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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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21.05.2026 à 06:00

Pollution aux PFAS : des associations et six citoyens attaquent l’État pour «inaction»

Médianes

Texte intégral (1661 mots)
Lyon (Rhône), le 30 septembre 2024. Une banderole de l’ONG Générations futures lors d’un rassemblement contre l’utilisation des PFAS. © Matthieu Delaty/Hans Lucas via AFP

«L’État français [est] responsable de la catastrophe des PFAS», accusent les associations environnementales Générations futures, Notre Affaire à tous et Bloom, qui annoncent avoir déposé un recours devant le tribunal administratif de Paris, mercredi.

Cette procédure administrative, la première d’ampleur nationale sur les PFAS contre l’État, vise à faire reconnaître sa responsabilité dans le scandale de la pollution de l’environnement aux «polluants éternels».

Cette famille de molécules chimiques – que l’on retrouve dans les poêles antiadhésives, les vêtements imperméables, les emballages alimentaires ou les batteries électriques – est toxique pour l’humain. Des études scientifiques (comme celle-ci ou celle-là) ont mis en évidence des risques accrus de cancers (reins, testicules) et de maladies graves (thyroïde, foie) pour une multitude de ces substances.

Les associations estiment que «l’inaction» de l’État ces dernières décennies a provoqué un «préjudice écologique», et réclament en conséquence qu’il fasse «cesser le plus rapidement possible tous les rejets de PFAS dans l’environnement et qu’il mette dès aujourd’hui en place les dispositifs pollueur-payeur pour couvrir les coûts environnementaux et sanitaires titanesques de cette pollution».

De premières alertes dans les années 2000

Alors qu’elles attaquaient jusqu’ici uniquement les industriels qui produisent des PFAS, ces associations, rejointes par des riverain·es de zones contaminées, désignent une nouvelle cible. «On ne peut pas nier que l’État a failli dans son rôle de protection de la santé et de l’environnement. On en a même des preuves assez accablantes», assure leur avocat, Antoine Clerc, du cabinet lyonnais Hélios Avocats.

Des administrations d’État ont été informées des risques que représentent les PFAS et leur dissémination bien avant que le scandale n’éclate publiquement en France, à partir de 2022, grâce à une enquête de l’émission Vert de rage (France 5).

Les associations affirment avoir compilé «au moins une trentaine de rapports et études émanant d’agences publiques ou d’institutions nationales» alertant, entre 2008 et 2022, de la contamination des écosystèmes par ces molécules en France.

En 2009 déjà, un bulletin de veille scientifique de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) informait les autorités des dangers liés au PFOA et au PFOS – deux «polluants éternels» dont la toxicité pour l’humain était bien connue.

«On aurait pu aller beaucoup plus loin, et plus vite»

Dans la banlieue sud de Rouen (Seine-Maritime), l’État a été informé dès 2008 que l’eau potable de 90 000 habitant·es était contaminée, selon le média d’investigation local Le Poulpe – même si, à l’époque, aucune réglementation n’existait.

Pourtant, «l’État dispose des leviers d’action juridiques qui auraient pu tout à fait être efficaces pour cibler les sources d’émissions» de ces substances, considère l’avocat des requérant·es. Il rappelle que les préfectures – représentantes de l’État en région – sont chargées du contrôle des rejets polluants des usines ICPE (Installations classées pour la protection de l’environnement). Celles-ci sont soumises à une réglementation spécifique car elles peuvent avoir «des impacts (pollution de l’eau, de l’air, des sols, etc.) et présenter des dangers (incendie, explosion, etc.) pour l’environnement, la santé et la sécurité publique», selon le site du gouvernement.

Désormais, l’État tente de rattraper son retard. L’exécutif a dégainé un plan d’action en 2024, qui prévoit de mesurer la présence de PFAS à la sortie des sites industriels, des stations d’épuration et des incinérateurs. «On peut s’en réjouir quand on compare notre situation à celle de certains États plus en retard, mais on aurait pu aller beaucoup plus loin, et plus vite», estime Antoine Clerc.

«L’État est au courant depuis des années : ils n’avaient qu’à s’y préparer»

Pour incarner ce combat et médiatiser l’affaire, les associations ont proposé à des riverain·es de zones contaminées de les rejoindre dans ce recours : six ont accepté. L’un vit à Rumilly, en Haute-Savoie, où une usine Tefal a rejeté par le passé des déchets de PFAS dans l’environnement.

Les cinq autres résident à proximité de l’aéroport de Bâle-Mulhouse, où l’utilisation de mousses anti-incendie (qui contiennent des PFAS) a pollué la nappe phréatique et l’eau potable de Saint-Louis (Haut-Rhin) et de communes voisines.

Une autre, Karine Sallit, a appris en avril 2025 que son eau courante était contaminée au-delà des normes. Alors qu’elle a été diagnostiquée d’une maladie rare du sang en 2024, son syndicat de l’eau lui a déconseillé l’année passée de consommer la ressource à son robinet. «C’est très angoissant, admet cette directrice d’un service client, âgée de 51 ans. Même si je peux de nouveau consommer l’eau du robinet, je ne le fais pas. J’ai une perte de confiance totale envers l’État. J’ai fait des analyses de sang, et je suis contaminée.»

Séverine Wollenschneider, retraitée de l’industrie, fait partie des citoyen·nes requérant·es. © DR

«Il n’y a aucune raison que le citoyen passe à la caisse alors que l’industrie s’en met plein les poches et pollue en toute impunité. L’État est au courant depuis des années : ils n’avaient qu’à s’y préparer, considère Séverine Wollenschneider, 62 ans, retraitée de l’industrie. Ce recours, je le fais aussi pour les générations futures.» Tombée malade d’un cancer du sang à 49 ans, «son exposition prolongée aux PFAS pourrait augmenter les risques» pour sa santé, estiment les associations.

Préjudice d’anxiété

L’avocat Antoine Clerc compte faire valoir à la barre du tribunal un «préjudice d’anxiété» pour ces riverain·es. «La conscience de ces personnes d’avoir été surexposées aux PFAS a fait naître une inquiétude de développer une pathologie, explique-t-il. Nous demandons réparation de cette souffrance.»

Une manière aussi d’éviter d’avoir à démontrer un lien de causalité – toujours difficile à prouver – entre la santé de ces riverain·es et l’historique de leur exposition passée aux PFAS.

Contacté au sujet de ce recours, le service communication de la présidence de la République n’a pas répondu à nos questions. Une décision du tribunal administratif de Paris n’est pas attendue avant 2028, selon les parties civiles.

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20.05.2026 à 14:45

Non aux «clauses de silence» de Bolloré : la liberté d’informer doit prévaloir

Antoine Poncet

Texte intégral (1121 mots)
Paris, le 3 février 2016. Vincent Bolloré, dirigeant du conglomérat Vivendi qui possède la chaîne Canal+, lors d’une soirée organisée par le groupe Canal+. © Geoffroy van der Hasselt/AFP

Jusqu’où peut aller le musellement d’ex-salariés par un actionnaire ? Jusqu’où l’argent peut-il déterminer quelles informations peuvent être, ou non, rendues publiques ?

Rappel des faits. En 2015, Vincent Bolloré rachète le groupe Canal+. Dans les mois qui suivent, il supprime Les Guignols de l’Info, L’effet Papillon ou encore Spécial Investigation. Des dizaines de journalistes décident de quitter le groupe et le rédacteur en chef adjoint de l’émission Spécial Investigation, Jean-Baptiste Rivoire, est «mis au placard».

Après six ans d’attente et des mois d’âpres négociations, il finit par signer l’accord qui met fin à son contrat de travail et lui donne droit à une indemnité de départ. Or, cet accord comporte une clause, que certains baptisent depuis «clause de silence». Elle interdit à tous les salariés qui quittent une entreprise (en l’occurrence ici, les médias du groupe Bolloré : Canal +, iTélé, groupe Prisma, Europe 1, Paris Match, le JDD…) de critiquer publiquement leur ex-employeur, ses cadres ou ses sociétés, jusqu’à la fin de leur vie. D’après l’enquête d’Arrêt sur Images publiée en 2023, ces clauses concerneraient plusieurs centaines de journalistes en France.

Note aux lecteur·ices :
Cet article est une tribune, rédigée collectivement.

Or, interrogé par Reporters sans frontières (RSF) pour une enquête-vidéo intitulée «Le système B», Jean-Baptiste Rivoire a dénoncé l’interventionnisme de Vincent Bolloré dans la sphère médiatique et ces fameuses clauses de silence en 2021. Canal+ l’a donc poursuivi pour violation de cette clause. En février 2024, le conseil de prud’hommes de Boulogne-Billancourt a donné raison à son ex-employeur, condamnant le journaliste à lui verser plus de 150 000 euros.

Ce mercredi 20 mai à 13h30, la Cour d’appel de Versailles rendra son délibéré. Une confirmation de la condamnation de Jean-Baptiste Rivoire serait un signal inquiétant pour l’équilibre des droits et devoirs entre salariés et employeurs, mais aussi pour la liberté d’informer, déjà mise à mal par la concentration des médias et la multiplication des atteintes à l’indépendance des rédactions ces dernières années.

Étendues à tout un conglomérat et sans limites temporelles, ces clauses de silence restreignent la liberté d’expression des journalistes et la liberté de la presse, en empêchant ceux qui y sont soumis de critiquer ou d’enquêter librement sur des sujets liés à leur ancien employeur.

Est-il acceptable, dans une démocratie digne de ce nom, que des milliardaires puissent non seulement remodeler le paysage médiatique au service de leur projet politique mais, en plus, faire taire à vie leurs salariés alors que les informations dont ils disposent sont d’intérêt public ? Au-delà de la situation individuelle de ces journalistes, c’est le droit des citoyens à être informés qui est en jeu.

Conscients des graves conséquences qu’aurait une telle décision pour l’ensemble de la profession et pour le droit des citoyens à être informés, en constituant un dangereux précédent, les signataires affirment leur plein soutien à Jean-Baptiste Rivoire et dénoncent l’usage de telles clauses de silence par le groupe Vivendi.

Pour en savoir plus :

«Ces “clauses de silence” qui “bâillonnent” les journalistes», Pauline Bock (Arrêt sur Images), septembre 2023

«La loi du silence : ces clauses qui font taire les journalistes», Reporters sans Frontières, mars 2025

Liste des organisations et médias signataires (par ordre alphabétique) (37) :

Acrimed ; Anticor ; Arrêt sur images ; Article 34 ; Au Poste ; Basta! ; Blast ; CFDT-Journalistes ; Climax ; Disclose ; En attendant Nadeau ; Fédération européenne des journalistes (FEJ) ; Flagrant déni ; Fonds pour une presse libre ; Informer n’est pas un délit (INPD) ; La Maison des Lanceurs d’Alerte ; La Relève et La Peste ; L’Arrière-Cour Chabe ; Le Moment ; Le Poulpe ; Les Jours ; Mediacités ; Mediapart ; MOB, le média de la démocratie ; Observatoire des multinationales ; Politis ; Reporterre ; Reporters sans frontières (RSF) ; Rue89 Bordeaux ; Sherpa ; Société des personnels de l’Humanité ; Spotlighted ; Syndicat national des journalistes (SNJ) ; Syndicat national des journalistes CGT (SNJ-CGT) ; SDJ de 20 minutes ; Un Bout des Médias (UBDM) ; Vert.

Liste des signataires individuels (par ordre alphabétique) :

Pablo Aiquel, vice-président de la FEJ, secrétaire général du SNJ-CGT ; Clément Aulnette, journaliste ; Lucile Berland, journaliste-réalisatrice ; Manuela Bermudez, journaliste ; Nicolas Bigards, éditorialiste ; Pauline Bock, journaliste ; Perrine Bontemps, journaliste indépendante ; Sylvain Bourmeau, AOC ; Hakima Bounemoura, journaliste ; Mathieu Cavada, journaliste ; Mael Daniel, Journaliste ; Laurie Debove, La Relève et La Peste ; Jérémie Demay, journaliste ; Elise Descamps, secrétaire générale de CFDT-Journalistes ; Mathias Destal, journaliste ; Nassira El Moaddem, journaliste et autrice ; Loup Espargilière, Vert ; Vincent Fillola (Chango Avocats) ; Adèle Flaux, journaliste-réalisatrice ; Caroline Fontaine, journaliste-réalisatrice ; Juliette Harau, journaliste ; Mélina Huet, grand reporter et réalisatrice ; Pierre Jacquemain, codirecteur de Politis ; Hervé Kempf, Reporterre ; Caroline Langlois, journaliste ; Ariane Lavrilleux, journaliste ; Émilie Laystary, journaliste et autrice ; Marie Lemire-Verdier, journaliste ; Edwy Plenel, journaliste ; Dominique Pradalié, journaliste ; Loïck Rauscher Lauranceau, citoyen non journaliste ; Raphaël Ruffier-Fossoul, journaliste et réalisateur ; Jacques Trentesaux, La Presse libre ; Stéphane Vidal, journaliste indépendant ; Emmanuel Vire, journaliste ; Tetiana Pryimachuk, journaliste-réalisatrice ; Nathalie Sapena, présidente de la commission des journalistes de la Scam.

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20.05.2026 à 11:29

Le gouvernement lance une réforme de l’Ademe «gravissime» alors que droite et extrême droite veulent sa peau au Parlement

Médianes

Texte intégral (1425 mots)
Le président (Les Républicains) du Sénat, Gérard Larcher, accuse l’Ademe d’avoir des dépenses excessives. © Stéphane de Sakutin/AFP

«En cette période d’intense hostilité à la transition énergétique, le gouvernement a donc décidé d’ouvrir un nouveau feu. C’est gravissime et inconséquent», se désole Jean Revereault, l’un des administrateurs de l’Ademe, qui a participé à une rencontre avec la presse mardi. L’Agence, principal opérateur de l’État dans la mise en œuvre de la transition écologique et énergétique, est au cœur d’une réforme contestée.

L’Ademe mise au pas ?

Dans quelques heures ce mercredi, le gouvernement devrait officialiser en conseil des ministres son projet de loi «visant à renforcer l’État local», dont l’article 7, ébruité en début d’année, a déjà fait couler beaucoup d’encre. Il prévoit de fusionner les 17 agences régionales de l’Ademe (aujourd’hui sous la tutelle du ministère de la transition écologique) au sein des directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), qui dépendent du préfet. Selon Matthieu Lefèvre, ministre délégué à la transition écologique, ce projet vise à résorber des «chevauchements» entre les missions de l’Ademe et celles des Dreal, «qui peuvent complexifier les procédures et allonger certains délais».

Ce faisant, une partie de l’Ademe se retrouverait sous l’autorité du ministère de l’intérieur, réputé moins sensible aux enjeux environnementaux que le ministère de la transition écologique. «Sans compter que l’Ademe, qui a un rôle d’accompagnement et de financement des projets, se retrouvera au sein des Dreal, qui ont pour mission de contrôler ces mêmes projets, s’inquiète Jérôme Dancoisne, administrateur représentant des salarié·es. Tout ça peut paraître technique mais, si on ajoute cela au cumul de toutes les actions déjà menées – dont une baisse du budget de 30% en deux ans –, on devine une tentative de nous invisibiliser.»

Campagne de lynchage

«Il y a un vrai risque que les missions de l’Ademe soient amoindries, confirme Anne Bringault, représentante des associations au sein du conseil d’administration de l’agence. Ça va entraîner des départs de salariés, une perte d’expertise et accélérer encore les attaques qu’elle subit déjà.» Depuis plusieurs mois, l’Ademe – comme d’autres agences environnementales – est au cœur d’une intense campagne de dénigrement menée par la droite et l’extrême droite, à grands renforts de lynchages médiatiques (voir ici ou ).

Ses détracteur·ices l’accusent d’avoir des dépenses excessives, à l’instar du président du Sénat (Les Républicains), Gérard Larcher, qui pointe ses «plus de 4 milliards d’euros de budget pour près de 1 100 équivalents temps plein, la question de l’efficacité de la dépense publique se pose». Un amalgame entre les fonds qu’elle gère pour le compte de l’État (programme France 2030, fonds de décarbonation de l’industrie, etc.), qui s’élevaient à 3,4 milliards d’euros en 2024, et son budget de fonctionnement, qui était de 135 millions d’euros cette même année. Plusieurs institutions financières, dont la Cour des comptes en 2017 et l’Inspection générale des finances en 2024, ont au contraire souligné la gestion «globalement satisfaisante» des deniers publics par l’Ademe.

«Une réforme pensée pour faire plaisir à des gens»

Dans ce contexte, la dissolution de l’Ademe «ressemble à une réforme pensée pour faire plaisir à des gens, notamment ceux qui attaquent sans cesse l’agence», estime Jérémie Godet, vice-président Les Écologistes de la région Centre-Val de Loire. Le Rassemblement national, qui dépose régulièrement des amendements (ici ou ) visant à supprimer l’Ademe, doit se frotter les mains à l’idée de voir le texte arriver au Parlement. Benoît Léguet, directeur général du laboratoire d’idées I4CE et administrateur de l’Ademe, alerte : «Le gouvernement a déjà été mis en difficulté sur les ZFE et le ZAN.» Deux dispositifs instaurés respectivement pour faire baisser la pollution de l’air et freiner l’artificialisation des sols, supprimés ou détricotés au Parlement. Cette fois encore, «le gouvernement donne le bâton pour se faire battre», ajoute-t-il.

Mardi, le conseil d’administration de l’Ademe a adopté (à 15 voix contre 10) une délibération défavorable au projet de réforme voulu par le gouvernement. Il espère que l’intense levée de boucliers portera ses fruits au Parlement : en quelques semaines, plus de 250 associations ont demandé l’abandon de la réforme, et une pétition lancée par Agir pour l’environnement a recueilli plus de 21 000 signatures. De nombreuses personnalités, dont d’ex-lieutenant·es d’Emmanuel Macron, ont également paraphé une tribune dans Le Monde, pour demander aux parlementaires de «s’opposer au démantèlement de l’Ademe et contribuer au contraire au renforcement des moyens de l’État et des territoires». Rachel Baudry, administratrice et salariée, «espère aussi que le monde des entreprises, largement bénéficiaire des aides, se mobilisera».

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20.05.2026 à 10:25

En France, le déclin des oiseaux insectivores est clairement lié aux pesticides… mais tout peut encore changer

Antoine Poncet

Texte intégral (1184 mots)

À l’automne 1962, la biologiste étatsunienne Rachel Carson alertait sur les dangers des pesticides pour la survie des oiseaux avec un essai resté dans l’Histoire : Printemps silencieux. Pourtant, il aura fallu plus d’un demi-siècle pour démontrer méthodiquement que ces substances toxiques, utilisées principalement dans l’agriculture, jouent un rôle majeur dans le déclin observé de l’avifaune.

Pour les scientifiques, les pesticides affectent les oiseaux insectivores (ici une huppe fasciée) en faisant disparaître leur ressource alimentaire. © Pierre-Marie Epinay/Wikimedia

Pour la première fois en France, une étude met en évidence une «forte corrélation» sur le temps long entre les ventes de produits insecticides et le déclin d’espèces insectivores (fauvettes, hirondelles, grives, merles, rouges-gorges, huppes, bergeronnettes…). En clair : plus ces produits sont utilisés dans un département, plus les populations locales d’oiseaux diminuent.

Moins d’insectes, moins d’insectivores

Mise en ligne le 22 avril et destinée à être publiée en septembre 2026 dans la revue Agriculture, ecosystems and environment, cette étude statistique a été menée par une équipe de sept chercheur·ses français·es et allemand·es. Elle se base sur deux jeux de données robustes : le Suivi temporel des oiseaux communs (Stoc) – un comptage effectué chaque printemps par des centaines d’ornithologues dans toute la France – et les ventes de pesticides par département depuis 2008.

«Nous avons ensuite utilisé des modèles statistiques qui regardent comment les variations des populations d’oiseaux sont expliquées par celles des pesticides, mais aussi du paysage et des variables climatiques», détaille Thomas Perrot, auteur de l’étude et chercheur à la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB). En classant les espèces selon leur régime alimentaire, les scientifiques ont constaté un lien clair sur quinze ans entre l’évolution des quantités de pesticides vendues et celle des populations d’insectivores – le groupe le plus important. «Aucune corrélation claire n’a été détectée pour les oiseaux granivores et généralistes», précise l’étude.

«Il faut noter que nous travaillons sur des communautés aviaires qui sont dégradées par des décennies d’utilisation de pesticides.»

Parmi les différentes catégories de pesticides, ceux censés cibler les insectes sont ceux qui ont le plus d’influence sur les populations d’oiseaux qui s’en nourrissent. En étudiant les toxicités de ces substances, les scientifiques estiment que les pesticides nuisent indirectement aux insectivores, en faisant disparaître leurs ressources alimentaires.

Une étude saluée par Anne-Christine Monnet, qui s’intéresse elle aussi aux liens entre pesticides et populations d’oiseaux au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et qui n’a pas participé à cette étude. «Il faut noter que nous travaillons sur des communautés aviaires qui sont dégradées par des décennies d’intensification agricole et d’utilisation de pesticides, note la scientifique. C’est inquiétant de voir qu’on observe encore un effet négatif alors qu’elles ont sans doute déjà perdu beaucoup avant.»

«Les politiques peuvent avoir un effet bénéfique»

En janvier dernier, la scientifique avait elle-même mené une autre étude qui établissait un tel lien, cette fois au niveau géographique. Son équipe avait comparé les ventes de 242 substances en France, à l’échelle plus fine du code postal : «Les quantités de pesticides sont corrélées négativement avec l’abondance de 84,4% des espèces, alors que nous avons pris en compte d’autres aspects de l’intensification de l’agriculture», statuaient les scientifiques. «Nous avons travaillé de manière complètement indépendante sur les mêmes jeux de données, il est donc intéressant de voir que les résultats concordent», observe Anne-Christine Monnet.

«Tout cela pris bout à bout me fait dire que les insecticides impactent l’ensemble des oiseaux insectivores.»

Si ces résultats sont une première en France, d’autres recherches menées aux États-Unis ou aux Pays-Bas avaient déjà identifié une corrélation similaire ces dernières années. En 2023, une étude majeure menée à l’échelle de l’Europe avait également mis en évidence l’«impact néfaste prédominant de l’intensification de l’agriculture» dans le déclin des populations aviaires, estimé à -25% sur quarante ans.

Ces études établissent un lien statistique entre l’utilisation de pesticides et l’état des populations d’oiseaux, sans pour autant démontrer un lien de cause à effet – «ce qui est très difficile à l’échelle nationale», note Anne-Christine Monnet. Mais le faisceau de preuves ne cesse de s’élargir, souligne Thomas Perrot : «Il y a maintenant assez d’études qui montrent que les insectivores sont les principaux impactés, beaucoup qui montrent que les insecticides réduisent les populations d’insectes, quelques-unes qui montrent que cette diminution des insectes a des impacts sur la qualité de la reproduction des oiseaux… Tout cela pris bout à bout me fait dire que les insecticides impactent les oiseaux insectivores.»

Et si cette corrélation est vraie dans un sens, elle marche aussi dans l’autre : les populations d’oiseaux se reconstituent là où l’usage d’insecticides diminue. En novembre 2025, une autre étude française a montré un léger regain des espèces insectivores depuis l’interdiction en 2018 de l’imidaclopride, un puissant insecticide de la famille des néonicotinoïdes. «Ces résultats montrent que les politiques, à travers la régulation des pesticides, peuvent avoir un effet bénéfique sur les populations d’oiseaux, juge Thomas Perrot. Et cela dans un temps assez court.»

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