
14.05.2026 à 12:05
Catherine Tricot
Le trumpisme incarne la guerre pour le pétrole, la défiance envers la science et la force unilatérale pour seule relation. En face, la Chine se prévaut du multilatéralisme, de l’écologie et du développement. Deux visions ont rendez-vous.
Commencée ce mercredi, la visite de trois jours du président américain à Pékin devait avoir lieu en mars. Cela aurait sans doute mieux valu pour Donald Trump. Au-delà de son embourbement dans une guerre illégale et inégale en Iran, et pour laquelle Donald Trump va chercher une voie de sortie du côté de Pékin, le président américain représente un pays qui rate toujours plus son époque. Cela peut paraître présomptueux de le voir ainsi, alors que depuis les États-Unis souffle un vent profondément réactionnaire et violent qui atteint notre continent. Et il est vrai aussi que la puissance américaine reste, et de loin, la première sur le plan économique, financier et militaire. Cela doit conduire à la prudence sur l’issue de l’histoire.
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Cependant, en quelques mois, les impasses de ce qu’André Gorz appelle « la sortie barbare du capitalisme » se multiplient (à ce sujet, on recommande l’intéressant article du philosophe Patrick Viveret dans le prochain numéro de la revue Regards).
Dans la plus récente actualité, l’interdépendance des sociétés est venue se rappeler à nous avec un petit virus localisé dans les Andes. Quoi qu’en disent les trumpistes, America First est hors du temps. Dans ces circonstances de menace pandémique, l’organisation mondiale qu’est l’OMS, que les États-Unis ont quittée en janvier, se révèle un lieu irremplaçable d’information et de coordination des politiques de santé à la bonne échelle, celle de la planète. Même l’Amérique de Trump doit, in fine, tenir compte de ses recommandations malgré son hostilité idéologique profonde – hostilité aux organismes onusiens, hostilité à la science et aux vaccins, vision eugéniste et raciste.
En s’enferrant dans la défense des énergies fossiles, les États-Unis laissent la Chine, seule, ouvrir des horizons de développement à des milliards d’êtres humains. Dans l’immense bataille pour le leadership mondial, ceci pèsera lourd.
La crise des approvisionnements en pétrole, que la guerre en Iran déclenche, oblige de très nombreux pays à reconsidérer leur dépendance à cette énergie. « Drill baby, drill », clamait le candidat Trump. Mais le pétrole extrait suppose d’être raffiné, transporté, distribué. Outre leur impact positif sur le climat, les énergies renouvelables (solaires et éoliennes) dont la Chine se fait la championne ont pour elles d’être locales. La plupart des pays africains sont passés par la case téléphone portable sans avoir développé le réseau filaire. Les énergies renouvelables pourraient être cette énergie accessible et nécessaire à leur développement sans construire les lourdes infrastructures nécessaires aux énergies fossiles. En s’enferrant dans la défense des énergies fossiles – industrie qui a financé grassement la campagne électorale du milliardaire –, les États-Unis laissent la Chine, seule, ouvrir des horizons de développement à des milliards d’êtres humains. Dans l’immense bataille pour le leadership mondial, ceci pèsera lourd.
Enfin, Donald Trump, qui s’est fait élire par une population grugée par la mondialisation libérale, a voulu promouvoir un souverainisme au travers d’une guerre commerciale douanière. La Chine lui a tenu tête. Elle a augmenté en un an ses exportations vers les États-Unis de plus de 13%. Mais elle s’est surtout tournée vers le reste du monde. Les Européens, eux, n’ont eu d’autres réponses que l’acceptation des règles américaines et l’imposition de restrictions et protections douanières à la Chine. Si celles-ci peuvent être un pis-aller de courte durée, elles ne sont en aucune manière une stratégie qui pourrait être de produire en tout domaine pour les besoins de l’humanité, pas seulement ceux des occidentaux. La Chine a opté, depuis de longues années, de nouer des relations avec le monde entier, et pas seulement avec les pays à haut potentiel économique. Elle accompagne sa percée économique d’un discours sur le multilatéralisme malmené par les États-Unis. Elle prépare patiemment son hégémonie sur le monde.
Les candidats à la présidence de la République seront aussi appréciés en fonction de leur compréhension du monde. Quand les États-Unis s’aveuglent ; la Chine se faufile. Les relents de guerre froide contre la Chine sont davantage des impasses pour voir, penser et proposer.
14.05.2026 à 11:47
Pablo Pillaud-Vivien
Au Théâtre de la Concorde, mercredi soir, les « États généreux de l’édition » ont cherché à donner corps à un secteur fragmenté. Face à l’offensive de Vincent Bolloré (limogeages, départs en chaîne et reprise en main idéologique), Virginie Despentes, Vanessa Springora et de nombreux autres auteurs et éditeurs ont tenté de s’organiser, de s’instituer, de parler droits, statuts et contre-pouvoirs. Signe que le danger est désormais compris. Mieux vaut tard que jamais… Mais ailleurs, au Festival de Cannes, le réalisateur Pierre Salvadori, qui présentait son film en ouverture, assure encore que tant qu’il n’est pas censuré ou empêché, il peut travailler avec Canal+ et donc Bolloré. Il est toujours aussi affligeant de constater qu’au nom de soi et de ses financements, certains arrivent à se voiler la face sur la réalité de l’emprise de l’extrême droite… jusqu’à ce que cela soit trop tard.
13.05.2026 à 16:55
la Rédaction
À nouveau, Kylian Mbappé refuse de se plier à l’injonction au silence qui pèse sur les figures populaires. Dans Vanity Fair, le capitaine des Bleus rappelle qu’il est aussi un citoyen et alerte sur le danger d’une victoire du Rassemblement national en 2027 : « Moi, ça me touche, je sais ce que ça signifie et quelles conséquences cela peut avoir pour mon pays lorsque des gens comme eux arrivent aux commandes. » Une prise de position lucide, enracinée dans la politisation d’une génération marquée par le premier tour des élections législatives de 2024 : « Ça nous a choqués […] Nous sommes des citoyens, et nous ne pouvions pas simplement rester là, nous dire que tout allait bien se passer et aller jouer ». En réponse, Jordan Bardella tente la pique ironique et footballistique, seule arme à sa disposition : « Et moi je sais ce qui arrive lorsque Kylian Mbappé quitte le PSG : le club gagne la Ligue des champions ! (Et peut-être bientôt une deuxième fois.) » Qui parle, au nom de qui… et avec quels effets : c’est tout l’enjeu.