Deux supertankers bloqués ont traversé le détroit d’Ormuz mardi, tandis que sept méthaniers vides liés au Qatar ont pénétré dans la zone ces dernières semaines, signe précoce d’une reprise possible du transport de gaz du Golfe, selon des données de suivi maritime, selon Reuters.
Des pétroliers liés à l’Iran ont également continué à emprunter ce passage stratégique, avec une hausse du trafic observée lundi, alors que les discussions entre les États-Unis et l’Iran progressaient. Les flux avaient ralenti avant les négociations, dans un contexte de menaces du président américain Donald Trump de reprendre la guerre et d’annonces de Téhéran évoquant une nouvelle fermeture du détroit.
La première série de pourparlers entamée dimanche s’est achevée le lendemain avec un accord des deux parties sur une feuille de route en prévision d'un accord permanent dans un délai de 60 jours. Les États-Unis ont parallèlement annoncé une dérogation aux sanctions jusqu’au 21 août, ce qui a apaisé les inquiétudes sur l’approvisionnement mondial en pétrole et GNL et entraîné une baisse des prix.
Selon des analystes, d’autres cargaisons de pétrole brut bloquées dans le Golfe depuis le début de la guerre devraient désormais pouvoir quitter la région, tandis qu’un nombre croissant de pétroliers sanctionnés ont emprunté le détroit pour charger et exporter du pétrole iranien après la suspension de certaines sanctions américaines.
Le Very Large Crude Carrier Dubai Energy, affrété par la compagnie énergétique publique taïwanaise CPC et transportant 2 millions de barils de brut d’Abou Dhabi et d’Arabie saoudite, a quitté le détroit durant la nuit et se dirige désormais vers Kaohsiung (Taïwan), selon les données de LSEG et Kpler. Un autre VLCC, Universal Glory, affrété par le raffineur sud-coréen GS Caltex, a quitté le détroit mardi avec 2 millions de barils de brut saoudien à bord, selon les mêmes données. Deux pétroliers Suezmax sanctionnés, Sobar et Sarak, se dirigent vers le détroit mardi, chacun pouvant transporter environ 1 million de barils de pétrole.
Transpondeurs désactivés
Sept méthaniers vides contrôlés par QatarEnergy ont effectué des mouvements vers l’ouest dans le Golfe pour rechargement entre le 11 et le 22 juin, selon les données de Vortexa et Kpler, marquant les premiers trajets de ce type depuis les premières frappes américano-israéliennes contre l’Iran.
Les trois premiers navires à avoir effectué ces traversées entrantes — Al Hamla, Al Areesh et Al Khuwair — l’ont fait en désactivant leur transpondeur (système de suivi automatique), selon un rapport de Vortexa. D’après Kpler, ces trois navires avaient été aperçus pour la dernière fois à l’extérieur du détroit à la mi-juin, avant de réapparaître entre le 19 et le 23 juin. Les quatre autres — Wadi Al Sail, Mekaines, Al Sadd et Mesaimeer — sont entrés dans le détroit lundi via la route iranienne.
Selon l’analyste Vivek Dhar de Commonwealth Bank of Australia, il s’agit du plus important volume de méthaniers à vide transitant par le détroit depuis le début de la guerre. « D’autres méthaniers à vide se dirigent également vers le Qatar. Les données de suivi confirment les attentes selon lesquelles QatarEnergy respectera son calendrier de montée en puissance du GNL », a-t-il indiqué. Une explosion a eu lieu lundi dans une installation de traitement de gaz dans le complexe industriel de Ras Laffan, mais le ministre de l’Énergie a précisé que les installations de GNL du Qatar n’avaient pas été touchées.
Concernant les navires contrôlés par QatarEnergy sortant du détroit, le Al Ghashamiya a été vu pour la dernière fois à l’intérieur le 9 juin, transportant une cargaison chargée à Ras Laffan le 1er mars, selon Kpler. Il a ensuite réapparu à l’extérieur du détroit le 22 juin. Selon l’analyste Ayush Agarwal de S&P Global Energy, les mouvements de navires à vide qatariens et d’ADNOC vers le Golfe restent limités, ce qui reflète une reprise prudente et progressive. Le principal risque reste de savoir si la sécurité du passage, la confiance des assureurs et la mise en œuvre du mémorandum d’accord entre les États-Unis et l’Iran permettront une reprise durable des exportations de GNL du Golfe, ajoute S&P Global Energy.
Au moins 36 navires de matières premières ont franchi le détroit d'Ormuz lundi, un trafic maritime record depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, selon les données de la plateforme Kpler, citée cette fois par l'AFP. Ce trafic représente près d'un tiers des franchissements en temps de paix (environ 120 par jour) via ce passage stratégique pour le commerce mondial, par où transite d'ordinaire un cinquième des exportations mondiales d'hydrocarbures, ainsi que d'autres matières premières essentielles.