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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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27.08.2026 à 15:32

La crue meurtrière au Népal et au Tibet est-elle liée au réchauffement climatique ?

Mathilde Picard

Texte intégral (1191 mots)
Le 27 août 2026, à Nuwakot (Népal). Une rue a été envahie par la boue après l’effondrement glaciaire. Les équipes de sauveteur·ses récupèrent les corps et les résident·es déplacé·es trouvent refuge dans les hauteurs. © Sanjit Pariyar/Nurphoto via AFP

Une immense vague de boue et d’eau a déferlé sur la région à la frontière entre le Népal et le Tibet, mercredi. Pour les expert·es de l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS), référence mondiale en sismologie, un effondrement glaciaire a entraîné la crue. D’après le bilan des autorités de ce jeudi midi, la catastrophe a fait au moins 362 mort·es et plus de 1 300 disparu·es. Dans la zone tibétaine, la topographie extrême de l’Himalaya a aggravé les risques.

Le glaciologue et directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Étienne Berthier, est membre d’un groupe de scientifiques du monde entier qui cherchent à identifier la source de la crue. Elles et ils analysent des images satellites des montagnes. «C’est maintenant une certitude : une fracture très nette s’est formée au milieu d’un glacier, une partie s’est décrochée et est à l’origine de la catastrophe», explique l’expert à Vert.

Il précise : «La question à résoudre, c’est de savoir s’il s’agit “seulement” du glacier qui a glissé et s’est pulvérisé ou si un pan entier de la montagne s’est aussi décroché avec toutes les roches sur lesquelles reposait le glacier.» L’hypothèse d’un éboulement pourrait éclairer l’origine des secousses sismiques importantes relevées dans la zone. Celles-ci sont difficilement explicables par l’effondrement du seul glacier.

C’est également l’avis de l’USGS. L’institution a d’abord relevé à tort un tremblement de terre de magnitude 4,4, réévaluée à 5,2. Elle a finalement établi «que cet événement sismique était dû à un effondrement glaciaire et à une coulée de débris qui ont entraîné des conséquences catastrophiques en aval».

L’Himalaya déstabilisé par le changement climatique

Le Centre international pour le développement intégré de la montagne (Icimod), basé à Katmandou (Népal), n’a détecté «aucune anomalie» du côté tibétain de la frontière. «Nous pensons qu’une avalanche de roches et de glace s’est produite au Népal, bloquant la rivière Lhende et causant la crue», explique Sarthak Shrestha, analyste en télédétection et géoinformation à l’Icimod.

Ce décrochement glaciaire a-t-il été provoqué par le changement climatique ? Les conséquences du dérèglement sur l’Himalaya sont largement documentées, à l’image des débordements de lacs glaciaires.

«Ce qui est sûr, c’est que l’Himalaya, comme les autres massifs montagneux dans le monde, est déstabilisé par le changement climatique, rappelle Étienne Berthier. Il fait reculer les glaciers, réduit le permafrost [cet état thermique qui fait de la glace le ciment de la montagne, NDLR] et change leurs températures en profondeur. Des masses autrefois collées par le froid à leur lit rocheux peuvent donc glisser, voire s’effondrer.»

«Ce genre de phénomènes peut, par exemple, provoquer des glissements de terrain et des crues soudaines», détaille Dorothy Heinrich, chercheuse à l’université britannique de Reading. Le glaciologue français abonde : «Ces mécanismes sont certainement en jeu dans cette catastrophe mais, pour l’instant, nous n’avons pas le recul nécessaire pour déterminer précisément le rôle du changement climatique.»

Dans les jours à venir, les scientifiques du monde entier étudieront un potentiel lien entre le dérèglement du climat et la catastrophe, avec des modèles de simulation pour comparer la probabilité d’un tel événement aujourd’hui par rapport à l’ère préindustrielle (vers 1850).

Une avalanche «de béton liquide»

«Ces phénomènes au niveau glaciaire sont rares ; on n’est pas en mesure de les prévoir», constate Étienne Berthier. Le seul moyen de l’anticiper est d’identifier un glacier dangereux. «C’est ce qui s’est passé à Blatten, en Suisse, en 2025, raconte le scientifique. Ils ont constaté des chutes de pierres en d’énormes quantités sur le glacier et ont évacué le village ; la catastrophe s’est ensuite déroulée sans victime.» Mais le massif de l’Himalaya est bien plus grand que l’arc alpin, et les zones glaciaires sont reculées. «Les analyser est un vrai défi», souligne-t-il.

Les solutions pour échapper à ce type de calamités, quand le flot arrive, sont alors limitées. «Courir n’aidera pas», tout comme essayer de s’enfuir dans son véhicule, affirme Hatim Sharif, hydrologue à l’université du Texas de San Antonio (États-Unis). La boue et l’eau, quand elles évoluent à très haute vitesse, forment une combinaison mortelle s’apparentant à «du béton liquide». Il estime que la seule solution est de monter sur une colline d’au moins six mètres.

Un outil de prévention possible, selon l’hydrologue, serait de placer des capteurs de niveau d’eau dans les rivières, transmettant leurs informations en temps réel aux autorités, ce qui donnerait entre vingt et trente minutes d’avance aux habitant·es.

«Dans ces environnements montagneux, les rivières peuvent être assez étroites», explique Dorothy Heinrich. Tout ce qui les bloque, qu’il s’agisse d’une avalanche ou d’un glissement de terrain, va entraîner «une grande accumulation d’eau, puis provoquer ces crues incroyablement rapides».

Une nouvelle alerte a été déclenchée par les autorités népalaises ce jeudi : la rivière Bhote Koshi a été bloquée par un amas formé par la crue et un lac s’y forme actuellement. Face au risque de rupture et de nouvelle inondation en aval, le gouvernement demande aux habitant·es de rester à distance des zones exposées.

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27.08.2026 à 06:00

Après un été brûlant, la rentrée s’annonce chaude : tour d’horizon des principales manifestations pour le climat et l’écologie

Mathilde Picard

Texte intégral (1396 mots)
Paris, le 20 juillet 2026. Une mobilisation contre la controversée loi d’urgence agricole. © Daniel Perron/Hans Lucas via AFP

«J’attends avec impatience les manifestations de la rentrée», confiait une lectrice de Vert à la suite de notre appel à témoignages au mois de juillet. L’été, marqué par les incendies et les canicules, a donné envie à nombre d’entre vous de s’engager contre le réchauffement climatique. Voici les différentes mobilisations à ne pas manquer aux mois de septembre et octobre.

Mardi 15 septembre. Ministère de l’économie (Paris), de 19h30 à 21h. Rassemblement pour des moyens concrets face au réchauffement climatique

Une grande coalition d’associations, collectifs et syndicats appelle à un rassemblement devant le ministère de l’économie et des finances, à Paris, mardi 15 septembre, à 19h30. Syndicat de pompier·es, d’infirmier·es, la Fondation pour le logement des défavorisés, Médecins du monde, Greenpeace, France nature environnement ou encore le collectif féministe Nous toutes réclament des moyens concrets d’adaptation et d’atténuation face au réchauffement climatique.

Les militant·es ont choisi Bercy comme lieu symbolique pour faire valoir leurs revendications, en prévision de la prochaine loi de finances, qui doit acter le budget de l’État pour l’année prochaine. Ils et elles souhaitent que le futur texte permette de faire face à la crise climatique, pour ne pas revivre de canicules durant lesquelles des «milliers de personnes ont perdu la vie dans la plus grande indifférence». Plus d’infos ici.

Dimanche 20 septembre. Lieu à définir, Paris. Manifestation contre «le permis de tuer»

Save (Stop aux violences d’État), le Comité Adama, Flagrant déni, le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France, l’Association des avocats pénalistes et Amnesty international France appellent à se rassembler contre la proposition de loi votée le 7 juillet dernier à l’Assemblée nationale. Celle-ci vise à instaurer la présomption de légitime défense pour un·e policier·e ou un·e gendarme qui ferait usage de son arme à feu. Le texte doit encore être discuté au Sénat. Il est qualifié par les associations et les syndicats de magistrat·es et d’avocat·es de «permis de tuer en toute impunité».

Alors que la pétition contre cette mesure avait recueilli plus de 730 000 signatures sur la plateforme de l’Assemblée nationale, la commission des lois a décidé de la classer. Elle ne sera donc pas débattue dans l’hémicycle. Plus d’infos ici.

Samedi 26 septembre, dans 50 villes de France. Marche pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale

À l’initiative de l’association Bio Consom’acteurs, près de mille personnes ont signé une lettre ouverte au président de la République, Emmanuel Macron, pour exiger un plan d’urgence, d’adaptation et d’atténuation face au réchauffement climatique. Dans ce texte que Vert a publié en exclusivité, elles et ils appellent à une mobilisation nationale le samedi 26 septembre.

Près de 50 manifestations seront organisées partout en France ce jour-là, comme à Lyon, Vannes, Saint-Nazaire, Toulon, Metz, Amiens, Calais ou encore Guéret. Des groupes locaux sont également actifs dans d’autres villes et en outre-mer pour organiser des mobilisations. Plus d’infos ici.

Cliquez sur la carte pour savoir si une mobilisation est prévue près de chez vous.

26, 27, 28 et 29 septembre. Place de la République, Paris. Manifestation des pompier·es

À la suite d’une réunion avec le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez le 13 août dernier, les représentant·es des syndicats des pompier·es ont appelé à des manifestations statiques les 26, 27 et 28 septembre prochains, place de la République, à Paris. Ils et elles dénoncent le manque de moyens humains et matériels pour lutter contre les incendies après les feux historiques de cet été. Leurs actions s’ajoutent à la journée de mobilisation de la fonction publique du 29 septembre. Pour celle-ci, les représentant·es de syndicats appellent à la grève et à une manifestation pour obtenir une augmentation des salaires.

Samedi 3 octobre. Saint-Pierre-la-Garenne, Eure. Mobilisation contre l’industrie des pesticides

Sur le mot d’ordre «L’agriculture on veut en vivre, pas en mourir», la Confédération paysanne, le collectif Cancer colère, le Comité de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest (CSVPO) et les Soulèvements de la Terre appellent à la mobilisation «contre les pesticides et pour les vivant·es» devant un important site de production de ces substances chimiques. Le rassemblement est prévu à Saint-Pierre-la-Garenne (Eure), devant l’usine de Syngenta. Les militant·es demandent la mise à l’arrêt de ce site de production majeur. Plus d’infos ici.

Une manifestation pour la biodiversité, en avril 2025, à Paris. © Yann Castanier/Vert

Samedi 3 octobre. De la place d’Italie à la place de la Bastille, Paris, 13h30. Marche des fiertés

Initialement prévue le 27 juin, la manifestation avait été annulée par la préfecture en raison de la canicule. Elle se tiendra finalement le samedi 3 octobre au départ de la place d’Italie, à Paris, pour défendre les droits des personnes lesbiennes, gay, bisexuelles, trans, non binaires, queer et asexuelles. Plus d’infos ici.

Week-end du 9 au 11 octobre. Lieu à définir. Dernière mobilisation contre l’A69

Extinction rebellion, ZAD A69 et les Soulèvements de la Terre ont appelé à un grand week-end de mobilisation avant la mise en service de l’autoroute A69 entre Castres (Tarn) et Toulouse (Haute-Garonne). L’inauguration de l’ouvrage tant décrié est prévue le 15 octobre, selon le concessionnaire Atosca.

Dimanche 11 octobre. Bruxelles, Belgique. 13h. Marche pour le climat

La marche annuelle pour le climat en Belgique est prévue le 11 octobre à Bruxelles, avec une demande centrale de la Coalition climat, qui réunit 70 ONG belges : «un plan de sortie des énergies fossiles». Plus d’infos ici.

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26.08.2026 à 12:03

Tornade à Pomas : ce genre de phénomène devient-il plus fréquent et plus intense avec le réchauffement climatique ?

Mathilde Picard, Sophie Roland

Texte intégral (1114 mots)
Pomas (Aude), le 25 août 2026. La tornade qui a frappé le village a fait près de 50 blessé·es. © Idriss Bigou-Gilles/AFP

«Ce que nous voyons, c’est d’abord la nature qui prend le dessus», a commenté la journaliste Sonia Mabrouk, sur BFMTV lundi soir, face aux images de la tornade dans l’Aude. Figure emblématique des médias de Vincent Bolloré qui vient d’être recrutée chez BFM, elle répondait à son confrère Bruno Jeudy, qui affirmait que «l’année 2026 est celle où les Français prennent conscience de la crise climatique». «Il ne faut pas tout renvoyer à la politique ; la nature, quand elle se fâche, voilà ce que ça donne», a-t-elle répondu.

La tornade a frappé le village de Pomas et ses environs, dans l’Aude, le 24 août en fin d’après-midi, vers 17 heures. 48 blessé·es ont été pris·es en charge, aucun·e en urgence absolue, et 300 habitations ont été abimées sur les 496 que compte la commune, dont 102 entièrement détruites, d’après la préfecture.

Un évènement d’une telle intensité est-il aggravé par le réchauffement climatique ? Davide Faranda, climatologue et co-auteur du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) est spécialiste des orages au sein desquels se développent les tornades. Selon lui, «il existe bien un lien indirect entre changement climatique et intensité des tornades».

«C’est un phénomène naturel, mais dire que c’est seulement la nature qui se fâche est trompeur, argue-t-il auprès de Vert. Le changement climatique modifie les conditions qui permettent à ces phénomènes de se produire, notamment en renforçant la chaleur et l’humidité disponibles pour les orages.» Plusieurs études récentes documentent «une évolution des environnements favorables aux phénomènes violents et suggèrent une intensification des orages producteurs de tornades», indique-t-il encore.

Des tornades pas plus fréquentes mais plus intenses

Les conditions atmosphériques actuelles étaient déjà propices à l’arrivée d’orages, ceux-ci ont alors été dopés par la chaleur emmagasinée dans les mers. «Ils prennent leur intensité dans la chaleur humide, or avec les températures très élevées des océans, il y a en ce moment une grande disponibilité de chaleur humide sur la mer Méditerranée et sur l’Atlantique», poursuit le chercheur.

Le changement climatique influe indirectement sur l’intensité de ce phénomène, pas sur sa fréquence. «Il n’y a pas plus de tornades, mais elles peuvent vivre plus longtemps et créer des dommages comme ce que l’on a vu lundi», appuie le spécialiste. Au-delà de ce phénomène général, il n’y a toutefois pas d’étude qui relie l’intensité de la tornade de Pomas au dérèglement climatique. Météo-France indique que se produisent en moyenne une dizaine de tornades par an en France, la plupart de faible intensité. Celles-ci ne durent pas plus de quelques minutes et restent localisées sur plusieurs centaines de mètres.

Cliquez sur la carte pour accéder aux prévisions de Météo-France par département. © Météo-France

Météo-France a classé ce mercredi 12 départements du nord-ouest en vigilance orange pour le risque d’orages. Dans la soirée, de fortes précipitations sont attendues, des grêlons «de taille moyenne à grosse», de nombreux éclairs et des rafales jusqu’à 100 kilomètres-heure. L’institut prévient qu’une grande majorité du pays devrait être concernée par une alerte jaune ou orange dans la journée de jeudi. Lorsque Météo-France prévoit un risque de tornade sur un territoire, le bulletin de l’agence, consultable ici, indique un «risque de phénomènes tourbillonnaires», comme ça a été le cas lundi.

«Avec le réchauffement climatique, les effets d’une tornade ou d’un orage sont amplifiés en termes de risques car le territoire est déjà vulnérable», rappelle le climatologue au Centre national de recherche scientifique (CNRS) et co-auteur du Giec Christophe Cassou.

Les territoires touchés déjà vulnérables à cause du changement climatique

«Attribuer l’intensité d’un aléa au réchauffement climatique est important mais il ne faut pas s’arrêter là, insiste-t-il. Le réchauffement climatique accroît surtout la vulnérabilité des territoires parce qu’ils subissent aussi ses effets chroniques, au-delà des évènements extrêmes.»

L’Aude a vécu cet été une sécheresse historique et des chaleurs très élevées qui ont alimenté des incendies. Le chercheur relève : «On est dans un territoire déjà sinistré, tous ces risques liés au changement climatique s’additionnent pour les populations, il ne faut pas les regarder de manière isolée.»

Cette multiplication des risques a notamment de lourdes conséquences économiques. Le chercheur note par exemple que «les ressources financières pour réparer les calamités sont moindres car elles doivent être partagées entre les dégâts de la tornade, ceux du retrait-gonflement des argiles liés à la sécheresse et ceux des calamités agricoles…»

Selon lui, les propos de la journaliste Sonia Mabrouk «sont d’un autre siècle. Dire “la nature se fâche”, c’est cacher toutes les conséquences systémiques du changement climatique.»

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26.08.2026 à 10:30

«Groenland, échos arctiques» : une BD pour naviguer au cœur du réchauffement climatique

Coline Vigot

(441 mots)

Comment raconter le réchauffement climatique sans empiler les chiffres ni sombrer dans le catastrophisme ? Lauriane Miara relève le défi dans Groenland, échos arctiques (août 2026, Les Étages Éditions), une bande dessinée née d’une expédition scientifique menée en 2023 sur la côte ouest de l’île. Embarquée à bord du voilier de recherche Forel pour réaliser des dessins de vulgarisation à destination d’un public scolaire, l’illustratrice est rentrée avec une conviction : cette aventure méritait d’être racontée au plus grand nombre.

Résultat : un roman graphique aussi beau que percutant. Les aquarelles aux teintes douces, rehaussées d’encre de Chine, rendent presque palpables le silence, la lumière des glaciers et l’immensité des paysages arctiques.

«Groenland, échos arctiques», de Lauriane Miara, Les Étages Éditions, août 2026, 128 pages, 29 euros. © Les Étages Éditions

Mais le Groenland que raconte Lauriane Miara ne se résume pas à la fonte des glaces. Le regard de l’autrice se porte surtout sur celles et ceux qui y vivent. Au fil des pages, elle dépeint une société qui s’adapte à un environnement en mutation, tout en préservant un rapport spirituel au vivant. Ici, l’animal n’est ni une ressource à exploiter ni un être à protéger à tout prix : il est respecté pour ce qu’il apporte à la communauté. Cette conception, portée par la culture inuite, pousse les lecteur·ices à interroger leurs propres représentations.

La bédéaste n’occulte pas non plus l’histoire coloniale de l’île. Un habitant témoigne du traumatisme de la «danisation», cette politique d’assimilation imposée aux Groenlandais·es pendant des décennies. Une manière de rappeler que les populations les plus exposées aux bouleversements climatiques sont aussi les plus grandes victimes des rapports de domination.

«J’entends par échos arctiques les messages perceptibles émis par les milieux et les sociétés arctiques auxquels nous devrions tendre l’oreille», explique Lauriane Miara. C’est précisément ce que réussit ce livre : faire entendre ces voix, humaines autant que non humaines, sans jamais donner de leçon.

«Groenland, échos arctiques», de Lauriane Miara, Les Étages Éditions, août 2026, 128 pages, 29 euros.

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