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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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24.06.2026 à 16:45

«Les refuges climatiques peuvent réduire la mortalité» liée à la chaleur : à Barcelone, une solution efficace face aux canicules

Marti Blancho

Texte intégral (2003 mots)
Le marché du Ninot, dans le quartier de l’Eixample, fait partie du vaste réseau de refuges climatiques de Barcelone. © Marti Blancho/Vert

Ce lundi 22 juin, Jonathan*, 47 ans, traverse la grande cour du Centre de culture contemporaine de Barcelone (Espagne), avec sa fille de 4 ans dans une poussette. Sous les ombrières, la température est tout juste supportable. À l’intérieur du musée, l’espace frais dédié aux gamin·es du quartier n’est pas encore ouvert, alors Jonathan se dirige vers la place des Caramelles. Depuis l’année dernière, quatre grands asperseurs d’eau arrosent les petit·es qui y jouent toute la journée. «Il fait beaucoup trop chaud à la maison, alors on alterne entre la cour et la place, le matin. L’après-midi on va à l’espace pour enfants du musée, c’est gratuit», explique-t-il en épongeant la sueur qui perle sur son front avec une petite serviette.

L’Espagne se trouve sous le même dôme de chaleur qui recouvre l’Hexagone, et tout le pays est en alerte canicule depuis ce week-end. Barcelone subit moins que d’autres villes, sans pour autant être épargnée, avec 34 degrés Celsius (°C) mesurés ce lundi. En soirée, le mercure peine à descendre sous les 25°C ; des nuits tropicales devenues la norme. Ici, dans le Raval, quartier surchauffé du centre-ville, ces lieux rafraîchis sont devenus indispensables. Sans eux, le quotidien des riverain·es parmi les plus pauvres de l’agglomération serait encore moins supportable en été. Entre les rues étroites et biscornues qui empêchent l’air de circuler, la forte densité de population et les petits appartements mal isolés qui se transforment en «bouilloires thermiques», difficile d’éviter la surchauffe. 92% des habitant·es du Raval sont exposé·es à un «risque de vulnérabilité climatique», selon une étude de l’institut Metropoli. À l’échelle de la ville, elles et ils sont plus d’un demi-million.

Jonathan, 47 ans, et sa fille de 4 ans, se rendent régulièrement au refuge climatique intérieur du Centre de culture contemporaine de Barcelone. © Marti Blancho/Vert

La municipalité de gauche a pris la mesure du problème. Aujourd’hui, près de 500 «refuges climatiques» quadrillent la capitale catalane : bibliothèques, musées, marchés couverts, parcs et jardins, cours d’école ou encore sièges d’arrondissement. Ces espaces, choisis au sein des équipements publics ou privés, sont aménagés selon des directives précises. Un refuge climatique est gratuit et mesure au moins 50 mètres carrés (m2) en intérieur, ou 0,5 hectare en extérieur. Il doit proposer des sièges, de l’eau potable, être accessible aux personnes à mobilité réduite et maintenir une température confortable (autour de 26°C maximum dans les espaces climatisés). Tous sont recensés sur une carte mise en ligne par la Ville.

Barcelone n’a pas attendu la dernière canicule pour multiplier ces havres de fraîcheur. Dès 2018, la municipalité pose les jalons de son «plan climat», avec une ambition claire : que chaque habitant·e puisse atteindre un refuge climatique en moins de cinq minutes à pied de son domicile. En 2020, le réseau est lancé avec 70 espaces. Six ans plus tard, il en compte sept fois plus. «Au début, 60% de la population étaient à moins de dix minutes d’un refuge. Aujourd’hui c’est 98% ; et 77% se trouvent à moins de cinq minutes», détaille avec fierté Irma Ventayol, directrice en charge de la résilience urbaine à la mairie de Barcelone et coordinatrice du réseau.

L’inspiration vient d’outre-Atlantique : des cooling centers (centres de rafraîchissement) de Chicago (Illinois, États-Unis), mis en place après la canicule meurtrière de 1995. Les Barcelonais·es ont adapté ce modèle à la ville méditerranéenne, en s’appuyant sur «la forte densité d’équipements publics – centres civiques, maisons de retraite, bibliothèques – pour construire le réseau», précise Irma Ventayol. La cité catalane fait désormais figure de référence avec «l’un des réseaux de refuges et abris climatiques les plus vastes du monde», comme le souligne un article publié en mars dans la revue scientifique Nature climate change.

La chaleur, un enjeu de santé publique

À cinq minutes à pied du Raval, la bibliothèque de Sant Antoni est un autre de ces refuges prisés par les riverain·es. Au fond d’une allée, une dizaine d’enfants et leurs parents profitent du square adjacent, à l’ombre des arbres et des immeubles. Valeria*, 31 ans, y a amené son fils de 7 ans, concentré à remplir les douves de son château de sable. «On vient plusieurs fois par jour quand il n’y a pas école, et d’autant plus avec la chaleur, quand l’appartement devient insupportable», explique-t-elle, enchantée de pouvoir fuir son petit logement bouillonnant des pentes de Poble Sec. Plus loin, Alberto*, 38 ans, est venu avec son bébé de 7 mois et demi. Si l’appellation «refuge» est «trop catastrophiste» à son goût, il apprécie la densité du réseau et tous ses avantages : «C’est une excellente utilisation de l’argent public.»

Le square adjacent à la bibliothèque de Sant Antoni, autre refuge climatique, est un repère bien connu des parents du quartier pour sa fraîcheur. © Marti Blancho/Vert

L’enjeu sanitaire est considérable. En 2025, 15 000 décès ont été attribués à la chaleur en Espagne. Dans l’Hexagone, Santé publique France en a calculé 5 700 l’été dernier, ainsi que 24 000 passages aux urgences liés aux fortes températures. Chaque année, elles causent en moyenne 460 000 morts prématurées dans le monde. «S’ils sont bien conçus, les refuges climatiques peuvent réduire cette mortalité», affirme Dominic Royé, chercheur en bioclimatologie au CSIC, l’équivalent espagnol du Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

«Les derniers degrés de température extrême ont un effet exponentiel, avertit le scientifique. Pour chaque dixième de degré supplémentaire, le risque de mortalité est presque multiplié par quatre.» Ainsi, il insiste sur la nécessité, pour les pouvoirs publics, de traiter la chaleur comme un problème de santé publique, et non comme une question de responsabilité individuelle.

Priorité aux quartiers vulnérables

Cependant, développer un réseau ne suffit pas : encore faut-il le déployer là où il est le plus nécessaire. Car si les arrondissements huppés se vident une fois venu l’été, les plus pauvres n’ont aucun moyen d’échapper à l’étouffante chaleur humide. «Tous les quartiers ne sont pas dans la même situation de vulnérabilité, rappelle Irma Ventayol. Nos cartes identifient les zones à plus fort risque : manque d’espaces verts, logements mal isolés, population âgée ou précaire. À mesure que le réseau s’étend, nous priorisons ces secteurs.»

Le succès du modèle repose aussi sur une organisation interne rôdée. Depuis 2019, un groupe de travail municipal réunit les représentant·es de tous les services concernés (marchés, bibliothèques, urbanisme, action sociale…) afin d’identifier les équipements les plus adaptés. «Barcelone dispose de moyens conséquents et de techniciens formés, souligne Dominic Royé. En revanche, de nombreuses municipalités manquent de fonds. On a donc besoin de la collaboration de tous les échelons administratifs, et surtout que l’État central apporte son appui et ses ressources pour que ces projets essaiment ailleurs.»

Bien que saluée à l’étranger, l’infrastructure catalane n’échappe pas aux critiques. L’an dernier, les usager·es déploraient les horaires restreints : de nombreux espaces fermaient le week-end, le dimanche notamment, ou à la pause du déjeuner, aux heures les plus chaudes de la journée. En août, l’habituelle fermeture de nombreux équipements publics avait accentué le problème. Une grève des agent·es des bibliothèques, qui réclament de meilleures conditions de travail et plus de personnel, limite déjà l’ouverture de certains refuges.

Sous le marché couvert de Sant Antoni, se trouve «la fosse». Ce vaste espace ombragé est plébiscité par les enfants à vélo et à trottinette. © Marti Blancho/Vert

La mairie garantit toutefois que 72% de la population disposera d’un refuge ouvert à moins de dix minutes à pied lors des dimanches d’août. La qualité des aménagements extérieurs fait aussi débat. «Les responsables politiques oublient parfois qu’ouvrir un espace vert ne suffit pas : il faut l’entretenir, l’arroser pour qu’il ne sèche pas, prévient Dominic Royé. Il faut également prendre en compte la circulation de l’air : un parc ne sera pas frais s’il est cerné par le bitume bouillant. Deux ou trois arbres ne font pas un refuge.»

Un modèle bientôt national ?

Quoi qu’il en soit, le modèle a séduit le gouvernement espagnol. Le 2 septembre 2025, l’exécutif a présenté un Pacte d’État face à l’urgence climatique, prévoyant la création d’un «réseau national de refuges climatiques», définis comme des «espaces sûrs, accessibles et répartis sur tout le territoire». Le 12 juin dernier, la ministre de la transition écologique, Sara Aagesen, a réaffirmé cet engagement lors de la présentation à Barcelone du Plan national d’adaptation au changement climatique 2026-2030. Le ministère n’a cependant pas répondu à nos questions sur l’avancée concrète de la mesure. En tout cas, plusieurs collectivités locales ont annoncé la mise en route de leur propre réseau pour l’été, dont certaines avec l’aide des services de l’État : Valence, Jérez, Bilbao, Saragosse, Valladolid… Signe que le modèle essaime.

En France, les initiatives restent embryonnaires. L’Agence de la transition écologique (Ademe) a récemment mis en ligne une cartographie participative des refuges climatiques, tandis que la région Île-de-France en propose une autre. Ces outils recensent pêle-mêle des parcs, des commerces privés, des espaces payants et de rares bâtiments publics. Rien qui ne ressemble, pour l’heure, au réseau public coordonné et pérenne développé par Barcelone, une ville au budget près de trois fois inférieur à celui de Paris.

*Ces personnes n’ont pas souhaité donner leur nom de famille.

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24.06.2026 à 11:53

En pleine canicule, le gouvernement officialise un projet de loi pour prolonger la location des logements bouilloires

Anne-Claire Poirier

Texte intégral (769 mots)
Lyon (Rhône), le 22 juin 2026. Des locataires ont mené une action pour protester contre «l’inaction» de leur bailleur face aux «bouilloires thermiques». © Lucas Martin-Brodzicki/Vert

Déjà critiqué pour ses réactions calamiteuses aux épisodes de chaleur qui se succèdent, le gouvernement aggrave encore un peu son cas avec la présentation ce mercredi, en conseil des ministres, d’un projet de loi «de relance du logement» au contenu mal à propos vu les températures.

Ce texte, annoncé en avril par le premier ministre Sébastien Lecornu, vise à augmenter l’offre de logements en assouplissant plusieurs règles. L’une d’elles est l’interdiction faite aux propriétaires bailleurs de louer des logements mal isolés – qui se transforment en passoire l’hiver et en bouilloire l’été – tant qu’ils n’ont pas été rénovés. La mesure issue des propositions de la Convention citoyenne pour le climat a été votée au Parlement en août 2021 et est entrée progressivement en vigueur depuis 2023. Pour rappel, selon les chiffres du gouvernement lui-même, «60% des logements en location appartiennent à des propriétaires des 9ème et 10ème déciles de revenus», soit les 20% des Français·es les plus riches. À l’inverse, 45% des ménages exposés à la précarité énergétique sont des locataires qui n’ont pas la main sur ces travaux. 

Remettre les passoires en location

Avec son projet de loi, le gouvernement prévoit donc de réautoriser la mise en location des logements classés F et G au diagnostic de performance énergétique (DPE). Ce, à condition que les propriétaires démontrent l’impossibilité de sortir du statut de passoire thermique ; ou s’engagent, via la signature d’un contrat avec une entreprise, à réaliser des travaux sous trois ans pour les maisons individuelles, et sous cinq ans pour les copropriétés. La location des logements classés G est interdite depuis le 1er janvier 2025 et celle des logements classés F devait entrer en vigueur le 1er janvier 2028.

«Notre projet de loi va permettre la plus grande rénovation des passoires thermiques jamais engagée en France. C’est plus de 700 000 logements que nous allons rénover en donnant les moyens aux propriétaires de le faire !», s’est félicité le ministre du logement, Vincent Jeanbrun. Ce sursis accordé aux propriétaires convainc difficilement côté locataires, d’autant que la demande de la Fondation pour le logement des défavorisés de baisser les loyers en contrepartie de ce recul n’a, elle, pas été retenue par le gouvernement. «Vous avez chaud dans votre logement pendant la canicule ? Le gouvernement pense à vous», a ironisé la députée (La France insoumise) Clémence Guetté sur les réseaux sociaux.

Le gouvernement promet de se rattraper, sur le tard

Rattrapé par l’actualité brûlante, l’exécutif tente de se raccrocher aux branches en promettant d’ajouter des mesures qui ne sont pas encore dans le texte. Il prévoit de reprendre un amendement déposé par Cyrielle Chatelain (Les Écologistes) pour permettre aux copropriétés de voter l’installation de volets ou de stores à la majorité simple. Il compte également sur les parlementaires «pour faire voter un maximum de choses sur le confort d’été», a indiqué l’entourage du ministre du logement mardi.

Le texte, transmis aujourd’hui à l’Assemblée, devrait être inscrit en séance à la rentrée. Le gouvernement espère une adoption au Sénat avant le budget, à condition de trouver une place dans un agenda déjà embouteillé.

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24.06.2026 à 11:02

Loup Espargilière : «Ma mère a connu une seule canicule jusqu’à ses 14 ans, ma fille de 4 mois en a déjà subi deux»

Loup Espargilière

Texte intégral (618 mots)
Mardi 23 juin a été la journée la plus chaude jamais mesurée en France. © Adobe stock

Ma mère est née en juillet 1961. Elle a connu sa première vague de chaleur à l’âge de 3 ans, et sa deuxième à 14 ans.

Elle m’a donné naissance en août 1990. J’ai vécu mes deux premières vagues de chaleur à l’été de mes 4 ans.

À tout juste 4 mois, ma fille subit déjà son deuxième épisode caniculaire. Deux épisodes hors norme débutés… au printemps.

Quand j’ai réalisé ça, j’ai été pris de sidération.

Les vagues de chaleur sont le signe le plus visible de la crise climatique. Elles connaissent une accélération et une intensification brutales, exactement comme nous l’avaient annoncé les scientifiques du climat («Qui aurait pu prédire ?»).

Voilà trente-cinq ans que les scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ont commencé à décrire ce qui nous attendait, avec une précision à peine croyable. Nous (nos dirigeant·es en premier lieu) savions pertinemment ce qu’il allait advenir chez nous, comme ailleurs.

En France, où le climat se réchauffe plus rapidement que la moyenne de la surface du globe, plus de la moitié des vagues de chaleur recensées par Météo-France depuis 1947 se sont produites après 2000. Un phénomène qui apparaissait jadis une à deux fois par décennie survient désormais en moyenne deux fois… chaque année.

Les causes sont parfaitement connues : notre consommation effrénée de biens et services est étanchée à grands renforts d’énergies fossiles. Tant que nous n’aurons pas fermé le robinet, les gaz à effet de serre continueront de s’accumuler dans l’atmosphère et d’aggraver la situation.

Les décideurs politiques et le monde économique ont une responsabilité immense dans ce désastre. Les plus malintentionnés savent qu’ils peuvent compter sur notre amnésie collective pour continuer d’accélérer sur l’autoroute du chaos.

Car, d’une génération à la suivante, nos repères glissent. Ce qui était rarissime autrefois (une canicule en juin) paraît presque normal à beaucoup d’entre nous aujourd’hui.

D’une canicule à l’autre, nous oublions ce que nous avons subi quelques mois plus tôt. Ce mécanisme est vital, puisqu’il nous permet de continuer nos vies (presque) normalement. Mais il est aussi l’une des raisons pour lesquelles tant d’entre nous continuent d’élire celles et ceux qui nous mènent vers l’abîme.

Et si, cette fois, nous arrêtions d’oublier ?

Alors que 2027 arrive à grands pas et que rien n’est écrit, il est de notre rôle, chez Vert, de rafraîchir les mémoires et de faire exister dans le débat démocratique ces sujets cruciaux pour notre avenir. Celui de notre société et celui de nos enfants.

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24.06.2026 à 06:00

Coup de chaud ou coup de com ? En pleine canicule, le RN propose d’écouter davantage le Giec

Théo Mouraby

Texte intégral (1256 mots)
Sébastien Chenu a changé de discours sur le Giec, alors que Marine Le Pen le trouvait jusqu’ici «très alarmiste». © Ludovic Marin/AFP

Alors que plus grand monde n’arrive à supporter le port d’une veste sous ces chaleurs caniculaires, le Rassemblement national (RN) n’a aucun mal à retourner la sienne. Depuis des années, le parti d’extrême droite alimente la défiance envers les scientifiques, coupables «d’exagérer» sur l’état du climat. Un discours qui n’a pas résisté à l’explosion des températures ces derniers jours.

Thomas Ménagé, porte-parole du RN à l’Assemblée nationale, a reconnu dimanche que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), «en tant que données scientifiques, en tant que consensus scientifique, […] est incontestable». Ce même député, interrogé par France inter lors de la canicule d’août 2023, estimait pourtant que le Giec avait «parfois tendance à exagérer». «Il faut savoir dire en politique qu’on n’a pas été clairs et qu’on a même dit des bêtises», a admis Thomas Ménagé, dimanche toujours, au micro de France inter, France info et Le Monde.

Reprochant au gouvernement son manque de préparation, Sébastien Chenu, vice-président du RN, était allé plus loin sur TF1 vendredi : «Il fallait avoir la capacité de se projeter, puisque ça fait longtemps qu’on a des rapports, notamment ceux du Giec, qui nous parlent de réchauffement.» Une accusation qui ne manque pas de sel quand on relit les publications sur les réseaux sociaux de plusieurs élu·es lepénistes, toujours prompt·es à décrédibiliser les expert·es du climat.

Les «propagandistes du Giec»

«C’est de l’opportunisme», estime la chercheuse et autrice du dernier rapport du Giec, Yamina Saheb, pour qui le discours du RN a fait un «virage à 180 degrés». En 2023 encore, Marine Le Pen, la cheffe des député·es frontistes, estimait que «le Giec a toujours été très, très alarmiste». Aujourd’hui, face aux chaleurs exceptionnelles que subit la France, «ils ne peuvent plus dire qu’on est alarmistes», estime la chercheuse. Et de poursuivre : «Ce n’est plus nous qui disons : “Attention, on va vivre dans une France en surchauffe” ; là, c’est ce que tous les citoyens vivent.»

Dimanche toujours, Sébastien Chenu en avait remis une couche sur France 3 : «Je vous rappelle que le Giec, dont on nous donne les conclusions régulièrement, prévoit [des hausses de températures] depuis très longtemps.» Des conclusions qu’il n’a, en apparence, pas lues. Chez Sud Radio, le 27 mai dernier, le vice-président du RN, qui est parfois critiqué au sein du parti pour ses gaffes dans les médias, avait estimé qu’on pouvait encore «discuter sur la part de l’homme dans ce changement climatique». Pourtant, le dernier rapport du Giec précise que les activités humaines sont, «sans équivoque», responsables du réchauffement de la planète.

Il faut dire que le parti n’a pas été très enclin à rabrouer les sorties climatosceptiques de ses élu·es jusqu’ici. En 2024, Christophe Barthès, désormais maire de Carcassonne (Aude), moquait les scientifiques en prenant pour preuve des températures fraîches en Suède. «À cette heure, nous n’avons pas encore de commentaires du Giec», ironisait-il sur Twitter-X. Hervé de Lépinau, élu maire de Carpentras (Vaucluse) aux dernières municipales, vilipendait les «propagandistes du Giec». Son collègue, le député de la Côte-d’Or René Lioret, recommandait la lecture d’un livre climatosceptique sur «les 12 mensonges du Giec».

Thomas Ménagé lui-même se demandait, dans un tweet de 2013 révélé par Vert, s’il existe «vraiment un réchauffement climatique». Enfin, symbole de ce revirement, le député Julien Odoul estimait que le gouvernement en faisait «beaucoup trop», en 2019, face à la canicule. Il l’invitait plutôt à s’intéresser à d’autres sujets «plus importants comme le réchauffement islamiste à la piscine de Grenoble avec une invasion de burkinis [sic]».

«Des votes contraires à ce que dit la science»

Pour Agnès Pannier-Runacher, ex-ministre de la transition écologique, «le Rassemblement national nous explique, dix jours par an, qu’il n’y a pas assez de financements sur l’adaptation au changement climatique et, les 350 jours restants, tape sur les politiques destinées à lutter contre les canicules et propose dans son contre-budget de diviser par deux les budgets qui leur sont consacrés.»

Dans ses contre-budgets présentés pour les années 2025 et 2026, le RN envisage de nombreuses économies sur le dos de l’écologie : arrêt de financement des énergies renouvelables au profit des fossiles, suppression des agences publiques environnementales… Dans un autre registre, il a aussi déposé un amendement pour réduire de 460 millions d’euros le budget du Fonds vert, qui permet notamment la rénovation des écoles.

Au Parlement européen ou à l’Assemblée nationale, le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella s’emploie à détricoter les mesures environnementales comme le Pacte vert (cet ensemble de textes qui vise à atteindre zéro émission nette de gaz à effet de serre en Europe d’ici 2050) ou le dispositif zéro artificialisation nette (ZAN) des sols. Yamina Saheb conclut : «Vous ne pouvez pas dire : “On aurait dû écouter le Giec”et, pendant tout ce temps, faire des votes contraires à ce que dit la science.»

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