
13.05.2026 à 16:55
la Rédaction
À nouveau, Kylian Mbappé refuse de se plier à l’injonction au silence qui pèse sur les figures populaires : dans Vanity Fair, le capitaine des Bleus rappelle qu’il est aussi un citoyen et alerte sur le danger d’une victoire du Rassemblement national en 2027 : « Moi, ça me touche, je sais ce que ça signifie et quelles conséquences cela peut avoir pour mon pays lorsque des gens comme eux arrivent aux commandes » Une prise de position lucide, enracinée dans la politisation d’une génération marquée par le premier tour des élections législatives de 2024 : « Ça nous a choqués (…) Nous sommes des citoyens, et nous ne pouvions pas simplement rester là, nous dire que tout allait bien se passer et aller jouer ». En réponse, Jordan Bardella tente la pique ironique et footballistique, seule arme à sa disposition : « Et moi je sais ce qui arrive lorsque Kylian Mbappé quitte le PSG : le club gagne la Ligue des champions ! (Et peut-être bientôt une deuxième fois.) ». Qui parle, au nom de qui… et avec quels effets : c’est tout l’enjeu.
13.05.2026 à 16:55
Loïc Le Clerc
Les Parisiens s’apprêtent à jouer leur deuxième finale de coupe d’Europe d’affilée et, comme lors de leur victoire l’an passé, la fête ne sera pas tolérée par les autorités. Un réflexe répressif qui s’étend.
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« C’est officiel, il n’y aura pas de fan-zone à Paris pour la finale de la Ligue des champions », titre Le Parisien. Une nouvelle aussi décevante que prévisible pour les supporters du Paris Saint-Germain. Motif : le « défi sécuritaire est trop grand ». Le ministère de l’intérieur argue qu’il y a déjà trop d’événements ce jour-là à Paris : les concerts d’Aya Nakamura au Stade de France, de Damso à La Défense Arena et de Bouss à l’AccorArena, le tournoi de Roland-Garros, le match de rugby du Stade Français…
Pas question de faire de hiérarchie ici, mais un club français en finale de coupe d’Europe, dans le sport le plus populaire du pays, cela devrait susciter un certain engouement. Un engouement qui, d’ailleurs, devrait être partagé, accompagné et encadré par les pouvoirs publics afin de rendre accessible l’événement et, si tel est le cas, la fête qui s’ensuit.
Mais non. Alea jacta est, dès qu’on parle football et fête, l’Etat a une réaction épidermique.
Pas de « fan-zones », comme l’année dernière, mais qu’en sera-t-il de Paris en cas de victoire du PSG ? En juin 2025, nous étions exactement dans la même situation. Pas question de faire la bamboche ! Le ministre de l’intérieur, Bruno Retailleau, avait barricadé toute la ville et déployé toute sa force : plus de 500 arrestations le soir de la finale. Il évoquait alors des « barbares ». Visiblement, à l’époque, le « défi sécuritaire » n’était pas trop grand… s’agissant de casser du supporters ! On espère qu’il en sera différemment sous les ordres de Laurent Nuñez.
Le football est bien souvent la cible privilégiée des ministres de l’intérieur pour jouer les coqs. Jusqu’à l’obsession : imaginez qu’il n’y a pas eu de confrontation footballistique entre la France et l’Algérie depuis le 6 octobre 2001 ! Mais il n’y a pas que le foot dans la vie. Il y a aussi les « free parties » ! Des événements qui seraient tellement dérangeant pour l’ordre public qu’on en entend… jamais parler ! Enfin, maintenant si, c’est dans l’actualité parce que les députés de droite et d’extrême droite ont décidé de voter une loi pour punir ces fêtes, au motif de leur illégalité. Laurent Nunez s’est engagé « à mieux réprimer ce type d’organisation sauvage ». Le ministre change, le style reste…
Comme avec les rassemblements post-victoires sportives, tout le nœud du problème est là : la joie est un élan spontané qui, partagé par des milliers de personnes dans une même unité de lieu et de temps, crée une foule dense, dynamique, vivante. Il n’est pas question de « légalité ». On ne dépose pas en préfecture une demande de rassemblement pour fêter un match de foot. On sort, on envahit les rues, on se déverse, on chante et on jubile dans l’espace public. L’État, lui, doit anticiper et accompagner, sans donner son avis sur le fond. Hélas, comme on ne sait plus faire, on matraque, on verbalise, on criminalise. Paris sera peut-être une fête le 30 mai prochain, mais vous êtes priés par le gouvernement de ne pas vous réunir, ne pas crier, ne pas courir, ne pas embrasser des policiers.
Et pendant que la Macronie et la droite jouent aux durs avec une population qui cherche comme elle peut des exutoires, la gauche crie à la dérive sécuritaire. L’extrême droite, elle, se garde d’entrer dans la mêlée. Le RN préfère se placer en garante de la joie de vivre, sur les marchés, dans les salles municipales pour le loto ou le « canon français ». Haut les cœurs…