Esteban Grépinet
C’est une grande première dans le monde de la pêche. La ministre de la mer, Catherine Chabaud, a annoncé ce jeudi engager une procédure pour exclure les navires de plus de 25 mètres de la bande côtière (les eaux territoriales, qui correspondent aux 22 premiers kilomètres depuis la côte), dans l’est de la Manche, du mont Saint-Michel à la frontière belge. Dans le détail, la France engage une consultation de deux mois auprès de la Commission européenne et des États membres de l’Union européenne concernés – comme le prévoit le droit européen. Selon les retours apportés par ces derniers, l’entrée en vigueur de cette mesure d’interdiction est prévue pour «début 2027», selon l’entourage de la ministre. L’exclusion des bateaux de pêche de plus de 25 mètres de la bande côtière est une demande récurrente de la profession. Début septembre, la commission Manche-mer du Nord du Comité national des pêches – l’organisme représentatif du secteur – avait voté par dix voix contre six (et cinq abstentions) en faveur de cette mesure. «Il y a une unanimité totale contre la présence de ces bateaux», expliquait à Vert Dimitri Rogoff, président du Comité régional des pêches (CRPMEM) de Normandie. Pour le monde de la pêche comme pour les associations de défense de l’environnement, l’exclusion des plus gros chalutiers de la bande côtière soulagerait les ressources tout en préservant la pêche artisanale. Dans les Hauts-de-France, ces grands navires représentaient près de la moitié du total des captures remontées dans les eaux territoriales entre 2022 et 2024, d’après une étude conduite par l’Institut agro. Une exclusion de la bande côtière aurait «a priori un impact économique faible sur ces flottilles industrielles», concluaient notamment les auteur·es. «C’est une immense victoire pour la pêche artisanale, salue Fabien Randrianarisoa, chargé de campagnes Pêches industrielles pour l’association de défense des océans Bloom. Cette décision aurait pu arriver plus tôt pour éviter que les petits pêcheurs ne subissent encore la concurrence des navires industriels cet hiver, mais c’est un message fort que la France envoie au reste de l’Union européenne.» L’ONG espère désormais que cette décision pionnière s’étendra à l’avenir sur l’ensemble du littoral français, notamment en Nouvelle-Aquitaine, et qu’elle inspirera d’autres pays. Les navires de plus de 25 mètres visés par cette exclusion de la bande côtière dans la Manche-Est sont principalement sous pavillon néerlandais et belge. Quatre à cinq bateaux français sont également concernés. Texte intégral (657 mots)

«Il y a une unanimité totale contre la présence de ces bateaux»
Mathilde Picard
«Nous sommes absolument scandalisés par cette façon si partiale de faire de l’information», s’indigne George Pinol, délégué syndical central du SNJ-CGT France Télévisions. Dimanche, au journal de 20 heures de France 2, une séquence de presque douze minutes, sans commentaire, a montré à l’écran un enchaînement de scènes violentes des manifestations du 17 octobre. Ce cadrage qui se focalise sur les incendies, scènes de pillages et dégradations a éclipsé les manifestations pacifiques et joyeuses, les occupations de ronds-points ou opérations escargot. Pourtant, plus de 1 000 mobilisations avaient rassemblé entre 550 000 et 800 000 personnes dans toute la France ce jour-là, pour lutter contre la vie chère et exiger davantage de justice sociale. Le syndicat CFDT du groupe France Télévisions a calculé que sur les 48 minutes d’émission spéciale dimanche (hors allocution présidentielle), moins de deux avaient été consacrées aux revendications des manifestant·es. Le président de la Société des journalistes (SDJ) de France Télévisions, Valéry Lerouge, explique à Vert que ce journal déséquilibré est le fruit d’«un enchaînement de fausses bonnes idées et d’une erreur d’appréciation, sans intention de montrer seulement de la casse gratuite. Le résultat est catastrophique, mais il n’y a pas de volonté politique derrière.» Alors qu’un entretien avec la chanteuse Angèle était prévu en seconde partie d’émission, la direction de l’information a décidé de le déprogrammer pour proposer un sujet davantage lié à l’actualité sociale du week-end. Le résultat : des images brutes, sans commentaire ni mise en contexte, montées en quelques heures seulement. «Espérer un sujet de douze minutes de qualité, monté en quatre heures, c’est mission impossible», souligne Valéry Lerouge. Alors que nombre de télespectateur·ices ont écrit au médiateur de France Télévisions, Philippe Corbé, le directeur de la rédaction, reconnaît que «nous aurions dû être plus précis dans le montage, la contextualisation et le commentaire pour qu’il n’y ait pas de confusion». Pour le syndicat SNJ-CGT du groupe, il ne s’agit pas d’un accident mais d’«une propagande» pour l’exécutif. Selon son communiqué publié mardi, le cadrage du journal a donné à voir «un mouvement social d’ampleur nationale réduit à un message de haine». L’organisation syndicale a même demandé la démission de l’équipe du journal de 20 heures. Selon le reporter d’images George Pinol, il y a eu «une dérive éditoriale qui met l’accent sur les violences plutôt que sur les revendications et l’ampleur de la mobilisation pacifique». «J’ai un peu honte de ce qu’on a mis à l’antenne, en tant que défenseur de l’audiovisuel public, car j’étais sur le terrain et, à l’écran, je n’ai pas vu de mention de la blessure très grave d’une manifestante dont la main a été arrachée, ni des jeunes qui chantaient», pointe le journaliste. Ce malaise au sein de la rédaction de France Télévisions n’est pas nouveau, même si le journal de dimanche a été son catalyseur. Le délégué syndical SNJ, Antoine Chuzeville, rappelle que «cela fait presque un mois que la couverture médiatique du mouvement lycéen illustre une fascination pour les images de violence, alors que notre travail consiste à décrypter ces évènements et à les mettre en perspective ; dimanche, c’est devenu trop visible.» Selon lui, rien ne sert de blâmer l’équipe qui a réalisé le reportage de douze minutes, ce serait plutôt l’occasion de créer une réflexion sur la hiérarchisation des informations sur les chaînes. «Nous manquons de débats collectifs sur l’éditorial, détaille-t-il. Il y a une forme de dépolitisation du journalisme, alors que ces évènements sont incompréhensibles sans être reliés aux motivations politiques qu’il y a derrière.» Selon l’observatoire des médias Acrimed, 75% du temps d’antenne de France 2 a été dédié aux dégradations lors des journaux télévisés du 28 septembre au 1er octobre, en plein mouvement lycéen. Au-delà du 17 octobre, «la couverture [des mobilisations sociales] nous pose question, confirme Valéry Lerouge. Nous avons rencontré la direction mercredi dernier pour déplorer le démarrage tardif du traitement des revendications sociales, et le fait qu’on parlait trop de casses. On a noté un début de rééquilibrage sur la fin de la semaine dernière.» Ce mercredi après-midi, la SDJ a organisé une réunion pour faire le point sur la situation. France Télévisions n’est pas le seul média dont les choix éditoriaux dans la couverture des mobilisations dérangent. Dès le 3 octobre, la SDJ du Parisien soulignait dans un communiqué transmis en interne «le manque d’analyse factuelle» dans les angles choisis et «la lecture idéologique des faits» dans un éditorial du vendredi 2 octobre dernier. Plusieurs journalistes qui ont couvert la manifestation du 17 octobre pour des chaînes d’information en continu ou pour la presse nationale déplorent aussi les cadrages de leur direction. Arielle (le prénom a été modifié) travaille dans un quotidien et regrette que ses propositions de sujets visant à questionner le maintien de l’ordre aient été refusées. «Jusqu’au dernier moment, mes chefs ont sous-estimé l’ampleur de la mobilisation, abonde-t-elle. J’ai été sidérée par l’ampleur de leur déconnexion avec le terrain. Ensuite, ils ont préféré faire un angle sur les émeutiers, en interrogeant des interlocuteurs controversés.» Sacha (il a souhaité rester anonyme), quant à lui, est reporter d’images pour une chaîne d’information en continu et a été mobilisé samedi dernier. «J’aurais bien aimé filmer les cortèges de manifestants et les interroger sur leurs revendications, plutôt que de montrer seulement les voitures brûlées, car je sais que ce sont ces images qui seront commentées en boucle toute la journée», confie-t-il à Vert. Dans les écoles de journalisme aussi, le traitement des mobilisations, depuis le début du mouvement lycéen, choque nombre d’étudiant·es. À l’initiative des élèves de l’École des hautes études en sciences de l’information et de la communication (Celsa), 780 jeunes de quinze établissements différents ont signé une tribune parue dans L’Humanité, la veille du 17 octobre. «Nous allons être amenés à évoluer dans un paysage médiatique détérioré, déplore Orso, l’un des cosignataires. Nous allons intégrer un jour ou l’autre ces rédactions et refusons de couvrir des mouvements sociaux avec ce manque de déontologie.» Parmi les reproches des étudiant·es visant cette couverture médiatique : le peu de place accordée aux revendications lycéennes, l’invisibilisation des violences policières, les lignes éditoriales sensationnalistes ou encore le déséquilibre politique parmi les commentateur·ices des évènements. Lundi, les Gilets jaunes à l’origine des mobilisations ont annoncé un «acte II» pour ce samedi 24 octobre. Un évènement dont la couverture médiatique sera scrutée par toute la profession. Texte intégral (1664 mots)

La direction de France Télévisions admet des erreurs
«Il y a une forme de dépolitisation du journalisme»

Un cadrage médiatique contesté dans de nombreuses rédactions
Les étudiants en journalisme interpellent leurs aînés
Louise Deshautels
Après la mobilisation du 17 octobre, les images de pillages et de destructions matérielles ont tourné en boucle à la télévision, éclipsant les revendications lycéennes. La réponse gouvernementale s’est voulue sécuritaire, avec des centaines de personnes interpellées et des couvre-feux ciblés dans plusieurs villes : Paris, Marseille, Lyon, Bordeaux et Nice. Une situation qui rappelle certaines mobilisations emblématiques, retrace l’historienne spécialiste des mouvements sociaux et des révolutions, Ludivine Bantigny. Dans cet entretien à Vert, elle revient sur l’utilisation de la violence comme outil de contestation et de revendication. De nombreuses pancartes revendiquent l’héritage de Mai 68, avec une génération qui écrit : «On te remet 68». Les points de comparaison entre les deux mouvements sont nombreux. En 1968, la mobilisation avait aussi commencé par une jeunesse scolarisée qui voulait étudier autrement, qui revendiquait des conditions non seulement matérielles mais également plus de dignité. Puis il y avait eu une répression policière. Des jeunes matraqués par la police et que l’on avait vus ensuite à la Une de certains magazines, le visage maculé de sang. Après ça, une solidarité s’était manifestée avec le monde du travail. Des organisations syndicales avaient appelé à une grève générale de 24 heures. On peut aussi souligner la similarité de certaines revendications actuelles avec le mouvement lycéen et étudiant de 1986 contre la loi Devaquet, qui prévoyait notamment d’instaurer une sélection à l’entrée des universités. Avec, à ce moment-là aussi, l’idée de lutter contre les inégalités. Ou encore avec celui de 2006 contre le contrat de première embauche (CPE), qui avait aussi commencé dans la jeunesse scolarisée pour s’étendre au monde salarié. Dans toutes ces grandes mobilisations, les étudiants et étudiantes ont revendiqué l’auto-organisation, avec la volonté de ne pas se laisser déposséder du mouvement. C’est quelque chose que je relève beaucoup en ce moment, face au discours de certains médias et politiques qui vise à dire qu’il y aurait une manipulation, que les jeunes seraient complètement instrumentalisés. C’est très grave, parce que c’est une infantilisation, une sorte de mépris à l’égard de cette jeunesse. Comme si elle était incapable d’autonomie, d’intelligence et de liberté de penser. Les grandes grèves générales avec occupation, comme celles de 1936 ou 1968, n’étaient pas forcément accompagnées de dégradations matérielles. C’était plutôt l’inverse d’ailleurs, avec la volonté d’occuper les lieux de travail en faisant attention à ne rien abîmer, à bien préserver les machines. Mais la casse comme forme d’action contestataire n’est pas nouvelle. On l’a beaucoup vu pendant le mouvement des Gilets jaunes. Globalement, elle apparait à chaque moment de révolte urbaine : en 2005, après la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, décédés dans un transformateur électrique en essayant d’échapper à la police [à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, NDLR] ; ou lors de la mort de Nahel Merzouk à Nanterre [dans les Hauts-de-Seine]. «Il y a deux poids, deux mesures dans le regard que l’on porte aux violences.» Il est même possible de remonter bien plus loin. En 1947 et 1948, de grandes grèves ouvrières avaient éclaté chez les mineurs, les métallurgistes… Eux aussi utilisaient des moyens de dégradation matérielle et la confrontation avec les forces de l’ordre. À cette époque était même apparu le slogan «CRS SS». On venait juste de sortir de la guerre et les grévistes avaient l’impression que la répression gouvernementale dont ils faisaient l’objet était similaire à celle des SS qui venaient d’occuper le pays. Dès la fin du 19ème siècle, on parlait des briseurs de réverbères et de vitrines. Rien de ce que l’on voit aujourd’hui en termes de violence urbaine n’est totalement nouveau. La particularité, c’est que ces actes sont concentrés autour de jeunes issus surtout des quartiers populaires, qui souffrent de discrimination et considèrent qu’il y a une violence sociale, à laquelle ils répondent par une autre forme de brutalité. C’est toujours à double tranchant. En 1968, pendant la nuit du 10 au 11 mai, les étudiants et étudiantes ont décidé d’exclure les forces de l’ordre du Quartier latin, à Paris, avec l’érection de barricades. La répression qui s’en est suivie a engendré une mobilisation encore plus vaste, la grève généralisée, et finalement les occupations. «Certains sont choqués par les magasins dévalisés, d’autres affirment que la vraie violence est ailleurs.» Si le mouvement des Gilets jaunes a remporté un certain nombre d’acquis, notamment concernant la taxe instaurée sur les carburants, c’est aussi parce qu’il y avait un engagement extrême, qui pouvait passer par des attaques de magasins et des formes de résistance physique aux forces de l’ordre. Un autre exemple, c’est celui des suffragettes britanniques. Après plusieurs années de mobilisation pacifique, certaines avaient voulu passer à la vitesse supérieure et s’étaient attaquées au mobilier urbain en incendiant des monuments. Cela leur avait permis de conquérir l’égalité entre les femmes et les hommes sur le plan des droits civiques. Il y a deux poids, deux mesures dans le regard que l’on porte aux violences. Il suffit de comparer le mouvement lycéen et les actions de certains grévistes, lors de fermetures d’usines, ou même de certains agriculteurs. Ils brûlent des pneus, saccagent des bâtiments publics ou s’en prennent physiquement à des personnes. Cela a été le cas en 2015, lorsque des salariés d’Air France avaient arraché les chemises de deux cadres lors d’une manifestation à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, contre un projet de restructuration qui menaçait plusieurs milliers d’emplois. Ces prises à partie et actions directes divisent l’opinion, mais une partie les comprend. «C’est révoltant aux yeux de certains que l’on puisse être à ce point scandalisé par les violences matérielles, et pas sociales.» L’opinion publique n’est jamais unanime et, surtout, elle est en partie construite, notamment par les grands médias. Aujourd’hui, sur les réseaux sociaux, le débat est très divisé. Certains sont choqués par les magasins dévalisés, d’autres affirment que la vraie violence est ailleurs. Elle se trouve parmi les gens qui meurent dans la rue à cause de la pauvreté ; dans le fait que certains sont amenés à fouiller dans les poubelles, y compris des personnes qui ne sont pas sans abri mais qui n’arrivent plus à finir leur mois ; dans les féminicides et les violences sexistes et sexuelles, face auxquelles le pouvoir ne réagit pas avec la fermeté que beaucoup désirent ; dans la répression policière, qui fait que des personnes sont mutilées à vie. C’est révoltant aux yeux de certains que l’on puisse être à ce point scandalisé par les violences matérielles, et pas sociales. D’autres encore estiment que l’on a plus entendu parler des vitrines brisées dans Paris ou à Marseille que de Gaza sous les bombes. Texte intégral (1587 mots)

Cette révolte étudiante et sociale s’inscrit-elle dans la lignée des mouvements sociaux historiques en France ?

Quelle place prennent la violence et les dégradations matérielles dans l’histoire des mouvements contestataires ?
L’usage de la violence a-t-il un impact sur la réussite des mobilisations ?
Comment évolue, aux yeux de l’opinion publique, la légitimité de l’usage de la violence au sein des mouvements sociaux ?
Josué Toubin-Perre
Des tags critiquant TotalEnergies à l’intérieur et à l’extérieur des murs. Un immense dessin à la craie représentant Patrick Pouyanné, président-directeur général de la multinationale, en poulpe étendant ses tentacules et son pétrole sur l’université de Montpellier (Hérault). Quand on arrive à la faculté des sciences, occupée par des étudiant·es depuis le 6 octobre, on assiste à un mouvement de révolte sans précédent dans l’histoire de l’institution. La faculté des sciences de Montpellier n’a pas une réputation contestataire, contrairement à la faculté de lettres voisine. Mais depuis le 10 juin, c’est elle qui est en ébullition. La cause ? Un accord académique passé entre l’université de Montpellier et l’association TotalEnergies Professeurs associés. À travers cette dernière, TotalEnergies, première compagnie pétrolière française et cinquième mondiale, propose aux universités de mettre à disposition «gracieusement» des professeur·es, en échange de certains avantages. «Bienvenue dans notre espace d’autogestion», présente Ratus*, étudiante en troisième année de licence de biologie. Sur les trois étages du bâtiment 36 occupé, se sont construits en deux semaines une cantine solidaire, des dortoirs, des espaces de révision et de cours participatifs, un espace médical et un roulement bien ficelé pour le ménage. «Cette occupation n’est pas juste là pour faire joli, elle nous coûte aussi. Que l’université soit fermée m’empêche de faire un stage dans un laboratoire, obligatoire pour pouvoir passer en master. Mais on sait qu’on se bat pour des enjeux qui sont plus hauts que nous», souligne l’étudiante. «Vous imaginez vouloir travailler sur les questions écologiques et être diplômé d’une fac qui a un accord avec une telle entreprise, responsable de l’extraction de pétrole et de gaz mais aussi visée par des plaintes de “complicité de crimes de guerre” notamment pour ses actions au Mozambique ?», déplore Pierre*, étudiant en première année de licence Sciences de la vie, santé, environnement (SVSE). L’accord avec TotalEnergies a répandu l’essence de la contestation, mais ce sont les mobilisations lycéennes de septembre qui ont été l’allumette de l’occupation. «On a senti un mouvement national. D’un coup, on s’est retrouvé à 500 en assemblée générale. Et l’enjeu local de Total a soudé le mouvement», se souvient Pierre. Autre mouvement de contestation interne, mais cette fois du côté des laboratoires, quinze «correspondants transition écologique» (CTE) se sont mis en grève début septembre. Ce sont des personnes volontaires pour faire un lien entre les différentes composantes de l’université, un statut créé en 2024 par la faculté des sciences pour «ancrer les pratiques durables dans l’ensemble des structures de l’établissement». Elles et ils expliquent que «puisque cette convention remet en cause les missions, le sens et le rôle des CTE, nous nous mettons en grève de notre fonction […] tant que cette convention ne sera pas abrogée.» Nombre de chercheur·ses manifestent aussi publiquement leur désaccord. «Au-delà du symbole de l’entreprise, certaines contreparties sont inacceptables», juge Matthieu Romagny, mathématicien dans un institut de l’université et élu d’opposition au conseil de la faculté des sciences. Parmi les passages les plus décriés de la convention, dont nous avons pu consulter une copie, l’université de Montpellier décrit TotalEnergies comme un «acteur majeur de la transition énergétique». Pourtant, le 25 octobre 2025, le tribunal administratif de Paris a condamné la firme pour «pratiques commerciales trompeuses», en particulier pour s’être présentée en ces termes sur son site internet. En échange de 62,5 heures d’équivalent travaux dirigés (TD) assurées dans l’année par des professeur·es de TotalEnergies, le partenariat permet à ces employés de la multinationale de co-construire certaines unités d’enseignement (UE) du master Énergies et d’évaluer les élèves. Une autre clause a fait bondir nombre de scientifiques : «L’université de Montpellier s’engage à ne pas reproduire ni utiliser la marque et le logo qui pourraient porter préjudice à TotalEnergies.» «Pour moi, TotalEnergies utilise la même stratégie de marchands du doute que les industries du tabac, déplore Matthieu Romagny. Elles font mine de vouloir financer la recherche, elles mettent un pied dans les universités pour mieux contrôler ce qui est dit… mais elles ne veulent pas que ça se sache.» Pour le chercheur, ce n’est pas un hasard si la major pétrolière a visé l’université de Montpellier, très réputée pour ses travaux autour de l’écologie. En 2025, selon le classement de Shanghai, elle se classait première université française sur ces questions, et quatorzième mondiale. Dès juin, la pilule avait du mal à passer. La première version de la convention de partenariat avait failli être rejetée au conseil de la faculté des sciences. Lors de ce premier vote, elle avait récolté 14 voix pour et 14 contre, égalité parfaite. C’est donc le doyen de la faculté, Jean-Michel Marin, qui a tranché, en décidant d’accepter l’accord avec TotalEnergies. Mais la montée des contestations pourrait entrainer une annulation du partenariat. Selon des sources concordantes, lundi 19 octobre, Jean-Michel Marin a rencontré une délégation des étudiant·es occupant·es. Il leur a promis de soumettre au vote lors de la prochaine réunion du conseil de la faculté des sciences une nouvelle mouture du partenariat. Impossible de savoir toutes les modifications, mais selon ses propos rapportés, confirmés par plusieurs sources, la mention polémique de Total Energies comme «acteur majeur de la transition énergétique» n’y figurerait plus. Le conseil de la faculté des sciences se réunira le 4 novembre. Même si elle n’est pas encore à l’ordre du jour, c’est vraisemblablement à cette date que la nouvelle version de convention sera proposée. Si elle est rejetée par le conseil, l’ancienne sera de nouveau soumise au vote. Et si cette dernière est également refusée, alors le partenariat entre l’université de Montpellier et TotalEnergies sera sans doute annulé. Contacté par Vert, le doyen Jean-Michel Marin n’a pour l’heure pas répondu à nos sollicitations. Les étudiant·es occupant·es disent célébrer cette première victoire, «même si nous savons que c’est le moment où il ne faut rien lâcher», assume Ratus. L’occupation de la faculté des sciences de Montpellier a d’ailleurs été prolongée pour une semaine supplémentaire. «Personnellement, je suis assez confiant pour ce vote, et je pense que l’accord sera annulé, confie le mathématicien Matthieu Romagny. En juin, c’était déjà très serré et, depuis, nous avons eu le temps d’en parler entre collègues : il y a eu de nombreuses prises de parole qui ont éclairé certains aspects qu’un tel accord impose aux universités.» *Les prénoms ont été modifiés. Texte intégral (1626 mots)


Un campus sous tension

Des mouvements de contestation à tous les niveaux

Montpellier, université numéro 1 en écologie

Le doyen de la faculté promet un deuxième vote
Une première victoire
🌱 Bon Pote
Actu-Environnement
Amis de la Terre
Aspas
Biodiversité-sous-nos-pieds
🌱 Bloom
Canopée
Décroissance (la)
Deep Green Resistance
Déroute des routes
Faîte et Racines
🌱 Printemps des Luttes Locales
F.N.E (AURA)
Greenpeace Fr
Journalistes d'Investigation Ecologie Climat
Journalistes & Ecrivains Nature Ecologie
La Relève et la Peste
La Terre
Le Lierre
Le Sauvage
Low-Tech Mag.
Motus & Langue pendue
Mountain Wilderness
Negawatt
Observatoire des médias sur l Écologie
🌱 Observatoire de l'Anthropocène