
08.01.2026 à 20:21
Hélène Assekour
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Science, pesticides, climat : derrière le vernis du consensus, une mécanique bien huilée fabrique le doute. Comment les industriels, avec l’aide de relais médiatiques, ont appris à instrumentaliser la science contre l’écologie. Stéphane Foucart démonte les stratégies, les mensonges et les conflits d’intérêts qui minent le débat démocratique.
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Les pesticides sont-ils dangereux pour la santé humaine ? Pour les abeilles ? Le dérèglement climatique est-il dû à l’activité humaine ?
Pour les industriels de la chimie, de l’agroalimentaire ou des énergies fossiles, il est nécessaire d’entretenir le doute sur ces questions, et ainsi retarder la mise en place de mesures de restrictions ou d’interdictions de leurs produits par les pouvoirs publics.
Si les tromperies et le lobbying auprès des autorités sont des stratégies rodées depuis des décennies, ils prennent aujourd’hui de nouvelles formes, en propageant des éléments de langage sous les atours de la défense de la « bonne science ». Dans un formidable retournement, ce sont alors les écologistes qui sont accusés de désinformation, tandis qu’amateurs de science et sphères rationalistes se font le relai des messages des industriels.
Stéphane Foucart est journaliste au Monde, où il couvre l’actualité des sciences de l’environnement. Avec Stéphane Horel, il a révélé les Monsanto Papers qui dévoilent les pratiques d’intimidation, de fraude scientifique et les campagnes d’influence du géant de la chimie agricole. Dans ses livres, notamment Les gardiens de la raison, co-écrit avec Stéphane Horel et Sylvain Laurens, il enquête sur la façon dont les industriels instillent le doute sur les questions écolos en détournant les principes scientifiques.
La science est utilisée comme arme politique : «ce n’est pas défendre la science, c’est instrumentaliser son autorité pour empêcher la prise de conscience collective».
La controverse sur les pesticides ne porte pas sur leur dangerosité intrinsèque mais sur «la question est de savoir dans quelle mesure est-ce qu’ils représentent un risque pour les humains ou pour l’environnement aux doses auxquelles ils sont utilisés».
Les agences réglementaires s’appuient sur des données produites par les industriels eux-mêmes : «toute la production de connaissances destinée à permettre l’autorisation de mise sur le marché est à la main des industriels».
La différence entre le CIRC et les agences ne relève pas d’une divergence scientifique mais de sources opposées : «le CIRC se base uniquement sur la littérature scientifique publiée», tandis que «les agences réglementaires se fondent sur des tests toxicologiques produits par les industriels et qui sont secrets».
Le secret des affaires empêche l’accès démocratique à l’évaluation des risques : «on a tous dans notre organisme des substances dont on n’a pas le droit de savoir comment elles ont été évaluées».
Les formulations commerciales des pesticides ne sont pas évaluées à long terme : «les produits formulés ne sont pas évalués dans des tests chroniques comme les substances actives».
L’histoire des pesticides montre un échec structurel : «tous les produits autorisés à un moment ou un autre sortent du marché parce qu’il se passe quelque chose qu’on n’avait pas anticipé».
L’argument «corrélation n’est pas causalité» impose un seuil de preuve inatteignable : «on ne pourra jamais démontrer la causalité dans le monde réel».
La rhétorique «danger versus risque» est une construction industrielle : «le point de désaccord n’est pas danger et risque, c’est danger et danger».
Les Monsanto Papers révèlent des pratiques de ghostwriting scientifique : «des articles étaient écrits par Monsanto puis signés par des chercheurs du monde académique».
06.01.2026 à 11:20
David Dufresne
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Le spectre du narcotrafic hante l’Europe. A Marseille, on tue pour un coin de rue. A Amsterdam, on réinvente les grands commerçants voyageurs des siècles passés. Les trafics redessinent les quartiers, organisent les vies, infiltrent les institutions, défient les États.
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La bien connue de nos services Clara Martot Bacry, co-autrice de Marseille sous emprise. Comment la drogue s’empare d’une ville (Éditions Hors d’atteinte, à paraître le 9 janvier), et Christophe Bouquet, co-réalisateur du documentaire Narcotrafic, le poison de l’Europe (diffusé ce soir sur Arte), croisent ici leurs regards.
L’une a arpenté les rues de Marseille pendant trois ans avec Coralie Bonnefoy et Benoît Gilles pour une enquête de terrain sans précédent, à 360°. Leur livre rassemble les dix-sept articles de la série publiés dans Marsactu et des textes inédits. Il y est question de shit, de crack, de points de deal éphémères, de personnes ayant survécu à des blessures par balles, de DZ Mafia et de détention, mais aussi de la domination physique, sociale et culturelle que le trafic exerce sur les individus.
L’autre raconte comment l’histoire du narcotrafic se fond dans celle du capitalisme et du colonialisme. Avec son comparse Mathieu Verboud, Christophe Bouquet a suivi les flux, les routes, les complicités souterraines d’un marché global, ultra-libéral et ultra-efficace: le narcocapitalisme.
05.01.2026 à 09:15
David Dufresne
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Le Venezuela bombardé, Maduro enlevé, la sidération comme arme politique.
Christophe Ventura décrypte une opération américaine sans précédent en Amérique du Sud, où pétrole, Chine et restauration impériale s’entremêlent.
En miroir, Simon Grysole raconte comment enquêter sur le pouvoir local peut mener au tribunal.
Deux récits, un même fil rouge : la brutalisation du politique et la pression croissante sur l’information indépendante.
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Trump, sans foi ni loi, sans surmoi ni limite, a-t-il déclaré la guerre au monde entier, en bombardant Caracas? Que penser de la capture de Maduro, et de la mise en scène mondiale des bombes sur le Vénézuela. Pour cette première matinale 2026, France Déter est fier d’avoir reçu Christophe Ventura, journaliste du Monde Diplomatique, fin connaisseur de l’Amérique latine, auteur notamment ce mois-ci de M. Trump, pirate des Caraïbes. Et à 8h30, Simon Grysole du journal l’Empaillé, attaqué pour «injure» par le directeur de la police municipale de Perpignan (audience jeudi), était avec nous pour nous narrer les tenants et les aboutissants d’une sale procédure.
Chaque lundi matin, Au Poste tente de mettre un peu de trouble dans l’ordre médiatique dominant. «France Déter» accueille des invité·e·s, tient des revues de presse particulières, donne le temps des nuages et des luttes, explore le passé, étrille le présent. C’est en direct, c’est fait maison. Préparez le café!
L’intervention américaine à Caracas marque une rupture historique : « c’est la première fois que les États-Unis militairement interviennent directement sur un territoire sud-américain », avec un déploiement aérien massif et une opération éclair visant l’enlèvement de Nicolas Maduro. Ventura décrit une action préparée de longue date, fondée sur un maillage militaire régional et un renseignement infiltré au plus haut niveau de l’État vénézuélien.
L’effet recherché est aussi médiatique que militaire : « tout est minutieusement calibré et scénarisé », afin de focaliser l’attention sur la performance technologique et non sur le fond stratégique de l’opération. Trump revendique lui-même cette logique spectaculaire en parlant d’une opération faite « pour faire de la good television ».
Le cœur du conflit dépasse largement le Venezuela : « cette opération s’inscrit dans une stratégie de restauration impériale des États-Unis en Amérique latine », avec un objectif central de containment de la Chine. Ventura souligne que Pékin est désormais le premier partenaire commercial de la majorité des pays sud-américains.
Le pétrole vénézuélien est un levier clé mais non unique. Depuis Chavez, Caracas a diversifié ses alliances énergétiques, et « aujourd’hui, 80 % du pétrole vénézuélien part en Chine », y compris via des circuits de contournement des sanctions. Les sanctions américaines ont, selon Ventura, produit mécaniquement contrebande et flottes fantômes.
Le régime de Maduro ne relève pas d’une dictature classique : « on ne peut pas qualifier Nicolas Maduro de dictateur », mais d’un pouvoir devenu autoritaire sous pression constante. L’autoritarisme est décrit comme « à géométrie variable », fonction directe des ingérences extérieures et de la conflictualité interne.
L’exode de huit millions de Vénézuéliens s’explique d’abord par l’effondrement économique : « le pays a perdu 75 % de son PIB en dix ans ». Ventura insiste sur le rôle déterminant des sanctions énergétiques américaines dans l’asphyxie du pays.
La lutte contre le narcotrafic sert de justification permanente à l’ingérence : « Trump considère qu’il faut détruire l’offre pour faire disparaître le problème », une logique jugée illusoire après des décennies d’échec. La demande mondiale, et d’abord américaine, demeure le moteur central du trafic.
À Perpignan, Simon Grysole (du journal L’Empaillé) décrit une autre forme de pression : « ce procès est une procédure bâillon », visant à épuiser financièrement et humainement un média indépendant. L’attaque judiciaire porte sur un détail lexical, révélateur selon lui d’une volonté d’intimidation.
L’article incriminé documente un dispositif policier agressif et médiatisé, mais « ils veulent nous faire perdre du temps et de l’argent », pas débattre du fond. Grysole souligne que d’autres enquêtes, plus sévères encore, n’ont pas été poursuivies lorsqu’elles venaient de médias plus puissants.