
05.05.2026 à 18:00
Au Poste
Sorti discrètement début novembre 2025, ce petit jeu de cartes satirique a réussi un exploit improbable : déclencher une tempête politique et faire paniquer jusqu'à la Place Beauvau. Les concepteurs du jeu sont les membres du collectif antifasciste La Horde, bien connu de nos services, déjà auteur de "Antifa : Le Jeu" sorti en 2022 et déjà chez Libertalia.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a déposé plainte pour "diffamation envers une administration publique" après la commercialisation du jeu. Objet du courroux ministériel: la carte "flic raciste de la BAC". Sortira-t-elle ce soir en direct ?
04.05.2026 à 07:00
Au Poste
La rencontre avec Oshka (Antifas du 20e), Frédéric Hocquard et Gisèle Sapiro
La matinale s'ouvre sur l'urgence antifasciste. Oshka, co-organisatrice du rassemblement «Pas de nazis dans Paris», rappelle le contexte: chaque année, le comité du 9 mai défile à Paris, la préfecture laisse faire, et ce sont les contre-manifestations antifascistes qui risquent l'interdiction. Elle résume la logique de leur mobilisation sur trois jours --- village antifasciste le 8 mai, manifestation le 9, commémoration de l'abolition de l'esclavage le 10: «Ce qu'on attend, c'est de vraiment reprendre la rue à l'extrême-droite et casser leur confiance pour les affaiblir.» Elle défend un antifascisme de masse plutôt que d'éclat: «L'antifascisme qui sera victorieux, c'est un antifascisme de masse.» Sur la question de la sécurité pour les primo-manifestants, elle rassure: «On va faire en sorte que ce ne sera pas une manifestation plus dangereuse qu'une autre.»
Frédéric Hocquard, ancien adjoint à la vie nocturne de Paris et délégué général de Bourges 2028, intervient sur la free party géante qui vient de se tenir dans sa région --- entre 17 000 et 40 000 participants sur un terrain militaire désaffecté. Il salue le déroulement pacifique mais dénonce la proposition de loi adoptée par les députés le 10 avril, qui prévoit jusqu'à 6 mois de prison pour les organisateurs: «C'est ça l'échelle du délit et la graduation des délits qu'on veut renvoyer comme image dans ce pays? C'est franchement grave.» Pour lui, criminaliser ne résoudra rien: «On n'empêche pas les gens de danser.» Il appelle au contraire à mettre des terrains à disposition, comme cela s'est fait dans les années 2000. Sur le fond politique, il identifie deux ressorts à la répression: «La première chose qu'elle dit, c'est qu'il y a une vraie pression de l'extrême droite.» Et sur ce que la fête représente: «Je défends la fête comme objet social et comme objet d'émancipation.»
Gisèle Sapiro, directrice d'étude à l'EHESS, décortique les grandes manœuvres de Vincent Bolloré dans l'édition. Elle pose d'emblée la distinction centrale: le licenciement d'Olivier Nora chez Grasset n'est pas une décision économique mais idéologique --- Nora avait refusé de publier un auteur catholique réactionnaire proche du RN. «Il applique des méthodes capitalistes pour obtenir des objectifs idéologiques au mépris de l'autonomie éditoriale.» Elle replace cette offensive dans une histoire longue de la concentration éditoriale: standardisation de la production, pression sur la rentabilité titre par titre, disparition de la péréquation qui permettait de financer des œuvres risquées. «Est-ce que Beckett serait publié aujourd'hui?» demande-t-elle. Sur la spécificité de Bolloré par rapport à ses prédécesseurs: «C'est une véritable machine de guerre de propagande qui est entre ses mains.» Et à ceux qui accusent la gauche de vouloir contrôler la pensée: «Ça me fait rire, parce que si les idées de gauche étaient dominantes, on n'en serait pas là quand même.»
29.04.2026 à 18:00
Au Poste
Cette française qui a bossé par le passé pour le Wall Street Journal et le Financial Times, après des débuts aux Dernières Nouvelles d’Alsace a pris le risque de prendre la plume sous son seul nom, en publiant aux éditions du Seuil un livre sur son travail comme journaliste « accréditée » à l’Élysée. Livre qui parle autant du fonctionnement interne du « Château », que de l’info « H24 », des coulisses de la macronie, des basculements géopolitiques du monde, et bien sûr d’Emmanuel Macron, « véritable héros de roman », écrit-elle en tout fin de livre.
À ce titre, elle relate également les coulisses de nombreux voyages diplomatiques auxquels elle a participé pour Bloomberg, mais tire également le bilan de deux quinquennats Macron, souvent avec lucidité, et toujours avec un pointe d’ironie. Bien loin des traditionnels livres de journalisme politique, Ania nous embarque au plus près de son sujet, tout en y injectant une saine distance. Finalement, alors qu’elle le côtoie presque tous les jours, Macron ne lui a pas accordé d’entretien en tête-à-tête pour ce livre : « Peut-être est-ce mieux ainsi. On veut toujours être au plus près de son sujet pour mieux l’observer. Mais pas trop près non plus, pour rester libre. D’ailleurs, à en croire certains, il m’aurait envoutée », écrit-elle. Ses collègues français pourraient dire qu’elle a le privilège de « l’accès », et pourtant sa pratique ressemble bien davantage au journalisme à l’anglo-américaine : les faits jusqu’au bout, même s’ils gênent le pouvoir.
Bien évidemment, dans sa pratique quotidienne, tout un tas de coulisses lui sont interdits. C’est aussi pour cela qu’elle a décidé de se poser pour écrire ce livre et enquêter avec davantage de temps. Au risque de déplaire : car Ania Nussbaum est toujours « accréditée » à l’Élysée. « Mais dans ce régime centré autour du président, personne d’autre que lui en France n’avait autant de leviers pour enrayer cette dynamique [la montée de l’extrême droite et la « trumpisation » de la politique, ndlr]. Et peu y auront autant contribué. La dramatisation permanente, les dénis de démocratie, la perte de sens de la parole politique auxquels il a présidé l’en rendent d’autant plus comptable. Il n’a pas su tendre la main quand il le fallait, ni saisir celles qu’on lui tendait », juge-t-elle. Justement, en début de premier quinquennat, Emmanuel Macron avait expliqué qu’il comptait interrompre le jeu de la connivence avec les journalistes (ce qu’il n’a pas fait avec certains…) et qu’il attendait que ces derniers travaillent avant tout. C’est ce que fait Ania Nussbaum justement. Et à travers cette « boîte noire », on va également lui demander comment elle fait pour travailler embarquée dans la machine élyséenne.
Marc Endeweld