
03.07.2026 à 14:32
Catherine Tricot
Régulièrement, les accusations en antisémitisme enflamment le débat. Elles visent aujourd’hui la gauche. Aucune indulgence n’est possible. L’hystérisation n’est pas une solution. Dernier avatar : une tribune publiée par Regards.
Il y a deux jours Regards publiait une tribune signée par 200 universitaires – certains d’entre eux que nous connaissons et respectons – pour contester la lourde sanction qui touchait un enseignant d’histoire médiévale de l’université Lyon 2. Julien Théry venait d’être suspendu 18 mois de tout enseignement à la suite de messages « à caractère discriminatoire, au manquement au devoir de dignité, de mesure et d’exemplarité qui s’impose à tout agent public » sur les réseaux sociaux.
Il est peu de dire que nous ne partageons pas l’appel de ce professeur à boycotter les personnalités qui voulaient s’opposer à la reconnaissance par la France de l’État de Palestine. Au boycott, nous préférons la confrontation démocratique avec les artistes et les intellectuels. De même, Regards n’a aucune mansuétude à l’égard de la désinvolture, de la complaisance voire de l’activation de pensées antisémites. Nous avons écrit et dit notre désarroi de voir des dirigeants de la gauche politique en jouer. Depuis le 7 octobre 2023, les accusations en antisémitisme et les insinuations à caractère antisémite ne cessent d’alimenter les projets de séparation en deux gauches irréconciliables. C’est irresponsable. Il est coupable de prétendre que Jean-Luc Mélenchon est antisémite et que La France insoumise ne fait plus partie de la gauche. Il est tout aussi coupable de jouer avec les référents antisémites et de les instrumentaliser, de ne pas éduquer une jeunesse à votre écoute.
Les reproches adressés à Julien Théry par le conseil de discipline sont sérieux. Ce n’est pas parce qu’il soutient le peuple palestinien qu’il est sanctionné mais parce qu’il a diffusé sur les réseaux sociaux des messages et imageries ancrés dans l’antisémitisme profond.
Dans les combats que soutient Regards, il y a celui de la liberté académique. Nous savons qu’elle est en danger. L’ancienne ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, avait demandé au CNRS de conduire une enquête pour débusquer l’islamo-gauchisme. Évidemment, cette requête est tombée à l’eau : ce terme polémique est sans consistance. Nous avons bien noté aussi que la traque de l’antisémitisme s’y substitue désormais. La vigilance et la lutte contre l’antisémitisme sont légitimes mais affaiblies et abîmées par ce dévoiement. L’université Lyon 2 est dans le tourbillon sous les pressions croisées des menaces des militants d’extrême droite, de la région dirigée par Laurent Wauquiez, de militants d’extrême gauche intempestifs. Nous considérons cette sanction contre Julien Théry pour ce qu’elle est : une nouvelle intimidation à l’égard de l’université et des enseignants.
Reste que les reproches adressés à Julien Théry par le conseil de discipline sont sérieux. Disons-le clairement : ce n’est pas parce qu’il soutient le peuple palestinien qu’il est sanctionné mais parce qu’il a diffusé sur les réseaux sociaux des messages et imageries ancrés dans l’antisémitisme profond. Cela n’a pu échapper à ce professeur d’histoire, spécialiste du sujet. Nous n’avons aucune indulgence à cet égard. Julien Théry, militant surtout sur les réseaux sociaux, s’est excusé du bout des lèvres. Refuser de faire marche arrière est délétère. Trop souvent vantée, cette posture n’en devient pas pour autant un signe de courage.
Nous ne partageons pas cette attitude butée qui envenime le climat. Nous ne demandons pas que Guillaume Erner, le matinalier de France Culture, soit retiré de l’antenne malgré la diffusion d’un montage fallacieux accusant Jean-Luc Mélenchon d’antisémitisme avec instrumentalisation lors d’une interview de Marine Le Pen. Nous ne soutenons pas non plus la sanction de 18 mois de privation d’enseignement et de salaire contre Julien Théry. Nous demandons que la raison revienne : il est possible et juste de s’opposer à la politique génocidaire et expansionniste d’Israël sans être gravement soupçonné ou insulté. Il n’est pas acceptable de le faire sans maîtrise stricte des termes et des images convoquées. Les autorités de tutelle sont légitimes de le redire et de sanctionner les manquements avec esprit de mesure. À ces conditions seulement, le débat démocratique redevient possible.
03.07.2026 à 14:30
Loïc Le Clerc
Depuis mercredi, le Sud de la France est en proie aux incendies. Qui aurait pu prévoir ? Ce n’est pas comme si, chaque été, c’était la même rengaine : la France manque de Canadair. En 2022, Emmanuel Macron en avait déjà fait le constat et avait promis « d’investir massivement » afin d’en acheter quatre de plus. Quatre ans plus tard, la France n’a toujours que 12 Canadair – le plus récent d’entre eux date de 2007… Pis, il y en a plusieurs qui ne sont pas en état de marche ! Où sont les quatre nouveaux avions promis ? Deux seront livrés en 2028 au plus tôt. Les deux autres, Gabriel Attal, premier ministre, a annulé leur achat pour cause de coupe budgétaire. Mais rassurez-vous, ce jeudi dans le Gard, le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez et Monique Barbut ont annoncé l’achat de deux Canadair… On y croit ! Et on repense aux 6 milliards supplémentaires par an que la Macronie vient d’allouer à l’armée. Soit le prix d’une centaine de Canadair par an. Choisir, c’est renoncer.
02.07.2026 à 15:18
Pablo Pillaud-Vivien
Gestion de la canicule : les insoumis et les communistes vont signer une motion de censure contre le gouvernement initiée par les écologistes. Et les socialistes ? Ils hésitent encore et toujours. À moins d’un an de la présidentielle, c’est un problème.
La canicule n’a pas seulement écrasé le pays. Elle a mis à nu des années d’impuissance, de discours sans suite sur la transition écologique, de plans climatiques aux ambitions rabotées. La politique gouvernementale apparaît pour ce qu’elle est : une gestion de crise sans stratégie, ni pour lutter contre le réchauffement climatique ni pour s’y adapter.
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Dans ce contexte, les écologistes ont déposé une motion de censure. La présidente du groupe à l’Assemblée nationale Cyrielle Chatelain souhaite qu’elle soit portée par toute la gauche. Une motion est un acte politique : elle dit où l’on se tient. Elle rappelle qu’il existe une opposition à Emmanuel Macron. Les insoumis vont la signer. Les communistes la voteront. Mais un groupe résiste encore et toujours : les socialistes. Ils hésitent.
Leurs arguments énoncés lors de leur réunion de groupe ce mercredi sont révélateurs. Pour les opposants à cette motion, il ne faut pas ajouter du désordre au désordre, provoquer une crise politique pendant une nouvelle vague de chaleur. Il ne faut pas non plus compromettre la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, ni celle sur l’encadrement des loyers, ni le prochain budget.
Un gouvernement devenu exécutant des administrations est-il à ce point indispensable ? Quelques négociations parlementaires suffisent-elles à éteindre toute opposition ? Cette prudence confine à une stratégie de l’effacement. Certains députés socialistes oublient que le principal enjeu n’est pas la prochaine commission mixte paritaire mais le prochain rendez-vous démocratique. C’est maintenant que les rapports de force se construisent, que les lignes de partage se clarifient, que les électeurs identifient les alternatives. Une opposition qui refuse de censurer un gouvernement dont elle prétend combattre la politique envoie un message limpide : l’alternance n’est plus une priorité.
L’épisode du vote lundi de la motion de censure ne sera pas anecdotique. Si la gauche n’est plus capable de dire qu’elle veut renverser un gouvernement dont elle condamne la politique climatique, sociale et démocratique, alors elle cesse d’être un projet.
La question dépasse le seul Parti socialiste. Elle renvoie à des approches différentes de ce que doit faire la gauche. D’une part améliorer les textes, arracher des compromis, peser dans les négociations. D’autre part, pourfendre un gouvernement qui conduit une politique jugée néfaste. Il n’y a pas de ligne de démarcation nette entre ces deux attitudes. Cela dépend des moments et des sujets. Le Nouveau Front populaire est né parce qu’une évidence s’était imposée : face à l’extrême droite et au macronisme, les forces de gauche avaient davantage à gagner ensemble que séparées. Depuis, chacun semble chercher la voie qui lui permettrait de se distinguer. Les socialistes parient sur leur capacité à apparaître comme les interlocuteurs raisonnables du pouvoir. Les écologistes et les communistes tentent de maintenir un cadre commun. Les insoumis assument une opposition frontale. Le risque est connu : à force de se distinguer les uns des autres, tous finissent par rendre invisible l’alternative qu’ils prétendent construire.
L’épisode du vote lundi de la motion de censure ne sera pas anecdotique. Il pose une question stratégique. Une coalition n’existe pas seulement parce qu’elle partage un programme ; elle existe parce qu’elle accepte de mener ensemble les batailles et de construire ensemble. Si la gauche n’est plus capable de dire qu’elle veut renverser un gouvernement dont elle condamne la politique climatique, sociale et démocratique, alors elle cesse d’être un projet. Il y a cinquante ans, François Mitterrand disait que « celui qui n’accepte pas cette rupture avec l’ordre établi, avec la société capitaliste, celui-là ne peut pas être adhérent du Parti socialiste ». Celui qui ne peut rompre avec le gouvernement macroniste peut-il être adhérent au Parti socialiste ?
Oui, les compromis parlementaires sont nécessaires et utiles. Ils ne peuvent tenir lieu de stratégie politique. À moins d’un an de la présidentielle, ce qui est en jeu n’est pas seulement le vote d’une motion. C’est la capacité de prouver qu’une alternance de gauche est possible.