Les Européens ont affiché un front uni mardi à Paris, s'engageant à fournir des garanties de sécurité « robustes » à l'Ukraine, dont le déploiement dans le pays d'une « force multinationale » soutenue par les Etats-Unis, dans l'hypothèse encore lointaine d'un cessez-le-feu conclu avec la Russie.
La « Coalition des volontaires », qui regroupe les dirigeants de la quasi-totalité des pays européens, du Canada, de l'Otan et de l'UE, s'est réunie dans la capitale française en présence des deux émissaires de Donald Trump sur l'Ukraine, Steve Witkoff et Jared Kushner. Cette trentaine de dirigeants a abouti à la signature d'une déclaration d'intention conjointe sur « le déploiement d'une force multinationale après un cessez-le-feu » en Ukraine. Cette force, formée par les pays volontaires de la coalition, sera menée par les Européens et « soutenue » par les Etats-Unis, selon la déclaration finale publiée par la présidence française.
Ce déploiement devra apporter « une forme de réassurance, le jour d'après le cessez-le-feu », a détaillé Emmanuel Macron, saluant une « avancée considérable ». Cette déclaration « reconnaît pour la première fois » une « convergence opérationnelle » entre cette coalition, l'Ukraine et les Etats-Unis, avec des garanties de sécurité « robustes ». Cette déclaration commune, signée près de quatre ans après le début de l'invasion russe en février 2022, intègre notamment des « mécanismes de surveillance » du cessez-le-feu placés sous « leadership américain », a détaillé M. Macron. Des dispositifs « de solidarité et d'intervention » en cas de nouvelle attaque russe sont également prévus, sans que l'on sache précisément à quel niveau les Américains s'impliqueraient dans cette hypothèse.
Les garanties de sécurité sont « en grande partie finalisées » et permettent aux Ukrainiens de savoir que lorsque ce conflit prendra fin, « ce sera définitivement », a pour sa part salué Steve Witkoff. « Il est important que la coalition dispose aujourd'hui de documents substantiels, et pas seulement de paroles », a salué le président ukrainien Volodymyr Zelensky, même si plusieurs questions « restent ouvertes » selon lui, comme celle, ultrasensible, des concessions territoriales exigées par Moscou.
Avant son départ pour Paris, le Premier ministre polonais Donald Tusk avait néanmoins relevé les limites de cette déclaration d'intention, évidemment suspendue à la fin des hostilités via un accord de paix ou un cessez-le-feu. « Nous voudrions tous des mesures beaucoup plus concrètes (...), mais cela requiert de toute évidence de la bonne volonté du côté de l'agresseur russe également », avait-il souligné, alors que le Kremlin s'est systématiquement opposé à tout déploiement militaire occidental en Ukraine.
Les contours opérationnels de la « force multinationale » restent d'ailleurs encore flous, d'autant que certains pays ont maintenu une certaine prudence sur leur contribution. Comme l'Italie, qui a réitéré mardi son refus d'envoyer des soldats en Ukraine, ou encore l'Allemagne, dont les troupes allemandes pourraient participer à la force multinationale, mais seulement dans un pays membre de l'Otan, voisin de l'Ukraine, selon le chancelier Friedrich Merz.
Les ministres des Affaires étrangères du G7 devaient par ailleurs tenir une réunion téléphonique à 20h00 (19h00 GMT). L'opération américaine au Venezuela et les déclarations de Donald Trump appelant à une main mise américaine sur le Groenland, territoire autonome du Danemark, ont aussi été au menu de la journée, même si les dirigeants européens ont évité de répondre aux questions des journalistes sur le sujet en présence des émissaires américains.
Nouvelle manifestation du jeu d'équilibriste diplomatique auquel ils s'astreignent, plusieurs pays du Vieux Continent dont la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Italie ont publié mardi une déclaration commune de soutien au Groenland et au Danemark face aux revendications du président américain. Les Etats-Unis ne sont pas membres de la Coalition des volontaires, créée en mars par la France et le Royaume-Uni pour apporter des « garanties de sécurité » à l'Ukraine dans le cadre d'un éventuel cessez-le-feu. Mais leur soutien à Kiev reste crucial, y compris pour convaincre les autres alliés de s'engager.
« Nous devrons sûrement faire des compromis » pour atteindre la paix en Ukraine, a déclaré Friedrich Merz mardi. Côté français, Emmanuel Macron pourrait en dire davantage jeudi lorsqu'il recevra la classe politique pour faire le point. La perspective d'un cessez-le-feu reste hypothétique. Une rencontre entre Volodymyr Zelensky et Donald Trump fin décembre et des appels entre le président américain et son homologue russe Vladimir Poutine n'ont pas permis d'avancer sur les concessions territoriales exigées par Moscou.
Le Kremlin a fait connaître son intention de « durcir » sa position après avoir accusé l'Ukraine d'avoir visé avec des drones une résidence de Vladimir Poutine, ce que Kiev dément. Le chef de l'Etat russe a répété ces dernières semaines que la Russie atteindrait ses objectifs en Ukraine par la voie des négociations ou par celle des armes.
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Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsLes propriétaires du bar ravagé par l'incendie meurtrier dans la station de ski suisse de Crans-Montana ont assuré mardi qu'ils ne se « déroberaient pas » dans le cadre de l'enquête menée après le drame qui a fait 40 morts et 116 blessés, se disant « dévastés ».
La journée de mardi a aussi été marquée par les révélations devant la presse du président de la commune de Crans-Montana, Nicolas Féraud, concernant l'absence d'inspections sécurité et incendie du bar de 2020 à 2025, qui ont suscité la « consternation » de certaines familles. Dans leur première déclaration publique depuis l'ouverture samedi de l'enquête pénale les visant, Jacques et Jessica Moretti, les Français propriétaires du bar Le Constellation, se sont dits dans un communiqué « dévastés et envahis par le chagrin ». « Nous faisons pleinement confiance aux enquêteurs pour faire toute la lumière et dissiper les interrogations. Soyez certains à cet égard de notre entière collaboration et du fait que nous ne chercherons d'aucune façon à nous dérober », a assuré le couple soupçonné d' »homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d'incendie par négligence ».
A Sion, le président de Crans-Montana a lui concédé ne pas savoir pourquoi les contrôles périodiques du bar n'avaient pas été effectués de 2020 à 2025, alors que ces inspections doivent être conduites tous les ans. « Nous assumerons toute la responsabilité que la justice déterminera », a-t-il ajouté, au sujet du drame provoqué, selon l'enquête, par des bougies dites « fontaines » entrées en contact avec le plafond du sous-sol.
En cette soirée de la Saint-Sylvestre, les clients du bar, principalement des adolescents et de jeunes adultes, s'étaient retrouvés piégés par les flammes. La mousse acoustique recouvrant le plafond du sous-sol du Constellation, qui semble s'être rapidement embrasée, est l'un des éléments clés examinés par les enquêteurs. D'après des photos prises par le propriétaire lors de travaux effectués après l'achat du local en 2015, cette mousse avait été posée sur le plafond dès le départ.
« Vraisemblablement, les quelques chefs de sécurité qui ont été contrôler ce bar (entre 2015 et 2020) auraient dû faire plus attention », a aussi reconnu M. Féraud, qui a par ailleurs écarté toute démission pour l'heure.
Mes clients « ont pris connaissance avec consternation » de ces informations, a réagi auprès de l'AFP l'avocat Romain Jordan, qui conseille plusieurs familles. « La quantité effarante des manquements et lacunes dans les contrôles pose avec d'autant plus d'urgence la question de la mise sous enquête de la commune », a-t-il assuré. Me Sébastien Fanti, qui représente quatre familles de blessés, a lui assuré que ces clients sont « furieux » : « Ces familles veulent voir les gens dormir derrière des barreaux », a-t-il affirmé.
Des vidéos diffusées lundi soir par la télévision suisse RTS, montrent que ce n'est pas la première fois que ce type de bougies était utilisé dans le bar et que leur danger était connu. « Faites gaffe à la mousse ! » avait lancé il y a six ans un employé du bar lors de la soirée du nouvel an 2019-2020, selon une de ces vidéos. Les autorités italiennes, très remontées, ont multiplié les critiques. « Cette tragédie aurait pu » et « dû être évitée grâce à la prévention et au bon sens », a tonné lundi l'ambassadeur d'Italie en Suisse, Gian Lorenzo Cornado, devant les médias.
Les deux Français propriétaires du Constellation n'ont été ni placés en détention provisoire, ni assignés à résidence, ce qui a pu provoquer l'étonnement, notamment des autorités italiennes. « Jusqu'à présent, nous n'avons pas eu d'éléments concrets qui laissent présager une fuite », a expliqué mardi la procureure générale du canton du Valais, Béatrice Pilloud, sur la radio française RTL. Selon des sources proches du dossier, Jacques Moretti était connu de la justice française pour une affaire de proxénétisme: il avait été incarcéré en Savoie en 2005 puis condamné en 2008 à une peine de prison. Selon une autre source proche du dossier, il a aussi été mis en cause par le passé dans sept autres affaires, notamment pour escroquerie, sans que cela ne débouche sur des condamnations.
La moitié des 40 victimes, âgées de 14 à 39 ans, étaient des mineurs. Les défunts sont 22 Suisses, dont un qui a également la nationalité française, et 18 étrangers issus de neuf pays. Parmi les 116 blessés, de 14 nationalités, figurent notamment 69 Suisses, 23 Français et 12 Italiens, dont des binationaux. Sur les 83 blessés encore hospitalisés, 46 grièvement touchés ont été transférés vers la France, l'Italie, l'Allemagne ou la Belgique. Une cérémonie d'hommage est prévue vendredi dans la commune voisine de Martigny, notamment en présence du président Emmanuel Macron.
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Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsDelcy Rodriguez a officiellement entamé mardi, sous pression, son mandat de présidente par intérim du Venezuela après la capture par Washington du chef de l'Etat Nicolas Maduro au cours d'une opération éclair qui a fait 55 morts au sein des forces vénézuéliennes et cubaines.
Les avis de décès de 23 militaires, dont cinq amiraux, ont été rendus publics sur le compte Instagram de l'armée vénézuélienne, dans un premier bilan officiel fourni par les autorités à Caracas. Le procureur général du Venezuela Tarek William Saab a quant à lui fait état de « dizaines de victimes parmi les civils innocents et les militaires ». Cuba, un allié du Venezuela, avait auparavant annoncé que 32 membres des services de sécurité cubains avaient été tués et a divulgué leur identité mardi dans la presse officielle. Selon le média officiel Cubadebate, 21 étaient des employés du ministère de l'Intérieur, dont trois officiers supérieurs, 11 étaient membres des Forces armées révolutionnaires, pour la plupart des soldats.
Le ministre vénézuélien de la Défense, Vladimir Padrino, avait déclaré dimanche que les gardes du corps de M. Maduro avaient été assassinés « de sang-froid » par les forces américaines qui ont, selon le Pentagone, engagé 200 soldats et 150 appareils. L'ONU a averti mardi que cette intervention, présentée par les Etats-Unis comme une opération de police, avait « sapé un principe fondamental du droit international ». « Les Etats ne doivent pas se livrer à des menaces ou recourir à la force contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique d'un autre Etat », a déclaré une porte-parole du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme, Ravina Shamdasani.
Après des mois de frappes sur des embarcations soupçonnées de transporter de la drogue, les Américains se sont emparés samedi de Nicolas Maduro, 63 ans, et de son épouse Cilia Flores, 69 ans. Tous deux doivent répondre de quatre chefs d'accusation, dont celui de « narcoterrorisme ».
Confronté pour la première fois à la justice américaine depuis qu'il a été emmené aux Etats-Unis, Nicolas Maduro a affirmé lundi à New York qu'il était un « prisonnier de guerre » et a plaidé non coupable. Il va rester incarcéré dans cette ville et comparaîtra à nouveau le 17 mars. Mardi, la présidente du Mexique Claudia Sheinbaum a exhorté les Etats-Unis à un « procès équitable. Tandis qu'au Venezuela, un nouveau appel au rassemblement de partisans de Nicolas Maduro a été lancé mardi pour exiger sa libération.
Nicolas Maduro déchu, c'est Delcy Rodriguez, 56 ans et qui était vice‑présidente depuis 2018, qui devient présidente par intérim.Lundi, elle avait prêté serment devant le Parlement, prenant la tête d'un gouvernement qui compte toujours dans ses rangs le ministre de l'Intérieur et tenant d'une ligne dure, Diosdado Cabello, ainsi que le puissant ministre de la Défense Vladimir Padrino Lopez.
Le président américain Donald Trump avait pour sa part averti dimanche Delcy Rodriguez qu'elle « paierait plus cher que Maduro » si elle ne faisait pas « ce qu'il faut ».
Le syndicat de la presse vénézuélienne (SNTP) a signalé mardi sur les réseaux sociaux que, en marge de cette session à l'Assemblée nationale, 14 journalistes et collaborateurs de médias, « dont 13 d'agences et de médias internationaux », avaient été interpellés, puis libérés, ainsi que deux correspondants de la presse internationale à la frontière avec la Colombie. Delcy Rodriguez, qui a pris en main la gestion du pétrole, la principale ressource du Venezuela, devra également préserver l'unité du chavisme, la doctrine héritée de l'ex-président de gauche Hugo Chavez (1999-2013) qui a procédé à de nombreuses nationalisations.
Le nouveau gouvernement est « instable », juge l'analyste politique Marino de Alba, expliquant que « malgré les divergences internes, le chavisme a bien intégré que seule une cohésion apparente lui donnait une chance de se perpétuer au pouvoir ». « L'objectif principal est de gagner du temps pour (...) profiter du fait que les revendications et les conditions de Washington sont centrées sur la question pétrolière », selon lui.
D'après la Constitution, l'intérim de Delcy Rodriguez n'est que de 90 jours, une période qui peut-être prorogée de trois mois supplémentaires par l'Assemblée nationale. En cas de déclaration de vacance absolue de Nicolas Maduro, qui n'a pas encore été décrétée, la loi l'oblige à convoquer des élections dans les 30 jours suivants.
Maria Corina Machado, la cheffe de l'opposition vénézuélienne et lauréate du prix Nobel de la paix 2025, a affirmé lundi prévoir de retourner « le plus vite possible » au Venezuela. Le président américain l'avait disqualifiée samedi pour en prendre la tête, estimant qu'elle « ne (bénéficiait) ni du soutien ni du respect au sein de son pays ».
Il a également écarté toute élection au Venezuela dans les 30 prochains jours, considérant que les Etats-Unis devaient « d'abord remettre le pays sur pied ». Tout en affirmant ne pas vouloir s'impliquer dans les affaires politiques d'autres nations, comme les Etats-Unis l'ont fait en Irak ou en Afghanistan dans les années 2000, Donald Trump a clairement exprimé son intérêt pour les vastes ressources pétrolières du Venezuela, qui dispose des premières réserves de brut prouvées de la planète.
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