02.04.2025 à 12:25
Pablo Pillaud-Vivien
Heureux d’être ensemble et qu’on leur propose une perspective de victoire, même ténue : le millier de militants de gauche réunis à Montreuil pour écouter le député de la Somme sont ressortis ragaillardis. Ça faisait longtemps qu’on ne leur avait pas proposé un plan présidentiel qui n’apparaisse pas purement et simplement comme une impasse.
« Desserrer l’étau entre les trop fous et les trop mous », tel est l’objectif de François Ruffin qui tenait meeting ce mardi 1er avril. Après le maire communiste Patrice Bessac et le député Alexis Corbière, les locaux de l’étape, les femmes de ménage de Sciences Po et les grévistes d’Arcelor-Mittal, l’élu de la Somme a livré un discours de futur candidat à l’élection présidentielle. Il a d’ailleurs explicitement affirmé qu’il ne fallait pas se voiler la face : les dynamiques ont besoin d’un leader. Il a donc lancé un site – notre-france.avecruffin.fr – qui ne fait aucun doute sur ses ambitions.
Devant un parterre d’un gros milliers de militants de tous horizons où on retrouvait des insoumis, des communistes, des socialistes, des écologistes, des associatifs et des syndicalistes, bref la gauche dans sa pluralité, François Ruffin a cherché à mettre au point son style : dans une langue travaillée et drôle, il a entremêlé comme à son habitude les histoires incarnées, les vannes, les références et les grands horizons. C’est d’ailleurs là toute sa difficulté : réussir à continuer à incarner une singularité dans le paysage politique, celle qui fonde son identité de député-reporter, et, en même temps, d’apparaître présidentiable.
Sa proposition politique repose sur le besoin de protection que doit assurer l’État aux concitoyens. Il parle d’emplois, de logements, de protection sociale ; il inclue la protection contre l’emprise de l’argent. Il prolonge cette idée dans une affirmation souverainiste. Pas un souverainisme de défense proposée par la commission européenne mais un souverainisme de construction pour rebâtir une industrie. La crédibilité politique de cette proposition repose sur l’unité et le rassemblement : d’abord en ce qui concerne les « gens de France » alors que les vents mauvais venus de l’extrême droite veulent nous diviser et nous monter les uns contre les autres. Ainsi a-t-il consacré de larges pans de son discours à faire l’éloge des migrations, démontant les haines xénophobes du fils d’immigrés italiens, Jordan Bardella, et fait de notre humanité partagée un projet politique. Dénonçant les risques inconsidérés pris sur la second tour de la présidentielle – « Ce n’est pas un tour de magie », une pique contre Jean-Luc Melenchon –, il se place du coté des enfants de l’immigration. Il entend remplir « notre France » avec plus de force que l’extrême droite, en « connaissant sa honte et soutenant sa gloire ». Cette France des « petites mains », dont il connaît les prénoms, il l’oppose à la « France d’en haut », celle des Bernard Arnault et autres milliardaires à qui il veut rappeler l’impératif d’égalité.
Mais cette unité et ce rassemblement, c’est aussi celui de la gauche et il n’a pas voulu se dérober face à la question stratégique qui hante tous les esprits. « Une candidature commune » est, pour François Ruffin, la condition sine qua non de la victoire. Attention, il n’a pas parlé de candidature unique. À ce titre, on notera qu’il n’a pas mentionné les embûches nombreuses, sinon en des termes génériques, qui pourraient empêcher son projet présidentiel. Pas un mot des ambitions socialistes de présenter un candidat issu de leurs rangs ou de la volonté affichée et claire de Jean-Luc Mélenchon pour 2027. À dire vrai, ce n’était pas le sujet de la soirée. Sa voie, étroite, c’est de redonner l’envie d’avoir envie à cette gauche unitaire pour établir un rapport de forces avec les insoumis et le PS… et s’imposer. Il croit à la victoire du pot de terre contre le pot de fer. On attend encore la première étape de ce plan : le rapprochement officiel des « petits » partis de la gauche, de Génération.s, de l’Après et de Picardie Debout. Voudront-ils se transformer en écurie présidentielle pour François Ruffin?
Le député est décidé à se battre pour 2027 qu’il veut voir d’abord comme « une aventure ». Non, il ne nous prépare pas déjà, comme un autre François avant lui, le tournant de la rigueur après deux ans d’exercice du pouvoir mais il entend faire de sa campagne un moment politique. Dans la « JOIE ! » Et c’est vrai qu’on en a besoin en ce moment. Il a donc enjoint ceux qui veulent s’associer à sa démarche à aller écouter les Français et à rédiger des cahiers de doléances dont la synthèse se fera sous la forme d’une grande assemblée réunie à l’été. Et en septembre, il proposera une « équipe de France », sous-entendu une équipe pour Ruffin 2027. On l’espère plus féminisme qu’hier soir. Bref, y’a du boulot mais un chemin est proposé. Et Ruffin a l’air déterminé à l’ouvrir.