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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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18.10.2026 à 06:00

DuckDuckGo, Qwant, Ecosia… Quel moteur de recherche choisir pour sortir de la dépendance à Google ?

Raphaëlle Vivent

Texte intégral (2059 mots)
Le moteur de recherche Qwant se positionne comme l’un des plus ambitieux en termes de «souveraineté numérique» européenne. © Capture d’écran Qwant

C’est quoi le problème ?

Google est le leader incontesté de la recherche en ligne. Le géant étasunien détient près de 90% des parts de marché mondiales, loin devant les 5% de son concurrent Bing, propriété de Microsoft. Les autres acteurs se partagent les miettes. Cette domination repose sur un algorithme puissant, qui fournit des réponses rapides et pertinentes – même si la qualité des résultats est de plus en plus critiquée, notamment depuis l’irruption des résumés «AI Overviews», dopés à l’intelligence artificielle.

💻 Cet article fait partie de notre série qui vous aide à sortir de la dépendance aux Gafam (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft). Dans cet épisode, on se penche sur les moteurs de recherche, un marché dominé de la tête et des épaules par Google. 👉 Cliquez ici pour découvrir d’autres articles qui vous aident à fuir les Gafam.

Cette efficacité se paie en cédant l’accès à une partie de notre vie privée. Google, comme Microsoft, collecte massivement nos données : localisation, historique de recherche, type d’appareil, habitudes de navigation… Elles servent à vendre aux annonceurs une publicité ultraciblée, selon le genre, l’âge, la profession ou encore les centres d’intérêt de l’internaute.

Via les enchères publicitaires en temps réel, dont Google est le premier acteur, les données d’un·e internaute européen·ne sont diffusées en moyenne 376 fois par jour à des entreprises tierces, d’après un rapport de l’Irish council for civil liberties de 2022.

Autre problème, l’algorithme de Google entraîne un effet de «bulle de filtre». Les résultats sont adaptés en fonction du profil de l’internaute pour le ou la maintenir engagé·e, ce qui tend à conforter ses croyances et ses préférences.

D’autres moteurs de recherche existent, mais rares sont ceux qui disposent de leur propre index, cet immense annuaire du web constitué par des robots qui parcourent les pages en continu. Le construire coûte une fortune : la plupart louent donc celui de Bing ou de Google, en adaptant les résultats à leur propre algorithme. «Ces moteurs de recherche servent de barrière entre le géant du web et l’utilisateur ou utilisatrice. Cela permet de mieux protéger ses données par rapport à une utilisation directe de Google ou Bing», explique Gaëtan Chabert, référent communication chez Framasoft, une association qui promeut les logiciels libres.

DuckDuckGo, le principal concurrent

Fondé en 2008 à Paoli, en Pennsylvanie (États-Unis), DuckDuckGo a fait de la confidentialité son cœur de métier. Il n’y a ni suivi de l’utilisateur·ice, ni profilage, ni personnalisation des recherches : chaque internaute obtient les mêmes résultats pour une même requête, ce qui limite l’effet de bulle. Pour les recherches, il s’appuie sur l’index de Bing, complété par son robot maison, DuckDuckBot. Le partenariat avec le russe Yandex a été suspendu après l’invasion de l’Ukraine par Moscou en mars 2022.

Le moteur vit des publicités liées à la requête, et non au profil de l’utilisateur·ice, et des abonnements. Depuis peu, il propose des réponses générées par l’IA. «Ce qui est positif, c’est que l’on peut désactiver l’IA, comme les publicités. C’est facilement modifiable dans les paramètres, contrairement à Google», où c’est plus compliqué, souligne Gaëtan Chabert, qui estime que DuckDuckGo a fait ses preuves en termes de confidentialité et d’efficacité. C’est d’ailleurs le principal concurrent des géants du web, avec 0,74% de parts de marché. Bémol : soumise au droit étasunien, l’entreprise peut être contrainte de coopérer avec l’administration Trump.

Startpage, Google sans le pistage

Héritier d’Ixquick, né à New York en 1998 puis passé sous pavillon néerlandais, Startpage est l’un des seuls moteurs de recherche alternatifs à s’appuyer sur les résultats de Google. Il bénéficie donc de la puissance du géant – bien que les résultats mettent un peu plus de temps à s’afficher – mais sans pistage, ni collecte de données (adresse IP, localisation, historique de recherche). Cette particularité peut plaire aux internautes habitué·es à Google et qui peineraient à utiliser autre chose.

Volontairement sobre, Startpage propose peu de services associés et n’intègre pas d’IA à ses réponses. Point de vigilance : en 2019, Privacy One Group, filiale de l’américain System1, spécialiste de la publicité en ligne, a pris le contrôle majoritaire de l’entreprise. Startpage assure que ses fondateurs gardent un droit de veto sur toute modification menaçant la vie privée et, jusqu’à présent, aucun changement majeur n’a été constaté.

Brave Search, l’indépendant

Lancé aux États-Unis en 2021 par l’éditeur du navigateur Brave, c’est le seul de cette sélection à reposer entièrement sur son propre index : il a cessé d’utiliser Bing en 2023. Une option, désactivée par défaut, permet toutefois d’interroger anonymement Google quand le nombre de résultats qui s’affichent est insuffisant.

Brave Search assure lui aussi sur la confidentialité et la protection de la vie privée de ses utilisateur·ices. Par ailleurs, il a misé très tôt sur l’intelligence articifielle : comme chez Google, une synthèse boostée à l’IA apparaît en haut des résultats de recherche et les utilisateur·ices du navigateur peuvent discuter avec l’agent conversationnel Leo. Le navigateur Brave propose aussi d’afficher, si on le souhaite, des publicités. En échange, l’internaute reçoit 70% des revenus générés, sous forme de «Basic Attention Tokens» (BAT), une cryptomonnaie que l’on peut dépenser en ligne ou convertir en argent.

«De mon côté, je ne préconise pas Brave en raison des positions homophobes de son PDG et cofondateur», souligne toutefois Gaëtan Chabert. Avant de prendre la tête de Brave en 2014, Brendan Eich avait dû quitter la direction du navigateur web libre Mozilla. Cela faisait suite à la révélation d’un don qu’il avait fait, quelques années plus tôt, à la campagne californienne contre le mariage homosexuel.

Qwant, l’ambition souveraine

Lancé en 2013 et aujourd’hui contrôlé par Octave Klaba, fondateur du leader européen des services d’hébergement OVHcloud, le moteur de recherche français a longtemps dépendu de l’index de Bing. Avec l’allemand Ecosia, il développe depuis 2024 un index européen, Staan. Celui-ci fournit une part croissante des résultats en français depuis 2025. «Cette initiative va dans le bon sens, en défendant une souveraineté européenne face aux entreprises américaines», estime Damien Van Achter, spécialiste du numérique et chargé des programmes d’innovation à l’Institut des hautes études des communications sociales.

Là encore, l’entreprise met la confidentialité au cœur de son modèle : pas de traçage publicitaire ni de revente de données. Depuis 2018, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) a toutefois adressé à Qwant plusieurs rappels à ses obligations légales en matière de protection des données. L’entreprise a corrigé sa politique de confidentialité en 2020.

Ecosia, le moteur qui plante des arbres

Fondé à Berlin en 2009, Ecosia reverse l’intégralité de ses bénéfices à des projets climatiques, surtout de reforestation : plus de 250 millions d’arbres ont déjà été plantés, selon l’entreprise, avec des espèces indigènes et en évitant la monoculture. Ce sont les clics sur les annonces, liés à la recherche et non au profil de l’internaute, qui financent le modèle. Toutefois, comme Vert l’a déjà souligné, ses promesses écologiques sont à relativiser : par la multiplication des infrastructures, Ecosia participe au fort impact environnemental du numérique mondial.

Ses résultats de recherche proviennent de Bing, Google et de l’index Staan, codéveloppé avec Qwant. En plus de l’aspect environnemental, Ecosia s’attache à protéger la vie privée de ses utilisateur·ices, en chiffrant les recherches et en collectant uniquement les données nécessaires à son fonctionnement. L’internaute peut toutefois accepter une expérience de navigation plus personnalisée, avec des annonces ciblées.

Lilo, le solidaire

Créé en France en 2014, Lilo transforme les recherches des internautes en «gouttes d’eau» que l’on attribue à des projets sociaux ou environnementaux. Selon Lilo, qui signifie «généreux» en hawaïen, plus de 5 millions d’euros ont été reversés à des organismes et associations depuis sa création.

Si l’entreprise collecte certaines données nécessaires à son fonctionnement et à son modèle, elle reste respectueuse de la vie privée de ses utilisateur·ices : leurs données ne sont pas revendues à des tiers. Ses résultats de recherche s’appuient encore majoritairement sur Bing. Mais son rachat par Qwant, en mai 2025, devrait l’orienter vers l’index européen.

Qu’en est-il du navigateur ?

En plus du moteur de recherche, il peut être intéressant de changer de navigateur, le logiciel conçu pour surfer sur le web. Là encore, Google assoit sa domination : près de 70% des internautes dans le monde utilisent son navigateur maison, Chrome. Par ailleurs, Edge (Microsoft), Opera ou Brave se basent eux aussi sur Chromium, la version libre de Chrome, bien qu’ils adaptent le navigateur à leurs spécificités. Safari, de son côté, repose sur la technologie d’Apple.

Pour sortir des Gafam, il vaut donc mieux se tourner vers Mozilla Firefox, le dernier grand moteur de navigation indépendant des géants du web, comme le souligne Gaëtan Chabert : «Utiliser Firefox, plus qu’une question technique, est une question politique. Cela permet de montrer qu’il n’y a pas uniquement la vision de Google sur internet : il en existe d’autres, plus communautaires.»

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17.10.2026 à 07:00

Priscillia Ludosky, figure du mouvement des Gilets jaunes : «Un trio de générations pourrait se retrouver ce samedi»

Zoé Moreau

Texte intégral (2318 mots)
Paris, 20 janvier 2019. Priscillia Ludosky, l’une des porte-parole des Gilets jaunes, lors d’un rassemblement sur le Champ-de-Mars. © Laure Boyer/Hans Lucas via AFP

Sa pétition «Pour une baisse des prix à la pompe», signée par près de 1,3 million de personnes, avait contribué à faire émerger le mouvement des Gilets jaunes, il y a huit ans. Figure de cette mobilisation historique, Priscillia Ludosky a été candidate citoyenne sur la liste Les Écologistes aux européennes de 2024 et préside désormais le Collectif des luttes sociales et environnementales (CLSE), qui agit dans les outre-mer. Elle entend bien prendre part aux mobilisations prévues partout en France ce samedi. Lancé début septembre sur les réseaux sociaux, l’appel à la mobilisation pourrait marquer un retour des Gilets jaunes, estime-t-elle. Vert l’a rencontrée.

Doit-on s’attendre à un retour des Gilets jaunes ?

Je ne sais pas si on peut s’attendre à une mobilisation massive, sous le même format qu’en 2018-2019. Mais en tout cas, plusieurs personnes qui ont participé au mouvement des Gilets jaunes il y a huit ans prévoient des actions. Un décompte des mobilisations circule sur Internet. On y recense 416 manifestations, 90 ronds-points, 150 stations-service, quatre raffineries et 31 dépôts pétroliers [Sur une carte en ligne, près de 1 500 mobilisations étaient recensées à la veille de cette journée, NDLR]. Reste à savoir si toutes ces actions auront effectivement lieu !

À l’époque, comment le mouvement a-t-il pris ? La situation était-elle comparable à aujourd’hui ?

Non, pas du tout. En 2018, le mouvement était parti d’une pétition que j’avais lancée en mai et qui a grossi jusqu’en septembre-octobre. Puis j’ai appelé les signataires à sortir dans la rue le 17 novembre.

Entre septembre et novembre, j’ai organisé énormément de visioconférences avec des personnes partout en France pour leur expliquer comment déclarer une manifestation, où se retrouver dans leur secteur, qui rejoindre, etc. C’est ce travail qui a permis de faire émerger le mouvement !

Aujourd’hui, tout le travail logistique n’est plus à faire. Lorsqu’une personne appelle à sortir à une date donnée, les gens savent comment s’y prendre : ils occupent les ronds-points, enfilent leur gilet jaune, déclarent des manifestations. Un mode opératoire populaire s’est installé.

Le mouvement pourrait-il être de plus grande ampleur qu’en 2018 ?

C’est possible. D’autant que trois générations se rencontrent. Il y a les Gilets jaunes, déjà mobilisés il y a huit ans. Les personnes qui n’étaient pas encore entrées dans la vie active en 2018 – elles ont grandi et ont découvert les inégalités et les difficultés à s’en sortir malgré le travail. Et les lycéens, les collégiens et les étudiants, qui se mobilisent pour réclamer des moyens et des conditions de travail qui leur permettent d’étudier correctement. Ce trio de générations pourrait se retrouver ce 17 octobre.

Dans le passé, il y a eu plusieurs annonces du retour des Gilets jaunes, sans que cela ne se concrétise vraiment. Qu’est-ce qui pourrait faire la différence cette fois-ci ?

Je pense que cet appel a rencontré davantage d’écho parce qu’il intervient dans un contexte où plusieurs choses se conjuguent : les mobilisations de la rentrée, notamment dans l’éducation, mais aussi contre la hausse du prix des carburants. Elles s’ajoutent à la préparation de l’anniversaire du mouvement des Gilets jaunes, le 17 novembre. Tout cela a créé un terrain favorable.

Quelles sont les causes de la colère ? Ont-elles changé depuis 2018 ?

Je pense que les causes profondes restent les mêmes, mais qu’elles se sont exacerbées. Depuis 2018, de nouveaux secteurs se sont mobilisés, comme les pompiers et les soignants.

Priscillia Ludosky à Paris, le 17 octobre 2019. © Bruno Coutier via AFP

Il y a eu la loi sur la sécurité globale, puis la réforme des retraites… Au fil des mobilisations, les gens ont commencé à faire le bilan : cela fait presque dix ans qu’Emmanuel Macron est au pouvoir et, à leurs yeux, tout se dégrade. Le fait qu’il ait été réélu permet de prendre du recul et d’évaluer sa politique sur la durée. La situation devient pesante.

Vous évoquez également la situation dans les territoires ultramarins. En quoi ces difficultés éclairent-elles, selon vous, le bilan des politiques menées ?

Dans les outre-mer, les questions sociales sont particulièrement aiguës. À Mayotte, le taux de pauvreté dépasse les 77%, plus de 15 000 enfants ne sont pas scolarisés et la sécurité alimentaire n’est pas assurée. En Guadeloupe, le réseau d’eau est tellement défaillant que les habitants doivent faire face à des coupures régulières. En Guyane et en Polynésie, les difficultés sont aussi très importantes…

Quand on accède à la fonction de président ou de présidente de la République, je considère que l’on devrait garantir l’accès à ces droits fondamentaux. Or, ce n’est pas le cas.

Quel bilan faites-vous des réponses apportées par la macronie depuis 2018 ?

Il est assez maigre. Nous nous sommes mobilisés sur le revenu universel et nous n’avons pas obtenu ce que nous voulions. Pareil pour la taxe à 0% sur les produits et les services de première nécessité. Sur la taxe carbone, nous avions travaillé avec le Réseau action climat sur un dispositif permettant de reverser une partie des recettes aux populations les plus précaires. Ce sont des mesures qui me semblent relativement simples à mettre en place pour un gouvernement qui se soucierait réellement de ces questions. Pourtant, malgré l’ampleur de la mobilisation, elles n’ont pas été adoptées.

Les Gilets jaunes avaient obtenu quelques victoires ?

Oui, Emmanuel Macron a tout de même supprimé la hausse prévue de la CSG [la contribution sociale généralisée, NDLR] pour les retraités. Beaucoup d’entre eux nous avaient remerciés pour ça. Il a également instauré ce que nous appelions la «prime Gilet jaune», devenue la «prime Macron». Là encore, des personnes nous ont remerciés, car elles ont pu toucher de l’argent. Certaines entreprises continuent de verser cette prime.

Mais une prime ponctuelle ne constitue pas une solution durable. Ce sont des pansements, pas des mesures qui permettent aux gens d’améliorer durablement leur niveau de vie.

Le mouvement des Gilets jaunes est né de la contestation de la taxe carbone sur les carburants, censée financer la transition écologique. Le mouvement a-t-il contribué à replacer la justice sociale au cœur des préoccupations écologiques ?

Oui, et je l’ai mesuré plus tard, en parcourant le programme des Verts – que j’ai soutenus lors des élections européennes. J’ai constaté que les dimensions sociales y étaient beaucoup plus présentes qu’avant.

Même constat au sujet des associations engagées sur les questions écologiques. Le mouvement des Gilets jaunes a été l’occasion de retravailler leur plaidoyer pour y intégrer davantage la dimension sociale, qui était encore trop peu présente. J’ai d’ailleurs moi-même participé à cette réflexion. Dans leurs campagnes et sur leurs visuels diffusés sur les réseaux sociaux, on ne retrouve plus de termes culpabilisants, ce qui est bien. C’est vrai, on ne peut pas culpabiliser les gens sur leurs pratiques si, en face, le gouvernement n’est pas exemplaire et qu’il continue, par exemple, à ne pas taxer le kérosène !

Le gazole dépasse 2,30 euros le litre. Comment répondre à l’urgence du pouvoir d’achat sans retarder la décarbonation des transports ?

Il y a beaucoup de solutions à mettre en place et elles ne sont pas nouvelles. Il faut d’abord développer les transports en commun là où ils manquent. Dans certains territoires, il n’y a plus de gare. Des lignes ont progressivement fermé au cours de la dernière décennie, en particulier pendant le premier quinquennat d’Emmanuel Macron.

Il faudrait aussi améliorer la régularité des transports existants. Lorsqu’un bus ne passe que toutes les douze heures, il est difficile de se déplacer autrement qu’en voiture !

Pour les trajets de longue distance, souvent l’avion est moins cher que le train, ce qui ne pousse pas les gens à changer leurs pratiques… Sur ce sujet, je pense qu’il faudrait aussi développer les trains de nuit. À l’époque des Gilets jaunes, un collectif défendait déjà cette idée. Cela permettrait aux gens de voyager en train sans perdre une journée entière dans les transports.

Quel regard portez-vous sur les mobilisations lycéennes actuelles ? Voyez-vous des points communs avec le mouvement des Gilets jaunes ?

Les jeunes ont repris certains codes des Gilets jaunes, notamment sur les réseaux sociaux. Mais ce n’est pas enthousiasmant pour autant. Je trouve surtout triste qu’à leur âge, les jeunes soient encore obligés de se mobiliser pour réclamer des moyens, alors que les enseignants l’ont déjà fait avant eux. Les professeurs ont expliqué ce qui n’allait pas, mais ils [les gouvernements successifs, NDLR] ne les ont pas écoutés.

C’est donc aux élèves de soutenir les adultes. C’est extraordinaire, mais pas dans le bon sens du terme. Ce n’est pas normal qu’un gouvernement soit rappelé à l’ordre par des enfants et des adolescents qui réclament simplement des moyens minimums pour travailler dans de bonnes conditions. En tout cas, je les soutiens pleinement.

Quand on voit les ministres de l’éducation nationale se succéder, avec pour principales préoccupations le voile, l’abaya et le téléphone portable, on se dit qu’il y avait peut-être d’autres urgences à traiter, non ?

Que pensez-vous de la réponse des autorités et de la répression des mobilisations lycéennes ?

Je pense que ce n’est pas normal d’utiliser des armes de guerre contre des manifestants, et encore moins contre des jeunes. Il y a déjà eu des blessés graves !

La France est interpellée depuis longtemps par l’ONU, le Conseil d’État et de nombreuses organisations de défense des droits humains sur l’utilisation de ces armes. Elle est l’un des derniers pays d’Europe à utiliser des lanceurs de balles de défense, ou LBD. C’est également le cas des grenades. Ce type d’armes devrait être interdit en manifestation, tout simplement parce qu’elles ne font qu’aggraver la situation.

Des parents se retrouvent avec des enfants qui ont eu la mâchoire arrachée, une main arrachée. Certains jeunes ont perdu la vue d’un œil… Tout cela devrait alerter les parents, qui feraient bien, selon moi, d’être dehors pour protéger leurs enfants.

Vous aviez déjà dénoncé ces pratiques pendant le mouvement des Gilets jaunes. Voyez-vous une continuité dans la doctrine de maintien de l’ordre sous Emmanuel Macron ?

Depuis plusieurs années, et de manière plus intense encore aujourd’hui, le gouvernement utilise les forces de l’ordre comme un bras armé.

Pendant le mouvement des Gilets jaunes, les autorités étaient allées chercher Didier Lallement pour assurer le maintien de l’ordre à Paris. Alors qu’il avait déjà fait l’objet de critiques concernant ses pratiques violentes de maintien de l’ordre à Bordeaux, notamment de la part d’observateurs et de défenseurs des droits humains. Christophe Castaner, qui était alors ministre de l’intérieur, a également reçu la Légion d’honneur.

Cela envoie un message très clair. Le président récompense des personnes dont les pratiques ont conduit à des mutilations lors de manifestations.

Serez-vous présente dans la rue ce samedi 17 octobre ?

Oui, j’y serai. Je ne sais pas encore où, mais je serai là.

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16.10.2026 à 11:21

«Reprendre la mer» : un manifeste percutant pour couler la «contre-pêche»

Esteban Grépinet

(434 mots)
«Reprendre la mer», de Claire Nouvian, Baptiste Morizot et Daniel Pauly, Les liens qui libèrent, septembre 2026, 144 pages, 12,90€. © Les liens qui libèrent

Trouver où s’arrête la pêche. Et où commence son contraire, sa négation, l’extractivisme effréné qui ruine les mers et les populations qui en vivent. En un mot, nouveau, définir la «contre-pêche». Pour mieux l’empêcher de nuire.

Telle est la tâche à laquelle se livrent la militante Claire Nouvian (fondatrice de l’association de défense de l’océan Bloom), le philosophe du vivant Baptiste Morizot et le biologiste marin Daniel Pauly dans leur essai Reprendre la mer (septembre 2026, Les liens qui libèrent).

33 mètres

En une grosse centaine de pages, les trois auteur·es nous embarquent à bord de l’évolution démesurée de la pêche, des premières barques aux chalutiers de 100 mètres de long. Le savant, le philosophe et l’activiste dénouent le fil qui reliait, dans nos esprits, la pêche côtière artisanale à ces méganavires qui dévorent les fonds marins.

Une «usurpation d’identité», selon leurs termes, portée jusqu’aux plus hauts sommets des États : «Les petits métiers servent de bouclier humain à des intérêts qui les écrasent.»

De la Politique d’Aristote à la «contre-productivité» d’Ivan Illich, Reprendre la mer émerge aussi les grandes pensées de la technique pour remonter à l’essence même de la pêche. Sur la base de travaux menés par l’association Bloom, les auteur·es en dégagent une «longueur maximale tolérable» de navire fixée à 33 mètres, seuil à partir duquel la pêche se «déracine».

Ce livre rigoureusement documenté est aussi et surtout un manifeste, un cri d’appel pour mettre fin à cette «contre-pêche», la démanteler. Et enfin virer de bord pour voguer vers un horizon désirable, celui d’une pêche qui vit et fait vivre.

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16.10.2026 à 07:00

On leur arrache les yeux pour plus de productivité : la face cachée des crevettes de supermarché

Esteban Grépinet

Texte intégral (1026 mots)
L’épédonculation est censée jouer sur le système hormonal des petits crustacés et favoriser des pontes plus rapides. © We Animals

Le capitalisme dans sa plus grande cruauté. Pour produire plus, de très nombreux élevages de crevettes sectionnent les pédoncules oculaires – soit la tige qui relie l’œil de l’animal au reste du corps – des femelles reproductrices. En théorie, cette mutilation est censée jouer sur le système hormonal des petits crustacés et favoriser des pontes plus rapides, donc une meilleure production.

Cette pratique pose des questions évidentes de bien-être animal – les crustacés à cinq paires de pattes sont reconnus comme «capables d’éprouver la douleur et la détresse» par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) depuis 2005. Mais elle interroge aussi quant à son efficacité. «Il y a quelques années, une étude a montré que l’épédonculation avait des effets extrêmement négatifs sur la crevette, mais aussi sur sa progéniture, qui a un système immunitaire beaucoup plus faible, avec des taux de mortalité beaucoup plus élevés», pointe Justine Audemard, responsable des négociations au sein de l’International council for animal welfare (Icaw).

La branche française de l’ONG publie ce vendredi un rapport inédit destiné à informer le grand public de la «cruauté des méthodes d’élevage actuelles». La crevette est le fruit de mer le plus consommé en France, à hauteur de neuf milliards d’animaux vendus chaque année. La quasi-totalité est importée, notamment depuis les élevages d’Asie et d’Amérique latine.

Quatre enseignes de supermarchés déjà pleinement engagées

«Contrairement à d’autres animaux élevés pour la consommation humaine, les consommateurs ignorent souvent les conditions d’élevage et d’abattage des crevettes, ces processus se déroulant à l’autre bout du monde», explique le rapport. L’Icaw documente une deuxième pratique douteuse : l’abattage des crevettes par plongée dans des bains de glace, censé les étourdir puis les tuer rapidement.

Pour Juliette Audemard, «c’est une méthode très peu fiable car elle dépend de nombreux facteurs imprévisibles, comme la température de l’eau, celle de l’extérieur, la densité de crevettes immergées en même temps». Une récente étude anglaise a montré que les animaux mettaient environ quatre minutes à perdre leur sensibilité dans une eau à -2,5 degrés Celsius (°C), et que cette durée d’agonie s’allongeait considérablement quand l’eau est moins froide.

Depuis plusieurs années, l’Icaw mène une campagne auprès d’enseignes françaises de supermarchés pour leur demander d’encourager leurs fournisseurs étrangers à mettre fin à l’épédonculation et à privilégier l’étourdissement électrique, réputé plus efficace pour insensibiliser les animaux lors de leur mise à mort. En septembre 2025, le groupement Mousquetaires (Intermarché, Netto…) est devenu le premier acteur à s’engager sur ces deux domaines (pour, respectivement, 2026 et 2030). À ce jour, Coopérative U, Auchan et Aldi ont aussi rejoint le mouvement.

«Au Royaume-Uni, plusieurs distributeurs majeurs ont déjà éliminé l’épédonculation.»

Dans son rapport, l’ONG recense quatre autres chaînes qui ont déjà mis fin (ou sont en train de le faire) à l’épédonculation des crevettes vendues dans leurs rayons (mais pas encore à l’abattage dans l’eau glacée) : Carrefour, Lidl, Casino et Biocoop. Dans la grande distribution, seul E. Leclerc n’a jamais répondu favorablement aux demandes de l’association. Contactée, l’entreprise n’a pour l’instant pas répondu à nos sollicitations.

Est-ce que les Français·es pourront un jour s’assurer que les crevettes qu’ils et elles consomment n’ont pas subi mutilations et lente agonie ? «Nous avons mené une campagne similaire au Royaume-Uni, où les crustacés ont vu leur sensibilité reconnue légalement en 2022, nous avons réussi en moins de trois ans à obtenir que l’ensemble des onze distributeurs s’engagent publiquement sur ces deux thématiques. Plusieurs distributeurs majeurs ont déjà éliminé l’épédonculation.»

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