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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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08.10.2026 à 06:00

«Une forêt sous-marine» : en Loire-Atlantique, il fait pousser des algues pour retrouver de la biodiversité… et ça marche !

Marie Roy

Texte intégral (1626 mots)
Jean-Claude Ménard, cofondateur de l’association Estuaires Loire Vilaine, a créé un outil pour mesurer la croissance des laminaires. © Marie Roy/Vert

En cette fin septembre, un Zodiac file sur la mer et s’arrête près de l’îlot des Evens, à environ trois kilomètres de la commune du Pouliguen, en Loire-Atlantique. Dans l’embarcation, Jean-Claude Ménard coupe le moteur et pointe du doigt : «Les laminaires sont juste là, à quelques mètres.» Ces grandes algues en forme de longs rubans bruns se trouvent souvent en bord de mer. Et si le conducteur du Zodiac connaît précisément leur localisation, c’est qu’il les a lui-même réintroduites à cet endroit.

Jean-Claude Ménard est le cofondateur de l’association Estuaires Loire Vilaine (ELV). Celle-ci mène un projet de restauration écologique qui vise à réintroduire des laminaires afin, à terme, de former une forêt sous-marine. Un programme en partenariat avec la station biologique de Roscoff (Finistère), un centre de recherche et de formation en biologie marine affilié au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et à l’université de la Sorbonne, à Paris.

Les forêts de laminaires couvrent environ 25% de la côte mondiale. Leur importance au matière de biodiversité est cruciale : «Elles vont constituer une forêt sous-marine qui a un rôle essentiel dans les zones côtières, puisqu’elle sert d’habitat pour plus de mille espèces animales : poissons, mollusques ou crustacés», décrit Philippe Potin, directeur de recherche au CNRS, spécialiste de la biologie marine et des algues, qui a suivi le projet à la station biologique de Roscoff. Il poursuit : «Elles font partie des écosystèmes les plus diversifiés de la planète.»

Elles ont aussi le pouvoir de capturer le carbone : «C’est assez considérable. Des collègues allemands ont évalué que la quantité de carbone stockée durablement par les algues au niveau mondial équivaut aux émissions de gaz à effet de serre de l’Allemagne», ajoute le chercheur.

90% de laminaires ont disparu entre 1995 et 2014

L’expérimentation menée au Pouliguen est l’aboutissement d’un constat établi des années plus tôt par Jean-Claude Ménard. À l’époque, l’homme est professeur en sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps) à l’université de Nantes (Loire-Atlantique). En parallèle, il pratique aussi la plongée et la chasse sous-marine, pour son loisir. «Avec des copains, on avait constaté que, quand il y avait des laminaires, il y avait beaucoup de vie, que ce soient des poissons ou des crustacés. Et que, là où il n’y en avait pas ou plus, il y en avait beaucoup moins.» Il commence alors à cartographier les fonds sous-marins du secteur, et se rend compte que le nombre de laminaires diminue dans la baie de La Baule.

Les laminaires, ces grandes algues en forme de longs rubans bruns, créent des forêts sous-marine. © Estuaires Loire Vilaine

En 2008, Jean-Claude Ménard et Éric Lauvray fondent l’association ELV pour mener un projet scientifique afin d’en déterminer les causes. «On a inventorié dix sites tous les ans à la même période entre la baie de Vilaine et l’estuaire de la Loire pour voir ce qu’il se passait, pour comprendre», précise l’ancien professeur.

Après quelques années d’étude, ils arrivent à ce chiffre : 90% des laminaires de la zone ont disparu entre 1995 et 2014. Selon leurs conclusions, les principales causes sont liées aux activités humaines. Notamment au rejet de polluants chimiques en mer ou au dragage des ports et du chenal de l’estuaire. Cette pratique permet de retirer les sédiments (vase, sable, gravier) accumulés naturellement afin de maintenir une profondeur suffisante pour garantir l’activité économique.

«Il fallait passer à la régénération»

L’association ELV ne s’est pas arrêtée là. «On dit qu’il faut préserver l’environnement, d’accord ! Mais comment le préserver quand 90% a disparu ? Je préserve ce qui reste ?», interroge Jean-Claude Ménard. Il poursuit, convaincu : «Ce n’était pas suffisant ; il fallait passer à la régénération.»

Alors, en 2023, ce nouveau projet démarre. En novembre, le désormais jeune retraité plonge dans la baie pour prélever une vingtaine de géniteurs laminaires. Il les emmène ensuite à la station biologique de Roscoff où les algues sont placées dans une écloserie pour que la reproduction ait lieu. Les Laminaria hyperborea, de leur nom scientifique, sont cultivées fixées à des galets et à des cordes. Puis, en août 2024, elles sont réintroduites en mer, près de l’îlot des Evens.

Depuis le Zodiac où Jean-Claude Ménard revêt une combinaison de plongée, il raconte : «Sous l’endroit où nous sommes, certains laminaires faisaient à peine trois ou quatre centimètres quand on les a installés. Puis, l’année d’après, on en était à une trentaine de centimètres et, aujourd’hui, elles en font environ 80.» Les algues se sont donc bien développées. Et, mieux que ça, elles se sont reproduites directement dans le milieu.

Jean-Claude Ménard, de l’association Estuaires Loire Vilaine, plonge en apnée pour vérifier que les laminaires vont bien. © Marie Roy/Vert

Le cofondateur d’ELV plonge pour aller contrôler le bon développement de la forêt sous-marine. Il y va «dès que les conditions météo le permettent». En ce mois de septembre, l’eau est particulièrement trouble, à cause de la forte présence de phytoplancton, ces organismes végétaux microscopiques qui vivent en suspension dans les milieux aquatiques. Mais ça ne l’empêche pas d’aller faire son tour d’horizon. Puis de remonter avec le sourire : tout va bien.

Certaines laminaires touchées par le réchauffement climatique

Néanmoins, les laminaires sont frappées par le réchauffement climatique. Cet été, ce sont notamment les spécimens de la mer d’Iroise, bordant les côtes du Finistère, qui ont souffert : «Des laminaires se sont découvertes à marée basse, exposées à des températures de 35°C. Résultat : il y a eu des nécroses», relate Jean-Claude Ménard.

Les goémoniers, ces pêcheur·ses spécialisé·es dans la récolte d’algues marines, ont tiré la sonnette d’alarme en juillet. «Il y en a beaucoup moins qu’avant ; des algues opportunistes envahissent les champs de laminaires. Les géomoniers ramènent maintenant un tiers d’autres algues et deux tiers de laminaires, alors que ce n’était pas le cas avant, explique Philippe Potin, qui met en cause les fréquentes tempêtes de l’hiver. Le réchauffement climatique multiplie ces épisodes de tempêtes, lesquelles arrachent des laminaires.»

Au Pouliguen, les algues n’ont pas été impactées par les températures marines élevées de l’été. «En 2025, elles ont aussi survécu à l’une des crues les plus importantes de ces dernières années», note Jean-Claude Ménard. Unique en France, l’expérience est donc plutôt encourageante et pourrait être répliquée ailleurs : «Si ça marche au Pouliguen, ça peut fonctionner dans pas mal d’autres endroits. On est déjà dans des conditions un peu perturbées, avec de la turbidité [des eaux troubles, NDLR], des eaux plus chaudes, de la contamination chimique et une problématique de surfréquentation touristique», appuie Thibaut de Bettignies. Ce dernier est référent en écologie benthique (relative aux fonds des milieux aquatiques) à PatriNat, une unité d’appui et de recherche rattachée au Muséum national d’histoire naturelle et à l’Office français de la biodiversité.

Et, depuis quelques jours, le cofondateur d’ELV a le sourire accroché aux lèvres. Le fonds de dotation d’Océanopolis va apporter un soutien financier à l’association pour trois ans. Cela permettra au projet de continuer et de lancer trois nouveaux sites de régénération. Tous seront situés entre Le Croisic et Le Pouliguen.

En attrapant le volant du Zodiac pour rentrer au port, Jean-Claude Ménard réaffirme son mantra : «La solution aux problèmes climatiques viendra de la mer.»

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07.10.2026 à 11:46

Marine Le Pen présente le «contre-budget» du RN pour 2027, une attaque contre les renouvelables et les agences environnementales

Théo Mouraby

Texte intégral (1853 mots)
Marine Le Pen sur les bancs de l’Assemblée nationale, en juin 2025. © Bastien Ohier/Hans Lucas via AFP

Jean-Philippe Tanguy, député de la Somme et «monsieur à tout faire» au Rassemblement national (RN), l’assurait encore au micro de France Inter cet été, en pleine canicule : la lutte contre le réchauffement climatique est «au-dessus» de la pile «de notre politique». Pourtant, le «contre-budget» du RN, dévoilé mardi, prévoit des économies à rebours de la transition écologique.

Vert lui a de nouveau posé la question : «Comment justifiez-vous de supprimer des agences publiques environnementales ou les subventions aux énergies renouvelables ?» Il a répondu du tac au tac : «Parce qu’aucune des mesures que vous venez de citer n’a servi à quelque chose pour l’écologie.»

Pour la troisième année consécutive, le RN a présenté un «contre-budget» en réponse à celui du gouvernement. Marine Le Pen promet «140 milliards d’euros d’économies» sur les cinq prochaines années, en majorité sur les aides accordées aux étranger·es, la sécurité sociale ou en baissant la contribution de la France à l’Union européenne.

Mardi, la cheffe de file d’extrême droite a aussi parlé de climat : «Je ne laisserais pas l’écologie aux forces politiques climato-hypocrites, qui ont beaucoup promis mais n’ont rien fait pour répondre à l’immensité des enjeux», a-t-elle asséné, désignant surtout le président de la République, Emmanuel Macron.

Elle a annoncé la publication prochaine d’«un nouveau programme écologique très ambitieux […] permettant d’atteindre la neutralité carbone avant 2050 et de respecter les Accords de Paris pour le climat». Toutefois, comme a insisté son dauphin, Jordan Bardella – toujours promis au poste de premier ministre malgré les révélations de Mediapart sur ses écrits antisémites : un contre-budget, «c’est le moment où les discours se confrontent aux chiffres». Ainsi, comme en 2025 et 2024, le RN prévoit de nouveau des coupes sur le dos de l’écologie.

☀ Supprimer les subventions des énergies renouvelables

Rangées dans la catégorie des dépenses inutiles : les énergies renouvelables – ou plutôt «énergies intermittentes», comme les qualifient les frontistes, qui mettent en doute la fiabilité du solaire et de l’éolien. Auprès de Vert, Jean-Philippe Tanguy, l’un des architectes de ce «contre-budget», confirme que le parti souhaite supprimer les subventions à ces énergies. Il espère récupérer ainsi plus de 5 milliards d’euros dès la première année.

Le RN veut aussi faire adopter un moratoire pour suspendre tous les nouveaux projets. Et ses député·es ont déposé plusieurs amendements pour surtaxer les parcs éoliens en mer ou terrestres. C’est ce qu’a repéré le lobbyiste écolo Jordan Allouche, qui a épluché les propositions du RN en vue des débats budgétaires.

«On n’en a pas besoin», répète Andrea Kotarac, porte-parole de la campagne de Marine Le Pen et artisan du livret programmatique du RN dédié à l’écologie. À la place, le parti veut remplacer l’énergie solaire et éolienne par davantage de nucléaire, d’hydroélectricité ou de géothermie. «On peut augmenter la capacité des centrales», assure-t-il à Vert.

Jean-Philippe Tanguy, Jordan Bardella et Marine Le Pen, mardi, lors de la présentation de leur «contre-budget» au siège du Rassemblement national. © Théo Mouraby/Vert

Une stratégie qui «ne tient pas», selon Alexandre Joly, responsable du pôle énergie de Carbone 4, cabinet de conseil sur les enjeux de souveraineté énergétique. «Pour remplacer les énergies fossiles et être souverain sur le plan énergétique, il faut augmenter la consommation d’électricité, et donc sa production, explique-t-il. Or, d’ici les 15-20 prochaines années, il n’y aura pas d’autres solutions que les énergies renouvelables, car il n’y aura pas de nouvel EPR [réacteur nucléaire à eau pressurisée de troisième génération, NDLR] en fonctionnement avant au mieux 2038.»

Pour lui, sans l’éolien et le solaire, le RN mise sur les énergies fossiles : «Si on n’a pas assez d’électricité dans dix ans, cela voudra dire que l’on devra garder nos chaudières à gaz et nos voitures thermiques, ou importer l’électricité carbonée de nos voisins.» Matthias Renault, député lepéniste de la Somme, a d’ailleurs déposé un amendement pour supprimer la redevance à l’État que payent les exploitants de gisement de pétrole et de gaz.

🪵 La chasse aux agences publiques environnementales…

Marine Le Pen a annoncé «la fin de la quasi-totalité des agences et autres organismes parasites». Le sujet n’est pas nouveau : comme en 2024, le RN prévoit 3,4 milliards d’économies sur les opérateurs de l’État. Sont particulièrement visées les agences publiques environnementales comme l’Office français de la biodiversité (OFB), l’Agence de sécurité sanitaire (Anses), l’Agence de l’eau ou l’Agence de la transition écologique (Ademe).

«Dans une France qui n’a pas les moyens, il faut faire la distinction entre ces gros machins qui coûtent de l’argent et les fonctions qu’ils assument», expliquait à Vert il y a quelques mois Laurent Jacobelli, porte-parole du parti, qui souhaite réattribuer leurs missions au gouvernement. Ces entités ont pourtant un rôle crucial à jouer pour la biodiversité, la réduction des pesticides ou encore le financement des projets favorables à la transition écologique.

«N’étant pas au pouvoir, le RN peut raconter n’importe quoi, avait déjà réagi cet été auprès de Vert Agnès Pannier-Runacher, ex-ministre de la transition écologique et aujourd’hui co-responsable du programme présidentiel de Gabriel Attal (Renaissance). Tous les objets du ministère de l’écologie sont, par principe, attaqués par le Rassemblement national. Et avec tout ça, ils affirment faire des économies, sauf que cela va surtout faire exploser la facture des Français.»

🪧… et aux associations écologistes

Autre piste d’économies : la fin des subventions aux associations que le parti d’extrême droite juge «ne relevant pas de l’intérêt général». Gain espéré : 3,7 milliards d’euros à partir de 2028. Questionnée l’an dernier sur cette notion floue, Marine Le Pen avait visé les associations d’aide aux personnes exilé·es, avant de botter en touche : «Vous aurez la liste complète quand nous serons élus.» Un député, en privé, avait confirmé que la liste comprenait «pas mal d’associations environnementales».

Dans la quarantaine d’amendements déposés par le RN la semaine dernière et épluchés par Jordan Allouche, l’un d’eux vise à interdire aux associations subventionnées de combattre un parti, un·e élu·e ou un·e candidat·e. En somme, de s’opposer au RN.

🌱 Des mesures écologiques dans le contre-budget du RN ?

Nouveauté cette année : des dispositifs existants, que le RN voulait supprimer dans les «contre-budgets» précédents, sont désormais remaniés dans le «contre-budget» 2027.

Le Fonds vert pour la transition écologique est transformé en un fonds pour lutter contre les risques climatiques, et augmenté de 100 millions d’euros.

Le dispositif MaPrimeRénov, qui permet d’obtenir une subvention pour mieux isoler son logement, est arrêté pour être intégré à un plan «100% rénov’» visant à l’isolation et à la climatisation.

Le RN ne propose plus non plus de supprimer le malus automobile, cette taxe sur l’achat des véhicules les plus polluants, mais de le faire évoluer «pour qu’il sanctionne les voitures produites dans des conditions polluantes et favorise les voitures fabriquées en France».

Dernière surprise. Cette année, Marine Le Pen porte une mesure pour «renforcer le respect des Accords de Paris pour le climat». Elle souhaite faire payer les pays membres de l’Union européenne qui pollueraient trop en instaurant une taxe «calculée sur l’intensité carbone de leur économie».

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07.10.2026 à 11:21

Niches fiscales pour l’aérien, hausse du Fonds vert… Ce que prévoit (ou pas) le projet de budget 2027 pour l’écologie

Anne-Claire Poirier

Texte intégral (2134 mots)
Le projet de budget pour 2027, élaboré par le gouvernement de Sébastien Lecornu, est le plus amer depuis longtemps. © Ian Langsdon/AFP

Avec ses 17 milliards d’euros d’impôts en plus et 26 milliards de dépenses en moins, c’est un projet de budget plus impopulaire que jamais qui entame son marathon au Parlement, ce mercredi. C’est peu dire que les débats s’annoncent longs et houleux jusqu’au 17  décembre, date limite pour trouver un accord.

À tel point que c’est la copie présentée par le gouvernement qui risque, in fine, d’être mise en application telle quelle, par le biais d’ordonnances. En effet, course à la présidentielle oblige, aucun parti n’a l’intention de faire de compromis cette année, réduisant à néant les chances de voir une autre version du texte adoptée.

La proposition du gouvernement est vertement critiquée, notamment pour la diète qu’elle prévoit d’imposer aux familles (gel des APL et des prestations familiales), aux fonctionnaires (gel du point d’indice), aux retraité·es (gel des retraites à partir de 1 260 euros par mois), aux malades (baisse des montants remboursés par la sécurité sociale) ou encore aux étranger·es (délai d’un an en France avant d’accéder à certaines prestations sociales)… alors que rien n’est prévu pour mettre les plus hauts revenus à contribution. Dans ce contexte, la stabilité des moyens annoncés pour l’écologie pourrait passer pour une victoire. Qu’en est-il vraiment ?

🎰 Des moyens «globalement stables»…

En 2027, les moyens alloués à l’écologie (environ 25 milliards d’euros) resteront «globalement stables par rapport à 2026, ce qui représente un effort notable au regard de la situation budgétaire que connaît notre pays», s’est félicitée la ministre de la transition écologique, Monique Barbut. En 2023, le rapport Pisani-Mahfouz commandé par Matignon préconisait une hausse drastique des dépenses publiques en faveur du climat (entre 25 et 34 milliards d’euros de plus par an d’ici à 2030).

🪫 …mais (encore) des emplois en moins

Après avoir régulièrement alerté en 2026 contre les baisses récurrentes de moyens et d’autonomie, les salarié·es des agences publiques dédiées à la transition écologique n’ont manifestement pas été entendu·es. L’Agence de la transition écologique (Ademe), le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema), l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN), l’Office français de la biodiversité (OFB) ou encore les parcs nationaux perdront quelque 160 emplois (équivalents temps plein) supplémentaires en 2027, sur environ 10 000.

🔪 -30% sur le budget de l’Ademe

Après avoir échappé de justesse à une réforme controversée en 2026, l’Ademe (principal opérateur de la «transition écologique») n’esquive pas une nouvelle baisse de son budget d’intervention. Après être passé de 1,3 milliard en 2024 à 1 milliard en 2026, le voilà raboté de 30% supplémentaires en 2027 (page 265). Les 350 millions d’euros de baisse sont dus principalement à l’amputation du fonds chaleur, qui subventionne la production de chaleur et de froid renouvelable, dans un secteur encore majoritairement perfusé aux énergies fossiles (gaz, fioul, charbon).

🏚 -15% sur MaPrimeRenov’

Comme en 2026, l’enveloppe consacrée à la rénovation énergétique se réduit de nouveau de 15% (en crédits de paiement), pour atteindre 1,2 milliard d’euros. Cette diminution est notamment liée au dernier «recentrage» des aides, annoncé en septembre, avec la fin des subventions pour certains «gestes» : travaux d’isolation thermique, installation d’équipements de chauffage fonctionnant au bois, à la biomasse ou à l’énergie solaire.

🌳 Après les incendies, des moyens en plus pour la forêt

En réponse aux incendies records de cet été, le programme «forêt», en charge notamment du reboisement des forêts incendiées, hérite de 36 millions d’euros supplémentaires (pour atteindre 417 millions, page 345). Les moyens financiers de la sécurité civile augmentent, eux, de 25%, passant de 875 à 1 milliard d’euros (page 351).

☣ Hausse de la taxe sur les demandes d’autorisation de pesticides

Alors que l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) croule sous les demandes d’autorisation de mise sur le marché (AMM) émanant des industriels de l’agrochimie, le gouvernement annonce conforter ses moyens en augmentant la taxe dont ils doivent s’acquitter lorsqu’ils lui soumettent une autorisation de commercialiser un pesticide. Les recettes de cette taxe devraient passer de 10 à 23 millions d’euros (dont 17,5 reversés à l’Anses), selon le projet de loi (page 146). L’Agence reçoit en outre 4 millions d’euros de nouveaux crédits pour surveiller les PFAS (ou «polluants éternels») dans les aliments.

🐸 Légère hausse du Fonds vert

Le Fonds vert, qui subventionne les projets de transition écologique des collectivités, fait partie des rares gagnants du budget 2027, avec 150 millions d’euros de rab par rapport à 2026 (page 345). Comme promis cet été – quand la France suffoquait –, son budget atteint donc un milliard d’euros (contre 2,5 milliards en 2023).

🏢 Les grands groupes épargnés

Alors que tout le monde – ou presque – est prié de se serrer la ceinture, le gouvernement a décidé d’alléger la surtaxe instaurée en 2025 sur les bénéfices des grandes entreprises (plus d’1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires en France). Son rendement devrait s’en trouver réduit de 2,5 milliards d’euros (tombant à 5 milliards d’euros), «alors même qu’on sait qu’elles contribuent moins que les autres entreprises», s’est indignée l’économiste Anne-Laure Delatte sur les réseaux sociaux.

⛽ Rien sur les superprofits des entreprises pétrogazières

Le gouvernement n’a pas souhaité intégrer de taxe sur les profits exceptionnels générés par les entreprises pétrogazières depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Au premier semestre 2026, TotalEnergies a par exemple engrangé près de 10 milliards d’euros de bénéfices. Mais pour dissuader le gouvernement de taxer ses profits, la major menace de suspendre le plafonnement des prix dans ses 3 300 stations-service françaises. Un geste à 200 millions d’euros.

🚦Hausse de la taxe sur les sociétés d’autoroutes

Rigueur oblige, le gouvernement propose d’alourdir la fiscalité sur les bénéfices des sociétés concessionnaires des autoroutes et des aéroports qui «présentent les niveaux de rentabilité les plus élevés». Il espère ainsi voir passer le rendement annuel de la taxe à 1,4 milliard d’euros, en hausse d’environ 800 millions d’euros (page 85).

🚢 Rien sur la taxe croisière

Malgré l’impact environnemental disproportionné de cette activité, le gouvernement n’a pas repris l’idée d’une taxe sur les croisières, élaborée par l’association Transport & Environment et défendue par les Écologistes au Sénat l’an passé. Elles et ils estimaient alors qu’une taxe de 15 euros par passager·e et par jour de croisière permettrait de récolter 100 millions d’euros par an.

✈ Vers une taxation du kérosène ?

Jusqu’ici exempt de tout prélèvement fiscal, le kérosène pourrait faire l’objet d’une taxe spécifique, envisage le gouvernement dans son projet de budget (page 98). Les recettes serviraient à soutenir les «carburants d’aviation durable», dont le développement est controversé. Largement hypothétique à ce stade, la taxe n’a même pas été chiffrée par le gouvernement.

🛩 Exonérations fiscales pour l’aérien

En parallèle, le secteur de l’aérien continue de profiter d’exonérations fiscales massives, qui privent la France de plusieurs milliards d’euros chaque année, rappelle l’association Transport & Environment. Par exemple, le projet de budget pour 2027 prévoit d’exempter l’aéroport de Strasbourg (Bas-Rhin) de taxe sur les billets d’avion pour inciter les parlementaires européen·nes à choisir ce mode de déplacement (page 84).

☢ Coup de pouce au nouveau nucléaire

Le gouvernement inaugure un programme dédié au «Soutien financier au nouveau nucléaire» dans son projet de budget. La mise de départ, 137 millions d’euros, servira notamment à couvrir les intérêts du prêt bonifié que la Caisse des dépôts et consignations a octroyé à EDF pour financer la construction de ses six prochains réacteurs EPR2.

🌥 Coup de rabot sur les renouvelables

En contraste, le gouvernement espère dégager 120 millions d’euros d’économies en s’attaquant aux «rentes potentielles» de certains projets photovoltaïques ou de biogaz (page 236). Concrètement, le gouvernement compte auditer environ 8 000 projets photovoltaïques déjà construits pour diminuer ou supprimer leurs subventions en cas de «sur-rémunération». Le tout alors que la filière est déjà plongée dans une crise profonde à la suite des reniements du gouvernement.

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06.10.2026 à 18:46

«On se sent délaissé alors qu’on est les adultes de demain» : des milliers de lycéens continuent de se mobiliser malgré la répression

Mathilde Picard, Dario Nadal

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Le 5 octobre, dans le 18ème arrondissement de Paris. Des lycéen·nes bloquent le lycée Saint-Charles-de-Foucauld. © Djoudi Hamani/Hans Lucas via AFP

«On n’a pas de profs, on est dans des classes surchargées, on a des problèmes au niveau de l’hygiène…» Mariama, élève du lycée Maurice-Utrillo de Stains (Seine-Saint-Denis), liste à Vert toutes les raisons qui l’ont poussée à venir tôt ce mardi matin devant son établissement.

Elle désigne les bâtiments derrière la grille. «Certains de nos cours ont lieu dans les préfabriqués : qu’il pleuve ou qu’il neige, il fait extrêmement froid en hiver et chaud l’été», décrit l’adolescente. Comme elle, des dizaines de milliers de lycéen·nes se sont rassemblé·es devant leur établissement pour réclamer de meilleures conditions pour étudier. «On n’a pas les conditions pour travailler, on se sent délaissé par la société alors qu’on est les adultes de demain», s’indigne la jeune femme.

Syndicats, parents et professeurs en soutien

La colère lycéenne, née à Créteil (Val-de-Marne) le 17 septembre, s’est propagée dans toute la France. Après plusieurs jours de blocages de nombreux établissements, ce mardi a été marqué par des manifestations dans plusieurs villes, dans l’Hexagone et en outre-mer. Selon le ministère de l’intérieur, 256 000 manifestant·es se sont mobilisé·es dans le pays. Les organisations syndicales évoquent 450 000 personnes. Au total, 891 lycées sur 3 700 ont vu leurs cours «être suspendus, soit totalement, soit partiellement, toutes causes confondues», a indiqué le ministère de l’éducation nationale.

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À Paris, le cortège qui s’est élancé place de la République a réuni 56 000 personnes. Parents, professeur·es, étudiant·es et syndicalistes ont rejoint les lycéen·nes pour exiger davantage de moyens pour l’éducation nationale. Le délabrement de nombreux établissements est au cœur des revendications. Des vidéos tournées par les professeur·es et élèves des lycées Paul-Éluard, à Saint-Denis, ou Blaise-Cendrars, à Sevran, révèlent des plafonds effondrés, des fuites d’eau, des moisissures ou encore un manque de matériel.

«On est là en soutien, pour dire au gouvernement d’écouter cette jeunesse, raconte à Vert Rémi (il n’a pas donné son nom), enseignant en histoire-géographie, syndiqué SNES-FSU dans un lycée de Chelles (Seine-et-Marne). Pour elle, faire des études va être compliqué, le réchauffement climatique va nuire à son avenir, on n’a pas beaucoup d’espoir à lui apporter et, là, cette jeunesse se relève parce qu’elle a envie de créer un autre monde.»

Le 4 octobre à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), une lycéenne participe à un rassemblement de jeunes pour exiger plus de moyens dans l’éducation nationale. © Kenzo Tribouillard/AFP

«Ce n’est pas parce qu’on est dans le 93 [la Seine-Saint-Denis, NDLR] qu’on est forcément des bandits, s’indigne Jenna, 14 ans, en seconde professionnelle métiers de la construction durable du bâtiment et des travaux publics à Saint-Denis. On veut juste être là pour avoir une bonne éducation, aller au lycée, pouvoir obtenir nos vœux dans Parcoursup.»

La plateforme pour faire son choix d’études supérieures essuie de nombreuses critiques. «Parcoursup brise nos rêves, et c’est encore pire quand on vient des quartiers populaires», explique Koumba, en terminale au lycée Jean-Jaurès de Montreuil.

Place de la République, le collectif écologiste Extinction Rebellion a grimpé sur la statue de Marianne pour y accrocher le message «Lycées délaissées, jeunesse sacrifiée», en soutien au mouvement. Nombre de syndicats ont appelé à rejoindre la mobilisation. Outre ceux de l’éducation nationale, le syndicat agricole Confédération paysanne était présent dans plusieurs rassemblements en France. L’intersyndicale de l’enseignement supérieur et de la recherche a souligné que «l’expression lycéenne et étudiante doit pouvoir se faire sans entrave et dans un cadre démocratique, pacifique, libre et serein».

Plus de 5 000 gardes à vue

Depuis ses débuts, la mobilisation a connu une répression exceptionnelle. Le ministère de l’intérieur a annoncé que 5 000 personnes avaient été placées en garde à vue, essentiellement des mineur·es. À titre de comparaison, 12 000 personnes avaient été interpellées en six mois de mobilisation des Gilets jaunes.

À Tours (Indre-et-Loire), la semaine dernière, un lycéen de 16 ans a perdu l’usage d’un œil lors d’un blocage ; lundi, un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade à Lens (Pas-de-Calais). Un autre a eu la mâchoire fracturée à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise), après un tir de grenade lacrymogène. Au total, 215 élèves ont été blessé·es. La police des polices a ouvert dix enquêtes dans le cadre de ces manifestations.

À Saint-Denis, le 4 octobre. Les lycéen·nes se mobilisent pour demander de meilleures conditions d’étude. © Valérie Dubois/Hans Lucas via AFP

Le ministre de l’éducation nationale, Édouard Geffray, a parlé de «drame» et a annoncé le lancement, depuis lundi soir, d’une plateforme où les élèves pourront «dire leurs difficultés et leurs attentes», jusqu’au 23 octobre. Ce mardi, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) a exprimé sa «vive inquiétude» sur le «recours disproportionné à la force».

Sans annoncer de moyens financiers pour l’éducation nationale, le premier ministre Sébastien Lecornu a indiqué une suspension des cours sur une demi-journée d’ici la fin de la semaine pour organiser «un temps de démocratie interne» dans les lycées.

À un peu plus de six mois de la présidentielle – élection qui verra certain·es des lycéen·nes voter pour la première fois –, cette mobilisation s’étire dans un climat politique et social particulièrement tendu, sur fond de hausse des prix et de recherche de coupes budgétaires.

Un enjeu que les jeunes participant·es à la manifestation de Paris ont bien compris. «On est à bout, et ce n’est même pas que nous : ce sont les ouvriers, les pompiers, les agriculteurs, les étudiants, précise Koumba. J’ai peur de ne pas pouvoir nourrir mes enfants plus tard, de ne pas pouvoir payer l’essence, de faire des études que je n’aime pas… Ce sont tous les Français qu’Emmanuel Macron doit écouter.»

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