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22.06.2026 à 07:00

Bernard Arnault, son empire et sa bio non autorisée + riposte à la Loi Ripost

Au Poste

Surveillance sans juge, presse sous perfusion publicitaire, dîner entre milliardaires et fascistes : ce lundi matin, Noémie Levain (La Quadrature du Net) et l’historienne Audrey Millet mettent à nu deux visages du même pouvoir --- l’un qui surveille, l’autre qui possède.
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La rencontre avec Noémie Levain et Audrey Millet

Noémie Levain (juriste à La Quadrature du Net) vient décrypter la loi Ripost, défendue le jour même à l'Assemblée nationale par Laurent Nunez. Derrière l'affichage sécuritaire contre les free parties, elle pointe un dispositif méconnu mais autant redoutable: l'extension massive des lecteurs automatiques de plaques d'immatriculation (LAPI). Ces boîtiers, déjà déployés sur les grands axes, centralisent depuis deux ans des millions de données de déplacement. La loi Ripost allonge leur durée de conservation et, surtout, ouvre une fenêtre d'un mois sans procédure judiciaire: «Il y a un mois open bar pour la police.» Le Sénat a ajouté en catimini une capacité d'analyse algorithmique sur ces données, dont le décret d'application ne sera pas rendu public: «On ne saura pas comment ça fonctionne.» Levain dénonce aussi l'élargissement aux infractions liées à l'aide aux migrants, qui vise directement les militants à la frontière. Sur la trajectoire générale, elle est sans ambiguïté: «C'est la police et la gendarmerie qui, littéralement, font leur loi.» Face à l'empilement législatif, elle dit chercher à déplacer l'énergie militante: informer, cartographier, outiller --- plutôt que supplier des parlementaires acquis d'avance à voter ces textes.

Audrey Millet, historienne, signe la première biographie de Bernard Arnault depuis 23 ans: «Bernard Arnault, son univers impitoyable» (La tribu). Le livre a failli ne jamais paraître: dès l'envoi du contradictoire à LVMH, l'appartement de son éditrice a été visité, des pressions ont été exercées sur l'éditeur, et le livre a disparu des Relais H: «Tout est fait pour que le livre ne paraisse pas.» Millet retrace une ascension fondée non sur l'innovation mais sur la prédation: rachat de l'empire Boussac avec 940 millions d'aides publiques, promesses d'emplois non tenues, prise de contrôle de LVMH par trahison successive des deux fondateurs. La Fondation Louis Vuitton? Financée à 65% par l'État, soit 528 millions d'euros de réduction d'impôts. Sur le contrôle des médias, elle est précise: Arnault possède Les Échos, Le Parisien, Challenges, et lorsqu'il n'est pas propriétaire, il est le premier annonceur --- 160 millions d'euros par an. Il a interdit à ses cadres de parler à sept médias indépendants, qualifiant cette directive de simple «question de business»: «Il met le couteau sous la gorge.» Le point culminant du livre: un dîner le 7 avril 2026 au restaurant Drouant entre Arnault, Marine Le Pen et Jordan Bardella. Le lendemain, Paris Match --- propriété de LVMH --- publie en couverture Le Pen et Bardella en «futur couple présidentiel». «Les digues ont sauté ce jour-là», conclut Millet. Pour elle, Arnault et Bolloré partagent le même horizon: «Ils veulent ce qui est possible sauf la gauche.»

17.06.2026 à 09:00

Elisa Rojas face à l’aide à mourir : comprendre l’impensé du handicap

Au Poste

Handicapée, avocate, militante, Elisa Rojas signe un plaidoyer implaccable contre la loi d’aide à mourir dans la dignité. Pour l’autrice de Pour mourir, tapez 1 (Détour), la loi ne ne serait rien d’autre que de la nécropolitique. Loin des considérations catho-réacs, Elisa nous met face à nos contradictions : notre soif d’autodétermination de nos corps doit elle se faire sur l’autel du validisme ?
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La rencontre avec Elisa Rojas

Avocate et militante antivalidiste, autrice de « Pour mourir, tapez 1 » (Editions du Détour), Elisa Rojas décortique la proposition de loi sur l'aide à mourir, qu'elle examine sous l'angle du validisme, ce système d'oppression qui fait des personnes valides « la norme, l'idéale à atteindre ». Elle rappelle que les lois Claeys-Leonetti existent déjà et qu'« on laisse mourir pour le moment, mais on ne provoque pas la mort »: ce texte, lui, « ce serait le basculement vers le fait de provoquer la mort ».

Elle dénonce le flou volontaire du texte : « pronostic vital engagé » sans échéance, « phase avancée » sans consensus médical. Pour elle, la comparaison avec la victoire de l'autodétermination des corps, symbolisée par l'IVG, est fallacieuse : « expliquez-moi qui meurt au moment d'un IVG ?».

Elisa établit un parallèle historique glaçant avec l'opération T4 sous le nazisme, soulignant que « le vent du fascisme souffle très très très fort sur nos têtes ».

Elle accuse une partie de la gauche, LFI et EELV en tête, de trahison : « c'est une trahison totale de toutes les valeurs de la gauche ». Et de lancer, à l'adresse des parlementaires hésitants : « est-ce que demain, vous arriverez à vous regarder dans une glace? ».

Sur le volet financier, elle pointe une « aubaine » budgétaire pendant que la moitié des malades n'ont pas accès aux soins palliatifs. Épuisée par deux ans de combat face à « un mur médiatique », elle invite les parlementaires à suivre l'exemple écossais, où le texte a été rejeté.

15.06.2026 à 07:00

VSS : « Un enfant toutes les trois minutes » + DGSI et ses barbouzeries anti-syndicales

Au Poste

Un syndicaliste piégé par la DGSI sur numéro prépayé désactivé, une loi contre les violences sexuelles mise au placard jusqu'à la mort d’une enfant : France Déter reçoit ce matin deux invités qui, chacun à leur façon, instruisent le procès d’un État qui sait très bien choisir ses cibles.
Texte intégral (722 mots)

Chaque lundi matin, Au Poste tente de mettre un peu de trouble dans l’ordre médiatique dominant.

La rencontre avec Tayeb Khouira et Céline Thiébault-Martinez

Tayeb Khouira: secrétaire national de Solidaires, ancien porte-parole de Sud-Aérien est agent de piste à Roissy-Charles-de-Gaulle, il raconte une convocation qui ressemble à tout sauf à ce qu'on lui avait annoncé. Le 20 janvier 2024, un samedi à 18h, un numéro inconnu l'appelle: le commissariat du Blanc-Mesnil veut lui parler. Il se présente, se fait fouiller, monte au premier étage. Deux agents lui posent leur première question: vous savez pourquoi vous êtes là? Il répond: le vol d'un carte bancaire dont il est victime. Réponse: «Ah non, c'est une histoire plus grave.» Ce qu'on lui reproche: «glorifier le Hamas» et inciter ses collègues à «tout faire exploser sur l'aéroport». S'enchaînent deux heures de questions sur son militantisme, son soutien à la Palestine, et --- révélateur --- quelle mosquée il fréquente et s'il envoie de l'argent à l'étranger. Aucun PV, aucun droit notifié, aucun avocat. En sortant, il rappelle le numéro: désactivé.

Ce n'était pas des agents du commissariat qui l'interrogeaient mais ceux de la DGSI. Les caméras de surveillance ont prouvé sa présence. L'IGPN, saisie, s'est dessaisie. La DGSI a mené sa propre enquête sur elle-même. Lors d'une seconde convocation, une agente lâche: «Même nous, on n'a pas accès au dossier. C'est classé secret défense. Ça vient de très haut, et quelqu'un de très bien placé vous en veut.» Dans les dépositions récupérées après le classement de sa plainte, les agents évoquent «une alerte sur un attentat imminent» le jour même. Tayeb Khouira démonte: «On n'appelle pas quelqu'un qui doit commettre un attentat à 18 heures.» Aucun badge bloqué, aucun collègue interrogé à Roissy. Pour lui, le mobile est politique: figure des blocages de l'aéroport pendant la réforme des retraites, soutien affiché à la Palestine, à l'approche des JO. «C'était un cocktail de répression syndicale, c'était de la barbouillerie tout simplement.» Avec Solidaires et la Ligue des droits de l'homme, il saisit le tribunal administratif pour engager la responsabilité de l'État.

Céline Thiebault-Martinez: députée PS de Seine-et-Marne, elle, a déposé le 2 décembre 2025 une proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles transpartisane, portée avec des élus communistes, écologistes et du bloc central, adossée aux associations féministes et enfantistes, la loi a dormi. L'affaire Lyhanna l'a ressortie du tiroir: elle sera discutée à partir du 15 juillet --- mais pas sous la forme voulue par ses auteurs, Lecornu ayant choisi un véhicule législatif plus étroit.

Thiébault-Martinez commence par les chiffres: 160 000 enfants victimes de VSS par an, un toutes les trois minutes. 270 000 femmes victimes de violences conjugales en 2023, en hausse de 10%. 94% des plaintes pour viol classées sans suite. 1% des violeurs punis. Elle dénonce le «pointillisme législatif» des gouvernements successifs --- des petites lois qui ne font pas système face à des violences qui, elles, font système. Sa proposition: une juridiction spécialisée sur le modèle espagnol, des magistrats et policiers formés au psychotrauma, la fin des alternatives aux poursuites pour VSS, une aide juridictionnelle sans conditions de ressources, la prescription glissante étendue aux majeurs. Sur Macron qui a dit que ce n'est pas une question de moyens: «Le budget a augmenté, mais qu'en a-t-on fait? On a surtout construit des places de prison.» Sur les 70 000 plaintes que Darmanin promet de réexaminer: «Cette annonce en elle-même n'a pas de sens parce qu'on ne sait pas à quoi elle sert en réalité.»

"France Déter" accueille des invité·e·s, tient des revues de presse particulières, donne le temps des nuages et des luttes, explore le passé, étrille le présent.

Sans oublier la météo des luttes, notre revue de presse antifa, les convocations de la semaine, radio police, revue de presse de la maison poulaga.

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