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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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28.07.2026 à 17:14

«J’avais le sentiment d’étouffer» : un épisode de pollution «sans précédent» autour des incendies historiques en Gironde

Zoé Moreau

Texte intégral (1168 mots)
Bordeaux (Gironde), le 26 juillet. Un épais nuage de pollution recouvre la ville. © Ed Jones/AFP

Depuis plusieurs jours, les incendies qui ont ravagé 42 000 hectares en Gironde et 3 600 dans les Landes dégagent d’importantes quantités de fumées toxiques. Poussés par les vents, ces panaches s’étendent bien au-delà de la zone des flammes, touchant une large partie de la Nouvelle-Aquitaine. Ce mardi, sur France inter, la ministre de la santé Stéphanie Rist a appelé les habitant·es à «rester à domicile». De son côté, le réseau de surveillance Atmo Nouvelle-Aquitaine qualifie dans son bulletin du jour la qualité de l’air de «dégradée» à «extrêmement mauvaise» en Gironde et dans les Landes, en raison d’un épisode de pollution aux particules en suspension (PM10, inférieures à 10 micromètres).

Les concentrations ont diminué lundi et mardi, mais la situation reste très incertaine. «On est complètement dépendants des vents», explique à Vert Camille Arnaud, d’Atmo Nouvelle-Aquitaine. Les dernières prévisions montrent un déplacement du panache «vers le sud puis vers le littoral, donc il devrait y avoir beaucoup moins d’impact pour les populations dans les prochains jours», précise-t-elle. Avant de nuancer : «Tout peut encore changer.» La ministre a, de son côté, assuré que les autorités restaient «très vigilantes sur la pollution de l’air».

«J’ai eu des migraines toute la journée»

À ce jour, les données disponibles sur le site d’Atmo Nouvelle-Aquitaine montrent que le pic de pollution a été atteint ce week-end en Gironde. Dans la nuit du 24 au 25 juillet, la station de mesure située dans le quartier du Grand Parc, à Bordeaux, a enregistré en moyenne horaire une concentration de près de 600 microgrammes de PM10 par mètre cube (µg/m3) vers 23 heures. À titre de comparaison, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande une limite journalière à ne pas dépasser de 45 µg/m3 – plus de 13 fois moins.

«C’est simple, j’ai eu des migraines toute la journée samedi et dimanche, et des maux de gorge le soir. J’avais le sentiment d’étouffer, raconte à Vert Alexis Gonzalez, habitant de Bègles, en périphérie de Bordeaux. J’avais pourtant laissé toutes les fenêtres de mon appartement fermées et je les avais calfeutrées avec du scotch. Mon balcon était recouvert de cendres, le ciel était noir. Je n’avais jamais vu ça.»

«C’est un événement sans précédent», confirme Camille Arnaud. L’épisode semble même dépasser celui provoqué par l’incendie de Landiras en 2022. À l’époque, seul le «seuil d’information» – fixé à 50 µg/m3 en moyenne journalière – avait été franchi. Cette fois, le «seuil d’alerte», établi à 80 µg/m3, est dépassé depuis plusieurs jours. «En 2022, la météo n’était pas la même. Les vents étaient moins changeants et les populations moins exposées aux fumées qu’aujourd’hui», explique-t-elle encore. Un pic de pollution à 300 µg/m3 a été constaté jusqu’en Haute-Vienne samedi.

Outre les PM10, les fumées des incendies contiennent «d’autres polluants particulièrement dangereux : des composés organiques volatils (COV), comme le benzène ou le formaldéhyde, ainsi que des particules encore plus fines, les PM2,5», souligne auprès de Vert Jean-Baptiste Renard, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et membre du conseil scientifique de l’association Respire. Ces dernières sont notamment capables de passer la barrière de la peau et de pénétrer en profondeur dans tous les organes (notre article).

Les PM2,5 ont été mesurées par les quelques stations girondines qui suivent ce polluant. Dans la nuit du 24 au 25 juillet, toujours vers 23 heures, leur concentration horaire a dépassé les 300 µg/m3 à Bordeaux. C’est plus de 20 fois la valeur guide journalière recommandée par l’OMS, fixée à 15 µg/m3.

2,5 millions de masques acheminés en urgence

Ces niveaux de pollution «sont très élevés», alerte Jean-Baptiste Renard. À court terme, une exposition à ces fumées peut provoquer maux de tête, irritations des voies respiratoires et violentes quintes de toux. «Vu les niveaux atteints, les hospitalisations vont aussi augmenter pour les personnes les plus fragiles», prévient le chercheur.

Les effets sur la santé de ce type de fumées varient selon le niveau d’exposition, la durée, la composition des particules ou la vulnérabilité individuelle. Ils vont de la crise d’asthme à l’infarctus, en passant par l’exacerbation de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), une maladie respiratoire grave, responsable de la mort de 18 000 personnes en moyenne chaque année en France. En cas d’exposition longue – le feu pourrait mettre plusieurs mois avant d’être complètement éteint –, le risque de contracter un cancer du poumon, un diabète de type 2 ou de subir un accident vasculaire cérébral (AVC) augmente aussi.

«Ce n’est vraiment pas le moment de faire du sport», résume Jean-Baptiste Renard. Pour se protéger, Santé publique France recommande de réduire les déplacements et le temps passé à l’extérieur, de garder portes et fenêtres fermées jusqu’à la fin de l’épisode, d’obstruer les aérations avec des linges humides et, si possible, d’arrêter la ventilation mécanique contrôlée (VMC). «Si on doit sortir et qu’on a des fragilités respiratoires ou cardiaques», il faut impérativement «mettre un masque FFP2», a insisté de son côté Stéphanie Rist. Et d’indiquer que quelque 2,5 millions de ces masques ont été acheminés vers les pharmacies de la région.

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28.07.2026 à 12:23

«La nouvelle canicule va encore accentuer la sécheresse déjà historique» : 80% de la France connaît des restrictions d’eau

Mathilde Picard

Texte intégral (1164 mots)
À gauche, une image satellite de l’Hexagone le 26 mai 2026, avant la canicule. À droite, la même vue aérienne le 23 juillet 2026, après les vagues de chaleur de juin et juillet. © Nasa/Modis 2026/Météociel/Montage Vert

«L’été 2026 se démarque des précédents par une sécheresse généralisée particulièrement précoce et intense», a constaté la ministre de la transition écologique, Monique Barbut, dans un point presse lundi. Pour répondre au manque d’eau, «plus de 80% du territoire est visé par des mesures de restriction de la ressource», a-t-elle exposé. Celles-ci concernent la réduction, voire l’interdiction, de l’irrigation agricole, de l’arrosage des jardins ou de certains usages industriels.

62 départements sont considérés comme en «crise». Le taux d’humidité des sols a atteint un seuil exceptionnellement bas et la quasi-totalité des nappes phréatiques est en baisse. «Aujourd’hui plusieurs indicateurs montrent des niveaux comparables à ceux de la sécheresse historique de 1976 ou à celle de 2022», a encore expliqué la ministre. Et d’insister sur le fait que la nouvelle canicule de cette semaine «va encore accentuer cette sécheresse déjà historique». Depuis ce mardi, une nouvelle vague de chaleur s’installe sur l’Hexagone. C’est la troisième de l’année après celles de juin et de juillet et après la canicule précoce du mois de mai.

30 000 personnes face à des coupures d’eau

«L’alimentation en eau potable est sous tension dans plusieurs territoires, plus précisément sur 47 départements français», a souligné Monique Barbut, précisant que des «coupures d’eau au robinet» touchaient déjà «plus de 30 000 personnes sur 80 communes». En tout, l’approvisionnement de 324 000 habitant·es est sous tension.

Ces dernier·es sont ravitaillé·es par des camions-citernes ou grâce à des bouteilles d’eau. La situation dans l’est de la France est particulièrement préoccupante. «Il y a quelques situations dans le Doubs, le Jura et le centre du Massif central (Allier, Puy-de-Dôme, Limousin) où il n’y a pas d’eau à mettre dans les tuyaux», selon Régis Taisne, chef du département cycle de l’eau à la FNCCR, une fédération de collectivités représentant, pour la gestion de l’eau, plus de 51 millions d’habitant·es en France. Le phénomène touche pour l’instant essentiellement «des secteurs plus ruraux et plus isolés», a-t-il précisé.

Un coût économique bien supérieur à celui de la sécheresse de 2022

Cet épisode «historique» auquel est confrontée la France se traduira par des coûts supérieurs à ceux estimés pour celui de 2022, a estimé la ministre. «Pour la sécheresse de 2022, ce coût avait été évalué à 5,6 milliards d’euros, dont 3,5 milliards pour les seules fissures des maisons individuelles liées au retrait-gonflement d’argile, 1,1 milliard de pertes de production agricole et une production hydroélectrique en recul de 20%», a-t-elle rappelé.

Ce à quoi il faudra ajouter les coûts liés aux feux de forêts en cours. La sécheresse des sols et de la végétation alimente et renforce les incendies intenses de ces dernières semaines, transformant les broussailles, champs et bois en combustibles hautement inflammables.

«Alimenter des guerres de l’eau»

Malgré le risque d’assèchement, la Coordination rurale (CR), syndicat agricole dont certains cadres sont proches de l’extrême droite, a appelé les exploitant·es à ne pas respecter les interdictions et restrictions d’irrigation prises face à la sécheresse, la semaine dernière.

L’association France nature environnement a déploré lundi «la lenteur des préfets à appliquer la règlementation prévue et l’absence de réactions formelles aux provocations de la Coordination rurale». Selon l’ONG, c’est «la conséquence manifeste de plusieurs mois d’acceptation sans nuance d’un discours sur la primauté d’accès à l’eau qu’il faudrait donner aux irrigants». La semaine dernière, le Sénat a adopté la loi d’urgence agricole, qui fixe l’objectif de doublement des volumes de stockage d’eau à des fins agricoles d’ici 2035 – un blanc-seing pour construire de nouvelles «mégabassines», selon les associations de protection de l’environnement.

«Respecter les mesures de restriction n’est pas un choix, c’est un devoir. Si j’ai conscience des difficultés auxquelles les agriculteurs font face, il n’est pas acceptable que les règles soient enfreintes, a rappelé la ministre. Les enfreindre, c’est prendre le risque d’alimenter des guerres de l’eau.» Les expert·es du Haut Conseil pour le climat (HCC) ont alerté au début du mois sur la maladaptation de certains secteurs, dont la filière agricole, face aux effets du réchauffement climatique tels que les sécheresses plus intenses et fréquentes.

Pour FNE, cet assèchement est aussi «une catastrophe écologique» pour les écosystèmes, faune et flore comprises. Nombre de cours d’eau connaissent des ruptures d’écoulement et des assecs, entraînant une mortalité des poissons et autres organismes. Une situation loin d’être isolée : la ministre a rappelé qu’en raison du réchauffement climatique, «d’ici 2050, la France pourrait connaître quatre fois plus de sécheresses qu’en 1960».

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28.07.2026 à 11:10

«Se compter pour peser» : l’opération citoyenne lancée par l’Affaire du siècle franchit la barre des 100 000 sinistrés climatiques

Anne-Claire Poirier

Texte intégral (529 mots)
Bordeaux (Gironde), dimanche 26 juillet 2026. Des milliers de personnes ont été évacuées au Parc des expositions à cause de l’incendie qui fait rage à quelques kilomètres de là. © Albert Llop/NurPhoto via AFP

Alors que les catastrophes climatiques de 2026 battent de macabres records, il n’existe toujours aucun recensement des sinistré·es climatiques en France, déplorent les ONG membres de l’Affaire du siècle (Notre Affaire à tous, Greenpeace et Oxfam). «Les personnes qui font des malaises dans des logements bouilloires, perdent un proche lors d’une inondation ou dont la maison se fissure après une sécheresse ne sont, par exemple, jamais comptabilisées dans un décompte global des sinistré·es climatiques». Résultat : «Ces personnes restent largement invisibles dans le débat public et peu écoutées par l’État», écrivaient-elles le 9 juillet dernier.

Ce jour-là, les trois ONG lançaient secompterpourpeser.org, première plateforme citoyenne destinée à recenser et à visibiliser les victimes directes du changement climatique en France. Deux semaines plus tard, près de 105 000 personnes ont déjà répondu au questionnaire. Celui-ci comporte une seule question : «Ces dernières années, avez-vous déjà vécu l’une de ces situations ?». Avec plusieurs réponses possibles : «Mon logement a été touché», «Ma santé a été touchée» ou encore «J’ai perdu un proche ou un animal».

«Je n’ai désormais plus envie d’avoir d’enfant»

La mobilisation a également permis de recueillir plus de 30 000 témoignages décrivant les impacts concrets endurés ces dernières semaines : «Il y a des restrictions d’eau chez moi. L’impact du changement climatique me crée des angoisses» ; «Les enfants ont des coups de chaud les laissant épuisés et malades» ; «J’ai le cerveau en bouillie, et le physique aussi» ; ou encore : «Je n’ai désormais plus envie d’avoir d’enfant».

Pour les ONG qui ont lancé la plateforme, «cette mobilisation illustre le besoin urgent de protection exprimé par les Français·es». Elles comptent bien s’en saisir pour «rappeler à l’État sa mission de protection de sa population» et réclament la mise en œuvre de 30 actions concrètes. Parmi elles, une cessation immédiate d’activité pour les travailleur·ses exposé·es aux fortes chaleurs, l’instauration d’un droit effectif à l’eau potable ou encore la prise en charge systématique par les assurances des maisons fissurées par le phénomène de retrait-gonflement des argiles.

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27.07.2026 à 12:24

«Je les traite comme mes enfants» : dans les décombres de Gaza, ces apiculteurs tentent de sauver les abeilles, un enjeu de sécurité alimentaire

Ansam Al-Qitaa

Texte intégral (1870 mots)
Quartier d’Al-Tuffah, à l’est de Gaza (Palestine), le 16 juin 2026. Ahmed Al-Kahlout et ses ruches installées sur les ruines de sa maison. © Ansam Al-Qitaa/Vert

Ahmed Al-Kahlout, apiculteur à Gaza (Palestine), emporte ses ruches avec lui dès qu’il fuit la guerre. À chacun de ses plus de vingt déplacements à travers le pays, cet homme de 39 ans charge ses boîtes de ruches sur n’importe quel moyen de transport disponible. «Je les traite comme mes enfants. Ce n’est pas seulement un gagne-pain. Elles font partie de mes souvenirs, de ma vie et de l’avenir de mes enfants», confie-t-il.

Ahmed Al-Kahlout a perdu son père, son frère et sa sœur dès le premier mois des représailles israéliennes après les massacres du Hamas le 7 octobre 2023. Sa maison à Gaza City a été entièrement détruite : elle abritait sept appartements et trois boutiques remplies de matériel apicole, de machines à extraire le miel et de tonneaux de stockage.

Quartier d’Al-Tuffah, à l’est de Gaza (Palestine), le 16 juin 2026. La maison d’Ahmed Al-Kahlout a été entièrement détruite. © Ansam Al-Qitaa/Vert

Certaines abeilles ont survécu, mais quelque 600 ruches familiales héritées sur plusieurs générations ont été abandonnées lorsque l’armée israélienne a coupé l’accès aux zones orientales de Gaza. L’apiculteur raconte : «Quand la guerre a commencé, nous ne pouvions pas atteindre les ruchers. Nous avons tout perdu.»

Ruche après ruche

Avant la guerre, le secteur apicole gazoui était presque autosuffisant. La bande de Gaza consommait environ 450 tonnes de miel par an, et la production s’élevait à environ 380 tonnes, selon Hamada Hamada, directeur de l’Association coopérative des apiculteurs de Gaza. Aujourd’hui, la production s’est effondrée. Hamada Hamada estime les pertes du secteur à 39 millions de dollars (34 millions d’euros). Quelque 30 000 ruches ont été perdues, 905 apiculteurs se sont retrouvés sans emploi, et vingt ont été tués. Le directeur de l’association avertit : «Les abeilles sont les principaux pollinisateurs des cultures de Gaza, et leur disparition aura des conséquences sur la production alimentaire.»

Quartier d’Al-Tuffah, à l’est de Gaza (Palestine), le 16 juin 2026. Les abeilles d’Ahmed Al-Kahlout sont moins productives depuis le début de la guerre. © Ansam Al-Qitaa/Vert

En effet, ces insectes jouent un rôle essentiel dans la pollinisation des plantes sauvages comme des cultures, ce qui en fait un maillon vital de la continuité de la vie agricole, comme l’explique Abdel Fattah Abd Rabbou, professeur de sciences environnementales à l’université islamique de Gaza : «Le déclin des populations d’abeilles et la perte de milliers de ruches signifient une baisse de l’efficacité de la pollinisation, un recul de la production de fruits et de graines, et un affaiblissement de la capacité des plantes à se régénérer et à croître.»

Marwan Shabbat, 45 ans, a reconstruit son cheptel deux fois et l’a perdu deux fois. Avant la guerre, il entretenait plus de 400 ruches ; quand son secteur est passé sous le contrôle de l’armée israélienne, il n’a plus pu les approcher. «Jusqu’à ce jour, je ne sais pas ce qui est arrivé à ces ruches», souffle-t-il.

Quartier d’Al-Tuffah, à l’est de Gaza (Palestine), le 16 juin 2026. Marwan Shabbat sur un terrain à côté de sa maison en ruine. © Ansam Al-Qitaa/Vert

Durant une période de cessez-le-feu, Marwan Shabbat a obtenu dix ruches auprès d’un collègue et, fort de trente ans de pratique, les a multipliées jusqu’à en avoir 120. Puis, la guerre a repris. «J’ai tout perdu à nouveau», déplore-t-il. L’apiculteur a recommencé avec quatre ruches ; aujourd’hui, il en a environ 170. Marwan Shabbat a toujours peur de perdre ses ruches en cas de nouvelle incursion, mais il affirme : «Même si je perds tout encore une fois, je ramasserai les abeilles une par une dans une bouteille et je repartirai de zéro.»

La famine a atteint les abeilles

Les pénuries qui ont poussé la population de Gaza aux portes de la famine ont aussi eu des effets sur les abeilles. Avec la flambée des prix, les apiculteurs qui utilisent le sirop de sucre pour compléter l’alimentation de leurs colonies ont dû improviser. Marwan Shabbat a redistribué le miel des ruches les plus fortes vers les plus faibles pour éviter qu’elles ne meurent. «La famine a touché les animaux et les insectes aussi», souligne-t-il.

De même, la cire d’abeille et les cadres, indispensables à la reproduction des colonies et à la construction des ruches, sont presque absents du marché. Ce que l’apiculteur veut avant tout, c’est que la cire puisse passer la frontière : «Les boîtes, on peut les fabriquer avec n’importe quoi, mais la cire est irremplaçable. C’est là que la reine pond ses œufs, là où les jeunes abeilles grandissent.»

Quartier d’Al-Tuffah, à l’est de Gaza (Palestine), le 16 juin 2026. Marwan Shabbat vit dans la peur continue de perdre ses ruches. © Ansam Al-Qitaa/Vert

Hamada Hamada, le directeur de la coopérative, souligne que, sans cire et autres intrants de base, la reprise du secteur n’aura pas lieu. Avant la guerre, le miel se vendait environ 60 shekels le kilo (18 euros) ; il se négocie désormais entre 150 et 200 shekels le kilo (44 à 59 euros). Et ce qui arrive sur le marché part rapidement, non comme produit alimentaire, mais comme médicament.

Le miel est devenu un traitement pour des affections comme la jaunisse, les approvisionnements pharmaceutiques étant perturbés et les prix devenus inabordables. Certains apiculteurs recourent aussi à l’apithérapie au venin d’abeille pour soigner des maladies. «Les gens à Gaza utilisent le miel davantage pour se soigner, à cause de l’absence de médicaments et de la flambée des prix», indique Marwan Shabbat.

«Le manque de nourriture risque de tuer certaines ruches»

Abu Mohammed Wahdan, 54 ans, a quitté Beit Hanoun, dans le nord, dès le premier jour de la guerre, laissant derrière lui 600 ruches. Il a tout de même pris deux boîtes avec lui. «Je ne peux pas imaginer être séparé des abeilles», assure-t-il. Mais, en juillet 2024, un déplacement forcé l’a empêché de les emporter. Le site a été frappé et les colonies sont mortes.

Quartier d’Al-Tuffah, à l’est de Gaza (Palestine), le 16 juin 2026. Le miel de Marwan Shabbat est utilisé comme médicament. © Ansam Al-Qitaa/Vert

Aujourd’hui, Abu Mohammed Wahdan vit dans une tente dans le camp de Nuseirat, près de Gaza Ville. Il y a trois mois, des amis lui ont offert une nouvelle ruche. Il confie : «Quand je l’ai tenue, je l’ai plaquée contre mon visage et j’ai pleuré.» À partir d’elle, il en a produit une deuxième. «Ma joie pour cette nouvelle ruche était plus grande que celle à la naissance de mes enfants», sourit-il.

De son côté, Ahmed Al-Kahlout a commencé l’année avec dix ruches achetées 1 000 dollars (environ 880 euros) pièce, dix fois le prix d’avant-guerre. Il en est maintenant à soixante, grâce à une sélection soigneuse des reines et à la division des essaims. En revanche, il estime qu’une ruche productive donnait environ douze kilos de miel avant la guerre ; aujourd’hui, ce chiffre est quasi nul. L’apiculteur dépense plus pour nourrir ses abeilles qu’il ne tire de revenus. «Mais nous essayons de maintenir les abeilles en vie jusqu’à ce que les conditions s’améliorent», espère-t-il.

Quartier d’Al-Tuffah, à l’est de Gaza (Palestine), le 16 juin 2026. La famille d’Ahmed Al-Kahlout pratique l’apiculture depuis trois générations. © Ansam Al-Qitaa/Vert

Les prairies et le couvert arboré qui nourrissaient autrefois les ruches de Gaza – eucalyptus, cotonnier et tamaris – ont été en grande partie détruits. Les fortes pluies de l’hiver dernier ont apporté un soulagement temporaire, permettant à une partie de la végétation de repousser, mais Ahmed Al-Kahlout s’inquiète pour les mois à venir. Il prévient : «Le manque de nourriture risque de tuer certaines ruches, et cela va affecter la qualité et la quantité du miel.»

Le professeur Abdel Fattah Abd Rabbou rappelle que «les effets de la disparition des abeilles aujourd’hui ne sont pas immédiatement visibles, mais ils se manifesteront progressivement, sous la forme d’une plus grande difficulté à régénérer le couvert végétal». L’environnement de Gaza, épuisé par la guerre, aura besoin de longues années pour retrouver son équilibre, rappelle-t-il, plaçant les abeilles parmi les espèces les plus importantes pour cette régénération.

Malgré tout, Ahmed Al-Kahlout ne s’arrête pas. Chaque matin, il vérifie ses soixante ruches dans l’est d’Al-Tuffah, ce même quartier où la pratique de sa famille a commencé il y a trois générations, d’où il a été chassé et où il est revenu. Il conclut : «Mon plus grand soulagement, c’est quand je m’assieds devant les ruches et que je les regarde travailler.»

Cet article est publié en collaboration avec Egab.

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