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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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23.07.2026 à 18:14

Dans tout ce chaos, une bonne nouvelle : Vert grandit d’un coup grâce à vous

Loup Espargilière

Texte intégral (547 mots)
Un nouveau pôle enquêtes, de nouvelles recrues… et c’est grâce à vous ! © Marie Rouge/Vert

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Et Vert, c’est vous.

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23.07.2026 à 07:00

Superpouvoirs des arbres, retour des animaux : comment les forêts renaissent de leurs cendres après un incendie

Lilou Hiver

Texte intégral (1698 mots)
À Fontjoncouse (Aude), dans le massif des Corbières, l’incendie de 2025 a redessiné le paysage. © Wikimedia

Après le passage des flammes, les forêts verdoyantes laissent place à des étendues calcinées au sein desquelles la faune et la flore peinent à survivre. Plus de 42 000 hectares ont brûlé en France entre le 1er janvier et la mi-juillet : un record depuis au moins vingt ans, selon les données satellitaires du système européen d’information sur les feux de forêt (Effis) publiées mardi. 

Retrouver la vigueur de ces écosystèmes prendra du temps. «Si des arbres de 60 ans sont brûlés, alors il faudra attendre 60 ans pour avoir le même développement», résume Bernard Prevosto, chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique (Inrae) au sein de l’équipe Écosystèmes méditerranéens et risques.

Pour accompagner cette régénération, les forestier·es, qui entretiennent les massifs, adaptent leurs interventions à chaque situation. Il n’existe pas de solution universelle, chaque incendie a des caractéristiques propres : intensité, état d’érosion des sols, espèces végétales présentes. «La première étape consiste à sécuriser la zone puis à établir un diagnostic du territoire pour déterminer ce qu’il est pertinent de faire», détaille Marion Toutchkov, experte incendies à l’Office national des forêts (ONF).

Le pin d’Alep, un résineux pas comme les autres

La plupart du temps, les forestier·es laissent la nature refaire surface d’elle-même. C’est souvent le cas dans les régions méditerranéennes, où la végétation est plus résistante à la sécheresse et aux incendies. Dans ces forêts pousse notamment le pin d’Alep, un résineux dont les cônes (les pommes de pin) restent fermés jusqu’à leur exposition à de fortes chaleurs. Lors d’un feu, ils s’ouvrent et libèrent les graines, qui germent et donnent naissance à une nouvelle génération de pins.

Des pins d’Alep dans l’Hérault. © Christian Ferrer/Wikimedia

Les arbres feuillus, comme le chêne vert, kermès ou pubescent, ont d’épaisses écorces qui protègent leurs racines, lesquelles survivent au passage des flammes. De nouvelles pousses émergent alors : c’est ce que l’on appelle des rejets.

Au-delà de ces mécanismes de régénération au cœur de la zone incendiée, la forêt se reforme aussi depuis ses marges. Les arbres épargnés en lisière disséminent progressivement leurs graines, transportées par le vent ou les oiseaux, jusqu’à recoloniser les espaces brûlés. Plus l’incendie a été important, plus cela prend du temps, même si «au bout de deux à trois ans, le sol se reverdit et les premiers arbustes font leur apparition», souligne le chercheur à l’Inrae.

En général, les forestier·es donnent un coup de pouce pour aider la forêt à cicatriser. Ça a été le cas dans le massif des Corbières après l’incendie de juillet 2025 qui a ravagé 11 000 hectares. Sur place, les agent·es de l’ONF ont installé des fascines : de petits ouvrages constitués de bois mort, disposés en travers des pentes, qui ralentissent l’écoulement de l’eau et limitent l’érosion des sols. En retenant la terre et les éléments rocheux emportés par les pluies, les fascines créent des conditions plus favorables au retour de la végétation.

Des actions de recépage ont également été menées : les feuillus endommagés par les flammes ont été coupés au niveau de la souche, puis laissés sur place pour favoriser leur décomposition et le retour de la matière organique dans le sol. Cette intervention permet aussi aux arbres de repartir depuis leur souche intacte, grâce à la pousse de nouveaux rejets.

La main (verte) de l’Homme

Parfois, il faut replanter. «Dans certains cas, la forêt joue un rôle de protection contre les risques naturels comme les chutes de pierres ou les avalanches. Alors, pour protéger un village, on reboise», explique Marion Toutchkov. La plantation peut aussi servir à diversifier les peuplements forestiers et à introduire des essences plus résistantes aux feux à venir. Mais ces interventions restent complexes et demandent des moyens importants. Et, alors que les incendies progressent vers le nord du pays, transposer les modèles du sud, comme la plantation de pins d’Alep, n’est pas toujours possible. «Le pin d’Alep n’est pas fait pour les climats plus humides ; il craint notamment les fortes gelées», précise Bernard Prevosto, de l’Inrae.

Les cèdres de l’Atlas (ici, au Maroc) sont plus adaptés au changement climatique que certaines espèces exploitées en France. © Aziz Aitakka/Wikimedia

Menées par l’ONF et le Centre national de propriété forestière, des expérimentations sont en cours pour planter des espèces peu exploitées en France mais plus adaptées au changement climatique. Sur une trentaine de sites, plus de 10 000 plantes ont été installées, dont des essences exotiques, comme le pin de Bosnie, le cèdre de l’Atlas ou encore le pin de Camoussèdre. Sont observées leur survie, leur croissance dans différents types de climats et leurs interactions avec la faune et la flore alentour.

Oiseaux, chauves-souris, cerfs… le retour de la faune après les flammes

Les animaux et insectes sont également victimes du passage des flammes. Selon l’association Wany the Pooh, plus de 10 millions d’individus ont perdu la vie dans l’incendie des Corbières. Parmi eux, 360 espèces d’oiseaux, 80 de mammifères – dont 27 espèces de chauves-souris – et une trentaine de reptiles et d’amphibiens. «Généralement, la faune revient progressivement toute seule», constate Marion Toutchkov, de l’ONF. Les arbres morts encore debout offrent des perchoirs aux oiseaux, tandis que les troncs et branches tombés au sol deviennent des refuges pour les insectes.

Les cerfs broutent les jeunes pousses et ne laissent pas le temps à l’écosystème de se restaurer après un incendie. © Wikimedia

Étonnamment, après un incendie de faible intensité, on assiste parfois à une explosion de biodiversité. «Certains insectes apprécient les milieux ouverts, créés par le passage du feu, qui deviennent alors des espaces favorables à leur développement et à leur reproduction», raconte l’experte incendie de l’ONF.

Mais le retour trop rapide des animaux n’est pas toujours souhaité. Les ongulés – les mammifères avec des sabots – comme les cerfs broutent les jeunes pousses et ne laissent pas le temps à l’écosystème de se restaurer. Il en va de même avec le pâturage. «Dans les forêts privées, le pâturage est interdit dix ans après un incendie pour permettre à la flore de repousser», précise Marion Toutchkov.

«Plus les feux sont fréquents, moins les espèces ont le temps de grandir»

D’autres espèces peuvent freiner le retour de la forêt. C’est le cas du mimosa, une plante invasive qui profite des milieux perturbés par les incendies. En se développant rapidement après le passage du feu, il peut concurrencer les espèces locales et ralentir leur régénération. C’est aussi le cas du scolyte, un insecte qui profite des arbres affaiblis. Il prolifère très rapidement et accentue le dépérissement des peuplements.

Les scolytes sont un groupe de petits insectes qui se développent sous l’écorce des arbres. ©DSF BFC

Même si la nature et les forestier·es œuvrent à la régénération des zones incendiées, toutes les forêts ne retrouvent pas leur équilibre. «Plus les feux sont fréquents, moins les espèces ont le temps de grandir et de renforcer leur résistance. À terme, elles risquent d’être totalement brûlées» et leur peuplement finira par régresser, observe Bernard Prevosto.

À l’échelle nationale, la forêt française continue de gagner du terrain, mais elle est de plus en plus fragilisée. En dix ans, la mortalité des arbres a augmenté de 125%, sous l’effet combiné des incendies, des sécheresses, des maladies et des insectes ravageurs. Pour le chercheur de l’Inrae, il est désormais primordial pour les régions du nord du pays d’avoir «des politiques de prévention des incendies et des aménagements du territoire comme il en existe depuis des années dans le sud».

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22.07.2026 à 11:39

«Le recul environnemental de trop» : la ministre de l’écologie Monique Barbut annonce sa démission… puis change d’avis

Anne-Claire Poirier

Texte intégral (791 mots)
Paris, le 30 juin 2026. La ministre de l’écologie, Monique Barbut, n’a guère apprécié l’intervention du sénateur Laurent Duplomb, au premier plan. © Daniel Perron/Hans Lucas via AFP

«La politique n’est pas mon monde, et si c’est cela dont il s’agit, elle ne le sera définitivement pas», expliquait Monique Barbut, amère, dans un post diffusé ce mercredi matin sur le réseau social LinkedIn. Elle y annonçait sa décision de présenter sa démission au président de la République au lendemain de l’adoption définitive de la loi d’urgence agricole au Parlement.

Parmi les mesures les plus controversées, le texte ouvre la voie à la réintroduction, à titre dérogatoire, de deux pesticides interdits en France mais autorisés dans le reste de l’Union européenne (UE) : l’acétamipride et le flupyradifurone. «Il m’avait été garanti que la réintroduction d’un pesticide interdit mettrait un terme au parcours du texte, explique la ministre. Contrairement aux engagements qui m’avaient été donnés, le gouvernement a empêché le débat autour de la suppression de cette mesure.» Pour elle, «ce revirement» constituait «le recul environnemental de trop».

Sa démission rejetée par Emmanuel Macron, Monique Barbut a finalement accepté de rester au gouvernement «face à l’urgence d’agir contre les conséquences du changement climatique qui frappent durement notre pays et pour répondre aux enjeux de santé environnementale», a indiqué son cabinet, tout en assurant qu’elle avait «confirmé son désaccord sur la version définitive du projet de loi d’urgence agricole». Peut-être a-t-elle obtenu des garanties pour rester ? En tout cas, elles n’ont pas été dévoilées à ce stade.

Neuf mois de désaveux

Depuis son arrivée à l’hôtel de Roquelaure il y a neuf mois, la huitième ministre de l’écologie d’Emmanuel Macron enchaîne plutôt les désaveux, comme aucun·e autre avant elle. À tel point que le président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), Allain Bougrain-Dubourg, a décidé de lui décerner le «Circaète d’or», en référence à un aigle chasseur de serpents qui raffole des couleuvres.

Outre la décriée loi d’urgence agricole, la ministre a aussi dû encaisser les rabotages successifs des aides à la rénovation énergétique (Ma Prime rénov’), la suppression des ZFE (zones à faibles émissions, finalement sauvées par le Conseil constitutionnel), la reprise du chantier de l’autoroute A69 ou plus globalement la fonte généralisée des dépenses liées à la transition écologique, notamment dans le budget 2026. Pas encore adopté, le projet de loi de «relance du logement» promet son lot de déconvenues avec notamment la prolongation, sous conditions, de la location des logements bouilloires.

De son côté, Monique Barbut préfère retenir «plusieurs avancées importantes» : interdiction des PFAS dans les textiles ; adoption de la loi contre l’ultra-fast fashion ; plan électrification. Elle a aussi pesé pour que le gouvernement se positionne contre la relance de l’exploitation d’hydrocarbures en outre-mer et que la réforme controversée de l’Ademe soit abandonnée. Plus récemment, elle a obtenu que ses moyens soient repartent à la hausse en 2027, en particulier le Fonds vert, dont l’enveloppe serait portée de 850 millions à un milliard d’euros. Son vrai-faux départ lui donnera-t-elle plus de poids à l’avenir ? Rien ne l’assure.

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22.07.2026 à 11:08

Pesticides, bassines, loups, élevages… Que contient la loi d’urgence agricole, définitivement adoptée ?

Zoé Moreau, Anne-Claire Poirier

Texte intégral (2723 mots)
La ministre de l’agriculture Annie Genevard a salué l’adoption du texte. © Quentin de Groeve/Hans Lucas via AFP

🐺 Les parlementaires ont validé l’essentiel des «simplifications» proposées par le gouvernement : sur les retenues d’eau, les bâtiments d’élevage, les tirs de loups…

Le Parlement a tranché. Mardi, député·es et sénateur·ices ont définitivement adopté le projet de loi d’urgence agricole (LUA). Les soutiens sont allés de la droite à l’extrême droite en passant par le bloc central. Seule la gauche s’y est unanimement opposée (socialistes, insoumis·es, écologistes et apparenté·es).

Facilitations des projets de bassines ou d’élevages intensifs, réautorisation à titre dérogatoire de pesticides interdits… «L’Histoire reviendra sur ce grave moment de régression», avait averti la députée (LFI) Aurélie Trouvé lors des débats. La ministre de l’agriculture, Annie Genevard, avait de son côté salué «le vote des députés qui ont fait le choix de la responsabilité». L’essentiel des mesures qu’elle avait présentées en avril en réponse à la colère des agriculteur·ices cet hiver a été conservé par les parlementaires.

🐝 Le potentiel retour de l’acétamipride

C’est peut-être l’article qui fait le plus réagir, le «2 quater». Avec l’accord du gouvernement (qui s’y était pourtant initialement opposé), les parlementaires ont ouvert la voie au retour de deux pesticides interdits en France : le désormais célèbre acétamipride, qui inquiète médecins et scientifiques en raison de ses risques pour la santé… mais aussi le flupyradifurone.

L’article est directement inspiré de la seconde proposition de loi portée par le sénateur (LR) Laurent Duplomb au Sénat en janvier, qui prévoit la réautorisation de ces deux substances.

Légèrement plus protecteur, le texte adopté mardi confie à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) le pouvoir d’accorder, à titre dérogatoire, des autorisations d’utilisation valables trois ans pour ces pesticides toujours autorisés dans le reste de l’Union européenne. En cas de feu vert de l’agence, le flupyradifurone pourrait de nouveau être utilisé sur les cultures de pommes, de cerises et de betteraves sucrières, tandis que l’acétamipride pourrait l’être sur les noisettes.

Cette réintroduction est une «victoire du sénateur Duplomb et de l’obscurantisme. Quelle horreur», avait déclaré à l’issue de la commission mixte paritaire la députée insoumise Aurélie Trouvé sur le réseau social X.

💦 Des projets de mégabassines facilités

Plus gros morceaux du texte, les articles sur la gestion de l’eau sont maintenus (notre article). Ils actent des «simplifications» majeures pour les projets de retenues destinées à l’irrigation agricole : les réunions publiques qui permettent aux riverain·es d’interroger le porteur du projet et de débattre collectivement de ses conséquences sont rendues facultatives (article 5). «C’est pourtant là où se construit le dialogue et le consensus», regrette Alexis Guilpart, de France nature environnement (FNE).

Ce n’est pas tout : même après l’annulation par la justice d’une autorisation de prélèvement d’eau, l’administration pourra la maintenir provisoirement en vigueur pendant trois ans. La gauche avait dénoncé, en vain, «une fuite en avant».

En prime, député·es et sénateur·ices ont inscrit noir sur blanc (article 5A) l’objectif de doublement des volumes de stockage d’eau à des fins agricoles d’ici 2035 – un blanc-seing pour construire de nouvelles «mégabassines», selon les associations de protection de l’environnement. «En continuant à agir comme si l’eau était une ressource illimitée, nous allons tout droit vers une intensification des conflits d’usage dans les prochaines années», a dénoncé Julien Rivoire, de Greenpeace France.

Enfin, l’idée d’une réforme des «parlements locaux de l’eau» (chargés de décider de règles pour protéger la ressource, notre article), voulue par le groupe Mouvement démocrate (Modem) de l’Assemblée, a elle aussi été conservée, quoique remaniée. Concrètement : la part des représentant·es du monde agricole va augmenter en leur sein, au détriment de celle des représentant·es de l’État.

🦆 Des attaques sur les zones humides

Terres gorgées d’eau douce ou salée, les milieux humides sont des «espaces à forts enjeux écologique, économique et social», de l’avis même du ministère de la transition écologique. Ils accueillent de très nombreuses espèces de plantes, d’amphibiens ou d’oiseaux menacés et jouent un rôle majeur dans la purification de l’eau ou l’atténuation de certains effets du changement climatique (sécheresses, inondations…).

Le texte prévoit pourtant d’assouplir les règles applicables aux projets qui les endommagent (article 7). Les mesures exigées pour réparer les dégâts devront désormais être adaptées aux fonctions écologiques attribuées à chaque zone. «En d’autres termes, dans une zone humide déjà dégradée, des projets destructeurs pourront voir le jour sans mesures de compensation trop contraignantes, analyse Alexis Guilpard, de FNE. C’est un encouragement à toujours plus les dégrader.»

La loi ouvre aussi la voie à des règles moins strictes pour créer des plans d’eau dans les zones humides inférieures à un hectare. Cette mesure, réclamée par les syndicats agricoles majoritaires, inquiète les associations environnementales : elles redoutent la multiplication de petites retenues susceptibles d’assécher progressivement les zones humides et d’affaiblir leurs fonctions écologiques.

☠ Lutte contre la pollution de l’eau affaiblie

Voilà une mesure qui pourrait réduire les moyens consacrés à la protection de l’eau, l’article 6 quinquies. Il introduit une entorse au principe «pollueur-payeur» : aujourd’hui, une taxe est prélevée sur les ventes de pesticides, en fonction de la quantité et de la dangerosité des substances qu’ils contiennent. Ces recettes alimentent les agences de l’eau, qui aident notamment les collectivités à lutter contre les pollutions et à protéger la ressource.

Désormais, «en cas de circonstances exceptionnelles affectant gravement les conditions économiques des exploitations agricoles», le gouvernement pourra la suspendre pendant un an. «On plaide pour une augmentation de cette redevance, pas l’inverse. Cela va totalement dans le mauvais sens», a réagi auprès de Vert Yoann Coulmont, de l’association Générations futures.

Autre motif de déception pour l’ONG anti-pesticides, l’article 8 de la LUA. Il est conçu pour créer une nouvelle catégorie de captages d’eau potable dits «prioritaires». Pour mieux les protéger, l’État pourra par exemple interdire l’usage de certains pesticides dans les parcelles voisines. Mais le Sénat a restreint l’accès à cette protection aux seules pollutions récentes, excluant les contaminations plus anciennes. «2 000 captages seront exclus du dispositif de protection, déplore Yoann Coulmont. On est en train de dire à des millions de citoyens qu’on ne protégera pas davantage leur eau.»

🐺 Les loups (beaucoup) moins protégés

Au prétexte de «prévenir les dommages à l’élevage dus au loup», l’article 14 du projet de loi dessine les contours d’une nouvelle politique de gestion basée essentiellement sur la destruction.

Alors que jusqu’ici les autorisations de tirs étaient conditionnées à la mise en place préalable de moyens de protection (clôtures, chiens, etc.), les troupeaux de bovins, de chevaux et d’ânes sont désormais considérés «comme ne pouvant être protégés», ce qui laisse l’abattage comme seule option.

En parallèle, les tirs de défense passent d’un régime d’autorisation préalable à celui, plus simple, de la déclaration. En clair, les éleveur·ses n’auront plus qu’à déclarer tirs et abattages de loup a posteriori. Plus étonnant, le texte autorise explicitement les tirs jusque dans les réserves naturelles et autres espaces protégés : une ligne rouge qui fait bondir les gestionnaires de ces espaces.

Enfin, le texte prévoit qu’après atteinte du plafond annuel d’abattage, des destructions supplémentaires de loups pourront encore être autorisées à titre dérogatoire «à la suite de dommages dus à la prédation». À l’inverse, si le nombre de loups effectivement prélevés n’atteint pas le plafond annuel, «la différence est reportée et ajoutée au plafond de l’année suivante».

🐷 Élevage : un régime très spécial

Toujours dans un «objectif de simplification» des activités agricoles, le projet de loi habilite le gouvernement à créer par ordonnance un régime juridique spécifique aux élevages (article 17). Actuellement, ils dépendent du droit des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), comme toute activité pouvant générer des risques environnementaux. Mais, dans l’étude d’impact du texte, le gouvernement estimait que ce régime protecteur pénalisait la compétitivité nationale – comprendre la course au prix bas –, notamment dans les filières porcine et avicole.

L’article 17 prévoit également que les procédures d’information et de participation du public soient désormais réservées aux seules personnes «justifiant d’un intérêt à agir […] notamment par leur proximité géographique». En clair, seul·es les plus proches riverain·es pourront s’exprimer, quand bien même les effets (pollution de l’eau, des sols, de l’air…) et questionnements autour de ces élevages peuvent s’étendre sur un périmètre plus large.

🧑‍⚖️ Activités agricoles : les lanceurs d’alertes criminalisés

Parallèlement, le texte dédie un chapitre entier (VIII) à «mieux protéger les exploitations agricoles contre les délits». Il crée ainsi une série de circonstances aggravantes lorsqu’un vol, une intrusion ou une dégradation concerne une activité agricole au sens large (bâtiment d’élevage, abattoir ou retenues d’eau).

Par exemple, l’article 18 bis crée une circonstance aggravante spécifique à l’intrusion dans un local agricole, de sorte que la peine est désormais aussi lourde que pour une intrusion de domicile (trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende). «Sous couvert de protéger les exploitations, déjà encadrées par le droit commun contre le vol et l’intrusion, ces articles visent en réalité à dissuader la documentation des conditions d’élevage par les lanceurs d’alerte», estime l’association de défense des animaux L214, directement visée par ces mesures.

💰 Finalement, pas de prix plus rémunérateurs pour les agriculteurs

L’une des rares victoires remportées par la gauche à l’Assemblée n’a en revanche pas résisté à la suite des débats. Les député·es avaient adopté le principe d’un prix d’achat des produits agricoles au moins égal aux coûts de production. Le compromis final se contente d’imposer que ces coûts servent de référence dans les contrats, tout en permettant aux parties de s’en écarter si elles justifient leur choix. Aucun prix plancher généralisé ne verra donc le jour.

Auprès de Vert, Stéphane Galais, du syndicat agricole proche de la gauche Confédération paysanne, a fait part de la «colère» du mouvement paysan : «On était opposés à la loi depuis le départ. On attendait une réponse aux inquiétudes des agriculteurs. Ce qui est certain, c’est que cette loi ne va pas avoir d’impact réel dans les fermes.»

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