
06.03.2026 à 09:00
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Chaque seconde, 150 tonnes de béton sont coulés dans le monde, ce qui en fait le matériau le plus utilisé par l’homme - sans écriture inclusive, car le béton est aussi affaire masculine. De l’extraction de granulats qui annihile les cours d’eau à la transformation, fortement émettrice de CO2, jusqu’au déchet, inerte et qui finit en décharge, l’industrie du béton est une catastrophe écologique.
Et pour quel usage ? Se cachant derrière la nécessité de « créer des logements » (qui pourrait s’y opposer ?), le béton participe surtout massivement à artificialiser des terres, stériliser des sols, grignoter des espaces agricoles et naturels, au nom d’une idéologie de la construction qui semble indépassable. Car derrière ce matériau qu’on finit par ne plus voir tant il est omniprésent, se cache un véritable système, industriel et masculin, authentique incarnation du capitalisme, au cœur du pouvoir d’État.
Comment, alors, désarmer le béton ? On en parle avec Léa Hobson. Architecte, scénographe, elle est aussi militante écologiste et membre des Soulèvements de la Terre, et l’autrice de Désarmer le béton. Ré-habiter la terre (2025).
03.03.2026 à 09:00
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La Horde, est un collectif antifasciste qui propose des outils aux militants: un site, du matériel visuel, deux livres chez Libertalia et deux jeux pédagogiques. Sur la violence, la position est claire: c'est l'extrême droite qui impose le rapport violent, et les antifas n'ont d'autre choix que d'y répondre — impossible de «s'en remettre à l'État et donc à la police», gangrenée par l'extrême droite. Concernant les images lyonnaises: «le fait d'être heurté, d'être choqué n'implique pas une condamnation morale et définitive des antifascistes qui se sont défendus ce jour-là.»
Le vrai scandale reste le deux poids deux mesures: «la mort de Deranque a beaucoup occupé presse et classe politique, alors qu'il y a eu d'autres morts» — des dizaines, reléguées en faits divers. Sur la normalisation: «Qu'ils ont gagné, c'est la banalisation de leurs idées» — mais pas la bataille des esprits. L'autocritique est assumée: le mouvement s'est trop longtemps reposé sur un antifascisme d'évidence. «Le Siamo tutti antifascisti, c'est un très beau slogan, mais c'est un slogan pour se rassurer.»
02.03.2026 à 07:00
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Somayeh Rostampour, sociologue au CNRS spécialiste des mouvements sociaux en Iran et au Kurdistan, ouvre l'émission depuis la diaspora, la voix chargée d'une inquiétude concrète: sa sœur à Téhéran, ses proches à Sanandaj filmant les bombardements depuis leur fenêtre. Elle replace les bombardements dans leur contexte: une révolte populaire massive venait de secouer 32 provinces iraniennes, et cette intervention extérieure vient précisément l'écraser. «C'était la guerre contre la politique, la guerre vraiment contre la révolution, parce que s'il y a un changement, les gens souhaitent que ça soit fait par eux-mêmes.»
Elle insiste: la population ne voulait pas de bombes, elle voulait juger elle-même ses bourreaux. «La libération, elle ne va jamais venir par les bombes, il n'est jamais venu par les bombes dans des parties du monde.» Elle décrit une société iranienne diverse, épuisée économiquement — 40% de pauvreté, sa sœur professeure gagnant 80€ par mois, payant le même loyer qu'à Paris —, prise en étau entre un régime dictatorial et des puissances impérialistes. Sur la diaspora royaliste qui applaudit les bombardements, elle est sans ambiguïté: très organisée, liée aux extrêmes droites occidentales et à Némésis depuis des années, elle ne représente pas la majorité iranienne.
«On peut dire clairement que 80% de la population est clairement contre ce régime», mais aussi contre cette guerre. Son livre «Femmes en armes, savoirs en révolte, Du militantisme kurde à la Jineolojî» (Agone) éclaire le mouvement kurde révolutionnaire comme modèle d'émancipation féministe et populaire, à rebours des armées d'État: «C'était une révolution dans la révolution, c'était une révolution des femmes dans la Révolution.»
Thomas Lemahieu, journaliste d'investigation à L'Humanité, révèle ensuite le contenu d'une boucle Telegram de 154 messages entre une cadre de Némésis et des dirigeants du groupuscule néo-fasciste Audace Lyon. La cadre, désignée comme Ornella, y propose explicitement d'«être deux, trois filles attroupées là où vous voulez les choper, un peu comme pour faire l'appât» afin que des néo-fascistes puissent tomber sur des étudiants antifascistes. Le dirigeant d'Audace Lyon mis en examen dans une autre affaire — Calixte Guy — est celui-là même qui aurait donné des coups de pied à la tête d'un militant antifasciste.
Lemahieu souligne la banalité des échanges: «C'est la tranquillité avec laquelle un traquenard se prépare.» Némésis a répondu en parlant de «calomnie» tout en laissant entendre implicitement que les échanges existent bien. Sur le financement, le journaliste confirme des liens avec Périclès, la structure de Stérin, et des assistantes parlementaires de Némésis employées par un député RN. «Il passe maintenant par la structuration avec l'empire médiatique de Vincent Bolloré, mais aujourd'hui ça dépasse évidemment Bolloré.»