Médianes
Ce mardi, les député·es doivent examiner la proposition de loi de Benoît Biteau (Les Écologistes) et Clémentine Autain (L’Après) «visant à protéger l’alimentation des Français et des Françaises des contaminations au cadmium». Un débat très attendu par les chercheur·ses et les médecins, mais aussi par les proches de victimes du cancer du pancréas. À 25 ans, Alexandre Roussel est l’auteur d’une pétition déposée début mai sur le site de l’Assemblée nationale qui a récolté près de 9 000 signatures pour demander au gouvernement d’agir contre la contamination des Français·es au cadmium. En décembre dernier, sa mère est décédée d’un cancer du pancréas foudroyant. Chercheur au sein de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), un think thank spécialisé dans les relations internationales, il travaille sur des questions liées à l’approvisionnement en énergie et matières premières critiques. Habitué à fouiller dans les rapports scientifiques, il s’est plongé dans celui de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) sur le cadmium, publié en février 2026. Il découvre alors que le métal lourd «s’accumule en particulier dans le pancréas et est suspecté de jouer un rôle dans l’accroissement majeur et extrêmement préoccupant de l’incidence du cancer du pancréas». J’ai perdu ma mère d’un cancer du pancréas fulgurant le 6 décembre dernier, elle est décédée trois mois après le diagnostic final. Nous n’avons rien pu faire, elle a fait trois chimiothérapies mais la maladie progressait trop vite. Il y a eu le temps du deuil, puis, fin mars, la publication du rapport de l’Anses sur le cadmium. Grâce aux différents médias que nous consultons avec ma famille, nous avons découvert cette pollution et, surtout, qu’une de ses conséquences est la hausse du cancer du pancréas. Nous nous sommes alors mis à lire beaucoup d’articles sur le sujet, tout ce qui existait à ce propos. Les scientifiques étaient déjà au courant, mais le rapport a permis de remettre le couvert. Nous avons appris que ce cancer a été multiplié par quatre sur les trente dernières années en France, une progression deux à trois fois plus rapide que dans les autres pays européens. «Nous avons choisi de nous emparer du sujet pour honorer la mémoire de ma mère.» La hausse fulgurante des cas de cancers du pancréas peut se comprendre par l’utilisation de pesticides, mais pas seulement. Une autre piste est la contamination généralisée de la population au cadmium. Le lien avec le cancer du pancréas est moins bien documenté que pour d’autres pathologiques telles que les problèmes rénaux, cardiovasculaires ou encore son effet sur l’ostéoporose. Mais, comme plein d’autres sujets environnementaux, à l’image du chlordécone ou d’autres polluants, la question est de savoir combien d’années vont prendre les études pour apporter des preuves solides. Est-ce qu’on doit attendre ce moment avant de parler du sujet ? Bien sûr, nous ne saurons jamais à 100% ce qui a causé le cancer dont ma mère est décédée, mais, statistiquement, il y a de nombreuses personnes qui meurent à cause du cadmium en France. Le cancer du pancréas, c’est 90% de mortalité, c’est un des cancers les plus mortels. Et le nombre de cas explose ! Avec mon père et mon frère, nous avons choisi de nous emparer du sujet pour honorer la mémoire de ma mère. Quand tu regardes ta mère mourir, décliner toutes les semaines, tu te sens complètement impuissant. Se mobiliser permet de faire quelque chose par rapport à cette situation que nous avons subie. Avant de lancer cette pétition, nous avons regardé les démarches qui existaient déjà liées au cadmium, nous ne voulions pas concurrencer les autres, mais la nôtre permet de montrer le lien qui existe entre cancer et cadmium. Nous nous sommes inspirés de la pétition contre la loi Duplomb pour écrire la nôtre. Quand nous allions aux rendez-vous avec les médecins, oncologues et gastroentérologues, aucun n’a mentionné le cadmium parmi les causes potentielles de son cancer. On nous a dit qu’une des causes pouvait être l’exposition aux pesticides, parce que mes parents habitent dans un petit village à côté de Toulouse, en zone agricole. Et en effet, il y a pas mal de cultures de céréales tout autour, l’endroit est entouré de champs. Est-ce que le corps médical s’est dit que l’exposition au cadmium avait un rôle minoritaire par rapport à celui des pesticides ? Est-ce qu’il n’est pas au courant de ses conséquences ou attend-t-il un plus fort niveau de preuves pour en parler ? A priori, c’est une cause environnementale qui explique qu’une personne aussi jeune – ma mère avait 58 ans – et relativement en bonne santé, sans comorbidités, soit touchée d’un cancer du pancréas. «Notre contamination devient beaucoup plus palpable.» Dans la famille, nous nous sommes fait tester pour savoir si nous étions contaminés, ça a coûté environ 50 euros par personne. Mon échantillon était trop dilué, donc je vais y retourner. Mon frère attend ses résultats et mon père, lui, avait un taux très bas. Peut-être parce qu’il déteste les féculents, il mangeait des choses très différentes de ma mère. On sait que 98% de la contamination au cadmium vient de notre alimentation, en raison, entre autres, de l’usage d’engrais phosphatés qui contiennent une quantité importante de ce métal. Ma mère ne mangeait pas beaucoup de viande mais beaucoup de céréales cultivées avec ces engrais. Elle achetait plutôt des produits biologiques, mais ça ne protège pas de tout. Et c’est une femme. On sait que les carences peuvent contribuer à la fixation du cadmium dans l’organisme (notre article). Même si j’étais déjà sensibilisé aux thématiques environnementales, je redoute aujourd’hui d’autant plus les conséquences des polluants après un tel évènement. Notre contamination devient beaucoup plus palpable. On se croit tous un peu intouchable : tu te dis que tu fais gaffe, que tu as une bonne hygiène de vie… Et finalement le cancer te tombe dessus. Personne n’est intouchable. On réduit la quantité de céréales, on varie son alimentation… Mais ces gestes, c’est pour se protéger du cadmium, et il faudrait aussi faire attention aux PFAS ! Comment se protéger de tout le reste ? On fait comme on peut. La proposition de loi déposée par les députés Benoît Biteau et Clémentine Autain est inscrite cette semaine au programme de l’Assemblée. D’ici mercredi, nous aimerions que le public se saisisse du sujet. La pétition peut avoir le rôle d’un compteur de l’intérêt des gens pour cette lutte. Nous espérons que ce texte permettra de réduire les seuils autorisés de teneur en cadmium dans les engrais phosphatés de manière drastique, car la France est à la traîne. Il faudrait diminuer cette quantité autorisée pour qu’elle ne dépasse pas 20 milligrammes par kilo (mg/kg), contre 90 mg/kg actuellement, selon l’Anses. «On se demande vraiment ce qui retient le gouvernement d’agir.» J’ai l’impression que la lutte contre la contamination au cadmium remet moins en cause en profondeur le modèle agricole. C’est un combat gagnable qui permettrait de redonner un peu d’espoir aux gens. Après notre pétition, nous avons reçu des dizaines et des dizaines de retours de personnes concernées par la mort de proches de maladies liées à cette pollution. Nous nous sommes unis avec d’autres jeunes qui ont perdu des parents et nous avons publié une tribune. Nous irons également manifester devant l’Assemblée nationale ce mardi. Nous savons qu’il y a déjà eu des lettres ouvertes de médecins, mais nous voulons aussi donner la parole aux jeunes qui ont été impactés par les conséquences très probables de cette contamination. L’idée est de faire du bruit pour que la proposition de loi soit votée. C’est important de parler de l’inaction politique sur le sujet. Le cadmium est classé cancérogène depuis 1993. On se demande vraiment ce qui retient le gouvernement d’agir. Peut-être la peur d’une fronde agricole ? Je comprends bien qu’on ait des liens diplomatiques historiques avec le Maroc, que c’est pour cette raison qu’on s’approvisionne chez eux en engrais phosphatés. Mais en Tunisie aussi ils ont du cadmium naturellement présent en grande quantité dans leur sol, et ils ont mis en place des procédés de décadmiation avant d’exporter leurs fertilisants. On connaît déjà les techniques pour le faire. Le coût n’a pas l’air astronomique : cela représente deux euros supplémentaires par hectare et par an, alors pourquoi ne pas s’y astreindre ? Texte intégral (1978 mots)

Pourquoi avez-vous lancé une pétition pour demander une meilleure protection des Français·es face au cadmium ?
Lors du parcours de soin de votre mère, les médecins ont-il mentionné le potentiel rôle du cadmium ?
Qu’attendez-vous de la proposition de loi «visant à protéger l’alimentation des Français et des Françaises des contaminations au cadmium» présentée à l’Assemblée ce mercredi ?
Médianes
C’est un visage connu de la télévision. Depuis plus de trente ans, Mac Lesggy apparait sur nos écrans avec son émission de vulgarisation scientifique «E=M6», sur M6, ou dans les pubs de la marque de brosses à dents Oral-B. Mais, ces dernières années, l’animateur télé s’est surtout fait remarquer à cause de ses sorties qui font bondir les scientifiques. Dernier exemple en date : le 7 mai, sur RMC. Alors qu’il était invité à l’occasion de la sortie de son livre Toutes les vérités scientifiques sont bonnes à dire, le vulgarisateur a estimé qu’«il n’y a aucun bénéfice pour la santé à consommer des aliments bio». «C’est faux, assure Laurence Huc, toxicologue en santé humaine et directrice de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (Inrae). Plus les années passent et plus on a de preuves qui montrent que les personnes qui mangent plus de bio ont moins de risques de développer des maladies métaboliques et certains types de cancers.» Pour comprendre qui est Mac Lesggy et pourquoi ses sorties font réagir, Vert a contacté plusieurs scientifiques qui ont eu des échanges avec lui, ou qui le connaissent personnellement. Puis, Vert l’a contacté directement. Après plusieurs relances, il nous a répondu, sèchement : «Êtes-vous journalistes ou procureurs ? Je doute fort qu’avec de telles méthodes, vous écriviez sur moi un article un tant soit peu objectif.» Tout en laissant la porte ouverte à une rencontre dans le même message. Mac Lesggy nous accueille avec une poignée de main cordiale, dans les bureaux de sa société Link production, en banlieue parisienne, ce mardi 26 mai. Installé dans une salle de réunion, il pose ses conditions. D’abord, il impose de filmer l’entretien avec son iPad. Ensuite, il refuse tout échange tant qu’il n’aura pas lu tous les arguments qu’il a préparés à l’écrit, en réponse à notre première salve de questions adressée par mail. «Je suis quelqu’un d’assez méthodique», justifie-t-il. En 1991, Mac Lesggy est encore Olivier Lesgourgues (son vrai nom), ingénieur agronome de formation. Pour ses débuts à la télévision, il se choisit un pseudo : «Lesggy» comme diminutif de son nom de famille. Passionné d’Écosse, il y accole «Mac», «comme dans McAddams, McIntosh, McDonalds», avait-il expliqué à Europe 1 en 2016. Trente ans plus tard, il s’invite toujours dans le salon des Français·es pour parler de science avec l’émission «E=M6», le dimanche soir sur M6. «Il se présente comme vulgarisateur scientifique, mais un certain nombre de chercheurs se sont insurgés contre la rigueur de son propos, note Eva Morel, secrétaire générale de l’association anti-désinformation climatique Quota climat. Il est assez réputé pour dire des choses problématiques sur les questions environnementales.» Quota climat a déjà épinglé l’animateur pour des propos jugés trompeurs, sur le glyphosate, l’extraction pétrolière ou sur le bio. «Il n’existe aucune preuve robuste permettant d’affirmer que manger bio protège la santé», maintient Mac Lesggy, qui s’appuie notamment sur l’Institut national du cancer (l’INCa). L’institut écrivait en 2021 que «les preuves ne sont pas suffisantes pour conclure avec certitude que manger bio réduit le risque de cancers». S’il est vrai que le nombre de travaux scientifiques reste encore trop faible pour l’établir incontestablement, de multiples études convergent vers une diminution des risques de certains cancers, de surpoids et d’obésité avec le bio, comme l’expliquait le journal Le Monde en 2024. Le positionnement de Mac Lesggy «est complètement dépassé et ne tient pas compte des données scientifiques», résume l’écologue Sébastien Barot, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Pour sa collègue toxicologue, Laurence Huc, l’animateur passe sous silence le fait que manger bio permet de protéger la biodiversité, les agriculteur·ices et les riverain·es des parcelles agricoles de l’exposition aux pesticides. «Ça fait partie des procédés d’invisibilisation et de production de doute de ce genre de personnage, estime-t-elle. Mac Lesggy est un imposteur qui se fait passer pour un scientifique. C’est tout simplement un marchand de doutes bien canonisé sur nos écrans télé.» En 2021, une émission d’«E=M6» sur l’agriculture – regardée par près d’1,8 million de téléspectateur·ices – déclenche la bronca des scientifiques pour sa «vision simpliste et trompeuse» des enjeux environnementaux. Près d’une trentaine de chercheur·ses publient une tribune dans Le Monde pour dénoncer ces «émissions télévisées qui présentent toutes les caractéristiques des dispositifs de fabrique de l’ignorance». «De telles insinuations, totalement dénuées du moindre début de preuve factuelle, font peine à entendre dans la bouche de ces scientifiques, balaye Mac Lesggy. Ça fait 35 ans que je fais ce métier. Il y a encore des scientifiques qui me parlent en France, même beaucoup. Vous croyez vraiment que si j’étais un imposteur je serais toujours là ?» Pour lui, «les scientifiques sont des citoyens comme les autres» avec «leurs idées, leurs biais, leurs présupposés. C’est tout à fait normal qu’il y ait des débats et qu’ils ne soient pas tous d’accord avec moi.» Pour l’agroclimatologue Serge Zaka, que Mac Lesggy présente comme un «ami», ce dernier «a des connaissances scientifiques mais, à la différence des chercheurs, il ne produit pas d’études ou de rapports». «C’est un vulgarisateur. Nous, [en tant que scientifiques], on a sûrement une vision beaucoup plus large», estime-t-il. Pour Eva Morel, ces sorties – comme l’épisode récent sur le bio – créent du doute et ralentissent l’action pour légiférer sur ces sujets. Elle n’est pas la seule à le penser. En octobre 2023, la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte avait recadré Mac Lesggy sur X-Twitter après une publication où il estimait que le réchauffement climatique était «inarrêtable à court ou moyen terme». Ce narratif «est identifié comme l’un des discours d’inaction, en décalage avec l’état des connaissances», avait tranché l’ancienne co-présidente du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) au terme de l’échange. Quand on lui cite cette séquence, Mac Lesggy dit d’abord ne pas se rappeler précisément de ses propos. Il dit aussi n’avoir jamais compris la réaction de la paléoclimatologue et son «tweet un peu irréfléchi», feignant de s’interroger : «J’aimerais bien poser la question à Valérie Masson-Delmotte, mais comment est-ce qu’elle a pu, c’est mon expression, écrire une bêtise pareille.» «D’ailleurs elle ne s’est pas trop expliquée», avance-t-il. Valérie Masson-Delmotte avait à l’époque accompagné son message d’une étude pour détailler les récits qui participent à retarder l’action contre le dérèglement climatique. Ce n’est pas la première fois que Mac Lesggy se fait rattraper par la patrouille. Toujours sur X, en 2021, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) avait réagi après une publication dans laquelle il écrivait qu’il n’y avait «aucune preuve que le réchauffement climatique amplifie les épisodes cévenoles», ces précipitations abondantes et violentes. Cette fois, Mac Lesggy s’était excusé et avait corrigé. «On l’a souvent décrit comme un climatosceptique, note Serge Zaka. Mais il ne l’est pas, pour en avoir beaucoup discuté avec lui.» Dans son livre, Mac Lesggy reconnaît l’existence d’un réchauffement climatique causé par les activités humaines. «Ce n’est pas sur le constat qu’on est en désaccord, poursuit l’agroclimatologue, mais sur les solutions. Il est beaucoup plus orienté sur le technosolutionnisme que la communauté scientifique.» C’est-à-dire la croyance selon laquelle la technologie résoudra les problèmes causés par la crise climatique. Un terme que le vulgarisateur dit ne pas comprendre : «Honnêtement, je n’en ai pas idée. Donc je vais botter en touche.» Le chercheur au CNRS et spécialiste des insectes, Philippe Grandcolas, auteur d’un livre sur la désinformation autour de la loi Duplomb, le qualifie de «rassuriste». «Ce sont des personnes qui expliquent que la situation n’est pas si dramatique, qu’on n’a pas besoin de faire autant d’efforts, et que les solutions technologiques prescrites, soit par les décideurs, soit par les grandes entreprises, soit par les agences réglementaires, sont largement suffisantes», développe l’écologue qui a déjà eu affaire à lui sur X-Twitter. Pour lui, Mac Lesggy n’est pas «en opposition frontale» à la science, mais exerce «une nouvelle forme de scepticisme scientifique» qui pousse à «l’immobilisme». L’intéressé dément : «Je n’ai jamais nié le dérèglement climatique, sa gravité, ni l’urgence de réduire les émissions.» Le présentateur de M6 adopte un ton bien différent entre les plateaux télés et les réseaux sociaux : «Parce que j’ai 63 ans, parce que je suis en fin de carrière, parce que je n’ai plus de pudeur ou de timidité à aborder ces sujets, je me suis dit : “Il est temps que, sur les réseaux sociaux, je donne aussi mon avis”. Toujours pour défendre la démarche scientifique.» Il explique aussi s’adresser à un public différent : «Sur E=M6, c’est la même démarche, mais je m’adresse à toute la famille et je vulgarise de manière plus positive. C’est une question de médium.» «Il est très taquin et attaque beaucoup. Il est dans une position de confrontation» sur Twitter-X, reconnait Serge Zaka. Plusieurs scientifiques interrogé·es par Vert dénoncent des attaques nominatives sur les réseaux au sujet de leurs travaux sur les enjeux environnementaux. «L’étape suivante des marchands de doute, c’est de dénigrer […]. Lui, volontairement ou non, il est pile dans cette attitude-là», avance Philippe Grandcolas. Une chercheuse, contactée par Vert et qui souhaite rester anonyme, dit avoir supprimé son compte après avoir été harcelée par Mac Lesggy sur les réseaux après une publication scientifique. Le climatologue Christophe Cassou raconte aussi avoir subi du harcèlement après «des échanges tendus» avec le vulgarisateur sur le réseau social. Mac Lesggy nie des attaques personnelles et «toute accusation de harcèlement», qu’il qualifie «d’attaques gratuites, sans fondement, sans exemple». «Je suis souvent attaqué sur mes propos, mais je ne suis pas en train de dire que je suis victime de campagnes de harcèlement ou que des scientifiques m’attaquent», tranche le présentateur. «J’ai attaqué des propos qui me semblaient peu scientifiques. Ça fait partie du débat public, estime-t-il. Qualifier de militant un chercheur ou un organisme qui intervient dans l’espace public avec une position normative, ce n’est pas une insulte.» Pour Christophe Cassou, directeur de recherche au CNRS et co-auteur du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), «c’est un adepte de la stratégie de sape classique qui vise à présenter les scientifiques qui portent les faits qui dérangent son idéologie comme militants, afin de les disqualifier et les discréditer». Pour Sébastien Barot, chercheur à l’IRD, c’est une attitude fréquente contre celles et ceux qui travaillent sur les enjeux environnementaux : «On répond par des attaques personnelles plutôt que de répondre sur le fond.» Au terme d’une heure d’échange, Mac Lesggy nous raccompagne jusqu’à la porte de l’ascenseur. Il l’empêche plusieurs fois de se fermer, pour continuer la conversation. Avant de nous demander si Vert est «un journal militant», remettant en cause la qualité des interlocuteur·ices interrogé·es dans notre article : «Vous n’avez pas interviewé ce climatologue car vous vous êtes dit : “Lui, il a déjà fait une émission avec Mac, donc c’est pas intéressant”, insinue-t-il. Je vous taquine mais je n’aurais pas travaillé comme vous.» Texte intégral (2696 mots)

«Vous croyez vraiment que si j’étais un imposteur je serais toujours là ?»

«Tweet un peu irréfléchi»
«Il est temps que, sur les réseaux sociaux, je donne aussi mon avis»
Médianes
«Bétonner un parc, c’est non !» Sous cette banderole au slogan explicite, enseignant·es-chercheur·ses, étudiant·es, syndicalistes, associations écologistes et collectifs de riverain·es sont réuni·es ce jeudi sur l’esplanade minérale de la cour des Humanités du campus Condorcet, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Malgré la chaleur aussi écrasante qu’inhabituelle de cette fin de mois de mai, une quarantaine de personnes ont participé à cet «apéro mobilisé». Leur combat : préserver l’«îlot 4», une prairie arborée de plus d’un hectare, propriété de l’État, parmi les rares espaces verts du campus et même de toute la ville. Cet espace est aujourd’hui menacé par la construction du futur bâtiment de l’École des hautes études en sciences sociales et de la Fondation maison des sciences de l’Homme (EHESS-FMSH). En fond sonore, les chansons de lutte de l’album des 130 ans de la CGT résonnent dans de puissantes enceintes. Les militant·es interpellent étudiant·es et passant·es, profitant aussi d’un événement musical organisé à quelques mètres de là pour distribuer des tracts et faire connaître leur combat. Nicole Picard, membre du MNLE 93 (Mouvement national de lutte pour l’environnement) et «présente depuis les débuts de la lutte», juge la construction de ce nouveau bâtiment «absurde. À Aubervilliers, c’est le tout-béton. On n’en peut plus, et ça va à l’encontre des besoins écologiques», souffle-t-elle. Jean-Jacques, retraité engagé dans un collectif d’habitant·es, vit à quelques rues du campus, «côté Saint-Denis». Il se souvient de l’époque où le site universitaire est sorti de terre, en 2019 : «Les élus étaient contents parce que ça apportait du neuf. Aujourd’hui, on voudrait nous retirer un endroit qui constitue une rare respiration au milieu de tous ces bâtiments. Surtout avec la canicule qu’on connaît en ce moment…» Doctorantes en histoire, Louise et Lara estiment que la réduction de cet espace vert représenterait une perte dépassant le cadre des usager·es du campus, comme en témoigne la pétition contre le projet, qui a recueilli plus de 1 600 signatures. «On nous vend un campus ouvert et écologique, mais le campus Condorcet reste très aseptisé, avec peu d’espaces verts et de lieux de sociabilité, regrettent-elles. C’est ici qu’on mange le midi, qu’on prend un peu l’air, qu’on se retrouve. Mais c’est aussi un lieu fréquenté par les riverains qui viennent promener leur chien.» Ce nouveau bâtiment carré, organisé autour d’un «jardin des Humanités» central – que les opposant·es souhaitent voir ouvert à toutes et tous, contrairement à ce qui est actuellement prévu – doit permettre de regrouper l’ensemble des équipes et étudiant·es de l’EHESS, aujourd’hui dispersés sur plusieurs sites en Île-de-France, tout en accueillant la Fondation maison des sciences de l’Homme (FMSH). Alors que la maîtrise d’œuvre du futur bâtiment a récemment été attribuée à l’agence Encore Heureux architectes, la communication du campus met en avant un projet «exemplaire» sur le plan environnemental. En avril, l’administration conviait les opposant·es à deux réunions dites de concertation, tout en mettant en avant quelques ajustements : réduction de 300 m2 de l’emprise au sol, aménagement de l’«îlot 5» pour étendre le parc, sanctuarisation de 6 000 m2 de jardin… Autant de gestes que le collectif juge insuffisants. «Avant ces réunions, ils nous avaient ignorés pendant des années. Et elles se sont tenues sans qu’aucun document préparatoire ne nous soit transmis», déplore Julie Pagis, chercheuse au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et coordinatrice de l’intersyndicale. «Même si on se félicite de certaines avancées, ce ne sont que des paroles. Et on compte bien continuer à leur mettre la pression», appuie-t-elle. Pour les opposant·es, ces évolutions relèvent surtout de maigres concessions. Elles et ils défendent d’autres pistes, notamment la réhabilitation de bâtiments vacants à proximité comme l’ancien site du comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris-2024, finalement attribué depuis au conseil départemental ; ou le Boost, un imposant édifice de 17 750 m2 –«exactement les besoins du nouveau bâtiment» –, toujours inoccupé. «On a demandé des études sur le coût de la réhabilitation, mais rien n’a été fait», regrette Julie Pagis. De son côté, l’administration du campus défend auprès de Vert une autre logique : «L’État a considéré que la transformation de ce type de bâtiment tertiaire en bâtiment d’enseignement recevant du public, notamment des étudiants, ne répond pas aux besoins spécifiques d’un établissement universitaire.» Selon une étude de l’Institut Paris région, le taux de vacance des bureaux à l’échelle de Plaine Commune (l’intercommunalité dont fait partie Aubervilliers) atteint près de 30%. Un record en Île-de-France. À l’échelle du Grand Paris, 6,5 millions de m2 de bureaux restent vacants. «Ils construisent plutôt que de requalifier l’existant», défend un directeur de laboratoire mobilisé (qui a souhaité rester anonyme), estimant que «la pleine terre mérite d’être défendue face à la crise environnementale». Un enjeu d’autant plus sensible qu’à Aubervilliers, les espaces verts ne représentent qu’1,42 m2 par habitant·e. L’un des plus faibles taux du pays, quand l’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise 10 m2 de parcs et jardins par personne. Paul Sorrentino, syndiqué à la CGT-EHESS, rappelle que l’EHESS a besoin d’un espace plus grand «qui permettrait notamment à toute l’administration centrale de ne pas travailler dans des conditions délétères», à des kilomètres de là. Mais il se dit insatisfait du projet actuel : «Nous avons un réel besoin, mais nous prenons acte du fait que notre demande de requalifier un des bâtiments vides alentour n’a pas été entendue. Il faut désormais nous assurer que ce bâtiment tienne la promesse d’un campus « vert et ouvert » qui nous a été faite, et maintenir la pression.» En filigrane, la bataille du campus pour la «construction à tout prix» semble cacher des ambitions plus grandes : faire du campus Condorcet une sorte de Paris-Saclay (une université au sud de Paris) des sciences humaines, un grand pôle universitaire rassemblant les plus prestigieuses institutions (EHESS, École nationale des chartes…). De quoi expliquer, sans doute, l’implication de l’État, pourtant peu enclin à investir dans la recherche, dans le financement du projet. Déjà propriétaire du terrain, le ministère de l’Éducation nationale en payera la construction, à hauteur de 125 millions d’euros. «On voit ce que ça a donné à Saclay, ironisent Louise et Lara. On bétonne tout.» Si la livraison du chantier est prévue pour 2030, avec des travaux qui commenceraient dès 2028, la volonté de concertation du campus apparaît tardive. Le permis de construire devrait être déposé durant l’été et, une fois cette étape franchie, le projet deviendrait difficilement réversible. Les opposant·es gardent néanmoins espoir, notamment grâce à l’appui de plusieurs élu·es. «Tous ceux qui nous ont soutenus sont aujourd’hui aux manettes. Et la municipalité a la volonté de faire du vert», souligne Julie Pagis. En mars 2026, Sofienne Karroumi, issu d’une coalition de la gauche, a pris la suite de l’ancienne maire Union des démocrates et indépendants (UDI), Karine Franclet. Thomas Vigot, élu socialiste, et Lucas Golon, élu Les Écologistes, tous deux membres de la majorité municipale, assurent que le sujet reste «une des priorités du conseil» et se disent favorables à la préservation de la parcelle. Mais ils reconnaissent une marge de manœuvre limitée, héritée des choix de la précédente majorité, favorable au projet : «Malheureusement, la question du permis de construire est entre les mains de la préfecture.» Du côté de Plaine Commune, Bally Bagayoko (maire La France insoumise de la ville voisine de Saint-Denis) a été élu à la présidence en avril. Il avait déjà exprimé son soutien à la mobilisation pour un «campus vert et ouvert» par le passé. Des leviers pourraient donc encore être activés, notamment autour du PLUi (le Plan local d’urbanisme intercommunal). Bastien Lachaud, député insoumis et élu au bureau de Plaine Commune, décrypte la situation : «J’ai saisi Bally Bagayoko afin qu’on voie comment agir sur le PLUi avant le dépôt du permis de construire. Cela pourrait le défaire, même si le gouvernement pourrait toujours passer outre en déclarant le projet d’utilité publique.» Le dernier PLUi a déjà été révisé en décembre dernier et le changement pourrait prendre des mois. Texte intégral (1975 mots)


Un projet à contre-courant des besoins de son époque ?

L’urgence et les minces espoirs

Médianes
Depuis le 21 mai, la France traverse «un épisode de chaleur inédit, historique, exceptionnel», selon les termes employés jeudi par Météo-France. Alors que les records de températures s’enchaînent depuis plus d’une semaine, la plupart des Français·es endurent cette épreuve comme elles et ils peuvent, sans protocole ni consignes claires (voir plus bas). «Le gouvernement est aux abonnés absents», constate Yamina Saheb, chercheuse et co-autrice des rapports du Giec (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), qui a attendu, en vain, «des annonces à la hauteur de l’enjeu». «Alors que la population attend des réponses, le premier ministre annonce une réunion interministérielle… au bout de sept jours !», s’agace Robin Ehl, spécialiste du changement climatique et de l’adaptation chez Oxfam France. Organisée jeudi en fin d’après-midi, cette réunion fermée à la presse visait à faire «le point sur la préparation des services de l’État aux épisodes de forte chaleur», a simplement indiqué Matignon. Un plan de gestion des vagues de chaleur pourrait en ressortir, sans officialisation à ce stade. Alors que l’entourage de Sébastien Lecornu se félicite d’anticiper les prochaines crises, l’opposition hurle à l’attentisme : «Je suis effarée par le degré d’impréparation du gouvernement, déplore auprès de Vert la secrétaire nationale des Écologistes Marine Tondelier. La France meurt de chaud en mai, mais c’est comme s’il n’y avait pas de sujet. Et le peu de prises de parole sont déconnectées du réel.» En guise de communication, le gouvernement a envoyé quelques émissaires assurer que «tout est sous contrôle» et «qu’il n’y a pas de conséquences négatives», à l’instar de la ministre de la transition écologique, Monique Barbut, qui a rencontré la presse mercredi. Mardi, la ministre de la santé, Stéphanie Rist, se voulait encore plus optimiste, assurant en être «au stade de la prévention, de l’adaptation. On n’est pas dans l’urgence puisque, les vagues de chaleur, on les connaît.» «Les parents d’élèves et tous les travailleurs exposés voient bien l’urgence, eux…, rétorque Marine Tondelier. À ce niveau de déni, c’est presque du climatonégationnisme !» «On comptera le nombre de morts à la fin», abonde la chercheuse Yamina Saheb, qui rappelle que l’impréparation aux vagues de chaleur fait plusieurs milliers de mort·es chaque année en France. Dès mardi, France info rapportait que, «dans les zones classées vigilance orange canicule, les appels au Samu sont en très forte hausse et les hôpitaux commencent à être en tension». Pour Robin Ehl, «le système de santé est en état d’urgence climatique et la ministre de la santé devrait être au courant». Il se dit «choqué par sa méconnaissance totale des alertes des médecins et des scientifiques et son indifférence à l’égard des personnes en danger». Tandis que la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, en appelait mardi «à la vigilance individuelle de chacun, qui est extrêmement importante dans ce genre de moment», les syndicats de l’agence Santé publique France alertaient jeudi sur le fait qu’«une partie du dispositif de prévention canicule n’a pas pu être déployée […] La raison : le gouvernement verrouille depuis plusieurs mois les actions de communication de Santé publique France.» Fin janvier, l’exécutif a annoncé vouloir confier la gestion des «grandes campagnes de communication» au ministère de la santé. Une décision perçue par certain·es comme une tentative de démantèlement. Depuis, «la diffusion des campagnes de prévention de Santé publique France est bloquée par le service d’information du gouvernement», regrettent les syndicats. Sans dispositif de prévention, professeur·es et élèves ont en revanche été exposé·es à des consignes dangereuses, émanant du ministère de l’éducation nationale, alertait le collectif Demain 50°C, mardi. «Parmi les règles transmises : “faire en sorte qu’ils [les enfants] puissent aller dans la cour quand leur classe est trop chaude” [Or], en pleine canicule, le bitume peut dépasser les 50°C. Et parce qu’ils sont plus petits, plus proches du sol, les enfants de maternelle respirent un air 10 à 15°C plus chaud que celui d’un adulte», a averti le collectif dans un post sur Linkedin. Pour Robin Ehl, d’Oxfam France, cet énième faux pas du gouvernement illustre «son complet décalage par rapport à ce qu’endurent actuellement les enfants», prisonnier·es d’infrastructures scolaires inadaptées. Il regrette également que les personnes précaires, qui occupent davantage de logements mal isolés – passoires en hiver, bouilloires en été – et sont plus sujettes aux maladies chroniques, soient les grandes oubliées du discours gouvernemental. À ce propos, une anecdote révélatrice a estomaqué plusieurs journalistes mercredi. Alors que Monique Barbut était interrogée sur les bouilloires thermiques lors d’une rencontre avec la presse sur le thème de la canicule, un conseiller a coupé court à la conversation, indiquant que «ce n’était pas le sujet de la conférence de presse». «Parler des bouilloires thermiques aujourd’hui, vous trouvez que ce n’est pas le sujet ?», ont rétorqué plusieurs journalistes éberlué·es. Le gouvernement a annoncé, le 23 avril dernier, qu’il réautorisait la location des logements classés F et G au diagnostic de performance énergétique-DPE (interdite depuis 2025 pour les logements classés G) à condition que les propriétaires s’engagent à réaliser des travaux sous trois ans pour les maisons individuelles, et sous cinq ans pour les copropriétés. «On a pas reculé pour reculer. On a reculé en disant que si on acceptait de les remettre sur le marché, c’était à condition», s’est défendue la ministre Monique Barbut. Pour Robin Ehl, c’est une «nouvelle fragilisation de la réponse à la démultiplication des risques climatiques». Il rappelle qu’en 2022, une étude du ministère de la transition écologique estimait que «la rénovation de l’ensemble des passoires énergétiques permettrait d’éviter des coûts de santé de près de 10 milliards d’euros par an». Texte intégral (1434 mots)

Sept jours… pour une réunion
«Il n’y a pas d’urgence…»
Consignes dangereuses et campagne de prévention bloquée
«Les bouilloires thermiques, ce n’est pas le sujet»
🌱 Bon Pote
Actu-Environnement
Amis de la Terre
Aspas
Biodiversité-sous-nos-pieds
🌱 Bloom
Canopée
Décroissance (la)
Deep Green Resistance
Déroute des routes
Faîte et Racines
🌱 Printemps des Luttes Locales
F.N.E (AURA)
Greenpeace Fr
JNE
La Relève et la Peste
La Terre
Le Lierre
Le Sauvage
Low-Tech Mag.
Motus & Langue pendue
Mountain Wilderness
Negawatt
🌱 Observatoire de l'Anthropocène