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QG – Le média libre
 
Directrice de publication : Aude Lancelin

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20.06.2026 à 10:59

« Biographie de Bernard Arnault étouffée : petits arrangements avec Vincent Bolloré? »

Au 16 rue Gaillon, les couverts disposés autour de la grande table centrale grincent sur la porcelaine. En ce soir d’avril dernier, au restaurant Drouant, siège historique du prix Goncourt, une quinzaine de convives soigneusement sélectionnés dirigent leurs yeux vers les lustres de cristal, cherchant peut-être l’illumination pour l’après Macron.  Parmi eux, Cyrille Bolloré, le … Continued
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Au 16 rue Gaillon, les couverts disposés autour de la grande table centrale grincent sur la porcelaine. En ce soir d’avril dernier, au restaurant Drouant, siège historique du prix Goncourt, une quinzaine de convives soigneusement sélectionnés dirigent leurs yeux vers les lustres de cristal, cherchant peut-être l’illumination pour l’après Macron. 

Parmi eux, Cyrille Bolloré, le fils de Vincent, mais aussi plusieurs personnalités du Rassemblement National, dont Marine Le Pen et Jordan Bardella. À la place du patriarche, siège l’homme le plus riche de France, Bernard Arnault. Et la conversation entre oligarques, à laquelle le patron de Total prend également part, roule sur les thèmes attendus : baisse des impôts sur les grandes fortunes, enterrement de la taxe Zucman, ou encore allègement des droits de succession.  

Le lendemain même, le 8 avril 2026, Paris Match, propriété du patron de LVMH depuis fin 2024, consacrait sa Une à Jordan Bardella accompagné de sa nouvelle amie, la princesse Carolina de Bourbon des Deux-Siciles. Cela faisait trois mois que les photos de la fausse paparazzade avaient été capturées. Si Bernard Arnault avait, autrefois, refusé catégoriquement de rencontrer les membres du parti de Marine Le Pen, sa doctrine a changé à mesure que les sondages donnaient un RN largement gagnant à la présidentielle. Le combat de Vincent Bolloré, activement lancé dans une guerre culturelle en faveur de l’extrême droite à travers ses médias et maisons d’édition, semble également avoir trouvé moins de réticences en sa personne.  

Vincent, l’ange-gardien 

Deux mois plus tard paraît Bernard Arnault, son univers impitoyable, un livre-enquête de l’historienne Audrey Millet publié aux éditions La Tribu. L’ouvrage retrace les rouages de l’ascension spectaculaire de l’homme. Un crime lèse-majesté que Bernard Arnault n’aura pas vu venir. Alors il a envoyé ses hommes de confiance au front.  

Audrey Millet, autrice de « Bernard Arnault, son univers impitoyable » (la Tribu), docteure en histoire économique et sociale, est spécialisée dans l’histoire de la mode et de son industrie

« Maître Jacqueline Laffont, avocate de LVMH, et Jérôme Sibille, collaborateur du groupe, nous ont expliqué par mail que nous répondions à une commande de l’un de nos actionnaires minoritaires, François Pinault », raconte Julia Pavlowitch, éditrice du livre-enquête, paru le 10 juin dernier. Il est vrai que Bernard Arnault et François Pinault entretiennent depuis des décennies une rivalité houleuse, notamment autour du contrôle de Gucci. Faut-il alors voir dans cet ouvrage un simple épisode de cette guerre entre magnats du luxe ? Julia Pavlowitch rejette catégoriquement cette explication. Elle rappelle qu’Artémis, la holding de Pinault, ne détient qu’une participation minoritaire dans le groupe Les Nouveaux Éditeurs, dont fait partie La Tribu, la maison d’édition qui a publié le livre. 

« C’est véritablement une tentative d’étouffement »

Le grand patron de LVMH, a-t-il profité de sa proximité croissante avec Vincent Bolloré pour invisibiliser une publication gênante ? Une chose est sûre : la commande de 400 exemplaires du livre, passée par le groupe Lagardère (contrôlé par Vincent Bolloré) pour leur distribution dans les points de vente Relay des gares et aéroports français, a été soudainement annulée. Le motif ? « On ne les vendra pas », révélait Le Canard enchaîné le 16 juin dernier.  

Une décision qui surprend Julia Pavlowitch. L’éditrice s’était au contraire réjouie du volume inhabituellement élevé de la commande. Celle-ci avait été effectuée alors que l’ouvrage circulait encore « sous X ». Ni son titre, ni le nom de son autrice, ni son contenu n’avaient été dévoilés et la couverture en rouge et noir était encore emballée. Selon elle, la librairie du Bon Marché, propriété du groupe LVMH, a également refusé de mettre l’ouvrage dans ses rayons.  

« Je travaille dans l’édition depuis 1990, et je n’ai jamais vu une annulation de commande. On est dans l’inédit », déplore Arnaud Nourry, fondateur du groupe Les Nouveaux Éditeurs, auquel appartient La Tribu.  

Pour lui, ces décisions sont tout à fait suspectes et sans rapport avec la rentabilité : « C’est très inquiétant. C’est véritablement une tentative d’étouffement, et le mot n’est pas trop fort. »

Le milliardaire Vincent Bolloré est propriétaire de tous les Relay de France depuis 2022 via le groupe Lagardère Travel Retail

Des pots de Saint-Émilion Grand Cru 

Échange de bons procédés entre milliardaires ? Demande directe de la première fortune de France ? Il est certain en tout cas que, de son côté, Bernard Arnault a également fait des gestes en direction de Vincent Bolloré depuis quelques années. Lorsque la rédaction du Journal du Dimanche fut entièrement remise au pas après le rachat par Vincent Bolloré, LVMH fut le seul grand annonceur à maintenir sa publicité. Et quel annonceur ! Le magnat le disait déjà lui-même dans les années 2000 : « Notre groupe est devenu le premier acheteur d’espace publicitaire au monde dans le domaine du luxe ».  

Plus encore, en 2024, Bernard Arnault a également racheté Paris Match à Vincent Bolloré, avant qu’il n’envisage de lui vendre Le Parisien. Sans parler des multiples cadeaux de Noël de LVMH au père et au fils Bolloré, rapporte justement dans son livre-enquête l’autrice Audrey Millet : six bouteilles de Château La Tour du Pin Figeac, un Saint-Émilion Grand Cru, propriété de LVMH, ont par exemple été offertes en 2013 par Pierre Godé, alors architecte de l’ombre de la boîte, ainsi que le révèlent les documents retrouvés dans le cadre de « l’affaire Squarcini », jugée en 2025.  

À souligner que Vincent Bolloré n’avait lui non plus guère intérêt à laisser ce livre sur les présentoirs des librairies qu’il détient. Ce fut le nouvel allié du milliardaire breton, Arnaud Lagardère, qui ordonna l’éviction brutale d’Arnaud Nourry en 2021, après que ce dernier se soit opposé à l’entrée de Bolloré dans Hachette Livre.  

L’autocensure des médias 

Comme le retrace Audrey Millet, la publicité LVMH produit évidemment des conséquences insidieuses: « Critiquer Arnault, c’est risquer de perdre les pleines pages de Dior Beauté. Le système fonctionne par omission. Les journalistes savent qu’il ne faut pas écrire ». Parfaite illustration de ce phénomène : le fameux livre-enquête peine lui à trouver une couverture médiatique dans les médias appartenant directement à Bernard Arnault, ou dépendant financièrement de lui via la publicité. Julia Pavlowitch affirme avoir reçu plusieurs réponses négatives de la part de médias nationaux. « On m’a dit “Bien sûr, le livre est excellent, mais tu comprends, on n’a pas encore reçu le “go” d’en haut”. Ce qui est très compliqué, c’est de voir que les rédactions se musèlent.” Elle rappelle que depuis 20 ans, aucune biographie de Bernard Arnault n’avait vu le jour. Et de constater : “C’est une des personnes les plus puissantes de la planète et ce livre contient des révélations, des explications, des synthèses inédites, mais aujourd’hui bizarrement, les médias s’en emparent peu. » 

QG a directement pu être témoin de cette autocensure dans le cadre de « l’affaire Jean de la Rochebrochard ». En novembre 2025, nous révélions que ce dernier, proche collaborateur de Xavier Niel, lui-même gendre de Bernard Arnault, était visé par une plainte pour viol déposée par une entrepreneuse, et accusé de harcèlement sexuel par d’autres femmes. Le sujet n’a été traité par aucun grand média national, par crainte de voir une part importante de leur budget publicitaire supprimée, ainsi que nous l’avions documenté quelques semaines plus tard. Selon nos informations, un article avait même été écrit dans un grand quotidien national, mais sa publication n’a jamais eu lieu. La plainte a depuis été classée sans suite, en mars 2026, par le parquet de Paris. 

Si l’autocensure porte vraisemblablement ses fruits, Julia Pavlowitch s’interroge également sur la peur que peuvent ressentir les journalistes et les lanceurs d’alertes face aux méthodes des hommes de Bernard Arnault, telles qu’elles furent révélées au travers de l’affaire des écoutes de François Ruffin, à l’époque fondateur et directeur du journal Fakir.

Bernard Arnault est à la tête d’une fortune estimée à 117 milliards d’euros selon le magazine Challenges

Une « fouille » du domicile de l’éditrice ?  

Après avoir travaillé dans la plus extrême discrétion, avec une sécurité numérique comparable à celle d’un service de renseignement, et alors que le contradictoire avait été envoyé par ses soins quelques semaines avant la parution du livre-enquête, le domicile de l’éditrice aurait été cambriolé.

« Rien n’a été volé. C’était une fouille » rapporte une source avec laquelle nous avons pu évoquer ce fait troublant. La maison d’édition aurait au demeurant été victime d’ingérence numérique. « On a réalisé plusieurs conférences en visio pour l’édition du livre, qui ont été interrompues brutalement. On n’arrivait plus à se connecter », rapporte l’un de ses membres, qui pointe la possibilité d’écoutes.

Ces différents événements ne cessent en tout cas de confirmer le contenu même du livre. Un chapitre entier y est consacré à la collusion entre les grands oligarques français, ainsi qu’à la volonté de faire taire toute personne qui oserait s’attaquer à eux.

Louison Lecourt 

18.06.2026 à 22:37

« 2027 : Peut-on encore reprendre le pouvoir ? » avec Alexandre Langlois, Aude Lancelin et Harold Bernat

Exerçant ses « prérogatives présidentielles » en nommant des proches à des postes clés de l’Etat, dans une fin de règne interminable, Emmanuel Macron a créé les conditions d’un accaparement du pouvoir bien au-delà de son mandat présidentiel. L’extrême centre a verrouillé l’appareil d’Etat en nourrissant l’idée que les contre-pouvoirs sont aussi et surtout des menaces contre … Continued
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Exerçant ses « prérogatives présidentielles » en nommant des proches à des postes clés de l’Etat, dans une fin de règne interminable, Emmanuel Macron a créé les conditions d’un accaparement du pouvoir bien au-delà de son mandat présidentiel. L’extrême centre a verrouillé l’appareil d’Etat en nourrissant l’idée que les contre-pouvoirs sont aussi et surtout des menaces contre la démocratie. L’auto-désigné « bloc central » s’est construit pour enjamber le choix électoral, pour faire sans lui. Peut-on encore reprendre le pouvoir à un pouvoir qui au fond méprise le politique et traite en ennemis ceux qui le contestent ? Pour en parler Aude Lancelin et Harold Bernat ont reçu dans un nouveau Quartier Populaire, Alexandre Langlois, ex-agent de renseignement et auteur de « Essayez la démocratie : au bal masqué de la macronie » aux éditions Talma

15.06.2026 à 21:10

«Polytechnicienne, elle a fait le choix de la rupture» avec Jeanne Mermet et François Boulo

Nous vivons une époque de sidération. Le système capitaliste exploite les humains, saccage le vivant, et hypothèque la possibilité même d’un avenir. Pourtant, nous n’arrivons pas à concevoir l’alternative. Face à ce rouleau compresseur, certains décident de rompre avec le système. Ils font le choix de « déserter ». Ces jeunes diplômés de grandes écoles, … Continued
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Nous vivons une époque de sidération. Le système capitaliste exploite les humains, saccage le vivant, et hypothèque la possibilité même d’un avenir. Pourtant, nous n’arrivons pas à concevoir l’alternative. Face à ce rouleau compresseur, certains décident de rompre avec le système. Ils font le choix de « déserter ». Ces jeunes diplômés de grandes écoles, en quête de sens, renoncent à des carrières toutes tracées pour élever des bêtes, faire de l’artisanat ou travailler dans des tiers-lieux. Comment interpréter ce phénomène ? S’agit-il de trajectoires individuelles isolées ou au contraire, est-ce le signe annonciateur d’un grand basculement à venir ? Pour en parler, François Boulo a reçu Jeanne Mermet, ancienne élève de l’École polytechnique qui a fait le choix de la rupture. Dans son essai, « Désertons » (LLL), elle arrache l’abandon de poste aux mains du développement personnel pour lui donner le sens d’un acte politique d’insubordination.

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