flux Ecologie

L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

▸ les 10 dernières parutions

06.06.2026 à 07:00

Chocapic, Trésor, muesli Bjorg… Quelle marque de céréales est la plus contaminée au cadmium ?

Sophie Roland

Texte intégral (2671 mots)
Vert a testé cinq marques de céréales. © Sophie Roland/Vert

Bol de lait, céréales croustillantes et promesses d’énergie : les marques rivalisent d’arguments pour s’inviter au petit-déjeuner des Français·es. Mais derrière les mascottes souriantes et les emballages attrayants se cache un contaminant invisible.

Fin mars, lAgence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a de nouveau alerté sur l’exposition des Français·es au cadmium, un métal lourd toxique pour les reins, les os et la reproduction. En mai, la rédaction de Vert s’est fait tester, et les résultats ont montré que nous étions toutes et tous contaminé·es, à des degrés divers. L’alimentation représente jusqu’à 98% de l’exposition au cadmium dans la population hors fumeur·ses.

Parmi les aliments qui nous exposent le plus : les céréales du petit-déjeuner. En France, plus d’un enfant sur deux en mange dès le matin. Des produits pourtant pointés du doigt parce qu’ultra-transformés et trop sucrés.

Alors, qu’en est-il de leur teneur en cadmium ?

Des résidus de cadmium dans tous les paquets testés

Vert a mené l’enquête et a fait ses propres analyses. Nous avons choisi de tester cinq marques de céréales parmi les plus consommées en France. Les boîtes achetées le 22 avril 2026 dans un supermarché parisien ont été envoyées dans un laboratoire indépendant, spécialisé dans l’analyse des contaminants.

Deux semaines plus tard, les résultats sont tombés : du cadmium a été détecté dans tous nos échantillons !

Le plus contaminé est la star du petit-déjeuner des enfants : Chocapic, de Nestlé, avec 0,037 milligramme de cadmium par kilogramme (mg/kg) de céréales. Soit déjà près d’un cinquième de la dose tolérable quotidienne pour un enfant de 20 kilos.

Un niveau de contamination plus de deux fois supérieur à celui des Spécial K (Kellogg’s), qui affichent une teneur de 0,016 mg/kg de céréales, mais aussi à celui des Trésor (Kellogg’s) ou des Country Crisp (Jordans) : 0,015 mg/kg.

En avril dernier, une enquête de 60 millions de consommateurs avait déjà détecté du cadmium dans 12 échantillons de flocons d’avoine, mais à des niveaux plus faibles que ceux observés dans certaines céréales transformées que nous avons analysées.

Comment expliquer alors la teneur en cadmium des célèbres Chocapic ?

Pour Pierre Souvet, président de l’Association santé environnement France (ASEF), le cacao explique probablement une partie de ce résultat : «Le chocolat est fortement contaminé par le cadmium car ce métal est naturellement présent dans les sols le cacao est cultivé Le blé peut également contribuer à cette contamination. Celui des Chocapic est d’origine française, comme l’indique le paquet. Or, en France, les engrais phosphatés utilisés en agriculture sont une source importante d’apport de cadmium dans les sols. Notre pays bénéficie d’une dérogation jusqu’à 90 milligrammes de cadmium par kilogramme (mg/kg) d’anhydride phosphorique (P2O5) dans les engrais. Bien plus que la réglementation européenne, qui limite la concentration à 60 mg/kg de P2O5.

Surprise en deuxième position de notre classement : le muesli bio de Bjorg. Un résultat contre-intuitif car l’agriculture biologique interdit les engrais phosphatés de synthèse, riches en cadmium, contrairement à l’agriculture conventionnelle. Selon l’étude Baranski parue en 2014, les niveaux de contamination en cadmium des produits bio sont 48% inférieurs à ceux de l’agriculture conventionnelle.

Une explication possible est l’héritage des contaminations passées. Comme le rappelait à Vert Thibault Sterckeman, ingénieur de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) : «Le problème avec le bio, c’est qu’il risque d’hériter de parcelles conventionnelles qui ont des sols contaminés. Si les pesticides disparaissent progressivement, le cadmium est un élément minéral : il ne se dégrade pas.»

Où est cultivé l’avoine de la marque Bjorg ? Comme sur la plupart des produits, le paquet n’indique pas l’origine géographique des ingrédients. Interrogée par Vert sur ce point, Hélène Dordoigne, la directrice de la communication d’Ecotone, propriétaire de Bjorg, nous a précisé que «les flocons d’avoine bio proviennent de plusieurs pays européens. Nous avons engagé des discussions avec nos fournisseurs et partenaires producteurs afin de mieux comprendre les facteurs d’influence et potentiels leviers. Notre objectif est bien entendu de limiter au maximum l’exposition des consommateurs.»

Toutes les marques respectent la norme, mais nous protège-t-elle vraiment ?

Même si les cinq produits analysés contiennent des résidus de cadmium, tous respectent la réglementation européenne. Le seuil maximal autorisé pour ce type de produit est fixé à 0,1 mg/kg. Les valeurs mesurées par Vert restent donc toutes conformes à la loi.

C’est ce que nous ont répondu toutes les marques lorsque nous les avons contactées pour réagir à nos résultats : «Les Chocapic peuvent être consommées sans danger et les résultats de nos tests indiquent des niveaux de cadmium nettement inférieurs à ceux actuellement autorisés par la réglementation européenne», indique à Vert Owen Bethell, directeur des affaires institutionnelles de Nestlé.

«Le résultat mentionné de 0,033 mg/kg est très inférieur au seuil réglementaire applicable de 0,1 mg/kg et confirme la conformité du produit analysé», nous précise le service de communication de Bjorg.

Même réponse chez Kellogg’s : «Le groupe a mis en place une méthode de travail avec ses fournisseurs visant à sourcer ses matières premières en limitant, autant que possible, les résidus de cadmium. C’est la raison pour laquelle tous nos produits respectent les plafonds prévus par la réglementation européenne et les législations nationales.»

Enfin, la marque Jordans nous précise qu’«au sujet du cadmium, Jordans veille à ce que ses fournisseurs contrôlent régulièrement la conformité de ses ingrédients. Comme vous l’avez constaté, les taux sont largement inférieurs aux limites légales.»

Pour les fabricants, si le seuil est respecté, on peut circuler, il n’y aurait rien à voir…

Le 1er avril dernier, la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, avait relativisé la dangerosité de la contamination au cadmium par l’alimentation lors d’une séance de questions à l’Assemblée nationale, affirmant que «99,5% des produits contrôlés sont conformes à la règlementation».

Pour les médecins spécialistes du sujet, la question se pose différement. Le problème n’est pas un bol isolé, c’est l’accumulation au quotidien. «Cette norme ne garantit pas une protection suffisante pour notre santé. À force de manger de nombreux aliments contenant du cadmium, même à faible dose, on peut finir par dépasser la dose globale acceptable», réagit le cardiologue Pierre Souvet.

Prenons l’exemple d’un·e enfant de 6 ans qui pèse 20 kilos. Selon le calcul réalisé par le cardiologue à partir de nos résultats d’analyse, elle ou il est très exposé : «Une teneur de 0,037 mg/kg par kilogramme de céréales dans le Chocapic, ça signifie qu’un enfant consommant une portion de 30 grammes le matin absorbe 1,1 microgramme de cadmium dès le petit-déjeuner, soit 16% de la dose journalière tolérable.»

C’est sans compter tout ce qu’elle ou il mangera le midi, au goûter et au dîner. Entre les céréales du petit-déjeuner, le pain, les biscuits ou les pâtes, les Français·es mangent du blé à presque tous les repas (hors allergie au gluten). C’est surtout ça le problème. Et pour les enfants en particulier.

Selon Camille Dorioz, directeur des campagnes à Foodwatch France : «C’est une faible dose que vous mangez trois fois ou quatre fois par jour. Du coup, le problème est la cumulation de cette dose tous les jours de l’année. Cette surcontamination des Français est très bien décrite par l’Anses.»

Dès lors, comment limiter son exposition et alléger son bol en cadmium ?

Petit-déjeuner sans céréales : le kit de solutions des médecins

Pour les médecins de l’Association santé environnement France (ASEF), la meilleure stratégie pour limiter son exposition reste de diversifier son alimentation. Pour aider les parents à réduire leur exposition et celle de leurs enfants, elles et ils ont même publié un kit cadmium. «À titre individuel, la priorité est de réduire les plus gros contributeurs de cadmium. Il faut manger moins de céréales au petit-déjeuner, prendre un petit morceau de pain, l’accompagner d’une compote, d’un fruit et d’un yaourt. On ne sera pas à zéro de cadmium, mais c’est mieux. Pareil pour le goûter, il ne faut pas qu’il y ait systématiquement des biscuits ou un bol de céréales», explique Pierre Souvet, l’un des co-auteurs du kit.

«Varier son alimentation, c’est aussi varier ses contaminants, résume Camille Dorioz, de Foodwatch France. Peut-être que ces céréales pourraient devenir le petit-déjeuner du week-end et non plus un produit du quotidien.»

Une vraie réglementation sur les engrais : réduire à la source

Aucune marque n’est plus fautive qu’une autre : la contamination touche l’ensemble de la filière.

Pour les médecins, l’une des solutions pourrait être de mettre la pression sur les fabricants : «On pourrait afficher la valeur du cadmium sur les aliments, un peu comme un Nutriscore du cadmium, explique Pierre Souvet. Cela éclairerait le choix des consommateurs et pousserait les fabricants à faire plus d’efforts pour réduire la teneur en cadmium de leurs produits, même s’ils respectent déjà les valeurs réglementaires.»

Pour son association comme pour l’ONG Foodwatch, la vraie solution passe par une réduction de la présence de cadmium dans les engrais phosphatés : «Il faut couper la source pour réduire la contamination globale de l’alimentation. On ne peut pas supprimer le cadmium des sols, il est là. Mais on peut arrêter d’en ajouter», explique Camille Dorioz.

C’est le sens de la proposition de loi votée mercredi à l’Assemblée nationale, contre l’avis du gouvernement et après sept ans d’inertie politique, comme l’a révélé Vert dans son enquête. Défendue par les député·es Benoît Biteau (Les Écologistes) et Clémentine Autain (L’Après), elle vise à réduire la teneur en cadmium des engrais phosphatés à 40 milligrammes de cadmium par kilogramme d’anhydride phosphorique dès 2027. Puis à 20 mg/kg de P2O5 pour 2030, comme le préconise l’Anses dans son dernier rapport.

Mais la bataille n’est pas finie. Le passage du texte au Sénat s’annonce compliqué et le gouvernement continue de défendre un décret moins ambitieux. Il veut attendre 2038 pour abaisser la teneur à 20 mg/kg de P2O5 dans les engrais.

Selon Foodwatch, réduire la teneur en phosphate des engrais est une étape clé, mais insuffisante : «Sommes-nous prêts à faire une transition agricole plus agroécologique qui nous permettra de réduire l’usage des engrais ? C’est vraiment une question de volonté politique et de l’ensemble du système de production ; il s’agit de lever les verrous bien installés par un certain nombre d’acteurs qui en profitent depuis vingt ans.»

Voilà le type d’enquêtes que nous allons mener avec la nouvelle équipe que nous sommes en train de créer : révéler les pollutions qui nous menacent et mettre en lumière les solutions pour rester en bonne santé. Tout ce travail coûte cher, car il demande du temps, des déplacements, des analyses sur le terrain et en laboratoire et des vérifications juridiques.

Pour arriver à vous informer en restant 100% indépendant, il nous faut 5 000 nouvelles et nouveaux membres du Club. Faites équipe avec nous en activant un don mensuel avant le 14 juin ! 💚

PDF
05.06.2026 à 16:41

«Nous constatons une surmortalité à cause des polluants chimiques» : Pascal Meyvaert, un médecin engagé pour la qualité de l’eau

Mathilde Picard

Texte intégral (1279 mots)
Pascal Meyvaert est médecin généraliste et coauteur d’une lettre au gouvernement pour exiger des mesures contre la pollution chimique de l’eau. © DR

Pascal Meyvaert est médecin généraliste à Gerstheim (Bas-Rhin) et coordinateur du groupe de travail santé environnementale de la Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé (CN URPS-ML).

Ces médecins libéraux ont envoyé une lettre ouverte au gouvernement lundi 1er juin pour demander des mesures contre la pollution chimique de l’eau. Coauteur, Pascal Meyvaert revient pour Vert sur les raisons de cette alerte et sur les conséquences de la contamination de ses patient·es.

Un an après la lettre ouverte sur la contamination au cadmium adressée au gouvernement, pourquoi ce nouveau courrier sur la pollution chimique de l’eau ?

Cette lettre s’inscrit dans la continuité de celle sur la contamination au cadmium envoyée en juin 2025 à l’occasion de la journée mondiale de l’environnement. Depuis, nous sommes très loin d’avoir vu les choses évoluer dans le bon sens. Interpeller aujourd’hui sur la qualité de l’eau potable permet de faire ce rappel : nous retrouvons des polluants, entre autres issus de l’agriculture, dans notre alimentation aussi bien que dans notre eau.

Nous demandons aux pouvoirs publics de sortir de l’inaction. J’ai le sentiment que les politiques et les médias se concentrent sur ce que peuvent faire les consommateurs. C’est bien si les citoyens ont un comportement vertueux, mais ce n’est pas ça le plus efficace pour protéger la santé humaine. Agir individuellement a des conséquences très modestes par rapport aux décisions politiques, nationales voire européennes, sur notre alimentation et notre accès à l’eau potable.

Nous, médecins, insistons sur la prévention primaire : il faut tout faire pour que la population soit moins exposée aux polluants agricoles, que ce soit des pesticides ou des engrais. Pour cela, il faut mettre en avant l’agriculture biologique et la subventionner massivement pour encourager les producteurs à délaisser les pratiques conventionnelles. Nous constatons bien la différence de prix entre les deux, mais elle s’explique par les larges subventions accordées à l’agriculture conventionnelle.

Quels sont les effets avérés de ces polluants sur la santé ?

Tous les organes sont concernés, c’est ça qui est inquiétant. C’était déjà le cas avec la contamination au cadmium, et c’est la même chose pour les PFAS [ces polluants persistants et toxiques, NDLR], les pesticides et les microplastiques.

Les études scientifiques sont de plus en plus nombreuses et solides, publiées dans des revues internationales reconnues. Tous les mois, des articles montrent des corrélations entre ces produits et des pathologies. Ces deux dernières années, des publications dans des revues internationales ont fait le lien entre une exposition à ces polluants et le cancer du foie ; les troubles neurologiques ; ceux du neurodéveloppement ; des perturbations hormonales ; des troubles de la fécondité… Des liens ont aussi été établis avec le diabète, les problèmes cardiovasculaires, l’insuffisance rénale…

Cette exposition influence de nombreuses pathologies car les polluants se déposent dans les organes à des doses qui paraissent souvent insignifiantes mais qui suffisent à provoquer un phénomène inflammatoire ou oxydatif. Ces deux mécanismes perturbent le bon fonctionnement de nos organes jusqu’à parfois leur faire développer des pathologies cancéreuses.

L’état des connaissances sur l’impact des microplastiques est moins avancé que le reste, mais les premières publications sont déjà inquiétantes. Nous incitons à ne pas utiliser les bouteilles en plastique et, de manière générale, à limiter le contact de notre eau et de nos aliments avec les contenants en polymère.

La contamination de vos patients a-t-elle changé votre quotidien de médecin ?

Il y a une flambée des maladies chroniques, nous le constatons dans nos cabinets. Or ces pathologies nécessitent de consacrer davantage de temps avec le patient, dans un contexte de difficulté d’accès aux soins. Traiter à la source l’émergence de maladies chroniques qui pourraient être évitées, c’est aussi libérer du temps aux médecins qui en manquent.

En plus, ces maladies chroniques se retrouvent de plus en plus tôt : des enfants et adolescents développent des troubles du neurodéveloppement (spectre autistique, troubles du comportement). Les enfants sont également touchés par davantage de cancers, de leucémies, de lymphomes [cancers du système immunitaire, NDLR]. Et les plus jeunes auront des taux de contamination aux produits chimiques sans doute encore plus élevés que nous lorsqu’ils seront adultes, à cause de l’effet d’accumulation.

Depuis quelques années, nous observons aussi dans nos cabinets une hausse phénoménale de cas de cancers du pancréas. Il y a vingt-cinq ans, nous en avions très peu. Nous parlions souvent d’un cas dans une carrière de médecin généraliste, contre presque un cas par an aujourd’hui. Certes, il n’y a pas encore de relation de cause à effet établie entre l’exposition au cadmium et le cancer du pancréas, mais on ne va pas attendre dix ans que cela soit prouvé ; l’état des connaissances est suffisant pour faire appliquer le principe de précaution.

De manière générale, nous constatons une surmortalité à cause des polluants chimiques. Il faut chercher les causes de ces pathologies hors de la responsabilité individuelle.

Le corps médical est-il sensible aux enjeux de santé environnementale ou votre positionnement reste-t-il minoritaire ?

Nous sommes encore une minorité à prendre en compte l’impact de l’environnement sur la santé. Il y a du progrès dans la formation des professionnels, mais un gros travail de sensibilisation est encore nécessaire.

Il faudrait intégrer davantage la variante environnementale dans les pratiques médicales. Le système de santé occidental est très orienté sur le curatif, alors que la prévention primaire est cruciale. Malheureusement, on attend trop souvent que le citoyen devienne un patient au lieu de tout faire pour éviter qu’il ne tombe malade.

C’est aussi pour ça qu’on a voulu parler d’une seule voix, avec mes collègues : une meilleure réglementation nationale et européenne, c’est ce qui serait le plus efficace pour endiguer la hausse de ces maladies.

PDF
05.06.2026 à 10:41

Faux labels, contrats avec le luxe, rachat de marques «éthiques» : plongée dans le greenwashing débridé de Shein et de la fast fashion

Lilou Hiver

Texte intégral (1377 mots)
Fin 2025, Shein s’est associée aux enseignes BHV. Ici dans le magasin d’Angers (Maine-et-Loire), le 25 février. © Loïc Venance/AFP

Après s’être installé en novembre au quatrième étage du BHV Paris, grand magasin symbole du luxe à la française, le géant de l’ultra-fast fashion Shein tente une nouvelle fois de faire oublier son impact socio-environnemental néfaste. Le 22 mai dernier, la firme a acquis pour 100 millions de dollars (environ 85 millions d’euros) la marque étasunienne Everlane, devenue une référence dans le secteur de la mode dite durable. Avec comme ligne directrice «la transparence radicale», l’enseigne rend publique depuis sa création en 2010 la décomposition des coûts de ses vêtements, la liste des usines avec lesquelles elle travaille et favorise le recyclage de matériaux.

«Shein cherche à verdir son image et à paraître plus respectable pour qu’on oublie qu’elle est ce qu’il y a de pire dans la mode», analyse Pauline Debrabandere, responsable du plaidoyer de l’association de lutte contre les déchets Zero waste France. Avec plus 7 000 nouvelles références par jour, elle est la marque de vêtements qui pollue le plus au monde. Entre 2021 et 2023, l’entreprise a multiplié par deux ses émissions de gaz à effet de serre (GES), détrônant les pionniers de la mode jetable comme H&M ou Zara.

Pour le cofondateur d’Everlane, Michael Preysman, ce rachat est «à l’antithèse totale de ce que nous défendons», dénonce-t-il dans le New York Times. L’actionnaire majoritaire d’Everlane, la société de capital-investissement L Catterton, associée au leader mondial du luxe LVMH, justifie cette décision par une dette conséquente, après l’emprunt de 90 millions de dollars (environ 78 millions d’euros) en 2022.

S’associer à l’artisanat de la haute couture

Ce rachat s’apparente à du greenwashing – un procédé marketing pour qu’une marque apparaisse plus respectueuse de l’environnement qu’elle ne l’est vraiment. Dans la même idée, Zara a annoncé en mars dernier collaborer avec le créateur de haute couture John Galliano pour deux ans. Quant à H&M, la marque suédoise a lancé début mai une collection avec Stella McCartney, connue pour son engagement environnemental. Pour ses créations, la styliste n’utilise par exemple que des matières «durables» et non animales.

Dans l’imaginaire collectif, le haut de gamme «prône un savoir-faire artisanal», éloigné des méthodes de surproduction de la fast fashion, détaille Pauline Debrabandere. Pour faire partie du cercle fermé de la haute couture – une appellation juridiquement protégée –, les marques doivent notamment fabriquer les vêtements à la main dans des ateliers français.

En plus de donner l’illusion d’un luxe accessible à toutes et tous, ces partenariats forgent l’idée que la fast fashion s’engagerait vers une production plus vertueuse. Même si, dans le cas d’H&M et de Stella McCartney, les produits contiennent en partie des matériaux recyclés, «cela ne représente qu’un petit pourcentage de leur collection et n’a pas de réel impact», note Éloise Moigno, fondatrice de SloWeAre, un label qui référence la mode responsable. Le modèle principal reste celui du jetable, avec des tonnes de vêtements fabriqués avec des matières de mauvaise qualité.

Des labels «faits maison»

Pour paraître plus «écoresponsables» aux yeux des consommateur·ices, certaines marques créent aussi des labels. C’est le cas de Primark avec son programme «Cares», lancé en 2021. Il prévoit que l’enseigne réduise ses émissions de dioxyde de carbone (CO2) de moitié sur toute la chaîne de valeur d’ici 2030 ; utilise pour certains produits du coton bio ou recyclé ; et réduise le plastique à usage unique d’ici 2027. Ces labels «maison» se fondent sur des «promesses floues dans un futur plus ou moins lointain, sans être vérifiées par une partie indépendante», constate Éloise Moigno.

Les marques font des actions dites «vertes» qui, en réalité, ne leur coûtent quasiment rien. «Limiter le packaging plastique alors que les vêtements sont composés à 60-70% de polyester, et donc de dérivés du plastique, c’est risible», abonde-t-elle. D’autant qu’en 2024, selon Oxfam, 63% des enseignes de fast fashion ont reporté ou abandonné leurs engagements de compenser leurs émissions de CO2 pour atteindre zéro «net». D’après Pauline Debrabandere, de Zero waste France, «tant que le modèle économique de la surconsommation fonctionnera, les marques n’auront aucun intérêt à changer quoi que ce soit».

C’est d’ailleurs à cause de son label «evoluSHEIN» que la plateforme asiatique a été condamnée à une amende d’un million d’euros par l’Autorité italienne de la concurrence en septembre dernier. Les régulateur·ices ont estimé que ses promesses de durabilité étaient «génériques, vagues et trompeuses». Pour l’autorité, les vêtements de cette gamme prétendument «écoconçue» ne peuvent pas être recyclés à cause du mélange des fibres.

Compensation, codes couleur et seconde main

Certaines méthodes de greenwashing, plus traditionnelles, se sont tellement généralisées qu’on ne les remarque presque plus. Les étiquettes et campagnes de publicité aux couleurs verte ou beige, associées à la nature, sont monnaie courante. «Les marques jouent sur nos biais cognitifs pour se donner une apparence écologique», explique Éloise Moigno.

D’autres mettent en avant des techniques compensatoires comme le fait de planter des arbres ou de faire des dons à des associations environnementales afin de contrebalancer les émissions de CO2. Sauf qu’elles incitent à continuer d’acheter et donc à polluer toujours plus.

Plus récemment, des enseignes comme Kiabi ont aussi mis en place un rayon seconde main ou proposent de récupérer vos anciens vêtements. Pour les consommateur·ices, c’est perçu comme une action positive qui favorise le réemploi, mais «il existe des dérives, appuie Pauline Debrabandere. Les marques en profitent notamment pour placer leurs invendus dans ces rayons.»

Même s’il n’existe pas d’étude qui évalue le succès de ces coups de communication, l’attrait des Français·es pour les vêtements de fast fashion ne faiblit pas. En 2025, selon Oxfam, 3,5 milliards de pièces ont été vendues, soit en moyenne 50 vêtements neufs par personne. À titre de comparaison, cette moyenne s’élevait à 42 vêtements en 2024.

PDF
05.06.2026 à 06:00

«Protéger l’eau, ce n’est pas empêcher l’agriculture» : contre la loi d’urgence agricole, un grand rassemblement à Rennes ce dimanche

Esteban Grépinet

Texte intégral (919 mots)
Le 10 janvier, une précédente manifestation de défense de la démocratie locale de l’eau avait rassemblé plusieurs milliers de personnes à Rennes. © Léa Thomas/Hans Lucas via AFP

Un an après les mobilisations qui avaient émergé partout en France contre la loi Duplomb et le potentiel retour de pesticides interdits, la colère citoyenne est toujours vive. À l’appel d’une cinquantaine d’organisations écologistes et paysannes (Confédération paysanne, Greenpeace, Générations futures, Cancer colère…), une manifestation nationale est organisée ce dimanche à Rennes (Ille-et-Vilaine) «pour défendre l’eau, la santé et la démocratie».

Dans leur viseur : le projet de loi d’urgence agricole (LUA), voté mardi par les député·es et qui doit être examiné par le Sénat fin juin. Annoncé par le gouvernement après une mobilisation à Paris des syndicats agricoles majoritaires (FNSEA et Jeunes agriculteurs), ce texte prévoit une nouvelle salve de «simplifications» sur les constructions de retenues d’eau et de bâtiments d’élevage, l’exploitation des zones humides ou encore les tirs de loups (notre article).

Le rassemblement du 7 juin se veut «festif et familial», selon Pauline Pennober, chargée de mission Politiques de l’eau auprès de l’association Eau et rivières de Bretagne. «Le but est de montrer que nous sommes tous ensemble pour l’eau, le bien commun le plus précieux dont on dispose, commente-t-elle. La loi d’urgence agricole revient en arrière sur des politiques de l’eau et de démocratie participative qui existent depuis plus de quarante ans, c’est vraiment dangereux et cela peut épuiser les citoyens qui contribuent aux consultations comme les agriculteurs qui essaient de trouver des solutions.»

Tracteurs, fanfares et bineuses

Le territoire breton est au cœur du débat : la commission locale de l’eau (Cle) du bassin de la Vilaine (qui rassemble élu·es, État et usager·es de la ressource sur le territoire) s’est accordée en mars 2025 sur un plan d’interdiction des herbicides sur certaines cultures de maïs pour protéger cinq captages d’eau potable. Mais l’adoption finale de cette mesure pionnière en France a été remise en cause par la forte mobilisation de la FNSEA locale, puis par le moratoire sur l’eau décrété par le premier ministre en janvier (notre article).

Le 10 janvier, une manifestation avait rassemblé plusieurs milliers de personnes à Rennes pour défendre ces travaux de préservation de la ressource. La mobilisation de dimanche se veut cette fois «d’envergure nationale», alors que la mouture de la LUA amendée par les député·es prévoit de nouveaux affaiblissements de la démocratie locale de l’eau (notre article).

«On veut montrer que ces alternatives existent déjà et marchent.»

Le rassemblement démarrera sur les coups de midi sur le mail François-Mitterrand, grande voie de promenade qui traverse le centre-ville. Après un banquet, un débat autour du président de la Cle du bassin de la Vilaine et une série de prises de parole de responsables associatifs et syndicaux (France nature environnement, Alerte des médecins sur les pesticides…), la marche doit s’élancer dans les rues de Rennes avec fanfares et chorales. Plus d’une quarantaine de tracteurs de la Confédération paysanne sont attendus sur place.

«Protéger l’eau, ce n’est pas empêcher l’agriculture ; c’est garantir l’avenir des fermes, la santé des habitants et la démocratie locale», écrivent les signataires de l’appel à mobilisation. Plusieurs agriculteur·ices doivent présenter des outils de désherbage mécanique (bineuse, houe rotative) qui permettent de se passer d’herbicides.

«On veut montrer que ces alternatives existent déjà et marchent, soutient Pauline Pennober. Les agriculteurs les utilisent depuis de nombreuses années à travers toute la France, elles peuvent être généralisées et soutenues rapidement.» Parmi leurs revendications, les manifestant·es demandent notamment un «modèle agricole d’avenir» ainsi que le refus de la loi Duplomb et des «mesures d’urgence qui affaiblissent la protection de l’eau, des zones humides et des captages au nom d’une soi-disant simplification».

PDF
4 / 10

🌱 Bon Pote
Actu-Environnement
Amis de la Terre
Aspas
Biodiversité-sous-nos-pieds

🌱 Bloom
Canopée
Décroissance (la)
Deep Green Resistance
Déroute des routes
Faîte et Racines
🌱 Printemps des Luttes Locales
F.N.E (AURA)
Greenpeace Fr
JNE
La Relève et la Peste
La Terre
Le Lierre
Le Sauvage
Low-Tech Mag.
Motus & Langue pendue
Mountain Wilderness
Negawatt
🌱 Observatoire de l'Anthropocène

🌱 Reporterre
Présages
Reclaim Finance
Réseau Action Climat
Résilience Montagne
SOS Forêt France
Stop Croisières

🌱 Terrestres

🌱 350.org
Vert.eco
Vous n'êtes pas seuls