussi les Retailleau, Wauquiez ou Darmanin. La guerre de succession du lepenisme sera tout aussi rude en interne qu’en externe. Marine Le Pen sombre et laisse un trou noir dont la force gravitationnelle va chambouler la droite française. Jordan Bardella est en première ligne.

Loïc Le Clerc

CHIFFRE DU JOUR

639, c’est le nombre de peines d’inéligibilité avec exécution provisoire prononcées en 2023

Marine Le Pen n’est pas seule : rien qu’en 2023, sur les 16 634 peines d’inéligibilité prononcées par la justice, 639 étaient assorties d’une exécution provisoire. Mais, évidemment, tout le monde s’en fout. Pas de cris d’orfraie pour dénoncer une mesure anti-démocratique pour ceux-là : la droite et l’extrême droite ne s’insurgent que lorsque ça les touche directement – ou plutôt lorsque cela touche les puissants comme Marine Le Pen. Mais c’est une peine banale. Sauf que ces gens-là refusent d’imaginer qu’ils puissent être traités à égalité avec les autres, ils tiennent à leur régime d’exception qu’en l’espèce serait conféré à l’édile du RN par le fait d’avoir été candidate à l’élection présidentielle. La peste soit des fats.

P.P.-V.

ON VOUS RECOMMANDE


L’article « Trump 2.0 : interdire de dire pour mieux empêcher de penser », sur The Conversation. Reprenant le travail du New York Times, on découvre la liste des mots « déconseillés » par l’administration Trump à l’attention des acteurs publics. Un classique des régimes autoritaires. Plus de 200 mots parmi lesquels « femme », « sexe », « justice sociale », « antiracisme »… Une attaque contre la langue dont les cibles idéologiques sont bien identifiés : la science, le savoir, les minorités. Une cancel culture que certains, en France, semblent regarder avec envie.

ÇA SE PASSE SUR REGARDS.FR

Pour recevoir cette newsletter quotidiennement (et gratuitement) dans votre boîte mail, suivez le lien : regards.fr/newsletter !

01.04.2025 à 18:45

Condamnation de Marine Le Pen : « La justice ne doit pas céder à la caste des puissants »

Pablo Pillaud-Vivien

Raquel Garrido, ancienne députée et confondatrice de l’Après, est l’invitée de #LaMidinale.
Texte intégral (1651 mots)

Raquel Garrido, ancienne députée et confondatrice de l’Après, est l’invitée de #LaMidinale.

6 / 10
  GÉNÉRALISTES
Ballast
Fakir
Interstices
Lava
La revue des médias
Le Grand Continent
Le Monde Diplo
Le Nouvel Obs
Lundi Matin
Mouais
Multitudes
Politis
Regards
Smolny
Socialter
The Conversation
UPMagazine
Usbek & Rica
Le Zéphyr
  CULTURE / IDÉES 1/2
Accattone
Contretemps
A Contretemps
Alter-éditions
CQFD
Comptoir (Le)
Déferlante (La)
Esprit
Frustration
 
  IDÉES 2/2
L'Intimiste
Jef Klak
Lignes de Crêtes
NonFiction
Nouveaux Cahiers du Socialisme
Période
Philo Mag
Terrestres
Vie des Idées
Villa Albertine
 
  THINK-TANKS
Fondation Copernic
Institut La Boétie
Institut Rousseau
 
  TECH
Dans les algorithmes
Goodtech.info
Quadrature du Net
 
  INTERNATIONAL
Alencontre
Alterinfos
CETRI
ESSF
Inprecor
Journal des Alternatives
Guitinews
 
  MULTILINGUES
Kedistan
Quatrième Internationale
Viewpoint Magazine
+972 mag
 
  PODCASTS
Arrêt sur Images
Le Diplo
LSD
Thinkerview
 
  Pas des sites de confiance
Contre-Attaque
Issues
Korii
Positivr
Regain
Slate
Ulyces
🌓