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01.04.2025 à 18:15

États-Unis : vers des élections à la russe en 2026 ?

Coline Laroche              

Il faut appeler un chat un chat et arrêter de se voiler la face : les États-Unis sont en train de devenir une démocratie illibérale, dirigée par un président autoritaire. Lors de la promotion de mon livre L’Amérique éclatée, sorti en janvier en France, j’avais annoncé que d’ici deux ans, les États-Unis ressembleraient davantage à la Hongrie de Viktor Orbán qu’à l’Amérique de Kennedy ou d’Obama. Je dois bien avouer m’être trompé : il n’aura fallu que deux mois. Depuis sa réélection en novembre 2024, Donald Trump a intensifié sa dérive autocratique. Dès son retour à la Maison-Blanche, il a multiplié les décrets présidentiels controversés, visant notamment à restructurer le gouvernement fédéral selon les préceptes du fameux « Projet 2025 », élaboré par le think tank ultra-conservateur Heritage Foundation, et qui vise à concentrer les pouvoirs entre les mains du président, au détriment des contre-pouvoirs traditionnels, et plus particulièrement du Congrès — qui, dans le meilleur des cas, ne réagit pas, et bien souvent, soutient ouvertement cette recentralisation autoritaire. L’une des mesures les plus marquantes a été la fermeture du département de l’Éducation, ordonnée par décret le 20 mars 2025. Linda McMahon, nommée à la tête de ce ministère, a immédiatement procédé à la suppression de près de 100 000 postes, soit environ la moitié des effectifs. Cette décision, applaudie par les mouvements évangéliques et les partisans de la droite radicale, vise à démanteler l’éducation publique au profit d’un système favorisant les écoles privées et les institutions traditionalistes — où, bien trop souvent, le créationnisme prime sur la théorie de l’évolution. Parallèlement, Donald Trump a intensifié ses attaques contre le pouvoir judiciaire. Entre menaces visant certains cabinets d’avocats engagés dans des procédures à son encontre, tentatives de discrédit des juges et pressions publiques, la stratégie est assumée. Il a notamment appelé à la […]

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Texte intégral (1721 mots)

Il faut appeler un chat un chat et arrêter de se voiler la face : les États-Unis sont en train de devenir une démocratie illibérale, dirigée par un président autoritaire.

Lors de la promotion de mon livre L’Amérique éclatée, sorti en janvier en France, j’avais annoncé que d’ici deux ans, les États-Unis ressembleraient davantage à la Hongrie de Viktor Orbán qu’à l’Amérique de Kennedy ou d’Obama. Je dois bien avouer m’être trompé : il n’aura fallu que deux mois.

Depuis sa réélection en novembre 2024, Donald Trump a intensifié sa dérive autocratique. Dès son retour à la Maison-Blanche, il a multiplié les décrets présidentiels controversés, visant notamment à restructurer le gouvernement fédéral selon les préceptes du fameux « Projet 2025 », élaboré par le think tank ultra-conservateur Heritage Foundation, et qui vise à concentrer les pouvoirs entre les mains du président, au détriment des contre-pouvoirs traditionnels, et plus particulièrement du Congrès — qui, dans le meilleur des cas, ne réagit pas, et bien souvent, soutient ouvertement cette recentralisation autoritaire.

L’une des mesures les plus marquantes a été la fermeture du département de l’Éducation, ordonnée par décret le 20 mars 2025. Linda McMahon, nommée à la tête de ce ministère, a immédiatement procédé à la suppression de près de 100 000 postes, soit environ la moitié des effectifs. Cette décision, applaudie par les mouvements évangéliques et les partisans de la droite radicale, vise à démanteler l’éducation publique au profit d’un système favorisant les écoles privées et les institutions traditionalistes — où, bien trop souvent, le créationnisme prime sur la théorie de l’évolution.

Parallèlement, Donald Trump a intensifié ses attaques contre le pouvoir judiciaire. Entre menaces visant certains cabinets d’avocats engagés dans des procédures à son encontre, tentatives de discrédit des juges et pressions publiques, la stratégie est assumée. Il a notamment appelé à la destitution du juge fédéral James Boasberg, après que celui-ci a bloqué un décret présidentiel controversé sur l’immigration — des actions qui, dans leur ensemble, mettent en péril l’indépendance de la justice et exacerbent les tensions institutionnelles.

Les médias critiques envers l’administration ne sont pas épargnés. Des journalistes ont été exclus des espaces de travail de la Maison-Blanche, et des poursuites judiciaires ont été engagées contre plusieurs organes de presse jugés trop critiques. Cette stratégie vise à museler la presse, mais aussi, plus largement, à faire taire toute voix dissonante — y compris dans les milieux scientifiques ou artistiques — en contrôlant le discours public, à la manière des régimes autoritaires qui étouffent la dissidence.

Beaucoup s’étonnent de voir cette présidence Trump si différente de la précédente. Ils oublient que Donald Trump n’est plus le même homme. Il ne joue plus un rôle : il est devenu ce qu’il représentait. Il incarne désormais un projet idéologique assumé. Surtout, il est aujourd’hui entouré de figures d’une ultradroite structurée, comme Susie Wiles ou JD Vance – des intellectuels aguerris, théoriciens d’un nationalisme autoritaire américain. Ces personnes ne sont pas là pour improviser : elles ont un plan. Et elles l’exécutent, ligne par ligne.

Face à ces dérives, les contre-pouvoirs peinent à réagir. Le Congrès, dominé par les républicains, comme dit, soutient majoritairement le président, tandis que la Cour suprême, acquise à la cause conservatrice, tarde à jouer son rôle de garde-fou institutionnel. Les manifestations populaires, malheureusement peu nombreuses — et rarement soutenues par les démocrates et les élites progressistes, qui semblent tétanisés et pas à la hauteur de la situation — sont réprimées avec une fermeté croissante, renforçant le climat de peur et d’intimidation.

Cette situation rappelle dangereusement les évolutions politiques observées en Hongrie sous Viktor Orbán, où les institutions démocratiques ont été progressivement vidées de leur substance au profit d’un pouvoir exécutif omnipotent. Les États-Unis, autrefois considérés comme un modèle de démocratie libérale, empruntent une voie similaire, mettant en péril les principes fondamentaux sur lesquels repose leur système politique.

Mais le plus inquiétant, c’est qu’à la différence d’Orbán, Donald Trump n’a au-dessus de lui aucun arbitre régional, aucun « gendarme » institutionnel comme peut l’être – parfois faiblement, mais réellement – l’Union européenne. Personne n’est là pour tirer le signal d’alarme ou le contraindre à respecter un minimum de normes démocratiques. Il est seul maître à bord, dans un pays où la culture du pouvoir personnel est depuis longtemps enracinée. Et cela, plus encore que ses discours ou ses décrets, est le vrai danger.

Il a d’ailleurs franchi un seuil supplémentaire, là où même le Premier ministre hongrois s’était arrêté. Ce dernier, en 2021, avait bien transféré le contrôle de plusieurs universités publiques à des fondations dirigées par des proches du pouvoir, instaurant une tutelle politique durable sur l’enseignement supérieur en Hongrie. Mais jamais il n’était allé jusqu’à dicter le contenu des programmes académiques. Donald Trump, lui, l’a fait : il dicte désormais aux universités américaines, publiques comme privées, les matières qu’elles sont autorisées à enseigner. Chose inédite dans une démocratie occidentale depuis la première moitié du XXe siècle. La résultante est immédiate : face à la pression directe de la Maison-Blanche et à la menace de lourdes sanctions financières, la plupart des présidents des grandes universités se sont couchés, obtempérant sans résistance. L’autonomie académique, comme tant d’autres piliers de la démocratie américaine, vacille.

À Washington, la nervosité n’est plus confinée aux cercles d’opposition ou aux éditorialistes libéraux : elle gagne les milieux institutionnels, les agences fédérales, les anciens cadres du système. Dans les think tanks, chez certains hauts fonctionnaires encore en poste, une question revient avec insistance : les élections de mi-mandat de 2026 auront-elles lieu selon les règles du jeu démocratique ?

Le raisonnement est simple : si une telle dérive autoritaire a pu se mettre en place en quelques semaines à peine, pourquoi croire que cette administration acceptera sereinement le risque de perdre le pouvoir dans dix-neuf mois ? Beaucoup redoutent que le prochain scrutin ressemble davantage à une élection organisée à la manière de Vladimir Poutine qu’à ce que les États-Unis pratiquent depuis près de 250 ans.

Quant à ceux qui ricanent, qui haussent les épaules face à ce genre d’alertes en murmurant « ça n’arrivera pas ici », ils appartiennent à cette catégorie d’esprits tranquilles qui ont toujours un temps de retard sur l’histoire. Ce sont les mêmes qui, en 2016, affirmaient que Donald Trump ne serait jamais élu. Les mêmes qui, après l’assaut du Capitole en 2021, disaient que cet homme finirait en prison. Les mêmes qui, il y a encore quelques mois, soutenaient que jamais les Américains ne revoteraient pour lui. Et, enfin, ceux qui, avant le 20 janvier dernier, assuraient que Donald Trump avait « compris la leçon » et deviendrait un homme d’État raisonnable.

Une fois encore, il faut voir les choses en face si l’on veut, tant soit peu, tenter de les freiner. Un sondage récent publié dans la presse américaine montre que près de 50 % des citoyens seraient prêts à renoncer à certains de leurs droits pour renforcer le pouvoir fédéral, au nom de la défense de l’indépendance nationale et face aux menaces – souvent fantasmées – que Donald Trump martèle à longueur de discours..

Il serait pour le moins ironique que, pour les 250 ans de leur indépendance, les États-Unis organisent en 2026 des élections où régneraient les pressions politiques, les menaces à peine voilées, un encadrement strict des médias, la réorganisation du scrutin pour priver certaines catégories de la population de leur droit de vote — et, au bout du processus, des résultats plus ou moins écrits d’avance. Le décor est planté : le 25 mars, Donald Trump a signé un décret restreignant fortement le vote par correspondance, sous prétexte de « sécuriser » les élections.

POSTSCRIPTUM : Et je ne parle même pas ici des récentes déclarations de Donald Trump évoquant la possibilité de briguer un troisième mandat. Une fois encore, que ceux qui se cachent la vérité en se réfugiant derrière l’argument que « c’est interdit par la Constitution » ouvrent les yeux. Jusqu’en 1951, rien dans le droit américain n’empêchait un président de se présenter autant de fois qu’il le souhaitait. C’est le 22e amendement, ratifié cette année-là, qui a instauré la limite de deux mandats. Et un amendement, aussi constitutionnel soit-il, peut être remis en cause. L’arrêt Roe v. Wade de 1973, qui garantissait le droit fédéral à l’avortement, n’était certes pas un amendement, mais il a tenu près de 50 ans et était considéré comme intouchable — jusqu’à ce qu’il soit brutalement invalidé en 2022 par la Cour suprême.


Romuald Sciora dirige l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS, où il est chercheur associé. Essayiste et politologue franco-américain, il est l’auteur de nombreux ouvrages, articles et documentaires et intervient régulièrement dans les médias internationaux afin de commenter l’actualité. Il vit à New York.

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01.04.2025 à 17:14

Sommet des BRICS au Brésil en 2025 : quels enjeux ?

stagiaire-comm@iris-france.org

Le Brésil accueillera le sommet des BRICS les 6 et 7 juillet prochains à Rio de Janeiro. Le pays entend se servir de cet événement pour rappeler, promouvoir et protéger l’idée d’un multilatéralisme élargi et respectueux de la souveraineté des États. Mais à l’heure où Washington bouleverse les équilibres internationaux, l’approche de l’organisation est mise à mal. Pour aller plus loin : 📕 Christophe Ventura, « Géopolitique de l’Amérique latine », Eyrolles (2022) : https://www.iris-france-boutique.org/collection-geopolitique-eyrollesiris/252-geopolitique-de-l-amerique-latine.html 📄 Les notes du programme « Amérique latine/Caraïbe » de l’IRIS : https://www.iris-france.org/programme/amerique-latine-caraibe/ ➡️ Retrouvez tous les épisodes des « Chroniques de l’Amérique latine » sur la chaîne YouTube de l’IRIS : https://www.youtube.com/playlist?list=PL3c38cSa3wcDZJsQpzOJLqZzxFCWqJTPj

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Le Brésil accueillera le sommet des BRICS les 6 et 7 juillet prochains à Rio de Janeiro. Le pays entend se servir de cet événement pour rappeler, promouvoir et protéger l’idée d’un multilatéralisme élargi et respectueux de la souveraineté des États. Mais à l’heure où Washington bouleverse les équilibres internationaux, l’approche de l’organisation est mise à mal.

Pour aller plus loin :

📕 Christophe Ventura, « Géopolitique de l’Amérique latine », Eyrolles (2022) : https://www.iris-france-boutique.org/collection-geopolitique-eyrollesiris/252-geopolitique-de-l-amerique-latine.html

📄 Les notes du programme « Amérique latine/Caraïbe » de l’IRIS : https://www.iris-france.org/programme/amerique-latine-caraibe/

➡ Retrouvez tous les épisodes des « Chroniques de l’Amérique latine » sur la chaîne YouTube de l’IRIS : https://www.youtube.com/playlist?list=PL3c38cSa3wcDZJsQpzOJLqZzxFCWqJTPj

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01.04.2025 à 12:30

Donald Trump : menaces sur la démocratie | Les mardis de l’IRIS

stagiairedecomm@iris-france.org

Chaque mardi, je reçois un membre de l’équipe de recherche de l’‪‪‪‪‪‪‪IRIS‬ pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Marie-Cécile Naves, directrice de recherche à l’IRIS, autour des menaces qui pèsent sur la démocratie américaine depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Au fil des décrets, l’administration Trump affiche sa volonté de réhabiliter les « valeurs américaines » face à l’idéologie « woke », quels que soient les moyens pour y parvenir. Parmi les nombreuses mesures, les coupes budgétaires importantes pour la recherche, la suppression des programmes en faveur de la diversité et de l’inclusion, ou encore la prise de contrôle du contenu de certains musées qui ne laissent rien présager de bon pour la démocratie américaine.

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Chaque mardi, je reçois un membre de l’équipe de recherche de l’‪‪‪‪‪‪‪IRIS‬ pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Marie-Cécile Naves, directrice de recherche à l’IRIS, autour des menaces qui pèsent sur la démocratie américaine depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Au fil des décrets, l’administration Trump affiche sa volonté de réhabiliter les « valeurs américaines » face à l’idéologie « woke », quels que soient les moyens pour y parvenir. Parmi les nombreuses mesures, les coupes budgétaires importantes pour la recherche, la suppression des programmes en faveur de la diversité et de l’inclusion, ou encore la prise de contrôle du contenu de certains musées qui ne laissent rien présager de bon pour la démocratie américaine.

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