Hala Rachedi
Pour António Guterres, c’était sa dernière Assemblée générale des Nations unies (AGNU) en tant que secrétaire général de l’ONU. Il a saisi cette occasion pour plaider, à plusieurs reprises et avec force, en faveur de la coopération internationale, précisément au moment où celle-ci est mise à rude épreuve. Dans son ultime discours devant l’AGNU, António Guterres a appelé les gouvernements à adopter des plans nationaux de transition pour sortir des énergies fossiles, alignés avec la limite de 1,5 °C de réchauffement, et à placer la protection des travailleurs, des travailleuses et des communautés au coeur de cette transition. Puis, dans des termes qui résonneront bien au-delà du siège de l’ONU, il a lancé un appel sans détour : « Les pollueurs doivent payer. » Pour 350, cela veut dire beaucoup. Depuis des années, des organisations et des citoyen·nes à travers le monde exigent que les géants fossiles qui s’enrichissent soient enfin mis à contribution pour réparer les dégâts causés par leur pollution. Le 21 septembre, 350, en collaboration avec Greenpeace et Oxfam, a remis à l’ONU plus de 2 millions de signatures, appelant à faire payer les pollueurs. Le lendemain, cette exigence a été formulée au plus haut niveau de l’ONU. Et Guterres n’était pas le seul. L’appel à une plus grande responsabilisation des principaux pollueurs a trouvé un écho auprès de dirigeants politiques, notamment la ministre espagnole de la Transition écologique, Sara Aagesen Muñoz L’une des interventions les plus percutantes est sans doute venue du Népal. Le Premier ministre Balendra Shah s’est adressé à l’Assemblée générale à la suite des inondations dévastatrices des fleuves Bhotekoshi et Trishuli, qui ont fait plus de 1 400 morts et laissé des milliers de personnes portées disparues, selon les autorités népalaises. Il n’a pas parlé en termes abstraits des risques climatiques, mais des familles attendant des proches qui ne rentreront peut-être jamais chez eux, des communautés fouillant la boue, les rochers et les eaux de crue, et des maisons, écoles, routes et moyens de subsistance emportés par les eaux. Son message était simple : le Népal connaissait les risques. Mais l’action climatique à l’échelle mondiale n’a pas évolué à la vitesse nécessaire. « La catastrophe de la Bhotekoshi-Trishuli n’était pas seulement une tragédie locale, c’était un avertissement au monde entier. » Shah a également mis en évidence l’injustice de la situation. Le Népal contribue à moins de 0,1 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais subit pourtant les pires conséquences du réchauffement climatique. Il a appelé à une augmentant des financements internationaux en faveur du climat, notamment sous forme de subventions, plutôt que condamner les pays vulnérables au cercle vicieux de l’endettement. Voilà à quoi ressemble concrètement l’injustice climatique : les pays qui ont le moins contribué à la crise sont contraints de consacrer leurs maigres ressources à faire face à ses conséquences. Depuis des décennies, scientifiques, communautés en première ligne et mouvements climat le répètent : le dérèglement climatique aggrave les vulnérabilités, menace les moyens de subsistance, pousse des populations à fuir et attise les conflits. Le problème n’est pas le manque de connaissances ni de solutions. C’est l’écart entre ce que les gouvernements savent et ce qu’ils acceptent de faire. Cela nous amène à l’une des contradictions les plus préoccupantes du moment : les dirigeants des deux pays qui présideront les prochaines négociations sur le climat en novembre, l’Australie et la Turquie, ont tous deux profité de l’Assemblée générale des Nations unies et de la Semaine du climat de New York pour parler d’énergie, d’électrification et d’action climatique. Mais ils ont fait l’impasse totale sur l’éléphant dans la pièce : la nécessité urgente de sortir des énergies fossiles. Ce n’est pas comme si nous traversions la pire crise énergétique de tous les temps, ni qu’il était crucial de rompre notre dépendance toxique au pétrole, au charbon et au gaz… Mine de charbon dans la Hunter Valley, en Australie. Crédit photo : Max Phillips Point positif ceci dit, la Turquie a lancé son engagement mondial en faveur de l’électrification, appelant à ce que l’électricité représente 35 % de la consommation finale d’énergie mondiale d’ici 2035 (le fameux « 35-by-35 » ), parallèlement à des initiatives sur les réseaux électriques, les bâtiments, les transports, l’industrie et l’intelligence artificielle. L’électrification est importante. Mais une question fondamentale et impossible d’esquiver se pose : électrifier avec quoi, et pour qui ? Comme l’ont fait valoir 350 et ses partenaires pendant cette semaine-clé à l’ONU, l’électrification doit aller de pair avec un développement rapide et juste des énergies renouvelables et une sortie durable du charbon, du pétrole et du gaz mais aussi la mise à disposition de moyens financiers cruciaux pour accompagner les pays en développement. Plus de 92 organisations dont 350 ont publié une lettre ouverte (en anglais) affirmant que l’objectif d’électrification n’a de sens que : Sans transition juste, nous risquons d’augmenter la demande en électricité tout en laissant une place centrale aux fossiles au sein du système énergétique. Cette contradiction était particulièrement visible dans les discours et les annonces liés à la COP31. L’Australie parle d’action climatique alors que son gouvernement a récemment approuvé l’extension de la mine de charbon de Saraji, exploitée par BHP. La Turquie promeut l’électrification tout en prévoyant d’augmenter ses capacités de production d’électricité à partir d’énergies fossiles. La question n’est pas de savoir si l’électrification est nécessaire. Elle l’est. La question est de savoir si les gouvernements sont prêts à tourner la page des fossiles et à soutenir une transition véritablement juste ne reproduisant pas des schémas extractivistes, notamment vis-à-vis des minerais critiques. Vue de rue des incendies de forêt dans la province d’Antalya, en Turquie, qui accueillera le sommet de la COP31. (Crédit photo : 350.org Türkiye) En tant qu’hôte de la COP32, l’Éthiopie a clairement fait part de ses intentions lors du discours du président Atske à l’ONU, incarnant le leadership que l’Afrique de l’Est. Il a invité les dirigeant·es du monde entier à venir en Éthiopie en novembre 2027 afin de trouver des solutions à la crise climatique, l’une des crises majeures de notre époque. À l’heure où d’autres gouvernements font machine arrière en matière d’action climatique, l’Éthiopie se montre ambitieuse. C’est le cap dont l’Afrique a besoin: un agenda qui donne la priorité à une transition centrée sur les personnes avec l’objectif de sortir de la dépendance aux énergies fossiles. Alors que le monde est sur le point de dépasser la limite de 1,5 °C, chaque dixième de degré de réchauffement que nous pouvons éviter compte, tout comme chaque réunion politique. La Banque mondiale. Le FMI. L’ONU. La Convention fiscale de l’ONU. La COP31. Chacun de ces rendez-vous est une chance de réduire l’écart entre ce que les gouvernements savent et ce qu’ils font. La sortie des énergies fossiles ne peut pas attendre la COP32 : elle doit être à l’ordre du jour dès maintenant. L’Assemblée générale des Nations unies est terminée. Les diplomates ont quitté New York. Les discours ne seront plus à la une des journaux. Mais les crises, elles, persistent et les gens souffrent. Ces derniers mois, le monde a connu des feux de forêt dévastateurs, des inondations meurtrières et des pics de chaleur extrême. Et en ce moment même, le phénomène El Niño s’intensifie rapidement. La semaine prochaine, la pré-COP se tiendra aux îles Fidji, quelques semaines seulement avant le début des négociations en Turquie. La question pour la COP31 est simple : Les gouvernements vont-ils enfin fixer leurs dates de sortie des énergies fossiles et débloquer l’argent nécessaire pour une transition juste ? Après cette semaine à New York, plus personne ne peut faire l’autruche. Nous connaissons les risques. Nous connaissons les solutions. Nous savons qui s’enrichit. Et qui paie. Il ne reste qu’une question : les gouvernements auront-ils le courage d’agir ? Les pollueurs doivent payer. L’ère des énergies fossiles doit prendre fin. Maintenant. The post À l’ONU, le monde se divise pendant que la planète brûle appeared first on 350 Français. Texte intégral (2305 mots)
UN SILENCE GÊNANT

ÉLECTRIFIER MAINTENANT, MAIS DE LA BONNE MANIÈRE
L’AMBITION NE PEUT PAS ATTENDRE

Hala Rachedi
Cet article est une contribution rédigée par Ziada Kassimu, directrice générale de Green Conservers. Green Conservers (GC) est un mouvement mené par des jeunes à la croisée de l’action climatique et de l’équité sociale. Conscient·es que la dégradation de l’environnement touche de manière disproportionnée les populations vulnérables, GC milite en faveur d’une justice climatique structurelle et met en œuvre des solutions concrètes. Son action repose sur deux piliers transformateurs : promouvoir les énergies renouvelables décentralisées pour mettre fin à la dépendance aux combustibles fossiles, et être à l’avant-garde de l’agroécologie afin de remplacer les systèmes agricoles extractifs par des systèmes alimentaires résilients, riches en biodiversité et gérés par les communautés. {Ndlr : plusieurs sources proposées dans cet article sont en anglais, la traduction française n’étant pas disponible} Le soleil venait à peine de se lever sur les plaines poussiéreuses lorsque les femmes de Diloda ont entamé leurs trajets quotidiens. Certaines parcouraient de longues distances à la recherche d’eau. D’autres se rendaient dans les petites exploitations agricoles qui, autrefois, nourrissaient leurs familles. Quelques-unes étaient assises devant leur maison, repensant à une vie qui était bien différente avant que le projet d’oléoduc d’Afrique de l’Est (EACOP) n’arrive dans leurs communautés. Pour de nombreuses femmes, la terre était bien plus qu’un simple bien immobilier. De cette terre provenaient le maïs, les haricots, les tournesols et les légumes qui nourrissaient les familles et généraient des revenus. La terre permettait de payer les frais de scolarité, de couvrir les dépenses médicales et offrait de l’espoir pendant les périodes difficiles. Aujourd’hui, de nombreuses femmes affirment que cet espoir est de plus en plus difficile à trouver. Au cours des discussions avec les communautés impactées, les femmes ont décrit comment l’expropriation de terres sur le tracé du projet EACOP a bouleversé les moyens de subsistance qui faisaient vivre leurs familles depuis des générations. Alors que des programmes d’indemnisation et de rétablissement des moyens de subsistance ont été présentés comme des solutions, de nombreux membres de la communauté estiment que ces initiatives n’ont pas suffi à restaurer ce qui avait été perdu. « On nous a dit que nos vies s’amélioreraient », a expliqué une femme. « Au lieu de cela, nous avons du mal à reconstruire ce que nous avions déjà. » Ses mots flottaient dans l’air comme un nuage avant l’orage. Dans toutes les communautés touchées, ce sont les femmes qui continuent de porter le fardeau le plus lourd. En tant que responsable du soin des leurs, productrices d’aliments et gestionnaires du bien-être du foyer, ce sont souvent elles qui subissent en premier lieu et le plus intensément les répercussions des perturbations économiques. Les conséquences vont bien au-delà des revenus. Lorsque les terres agricoles sont perdues, les femmes doivent travailler plus dur pour nourrir leur famille. Les dépenses du foyer augmentent tandis que les opportunités économiques se réduisent. La sécurité alimentaire devient incertaine. Les enfants deviennent vulnérables. L’ensemble du tissu social d’une communauté commence à se fissurer. À Diloda, les femmes ont également évoqué un autre défi qui apparaît rarement dans les rapports de projet : les tensions croissantes entre agriculteur·ices et éleveur·euses. Avant le projet, les communautés étaient déjà confrontées à des conflits occasionnels liés à la terre et aux ressources naturelles. Cependant, à mesure que les terres disponibles se font de plus en plus rares, de nombreux·ses habitant·es estiment que les tensions se sont intensifiées. Il en résulte un climat d’incertitude grandissant. Les communautés qui partageaient autrefois leurs ressources se disputent désormais des espaces de plus en plus restreints. Les femmes, souvent chargées de maintenir la stabilité du foyer, se retrouvent confrontées à des conflits qu’elles n’ont pas créés et sur lesquels elles n’ont aucune emprise. Pendant ce temps, bon nombre des promesses de développement associées à EACOP restent largement invisibles pour les habitants. Les membres de la communauté se souviennent avoir entendu parler de routes améliorées, de meilleures écoles, d’établissements de santé et d’opportunités économiques. Ces promesses avaient suscité enthousiasme et optimisme. Pourtant, des années plus tard, nombre d’habitant·es empruntent toujours des routes en mauvais état qui deviennent impraticables pendant la saison des pluies. Les enfants continuent de rencontrer des difficultés pour accéder à l’éducation. Les familles peinent toujours à obtenir de l’eau propre et potable. Les dispensaires et les services sociaux promis sont toujours absents de la vie quotidienne. Pour les femmes qui transportent l’eau sous un soleil de plomb, le développement ne se mesure pas à l’aune des annonces de projets ou des présentations d’entreprises. Il se mesure à la capacité de l’eau à couler d’un robinet à proximité. Il se mesure à la possibilité pour un enfant malade de recevoir des soins dans un établissement de santé local. Il se mesure à la capacité d’une mère à récolter suffisamment de nourriture pour nourrir sa famille. Il se mesure au rétablissement effectif des moyens de subsistance. Il se mesure à l’accès à l’énergie et à son caractère abordable. Les membres des communautés impactées ont exprimé à maintes reprises leurs inquiétudes quant à l’efficacité des programmes de rétablissement des moyens de subsistance. Bien que des activités de formation et de soutien ont été mises en œuvre dans certaines zones, de nombreuses femmes affirment que ces interventions n’ont pas entièrement remplacé la stabilité et l’indépendance que leur terre leur procurait autrefois. Une petite entreprise ne peut pas toujours remplacer des terres agricoles fertiles. Une formation à court terme ne peut pas facilement rétablir des générations de savoir-faire agricole et de sécurité économique. Et une promesse ne peut pas remplir une assiette vide. Ce qui se joue actuellement dans les communautés touchées par EACOP ne concerne pas seulement les infrastructures ou le développement énergétique. Il s’agit des personnes. On parle de femmes dont la vie quotidienne a été bouleversée par des décisions prises loin de leurs villages. Il s’agit de mères qui cherchent des moyens de subvenir aux besoins de leurs enfants. C’est le quotidien de communautés qui se demandent si l’on peut véritablement parler de développement lorsque les personnes les plus touchées se sentent laissées pour compte. Alors que les débats internationaux se poursuivent sur l’énergie, le climat et la croissance économique, les voix des femmes de Diloda nous rappellent une chose essentielle. Le développement ne devrait jamais être mesuré uniquement en kilomètres de pipeline construits ou en bénéfices générés. Il devrait être mesuré en termes de moyens de subsistance plus solides, de bien-être accru, d’accès à l’énergie, d’harmonie sociale et d’opportunités créées pour les générations futures. Tant que les femmes ne pourront pas affirmer avec certitude que leur vie est meilleure qu’auparavant, la question restera posée : qui profite réellement du développement, et qui en supporte les coûts ? Pour les femmes de Diloda, la réponse ne figure pas dans les rapports de projet, mais dans les réalités auxquelles elles sont confrontées chaque jour. The post Ces femmes laissées pour compte appeared first on 350 Français. Texte intégral (2070 mots)

Des modes de vie bouleversés sur le tracé d’EACOP
Où est passé l’espoir ?
Ziada Kassimu, directrice exécutive de Green Conservers, et Savio Carvalho (directeur général de 350.org). Crédit : ZiadahLes femmes portent le fardeau….
Les terres disponibles se raréfient, les conflits augmentent
Où sont les promesses de développement ?
Des femmes de Diloda se rendant au marché : Crédit : ZiadahPas à la hauteur
Mesurer le développement en fonction des gens, pas des profits
Hala Rachedi
Depuis hier, les représentant·es des différents gouvernements se sont réuni·es à New York pour le cinquième cycle de négociations de la Convention-cadre des Nations unies sur la coopération fiscale internationale. C’est le genre de conférence qui peut désintéresser le public au départ. Pourtant, ce qui se passe réellement cette semaine dans les salles de négociation est étroitement lié à nos quotidiens, à notre santé et au coût de la vie. Les décisions prises lors de cette conférence sont simples à comprendre car, en trame de fond, il y a cette question : est-ce que les pollueurs, ceux qui tirent profit des crises économiques et climatiques, vont être obligés de payer à hauteur de leur responsabilité ? Depuis que le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran s’est intensifié autour du détroit d’Ormuz — ce passage par lequel transite environ un cinquième du commerce mondial de pétrole par voie maritime, ainsi que d’importants volumes de gaz et d’engrais —, les perturbations du transport maritime ont privé les marchés mondiaux de millions de barils de pétrole par jour à plusieurs reprises cette année. Résultat : les prix du pétrole brut ont fortement grimpé, dépassant parfois largement les 100 dollars américains le baril. Cela ne se limite pas qu’aux voies maritimes. La hausse des prix du pétrole, du gaz et des engrais fait à son tour grimper les coûts des transports, de l’alimentation et les factures d’électricité, pour tout le monde, partout dans le monde. Rien qu’aux États-Unis, les consommateurs ont déjà dépensé près de 67 milliards de dollars de plus à la pompe depuis le début de la guerre, ce qui représente plus de 500 dollars de frais de carburant supplémentaires par foyer. En France et en Allemagne, on estime que la canicule a fait grimper la facture d’électricité de plus de 700 millions d’euros en une semaine seulement. Le deuxième choc est là sous nos yeux. C’est la crise climatique, alimentée par les entreprises du secteur des énergies fossiles, qui rend les phénomènes météorologiques extrêmes plus fréquents et plus violents. En plus des dégâts matériels et humains, il y a le coût de ces phénomènes… dont nous payons le prix. Cet été nous connaissons le pire début de saison des feux de forêt jamais enregistré en Europe*, avec plus de 434 000 hectares brûlés fin juillet. La France connaît actuellement sa plus grave vague d’incendies de forêt depuis un demi-siècle. Plus de 300 000 personnes ont été évacuées en France et en Espagne, tandis que l’Espagne lutte contre le plus grand feu de forêt de son histoire moderne, les coûts de lutte contre ces incendies sont à eux seuls estimés à 3,3 milliards d’euros. Des pays comme l’Algérie, la Turquie et le Canada sont eux aussi aux prises avec des feux de forêt meurtriers. Partout dans le monde, nous assistons à des épisodes climatiques de plus en plus dévastateurs : inondations, sécheresses, vagues de chaleur, qui bouleversent la vie de millions de personnes. Chaque année, nos gouvernements dépensent de plus en plus d’argent public pour réparer les dégâts : lutte contre les incendies, évacuations, secours d’urgence, reconstruction, etc. Il faut se rendre à l’évidence, nous payons doublement chaque crise des prix des combustibles fossiles et chaque catastrophe climatique. C’est une taxe officieuse qui nous est imposée : nous devons payer une première fois nos factures d’énergie et à la pompe, puis une seconde fois les secours et la reconstruction des zones sinistrées à travers nos impôts publics. Où va l’argent qui sort de nos poches ? Lorsque les simples gens ont des difficultés à joindre les deux bouts, les géants du pétrole et du gaz enregistrent des bénéfices exceptionnels. Ces bénéfices ne sont pas faits en dépit de ces chocs de prix, mais grâce à eux. La fluctuation des marchés financiers déclenchée par le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran a été particulièrement bénéfique pour les affaires de certains. Les grands groupes pétroliers ont annoncé ces dernières semaines leurs résultats pour le deuxième trimestre 2026 (avril, mai et juin) et ils donnent le vertige. En trois mois, quatre grandes compagnies pétrolières ont fait 40 milliards de dollars de bénéfices, soit plus que le revenu annuel total de plus de 100 pays*. Tout cela dans un contexte de chaos climatique Il y a quelque chose de profondément injuste dans ce tableau : une crise qui appauvrit les simples gens et les expose à des catastrophes climatiques tout en enrichissant les entreprises polluantes des énergies fossiles. La convention fiscale des Nations unies offre une véritable chance de changer la donne. C’est une chance d’instaurer des règles contraignantes : la charge financière aujourd’hui qui pèse sur les simples gens pourrait désormais être portée par les entreprises qui font des superprofits. Le forum qui s’est ouvert hier est particulier : pour la toute première fois, chaque pays aurait un poids égal dans l’élaboration des règles fiscales mondiales. Son objectif est d’aboutir à un traité mondial d’ici 2027 pour mettre fin à l’évasion fiscale et établir des règles fiscales plus équitables. Les gouvernements pourraient s’en servir pour faire payer aux géants du pétrole et du gaz leur part de responsabilité dans la crise climatique, notamment en finançant une protection durable des populations touchées. Ce traité est très important pour les pays du Sud, qui possèdent souvent des réserves de combustibles fossiles ou subissent le plus durement les effets du changement climatique. Ces pays sont aujourd’hui les moins à même de réclamer une part équitable des bénéfices tirés de l’exploitation de leurs ressources, chose que le traité pourrait changer. C’est également important pour d’autres pays, où les entreprises fossiles bénéficient d’aides publiques sans payer de taxes à hauteur de leurs bénéfices ni de leur responsabilité dans les catastrophes climatiques. Chaque denier que les géants pétroliers évitent de payer en impôts est se retrouve prélevé sur les budgets de la santé, de l’éducation, des transports et d’autres services publics. Les dirigeant·es participant à la Convention fiscale des Nations unies doivent inscrire d’emblée trois éléments dans le traité, des règles fiscales qui font payer les pollueurs 1. Une taxe importante et permanente sur les bénéfices que les entreprises de combustibles fossiles réalisent actuellement Des études*ont montré qu’une surtaxe de 20 % sur les bénéfices des 100 plus grandes entreprises mondiales du pétrole et du gaz aurait pu rapporter plus de 1 080 milliards de dollars depuis la signature de l’Accord de Paris en 2015. Cet argent aurait pu servir à protéger les communautés contre les catastrophes climatiques, à financer l’adaptation et à accélérer la transition énergétique. Pour se rendre compte de l’ampleur réelle de ce chiffre, comparez-le à ce qui est actuellement proposé aux pays touchés par le changement climatique. Le Fonds pour les pertes et dommages de l’ONU, créé pour aider les nations vulnérables à se remettre des catastrophes climatiques, n’avait reçu que 817 millions de dollars de promesses de contributions fin 2025. Selon les expert·es, il faudrait jusqu’à 580 milliards de dollars par an d’ici 2030 pour compenser les dégâts au réel. Une surtaxe sur les combustibles fossiles pourrait donc rapporter environ mille fois plus que ce qu’un fonds climatique tout entier a réussi à mobiliser grâce à des promesses de contributions volontaires en trois ans. 2. Nous avons besoins de règles pour empêcher les entreprises de transférer leurs bénéfices avant qu’un gouvernement ne puisse les taxer Une surtaxe sur les bénéfices ne risque pas d’être efficace s’ils ont déjà été transférés vers des juridictions où ils ne peuvent pas être imposés. Avec environ un tiers des bénéfices du secteur extractif* acheminés vers des juridictions à faible fiscalité, combler cette faille juridique fait toute la différence entre un impôt qui n’existe que sur le papier et un impôt qui est réellement perçu. Les gouvernements réunis à la Convention doivent également s’attaquer aux failles juridiques qui permettent aux entreprises de comptabiliser leurs bénéfices dans des juridictions à faible fiscalité avant même qu’un impôt ne soit établi. 3. Un engagement contraignant : garantir que les recettes soient affectées à la lutte contre le changement climatique La collecte de ces fonds n’aura pas de sens si elles ne sont pas fléchées. Le traité doit garantir que les recettes issues des taxes sont affectées aux communautés et aux pays les plus durement touchés par les catastrophes climatiques et la précarité énergétique, ainsi qu’à une transition rapide et équitable vers les énergies renouvelables. Sans cette affectation spécifique, les gouvernements pourraient taxer les pollueurs sans s’engager à aider les populations et pays en première ligne face aux conséquences des crises énergétique et climatique. Pas besoin d’une place à la table des négociations pour avoir votre mot à dire sur ce qui s’y passe. La conférence de cette semaine est une occasion à ne pas laisser passer.Les annonces des bénéfices vertigineux des entreprises fossiles peuvent être un argument pour convaincre les négociateur·ices à prendre des mesures. C’est là le levier dont nous disposons réellement. Nous appelons Ramy Mohamed Youssef, président des négociations, ainsi que tous les gouvernements présents à la table des négociations, à inscrire dans la Convention une surtaxe permanente sur les bénéfices mondiaux des entreprises du secteur des énergies fossiles. Les recettes seront consacrées à la protection du climat et à une transition énergétique juste. Faites payer les pollueurs ! *note : source en anglais The post Cette conférence de l’ONU sur la fiscalité peut sembler ennuyeuse appeared first on 350 Français. Texte intégral (2980 mots)

Il y le prix que nous payons déjà
Conflits, chocs pétroliers et factures en hausse
Quelque chiffres sur ces dernières semaines
Phénomènes météorologiques extrêmes
Un pompier luttant contre un feu de forêt à Saint-Jean-d’Illac, à environ 30 km de Bordeaux, en France. Source : GettyOù va réellement notre argent ?
Le 22 juillet, des militants de 350.org ont organisé une action à La Défense, le quartier d’affaires parisien où se trouve le siège de TotalEnergies, pour dénoncer la responsabilité des géants des énergies fossiles dans la crise climatique et exiger une taxation plus forte de leurs bénéfices – Crédit : Rémy El Sibaïe/350.org
La Convention fiscale des Nations unies est l’occasion de redresser la barre
Ce que nous aimerions voir
Vous souhaitez agir ?
Hala Rachedi
L’alerte lancée par les scientifiques en début d’année s’est confirmée: un super El Niño, phénomène de réchauffement limité dans le temps, a débuté en juin et pourrait égaler voire dépasser les pires épisodes jamais enregistrés. Certains parlent déjà d’un « Super El Niño » ou « El Niño Godzilla». Mais qu’est-ce qu’El Niño exactement, et comment est-il lié aux énergies fossiles à l’origine de la crise climatique ? Voici tout ce qu’il faut savoir. Tous les deux à sept ans, les eaux de surface de l’océan Pacifique central et oriental voient leur température augmenter bien au-dessus de la normale. Et lorsque cela se produit, cela dérègle le climat à l’échelle de toute la planète. Ce phénomène s’appelle El Niño. Normalement, les alizés du Pacifique agissent comme un immense ventilateur soufflant sur les tropiques, poussant les eaux chaudes de surface vers l’ouest, en direction de l’Australie et de l’Indonésie, apportant de la pluie et des moussons bénéfiques et permettant aux océans de rester en bonne santé. Pendant ce temps, à l’est, des eaux froides et riches en nutriments remontent à la surface, contribuant à maintenir un bon niveau d’activité pour les pêcheries et aidant à stabiliser le climat le long des côtes du Pérou et de l’Équateur, en Amérique du Sud. Mais de temps à autre, ces alizés faiblissent, l’eau chaude cesse d’être poussée vers l’ouest, et la partie orientale de l’océan Pacifique se réchauffe. Quand cela arrive, cet équilibre s’effondre : l’Australie et l’Indonésie font face à la sécheresse, l’Amérique du Sud à des inondations, et les systèmes météorologiques dont dépendent des milliards de personnes sont plongés dans le chaos à travers le monde. El Niño se développe par le réchauffement des eaux de surface du Pacifique. (Getty Images) Le nom El Niño, qui signifie « le garçon » en espagnol, fait référence à l’enfant Jésus. Il a été inventé à l’origine par des pêcheurs sud-américains qui, dès les années 1600, avaient remarqué un courant océanique chaud au large des côtes de l’Équateur et du Pérou vers la période de Noël. El Niño est l’une des phases d’un cycle climatique naturel plus vaste appelé ENSO (El Niño–Oscillation australe). Son pendant, La Niña (qui signifie « la fille »), en est l’opposé : un refroidissement de ces mêmes eaux du Pacifique, accompagné d’alizés renforcés. Ensemble, El Niño et La Niña font osciller les régimes météorologiques mondiaux comme un pendule. El Niño apporte la sécheresse en Asie du Sud et du Sud-Est, en Australie et en Afrique australe, tout en apportant des pluies plus abondantes à certaines régions d’Amérique du Sud. La Niña, elle, génère plutôt l’inverse. Aucun de ces deux événements n’est, en soi, une catastrophe : ils font partie du rythme climatique naturel de la Terre depuis des millénaires. Là où ça se corse c’est quand ils deviennent extrêmes, en particulier lorsqu’ils surviennent dans un monde déjà sous tension. Cette année, quelque chose de différent se produit. Alors que le Pacifique vient de sortir d’une phase de refroidissement La Niña, El Niño se développe à une vitesse inhabituelle et s’annonce plus sérieux que ses prédécesseurs. La vraie question est de savoir quelle ampleur il va prendre. Un « Super El Niño » correspond à une hausse des températures de 2 °C ou plus au-dessus de la normale. Ce seuil n’a été franchi qu’à quelques reprises dans l’histoire enregistrée : en 1982, 1997 et 2015. Chaque fois, il a déclenché sécheresses, inondations et températures record sur plusieurs continents. Mais l’El Niño de 1876-1878 est considéré comme l’un des plus forts jamais enregistrés, et a conduit à une famine mondiale qui a tué environ 50 millions de personnes en Inde, en Chine, au Brésil et en Afrique australe. Cela représentait environ 1 personne sur 28 alors vivante. Il reste la référence absolue pour les pires scénarios d’El Niño de l’histoire humaine. Les prévisions alertent sur le fait que cet El Niño pourrait faire grimper les températures océaniques de 2°C, voire 3°C au-dessus de la normale d’ici la fin 2026. Les principales agences mondiales de prévision météorologique projettent que le El Niño de 2026 égalera probablement, voire dépassera, celui de 1878 en matière de température océanique. Et contrairement à 1877, celui-ci survient dans un monde déjà plus chaud, avec davantage de personnes à nourrir et moins de marge d’erreur. De nombreux scientifiques prédisent déjà que 2027 sera l’année la plus chaude jamais enregistrée. Les enjeux humains sont considérables, et ils diffèrent selon les régions du monde. L’Afrique est l’une des plus exposées : la sécheresse au Sahel et en Afrique australe menace des cultures vivrières comme le maïs, tandis que l’Afrique de l’Est risque de faire face à d’importantes inondations. Le dernier épisode majeur d’El Niño avait laissé plus de 30 millions de personnes nécessitant une aide humanitaire rien qu’en Afrique australe. Une mousson réduite met en péril les récoltes de riz, de blé et de coton en Inde, tandis que des conditions de sécheresse menacent les cultures en Asie du Sud-Est et en Australie. Alors que l’Amérique centrale devrait subir une sécheresse prolongée entraînant une véritable insécurité alimentaire, le Pérou, l’Équateur et le sud du Brésil eux connaîtraient l’inverse : des pluies intenses et des inondations. Les cultures dont dépendent de très nombreuses populations (maïs, riz et blé) ont tendance à chuter globalement pendant les années où le phénomène El Niño prononcé. Dans les pays riches, cela se traduit par une hausse des prix alimentaires. Ailleurs, cela signifie que la faim augmente. Et tout cela frappe un monde déjà sous tension : les pénuries d’engrais, les flambées des prix de l’énergie et les coupes massives dans l’aide publique au développement ont supprimé les filets de sécurité qui aidaient autrefois les communautés vulnérables à absorber ces chocs. Voici le point le plus important, qui souvent se perd dans les gros titres : El Niño lui-même n’est pas causé par le changement climatique. Mais la crise climatique, provoquée par la combustion des énergies fossiles, rend ses effets bien plus graves. Voyez les choses ainsi. El Niño relâche temporairement dans l’atmosphère d’immenses quantités de chaleur stockées dans l’océan. Cela a toujours causé des perturbations. Mais aujourd’hui, cette chaleur est relâchée dans un monde déjà plus chaud qu’à aucun autre moment de l’histoire humaine. Ainsi, lorsque El Niño vient jeter de l’huile sur le feu, les conséquences sont plus sévères que lors de n’importe quel événement comparable des dernières décennies. Comme le résume le climatologue Daniel Swain, “le réchauffement climatique fournit une énergie supplémentaire à l’ensemble du système, énergie qui se libère lors de ces épisodes d’El Niño. Autrement dit, le réchauffement climatique agit comme un carburant qui amplifie la force naturelle d’El Niño, et cette énergie supplémentaire a des conséquences bien réelles : des pluies plus intenses et des tempêtes plus destructrices, des incendies de forêt se propageant plus vite à mesure que la chaleur assèche la végétation, des sécheresses plus sévères dans des régions déjà vulnérable, et des températures record. Certaines recherches suggèrent également que le réchauffement des océans pourrait renforcer l’intensité même de certains des épisodes d’El Niño, bien que les scientifiques travaillent encore à bien comprendre ce lien. Ce qui est clair, c’est que la situation de base sur laquelle repose désormais le monde a déjà bien changé. Il y a cinquante ans, un El Niño puissant causait de sérieux dégâts. Aujourd’hui, ce même événement serait bien plus destructeur, car la crise climatique a fait monter la pression d’un cran. Les chercheurs mettent aussi en garde contre un cercle vicieux : les forts épisodes d’El Niño frappent par la sécheresse les régions dépendantes de l’hydroélectricité, les forçant à brûler davantage de charbon et de gaz pour produire de l’électricité, ce qui, à son tour, rejette plus de carbone dans l’atmosphère et alimente un réchauffement supplémentaire. El Niño et les énergies fossiles finissent ainsi par se renforcer mutuellement dans leurs pires effets. Un super El Niño n’est pas une raison de paniquer, mais plutôt une raison d’agir. Ces événements vont et viennent. Ce qui ne disparaît pas, c’est le réchauffement climatique provoqué par les énergies fossiles. Chaque fraction de degré de réchauffement supplémentaire provoquée par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz rend le prochain El Niño plus destructeur. Certains modèles climatiques montrent désormais une probabilité non négligeable que 2026 ou 2027 voient, pour la première fois de l’histoire enregistrée, des températures mensuelles mondiales dépasser brièvement 2°C au-dessus des niveaux préindustriels. Ce sont les températures auxquelles les systèmes météorologiques s’effondrent, les récoltes ne sont plus possibles, et la précarité accumulée par des décennies d’inaction climatique devient catastrophique. Nous savons exactement quoi faire. La technologie existe. Le savoir existe. La voie à suivre est une sortie rapide et juste des énergies fossiles, et une transition vers les énergies renouvelables, main dans la main avec les communautés vulnérables. El Niño prendra fin. Mais pas la crise climatique, à moins que nous ne mettions fin à l’ère des énergies fossiles. Rejoignez la campagne Nos factures, Leurs profits de 350 pour sortir des énergies fossiles, accélérer la révolution des renouvelables et tenir les gros pollueurs responsables. The post El Niño en 2026 : à quoi s’attendre ? appeared first on 350 Français. Texte intégral (2417 mots)

C’est quoi El Niño ?
Ce que dit la science sur le phénomène El Niño
Un déséquilibre entre El Niño et La Niña
Que se passe-t-il en ce moment ?
Quels sont les impacts ?
Pourquoi les énergies fossiles aggravent tant les effets d’El Niño ?
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