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31.08.2026 à 12:06

Primaire socialiste : Mélenchon n’est plus seul

Catherine Tricot

Parti le 3 mai en campagne, avec un programme actualisé et une force militante constituée, Jean-Luc Mélenchon fait la course en tête, à gauche, des sondages et des mobilisations. Et de loin. Avec le lancement de la primaire social-démocrate, on revient à une forme de normalité de la gauche française.
Texte intégral (905 mots)

Parti le 3 mai en campagne, avec un programme actualisé et une force militante constituée, Jean-Luc Mélenchon fait la course en tête, à gauche, des sondages et des mobilisations. Et de loin. Avec le lancement de la primaire social-démocrate, on revient à une forme de normalité de la gauche française.

La gauche française a historiquement deux pôles. Depuis les années 80-90 (du siècle précédent), son versant radical n’est plus porté par le Parti communiste. Depuis près de 15 ans, Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise ont su investir et relever cet espace. Le pôle socialiste a, quant à lui, été effacé de la carte nationale par la faillite du quinquennat Hollande. Est-ce qu’il n’y avait plus qu’une gauche en France, sous leadership insoumis ? Les effets déformants des accords nationaux (Nupes puis NFP) et l’impact du vote utile en faveur de Jean-Luc Mélenchon lors des deux scrutins présidentiels précédents ont pu le laisser penser.


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Mais la renaissance d’une histoire peut prendre du temps. Défaut de l’urbaniste que je suis, je crois à l’impact long des structures historiques – le territoire comme la politique. L’histoire de notre pays a façonné deux façons dominantes de porter le combat de la gauche en faveur de la justice et de l’égalité. La lutte politique entre ces deux pôles de gauche a été rude et elle a forcé chacun à gauche à bouger, à affiner ses idées et propositions. C’est peut-être ce qui est en train de se passer. 

Car les socialistes vont choisir un candidat. La demande de rupture avec la politique macroniste porte l’extrême droite et la gauche. Globalement, la gauche semble reprendre quelques couleurs à mesure que le bloc central se déporte toujours plus vers la droite et se trouve confronté au calamiteux bilan de ces dix ans de présidence Macron. D’une certaine façon, le désastre de la politique de l’offre entraîne aussi François Hollande. Les socialistes sont sur le point de se débarrasser de l’encombrant ancien président qui d’une part ne participera pas à cette primaire et d’autre part n’inscrit plus son action présente dans la gauche. A Sens (Yonne) ce samedi, François Hollande a précisé sa pensée : pour lui, il convient de « sauver la démocratie ». En France, celle-ci serait menacée autant par le RN que par LFI. Il propose donc une grande alliance sur un programme de gouvernement précis qu’il esquisse – et dont il prend soin que la droite y retrouve ses petits.

Le pôle que promeut Jean-Luc Mélenchon a le mérite de s’ancrer dans la radicalité nécessaire. Mais cette radicalité devra encore préciser la méthode durable qui la rendra possible, dans les rapports de forces sociaux et européens actuels. Le pôle socialiste devra prouver qu’il ne va pas déserter en rase campagne, retourner sa veste et axer ses alliances vers « le centre ».

Donc revenons à gauche. La primaire des socialistes va occuper largement l’espace médiatique. Mais ce serait illusoire de ne croire qu’à un effet conjoncturel. Lors de leurs premières interviews comme lors de l’université d’été du PS, les candidats à la primaire ont fait entendre leurs idées, des idées. Et elles ne se limitent pas à l’important débat sur l’alliance ou non avec LFI. Un socialiste, de carte ou de cœur, les portera en avril prochain. Le bon niveau de débat ne peut être celui – vain – de l’excommunication : il (ou elle) n’est pas de gauche. Il faudra faire mieux.

Le pôle que promeut Jean-Luc Mélenchon a le mérite de s’ancrer dans la radicalité nécessaire pour nous sortir du marasme que nous connaissons depuis trop longtemps. Mais cette radicalité devra encore préciser la méthode durable qui la rendra possible, dans les rapports de forces sociaux et européens actuels et sans que le prix soit payé par le plus grand nombre. Le pôle socialiste devra prouver qu’il ne va pas déserter en rase campagne, retourner sa veste et axer ses alliances vers « le centre ». Jurer que son ennemi, c’est la finance ne suffira pas. Il devra rassurer sur les tentations bellicistes, guerrières du leader de Place publique. Il devra dire aussi comment réunir les conditions politiques de son élection et de ses promesses s’il entend se passer des insoumis. 

On attend cette confrontation, qui doit renforcer la gauche. Alors, elle pourra gagner.

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31.08.2026 à 12:00

🔴 NON DU JOUR

Loïc Le Clerc

Les Islandais refusent de causer avec l’UE Ils ont voté non. Ce samedi 29 août, les Islandais ont été 52,8% (avec une participation de 82,5%) à rejeter le référendum qui visait à rouvrir les négociations d’adhésion à l’UE. Un résultat significatif pour une Europe qui peine de plus en plus à faire envie. La question…
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Les Islandais refusent de causer avec l’UE

Ils ont voté non. Ce samedi 29 août, les Islandais ont été 52,8% (avec une participation de 82,5%) à rejeter le référendum qui visait à rouvrir les négociations d’adhésion à l’UE. Un résultat significatif pour une Europe qui peine de plus en plus à faire envie. La question de la souveraineté de l’île, notamment via son secteur de la pêche, a été l’argument massue : elle pèse pour 40% de leurs exportations et 7% du PIB. Dans un monde dangereux, où les puissances bombent le torse, où la violence devient la première des diplomaties, qu’un aussi petit pays préfère voguer seul qu’en banc a de quoi interroger. L’union fait la force, mais dans ce cas-là, l’Union (avec une majuscule) apparaît comme une sangsue qui affaiblit plutôt qu’elle ne protège. Un parfum de 2005 français et hollandais flotte dans ce vote : le « non » dit aussi la difficulté croissante de l’Europe à susciter l’adhésion des peuples autrement que par la crainte du déclassement ou la nécessité économique. Vingt et un ans après, le projet européen peine toujours à redevenir un horizon politique désirable. Ce nouvel épisode va-t-il être celui qui permettra, enfin, de questionner le fonctionnement et le but profond de l’Union européenne ? Rien n’est moins sûr. En attendant, c’est bien cette Europe qui sort perdante.

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28.08.2026 à 11:56

Le Medef voulait parler économie, ils ont parlé politique

Catherine Tricot

Le débat organisé par le Medef a clarifié les lignes : Retailleau rêve de tronçonneuse, Attal et Philippe de choc social, tandis que Tondelier, Mélenchon et Glucksmann défendent, chacun à leur manière, une autre conception de l’État et du modèle social.
Texte intégral (1243 mots)

Le débat organisé par le Medef a clarifié les lignes : Retailleau rêve de tronçonneuse, Attal et Philippe de choc social, tandis que Tondelier, Mélenchon et Glucksmann défendent, chacun à leur manière, une autre conception de l’État et du modèle social.

Pendant plus de trois heures, sept candidats à l’élection présidentielle ont débattu d’économie. Les sélectionnés comme les thèmes ont été choisis par la puissance invitante, le Medef, « très inquiet », comme toujours avant chaque élection présidentielle. Malgré les efforts de Marine Tondelier, l’écologie fut peu débattue. Malgré la présence de Marine Le Pen, l’immigration non plus. Mais il ne s’est pas rien dit. Ce fut même un tour de chauffe assez instructif.


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Ce fut un débat sérieux avec des politiques qui argumentent avec les bons ordres de grandeur. Loin des blagounettes du premier ministre, l’unité de compte était les dizaines de milliards. Exemple : Marine Tondelier a rappelé que, sur les 150 milliards de déficit annuel, 62 sont directement imputables aux baisses d’impôts. Jean-Luc Mélenchon a dit combien coûtent à la collectivité des maladies comme le diabète (9 milliards) ou les émissions de particules fines (19 milliards). Raphaël Glucksmann a révélé que les subventions aux industries fossiles se montent à 70 milliards par an. En les écoutant tous, on comprenait que la politique économique, ce n’est pas des économies à la petite semaine. Et les leviers de décisions existent.

La seconde leçon de ce débat est une lisibilité plus nette des profils politiques : Bruno Retailleau sort son va-tout et entend la jouer comme Javier Milei – le look rock en moins. Son crédo : « Il faut changer de système » et en finir avec l’assistanat. Il veut mettre à bas « l’État vorace et l’État paperasse qui prend les entreprises pour des vaches à lait » et promet de sortir du « social-étatisme ». Adieu le code du travail ! Il rêve de passer à la tronçonneuse 300 000 emplois publics et de réformer la constitution pour extirper le principe de précaution.

Gabriel Attal et Édouard Philippe, dans des styles différents, ont tous deux revendiqué la politique de l’offre. Attal s’est dit fier d’avoir « baissé les impôts sur les bénéfices des entreprises de 33% à 25% et mis en place la flat tax » qui protège les plus riches. Mais ni l’un ni l’autre ne se veulent seulement dans les pas de Macron. Après avoir affamé l’État et les services publics, ils regorgent d’idées pour défaire le pacte social et conforter les inégalités. Ils préconisent une politique du choc massif contre le social.

Jean-Luc Mélenchon ne jouait certes pas à domicile. Courageux dans cette enceinte, il s’est fait le défenseur de l’État. Au total, tous les candidats ont promis des ruptures profondes et rapides. Il faut croire que le consensus s’établit sur le lamentable bilan de ces deux quinquennats. 

Raphaël Glucksmann s’est révélé assez politique. Convaincu que « si on casse le modèle social, on casse la démocratie », il a dévoilé sa proposition d’un « contrat patriotique » autour de trois thèmes : « la révolution écologique qui est aussi une révolution industrielle » ; la promotion d’une société de travailleurs et non d’héritiers et de rentiers ; un pays de créateur notamment dans les nouvelles technologies. On peut y voir des ressemblances avec le projet de Macron 2017. Il assure : « Parce que nous n’avons pas assez d’argent, nous devons investir dans l’écologie ». Mais il raconte des balivernes sur la possible compensation des baisses de charges par un impôt sur l’héritage des plus riches. Raphaël Glucksmann cherche, sans trouver, la façon d’augmenter le pouvoir d’achat sans augmenter les salaires.

Jean-Luc Mélenchon ne jouait certes pas à domicile. Abandonnant l’arrogance, sans exclure la fermeté, dans l’affirmation de ses désaccords, il a cherché à montrer que « les patrons » ne sont pas une catégorie globale aux intérêts uniformes et que l’État ne devrait pas laisser certains, comme à ArcelorMittal, jouer contre l’intérêt du pays. Et il a voulu convaincre que des convergences sont possibles avec le reste de la population et du pays. Il proposa un accord : promouvoir une nouvelle politique de santé et restituer les économies en baisse de cotisation maladie. Il a parlé ambitions industrielles autour de l’IA, l’ordinateur quantique et l’avion spatial et rappela qu’une industrie moderne suppose une classe ouvrière bien payée. Il a introduit une différence d’appréciation – et de traitement – entre le capital financier et le capital productif. Courageux dans cette enceinte, il s’est fait le défenseur de l’État.

Comme toujours, Marine Tondelier s’est montrée très pugnace. Audacieuse, elle a rappelé la position du Medef sur l’immigration. Malaise à droite. Avec Jean-Luc Mélenchon, elle s’est attachée à dissocier grandes entreprises et PME et s’est voulue au côté de ces dernières. Elle a proposé « des prêts à taux zéro pour la décarbonation de l’activité ».

Se sachant en tête des sondages, Marine Le Pen est restée prudente, presque en retrait. Elle a maintenu le flou sur les retraites mais n’a pas lâché les 60 ans. Trouvez le loup. Déterminée à agir, elle usera d’ordonnances contre les normes, les impôts, etc. Comme Jean-Luc Mélenchon, elle a demandé à être jugée sur ses propositions et pas sur les idées préconçues. 

Au total, tous les candidats ont promis des ruptures profondes et rapides. Il faut croire que le consensus s’établit sur le lamentable bilan de ces deux quinquennats. 

Enfin une dernière leçon de ce débat : on voit mal ce qui interdit l’alliance Attal et Philippe. En revanche, si on voit bien des différences, notamment sur l’Europe, sur la Chine ou sur les salaires, on comprend mal ce qui bloquerait les convergences des candidats de gauche. Glucksmann s’est même montré offensif contre Attal et Philippe et en appui de Mélenchon sur la question de la dette. Mais Glucksmann peut-il s’enferrer dans des oukases contre le candidat insoumis et viser des convergences avec Attal ou Philippe ? Hier soir, rien ne le justifiait.

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