Médianes
«En cette période d’intense hostilité à la transition énergétique, le gouvernement a donc décidé d’ouvrir un nouveau feu. C’est gravissime et inconséquent», se désole Jean Revereault, l’un des administrateurs de l’Ademe, qui a participé à une rencontre avec la presse mardi. L’Agence, principal opérateur de l’État dans la mise en œuvre de la transition écologique et énergétique, est au cœur d’une réforme contestée. Dans quelques heures ce mercredi, le gouvernement devrait officialiser en conseil des ministres son projet de loi «visant à renforcer l’État local», dont l’article 7, ébruité en début d’année, a déjà fait couler beaucoup d’encre. Il prévoit de fusionner les 17 agences régionales de l’Ademe (aujourd’hui sous la tutelle du ministère de la transition écologique) au sein des directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), qui dépendent du préfet. Selon Matthieu Lefèvre, ministre délégué à la transition écologique, ce projet vise à résorber des «chevauchements» entre les missions de l’Ademe et celles des Dreal, «qui peuvent complexifier les procédures et allonger certains délais». Ce faisant, une partie de l’Ademe se retrouverait sous l’autorité du ministère de l’intérieur, réputé moins sensible aux enjeux environnementaux que le ministère de la transition écologique. «Sans compter que l’Ademe, qui a un rôle d’accompagnement et de financement des projets, se retrouvera au sein des Dreal, qui ont pour mission de contrôler ces mêmes projets, s’inquiète Jérôme Dancoisne, administrateur représentant des salarié·es. Tout ça peut paraître technique mais, si on ajoute cela au cumul de toutes les actions déjà menées – dont une baisse du budget de 30% en deux ans –, on devine une tentative de nous invisibiliser.» «Il y a un vrai risque que les missions de l’Ademe soient amoindries, confirme Anne Bringault, représentante des associations au sein du conseil d’administration de l’agence. Ça va entraîner des départs de salariés, une perte d’expertise et accélérer encore les attaques qu’elle subit déjà.» Depuis plusieurs mois, l’Ademe – comme d’autres agences environnementales – est au cœur d’une intense campagne de dénigrement menée par la droite et l’extrême droite, à grands renforts de lynchages médiatiques (voir ici ou là). Ses détracteur·ices l’accusent d’avoir des dépenses excessives, à l’instar du président du Sénat (Les Républicains), Gérard Larcher, qui pointe ses «plus de 4 milliards d’euros de budget pour près de 1 100 équivalents temps plein, la question de l’efficacité de la dépense publique se pose». Un amalgame entre les fonds qu’elle gère pour le compte de l’État (programme France 2030, fonds de décarbonation de l’industrie, etc.), qui s’élevaient à 3,4 milliards d’euros en 2024, et son budget de fonctionnement, qui était de 135 millions d’euros cette même année. Plusieurs institutions financières, dont la Cour des comptes en 2017 et l’Inspection générale des finances en 2024, ont au contraire souligné la gestion «globalement satisfaisante» des deniers publics par l’Ademe. Dans ce contexte, la dissolution de l’Ademe «ressemble à une réforme pensée pour faire plaisir à des gens, notamment ceux qui attaquent sans cesse l’agence», estime Jérémie Godet, vice-président Les Écologistes de la région Centre-Val de Loire. Le Rassemblement national, qui dépose régulièrement des amendements (ici ou là) visant à supprimer l’Ademe, doit se frotter les mains à l’idée de voir le texte arriver au Parlement. Benoît Léguet, directeur général du laboratoire d’idées I4CE et administrateur de l’Ademe, alerte : «Le gouvernement a déjà été mis en difficulté sur les ZFE et le ZAN.» Deux dispositifs instaurés respectivement pour faire baisser la pollution de l’air et freiner l’artificialisation des sols, supprimés ou détricotés au Parlement. Cette fois encore, «le gouvernement donne le bâton pour se faire battre», ajoute-t-il. Mardi, le conseil d’administration de l’Ademe a adopté (à 15 voix contre 10) une délibération défavorable au projet de réforme voulu par le gouvernement. Il espère que l’intense levée de boucliers portera ses fruits au Parlement : en quelques semaines, plus de 250 associations ont demandé l’abandon de la réforme, et une pétition lancée par Agir pour l’environnement a recueilli plus de 21 000 signatures. De nombreuses personnalités, dont d’ex-lieutenant·es d’Emmanuel Macron, ont également paraphé une tribune dans Le Monde, pour demander aux parlementaires de «s’opposer au démantèlement de l’Ademe et contribuer au contraire au renforcement des moyens de l’État et des territoires». Rachel Baudry, administratrice et salariée, «espère aussi que le monde des entreprises, largement bénéficiaire des aides, se mobilisera». Texte intégral (1425 mots)

L’Ademe mise au pas ?
Campagne de lynchage
«Une réforme pensée pour faire plaisir à des gens»
Antoine Poncet
À l’automne 1962, la biologiste étatsunienne Rachel Carson alertait sur les dangers des pesticides pour la survie des oiseaux avec un essai resté dans l’Histoire : Printemps silencieux. Pourtant, il aura fallu plus d’un demi-siècle pour démontrer méthodiquement que ces substances toxiques, utilisées principalement dans l’agriculture, jouent un rôle majeur dans le déclin observé de l’avifaune. Pour la première fois en France, une étude met en évidence une «forte corrélation» sur le temps long entre les ventes de produits insecticides et le déclin d’espèces insectivores (fauvettes, hirondelles, grives, merles, rouges-gorges, huppes, bergeronnettes…). En clair : plus ces produits sont utilisés dans un département, plus les populations locales d’oiseaux diminuent. Mise en ligne le 22 avril et destinée à être publiée en septembre 2026 dans la revue Agriculture, ecosystems and environment, cette étude statistique a été menée par une équipe de sept chercheur·ses français·es et allemand·es. Elle se base sur deux jeux de données robustes : le Suivi temporel des oiseaux communs (Stoc) – un comptage effectué chaque printemps par des centaines d’ornithologues dans toute la France – et les ventes de pesticides par département depuis 2008. «Nous avons ensuite utilisé des modèles statistiques qui regardent comment les variations des populations d’oiseaux sont expliquées par celles des pesticides, mais aussi du paysage et des variables climatiques», détaille Thomas Perrot, auteur de l’étude et chercheur à la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB). En classant les espèces selon leur régime alimentaire, les scientifiques ont constaté un lien clair sur quinze ans entre l’évolution des quantités de pesticides vendues et celle des populations d’insectivores – le groupe le plus important. «Aucune corrélation claire n’a été détectée pour les oiseaux granivores et généralistes», précise l’étude. «Il faut noter que nous travaillons sur des communautés aviaires qui sont dégradées par des décennies d’utilisation de pesticides.» Parmi les différentes catégories de pesticides, ceux censés cibler les insectes sont ceux qui ont le plus d’influence sur les populations d’oiseaux qui s’en nourrissent. En étudiant les toxicités de ces substances, les scientifiques estiment que les pesticides nuisent indirectement aux insectivores, en faisant disparaître leurs ressources alimentaires. Une étude saluée par Anne-Christine Monnet, qui s’intéresse elle aussi aux liens entre pesticides et populations d’oiseaux au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et qui n’a pas participé à cette étude. «Il faut noter que nous travaillons sur des communautés aviaires qui sont dégradées par des décennies d’intensification agricole et d’utilisation de pesticides, note la scientifique. C’est inquiétant de voir qu’on observe encore un effet négatif alors qu’elles ont sans doute déjà perdu beaucoup avant.» En janvier dernier, la scientifique avait elle-même mené une autre étude qui établissait un tel lien, cette fois au niveau géographique. Son équipe avait comparé les ventes de 242 substances en France, à l’échelle plus fine du code postal : «Les quantités de pesticides sont corrélées négativement avec l’abondance de 84,4% des espèces, alors que nous avons pris en compte d’autres aspects de l’intensification de l’agriculture», statuaient les scientifiques. «Nous avons travaillé de manière complètement indépendante sur les mêmes jeux de données, il est donc intéressant de voir que les résultats concordent», observe Anne-Christine Monnet. «Tout cela pris bout à bout me fait dire que les insecticides impactent l’ensemble des oiseaux insectivores.» Si ces résultats sont une première en France, d’autres recherches menées aux États-Unis ou aux Pays-Bas avaient déjà identifié une corrélation similaire ces dernières années. En 2023, une étude majeure menée à l’échelle de l’Europe avait également mis en évidence l’«impact néfaste prédominant de l’intensification de l’agriculture» dans le déclin des populations aviaires, estimé à -25% sur quarante ans. Ces études établissent un lien statistique entre l’utilisation de pesticides et l’état des populations d’oiseaux, sans pour autant démontrer un lien de cause à effet – «ce qui est très difficile à l’échelle nationale», note Anne-Christine Monnet. Mais le faisceau de preuves ne cesse de s’élargir, souligne Thomas Perrot : «Il y a maintenant assez d’études qui montrent que les insectivores sont les principaux impactés, beaucoup qui montrent que les insecticides réduisent les populations d’insectes, quelques-unes qui montrent que cette diminution des insectes a des impacts sur la qualité de la reproduction des oiseaux… Tout cela pris bout à bout me fait dire que les insecticides impactent les oiseaux insectivores.» Et si cette corrélation est vraie dans un sens, elle marche aussi dans l’autre : les populations d’oiseaux se reconstituent là où l’usage d’insecticides diminue. En novembre 2025, une autre étude française a montré un léger regain des espèces insectivores depuis l’interdiction en 2018 de l’imidaclopride, un puissant insecticide de la famille des néonicotinoïdes. «Ces résultats montrent que les politiques, à travers la régulation des pesticides, peuvent avoir un effet bénéfique sur les populations d’oiseaux, juge Thomas Perrot. Et cela dans un temps assez court.» Texte intégral (1186 mots)

Moins d’insectes, moins d’insectivores
«Les politiques peuvent avoir un effet bénéfique»
Antoine Poncet
Quarante-cinq articles, une cinquantaine de pages et une foultitude d’enjeux abordés. Annoncé mi-janvier par le premier ministre, Sébastien Lecornu, après une manifestation à Paris des syndicats agricoles majoritaires (FNSEA et Jeunes agriculteurs), le projet de loi d’urgence «pour la protection et la souveraineté agricoles» débarque ce mardi à l’Assemblée nationale. Considérablement amendé par les député·es en commission, le texte doit être débattu en séance publique jusqu’au 29 mai, avant de filer au Sénat pour un examen fin juin. Cette troisième réforme d’ampleur sur l’agriculture en l’espace d’un an – après la loi d’orientation agricole et la loi Duplomb – aborde une variété de sujets : parfois intéressants pour l’avenir de la profession, souvent inquiétants pour celui de la protection de l’environnement. Vous voulez tout comprendre ? Accrochez-vous, c’est parti ! Avec les changements climatiques, l’eau se raréfie en été et les tensions locales s’accentuent (notre reportage). Depuis plusieurs années, le gouvernement soutient le développement des «bassines» pour stocker les eaux hivernales et les utiliser pour l’irrigation des cultures en période de sécheresse. Mais ces infrastructures sont vivement critiquées par les associations écologistes et plusieurs scientifiques, qui pointent le fait qu’elles sont un cas de maladaptation : risques de surconsommation de l’eau, évaporation partielle, accaparement au profit des plus grosses fermes… Alors que la loi Duplomb lui avait déjà conféré une présomption d’«intérêt général majeur», le stockage d’eau pourrait être encore favorisé par la loi d’urgence agricole. Le gouvernement veut remplacer les réunions publiques obligatoires pour obtenir l’autorisation environnementale par de simples permanences en mairie et contourner les règles concertées localement par les acteurs de l’eau (notre article) pour faciliter les projets de «bassines» lorsqu’ils font l’objet d’un projet de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE). Si la justice annule une autorisation de prélèvement d’eau (excessif pour les milieux naturels, par exemple), la loi permettrait aussi aux préfet·es de la prolonger pour deux années supplémentaires. La FNSEA aimerait monter à cinq ans. Ces prélèvements d’eau devront permettre l’«adaptation de l’agriculture du territoire au changement climatique en tenant compte du renouvellement des générations», précise tout de même le texte. Depuis 1980, 14 640 captages d’eau potable ont fermé en France, dont près d’un tiers à cause de la dégradation de la qualité de la ressource (pesticides, nitrates…). Face à la menace croissante des pollutions diffuses (agricoles, notamment) sur l’eau du robinet, le gouvernement promet depuis 2022 de définir par un arrêté des «points de prélèvements sensibles», soit les zones où agir en urgence – par exemple en favorisant d’autres pratiques agricoles pour réduire, voire interdire, les pesticides. Fin 2025, les principaux représentants agricoles (FNSEA, Coordination rurale, chambres d’agriculture) ont claqué la porte des négociations. La version initiale de la loi d’urgence agricole prévoyait de réécrire cette mesure, en parlant de captages «prioritaires» et non plus «sensibles»… repoussant encore la publication de l’arrêté tant attendu. «Un recul majeur», pour l’association Générations futures, qui craint aussi que la portée des actions soit amoindrie. À l’initiative de La France insoumise, les député·es de la commission du développement durable ont cependant supprimé une grande partie de l’article en question, mais les discussions reviendront en séance publique. En 2025, 4 400 attaques de loups gris contre des troupeaux ont été recensées en France, notamment dans les nouveaux territoires d’installation de l’animal – où les dispositifs de protection sont moins développés. Depuis le début des années 2010, la France suit une stratégie d’abattage des prédateurs, avec des quotas d’individus à tuer chaque année (notre article). La loi d’urgence agricole vise à «sortir le loup des espèces protégées» en lui conférant un statut à part. Elle grave dans la loi les arrêtés pris par le gouvernement chaque année pour fixer les nouvelles règles de tirs et les quotas d’animaux tués. Depuis février 2026, les éleveur·ses peuvent peuvent par exemple tuer un loup sans autorisation préalable accordée par l’État (ils et elles doivent simplement le déclarer a posteriori). «Tout l’article ne fait que paraphraser ce que l’État fait déjà depuis des années», résume Jean-David Abel, qui pilote le réseau Biodiversité à France nature environnement (FNE). Seule évolution majeure, le texte propose de baser ces tirs sur l’état de conservation de l’espèce «au niveau national», et plus selon la situation locale. Un autre ajout du camp présidentiel ouvre la voie à des tirs de défense à l’intérieur des réserves naturelles nationales. Les gestionnaires de ces espaces protégés et les associations environnementales dénoncent une «ligne rouge». Bovins, moutons, porcs, volailles… La France compte 145 000 fermes dédiées à l’élevage. Ces bâtiments, qui accueillent parfois un très grand nombre d’animaux, peuvent générer des nuisances importantes (pollutions, incendies, odeurs, bruit…), raison pour laquelle ils sont encadrés par le régime des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE). Pour construire ou agrandir de telles infrastructures, des règles précises doivent être respectées, selon leur taille. La loi Duplomb avait déjà «simplifié» ces procédures pour les plus grands bâtiments agricoles, mais le gouvernement veut désormais sortir l’élevage de ce fameux régime ICPE, afin de le placer sous une «police spéciale adaptée». «Un élevage n’est pas une usine», défend la ministre de l’agriculture Annie Genevard, qui promet un «régime plus simple, plus lisible». «Au nom de la “simplification”, on va créer un nouveau texte et un nouveau régime, c’est contradictoire», oppose Ronan Groussier, responsable Agriculture au Réseau action climat (RAC). Si le gouvernement reste flou sur les nouvelles règles qu’il souhaite rédiger pour l’élevage, les associations craignent une modification «en profondeur» des contrôles, des sanctions ou encore de l’information du public. Vivement dénoncée par le monde agricole lors de la mobilisation contre le traité de libre-échange avec le Mercosur (notre reportage), la compétition avec des productions étrangères (sud-américaines, en l’occurrence) aux normes sociales et environnementales réduites met en difficulté les paysan·nes. Pour lutter contre ces «concurrences déloyales», le projet de loi d’urgence agricole propose de renforcer les contrôles à travers la création d’une «brigade nationale de contrôle des denrées importées». Le ministère de l’agriculture veut aussi se donner la possibilité de suspendre les importations de produits agricoles contenant des traces de pesticides ou de médicaments qui ne sont plus autorisés dans l’Union européenne. Cette mesure «répond à des attentes légitimes de la société civile», salue Générations futures, qui pointe cependant une «politique du double standard» qui «détourne l’attention sur les pratiques de production nationales» : par exemple, des pesticides prohibés en Europe sont régulièrement autorisés par dérogation en France. La mesure reste «cosmétique», selon Enzo Armaroli, de la Fondation pour la nature et l’Homme (FNH), puisque le gouvernement peut déjà prononcer de telles interdictions d’importations – il l’avait fait en janvier dernier pour des fruits et légumes sud-américains contenant cinq pesticides interdits en Europe (notre article). Pour soutenir l’agriculture locale, un autre article propose d’interdire dans la restauration collective les repas à base de produits ne provenant pas de l’Union européenne – «sauf en cas d’absence d’offre». Les terres agricoles couvrent la moitié du territoire hexagonal, mais cette part ne cesse de s’éroder, avec 2,4 millions d’hectares perdus en quarante ans. L’accès au foncier est un enjeu crucial : alors que le nombre de fermes diminue année après année, celles qui restent s’agrandissent et les jeunes arrivant·es peinent à s’installer. Le projet de loi d’urgence agricole essaie de répondre au problème de deux manières. D’abord, en tentant de limiter l’emprise urbaine sur le foncier agricole : il instaure des sanctions pour les sociétés d’aménagement qui ne respectent pas la «compensation collective agricole», censée réparer financièrement le grignotage des terres paysannes. Il renvoie également à ces mêmes aménageurs – et plus aux agriculteur·ices – la charge des zones de non-traitement (ZNT), ces «tampons» végétalisés placés en bordures de champ pour protéger les riverain·es des épandages de pesticides. «L’agriculture n’existe pas sans biodiversité et services écosystémiques.» Ensuite, à l’inverse, lorsque les activités agricoles affectent la biodiversité locale, le gouvernement propose de prioriser les mesures de compensation (replanter une haie, recréer une zone humide…) sur les espaces «non productifs», comme les friches. Et cela «dans un périmètre géographique plus large»… donc au détriment des espèces impactées sur place. Cette disposition rejoue l’opposition «dogmatique» entre agriculture et biodiversité, juge Enzo Armaroli : «L’agriculture n’existe pas sans biodiversité et services écosystémiques. S’il n’y a plus de bandes tampons, de prairies, d’espaces semi-naturels, la production agricole en souffrira.» En 2020, près de 20% des agriculteur·ices vivaient sous le seuil de pauvreté, avec des écarts marqués selon les régions et les types de production (un céréalier gagne généralement plus qu’un éleveur). Les revenus paysans souffrent d’un problème récurrent : les prix auxquels sont vendus les produits agricoles sont principalement déterminés par les acheteurs, ce qui mène parfois à des ventes à perte. Malgré plusieurs lois dites «EGalim» depuis 2018, les négociations restent très déséquilibrées avec les industriels et la grande distribution. Pour tenter d’inverser la tendance, la loi d’urgence agricole propose de généraliser l’expérimentation du «tunnel de prix». Déjà mis en place dans la filière bovine, ce système borne les prix entre une valeur plancher, qui ne peut être inférieure aux coûts de production des agriculteur·ices, et une valeur plafond. D’autres articles proposent aussi de renforcer les coopératives agricoles et les organisations de producteur·ices, pour mieux peser dans les négociations. Le gouvernement veut aussi mettre en place un mécanisme de médiation, voire de sanctions, en cas d’enlisement des discussions. Pour le collectif Nourrir, qui réunit une cinquantaine d’organisations écologistes et paysannes, ce volet revenu est «le seul signal positif du projet présenté par le gouvernement», mais il «reste largement insuffisant pour répondre à l’urgence». Le projet de loi d’urgence agricole promet d’être encore considérablement modifié, avec plus de 2 200 amendements déposés par les député·es avant l’ouverture des débats. Texte intégral (3640 mots)

Ce qu’il faut retenir :
Annoncée en janvier par le premier ministre après une mobilisation de la FNSEA, la loi d’urgence agricole est débattue du 19 au 29 mai à l’Assemblée nationale.
L’eau est au cœur du texte : le gouvernement propose de nouvelles «simplifications» en faveur des projets de «bassines» et de l’irrigation agricole.
Des amendements laissent présager de nouveaux reculs pour la protection du loup, en augmentant considérablement le nombre annuel d’animaux pouvant être abattus.
La ministre de l’agriculture veut créer un nouveau régime d’autorisation et de contrôle pour les bâtiments d’élevage, qui laisse sceptiques les associations.
Sur les pesticides, le gouvernement veut lutter contre les «concurrences déloyales» en interdisant les importations de produits traités avec des substances interdites en Europe.
«Bassines» : faciliter (encore) le stockage d’eau et l’irrigation
À suivre : sursis temporaire pour les zones humides
En commission du développement durable, les député·es de gauche et du centre ont supprimé un article controversé qui voulait «simplifier» l’exploitation des zones humides jugées «non-fonctionnelles», par exemple pour y construire des retenues d’eau ou des bâtiments (notre article). Mais l’article pourrait être réintroduit cette semaine à l’Assemblée.
Captages «prioritaires» : enfin une action du gouvernement pour protéger l’eau potable ?
Loup : inscrire dans la loi les nouvelles règles de tir
À suivre : bientôt des tirs dans les réserves naturelles ?
En commission du développement durable, la droite a fait passer un amendement largement inspiré des demandes de la FNSEA, qui permettrait de tuer des loups jusqu’à l’atteinte du «nombre minimal de spécimens compatible avec un état favorable de conservation». Le chiffre – très controversé – de 500 individus est souvent avancé… ce qui reviendrait à pouvoir abattre la moitié de la population actuelle de loups gris. Et serait totalement contraire au droit européen, rappelle Jean-David Abel.
Élevage : un «régime plus simple» pour les bâtiments agricoles, vraiment ?
À suivre : une mesure «anti-L214» votée en commission
En commission des affaires économiques, le camp présidentiel a fait adopter un amendement qui durcit les peines en cas d’«intrusion dans un local à usage agricole». Une mesure qui vise notamment les associations animalistes qui filment des scènes de maltraitance dans les élevages. Pour L214, ces dispositions vont «accélérer l’intensification de l’élevage et criminaliser les associations qui la dénoncent».
«Concurrences déloyales» : des produits européens dans les cantines, une nouvelle police aux frontières
À suivre : vers un retour de l’acétamipride ?
L’article sur les concurrences déloyales offre une «accroche» aux parlementaires pour tenter de réintroduire l’acétamipride, cet insecticide interdit en France mais autorisé dans le reste de l’Union européenne, qui était au cœur de débats sur la première loi Duplomb. Le Rassemblement national a déjà tenté sa chance (sans succès) en commission. Laurent Duplomb (Les Républicains) a annoncé qu’il proposerait son texte lors des débats au Sénat.
Accès aux terres : plus pour l’agriculture, moins pour l’écologie
Revenu agricole : vers des prix plus rémunérateurs pour les agriculteurs ?
Antoine Poncet
L’association de défense des consommateur·ices Foodwatch révèle ce mardi avoir décelé des substances interdites en Europe dans des aliments importés, au-delà des limites tolérées. L’ONG a fait tester en laboratoire 64 produits commercialisés sous de grandes marques et marques de distributeurs en France, en Allemagne, en Autriche et aux Pays-Bas : thé, épices, riz. Sur les 64, 45 présentaient des résidus de pesticides interdits en Europe, certains cumulant jusqu’à une vingtaine de ces substances. Sur l’ensemble, 14 aliments contenaient des substances interdites dans des concentrations qui dépassaient même les limites maximales de résidus (LMR) prévues par le règlement européen. Parmi ces produits, deux ont été achetés en France : du paprika doux moulu Ducros contenant des résidus d’insecticides chlorfénapyr et flonicamide, et du riz «Le Thaï» Taureau ailé renfermant de l’anthraquinone au-delà des limites légales. On retrouve aussi un riz vendu en Autriche chez Lidl qui contient des résidus d’acétamipride (un insecticide néonicotinoïde) ou des cumins avec des résidus de l’herbicide Flamprop, vendus par les enseignes Edeka et Lidl en Allemagne. En France, les épices et les thés sont les plus contaminés : 9 des 10 échantillons de ces produits contenaient des résidus de pesticides non autorisés (Albert Ménès, Ducros, Lipton (deux références), Twinings, Intermarché, Carrefour, Leader Price, Monoprix). Parmi les plus fréquemment détectés figurent trois néonicotinoïdes, ainsi que l’isoprothiolane, un fongicide utilisé sur le riz. «Il est courant de trouver des résidus de pesticides non autorisés dans l’UE dans des produits alimentaires du quotidien : cela est dû à l’existence de failles dans le cadre juridique actuel», alerte l’ONG. Foodwatch déplore qu’à l’interdiction d’une substance en Europe, la Commission européenne ne réduise pas automatiquement les limites de résidus tolérés. Bruxelles autorise en outre toujours la production de pesticides interdits sur le continent, qui sont exportés et reviennent ensuite «comme un boomerang» sur les étals européens via des importations. Ce mardi, Foodwatch appelle donc l’Union européenne (UE) à revoir son projet sur la sécurité alimentaire et les contrôles de pesticides. Cette démarche intervient alors que la Commission européenne prépare un paquet législatif dit «Omnibus» sur la sécurité alimentaire, contesté par les ONG. Il prévoit notamment un assouplissement des procédures d’autorisation des produits phytosanitaires avant leur mise sur le marché. Le texte prévoit des études d’impact individuelles plutôt qu’une réduction automatique des LMR, déplore Foodwatch, dénonçant «un assouplissement général des règles gouvernant les évaluations de sûreté des substances». Le projet, dans un objectif de «simplification», permettrait aussi d’accorder une autorisation illimitée à certaines substances en supprimant les réexamens périodiques, sauf révision décidée par la Commission. «Nous refusons que notre sécurité alimentaire soit sacrifiée au nom de la compétitivité», insiste Camille Dorioz, directeur des campagnes à Foodwatch France. L’association a lancé une pétition citoyenne pour interpeller les député·es européen·nes sur le sujet et leur demander de refuser cette simplification de la régulation. Foodwatch demande aussi à l’UE de «mettre en place, de manière urgente, une limite maximale de résidu à zéro pour l’ensemble des pesticides non-autorisés» et de cesser le «commerce toxique» de ces substances. Texte intégral (744 mots)

Thé, épices et riz parmi les plus contaminés
Cesser le «commerce toxique» de pesticides interdits
🌱 Bon Pote
Actu-Environnement
Amis de la Terre
Aspas
Biodiversité-sous-nos-pieds
🌱 Bloom
Canopée
Décroissance (la)
Deep Green Resistance
Déroute des routes
Faîte et Racines
🌱 Printemps des Luttes Locales
F.N.E (AURA)
Greenpeace Fr
JNE
La Relève et la Peste
La Terre
Le Lierre
Le Sauvage
Low-Tech Mag.
Motus & Langue pendue
Mountain Wilderness
Negawatt
🌱 Observatoire de l'Anthropocène