
02.02.2026 à 09:42
David Dufresne
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Presse indépendante, capitalisme numérique et luttes syndicales : cette Matinale explore les lignes de front d’un monde sous tension. Face à l’hégémonie des plateformes et à la concentration médiatique, des journaux papier résistent, s’organisent et se réinventent.
Dans le même temps, un scandale éclate : Capgemini, symbole du CAC 40, collabore avec ICE. Un des artisans de la révélation du scandale est avec nous. Une lutte victorieuse, on prend.
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Au menu ce lundi :
A 7h30, gloire à la Presse Pas Pareille: Fabien Plastre (L’age de faire) et Mačko Dràgàn (Mouais), viennent faire l’état des lieux de ces journaux papier qui pullulent et qui résistent. A 8h30, direction Capgémini. Théo Viard (CGT) est en direct pour causer du contrat de la honte avec ICE et consorts.
Sans oublier la météo des luttes, notre revue de presse antifa, les convocations de la semaine, radio police, revue de presse de la maison poulaga.
Chaque lundi matin, Au Poste tente de mettre un peu de trouble dans l’ordre médiatique dominant. « France Déter » accueille des invité·e·s, tient des revues de presse particulières, donne le temps des nuages et des luttes, explore le passé, étrille le présent. C’est en direct, c’est fait maison. Préparez le café!
Capgemini est accusée d’avoir collaboré depuis des années avec l’ICE, fournissant des outils de «skip tracing», d’optimisation de la détention et de déportation, participant à une traque algorithmique des migrants pour des contrats de plusieurs dizaines de millions de dollars.
Sous la pression syndicale et médiatique, l’entreprise a annoncé hier la vente de sa filiale américaine, mais pour la CGT, «Capgemini a vendu le fusil, pas effacé le sang», la responsabilité morale et politique demeurant entière.
Les syndicats dénoncent une stratégie de communication visant à se défausser sur une filiale étrangère alors que les contrats existent «depuis 2007» et relèvent d’une politique structurelle tournée vers le profit.
Au-delà de l’ICE, Capgemini est impliquée indirectement dans l’industrie de l’armement et de la guerre via des prestations pour Thales ou Safran, créant des cas de conscience chez de nombreux salariés.
La presse papier indépendante continue d’exister malgré les contraintes économiques, logistiques et politiques, portée par des collectifs qui mutualisent l’impression, la diffusion et les luttes, car «le papier n’est pas mort, il résiste» et répond à une demande qui «n’a jamais vraiment disparu».
L’impression et l’acheminement constituent le principal point de fragilité des journaux indépendants, entre dépendance aux imprimeurs dominants et domination de Bolloré sur la distribution, créant une forme de «censure par l’économie».
Le Syndicat de la presse pas pareille naît du besoin de sortir de l’isolement, de partager des outils concrets et de porter des revendications communes, notamment pour peser sur l’attribution des aides publiques et défendre une presse «pas pareille» dans un paysage ultra-concentré.
La question de la rentabilité est centrale : «être rentable en papier, ça me paraît extrêmement peu possible», les journaux survivant grâce aux abonnements, à la solidarité militante et à des aides publiques historiquement pensées pour garantir le pluralisme.
Le choix du papier est assumé comme un acte politique : un objet durable, lisible hors algorithmes, permettant une relation différente au temps, où l’actualité est mise en perspective plutôt que consommée dans le flux.
30.01.2026 à 11:00
David Dufresne
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La réalisatrice et afroféministe analyse la suprématie blanche comme un régime politique structurant la société française.
Elle relie santé, capitalisme, racisme et patriarcat à partir d’exemples concrets et documentés.
De l’affaire Naomi Muzenga au pluriversalisme, en passant par son propre parcours, elle propose une lecture située et rigoureuse.
Une belle (et longue) (et franche) conversation exigeante sur la manière de penser et d’organiser les luttes sans effacer les rapports de domination.
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« Comment vivre libre dans un monde façonné par l’oppression raciale ? » Avec Vivre, libre (Éditions La Découverte), Amandine Gay, réalisatrice et militante afroféministe, répond par un manifeste intime, politique, et à succès. À travers son parcours de femme noire, adoptée et bisexuelle, elle déconstruit la suprématie blanche, non comme une idéologie qui serait aux mains de quelques uns (puissants), mais comme un système qui structure nos vies – amitié, sexualité, travail.
Sans concession, elle interpelle : « On peut être complice de la suprématie blanche sans être raciste. » Un livre-vérité, mi-récit autobiographique mi-analyse sociale (de bell hooks à Charles W. Mills), qui force à regarder en face nos privilèges et nos silences. Car pour Gay, la lucidité n’est qu’un début : l’urgence est d’agir.
Définition structurante de la suprématie blanche comme un cadre politique global, pensée explicitement comme «un régime politique», qui organise durablement les rapports sociaux, économiques et symboliques, bien au-delà des intentions individuelles ou des comportements isolés.
Analyse du racisme comme système matériel et historique, produisant des effets concrets sur les trajectoires de vie, les droits et les possibilités d’action, et non comme une simple question morale ou culturelle.
Critique approfondie de l’universalisme républicain, présenté comme un dispositif qui se prétend neutre mais qui hiérarchise implicitement les expériences, en imposant un point de vue dominant comme horizon commun indiscutable.
Présentation du pluriversalisme comme alternative politique, défini comme «la possibilité de faire coexister plusieurs mondes», permettant de penser l’égalité sans exiger l’effacement des différences ni la soumission à une norme unique.
Mise à distance de la convergence des luttes comme mot d’ordre abstrait, au profit d’une stratégie de coalition fondée sur le réel des rapports sociaux, avec l’idée assumée que «parfois nous ne sommes pas des alliés objectifs».
Analyse des rapports de classe à l’intérieur même des groupes opprimés, montrant comment des intérêts matériels divergents peuvent produire des conflits, notamment lorsque certaines positions sociales bénéficient indirectement des systèmes de domination.
Refus d’une lecture strictement économiciste de l’émancipation, affirmant clairement que «si on me parle d’anticapitalisme sans parler de capitalisme racial, on n’est pas ensemble», et rappelant l’imbrication historique de l’exploitation économique et de la race.
Insistance sur la nécessité de penser ensemble capitalisme, suprématie blanche et patriarcat, non comme des oppressions concurrentes mais comme des systèmes qui se renforcent mutuellement et structurent l’ordre social.
Réflexion assumée sur la position située de l’autrice, rappelant que toute analyse est produite depuis un lieu social précis, et que reconnaître ce point de vue situé est une condition de la rigueur politique et intellectuelle.
Conclusion sur les formes d’action collective, appelant à des luttes capables à la fois de résister aux systèmes de domination existants et de formuler «d’autres formes de faire société», sans délégation ni effacement des rapports de pouvoir internes aux mouvements.
29.01.2026 à 21:08
David Dufresne
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La route n’est pas qu’un ruban d’asphalte : elle est une construction politique, sociale et culturelle.
De la fuite de Varennes aux gilets jaunes, des voies romaines aux autoroutes concédées, Nayel Zeaiter retrace plusieurs siècles d’histoire française par le prisme de la circulation.
À travers le dessin, la signalétique et l’ingénierie, il révèle comment la route organise les territoires, les conflits et les imaginaires.
Une plongée précise dans ce qui relie, sépare et fait exploser la société.
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Chaque page est une madeleine de Proust, on est sur la route, mais on découvre la guerre, la fiscalité rendue facile par les pavés, on croise des R5 ou des 2CV, on découvre l’histoire du rail, et ses batailles pour notre confort. Dans son roman graphique «La route, une histoire dessinée» (Gallimard), Nayel Zeaiter retrace plusieurs siècles d’histoire de la voirie en France, des charrettes aux autoroutes, en passant par les Gilets jaunes et les œuvres d’art monumentales qui jalonnent nos trajets. D’un trait bi-colore, le marron et le blanc des panneaux touristiques des autoroutes, il révèle comment la route a façonné nos paysages, nos sociétés, et nos luttes sociales.
La route est antérieure à la voiture et ne lui est pas réductible : « la route préexiste et survivra à la voiture », depuis les sentiers et « les coulées de bestiaux » jusqu’aux infrastructures modernes liées au commerce et à la guerre. Elle est d’abord pensée pour le transport lourd : « la route est proportionnée pour le trafic de camions ».
La construction routière répond à des logiques économiques et militaires constantes : « commerce et guerre » sont les moteurs principaux de la solidification des voies, aujourd’hui encore visibles dans le dimensionnement des autoroutes « faites pour que les camions circulent ».
L’histoire française se lit dans ses routes : la fuite de Varennes montre une organisation étatique du déplacement, avec des relais de poste permettant de parcourir « 240 km en 22 heures », révélant les limites logistiques et politiques du pouvoir monarchique.
Le rail bouleverse la vitesse historique des armées : « la vitesse des armées n’a pas vraiment évolué entre César et Napoléon », jusqu’à l’arrivée du train, capable de « transporter de grands nombres de personnes » et de transformer la guerre comme le travail.
Le vocabulaire de la mobilité est politique : la SNCF parle de « voiture » plutôt que de wagon pour concurrencer l’automobile, puis affirme « À nous de vous faire préférer le train », illustrant une bataille culturelle durable entre route et rail.
L’autoroute est un paysage fabriqué : le tracé, les virages, les perspectives, les falaises artificielles sont conçus pour « garder le conducteur éveillé », avec des procédés visant à produire un décor « qui a l’air naturel, sauf que ça ne l’est pas du tout ».
Les panneaux marron hérités de Jean Widmer forment une grammaire visuelle : une image d’abord, puis sa légende, afin de créer une attente et une narration du paysage, aujourd’hui abandonnée au profit de panneaux immédiats.
La route produit des conflits d’usage récurrents : l’arrivée de la voiture provoque « des histoires de caillassage », de tirs, d’accidents, obligeant à formaliser un code de la route alors que certains usages existaient déjà, comme « la priorité à droite ».
Les ronds-points cristallisent pouvoir et contestation : espaces techniques devenus lieux politiques, ils accueillent les gilets jaunes, les constructions en palettes, et concentrent critiques de l’urbanisme, de l’art public et de la mobilité.
La route est un outil central de lutte sociale : barricades de 1588, pavés de 68, opérations escargot, péages gratuits, palettes, entraves agricoles. « Bloquer la circulation pour être visible » traverse toute l’histoire contestataire française.