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10.07.2026 à 10:55

Rongée par l’érosion, menacée de submersion… L’île d’Oléron mise sur les solutions douces face aux risques climatiques

Sylvain Lapoix

Texte intégral (2240 mots)
L’île d’Oléron est menacée par l’érosion. © Adobe stock

☀ Tout l’été, Vert vous emmène à la découverte d’un site touristique emblématique percuté par le changement climatique.

Calanques de Marseille, Mont-Saint-Michel, forêt de Fontainebleau… Découvrez comment ces endroits se transforment et essayent de s’adapter à un monde en surchauffe. Cette semaine, nous partons en Charente-Maritime, sur l’île d’Oléron. Une destination prisée par les touristes français mais menacée par la montée des eaux.

Retrouvez tous les épisodes de notre série d’été en cliquant ici.

Une île agricole devenue destination touristique majeure

«Jamais baigneur n’était venu dans ces parages.» Quand l’écrivain et marin Pierre Loti décrit ses étés sur l’île d’Oléron (Charente-Maritime) en 1889, sa plume trace les contours d’un désert flottant : sur les côtes, «[des] brisants de la mer arrêtés par rien, aussi majestueux qu’à la côte saharienne», tandis que, derrière les dunes, les bois ou les marais se trouvent des maisonnettes basses «aussi blanches de chaux que des kasbahs d’Algérie».

Loin de la sécheresse du Sahara, Oléron décline une grande variété de paysages naturels qui l’aident aujourd’hui à se protéger contre les effets du changement climatique sur ses côtes. Deuxième plus grande île hexagonale après la Corse, elle voit ses 17 400 hectares éclatés en un camaïeu de paysages : un petit tiers de forêt, un quart de zones humides et le reste réparti entre zones agricoles et surfaces artificialisées. À l’inverse des îles bordées de ports de pêche, Oléron s’est surtout développée avec l’agriculture, dans les terres intérieures, délaissant les côtes, réservées aux marais salants et à une pêche modeste.

Mais après l’inauguration du pont la reliant au continent, le 21 juin 1966, l’île est surtout devenue une destination touristique majeure – 3ème préférée des Français·es d’après le dernier baromètre Elabe. En 2025, l’office du tourisme a enregistré 6,8 millions de nuitées, principalement concentrées entre le 1er avril et le 1er septembre (77%), avec un pic au 14 août, jour où la population annuelle de 22 568 personnes est presque multipliée par cinq.

Un paradis menacé par le recul de la côte : jusqu’à vingt mètres par an selon les plages

Ses côtes voient cependant leur tracé lourdement remanié par les aléas maritimes amplifiés par le changement climatique. «Oléron connaît des évolutions complexes avec des lieux d’érosion faible ou très forte : les côtes sableuses y reculent de un à plus de vingt mètres par an», resitue Éric Chaumillon, géologue à l’université de La Rochelle.

La pointe de Gatseau, au sud de l’île, est l’un des lieux de plus forte érosion marine d’Europe. © Remonter le temps/IGN

Dans le suivi des plages qu’il réalise pour le département, le chercheur spécialiste de l’érosion marine relève un recul moyen de dix centimètres en dix ans sur la plage de la Ménounière, au nord. Au sud, la plage de Gatseau a abandonné à la mer près de vingt mètres par an depuis 2000, soit plus de 500 mètres en vingt-cinq ans. Située dans la passe de Maumusson, où se combinent les courants des estuaires de la Seudre et de la Gironde, cette zone affiche les plus forts reculs d’Europe (plus encore côté continent). Le phénomène force le recul progressif de la forêt de Saint-Trojan, où le petit train touristique se voit amputé chaque année de quelques mètres de rail pour ne pas tomber dans l’océan.

Le risque d’érosion se combine à celui des submersions marines, qui ont déjà éprouvé l’île durant les tempêtes Martin (1999), Xynthia (2010) et les hivers 2013-2014 ou 2023-2024. Deux phénomènes que la montée des eaux, provoquée par le changement climatique, amplifie : «L’augmentation du niveau des mers entraîne une érosion accrue et une hausse de la fréquence des submersions, rappelle Éric Chaumillon. On considère que pour 25 centimètres de plus, ce qui correspond à l’augmentation moyenne mondiale depuis le début de l’ère industrielle, la fréquence des submersions est multipliée par 100.»

Les zones basses, notamment les marais, rendent l’île particulièrement sensible à la montée des eaux, en même temps qu’elles la protègent contre les submersions. © Google Maps et Climate central

D’après le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), le niveau moyen des mers devrait encore augmenter de 15 à 30 centimètres d’ici 2030 par rapport à 2014 et de 28 centimètres à un mètre d’ici 2100, sans compter la fonte des glaces polaires.

«Si on se reprend un hiver comme 2023-2024, tous les établissements pourraient disparaître»

Une brise océanique rafraîchit la route de la plage de Vert Bois, qui coupe à travers une forêt sableuse charriant une odeur d’embruns, d’épines de pin séchées et de friture. Sous les coups des tempêtes de l’hiver 2023-2024 – notamment la redoutable Ciarán –, plusieurs mètres de la route menant à la plage se sont effondrés, laissant derrière elle des blocs de bitume poncés par les marées. «Il y a de moins en moins de sable et de plus en plus de galets sur l’estran, cette partie du littoral périodiquement recouverte par la marée, constate un concessionnaire d’établissements de plage. Si on se reprend un hiver comme 2023-2024, tous les établissements pourraient disparaître.» Face à cette menace, comme presque tout le long de la côte, les écoles de surf, bars et petites boutiques tiennent dans des containers ou des cahutes mobiles pouvant être aisément déplacés.

Sur la plage de Vert Bois, les tempêtes de l’hiver 2023-2024 ont arraché une partie de la route, obligeant au recul de certaines installations. © Sylvain Lapoix/Vert

Face aux risques importants qui pèsent sur son littoral, Oléron a peu de constructions en dur susceptibles d’être mises en danger. «Sur 2000 ans d’occupation, l’île n’a vraiment développé ses côtes et ses ports que pendant deux siècles : c’est une île de terriens, synthétise l’historien Thierry Sauzeau, directeur de la publication d’Histoire d’Oléron (La Geste, 2026). Avant la gratuité du pont en 1993, le tourisme reposait sur l’hospitalité des îliens. Avec l’accessibilité et le papy-boom [le départ à la retraite de la génération du baby-boom, NDLR], il y a eu une ruée vers les terrains à bâtir.»

Au centre de l’île, le village de la Rémigeasse compte parmi les quelques zones urbanisées à risque. Bien que séparées de la baie de la Perroche par quelques dizaines de mètres de champs ou de bois, 300 à 400 maisons de ce bourg rattaché à Dolus-d’Oléron culminent à peine au-dessus des deux mètres d’altitude. «Dans un secteur aussi plat, en cas de brèche, la zone serait immédiatement submergée et inondée, décrit Thierry Mareshal, responsable du service littoral de la communauté de communes. C’est pour cette raison que nous avons renforcé le système d’endiguement de la baie pour éviter toute faille et tout contournement.»

La solution : miser sur les dunes et les marais

Cette défense «en dur» est une exception dans la réponse oléronaise aux risques littoraux. Au lendemain de Xynthia, le programme d’actions de prévention des inondations (Papi) de l’île de Ré avait budgété 40 millions d’euros de construction de digues, contre 17 millions pour Oléron, à longueurs de côtes égales.

La stratégie locale de gestion de la bande côtière, achevée cette année, identifie 94 «enjeux» à l’horizon 2050, dont 42 bâtiments et 31 structures démontables. Face à ces risques, la communauté de communes déploie principalement des solutions fondées sur la nature, profitant de ses deux principaux remparts : le sable et les zones humides.

Sur la côte ouest, l’un des rares enrochements renforcés par la communauté de communes pour protéger les villages rattachés à la commune de Saint-Georges-d’Oléron. © Sylvain Lapoix/Vert

Pour consolider le cordon dunaire qui constitue la moitié de la côte oléronaise, la communauté de communes opère des «rechargements» réguliers, c’est-à-dire des transferts de sable extrait au large ou prélevé sur d’autres plages. «2 000 à 3 000 mètres cubes par an, on est loin derrière les volumes de Biscarrosse ou Arcachon qui en déplacent des centaines de milliers !», relativise Thierry Mareshal. Là où les dunes restent fragiles, l’intercommunalité ou l’Office national des forêts (ONF) plantent des ganivelles – des clôtures en bois – pour «piéger» le sable et favoriser l’implantation de végétation à même d’ancrer les dunes.

Vers un rétablissement du péage du pont pour financer les protections ?

La communauté de communes a également décidé de miser sur les marais, son autre protection naturelle. Abandonnées au 19ème siècle faute de rentabilité, les salines bénéficient d’une aide de l’intercommunalité de 90 000 euros par an pour reconstituer le réseau de marais salants tenant le rôle de barrière contre les submersions. Notamment sur la façade ouest de l’île, la plus durement touchée par l’épisode Xynthia.

Bien que plus modestes, ces différents programmes voient leur coût augmenter à mesure que les épisodes climatiques se multiplient et s’intensifient. «Avant, nous faisions des rechargements uniquement en cas de tempête mais, depuis deux ans, nous devons en programmer plusieurs fois par an», reconnaît Thierry Mareshal.

Censée financer les opérations liées aux traits de côte et aux marais, la taxe Gemapi (prélevée sur les habitant·es et entreprises) ne couvre plus les besoins grandissants d’entretien, à plus forte raison quand les grandes tempêtes frappent. Au point que, depuis quelques mois, l’hypothèse de rétablir un péage au pont d’Oléron revient dans les débats. Pour financer les travaux nécessaires d’un viaduc vieillissant, d’abord ; mais aussi pour payer l’entretien du littoral via l’écotaxe. «Avec ce qui est prévu, à 2050 il n’y a pas de risque», assure Thierry Mareshal.

D’après les études réalisées pour la stratégie littorale, qui ont passé en revue les différentes réponses possibles, l’endiguement apparaît plus coûteux et moins efficace que les solutions douces. D’ici à 2100, plutôt qu’une forteresse face aux vagues montantes, Oléron pourrait rester une ligne verte sur l’horizon.

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09.07.2026 à 19:00

Zones coupe-feu, soutien au pastoralisme, initiatives locales : ces solutions face à des incendies dopés par le changement climatique

Mathilde Picard

Texte intégral (1552 mots)
Vercheny (Drôme), le 7 juillet 2026. Un important incendie ravage le massif du Diois depuis plusieurs jours. © Nicolas Guyonnet/Hans Lucas via AFP

Près de 5 000 hectares parcourus par le feu à l’Ille-sur-Têt (Pyrénées-Orientales), 120 en Ardèche, 2 500 dans la Drôme. À peine l’été entamé, plus de 11 000 hectares ont déjà brûlé en France hexagonale. C’est deux fois plus que l’an dernier à la même période. «La saison des incendies démarre de plus en plus tôt et s’arrête de plus en plus tard», observe la géographe et chercheuse indépendante Pauline Vilain-Carlotti. Le dérèglement climatique a augmenté d’au moins vingt à trente jours par an la durée de la période des feux, selon une étude du Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

Les flammes se propagent aussi sur une plus large partie du territoire : on en recense de plus en plus au nord. Ce jeudi, 59 départements font face à un risque d’incendie «élevé» ou «très élevé», selon la téo des forêts. Un record.

Le manque de précipitations et l’assèchement de la végétation provoqués par la succession de pics de chaleur, ainsi que par une année particulièrement chaude, créent les conditions propices à cet embrasement. «On est arrivé à un point de rupture, souligne la chercheuse. D’autant plus que ce que l’on considère comme de l’exceptionnel, une anomalie climatique, est appelé à devenir la norme avec le changement climatique.»

Le changement climatique souffle sur les braises

Ce dernier transforme la nature même des feux. «Ils sont devenus plus virulents depuis 2015, ils ont des comportements anormaux, décrit Sébastien Delavoux, représentant syndical CGT des Services départementaux d’incendies et de secours (Sdis). On n’en avait jamais vu des comme ça ; ce sont des évènements pour lesquels, même avec des moyens aériens et au sol, on n’arrive pas à faire baisser l’intensité.»

Problème, «le nombre d’engins pour lutter contre les feux de forêts a diminué», déplore le professionnel. L’été à peine commencé, les soldat·es du feu sont mobilisé·es sur une vaste partie du territoire, si bien qu’il est difficile d’organiser la solidarité entre départements. Des renforts venus de Suède et de Chypre ont été appelés à Trévillach (Pyrénées-Orientales) en cette fin de semaine.

Au-delà de la gestion de crise, il existe bien des plans de prévention des risques d’incendies de forêts (PPRIF), que les collectivités territoriales peuvent mettre en place pour protéger les habitations. Leur but : définir des espaces qui ne peuvent pas être construits pour limiter les dégâts – c’est le même principe pour les zones inondables. Mais ces plans sont sous-utilisés sur le territoire hexagonal. Sur les 7 000 communes les plus exposées, seules 286 en sont dotées. À titre de comparaison, il existe 11 000 plans de prévention pour le risque d’inondation. «C’est un impensé de l’urbanisme», souffle Pauline Vilain-Carlotti.

Des investissements nécessaires pour limiter les dégâts

Les solutions pour lutter contre les incendies sont nombreuses : entretien des pistes forestières utilisées par les pompier·es, installations de citernes, plantations d’essences plus humides ou interdictions de construire en périphérie, près de la végétation. «Toutes ces mesures ont un coût de plus en plus difficile à supporter dans un contexte de disette budgétaire et de diminution du fonds Vert», ce soutien financier de l’État à la transition écologique dans les collectivités territoriales, pointe Pauline Vilain-Carlotti. Il faudrait un véritable engagement des pouvoirs publics pour aider les collectivités territoriales.»

Les gigantesques feux de Gironde de 2022 ont bien entrainé quelques mesures politiques de prévention : la mise en place d’obligations légales de débroussaillement (OLD) et d’une météo des forêts pour mieux communiquer sur les dangers. «Des avancées à la marge, déplore Arthur Guérin-Turcq, géographe et enseignant à Sorbonne Université. On manque d’une véritable planification à l’échelle régionale.» Sans compter que seulement 30% des OLD sont respectées, car il s’agit souvent de parcelles privées.

«Il n’y a pas encore d’évolution des politiques, mais on constate l’émergence d’une conscience collective chez les habitants qui ont connu les feux», note Pauline Vilain-Carlotti. Dans le quartier de l’Estaque, au nord de Marseille, le puissant incendie de 2025 a conduit les riverain·es à se constituer en association pour mieux se préparer à l’avenir.

«C’est important de créer du collectif pour répondre à ce danger car, pour l’instant, le risque est traité de manière individuelle par rapport aux autres aléas comme les inondations», souligne l’experte. C’est le seul risque qui n’est pas dédommagé dans le cadre du régime CatNat, instauré en 1982. Celui-ci impose aux compagnies d’assurance d’indemniser leurs client·es à la suite de catastrophes naturelles.

Soutenir le pastoralisme, comme à Bizanet

Face au manque de préparation à l’échelle nationale, certaines communes prennent des initiatives pour protéger leurs habitant·es. À Bizanet, près de Narbonne (Aude), l’incendie du massif des Corbières en 2025 a marqué les esprits. L’équipe réélue aux dernières municipales (sans étiquette) a donc décidé de salarier un berger comme employé municipal pour s’assurer qu’il organise une pâture tout autour du village. Son travail de débroussaillage offre une zone tampon autour des habitations, laquelle ne s’embrasera pas aux premières étincelles.

«C’est dommage, ce genre d’initiatives locales est très peu soutenu par la sphère publique, déplore Arthur Guérin-Turcq. On aurait besoin de plans d’aménagements à l’échelle des massifs pour réaliser des coupures de combustibles [des couloirs sans végétation, NDLR] comme autour des bourgs à Bizanet, mais aussi à l’intérieur des forêts.»

À Embres-et-Castelmaure ou à Coustouge (Aude), les riverain·es s’organisent, faute de moyens publics, pour débroussailler collectivement les abords de leur village. «Auparavant, les pâturages et la vigne faisaient office de coupe-feu, explique Arthur Guérin-Turcq. Il faudrait un plan de soutien à ces filières pour qu’elles puissent se maintenir sur le territoire et retrouver leur rôle face aux incendies.»

Repenser notre rapport au feu, comme à Corte

Sur le pourtour méditerranéen, comme dans les alentours de Corte (Haute-Corse), des sapeur·ses forestier·ères mettent le feu à la montagne de manière préventive et dirigée. Ce défrichement a lieu en hiver afin de réduire la présence de combustibles en été (végétation sèche, bois morts, branchages…). Cette pratique, aussi appelée écobuage «est assez efficace, mais pas toujours bien acceptée par la population attachée à la forêt. Il faut bien sûr adapter les mesures aux cultures forestières locales», précise Arthur Guérin-Turcq.

Dans les monocultures de pins des Landes, cette pratique n’est pas adaptée aux immenses exploitations. Au sud de la Gironde, la filière bois a pris quelques mesures comme la plantation de haies de feuillus parmi les résineux. «Rendre la forêt plus humide permet de réduire la vitesse de la propagation d’un feu, précise le géographe. Mais ces aménagements restent marginaux et il serait bienvenu d’entamer un vrai dialogue avec les entreprises du secteur.» Accepteraient-elles de réaliser des tranchées sans arbres dans leurs massifs en échange de compensations ? Encore faudrait-il pouvoir financer ce dédommagement. Le vote du budget 2027 à la fin de l’année dira si des investissements seront engagés pour aménager le territoire autrement et mieux prévenir les incendies.

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09.07.2026 à 10:56

Concours : vos places pour le festival Cabaret Vert

Vert

(160 mots)

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09.07.2026 à 07:00

Réchauffement climatique : en pleine canicule, le Haut Conseil pour le climat hausse le ton face au manque d’action du gouvernement

Zoé Moreau

Texte intégral (1848 mots)
Emmanuel Macron à Antibes (Alpes-Maritimes), le 25 juin 2026. © Manon Cruz/AFP

Des scientifiques qui ont le sens du timing. Alors que l’Hexagone traverse depuis fin mai une succession d’épisodes de chaleur intense, le Haut Conseil pour le climat (HCC) publie ce jeudi son huitième rapport sur les politiques climatiques. Créé en 2018, cet organisme indépendant composé de douze expert·es évalue chaque année l’action publique sur le climat et formule des recommandations auxquelles le gouvernement doit répondre dans les six mois. Plus sévère que les éditions précédentes, ce nouveau rapport appelle l’exécutif à faire «face à ses responsabilités».

L’année 2025 a encore une fois été marquée par une aggravation des impacts du réchauffement climatique, sur le territoire et dans le monde entier. Elle a été la troisième année la plus chaude jamais enregistrée à l’échelle mondiale, juste derrière 2023 et 2024 (notre article), avec des températures en hausse de 1,47 degré Celsius (°C) par rapport à la période préindustrielle (deuxième moitié du 19ème siècle), selon Copernicus. Cela rend le dépassement du seuil de 1,5°C «inévitable» dans les prochaines années, soit l’objectif que s’étaient fixés les États signataires de l’Accord de Paris pour le climat (2015).

En France, 2025 a été la quatrième année la plus chaude enregistrée depuis 1900 (+2,4°C), derrière 2022, 2023 et 2020, avec un jour sur deux au-dessus des normales de saison (moyenne 1991-2020). Plus de 5 700 décès sont attribuables à la chaleur sur l’ensemble de l’été 2025, contre 3 700 l’année précédente, selon Santé publique France. Des inondations très graves ont dévasté la Bretagne début janvier, la Nouvelle-Aquitaine en avril, ou encore le Sud-Est de l’Hexagone en septembre. Et des incendies hors normes ont ravagé le territoire, avec plus de 30 000 hectares calcinés, dont 11 000 dans l’Aude au mois d’août dernier.

Les émissions de gaz à effet de serre continuent de baisser, mais trop lentement

À l’origine de la multiplication de ces événements climatiques extrêmes : les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. En 2025, le rythme de réduction a encore ralenti. D’après une estimation du Citepa, l’organisme chargé de mesurer les émissions pour la France, la baisse a été de 2,1% l’an passé, contre 3% en 2024 et 6,7% en 2023. «Le rythme doit s’accélérer», presse le Haut Conseil pour le climat. Il va même «devoir au moins doubler ces prochaines années pour atteindre en moyenne plus de 4% par an en 2026, 2027 et 2028». C’est l’objectif que la France s’est fixé dans son projet de troisième stratégie nationale bas carbone (SNBC 3).

Cette trajectoire apparaît d’autant plus difficile à atteindre qu’en 2025 la baisse a été portée, pour moitié, par une baisse d’activité dans l’industrie et l’élevage – et non par une transformation structurelle de ces deux secteurs. Ainsi, «il n’est pas acquis que la dynamique se poursuive en 2026», pointe le HCC. Du côté des transports, des efforts ont été réalisés, mais la baisse reste «en deçà du rythme nécessaire». Quant aux émissions liées à la production d’énergie, elles ont même augmenté.

Pour Diane Strauss, directrice de l’ONG Transport & Environment et membre du HCC, «les leviers de réduction des émissions ont été mobilisés de manière très inégale». Les progrès reposent principalement sur des «innovations technologiques», tandis que «la sobriété, dans les transports, le bâtiment ou l’alimentation, reste largement sous-exploitée». Cette année, comme l’an passé, tous les secteurs ont respecté leur «budget carbone», c’est-à-dire leur limite sectorielle d’émissions de gaz à effet de serre. Mais c’est uniquement parce que la SNBC 3 a assoupli les objectifs.

Des mesures d’adaptation jugées «insuffisantes»

Réduire les émissions ne suffira pas. Le réchauffement est déjà à l’œuvre et ses conséquences s’intensifient. Selon le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc), le nombre de jours de vagues de chaleur pourrait être multiplié par cinq d’ici à 2050, et par dix d’ici à la fin du siècle. Il n’est donc plus seulement question de limiter le réchauffement climatique : il faut aussi s’y adapter. «Nos infrastructures, notre aménagement du territoire, nos activités économiques, nos pratiques socioculturelles ont été dimensionnées dans un climat qui n’existe plus», insiste Valérie Masson-Delmotte, climatologue et membre du Haut Conseil pour le climat.

Pour l’heure, les mesures d’adaptation restent «insuffisantes», juge le HCC. «Nous l’avons vu très récemment avec les logements devenus des bouilloires thermiques, avec un système de santé sous tension, avec un bâti scolaire et universitaire inadapté, avec le manque de lieux de fraîcheur […]. Ça pose clairement le problème de la prise en charge des populations fragiles», abonde la sociologue et membre du HCC, Sophie Dubuisson-Quellier.

Les financements sont encore «sous-dimensionnés», estime encore le HCC. En 2025, le budget de Ma prime rénov’, principal dispositif d’aide à la rénovation énergétique des logements, a été réduit de moitié. Même constat pour le leasing social pour l’achat d’un véhicule électrique, lui aussi revu à la baisse. En plus d’augmenter les budgets, le HCC appelle à «prioriser» les mesures d’adaptation, en ciblant d’abord les populations les plus vulnérables. «Il faut augmenter la disponibilité et l’accessibilité générale de lieux publics frais, rafraîchis, végétalisés, ventilés, de points de baignade surveillés, accessibles gratuitement en cas de forte chaleur», insiste Valérie Masson-Delmotte.

Il faut, à l’inverse, limiter la «maladaptation» de certains secteurs, qui favorisent encore trop les «réponses technologiques qui traitent certains impacts tout en aggravant ou en reportant les risques sur d’autres acteurs», explique Valérie Masson-Delmotte. Cela concerne l’agriculture, qui «massifie ses capacités d’irrigation» ces dernières années, via la création de retenues d’eau artificielles (les fameuses mégabassines). Il s’agit là d’«un exemple parfait de maladaptation qui risque d’augmenter les tensions sur l’eau en été», estime Paul Leadley, professeur d’écologie à l’université Paris-Saclay et membre du HCC.

Un nécessaire «changement d’échelle»

Au niveau politique, le rapport pointe un «affaiblissement des dispositifs liés à l’action climatique en 2025 et 2026». Certes, quelques avancées sont saluées, comme le Pacte énergie-climat ou le plan d’électrification. Mais elles sont éclipsées, selon les expert·es, par une série de menaces : assouplissement des règles sur la gestion de l’eau dans la loi d’urgence agricole, de l’objectif de zéro artificialisation nette (ZAN) ou projet de réforme de l’Ademe (abandonné pour l’instant). Ces évolutions constituent, selon Sophie Dubuisson-Quellier, «des alertes sérieuses» et risquent de retarder la mise en œuvre des politiques climatiques.

Pour «faire face aux défis des prochaines années», le Haut Conseil pour le climat formule 82 recommandations à l’attention du gouvernement. Parmi elles, on peut citer le «renforcement du cadre réglementaire en santé au travail» pour les travailleur·es exposé·es à la chaleur, la modernisation du réseau ferroviaire ou encore l’organisation «sans délai de la sobriété hydrique en agriculture». Jean-François Soussana, président du HCC, résume : «Il est impératif de sortir des énergies fossiles tout en protégeant la population, les territoires et l’économie. Cela nécessite un changement d’échelle des politiques d’atténuation et d’adaptation.»

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