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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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09.10.2026 à 10:48

Manifestations des 10 et 11 octobre contre la loi Omnibus «pesticides» : la carte des rassemblements près de chez vous

Zoé Moreau

(496 mots)

Rarement un texte européen aura suscité une telle mobilisation en France. Il s’agit de l’Omnibus X, ou Omnibus «pesticides», un paquet législatif qui prévoit notamment d’assouplir les procédures d’autorisation des produits phytosanitaires. Face à ce projet «encore plus dangereux que la loi Duplomb», selon Greenpeace France, la contestation s’organise. Ce week-end, plus de 30 rassemblements, «manifestives» et autres opérations de tractage sont prévus dans l’Hexagone, de Paris à La Rochelle en passant par Perpignan et Strasbourg.

Cliquez ici pour voir la carte en plein écran.

La liste des organisations mobilisées est longue. Dans la coalition figurent Cancer colère, Générations futures, Attac, le Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest (CSVPO), le syndicat agricole Confédération paysanne et Greenpeace France, aux côtés d’une centaine d’autres associations écologistes, nationales et locales.

«L’un des pires reculs jamais connus»

Ensemble, elles dénoncent un texte qui «nous ramène des décennies en arrière, en défaisant les protections actuelles sur l’usage des pesticides, imparfaites mais durement acquises». S’il était adopté, préviennent-elles, il «renforcerait directement et très concrètement l’exposition de nos corps, des écosystèmes, de notre alimentation et de nos territoires à des substances dangereuses».

L’objectif de ce week-end de mobilisation est de faire monter la pression citoyenne sur les négociateur·ices européen·nes. Il y a une dizaine de jours, les États membres sont parvenus à un compromis, un stade qu’ils n’avaient pas réussi à franchir depuis le début des négociations, un an plus tôt.

Prochaine étape : l’examen du texte au Parlement européen. Un premier vote est prévu en commission en novembre, avant un scrutin en séance plénière attendu en décembre, selon le média Contexte. La coalition d’opposant·es appelle d’ores et déjà à «apporter les casseroles et faire du bruit» ce jour-là. Et prévient : «Si ce texte est voté, il serait l’un des pires reculs jamais connus en matière de réglementation» sur les pesticides.

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09.10.2026 à 06:00

Au CHU de Poitiers, des ateliers ouverts à tous pour éviter les produits toxiques qui dérèglent le système hormonal

Marie Sénéchal

Texte intégral (1489 mots)
L’atelier dure deux heures, avec une partie théorique sur les sources de pollution intérieure et une partie pratique sur la confection de produits ménagers. © Marie Sénéchal/Vert

Après avoir pesé du savon de Marseille en copeaux et du savon noir liquide, Heitiare*, étudiante de 19 ans en CAP petite enfance, verse les ingrédients dans deux litres d’eau bouillante. Prunelle*, interne en médecine générale, la rejoint pour mélanger le tout. En quelques minutes, six petits bocaux de lessive sont mis à disposition de ces participantes à l’atelier. Celui-ci, organisé le 5 octobre par la maison de santé du centre hospitalier universitaire (CHU) de Poitiers (Vienne), est consacré à la qualité de l’air.

Il fait partie d’un cycle de trois sessions de deux heures, les deux autres étant consacrées à l’alimentation et aux cosmétiques. Depuis sa création en 2023, il était adressé aux parents et futurs parents. Mais le périmètre s’élargit. À compter de ce mois d’octobre, il est proposé à toute personne qui souhaite agir sur son quotidien.

Le programme est intégré dans la stratégie des «1 000 premiers jours» de l’Agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine. Cette période, qui «va du quatrième mois de grossesse aux deux ans révolus de l’enfant», est déterminante dans la mesure où les environnements dans lesquels elle ou il grandit «influencent son développement mais aussi sa santé future», relate l’ARS sur son site.

Identifier les polluants et leur impact

L’enjeu principal du programme est de réduire l’exposition aux polluants, en particulier celle aux perturbateurs endocriniens. Ces substances chimiques sont omniprésentes dans notre quotidien et se cachent aussi bien dans notre habitat que dans nos médicaments. On en retrouve dans les pesticides pulvérisés sur les fleurs ou présents sur nos vêtements ; dans la combustion des bougies ou des feux de cheminée ; ou encore à travers le formaldéhyde, un gaz qui s’échappe des meubles neufs.

Elles sont notamment soupçonnées de jouer un rôle dans le développement de certains cancers, de l’obésité et du diabète de type 2. Mais aussi dans l’apparition de troubles du système reproducteur et du neurodéveloppement, ainsi que de maladies thyroïdiennes.

Heitiare et Prunelle confectionnent de la lessive maison en suivant la recette donnée par l’infirmière en santé-environnement, Anne-Sophie Gourgues. © Marie Sénéchal/Vert

«Que dérèglent les perturbateurs endocriniens ?», demande au groupe Anne-Sophie Gourgues, infirmière en santé-environnement et conseillère médicale en environnement intérieur. «Le système hormonal», répond du tac-au-tac Audrey A.*, enceinte de sept mois, qui participe à son dernier atelier. Les perturbateurs endocriniens peuvent imiter l’action des hormones, en modifier les effets ou encore la bloquer, ce qui entraine un déséquilibre.

L’infirmière dépose sur la table une affiche avec les différentes pièces d’une maison. «Quelles sont les sources de pollution de l’air intérieur ?», interroge-t-elle. Les réponses fusent : le canapé, les produits ménagers, la peinture, les jouets… «Ils sont partout et agissent en silence, de façon chronique», déplore Anne-Sophie Gourgues.

«Le propre n’a pas d’odeur»

La première solution pour purifier l’air intérieur reste l’aération, à raison d’au moins deux fois dix minutes, matin et soir, ainsi que la présence d’une ventilation mécanique contrôlée (VMC). Anne-Sophie Gourgues recommande également de fabriquer soi-même ses produits ménagers, afin de limiter l’exposition aux perturbateurs endocriniens et aux allergènes, notamment présents dans les parfums. Elle souligne que «faire soi-même la préparation permet de s’apercevoir que c’est facile et rapide».

Pourtant, dès que le groupe est invité à faire son propre produit, Audrey D.*, 32 ans, venue avec sa fille de cinq mois, dit ne pas avoir le temps. Une idée rapidement balayée : il a suffi de quelques minutes à Heitiare et Prunelle pour fabriquer leur lessive. «Je vais essayer d’en faire à la maison», sourit finalement la trentenaire. Elle repart, comme les autres, avec un livret de recettes pour la lessive, du spray dégraissant, de la poudre pour le lave-vaisselle, du liquide vaisselle ou encore du produit pour laver les vitres. Et pour certain·es qui s’inquiètent du manque de parfum, l’infirmière rappelle que «le propre n’a pas d’odeur».

Le groupe est invité à décrypter les listes d’ingrédients de plusieurs produits ménagers. © Marie Sénéchal/Vert

Cette dernière insiste aussi sur le fait de ne pas culpabiliser et de mettre en place ce qui est à sa portée : «Vous pouvez continuer d’acheter votre lessive, si c’est plus simple pour vous.» Pour faire un choix éclairé, l’infirmière propose de regarder les étiquettes des différents produits posés sur la table. «Sur le devant de la bouteille, c’est du marketing ; à l’arrière, sur la liste d’ingrédients, ce sont des faits», tranche-t-elle, avant de donner un coup de main pour décrypter les composants et les différents labels.

Une volonté d’élargir le dispositif

Les bienfaits de l’atelier ont été documentés dans le cadre du projet de recherche Preved (pour «Pregnancy, prevention, endocrine disruptors», c’est-à-dire «Grossesse, prévention, perturbateurs endocriniens»), mené de 2014 à 2021 à Poitiers par Marion Albouy, professeure des universités et praticienne hospitalière au CHU.

Après avoir observé 436 ateliers d’éducation pour la santé environnementale, cette dernière a constaté que «les femmes qui ont participé aux ateliers ont montré une meilleure perception des risques liés aux perturbateurs endocriniens et ont modifié leurs habitudes de consommation», peut-on lire sur le site du CHU.

«Nous devons toucher 10% des femmes qui accouchent dans la Vienne, détaille Adeline David, chargée de projet en promotion de la santé, qui s’occupe du dispositif. Il y a environ 3 800 naissances par an, donc on doit toucher près de 400 femmes. En réalité, nous sommes plutôt aux alentours de 150 à 170.» En 2025, l’ARS, qui finance le projet, a dénombré 13 cycles d’ateliers réalisés et 124 femmes enceintes ayant assisté à au moins l’un d’eux.

L’Agence régionale de santé souhaite à présent élargir le dispositif à tout le département et ainsi toucher des publics plus éloignés du système de soins. Pour cela, elle envisage d’organiser ces ateliers «hors les murs», en lien avec les collectivités territoriales, les professionnel·les de santé et les CCAS (Centres communaux d’action sociale). Des sages-femmes de la maternité du CHU sont par ailleurs en cours de formation pour étoffer l’équipe actuelle.

Le travail porte aussi sur la sensibilisation des professionnel·les de santé. Pour l’heure, les personnes arrivent aux ateliers par l’intermédiaire de la CAF (Caisse d’allocations familiales), de l’Assurance maladie ou du bouche-à-oreille, mais rarement sur recommandation d’un médecin. La présence de futur·es médecins aux ateliers va dans le sens de cette sensibilisation : Prunelle, interne en médecine, prévoit ainsi de parler du programme à sa patientèle.

*Ces personnes n’ont pas souhaité donner leur nom de famille.

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08.10.2026 à 11:41

«On décrète les lycéens ennemis de la nation comme on avait désigné les écologistes écoterroristes»

Mathilde Picard

Texte intégral (1535 mots)
Le mouvement lycéen a rassemblé des dizaines de milliers de personnes place de la République, à Paris le 6 octobre. De nombreuses pancartes portent des messages contre la répression. © Dario Nadal/Vert

La mobilisation lycéenne se poursuit ce jeudi avec environ 375 établissements de bloqués ou de fermés. Depuis ses débuts à la mi-septembre, elle a été marquée par plus de 6 000 interpellations, essentiellement de mineur·es, selon le ministère de l’intérieur. Au total, 215 élèves, 700 membres des forces de l’ordre et une centaine de professeur·es et autres personnels d’éducation ont été blessé·es, selon les chiffres officiels annoncés mardi.

À Tours (Indre-et-Loire), un lycéen de 16 ans a perdu l’usage d’un œil lors d’un blocage, la semaine dernière ; lundi, un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade à Lens (Pas-de-Calais). Un autre a eu la mâchoire fracturée à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise), après un tir de grenade lacrymogène. La police des polices a ouvert dix enquêtes dans le cadre de ces manifestations.

Une situation qui rappelle la criminalisation des mouvements écologistes, notamment lors de la manifestation de Sainte-Soline (Deux-Sèvres) en mars 2023. Pour mieux comprendre, Vert a interviewé Sebastian Roché. Il est sociologue, spécialiste des questions de police, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et auteur du livre La police contre la rue, Grasset, 2023.

La réponse policière à la mobilisation lycéenne est-elle inédite ?

Les usages d’armes à feu sublétales [qui immobilisent et visent à minimiser le risque mortel, NDLR] et les processus d’interpellations de masse que l’on constate dans la gestion de ce mouvement sont deux éléments qui caractérisent la gestion des foules en France depuis plus de dix ans. Il y a une très grande continuité pendant les deux mandats d’Emmanuel Macron en la matière. On a vu le développement de l’utilisation de ces armes dès 2016, quand François Hollande était président et Bernard Cazeneuve ministre de l’intérieur. À l’époque, ce dernier avait rappelé aux forces de l’ordre les exigences de la déontologie des policiers dans le cadre de la manifestation Nuit debout [en opposition à la loi travail El Khomri, NDLR].

Il y avait malgré tout déjà eu des tirs généreux de LBD [les lanceurs de balles de défense, NDLR]. Cette doctrine s’est accentuée pendant le mouvement des Gilets jaunes en 2018, y compris contre des étudiants qui avaient rejoint la mobilisation. Celle-ci était protéiforme, avec des manifestations urbaines et d’autres rassemblements sur des ronds-points. À cette époque, deux adolescents avaient été mutilés en une semaine. Donc il existe des précédents.

Depuis, cette approche par les armes est devenue le pivot de la gestion des foules. On en a une nouvelle preuve aujourd’hui. Ce qui est surprenant, c’est le fait que cette doctrine soit appliquée à des adolescents ; juridiquement, en droit international, ce sont même des enfants.

Les policiers eux-mêmes disent qu’ils ne savent plus gérer les foules autrement qu’en utilisant des grenades et des LBD. Il y a donc une perte de compétence professionnelle, de l’aveu même des organisations professionnelles policières.

Comment expliquer l’intensité de cette répression ?

Les interpellations massives des jeunes ne servent à rien d’un point de vue de la gestion du mouvement. Ce sont des trophées politiques ; le ministre de l’intérieur peut dire : «Nous avons bien travaillé.» Cela signifie que son objectif n’est pas de rétablir la paix dans le pays, mais de réaliser de nombreuses interpellations. Pour les mobilisations lycéennes, on est à plus de 6 000, c’est davantage que pendant les émeutes qui ont suivi la mort de Nahel, ce jeune homme tué par un tir de policier en 2023.

De nombreuses interpellations avaient suivi les émeutes de l’époque. Mais celles-ci avaient été marquées par 1 000 magasins pillés, 250 écoles incendiées et des dizaines de commissariats touchés par des tirs de fusées et de mortiers d’artifice. Les arrestations faisaient donc suite à des actes hostiles clairs et nombreux à l’échelle nationale.

On n’observe rien de tout ça dans le cadre du mouvement actuel. Vingt-quatre établissements ont été endommagés, mais il n’y a eu aucun pillage, aucune tentative de s’en prendre aux commissariats de police. On n’est pas du tout dans une perspective de violences urbaines, comme l’affirme le ministre, c’est une interprétation complètement fantaisiste de sa part.

Ce volume d’interpellations est stupéfiant et préoccupant. Il est rendu possible seulement par une organisation industrielle des forces de l’ordre : moyens de transports massifs et disponibilité de nombreux officiers de police… Ce n’est pas une nécessité, mais un choix de Laurent Nuñez [le ministre de l’intérieur, NDLR] qui a décidé de réagir au moindre incident. Le gouvernement a baissé le seuil de tolérance au désordre à un niveau tel que si une poubelle roule à terre, c’est suivi d’une interpellation.

Ce ne sont donc pas les situations de tension devant les établissements qui expliquent les interpellations en masse, mais la préparation de la police et le calibrage du processus en amont. La réponse policière est anticipée et planifiée. Cette gestion détourne le sens même des interpellations : on a tellement rien à reprocher aux personnes interpellées que la plupart ne vont pas en garde à vue. La politique agressive de la police contre la jeunesse n’a jamais connu une telle ampleur, on n’a jamais eu autant de mutilés. C’est spectaculaire.

La répression de ces mobilisations s’inscrit-elle dans la continuité de celle à l’encontre des écologistes en 2023, à Sainte-Soline ?

Ce qui fait le lien entre les deux, c’est une même décision politique : on décrète les lycéens ennemis de la nation comme on avait désigné les écologistes «écoterroristes». Cette ligne tranche avec le traitement des manifestations des agriculteurs, considérés par le gouvernement comme «des patriotes».

Le ministre de l’intérieur est l’autorité décisionnaire. Soit elle sacralise les protestataires et décide de ne pas envoyer les CRS ni d’utiliser de LBD contre «les patriotes», soit elle démonise les autres manifestants, comme à Sainte-Soline. Sur ceux-là, elle décide qu’on peut ouvrir le feu avec des lance-grenades à tir tendu et des LBD. Résultat : des blessés et des personnes dans le coma.

Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS. © Grasset

Dans les mobilisations actuelles, on constate quatre blessures irréversibles chez des adolescents à cause de l’usage de LBD et de grenades. C’est la même logique : le droit à manifester est plus ou moins accordé en fonction des mouvements qui plaisent ou déplaisent au gouvernement.

Cette politique redéfinit le droit à manifester. On voit que l’exécutif cherche à s’affranchir des limites du droit, même s’il le fait selon des degrés de violations moindres que dans d’autres pays, comme en Tunisie par exemple.

Laurent Nuñez a dit : «Je n’ai donné aucune consigne de retenue dans l’usage des armes intermédiaires.» Il faut comprendre ce que signifie cette phrase : il dit que, en tant que ministre, il refuse de reconnaître les souffrances que la police peut infliger aux citoyens. Enfants ou pas, ça ne compte pas.

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08.10.2026 à 11:34

«Nous refusons d’être la poubelle de Paris» : à Vitry-sur-Seine, le projet de méga-incinérateur indigne les associations

Cécile Massin

Texte intégral (1995 mots)
Myriam Goujjane, coprésidente d’Acid-Vitry, demande à la Ville de Paris l’abandon complet du projet d’incinérateur à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). © Cécile Massin/Vert

À Paris, alors que la manifestation lycéenne défile de la place de la République à celle de la Nation, un rassemblement plus confidentiel se tient devant le parvis de l’hôtel de Ville, ce mardi 6 octobre. À l’appel du collectif 3R, de l’Association contre l’incinération des déchets à Vitry-sur-Seine (Acid-Vitry), d’Affamons l’incinérateur de Créteil (Alic) et des Soulèvements de la Terre, une centaine de personnes se sont donné rendez-vous pour manifester leur opposition au projet «Thermo-sur-Seine».

Annoncé par la Ville de Paris à la fin de l’année dernière dans le cadre du renouvellement de la concession de son réseau de chaleur, Thermo-sur-Seine vise à décarboner le réseau de chaleur urbain de la capitale. Le projet prévoit la construction d’un méga-incinérateur de déchets dans le quartier des Ardoines, à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), là où fonctionnait jusqu’en 2015 une ancienne centrale thermique du géant de l’électricité EDF.

L’incinérateur pompera l’eau de la Seine, qui sera ensuite chauffée grâce à l’incinération de 450 000 tonnes de «bois B» (c’est-à-dire faiblement traité) et de combustibles solides de récupération (CSR), acheminés dans un rayon de 300 kilomètres. Selon la municipalité, interrogée par Vert, l’incinérateur doit «permettre de faire passer la part du gaz dans le mix [énergétique de la Ville de Paris, NDLR] de 50% à 22%».

Un projet titanesque, évalué à 1,2 milliard d’euros par la Commission nationale du débat public (CNDP), qui devrait permettre à Paris de faire un pas de géant vers son objectif de neutralité carbone d’ici 2050. Mené par Dalkia, filiale d’EDF à laquelle la concession de service public a été attribuée, «Thermo-sur-Seine» vise également à «renforcer la souveraineté énergétique» et à «mieux protéger le pouvoir d’achat des usagers», ajoute la Ville. Le coût de l’énergie produite est ainsi estimé à 5 euros par mégawattheure (MWh), contre 59 euros/MWh pour le gaz.

Des risques sanitaires et environnementaux

Avec ses plus de 500 kilomètres de canalisation, le réseau de chaleur urbain grand-parisien alimente à ce jour près d’un million d’habitant·es – dont 200 000 hors de Paris. Mais ces arguments avancés par la Ville peinent à convaincre les opposant·es au projet qui, de plus en plus nombreuses et nombreux, fustigent d’une même voix «le mirage de la décarbonation».

Sur le parvis de l’hôtel de Ville, Michel et Albert (ils n’ont pas souhaité donner leur nom complet) portent fièrement leur t-shirt floqué «Cancer colère», du nom du collectif de malades qui entend «politiser le cancer et attaquer ses causes structurelles». L’un comme l’autre ne cachent pas leur inquiétude face aux risques sanitaires que pourrait causer le futur incinérateur, alors que le quartier des Ardoines, étiqueté «opération d’intérêt national», doit accueillir 8 000 logements, des crèches et des écoles. Des inquiétudes largement partagées par Mathilde Rousseau, coprésidente du collectif 3R et habitante d’Ivry-sur-Seine où se trouve actuellement le plus grand incinérateur d’Europe.

Amélie Boespflug est, avec Mathilde Rousseau, coprésidente du collectif 3R. Médecin de formation, elle alerte de longue date sur l’impact des incinérateurs sur la santé. © Cécile Massin/Vert

«À Ivry-sur-Seine, on a réussi à prouver la pollution engendrée par l’incinérateur, entame la mère de famille et militante, en référence aux études révélant la présence de PFAS, des polluants «éternels» dans les filtres d’aération d’écoles à côté de l’incinérateur. Cela devrait nous éclairer sur le fait qu’il ne faut pas incinérer de déchets, et encore moins en zone urbaine dense, car les conséquences sanitaires sont calamiteuses», tempête-t-elle. Le Val-de-Marne compte à lui seul trois incinérateurs (à Créteil, Rungis et Ivry-sur-Seine). Généralement présentés comme une solution verte de traitement des déchets, les incinérateurs sont pourtant régulièrement pointés du doigt pour leurs émissions de substances toxiques, accusées d’entraîner des cancers, des malformations génitales ou encore des troubles endocriniens. «Oui, on est inquiets pour notre santé, sachant qu’on parle de 500 000 personnes dans un rayon de 4 kilomètres», dit-elle.

Un projet «totalement archaïque»

Entourée de pancartes sur lesquelles on peut lire «Un incinérateur ça pollue, la pollution ça tue» ou «Emmanuel [Grégoire, le maire de Paris, NDLR], en 2040, à +50°C, ton usine, on en fait quoi ?», Myriam Goujjane, coprésidente d’Acid-Vitry, fustige un projet «totalement archaïque», à contre-courant des politiques de réduction des déchets. «Les déchets, il faut d’abord les réduire à la source, les réutiliser, les recycler et, seulement à la toute fin, on peut réfléchir à leur traitement, continue Mathilde Rousseau. Or aujourd’hui, l’argent continue d’être fléché vers des solutions de traitement des déchets ! Je m’arrache les cheveux quand j’entends des écolos dire que brûler des déchets plastiques pour se chauffer, c’est un modèle de verdissement. C’est vraiment ça, la solution du futur ?»

La colère est d’autant plus forte que ce méga-incinérateur doit voir le jour dans une banlieue populaire de la capitale, et non à l’intérieur de Paris. Une localisation qui, pour les opposant·es, ne passe pas. «Pourquoi est-ce que ce sont toujours les mêmes populations qui sont visées ?, lance Thomas Dessalles, inspecteur du travail et président de l’Alic, devant la centaine de personnes réunie. Il y en a marre de ce mépris de classe  !», poursuit-il. Il est bientôt rejoint par Bilel Moumni, maire adjoint (sans étiquette) à Ris-Orangis (Essonne) : «Nous refusons que les habitants de la périphérie soient la variable d’ajustement de la transition parisienne», assène l’élu.

Sur place, beaucoup disent refuser que Vitry-sur-Seine se transforme en «poubelle» de Paris. Auprès de Vert, Mathilde Rousseau fait mention d’une étude étasunienne selon laquelle, aux États-Unis, la majorité des incinérateurs se situent dans des zones dans lesquelles vivent des communautés aux faibles revenus ou immigrées : «Ici, c’est la même logique.»

Une «contradiction monumentale» chez les écolos

«Paris est la seule ville de France qui peut se permettre de mettre une usine d’incinération chez une de ses voisines», abonde de son côté Sylvain Raifaud. Membre du groupe écologiste au Grand Paris, il est l’un des seuls élus parmi ses camarades à s’opposer ouvertement à «Thermo-sur-Seine», porté par la majorité socialiste et verte. «Ma position ce soir, est certainement la plus inconfortable, avance-t-il, mais il faut que nous osions engager le rapport de force avec des industriels qui nous refourguent des tonnes de plastiques.»

Sa prise de parole fait suite à celles, largement applaudies, de Sophia Chikirou et Christophe Prudhomme, élu·es La France insoumise à la Ville de Paris. «Pour les Écolos, il y a une contradiction monumentale entre ce qu’ils défendent d’un point de vue politique et ce qu’ils votent au Conseil de Paris, lâche, dans la foule, un opposant au projet qui a préféré rester anonyme. Ils vont finir par devoir s’expliquer, y compris Marine Tondelier [la secrétaire nationale du parti Les Écologistes, NDLR].»

Une centaine de personnes étaient présentes, ce mardi 6 octobre, sur le parvis de l’hôtel de Ville de Paris pour manifester contre le projet de méga-incinérateur. © Cécile Massin/Vert

Face aux critiques récurrentes quant au caractère «anti-démocratique» du projet – ni la mairie de Vitry-sur-Seine, ni le département du Val-de-Marne, ni l’intercommunalité n’ont donné leur accord –, la Ville de Paris tient à rappeler que le projet «fait actuellement l’objet d’une concertation préalable». Organisée sous l’égide de la CNDP et prévue jusqu’au 1er novembre, cette dernière doit permettre de débattre de l’intérêt du méga-incinérateur et de «recueillir les observations du public», insiste la Ville. Les opposant·es restent prudent·es, voire sceptiques. «On n’attend pas grand-chose de la concertation, dit Myriam Goujjane. On sait que ces concertations sont des procédures réglementaires qui ne sont pas de nature à inverser le cours des choses.» Elle est rejointe par Mathilde Rousseau : «Les échanges se font sans chercheurs, scientifiques ou médecins. Ce ne sont pas des conditions adéquates pour débattre», estime-t-elle. Beaucoup disent ne rien attendre non plus de la votation citoyenne organisée par la Ville de Vitry-sur-Seine en décembre.

Continuer à se mobiliser

«Ce qui peut faire la différence, par contre, c’est la mobilisation citoyenne», assurent à l’unisson Myriam Goujjane et Thomas Dessalles. Lancée par le collectif 3R, Acid-Vitry, Alic et les Soulèvements de la terre, la pétition contre le projet d’incinérateur réunit à ce jour près de 5 000 signatures, quand celle du Département en comptabilise plus de 18 000.

«On continue aussi d’informer, insiste Mathilde Rousseau, parce qu’on nous fait croire que c’est un sujet hyper technique, mais on refuse cette technicisation du débat ! On n’est pas obligé d’être ingénieur en usine d’incinération pour comprendre que cette usine va polluer et que cette pollution, on n’en veut pas». Avec les autres associations, elle réfléchit à des alternatives viables, à commencer par la rénovation des bâtiments pour réduire les besoins énergétiques de Paris.

Contactés, le département du Val-de-Marne, la Ville de Vitry-sur-Seine et Dalkia n’ont pas répondu à nos sollicitations.

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