
25.05.2026 à 12:16
la Rédaction
Longtemps reléguée au silence, la pédocriminalité exige des politiques de prévention et de soin à la hauteur. Dans un périscolaire précarisé et sous-encadré, les pouvoirs publics ont laissé se multiplier les failles qui exposent les enfants.
La révélation de violences dans le périscolaire a pris une telle ampleur que cela devient une question politique. A ce jour, 110 écoles parisiennes sont concernées par des plaintes pour des faits d’agressions sexuelles, de viols, de violences ou de graves négligences. Devant une telle faillite, l’émotion ne peut être que vive.
En premier lieu, ce qui nous stupéfie c’est la découverte d’agressions sexuelles et de viols dans les primaires et les maternelles, voire dans les crèches. Des pédocriminels agissent au sein des écoles. Ces révélations interviennent alors même que la société française découvre l’ampleur du mal et commence à en prendre la mesure : entre 10 et 20% des enfants auraient été victimes d’agressions sexuelles ou de viols, le plus souvent dans leur famille. La pédocriminalité sort du non-dit. Comment la traiter ? A l’école, dans le périscolaire, vérifier qui est embauché est le minimum légal mais cela n’est pas toujours appliqué. Cette précaution élémentaire ne suffira pas. L’Allemagne a fait de la lutte contre la pédocriminalité une grande question publique. Un numéro vert est ouvert aux hommes (car ce sont des hommes à plus de 95%) pour trouver de l’aide quand leur pulsion les assaille. Ils ne sont plus seuls, ils peuvent être pris en charge. En levant le tabou, l’Allemagne se donne les moyens d’identifier et de traiter ces malades. En France, ce numéro existe (0 806 23 10 63) mais il manque de simplicité, reste confidentiel et la politique de soins sous-dotée. L’approche sécuritaire qui ne cesse de s’imposer renvoie les pédocriminels au silence et au secret. Face à l’ampleur du problème, persister dans cette voie ne peut que conduire à l’échec.
Ces crimes sexuels au sein d’une institution de la République commis contre des enfants sont des plus graves ; l’ampleur des mises en cause est accablante. La ville de Paris est au cœur de la tourmente. D’abord par son inexplicable et inexcusable manque de réactions, voire par son esquive. Emmanuel Grégoire semble enfin le comprendre. La route est encore longue : promettre qu’injecter 20 millions permettra de faire face n’est vraiment pas à la hauteur du problème systémique. Se donnera-t-il les moyens matériels et politiques de revisiter les choix faits par Bertrand Delanoë qui, visiblement, ne prit pas la mesure de sa décision d’appliquer dès la rentrée 2013 le décret Peillon de janvier 2013 modifiant les rythmes scolaires ? En quelques mois, il fallut recruter 1500 animateurs. Paris s’est voulue leader de cette politique ; elle le prend en boomerang aujourd’hui. Mais la question dépasse Paris. C’est partout que la fréquentation périscolaire explose. Ce sujet est national : on est passé de 800 000 écoliers fréquentant le périscolaire en 2012 à plus de 2,6 millions en 2014 quand la réforme s’imposa sur tout le territoire.
Peu de monde à l’époque contesta le choix de raccourcir les journées de classe, d’élargir le temps périscolaire, de travailler 5 jours au lieu de 4. Mais il apparaît clairement que les conséquences d’une telle évolution n’ont pas été anticipées ou écoutées au plus haut niveau de l’Etat. De nombreuses municipalités ont pourtant fait valoir leurs difficultés financières et de recrutement. Elles ont dit aussi le risque d’un accroissement des inégalités. Ce sont elles qui, en effet, ont la charge de ce temps dans l’école mais en dehors de la classe : matin, midi, soir, mercredi et vacances. La ville de Paris, riche et arrogante, a cru pouvoir faire et ne pas écouter les syndicats qui la mettaient en garde. Elle a promis monts et merveilles aux parents.
On peut interroger cette promesse : les monts et merveilles consistent-ils à ajouter toujours plus d’activités encadrées aux enfants ? Laisser les enfants respirer, leur permettre d’inventer des jeux avec les autres est peut-être une idée simple mais pas si mal. En tout état de cause, les activités encadrées doivent être conduites par des personnes qualifiées. La plupart des animateurs n’ont aucune formation, pas même le Bafa. On ajoutera que des emplois payés 800 euros par mois en moyenne, 11 euros de l’heure, avec des amplitudes horaires de 7h30 à 18h30 et des trous dans la journée n’attirent que des personnes en grande nécessité. Sûrement peu de vocations. Ces animateurs se dépatouillent et font comme ils peuvent, souvent sans référents et sans cadres.
L’actuelle crise doit conduire à de solides évolutions à commencer par l’actuel cloisonnement entre éducation dévolue à l’État et animation dévolue aux villes. Cette organisation absurde produit de très nombreux dysfonctionnements. L’administration tarde trop à en prendre la mesure. La journée des enfants, leurs besoins, doivent être pensés dans leur globalité et non coupés en tranches. Un service public unifié correspondrait à l’unité de la personne-enfant et il offrirait aux parents un interlocuteur unique, responsable. Une telle politique passe sans conteste par davantage d’adultes encadrants, formés, payés. Ridicule de prétendre le faire à coût constant et en deux temps, trois mouvements. L’essentiel de la maltraitance et de la négligence vient de cette situation enkystée mais intenable pour les enfants et pour les adultes dans l’école.
25.05.2026 à 12:14
la Rédaction
La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a annoncé ce lundi sa mise en examen pour « diffamation » à la suite d’une plainte déposée par la direction de Tefal, qui lui reproche d’avoir dénoncé une « répression patronale violente » contre une militante ayant alerté sur la présence de PFAS dans la production ; une procédure que la dirigeante considère comme une atteinte aux libertés syndicales et une tentative de faire taire les critiques sur les conditions de travail et les impacts environnementaux. Cela rappelle que la CGT n’est décidément pas seulement un espace où l’on défend l’emploi et les salaires mais un syndicat qui considère sans étroitesse la défense “des intérêts moraux et matériels” de ses mandants. Les syndicats s’imposent comme des acteurs centraux des enjeux démocratiques contemporains… en particulier celui de la transformation écologique de l’industrie.
22.05.2026 à 12:45
Pablo Pillaud-Vivien
Face à la flambée des prix du carburant, le gouvernement de Sébastien Lecornu fait ce qu’il peut. Et il peut peu.
Il fallait un dispositif exceptionnel : une conférence de presse à sept voix et des éléments de langage rodés pour tenter de masquer l’évidence. Résumons les « annonces » : face à la hausse des prix des carburants causée par la guerre au Moyen-Orient, 710 millions d’euros d’aides supplémentaires s’ajouteront aux dispositifs existants. Une prolongation des aides pour les secteurs les plus exposés. Un doublement de certaines indemnités pour les gros rouleurs modestes. Le relèvement du plafond des primes carburant défiscalisées versées par les entreprises, de 300 à 600 euros par an. L’État met un peu d’argent et attend des employeurs qu’ils mettent la main à la poche. Concrètement, la moyenne des pays de l’OCDE a consacré 0,2% de sa richesse nationale à passer cette crise. La France, c’est 0,02%. L’avant-dernière du tableau, juste avant la Grande-Bretagne.
TOUS LES JOURS, RETROUVEZ L’ESSENTIEL DE L’ACTU POLITIQUE DANS NOTRE NEWSLETTER
Sur le papier, difficile d’être contre ces petites aides. Mais en vérité, difficile aussi d’être convaincu. Ces annonces disent d’abord une chose : le gouvernement est pris dans un paradoxe qu’il ne parvient plus à masquer. Voilà des années qu’il explique que les caisses sont vides, que la dette impose la rigueur, que toute dépense doit être scrutée et qu’aucun nouvel impôt n’est possible. Pourtant, à chaque crise, la seule réponse consiste en une accumulation d’aides, de chèques, de primes. Comme si la politique économique se résumait à amortir les chocs sans traiter les causes ni ouvrir de perspectives.
Oui, ces aides sont nécessaires. Oui, il faut soutenir celles et ceux qui n’en peuvent plus. Mais comment ne pas voir qu’en refusant obstinément de reconsidérer les fondamentaux de sa politique d’offre, en récusant toute nouvelle recette, le gouvernement se condamne à l’impuissance ? Les profits records de certaines entreprises comme TotalEnergies ne sont pas un détail du paysage : ils font partie de la solution. Et restent toujours hors de toute mise à contribution sérieuse.
Pendant ce temps, les Français sont à l’os. Le litre d’essence qui dépasse les 2,20 euros n’est pas une abstraction économique. C’est une violence sociale : 74% des trajets domicile-travail se font en voiture. Dans ces conditions, la baisse contrainte de 30% de la consommation de carburant observée ces dernières semaines n’est pas un effort vertueux mais un renoncement forcé. On rogne sur les déplacements, on réduit les loisirs, on s’organise comme on peut – covoiturage, télétravail quand c’est possible – mais pour beaucoup, c’est une souffrance quotidienne. Le gouvernement le sait. Il le dit même, à sa manière, en répétant qu’il ne faut pas « emmerder les Français ». Mais il en tire des conclusions étrangement limitées.
Rien n’indique qu’une solution est en vue dans le conflit et tout indique que la reconstruction des infrastructures détruites sera longue. Pourtant, le gouvernement agit comme s’il s’agissait de passer un cap en tenant quelques mois.
Car les mesures annoncées sont très en deçà des besoins et ne prennent pas la mesure de la crise qui s’annonce. Qui a nom coût de l’énergie, pénurie d’essence possible, renchérissement des engrais et des produits manufacturés… Rien n’indique qu’une solution est en vue dans le conflit et tout indique que la reconstruction des infrastructures détruites sera longue. Pourtant, le gouvernement agit comme s’il s’agissait de passer un cap en tenant quelques mois, autrement dit jusqu’à la présidentielle.
Malgré les divisions politiques, des décisions structurantes peuvent être débattues et engagées. L’exemple de la grande loi-cadre sur les transports, sans cesse repoussée, est accablant. Donner une direction claire – électrification du parc automobile, développement massif des alternatives à la voiture individuelle, aménagement du territoire en transports en commun et en bornes de recharge électrique –, voilà ce qui manque cruellement. Le gouvernement Lecornu gère l’urgence sans préparer l’avenir. Il écope la mer avec une petite cuiller dans un moment où on a besoin de visions et de projets mobilisateurs (et pas la guerre s’il vous plaît).