L'ironie climatique est brutale. La canicule qui sévit — plus de 41 à 42 °C par endroits — fait grimper le recours à la climatisation, tandis que la sécheresse étrille la principale source d'électricité censée l'alimenter. Les panneaux solaires (8 gigawatts de puissance installée fournissent un tiers de l'électricité du pays) soulagent le réseau électrique le jour, puis s'effacent quand les habitants rentrent chez eux le soir. Entre 17 et 22 heures, la production solaire chute quand la consommation, elle, monte.
Le gouvernement a donc appelé chacun à reporter ses machines à laver, lave-vaisselle, recharge des voitures électriques et climatisation lorsque cela est supportable. Les administrations sont passées au télétravail, les éclairages décoratifs ont été éteints et les trains de marchandises mis à l'arrêt. Même la présidente de la République par intérim, Ágnes Forsthoffer, a mis la main à l'interrupteur : fermeture des volets et extinction de l'illumination nocturne au palais.
Sur ses réseaux sociaux, István Kapitány, le ministre de l'Énergie — ancien haut dirigeant de Shell, plus habitué aux stations-service qu'aux veillées à la bougie — a relayé des témoignages de familles qui ont ressorti les jeux de société plutôt que d'allumer leur poste de télévision. Ironique comme un ancien dirigeant pétrolier se retrouve ainsi à organiser, sous la contrainte d'un Danube exsangue, la première grande expérience hongroise de sobriété électrique. En temps normal, le faible prix de l'électricité — 10 centimes par KWh, contre 22 centimes en France — n'incite pas aux économies.