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02.07.2026 à 15:18

Motion de censure de la gauche : les socialistes toujours dans le flou

Pablo Pillaud-Vivien

Gestion de la canicule : les insoumis et les communistes vont signer une motion de censure contre le gouvernement initiée par les écologistes. Et les socialistes ? Ils hésitent encore et toujours. À moins d’un an de la présidentielle, c’est un problème.
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Gestion de la canicule : les insoumis et les communistes vont signer une motion de censure contre le gouvernement initiée par les écologistes. Et les socialistes ? Ils hésitent encore et toujours. À moins d’un an de la présidentielle, c’est un problème.

La canicule n’a pas seulement écrasé le pays. Elle a mis à nu des années d’impuissance, de discours sans suite sur la transition écologique, de plans climatiques aux ambitions rabotées. La politique gouvernementale apparaît pour ce qu’elle est : une gestion de crise sans stratégie, ni pour lutter contre le réchauffement climatique ni pour s’y adapter.


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Dans ce contexte, les écologistes ont déposé une motion de censure. La présidente du groupe à l’Assemblée nationale Cyrielle Chatelain souhaite qu’elle soit portée par toute la gauche. Une motion est un acte politique : elle dit où l’on se tient. Elle rappelle qu’il existe une opposition à Emmanuel Macron. Les insoumis vont la signer. Les communistes la voteront. Mais un groupe résiste encore et toujours : les socialistes. Ils hésitent.

Leurs arguments énoncés lors de leur réunion de groupe ce mercredi sont révélateurs. Pour les opposants à cette motion, il ne faut pas ajouter du désordre au désordre, provoquer une crise politique pendant une nouvelle vague de chaleur. Il ne faut pas non plus compromettre la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, ni celle sur l’encadrement des loyers, ni le prochain budget.

Un gouvernement devenu exécutant des administrations est-il à ce point indispensable ? Quelques négociations parlementaires suffisent-elles à éteindre toute opposition ? Cette prudence confine à une stratégie de l’effacement. Certains députés socialistes oublient que le principal enjeu n’est pas la prochaine commission mixte paritaire mais le prochain rendez-vous démocratique. C’est maintenant que les rapports de force se construisent, que les lignes de partage se clarifient, que les électeurs identifient les alternatives. Une opposition qui refuse de censurer un gouvernement dont elle prétend combattre la politique envoie un message limpide : l’alternance n’est plus une priorité.

L’épisode du vote lundi de la motion de censure ne sera pas anecdotique. Si la gauche n’est plus capable de dire qu’elle veut renverser un gouvernement dont elle condamne la politique climatique, sociale et démocratique, alors elle cesse d’être un projet.

La question dépasse le seul Parti socialiste. Elle renvoie à des approches différentes de ce que doit faire la gauche. D’une part améliorer les textes, arracher des compromis, peser dans les négociations. D’autre part, pourfendre un gouvernement qui conduit une politique jugée néfaste. Il n’y a pas de ligne de démarcation nette entre ces deux attitudes. Cela dépend des moments et des sujets. Le Nouveau Front populaire est né parce qu’une évidence s’était imposée : face à l’extrême droite et au macronisme, les forces de gauche avaient davantage à gagner ensemble que séparées. Depuis, chacun semble chercher la voie qui lui permettrait de se distinguer. Les socialistes parient sur leur capacité à apparaître comme les interlocuteurs raisonnables du pouvoir. Les écologistes et les communistes tentent de maintenir un cadre commun. Les insoumis assument une opposition frontale. Le risque est connu : à force de se distinguer les uns des autres, tous finissent par rendre invisible l’alternative qu’ils prétendent construire.

L’épisode du vote lundi de la motion de censure ne sera pas anecdotique. Il pose une question stratégique. Une coalition n’existe pas seulement parce qu’elle partage un programme ; elle existe parce qu’elle accepte de mener ensemble les batailles et de construire ensemble. Si la gauche n’est plus capable de dire qu’elle veut renverser un gouvernement dont elle condamne la politique climatique, sociale et démocratique, alors elle cesse d’être un projet. Il y a cinquante ans, François Mitterrand disait que « celui qui n’accepte pas cette rupture avec l’ordre établi, avec la société capitaliste, celui-là ne peut pas être adhérent du Parti socialiste ». Celui qui ne peut rompre avec le gouvernement macroniste peut-il être adhérent au Parti socialiste ?

Oui, les compromis parlementaires sont nécessaires et utiles. Ils ne peuvent tenir lieu de stratégie politique. À moins d’un an de la présidentielle, ce qui est en jeu n’est pas seulement le vote d’une motion. C’est la capacité de prouver qu’une alternance de gauche est possible.

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02.07.2026 à 12:57

🔴 RAPPORT DU JOUR

Loïc Le Clerc

Le paradoxe d’une France tolérante et xénophobe La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) vient de rendre public son rapport 2025 sur « la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie ». « La tolérance se maintient à un niveau historiquement élevé », ce qui interpelle la CNCDH sur le « décalage entre le débat politique et…
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Le paradoxe d’une France tolérante et xénophobe

La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) vient de rendre public son rapport 2025 sur « la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie ». « La tolérance se maintient à un niveau historiquement élevé », ce qui interpelle la CNCDH sur le « décalage entre le débat politique et médiatique et l’évolution des opinions dans la société ». Ce haut niveau de tolérance cache des préjugés qui ont la peau dure : la minorité Rroms demeure la plus rejetée – 63% des Français les considèrent comme un groupe « à part » de la société. 59% pensent que « de nombreux immigrés viennent en France uniquement pour profiter de la protection sociale » ; 44% pensent que « l’immigration est la principale cause de l’insécurité ». Puis la CNCDH pointe que « les personnes les plus hostiles à l’islam sont plutôt moins attachées au principe de laïcité, plus portées à réduire le rôle des femmes à faire des enfants et les élever, et à condamner l’homosexualité et la place prise par le féminisme dans la société ». Loin des « valeurs républicaines » défendues par les politiques menant croisade contre les musulmans…

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02.07.2026 à 11:52

TRIBUNE. Le droit à la vie sera-t-il le droit humain le moins bien protégé ?

Hugo Partouche

Les députés envisagent d’octroyer une « présomption de légalité » aux tirs des forces de l’ordre. Hugo Partouche, membre du syndicat des avocats de France, dénonce une atteinte sans précédent au droit de connaître les causes de la mort d’un proche et un renforcement injustifiable de la protection accordée aux policiers. Le 7 juillet, l’Assemblée…
Texte intégral (791 mots)

Les députés envisagent d’octroyer une « présomption de légalité » aux tirs des forces de l’ordre. Hugo Partouche, membre du syndicat des avocats de France, dénonce une atteinte sans précédent au droit de connaître les causes de la mort d’un proche et un renforcement injustifiable de la protection accordée aux policiers.

Le 7 juillet, l’Assemblée nationale examinera une proposition de loi qui instaurerait une présomption de légalité des tirs des forces de l’ordre. Présentée comme une protection des policiers, elle constituerait en réalité un recul majeur pour l’État de droit et une mise en danger immédiate de la vie et de l’intégrité physique des personnes.

Derrière la volonté d’instauration d’une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre se cache une rupture profonde : lorsque des policiers feront usage de leur arme, leur tir sera présumé légal. Il ne reviendra plus à la justice de vérifier d’abord si cet usage était nécessaire et proportionné ; il appartiendra au procureur, et souvent aux familles des victimes, de démontrer qu’il ne l’était pas.

Cette inversion de la charge de la preuve n’est pas un détail de procédure. Elle modifie le rapport entre la puissance publique et les citoyens. Dans un État de droit, le recours à la force létale constitue l’ultime recours. Parce qu’un tir peut tuer, il doit être entouré des garanties les plus strictes. La proposition de loi fait exactement l’inverse : elle accorde à l’État le bénéfice du doute lorsqu’il ôte la vie. 

Cette évolution intervient alors que les effets de la loi Cazeneuve de 2017 sont désormais connus : en élargissant les possibilités d’ouverture du feu, notamment contre les occupants de véhicules, elle a entraîné une hausse spectaculaire des tirs mortels. Depuis son adoption, au moins trente-cinq personnes ont été tuées dans ce cadre. Plus largement, les décès lors d’interventions des forces de l’ordre ont fortement augmenté ces dernières années. En 2025, quarante-neuf personnes sont mortes au cours d’une intervention policière, dont dix-neuf par arme à feu.

Le droit à la vie ne se résume pas à limiter l’usage des armes. Il impose aussi qu’en cas de décès provoqué par un agent de l’État, une enquête rapide, indépendante et approfondie soit menée. Cette obligation découle de la Convention européenne des droits de l’homme. Plus encore, en la matière, si les preuves ne sont pas réunies immédiatement, aucun espoir de vérité n’est permis. 

En présumant la légalité du tir, la proposition de loi risque au contraire de fragiliser les investigations dès leurs premières heures. L’agent ayant fait usage de son arme ne pourrait notamment plus être placé en garde à vue, les vidéos de surveillance ne seraient pas conservées, alors que ces premiers actes sont souvent décisifs pour établir les faits.

Dans une époque où chacun·e aura compris les enjeux pour la vie de la qualité des enquêtes et de l’exemplarité de celles et ceux qui y participent, on aura également compris que ce contrôle ne menace pas la police : il la protège, en garantissant que lorsqu’elle donne la mort, elle doive dire pourquoi.

Aujourd’hui, il suffit qu’elle le dise et on la croit. Demain, on ne lui demandera même plus. 

Il faut non seulement rejeter ce projet de loi issu de l’esprit malade du Front national et repris aujourd’hui par le gouvernement Lecornu mais encore, urgemment, abroger la loi Cazeneuve, réformer l’IGPN et IPPN, allouer des moyens spectaculairement plus importants à la police judiciaire.

Les familles endeuillées ne doivent pas avoir à porter elle-même le poids de faire réaliser des actes d’enquête dans les premières heures après le décès d’un proche. L’heure est à la mobilisation demain vendredi 3 juillet et lundi 6 juillet : signez et faites signez la pétition contre le texte, contactez vos élus, informez vos proches. Si c’était vous la victime d’un tir, ils voudraient savoir ce qui l’a justifié. L’État nous doit cette information.

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