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07.01.2026 à 11:39

Dominique de Villepin, le candidat qui vient

la Rédaction

La newsletter du 7 janvier 📨
Texte intégral (1522 mots)

La newsletter du 7 janvier 📨

par Catherine Tricot

L’ancien premier ministre capitalise sur la crise internationale pour revenir dans le jeu politique. Du droit international à l’unité nationale, il esquisse une offre présidentielle classique, encore floue sur le social, mais calibrée pour un électorat en quête de stabilité.

Venezuela oblige, Dominique de Villepin est l’invité des grandes émissions politiques. Après BFMTV dimanche, c’est dans la matinale de France Inter hier qu’il est venu parler du monde multipolaire et du respect du droit international. Il rappelle la tradition diplomatique de la France, oubliée par Emmanuel Macron. Comme toujours, Villepin remplit sa fonction de vieux sage de la politique internationale. Et il a des lettres de noblesse pour cela. Et on l’écoute. 

Mais cette fois, il y a davantage. Villepin se présente à nous comme une solution pour 2027. Il le dit dans des termes qui ne trompent plus. Son analyse est la suivante : entre les insoumis et le RN, il ne se dégage pas de figure à la hauteur du moment. Lui se prévaut de son expérience qu’il considère comme un critère essentiel pour disqualifier le RN et singulièrement Jordan Bardella qui prétend piloter un A380 alors qu’il n’a jamais conduit d’avion. La compétence et l’expérience ne sont qu’un critère de jugement mais Villepin les croit décisives en période de forts dangers et de troubles.

Circonstance aggravante : entre le RN et les Insoumis, il n’y a plus de partis politiques. Villepin anticipe que les élections municipales vont le révéler de façon éclatante. Lui non plus n’a pas de parti mais il croit que l’heure est venue de rassembler les bonnes volontés de centre droit et de centre gauche en déshérence. Cela rappelle furieusement la proposition d’Emmanuel Macron, qui reprenait celle de François Bayrou. C’est un vieux fantasme qui tout à la fois ne fonctionne pas (on le mesure chaque jour) et qui a une réalité politique, celle d’un espace qui ne se reconnaît pas dans des propositions fermes et tranchées. Villepin enjambe les candidatures de Xavier Bertrand, Edouard Philippe, Raphaël Glucksmann, Bernard Cazeneuve et François Hollande. Il n’en parle même pas. Il pense être le seul à pouvoir occuper cet espace de la raison et de la tradition.

Il pense pouvoir compter sur le consensuel respect qu’il inspire au-delà des familles politiques quand il affirme une politique fondée sur le droit international notamment au Proche-Orient ; quand il évoque la souveraineté et la puissance de la France ; quand il parle des pays du Sud. Les insoumis et les électeurs d’extrême droite ont leur candidat mais la force de Dominique de Villepin, le croit-il, il ne suscitera pas de surmobilisation contre lui au second tour. 

Villepin sait que l’élection ne devrait pas se jouer principalement sur les enjeux internationaux. Il commence à étoffer un discours reconnaissable aux oreilles d’un électorat raisonnable. La nation et son unité à conforter, l’État et son efficacité à reconstruire, la République et ses valeurs à défendre. Ce n’est pas encore très fourni ni très précis – et surement pas très innovant – mais cela couvre large, embrassant les service publics, les inégalités et le pouvoir d’achat. Ce classicisme pourrait rassurer les inquiets de l’identité. 

Villepin n’est qu’au début d’un chemin. Il lui faudra dire ce qu’est sa proposition politique au-delà des principes. Ce qui est utile pour être situé et pour donner sens aux multiples propositions mais qui ne suffit pas. La façon dont il va traduire ces principes, c’est là que va s’effectuer le partage des eaux. Villepin est un homme de droite, sûrement l’un des derniers gaullistes, et il est un homme d’ordre, qui entend redonner vie aux hiérarchies sociales et qui n’a pas le goût des idées neuves pour faire face au nouveau monde.

Enfin, la totale solitude de Villepin est une faiblesse structurelle. Vouloir diriger un pays est affaire collective. Et affaire de diversité des expériences et des idées. Ce n’est pas son fort.  Plusieurs fois déjà Villepin a cru pouvoir être une solution pour la France. Cela n’a jamais pris. La conjonction du vide au centre de l’échiquier politique et de la montée des enjeux internationaux peuvent lui offrir une chance d’émerger. De là à convaincre une majorité ?

Catherine Tricot

🔴 DEVOIR DE MÉMOIRE DU JOUR

Être Charlie, sans blague ?

11 ans après l’attentat qui a décimé la rédaction de Charlie Hebdo, la question demeure : que reste-t-il de son esprit ? Le 7 janvier 2015, nous étions Charlie au nom d’une liberté de la presse non négociable (sans ignorer pour autant les dérives racistes déjà à l’œuvre dans le journal) parce que rien, jamais, ne justifie le meurtre ; mais l’« esprit Charlie », forgé dans l’irrévérence libertaire de Hara-Kiri, s’était dissous sous la direction de Philippe Val au rythme d’une époque où une gauche déboussolée, après l’effondrement du soviétisme et la conversion libérale du socialisme, s’est raccrochée à une République abstraite, bientôt instrumentalisée par le récit du « choc des civilisations » et la guerre contre l’islamisme. De la laïcité apaisée à la stigmatisation des musulmans, le renversement est lourd de dangers : transformer l’« esprit Charlie » en machine de guerre idéologique, ce serait, paradoxalement, donner raison à ceux qui ont voulu, en 2015, substituer la critique par les armes à l’arme de la critique.

ON VOUS RECOMMANDE…

Il y a 30 ans décédait François Mitterrand, le dernier président socialiste. A cette occasion, France 2 et la RTBF ont produit une mini-série qui raconte près de 60 ans de sa vie politique. Mitterrand confidentiel se concentre sur les zones troubles et d’ombres de sa vie personnelle et politique. Sa jeunesse sous Vichy, le vrai faux attentat de l’Observatoire pour relancer sa carrière, les écoutes téléphoniques de l’Élysée, sa double vie avec Anne Pingeot, sa maladie. Les évènements politiques majeurs servent de trame de fond. On attendra encore une série politique qui ose parler de politique : la télé française est bien docile. Deux raisons pourtant de regarder cette mini-série : l’incarnation juste de Denis Podalydès mais aussi les relations entre François et Daniele Mitterrand. Elles furent difficiles mais libres. Cela me rappelle que Léon Blum aussi aima une femme de tête, plus à gauche que lui. Ça vaut pardon. Provisoirement.

C.T.

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06.01.2026 à 12:21

🔴 DÉBANDADE DU JOUR

la Rédaction

Pas de Nobel, pas de chocolat Maria Corina Machado, prix Nobel de la paix et égérie de l’extrême droite vénézuélienne, a bien cru son heure venue. Elle avait toutes les raisons de croire que son idole Donald Trump lui octroierait sa bénédiction pour prendre la relève de Nicolas Maduro. Que nenni. Donald Trump a été…
Lire + (239 mots)

Pas de Nobel, pas de chocolat

Maria Corina Machado, prix Nobel de la paix et égérie de l’extrême droite vénézuélienne, a bien cru son heure venue. Elle avait toutes les raisons de croire que son idole Donald Trump lui octroierait sa bénédiction pour prendre la relève de Nicolas Maduro. Que nenni. Donald Trump a été cash : « Je pense que ce serait très difficile pour elle d’être la dirigeante. Elle n’a pas le soutien ni le respect à l’intérieur du pays. C’est une femme très gentille, mais elle n’a pas le respect », ajoutant au passage : « Si elle avait refusé le prix Nobel en disant ‘Je ne peux l’accepter car il revient à Donald Trump’, elle serait présidente du Venezuela aujourd’hui. » Comment a réagi Maria Corina Machado ? Elle s’est prosterné et a demandé pardon, se disant « disposée » à lui partager son Nobel… Et puis, de toute façon, Donald Trump l’a annoncé, il n’y aura pas d’élections avant que les États-Unis aient « remis le Venezuela sur pied ».

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06.01.2026 à 11:55

Budget : la grève des médecins n’est qu’un début

Pablo Pillaud-Vivien

En se mobilisant massivement, les médecins libéraux envoient un signal politique fort. Le budget de la Sécurité sociale craque dès les premiers jours de 2026. Depuis hier, lundi 5 janvier, les médecins libéraux sont en grève. Un mouvement rare, et donc politiquement significatif. Selon les syndicats, entre 60 et 70% des cabinets ont fermé leurs…
Texte intégral (1258 mots)

En se mobilisant massivement, les médecins libéraux envoient un signal politique fort. Le budget de la Sécurité sociale craque dès les premiers jours de 2026.

Depuis hier, lundi 5 janvier, les médecins libéraux sont en grève. Un mouvement rare, et donc politiquement significatif. Selon les syndicats, entre 60 et 70% des cabinets ont fermé leurs portes, avec des pics à plus de 80% dans certains territoires déjà marqués par la pénurie médicale. Autrement dit : ce n’est ni un coup de semonce symbolique, ni une agitation marginale. C’est un décrochage net, le premier étage de la fusée du budget de la Sécurité sociale qui se détache en plein vol. Ou, pour filer une autre métaphore, la première horreur du musée que l’on aperçoit… avant de comprendre que la visite ne fait que commencer.


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Pourquoi cette grève ? Les raisons immédiates sont connues, mais trop souvent caricaturées. Les médecins mobilisés dénoncent d’abord un budget de la Sécurité sociale structurellement insuffisant, incapable de répondre à des besoins de santé en constante augmentation : vieillissement de la population, explosion des maladies chroniques, dégradation de l’accès aux soins. À cela s’ajoute un durcissement du contrôle des prescriptions, notamment des arrêts de travail, vécu comme une mise sous tutelle technocratique du soin. Ils contestent également des dispositions permettant aux pouvoirs publics de baisser de manière autoritaire les tarifs de certains actes, en court-circuitant le dialogue conventionnel et donc toute forme de négociation collective. Cette colère est attisée par les menaces récurrentes sur la liberté d’installation, au cœur de plusieurs textes actuellement en discussion au Parlement, perçues comme un nouvel outil coercitif plutôt qu’une réponse sérieuse aux déserts médicaux.

Mais s’arrêter à cette liste serait manquer l’essentiel. Car cette grève ne surgit pas dans le vide : elle est le produit d’années de pilotage budgétaire à courte vue, d’objectifs comptables érigés en boussole unique, d’une Sécurité sociale fragilisée par un mode de gestion (notamment le paiement à l’acte) jamais réellement remis en question, et par des budgets visant moins à répondre aux besoins qu’à comprimer l’offre. Le budget voté cet automne n’a rien inventé ; il a simplement révélé, plus brutalement que les précédents, la logique à l’œuvre. Une logique où l’on prétend répondre à des besoins croissants avec des enveloppes contraintes, où l’on parle de prévention tout en rationnant l’exercice quotidien du soin, où l’on remplace la confiance par le contrôle.

Cette grève éclate dans le sillage d’un débat budgétaire confus, heurté, dégradé, dont ni la politique ni la démocratie ne sont sorties grandies. On a beaucoup commenté les tactiques parlementaires, très peu ce que ce budget allait produire concrètement dans la vie des gens. Les médecins libéraux, aujourd’hui, en font l’expérience directe. Les patients s’en rendront compte demain.

Cette grève met aussi en lumière un malaise politique plus large. À gauche, une gêne est perceptible. Parce qu’il émane des médecins libéraux, le mouvement suscite soupçons et réticences, comme s’il s’agissait d’un réflexe corporatiste de notables soucieux de préserver leurs rentes. C’est une erreur politique : les médecins libéraux ne forment pas un bloc homogène de privilégiés coupés du reste de la société. Beaucoup exercent dans des conditions de plus en plus dégradées, dans des territoires abandonnés, avec des charges croissantes, une pression administrative permanente et un sentiment d’isolement professionnel profond. Les réduire à une caricature sociale empêche de comprendre ce que cette grève dit réellement : non pas la défense de privilèges, mais l’épuisement d’un mode d’organisation du soin rendu intenable par des choix politiques répétés.

Le contexte n’est pas neutre. Cette grève éclate dans le sillage d’un débat budgétaire confus, heurté, dégradé, dont ni la politique ni la démocratie ne sont sorties grandies. Procédures expéditives, rapports de force opaques, récits auto-satisfaits : l’examen du budget de la Sécurité sociale a laissé passer sous les radars des décisions lourdes de conséquences. On a beaucoup commenté les tactiques parlementaires, très peu ce que ce budget allait produire concrètement dans la vie des gens. Les médecins libéraux, aujourd’hui, en font l’expérience directe. Les patients s’en rendront compte demain.

Plus largement, cette séquence révèle un angle mort ancien du débat public : l’absence quasi totale de réflexion structurée sur une politique de santé digne de ce nom. Or la santé n’est pas un secteur parmi d’autres. Elle est l’un des piliers de la République, au même titre que l’égalité des territoires ou la formation des citoyens. La France s’est historiquement construite autour de services publics forts et d’une idée simple mais exigeante : sa richesse, ce sont ses habitants. Il faut donc les éduquer par l’école, par la culture, par les médias, et les soigner tout au long de la vie, de la maternité à la crèche, de l’enfance à l’âge adulte, jusqu’à la dépendance et aux maladies chroniques. En cessant de penser la santé comme un projet politique global, on l’a réduite à une ligne budgétaire à contenir.

On nous explique pourtant que ce budget aurait été substantiellement amélioré, rendu « responsable », presque « acceptable ». La réalité est plus simple, et plus brutale : un gouvernement de droite a présenté un budget de droite. Il n’y a donc aucune raison d’être surpris d’y trouver ce qu’on y trouve : austérité, responsabilisation individuelle, solidarité sociale rabotée méthodiquement. La grève des médecins libéraux n’est pas une anomalie ; elle est le premier symptôme visible de cette cohérence idéologique.

La suite est prévisible si rien ne change. D’autres professions de santé, d’autres secteurs, d’autres étages de la fusée budgétaire risquent de se décrocher. Et le débat public continuera de courir derrière les crises au lieu de les anticiper. En février, le budget de l’État (rejeté en décembre) reviendra devant le Parlement. Ce sera une nouvelle occasion de faire autrement sans croire qu’un mauvais budget peut devenir bon à force d’amendements marginaux, sans confondre responsabilité et résignation, et sans laisser passer l’essentiel en espérant sauver l’accessoire.

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