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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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03.06.2026 à 15:04

«On veut rappeler la direction à l’ordre» : avec les bénévoles, des salariés de Greenpeace France se mobilisent pour sauver leurs emplois

Médianes

Texte intégral (1180 mots)
Une trentaine de bénévoles et de salarié·es ont distribué des cartons rouges à la direction de Greenpeace France pour dénoncer le plan de sauvegarde de l’emploi, mardi. © Militant·es et salarié·es de Greenpeace France mobilisé·es contre le plan de licenciement.

L’air de Stayin’ Alive des Bee Gees résonne depuis une enceinte installée devant les bureaux de Greenpeace France, dans le 10ème arrondissement de Paris. «Rester en vie», c’est précisément le message porté par la trentaine de salarié·es et militant·es bénévoles rassemblée devant l’entrée ce mardi matin. Elles et ils protestent contre le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) annoncé le 26 mars. Une décision justifiée par les difficultés économiques de l’ONG, touchée par un ralentissement de la croissance de ses dons, sa seule source de financement. Initialement fixé à 33 licenciements, soit un quart des salarié·es, le nombre de suppressions de postes envisagé d’ici octobre a depuis été ramené à 23.

Pour exprimer leur mécontentement, les membres de Greenpeace France mobilisé·es ont troqué leurs habituels t-shirts verts contre des tenues rouges. Rouge, c’est aussi la couleur des cartons qu’elles et ils distribuent à la direction en interrompant une réunion avec le comité social et économique (CSE), l’instance de représentation du personnel. «On veut rappeler la direction à l’ordre car on assiste à un vrai décalage entre les valeurs que défend l’association et ce qui se passe en interne en termes de justice sociale, de transparence et de gouvernance partagée», se désole Anne-Sophie*, salariée syndiquée à Asso-Solidaires.

«Un manque de considération»

Le collectif de salarié·es et bénévoles conteste «une absence de consultation» et «un manque de dialogue social» pour trouver une alternative au plan de licenciement. «D’autant que c’est en totale contradiction avec les principes de Nouvelle Équation», estime Anne-Sophie. Ce processus de restructuration et de changement de mode de gouvernance, voté en mars 2025, vise à ramener davantage de démocratie et de lien entre bénévoles et salarié·es au sein de l’organisation.

«Il y a un réel manque de considération de ceux qui représentent Greenpeace face au public», souffle Mathis*, l’air désabusé. Ancien salarié, il a souhaité rejoindre la lutte dans l’espoir que l’ONG «ne perde pas son rapport à l’humain». Il déplore que les postes menacés concernent principalement des fonctions opérationnelles, notamment au sein des équipes d’investigation et de campagne, sans que des postes d’encadrement soient touchés. «75% des emplois occupés par des élus au CSE et des personnes actives des sections syndicales sont en sursis. J’y vois aussi une manœuvre politique pour faire partir ceux qui dérangent», juge-t-il.

Mathis, ancien salarié de Greenpeace France, et Christiane, coordinatrice du groupe local de Poitiers (Vienne), espèrent que des alternatives aux licenciements seront acceptées. © Lilou Hiver/Vert

Interrogée par Vert, Laurence Veyne, codirectrice adjointe de Greenpeace France, assure : «Ce ne sont pas les personnes que l’on vise, mais des postes.» Elle affirme «avoir écouté les revendications» du collectif et indique que la direction «apportera des réponses à leurs demandes dans les meilleurs délais». D’après les révélations de Mediapart, la trésorerie de Greenpeace s’élève à près de onze millions d’euros, mais l’association prévoit un déficit de quatre millions d’euros d’ici 2027. Pour Laurence Veyne, le PSE reste nécessaire «pour éviter qu’à l’horizon 2029 nos réserves aient fondu et que l’on soit en cessation de paiements».

De son côté, le CSE a demandé une contre-expertise sur les difficultés financières de l’ONG, dont les résultats sont attendus pour le 12 juin. Les salarié·es ont également élaboré des pistes d’alternatives au PSE : réduction des écarts de salaire, passage à 32 heures, plan de départs volontaires. «La direction envisage nos propositions, mais en tant qu’ajustements à la marge, en plus des licenciements», regrette le collectif.

Les groupes locaux inquiets

Depuis le début du mouvement social, la lutte a pris de l’ampleur. Sur un site en ligne depuis le 5 mai, les personnes mobilisées ont lancé un «appel à la grève des communautés» de Greenpeace France. Une pétition a notamment été créée et une lettre ouverte a été signée par 103 employé·es (sur un effectif total de 138). Les militant·es sont aussi invité·es à cesser leurs activités sur le terrain et les adhérent·es à suspendre leurs dons. Quant aux groupes locaux, 20 sur 35 ont annoncé être en grève et 34 soutiennent la mobilisation.

Le collectif réfléchit à la suite de la mobilisation. © Militant·es et salarié·es de Greenpeace France mobilisé·es contre le plan de licenciement

Christiane* est coordinatrice au bureau de Poitiers (Vienne). Elle a fait la route jusqu’à Paris, inquiète des répercussions du PSE sur les groupes locaux. «On est en lien direct avec les chargés de campagne, s’ils ne sont plus là, qui visibilisera au niveau national les luttes sur nos territoires ?», s’interroge-t-elle. Elle a peur de voir apparaître «un Greenpeace mou qui ne fait plus que des plaidoyers». Un avis partagé par le reste du collectif, ce mardi.

Assis·es en cercle dans une grande salle attenante à la réunion du CSE, salarié·es et militant·es se questionnent sur la suite de la mobilisation. «On a l’impression qu’avec ou sans vote, le PSE sera tout de même acté», lance une militante. «Ils refusent de nous écouter», renchérit un deuxième. Certain·es parlent de «radicaliser» la lutte, d’autres de «demander la démission de la direction». De prochains groupes de travail éclairciront la situation, avant le vote du budget, prévu pour le 9 juin.

*Ces personnes n’ont pas souhaité donner leur nom de famille.

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03.06.2026 à 11:18

«Une avancée» mais «le combat continue» : le Parlement reconnaît «la part de responsabilité» de l’État dans le scandale du chlordécone

Médianes

Texte intégral (1332 mots)
Paris, le 10 novembre 2024. Lors d’une manifestation organisée par les diasporas françaises d’outre-mer contre le coût élevé de la vie, certain·es brandissent des pancartes en lien avec le scandale du chlordécone. © Bertrand Guay/AFP

C’est la fin d’un long parcours parlementaire. Ce mardi, un dernier vote unanime de l’Assemblée nationale (236 voix pour) a approuvé définitivement la proposition de loi reconnaissant la «part de responsabilité» de l’État dans le scandale du chlordécone aux Antilles. «Ce texte de compromis permettra de restaurer une confiance profondément abîmée», a lancé le député (Parti socialiste) de Guadeloupe Élie Califer, à l’origine du texte, estimant cependant qu’il «faut aller plus loin sur le chemin des réparations».

Aux Antilles, plus de 90% de la population adulte est contaminée au chlordécone, une substance qui entre dans la composition d’insecticides. Ces derniers ont été épandus officiellement de 1972 à 1993 dans les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique malgré des alertes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur leur dangerosité.

Les sols et les eaux ont été pollués, entrainant une perturbation du système reproducteur des humains. Le taux d’incidence du cancer de la prostate y est parmi les plus élevés au monde. Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), une relation causale probable a été établie entre le chlordécone et ce risque de cancer.

«On partait de loin»

«Si un tel empoisonnement avait touché 90% de la population de la Creuse, de la Bretagne, de l’Île-de-France, la responsabilité de l’État aurait été reconnue depuis longtemps», a lancé Élie Califer à ses collègues. Le texte n’instaure pas une indemnisation future pour les victimes, le dédommagement n’est érigé qu’en «objectif» par les pouvoirs publics.

«Cette reconnaissance symbolique est une première étape, le combat devra se poursuivre pour les modalités d’indemnisation», a souligné mardi le député et porte-parole du PS Arthur Delaporte. «On n’est pas tout à fait satisfait mais on partait de loin, du fait que l’État ne voulait même pas reconnaître sa responsabilité partielle, c’est une avancée», a noté de son côté Olivier Serva (Guadeloupe, groupe Liot).

Sur les bancs du gouvernement, la ministre des outre-mer, Naïma Moutchou, a réaffirmé que «l’État a sa part de responsabilités». «Reconnaître la part de responsabilité de l’État est une exigence de vérité. Construire un dispositif de réparation juste, équitable, juridiquement solide, est une autre exigence», a tempéré la ministre.

Une mission d’inspection interministérielle a été mise sur pied pour se pencher sur cette question. Elle se rendra dans quelques semaines en Guadeloupe et en Martinique, avec un «rapport attendu dans les tout prochains mois», a précisé Naïma Moutchou.

Le préjudice d’anxiété n’est pas pris en compte

La proposition de loi prévoyait initialement la reconnaissance par l’État de «sa responsabilité» dans «les préjudices sanitaires, moraux, écologiques et économiques subis par les territoires» et «leurs populations». En cours d’examen, les sénateur·ices ont amoindri la portée de ce passage, prévoyant que l’État reconnaisse uniquement sa «part» de responsabilité.

Ils et elles avaient en revanche tenté d’ajouter la notion de «préjudices moraux d’anxiété» en commission, avant de rétropédaler à la demande du gouvernement, lors d’une séance tendue dans l’hémicycle.

«Je le regrette, parce que cette notion parlait concrètement de ce que vivent nos compatriotes en Guadeloupe et en Martinique : une inquiétude permanente face aux conséquences sanitaires du chlordécone», a déploré Élie Califer. Toutefois, «ce point ne remet pas en cause l’équilibre général du texte», assure-t-il.

En Martinique, le président du conseil exécutif (l’organe décisionnaire de la collectivité territoriale), Serge Letchimy, a salué le vote. Président en 2019 d’une commission d’enquête parlementaire sur les responsabilités publiques dans l’autorisation du pesticide, il estime que cette loi «vient fragmenter un système qui piétine la vérité, absout les coupables et méprise les victimes».

La suite devant les tribunaux

L’État devra notamment œuvrer à la «dépollution des terres et des eaux contaminées», en «érigeant comme priorité nationale la recherche scientifique», et «s’assigne» pour objectif «l’indemnisation de toutes les victimes». Il devra aussi se pencher sur «l’apparition de pathologies développées par les femmes».

À Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, le maire Harry Durimel, avocat engagé de longue date contre le chlordécone, a salué une «avancée» tout en prévenant que «le combat est loin d’être achevé». Il note que la loi «invite déjà à aller devant les tribunaux pour faire reconnaître quelle est la part de responsabilité de l’État». «Un champ s’est ouvert, mais le combat continue», assure-t-il.

La cour d’appel de Paris dira le 22 juin s’il y a lieu de rouvrir ou non l’enquête sur le chlordécone, à la suite de l’appel des parties civiles qui contestent le non-lieu prononcé en janvier 2023 par le tribunal judiciaire de Paris. L’avocat des plaignant·es, Christophe Lèguevaques, pointe que «les victimes du chlordécone» attendent «du concret et de l’efficace : la reconnaissance était le premier mot. Il ne faudrait pas qu’il soit le dernier».

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02.06.2026 à 19:38

«Ce n’était pas un sujet» : comment la macronie a enterré le cadmium depuis sept ans, au détriment de la santé des Français

Antoine Poncet

Texte intégral (3039 mots)
Emmanuel Macron lors de l’événement «Tech for Planet», à Paris, le 11 décembre 2017. © Philippe Wojazer/AFP

👉 En 2020, un décret prévoyait d’encadrer le cadmium dans les engrais. Ce document, que Vert révèle, n’a jamais été publié. D’autres suivront, sans voir le jour.

👉 Un document exclusif que nous révélons montre que le lobby des engrais a tenté de semer le doute sur la dangerosité du cadmium pour «préserver les intérêts du secteur».

«Que compte faire le gouvernement pour préserver l’alimentation des Français de cette pollution au cadmium via les engrais phosphatés ?» Peu se souviennent de l’intervention du sénateur écologiste Joël Labbé dans l’hémicycle du palais du Luxembourg le 17 novembre 2020. Ce jour-là, ce métal lourd toxique fait une première apparition remarquée dans le débat politique.

Celui qui est interpellé, c’est Julien Denormandie, alors ministre de l’agriculture. Un an plus tôt, en 2019, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a publié un avis retentissant qui alerte sur la surexposition des Français·es au cadmium et recommande de réduire sa teneur dans les engrais phosphatés utilisés en agriculture. Une mesure jugée nécessaire pour protéger la population de ce métal lourd qui s’accumule dans les sols, pénètre les aliments, puis contamine nos corps.

Julien Denormandie, au Sénat, le 16 juillet 2020. © Xosé Bouzas/Hans Lucas via AFP

«Il faut impérativement trouver des solutions», reconnaît le ministre, face au sénateur écologiste. Il annonce la publication, «à l’été 2021», d’un décret visant à réduire la teneur en cadmium des engrais. «Cette problématique sanitaire doit être prise au sérieux, compte tenu des risques d’ostéoporose et de fractures osseuses», ajoute-t-il.

Ce projet de décret, que Vert révèle, a bien été écrit. Il porte la date du 12 novembre 2020.

À l’époque, l’Union européenne vient de durcir sa réglementation, et fixe un maximum de 60 milligrammes de cadmium par kilogramme (mg/kg) de phosphate (P2O5) dans les engrais. Le projet de décret prévoyait d’aligner la réglementation française sur les règles européennes qui allaient bientôt entrer en vigueur, alors que la France autorisait jusqu’à 90 mg/kg de P2O5. Certains pays comme la Finlande ou la Hongrie appliquaient déjà des seuils nettement plus stricts, fixés à 20 mg/kg de P2O5.

Extrait du projet de décret de 2020. Cliquez sur l’image pour lire le document dans son intégralité. © Vert

Le texte ne sera jamais publié.

Et le cadmium continue de s’accumuler dans les sols, les cultures et notre alimentation.

Que s’est-il passé ?

L’ancien ministre de l’agriculture «dans un tunnel»

Vert a tenté de joindre l’ancien ministre à plusieurs reprises pour comprendre les raisons de cet abandon. Celui-ci nous a répondu qu’il était tantôt «en réunion», «en déplacement», «dans un tunnel». Cet ancien ingénieur agronome est actuellement en promotion pour Le chant du sol (2026, Seuil) et n’hésite pas à clamer haut et fort que «le sol, c’est la source de la vie». Hélas, il n’a pas trouvé le temps d’expliquer à Vert pourquoi il n’avait pas pu préserver nos sols du cadmium lorsqu’il était ministre de l’agriculture.

Les pressions du lobby des engrais ont-elles contribué à enterrer le projet de décret ? À l’époque, le sujet inquiète fortement la filière. Vert a mis la main sur un document interne de l’Unifa, le principal représentant des fabricants d’engrais en France. Ce texte contient des éléments de langage à destination des entreprises du secteur, avec cet objectif explicite : «construire une réputation positive de la filière» et «préserver les intérêts du secteur».

Extrait du document interne de l’Unifa, que Vert s’est procuré. © Capture d’écran/Vert

À rebours complet de l’expertise de l’Anses, le lobby y affirme qu’«il n’existe à cette heure aucune preuve d’un lien direct entre le cadmium des engrais phosphatés et la santé humaine». De quoi entretenir un doute qui n’existe plus, minimiser la gravité du cadmium sur la santé, et préserver les intérêts économiques de leur filière (2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en France en 2021). Une stratégie qui rappelle celle utilisée par d’autres industries comme celles du tabac ou de l’amiante pour éviter toute évolution réglementaire.

«Je n’ai jamais entendu parler du cadmium»

En octobre 2023, un nouveau projet de réglementation est mis en consultation publique. À cette époque, c’est Marc Fesneau (Modem) qui est ministre de l’agriculture. Comme le montre un document toujours accessible sur le site du ministère, ce nouveau texte prévoit à son tour d’abaisser à 60 mg/kg de P2O5 la teneur maximale en cadmium des engrais phosphatés.

Même objectif, même résultat : le texte ne sera jamais publié.

Marc Fesneau ignore ce qu’il en est advenu. Contacté par Vert, l’ancien ministre semble même découvrir l’existence de cette consultation publique, qu’il a pourtant lui-même validée par une signature. «À l’époque où j’étais ministre, vous n’allez peut-être pas me croire, je n’ai jamais entendu parler du cadmium. Ce n’était pas un sujet. Autant on m’avait dit de faire attention aux sels nitrités, autant le cadmium, on ne m’en a jamais parlé», se défend-il.

Marc Fesneau, en 2022.© Alexandre Carré/Vert

L’un de ses anciens conseillers, joint par Vert, a la mémoire plus fraîche. Selon lui, le texte a suscité une levée de boucliers de l’industrie des engrais : «Certains industriels soutenaient qu’un abaissement de la teneur maximale en cadmium risquait d’entraîner des difficultés d’approvisionnement pour les agriculteurs.»

Quelques mois plus tard, en février 2024, Agnès Pannier-Runacher est nommée ministre déléguée à l’agriculture auprès de Marc Fesneau. Elle donne un nouvel élan au dossier. Comme le confirme un document inédit que nous révélons, les ministères de la santé, de l’agriculture et de la transition écologique se sont accordés au printemps 2024 sur une trajectoire plus ambitieuse que les précédents projets de décrets : un premier abaissement à 40 mg/kg de phosphate dans les engrais en 2027, puis à 20 mg/kg de P2O5 en 2030. Ce calendrier a son importance.

Extrait du projet d’arrêté prêt à être signé à l’été 2024. Cliquez sur l’image pour lire le document dans son intégralité. © Capture d’écran/Vert

Une source qui travaillait alors auprès d’Agnès Pannier-Runacher confirme auprès de Vert que ce document a bien été signé par son cabinet le 5 juin 2024. Il ne restait alors plus qu’à recueillir les signatures des deux autres ministères concernés pour finaliser l’arbitrage interministériel.

Mais, quatre jours plus tard, le 9 juin 2024, Emmanuel Macron annonce la dissolution de l’Assemblée nationale. «Tout s’est arrêté», résume l’ancien conseiller, qui préfère rester anonyme. Le projet de réglementation est de nouveau remisé dans les tiroirs de l’administration.

Avec Annie Genevard, un ministère de l’agriculture encore plus «frileux»

À l’été 2025, Agnès Pannier-Runacher, devenue ministre de la transition écologique, tente à nouveau de relancer le dossier. Mais le contexte a changé : à l’agriculture, la LR Annie Genevard est réticente à atteindre les 20mg/kg de phosphate dès 2030. Elle demande une étude sur l’impact économique qu’aurait cette mesure sur les fabricants d’engrais et les agriculteurs.

La ministre de l’agriculture, Annie Genevard. © Stéphane de Sakutin/AFP

«On sentait bien que le ministère de l’agriculture était très frileux sur cette question et qu’il ne voulait rien faire qui puisse être perçu comme une contrainte supplémentaire pour la production agricole», raconte une source ministérielle proche du dossier. Une autre source abonde : «C’est simple : le cabinet d’Annie Genevard panique au premier signal de réticence. Dès qu’une mesure risque de susciter une contestation, la tentation est de repousser son entrée en vigueur. Et les organisations agricoles l’ont bien compris. Elles cherchent donc systématiquement à obtenir davantage de délais.»

Le rapport commandé par Annie Genevard vient tout juste d’être rendu public. Selon ses auteurs, le principal obstacle à la baisse du cadmium dans les engrais est économique. La France importe la totalité de son phosphore minéral et les producteurs capables de respecter les futurs seuils sont concentrés dans un nombre limité de pays.

Le Maroc, en position dominante sur ce marché, pourrait décider de faire payer cher des engrais moins chargés en cadmium, ce qui se répercuterait sur les finances des agriculteur·ices, d’après le rapport.

Nettement moins ambitieux que le texte porté par Agnès Pannier-Runacher, le rapport invite à retarder l’abaissement des taux de cadmium dans les engrais, avec un calendrier qui convient beaucoup mieux à Annie Genevard.

Un calendrier qui nous mène en… 2038

En 2026, après les nouvelles alertes de l’Anses et alors que le scandale devient national, le gouvernement vient enfin de mettre en consultation un nouveau projet d’arrêté. Le calendrier : 60mg de cadmium par kilo de P2O5 dans les engrais en 2027, 40 mg/kg de P2O5 en 2030 et 20mg/kg de P2O5 d’ici… 2038. Soit près de vingt ans après l’alerte de l’Anses de 2019.

«2038, c’est totalement indécent, juge aujourd’hui une source proche de l’ancienne ministre de la transition écologique. Je ne comprends pas comment ce choix a pu être fait de manière rationnelle alors que l’Anses a rendu un avis clair, que les industriels affirment être capables de s’adapter et qu’un accord avait déjà été trouvé entre les ministères concernés.»

Pierre Souvet, cardiologue et membre de la coalition de médecins libéraux qui ont alerté, en juin dernier, sur les dangers du cadmium, abonde : «On nous propose d’attendre dix-neuf ans avant de s’aligner sur les recommandations de l’Anses. C’est totalement inacceptable. Je suis sans voix.»

Désormais, c’est à l’Assemblée nationale que se joue l’avenir du cadmium en France. La députée L’Après Clémentine Autain et Benoît Biteau, agriculteur bio et député Les Écologistes de Charente-Maritime, tenteront de trouver une majorité ce mercredi 3 juin, pour faire adopter leur proposition de loi «visant à limiter la contamination des aliments au cadmium». Leur objectif est le même que celui d’Agnès Pannier-Runacher : 40 mg/kg de phosphate en 2027, 20 mg/kg de P2O5 en 2030.

Le camp de l’ancienne ministre soutiendra-t-il cette proposition de loi qui pourrait enfin l’exaucer ?

Contactées, ni Annie Genevard, ministre de l’agriculture, ni Agnès Pannier-Runacher, l’ancienne ministre de la transition écologique, n’ont répondu aux questions de Vert. L’Unifa n’a pas non plus donné suite à nos sollicitations.

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02.06.2026 à 17:36

Débats houleux, coups de théâtre et étranges disparitions : l’Assemblée nationale donne son feu vert à la loi d’urgence agricole

Antoine Poncet

Texte intégral (1767 mots)
Assemblée nationale (Paris), le 19 mai 2026. Annie Genevard, ministre de l’agriculture, et Monique Barbut, ministre de la transition écologique. © Telmo Pinto/NurPhoto via AFP

🐑 Les député·es ont validé l’essentiel des «simplifications» proposées par le gouvernement : sur les retenues d’eau, les bâtiments d’élevage, les tirs de loups…

💧Le gouvernement a obtenu le retour de plusieurs passages controversés sur les zones humides : leur exploitation sera facilitée lorsqu’elles sont jugées trop dégradées, et de petites retenues d’eau pourront y être construites.

Le gouvernement veut accélérer, l’Assemblée lui ouvre la voie. Les député·es ont adopté ce mardi le projet de loi d’urgence agricole (LUA) par 369 voix contre 178. Le texte file désormais au Sénat, pour un examen en séance publique fin juin et une adoption finale espérée (par le gouvernement) avant les vacances d’été.

Facilitations des projets de bassines ou d’élevages, accès aux terres agricoles… L’essentiel des mesures présentées en avril dernier par la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, a été gardé par les député·es. Mais ces deux longues semaines de débat auront aussi vu plusieurs retournements de situation, contre l’avis du gouvernement.

Eau, bâtiments d’élevage, loup : le gouvernement réussit son crash test

À moins d’un an des élections présidentielles, la LUA sert aussi de grand oral sur l’agriculture pour les différents groupes politiques. À l’Assemblée, le gouvernement a réussi à mettre d’accord une majorité… clairement marquée à droite. Le Rassemblement national et ses alliés, Les Républicains et le socle présidentiel (Renaissance, Mouvement démocrate, Horizons) ont soutenu l’essentiel des mesures proposées, sous réserve de quelques amendements.

Plus gros morceaux du texte, les articles sur l’eau sont maintenus (notre article). Ils actent des «simplifications» majeures pour les projets de retenues d’eau à destination de l’irrigation agricole : réunions publiques rendues facultatives, possibilité de prolonger de deux ans une autorisation de prélèvement d’eau annulée par la justice… La gauche a dénoncé – en vain – «une fuite en avant». En prime, le Mouvement démocrate a fait adopter une réforme des «parlements locaux de l’eau» (chargés de décider de règles pour protéger la ressource, notre article), qui augmente la part des représentant·es du monde agricole et de l’État en leur sein.

L’Assemblée a également donné son feu vert au gouvernement pour instaurer un nouveau cadre juridique spécifique aux bâtiments d’élevage. Les associations craignent de nouveaux reculs pour la préservation de l’environnement et de la santé des riverain·es. Les passages visant le loup gris et ses attaques sur les troupeaux sont eux aussi passés. Le Rassemblement national a fait introduire un «droit à la légitime défense» pour les éleveur·ses, qui peuvent désormais abattre le prédateur sans autorisation préalable de l’État ; et pour autoriser les fusils avec lunette de visée nocturne (pourtant considérés comme des armes de guerre, comme l’a rappelé le gouvernement).

Des retours attendus, sur les zones humides et les captages…

Le gouvernement a réussi à réintroduire plusieurs mesures supprimées lors des travaux préparatoires en commissions. L’article proposant de «simplifier» l’exploitation des zones humides lorsque ces écosystèmes sont jugés «non fonctionnels» fait ainsi son retour, au grand dam des associations environnementales. Présidente de la commission du développement durable, qui avait supprimé ce passage, la députée (Renaissance) Sandrine Le Feur a dénoncé un «mauvais signal» : «Moins la zone est en bon état, moins on est tenu de compenser sa destruction», a-t-elle attaqué lors d’une longue tirade dans l’hémicycle.

Pas de quoi convaincre le gouvernement, qui a aussi fait voter un nouveau passage autorisant la création de plans d’eau en zone humide lorsque la surface concernée est inférieure à un hectare – une demande répétée des syndicats agricoles majoritaires. L’article concernant la protection des captages d’eau potable – critiqué pour son manque d’ambition – revient lui aussi, après sa suppression partielle en commission du développement durable. Mais sa portée est encore amoindrie : sur demande de la droite, les pollutions de pesticides déjà interdits ne seront pas prises en compte pour définir les captages sur lesquels agir en priorité.

Au cours des débats, les député·es de droite, d’extrême droite et du bloc central en ont profité pour effacer plusieurs garde-fous introduits en commission. Exit la notion de «one health», destinée à tenir compte des liens entre agriculture, santé et environnement. Ou encore celle de «sobriété» des usages de l’eau, un «chiffon rouge absolu pour des agriculteurs qui voient leur production dépérir», selon Annie Genevard. Elle est pourtant l’un des objectifs du plan eau, lancé par le gouvernement en 2023 (notre article).

…et des retournements inattendus, sur les pesticides et le revenu agricole

En minorité, la gauche a tout de même obtenu quelques succès inattendus grâce à l’apport des voix de l’extrême droite. La France insoumise (LFI) et le Rassemblement national ont notamment instauré des «prix planchers» : les prix des produits agricoles ne pourront plus être inférieurs aux coûts de production, évitant ainsi les ventes à perte. Un «blocage des prix» qui pourrait mener à une hausse de l’inflation dans les supermarchés, selon le député (Renaissance) Guillaume Kasbarian.

Autre coup de théâtre : l’adoption d’un amendement d’Aurélie Trouvé (LFI) interdisant les importations de produits traités avec des pesticides interdits en France – et plus seulement dans l’Union européenne, comme le prévoyait le texte initial. Une manière de lutter contre les «concurrences déloyales», mais qui est «grossièrement contraire au droit européen» et «ne tiendra pas deux minutes devant le juge», a attaqué la ministre de l’agriculture. Comme l’explique TF1, ces interdictions sont possibles, à condition de les justifier par des études scientifiques : c’est le côté systématique et général de ces suspensions qui pose donc problème.

Les insoumis·es ont enfin rendu obligatoire l’approvisionnement en produits français dans les cantines publiques. «Comme la macronie ne supporte pas toute régulation des prix et des marchés, ils tenteront sans doute de dégager [ces articles] au Sénat» et à la commission mixte paritaire (qui doit être réunie après le vote des sénateur·ices), a averti Aurélie Trouvé. Prévu du 29 juin au 3 juillet, l’examen du texte dans un palais du Luxembourg largement à droite promet de nouveaux chambardements. Laurent Duplomb (Les Républicains) a d’ores et déjà annoncé qu’il proposerait le retour de l’acétamipride, ce pesticide au cœur des débats depuis un an.

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