17.03.2026 à 16:27
Hippolyte d’Albis, Professeur, ESSEC
[Bonnes feuilles] Régulièrement, l’existence d’une opposition irréconciliable entre les seniors et les plus jeunes est mise en avant. Pour payer les retraites de premiers, on sacrifierait l’avenir de la jeunesse. Cette opinion régulièrement reprise ne résiste pas à l’examen des faits, estime l’économiste Hippolyte d’Albis.
Dans Economie des âges de la vie (Editions Odile Jacob), il décrypte, au-delà des fausses évidences et du bon sens, la réalité des flux financiers entre les générations. Dans l’extrait que nous publions, Hippolyte d’Albis revient sur le profil des salariés seniors… en opposant des faits aux clichés. À commencer par le fait que le boomer est souvent une boomeuse. OK ?
Contrairement aux pratiques managériales, les employés seniors ont changé. Le plus étonnant est finalement ce retournement de situation à la fin des années 1990, marqué par le retour des 55-64 ans sur le marché du travail. Examinons les causes profondes de cette révolution pour la comprendre et identifier ce qui permettrait de l’amplifier.
Le point crucial est que la population des seniors a changé car elle est en meilleure santé, plus qualifiée et plus féminisée. Les seniors ont tout d’abord rajeuni car ils sont en meilleure santé et physiquement plus aptes à travailler. L’état de santé d’un groupe de personnes peut être synthétisé par son risque de décès dans l’année. En 2023, le risque pour une personne de 60 ans était de 0,6 %, soit celui d’une personne de 54 ans trente ans plus tôt. Cette amélioration impressionnante de la santé humaine à ces âges explique en partie le maintien en emploi des seniors. Les progrès dans la prévention et le traitement des maladies cardiovasculaires, de certains cancers et du diabète ont directement profité à l’économie en préservant la population active. Or on oublie trop souvent que les politiques de santé publique sont aussi des politiques économiques.
Il ne faut cependant pas nier le vieillissement des corps : même s’il est faible, le risque de décès d’une personne de 60 ans reste près de cinq fois plus élevé que celui d’une personne de 40 ans. Les questions d’ergonomie, de pénibilité et d’aménagement des horaires deviennent ainsi de plus en plus cruciales avec l’âge. Elles ne doivent ni être éludées, ni considérées comme des coûts inutiles ou subis. Les organisations doivent se défaire de la représentation type du salarié, forcément trentenaire et évidemment jamais malade et toujours enthousiaste. Reconnaître la diversité physiologique est une première étape nécessaire pour une meilleure inclusion des seniors dans le monde du travail.
L’évolution de la population des seniors est marquée par une nette élévation de leur niveau de qualification. Aujourd’hui, près de 30 % des 55-64 ans sont diplômés de l’enseignement supérieur, contre moins de 9 % il y a trente ans. Cette progression influence leur emploi de deux manières. D’une part, les études supérieures retardent mécaniquement leur entrée sur le marché du travail. D’autre part, elles renforcent leur capacité à s’adapter aux mutations organisationnelles et technologiques.
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Avec des carrières qui s’étendent sur quarante ans, la nécessité de se former en continu et, parfois, de se reconvertir devient incontournable. Les pays où le taux d’emploi des seniors est le plus élevé sont d’ailleurs ceux qui ont intégré depuis longtemps la formation tout au long de la vie, notamment bien avant l’âge de 50 ans. Les reconversions professionnelles, comme celles des militaires qui quittent l’uniforme en milieu de carrière pour exercer un métier civil, montrent que ces transitions sont non seulement possibles, mais aussi bénéfiques. Elles méritent d’être mieux acceptées et valorisées afin d’être généralisées.
Dans les années à venir, l’arrivée massive de seniors diplômés du supérieur – près de la moitié des 35-44 ans le sont déjà – va marquer le paysage professionnel. Si cette démocratisation des études supérieures est une tendance positive, elle présente aussi des défis pour la gestion des carrières des seniors. D’un côté, ces diplômes ouvrent l’accès à des métiers mieux rémunérés, plus stimulants ou socialement valorisants, ce qui encourage la prolongation de l’activité. Ceux qui prolongent le plus leur vie professionnelle sont typiquement les médecins, les artistes, les scientifiques ou les entrepreneurs. De l’autre, les diplômés attachent une importance croissante au sens de leur travail, ce qui explique que certaines trajectoires professionnelles génèrent des sentiments de frustration ou de déclassement.
Un exemple frappant est celui des jeunes diplômés recrutés sur des postes d’expertise qui évoluent vers des fonctions managériales, parfois avant même d’atteindre la quarantaine. Or ces postes, exigeants physiquement et psychologiquement, poussent après quelques années certains à vouloir céder leur place. En France, cependant, les opportunités pour les anciens managers restent limitées. La logique hiérarchique et une certaine conception de l’honneur rendent difficile l’idée de se retrouver sous la direction d’une personne qu’on a autrefois dirigée. Face à la prochaine arrivée massive de diplômés seniors, de nombreuses pratiques restent à réinventer.
Les seniors ont aussi changé du fait de leur féminisation, décisive depuis l’arrivée des baby-boomeuses. Le taux d’emploi des femmes entre 55 et 64 ans est aujourd’hui proche de 60 %, soit près du double de ce qu’il était au début du siècle. Toutes les politiques permettant le maintien en emploi des femmes après leur maternité sont par ricochet favorables à l’emploi des seniors. Ainsi, les congés maternité courts et bien compensés, les dispositifs efficaces permettant la garde des enfants et les politiques d’entreprises conciliantes doivent être encouragés et renforcés. La féminisation du salariat a engendré une révolution dans les organisations en imposant progressivement l’idée qu’elles devaient permettre la conciliation des vies personnelles et professionnelles. Les enfants ont ainsi fait irruption dans les discussions du monde du travail et les contraintes qu’ils imposent à leurs parents sont mieux prises en compte par les managers.
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La question des équilibres de vie se pose aussi après 55 ans, mais pas dans les mêmes termes qu’à 30 ans : s’il n’y a plus d’enfants à récupérer à la crèche, il y a parfois un parent devenu dépendant dont il serait bien de se soucier. Cette réalité est encore aujourd’hui taboue dans les entreprises et administrations où l’on parle des enfants mais pas des personnes âgées. Ainsi, une mère qui a pu s’absenter pour emmener sa fille chez le médecin ne pourra pas, vingt ans plus tard, faire de même avec sa propre mère. La conciliation des vies personnelles et professionnelles doit être pensée tout au long de la carrière.
Le 14 octobre 2025, lors de sa déclaration de politique générale devant la représentation nationale, le nouveau premier ministre Sébastien Lecornu annonce la suspension jusqu’à la prochaine élection présidentielle de la réforme des retraites votée en 2023. Pour éviter la censure de son gouvernement, il offre à la cohorte 68 la possibilité de partir plus tôt en retraite, mais prive le système de ressources nécessaires au financement des pensions qu’il s’est engagé à verser. L’équilibre des régimes de retraites est une équation très simple, avec finalement peu de paramètres. L’allongement de la durée du travail en est un essentiel mais il est évident qu’il faut accompagner les personnes concernées. Profitons de cette suspension pour modifier nos organisations, écouter les attentes des travailleurs concernés, et préparer les prochains reports de l’âge de la retraite, qui inéluctablement devront être assumés.
Hippolyte d’Albis a reçu des financements de l'ANR.
17.03.2026 à 16:26
Frédéric Caille, Maître de Conférences HDR en Science Politique, ENS de Lyon
Avec son texte Pétrole, récemment adapté au théâtre par Sylvain Creuzevault, Pasolini livre une œuvre visionnaire, dans laquelle l’industrie fossile apparaît comme une force de destruction implacable, imprégnant en profondeur l’imaginaire occidental.
Peu après la COP30, dix ans après la prise de conscience officielle par le genre « homo sapiens » de sa contribution active à la destruction irrémédiable de sa propre biosphère, sur la scène nationale de Bonlieu, à Annecy (Haute-Savoie), le metteur en scène Sylvain Creuzevault a inauguré son adaptation théâtrale du texte posthume et visionnaire de l’écrivain, poète et cinéaste italien Pier Paolo Pasolini, Pétrole.
Cette œuvre foisonnante, baroque, inclassable, où se mêlent l’enquête, la critique littéraire, la déconstruction de la sexualité moderne et de ses liens intimes au pouvoir et à l’ordre socio-économique du capitalisme international, est un texte qui anticipe de manière saisissante sur la mise au jour actuelle par la théorie critique anglo-saxonne des dimensions les plus sombres et inconscientes de l’imprégnation par les énergies fossiles de la culture occidentale contemporaine, telle que la décrit l’artiste et activiste Brett Bloom dans son essai Petro-Subjectivity : De-Industrializing Our Sense of Self (2015) (non traduit en français) :
« La pétro-subjectivité est quelque chose que chacun d’entre nous vit constamment. C’est une perception de soi et du monde qui façonne notre identité et notre façon de penser. Elle découle en partie du fait que l’utilisation du pétrole est présente dans tout ce que nous faisons. Elle a façonné les concepts qui régissent notre pensée. Notre utilisation du langage et les concepts fondamentaux qui structurent notre existence sont imprégnés de la logique des relations pétrolières et forment l’univers métaphorique dans lequel nous baignons lorsque nous parlons entre nous de qui nous sommes, de ce que nous faisons et de ce qui compose le monde qui nous entoure. » (Traduction de l’éditrice, ndlr)
« Pétromasculinité », « pétrosexualité », « pétropornographie », « pétro ou carbofascisme », « pétrosubjectivité » : tels sont les concepts qu’évoquent et exposent, avec les mots et les visions de Pasolini, Sylvain Creuzevault et ses comédiennes et comédiens. Le propos échappe de fait à la seule évaluation esthétique et scénique, tant le texte Pétrole s’est en effet aussi construit, chez son propre auteur, sur la base d’une enquête concernant le « [ pétropouvoir] » central de l’Italie du vingtième siècle : l’ENI (Entente Nazionale Idrocarburi).
Cet organisme de supervision de la recherche, de l’achat et de la distribution des ressources énergétiques pétrolières du pays, équivalent de la Compagnie française des pétroles (CFP), ancêtre de Total, et super-major pétrolière (9e mondiale, présente dans 69 pays, 28 000 employés et première entreprise d’Italie aujourd’hui encore), est présidée à partir de 1953 par Enrico Mattei, modèle du personnage d’Ernesto Bonocore dans le texte de Pasolini. Mattei est tué dans un accident d’avion, sans doute commandité par le vice-président de la compagnie – qui lui succède en 1962 – et dans son projet « Naphta », le jeune artiste français Gaëtan Bas Lorant a mené récemment une enquête sur les lieux et témoins de cet évènement.
La corruption du monde de l’industrie pétrolière, mais surtout ses liens intimes à la corruption de la vie, des corps, des imaginaires et des idéaux des jeunes Italiennes et Italiens de l’après-guerre est au centre du roman de Pasolini. La sexualité, sous une forme provocatrice et non maîtrisée surgit en de nombreuses scènes du livre et de l’adaptation théâtrale, qui n’en contourne pas, et même parfois en surligne, la violence exercée sur les autres et sur soi-même (surtout pour le héros Carlo), ainsi que le caractère profondément insatisfaisant et destructeur.
Cette sexualité mortifère est utilisée et interrogée par Pasolini à la fois comme un corrélat logique, corporel, intime et subjectif de sa dénonciation géopolitique du capitalisme « faschisto-fossile » qu’incarne l’ENI, et comme une allégorie de l’hubris qui soutient plus profondément le développement et l’usage de l’industrie pétrolière. La transgression des limites et la démesure « s’écoulent » littéralement de « l’or noir » pour toucher les dirigeants des entreprises d’approvisionnement ou de diversification (notamment dans la pétrochimie et le plastique), en même temps que chaque Italienne ou Italien accédant à l’automobile et à la société de consommation.
Cette hubris, certes, est pour Pasolini, au moins partiellement, une hubris de classe, associée au « plus fasciste des pouvoirs que l’Italie ait connu », selon ses propres termes, dissimulé sous les apparences trompeuses de la social-démocratie. Le recyclage des dirigeants et des capitaux fascistes, au nom de la grandeur nationale, est ainsi un axe de dénonciation politique central, directement repris de l’enquête et des sources sur lesquelles s’appuie Pasolini.
Au centre du livre de Pasolini se trouve l’ouvrage du mystérieux Steimetz qui, à ce jour pourtant non identifié, contacte et rencontre Pasolini à deux reprises dans le scénario du film la Machination. L’affaire Pasolini (2019) avant d’y être assassiné. Le scénario du film tire vers la manipulation politique l’essentiel de la démarche profonde à l’origine de l’écriture de Pétrole, mais également les causes de l’assassinat de Pasolini, qui y est montré comme parfaitement prémédité. À l’inverse, quelques années plus tôt, le Pasolini d’Abel Ferrara (2014), qui se déroule durant les derniers jours de son existence, privilégie le meurtre crapuleux et homophobe.
En synthétisant de ce point de vue le propos de Pasolini, on peut dire que dans certaines des scènes récurrentes de la pièce, il s’agit pour l’auteur de nous faire prendre conscience que, quand bien même l’on appartient à la bourgeoisie libérale de gauche, que l’on soit au Parti communiste, que l’on aime le jazz, la mixité, l’art moderne, pour sa propre satisfaction hédoniste, on se trouve objectivement et structurellement complice et associé aux machinations prédatrices, néocoloniales et destructrices de la planète conduites en sous-main par les grandes entreprises pétrolières.
C’est en effet cette mise à jour que Pasolini veut exprimer durant les trois années de travail qu’il consacre à son texte. Une mise à jour inextricablement – c’est la leçon qu’il tend à notre époque – intime et collective, et où résonnent en échos les inclinations masculinistes et machistes les plus communes. Elles sont formidablement incarnées dans la pièce, par le héros lui-même en ses deux « êtres » contradictoires, ou par d’autres « hommes puissants » soumis à la peur-fascination de l’homosexualité et de la femme (extrémisé jusqu’à l’inceste avec la mère), à l’attrait de la consommation sexuelle bourgeoise tarifée de jeunes filles et garçons de catégories populaires, et même à l’humiliation-attirance pour les personnes du Moyen-Orient, lieu où se trouve le pétrole, et où les individus reprennent et endossent à leur tour l’indécence et la violence de l’hubris fossile.
Pasolini, c’est là son génie, malgré une force de propos (magnifiée par la mise en scène), qui peut décontenancer une part du public, explore la déchéance de nos êtres profonds. Il dévoile nos pantomimes et la dégradation dans laquelle nous entraîne inexorablement le pacte signé avec le diable fossile. L’inoubliable personnage d’Aldo Troya (Eugenio Cefis, 1921-2004 dans la vraie vie), commanditaire probable lié à la CIA américaine du meurtre de Mattei, l’incarne de manière inoubliable. Fasciste dissimulé et homme du moment, il mène à la fin d’une civilisation en prétendant travailler à la grandeur du pays et révèle son ambivalence par son patronyme inventé par Pasolini : « le Troyen », « la truie » (voir les « notes 36-40 » et les remarques du traducteur René de Ceccatty dans la dernière édition de Pétrole, Gallimard 2022). La pièce suit précisément son destin et son « bond en avant dû non pas tant à une volonté ambitieuse qu’à l’accumulation objective et massive des forces guidées par cette volonté », ainsi que l’écrit Pasolini.
Pétrole est donc l’histoire d’une déchéance qui est celle du personnage principal, mais en quelque mesure aussi bien entendu, telle est la force du poète-prophète dont Pasolini enfile la toge, la nôtre. Elle culmine peut-être dans ce moment de la pièce où le héros, nu et debout comme un mâle humain urinant, tient le tuyau d’une pompe à pétrole qui inonde la scène comme aujourd’hui la nuit fossile menace de recouvrir le monde.
Cette part la plus politique, ou « infra-politique », est celle assurément que la mise en scène fait émerger du pétrole pasolinien, c’est-à-dire non pas seulement la dénonciation du pouvoir fossile et des multinationales apparentées, mais celle de la collaboration et de la participation profonde et semi-inconsciente de nos êtres propres et de nos subjectivités à toutes et tous.
Pasolini tisse la géopolitique et le pétrofascisme de l’or noir avec l’intime, l’avilissement, la dégradation morale. Il hybride la véritable histoire politique avec l’allégorie et les figures mythiques, au travers de l’épopée dérisoire d’un jeune bourgeois italien dédoublé, jouet d’autres puissants autant que de lui-même, lancé dans l’ascension sociale dans une société minée, « forée », « drillée » littéralement, de part en part, par le pétrole, et qui se précipite derrière les sourires, exactement comme la nôtre, vers l’effondrement.
Telle est la voie visionnaire où s’engage Pasolini sans peut-être le comprendre tout à fait : sur la voie d’une fiction s’emparant enfin de « l’impensable », de « l’irreprésentable » et du « grand dérangement » climatique. Il ramène le « non-humain » au sein même du corps, c’est-à-dire le carburant fossile et son « mal-être », barbouillé de faux plaisir, jusqu’aux entrailles, jusqu’au corps devenu insensé du héros, multi et dé-genré, incestueux, phallique et femelle tout à la fois.
« Nous sommes tous en danger », dira Pasolini dans sa toute dernière interview, quelques heures avant sa mort. « Tous victimes et tous coupables », rongés et envahis dans une société de l’hypermarchandisation par les désirs insatiables « de la possession et de la destruction ». « Il existe un désir de mort qui nous lie tous comme des frères. »
De cette étrange prophétie, un demi-siècle plus tard, emportés sans force vers l’abîme climatique par les énergies fossiles, nous pouvons mesurer la profondeur. De l’autre côté de l’Atlantique, à la même date, Donald Trump a alors 29 ans. Il entame le chemin à tous points de vue improbable, sauf pour Pasolini, par l’outrance et le virilisme devenus politiques, qui le conduira vers l’une des plus fantastiques et morbides [ ascensions sociales] de l’histoire humaine. La personnification de l’obscénité fossile.
Frédéric Caille ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
17.03.2026 à 16:06
Constantin Ciachir, Associate Professor of Human Resource Management & Organizațional Behaviour, EM Lyon Business School
Since tools like ChatGPT burst into higher education, debate has focused on two extremes: either students are all committing underhanded academic fraud and plagiarism or Artificial Intelligence will magically revolutionise learning.
The latest research project I co-authored with Anna Holland, and carried out among recent Management graduates in the United Kingdom, suggests something more complicated and surprisingly more human.
Generative AI tools such as ChatGPT are increasingly used in business and management education for tasks like analysing cases, brainstorming ideas, and drafting reports, improving efficiency and personalised learning but also raising concerns about academic integrity and assessment design. AI literacy and ethical use of algorithmic tools are becoming essential managerial skills.
In a qualitative study focusing specifically on business students, we explored how they actually used ChatGPT in their final year and how they felt about it. To capture these experiences, we conducted 15 in-depth semi-structured interviews and thematically analysed them, focusing on how students used ChatGPT in their studies and how they perceived its impact on their academic work and their peers’ behaviour.
The students we interviewed described three overlapping concerns, which together help explain both their enthusiasm and their unease:
Students were open about the fact that ChatGPT had become part of their ordinary study toolkit, along with search engines and lecture recordings, but faster and more conversational in comparison. They used widely adopted large language model-driven technology to summarise articles, generate examples, explain complex theories in simpler language and help plan assignments. Several described it as a way to “get unstuck” when staring at a blank page.
What mattered most was not just usefulness but speed and emotional reassurance. Unlike professors’ office hours or e-mail, AI is instantly available and without judgement.
Some interviewees said they used ChatGPT to check whether they had understood a concept correctly before writing it up in their own words, or for suggestions on how to structure an essay.
For many, the new technology felt like having a private tutor who never sleeps. But whose convenience also raised deeper questions. If AI can always “rescue” you at the last minute, are you really learning, or just producing?
The students who took part in our study didn’t simply worry about whether AI was allowed. They also worried about who could access the most powerful tools. Those who paid for smarter, premium versions felt they were getting more accurate, more detailed support than peers sticking to free tools.
Some students saw this as just another form of educational inequality. Others were uneasy that success on assessments might increasingly depend on whether you could pay for better algorithms, but also whether they have the necessary skills to prompt the system for optimal results. Just because students are young, it does not automatically make them digitally native.
At the same time, several interviewees argued that AI could make higher education fairer. Students with dyslexia, ADHD or other conditions described using ChatGPT to help with planning, time management or turning rough notes into clearer sentences.
International students said it helped them write in more polished academic English. For them, AI felt less like “cheating” and more like “levelling up” – a reasonable adjustment or language support.
This tension, between AI as a leveller and AI as a new source of advantage, makes equity central to how students experience these tools.
All the students we spoke to knew that “copy-pasting from ChatGPT” into an assignment would be considered as cheating. But they also described a wide grey area where university rules felt vague or inconsistent.
Was it acceptable to ask ChatGPT for feedback on a draft paragraph? To suggest alternative headings? To generate a list of arguments they then follow up on themselves by accessing the original sources of information provided by ChatGPT? Different courses, and even different lecturers, gave different answers, leaving students unsure about what counts as legitimate assistance versus academic misconduct.
This uncertainty made some students anxious about being accused of misconduct even when they believed they were acting honestly.
Group work added another layer of risk: several participants feared that one team member might lean heavily on AI, triggering plagiarism-detection software or an investigation that could affect the whole group.
Beyond university rules, students worried about how employers would view their qualifications. A recurring theme was fear that future recruiters might dismiss recent graduates’ work as “AI-generated”, devaluing the years of effort they had invested. Even those who used ChatGPT sparingly felt that their cohort might be seen as “AI-made”, regardless of individual behaviour. This is an interesting finding in our study as not much empirical work has been done on this aspect. There is currently little to no evidence that employers broadly distrust university degrees because of GenAI.
The evidence we have to date suggests that hiring managers are increasingly sceptical of graduates’ application written work, but simultaneously seek graduates with AI skills.
The blurred relationship between student work and their ability may affect how credentials signal competence.
Employers have already increasingly turned to skills verification rather than credentials alone.
Our findings suggest that universities need to move beyond simple messages about banning or embracing generative AI. Students are already integrating these tools into their everyday study. The question is whether institutions will help them do so transparently, equitably, and with academic integrity.
Firstly, rules about AI use need to be clearer and more consistent. Rather than broad warnings about “misuse of ChatGPT”, students need concrete, discipline-specific examples of what is allowed, and why. This includes acknowledging that some uses (for accessibility or language support, for instance) may be legitimate and even desirable.
Secondly, assessment design should focus more on process as well as product. Students could be asked to explain how they used AI in an assignment, reflect on its limitations and show the steps they took to verify information. This makes AI use visible and accountable, rather than something to hide by clearly stating where it was used in a piece of work, as students would for citing references in a footnote, for instance.
Thirdly, universities should consider equity explicitly. If some students can buy access to far more powerful tools than others, that has implications on fairness.
Institutions could respond by providing standardised AI tools, and teaching all students how to use them critically, or by redesigning assessments so that success depends less on access to premium systems.
In its latest Digital Education outlook report, Exploring Effective Uses of Generative AI in Education, the OECD urges education stakeholders to encourage “inclusive, trustworthy and meaningful uses of GenAI in education” in alignment with educational objectives.
The students in our study were not reckless rule-breakers or naive digital natives. They were thoughtful about the benefits and risks of AI, and keen to protect the value of their degrees.
If universities ignore this perspective, they risk sending out the message: “Integrity is only about catching cheats,” rather than about building trust. If, instead, they engage with students’ real experiences of immediacy, equity, and integrity, generative AI could become an opportunity to rethink what meaningful learning and fair assessment in higher education look like in the age of AI, rather than a threat that quietly undermines them.
A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!
Constantin Ciachir ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.