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23.04.2026 à 12:00

Les fruits et les fleurs de la concentration éditoriale

Thierry Discepolo

Extrait actualisé et complété de La Trahison des éditeurs.

- Édition /
Texte intégral (3504 mots)

Nous reproduisons un extrait actualisé et complété de La Trahison des éditeurs (Thierry Discepolo, Agone, 2023), paru il y a quelques jours sur le site d'Agone.

Le 15 avril, Olivier Nora, PDG des éditions Grasset, propriété de Vincent Bolloré, a été limogé. Cette décision a provoqué la prise de conscience d'une centaine d'auteurs : leurs idées et leurs œuvres sont, depuis trois ans, la propriété de Vincent Bolloré. Et donc au service de son idéologie. Un pas de plus doit être fait : cette situation est une conséquence prévisible de la concentration qui, en France, fait d'un quarteron de patrons les maîtres de l'édition française.

En 2007, Le Figaro offrait une série estivale sur les « grands éditeurs ». Ouverte avec Claude Durand (1938-2025), la définition qu'il y donnait de lui-même donnait en même temps une définition de son engeance : « Je suis un mercenaire, quelqu'un qui se vend mais qui est libre. » La série comptait aussi Olivier Nora.

Chez Hachette, Olivier Nora est ce qu'on doit appeler un « éditeur maison », pas seulement parce que son père, Simon Nora, fut directeur du groupe à la fin des années 1970. Après avoir fait ses classes au Bureau du livre français à New York au début des années 1990, Olivier Nora est nommé, en 1996, directeur général de Calmann-Lévy (propriété d'Hachette à 84 %), avant de recevoir la direction de Grasset en 2000, qui ne lui est pas reprise lorsqu'il succède à Claude Durand, deux ans après, à la direction de Fayard – où il est resté jusqu'en novembre 2013, quand il cède la place à Sophie de Closets, qui y restera jusqu'à sa nomination à la tête de Flammarion en juillet 2022. (Ce genre de ballet est emblématique de la population de PDG qu'emploient indifféremment les quatre principaux groupes éditoriaux français.)

Quand on lui demande quel est, selon lui, l'« âge d'or de la maison Grasset », le bon élève Olivier Nora mentionne la période 1910-1930, « particulièrement fertile », puis la « grande aventure de la littérature féminine à partir de la fin des années 1950 ». Il est vrai que, entre les deux moments de grâce, Grasset porte, sur son seul nom, une part notoire de la collaboration des éditions françaises avec l'occupant nazi. N'empêche, comme dit Olivier Nora, son fondateur, « Bernard Grasset, était un pur génie de l'édition [1] ». On a de ces pudeurs dans le monde des lettres françaises…

Après une évocation du « caractère », du « passé » et de la « culture » des éditions Grasset, Olivier Nora précise sa vision d'une maison « forgée par son comité de lecture, où les écrivains sont majoritaires, [… et que les] auteurs se sont appropriée au point de souhaiter voir la rejoindre les écrivains qu'ils estiment » ; une maison où l'on prend « la chose littéraire au sérieux, [et dont l']héritage suinte des murs ». Etc. Etc.

Une fois placée la légende, Olivier Nora retrouve ses marques. Car Bernard Grasset ne fut pas seulement condamné à la dégradation nationale à vie et à la confiscation de ses biens pour faits de collaboration. Ce « génie de l'édition » a plus innové dans la manière de faire parler des livres que dans la manière de les faire : metteur en scène de la « littérature » comme fétiche et de l'« auteur » comme produit, grand acteur dans le cirque du « vient de paraître », Grasset donna aux campagnes de presse et publicitaires une ampleur jusque-là inconnue. Innovant dans les opérations de communication, voire de harcèlement, ce « génie de l'édition » associe scandales, fausses annonces, faux chiffres de vente, etc. Pour ce Grasset-là, « tout s'achète : auteur, critique, public » [2]. Quand un journaliste rappelle, discrètement, à Olivier Nora ces temps (révolus) où, pour le dire franchement, « tous les moyens étaient bons » pour promouvoir les auteurs et qu'il lui demande : « Y a-t-il des méthodes que vous vous interdisez ? », sans tergiverser, l'« éditeur maison » déclare : « Je m'inscris totalement dans la filiation Grasset. Je pense que notre devoir quotidien, c'est de faire en sorte que nos auteurs soient lus par le maximum de lecteurs. »

Les gardiens de la plus pure tradition de la littérature française peuvent retourner à leurs chères bibliothèques. Sont assurées pour mille ans la qualité et la fidélité rendues par la maison qui a charge des œuvres, entre autres penseurs et écrivaines éternelles au service de l'humanité souffrante, de Bernard-Henri Lévy, Jean-Paul Enthoven et Pascal Bruckner, de Caroline Fourest, Frédéric Beigbeder et Michel Onfray, d'Alain Minc, Yann Moix et Patrick Poivre d'Arvor, d'Anne Sinclair, Laurent Joffrin, Claire Chazal et Laure Adler entre autres Arnaud Montebourg et Manuel Valls.

Autant, avec Claude Durand, la légende poudrée des lettres françaises était à son aise. On y sentait même ce parfum de cire, d'ascension façon IIIe République et de vieux papiers indissociable des amitiés et des traîtrises littéraires. Autant, avec Olivier Nora, on le voit bien, c'est autre chose. Certains aspects rappellent le style décomplexé d'Arnaud Lagardère. Un effet de génération, sans doute. Mais aussi le côté héritier. Un autre héritage, bien sûr. Une version moins tapageuse. Apprécions à sa juste mesure le portrait ingénu qu'on fait d'Olivier Nora dans Le Monde : « Grand, courtois, "le bel Olivier" qui séduisait tant les Américaines dégage une élégance aristocratique. […] Quand Valéry Giscard d'Estaing se déplace chez Grasset, […] il se rend aussi chez son petit cousin. Par sa mère, née Georges-Picot, Olivier Nora descend, comme l'ex-président de la République, de Louis XV. […] La politique, les débats d'idées, mais aussi le cinéma : à "Noraland", la propriété de famille des Yvelines où il aime à se retirer le week-end pour y lire ses manuscrits, crayon en main, on peut croiser ses amis d'enfance, des éditeurs, des auteurs, mais aussi les acteurs Sophie Duez ou Jean Reno. » Et comme Arnaud, le sport : Olivier jouerait au golf, lors de ses vacances aux États-Unis, avec l'ancien vainqueur de Roland-Garros Ivan Lendl [3].

Par d'autres aspects, le « jeune commandeur des lettres » peut se prévaloir de ce qui se fait de mieux en matière de pedigree « aristocratie républicaine française » : fils du résistant Simon Nora (conseiller de Pierre Mendès France puis de Jacques Chaban-Delmas), il fut éduqué au lycée Henri-IV et à Normale-Sup. Une formation couvée par deux oncles : d'abord Pierre Nora, l'historien, académicien, directeur de collection chez Gallimard et de la revue Le Débat – avec celui-ci, l'éditeur « entretient une connivence intellectuelle plus qu'une complicité humaine » ; ensuite François Furet, l'auteur de Penser la Révolution française et « âme de la défunte Fondation Saint-Simon, [qui] a politiquement marqué l'éditeur » [4].

Olivier Nora n'est pas seulement bien né. Il a aussi su garder des relations de jeunesse, comme Denis Olivennes. Ce dernier a l'avantage, pour un éditeur, d'avoir été patron de la Fnac puis du Nouvel Observateur, et PDG d'Editis depuis 2023. En novembre 2010, les deux vieux amis se sont encore rapprochés. Denis Olivennes a été lui aussi recueilli par le groupe Lagardère : placé à la tête d'Europe 1, du Journal du dimanche et de Paris Match. Ensemble, les deux compères se seraient bâti « un réseau relationnel au Siècle, où Olivier Nora est parmi les siens, comme un poisson dans l'eau ». Les « siens », c'est-à-dire quelques centaines de membres qui composent l'élite du pouvoir en France, dont les dîners mensuels du Siècle huilent la socialisation [5]. Aux côtés de quelques confrères comme Claude Cherki (ex-Seuil), Odile Jacob, Teresa Cremisi (ex-Flammarion) ou Denis Jeambar (journaliste itinérant et PDG par intérim du Seuil), Olivier Nora pouvait surtout croiser au Siècle d'anciens ministres et personnalités politiques plus ou moins en activité ; de plus ou moins grands patrons et PDG ; toutes sortes de gens utiles à tout, comme Jacques Attali ou Alain Minc ; et bien sûr le meilleur du journalisme, ceux dont il est vain de citer les noms [6].

Si jamais il y en a eu, tout danger de dissidence dans les maisons d'édition cornaquées par Olivier Nora est écarté. Ce qui est rassurant. Car à l'aube des années 2020, la conjugaison d'une concentration éditoriale galopante et d'une malheureuse transmission d'héritage entre Jean-Luc et Arnaud Lagardère livrait la maison Hachette aux mains de Vincent Bolloré. En mars 2021, un désaccord entre le milliardaire breton et Arnaud Nourry, le PDG du groupe, débouche sur son licenciement. Nora ne bouge pas, ses auteurs non plus.

Un an plus tard, un tollé accompagne l'accueil par Vincent Bolloré de Rubempré, maison fondée par Éric Zemmour pour lancer sa campagne avec son dernier livre, La France n'a pas dit son dernier mot. Nora ne bouge pas, ses auteurs non plus.

La même année, Sophie de Closets quitte la présidence de Fayard. Éditrice peu remarquée de Philippe de Villiers et de son frère, Pierre, ancien chef d'état-major des armées, elle semblait pourtant prête à tenir la ligne du nouveau propriétaire. Mais elle aurait subi, de la part de Nicolas Sarkozy, ami d'Arnaud Lagardère et membre du conseil d'administration du groupe, des tentatives d'intimidations. De même qu'Olivier Nora, mais qui ne bouge pas, ses auteurs non plus.

En 2025, l'insolent succès des livres de Jordan Bardella, de Philippe de Villiers et de Nicolas Sarkozy parus chez Fayard scandalise les âmes sensibles. Olivier Nora ne bouge pas, ses auteurs non plus.

Le recrutement par Hachette de Boualem Sansal, qui fait la une des médias, s'accompagne d'une ingénue découverte de l'ampleur de son engagement à l'extrême droite, pourtant au cœur de son œuvre maquillée en littérature chez Gallimard depuis vingt ans [7]. Le patron de Grasset explique au Monde : « Je ne connais aucun confrère qui n'aurait accueilli Boualem avec reconnaissance [8]. » (Nous devrions pouvoir présenter sans difficultés à Olivier Nora plusieurs confrères qui n'auraient jamais accueilli « Boualem ».) Le nouvel académicien est mis en scène comme une rock star lors des 200 ans d'Hachette au Palais Brongniart, à Paris ; et le 12 avril 2026, il affole ses anciens alliés en s'abouchant avec le baron du Puy-du-Fou en une du Journal du dimanche. Olivier Nora ne bouge pas, ses auteurs non plus.

Le soir du 15 avril où leur charismatique éditeur était viré, une centaine d'auteurs signe une lettre ouverte où ils refusent – avec au moins trois ans de retard –, que « nos idées et notre travail soient la propriété de Vincent Bolloré ». Toutes ces années, « par son élégance morale, sa disponibilité et son engagement », le corps d'Olivier Nora avait été « le rempart et le ciment » de leur maison (d'édition) [9]. La puissance de certaines illusions collectives n'est plus à démontrer. Ainsi toutes et tous ont-ils dû attendre qu'il leur prenne la main pour qu'ils prennent la porte.

Le différend qui a provoqué le limogeage du grand éditeur fait l'objet de spéculations. Selon certains, on aurait imposé à Olivier Nora la date de publication du récit tant attendu de la détention de Boualem Sansal. Le premier proposait octobre et le second voulait juin. Intrusion inacceptable pour l'éditeur : « La question de la parution d'un livre relève de l'éditeur et pas de l'auteur [10]. » (Est-ce bien sérieux ?)

Selon d'autres, Olivier Nora aurait refusé d'éditer le récit de voyage d'un certain Nicolas Diat, éditeur maison chez Hachette de Philippe de Villiers, de Jordan Bardella et coauteur du très réactionnaire cardinal Robert Sarah, Rome, objet d'amour, refourgué par Fayard.

Le 16 avril sur France Culture, un chœur de pleureuses vertueuses donnait, en hommage à Olivier Nora, une homélie sur les malheurs, non seulement de l'édition française, mais aussi « de notre démocratie et [de] la liberté de l'esprit qui est un élément de notre civilisation » – rien de moins ! Entre autres qualités dont a été paré l'éditeur licencié, celle d'avoir su « réunir des gens qui ne sont absolument pas d'accord entre eux, qui font tout l'échiquier politique ». Olivier Nora a-t-il perdu ses talents diplomatiques ? ou la place accordée chez Grasset aux auteurs réactionnaires était-elle déjà saturée ?

En attendant d'en savoir plus, une question persiste : malgré toutes les raisons dont une seule aurait suffi à n'importe qui pour partir la tête haute, pourquoi Olivier Nora a-t-il si longtemps attendu que son patron le pousse dehors ?

Post-scriptum

Dans le JDD du 19 avril, la réaction de Vincent Bolloré à la campagne médiatique autour du licenciement d'Olivier Nora donne une réponse à notre question, avec quelques éléments qui laissent penser que les raisons ont moins à voir avec une divergence idéologique qu'une décision économique : alors qu'entre 2024 et 2025 la rémunération annuelle du PDG de Grasset serait passée de 0,83 à 1,017 millions d'euros, le résultat opérationnel de sa marque aurait chuté de 1,2 à 0,6 millions d'euros. Ce ne serait pas la première fois que le PDG d'une marque de groupe éditorial maquille en grande cause son licenciement pour incompétence : ainsi, Hugues Jallon, recruté en 2018 à la tête du Seuil comme caution de gauche par le nouveau patron de Média-Participations, qui l'aurait viré six ans plus tard parce qu'il était… de gauche — en fait pour le remplacer par une employée plus rentable.

Autrement dit, le pluralisme politique est requis (sinon toléré) s'il est compatible avec la rentabilité. Que baisse le profit et la bataille culturelle se durcit. On ne pouvait trouver affaire plus révélatrice de l'alliance entre fascisme et grand capital. Une alliance dont tous les autres groupes ne sont qu'une version maquillée : une seule alternative, l'édition indépendante.

Thierry Discepolo
Version actualisée et complétée d'un extrait de La Trahison des éditeurs (2011, 2017, 2023).


[1] « Olivier Nora, le diplomate », Le Figaro, 27 juillet 2007 – sauf indication contraire, les citations qui suivent en sont extraites.

[2] Roger Chartier et Henri-Jean Martin (dir.), Histoire de l'édition française. Le livre concurrencé (1900-1950), Fayard-Cercle de la librairie, (1986) 1991, p. 142, 207-208.

[3] Alain Beuve-Méry, « Olivier Nora, héritier des lettres », Le Monde, 10 avril 2009 – les citations des deux paragraphes suivants en sont extraites.

[4] Entre think tank à l'américaine et club de réflexion à la française, créée dans le but de faire se rencontrer les mondes de l'entreprise et de l'université en dépassant les oppositions droite-gauche, la Fondation Saint-Simon est impulsée en décembre 1982 par les historiens François Furet, Emmanuel Le Roy Ladurie, Pierre Nora et Pierre Rosanvallon, le technocrate Simon Nora, l'affairiste Alain Minc et le patron de Saint-Gobain Roger Fauroux. (Lire Vincent Laurent, « Les architectes du social-libéralisme. Enquête sur la Fondation Saint-Simon », Le Monde diplomatique, septembre 1998.)

[5] Lire François Denord et Paul Lagneau-Ymonet, Le Concert des puissants, Raisons d'agir, 2016.

[6] Lire François Denord, Paul Lagneau-Ymonet et Sylvain Thine, « Aux dîners du Siècle, l'élite du pouvoir se restaure », Le Monde diplomatique, février 2011.

[7] Sur la réalité des prises de position de Boualem Sansal, lire Faris Lounis, « Un cadavre de la colonisation immortalisé par l'Académie française », Antichambre, 17 avril 2026.

[10] Ibid.

22.04.2026 à 09:36

Quand la guerre au Proche-Orient est racontée dans la langue de ceux qui la mènent

Ziad Majed

Texte intégral (2231 mots)

Nous publions, sous forme de tribune, un texte du politiste franco-libanais Ziad Majed. Il est l'auteur, notamment, de l'ouvrage Le Proche-Orient, miroir du monde (La Découverte, 2025).

Depuis le 7 octobre 2023, une part importante de la couverture médiatique audiovisuelle française de la guerre israélienne à Gaza, puis de la guerre au Liban, a révélé une incapacité à informer avec justesse, et une crise plus profonde des catégories à travers lesquelles le Proche-Orient est rendu intelligible.

Ce qui s'est imposé dans une majorité de chaînes de télévision n'est donc pas seulement un biais politique rédactionnel, une asymétrie compassionnelle ou une hiérarchie des urgences. C'est une véritable reconfiguration du regard. Le récit israélien de la guerre et sa terminologie militaire ont été adoptés, puis se sont progressivement soustraits à l'histoire, aux sciences sociales et au droit international.

Dès lors, les sociétés visées par les « opérations israéliennes » ont cessé d'apparaître comme des mondes habités, traversés par des rapports sociaux, des mémoires, des institutions, des aspirations, ainsi que par des expériences individuelles et collectives. Elles sont devenues des espaces d'interventions « chirurgicales », des terrains de manœuvre, des cartes saturées d'objectifs et de risques. La conséquence d'un tel déplacement fut décisive : en substituant au politique un commentaire froid, cette couverture ne s'est pas contentée d'appauvrir l'analyse, elle a contribué à rendre acceptables des formes extrêmes de violence et de criminalité.

La terminologie biaisée

L'un des symptômes de cette dérive réside dans la place accordée à la technologie militaire. Les chaînes d'information en continu, mais aussi une partie des émissions de débat, ont abondamment commenté les capacités de renseignement israéliennes, les systèmes de surveillance, la « précision » des frappes, l'efficacité supposée des « éliminations ciblées », la qualité des interceptions ou encore l'ingéniosité des opérations clandestines.

Cette focalisation fascinée n'a rien d'anodin. Elle a produit un effet de décentrement : au lieu d'appréhender la guerre à partir de ses conséquences humaines, elle a saisi certains de ses épisodes à travers les moyens de leur mise en œuvre. Le regard s'est fixé sur les instruments, sur les écrans, sur les images aériennes, sur les performances techniques. La destruction elle-même a fini par être perçue comme le résultat d'une opération maîtrisée, et non comme un possible crime de guerre et comme une catastrophe sociale.

Le détour par la technique a instauré une distance morale autant qu'intellectuelle. Il a permis de parler pendant de longues minutes d'une « frappe » sans jamais évoquer les corps qu'elle déchire, les familles qu'elle disperse, les logements qu'elle pulvérise, les écoles et les hôpitaux qu'elle met hors d'usage.

À cette esthétisation technicienne répond une mutation du langage. L'une des caractéristiques les plus frappantes de la couverture audiovisuelle a été la reprise quasi immédiate du vocabulaire produit par les appareils militaires israéliens. Les termes d'« élimination », de « neutralisation », de « cible », de « nettoyage », de « zone tampon », de « bastion terroriste » ou encore de « dommage collatéral » ont circulé avec une remarquable aisance, comme s'ils relevaient d'un registre descriptif ordinaire. Or ce lexique n'a rien d'innocent. Il n'informe pas seulement sur la guerre ; il en réorganise la perception. Il substitue des résultats à des morts, des secteurs opérationnels à des quartiers en ruine. Il déplace l'attention des victimes palestiniennes et libanaises vers la rationalité supposée de l'action armée israélienne. Une telle langue euphémise l'atroce, l'inscrit dans un horizon de nécessité et en atténue la portée morale.

Plus encore, elle en occulte la qualification politique et juridique. Dès lors que des immeubles résidentiels deviennent des « cibles », que des civils tués deviennent des « boucliers humains » et que des territoires ravagés deviennent des « zones sécurisées », la guerre cesse d'apparaître comme un problème de responsabilité pour se présenter comme un problème de gestion. Ce langage ne décrit pas simplement la réalité, il la reformule de manière à la rendre supportable. Et la présence régulière du porte-parole francophone de l'armée israélienne sur les plateaux ou dans les bulletins d'information, comme celle de l'ambassadeur israélien à Paris, souvent seul et sans contradiction, a offert un accès direct à la propagande israélienne, lui permettant de se déployer et de s'adresser librement aux téléspectateurs.

Entre déshumanisation et invisibilisation

C'est dans cet espace discursif que s'opère la déshumanisation. Encore faut-il s'entendre sur le sens du terme. Déshumaniser ne consiste pas seulement à minorer la souffrance ou à manquer d'empathie. Il s'agit d'un processus par lequel des individus et des groupes se voient dépouillés des attributs qui les inscrivent dans l'horizon commun de l'égalité humaine. Déshumaniser, c'est remplacer la personne par une catégorie, et la biographie par un chiffre. C'est faire en sorte que certaines victimes, israéliennes, soient racontées à travers leurs histoires, leurs liens, leurs noms et leurs visages, leurs projets interrompus, tandis que d'autres, palestiniennes ou libanaises, soient fondues dans des bilans, des controverses statistiques ou des soupçons automatiques. Certaines vies appellent spontanément le deuil et la solidarité, d'autres doivent d'abord prouver qu'elles méritent d'être reconnues comme pleinement humaines. La déshumanisation constitue un mécanisme raciste central dans les situations de violence extrême. Car elle rend possible ce qui, sans elle, apparaîtrait comme insoutenable. Elle prépare les esprits à accepter que des populations entières soient bombardées, déplacées, affamées ou traitées comme un problème logistique.

Ce phénomène se mesure aussi à travers les mots qui manquent. Le problème de la couverture audiovisuelle dominante ne tient pas seulement aux termes employés, mais à ceux qu'elle écarte, retarde ou entoure de précautions « disproportionnées ». Des notions telles qu'occupation, colonisation, blocus, impunité, apartheid, nettoyage ethnique, crime de guerre, crime contre l'humanité et crime de génocide ont trop souvent été traitées comme des formulations suspectes, immédiatement renvoyées au militantisme, alors qu'elles relèvent d'abord de cadres historiques, juridiques et analytiques indispensables. Une langue qui renonce à nommer l'occupation empêche de comprendre la structure du rapport de domination. Une langue qui tait la colonisation efface la continuité de la dépossession territoriale. Une langue qui récuse d'avance toute discussion sur l'apartheid s'interdit de penser la dimension institutionnelle de la discrimination et de la violence. Quant à la négation des crimes israéliens, notamment du crime de génocide, pourtant invoqué par la grande majorité des organisations internationales, des juristes et des experts du sujet, elle constitue le véritable militantisme pro-israélien adopté par certains médias dans leur volonté affichée de nier ou de relativiser les crimes d'Israël. Car ce qui n'est pas nommé demeure difficile à penser, et ce qui demeure difficile à penser devient plus facile à tolérer.

Le recul des sciences sociales

Cette réduction du vocabulaire disponible s'inscrit aussi dans un contexte plus large : le recul des sciences sociales dans l'espace médiatique. Là où l'on attendrait des éclairages sur les configurations étatiques, les trajectoires historiques, les économies politiques et les mémoires collectives, les formes de mobilisations et les structures ou les effets sociaux des conflits, se déploie trop souvent une expertise de flux, rapide, interchangeable, portée vers les diagnostics simplificateurs et approximatifs. Elle laisse prospérer un culturalisme paresseux qui présente le Proche-Orient comme un espace naturellement voué à la violence, travaillé par des passions irrationnelles ou prisonnier de haines immémoriales. Une telle lecture n'est pas seulement pauvre, elle est idéologiquement fonctionnelle. Elle dispense d'examiner les politiques d'occupation, les effets différenciés de la guerre et les formes concrètes d'impunité. Elle remplace l'histoire par l'essence, la domination par la culture, et les structures politiques par des identités supposées closes sur elles-mêmes.

Depuis le 7 octobre 2023, cette tendance culturaliste s'est articulée à une droitisation plus générale du débat public français. Le cadrage sécuritaire s'est imposé avec d'autant plus de force que les acteurs armés opposés à Israël étaient aisément rabattus sur l'étiquette du terrorisme. Que ces organisations soient islamistes ou armées a suffi, dans une grande partie du commentaire, à étendre à l'ensemble des territoires et des populations palestinienne et libanaise une lecture dans laquelle la guerre israélienne apparaissait d'abord comme une réponse légitime à une menace. Dans cette logique, la destruction israélienne des hôpitaux, des écoles, des ponts, des centrales électriques et des lieux de culte, le meurtre de médecins, d'enseignants et de journalistes, le déplacement forcé de populations, la politique de la famine, le blocus interdisant le passage de médicaments et de nourriture d'enfants, la torture des prisonniers, et les violations répétées du droit international, ont été relégués à l'arrière-plan. Le terme de terrorisme a ainsi été transformé en opérateur général de justification. Il a contaminé le regard porté sur Gaza et le sud du Liban, autorisant une lecture où la société disparaît derrière « l'ennemi barbare », et où la population civile se trouve insensiblement absorbée dans un environnement réputé hostile.

Le cas du Liban est particulièrement révélateur des ravages de ce schéma. Car si les Palestiniens, notamment à Gaza, subissent depuis des décennies un culturalisme et une déshumanisation qui se sont manifestés lors des guerres précédentes, en 2008, 2012, 2014 et 2021, les Libanais pouvaient se croire à l'abri, au vu du souvenir d'un traitement considéré comme plutôt objectif par les médias français jusqu'en 2006. Réduire la guerre israélienne dévastatrice, qui a fait plus de 2 000 morts, 7 000 blessés et plus d'un million de déplacés, à « une riposte d'Israël au terrorisme du Hezbollah », revient à effacer presque tout ce qui fait la spécificité de la situation. Et considérer le Hezbollah exclusivement comme un mouvement terroriste justifiant « l'opération » israélienne interdit de saisir ce qui fait de lui un acteur enraciné dans une histoire particulière, liée à l'occupation israélienne du Sud-Liban, commencée en 1978, soit cinq ans avant la création du Hezbollah, à des formes d'encadrement social, à une base militante, à des rapports de force confessionnels internes, à une relation organique avec l'Iran, à un effondrement économique durable et une crise profonde de l'État libanais et à des mémoires de guerre encore vives. Comprendre cela permet de penser le Liban autrement que comme un théâtre vide offert aux narratifs israéliens.

La censure et l'autocensure

À tout cela s'ajoute la question de la censure, qu'il faut entendre dans un sens large. Il ne s'agit pas seulement d'interdictions explicites ou de décisions institutionnelles spectaculaires. La censure relative à Israël, au génocide à Gaza et à la destruction, officiellement annoncée, de dizaines de villes et de villages libanais, opère aussi par atmosphère, par intimidation diffuse, par délégitimation préventive et par instrumentalisation menaçante de la lutte contre l'antisémitisme. Certains mots deviennent coûteux, certaines solidarités interdites. Il se crée ainsi un espace public où la prudence ne consiste plus à être rigoureux, mais à éviter ce qui dérange un ordre dominant. Cette contraction du dicible affecte les médias, l'université, les institutions culturelles et les lieux de production du savoir.

Elle se redouble d'un autre phénomène : le contrôle de la visibilité elle-même. Lorsqu'un territoire bombardé est fermé à la presse internationale, lorsque les journalistes locaux paient un tribut humain exorbitant, plus de deux cents tués à Gaza, six au Liban, pour documenter la guerre, lorsque les images sont filtrées, contextualisées par les seules sources militaires ou soumises à des conditions drastiques de circulation, ce n'est pas seulement l'information qui est entravée. C'est la structure même de la preuve qui est modifiée. Le témoignage des victimes devient plus facile à relativiser et la narration de la guerre se trouve partiellement confisquée par ceux qui la mènent.

Une telle configuration interdit de comprendre ce que l'histoire de la région montre pourtant avec constance : ni les invasions ni la force brute d'Israël ne produisent de stabilité. En Palestine comme au Liban, l'effacement du temps long permet de présenter chaque séquence de violence comme un commencement absolu, alors qu'elle s'inscrit dans des continuités anciennes d'agressions et d'impunité.

Ziad Majed

20.04.2026 à 07:00

Appel des 30 ans d'Acrimed : Transformer les médias, une urgence démocratique !

« La bataille est plus que jamais d'actualité. »

- Actes et actions
Texte intégral (1398 mots)

À l'occasion de ses 30 ans, l'association Acrimed publie un Appel, en écho à l'« Appel pour une action démocratique sur le terrain des médias » de 1996.

Depuis 30 ans, les médias dominants confirment et aggravent jour après jour leur rôle de gardiens de l'ordre néolibéral et autoritaire. L'emprise des industriels milliardaires et le poids des logiques commerciales ont appauvri l'information de manière considérable. Dans les médias privés comme de service public, l'enquête et le reportage sont de plus en plus sacrifiés sur l'autel de l'éditorialisme et du commentaire permanent. De la presse écrite à l'audiovisuel, un petit nombre de journalistes vedettes monopolisent la parole, concentrent le pouvoir éditorial et les gratifications symboliques, tandis que les inégalités se creusent avec les journalistes au bas de l'échelle dont les conditions de travail se précarisent.

Choix d'agenda, hiérarchisation et cadrages de l'information, marques de (dé)légitimation : imposées par le haut et trop souvent à sens unique, ces pratiques journalistiques pèsent lourd dans la construction de « l'actualité ». Elles sapent les conditions d'expression et de représentation des classes populaires et de la gauche partisane, syndicale, associative et intellectuelle ; elles défigurent les luttes sociales, écologistes, féministes et antiracistes. Dirigés et verrouillés par des chefferies sociologiquement solidaires des intérêts des classes dirigeantes, les médias dominants sont à cet égard des acteurs de l'asphyxie du débat public, renforcée par la normalisation de l'extrême droite et la diabolisation des mouvements d'émancipation.

Parce que les fondamentaux journalistiques sont aujourd'hui régulièrement balayés au profit d'un prêt-à-penser fondé sur une accumulation d'idées reçues et de représentations frauduleuses du monde social et politique, les grands médias participent activement à l'effondrement démocratique. Le journalisme politique et sa focalisation, à grand renfort de sondages, sur les aspects les plus superficiels de la vie politique joue un rôle délétère. Le traitement des questions internationales en général et du génocide des Palestiniens à Gaza, en particulier, exacerbe ce grand dérèglement.

Ces phénomènes n'ont rien d'une fatalité. Trente ans après la fondation de l'association Action-Critique-Médias (Acrimed), le 29 mars 1996, nous, lecteurs et lectrices, sympathisants et sympathisantes, camarades, membres et ex-membres d'Acrimed, nous réjouissons de constater que la question médiatique est, aujourd'hui, devenue un enjeu politique incontournable au sein des mouvements d'émancipation. La bataille est plus que jamais d'actualité. Nous appelons en conséquence à soutenir les actions d'Acrimed et à partager son combat pour une réappropriation démocratique des médias, contre la marchandisation de l'information, de l'édition et de la culture. Lutter contre la concentration et la financiarisation des médias, permettre l'indépendance des rédactions, libérer l'audiovisuel public des emprises politiques et commerciales et soutenir les médias indépendants relèvent de l'urgence démocratique.

Signataires

Le collectif d'animation et la rédaction d'Acrimed · Sarah Abdelnour (sociologue) · Gilbert Achcar (sociologue) · Bruno Amable (économiste) · Joseph Andras (écrivain) · Olivier Azam (réalisateur) · Ludivine Bantigny (historienne) · Lucie Barette (autrice et chercheuse en Langue et littérature françaises) · Pierre-Emmanuel Barré (humoriste) · Allan Barte (dessinateur) · Hicham Benaissa (sociologue) · Soumaya Benaissa (journaliste) · Marie Bénilde (journaliste) · Judith Bernard (co-fondatrice de Hors-Série) · Bésot (dessinateur) · Laurent Binet (écrivain) · Jules Blaster (journaliste) · Pauline Bock (journaliste) · Vincent Bollenot (historien) · Sarah Bos (journaliste, porte-parole de l'Ajar) · Nora Bouazzouni (journaliste, co-présidente de Profession : pigiste) · Samuel Bouron (sociologue) · Julien Brygo (reporter) · Rémi Carayol (journaliste) · Pierre Carles (réalisateur) · Sophie Chapelle (journaliste) · David Charrasse (sociologue, producteur) · Célia Chirol (chercheuse indépendante en sociologie des médias) · Mona Chollet (autrice) · Ivan Chupin (chercheur en sciences de l'information et de la communication) · Colloghan (dessinateur) · Jean-Baptiste Comby (sociologue) · Mickaël Correia (journaliste et auteur) · Olivier Cyran (journaliste) · Safia Dahani (politiste) · Nicolas Da Silva (économiste) · Laurence De Cock (historienne et enseignante) · Thomas Deltombe (éditeur) · Alain Deneault (philosophe) · Thierry Discepolo (éditeur) · Elsa Dorlin (philosophe) · Etienne Douat (sociologue) · Yohann Douet (philosophe) · David Dufresne (écrivain et réalisateur) · Cédric Durand (économiste) · Frantz Durupt (journaliste) · Mathias Enthoven (directeur des programmes) · Annie Ernaux (écrivaine) · Johan Faerber (critique et éditeur) · Didier Fassin (anthropologue) · Éric Fassin (sociologue) · Nina Faure (réalisatrice) · Benjamin Ferron (sociologue) · Sébastien Fontenelle (journaliste) · Bernard Friot (économiste) · Fanny Gallot (historienne) · Isabelle Garo (philosophe) · Franck Gaudichaud (historien) · Daniel Gaxie (politiste) · Alain Gresh (journaliste) · Sarra Grira (journaliste) · André Gunthert (historien de l'art) · Abdellali Hajjat (sociologue) · Kaoutar Harchi (écrivaine et sociologue) · Samuel Hayat (politiste) · Nicolas Hubé (chercheur en sciences de l'information et de la communication) · Marc Joly (sociologue) · Nicolas Kaciaf (politiste) · Hervé Kempf (directeur de la publication de Reporterre) · Yannick Kergoat (réalisateur) · Razmig Keucheyan (sociologue) · Aurore Koechlin (sociologue) · Bernard Lahire (sociologue) · Nicolas Lambert (comédien et dramaturge) · Rose Lamy (autrice) · Morgan Large (journaliste) · Mathilde Larrère (historienne) · Stéphanie Latte Abdallah (politiste et anthropologue) · Ariane Lavrilleux (journaliste d'investigation) · Frédéric Lebaron (sociologue) · Olivier Le Cour Grandmaison (universitaire) · Patrick Lehingue (politiste) · Thomas Lemahieu (journaliste) · Frédéric Lordon (économiste) · Lumi (vidéaste) · Ziad Majed (politiste) · Henri Maler (co-fondateur d'Acrimed) · Fernando Malverde (journaliste, ex élu CGT à France Télévisions) · Gérard Mauger (sociologue) · Hassina Mechaï (journaliste) · Guillaume Meurice (humoriste) · Marwan Mohammed (sociologue) · Soraya Morvan-Smith (journaliste, secrétaire générale adjointe du SNJ-CGT) · Jérémie Moualek (sociologue) · Erik Neveu (politiste) · Hélène Nicolas (anthropologue) · Gérard Noiriel (historien) · Rémi-Kenzo Pagès (journaliste, porte-parole de l'Ajar) · Ugo Palheta (sociologue) · Stefano Palombarini (économiste) · Ricardo Parreira (journaliste) · Nitzan Perelman Becker (docteure en sociologie politique) · Gilles Perret (réalisateur) · Clément Petitjean (sociologue) · Fanny Pigeaud (journaliste) · Monique Pinçon-Charlot (sociologue) · Dominique Pinsolle (historien) · Louis Pinto (sociologue) · Raphaël Pradeau (porte-parole d'Attac) · Fabrice Riceputi (historien) · Denis Robert (journaliste) · Marie-Monique Robin (journaliste, documentariste, écrivaine) · Nicolas Roux (sociologue) · Elsa Sabado (journaliste) · Élodie Safaris (journaliste) · Grégory Salle (sociologue) · Gisèle Sapiro (sociologue) · Sbeih Sbeih (sociologue) · Antoine Schwartz (docteur en science politique) · Julie Sedel (sociologue) · Geneviève Sellier (universitaire, éditrice du site Le Genre et l'écran) · Nikos Smyrnaios (chercheur en sciences de l'information et de la communication) · Fred Sochard (dessinateur) · Karim Souanef (sociologue) · Jean Stern (journaliste) · Julien Talpin (sociologue) · Pierre Tevanian (philosophe) · Vincent Tiberj (politiste) · Sylvie Tissot (sociologue) · Tommy (dessinateur) · Khadija Toufik (journaliste) · Enzo Traverso (historien) · Victoire Tuaillon (journaliste et autrice) · Ysé Vauchez (sociologue) · Thomas Vescovi (doctorant et co-fondateur de Yaani) · Louis Witter (journaliste) · Youlie Yamamoto (porte-parole d'Attac)

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