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30.06.2026 à 12:52

Agriculture : faire de la politique en temps de dérèglement climatique

Pablo Pillaud-Vivien

Le Sénat réautorise un néonicotinoïde et les mégabassines. La canicule rappelle pourtant que la question est ailleurs : notre agriculture est entrée dans un monde nouveau. Reste à savoir si nous sommes collectivement prêts à en tirer les conséquences.
Texte intégral (945 mots)

Le Sénat réautorise un néonicotinoïde et les mégabassines. La canicule rappelle pourtant que la question est ailleurs : notre agriculture est entrée dans un monde nouveau. Reste à savoir si nous sommes collectivement prêts à en tirer les conséquences.

La France sort d’une semaine de canicule, avec ce constat terrible : elle n’avait rien d’exceptionnel. Elle annonce au contraire ce qui nous attend. Nous avons souffert dans notre chair et les récoltes aussi. Les éleveurs ont perdu des animaux. Dans plusieurs régions, les moissons de blé s’annoncent décevantes. Le dérèglement climatique n’est plus un risque, c’est le cadre dans lequel notre agriculture doit désormais produire.


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Et que répond le Parlement ? Dans la nuit, le Sénat a adopté un amendement à une loi agricole. Le rédacteur de celui-ci : toujours le même Duplomb dont une pétition de deux millions de signataires et le Conseil constitutionnel avaient déjà entravé une loi il y a un an.

À nouveau, le sénateur LR Laurent Duplomb, ainsi qu’une majorité de sénateurs, proposent le retour de l’acétamipride, l’encouragement des mégabassines, de nouvelles facilités pour les activités agricoles face aux règles environnementales, notamment sur le loup. Le texte doit maintenant passer en commission mixte paritaire mi-juillet. Cette étape est souvent présentée comme une recherche de compromis. En réalité, elle va à l’encontre du fonctionnement normal du Parlement car sa composition donne aujourd’hui un avantage à la droite.

Mais le plus frappant est ailleurs : c’est la troisième loi agricole en deux ans. Nous changeons de cap presque chaque année. Or l’agriculture ne vit pas au rythme de ces coups de barre politiques. On ne transforme pas une exploitation, un système agricole, en quelques mois. On ne prépare pas les cultures de demain avec des décisions prises dans l’urgence, parfois dans l’emportement d’un débat public faussé.

Il faut regarder la réalité en face : certains rendements vont baisser. La question n’est donc pas de faire comme si rien ne changeait. Elle est de garantir un revenu aux agriculteurs, de maintenir notre capacité à nourrir le pays.

Derrière cette loi se cache une question beaucoup plus vaste : voulons-nous adapter notre agriculture à un climat qui change ? Ou voulons-nous préserver à tout prix un modèle conçu pour un climat et un environnement qui mutent ? Nous oscillons entre ces deux choix. Sans jamais trancher.

Le retour de l’acétamipride illustre cette contradiction. L’autorisation de ce néonicotinoïde, cancérogène probable selon l’OMS, dans le reste de l’Union européenne crée une concurrence que les agriculteurs français dénoncent à juste titre. On ne peut pas demander les mêmes résultats avec des règles différentes. Mais cette difficulté révèle surtout l’absence d’une politique européenne cohérente.

Il faut regarder la réalité en face : certains rendements vont baisser. La question n’est donc pas de faire comme si rien ne changeait. Elle est de garantir un revenu aux agriculteurs, de maintenir notre capacité à nourrir le pays et de conserver la possibilité d’une agriculture exportatrice (notre climat le permet encore, contrairement à d’autres pays, ne soyons pas nationalistes et égoïstes en la matière). Voilà le débat.

L’eau pose le même défi. Les mégabassines répondent à un besoin réel : celui de stocker une ressource qui devient plus rare pendant l’été mais aussi plus abondante durant l’hiver – c’est une des conséquences du réchauffement climatique. D’autres solutions existent : créer des sillons perpendiculaires aux pentes et replanter des haies aux racines qui font barrière pour favoriser l’infiltration dans les nappes. Bref, modifier les pratiques agricoles. Sans doute faudra-t-il combiner plusieurs réponses plutôt que transformer chaque projet en guerre de religion.

Nous avons surtout besoin de retrouver une capacité à décider ensemble. Les bassins versants offrent une échelle pertinente pour penser l’eau. L’idée de biorégions avancée par Jean-Luc Mélenchon remet cette question sur la table. Mais le géographe Jacques Lévy rappelait ce mardi matin sur France Culture qu’une société ne s’organise pas seulement autour de ses contraintes naturelles. Elles comptent. Elles ne disent pas tout. L’agriculture française a besoin d’une direction. Et pour l’envisager, on a besoin d’un vrai débat avec toutes les parties prenantes, c’est-à-dire au fond l’ensemble de notre société. Seulement, aujourd’hui, on n’y est pas. On s’affronte à coups de slogans. Tout cela paraît un peu vain alors que l’urgence est maintenant un sujet du présent.

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30.06.2026 à 12:48

🔴 XÉNOPHOBIE DU JOUR

Loïc Le Clerc

En Afrique du Sud, un arc-en-ciel en berne Le rêve de la « nation arc-en-ciel » est en train de virer au cauchemar. Ce mardi 30 juin pourrait être un jour de bascule. Des groupes anti-immigrés, issus de la majorité ethnique zouloue, se sont constitués dans le pays et ont posé cette date comme ultimatum : les…
Lire + (220 mots)

En Afrique du Sud, un arc-en-ciel en berne

Le rêve de la « nation arc-en-ciel » est en train de virer au cauchemar. Ce mardi 30 juin pourrait être un jour de bascule. Des groupes anti-immigrés, issus de la majorité ethnique zouloue, se sont constitués dans le pays et ont posé cette date comme ultimatum : les migrants en situation irrégulière doivent partir. Le pire est à craindre, car ce mouvement a déjà commencé à faire des victimes, avec son lot de menaces, de lynchages et de morts. Depuis plusieurs mois, ces groupes organisent des marches pour demander le départ des étrangers, responsables selon eux de tous les maux du pays. Et ils jouissent du soutien d’organisations et de partis politiques, dont celui de l’ancien président Jacob Zuma, accusé et arrêté pour corruption en 2021, ce qui avait alors déclenché des émeutes provoquant la mort de 350 personnes. Rongé par la corruption, ni l’État ni la police n’ont la main sur ce mouvement, devenu une milice armée qui contrôle les papiers des gens dans la rue. Près de 3 millions d’étrangers vivent en Afrique du Sud et, face à la peur, déjà 25 000 personnes ont été rapatriées ces dernières semaines.

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29.06.2026 à 12:37

Canicule : le grand affrontement qui vient

Catherine Tricot

Cette canicule marque un avant et un après. Elle nous fait peur. Elle doit devenir le point de départ d'une mobilisation pour imposer des transformations structurelles.
Texte intégral (729 mots)

Cette canicule marque un avant et un après. Elle nous fait peur. Elle doit devenir le point de départ d’une mobilisation pour imposer des transformations structurelles.

C’est le soulagement. Le retour de la fraîcheur nocturne va permettre de dormir et de revivre. Provisoirement ? On le craint. À l’image du covid, cet événement caniculaire va constituer une rupture dans notre façon d’envisager l’avenir. Désormais, nous savons ce qui se prépare si nous continuons nos offrandes au dieu pétrole et à la déesse croissance. Cette peur et cette colère doivent devenir une force politique.


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Pendant plusieurs jours, le débat public s’est enlisé dans de vaines polémiques sur la clim’. Nous savons désormais que le réchauffement climatique nous fait souffrir et détruit notre environnement. La clim’ ne pourra rien pour les oisillons qui meurent dans leurs nids, pour les forêts qui brûlent, pour les plantations qui dépérissent. Elle ne permettra pas les promenades et les soirées aux terrasses de café, pas plus que les manifs et les festivals. C’est la vie et ses plaisirs qui sont menacés. La clim’ n’y changera rien. Et on sait aussi que la situation est tellement dégradée qu’il faut de la clim’ pour protéger les plus fragiles. On redoute le bilan des morts de chaud – 1000 morts sont déjà recensés. 

On a enfin compris que les blagounettes sur les plans verts à deux milliards – réduits du tiers – ne sont là que pour amuser la galerie. Les besoins pour l’adaptation s’évaluent entre 2500 milliards et 3000 milliards. Ceux pour atteindre nos objectifs de baisse des émissions de CO2 sont d’une radicalité plus grande encore. Beaucoup de notre façon de vivre doit changer : du travail aux loisirs, de l’alimentation au logement, des transports à l’organisation des villes…

Les besoins pour l’adaptation s’évaluent entre 2500 milliards et 3000 milliards. Où trouver l’argent ? Comment relever ce défi d’une ampleur comparable à la reconstruction d’après-guerre ?

Où trouver l’argent ? Comment relever ce défi d’une ampleur comparable à la reconstruction d’après-guerre ? La société ne peut être tenue à l’écart et la perspective d’un vote dans un an ne suffit pas. Rien ne se fera sans nous tous. D’abord parce qu’il s’agit de faire des choix politiques déterminants. Va-t-on refermer le dossier, trop compliqué, trop cher et nous gratifier de mesurettes ? Va-t-on dépecer les protections sociales pour financer ces chantiers ? Va-t-on simplifier et tout ramener à quelques formules magiques ? C’est l’enjeu du débat, des propositions politiques et des luttes. 

Peut-on tenter de nous unir aux autres sociétés européennes qui, elles aussi, souffrent ? Au lieu de tout céder à l’alliance droite-extrême droite, à Paris comme à Bruxelles, il faut reprendre l’agenda des accords de Paris. Et cesser d’être pleutres face à la puissance destructrice américaine et aux grandes entreprises du pétrole, dont TotalEnergies. L’argent des épargnants, celui des banques et de la BCE doivent être mobilisés pour ces chantiers. Pour payer l’extension en cours du métro parisien, on a emprunté sur 70 ans : c’est l’ordre de grandeur qu’il faut pour les emprunts stratégiques. 

J’ai fait un rêve : celui d’une gauche qui cesserait de s’étriper sur tout et n’importe quoi et qui se mobiliserait pour nous permettre de nous faire entendre. C’est la lutte finale ? On a peur et on est en colère. On peut être une force.

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