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18.03.2026 à 11:50

À Marseille et Paris, les gauches face à leur fracture

Pablo Pillaud-Vivien

Refus d’alliance ici, désistement là : les séquences marseillaise et parisienne révèlent moins des divergences stratégiques que l’état de dégradation des relations à gauche. Et posent une question simple : jusqu’où peut-on s’affronter sans rendre toute unité impossible ?
Texte intégral (905 mots)

Refus d’alliance ici, désistement là : les séquences marseillaise et parisienne révèlent moins des divergences stratégiques que l’état de dégradation des relations à gauche. Et posent une question simple : jusqu’où peut-on s’affronter sans rendre toute unité impossible ?

Il y a des moments où la politique cesse d’être un jeu de postures pour redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une affaire de responsabilités. Les séquences marseillaise et parisienne, avec leurs alliances avortées, leurs désistements asymétriques et leurs rancœurs accumulées, en disent long sur l’état de la gauche française. Et ce qu’elles racontent n’est pas rassurant.

À Marseille, Benoît Payan refuse l’alliance. Mais Sébastien Delogu se désiste. À Paris, Emmanuel Grégoire refuse lui aussi. Mais Sophia Chikirou ne se retire pas. Deux situations proches, deux issues différentes. Pourquoi ?

La nature de l’adversaire explique bien sûr en partie ces différences. À Marseille, face à l’extrême droite incarnée par Franck Allisio, le réflexe de barrage au fascisme a joué. À Paris, face à Rachida Dati, l’urgence serait-elle moindre ? Cette différence d’appréciation fonde-t-elle ces deux réponses insoumises ? Dans de nombreuses villes, les insoumis appellent au front antifasciste face à cette même droite. Comment expliquer alors que partout elle justifierait l’union, la fusion ou le retrait… sauf à Paris ? 

La différence profonde est ailleurs. Elle est dans l’état des relations politiques entre les forces de gauche. Et, plus précisément, dans la violence qu’elles ont atteinte. Pendant des mois, les socialistes marseillais et parisiens ont été la cible privilégiée des attaques insoumises. Mafieux et corrompus, assassins d’enfants : les accusations ont été posées, répétées, assumées. Certains avaient alerté sur le climat catastrophique et sur le point de non-retour que ces mots provoquaient. On leur répondait stratégie, radicalité, nécessité de cliver. Nous y sommes.

Cela explique les refus de Payan et de Grégoire. Cela ne les excuse pas. Car le principe devrait demeurer : l’union de la gauche face à la droite. Et plus encore face à l’extrême droite. Y déroger, c’est accréditer une idée délétère : celle de deux gauches irréconciliables, incapables de faire front commun, même face au pire. C’est une faute politique. Et c’est une faute historique.

Dans les années 1970, communistes et socialistes s’invectivaient, parfois durement. Les mots étaient violents. Les affrontements pouvaient l’être aussi. Et pourtant, ils finissaient par se retrouver. Pourquoi ? Parce qu’il existait un horizon commun : la victoire du Programme commun. L’idée concrète qu’un jour, ils gouverneraient ensemble. Cet horizon, aujourd’hui, n’existe plus au niveau national et c’est là que le bât blesse. Les accords scellés en quelques jours pour ne présenter qu’un candidat aux législatives n’ont jamais tenu lieu de projet partagé. Le « peuple de gauche » est resté uni par ses idéaux et son histoire. Pas par une perspective politique concrète.

Au niveau local, dans la plupart des communes, cet horizon subsiste. Il se forge dans la multiplicité des luttes communes, dans les manifs, la vie des assos, les soutiens aux travailleurs, etc. Souvent, à la mairie, on dirige ensemble, on construit des majorités. C’est le quotidien de la gauche… sauf là où la politique nationale écrase tout : Paris et Marseille, précisément. Dans ces deux villes capitales, la question présidentielle – c’est-à-dire la compétition interne à la gauche – a fini par primer sur tout le reste. Chaque séquence locale devient un épisode d’une guerre nationale larvée. Chaque alliance refusée, chaque désistement, arraché ou refusé, devient un signal envoyé pour demain.

Le choix de se retirer pris par Sébastien Delogu rompt cette logique mortifère. Il rappelle que le désistement n’est pas une humiliation mais un acte politique. Pour l’heure, ce geste paraît  isolé et le sentiment dominant est celui d’une gauche qui préfère régler ses comptes et afficher ses divergences dans des « fusions techniques ». Plutôt que combattre ses adversaires, on assiste, désolés, à un match interne qui se joue au détriment de la lutte contre la droite et l’extrême droite. Il en faut de l’imagination pour trouver des béances entre les projets défendus par les uns et les autres. Ultime subtilité, le jeu consiste à refiler la responsabilité de la division, et peut-être de l’échec.

Selon l’endroit d’où l’on regarde, les torts changent de camp. Les récits s’inversent. Mais la conséquence, elle, est constante : le sillon entre les gauches se creuse et s’élargit. Halte au feu. Car cela ne mène nulle part, sinon à la défaite. La gauche ne peut se permettre ce luxe, ni à Paris, ni à Marseille, ni demain à l’échelle nationale. Partout, le réel s’impose : sans unité, il n’y a pas de victoire possible. Et sans perspective commune, il n’y aura bientôt plus d’unité du tout.

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18.03.2026 à 11:11

Retours sur un premier tour : focus sur LFI — par Roger Martelli

Roger Martelli

En attendant le grand moment décisif de ces élections municipales, l'historien Roger Martelli donne quelques coups de projecteur sur les résultats du premier tour et plus précisément sur ceux de trois acteurs : le PCF, LFI et le RN.
Texte intégral (877 mots)

En attendant le grand moment décisif de ces élections municipales, l’historien Roger Martelli donne quelques coups de projecteur sur les résultats du premier tour et plus précisément sur ceux de trois acteurs : le PCF, LFI et le RN.

La France insoumise a été la vedette de la soirée électorale. Elle a décidé, cette fois, de mettre toutes ses forces dans la joute municipale et elle a obtenu des résultats certains. LFI est devenue une force qui compte, même sur le terrain local.

Ses résultats nationaux dessinaient ses lignes de force : les espaces métropolitains, ceux des centres comme ceux des couronnes urbaines. C’est là que sont concentrées ses populations cibles les plus nombreuses, jeunes diplômés voire surdiplômés, de ressources souvent modestes et populations dites « racisées ». Politiquement, une population radicalisée, très à gauche, dans la continuité de ce qui fut la « France rouge » du PCF…

Dimanche, les listes estampillées LFI ont recueilli au total plus de 650 000 voix, pour une moyenne nationale de 3, % des suffrages exprimés. Si l’on s’en tient à ces seules listes, on obtient un pourcentage non négligeable de 12,1% en moyenne.

L’éventail des résultats oscille entre 5 % (Saint-Denis) et 3% (Hénin-Beaumont). Les insoumis dépassent le seuil des 30% dans huit villes (Saint-Denis, Roubaix, Vaulx-en-Velin, Faches-Thumesnil, La Courneuve, Saint-Fons, Villiers-le-Bel et Creil). Ils sont entre 20 et 30% dans 24 autres villes (dont Toulouse, Lille, Argenteuil ou Montreuil) et entre 10 et 20% dans 92 autres communes.

Le champ d’action des insoumis a été très concentré : la moitié des listes ont concouru dans 9 départements, dont 6 en région parisienne. En voici le détail :

Seine-Saint-Denis19
Val-de-Marne18
Hauts-de-Seine16
Seine-et-Marne13
Nord12
Rhône12
Essonne12
Val-d’Oise9
Bouches-du-Rhône8

La France insoumise ambitionne de prendre la relève du communisme de « banlieue rouge ». De fait, ses résultats nationaux ont pu être spectaculaires dans les villes administrées par des maires communistes. Mais la traduction municipale ne semble pas à l’ordre du jour, malgré le succès de Saint-Denis et la pole position de l’insoumis Aly Diouara à La Courneuve. Dans 18 villes appartenant à l’espace du communisme municipal, les insoumis ont présenté ou soutenu des listes contre l’équipe sortante officielle. S’ils ont frôlé la réussite à Vénissieux et porté un rude coup aux sortants à La Courneuve, ils n’y sont pas parvenus ailleurs.

Département CommuneLFIListe sortante
Bouches-du-RhôneSeptèmes-les-Vallons6,560,6
CherVierzon7,830,4
IsèreÉchirolles15,248,8
LoiretChâlette-sur-Loing12,345,0
OiseMontataire22,477,6
Pas-de-CalaisAvion7,267,0
RhôneVénissieux26,028,3
Seine-et-MarneChamps-sur-Marne21,047,7
Hauts-de-SeineGennevilliers6,566,4
Hauts-de-SeineMalakoff10,541,3
Hauts-de-SeineNanterre13,736,2
Seine-Saint-DenisMontreuil22,657,7
Seine-Saint-DenisTremblay-en-France11,676,4
Seine-Saint-DenisLa Courneuve38,021,8
Val-de-MarneBonneuil-sur-Marne10,663,0
Val-de-MarneChevilly-Larue9,258,3
Val-de-MarneVillejuif12,224,5
Val-de-MarneVitry-sur-Seine24,137,5

Verre à moitié vide ? Verre à moitié plein ? On attendra le résultat de course pour porter un jugement.

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18.03.2026 à 11:08

Retours sur un premier tour : focus sur le PCF — par Roger Martelli

Roger Martelli

En attendant le grand moment décisif de ces élections municipales, l'historien Roger Martelli donne quelques coups de projecteur sur les résultats du premier tour et plus précisément sur ceux de trois acteurs : le PCF, LFI et le RN.
Lire + (456 mots)

En attendant le grand moment décisif de ces élections municipales, l’historien Roger Martelli donne quelques coups de projecteur sur les résultats du premier tour et plus précisément sur ceux de trois acteurs : le PCF, LFI et le RN.

Le parti communiste jouait gros dans ces municipales. Concurrencé qu’il était par La France insoumise en région parisienne et par le RN dans de nombreux autres territoires, on ne donnait pas cher de la survie du communisme municipal.

À l’issue du premier tour, les communistes sont déjà assurés de maintenir l’essentiel de leur capital municipal. Un très grand nombre des communes modestes, où il n’y avait souvent qu’une liste en présence, sont d’ores et déjà réélues. 

C’est le cas aussi de communes de plus de 20 000 habitants, à l’instar de Montreuil, Fontenay-sous-Bois, Gennevilliers, Bagneux, Tremblay, Saint-Martin d’Hères, Saint-Étienne-du-Rouvray, Dieppe, Grigny et Mitry-Mory. Une cinquantaine d’autres ont été réélus, dans la tranche des 5 à 20 000 habitants, un peu partout sur le territoire national.

Il est vrai que les pertes d’ores et déjà recensées ne sont pas négligeables. Outre La Courneuve, le PC a perdu Rive-de-Gier dans la Loire, Pierrelaye dans le Val d’Oise, Villerupt et Mont-Saint-Martin en Meurthe-et-Moselle et Harfleur en Seine-Maritime.

Les communistes comptaient sur quelques reconquêtes pour compenser les éventuels échecs. Au soir du premier tour, ils doivent renoncer à la reconquête de Champigny-sur-Marne et de Saint-Pierre-des-Corps. Ils voient s’éloigner la perspective de retrouver Le Havre et sont dans une lutte difficile à Nîmes.

Le nombre global de mairies communistes ne sera peut-être pas écorné dimanche prochain, ou ne le sera pas trop. En revanche, le recul pourrait bien s’affirmer une fois de plus, si l’on prend pour critère la population administrée.

Wait and see, comme d’habitude…

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