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26.06.2026 à 14:02

Nos fiertés ne se divisent pas

Pablo Pillaud-Vivien

Peut-on être homosexuel et défendre les musulmans ? Voilà la question qu'un journaliste m'a posée cette semaine. Le sous-texte est clair : les musulmans seraient homophobes, donc indéfendables.
Texte intégral (1050 mots)

Peut-on être homosexuel et défendre les musulmans ? Voilà la question qu’un journaliste m’a posée cette semaine. Le sous-texte est clair : les musulmans seraient homophobes, donc indéfendables.

En plein « mois des fiertés », le petit manège recommence. Certains aiment se donner des airs de courage et opposer les combats. D’un côté, la lutte contre les LGBTphobies, de l’autre, la lutte contre l’islamophobie. Objectif : fabriquer un fossé entre minorités. Les musulmans sont assignés au rôle de problème civilisationnel et on se sert des droits LGBT comme d’un bélier identitaire.


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Disons-le clairement : non, les mondes religieux ne sont pas des espaces où l’égalité des genres, des sexualités et des identités a spontanément droit de cité. Les religions, comme tant d’institutions humaines, charrient des visions naturalisées des rôles sociaux contradictoires avec les matrices de la gauche. Il y a dans les traditions chrétiennes, musulmanes, juives, hindoues (et ailleurs), des forces conservatrices, patriarcales, réactionnaires, qui s’opposent aux droits des femmes, des homosexuels et des personnes trans.

De cette évidence, certains tirent une conclusion frauduleuse : puisque des conservatismes existent dans certains groupes minorisés, il faudrait cesser de les défendre. Mais la gauche n’a jamais eu à défendre des victimes parfaites ! Elle a à défendre des êtres humains, des groupes parce qu’ils sont opprimés, menacés, discriminés – pas parce qu’ils auraient passé avec succès un examen de conformité à nos idéaux.

Il souffle aujourd’hui un vent mauvais d’extrême droite sur tous les continents. Le réactionnariat se pare d’atours neufs, plus connectés, plus décomplexés, plus violents. Le masculinisme reprend du poil de la bête. Des gouvernements, des partis, des influenceurs, des appareils médiatiques réarment partout la vieille guerre contre l’égalité.

On ne combat pas l’homophobie en essentialisant une religion ou en livrant une population au racisme. On la combat en construisant des alliances, pas en jetant les opprimés les uns contre les autres.

Les religions sont mobilisées dans ces poussées rigoristes et réactionnaires. En Inde, le gouvernement de Narendra Modi mobilise l’hindouisme majoritaire pour persécuter les musulmans et durcir un projet nationaliste autoritaire. En Israël, le pouvoir de Benyamin Netanyahou s’appuie sur un imaginaire religieux et identitaire. Aux États-Unis, Donald Trump se rapproche des fractions les plus intégristes du christianisme américain. En Iran, en Afghanistan, au nom de l’islam, des ruptures radicales d’égalité entre les individus sont érigées en système, jusqu’à la prison, la torture, la mort.

Le religieux leur sert de réservoir symbolique, de véhicule pour un projet de domination politique. Ceux qui découvrent l’homophobie ou le sexisme de l’islam se gardent souvent d’une égale sévérité à l’égard des autres conservatismes religieux. Leur boussole n’est pas l’émancipation : c’est la désignation d’un ennemi intérieur.

On opposera alors des chiffres. Il faut les regarder en face. L’Ifop en 2019 montrait un écart considérable entre les musulmans interrogés et le reste de la population sur l’homosexualité : 63% d’entre eux considéraient l’homosexualité comme une « maladie » ou une « perversion sexuelle », contre 14% des catholiques et 10% des personnes sans religion. Que nous disent ces chiffres ? Qu’il existe dans la population musulmane de France des représentations profondément hostiles à l’homosexualité. Que cette réalité doit être combattue politiquement, socialement, culturellement. Mais aussi qu’aucune population n’est figée dans une vérité éternelle. Aucune religion ne produit mécaniquement, de siècle en siècle, des individus identiques à eux-mêmes.

Il faut se souvenir. Il y a cinquante ans, l’intolérance à l’homosexualité en France était massive. En 1975, seuls 24% des Français considéraient l’homosexualité comme une manière acceptable de vivre sa vie ; 42% y voyaient une maladie, 22% une perversion. La société a changé sans pourtant que la doctrine de l’Église catholique n’ait connu de révolution comparable. Ce sont donc bien les transformations sociales, les luttes, les conquêtes culturelles, les déplacements de normes, la visibilité, les existences mêmes des personnes LGBT qui ont travaillé la société et l’ont fait changer. Avec l’égalité femmes-hommes, c’est une révolution politique majeure.

Et c’est une excellente nouvelle et une leçon : on ne combat pas l’homophobie en essentialisant une religion ou en livrant une population au racisme. On la combat en créant les conditions matérielles, culturelles et politiques de l’émancipation. On la combat en construisant des alliances, pas en jetant les opprimés les uns contre les autres.

Nos fiertés ne se divisent pas. Elles ne se marchandent pas. Elles ne se mettent pas au service d’un projet de guerre culturelle contre une minorité. Être du côté des personnes LGBT, c’est être du côté de toutes celles et ceux que l’ordre réactionnaire voudrait remettre à leur place. C’est comprendre que les offensives contre les personnes trans, contre les homosexuels, contre les femmes, contre les musulmans, contre les étrangers, contre les pauvres, procèdent d’un même imaginaire autoritaire : celui d’un monde purgé de ses indociles, réordonné autour de la famille, de la nation, de la virilité, de l’identité.

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26.06.2026 à 14:01

🔴 ÉTUDE DU JOUR

Loïc Le Clerc

C’est quoi un militant aujourd’hui ? « À quoi ressemble le militantisme en 2026 ? » Une question à laquelle la Fondation Jean Jaurès et la Maif tentent de répondre. Dans une étude publiée ce mois-ci, on fait le portrait-robot du militant contemporain. Il est davantage mobilisé par une cause et il est plus autonome que ceux…
Lire + (206 mots)

C’est quoi un militant aujourd’hui ?

« À quoi ressemble le militantisme en 2026 ? » Une question à laquelle la Fondation Jean Jaurès et la Maif tentent de répondre. Dans une étude publiée ce mois-ci, on fait le portrait-robot du militant contemporain. Il est davantage mobilisé par une cause et il est plus autonome que ceux du 20ème siècle. Il n’est plus question de « s’investir dans une organisation » mais de « tenter de convaincre ». Le militant de 2026 se veut radical, au sens de « prendre les problèmes à la racine » pour défendre des causes « urgentes » – le féminisme, l’antiracisme et l’écologie. Pour ce faire, le militant aligne son militantisme à sa manière de consommer, faisant de sa première arme politique sa… carte bancaire. Il structure son environnement social autour de personnes partageant ses idées ; il éprouve un besoin d’actions directes et concrètes ; il exige des « safe places » où exprimer ses ressentis tout en acceptant la violence politique comme moyen d’action – principalement chez les jeunes militants.

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25.06.2026 à 14:22

L’argent magique, c’est pour les armées

Loïc Le Clerc

D'un côté, un budget de l'État où Lecornu cherche à faire des milliards d'économies. De l'autre, une rallonge de 36 milliards sur la loi de programmation militaire.
Texte intégral (905 mots)

D’un côté, un budget de l’État où Lecornu cherche à faire des milliards d’économies et qui n’investit ni dans l’école, ni dans la santé, ni dans l’écologie. De l’autre, une rallonge de 36 milliards sur la loi de programmation militaire votée en catimini par 7 députés et 7 sénateurs. Là, l’argent coule à flot.

Emmanuel Macron espère pouvoir le promulguer en grande pompe avant le 14-Juillet : le budget alloué aux armées va être augmenté de 36 milliards d’ici à 2030. L’objectif est d’atteindre les 76,3 milliards d’euros annuels, soit 2,5% du PIB. Encore un petit effort et la France atteindra l’objectif de 5% fixé par Donald Trump !


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L’armée doit-elle voir son budget augmenter ? C’est un débat légitime. Le problème, c’est que cette rallonge intervient alors que le gouvernement fait des annonces concernant le budget de la France : pas moins de 6 milliards d’économie, dont 2 sur la Sécu. Il rogne sur le budget de la recherche, de la justice et sur le fond vert. Avoir une telle vista, n’est pas donné à tout le monde. Le ministre des comptes publics, David Amiel, se veut radical : « Pour toute dépense supplémentaire qui serait engagée, il y aura à l’euro près l’annulation d’une autre dépense qui était prévue ». Ça rabote partout. 

En l’espèce, il y a un sérieux problème de méthode. Cette hausse du budget des armées s’est décidée en commission mixte paritaire (CMP), par sept députés et sept sénateurs. C’est réglementairement admis mais cela n’en demeure pas moins un fonctionnement anormal du Parlement : une manière de faire qui devient la règle là où elle devrait être l’exception. Le recours à la CMP permet d’établir des majorités nettes, de droite. 

Le fait que cette loi de programmation militaire ne suscite aucun débat national est un vrai problème. Quelle stratégie de défense pour la France ? Là est la question.

Les dernières guerres nous informent des transformations de cet « art » particulier. Le progrès technologique, l’irruption du numérique et des drônes changent profondément la donne et il faut l’intégrer. Ainsi, la France est d’ores et déjà la cible de cyberattaques, notamment dans les hôpitaux. La Russie en pointe dans le domaine – acteurs étatiques et privés – est mise en cause par les autorités françaises. Les drônes viennent perturber les systèmes de défense traditionnelle sur de nombreux fronts (de l’Ukraine à l’Iran). La loi prévoit une redirection en ce sens. Enfin, il y a l’arrivée massive de l’IA dans le domaine militaire avec des enjeux éthiques redoublés : peut-on laisser les armes tuer sans humains pour décider ? Toutes ces transformations justifient une réflexion et une réorientation de nos armées. La représentation nationale doit les piloter. 

Le député LFI Aurélien Saintoul interrogeait à la tribune de l’Assemblée en avril : à quelle stratégie industrielle est adossé ce budget militaire ? L’affaiblissement du tissu industriel pose la question de notre dépendance. C’est d’ailleurs aussi le pari de Donald Trump : les États-Unis, premier producteur mondial d’armes et de munitions, tireront bénéfice d’une augmentation des budgets de défense. Pis, pour certaines armes (notamment les avions), Washington peut en limiter l’usage et conserve le contrôle de toute la chaîne d’éléments indispensables à leur fonctionnement : maintenance, pièces détachées, logiciels, mises à jour ou données de ciblage.

Enfin, il y a  l’enjeu européen : après l’échec du SCAF, l’avion de combat lancé en 2017 par Emmanuel Macron et Angela Merkel, le char européen MGCS pourrait-il subir le même sort, comme l’avait annoncé le chancelier ? Cet échec met en lumière les divergences de stratégies militaires entre une puissance nucléaire comme la France et une puissance continentale comme l’Allemagne. Cerise sur le gâteau des impensés et des non-dits : que devient une stratégie de défense européenne quand les vents de l’extrême droite progressent partout sur le Vieux Continent ?

On est ok pour un débat sur la défense nationale. Mais un vrai. En attendant, ce chèque en blanc n’a aucun sens. Ou plutôt si : il nous empêche de faire face à la bombe climatique qui advient.

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