
23.06.2026 à 11:02
Loïc Le Clerc
Ce lundi, la cour d’appel de Paris a confirmé le non-lieu dans le scandale sanitaire du chlordécone. Il s’agit du deuxième non-lieu prononcé dans cette affaire qui traîne depuis 20 ans. Ce pesticide qui empoisonne la nature pour 600 ans, la France l’utilise depuis 1972. Classé potentiellement cancérogène par l’OMS en 1979, il a été interdit dans l’hexagone en 1990, mais les Antilles ont eu une dérogation pour l’utiliser encore jusqu’en 1993. Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire, plus de 90% de la population adulte en Guadeloupe et Martinique est contaminée, avec des risques pour les grossesses et les nourrissons. Les avocats des parties civiles vont saisir la cour de cassation « pour qu’elle tranche les questions de droit que la cour d’appel n’a pas eu la volonté d’examiner jusqu’au bout ». La loi du 12 juin 2026 reconnaît la responsabilité de l’État dans ce scandale. La France « a l’élégance de reconnaître et réparer […] quand la majorité des victimes, ultramarines ou majoritairement non blanches, sont décédées », ironise l’avocat Georges-Emmanuel Germany. La décolonisation est loin d’être terminée.
23.06.2026 à 10:51
Roger Martelli
Marc Bloch et son épouse Simone entrent au Panthéon ce mardi 23 juin. L’historien Roger Martelli nous raconte pourquoi cet honnête homme devenu héros y a toute sa place.
Marc Bloch sera donc le premier historien français à entrer au Panthéon. Soldat combattant et décoré à deux reprises, une seconde fois engagé à 56 ans, résistant torturé et fusillé, enseignant et chercheur inlassable, créateur d’une prestigieuse revue historique, intellectuel aigu, juif persécuté… Marc Bloch était tout cela et de ce patchwork, il a su faire un tout cohérent, jusqu’au sacrifice suprême.
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Après 1940, il pouvait vivre la vie feutrée des élites, se réfugier dans le silence des bibliothèques, faire profil bas et se taire, ou partir aux États-Unis pour échapper aux brimades et aux proscriptions. Mais cet homme, qui ne se vivait comme juif que face aux antisémites, a tourné le dos à la vie protégée. Il a choisi la clandestinité, la noire incertitude de l’angoisse, la vie de l’ombre, errante mais choisie, le combat de l’esprit pour donner du sens au fracas des armes.
Historien de ces siècles reculés que l’on désigne sous le nom de Moyen Âge, il a su écrire l’histoire du temps présent, porté par la rage d’une défaite vécue dans l’impuissance. Il n’évoqua pas en 1940 la fatalité, mais l’incurie des responsables, l’impréparation, la courte vue des états-majors et des gouvernants. Il ne fut pas un acteur du Front populaire, mais il préférait l’enthousiasme joyeux des foules françaises de 1936 aux masses fanatisées de Nuremberg ou de Rome.
Marc Bloch avait le mérite d’être engagé, tout en répugnant aux postures figées. Patriote à l’extrême, il détestait les nationalismes cocardiers. Intellectuel hors pair, il ne séparait pas ses idées et ses actes. Pacifiste par l’horreur vécue de la guerre, il n’acceptait pas une paix acquise au prix du renoncement et de la honte. Figure tutélaire d’une nouvelle histoire, il ne fut pas le gardien d’une doxa contre d’autres. Ce classique par excellence ne craignit jamais la novation.
Marc Bloch ne jouait pas de l’opposition de deux France tenues pour incompatibles. Il était au contraire de ceux qui pouvaient refuser la guerre des camps et s’engageaient pourtant dans le combat contre la tentation fasciste.
Depuis 2007, on utilise beaucoup une phrase tirée de son Étrange défaite. Elle a été maintes fois reproduite, souvent en partie. Elle vaut d’être lue en entier : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération ». C’est de cette phrase et de ses premiers mots que se réclament toutes celles et ceux qui, de Nicolas Sarkozy à Marion Maréchal, se gargarisent d’une « identité française » multiséculaire et pourtant toujours menacée.
Ils ignorent que Marc Bloch ne jouait pas de l’opposition de deux France tenues pour incompatibles, mais disait tout simplement que l’on ne pouvait saisir la trace française des siècles si l’on fermait sa sensibilité à une des grandes inflexions qui ont façonné l’originalité d’une histoire particulière. Ils veulent oublier que Marc Bloch, l’historien des siècles lointains, refusait de dresser face à face le mythe de l’âge d’or et les turpitudes de la modernité, mais que, dans le même temps, il ne voulait pas de la mièvre facilité du « ni-ni ». Il était au contraire de ceux qui pouvaient refuser la guerre des camps et s’engageaient pourtant dans le combat contre la tentation fasciste d’un effacement de cent cinquante ans d’histoire démocratique.
Comment alors ne pas voir la modernité persistante de ce parti pris ? Il est certes toujours périlleux de préjuger de ce que ferait tel protagoniste d’hier dans les fracas d’aujourd’hui. Il n’en est pas moins déraisonnable de laisser dire que le patriotisme ouvert de Marc Bloch peut être une caution pour les replis identitaires qui empoisonnent notre air du temps.
Dans un essai devenu un livre de chevet pour les historiens, Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, il se plaisait à reprendre une phrase d’un de ses prédécesseurs, Henri Pirenne : « Si j’étais antiquaire, je n’aurais d’yeux que pour les vieilles choses. Mais je suis un historien. C’est pourquoi j’aime la vie. » Cet homme modeste était ce que les Grecs anciens appelaient kalos kagathos, beau et bon, que les classiques traduisaient par « honnête homme ». Il était à ce point honnête homme qu’il est devenu un héros, symbole du pari démocratique, de la raison et du libre arbitre. Aux côtés de Jean Moulin, de Missak Manouchian, de Simone Veil et de Joséphine Baker, Marc Bloch a décidément toute sa place dans le temple de la mémoire nationale.
23.06.2026 à 10:09
Bernard Marx
La vie est simple avec l’éditorialiste de France Inter – il fait chaud, c’est la faute aux autres – et la solution encore plus facile : la clim’ partout tout le temps.
Quand on écoute le matin au petit déjeuner les éditos éco de Dominique Seux, ça peut passer crème. Surtout quand il fait déjà près de 30°C dans la pièce. Et cela peut même paraître presque convaincant. Et pourtant, son CQFD quotidien est très souvent contestable et, en réalité, de plus en plus symptomatique du programme commun de la droite et de l’extrême droite en voie de constitution, sous la houlette du Medef. Et les faits et chiffres supposés faire preuve sont souvent bien tordus. Exemple ce 22 juin où il était, forcément, question de la canicule.
Le CQFD numéro 1, c’est que nous les Français, mais aussi les Européens, sommes piégés et subissons une injustice : on se paie un réchauffement plus fort mais dont on est moins responsables qu’ailleurs : « Les Français sont d’abord piégés parce qu’ils subissent un réchauffement climatique sur lequel leur prise est faible, très faible… Nos émissions de gaz à effet de serre représentent entre 0,6 et 0,8% des émissions mondiales. La France a les moyens et le devoir de poursuivre dans cette voie, c’est sa contribution à la lutte contre le dérèglement climatique, mais force est de constater que tous les pays ne font pas les mêmes efforts et que quand l’Europe se retourne, elle se voit plutôt seule. L’Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, pour des raisons diverses, comme vient de le rappeler l’organisme européen spécialisé Copernicus, notamment à cause de la fonte des glaciers. La France, comme toute l’Europe de l’Ouest, est spécifiquement désavantagée avec des pics de chaleur plus fréquents et intenses. Bref, l’Europe, tout en faisant plus d’efforts, se réchauffe plus. »
Plusieurs remarques :
Et le rapport de l’ONU sur l’impact des changements climatiques sur l’Afrique publié en août 2025 commence ainsi : « L’ Afrique est l’une des régions du monde les plus vulnérables aux changements climatiques, alors même que sa contribution aux émissions mondiales est négligeable ».
Non, Dominique Seux, le réchauffement climatique n’est pas le nouveau fardeau de l’homme blanc européen.
Après le CQFD du diagnostic vient le CQFD de la solution
Et la solution, le sirop Typhon, de la politique anti-réchauffement climatique et anti-canicules, c’est… la climatisation, forcément ! « Une électricité abondante et décarbonée. La France est presque un des seuls pays au monde où la climatisation n’aggravera pas le réchauffement climatique, pour peu que les appareils soient récents et bien entretenus. Quant au réchauffement temporaire des températures extérieures, la balance est vite faite entre survivre à l’intérieur et un degré de plus à l’extérieur quand il fait 35 ou 40 degrés. »
Avec ça, pas besoin de changer de politique, pas besoin d’écologie politique, pas besoin d’égalité et de mobiliser des centaines de milliards. Et pas besoin de souligner que le G7 continue de se soumettre à Donald Trump et son « drill baby drill ».
Dominique Seux est facétieux. Il ne nous dit pas que c’est ce que préconise le RN et Marine Le Pen et qu’a critiqué Jean-Luc Mélenchon. Il préfère apporter la caution scientifique d’Esther Duflo et de François Gemenne. Mais le cœur y est.