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27.07.2026 à 07:00

Pedro Sanchez, rouge malgré lui

Loïc Le Clerc

Huit ans que Pedro Sánchez, le dirigeant socialiste, gouverne l’Espagne, en coalition « forcée » avec la gauche radicale. Malgré sa majorité parlementaire de trois sièges, il s’impose en Espagne et parmi les opposants au trumpisme. Retour sur le parcours chaotique d’un social-libéral devenu leader mondial de la gauche.
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Huit ans que Pedro Sánchez, le dirigeant socialiste, gouverne l’Espagne, en coalition « forcée » avec la gauche radicale. Malgré sa majorité parlementaire de trois sièges, il s’impose en Espagne et parmi les opposants au trumpisme. Retour sur le parcours chaotique d’un social-libéral devenu leader mondial de la gauche.

Si l’on vous dit que Pedro Sánchez, c’est tout comme François Hollande, on pourrait trouver ça incongru. Et pourtant… Les deux sont des socialistes, construits par la tendance plutôt libérale de leur parti. Ils souhaitent une société qui s’adapte au marché. Sur le papier, l’élection de l’un comme de l’autre aurait dû mener à la même politique. Mais les circonstances de leur élection divergent, tout comme leur pratique du pouvoir. En ce qui concerne Pedro Sánchez, sa conquête du pouvoir aura été un chemin de croix, où il fut question de choix entre gauche et droite, d’alliances de circonstance et de rapports de force. Une idée contient son parcours politique : seul, il ne peut rien ; avec la droite, il ne peut rien ; reste la gauche…

Pedro Sánchez, dit « Pedro el Guapo » (« le beau Pedro »), a déjà connu cinq élections générales. Deux de perdues, en 2015 et 2016, face au leader du Parti Populaire (PP) de droite conservatrice Mariano Rajoy. Le Parti socialiste espagnol (PSOE) souffrait alors de l’irruption dans le paysage politique du parti issu du mouvement des indignés, le très à gauche Podemos. On parlait alors de « la fin du bipartisme ». Au printemps 2018, alors que le gouvernement s’enfonce dans la crise catalane et dans les affaires, une motion de censure renverse Mariano Rajoy. Pedro Sánchez s’immisce dans la brèche et, par 180 voix contre 169, est investi président du gouvernement. Un gouvernement socialiste et… impuissant. Pedro Sánchez n’aura pas droit à l’état de grâce qui touche habituellement les dirigeants fraîchement élus. En lieu et place : un bourbier sans nom.

Tout ce qu’a fait Pedro Sánchez est lié aux circonstances. Il n’a pas eu d’autre choix que de gouverner avec la gauche radicale. Son socialisme modéré s’est radicalisé à l’épreuve du réel.

Deux événements vont alors marquer l’esprit de Pedro Sánchez. Les élections du parlement andalou en décembre 2018 : la gauche perd cette région autonome au profit d’une droite soutenue par Vox, le tout nouveau parti d’extrême droite. Puis, en février 2019, toute la droite et l’extrême droite organisent une grande manifestation à Madrid pour « l’unité de l’Espagne ». À l’époque, Pedro Sánchez comprend deux choses : le renouvellement d’une relation pacifiée entre Madrid et Barcelone sera centrale car, sinon, le danger est de voir les nostalgiques du franquisme recouvrir le pouvoir.

Un candidat qui penche au centre

Pedro Sánchez sent les choses et aime les paris. Son premier budget vient d’être rejeté par les députés, aussi déclenche-t-il des élections anticipées, en avril 2019, avec l’espoir d’y voir se dégager une majorité. 75% de participation : l’enjeu a été compris. Le PP se dote d’un jeune candidat, Pablo Casado, pour tenter de remonter la pente, mais son électorat s’éparpille entre son allié centriste (Ciudadanos) et Vox. Le PP y perd la moitié de ses députés. La voie semble libre pour Pedro Sánchez, d’autant que Podemos est rongé par les querelles internes. Pour autant, le PSOE n’y arrive pas. Il arrive en tête, mais il hésite. Il ne sait vers quel côté de l’échiquier se tourner pour trouver des alliés. Incapable de construire le moindre compromis et donc sans majorité… c’est l’échec.

Le pays est en ébullition. L’extrême droite (mais aussi une bonne partie de la droite) s’insurge contre l’exhumation de la dépouille du dictateur Franco de son mausolée. Les dirigeants catalans, impliqués dans le référendum sur l’indépendance de la Catalogne en 2017, sont condamnés et emprisonnés à Madrid, déclenchant la colère des manifestants.

Il y a urgence. Pedro Sánchez convoque alors de nouvelles élections, en novembre 2019. La gauche perd un peu – notamment Podemos qui vient encore de connaître une scission –, la droite se refait légèrement la santé, l’extrême droite double ses sièges et atteint 52 députés. L’Espagne quitte la séquence de protestation et d’occupation des places pour devenir un État divisé en trois : gauche/droite/extrême droite. Pedro Sánchez tente une dernière fois de former un gouvernement exclusivement socialiste… Re-échec. Il lui manque 52 voix pour obtenir une investiture – dans une assemblée qui compte 350 élus. Il n’a plus d’autre choix que d’entrer dans le jeu des alliances. Et, en Espagne, cela veut dire de longues nuits blanches à sillonner le pays et, principalement, la Catalogne.

Deux mois de tractations plus tard, le gouvernement Sánchez II est sur pied. Un exécutif inédit composé de socialistes, de communistes et de membres de Podemos. L’accord est validé à 92% par les militants du PSOE. Le PP dénonce une coalition de « communistes et séparatistes ». Près de deux ans après son accession au poste de président du gouvernement,
Pedro Sánchez peut commencer à gouverner. Laborieux… mais le long fleuve tranquille n’adviendra jamais.

Les planètes s’alignent

Pedro Sánchez et Pablo Iglesias, le leader de Podemos désormais vice-président du gouvernement, n’étaient pas faits pour s’entendre. D’un côté, un apparatchik diplômé en sciences économiques qui prend « à la surprise générale » la tête du PSOE en 2014 sur une ligne très centriste. De l’autre, un jeune universitaire, révélé par ses rendez-vous télés, portés par le mouvement des Indignés de 2011, qui rêve de devenir calife à la place du calife.

En 2016, Pablo Iglesias aurait pu réussir le « sorpasso » et faire de Podemos la première force de gauche. Pedro Sánchez, lui, aurait bien pu accéder au pouvoir en alliance avec les centristes. Tout était bouclé pour faire naître un nouveau social-libéralisme. Pedro Sánchez avait promis d’augmenter le salaire minimum de 1%. Il avançait alors des mesures « honnêtes et soutenables financièrement ». Et la gauche n’avait pas de mots assez durs.

Mais les urnes ont parlé, les socialistes réalisent le pire score de leur histoire, la gauche radicale échoue de peu son pari (21% contre 22% pour le PSOE) et c’est la droite qui gagne la manche. L’alliance avec le centre ne mène mathématiquement à rien. Pedro Sánchez tente malgré tout de bloquer le maintien du PP au pouvoir mais, minoritaire au sein de son propre parti, il démissionne de la présidence du PSOE – il fera un come-back éclatant au printemps 2017 avec la promesse d’une censure contre le président Rajoy.

En 2019, il conduit une campagne très offensive contre la gauche de gauche, contre les indépendantistes catalans… Mais au lendemain du scrutin, le compromis est la seule issue. C’est le virage à 180. Dès lors, Pedro Sánchez président n’aura plus rien à voir avec Pedro Sánchez candidat. Le salaire minimum espagnol est augmenté de 66% passant de 736 à 1221 euros. En résulte une hausse de 40% du pouvoir d’achat des 2,4 millions de travailleurs au smic. Le taux de chômage est au plus bas depuis 2008. Tout est dit.

Primé à un concours de circonstances

En 2023, Pedro Sánchez fait un nouveau pari. La gauche prend une énorme raclée lors des élections municipales et régionales : tout a basculé à droite, très à droite. Mais le président du gouvernement croit pouvoir enrayer la pente qui dévale. Dès le lendemain, il annonce la dissolution du Parlement et la tenue d’élections anticipées. Tout le monde prédit le retour en force de la droite, probablement avec le soutien de l’extrême droite. Le pari de Sánchez s’avère gagnant. Il n’arrive pas en tête, mais parvient à maintenir le PSOE à flot ; la gauche à laquelle participent les communistes, Sumar, perd une dizaine de députés ; la droite surperforme mais, même avec l’appui de l’extrême droite, elle n’obtient pas la majorité. La large coalition de gauche et des indépendantistes réunit 179 députés. La majorité est à 176. Pedro Sánchez n’est pas un équilibriste mais un magicien. Patatras : Podemos quitte le navire du gouvernement Sánchez III. Mais la formation de Pablo Iglesias est l’ombre d’elle-même. La gauche radicale est désormais incarnée par la ministre du travail Yolanda Díaz. Pedro Sánchez se vante d’avoir « le gouvernement le plus progressiste de l’histoire ». C’est vrai.

Personne ne sait quelles sont les convictions profondes de Pedro Sánchez, mais il faut lui reconnaître son appétence pour les prises de risque, les démarcations inattendues et son talent de funambule.

Pedro Sánchez est l’homme qui a dit non à Donald Trump et a refusé d’augmenter ses dépenses militaires  : « J’ai à construire des écoles et des hôpitaux », assène-t-il. Il est aussi celui qui a régularisé 500 000 personnes en situation irrégulière. La droite mondiale le déteste parce qu’il condamne le génocide israélien à Gaza et porte haut les couleurs du droit international. Il s’oppose aux guerres américaines, toujours au nom du droit international. Il prend le lead de la gauche mondiale, rassemble tous les dirigeants progressistes pour des causes variées et multiples : aider Cuba face aux sanctions économiques des États-Unis ; reconnaître l’État palestinien ; refuser les hausses des dépenses militaires exigées par la Maison-Blanche. Donald Trump veut sa tête alors tout le monde se met à l’adorer.

Pour les Espagnols, l’action de Pedro Sánchez ne se résume pas à la politique internationale. Vis-à-vis de la Catalogne, les tensions se sont apaisées. Pedro Sánchez a notamment accordé l’amnistie aux prisonniers politiques du référendum. Les droits des travailleurs ? Renforcés. Les inégalités
fiscales ? Amoindries. L’euthanasie ? Légalisée. Le congé parental ? Allongé et rendu plus égalitaire entre femmes et hommes. Les loyers, les factures de gaz et d’électricité ? Plafonnés. Les symboles franquistes dans l’espace public ? Interdits. La lutte contre les violences sexuelles ? L’Espagne en est devenue le fer de lance. Et en matière d’écologie, le royaume ibérique est un pays où l’énergie est principalement issue du renouvelable. Et le tout avec une des économies les plus dynamiques d’Europe. Autant de mesures qui mettent hors d’elle la droite espagnole.

Sánchez, suite et fin ?

Tout ce qu’a fait Pedro Sánchez est lié aux circonstances. Il n’a pas eu d’autre choix que de gouverner avec la gauche radicale. Son socialisme modéré s’est radicalisé à l’épreuve du réel. Dans les habits du progressiste qu’il n’aurait jamais dû être, Pedro Sánchez s’est vu galvanisé. Son aura a rayonné bien au-delà des frontières de l’Espagne, de l’Europe. Mais rien n’aurait été possible sans la menace croissante de voir l’extrême droite portée au pouvoir par la droite. La réponse de son gouvernement : non abdiquer mais s’opposer dans les faits. Pedro Sánchez semble le seul en mesure d’incarner un rempart au néo-franquisme. Malgré lui. L’histoire est ironique.

Pourtant depuis 2024, la pyramide de cartes vacille dangereusement. Les scandales de corruption éclaboussent son entourage, ses très proches au sein du PSOE, depuis son frère David Sánchez et jusqu’à son épouse, Begoña Gomez. Il a aussi perdu l’appui des indépendantistes de droite catalans (7 élus). Son gouvernement est désormais minoritaire. Déjà, le reste de la gauche se cherche une issue : comment faire sans Pedro Sánchez, sans faire gagner l’extrême droite ? Mais le bougre n’a pas dit son dernier mot : il est au plus haut dans les sondages !

En 2019, Pedro Sánchez avait publié une biographie intitulée Manuel de résistance. En matière de colonne vertébrale politique, on repassera. Personne ne sait quelles sont les convictions profondes de Pedro Sánchez, mais il faut lui reconnaître son appétence pour les prises de risque, les démarcations inattendues et son talent de funambule. Quant à son action politique, elle se place désormais au premier rang des exemples pour les gauches européennes – même Jean-Luc Mélenchon en dit du bien ! Lors de sa cérémonie d’investiture, Pedro Sánchez n’avait prêté serment que sur la constitution, pas sur la bible et sans aucun artifice catholique comme c’est l’usage. Pedro Sánchez, rouge malgré lui.

Cet article est extrait de notre numéro « RN, climat, IA : faut-il s’adapter ? », paru en juin 2026.

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24.07.2026 à 10:35

TRIBUNE. Pour une pratique queer-féministe-antiraciste de l’adversité politique

Collectif

Après l’interruption du concert de Barbara Butch, trois féministes interrogent les ressorts d’une mobilisation qui, au nom de la cause palestinienne, a pris pour cible une artiste juive, lesbienne et grosse. Sans rien céder à la critique de ses positions politiques, elles alertent sur les logiques antisémites, misogynes et punitives qui peuvent traverser la gauche et plaident pour une éthique queer, féministe et antiraciste de la lutte politique.
Texte intégral (4376 mots)

Cléo Cohen, cinéaste et autrice de documentaires radiophoniques, Alexia Levy-Chekroun, doctorante en philosophie politique, et Juliette Rousseau, autrice et éditrice, interrogent les ressorts d’une mobilisation qui, au nom de la cause palestinienne, a pris pour cible Barbara Butch. Sans rien céder à la critique de ses positions politiques, elles alertent sur les logiques antisémites, misogynes et punitives qui peuvent traverser la gauche et plaident pour une éthique queer, féministe et antiraciste de la lutte politique.

Soutenir la loi Yadan, et ses potentielles dérives liberticides, était une erreur selon nous. On ne lutte pas contre l’antisémitisme depuis la construction d’un flou juridique concernant la définition même de ce que constitue la “délégitimation d’Israël”. Ce flou juridique étant susceptible de museler l’opposition aux agissements de Tsahal, et de remettre en cause l’existence des structures d’oppression responsables de la destruction génocidaire de Gaza — qui frappe aujourd’hui encore, quotidiennement, les Palestinien•nes. En outre, un tel flou juridique n’aurait été que peu propice au questionnement – et à la remise en cause – de la forme d’organisation politique État-nation, ainsi que de ses affinités avec des rationalités coloniales, ni n’aurait permis d’en aborder les alternatives. Une forme d’organisation politique dont les conséquences, à l’œuvre depuis la création de l’État d’Israël, apparaissent particulièrement intolérables depuis les massacres du 7 octobre. La loi Yadan n’aurait, ainsi, pas permis de questionner – intellectuellement et humainement – les alternatives à ce format stato-national. Et c’est en ce sens que la signature de Barbara Butch constituait une erreur politique. 

Mais rappelons que d’autres personnalités figurent parmi les signataires. On y trouve, notamment : Manuel Valls, Bernard Cazeneuve, Boualem Sansal ou encore Omar Youssef Souleimane. Personnalités qui, par leurs prises de position à Matignon/l’Élysée, ou leurs productions textuelles, ont activement contribué à la justification du génocide. Ou, dans le “moins pire” des cas, ont obstrué la critique des rhétoriques réactionnaires structurant l’espace socio-politique français. L’activité publique de ces personnalités a donc infiniment plus d’impact que celle de Barbara Butch – qui, rappelons-le, n’est ni une femme politique, ni écrivaine. Et pourtant, ces mêmes personnalités publiques ne font pas l’objet d’un investissement militant aussi énergique. Comme s’il était tout simplement plus « jouissif » de s’attaquer à une lesbienne-juive-grosse (car plus vulnérabilisée), plutôt qu’à un homme de pouvoir, politique ou écrivain. Comme s’il était politiquement plus « productif » de guetter l’humiliation répétée d’une lesbienne-juive-grosse, plutôt que de s’organiser pour un face à face avec des hommes de pouvoir. Comme s’il était plus facile aussi, de s’en prendre à une artiste dont le cœur de métier (faire danser les gens) peut sembler – depuis une conception cispatriarcale de la lutte sociale – dépolitisé, voire tellement inoffensif et anecdotique, au point de l’ériger en proie facile. Il y a des corps, et des existences, dont l’humiliation réveille une jouissance inscrite de longue date dans l’imaginaire collectif. La punition est d’autant plus susceptible d’emporter l’adhésion qu’elle permet de réaffirmer les normes dominantes.

Samedi dernier, la DJ Barbara Butch a été empêchée de jouer lors d’un festival où elle était programmée à Grenoble. Une centaine de manifestant.es se sont opposé.es à sa performance, tandis qu’elle était la cible de projectiles (en atteste un journaliste de Libération présent ce soir-là, ainsi qu’une enquête de médiapart) et ce jusqu’à lui faire quitter la scène. Cette action est la dernière étape d’une campagne d’appel au boycott de l’artiste initiée par la section locale de LFI il y a plusieurs mois, et qui avait tenté – sans succès – de faire annuler son concert. Deux raisons sont ici invoquées pour justifier le boycott. Elle a, d’une part, joué à une fête privée à l’ambassade de France à Tel Aviv l’année passée, durant le génocide à Gaza. Elle a d’autre part, plus récemment, signé une tribune en soutien à la loi Yadan. Deux signaux politiques qui méritent, effectivement, d’être interrogés depuis une perspective critique et dont nous devons avoir la possibilité d’en débattre au sein de notre camp politique. Tout comme nous devons pouvoir tenir les personnalités publiques responsables de leurs actes, lorsque ceux-ci contribuent – d’après nous – à aggraver ou invisibiliser les maux du monde.

On pourrait nous répondre que ce dont il s’agit avant tout, c’est de la façon dont Barbara Butch s’est “compromise” dans ses positions politiques – et non pas de qui elle est. Mais étrangement, alors même que de nombreux artistes se compromettent régulièrement avec d’autres régimes fascistes et génocidaires (qu’il s’agisse de la Russie, de la Chine, de l’Iran ou encore des Émirats Arabes Unis), ils ne subissent pas le même ciblage, la même puissance de boycott, ni même une commune focalisation de la part de l’opinion publique militante. On peut ainsi aller donner des concerts à Dubaï ou intervenir dans des festivals de cinéma en Russie, sans trouver personne – ou presque – pour venir vous rappeler le sort des populations soudanaises et ukrainiennes. Et encore moins pour vous empêcher d’exercer. Comme si, du fait de sa judéité, l’erreur politique de Barbara Butch prenait d’autant plus la forme d’une trahison.

Pourquoi Barbara Butch ?

Beaucoup affirment en effet que les attaques “pacifistes” contre Barbara Butch auraient été menées, non pas au nom de sa judéité, mais seulement à cause de ses positionnements politiques “sionistes”. Beaucoup affirment être parfaitement capables d’identifier la force motrice de leurs critiques : un élan de l’intellect ne répondant qu’à un désir de justice – et non pas, bien sûr, à un raisonnement antisémite. Pourtant, bien des travaux en philosophie et sociologie démontrent que le racisme n’est pas seulement une affaire d’intentionnalité. Les comportements racistes (incluant donc ses variantes antisémites) ne sont pas seulement le fruit d’une intention, conscientisée, de nuire à l’autre en raison de son appartenance minoritaire. Il ne s’agit pas seulement d’attaques localisées, spontanées, conjoncturelles. Il ne s’agit pas non plus seulement d’attaques au couteau, d’insultes au détour d’une rue, ou de tags dérogatoires sur un mur. Le racisme est, en effet, avant toute chose une structure cognitive. Il se localise, en premier lieu, dans l’arène de l’inconscient (cf. Greenwald & Banaji, 1995). Le racisme est un filtre, depuis lequel le réel est lu, et rendu intelligible. Comme l’évoquait Sartre dès 1946, le racisme est une matrice explicative du monde. Et cette matrice conduit à lire dans le comportement de “membres” de X ou Y communautés minoritaires, la source substantielle – et originelle – de l’état déplorable du monde. Dans le cas présent, ce n’est pas un hasard si le comportement de Barbara Butch est perçu comme particulièrement responsable des massacres des dernières années. Et ce, plus encore que les autres signataires (même s’ils sont hommes d’Etat ou écrivains) de cette tribune, ou que les autres artistes qui se produisent en Chine ou Emirats Arabes Unis (alors que ces Etats sont aussi accusés de commettre des génocides). 

De nombreux travaux en philosophie politique d’inspiration décoloniale, comme ceux de Gil Anidjar, démontrent en effet que les concepts et rationalités qui structurent les espaces politiques occidentaux ne sont pas neutres. Dans la lignée des épistémologies des Suds et féministes, ces travaux nous enseignent que les matrices d’explication du réel, irriguant les cultures politiques occidentales, sont pré-configurées par l’univers chrétien. Nous vivons encore, aujourd’hui, en 2026 en plein christianisme. Et ce, même si l’Etat – et la vieille gauche laïcarde française – affirment que les “religions” ne peuvent interagir avec l’espace public et politique. Or, si nous habitons encore l’épistémologie chrétienne, il n’est pas inutile de se souvenir des représentations du monde produites – et reconduites – pendant des siècles en Europe chrétienne. Il en est une, dont l’actualité est particulièrement saillante : celle de la figure du Juif comme pécheur-coupable. Le Juif, dans la cosmologie chrétienne, est coupable pour deux raisons. D’une part, car refusant la vérité transcendantale du Christ, le Juif apparaît comme une figure d’entêtement. Un entêtement particulièrement agaçant, puisque celui-ci retarderait la rédemption de toustes. Cette doctrine de la rédemption, ainsi conçue comme dissolution des particularismes individuels/collectifs dans la figure abstraite et universelle du Christ, fut fondée par Paul de Tarse. Elle considère que la vérité du Christ serait dotée d’une aptitude à transcender toute circonstance particulière, et toute identité située, pour ainsi produire une rédemption universelle, abstraite, dénuée d’ancrages empiriques et de positionnalités spécifiques. Elle considère que “la fin de l’Histoire”, le temps de la pacification de tous les conflits, ne se produira que par ralliement — via domestication des particularismes ‘identitaires’ — à la vérité du Christ. Le “bon côté de l’Histoire” étant, in fine, celui du ralliement à la vérité christique. Cette doctrine de la rédemption ‘universelle’, par domestication des particularismes locaux/situés, est au cœur d’une logique coloniale: une logique d’imposition d’une perception du réel à l’Autre, via l’injonction à la conversion au christianisme. Cette logique coloniale fut à la fois mise à l’œuvre au sein des frontières européennes (en ciblant de nombreux Juifves), et extra-européennes (ciblant de nombreuses populations autochtones). Et d’autre part, la figure du Juif comme intrinsèquement doté d’une propension à trahir et tuer : puisque ce seraient les Juifves qui auraient mis le ‘Christ sur la croix’. Ce seraient les Juifves qui, refusant obstinément d’adhérer au message du Christ, seraient allés jusqu’à vouloir anéantir l’existence même de sa ‘vérité’ – en tuant le Christ lui-même. Le Juif est donc perçu comme entêté et égoïste – du fait de son refus de se joindre aux avancées de l’Histoire universelle – au point d’en devenir meurtrier.

Ces représentations du monde n’ont pas disparu avec l’avènement de la modernité européenne, et de ce que l’on appelle, aujourd’hui, la “sécularisation”. Elles ont muté, circulé, de manière à constituer ce que le philosophe Yves Citton qualifie d’“écologie de l’attention” : à savoir, un cadrage – ou filtrage – situé de nos perceptions du réel. Le racisme (dont l’antisémitisme) n’est jamais seulement affaire d’attaques localisées, spontanées, conjoncturelles. Il est également synonyme de structures cognitives qui orientent, d’une manière plutôt qu’une autre, nos expériences du réel. Des structures cognitives qui nous poussent à accorder plus d’attention à X objet (physique ou discursif), plutôt qu’à Y. Des structures cognitives qui nous poussent à croire que telle personne est tendanciellement plus coupable, plus orientée vers l’égoïsme insensible et meurtrier, qu’une autre. Nous l’avons dit, le racisme est une structure cognitive, qui oriente inconsciemment nos colères et frustrations vers des individus situés en raison de leur appartenance communautaire. Il ne suffit donc pas de dire: “Je ne la critique pas en tant que juive, mais en tant que sioniste”, pour que la critique ne soit pas antisémite. Le racisme/antisémitisme se situe, également, dans l’architecture cognitive qui pousse à vouloir la punir elle – plutôt que d’autres complices de génocides ou soutiens de la loi Yadan – pour l’état déplorable de l’Humanité.

L’antisémitisme ne se résume pas à l’intention

Dans toute écologie de l’attention, il y a ce que l’on regarde beaucoup, que l’on charge de nos projections, et ce que l’on ignore : à qui ou quoi l’on fait le cadeau de la neutralité. Durant la campagne des élections municipales, la photographie d’un candidat LFI à la mairie de Grenoble avait déclenché une petite polémique, vite oubliée comme elles le sont presque toutes. On y voyait l’homme posant en costume, les jambes écartées, aux côtés d’un malinois (icône s’il en faut de l’exploitation animale à des fins répressives). Légendée “en route pour conquérir Grenoble”, la photo répondait aux codes de forces, de masculinité et de conquête habituellement propres à l’extrême-droite (quelques mois plus tôt, Bruno Retailleau avait lui-même déclenché une polémique en posant avec un malinois). Désormais élu à la municipalité de Grenoble, Allan Brunon – c’est son nom – est aussi celui qui a mené l’action visant à empêcher Barbara Butch de performer ce samedi. Il est également accusé d’avoir poussé au départ deux élu.es de son groupe au début du mois de juillet, après que ceux-ci aient dénoncé un climat de violence et des propos homophobes tenus par Brunon lui-même. Une dizaine de jours plus tard, Brunon est là, au concert de Barbara Butch, accompagné d’une foule et de nombreux hommes cisgenres —  tous semblant se réjouir de l’humiliation d’une lesbienne juive et grosse sur scène. Là aussi, comment ne pas interroger l’absence de curiosité d’une grande partie de notre camp politique qui, se revendiquant de l’émancipation et du féminisme, semble ne pas “voir” ni interroger la personnalité de Brunon, quand celui-ci présente déjà un certain nombre de traits fortement marqués par une masculinité toxique et homophobe ? 

Comment donc ne pas s’interroger sur les motivations de l’action ? Pense-t-on sincèrement que l’humiliation de Barbara Butch va générer une quelconque forme de justice réparatrice envers le peuple palestinien ? Ou bien, que ce harcèlement (qui n’est plus simplement un boycott) est véritablement susceptible de générer une réflexion collective critique ? Comment ce genre d’action peut-elle créer les conditions pour créer une communauté politique qui ne repose pas sur la déshumanisation de qui que ce soit ? Ou encore de rallier le plus grand nombre à la lutte antifasciste, alors même que l’extrême-droite est à nos portes ? Comment se fait-il que notre camp politique – habituellement si avide de lectures critiques anti-carcérales et post-punitives – soit capable de lire dans l’humiliation répétée d’une artiste juive-lesbienne-grosse le signe d’un horizon meilleur ? 

Nous devrions toujours nous méfier des postulats binaires, et leur appel implicite au fantasme de pureté, qui font systématiquement passer par dessus bord la texture complexe de la vie réelle. Exiger des minorisé.es l’exemplarité ou l’innocence – pour leur accorder soin et solidarité, pour les reconnaître comme des interlocuteur.ices dignes, y compris dans le désaccord –, c’est refaire le jeu d’une norme qui place systématiquement la neutralité du côté de la domination, et la suspicion du côté des dominé.es. A l’inverse, nous avons la responsabilité de faire nôtres les implications d’une critique politique susceptible d’inflammer encore plus ce qui l’est déjà. Oui, nous sommes responsables des conséquences réelles de nos actions, quelle que soit la cause qui les motive. Attaquer publiquement une personne minorisée n’est jamais anodin, ni neutre. Le faire en appelle à une éthique de la responsabilité politique, une éthique queerfem, antiraciste, intéressée à ne pas jouer les existences les unes contre les autres. 

Il nous faut donc redoubler de vigilance : à la fois vis-à-vis de la forme, et de la finalité, propres à ces modes d’action. Il nous faut interroger leurs effets insidieux : leur propension à libérer de la violence – et des affects punitifs – à l’encontre des minorités de genre/personnes queer juives… Mais également, leur prédisposition à offrir un boulevard aux instrumentalisations de la lutte contre l’antisémitisme, ainsi qu’à la polarisation à laquelle travaille activement toute une partie du spectre politique français. Quant aux objectifs que l’on pourrait attendre d’une telle action : lutter contre l’invisibilisation du génocide à Gaza et de la situation au sud-Liban, empêcher la normalisation de la politique de colonisation israélienne, qu’en reste-t-il passé ce coup d’éclat ? Pas grand-chose, car force est de constater qu’une fois de plus, la focale se déplace sur les enjeux nationaux plutôt que sur les victimes réelles – qui, elles, disparaissent derrière les mots d’ordre. Et ce sont ceux qui prétendent leur faire justice qui, finalement, prennent toute la lumière. Quant aux droites et aux extrêmes-droites israéliennes : non seulement de tels modes d’action ne génèrent aucune incidence sur elles, mais ils n’en ont pas non plus sur les institutions et entreprises complices du génocide. Au contraire, l’impossibilité – pour une artiste juive – de pouvoir se produire, sous les rires masculinistes d’un élu, permet à nouveau de présenter l’antisémitisme comme inhérent à la gauche pro-palestinienne ; et toute vie juive hors d’Israël, comme vouée à la persécution.

Peut-on lutter en humiliant ?

Pour désigner la mécanique qui consiste à chosifier certaines existences, y compris à faire de cette chosification l’espace d’une identification commune, la théoricienne féministe Rita Segato parle de “pédagogies de la cruauté”. Vouloir répondre à une pédagogie cruelle par une autre est une voie sans issue. Rita Segato propose alors de penser les “contre-pédagogies de la cruauté” comme autant de pratiques visant à aller contre la désubjectivation que produisent racisme et patriarcat. Ces contre-pédagogies devraient, selon elle, travailler à vitaliser les liens collectifs et les communautés, afin de lutter contre la logique même de chosification. En d’autres termes, on ne luttera pas contre la banalisation de la violence, imprimée massivement à certains groupes sociaux, par l’exercice d’une autre forme de violence banalisée – car, à la fin, c’est toujours notre capacité collective à ne pas déprécier la vie qui perd. Ces propositions nous semblent intéressantes à l’heure où il s’agit de nous interroger sur ce qui distingue une juste critique militante d’une focalisation discriminante. Il nous incombe de chercher à identifier ce qui, parmi les modes d’action mobilisés, relève d’une stratégie efficace… ou d’une culture politique masculiniste, animée par une rationalité politique conquérante, de silenciation, et d’assignation au statut de non-être. Il nous incombe d’identifier ce qui, par mimétisme des techniques conservatrices et réactionnaires, relève d’une reproduction des conditions d’avènement des communautés politiques dysfonctionnelles dans lesquelles nous nous situons aujourd’hui. À ce titre, il n’est pas anodin de constater qu’il n’y avait qu’un pas entre les réactions d’Allan Brunon (ainsi que celles de ses camarades), et celle d’Alain Soral – qui répond à l’affaire en déclarant: “Bien fait la grosse bitch sioniste”.

L’urgence et la nécessité d’une lutte justifient-elles que nous renoncions à tout sens critique quant à nos modes d’action ? Cette question – que l’on pourrait résumer par la tension entre la fin et les moyens – revient en force ces temps-ci. Et ce, alors que les puissances mortifères auxquelles nous devons faire face nous acculent toujours plus. Elle n’est pas nouvelle… Et pourtant elle revient inlassablement, à la faveur des périodes politiques les plus dangereuses, comme une mélodie grinçante. Face aux logiques de “contradiction principale”, d’union sacrée, d’urgence électorale ou de toute autre nature, une éthique queerfeministe et antiraciste de la responsabilité politique doit être pensée. Celle-ci implique de ne jamais renoncer à faire la critique des moyens ; à la faveur d’un horizon caractérisé par une double exigence – de forme et de finalité – émancipatrice. Une éthique qui en appelle à une pratique : c’est-à-dire un mouvement, avec sa part d’auto-critique et sa part de créativité. 

Car militer à gauche, c’est militer pour l’avènement de l’inadvenu, du meilleur. C’est donc rompre avec des rationalités punitives et d’ostracisation si chères aux conservateurs et réactionnaires. Et pourtant, à Grenoble, nous étions loin du compte. Offrir le spectacle des violences faites à une artiste minorisée, c’est rendre possible que d’autres soient attaquées à leur tour. Cela ne signifie pas, bien sûr, qu’il nous faudrait – en retour – diaboliser les élus de la France Insoumise. Mais cela signifie, aujourd’hui, à quelques mois des présidentielles, qu’il devient véritablement urgent que ses élus se saisissent – plus encore que Barbara Butch qui n’a vocation, elle, à ne représenter personne – de leurs responsabilités politiques.  Cela signifie qu’il est nécessaire, comme nous l’enseignent les pensées féministes et décoloniales, de remettre en cause les cultures politiques profondément christo-centrées qui structurent le champ partisan français (et ce, y compris au sein des gauches). Et qu’il est de ce fait urgent de laisser la place et la possibilité  aux Juifves – comme aux autres minorités – de construire des gauches qui soient structurellement façonnées par les enjeux et traditions qui leur sont propres. 

Les réseaux sociaux sont un drôle de cirque. Ils prennent une place monumentale dans nos vies, livrent une version monstrueuse d’un débat public pourtant déjà bien toxique. Depuis samedi, on y voit circuler toutes sortes d’analyses, d’informations non vérifiées au sujet de ce qu’a vécu ou non Barbara Butch. On y voit, d’une part, des gens affirmer qu’elle serait blanche ; niant de facto la racialisation subie – de manière générale – en qualité de personne juive, pour renforcer l’idée, initialement misogyne et antisémite, qu’elle en ferait trop et se victimiserait. On y lit des textes qui, souhaitant lutter à juste titre contre les récupérations réactionnaires et néo-coloniales de l’affaire, érigent carrément – à tort – Barbara Butch en icône de “suprématie blanche”. Or, ce blanchiment des expériences et histoires juives produit une invisibilisation des processus de racialisation qu’iels subissent. Un geste générant, à la fois, l’impossibilité de créer des outils adéquats pour déjouer ces processus de racialisation, mais également,  de favoriser le développement de vies juives diasporiques pérennes et sécurisées. Un geste favorisant, donc, la négation des discriminations racistes et antisémites subies par Barbara Butch ;  tout en bâillonnant, de fait, toute critique juive – du procédé mobilisé à Grenoble – au risque d’être assigné au camp de l’extrême droite. On y voit également des gens qui ne sont ni juifves, ni versés dans l’analyse de l’antisémitisme, expliquer ce qui est – et surtout ce qui n’est pas – antisémite. On y voit des femmes blanches et minces jouir sans gêne de l’humiliation de la DJ, tout en distribuant les bonnes grâces. Et on y voit, d’autre part, et c’est tout aussi problématique, des gens mettre sur le même plan les violences subies par Barbara Butch, et celles infligées aux Palestinien.es et aux Libanais.es. On y voit aussi des individus, se saisir de cette opportunité politique, pour décrédibiliser la lutte pour l’émancipation palestinienne, et/ou pour déverser leur haine sur des communautés minorisées et racialisées en France. On y voit, aussi, des individus malhonnêtes politiquement se saisir de l’affaire pour diaboliser la France Insoumise, et relativiser la menace du Rassemblement National. On y voit des gens faire de cet évènement le signe prétendument irrévocable qu’il faudrait désormais abandonner les gauches : que celles-ci seraient le berceau de l’antisémitisme contemporain, et que le seul champ partisan viable – pour les Juifves – serait celui des droites. Et plus encore : on y compte les points, dans l’idée éternellement reconduite qu’il y aurait un camp du bien, irréprochable, et un autre, perverti par nature. Un camp dont on n’attendrait qu’une seule chose : qu’on le révèle, le supprime, pour qu’enfin un monde apaisé, libéré de toutes ses contradictions advienne. Ici encore, la doctrine chrétienne de la rédemption universelle, par suppression des particularismes, se rejoue. Mais les réseaux sociaux ne sont pas la vraie vie. Car la vraie vie, elle, est impure, inaboutie, en devenir. Elle est aussi plus dure et beaucoup plus belle. Et ce n’est qu’avec elle, qu’en elle, et à partir des liens que nous serons capables d’y nouer – que nous pourrons affronter la vague brune qui commence à déferler.

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24.07.2026 à 07:00

« À part Israël et les États-Unis, le monde entier cherche la paix »

Pablo Pillaud-Vivien

Dans un monde bouleversé par le retour de la brutalité et de l’unilatéralisme, Pascal Boniface dresse un constat sans détour : l’Europe reste prisonnière d’une dépendance aux États-Unis. Entre « servitude volontaire », déni stratégique et perte de crédibilité internationale, il appelle à une rupture assumée avec l’ordre atlantiste et prendre acte de la montée en puissance du Sud global.
Texte intégral (3786 mots)

Dans un monde bouleversé par le retour de la brutalité et de l’unilatéralisme, Pascal Boniface dresse un constat sans détour : l’Europe reste prisonnière d’une dépendance aux États-Unis. Entre « servitude volontaire », déni stratégique et perte de crédibilité internationale, il appelle à une rupture assumée avec l’ordre atlantiste et prendre acte de la montée en puissance du Sud global.

Regards. De nombreux domaines sont ébranlés par les politiques de Donald Trump, comme les relations transatlantiques. Les Européens se donnent-ils les moyens d’y faire face ?

Pascal Boniface. Quand Donald Trump a été élu, je me suis dit qu’il était si brutal, si excessif, qu’il allait affaiblir les États-Unis et qu’il y aurait des réactions pour s’opposer à lui. En réalité, on s’aperçoit que, bien sûr, la guerre contre l’Iran l’affaiblit parce qu’elle montre l’inanité de la puissance militaire mais on ne peut pas dire qu’il ait perdu sa guerre des tarifs. Beaucoup de pays cèdent, parce qu’ils se disent que seuls, ils ne peuvent pas résister.

Les pays européens ont si peur d’être lâchés par Donald Trump sur l’Ukraine qu’ils acceptent de sacrifier une partie de leur souveraineté. L’accord sur les droits de douane entre les États-Unis et l’Union européenne devait permettre de garder les Américains dans le train pour l’Ukraine. En réalité, les Américains s’entendent avec la Russie et l’aide à l’Ukraine est désormais essentiellement européenne.

« Le Sud global s’est très diversifié, mais tous ces pays ont au moins un point commun : ils considèrent que l’époque où les Occidentaux décidaient seuls des affaires mondiales, sans les informer ni les consulter, est révolue. »

Les Européens ont tellement peur qu›ils sont restés dans le déni. On peut comprendre que le Bangladesh ou le Vietnam n’aient pas les moyens de résister à Donald Trump. Mais l’Afrique du Sud l’a fait, le Brésil le fait. Il serait paradoxal que nous, Européens, continuions cette inféodation. Donald Trump l’a dit franchement : l’OTAN est morte et il préfère davantage un accord avec Poutine qu’avec nous. Il se moque du chancelier allemand, du premier ministre britannique, du président français. Combien de temps allons-nous accepter l’humiliation sans réagir ? Il faudrait qu’il y ait davantage de Pedro Sánchez, davantage de Léon XIV, pour dire franchement : ça suffit.

Quelles sont les valeurs communes avec Donald Trump ? Sur le droit international ? Sur le rapport à la guerre ? Sur le respect des droits humains ? Sur le respect du multilatéralisme ? Nous sacrifions notre indépendance pour continuer à plaire aux États-Unis, en échange d’une protection et d’un système de valeurs communes qui n’existent plus. Il est temps de sortir de ce déni de réalité et de s’opposer frontalement à Donald Trump.

Sur quoi repose encore la puissance américaine ?

Ce qui fait la puissance, c’est d’abord la perception de la puissance. Donald Trump est fort parce que nous sommes faibles et parce que nous avons peur : peur de ses colères, peur de ses foucades. Il joue au fou, alors qu’il ne l’est pas. Et cela fonctionne. On dit en tremblant : « Attention, il ne faut pas provoquer Trump, cela va être terrible. »

Jean-Luc Mélenchon dit qu’il est un tigre de papier. C’est ce que disait Mao à propos des États-Unis. Le leader soviétique, Khrouchtchev, avait répondu : « Disons qu’ils ont des dents atomiques ». Donald Trump est peut-être un tigre de papier, mais il a des dents tarifaires. Ces dents tarifaires peuvent fonctionner contre des pays isolés, pas contre l’Union européenne. Nous avons un marché plus important que le marché américain.

Pourquoi cette servitude volontaire ? 

La force de l’habitude. Cela fait 80 ans que nous dépendons des États-Unis. Une grande partie de nos élites a été formée dans une conception américaine du monde. Dans les débats sur les chaînes d’information à propos de la guerre en Iran, on n’entend pas : « Cette guerre est illégale, elle ne produira rien de bon ». On entend plutôt : « Il faut soutenir la guerre ; s’y opposer c’est servir le régime des mollahs ». C’est le même discours qu’en 2003, lors de la guerre d’Irak, quand on nous disait que les opposants à la guerre étaient les alliés de Saddam Hussein, contre la démocratie.

On retrouve les mêmes acteurs. On voit qu’il y a une emprise intellectuelle, un soft power américain très fort. Nous sommes pris dans la toile civilisationnelle occidentale, avec l’idée que nous appartenons au même monde. Nous mettons du temps à comprendre que nous ne sommes plus dans la même conception du monde. Ce déni nous coûte cher.

Le problème des Européens vis-à-vis des États-Unis n’est-il qu’une question de déni ?

Oui, je le pense. Ce déni est lié à la peur de la Russie. Elle est particulièrement forte dans les pays proches de ses frontières. Si les Premiers ministres lettons ou baltes pensent que Donald Trump les protégera contre Poutine, ils se trompent. D’abord, les Russes patinent en Ukraine : comment pourraient-ils arriver à Varsovie ? Notre force de dissuasion qui nous permettait de parler d’égal à égal avec l’URSS, sans peur, et pourtant aujourd’hui nous avons peur d’une Russie affaiblie, engluée en Ukraine.

Il est temps de faire le pari de l’autonomie et de prendre le risque d’être fragile pendant une demi-douzaine d’années. Nous pourrions les prévenir : « Chers États-Unis, vous voulez nous répudier ? Nous voulons divorcer. » Nous sommes en droit de leur dire : « À quel moment nous avez-vous traités en partenaires, en alliés ? Jamais. Vous nous avez traités en vassaux. Si nous ne sommes pas d’accord à 100 % avec vous, nous sommes punis, sanctionnés, insultés, vilipendés. Ce n’est pas acceptable. »

Quelle conséquence a cette dépendance aux États-Unis pour les pays européens ?

Nos gouvernements vont aggraver leur déficit d’image auprès de leur opinion publique s’ils ne se séparent pas de Donald Trump. Et surtout, nous perdons toute crédibilité auprès du Sud global. Comment peut-on encore aller donner des leçons de morale sur les droits humains à la Chine ou aux pays africains, alors que nous n’osons pas critiquer l’enlèvement d’un président sur son sol souverain, ou une guerre illégale ?

Nous sommes en train de dilapider tout notre capital. En 1945, nous avons inscrit l’égalité souveraine des États dans la Charte de l’ONU pour réagir au nazisme et empêcher qu’un pays qui se sent fort puisse en annexer un autre. C’est cela l’égalité souveraine. Dilapider cet héritage est extrêmement grave. Certains disent qu’il faut être réaliste et l’accepter. Mais le réalisme, c’est au contraire de revenir au droit international, qui est une protection pour tous, et non de faire comme Trump, qui célèbre en permanence le culte de la force et de la violence.

Vous dites au sujet du conflit avec l’Iran que cette guerre est contre-productive même du point de vue américain. Mais les guerres américaines sont-elles toujours des échecs ?

Jusqu’à Trump, le récit était celui de guerres pour la démocratie. A cette aune le résultat n’est pas probant. L’appréciation dépend de différents critères. Combien d’hommes les États-Unis ont-ils perdu dans toutes leurs guerres depuis 1945 ? beaucoup et cela pèse. La haine des États-Unis a été renforcée par la guerre en Irak avec des conséquences multiples. Rappelons que les frères Kouachi ont mené leurs attentats en se fondant sur leur perception des tortures en Irak. Enfin, certes les États-Unis ont conservé des bases américaines en Irak mais elles sont contestées. Le bilan de ces guerres est globalement négatif.

En 2026, lorsqu’une superpuissance militaire, alliée à une superpuissance régionale, n’arrive pas en quelques semaines, à mettre fin à un régime très peu équipé militairement, l’échec est flagrant. J’irais plus loin : en voulant utiliser l’argument militaire, les Américains ont plutôt montré leur faiblesse que leur force. Donald Trump veut donc revenir aux sanctions économiques. Par ailleurs, à travers le monde, nombreux sont ceux qui en veulent aux États-Unis d’avoir mis un bazar mondial en bloquant le détroit d’Ormuz – détroit qui était ouvert avant que Trump et Netanyahou n’interviennent.

Dans cette région qui va de la Méditerranée à l’Iran, qui cherche réellement la paix ?

À part Israël et les États-Unis, le monde entier cherche la paix. L’Iran, bien sûr, mais aussi les pays du Golfe. Le modèle de ces derniers est remis en cause, notamment parce qu’ils sont parmi ceux qui paient le prix le plus fort de cette crise… créée par les États-Unis, pays censé les protéger.

La paix est dans l’intérêt de 191 pays dans le monde et peut-être même dans l’intérêt des États-Unis. Il n’y a qu’Israël qui a intérêt à la guerre. Un Golfe en crise permanente, où les pays sont affaiblis voire détruits, n›est pas un problème pour Israël. En revanche, c’est un problème pour le reste du monde, y compris les États-Unis.

« Le clivage entre démocratie et dictature, pas toujours évident à établir, n’est pas le seul déterminant. Un autre me paraît important : celui qui oppose les pays favorables au multilatéralisme et ceux qui le refusent, qui pensent que la force doit prévaloir, que la brutalité est acceptable. »

Le problème, c’est que personne n’a les moyens de créer une médiation entre les États-Unis et l’Iran. Les Européens se sont déconsidérés aux yeux des Iraniens depuis qu’ils ont accepté la première guerre de juin 2025 en ne la qualifiant pas d’illégale.

Cette impuissance occidentale donne-t-elle davantage de place au Sud global ?

Le Sud global n’est ni un bloc ni une alliance. C’est simplement un ensemble de pays qui ont pour seul point commun d’avoir subi la colonisation et de ne plus vouloir être guidés par l’Occident. Il y a des pays riches, des pays pauvres, des pays démocratiques, des pays qui ne le sont pas, des pays farouchement anti-Occidentaux et des pays qui veulent garder de bonnes relations, à condition que les Occidentaux ne décident pas pour eux. Le Sud global s’est très diversifié, mais tous ces pays ont au moins un point commun : ils considèrent que l’époque où les Occidentaux décidaient seuls des affaires mondiales, sans les informer ni les consulter, est révolue.

Au fond, ce sont les alliances qui sont en cause. La Chine ne fait pas d’alliances, mais propose des partenariats. Comme le Brésil ou l’Afrique du Sud. Ces partenariats, ces coopérations permettent d’augmenter les marges de manœuvre de chacun en multipliant les relations.

Si la majorité des pays souhaitent la paix, pourquoi ne s’opposent-ils pas aux États-Unis ?

Personne ne veut affronter les États-Unis, directement ou indirectement. En revanche, chacun prend des dispositions pour se passer des États-Unis, ou du moins pour en être moins dépendant : face aux taxations, face aux pressions, face aux impositions.

Chacun essaie de diversifier ses relations. Une sorte de travail souterrain vient miner la puissance américaine. Chacun se dit que cela ne peut pas durer ainsi et beaucoup de pays cherchent des alternatives. Un pays qui produit des alcools et des spiritueux ne remplace pas le marché américain mais il peut prospecter d’autres marchés.

Peu attaquent frontalement Donald Trump : le pape Léon XIV, le premier ministre espagnol Pedro Sánchez et le premier ministre du Sénégal Ousmane Sonko. Même Xi Jinping ne le fait pas, il prend des dispositions pour affaiblir les États-Unis.

Autre exemple de recherche d›alternatives : la relation du Canada avec la Chine. Les relations entre ces deux pays étaient devenues quasiment inexistantes. Le premier ministre Mark Carney a mis un mouchoir sur la question des droits humains pour sortir du tête-à-tête avec les États-Unis. Il a rallumé le feu des relations sino-canadiennes qui étaient au point mort. 80% des exportations canadiennes allant initialement vers les États-Unis se réorientent petit à peti vers Pékin. Ce n’est pas une alliance civilisationnelle, c’est une nouvelle approche : peu importe votre système politique, avons-nous des choses à faire ensemble ?

Le clivage entre démocratie et dictature, pas toujours évident à établir, n’est pas le seul déterminant. Un autre me paraît important : celui qui oppose les pays favorables au multilatéralisme et ceux qui le refusent, qui pensent que la force doit prévaloir, que la brutalité est acceptable, que l’unilatéralisme peut être une méthode, et que la puissance doit être le critère des relations internationales. Quels que soient les reproches que l’on peut faire à la Chine en matière de droits de l’homme, la Chine est un pays beaucoup plus stable, beaucoup plus participatif – ne serait-ce que sur le climat – que les États-Unis.

Dans ce contexte, la Chine peut-elle devenir le nouveau défenseur du multilatéralisme ?

Bien sûr, les Chinois poursuivent leur intérêt national, pas l’intérêt mondial. Mais ils ont compris qu’ils devaient faire des concessions aux autres pour faire avancer leur agenda. Ce n’est pas un multilatéralisme pur : ils placent leurs pions et connaissent très bien les rapports de force, notamment en mer de Chine. Quand on est Philippin, on ne pense pas que les Chinois pratiquent un multilatéralisme très abouti. Mais, à choisir, ils sont quand même moins violents, moins brutaux que les États-Unis.

Et l’ONU, dans tout ça, peut-elle encore tenir ?

L’ONU est affaiblie, mais elle continue à exister. Il importe de la maintenir vivante malgré les attaques de Donald Trump. Il ne faut donc pas confondre un système affaibli mais indispensable avec un système mort. C’est un peu comme si l’on disait que la démocratie n’existe plus aux États-Unis. Certes, elle y est attaquée mais elle existe toujours.

La plupart des pays défendent l’ONU parce qu’ils savent qu’il n’y a pas tellement mieux. Il faut plutôt se demander qui attaque l’ONU : Israël et les États-Unis, une fois encore. Les autres pays ne l’attaquent pas bille en tête, sauf parfois sur un point particulier lorsqu’ils ont subi un vote défavorable.

Certains pays ont adhéré au fantoche Board of Peace de Donald Trump, non pas parce qu’ils détestent l’ONU, mais parce qu’ils pensent que c’est une manière de flatter le président américain et d’attirer ses bonnes grâces. Mais ces pays ne se sont pas retirés de l’ONU et personne ne s’en retirera. Sur 193 membres, il y en a au moins 180 qui continuent à défendre l’ONU, qui pensent qu’il n’y a pas d’alternative et qu’il faut résister, par temps de tempête, aux attaques contre le système mondial.

Le retour de la primauté de la souveraineté nationale peut-il être une réponse à ce désordre mondial ?

Cela dépend de ce que l’on appelle le souverainisme. Le souverainisme de Marine Le Pen n’est pas celui de François Ruffin, de Jean-Luc Mélenchon, ni même d’autres. Moi, je suis pour la souveraineté des États, parce que c’est dans ce cadre que peut s’exercer la démocratie. C’est dans ce cadre que les peuples peuvent s’exprimer. Ceux qui sont contre la souveraineté des États, ce sont les impérialismes.

On doit donc défendre la souveraineté. La souveraineté d’un État n’est pas forcément hostile à celle des autres. Au contraire : défendre sa souveraineté, c’est accepter celle des autres. À chaque fois que l’on a nié la souveraineté des peuples, cela s’est fait par la guerre, par la conquête ou par la soumission, et cela a été catastrophique.

Bien sûr, la négation de la souveraineté est toujours justifiée par de bonnes intentions : on va apporter la civilisation, on va apporter la démocratie. En réalité, la souveraineté est vraiment la protection des faibles.

Mais la souveraineté peut-elle se penser sans fermeture aux échanges de tout type ?

Tout dépend s’il s’agit d’un chemin à sens unique ou d’un véritable échange. Si le cinéma américain envahit toute l’Europe et qu’il n’y a plus de cinéma européen, ce n’est pas un échange. En revanche, il est bon de voir des films américains et il est bon que des films français puissent être vus aux États-Unis.

Le cadre de l’État-nation ne règle pas toutes les tensions : frontières, périphéries, territoires disputés. Comment les penser, par exemple au sujet de l’Ukraine ?

La souveraineté ukrainienne est attaquée par la Russie, donc il faut la défendre. La question de la Crimée est un cas très particulier de restitution de territoire non résolu. Le référendum organisé par la Russie était illégal mais, en même temps, il correspondait à une volonté locale. Il n’a pas été truqué au sens où les gens se sentaient davantage russes et c’est la minorité qui ne se sentait pas russe. C’est donc un cas à part.

Les réunions mondiales, comme celle de Barcelone le 18 avril 2026 autour de dirigeants comme Lula, Pedro Sánchez ou Gustavo Petro, dessinent-elles une internationale progressiste ?

La relance est très marquée de la part de pays qui protègent le multilatéralisme. Lula est très souverainiste. Pedro Sánchez estime que la souveraineté de l’Espagne peut être mise en cause par les États-Unis. C’est pour cela qu’il tape sur la table et refuse que le niveau des dépenses militaires espagnoles soit fixé à Bruxelles ou à Washington. Ce sont donc des anti-guerre, des pro-droit international, pro-multilatéralisme et pro-souveraineté.

Dans ce paysage, que peut encore l’Union européenne ?

L’Europe peut être un tremplin mais elle ne doit devenir ni un ghetto ni un continent brun. Si c’est pour avoir l’AfD en Allemagne et le RN en France, on n’aura pas gagné grand-chose. Dans la période récente, je pense qu’Emmanuel Macron, en voulant jouer la carte européenne, a fait perdre à la France une partie de sa spécificité.

Nous avons besoin de l’Europe. Si l’on veut résister commercialement aux États-Unis, il vaut mieux être 27 que seul. Pourtant on ne peut pas faire dépendre la politique étrangère à l’avis des pays baltes… La recherche du consensus européen, voire occidental, nous a rendu moins audibles sur le Proche-Orient. L’accent mis sur la cohésion européenne a un peu fait pâlir notre gaullo-mitterrandisme.

Faut-il donc garder l’Europe, mais autrement ?

On la garde, mais pas au prix de tout sacrifier à l’Europe. Il faut conserver une part de ce qu’avaient réussi de Gaulle, Mitterrand ou Chirac : jouer la carte européenne à fond, tout en conservant un quant-à-soi sur les sujets essentiels. Mitterrand s’oppose à la guerre des étoiles alors que tous les pays européens l’acceptent ; il aide le Nicaragua alors que les autres pays européens se taisent.

Emmanuel Macron, en partie à cause de la guerre en Ukraine, a un peu fait taire notre spécificité française. À tel point que, dans le discours de Bratislava, le président français est allé jusqu’à attaquer les propos de Chirac sur les pays qui refusaient la guerre d’Irak en 2003 ! En conclusion : il ne faut pas oublier que nous sommes à la fois l’Europe et la France, avec toutes leurs spécificités.

Cet article est extrait de notre numéro « RN, climat, IA : faut-il s’adapter ? », paru en juin 2026.

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