
07.07.2026 à 12:01
Catherine Tricot
En lançant sa campagne, l’ancien premier ministre a confirmé son ambition de rassembler toute la droite. Mais son discours recycle de vieilles recettes – et macronistes et conservatrices – sans répondre à la crise politique et sociale. De quoi laisser au RN le monopole de la rupture de droite.
Le meeting d’Édouard Philippe de ce dimanche constitue une bonne nouvelle pour le RN. Ce n’est pas que l’ancien premier ministre ait raté ce premier rassemblement : il y avait du monde pour scander son prénom et il a délivré un discours solide. Mais il n’est jamais apparu capable de proposer une rupture avec la situation actuelle. Et pour cause.
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Il y a d’abord son histoire politique qui lui colle à la chaussure. Conseiller puis porte-parole d’Alain Juppé, il lui emprunte ses identifiants. Son mentor parlait d’identité heureuse, de mondialisation heureuse, lui promet une campagne joyeuse. Il n’a eu de cesse de s’écarter de son ancienne promesse churchillienne, celle du sang et des larmes. Désormais il annonce de la sueur pour bâtir l’avenir, « le bonheur de nos enfants avant notre confort ».
Dans cette histoire qui le marque et le dessert, il y a son dû à Emmanuel Macron – jamais cité. De son passage à Matignon, il se prévaut d’une connaissance de l’État. Il est revenu par petites touches sur son bilan de premier ministre. Il esquive la crise des gilets jaunes mais assume la brutalité de ses décisions lors du covid quand il coupa les vieux des Ehpad de leur famille. On s’en souvient douloureusement encore dans nombre de familles. Il prétend vouloir renouer avec la politique de l’offre qui, selon lui, aurait marché sous sa conduite mais interrompue par le covid et par son départ du gouvernement.
Et bien sûr il y a son ancrage à droite. Celle-ci, c’est le moins que l’on puisse dire, est désormais fièrement assumée. Édouard Philippe fut parmi les fondateurs de l’UMP et rêve manifestement de reconstituer un grand parti unificateur de la droite. Toute son allocution, par ses références comme par ses propositions, est pétrie de la pensée commune à droite. Rien d’original n’est à retenir de ce premier meeting de positionnement. Il a repris l’inspiré slogan de Valérie Pécresse : « Remettre de l’ordre dans la rue et dans les comptes publics ». Son discours fut un balancement entre ces deux thématiques. Au titre de la politique d’ordre sécuritaire, on retiendra qu’il promet d’expulser les immigrés délinquants et de leur couper toute aide sociale. Il avance l’audacieuse idée que les maires soient dotés de pouvoir de sanction pénale. Au diable la justice juste… et bon courage aux maires ! Il entend faire appliquer ses priorités en remettant en cause l’indépendance du parquet.
Philippe a repris l’inspiré slogan de Valérie Pécresse : « Remettre de l’ordre dans la rue et dans les comptes publics ». Son discours fut un balancement entre ces deux thématiques. Au titre de la politique d’ordre sécuritaire, on retiendra qu’il promet d’expulser les immigrés délinquants et de leur couper toute aide sociale.
Le candidat Horizons annonce vouloir faire de l’école sa priorité absolue avec des idées tellement originales comme celles de revoir les rythmes scolaires, d’utiliser l’IA à l’école et de placer les directeurs d’école en patrons, responsables du recrutement des enseignants. Dans ce meeting de lancement, Édouard Philippe est resté évasif sur la retraite, fustigeant seulement l’actuel gouvernement pour avoir mis sur pause la réforme. Il annonce bien sûr un recul de l’âge de départ sans en dire davantage et en assurant que les efforts seront justement répartis. À commencer par mettre à contribution les retraités.
À son tour de promettre que son mandat sera écologique ou ne sera pas. Mais Édouard Philippe est elliptique sur les réformes d’ampleur – excepté le développement du fret ferroviaire – et surtout il ne dit rien du financement des politiques de réduction des gaz à effet de serre et d’adaptation. Il concède qu’il faudra des milliards… et que ceux-ci sont à chercher là où il y a de l’argent : dans les dépenses sociales. Édouard Philippe reprend la doxa libérale développée aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence ou sur les plateaux télé : pas question de revoir la progressivité de l’impôt… au moment même où Sébastien Lecornu reconnaît « un sentiment d’injustice fiscale ».
Dans ce meeting, Édouard Philippe a décoché des flèches contre ses concurrents mais sans se démarquer. Normal, il veut les représenter tous. Au total, la trame générale du propos était incroyablement conventionnelle, déclarations d’amour et de foi dans le génie de la France compris. Est-ce que cela sera perçu à la hauteur de l’inquiétude profonde des Français ? On peut en douter. Rien de vraiment marquant dans ce filet de banalités amères. « Business as usual » n’est pas un projet pour temps agité. Dans le genre bien à droite le RN sera plus performant.
07.07.2026 à 11:50
Pablo Pillaud-Vivien
Ce lundi, les militants écologistes ont conforté à 65%, par une enquête d’opinion interne, l’hypothèse d’une candidature de Marine Tondelier à l’élection présidentielle si la primaire unitaire de la gauche échoue. Un choix qui traduit autant l’impasse de ladite primaire en laquelle plus grand monde ne croit, que la montée d’une logique identitaire qui gagne désormais l’ensemble de la gauche. Après les insoumis qui pensent depuis le début que seul Jean-Luc Mélenchon peut faire l’affaire en 2027, les communistes qui veulent leur Fabien Roussel national, et les socialistes qui n’ont pas leur candidat mais qui savent qu’ils veulent qu’il soit socialiste, les écologistes se préparent eux aussi à défendre leur propre bannière plutôt qu’une candidature commune. Après le non-vote de la motion de censure, les socialistes sont avertis : faute de primaire, ils n’auront pas le soutien des écolos. Face aux tiraillements internes au parti, incarnés par un Yannick Jadot qui soutient Raphaël Glucksmann et une Sandrine Rousseau qui soutient Jean-Luc Mélenchon, c’est la logique consistant à maintenir le corps militant uni qui semble aujourd’hui prévaloir.
06.07.2026 à 12:33
Catherine Tricot
C’est à domicile que jouait le maire de Saint-Amand-les-Eaux. Il en avait besoin tant son bilan est chancelant et son pari de nouvelle candidature risqué. Réélu avec près de 70% des suffrages des délégués, Fabien Roussel l’est aussi par défaut. Ses opposants, plus nombreux mais divisés, n’ont pas su proposer une alternative qui embarque les près de 40 000 adhérents. Élu contre la direction sortante en 2018 pour redonner tonus et fierté au corps communiste, le groupe dirigeant actuel n’est pas parvenu à enrayer la chute des effectifs (près d’un quart en moins, en moins de dix ans) ni celle des électeurs. Le PCF n’a depuis dépassé la barre des 3% dans aucune des trois consultations nationales où il courait sous ses couleurs : européennes de 2019 et 2024, présidentielle de 2022.
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En ce début juillet, c’est dans une sorte d’impasse que se trouve le PCF. Il dresse le constat que la gauche ne peut se répartir et se diviser entre Glucksmann et Mélenchon. Ils espèrent incarner une solution. Ulcérée par le candidat insoumis, la majorité des militants communistes cherche une issue, sans pourtant l’avoir préparée. Côté impréparation, on relèvera que le Parti communiste n’a pris aucune part au processus initié à Bagneux l’an passé en vue d’une primaire de toute la gauche. Le PCF ne s’est rendu à aucun des rendez-vous de Lucie Castets. Ce faisant, il affaiblissait l’initiative et la déséquilibrait : ce n’était plus la réunion de toutes les forces du NFP. Et il laissait une place prépondérante au PS pour décider de la suite de cette proposition d’union. Et on voit ce que le parti à la rose en fit : pas grand-chose.
Le Parti communiste est certes bien affaibli mais porteur d’une histoire et d’une culture qui peut contribuer à surmonter les étroitesses partisanes. Nous rappelions qu’à plusieurs reprises il sut se retirer au profit d’autres candidatures plus rassembleuses, Mitterrand en 1965 et 1974 ; Mélenchon en 2012 et 2017. Contrairement aux années 30 ou aux années 60 quand le PCF initia une proposition de rassemblement (Front populaire, programme commun), il ne fait rien. Tout juste participe-t-il du bout des lèvres à la Nupes et au NFP. La logique de fierté identitaire enferme le PCF et lui interdit toute initiative politique qui lui donnerait une utilité.
Le PCF pétri de rancœur joue à gauche comme les Paraguayens jouent au football. L’antijeu domine, les tacles destructeurs se substituent aux intuitions créatrices. Faute d’avoir quelque chose d’audible à proposer, il défonce les autres partis de gauche.
Le PCF pétri de rancœur joue à gauche comme les Paraguayens jouent au football. L’antijeu domine, les tacles destructeurs se substituent aux intuitions créatrices. L’inscription dans le texte du congrès d’accusations ravageuses contre l’allié d’hier – LFI, qui domine dans les territoires qui furent ceux de la force communiste – est consternante. Faute d’avoir quelque chose d’audible à proposer, le texte défonce les autres partis de gauche. Ainsi, il dénonce « le flirt avec l’antisémitisme et le racisme » de LFI. Les désaccords peuvent se dire, pas la mise au pilori.
Le désarroi transpirait de ce congrès. Chacun l’a vu dans le très faible soutien apporté au discours d’ouverture de Fabien Roussel. Il n’a pas eu droit à l’attendue standing ovation pour porter celui qui venait lancer sa candidature présidentielle. Malgré cela, la direction s’entête et refuse la proposition portée par sa minorité : un rendez-vous de réexamen en janvier pour dire « stop ou encore » à la candidature communiste solo. Ce faisant, le groupe central prend le risque de provoquer une crise majeure s’il persiste dans une candidature qui divise et ne prouve rien, alors que les communistes ont chevillé au corps l’idée d’unité face au péril d’extrême droite. Comme quoi la valorisation identitaire peut écraser l’histoire et un pan de l’identité communiste, unitaire et antifasciste.