
13.03.2026 à 08:00
Au Poste
Romaric Godin, journaliste économique à Mediapart, présente son livre Le problème à trois corps du capitalisme (La Découverte). Inspiré d'un roman de science-fiction chinois, il développe une thèse centrale: nos crises ne sont pas indépendantes mais forment un système dont le moteur unique est l'accumulation du capital. Il identifie trois crises interdépendantes — économique, écologique et anthropologique — qui s'auto-entretiennent et rendent impossible toute solution ponctuelle.
Sur la nature du capitalisme, il affirme que «les capitalistes eux-mêmes sont les esclaves du capital», une dynamique aveugle qui pousse le système vers plus d'autoritarisme: «les formes démocratiques libérales sont pour lui devenues un obstacle». Sur la guerre, il est sans ambiguïté: «quand on manque de croissance, la dépense militaire c'est un jackpot», mais le problème, c'est qu'«on ne peut pas se contenter de stocker les armes indéfiniment».
Sur l'intelligence artificielle, il démystifie la promesse techno: loin de créer de la prospérité, elle conduira à «une paupérisation de la masse des travailleurs», n'étant «rien d'autre qu'une fuite en avant technosolutionniste». Face à ce tableau, Godin refuse le pessimisme et appelle à une lutte totale: «le dépassement du capitalisme, c'est le retour de la liberté — se débarrasser de ce capital qui décide pour nous».
12.03.2026 à 18:00
Au Poste
Richard Werly, éditorialiste international au quotidien suisse Blick, publie un essai au titre évocateur : « Cette Amérique qui nous déteste ». Comprendre : nous, Européens. C’est le livre d’un amoureux déçu. Le récit proposé par cet habitué des postes de correspondants de par le monde pour la presse suisse mais également française (il a travaillé pour Libé) ne se limite pas à une analyse personnelle. Il est construit à partir d’un reportage au long cours, façon road trip à l’américaine justement.
À l’automne 2025, Werly a effectué un long voyage en camping-car – « à haut de pare-brise », note-t-il – des rives du lac Michigan frontalier du Canada aux « Keys » tropicales de Floride. De ce voyage, le reporter en est revenu avec une conviction : « J’ai achevé les 4000 miles de route, entre Chicago et Mar-a-Lago, sur un constat amer. Les États-Unis ne sont plus du tout le pays que ma génération, née à la fin des années 1960, avait appris à aimer et à respecter, quelles que soient ses défaillances ou ses erreurs (et elles furent aussi nombreuses que douloureuses). Ce passé américain est révolu ».
Car Werly en partant à la rencontre de l’Amérique MAGA (Make America Great Again) pense que celle-ci est tout autant le symptôme que la cause d’une transformation plus profonde de la société américaine. Et ce qu’il en ressort, c’est la détestation d’une bonne partie de cette Amérique pour la culture européenne et sa politique : « Cette Amérique qui nous déteste est une formule qui, sous ma plume, regroupe pêle-mêle, le rejet de l’Union européenne, l’animosité envers des pays habitués à “profiter” des États-Unis et de leur garantie militaire, la détestation de sociétés européennes trop sécularisées, métissées et en déclin démographique, et l’impression viscérale que nous ne sommes plus, de ce côté-ci de l ‘Atlantique, dignes de confiance».
Avec Richard Werly, on va donc parler de cette Amérique qui décide de repartir à la guerre au Moyen-Orient alors que Trump s’est fait élire sur un programme « isolationniste », mais aussi de ce trumpisme qui influence le débat politique et les médias en Europe même.
Marc Endeweld.
11.03.2026 à 09:00
Au Poste
Nassira El Moaddem est journaliste à Arrêt sur Images et ancienne directrice du Bondy Blog. Elle publie chez Stock Main basse sur la ville, 504 pages d'enquête sur la prise de pouvoir de Thierry Méniens au Blanc-Ménil depuis 2014 : clientélisme, harcèlement d'agents, liens avec l'extrême droite — et un cadre municipal poussé au suicide. «La mémoire de ce cadre de la ville est salie par la municipalité. On salit sa mémoire. On va mentir sur les raisons qui auraient poussé ce cadre à se suicider.»
Elle décrit un système de domination totale : «C'est vous êtes avec moi ou vous êtes contre moi. Et si vous êtes contre moi, on vous rend la vie dure, au point où on vous écrase et vous êtes mis de côté.» Au cœur de l'enquête : 20 000 euros versés à une association fantôme liée à Sarah Knafo, dont l'argent aurait pu financer la campagne présidentielle d'Éric Zemmour. «Cette association est bidon!» Elle élargit enfin le propos : «On a parlé d'un angle mort», celui de la surpuissance des maires, élus pour sept ans sans aucun contre-pouvoir possible.