Eitanite Bellaïche
Le marché des navigateurs – ces logiciels qui permettent d’accéder à internet, de consulter des sites web et d’interagir avec leur contenu – est particulièrement concentré. Google Chrome, Safari (Apple) et Microsoft Edge captent 86,48% du trafic web français, selon les estimations de StatCounter de septembre 2026. Dans le détail : 59,45% pour Chrome, 20,03% pour Safari et 7% pour Edge. Ces chiffres, fondés sur plus de trois milliards de pages vues chaque mois dans le monde, mesurent l’usage des navigateurs (et non leur nombre d’utilisateur·ices). Comment expliquer cette domination étatsunienne ? D’abord parce que Chrome est installé par défaut sur les mobiles qui fonctionnent avec Android (Google), quand Safari équipe les iPhone et les Mac, et que Edge est intégré à Windows. Ainsi beaucoup d’utilisateur·ices conservent simplement leur navigateur par défaut. «Le problème est que beaucoup ignorent même qu’ils ont le choix», souligne Nataliia Bielova, directrice de recherche à l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) de l’université Côte d’Azur. Depuis 2024, le règlement européen sur les marchés numériques (Digital Markets Act, ou DMA) impose des dispositifs pour faciliter ce choix, mais leur efficacité reste limitée. «Si l’utilisateur ne s’y intéresse pas immédiatement, il peut passer à côté de la possibilité de changer de navigateur», rappelle l’experte en protection de la vie privée. Cette concentration pose aussi des questions de «souveraineté numérique» et de confidentialité. Une poignée d’entreprises étatsuniennes décide des fonctionnalités, des mises à jour et des paramètres de collecte de données de logiciels utilisés par des millions d’Européen·nes. Certaines données peuvent également être traitées hors de l’Union européenne et relever du droit américain. Changer de navigateur peut alors faire la différence. «De nombreux navigateurs alternatifs intègrent, dès leur installation, des protections contre les traceurs et les publicités», explique Pierre Laperdrix, chargé de recherche au Centre de recherche en informatique, signal et automatique à l’université de Lille. Sans supprimer toute collecte, ils peuvent la réduire. Encore faut-il choisir un outil agréable à utiliser, régulièrement mis à jour et dont le modèle économique ne repose pas sur le suivi des internautes. Nataliia Bielova et Pierre Laperdrix ont mené des recherches sur les navigateurs alternatifs et recommandent Firefox et Brave, en tête. Lancé en 2004, Firefox est développé par Mozilla Corporation, filiale de la fondation américaine à but non lucratif Mozilla Foundation. Son principal atout ? Gecko, son propre moteur de rendu – un composant logiciel qui sert à présenter des pages web. Celui-ci est donc indépendant de Chromium, le projet de navigateur web open source piloté par Google, qui fournit la base de code sur laquelle s’appuient de nombreux navigateurs populaires. Open source, c’est-à-dire dont le code source est accessible au public, modifiable et librement distribuable. Firefox propose des protections contre les cookies tiers, les traceurs et le fingerprinting, cette technique qui permet d’identifier un internaute à partir des caractéristiques de son appareil ou de son navigateur. Mozilla publie également des rapports sur ses engagements environnementaux et sociaux. À noter cependant que l’essentiel de ses revenus provient de partenariats de recherche et de distribution, notamment avec Google. Fondé aux États-Unis et lancé en 2016, Brave fait de la confidentialité son argument phare. Publicités, traceurs, cookies tiers et nombreuses techniques de fingerprinting sont bloqués automatiquement, sans réglages complexes. Son code est ouvert mais repose sur Chromium, comme Chrome ou Edge, ce qui maintient une dépendance technologique à Google. Nous l’évoquions dans notre article sur les moteurs de recherche, le cofondateur et PDG de Brave, Brendan Eich, ancien de Mozilla, a suscité plusieurs polémiques. Il a notamment financé une campagne contre le mariage homosexuel en Californie en 2008, puis a été épinglé pour des déclarations controversées sur les masques pendant la pandémie de Covid-19. Direction la Norvège avec Vivaldi, lancé en 2016 par une entreprise détenue par ses fondateurs et salarié·es –Vivaldi technologies –, sans investisseur·ses extérieur·es revendiqué·es. Gratuit, il bloque les publicités et traceurs sans établir de profils publicitaires. Ses données sont stockées en Islande et son financement repose sur des partenariats commerciaux, des accords avec les moteurs de recherche et des dons. Vivaldi collecte néanmoins certaines statistiques techniques pseudonymisées et reste dépendant de Chromium. Son indépendance capitalistique ne signifie donc pas une autonomie technologique totale. Après son moteur de recherche, l’entreprise allemande Ecosia a lancé son navigateur en 2024. Sa particularité est là encore de consacrer ses bénéfices à l’action climatique, notamment à la reforestation, à la protection des écosystèmes et aux énergies renouvelables. Basée à Berlin, elle publie chaque mois des rapports financiers détaillés pour être la plus transparente possible. Le navigateur bloque publicités et traceurs, mais utilise Chromium. Son moteur de recherche dépend aussi de partenaires comme Google et Microsoft pour certains résultats et annonces. Si le modèle reste publicitaire, il est tourné vers une autre finalité que celle des Gafam. Lancé en 2023 par l’entreprise suédoise Mullvad VPN et le Tor Project, association américaine spécialisée dans la protection de l’anonymat, Mullvad Browser mise sur une protection poussée contre le fingerprinting. Gratuit et open source, il repose sur Gecko. Son financement s’appuie principalement sur les abonnements VPN de Mullvad, sans commercialisation des données de navigation. Une controverse entoure néanmoins son cofondateur Daniel Berntsson, qui a donné cinq millions de couronnes suédoises, soit environ 450 000 euros, au parti nationaliste Örebropartiet en 2025. Ce dernier défend notamment des politiques de «remigration». En juillet 2026, Mullvad a publiquement pris ses distances avec ce don, présenté comme une initiative strictement personnelle. Texte intégral (1483 mots)

Cet article fait partie de notre série qui vous aide à sortir de la dépendance aux Gafam (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft). Dans cet épisode, on se penche sur les navigateurs web, un marché (encore !) dominé par Google.
Cliquez ici pour découvrir d’autres articles qui vous aident à fuir les Gafam.
Mozilla Firefox pour un web indépendant de Google
Brave contre le profilage publicitaire
Vivaldi pour la souveraineté européenne
Ecosia Browser pour soutenir un modèle écologique
Mullvad Browser pour préserver sa confidentialité
Zoé Moreau
«En trente-deux ans de cycles menstruels, je n’ai jamais eu une telle hémorragie» ; «J’ai des douleurs à l’utérus en dehors de mes règles et ça ne m’est jamais arrivé» ; «Je suis au fond de mon lit parce que j’ai trop mal au ventre depuis samedi.» Depuis quelques jours, des témoignages de femmes souffrant de douleurs intenses de règles et de saignements inexpliqués en dehors de leur période de menstruation se multiplient sur les réseaux sociaux. Ces femmes ont un point commun : toutes ont été exposées à des gaz lacrymogènes le 17 octobre, journée de mobilisation pour le pouvoir d’achat et la justice sociale. Simple coïncidence ou lien de cause à effet ? Pour le collectif composé de scientifiques et de militant·es Lacrymos de sang, cela ne fait pas de doute. «Il y a urgence à sécuriser les populations, réagit sa fondatrice Eva-Luna Tholance auprès de Vert. Le gaz lacrymogène provoque des effets immédiats réels sur la santé des femmes.» Le 8 octobre, le collectif a largement diffusé un questionnaire sur ses réseaux pour recenser les cas de femmes présentant des effets gynécologiques indésirables susceptibles d’être en lien avec une exposition aux gaz lacrymogènes pendant les mobilisations. Ce vendredi 23 octobre, plus de 5000 femmes y avaient répondu, décrivant contractions utérines, saignements inexpliqués, douleurs ovariennes et utérines, voire même des arrêts naturels de grossesse. Parmi elles, Emma*, qui a manifesté à Clermont-Ferrand samedi, témoigne auprès de Vert : «Je ne peux pas affirmer que mes symptômes sont liés au gaz que j’ai respiré, mais ce que j’ai vécu, ce n’est pas normal. Cela faisait déjà une semaine que mes règles étaient terminées et, le lendemain de la manifestation, j’ai eu des douleurs de règles qui m’ont couchée. J’ai dû rester allongée quatre jours tellement je souffrais. C’était la première fois de ma vie que j’étais exposée au gaz lacrymogène.» Son témoignage résonne avec celui de Maliga, 27 ans, qui s’est mobilisée à Paris : «Le 17 octobre, j’ai manifesté près de la gare du Nord vers 14 heures, dans une zone qui avait été massivement gazée dès 11 heures du matin. Dans la nuit de samedi, j’ai été réveillée par des douleurs utérines comme je n’en ai jamais eues. Je suis atteinte d’endométriose, diagnostiquée il y a sept ans, et je prends la pilule en continu précisément pour ne pas avoir mes règles et éviter les douleurs. Cela va bientôt faire cinq jours que j’ai été exposée. Les douleurs sont toujours là.» Avant de fonder le collectif Lacrymos de Sang, Eva-Luna Tholance a exercé en tant que journaliste. Pour Streetpress, en 2020, elle avait recueilli plusieurs dizaines de témoignages similaires de femmes exposées lors du mouvement des gilets jaunes. Six ans plus tard, les potentiels effets de ces substances sur le système hormonal et la fertilité restent largement méconnus, tandis que les gaz lacrymogènes continuent d’occuper une place centrale dans l’arsenal des forces de l’ordre. «Il y a urgence à faire des recherches poussées sur les effets perturbateurs endocriniens du gaz lacrymogène, plaide-t-elle. Car on n’a toujours aucune idée des effets à moyen terme sur la santé et la fertilité.» L’une des seules études sur le sujet remonte à août 2023. Menée aux États-Unis après les manifestations du mouvement Black Lives Matter, elle reposait sur un questionnaire rempli par 1 276 personnes «possédant un utérus» et exposées à des agents chimiques utilisés par la police. Résultat, 83% d’entre elles avaient déclaré des troubles menstruels ou reproductifs, notamment des crampes utérines (69%) et des saignements menstruels précoces (55%). Les troubles étaient d’autant plus fréquents que l’exposition avait duré longtemps. Les chercheur·es avaient conclu à l’existence d’un «lien évident entre l’exposition aux agents chimiques utilisés par la police et les effets néfastes signalés sur la santé reproductive». Mais l’étude pose plusieurs problèmes. Les participantes avaient été recrutées via un appel à témoignages, ce qui a pu favoriser la participation des personnes les plus touchées. Il n’y avait pas de panel de personnes témoins. Et enfin les scientifiques n’avaient pas pu distinguer complètement les effets des différents produits chimiques entre eux. D’autres travaux et articles de presse plus anciens suggèrent eux aussi un lien potentiel entre l’exposition aux gaz lacrymogènes et une hausse des arrêts naturels de grossesse, notamment au Bahreïn en 2012, en Palestine dans les années 1990 et au Chili en 2011. Mais aucune recherche robuste, qui comparerait des populations exposées à des groupes témoins n’a été conduite. Et pour cause : «Dans les zones de conflit intense, l’utilisation réactive et incontrôlée de ces agents rend difficile la conduite d’études épidémiologiques méthodiques et l’établissement de conclusions solides», soulignaient les chercheur·es de l’étude américaine en 2023. À l’époque de la publication de son enquête, en 2020, Eva-Luna Tholance avait interpelé le ministère de l’intérieur français sur ce manque de connaissance. «Je voulais savoir comment on pouvait continuer à utiliser un produit dont on ignore les effets sur les populations à risque, à savoir les femmes, les enfants, les personnes asthmatiques. Je n’ai jamais eu de réponse et on n’en sait pas plus aujourd’hui», déplore-t-elle auprès de Vert. Contactée par Vert, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a confirmé que «malheureusement, nous n’avons pas de travaux d’expertise sur les gaz lacrymogènes». Le manque de données ne concerne pas uniquement la santé reproductive. «Personne ne se penche sur les effets sanitaires du gaz lacrymogène. C’est un problème international», abonde le biologiste et spécialiste français de la substance, Alexander Samuel. Vert l’a constaté en examinant la littérature consacrée au gaz CS, ou o-chlorobenzylidène malononitrile, la substance active utilisée dans les grenades lacrymogènes en France. Sur les effets globaux de la molécule – oculaires, respiratoires et cutanés notamment –, les deux dernières méta-analyses (qui compilent les études existantes) remontent respectivement à 2015 et 2000. Et elles n’intègrent pas, par exemple, cette étude turque de 2014 qui démontre qu’être exposé·e régulièrement à un panache de gaz lacrymogène peut affaiblir durablement le système respiratoire. D’autres effets graves liés au gaz mériteraient d’être expertisés, en France comme à l’international, notamment quant au risque d’intoxication au cyanure. Il a été mis en évidence en 2020 par Alexander Samuel. Sur la base de prélèvements sanguins réalisés en manifestation lors du mouvement des gilets jaunes, le chercheur avait découvert que le gaz lacrymogène se métabolisait en ce poison mortel bien connu des romans d’Agatha Christie, et à des niveaux susceptibles d’être toxiques pour l’humain (son étude, qui n’a toutefois pas été validé par les pairs selon une procédure classique). La méthodologie de cette sorte de «pré-étude» exploratoire, ainsi que ses conclusions, avaient été validées à l’époque par le toxicologue et ancien chercheur au CNRS André Picot. Mais ni le gouvernement, ni l’Anses (qui pourrait s’auto-saisir) n’ont, sur ce sujet non plus, engagé d’étude sérieuse. Pire, le biologiste a été poursuivi par l’État français pour «violation du Code de santé publique» suite à ces travaux, avant de finalement gagner son procès. Interrogés au sujet du manque de preuve sur l’innocuité du gaz lacrymogène, les ministères de la santé et de l’intérieur n’ont, pour l’heure, pas répondu à Vert. Ils n’ont pas non plus indiqué si des études relatives aux effets endocriniens et de métabolisation du gaz en cyanure étaient en cours ou prévues. *Le prénom a été modifié. Texte intégral (1714 mots)

«Il y a urgence à sécuriser les populations»
Mais que fait le gouvernement français ?
Poison mortel connu des romans d’Agatha Christie
Louise Deshautels
Olivier Bouygues a été condamné ce vendredi à deux ans de prison avec sursis pour la destruction d’espèces d’oiseaux protégées sur son domaine de chasse de La Ferté-Saint-Aubin (Loiret). Le tribunal correctionnel d’Orléans a reconnu la culpabilité du milliardaire français, qui a également écopé d’une amende de 750 000 euros, le maximum encouru pour une telle infraction. Enfin, son permis de chasse lui est retiré pour trois ans. Olivier Bouygues était jugé pour «atteinte illicite en bande organisée à la conservation d’une espèce animale protégée ou à son habitat» et «destruction, transport et détention illicites d’une espèce animale non domestique». Lors de l’audience du 8 septembre dernier, le tribunal correctionnel d’Orléans avait requis cinq ans de prison avec sursis contre Olivier Bouygues. Décrivant des méthodes «barbares», la procureure de la République d’Orléans, Emmanuelle Bochenek-Puren, avait également demandé une interdiction d’exercer une activité en lien avec la chasse pendant cinq ans. Cinq employés du milliardaire, le régisseur de sa propriété et quatre gardes forestiers, étaient jugés à ses côtés. Ils ont aussi été reconnus coupables et condamnés à des peines allant de six mois à deux ans de prison avec sursis. Là encore, des amendes de 3 000 à 10 000 euros ont été prononcées. Tout au long de son procès, le propriétaire a nié toute responsabilité, affirmant à la barre avoir «d’autre chats à fouetter que de gérer au quotidien» les affaires de sa propriété. Les cinq autres prévenus ont reconnu les faits. L’affaire avait été ébruitée par l’intermédiaire d’une source anonyme, qui assurait avoir vu des cadavres d’espèces protégées sur la propriété du fils de François Bouygues, le fondateur du groupe de BTP, de télécoms et de médias du même nom. Par la suite, des perquisitions avaient été menées et avaient permis de découvrir de nombreux cadavres d’animaux tels que des chats… mais aussi des oiseaux : buses, grands cormorans, grandes aigrettes et faucons crécerelles. Tous protégés par une interdiction de chasse. Du matériel de chasse prohibé et une pelleteuse, utilisée pour enterrer des animaux, avaient également été retrouvés sur la propriété. De même que des documents listant les espèces protégées comme «nuisibles» à éliminer. Il était aussi question d’un «système de prime» pour ceux qui parviendraient à éliminer les oiseaux ciblés, une preuve qu’Olivier Bouygues souhaitait garder confidentielle, selon le régisseur du domaine. Une quinzaine d’associations de protection de l’environnement s’étaient constituées parties civiles. Parmi elles, One Voice, qui a salué ce vendredi la décision du tribunal correctionnel. «Pendant des années, des oiseaux ont été piégés, tués et enfouis sous la chaux parce qu’ils gênaient un loisir. Aujourd’hui, la justice dit que ni la fortune ni les grillages ne placent personne au-dessus des lois. Les enclos de chasse ne peuvent plus rester des zones de non-droit», a réagi Muriel Arnal, présidente de l’association. La Fédération départementale des chasseurs du Loiret avait évoqué de son côté un «préjudice d’image» pour la chasse. Texte intégral (677 mots)

Tuerie d’oiseaux protégés
Louise Deshautels
La quasi-totalité des écosystèmes coralliens pourraient s’effondrer d’ici à 2075. Selon une évaluation mondiale de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) publiée jeudi, 96% sont désormais «en danger critique». La catégorie la plus élevée avant l’«extinction» sur la liste rouge de l’UICN, l’inventaire mondial de l’état de conservation des espèces végétales et animales. L’analyse internationale, la première de ce type, porte sur l’ensemble des récifs situés dans les eaux chaudes et peu profondes. Parmi eux, les plus vastes et les plus riches en biodiversité de la planète, tels que la Grande Barrière de corail en Australie ou encore le triangle de corail dans l’océan Pacifique occidental. Parallèlement, l’UICN a récemment réévalué le statut de 892 espèces de coraux et a constaté que 44% d’entre elles sont menacées d’extinction. La menace principale à laquelle doivent faire face ces organismes est le changement climatique. À mesure que les températures en surface augmentent, les océans du globe se réchauffent et provoquent des vagues de chaleur marines. L’institution rappelle que le scénario du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), qui prévoit un réchauffement atmosphérique de 2,7 degrés Celsius (°C) d’ici 2100, «se traduira par un réchauffement continu des températures de surface des océans». Or lorsque la température de l’eau devient trop chaude, les coraux expulsent les microalgues qui vivent à l’intérieur de leurs tissus, ce qui provoque leur blanchissement. Ces mêmes algues fournissent jusqu’à 90% de l’énergie des coraux. Ainsi, ils deviennent plus fragiles et peuvent mourir. Les écosystèmes de récifs coralliens s’effondrent dès que les coraux durs – ceux qui constituent la base vivante et en croissance – disparaissent pour laisser place à des algues, des débris et des éponges. D’autres pressions, directement liées aux activités humaines, dégradent les coraux. En particulier celles qui endommagent la qualité des eaux côtières, où ils sont implantés.
Plusieurs effets se cumulent : le rejet d’eaux usées, les pollutions agricoles ou l’urbanisation des côtes. Enfin, la surexploitation de certains poissons dans plusieurs régions – Asie de l’Est, Caraïbes et Brésil – affaiblit les coraux. Par exemple : les poissons-perroquets, herbivores, permettent de réguler la proportion d’algues concurrentes des coraux. Les coraux sont pourtant essentiels à la santé des écosystèmes marins. «On dit souvent que les récifs coralliens sont les nurseries des océans, là où de nombreuses espèces donnent naissance, vivent ou viennent se réfugier», explique à Vert Florian Kirchner, responsable du programme Espèces du comité français de l’UICN. À l’échelle de la planète, 25% des espèces marines en profitent. L’effondrement des récifs engendre l’incapacité des fonds marins à régénérer les populations piscicoles. «Le déclin [des coraux] prive d’innombrables espèces de la nourriture, des abris et des frayères [les lieux où se reproduisent les organismes marins, NDLR] dont elles dépendent, tout en menaçant la sécurité et les moyens d’existence des communautés côtières, et en compromettant des secteurs économiques clés tels que la pêche, l’aquaculture et le tourisme», expose Grethel Aguilar, directrice générale de l’UICN. Plus largement, les coraux contribuent à fixer l’azote et le carbone au fond des océans et réduisent l’énergie des vagues, protégeant les côtes des tempêtes. L’étude tient tout de même à rappeler qu’«il n’est pas trop tard pour donner aux récifs coralliens une chance de se rétablir». L’UICN encourage la mise en place d’actions décisives pour «lutter contre les changements climatiques et enrayer le réchauffement des océans». Parmi elles, la réduction des émissions de dioxyde de carbone (CO2). Pour Florian Kirchner, «chaque dixième de degré compte». À chaque nouvelle hausse de température, de nouvelles espèces sont affectées. S’il est évident, selon le chercheur, que des récifs vont disparaitre, «tout ce qu’on fait aujourd’hui aura des bénéfices et permettra de limiter les pertes, de préserver la diversité biologique et les fonctions que les coraux nous rendent». En plus de ces objectifs mondiaux, des actions plus locales peuvent être mises en place, telles que la création d’aires marines strictement protégées, la lutte contre les pollutions terrestres et la réduction de la surpêche. Texte intégral (1044 mots)

Avant la mortalité, le blanchissement

Un refuge pour 25% des espèces marines
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