Anne-Claire Poirier
«L’EPR de Flamanville 3 fonctionne bien. Plus encore, il dépote», fanfaronne sur son site internet le porte-voix du nucléaire en France, la Société française d’énergie nucléaire (SFEN). Voilà une drôle de façon d’interpréter les débuts chaotiques du dernier réacteur nucléaire français. Flamanville 3 a été raccordé au réseau le 21 décembre 2024, après d’innombrables déboires, douze ans de retard et une facture multipliée par sept. Et, moins de deux ans plus tard, le voilà déjà contraint de s’arrêter pour près d’une année (si les délais sont tenus) afin de subir une première «visite complète». Si cet arrêt «réglementaire» est imposé à tous les nouveaux réacteurs dans les trente mois suivant leur mise en route, celui de Flamanville 3 sera exceptionnellement long et coûteux. Pour cause : il prévoit le remplacement de l’immense couvercle d’acier qui ferme la cuve du réacteur, défectueux depuis l’origine. En mai 2023, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) avait autorisé EDF à l’utiliser temporairement, car son remplacement «avant la mise en service du réacteur conduirait à reporter celle-ci d’environ un an». Alors que la facture du chantier est passée, en dix-huit ans, de 3,2 à 23,7 milliards d’euros (selon la Cour des comptes), EDF doit consentir à une rallonge de «plusieurs centaines de millions d’euros», d’après la SFEN, pour mener à bien ce vaste check-up. Après quoi s’ouvrira la «routine opérationnelle» tant attendue, annonce-t-elle. Or, pour l’instant, les deux premières années de fonctionnement du réacteur ont paru plutôt chaotiques. Au moment de son arrêt samedi, il aura produit 10 terrawattheures d’électricité, soit environ 40% de sa puissance cible. Lors de son raccordement au réseau électrique en décembre 2024, EDF tablait sur 14 terrawattheures délivrés. D’après les données de production du réacteur, il a été arrêté à treize reprises – et pendant 44% du temps – en vingt-deux mois. Pendant ces périodes, sa production journalière a été très légèrement négative, c’est-à-dire qu’il a utilisé plus d’énergie pour fonctionner qu’il n’en a produit. Si le planning est tenu, il devrait de nouveau injecter ses électrons sur le réseau le 11 septembre 2027. À pleine puissance, cette fois ? Texte intégral (624 mots)

Un vaste «check-up»
Débuts chaotiques

Valentin Baudin
L’annonce est tombée comme un coup de massue, au cours d’un scanner de routine en octobre 2025. Ce jour-là, Mathieu (son prénom a été modifié), sapeur-pompier professionnel en région parisienne depuis plus de vingt-cinq ans, est diagnostiqué d’un cancer du rein. Le père de famille passe par toutes les émotions. Jamais, pourtant, il ne fait le lien entre sa maladie et son métier qui le passionne tant. «Avant, on ne parlait pas des maladies professionnelles ; c’est apparu tard, quand on a commencé à parler de la toxicité des fumées», rembobine-t-il. Depuis un an, il se bat contre vents et marées pour faire reconnaître son cancer en maladie professionnelle. En 2022, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a classé l’exposition professionnelle des pompier·es comme cancérigène pour l’humain. La France a connu de récentes avancées. Fin 2025, les mésothéliomes (qui touchent les organes internes, majoritairement les poumons) et les cancers de la vessie ont été ajoutés au tableau des maladies professionnelles. Celui-ci comprenait déjà le carcinome hépatocellulaire (cancer du foie) et le carcinome du nasopharynx (cancer de la gorge). «L’inscription de deux nouveaux cancers dans le tableau des maladies professionnelles est la plus grande avancée sociale chez les sapeurs-pompiers ces dix dernières années», se réjouit auprès de Vert Frédéric Monchy, président du Syndicat national des sapeurs-pompiers professionnels et des personnels administratifs, techniques et spécialisés (SNSPP-PATS). Pour autant, associations comme pompier·es estiment que la France reste en retard sur la question de la reconnaissance des maladies professionnelles dans cette corporation. Leur meilleure prise en compte est justement l’une des revendications des syndicats de pompier·es, qui ont appelé à la grève pendant six semaines et à déambuler dans les rues de Paris le 29 septembre. «La santé et la sécurité des personnels doivent enfin devenir une priorité nationale, en intégrant notamment la reconnaissance de l’exposition aux agents toxiques et cancérogènes», a plaidé l’intersyndicale dans son préavis de grève. Depuis janvier, près de 100 000 hectares sont partis en fumée en France, selon l’Office national des forêts. Les pompier·es ont été en première ligne, jour et nuit, pendant des semaines, et des dizaines d’entre elles et eux ont été intoxiqué·es. Inhalation de fumées, exposition aux températures élevées, pénibilité physique… «La multiplicité de ces expositions peut contribuer à l’augmentation des accidents et au développement de pathologies», explique l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) dans un état des lieux publié en 2019. Selon ces études, certains cancers sont surreprésentés chez les pompier·es. Il faut dire que le sujet tarde à émerger en France. Selon les dernières données accessibles en ligne, datées de 2022, seules 31 déclarations de maladies professionnelles pour les pompier·es ont été recensées par la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL). Le parcours d’indemnisation ressemble à un chemin de croix. «La plus grande difficulté est administrative, souffle Frédéric Monchy. Il faut établir un lien entre l’exposition et la maladie, ce qui est presque insurmontable.» Comment retracer les fumées auxquelles un·e pompier·e a été confronté·e sur des dizaines, voire des centaines d’incendies ? Quelles substances chimiques ou toxiques ont été inhalées ? «Il n’existe pas de livret sur lequel on consigne nos missions avec les produits et le temps d’exposition», regrette Mathieu. Son cancer du rein n’est pas officiellement reconnu comme maladie professionnelle chez les pompier·es en France – c’est pourtant le cas en Australie ou au Canada. Pour constituer son dossier de reconnaissance, il se retrouve «seul au monde», y passe des journées entières après son opération. Il consigne ses maux de tête récurrents après une intervention, la suie qui infiltre ses marines et se retrouve projetée sur ses mouchoirs. Il étaye son dossier d’études scientifiques, françaises et anglophones. Un premier médecin refuse d’établir le lien entre son métier et son cancer. Douche froide. Il demande une contre-expertise auprès d’un cancérologue, qui appuie sa demande. Son dossier – d’une soixantaine de pages – devrait être très prochainement traité. La première étape d’un parcours semé d’embûches ? Le Service départemental d’incendie et de secours, le médecin agréé, le comité médical, la CNRACL… «Il y a trop de strates décisionnelles, c’est extrêmement compliqué», dénonce Rémy Laurens, président de l’association RIFS (Risques incendies fumées santé), qui accompagne des dizaines de pompier·es dans cette démarche, dont Mathieu. «Je ne lâcherai rien», assure le père de famille, en traitement pendant un an, qui confie n’avoir aucune rancœur contre sa profession. Dans un corps de métier adulé, où les professionnel·les sont souvent érigé·es au rang de héros de la nation, la question du cancer est-elle taboue ? Les personnes interrogées par Vert assurent que les mentalités évoluent et que les formations abordent le sujet des maladies professionnelles. Cependant, le terme «cancer» n’apparaît nulle part dans le dernier guide de doctrine opérationnel sur la prévention des risques liés à la toxicité des fumées chez les pompier·es, publié par le ministère de l’intérieur. «Est-ce un problème que les pouvoirs publics prennent à bras-le-corps ?, interroge Rémy Laurens. Le sujet peut faire peur, alors que nous manquons de sapeurs-pompiers.» Dans ce contexte, l’association RIFS – apolitique et asyndicale – plaide pour l’inscription de nouvelles maladies professionnelles. Parmi elles : les cancers du côlon, de la prostate et du testicule. Mais aussi le mélanome et le lymphome non hodgkinien, pour lesquels il existe des liens «limités» avec l’exposition professionnelle des pompier·es, indique le Circ. Ainsi que le cancer du sein, des ovaires et de l’utérus chez les femmes – qui représentent 23% des effectifs. «En France, on est incapable de dire combien de pompiers sont morts d’un cancer lié à leur activité professionnelle», déplore Rémy Laurens. Pour mesurer le retard de l’Hexagone, il faut traverser l’Atlantique. Le Canada est pionnier sur cette question. À Ottawa, une statue en bronze d’un pompier pointe en direction d’un mur sur lequel sont gravés les noms des soldat·es du feu mort·es en service. À leurs côtés sont inscrits depuis quelques années ceux des victimes de cancers liés à leur exposition au travail. Texte intégral (1543 mots)

Quatre cancers reconnus en France
Un parcours du combattant
«Le sujet peut faire peur»
Clément Gousseau
Des clameurs s’élèvent d’un ponton du bord de la Loire, à Saumur (Maine-et-Loire), ce mercredi 2 septembre. Une dizaine d’enfants agitent frénétiquement les mains, les yeux rivés sur l’eau. Voguant dans leur direction, Léa Navarro salue la foule, escortée par une flotille. Voilà trois jours que cette salariée de Wings of the Ocean, une association qui agit pour la protection des littoraux, a quitté Tours (Indre-et-Loire), sa ville d’origine. Elle a entrepris une odyssée de plus d’un mois qui doit la mener jusqu’à La Rochelle (Charente-Maritime), où elle vit, le 3 octobre. Ce périple, à bord d’un canoë jusqu’à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), puis à vélo le long du littoral, vise à pister nos déchets plastiques jusqu’à l’océan. «Ce n’est pas tous les jours qu’on accueille une personne engagée dans cette démarche», se réjouit Delphine Aslan, adjointe en charge de la démocratie participative (Les Écologistes) à la mairie de Saumur. Au-delà du simple «défi sportif, pour mes 30 ans», et du «plaisir de dormir dehors en mangeant des soupes lyophilisées», Léa Navarro compte prendre sa part de la lutte contre cette pollution. «Ça fait six ans que je suis engagée sur ces sujets», rappelle-t-elle. Au fil de son voyage, elle fait de la sensibilisation auprès des enfants et recense les détritus repêchés. «À 19 ans, je suis tombée amoureuse de l’océan en allant surfer avec des copines à Biarritz [dans les Pyrénées-Atlantiques, NDLR]. Quand on aime cet univers, on est vite confronté à la problématique des déchets», rembobine-t-elle. Chaque année, en France, près de huit milliards de bouteilles en plastique et de canettes sont incinérées, enfouies ou abandonnées dans la nature, selon les chiffres de l’Agence de la transition écologique (Ademe). Beaucoup finissent par souiller les mers et les océans, où elles se fragmentent en microplastiques, de petites particules souvent invisibles à l’œil nu. «Avant de me mettre au surf, je n’étais pas plus engagée que cela sur l’écologie, en dehors de ma participation aux marches pour le climat», reconnaît Léa Navarro. Mais la militante, «féministe», découvre vite que «les oppressions et les systèmes de domination» auxquels elle s’oppose sont liés les uns aux autres. «On ne peut pas faire avancer les choses uniquement en achetant en vrac et en ayant une gourde», ironise-t-elle. Son périple donnera lieu à une restitution, avec des données sur les déchets trouvés mises à disposition sur le site internet de Wings of the Ocean. Mais cette adepte de «la science participative» veut aller plus loin : «Je rencontre les maires le long de mon parcours, comme ici, à Saumur. Pas pour être dans une posture de dénonciation, mais pour leur montrer qu’ils peuvent faire bouger les choses.» Avec une idée en tête : promouvoir le retour de la consigne. Elle travaille avec Reloop, une organisation internationale qui œuvre en faveur de l’économie circulaire et qui s’est associée à son projet. «Cela réduirait les dépôts sauvages», espère-t-elle. Et de citer les réussites en la matière aux Pays-Bas et en Slovaquie, pays qui ont réintroduit la consigne ces dernières années. Une dizaine d’élu·es l’ont déjà reçue, comme à Ancenis et Pornic (Loire-Atlantique). Elle raconte : «Ils se disent prêts à envisager des choses dans leur commune s’ils sont accompagnés ; il faut maintenant laisser la graine germer.» Début septembre, le gouvernement a renoncé à mettre en place un dispositif de consigne obligatoire pour les bouteilles en plastique. «Cette idée n’est pas la solution miracle, mais cela permettrait déjà d’avancer et d’avoir des impacts», souffle Léa Navarro. Notamment au niveau local : «Je crois beaucoup en l’humain, au fait de se parler ; ce sont les gens ancrés dans leur territoire qui ont le pouvoir de passer à l’action.» Rien d’un hasard, pour une «enfant issue d’une famille très politisée, notamment sur la lutte des classes», où l’on «m’emmenait en manif gamine». Pour les maires qui ont refusé sa main tendue, l’activiste a imaginé un moyen de sensibilisation original : «Une bouteille de la mer aux maires.» L’idée ? «Déposer dans ces mairies une lettre dans une bouteille ramassée le long de mon parcours», expose-t-elle. Les édiles qui le souhaitent peuvent ensuite être accompagné·es par Reloop afin d’imaginer des actions locales. Une manière de «prendre le pari de l’humour et de la bonne humeur», souligne Léa Navarro. Celui de l’engagement, aussi : «On a toutes les raisons d’être pessimistes pour l’avenir, mais on doit se mettre en mouvement.» D’ailleurs, son odyssée du plastique est «loin d’être solitaire. J’ai tout le temps des amis qui m’accompagnent ; ma grand-mère est même montée sur mon canoë lors du départ», s’amuse-t-elle. Et ce n’est qu’une première pierre : «Toute ma vie, je sais que je serai engagée sur ces sujets-là.» Elle espère politiser cette question, la prochaine élection présidentielle en ligne de mire. «Ce serait irresponsable de ma part de ne pas vouloir m’engager», tranche la Rochelaise d’adoption. Il s’agit aussi de proposer un autre récit. «On n’a pas besoin de partir à l’autre bout du monde pour vivre de belles aventures : je croise tous les jours des gens qui sont ultra-attachés à la Loire, décrit-elle. Cela peut faire “boomeuse” de dire ça, mais je pense qu’on a aussi besoin de sortir de nos écrans et de se rendre compte des choses.» Avant de rejoindre un groupe d’enfants armé·es de seaux pour ramasser des déchets, elle lance une dernière bouteille à la mer : «On a besoin de rêver pour pouvoir lutter.» Texte intégral (1443 mots)


Une bouteille de la mer aux maires

«Toute ma vie, je sais que je serai engagée sur ces sujets-là»

Lilou Hiver
Partout en France, les centres de données poussent comme des champignons. Pour justifier cette prolifération, le gouvernement et les acteurs du numérique brandissent toujours le même argument, celui de la souveraineté. Un discours omniprésent depuis le Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle (IA), organisé à Paris en février 2025. Dernier exemple en date : le 24 août, avec le projet d’un data center Microsoft à Petit-Landau (Haut-Rhin). Celui-ci a reçu un avis favorable du commissaire enquêteur, qui considère qu’il «répond à un objectif de souveraineté numérique nationale». Mais peut-on parler de souveraineté alors que le projet est lancé par une entreprise étasunienne ? Non, selon Alexandra Lutz, de l’association technocritique Data for Good. «Quand on parle de souveraineté numérique, on entend la capacité des États à contrôler les infrastructures, les données et les ressources, et à limiter leur dépendance vis-à-vis d’autres nations», explique-t-elle. Les sociétés étasuniennes sont pourtant derrière l’écrasante majorité des centres de données en Europe. Sur les 15 gigawatts (GW) d’électricité réservés à ces infrastructures, seulement 1,4 GW est utilisé par des entreprises européennes. Les nouveaux projets ne font pas exception. Google prévoit de s’implanter près de Châteauroux (Indre), tandis qu’Amazon Web Services (AWS) construit un centre à Wissous (Essonne). Selon la Commission européenne, d’ici 2028, AWS, Microsoft et Google devraient exploiter 65% des data centers en Europe. À cela s’ajoutent les nombreux projets d’opérateurs étatsuniens comme Digital Realty ou Equinix. Ces sociétés développent en France des centres de données qui sont par la suite loués à d’autres. L’hébergement des données sur le territoire français, même si le data center est étranger, est présenté comme un moyen de renforcer leur protection face aux ingérences de pays tiers. En théorie, par sa localisation, le site est soumis au cadre juridique européen. Sauf qu’en novembre 2025, la Commission européenne a présenté un paquet législatif «omnibus» afin de simplifier des lois européennes sur la régulation numérique et de faciliter l’utilisation des données personnelles par les entreprises. Cet omnibus doit encore être négocié et approuvé par le Parlement européen et les États membres. «Si on annonce relocaliser les structures pour avoir un plus grand contrôle dessus, pourquoi supprime-t-on les règlementations qui nous protègent ?», fait mine d’interroger Alexandra Lutz. Aux États-Unis, l’extraterritorialité du droit est particulièrement forte. Grâce au Cloud Act de 2018, «les autorités américaines peuvent exiger l’accès à des données contrôlées par une entreprise américaine, même lorsque celles-ci sont stockées dans un data center situé en France», détaille la membre de Data for Good. L’un des projets phares de la «souveraineté numérique» française est le Campus IA de Fouju (Seine-et-Marne). L’entreprise tricolore Mistral AI et la Banque publique d’investissement (BPI) le financent. Mais, comme l’a révélé l’Observatoire des multinationales, 70% du capital du futur plus grand data center d’Europe sera détenu par le fonds émirati MGX et l’éditeur de logiciels étasunien Nvidia. «Le numérique ne peut pas exister en dehors d’un système mondialisé», estime Tom (il a souhaité rester anonyme), du collectif StopMicro, qui lutte contre l’accaparement des ressources et les nuisances causées par l’industrie des puces électroniques. «Pour financer un data center de cette envergure, il faut attirer des capitaux étrangers. C’est une illusion de croire qu’on pourrait produire du numérique à l’échelle locale», ajoute-t-il. Même le champion français de l’IA ne peut pas se passer de deniers étrangers. Mistral AI compte parmi ses actionnaires le géant sud-coréen Samsung, ainsi que plusieurs groupes et fonds étasuniens. Sans compter que, pour faire tourner un centre de données, il faut utiliser des semi-conducteurs – des puces électroniques qui conduisent le flux de courant – qui reposent eux aussi sur une chaîne de production mondialisée. Les matières premières comme le cuivre, le cobalt, le tantale ou encore le silicium proviennent d’Asie, d’Afrique et des Amériques. En outre, la fabrication des puces les plus avancées se concentre à Taïwan et en Corée du Sud, avec des étapes de conception, de production et d’assemblage réparties entre l’Europe, les États-Unis et l’Asie. «À l’heure actuelle, on estime que lors de sa fabrication, une puce électronique fait deux fois et demie le tour du monde et franchit 80 frontières, note Tom, qui s’appuie sur une étude de l’Association européenne des semi-conducteurs (Esia). Aucun pays ne peut maîtriser à lui seul l’ensemble de la chaîne.» Dans la course mondiale à l’IA, la France veut sa part du gâteau. Parmi les leaders européens, elle entend devenir un adversaire de taille face aux États-Unis et à la Chine. C’est pour cette raison qu’elle veut accueillir des centres de données sur son territoire. «Le seul moyen de faire accepter ces projets, c’est d’utiliser la carte de la souveraineté numérique, mais on assiste à du “souveraineté-washing” : il s’agit d’un mensonge», déplore Cyrielle Châtelain, présidente du groupe Écologiste et social à l’Assemblée nationale et rapporteure d’une commission parlementaire sur les dépendances dans le secteur du numérique. Des data centers qui permettent d’atteindre la «souveraineté numérique» sont-ils possibles ? Les conclusions du rapport rendues le 15 juillet énoncent plusieurs pistes. «On ne sera jamais 100% indépendants, mais si on s’éloigne du modèle américain et qu’on relocalise nos données dans des centres européens, bien plus petits et moins énergivores, ce serait déjà un premier pas», estime la députée écologiste. Certaines entreprises françaises, comme OVHcloud ou Scaleway, défendent une approche qui va dans ce sens. Les auteur·ices du rapport proposent de mettre en pause l’installation de centres de données détenus par des entreprises extra-européennes. Elles et ils veulent aussi que les sociétés qui manipulent des données de santé soient immunisées face aux lois extraterritoriales étasuniennes. Doctolib ne pourrait ainsi plus continuer d’être hébergé par Amazon, par exemple. Cyrielle Châtelain de soulever : «Évidemment, pour que tout cela fonctionne, il faut revoir nos usages numériques et ne plus mettre de l’IA partout.» Texte intégral (1690 mots)


Des données pas si bien protégées
«On ne peut pas produire du numérique local»

Des pistes pour plus de souveraineté
🌱 Bon Pote
Actu-Environnement
Amis de la Terre
Aspas
Biodiversité-sous-nos-pieds
🌱 Bloom
Canopée
Décroissance (la)
Deep Green Resistance
Déroute des routes
Faîte et Racines
🌱 Printemps des Luttes Locales
F.N.E (AURA)
Greenpeace Fr
Journalistes d'Investigation Ecologie Climat
Journalistes & Ecrivains Nature Ecologie
La Relève et la Peste
La Terre
Le Lierre
Le Sauvage
Low-Tech Mag.
Motus & Langue pendue
Mountain Wilderness
Negawatt
Observatoire des médias sur l Écologie
🌱 Observatoire de l'Anthropocène