Anne Legrand
L’odeur de plastique brûlé est prenante aux abords des champs d’oranges qui entourent Adana. La ville située en pleine région agricole de Çukurova, dans le sud de la Turquie, est connue pour ses agrumes et ses grenades qui font la fierté de toute une communauté. Mais ces plaines particulièrement fertiles sont aujourd’hui morcelées, entre rangées d’arbres fruitiers et imposants hangars cloisonnés appartenant aux entreprises de recyclage. Derrière ces murs de plusieurs mètres de haut, on distingue les montagnes de déchets plastiques qui seront broyés, lavés, fondus et réutilisés. Un processus long auquel seule une infime partie des milliers de tonnes importées à Adana est destinée. Les 90% restants sont visibles aux alentours des usines, abandonnés ou en partie calcinés. Umut Özşimşek, membre de l’association écologiste Çukuravo, connaît bien les endroits où les industriels du plastique de la ville laissent leur surplus. Son association travaille pour documenter les pollutions dans la région afin de «créer une mémoire écologique». En ce milieu du mois d’octobre, dans le quartier de Sakirpasa, en périphérie, des allées entières sont recouvertes de bouteilles, emballages et sachets. «Ici, ils en apportent chaque semaine», explique-t-il, parvenant à reconnaître certaines des marques étrangères récurrentes. «Ce plastique-là vient quasiment uniquement du Royaume-Uni. Ces déchets ne sont pas recyclables. Alors, soit ils les déversent dans l’eau, soit ils les brûlent, soit ils les abandonnent un peu partout dans la nature», soupire-t-il. Le Royaume-Uni exporte la majorité du plastique arrivant à Adana, juste devant l’Union européenne. En 2018, la Chine – le plus gros importateur de plastique du monde à l’époque – décide de fermer ses portes aux cargaisons de déchets étrangers, provoquant un séisme dans l’industrie du recyclage. La Turquie émerge alors comme la nouvelle poubelle de l’Europe : pour sa proximité géographique et sa politique environnementale conciliante. Elle est aujourd’hui la première destination des déchets de l’UE. En 2025, 510 000 tonnes de plastiques européens y ont été envoyées en échange de 94 millions d’euros, un record. Adana reçoit à elle seule 60% de l’ensemble du plastique importé en Turquie. Sa proximité avec le port industriel de Mersin, où arrivent les conteneurs de déchets européens, en a fait le centre de cette industrie. Selon Greenpeace Turquie, la ville compte plus de 170 usines de recyclage, certaines agréées par l’État mais d’autres travaillant en dehors du cadre légal. Berk Butan, responsable des campagnes économiques et sociales à Greenpeace Turquie, pense que l’agrément gouvernemental ne permet pas de garantir le respect de l’environnement : «Le problème, c’est que le niveau d’inspection ne semble pas suffisant pour empêcher ces entreprises de polluer. Elles se sentent probablement libres de le faire parce qu’elles ne sont soumises à aucun contrôle.» Cet été, un rapport scientifique a mis en lumière un niveau de pollution plastique record dans la mer Méditerranée au large d’Alanya, à 130 kilomètres d’Antalya, où se tiendra la 31ème conférence mondiale (COP31) sur le climat. Les chercheur·ses ont directement mis en cause les usines d’Adana, dont les microplastiques se déversent dans le fleuve Seyhan, qui traverse la ville, puis dans la mer. «Ils ont renforcé les contrôles après cela, raconte Berk Butan. Certaines usines se sont fait suspendre leur agrément ministériel.» Selon les dernières déclarations du ministère de l’environnement turc, douze établissements ont été fermés à la suite d’inspections menées à Adana en septembre. Sur l’ensemble du pays, 153,5 millions de livres turques (2,7 millions d’euros) d’amendes ont été infligées. Le long des champs, à seulement quelques centaines de mètres des usines, des milliers de billes de microplastique flottent à la surface des rivières. Une pollution parfois involontaire, mais surtout liée au rejet des eaux usées utilisées pour laver les déchets avant leur seconde vie. Pour Sedat Gündoğdu, biologiste marin et professeur à l’université Çukurova, auteur d’une étude publiée dans la revue Environmental monitoring and assessment sur la pollution des eaux d’Adana, les microplastiques rejetés par les usines de recyclage sont responsables de la dégradation de l’ensemble du système de traitement de la ville. Son travail, réalisé début 2026, fait état d’une importante concentration de microplastiques dans les canaux d’irrigation d’Adana, utilisés pour l’agriculture maraîchère : «Ils rejettent leurs eaux usées directement dans les canaux. Ensuite les agriculteurs les utilisent comme source pour leurs champs», décrit-il. En recueillant des échantillons de trois conduits différents, d’abord en amont, puis en aval des usines de recyclage comme celle de Kemal Deniz – l’une des plus importantes de la région –, Sedat Gündoğdu montre que la concentration de microplastiques dans l’eau est jusqu’à 132 fois supérieure au niveau observé en amont. Sollicitée sur sa gestion des eaux usées, l’entreprise Kemal Deniz n’a pas donné suite à nos demandes. Certain·es agriculteur·ices choisissent d’éviter l’usage des canaux d’irrigation de la ville. Les champs de Berkay Ulular se trouvent à quelques kilomètres seulement des usines de recyclage : «Je vois la pollution autour et je sens l’odeur de plastique brûlé, explique le trentenaire issu de la troisième génération de maraîchers de sa famille. Mais mes champs ne sont pas touchés, comme je n’utilise pas l’eau.» Pour sa production de citrons et d’oranges, il utilise l’eau du lac artificiel Seyhan, situé au nord d’Adana, sur le fleuve éponyme. La combustion de matière plastique libère des gaz toxiques dans l’atmosphère, comme les dioxines et les particules fines. Celles-ci se propagent dans l’air et se déposent sur les cultures et les cours d’eau, entraînant de graves risques pour l’environnement ainsi que pour la santé des consommateur·ices et des habitant·es. Les personnes exposées au quotidien sont plus susceptibles de contracter des maladies respiratoires et cardiovasculaires, ainsi que des cancers. À Adana, les usines se trouvent proches des quartiers les plus défavorisés de la ville, où vivent notamment les minorités kurdes et syriennes, selon Umut Özşimşek. «Ce n’est pas seulement un problème de pollution environnementale, mais de santé publique, insiste le militant. Pour moi, l’importation de déchets plastiques devrait être interdite au plus vite.» La Turquie devrait cependant continuer à voir ces montagnes de plastiques arriver sur son territoire. À partir du 21 novembre 2026, l’entrée en vigueur d’une nouvelle réglementation de l’UE interdira l’envoi de déchets plastiques vers des pays non membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). En tant que pays membre, la Turquie verra donc sa position de première destination du plastique européen renforcée, avec une réglementation plus stricte. Pour Greenpeace Turquie, cette régulation pourrait être un rappel à l’ordre : «Si l’industrie souhaite importer davantage de déchets plastiques à l’avenir, elle devra agir avec prudence et veiller à ce que ces déchets soient propres.» Texte intégral (1600 mots)

Poubelle de l’Europe

«Ils rejettent leurs eaux usées directement dans les canaux»

«L’importation de déchets plastiques devrait être interdite au plus vite»
Mathilde Picard
«La manifestation qui était une routine dans la culture politique française devient maintenant une action à risque», constate Sylvie Ollitrault, directrice de recherche en sciences politiques au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Ces dernières semaines, les mobilisations lycéennes et manifestations contre la vie chère ont été durement réprimées par les forces de l’ordre. Les militant·es écologistes qui participent à ces mouvements ne sont pas épargné·es. Plusieurs membres des Soulèvements de la Terre et de Bassines non merci, qui luttent contre l’installation de gigantesques réserves d’eau destinées à l’agriculture, ont reçu une interdiction de manifester et une assignation à ne pas sortir de leur commune, samedi dernier. Il s’agit de mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance (Micas), qui sont des outils juridiques relevant de la lutte antiterroriste. Selon Mediapart, des arrêtés pris par le ministère de l’intérieur à la fin du mois d’octobre ont appliqué ces Micas aux militant·es pour l’écologie et le social. Édouard* et Ela*, activistes contre les mégabassines, ont reçu leur toute première Micas vendredi dernier, la veille de la manifestation du 31 octobre contre la vie chère. Elle et il n’ont donc pas eu le temps de la contester. «Au début, on était sidéré, raconte à Vert le jeune homme. On se demande si ce sera pareil pour chaque mobilisation, on a une épée de Damoclès au-dessus de la tête.» Les militant·es sont des habitué·es des mobilisations environnementales et ont participé à plusieurs actions de désobéissance civile, comme Anne-Norwenn Pastier, ancienne porte-parole de Bassines non merci, également visée par une Micas. Elle avait pris part au blocage contre une usine de production de pesticides BASF en novembre 2025 à Saint-Aubin-lès-Elbeuf (Seine-Maritime). «Ils assimilent des gens qui ont potentiellement abîmé la barrière d’entrée d’une entreprise à des terroristes, s’insurge Ela. Et ils sous-entendent qu’il pourrait y avoir des affrontements entre l’extrême gauche et l’extrême droite… Mais on n’a pas entendu parler de Micas adressés à des militants d’extrême droite !» Alors que l’interdiction de quitter leur commune et l’obligation de pointer plusieurs fois par jour au commissariat devaient durer tout le week-end, les trois activistes ont contesté la sanction en référé et obtenu sa suspension dès le samedi soir. Pablo Corroyer, chargé de recherche en sciences politiques au CNRS, précise que l’utilisation des Micas provient de «l’entrée de l’état d’urgence dans le droit commun en 2017». Elle était au départ réservée aux personnes condamnées pour terrorisme, à la suite des attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan. «L’augmentation de la répression douce en France m’inquiète particulièrement, confie à Vert le rapporteur spécial des Nations unies sur les défenseur·ses de l’environnement, Michel Forst. Le glissement des moyens de répression destinés aux mouvements terroristes et appliqués aujourd’hui aux écologistes est quelque chose que l’on constate au niveau européen.» Ce nouveau traitement des militant·es des écologistes s’applique dans un contexte «d’augmentation de la répression administrative depuis les années 2010», détaille Pablo Corroyer. Il la définit comme «une action de l’administration guidée par un impératif sécuritaire sous l’autorité des préfectures et du ministère de l’intérieur.» «On observe une répression générale du militantisme, tous les groupes qui visent à contester un modèle de société dominant et capitaliste sont particulièrement surveillés», abonde Sylvie Ollitrault. Parmi les autres outils administratifs utilisés à l’encontre des militant·es écologistes, on peut citer le recours au fichage S, un fichier de renseignements créé par les services de renseignements sur les personnes soupçonnées de menaces à la sûreté de l’État. Mais aussi la surveillance renforcée, les écoutes téléphoniques, la géolocalisation ou encore la reconnaissance faciale. Pablo Corroyer a étudié la contestation au projet d’enfouissement de déchets radioactifs à Bure (Meuse). Sur le territoire, il a constaté les multiples contrôles, fouilles, palpations et la présence policière continue dans le quotidien des militant·es, hors des moments de lutte. Selon le chercheur, «les groupes minorisés, racialisés, anticolonialistes ou encore les révoltés des quartiers populaires ont été les premières cibles de cette répression administrative, celle-ci s’est ensuite étendue aux mouvements écologistes». «L’arsenal administratif testé par le passé est de plus en plus systématisé pour les mouvements écologistes, abonde Michel Forst. Or le droit administratif n’a pas pour vocation première de réprimer mais de faire fonctionner l’État.» Cette stratégie s’additionne à la menace de dissolution de mouvements écologistes, à l’image de celle des Soulèvements de la Terre, souhaitée par le gouvernement mais annulée par le Conseil d’État en novembre 2023. «Dans les années 1950 et 1960, on dissolvait des associations car il y avait des insurrections et une utilisation de la lutte armée ; aujourd’hui, on dissout pour des propos tenus ou pas assez contrôlés», relève Pablo Corroyer. Comme le reste du mouvement social, les militant·es écologistes subissent aussi une augmentation de la violence policière ces dernières années. «L’évolution du maintien de l’ordre a abouti à un recours de plus en plus systématique aux armes intermédiaires, avec une police qui va au contact des manifestants», explique Lucien Thabourey, doctorant au Centre d’études européennes et de politique comparée de Sciences Po. Au sein du mouvement écologiste, les manifestations contre les retenues d’eau des Deux-Sèvres, et en particulier celle de mars 2023 à Sainte-Soline, ont représenté un tournant. L’utilisation d’armes de guerre par les forces de l’ordre – dont plus de 2 000 grenades –, et la violence de la répression ont fait environ 200 blessé·es et plongé deux personnes dans le coma. «Tout est fait pour qu’on ne milite plus, pour que le coût de venir en manifestation soit plus élevé», note Sylvie Ollitrault. Dans un rapport publié en 2024, Michel Forst constatait la violence des forces de l’ordre et affirmait que «la France est le pire pays d’Europe sur le plan de la répression policière». Deux ans plus tard, il déplore : «La situation n’a pas changé. On le voit avec les rassemblements de ces dernières semaines qui ont réuni des manifestants de différente nature, dont des écologistes.» L’expert précise que «le droit international reconnaît le droit d’utiliser la disruption et la perturbation de l’ordre public non violente. Il n’interdit pas les sanctions, mais elles doivent être proportionnées, légales – c’est-à-dire prévues par la loi –, et légitimes, soit poursuivre un but nécessaire. Ce n’est pas le cas actuellement.» À l’époque, le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin associait déjà les opposant·es aux gigantesques retenues d’eau à des «écoterroristes». Depuis plusieurs années, «on entend les mots d’”ultragauche”, d’”écoterroristes”, de “talibans verts”, liste Michel Forst. C’est un langage méprisant et dangereux qui vise à discréditer les causes défendues par les militants.» Sylvie Ollitrault souligne que la décision du Conseil d’État qui annule la dissolution des Soulèvements de la Terre entérine que ces collectifs ne représentent «aucune menace terroriste, même en termes de discours». *Les personnes interrogées ont souhaité être anonymisées. Texte intégral (1639 mots)

Une «augmentation de la répression douce en France»
Dissolutions, fouilles et surveillance massive
«La France est le pire pays d’Europe sur le plan de la répression policière»
Hicham Zemrani
Après plus de huit années au pouvoir, le président socialiste du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, remettra son mandat en jeu le 29 novembre, lors des élections législatives. En position de force dans les sondages, le chef des conservateurs, Alberto Núñez Feijóo (Parti populaire, PP), fait figure de favori… mais pourrait dépendre de la formation d’extrême droite Vox pour gouverner. Quatre communautés autonomes (Andalousie, Aragon, Castille-et-León et Estrémadure), l’équivalent ibérique de nos régions, sont aujourd’hui dirigées par des coalitions rassemblant la droite et l’extrême droite. Hostilité aux normes environnementales, détricotage des lois mémorielles, défense acharnée de la politique familiale… Hubert Peres, professeur émérite de science politique à l’université de Montpellier (Hérault) et auteur de La politique en Espagne (La Découverte, 2023), revient dans un entretien à Vert sur les mesures prises par le PP et Vox à l’échelle régionale. Hubert Peres. Le concept même de «cordon sanitaire» n’a jamais existé, car l’irruption de l’extrême droite est récente. Vox a été créé au milieu des années 2010 et n’a connu qu’un faible succès jusqu’en 2018. Dans un premier temps, le PP a été réticent à envisager un accord de gouvernement avec ce parti. Mais il a fini par réaliser que, compte tenu de la transformation du système partisan espagnol, qui s’est beaucoup fragmenté, il n’avait aucune chance d’arriver au pouvoir et de gouverner sans l’appui de Vox, aussi bien au niveau des communautés autonomes que sur le plan national. Le principal acquis de Vox a été de remettre en question la loi sur la mémoire démocratique et sa tentative d’expulsion de tous les souvenirs du franquisme de la vie politique et culturelle espagnole. Le parti a réussi à faire voter ce qu’il appelle des lois de «concorde nationale» en refusant l’antinomie entre le franquisme et la démocratie. Avant 2018, l’extrême droite existait de façon embryonnaire. L’une des explications à ce phénomène était la disqualification de l’extrême droite à la suite de la transition démocratique. Il est donc fondamental pour Vox de rompre avec ce discrédit du franquisme, de le revaloriser, pour se débarrasser de la tache morale qui pèse sur l’extrême droite. S’appuyer sur une expérience historique idéalisée de ce qu’était l’Espagne avant la démocratie lui permet aussi de se construire une image antisystème qui fonctionne auprès des jeunes – il arrive en tête chez les 18-25 ans. Beaucoup d’entre eux sont sensibles à ce discours selon lequel on n’allait pas si mal sous le franquisme, qu’il y avait de l’ordre, de la sécurité, de l’emploi, etc. Et qu’au contraire, le système démocratique a apporté nombre de difficultés. D’autant plus que cela se conjugue avec un mouvement totalement opposé du côté de la gauche radicale. Si Vox récuse l’idée que le passage à la démocratie a été un progrès spectaculaire, la gauche radicale considère que la transition n’a pas été un véritable passage à la démocratie parce qu’elle n’a pas suffisamment disqualifié la dictature. Lorsque Vox est apparu, l’immigration n’était pas le thème principal de son discours. Il l’a d’abord fondé sur l’anti-indépendantisme et l’unité de l’Espagne [dans le contexte de la tentative de sécession de la Catalogne en 2017, NDLR] ainsi que sur l’antiféminisme. Depuis, sa stratégie électorale a évolué. Pour gagner le vote des femmes, Vox a adopté une rhétorique fémonationaliste – en affirmant que lutter contre l’immigration revient à assurer la sécurité des femmes –, et la dimension anti-immigration est revenue au premier plan. Cela n’a pas échappé au PP, qui s’est senti obligé d’infléchir son discours en tenant des propos et en formulant des propositions plus dures sur ce thème. Alors même que le parti a largement favorisé l’immigration extra-européenne quand elle a démarré au milieu des années 1980… En Andalousie, par exemple, le gouvernement a supprimé, sous la pression de Vox, les subventions aux ONG qui s’occupent de l’aide aux sans-abri. C’est une façon de couper les vivres des associations accusées de favoriser l’immigration illégale. Cette notion de «priorité nationale» n’est pas totalement assumée par le PP, qui refuse de tenir ce langage et d’en faire l’un des axes de son programme. Tout d’abord en raison des difficultés juridiques que pose cette mesure. La droite a trouvé un subterfuge en employant l’expression «enracinement» et en réservant l’accès aux aides sociales et au logement à ceux qui peuvent justifier d’une implantation dans la communauté de plus de dix années. Cela concerne majoritairement les étrangers, mais d’autres populations, comme les militaires qui changent souvent de régions, pourraient être impactées. Finalement, même s’il utilise un terme différent, le PP accède aux thèses de Vox. Il est clair que Vox est dans le déni. Pas en remettant directement en cause le réchauffement climatique, mais en fustigeant ce qu’il appelle «les fanatiques du climat». Dans les pactes de gouvernement des communautés autonomes, Vox indique clairement son hostilité à toutes les mesures et normes contraignantes pour l’activité économique – et en particulier agricole – au nom d’une urgence écologique. On retrouve aussi l’idée d’une défense à outrance des agriculteurs, de la tauromachie et de la chasse. Tandis que la gestion des forêts est liée à la lutte contre les incendies, mais sans jamais évoquer le fait qu’ils puissent être provoqués par le réchauffement climatique. Beaucoup de discours du PP s’alignent sur cette vision. Mais la droite, elle, ne peut pas totalement s’opposer au Pacte vert [le Parti populaire européen, dont fait partie le PP, soutient le texte, NDLR]. Contrairement à Vox qui le considère comme néfaste pour l’économie espagnole. L’antiféminisme de Vox se manifeste en particulier dans son refus de la notion de «violences de genre» et son souhait de la remplacer par l’expression «violences intrafamiliales» pour nier toute spécificité à la violence exercée contre les femmes. Mais le parti a mis en sourdine ces critiques pour des considérations stratégiques. Néanmoins, Vox est une formation qui se déclare en faveur d’une limitation des conditions d’accès à l’avortement. Il valorise également la famille traditionnelle, les enfants et donc une démographie qui permettrait de se passer des étrangers. Le soutien à la politique familiale fait toujours partie des pactes de gouvernance signés par Vox. Texte intégral (1662 mots)

Vert : le «cordon sanitaire» autour de l’extrême droite existe-t-il en Espagne ?

Quels sont les faits d’armes des régions dirigées par une coalition PP-Vox ?
Pourquoi Vox a-t-il fait des questions mémorielles l’un de ses principaux chevaux de bataille ?
La lutte contre l’immigration illégale est-elle le principal point de convergence entre les conservateurs et l’extrême droite ?
Dans certaines régions, Vox est parvenu à imposer l’instauration d’une «priorité nationale» dans l’accès aux aides sociales et au logement…
Le PP et Vox ont refusé de signer le «pacte d’État» face à l’urgence climatique proposé par Pedro Sánchez. Sont-ils dans le déni ?
Au niveau autonomique, Vox obtient souvent le portefeuille de la famille. Qu’est-ce que cela dit de ses priorités ?
Louise Deshautels
Le camp démocrate est sorti gagnant des élections de mi-mandat aux États-Unis, avec une majorité absolue dans les deux chambres du Congrès : la Chambre des représentants et le Sénat. Parmi ces victoires, des premières historiques et symboliques. Première femme autochtone élue gouverneure, premier sénateur musulman, figures issues des minorités sous-représentées… Vert brosse le portrait de ces Étatsunien·nes qui occupent désormais des postes clés. C’est une nouvelle victoire électorale pour cette femme politique autochtone. Deb Haaland a été élue gouverneure dans l’État du Nouveau-Mexique, avec 57,25% des voix, devenant la première personne issue des Premières Nations à ce poste. La démocrate de 65 ans appartient au peuple Laguna Pueblo du Nouveau-Mexique. En 2018, elle avait été élue au Congrès, avant d’être nommée à la tête du département de l’intérieur par l’ex-président démocrate Joe Biden, en mars 2021. Elle était alors devenue la première personne autochtone à accéder à une fonction ministérielle aux États-Unis. Dans le cadre de son mandat, elle a pris position pour le Green New Deal, un ensemble de projets politiques et de plans d’investissements visant à lutter contre le changement climatique et la dégradation de l’environnement. Elle s’est aussi engagée contre le pétrole de schiste et la fracturation hydraulique. Au lendemain de l’annonce de sa nomination en tant que secrétaire d’État, elle écrivait sur Twitter (devenu X) : «Grandir dans le foyer Pueblo de ma mère m’a rendue féroce. Je serai féroce pour nous tous, pour notre planète et pour protéger toutes nos terres.» Autre représentante des Premières Nations à faire sa place dans la politique étatsunienne, Peggy Flanagan devient la première sénatrice autochtone du pays. Elle a été élue dans le Minnesota avec 53,71% des voix. Ancienne lieutenant-gouverneure de l’État, elle avait défendu une vision progressiste sur les questions d’égalité, de justice sociale ou encore de défense des peuples autochtones. Elle soutient un système de santé universel, le «Medicare for all», le renforcement des aides publiques à la garde d’enfants et a qualifié la guerre à Gaza de «génocide». Keisha Lance Bottoms entre dans l’histoire des États-Unis en devenant la première gouverneure noire du pays, après son élection en Géorgie. Elle a largement battu le candidat républicain, Rick Jackson, avec 54,31% des voix. Membre du Parti démocrate, elle se présente sur son site comme descendante d’une famille d’esclaves d’une plantation de Géorgie. Pendant sa campagne, soutenue par l’ancien président démocrate Barack Obama, Keisha Lance Bottoms a misé sur la santé et le logement. De 2018 à 2022, elle était maire d’Atlanta, la plus grande ville de l’État, avant de travailler à la Maison-Blanche sous la présidence de Joe Biden. Sa première apparition post-victoire s’est faite aux côtés de son mari, qui est monté sur scène avec lui pour célébrer. Le démocrate Chris Pappas a remporté le siège de sénateur du New Hampshire avec 56,21% des voix. Il devient ainsi le premier homme ouvertement homosexuel à faire son entrée au Sénat. Déjà élu à la Chambre des représentants depuis 2019, il a notamment soutenu l’Equality Act, un projet de loi démocrate visant à inscrire dans le droit fédéral des protections contre les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. Pendant sa campagne de mi-mandat, il a mis l’accent sur la lutte contre l’inflation, les soins de santé ou encore le coût de la vie. C’était l’une des figures les plus médiatiques de cette campagne. Abdul El-Sayed a été élu sénateur de l’État du Michigan, avec 52,31% des suffrages, devenant à cette occasion le premier sénateur musulman des États-Unis. D’origine égyptienne, ce médecin épidémiologiste de 41 ans n’avait aucune expérience politique. Pourtant, pendant toute la campagne, il a réussi à se démarquer grâce à son sens de la répartie et ses capacités oratoires. Il n’a pas hésité à reprendre à son avantage les critiques de Donald Trump et consorts. Il fait partie de l’aile gauche des démocrates, en rupture avec la branche traditionnelle. Il profite du soutien de Barack Obama, et de celui de Bernie Sanders ou d’Alexandria Ocasio-Cortez, deux figures de la gauche radicale aux États-Unis. Pendant la campagne, il s’est positionné pour un programme de santé publique universel, l’abolition de l’ICE (la meurtrière police de l’immigration), la mise en place d’un moratoire sur les data centers ou encore l’arrêt de l’aide militaire étatsunienne pour l’étranger. Abdul El-Sayed se distingue par sa critique virulente du soutien à Israël, se plaçant plutôt en faveur des droits des Palestinien·nes. À 37 ans, le démocrate James Talarico vient de réaliser une percée historique au Texas. Après quatre décennies de domination du camp républicain, il a remporté le poste de sénateur de l’État face à Ken Paxton, activement soutenu par Donald Trump. C’est le premier démocrate à ce poste depuis 1988. James Talarico a placé la lutte contre les inégalités économiques et la corruption au cœur de sa campagne. Après sa victoire, il a déclaré devant ses partisan·es réuni·es à Austin, la capitale texane : «Ce soir, nous avons battu Goliath.» Texte intégral (1567 mots)

Deb Haaland, première femme issue des Premières Nations à devenir gouverneure aux États-Unis

Peggy Flanagan, première sénatrice autochtone

Keisha Lance Bottoms, première femme noire élue gouverneure aux États-Unis

Chris Pappas, premier sénateur ouvertement gay aux États-Unis

Abdul El-Sayed, premier sénateur musulman des États-Unis
James Talarico, premier sénateur démocrate du Texas depuis 1988

🌱 Bon Pote
Actu-Environnement
Amis de la Terre
Aspas
Biodiversité-sous-nos-pieds
🌱 Bloom
Canopée
Décroissance (la)
Deep Green Resistance
Déroute des routes
Faîte et Racines
F.N.E (AURA)
Greenpeace Fr
Journalistes d'Investigation Ecologie Climat
Journalistes & Ecrivains Nature Ecologie
La Relève et la Peste
La Terre
Le Lierre
Le Sauvage
Low-Tech Mag.
Motus & Langue pendue
Mountain Wilderness
Negawatt
Observatoire des médias sur l Écologie
🌱 Observatoire de l'Anthropocène