FLUX RSS

L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

▸ les 10 dernières parutions

14.09.2026 à 06:00

Canicules relativisées et débats sur la climatisation : 452 cas de mésinformation climatique à la télé et à la radio entre janvier et juin

Louise Deshautels

Texte intégral (1418 mots)
CNews diffuse toujours plus d’un cas de mésinformation par heure d’information sur le climat. © Capture d’écran CNews

Avec les canicules de cet été, la «mésinformation climatique» a explosé sur les chaînes de télévision et à la radio. Ce terme désigne les séquences au cours desquelles une contre-vérité sur le climat est prononcée à l’antenne sans être corrigée par un journaliste dans les deux minutes qui suivent. Ces mésinformations sont récurrentes pendant les évènements climatiques extrêmes ou lorsque les questions environnementales s’imposent dans l’actualité. Du 5 janvier au 5 juillet 2026, l’Observatoire des médias sur l’écologie (OME) a recensé 17 cas de mésinformation climatique par semaine dans les programmes d’information des médias audiovisuels français.

L’OME, composé notamment de Quota Climat, Expertises Climat, Data for Good et Science Feedback, publie ce lundi son bilan du traitement médiatique des enjeux environnementaux au premier semestre 2026, que Vert révèle en exclusivité. L’Observatoire a passé au crible les programmes d’information liés au climat de 18 médias audiovisuels.

En six mois, 452 séquences problématiques ont été recensées à la télévision et la radio. C’est 28% de plus qu’au premier semestre 2025, lorsque 353 cas avaient été identifiés. Pour l’Observatoire, cette progression traduit une «ampleur inédite» de la mésinformation climatique dans les médias tricolores. Une évolution que la secrétaire générale de Quota Climat, Eva Morel, explique par «une polarisation de plus en plus forte autour des questions environnementales». Celles-ci se sont imposées dans le paysage médiatique en raison des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, en particulier à cause du blocage du détroit d’Ormuz en mars, et des canicules de cet été.

La crise climatique est instrumentalisée par certains acteurs politiques

60 cas de mésinformation ont été recensés entre le 25 et le 31 mai, puis 80 entre le 22 et le 28 juin. Ces deux semaines figurent parmi les trois périodes ayant concentré le plus de cas depuis le lancement de l’Observatoire, en novembre 2024. Trois médias audiovisuels sont champions dans la production et la diffusion de ces contenus erronés : CNews, Europe 1 et Sud Radio, qui diffusent toujours plus d’un cas de mésinformation par heure d’information sur le climat.

«À mesure que la crise climatique progresse, elle est instrumentalisée par certains acteurs politiques, pointe Eva Morel. Ils tentent de se positionner sur les questions environnementales sans modifier le reste de leurs programmes. Mais comme on ne peut pas faire rentrer des carrés dans des ronds, ça ne fonctionne pas. Ils sont obligés d’utiliser des arguments infondés, sans contexte ou totalement faux.»

En parallèle, la couverture médiatique de l’environnement progresse légèrement dans l’audiovisuel. Entre janvier et juin, les sujets liés au climat ont représenté 5,3% des contenus d’information diffusés, contre 4,9% sur la même période en 2025. Une hausse largement portée par l’actualité.

«Les canicules sont traitées comme un fait divers»

Pendant les deux premières canicules, en mai et juin, on pouvait entendre ou lire des discours relativisant l’intensité ou la fréquence des épisodes de chaleur. Et ce malgré les données scientifiques à disposition. Le 27 mai, invité sur CNews, le journaliste du Journal du Dimanche (JDD) Raphaël Stainville a déclaré qu’«il ne faut pas non plus, sur la base de ces fortes chaleurs, qui sont des phénomènes météorologiques, en déduire des conclusions climatiques».

Une rhétorique reprise moins d’un mois plus tard par Luc Ferry, chroniqueur et éditorialiste sur LCI, qui s’est exclamé : «On ne va pas atteindre 44 à Paris ; à Paris, ça sera moins qu’en 2019. Donc on ne peut pas dire que c’est nouveau et qu’on n’a jamais vu ça, ce n’est pas vrai. Et n’oubliez pas qu’en 1976 c’était incroyable aussi.»

Le traitement médiatique des canicules peine aussi à s’éloigner d’un constat très alarmiste. «Les canicules sont traitées comme un fait divers qui attire l’attention médiatique», remarque Eva Morel. Elles ne font pas émerger les discours scientifiques qui amènent à des solutions.

La part des séquences qui mentionnent le changement climatique lors des fortes chaleurs a progressé, passant de 33% en 2023 à 42% cette année. Dans le même temps, la proportion de passages évoquant ses causes – notamment la combustion des énergies fossiles et les émissions de gaz à effet de serre associées – a été divisée par deux entre les épisodes de mai et de juin, passant de 14 à 7%.

Le même déséquilibre se retrouve dans le traitement de l’adaptation au changement climatique. Cette thématique occupe une place beaucoup plus importante dans les médias : elle représentait environ 20% des séquences consacrées aux canicules en 2023, contre près de 50% lors du deuxième épisode de 2026. Mais l’adaptation est avant tout racontée à travers des réponses immédiates et individuelles – ombre, climatisation, ventilateurs, hydratation –, tandis que les réponses structurelles restent marginales. On parle 24 fois moins de rénovation thermique et de végétalisation que de climatisation.

«Parler de climatisation acte le débat sur l’adaptation, ce qui n’est pas mauvais en soi. Mais ça masque la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre et ça ne permet pas de confronter les dirigeants à leurs responsabilités», estime Eva Morel.

Renforcer la vigilance à l’approche de l’élection présidentielle

Entre janvier et mars, alors que la campagne des élections municipales battait son plein, la couverture environnementale a chuté : de 24% dans l’audiovisuel par rapport à la moyenne de 2025 et de 33% sur les chaînes d’information en continu. En mars, elle ne représentait plus que 2,8% du temps d’antenne : la plus basse couverture depuis la création de l’Observatoire.

Pourtant, comme le souligne Eva Morel : «Ce sont des moments de construction des ambitions des candidats. Mais, lorsque le sujet est moins traité, en particulier dans les interviews, ça n’en fait pas un sujet stratégique.»

À quelques mois de l’élection présidentielle, l’Observatoire redoute que le phénomène se reproduise. Quota Climat espère que les médias tireront les leçons de cet été, en renforçant leur vigilance face à la mésinformation et en interrogeant davantage les candidat·es sur les causes du dérèglement climatique et sur leurs propositions pour y répondre.

Mercredi soir, un débat était organisé sur BFMTV avec le climat pour sujet central. «Un signal positif», pour Eva Morel. Elle nuance : «Il a duré plus de trois heures, avec des experts et des journalistes spécialisés qui posaient des questions. Est-ce que c’est suffisant ? Absolument pas. Mais, au moins, il semble y avoir un petit apprentissage de ce qui s’est passé pendant l’été.»

PDF
12.09.2026 à 07:00

«C’est frappant d’entendre si peu d’alouettes» : dans les jumelles d’un ornithologue à l’heure du déclin des oiseaux

Esteban Grépinet

Texte intégral (1758 mots)
Ornithologue et ingénieur au Muséum national d’histoire naturelle, Grégoire Loïs compte depuis cinq ans les oiseaux sur un secteur des Yvelines. © Esteban Grépinet/Vert

Guiperreux (Yvelines), fin avril, quelques semaines avant que le pays bascule dans un été caniculaire. Il est sept heures du matin, le soleil est levé depuis moins d’une heure et dépose timidement ses rayons sur la cime des plus grands arbres. À la lisière d’un bosquet encore humide de rosée, le chant lancinant du merle noir réchauffe l’atmosphère. Il est rapidement rejoint par les notes saccadées du pouillot véloce, petit oiseau verdâtre qui passe sa vie dans les frondaisons. Soudain, le cri nasillard d’un faisan de Colchide retentit au loin.

Au milieu de ce concert matinal, Grégoire Loïs se tient debout, l’oreille alerte. Jumelles autour du cou et carnet en main, le cinquantenaire griffonne énergiquement le nom de chaque espèce vue ou entendue. Récoltées en suivant un protocole méticuleux, ses observations alimenteront – avec celles de centaines d’autres ornithologues dans toute la France – la précieuse base de données du Suivi temporel des oiseaux communs (le «Stoc»).

Réalisé chaque printemps depuis 1989, ce comptage permet aux scientifiques du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) d’estimer l’évolution de l’abondance des différentes espèces à plumes au cours du temps. Le dernier bilan en date, publié en 2021 avec la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), est sans appel : les oiseaux des villes et des campagnes françaises ont décliné de près de 30% en trente ans.

«Des gagnants et des perdants»

«La première fois que nous avons établi une tendance moyenne pour toutes les espèces, nous ne nous attendions pas à voir un tel déclin, se souvient Grégoire Loïs, qui travaille lui-même au MNHN, comme directeur adjoint du programme de sciences participatives Vigie-Nature. Il y a des gagnants et des perdants chez les oiseaux, mais nous ne pensions pas avoir autant de perdants.» Passionné d’ornithologie depuis sa plus tendre enfance, ce natif des Yvelines a vu de ses propres yeux la disparition de plusieurs espèces emblématiques de sa campagne. Vert a suivi le scientifique sur les dix points d’écoute qu’il couvre chaque printemps depuis cinq ans.

Le Suivi temporel des oiseaux communs (Stoc) est l’un des plus anciens comptages naturalistes en France. Plusieurs centaines d’ornithologues y participent chaque année depuis 1989. Chacun se voit attribuer un carré de deux kilomètres de côté tiré au sort à proximité d’un lieu de préférence. À l’intérieur, dix points de comptage sont répartis en tenant compte de la diversité des écosystèmes présents (villages, forêts, rivières…).

Trois passages doivent être effectués en mars, avril et mai. À chaque point d’écoute, les ornithologues notent la totalité des espèces entendues ou vues en l’espace de cinq minutes, chronomètre en main. Les comptages sont effectués chaque printemps, si possible aux mêmes jours et dans les mêmes conditions météorologiques que les années passées.

Les données remontées par chaque naturaliste sont ensuite collectées, vérifiées et analysées par des scientifiques du Muséum national d’histoire naturelle, qui établissent des tendances sur le temps long pour chaque espèce et groupe d’espèces.

«Vu le milieu, il devrait y avoir au moins trois rossignols, s’étonne-t-il en pointant du doigt une friche. Quand j’étais gamin, il y en avait partout.» Difficile à observer dans les broussailles dans lesquelles il se terre, le rossignol philomèle est pourtant impossible à manquer lors d’un comptage : il passe ses journées (et même ses nuits !) à chanter, recouvrant même les gazouillis des autres espèces. Si ses populations restent stables ces deux dernières décennies à l’échelle nationale, l’oiseau a vraisemblablement disparu de la zone suivie par l’ornithologue.

Un peu plus loin, en se rapprochant des habitations, le comptage réserve des surprises plus réjouissantes. Le naturaliste observe de plus en plus de verdiers d’Europe. Une bonne nouvelle pour ce petit passereau habitué des mangeoires : ses populations s’effondrent ces dernières années à cause d’une épidémie de trichomonose, une maladie parasitaire qui touche les voies digestives. En vingt-cinq ans, l’oiseau a perdu près de 70% de ses effectifs au niveau national.

Le long du parcours, les chants d’alouettes se font timidement entendre. © Esteban Grépinet/Vert

Le long du chemin, mésanges, pinsons, grives et autres oiseaux très communs se font régulièrement entendre. Ces espèces dites «généralistes», qui peuvent aussi bien vivre en ville qu’à la campagne ou en montagne, sont les seules à connaître une dynamique positive. Le pigeon ramier, reconnaissable à son vol lourd et sa bande blanche sur le cou, en est un cas emblématique : sa population a plus que doublé en vingt-cinq ans.

Les alouettes ne sont plus à la fête

À l’inverse, la situation des oiseaux «spécialistes» est plus inquiétante : ceux des milieux agricoles (perdrix, bruants…) ont décliné de 30% en trente ans, et ceux des milieux forestiers (pics, troglodytes…) de 10%. Même les espèces des zones bâties sont en difficulté, avec une chute de 28% depuis 1989. Oiseaux emblématiques des campagnes, qui nichent dans les granges et les garages, les hirondelles rustiques ont vu leurs populations s’effondrer de trois quarts en Île-de-France (notre article).

«Il est très rare d’être surpris par une espèce. Chaque année, ce sont plutôt les absents qui m’étonnent.»

Les causes de ces déclins varient selon les espèces et leurs habitudes écologiques : disparition des friches ou des cavités dans les bâtiments rénovés pour certains oiseaux urbains, intensification de l’agriculture à la campagne… Pour les oiseaux insectivores, une récente étude française – basée sur l’analyse des données du Stoc – a mis en avant une «forte corrélation» sur le temps long entre les ventes de produits insecticides et le déclin de ces espèces (notre article).

Sur son circuit de comptage, qu’il couvre trois fois par an depuis 2021, Grégoire Loïs se remémore des moments marquants. Là, sur ce grand arbre étouffé de lierre, une chouette hulotte s’était envolée en plein jour à son approche. Plus loin, sur un vieux poirier planté au milieu d’un champ de céréales, une pie-grièche écorcheur était figée, tel un fantôme du passé. Typique des haies, où il empale ses proies, ce passereau au bec crochu se fait de plus en plus rare en Île-de-France. Proche cousine, la pie-grièche grise nichait encore dans la région il y a trente ans : elle n’y a plus été observée depuis 2005.

Un poirier au milieu d’un champ de céréales, sur le parcours du «carré Stoc» de Grégoire Loïs. © Esteban Grépinet/Vert

«Il est très rare d’être surpris par une espèce. Chaque année, ce sont plutôt les absents qui m’étonnent, témoigne Grégoire Loïs. Cela peut être lié à l’aléatoire, mais aussi à des populations plus faibles.» Le naturaliste s’aventure désormais au milieu des vastes étendues d’orge et de blé, typiques de plaines céréalières du centre de la France. «Vous voyez comme ça s’est calmé ?, chuchote-t-il. Pour l’instant, on entend juste deux espèces», contre une dizaine sur les précédents points d’écoute.

Symbole de ces campagnes silencieuses, le chant d’une alouette des champs s’étouffe au loin. «Normalement, c’est le bruit de fond omniprésent de ce type de milieu, souffle l’ornithologue. C’est frappant d’en entendre si peu.» Dès la fin de l’hiver, ce passereau couleur terre passe ses journées à faire résonner son indescriptible gazouillis métallique. Mais l’oiseau bien connu des comptines pour enfants n’est plus à la fête en France : en vingt-cinq ans, sa population a chuté de 32%.

PDF
11.09.2026 à 15:16

En Haute-Savoie, une nouvelle autoroute décriée : ce chantier «condamne l’habitabilité de notre territoire»

Kim Vaillant

(473 mots)

Entre Machilly et Thonon-les-Bains (Haute-Savoie), le chantier de l’A412, l’autoroute du Chablais, cristallise la colère de militant·es et riverain·es. Le ruban d’asphalte de 16,5 kilomètres en plein cœur de la montagne doit être livré en 2029 ; les travaux ont débuté le 1er septembre et de premiers arbres ont été abattus sur le tracé, lundi. 

Perrignier (Haute-Savoie), le 9 septembre 2026. Sur le chantier de l’autoroute A412, les abattages d’arbres ont commencé. © Kim Vaillant/Vert

Vert a rencontré des opposant·es qui se mobilisent pour tenter de bloquer le passage des abatteuses. Pour Jérôme Déthes, maraîcher et membre du syndicat agricole Confédération paysanne 74, ce projet qui rappelle la controversée A69 entre Toulouse (Haute-Garonne) et Castres (Tarn) est «en train de condamner l’habitabilité de notre territoire en détruisant sa faune, sa flore, ses milieux».

Crapaud sonneur et grand capricorne

Le chantier s’étendra sur 180 hectares. «On va retrouver environ 80 hectares de forêt détruits et 70 hectares de terres agricoles […] On coupe des corridors écologiques, une quarantaine de cours d’eau», liste Joanna Linares, membre du collectif StopA412. «Il y a des espèces emblématiques comme le castor, le crapaud sonneur à ventre jaune, le grand capricorne…», abonde Jérôme Déthes.

Pour Amedea (une filiale du groupe Eiffage), le concessionnaire de la future voie : «L’autoroute doit être construite pour soulager les routes départementales existantes et les villages traversés par un trafic de transit. […] Amedea a choisi de limiter autant que possible les impacts sur le territoire : par le choix du tracé, la multiplication des ouvrages, leur surdimensionnement.»

Désengorger les villages ? Une fausse promesse, dénonce Joanna Linares : «L’autoroute apportera encore plus de trafic dans notre région ; encore plus de gens viendront s’installer et prendront leur voiture. Ça incite les gens à utiliser des véhicules motorisés individuels, alors qu’il y a plein de solutions de transport en commun disponibles.»

Contactée, la préfecture de Haute-Savoie n’a, pour l’heure, pas répondu à nos sollicitations.

PDF
10.09.2026 à 17:55

Après cet été caniculaire, allez-vous payer vos aliments plus cher dans les supermarchés ?

Esteban Grépinet

Texte intégral (1924 mots)
S’il n’y a pas de pénuries pour le moment, les canicules de cet été ont provoqué une hausse des prix des produits frais, notamment des légumes. © Riccardo Milani/Hans Lucas via AFP

🛒 En août 2026, le prix des produits frais a augmenté de 5,8% sur un an à cause de la sécheresse et des canicules qui ont lourdement affecté l’agriculture, souligne l’Insee.

🥬 Tomates, salades, poireaux… Les légumes sont particulièrement touchés (+13,8% sur un an), mais pas les fruits ni les pommes de terre.

🥔 La grande distribution a aussi annoncé revoir son cahier des charges : plusieurs fruits et légumes vendus seront plus petits et plus difformes.

🥫 En début d’année prochaine, l’inflation pourrait se reporter sur les produits transformés (conserves, pains, fromages…). Sur le long terme, les changements climatiques aggravent l’insécurité alimentaire.

Des fruits et légumes brûlés par la chaleur, des productions de pommes de terre en baisse, des élevages menacés par la sécheresse et le manque de fourrages… Après cet été aux conditions climatiques désastreuses pour l’agriculture française, les effets vont-ils se répercuter sur les rayons des supermarchés ?

«Les épisodes caniculaires de l’été contribueraient à réchauffer le prix des produits frais, notamment ceux des légumes», expose l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) dans sa note de conjoncture publiée ce jeudi. Dans le détail, en août 2026, les prix des produits frais (fruits, légumes, poissons…) ont augmenté de 5,8% sur un an, «des rythmes inobservés depuis début 2024», selon l’organisme.

Pas de pénuries, mais une inflation marquée pour les légumes

Pour l’instant, la grande distribution ne parle pas de «pénuries» ; plutôt de «tensions» sur certains aliments. «Cet été, nous avons notamment rencontré des difficultés d’approvisionnement sur les salades et tomates et, dans une moindre mesure, sur certains légumes très consommateurs d’eau comme les aubergines ou les radis, détaille auprès de Vert le Groupement Mousquetaires (Intermarché, Netto). Notre vigilance porte désormais surtout sur les récoltes d’automne et d’hiver : pommes, pommes de terre, carottes, poireaux, choux…»

Les produits issus de l’agriculture biologique ont également souffert : «Nous observons des fruits et légumes parfois plus petits ou de moindre qualité visuelle, une diminution des volumes de certaines céréales, notamment du blé, ainsi que des difficultés pour l’élevage», détaille le réseau de magasins bios Biocoop, qui prévoit des baisses de rendement de l’ordre de 10 à 20%.

«Les conditions climatiques peuvent entraîner, pour certaines filières, des tensions ponctuelles entre l’offre et la demande, et donc faire évoluer les prix», ajoute Hugues Beyler, directeur agriculture et filières de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), qui regroupe les principales enseignes françaises de supermarchés. C’est un principe économique bien connu : lorsque l’offre d’un produit se raréfie, les prix tendent à augmenter (on parle alors d’inflation) pour limiter la demande et rééquilibrer le marché.

«Nous observons aussi quelques impacts au niveau du prix des poissons et de produits particuliers comme les moules, dont la croissance est plus compliquée quand la température de l’eau s’élève.»

À ce jour, si l’inflation alimentaire globale reste stable en août 2026 (+1,1% sur un an), la hausse est particulièrement prononcée pour la catégorie des produits frais, et tout particulièrement pour celle des légumes, dont les prix sont en augmentation de 13,8% sur un an en août, selon l’Insee. «En revanche, aucun impact n’est identifié sur le prix des fruits et pommes de terre», complète l’organisme.

En juillet, la hausse de prix était de 13% sur un an pour les légumes à fruits (tomates, courgettes…) et de 8% pour les légumes à tiges (salades, endives…), détaille Sébastien Faivre, responsable de la division «prix à la consommation» à l’Insee. «Nous observons aussi quelques impacts au niveau du prix des poissons et de produits particuliers comme les moules, dont la croissance est plus compliquée quand la température de l’eau s’élève», précise-t-il.

Des fruits et légumes plus petits dans les supermarchés

La répercussion de la crise climatique sur les prix dans les rayons dépend aussi des stratégies de la grande distribution, qui peut recourir à plus d’importations pour garnir son offre. «Sur la tomate, nous avons eu de fortes hausses en juin, tempérées par l’importation de tomates marocaines, illustre Sébastien Faivre. En juillet et en août, il y a eu moins d’importations, donc des hausses de prix plus fortes.»

«Notre premier réflexe ne sera pas d’aller chercher davantage de produits à l’étranger», assure le Groupement Mousquetaires. Outre la priorité donnée aux produits français, l’ensemble des enseignes de la Fédération du commerce et de la distribution a annoncé le 18 août «adapter les pratiques aux réalités du terrain», avec des produits plus petits ou biscornus.

«Un fruit plus petit ou un légume moins joli reste un bon produit.»

Pommes, salades, poivrons, pommes de terre… «Pour certains fruits et légumes, les consommateurs pourront trouver des calibres et aspects différents de ceux auxquels ils sont habitués, détaille Hugues Beyler. Ces différences ne signifient évidemment pas une différence de qualité et permettent de valoriser une plus grande partie de la production française.» «Un fruit plus petit ou un légume moins joli reste un bon produit. L’apparence change, pas nécessairement le goût ni la qualité», abonde le Groupement Mousquetaires.

«La grande distribution a simplement mis en place les choses qui sont absolument indispensables et qui devraient être la norme, nuance Mathieu Dalmais, porte-parole de l’ONG Inside Track France, qui regroupe des acteurs de l’agroalimentaire. Il serait plutôt rassurant que le consommateur paie une partie, car il faut absolument soutenir le monde agricole. Mais nous craignons que cette hausse de prix finisse surtout dans la poche de la grande distribution, il va falloir être extrêmement attentif.»

De même que Carrefour, le Groupement Mousquetaires se dit «prêt à réduire [ses] marges autant que possible» sur les produits les plus en tension, sans donner plus de détails. Si Biocoop revendique déjà des standards différents de la grande distribution pour lutter contre le gaspillage alimentaire, le réseau de magasins bios a «assoupli» ses règles dès juillet et réduit ses marges sur certains produits, comme les abricots et les raisins.

À plus long terme, le changement climatique risque d’accroître la précarité alimentaire

Si l’inflation concerne aujourd’hui principalement les produits frais, elle pourrait progressivement se reporter sur les produits transformés (conserves, pains, fromages, compotes…). «Les conséquences sur les céréales et les productions animales devraient se manifester plus tard, puisque les produits actuellement disponibles proviennent encore en partie des récoltes précédentes», explique Biocoop.

L’effet de la hausse des cours mondiaux des matières premières agricoles, comme les céréales, pourrait s’observer plutôt en début d’année prochaine, estime Dorian Roucher, chef du département de la conjoncture de l’Insee : «Nos modélisations montrent qu’il faut cinq mois pour que cette hausse se transmette aux industries agroalimentaires, et cinq mois pour arriver jusqu’aux prix des produits alimentaires.»

À plus long terme, les changements climatiques aggravent les pressions sur les systèmes alimentaires. Les canicules de l’été 2022 ont par exemple accru l’inflation alimentaire d’environ 0,67 point de pourcentage en Europe, selon une étude de la Banque centrale européenne et de l’Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique. Selon leurs estimations, la hausse des températures estimée sur le continent pour 2035 conduirait à une inflation alimentaire d’un à trois points de pourcentage par an.

Si les salaires ne suivent pas, la hausse des prix réduit le pouvoir d’achat des consommateur·ices et accroît la précarité des plus démuni·es. Avec les vagues de chaleur et sécheresses de 2023, environ un million de personnes supplémentaires ont subi de l’insécurité alimentaire en Europe par rapport à la période 1981-2010, selon l’édition européenne du Lancet countdown : «Les chocs climatiques et météorologiques font grimper les prix des fruits et légumes, rendant plus difficile pour les ménages à faibles revenus de se procurer une alimentation saine et nutritive.»

PDF
4 / 10

🌱 Bon Pote
Actu-Environnement
Amis de la Terre
Aspas
Biodiversité-sous-nos-pieds

🌱 Bloom
Canopée
Décroissance (la)
Deep Green Resistance
Déroute des routes
Faîte et Racines
🌱 Printemps des Luttes Locales
F.N.E (AURA)
Greenpeace Fr
Journalistes d'Investigation Ecologie Climat
Journalistes & Ecrivains Nature Ecologie
La Relève et la Peste
La Terre
Le Lierre
Le Sauvage
Low-Tech Mag.
Motus & Langue pendue
Mountain Wilderness
Negawatt
🌱 Observatoire de l'Anthropocène

🌱 Reporterre
Présages
Reclaim Finance
Réseau Action Climat
Résilience Montagne
SOS Forêt France
Stop Croisières

🌱 Terrestres

🌱 350.org
Vert.eco
Vous n'êtes pas seuls