
25.06.2026 à 14:22
Loïc Le Clerc
D’un côté, un budget de l’État où Lecornu cherche à faire des milliards d’économies et qui n’investit ni dans l’école, ni dans la santé, ni dans l’écologie. De l’autre, une rallonge de 36 milliards sur la loi de programmation militaire votée en catimini par 7 députés et 7 sénateurs. Là, l’argent coule à flot.
Emmanuel Macron espère pouvoir le promulguer en grande pompe avant le 14-Juillet : le budget alloué aux armées va être augmenté de 36 milliards d’ici à 2030. L’objectif est d’atteindre les 76,3 milliards d’euros annuels, soit 2,5% du PIB. Encore un petit effort et la France atteindra l’objectif de 5% fixé par Donald Trump !
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L’armée doit-elle voir son budget augmenter ? C’est un débat légitime. Le problème, c’est que cette rallonge intervient alors que le gouvernement fait des annonces concernant le budget de la France : pas moins de 6 milliards d’économie, dont 2 sur la Sécu. Il rogne sur le budget de la recherche, de la justice et sur le fond vert. Avoir une telle vista, n’est pas donné à tout le monde. Le ministre des comptes publics, David Amiel, se veut radical : « Pour toute dépense supplémentaire qui serait engagée, il y aura à l’euro près l’annulation d’une autre dépense qui était prévue ». Ça rabote partout.
En l’espèce, il y a un sérieux problème de méthode. Cette hausse du budget des armées s’est décidée en commission mixte paritaire (CMP), par sept députés et sept sénateurs. C’est réglementairement admis mais cela n’en demeure pas moins un fonctionnement anormal du Parlement : une manière de faire qui devient la règle là où elle devrait être l’exception. Le recours à la CMP permet d’établir des majorités nettes, de droite.
Le fait que cette loi de programmation militaire ne suscite aucun débat national est un vrai problème. Quelle stratégie de défense pour la France ? Là est la question.
Les dernières guerres nous informent des transformations de cet « art » particulier. Le progrès technologique, l’irruption du numérique et des drônes changent profondément la donne et il faut l’intégrer. Ainsi, la France est d’ores et déjà la cible de cyberattaques, notamment dans les hôpitaux. La Russie en pointe dans le domaine – acteurs étatiques et privés – est mise en cause par les autorités françaises. Les drônes viennent perturber les systèmes de défense traditionnelle sur de nombreux fronts (de l’Ukraine à l’Iran). La loi prévoit une redirection en ce sens. Enfin, il y a l’arrivée massive de l’IA dans le domaine militaire avec des enjeux éthiques redoublés : peut-on laisser les armes tuer sans humains pour décider ? Toutes ces transformations justifient une réflexion et une réorientation de nos armées. La représentation nationale doit les piloter.
Le député LFI Aurélien Saintoul interrogeait à la tribune de l’Assemblée en avril : à quelle stratégie industrielle est adossé ce budget militaire ? L’affaiblissement du tissu industriel pose la question de notre dépendance. C’est d’ailleurs aussi le pari de Donald Trump : les États-Unis, premier producteur mondial d’armes et de munitions, tireront bénéfice d’une augmentation des budgets de défense. Pis, pour certaines armes (notamment les avions), Washington peut en limiter l’usage et conserve le contrôle de toute la chaîne d’éléments indispensables à leur fonctionnement : maintenance, pièces détachées, logiciels, mises à jour ou données de ciblage.
Enfin, il y a l’enjeu européen : après l’échec du SCAF, l’avion de combat lancé en 2017 par Emmanuel Macron et Angela Merkel, le char européen MGCS pourrait-il subir le même sort, comme l’avait annoncé le chancelier ? Cet échec met en lumière les divergences de stratégies militaires entre une puissance nucléaire comme la France et une puissance continentale comme l’Allemagne. Cerise sur le gâteau des impensés et des non-dits : que devient une stratégie de défense européenne quand les vents de l’extrême droite progressent partout sur le Vieux Continent ?
On est ok pour un débat sur la défense nationale. Mais un vrai. En attendant, ce chèque en blanc n’a aucun sens. Ou plutôt si : il nous empêche de faire face à la bombe climatique qui advient.
25.06.2026 à 12:52
Loïc Le Clerc
Alors que la canicule plombe l’Hexagone, le gouvernement et sa majorité parlementaire ne sont pas à court d’idées. Ainsi Yaël Braun-Pivet a autorisé les députés à venir à l’Assemblée sans veste ni cravate. Ouah ! On ne sait pas si le plus ridicule n’était pas l’obligation du costume… Mais le pire, c’est que cette mesure est d’autant plus symbolique que l’hémicycle est « trop climatisé », comme le raconte le député MoDem Erwan Balanant au Huff Post. perdre du temps sur de telles considérations est, comme le dit François Ruffin, « le symbole de la défaite de nos élites ». Si jamais la canicule devait se prolonger cet été, les ministres seraient privés de vacances. Décision de Sébastien Lecornu… Nous voilà rassurés. Et surtout, pensez à vous hydrater !
25.06.2026 à 11:07
Roger Martelli
L’Assemblée nationale a adopté le projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République. Il s’agissait, nous dit-on, de trancher sur une seule question : autonomie ou pas autonome ? Cette manière de présenter le problème est un leurre.
Pour ce qui est de la Corse, l’exigence d’une autonomie élargie, permettant de rompre franchement avec deux siècles de centralisation bonapartiste, est en chemin depuis longtemps. Et il est vrai que les électeurs corses ont manifesté cette attente de façon nette, en mettant à deux reprises des élus nationalistes à la tête de la collectivité de Corse. Mais la demande d’un nouvel élan pour la décentralisation, qui est au cœur du pari de l’autonomie, existe ailleurs, sous des formes diverses.
C’est dire que le parti pris décentralisateur devrait valoir pour l’ensemble du maillage territorial et pas seulement pour la Corse. Dès lors, l’urgence se déplace. Quel que soit le lieu, il ne suffit plus de proclamer l’autonomie, mais d’en préciser les modalités et les acteurs et, plus encore, de dire s’il faut ou non combiner l’autonomie régionale et la solidarité nationale et comment on peut procéder pour y parvenir.
Installer l’autonomie en principe constitutif de la République pourrait être un chantier de portée constitutionnelle, d’autant plus urgent que l’architecture globale de nos institutions est obsolète et qu’elle contredit de façon absolue la mise en place d’une décentralisation effective, en Corse comme ailleurs. Jusqu’à ce jour, on a accumulé dans la Constitution des statuts particuliers, sans effets positifs significatifs pour les populations concernées.
Si l’on veut vraiment donner à l’autonomie corse toute son ampleur, il faut de toute urgence redéfinir le cadre global qui lui donnera force. C’est bien une refondation constitutionnelle qui s’impose, mais qui ne relève pas d’un simple tête-à-tête entre la Collectivité de Corse et l’État. Si l’objectif était de prolonger en l’améliorant le dispositif existant pour la Corse, le recours à la loi précisant les modalités de l’autonomie pouvait suffire. Or, dans ce qui est décidé aujourd’hui, il n’y a ni la logique globale assurant l’effectivité de l’autonomie, ni les bases d’une loi organique pour la Corse dont l’avenir est laissé dans le plus grand flou.
Pourquoi donc cet étonnant tour de passe-passe ? Parce qu’il fallait donner aux nationalistes des satisfactions symboliques après la flambés de colère qui a suivi l’assassinat d’Yvan Colonna. On a donc choisi le recours magique à la Constitution. Mais, ce faisant, on dissocie l’indissociable, à savoir l’autonomie et la solidarité. On disserte du particulier, sans l’adosser à une vision solide du commun.
De plus, pour satisfaire les courants nationalistes, on introduit dans le texte constitutionnel ce qui ne devrait surtout pas y être : la « communauté » et le « lien à la terre ». On légitime ainsi des formes d’appartenance qui risquent de supplanter le principe historique de l’égalité des individus devant la loi. Derrière les mots retenus, se profilent ceux que l’on ne devrait pas entendre. Ce pourrait très bien être celui de la préférence, au profit seul de celui qui appartient à la « communauté ». Pourquoi alors s’arrêter en chemin ? Derrière la petite musique de la préférence corse, c’est la symphonie de la préférence nationale qui commence à se faire entendre. Les mots d’apparence anodine (communauté, lien à la terre) pourraient ainsi n’être que les chevaux de Troie de l’extrême droite et de son obsession de l’identité.
Le RN l’a parfaitement compris, en affirmant tranquillement que la préférence corse serait la conséquence logique du nouveau paragraphe constitutionnel. C’est là que commencent les jeux de dupes. La macronie nationale, le noyau nationaliste corse qui s’y rattache et la majorité des socialistes comptent sur la satisfaction symbolique pour obtenir la paix civile dans l’île. La France insoumise, en votant le texte, espère prendre jusqu’à l’Assemblée de Corse la place qui a été enlevée à la gauche en 2017. Les autres forces se divisent, ne pouvant récuser l’autonomie, mais pressentant les risques des termes introduits. Quant au Rassemblement national, il joue sur les deux tableaux : il a obtenu l’insertion constitutionnelle de notions qui légitiment ses choix d’exclusion et il affiche sa posture d’opposant numéro un, à Paris comme en Corse.
Son objectif est clair : rafler la mise, en raccordant les flux des votes régionaux (aujourd’hui en faveur des nationalistes) et ceux des votes nationaux (la Corse est une des régions de France où le vote RN est le plus fort). D’ores et déjà, il a réussi à prendre langue avec une partie active du mouvement nationaliste (Mossa Palatina). Il ne lui reste plus qu’à attendre patiemment son heure. En Corse comme sur le continent, l’air du temps roule pour lui. Partie de dupes, disions-nous. Craignons que le RN soit le seul à en bénéficier…
Pour aller plus loin, deux autres articles, toujours signés Roger Martelli sur le même thème :
– Autonomie de la Corse : l’île, la République et le peuple
– Corse : les limites d’une autonomie sans projet global