
25.08.2026 à 12:32
Pablo Pillaud-Vivien
Trump vend son plan pour Gaza, les Européens dénoncent la colonisation en Cisjordanie, les diplomates appellent aux sanctions. Pendant que les chancelleries parlent, Israël continue son action génocidaire et annihile la solution à deux États.
Au Proche-Orient, l’implacable mécanique de guerre, de colonisation, de dépossession et de génocide continue. Même le grand « plan de paix » de Donald Trump pour Gaza (cessez-le-feu, libération des otages et des prisonniers, reconstruction de Gaza et gouvernance palestinienne transitoire contre désarmement militaire et politique du Hamas et retrait d’Israël) s’est fracassé sur la réalité : Israël le rejette. Le président américain, qui pensait pouvoir imposer « sa solution », découvre qu’Israël fait ce qu’il veut, quand il le veut, au mépris des injonctions internationales et des desiderata de Washington.
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Pendant que Donald Trump vend donc sa « solution » comme une grande entreprise de paix, la réalité, elle, continue de s’écrire à coups de bombes, de déplacements de population et de destruction. Les plans diplomatiques s’empilent mais sans rapport de force pour contraindre le gouvernement de Benyamin Netanyahou, ils restent des mots posés sur les ruines.
Ce décalage devient intenable. Dans une tribune publiée dans Le Monde du 22 août, une centaine d’anciens diplomates français et britanniques appellent leurs gouvernements à agir enfin pour faire respecter le droit international en Palestine. Leur message est simple : si l’on condamne la destruction de Gaza, la colonisation et les violences en Cisjordanie, il faut en tirer les conséquences. Et les diplomates de lister : suspension des accords commerciaux, arrêt des transferts d’armes et de la coopération militaire, interdiction du commerce avec les colonies, respect des décisions de la Cour internationale de justice et de la Cour pénale internationale. Bref : passer des indignations aux sanctions. Faire du droit international autre chose qu’un élément de langage.
Alors que l’Iran et le Liban accaparent l’attention internationale, reléguant Gaza au second plan, l’horreur continue. En Cisjordanie, la guerre prend la forme d’extension des colonies, d’agressions de colons, de déplacements de populations et de destruction d’infrastructures. Toutes les actions des colons israéliens, protégés par l’armée, concourent à rendre impossible l’existence d’un territoire palestinien.
La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, la Norvège et les Pays-Bas ont jugé, ce 20 août, le projet « inacceptable ». Mais depuis quand une chose « inacceptable » devient-elle acceptable dès lors qu’elle est réalisée ? Une ligne rouge que personne ne défend n’est pas une ligne rouge. C’est une invitation à avancer.
Le projet E1, promu notamment par le premier ministre et son ministre des finances et des affaires civiles, Bezalel Smotrich, en est le symbole : en développant les colonies dans une zone stratégique à l’est de Jérusalem, Israël veut couper la Cisjordanie en deux. Ce n’est donc pas un projet immobilier : c’est une nouvelle pièce dans la construction d’une annexion de fait. La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, la Norvège et les Pays-Bas ont jugé, ce 20 août, le projet « inacceptable ». Mais depuis quand une chose « inacceptable » devient-elle acceptable dès lors qu’elle est réalisée ?
Les capitales européennes haussent le ton, promettent des sanctions, dénoncent les violences et rappellent leur attachement à la solution à deux États. Mais, dans le même temps, elles refusent d’utiliser les leviers économiques et diplomatiques dont elles disposent. Or une ligne rouge que personne ne défend n’est pas une ligne rouge. C’est une invitation à avancer.
Et Israël avance. En Cisjordanie, comme à Gaza, la question n’est donc plus celle des intentions mais celle des réalités fabriquées. À force de condamnations sans conséquences, l’inacceptable finit par devenir la norme. Et pendant que les chancelleries rédigent des communiqués, les bulldozers, eux, redessinent la carte.
Le véritable test pour Paris, Londres ou Berlin n’est donc plus de savoir s’ils trouvent la colonisation « inacceptable ». Le véritable test est de savoir ce qu’ils sont prêts à faire pour qu’elle cesse. Et pour l’instant, pas grand-chose…
25.08.2026 à 12:30
Catherine Tricot
À l’évidence, Fabien Roussel avait envie de tout sauf de faire le discours de clôture des universités d’été de son parti, ce dimanche à Toulouse. Ses premiers mots furent : « Bon allez, après c’est l’apéro ». Pourtant, c’était bien là le lancement de sa campagne présidentielle. Mais de cette heure de discours, on ne retient rien. Le secrétaire national s’ennuyait à mourir et il a très bien su nous le communiquer. Franchement, nous comptions vous rendre compte de cette intervention, mais jugez par vous-même. Certes, il n’y eut pas de sortie de route, de dingueries à polémique. Il a dit sa « So-so-so… Solidarité ! » avec les Palestiniens. Ses arguments sur le budget étaient à l’emporte-pièce : « On va le régler avec nos faucilles et nos marteaux ». Mais il n’y eut pas un mot de politique : l’extrême droite absente des radars et aucun argument en faveur de sa candidature. Son dernier mot : « Vous avez droit à une bonne bière ». On peut penser qu’il y a une place pour un candidat communiste. Mais pour cela, il faut un candidat et un communiste.
24.08.2026 à 11:06
Catherine Tricot
Le candidat à la présidentielle a fait sa rentrée, ce dimanche 23 août, avec un discours solide. « La victoire est possible », a-t-il affirmé. La force de l’organisation et la cohérence du discours peuvent pourtant avoir un effet paradoxal : les autres, ceux qui ne sont pas insoumis, ont-ils une place ?
« Ce qui compte, ce n’est pas le nombre de candidats mais le nombre d’électeurs » : la formule est de Jean-Luc Mélenchon. Lâchée hier lors de son discours aux universités d’été de LFI, elle renvoie les uns et les autres aux souvenirs de leurs minuscules scores précédents et vise à clore le débat sur l’union des gauches. Elle appelle surtout les militants insoumis à aller chercher ces électeurs. Bref, la formule a beaucoup d’avantages. Mais elle n’efface pas la question : la candidature insoumise peut-elle, seule, l’emporter ? Non pas sur le reste de la gauche mais gagner l’angoissante élection de 2027.
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Incontestablement, la candidature de Jean-Luc Mélenchon a de la force. Pas seulement celle de l’expérience de son candidat ; pas seulement celle de militants mobilisés en nombre. Elle a d’abord la force de la cohérence. On peut croire Jean-Luc Mélenchon quand il dit vouloir fonder « l’État écologique ». Ce dimanche, il a su en 45 minutes relier la lutte contre la menace vitale du dérèglement climatique à l’objectif de reconstruire un État du 21ème siècle. Comme Villepin, il rappelle, qu’en France, la nation puis la République et l’État sont des constructions liées depuis des siècles : « L’État a toujours été un projet politique ». Le discours n’est donc pas, cette fois encore, technique mais pleinement politique. Il n’hésite pas à asséner : « Pour s’adapter au changement climatique, il est vital de tout changer, dans la manière de vivre, de produire et d’échanger » ; « Chaque conscience devra dire quel principe d’action va la porter. Chacun pour soi ou tous ensemble ? Le suprématisme ou le collectivisme ? »
Mais Jean-Luc Mélenchon sait aussi qu’il fait peur. Cette inquiétude est profonde. Les Français ne sont pas des enfants apeurés par la personnalité éruptive du candidat. Si on croit le candidat insoumis – et on le peut –, « il faut tout changer », alors il y a de quoi avoir peur. Évidemment. Jean-Luc Mélenchon voit juste quand il dit que l’ampleur des bouleversements est perçue par des pans entiers de la société et dans de nombreux courants de pensée : « Des millions de gens savent que tout un monde est en train de prendre fin, celui du néolibéralisme et de l’irresponsabilité écologique ». Son diagnostic, solide et complet, est un élément de conviction face à ce grand saut qu’il veut enclencher.
Hier donc, Mélenchon a envoyé une fin de non-recevoir à tous ceux qui, à gauche, demandent discussions et même négociations sur le programme. Quand Sandrine Rousseau dit vouloir être « une alliée, pas une ralliée », elle exprime plus que sa propre famille de pensée. Elle demande en fait une attitude ouverte à davantage de complexité et d’altérité.
Mais il doit aussi rassurer sur la souplesse du processus. Non, LFI ne sait pas tout par avance. Oui, il doit y avoir place pour la contradiction, l’expérimentation, pour tenter, échouer et recommencer. La démocratie, ce régime qui reconnaît la légitimité des autres points de vue, est une chance dans un moment de bascule. Les insoumis assurent qu’ils feront ce qu’ils disent et qu’ils sont prêts à gouverner. Ils aiment à dire : « C’est carré : une force, un programme, un candidat ». Leurs convictions sont bien une force d’entraînement… quand elle ne se referme pas. Car le carré n’est pas une forme assez ronde.
Hier donc, selon le théorème « Ce qui compte ce n’est pas le nombre de candidats mais le nombre d’électeurs », Jean-Luc Mélenchon a envoyé une fin de non-recevoir à tous ceux qui, à gauche, demandent discussions et même négociations sur le programme. Quand Sandrine Rousseau dit vouloir être « une alliée, pas une ralliée », quand elle demande des discussions avec LFI sur des sujets qu’elle liste au fil de ses interviews – productivisme, antisémitisme, Europe, Chine, féminisme, IA, etc. –, elle exprime plus que sa propre famille de pensée. Elle demande en fait une attitude ouverte à davantage de complexité et d’altérité. C’est cette dialectique de la cohérence et de l’ouverture qui manque. Pas seulement dans le discours de rentrée du candidat mais dans la rudesse quotidienne et ancienne des rapports de LFI avec toute la gauche, politique et sociale. La capacité à s’ouvrir, à élargir et rassembler n’est plus une question arithmétique ; elle devient un élément de la conviction.