
01.07.2026 à 16:31
la Rédaction
Ce mardi soir, les dirigeants socialistes ont procrastiné. Une nouvelle fois, ils reportent aux calendes grecques leur participation à une primaire de toute la gauche. Ils referment la seule voie pour une candidature commune.
Comme prévu, la direction du Parti socialiste n’est pas parvenue à se mettre d’accord sur un mode de désignation du candidat qui aura leur soutien. Jour après jour, la crise s’aggrave dans le parti à la rose. Un an après les rencontres de Bagneux qui devaient initier une candidature format Nouveau Front populaire, toute la gauche hors La France insoumise, est dans les choux.
L’échec vient de loin. Le 2 juillet 2025, les unitaires réunis autour de Lucie Castet étaient pleins d’allant. Ils croyaient encore possible de rallier Jean-Luc Mélenchon à leur proposition. Le péril d’extrême droite devait obliger toute la gauche à s’unir. Depuis le 3 mai, et sa déclaration au journal de TF1, on sait définitivement que les Insoumis feront cavalier seul et n’entendent en aucune façon se trouver compromis dans ce « marigot ». Chez eux, c’est carré et c’est Jean-Luc. On reviendra prochainement sur ce qu’il reste d’incertitudes voire de contradictions dans leur stratégie. Mais en attendant ils tracent leur route.
Est-ce que LFI peut sans discussion représenter ou rassembler toute la gauche ? La vérité du rapport de force fait qu’ils ont la possibilité de réitérer la dynamique des précédents scrutins. Ils parient à raison sur le fait qu’il existe un électorat de gauche qui voudra peser et accéder au second tour. La montée des enjeux va certainement marquer les différents camps politiques. Climat, retraite, IA, migration, dette, défense : la netteté des oppositions entre les candidats va croître. Cela joue pour le regroupement des trois pôles autour d’un candidat aux propositions lisibles.
Est-ce que seule la France insoumise a une cohérence solide et de gauche à proposer ? Non. Mais à ce jour elle est la seule à pouvoir claquer la porte au nez de tous les autres et partir seule, sabre au clair. La tenue d’une primaire était la solution pour rassembler les autres forces de gauche, dans leur diversité, et donner au candidat désigné poids et crédibilité. En la jetant aux orties méthodiquement depuis des mois par leurs atermoiements et leurs renoncements, les socialistes ont enterré cette solution. Pourquoi ? Parce qu’ils savaient ne pas pouvoir la gagner. Le positionnement du PS n’est pas au cœur de la gauche. Certains sont plus à gauche que d’autres mais collectivement ils n’ont pas remis à jour leur logiciel. Chloé Ridel a porté un projet approuvé par les militants socialistes à 83% qui se veut d’une « gauche radicale de gouvernement ». Le positionnement de son parti et de ses dirigeants en est très loin.
Cela ne change rien aux idées que se font les électeurs de gauche. Ils ne veulent plus de la politique de l’offre qui a mis notre pays dans le mur. Elle est le cœur de la pensée macronienne ; elle a été initiée sous François Hollande, président, et inscrite dans la logique des statuts du PS en 2007 sous François Hollande, premier secrétaire.
Cette volonté d’une proposition clairement à gauche se lit dans les études et enquêtes non publiées qui montrent qu’en cas de primaire François Ruffin l’aurait surement emporté. Les socialistes n’ont pas la culture du vieux PCF qui par deux fois en 1965 et en 1974 s’effaça au profit d’un candidat certes loin des communistes mais en position de porter la gauche, François Mitterrand. Ils pensent comme toujours, qu’il vaut mieux une bérézina qu’un soutien à une candidature plus à gauche qu’eux. Ils auront la bérézina et le ressentiment de tous ceux qui veulent une gauche rassemblée face aux dangers multiples.
Tout le reste n’est que littérature. Primaire ouverte ou restreinte pour désigner le candidat social-démocrate, qu’il s’appelle Hollande, Glucksmann, Guedj ou Bouamrane, ne changera rien. On sait déjà qu’aucun d’eux ne correspond à la gauche d’aujourd’hui. Le centre visé par ces candidatures socialistes est déjà suroccupé par Attal et Philippe. Et ceux-là font si peur que la gauche va se mobiliser pour les empêcher de continuer leur méchante œuvre.
PS : Juste avant la réunion de leur conseil national, l’Après, Génération.s, Debout et Les Écologistes se sont adressés ensemble au PS. Ils écrivent la vérité du choix que les socialistes ont à faire pour 2027 : « Soit vous tourner vers votre gauche, soit retourner à l’hollando-macronisme (…) soit avec nous, soit sans nous. »
01.07.2026 à 13:04
Pablo Pillaud-Vivien
La canicule aura eu un mérite : mettre le Rassemblement national devant sa nullité en le forçant à préciser son fameux « grand plan climatisation ». Après les promesses d’un État stratège, le parti d’extrême droite accouche d’un dispositif de prêts à taux zéro pour les collectivités, les hôpitaux, les Ehpad et les particuliers. Autrement dit, l’État ne finance plus les équipements : il prête. « L’État nounou, c’est fini » comme dirait le député RN Jean-Philippe Tanguy. Mais du coup, les ambitions aussi. Ça va être compliqué de convaincre en reprenant les vieilles recettes de la droite bancaire…
01.07.2026 à 12:48
Collectif
Dans une tribune, plus de 200 universitaires apportent leur soutien à l’historien Julien Théry, suspendu 18 mois de ses fonctions. Ils estiment que cette décision crée un précédent inquiétant pour l’ensemble de l’enseignement supérieur.
Le 24 juin 2026, l’université Lumière Lyon 2 affichait la décision disciplinaire qui frappe un de ses enseignants, Julien Théry : 18 mois de suspension d’exercice sans traitement.
Julien Théry, professeur d’histoire et chercheur respecté, en France et à l’étranger, pour ses travaux sur le Moyen Âge, était accusé d’antisémitisme ; il est cependant sanctionné non à ce titre, mais pour avoir nui à l’image et au fonctionnement de son université de rattachement. Les faits qui lui sont imputés n’ont pas eu lieu dans ledit établissement, et le contenu des cours de J. Théry n’est nullement en cause : on reproche à l’enseignant ses interventions à titre personnel sur les réseaux sociaux, et comme animateur sur des médias militants classés à gauche. À la suite d’autres intellectuels, Julien Théry s’est ainsi volontairement exposé et rendu vulnérable pour des causes qu’il a estimées justes de défendre, telle que celle des Palestinien·nes.
Ce sont ces interactions numériques, tributaires des polémiques où elles s’inscrivaient, qui sont censées avoir porté atteinte à la renommée de son université. Aucune allégeance à des projets criminels ou racistes n’est imputée à Julien Théry. Il est de celles et ceux qui ont milité pour que l’historien et résistant Marc Bloch, auquel il a consacré un colloque − organisé avant l’annonce présidentielle de novembre 2024 − ainsi que plusieurs publications scientifiques, entre au Panthéon. Ses écrits comme son engagement constant en faveur de l’égalité sociale et contre les discriminations plaident en sa faveur. Celles et ceux qui l’ont lu, entendu ou qui l’ont fréquenté savent qu’il n’est pas antisémite. Ils et elles savent aussi que Julien Théry, spécialiste des procès pour crimes « infâmes » sous l’Inquisition, n’a cessé de dénoncer l’autoritarisme et l’iniquité de certaines procédures judiciaires. La chose peut sembler piquante. Elle pique en effet.
Encore faut-il, ici, s’entendre sur ce qu’on tient pour une procédure judiciaire. Les sections disciplinaires des universités sont composées de collègues enseignants-chercheurs qui n’y siègent pas pour leurs compétences de juristes. Elles sont saisies par les président·es d’université à l’encontre des membres de la communauté universitaire pour des faits relatifs à leurs fonctions. Pourtant, l’université Lyon 2 a refusé la protection fonctionnelle à Julien Théry, sous le prétexte que les faits ne relevaient pas de l’exercice de ses fonctions professionnelles. Enfin, au vu des pressions extérieures, notamment celles exercées par le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, qui se félicite d’avoir obtenu une enquête sur « l’islamo-gauchisme » à Lyon 2, on aurait pu s’attendre à un dépaysement de l’affaire auprès de la section disciplinaire d’une autre université.
Les peines qui frappent Julien Théry « pour l’exemple », comparées à celles qui ont pu être prononcées jusque-là, se révèlent non seulement absolument injustes mais d’une sévérité singulière. Prises dans un contexte local où interfèrent des pressions et des menaces politiques, elles devraient faire honte à celles et ceux qui les ont prononcées.
La sanction infligée à Julien Théry nous alarme parce qu’elle manifeste la soumission croissante de l’Université, comme institution publique, à des méthodes répressives qui augurent fort mal de l’avenir et contreviennent à ses missions fondamentales. C’est pourquoi nous apportons notre plein soutien à Julien Théry et demandons l’annulation pure et simple de cette sanction.
Premier·es signataires
Caby Cécile, Professeure des Universités en Histoire Médiévale, Sorbonne Université
Chiffoleau Jacques, Directeur d’études émérite EHESS
Dakhlia Jocelyne, Directrice d’études émérite EHESS
De Clerck Dima, Univ. Saint-Joseph (Beyrouth)
Débax Hélène, professeure d’histoire médiévale, Université Toulouse Jean-Jaurès
Fassin Éric, professeur des universités, sociologie, Université Paris 8
Godicheau François, Université Toulouse Jean Jaurès
Lauwers Michel, Professeur des Universités, Histoire du Moyen Âge, Université Côte d’Azur
Magnani Eliana, Directrice de Recherche au CNRS
Morvan Haude, Maître de conférences en hist. de l’art médiéval, Univ. Bordeaux Montaigne
Pécout Thierry, Professeur d’histoire du Moyen Âge, Univ. Saint-Etienne
Schnapp Alain, archéologue, professeur émérite Paris I
Schöttler Peter, Historien, CNRS
Stengers Isabelle, philosophe, professeure émérite, Université de Bruxelles
Tolan John, professeur émérite d’histoire, Nantes Université
Traverso Enzo, Historien