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07.05.2026 à 01:45

Des enfants : pour qui, pour quoi ?

Pablo Pillaud-Vivien

Alors que la France a désormais un solde naturel négatif, les appels à « relancer » les naissances se multiplient. Le commissaire au plan vient de rendre un rapport ; Bruno Retailleau en fait un sujet de campagne présidentielle. Une question préalable se pose : pour qui, pour quoi faisons-nous des enfants ?
Texte intégral (715 mots)

Alors que la France a désormais un solde naturel négatif, les appels à « relancer » les naissances se multiplient. Le commissaire au plan vient de rendre un rapport ; Bruno Retailleau en fait un sujet de campagne présidentielle. Une question préalable se pose : pour qui, pour quoi faisons-nous des enfants ?

La France pensait faire exception. Pendant des décennies, face à l’Italie, l’Allemagne ou le Japon, elle pensait résister, portée par une politique familiale relativement solide. Les femmes françaises étaient parmi les plus actives sur le marché du travail et les plus fécondes. Cette époque est révolue et il y a aujourd’hui plus de morts que de naissances chaque année. Le taux de fécondité est largement sous le seuil de renouvellement des générations.

Le Haut-Commissariat au Plan, présidé par Clément Beaune, tire la sonnette d’alarme dans un rapport publié cette semaine. Comment faire pour que les Français refassent des enfants ?

Deux raisons affleurent. La première renvoie à une logique qui domine jusqu’au milieu du XXe siècle : produire des corps pour la nation, des bras et des soldats. Emmanuel Macron l’a réactivée et suggérée en janvier 2024, en évoquant un « réarmement démographique ». La seconde raison invoquée est celle du financement de notre modèle social, en particulier du système de retraites.

Ces deux logiques sont déjà très présentes dans le débat public. Bruno Retailleau vient de publier ses propositions pour un plan de repeuplement de la France. À qui s’adressent ces discours ? Qui décide de faire un enfant pour remplir des bataillons ou équilibrer un régime de retraite ? Les discours visent peu les citoyens et davantage une politique publique nataliste. Problème : l’État ne fait pas d’enfants. Or ces discours contournent la question plus intime des motivations.

Depuis des décennies la naissance relève du choix. Faire un enfant, aujourd’hui, c’est souvent rechercher un prolongement de soi, s’inscrire au-delà de notre finitude. Pas forcément un prolongement narcissique, mais une manière de transmettre – des valeurs, une histoire, une sensibilité au monde. C’est inscrire dans le temps long. Cette aspiration à transmettre ne passe plus uniquement par la filiation biologique. Elle peut prendre mille autres formes : l’engagement professionnel ou politique, la création artistique, l’attention portée à ses proches, à ses neveux, à ses filleuls. Il y a une pluralité de façons de faire héritage.

L’ignorer, c’est se tromper de focale. Bien sûr, les conditions matérielles comptent : modes de garde, revenus et statuts, logement… Bien sûr aussi, l’état du monde pèse, entre crise climatique et instabilité géopolitique. Sur ces leviers la puissance publique peut et doit agir. Permettre à celles et ceux qui veulent faire des enfants d’accéder à ce désir profond est un objectif que l’on peut assigner aux politiques publiques : aides financières, crèches, aides médicales, rythme du travail, etc. Mais tout cela ne suffit pas, comme le montrent toutes les études internationales. Nulle politique ne décrète une naissance, ni ne planifie un désir. Tant que le débat restera prisonnier d’une vision utilitaire, il passera à côté de l’essentiel : ce qui fait qu’une vie mérite d’être transmise. C’est là que se joue la question démographique. Non dans des injonctions à procréer, encore moins dans des calculs d’état-major.

Pour le paiement des retraites, franchement, d’autres moyens existent comme la répartition des richesses et l’équitable gestion des gains de productivité. Les migrations qui joueront aussi un rôle. Quant à la guerre, il semblerait que les drones remplacent les soldats. Faire des enfants, c’est super… si on veut. Mais ce n’est pas « nécessaire ». Et si la puissance publique veut le faciliter, c’est d’abord en contribuant à rendre l’avenir désirable. Si la France veut que les enfants reviennent, elle devra d’abord s’assurer que le monde dans lequel ils naîtront donne envie d’y croire.

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07.05.2026 à 01:42

🔴 INSOUMISSION DU JOUR

la Rédaction

Quand c’est carré, c’est pas rond « C’est carré ». C’est ainsi que Jean-Luc Mélenchon a qualifié, dimanche soir sur TF1, la stratégie de La France insoumise. « Regardez mon équipe, ce sont les visages de notre futur gouvernement ». 100% insoumis, donc. Depuis, le mouvement a lancé l’offensive appelant les autres forces de gauche…
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Quand c’est carré, c’est pas rond

« C’est carré ». C’est ainsi que Jean-Luc Mélenchon a qualifié, dimanche soir sur TF1, la stratégie de La France insoumise. « Regardez mon équipe, ce sont les visages de notre futur gouvernement ». 100% insoumis, donc. Depuis, le mouvement a lancé l’offensive appelant les autres forces de gauche à se ranger derrière eux pour la présidentielle, les législatives et les sénatoriales. Le cadre insoumis est fixé… et quand c’est carré, c’est pas rond. Pas le genre de la maison.

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05.05.2026 à 14:39

Primaire : une autre gauche est possible ?

Pablo Pillaud-Vivien

Deux jours après l'annonce de Jean-Luc Mélenchon, la gauche unitaire veut relancer sa primaire. Elle tient meeting ce soir à la Bellevilloise.
Texte intégral (802 mots)

Deux jours après l’annonce de Jean-Luc Mélenchon, la gauche unitaire veut relancer sa primaire. Elle tient meeting ce soir à la Bellevilloise.

Ce mardi 5 mai à la Bellevilloise, la gauche célèbre les 90 ans du Front populaire. Avec un aréopage réuni pour l’occasion, de Clémentine Autain à Marine Tondelier, de François Ruffin à Olivier Faure, en passant par Lucie Castets et Benjamin Lucas. Tous se veulent les héritiers d’une gauche capable de dépasser ses divisions pour s’opposer au fascisme et gouverner. Et ils ont un plan pour la présidentielle 2027 : une primaire en octobre.


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Pourtant, à ce stade, la primaire a peu de chances d’aboutir. Non pas parce qu’elle serait inutile – what else ? – mais parce que le Parti socialiste reste profondément divisé sur le sujet, malgré le soutien affiché de son premier secrétaire. Une vieille maladie de la gauche française : savoir ce qu’il faudrait faire mais ne pas parvenir à le faire ensemble. La primaire n’est pas une lubie d’appareil. Elle est devenue une nécessité politique.

D’un côté, Jean-Luc Mélenchon est, depuis dimanche, officiellement candidat. Les insoumis pensent sincèrement incarner seuls la gauche de rupture, seuls capables de transformer en profondeur le pays pour aller vers un avenir meilleur. D’ailleurs, ils rappelleront que c’est écrit noir sur blanc dans leur programme L’Avenir en commun. Ils avancent avec cohérence.

D’un autre côté, toujours à gauche, il existe d’autres projets, d’autres stratégies et d’autres ambitions. Certains ne se reconnaissent pas dans la quatrième candidature de Jean-Luc Mélenchon. Et quoi qu’en disent les insoumis, cela ne veut pas dire qu’ils auraient renoncé à l’ambition de changer la vie. Ils ont d’autres priorités à faire valoir, d’autres idées sur la méthode. Eux aussi ont droit au combat politique. Mieux : ils le prendront.

Sur qui se fera ce « vote utile » à gauche ? Si la droite est la mieux placée pour battre le RN, alors une partie des Français et des Françaises, y compris de gauche, voteront pour elle…

La question n’est donc pas de savoir s’il y aura une offre politique multiple. La question est de savoir si cette multiplicité sera organisée ou subie. C’est le paradoxe à résoudre et la primaire se veut un chemin pour ce faire. Parce que la gauche est à la fois multiple et traversée par une aspiration unitaire, la primaire s’impose comme l’outil capable de tenir ensemble ces deux réalités. Elle permettrait une clarification. Vous en connaissez d’autres ? Elle permet la confrontation, elle oblige à des choix. Et elle permet de s’unir sans avoir à renoncer par avance à convaincre. Advienne que pourra.

L’histoire récente devrait nous servir de leçon. En 2017 comme en 2022, une large part de l’électorat de gauche a fini par se rassembler, dans l’isoloir, derrière le candidat jugé le mieux placé pour accéder au second tour : Jean-Luc Mélenchon. Non pas par adhésion totale, mais par nécessité stratégique. Rien n’indique que 2027 échappera à cette logique. La nécessité impérieuse d’avoir un candidat progressiste face aux idées dégueulasses du RN l’imposera.

Mais sur qui se fera ce « vote utile » à gauche ? Ce sera le fruit d’une capacité à apparaître comme celui ou celle qui peut battre l’extrême droite au second tour. Et alors, l’identité politique et le projet porté ne seront pas des détails. Imaginons même que si la droite est la mieux placée pour battre le RN, alors une partie des Français et des Françaises, y compris de gauche, voteront pour elle… avec des conséquences importantes pour les années à venir.

On écoutera ce soir, à la Bellevilloise, Lucie, Clémentine, François, Benjamin, Marine et Olivier porter les arguments qui donneront la chance à la gauche d’être au rendez-vous dans ce fracas du monde politique.

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