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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef
06.11.2026 à 11:50

Écorégions, 100% renouvelables, sortie des pesticides… Ce que contient le programme de La France insoumise sur l’écologie

Esteban Grépinet, Zoé Moreau

Texte intégral (2737 mots)
La France insoumise (LFI), représentée par Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle, vient de dévoiler son programme. © Miguel Medina/AFP

Plus d’un millier de mesures, 200 pages et un objectif : prendre le pouvoir en 2027. À la veille d’un meeting de son candidat, Jean-Luc Mélenchon, au Bourget (Seine-Saint-Denis), La France insoumise (LFI) dévoile ce vendredi son programme pour l’élection présidentielle. Le livre – qui reprend largement les propositions des anciennes campagnes électorales (6ème République, retraite à 60 ans, sortie de l’Otan…) – accorde une place centrale à l’écologie.

«Le programme est complet, avec des propositions pour la plupart des leviers nécessaires pour la baisse des émissions de gaz à effet de serre et pour l’adaptation au changement climatique, en intégrant des mesures spécifiques pour les ménages vulnérables, salue Anne Bringault, directrice de programmes au Réseau action climat. Il reste à attendre les éléments sur le financement de ce programme.» LFI compte détailler les moyens à mettre en œuvre dans des livrets thématiques qui seront présentés tout au long de la campagne électorale.

📕 Les bases : une «bifurcation écologique et sociale», trois piliers

Allier écologie et social. Le programme insoumis dédie son premier chapitre à la «bifurcation écologique et sociale», avec de nombreuses propositions qui mêlent préservation de l’environnement et lutte contre les inégalités. Sa première mesure, copier-coller du programme présidentiel de 2022 : inscrire dans la Constitution la «règle verte», qui consiste à ne pas prélever plus que ce que la nature peut reconstituer. LFI veut notamment se fonder sur ce principe pour réévaluer les «grands projets inutiles» (ligne Lyon-Turin, canal Seine-Nord…).

Planification écologique. Pour concrétiser cette «bifurcation», Jean-Luc Mélenchon propose d’organiser dans le temps la transition écologique : dans quels secteurs investir (énergies renouvelables, agroécologie), quelles industries stratégiques relocaliser (médicaments, numérique), à quelle échéance… Cette planification écologique passe par une intervention forte de l’État dans l’économie, en nouant des «pactes de commande publique» avec les filières ou en (re)nationalisant des entreprises, comme le géant de l’acier ArcelorMittal.

Écorégions. C’est la déclinaison géographique de la planification écologique : remplacer les régions actuelles par un découpage fondé sur des critères écologiques (bassins versants, montagnes…). Le programme donne aussi une place centrale aux outre-mer, présentées comme des «territoires pilotes» où seront développées des politiques d’autonomie énergétique et alimentaire spécifiques. Et où sera garanti, «quoi qu’il en coûte», l’accès à l’eau courante potable.

⚡ Énergies

Sortie des fossiles. Pour lutter contre le changement climatique, les insoumis·es veulent mettre fin à l’utilisation des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) d’ici 2050, notamment en arrêtant de les subventionner. Le mouvement veut aussi instaurer un «crime climatique de dissimulation et de tromperie sur les émissions carbone des entreprises», dont les contours juridiques restent flous. À l’international, il est pour le «traité de non-prolifération des énergies fossiles», porté depuis 2015 par des États du Pacifique et des milliers de scientifiques.

100% renouvelables. Pour atteindre la neutralité carbone, le programme reprend à la lettre le triptyque élaboré en 2022 par l’association négaWatt : sobriété, efficacité et renouvelables. Il promet d’atteindre 100% d’énergies renouvelables «au plus tard en 2060», en mettant notamment l’accent sur les énergies marines (éoliennes en mer, hydroliennes…).

Fin du nucléaire. C’est l’autre versant du plan énergétique insoumis : sortir progressivement du nucléaire civil, jugé dangereux et inadapté aux changements climatiques. Il veut stopper la relance de nouveaux réacteurs enclenchée par Emmanuel Macron en 2022, tout en promettant de garantir la reconversion des travailleur·ses du secteur.

🔥 Adaptation climatique

Fortes chaleurs. Jean-Luc Mélenchon veut engager un vaste plan de rénovation des hôpitaux, des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), des écoles et des espaces publics, pour les adapter au réchauffement climatique. Pour ça, il mise autant sur l’installation de réseaux de fraîcheur urbains que sur la climatisation. En cas d’alerte canicule, l’insoumis veut imposer la gratuité des lieux de refuge (piscines publiques, musées, etc.). Il entend aussi instaurer des seuils de température maximaux sur les lieux de travail.

Incendies. Jean-Luc Mélenchon prévoit de renforcer les moyens humains et matériels de lutte contre les feux de forêt.

Eau. Face à l’augmentation du risque de sécheresse et d’inondations, l’ancien socialiste veut consacrer une «règle bleue», sur le modèle de la «règle verte». Le principe : «ne pas prélever, ni transformer, ni polluer le cycle de l’eau au-delà de ce que la nature peut reconstituer». Selon cette règle, un moratoire immédiat sur les «mégabassines» serait instauré.

🤖 Intelligence artificielle

Data centers. LFI soutient un moratoire sur «l’installation des centres de données non souverains», portés par des acteurs extra-européens. «Il faut avoir des data centers pour assurer un minimum de souveraineté numérique, mais il faut que cela se fasse dans des conditions environnementales satisfaisantes», notamment en termes de consommation d’eau et d’énergie, développe la députée insoumise Claire Lejeune.

Usages de l’IA. Le mouvement veut développer une intelligence artificielle «utile aux besoins sociaux et écologiques». Il veut interdire les IA qui vont à l’encontre des droits sociaux (par exemple : pour la gestion des flux migratoires) ou qui ont pour «objectif de simuler une relation affective avec l’utilisateur».

🚅 Transports

Plus de train. Pour transformer les transports, premier secteur d’émissions de gaz à effet de serre en France, LFI mise sur le ferroviaire. Le mouvement veut lancer un plan de rénovation et de réouverture des lignes et gares fermées ces dernières décennies. Il compte aussi baisser le prix des billets en supprimant la gestion par algorithme.

Moins d’avions. À l’inverse, il veut réduire la place de l’avion en supprimant les lignes intérieures en cas d’alternative en train de moins de quatre heures – une mesure reprise de la Convention citoyenne pour le climat. La niche fiscale sur le kérosène sera également supprimée.

Automobile. Il veut enfin planifier la construction de voitures électriques «légères et abordables», tout en réglementant la taille des SUV vendus en France. L’automobile est, pour le moment, l’un des seuls secteurs au financement détaillé : 1,4 milliard d’euros supplémentaires pour produire deux millions de véhicules électriques par an. Destinées à lutter contre la pollution de l’air dans les grandes villes mais critiquées pour leur aspect inégalitaire, les zones à faibles émissions (ZFE) feront l’objet d’un moratoire.

🏘 Logements

Rénovations. Comme en 2022, Jean-Luc Mélenchon porte un plan de rénovation énergétique de 700 000 logements par an. Cet objectif est chiffré à plus de cinq milliards d’euros par an. Le candidat veut aussi organiser la sortie du «chauffage fossile», au fioul ou au gaz.

Droit au logement. Alors que 350 000 Français·es vivent sans domicile, LFI promet le «zéro sans-abri» en cinq ans, notamment en construisant 200 000 logements publics par an. Pour protéger les locataires, le parti veut interdire les expulsions sans relogement ou encore contraindre les bailleurs à équiper les logements pour faire face aux canicules.

💊 Santé et pollutions

Pesticides. Le candidat insoumis prévoit une sortie «progressive» des phytos et une interdiction immédiate des produits les plus dangereux – par exemple le glyphosate. Il envisage, en parallèle, d’instaurer une zone tampon pour protéger les enfants de ces produits autour des habitations, crèches, écoles et hôpitaux. La France applique déjà des «zones de non-traitement», entre les parcelles traitées et les zones d’habitation, mais l’efficacité du dispositif est contestée.

PFAS. Jean-Luc Mélenchon entend sortir des PFAS, ces substances chimiques toxiques, qui entrent dans la composition de nombreux objets du quotidien (poêles, tissus imperméables…). Il prévoit de «mettre fin à la fabrication, à l’importation et à la vente de produits qui en contiennent». Il promet aussi de renforcer la protection de l’eau potable. Si la recherche de ces «polluants éternels» y est obligatoire depuis janvier 2026, les contrôles restent très inégaux selon les territoires. Le candidat veut les rendre systématiques et durcir les seuils réglementaires.

Pollution plastique. Alors que la France croule sous les plastiques (3,7 millions de tonnes de plastiques sont générées chaque année dans le pays), Jean-Luc Mélenchon propose de prendre le problème à la racine, en «donnant la priorité à la réduction des déchets». Première étape : interdire «immédiatement» les emballages à usage unique. La loi Agec de 2020 le prévoit déjà, mais avec une sortie progressive d’ici à 2040. Pour les remplacer, les insoumis·es misent sur les bouteilles et bocaux en verre, ainsi que sur le retour de la consigne.

Cadmium. Jean-Luc Mélenchon promet également de «lutter contre le cadmium», ce métal lourd, toxique, qui contamine les Français·es principalement par l’alimentation. Mais, alors que les engrais phosphatés constituent l’une des principales sources de contamination des sols agricoles, le programme ne fixe aucune trajectoire précise de réduction de leur teneur maximale en cadmium. Le candidat évoque également un «plan de réduction de la pollution déjà présente», sans préciser ses modalités, et alors qu’aucune technique de dépollution des sols n’a, à ce jour, été identifiée comme opérationnelle.

🚜 Agriculture et bien-être animal

Agroécologie. Jean-Luc Mélenchon promet la création de 500 000 emplois agricoles. Un chiffre colossal, puisque la France compte actuellement 600 000 travailleur·ses dans ce secteur, et que le nombre de paysan·nes est en chute libre depuis l’après-guerre. Pour inverser la tendance, son programme propose de favoriser la création de fermes «à taille humaine», d’accompagner la profession avec des «contrats de transition agroécologique», ou encore de la protéger avec des «prix planchers».

Alimentation. Il souhaite remplacer le ministère de l’agriculture par un ministère «de la production alimentaire». Il veut une alimentation 100% bio et locale dans la restauration scolaire et collective (la loi impose déjà un objectif – non rempli – de 20% de bio), avec une option végétarienne chaque jour. Le Nutri-Score, cet étiquetage qui évalue la qualité nutritionnelle des produits, sera rendu obligatoire dans la grande distribution.

Élevage. Le programme promet sobrement d’«interdire les fermes-usines» – sans préciser de seuils ni d’échéance à ce stade. Des précisions seront apportées prochainement dans un livret sur la condition animale, précise Claire Lejeune : «Nous voulons pousser des modèles d’élevage à taille plus réduite, plus humaine.»

Bien-être animal. La France insoumise veut créer un Haut-commissariat dédié à la condition animale et interdire les pratiques jugées «cruelles» : corrida, chasse à courre, broyage des oisillons… Elle souhaite aussi un moratoire sur les «fermes-usines» de saumons, alors qu’un tout premier projet vient d’être autorisé en Gironde.

🌳 Biodiversité

Écosystèmes. Le programme évoque un plan national de restauration de la nature «ambitieux», pour réparer les écosystèmes détruits ou dégradés (cette feuille de route existe déjà, mais elle est critiquée par les ONG). Il promet plus de moyens pour les agences de l’État, comme la «police de l’environnement» ou l’Office national des forêts (ONF).

Forêts. Il veut interdire les coupes rases en forêt («sauf en cas d’impasse sanitaire avérée») ou encore limiter la taille des engins forestiers. À l’inverse, le mouvement dit vouloir prioriser la régénération naturelle et laisser un quart de la surface forestière en libre évolution, sans intervention humaine.

Mers. Il prône notamment l’interdiction de la bande côtière pour les plus gros navires de pêche – une mesure que le gouvernement actuel met déjà en place dans l’est de la Manche (notre article). Il défend aussi un plan de dépollution de la mer Méditerranée ainsi qu’une meilleure protection des aires marines protégées, critiquées par ONG et scientifiques pour leur inefficacité.

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06.11.2026 à 06:00

«C’est un problème de santé publique» : en Turquie, les déchets plastiques européens polluent les sols et les cours d’eau

Anne Legrand

Texte intégral (1598 mots)
Umut Özşimşek, membre de l’association écologiste Çukuravo, à Adana, le 17 octobre 2026. © Anne Legrand/Vert

L’odeur de plastique brûlé est prenante aux abords des champs d’oranges qui entourent Adana. La ville située en pleine région agricole de Çukurova, dans le sud de la Turquie, est connue pour ses agrumes et ses grenades qui font la fierté de toute une communauté. Mais ces plaines particulièrement fertiles sont aujourd’hui morcelées, entre rangées d’arbres fruitiers et imposants hangars cloisonnés appartenant aux entreprises de recyclage.

Derrière ces murs de plusieurs mètres de haut, on distingue les montagnes de déchets plastiques qui seront broyés, lavés, fondus et réutilisés. Un processus long auquel seule une infime partie des milliers de tonnes importées à Adana est destinée. Les 90% restants sont visibles aux alentours des usines, abandonnés ou en partie calcinés.

Umut Özşimşek, membre de l’association écologiste Çukuravo, connaît bien les endroits où les industriels du plastique de la ville laissent leur surplus. Son association travaille pour documenter les pollutions dans la région afin de «créer une mémoire écologique».

En ce milieu du mois d’octobre, dans le quartier de Sakirpasa, en périphérie, des allées entières sont recouvertes de bouteilles, emballages et sachets. «Ici, ils en apportent chaque semaine», explique-t-il, parvenant à reconnaître certaines des marques étrangères récurrentes. «Ce plastique-là vient quasiment uniquement du Royaume-Uni. Ces déchets ne sont pas recyclables. Alors, soit ils les déversent dans l’eau, soit ils les brûlent, soit ils les abandonnent un peu partout dans la nature», soupire-t-il.

Poubelle de l’Europe

Le Royaume-Uni exporte la majorité du plastique arrivant à Adana, juste devant l’Union européenne. En 2018, la Chine – le plus gros importateur de plastique du monde à l’époque – décide de fermer ses portes aux cargaisons de déchets étrangers, provoquant un séisme dans l’industrie du recyclage. La Turquie émerge alors comme la nouvelle poubelle de l’Europe : pour sa proximité géographique et sa politique environnementale conciliante. Elle est aujourd’hui la première destination des déchets de l’UE. En 2025, 510 000 tonnes de plastiques européens y ont été envoyées en échange de 94 millions d’euros, un record.

Adana reçoit à elle seule 60% de l’ensemble du plastique importé en Turquie. Sa proximité avec le port industriel de Mersin, où arrivent les conteneurs de déchets européens, en a fait le centre de cette industrie. Selon Greenpeace Turquie, la ville compte plus de 170 usines de recyclage, certaines agréées par l’État mais d’autres travaillant en dehors du cadre légal.

À Adana, le plastique qui ne peut pas être recyclé est répandu sur les bords de route. © Anne Legrand/Vert

Berk Butan, responsable des campagnes économiques et sociales à Greenpeace Turquie, pense que l’agrément gouvernemental ne permet pas de garantir le respect de l’environnement : «Le problème, c’est que le niveau d’inspection ne semble pas suffisant pour empêcher ces entreprises de polluer. Elles se sentent probablement libres de le faire parce qu’elles ne sont soumises à aucun contrôle.»

Cet été, un rapport scientifique a mis en lumière un niveau de pollution plastique record dans la mer Méditerranée au large d’Alanya, à 130 kilomètres d’Antalya, où se tiendra la 31ème conférence mondiale (COP31) sur le climat. Les chercheur·ses ont directement mis en cause les usines d’Adana, dont les microplastiques se déversent dans le fleuve Seyhan, qui traverse la ville, puis dans la mer.

«Ils ont renforcé les contrôles après cela, raconte Berk Butan. Certaines usines se sont fait suspendre leur agrément ministériel.» Selon les dernières déclarations du ministère de l’environnement turc, douze établissements ont été fermés à la suite d’inspections menées à Adana en septembre. Sur l’ensemble du pays, 153,5 millions de livres turques (2,7 millions d’euros) d’amendes ont été infligées.

«Ils rejettent leurs eaux usées directement dans les canaux»

Le long des champs, à seulement quelques centaines de mètres des usines, des milliers de billes de microplastique flottent à la surface des rivières. Une pollution parfois involontaire, mais surtout liée au rejet des eaux usées utilisées pour laver les déchets avant leur seconde vie.

Pour Sedat Gündoğdu, biologiste marin et professeur à l’université Çukurova, auteur d’une étude publiée dans la revue Environmental monitoring and assessment sur la pollution des eaux d’Adana, les microplastiques rejetés par les usines de recyclage sont responsables de la dégradation de l’ensemble du système de traitement de la ville.

Son travail, réalisé début 2026, fait état d’une importante concentration de microplastiques dans les canaux d’irrigation d’Adana, utilisés pour l’agriculture maraîchère : «Ils rejettent leurs eaux usées directement dans les canaux. Ensuite les agriculteurs les utilisent comme source pour leurs champs», décrit-il. En recueillant des échantillons de trois conduits différents, d’abord en amont, puis en aval des usines de recyclage comme celle de Kemal Deniz – l’une des plus importantes de la région –, Sedat Gündoğdu montre que la concentration de microplastiques dans l’eau est jusqu’à 132 fois supérieure au niveau observé en amont. Sollicitée sur sa gestion des eaux usées, l’entreprise Kemal Deniz n’a pas donné suite à nos demandes.

L’un des cours d’eau testés par le professeur Sedat Gündoğdu, servant à l’irrigation des champs à Adana. © Anne Legrand/Vert

Certain·es agriculteur·ices choisissent d’éviter l’usage des canaux d’irrigation de la ville. Les champs de Berkay Ulular se trouvent à quelques kilomètres seulement des usines de recyclage : «Je vois la pollution autour et je sens l’odeur de plastique brûlé, explique le trentenaire issu de la troisième génération de maraîchers de sa famille. Mais mes champs ne sont pas touchés, comme je n’utilise pas l’eau.» Pour sa production de citrons et d’oranges, il utilise l’eau du lac artificiel Seyhan, situé au nord d’Adana, sur le fleuve éponyme.

«L’importation de déchets plastiques devrait être interdite au plus vite»

La combustion de matière plastique libère des gaz toxiques dans l’atmosphère, comme les dioxines et les particules fines. Celles-ci se propagent dans l’air et se déposent sur les cultures et les cours d’eau, entraînant de graves risques pour l’environnement ainsi que pour la santé des consommateur·ices et des habitant·es. Les personnes exposées au quotidien sont plus susceptibles de contracter des maladies respiratoires et cardiovasculaires, ainsi que des cancers.

À Adana, les usines se trouvent proches des quartiers les plus défavorisés de la ville, où vivent notamment les minorités kurdes et syriennes, selon Umut Özşimşek. «Ce n’est pas seulement un problème de pollution environnementale, mais de santé publique, insiste le militant. Pour moi, l’importation de déchets plastiques devrait être interdite au plus vite.»

La Turquie devrait cependant continuer à voir ces montagnes de plastiques arriver sur son territoire. À partir du 21 novembre 2026, l’entrée en vigueur d’une nouvelle réglementation de l’UE interdira l’envoi de déchets plastiques vers des pays non membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

En tant que pays membre, la Turquie verra donc sa position de première destination du plastique européen renforcée, avec une réglementation plus stricte. Pour Greenpeace Turquie, cette régulation pourrait être un rappel à l’ordre : «Si l’industrie souhaite importer davantage de déchets plastiques à l’avenir, elle devra agir avec prudence et veiller à ce que ces déchets soient propres.»

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05.11.2026 à 11:49

«Tout est fait pour qu’on ne milite plus» : la criminalisation des mouvements sociaux frappe aussi les écologistes

Mathilde Picard

Texte intégral (1639 mots)
Paris, le 23 mai 2025. L’action du mouvement de désobéissance civile Extinction rebellion contre TotalEnergies a rapidement été interrompue par la police. © Yann Castanier/Vert

«La manifestation qui était une routine dans la culture politique française devient maintenant une action à risque», constate Sylvie Ollitrault, directrice de recherche en sciences politiques au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Ces dernières semaines, les mobilisations lycéennes et manifestations contre la vie chère ont été durement réprimées par les forces de l’ordre.

Les militant·es écologistes qui participent à ces mouvements ne sont pas épargné·es. Plusieurs membres des Soulèvements de la Terre et de Bassines non merci, qui luttent contre l’installation de gigantesques réserves d’eau destinées à l’agriculture, ont reçu une interdiction de manifester et une assignation à ne pas sortir de leur commune, samedi dernier.

Il s’agit de mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance (Micas), qui sont des outils juridiques relevant de la lutte antiterroriste. Selon Mediapart, des arrêtés pris par le ministère de l’intérieur à la fin du mois d’octobre ont appliqué ces Micas aux militant·es pour l’écologie et le social.

Édouard* et Ela*, activistes contre les mégabassines, ont reçu leur toute première Micas vendredi dernier, la veille de la manifestation du 31 octobre contre la vie chère. Elle et il n’ont donc pas eu le temps de la contester. «Au début, on était sidéré, raconte à Vert le jeune homme. On se demande si ce sera pareil pour chaque mobilisation, on a une épée de Damoclès au-dessus de la tête.»

Une «augmentation de la répression douce en France»

Les militant·es sont des habitué·es des mobilisations environnementales et ont participé à plusieurs actions de désobéissance civile, comme Anne-Morwenn Pastier, ancienne porte-parole de Bassines non merci, également visée par une Micas. Elle avait pris part au blocage contre une usine de production de pesticides BASF en novembre 2025 à Saint-Aubin-lès-Elbeuf (Seine-Maritime).

«Ils assimilent des gens qui ont potentiellement abîmé la barrière d’entrée d’une entreprise à des terroristes, s’insurge Ela. Et ils sous-entendent qu’il pourrait y avoir des affrontements entre l’extrême gauche et l’extrême droite… Mais on n’a pas entendu parler de Micas adressés à des militants d’extrême droite !»

Alors que l’interdiction de quitter leur commune et l’obligation de pointer plusieurs fois par jour au commissariat devaient durer tout le week-end, les trois activistes ont contesté la sanction en référé et obtenu sa suspension dès le samedi soir.

Pablo Corroyer, chargé de recherche en sciences politiques au CNRS, précise que l’utilisation des Micas provient de «l’entrée de l’état d’urgence dans le droit commun en 2017». Elle était au départ réservée aux personnes condamnées pour terrorisme, à la suite des attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan.

«L’augmentation de la répression douce en France m’inquiète particulièrement, confie à Vert le rapporteur spécial des Nations unies sur les défenseur·ses de l’environnement, Michel Forst. Le glissement des moyens de répression destinés aux mouvements terroristes et appliqués aujourd’hui aux écologistes est quelque chose que l’on constate au niveau européen.»

Ce nouveau traitement des militant·es des écologistes s’applique dans un contexte «d’augmentation de la répression administrative depuis les années 2010», détaille Pablo Corroyer. Il la définit comme «une action de l’administration guidée par un impératif sécuritaire sous l’autorité des préfectures et du ministère de l’intérieur.»

«On observe une répression générale du militantisme, tous les groupes qui visent à contester un modèle de société dominant et capitaliste sont particulièrement surveillés», abonde Sylvie Ollitrault.

Dissolutions, fouilles et surveillance massive

Parmi les autres outils administratifs utilisés à l’encontre des militant·es écologistes, on peut citer le recours au fichage S, un fichier de renseignements créé par les services de renseignements sur les personnes soupçonnées de menaces à la sûreté de l’État. Mais aussi la surveillance renforcée, les écoutes téléphoniques, la géolocalisation ou encore la reconnaissance faciale.

Pablo Corroyer a étudié la contestation au projet d’enfouissement de déchets radioactifs à Bure (Meuse). Sur le territoire, il a constaté les multiples contrôles, fouilles, palpations et la présence policière continue dans le quotidien des militant·es, hors des moments de lutte.

Selon le chercheur, «les groupes minorisés, racialisés, anticolonialistes ou encore les révoltés des quartiers populaires ont été les premières cibles de cette répression administrative, celle-ci s’est ensuite étendue aux mouvements écologistes».

«L’arsenal administratif testé par le passé est de plus en plus systématisé pour les mouvements écologistes, abonde Michel Forst. Or le droit administratif n’a pas pour vocation première de réprimer mais de faire fonctionner l’État.»

Cette stratégie s’additionne à la menace de dissolution de mouvements écologistes, à l’image de celle des Soulèvements de la Terre, souhaitée par le gouvernement mais annulée par le Conseil d’État en novembre 2023. «Dans les années 1950 et 1960, on dissolvait des associations car il y avait des insurrections et une utilisation de la lutte armée ; aujourd’hui, on dissout pour des propos tenus ou pas assez contrôlés», relève Pablo Corroyer.

«La France est le pire pays d’Europe sur le plan de la répression policière»

Comme le reste du mouvement social, les militant·es écologistes subissent aussi une augmentation de la violence policière ces dernières années. «L’évolution du maintien de l’ordre a abouti à un recours de plus en plus systématique aux armes intermédiaires, avec une police qui va au contact des manifestants», explique Lucien Thabourey, doctorant au Centre d’études européennes et de politique comparée de Sciences Po.

Au sein du mouvement écologiste, les manifestations contre les retenues d’eau des Deux-Sèvres, et en particulier celle de mars 2023 à Sainte-Soline, ont représenté un tournant. L’utilisation d’armes de guerre par les forces de l’ordre – dont plus de 2 000 grenades –, et la violence de la répression ont fait environ 200 blessé·es et plongé deux personnes dans le coma. «Tout est fait pour qu’on ne milite plus, pour que le coût de venir en manifestation soit plus élevé», note Sylvie Ollitrault.

Dans un rapport publié en 2024, Michel Forst constatait la violence des forces de l’ordre et affirmait que «la France est le pire pays d’Europe sur le plan de la répression policière». Deux ans plus tard, il déplore : «La situation n’a pas changé. On le voit avec les rassemblements de ces dernières semaines qui ont réuni des manifestants de différente nature, dont des écologistes.»

L’expert précise que «le droit international reconnaît le droit d’utiliser la disruption et la perturbation de l’ordre public non violente. Il n’interdit pas les sanctions, mais elles doivent être proportionnées, légales – c’est-à-dire prévues par la loi –, et légitimes, soit poursuivre un but nécessaire. Ce n’est pas le cas actuellement.»

À l’époque, le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin associait déjà les opposant·es aux gigantesques retenues d’eau à des «écoterroristes». Depuis plusieurs années, «on entend les mots d’”ultragauche”, d’”écoterroristes”, de “talibans verts”, liste Michel Forst. C’est un langage méprisant et dangereux qui vise à discréditer les causes défendues par les militants.» Sylvie Ollitrault souligne que la décision du Conseil d’État qui annule la dissolution des Soulèvements de la Terre entérine que ces collectifs ne représentent «aucune menace terroriste, même en termes de discours».

*Les personnes interrogées ont souhaité être anonymisées.

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05.11.2026 à 07:00

Hubert Peres, spécialiste de la politique espagnole : «La droite n’a aucune chance d’arriver au pouvoir sans l’appui de l’extrême droite»

Hicham Zemrani

Texte intégral (1662 mots)
Santiago Abascal, président du parti d’extrême droite Vox, le 15 décembre 2025, à Almaraz. © Vox España/Flickr

Après plus de huit années au pouvoir, le président socialiste du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, remettra son mandat en jeu le 29 novembre, lors des élections législatives. En position de force dans les sondages, le chef des conservateurs, Alberto Núñez Feijóo (Parti populaire, PP), fait figure de favori… mais pourrait dépendre de la formation d’extrême droite Vox pour gouverner.

Quatre communautés autonomes (Andalousie, Aragon, Castille-et-León et Estrémadure), l’équivalent ibérique de nos régions, sont aujourd’hui dirigées par des coalitions rassemblant la droite et l’extrême droite. Hostilité aux normes environnementales, détricotage des lois mémorielles, défense acharnée de la politique familiale… Hubert Peres, professeur émérite de science politique à l’université de Montpellier (Hérault) et auteur de La politique en Espagne (La Découverte, 2023), revient dans un entretien à Vert sur les mesures prises par le PP et Vox à l’échelle régionale.

Vert : le «cordon sanitaire» autour de l’extrême droite existe-t-il en Espagne ?

Hubert Peres. Le concept même de «cordon sanitaire» n’a jamais existé, car l’irruption de l’extrême droite est récente. Vox a été créé au milieu des années 2010 et n’a connu qu’un faible succès jusqu’en 2018. Dans un premier temps, le PP a été réticent à envisager un accord de gouvernement avec ce parti.

Hubert Peres est professeur émérite de science politique à l’université de Montpellier (Hérault), spécialiste de la vie politique espagnole. © DR

Mais il a fini par réaliser que, compte tenu de la transformation du système partisan espagnol, qui s’est beaucoup fragmenté, il n’avait aucune chance d’arriver au pouvoir et de gouverner sans l’appui de Vox, aussi bien au niveau des communautés autonomes que sur le plan national.

Quels sont les faits d’armes des régions dirigées par une coalition PP-Vox ?

Le principal acquis de Vox a été de remettre en question la loi sur la mémoire démocratique et sa tentative d’expulsion de tous les souvenirs du franquisme de la vie politique et culturelle espagnole. Le parti a réussi à faire voter ce qu’il appelle des lois de «concorde nationale» en refusant l’antinomie entre le franquisme et la démocratie.

Pourquoi Vox a-t-il fait des questions mémorielles l’un de ses principaux chevaux de bataille ?

Avant 2018, l’extrême droite existait de façon embryonnaire. L’une des explications à ce phénomène était la disqualification de l’extrême droite à la suite de la transition démocratique. Il est donc fondamental pour Vox de rompre avec ce discrédit du franquisme, de le revaloriser, pour se débarrasser de la tache morale qui pèse sur l’extrême droite.

S’appuyer sur une expérience historique idéalisée de ce qu’était l’Espagne avant la démocratie lui permet aussi de se construire une image antisystème qui fonctionne auprès des jeunes – il arrive en tête chez les 18-25 ans. Beaucoup d’entre eux sont sensibles à ce discours selon lequel on n’allait pas si mal sous le franquisme, qu’il y avait de l’ordre, de la sécurité, de l’emploi, etc. Et qu’au contraire, le système démocratique a apporté nombre de difficultés.

D’autant plus que cela se conjugue avec un mouvement totalement opposé du côté de la gauche radicale. Si Vox récuse l’idée que le passage à la démocratie a été un progrès spectaculaire, la gauche radicale considère que la transition n’a pas été un véritable passage à la démocratie parce qu’elle n’a pas suffisamment disqualifié la dictature.

La lutte contre l’immigration illégale est-elle le principal point de convergence entre les conservateurs et l’extrême droite ?

Lorsque Vox est apparu, l’immigration n’était pas le thème principal de son discours. Il l’a d’abord fondé sur l’anti-indépendantisme et l’unité de l’Espagne [dans le contexte de la tentative de sécession de la Catalogne en 2017, NDLR] ainsi que sur l’antiféminisme. Depuis, sa stratégie électorale a évolué. Pour gagner le vote des femmes, Vox a adopté une rhétorique fémonationaliste – en affirmant que lutter contre l’immigration revient à assurer la sécurité des femmes –, et la dimension anti-immigration est revenue au premier plan.

Cela n’a pas échappé au PP, qui s’est senti obligé d’infléchir son discours en tenant des propos et en formulant des propositions plus dures sur ce thème. Alors même que le parti a largement favorisé l’immigration extra-européenne quand elle a démarré au milieu des années 1980…

En Andalousie, par exemple, le gouvernement a supprimé, sous la pression de Vox, les subventions aux ONG qui s’occupent de l’aide aux sans-abri. C’est une façon de couper les vivres des associations accusées de favoriser l’immigration illégale.

Dans certaines régions, Vox est parvenu à imposer l’instauration d’une «priorité nationale» dans l’accès aux aides sociales et au logement…

Cette notion de «priorité nationale» n’est pas totalement assumée par le PP, qui refuse de tenir ce langage et d’en faire l’un des axes de son programme. Tout d’abord en raison des difficultés juridiques que pose cette mesure. La droite a trouvé un subterfuge en employant l’expression «enracinement» et en réservant l’accès aux aides sociales et au logement à ceux qui peuvent justifier d’une implantation dans la communauté de plus de dix années.

Cela concerne majoritairement les étrangers, mais d’autres populations, comme les militaires qui changent souvent de régions, pourraient être impactées. Finalement, même s’il utilise un terme différent, le PP accède aux thèses de Vox.

Le PP et Vox ont refusé de signer le «pacte d’État» face à l’urgence climatique proposé par Pedro Sánchez. Sont-ils dans le déni ?

Il est clair que Vox est dans le déni. Pas en remettant directement en cause le réchauffement climatique, mais en fustigeant ce qu’il appelle «les fanatiques du climat». Dans les pactes de gouvernement des communautés autonomes, Vox indique clairement son hostilité à toutes les mesures et normes contraignantes pour l’activité économique – et en particulier agricole – au nom d’une urgence écologique.

On retrouve aussi l’idée d’une défense à outrance des agriculteurs, de la tauromachie et de la chasse. Tandis que la gestion des forêts est liée à la lutte contre les incendies, mais sans jamais évoquer le fait qu’ils puissent être provoqués par le réchauffement climatique.

Beaucoup de discours du PP s’alignent sur cette vision. Mais la droite, elle, ne peut pas totalement s’opposer au Pacte vert [le Parti populaire européen, dont fait partie le PP, soutient le texte, NDLR]. Contrairement à Vox qui le considère comme néfaste pour l’économie espagnole.

Au niveau autonomique, Vox obtient souvent le portefeuille de la famille. Qu’est-ce que cela dit de ses priorités ?

L’antiféminisme de Vox se manifeste en particulier dans son refus de la notion de «violences de genre» et son souhait de la remplacer par l’expression «violences intrafamiliales» pour nier toute spécificité à la violence exercée contre les femmes. Mais le parti a mis en sourdine ces critiques pour des considérations stratégiques.

Néanmoins, Vox est une formation qui se déclare en faveur d’une limitation des conditions d’accès à l’avortement. Il valorise également la famille traditionnelle, les enfants et donc une démographie qui permettrait de se passer des étrangers. Le soutien à la politique familiale fait toujours partie des pactes de gouvernance signés par Vox.

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04.11.2026 à 12:27

Abdul El-Sayed, Deb Haaland, Chris Pappas… Ces victoires démocrates historiques aux élections de mi-mandat aux États-Unis

Louise Deshautels

Texte intégral (1567 mots)
Secrétaire américaine à l’intérieur sous Joe Biden, Deb Haaland a pris position pour le Green New Deal. © NPS/Jacob W. Frank/Flickr

Le camp démocrate est sorti gagnant des élections de mi-mandat aux États-Unis, avec une majorité absolue dans les deux chambres du Congrès : la Chambre des représentants et le Sénat. Parmi ces victoires, des premières historiques et symboliques. Première femme autochtone élue gouverneure, premier sénateur musulman, figures issues des minorités sous-représentées… Vert brosse le portrait de ces Étatsunien·nes qui occupent désormais des postes clés.

Deb Haaland, première femme issue des Premières Nations à devenir gouverneure aux États-Unis

C’est une nouvelle victoire électorale pour cette femme politique autochtone. Deb Haaland a été élue gouverneure dans l’État du Nouveau-Mexique, avec 57,25% des voix, devenant la première personne issue des Premières Nations à ce poste. La démocrate de 65 ans appartient au peuple Laguna Pueblo du Nouveau-Mexique. En 2018, elle avait été élue au Congrès, avant d’être nommée à la tête du département de l’intérieur par l’ex-président démocrate Joe Biden, en mars 2021.

Deb Haaland est la première femme autochtone à décrocher un poste de gouverneure des États-Unis. © Gage Skidmore/Flickr

Elle était alors devenue la première personne autochtone à accéder à une fonction ministérielle aux États-Unis. Dans le cadre de son mandat, elle a pris position pour le Green New Deal, un ensemble de projets politiques et de plans d’investissements visant à lutter contre le changement climatique et la dégradation de l’environnement. Elle s’est aussi engagée contre le pétrole de schiste et la fracturation hydraulique.

Au lendemain de l’annonce de sa nomination en tant que secrétaire d’État, elle écrivait sur Twitter (devenu X) : «Grandir dans le foyer Pueblo de ma mère m’a rendue féroce. Je serai féroce pour nous tous, pour notre planète et pour protéger toutes nos terres.»

Peggy Flanagan, première sénatrice autochtone

Autre représentante des Premières Nations à faire sa place dans la politique étatsunienne, Peggy Flanagan devient la première sénatrice autochtone du pays. Elle a été élue dans le Minnesota avec 53,71% des voix.

Lieutenant Governor and US Senate candidate Peggy Flanagan
Peggy Flanagan défend une vision progressiste sur les questions d’égalité, de justice sociale ou encore de défense des peuples autochtones. © Chad Davis/Flickr

Ancienne lieutenant-gouverneure de l’État, elle avait défendu une vision progressiste sur les questions d’égalité, de justice sociale ou encore de défense des peuples autochtones. Elle soutient un système de santé universel, le «Medicare for all», le renforcement des aides publiques à la garde d’enfants et a qualifié la guerre à Gaza de «génocide».

Keisha Lance Bottoms, première femme noire élue gouverneure aux États-Unis

Keisha Lance Bottoms entre dans l’histoire des États-Unis en devenant la première gouverneure noire du pays, après son élection en Géorgie. Elle a largement battu le candidat républicain, Rick Jackson, avec 54,31% des voix.

Ancienne maire d’Atlanta, Keisha Lance Bottoms a travaillé à la Maison-Blanche sous la présidence de Joe Biden. © Elijah Nouvelage/Getty Images via AFP

Membre du Parti démocrate, elle se présente sur son site comme descendante d’une famille d’esclaves d’une plantation de Géorgie. Pendant sa campagne, soutenue par l’ancien président démocrate Barack Obama, Keisha Lance Bottoms a misé sur la santé et le logement. De 2018 à 2022, elle était maire d’Atlanta, la plus grande ville de l’État, avant de travailler à la Maison-Blanche sous la présidence de Joe Biden.

Chris Pappas, premier sénateur ouvertement gay aux États-Unis

Sa première apparition post-victoire s’est faite aux côtés de son mari, qui est monté sur scène avec lui pour célébrer. Le démocrate Chris Pappas a remporté le siège de sénateur du New Hampshire avec 56,21% des voix. Il devient ainsi le premier homme ouvertement homosexuel à faire son entrée au Sénat.

Déjà élu à la Chambre des représentants depuis 2019, Chris Pappas a soutenu l’Equality Act, un projet de loi visant à inscrire dans le droit fédéral des protections contre les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. © Jodi Hilton/ Nurphoto via AFP

Déjà élu à la Chambre des représentants depuis 2019, il a notamment soutenu l’Equality Act, un projet de loi démocrate visant à inscrire dans le droit fédéral des protections contre les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. Pendant sa campagne de mi-mandat, il a mis l’accent sur la lutte contre l’inflation, les soins de santé ou encore le coût de la vie.

Abdul El-Sayed, premier sénateur musulman des États-Unis

C’était l’une des figures les plus médiatiques de cette campagne. Abdul El-Sayed a été élu sénateur de l’État du Michigan, avec 52,31% des suffrages, devenant à cette occasion le premier sénateur musulman des États-Unis.

D’origine égyptienne, ce médecin épidémiologiste de 41 ans n’avait aucune expérience politique. Pourtant, pendant toute la campagne, il a réussi à se démarquer grâce à son sens de la répartie et ses capacités oratoires. Il n’a pas hésité à reprendre à son avantage les critiques de Donald Trump et consorts.

Il fait partie de l’aile gauche des démocrates, en rupture avec la branche traditionnelle. Il profite du soutien de Barack Obama, et de celui de Bernie Sanders ou d’Alexandria Ocasio-Cortez, deux figures de la gauche radicale aux États-Unis. Pendant la campagne, il s’est positionné pour un programme de santé publique universel, l’abolition de l’ICE (la meurtrière police de l’immigration), la mise en place d’un moratoire sur les data centers ou encore l’arrêt de l’aide militaire étatsunienne pour l’étranger. Abdul El-Sayed se distingue par sa critique virulente du soutien à Israël, se plaçant plutôt en faveur des droits des Palestinien·nes.

James Talarico, premier sénateur démocrate du Texas depuis 1988

À 37 ans, le démocrate James Talarico vient de réaliser une percée historique au Texas. Après quatre décennies de domination du camp républicain, il a remporté le poste de sénateur de l’État face à Ken Paxton, activement soutenu par Donald Trump.

James Talarico devient le premier sénateur démocrate du Texas depuis 1988. ©Louise Palanker/Flickr

C’est le premier démocrate à ce poste depuis 1988. James Talarico a placé la lutte contre les inégalités économiques et la corruption au cœur de sa campagne. Après sa victoire, il a déclaré devant ses partisan·es réuni·es à Austin, la capitale texane : «Ce soir, nous avons battu Goliath.»

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04.11.2026 à 11:17

«Une renaissance de la gauche dans ce pays» : New York en liesse après la victoire des démocrates aux midterms

Apolline Guillerot-Malick

Texte intégral (1716 mots)
À l’annonce de la victoire du démocrate James Talarico au Texas, le bar Bohemian Hall & Beer Garden s’enflamme, pendant une soirée électorale organisée par le DSA. © Apolline Guillerot-Malick/Vert

Sous l’immense barnum de ce bar new-yorkais, les chopes de bière versées à la chaîne, façon Oktoberfest, finissent par appeler la victoire. Vers 23h30 ce mardi, l’annonce de la bascule du Sénat sur la chaîne CNN est une bouffée d’air frais. Plusieurs centaines de sympathisant·es du DSA, les Socialistes démocrates d’Amérique, entament un «Fuck Donald Trump» tonitruant.

Toutes et tous se sont donné rendez-vous dans le quartier d’Astoria, pour suivre la soirée électorale des élections de mi-mandat aux États-Unis. «Je commence tout juste à m’autoriser à espérer, souffle Sumana Harihareswara, une sympathisante du DSA d’une quarantaine d’années, consultante dans l’industrie de la tech. Cette administration fédérale a déjà causé d’énormes dégâts à nos infrastructures scientifiques, à notre fonction publique, à notre réputation à l’international et à notre économie, dont les conséquences mettront des générations à être réparées.»

«La démocratie et le futur de nos droits civiques étaient en jeu», renchérit Aaron Fernando, 26 ans, membre du DSA depuis 2019, qui voit en Donald Trump un «fasciste et un suprémaciste blanc».

La soirée se solde par l’obtention d’une majorité au Sénat et à la Chambre des représentants (la chambre basse aux États-Unis) pour le Parti démocrate. «Trump essuie un rejet historique», titre le quotidien Washington Post dans la nuit. Plus significatif encore, les démocrates ont remporté certains États acquis depuis des années aux conservateurs. On peut citer le Texas, avec la victoire de James Talarico ; le Kansas, avec celle d’Adam Hamilton ; l’Iowa, remporté par Josh Turek ; et l’Ohio, par Sherrod Brown. Dans le Maine, l’éternelle républicaine Susan Collins est éjectée par l’ancien syndicaliste Troy Jackson.

Une électrice s’émeut de la victoire de la gauche américaine lors d’une soirée électorale organisée par le DSA dans un bar du quartier d’Astoria à New York. © Apolline Guillerot-Malick/Vert

Dans une interview au New York Times cette nuit, le président Donald Trump s’est dit «tout à fait disposé» à accepter les résultats des élections de mi-mandat, ajoutant que la défaite de son parti était due au fait qu’il ne figurait pas sur le bulletin de vote. Une réaction pour le moins inattendue.

Le milliardaire républicain avait posé les jalons d’une contestation électorale depuis sa réinvestiture en janvier 2025. Il avait exigé de plus de 30 États qu’ils lui transmettent des listes d’électeurs : une demande sans précédent afin d’identifier de supposés «non-citoyens» inscrits sur les listes électorales.

Le 16 juillet dernier, dans une allocution présidentielle, il prétendait, sans en apporter la preuve, que 278 000 étranger·es étaient enregistré·es sur les listes et dénonçait des «vulnérabilités alarmantes» dans le système électoral étatsunien. Dans une analyse publiée une semaine avant le scrutin, le quotidien américain Washington Post avançait que «près de 600 comptes sur les réseaux sociaux, podcasts et autres médias en ligne, tous orientés à droite et bénéficiant d’une certaine notoriété, avaient publié plus de 7 000 déclarations remettant en question l’intégrité du scrutin depuis le début de l’année».

De retour dans le bar new-yorkais, sur une des tables en bois, des militant·es du DSA s’appliquent à coller les portraits des socialistes fraîchement élu·es sur une carte des États-Unis taille XXL. À l’occasion des midterms, le DSA a soutenu 131 candidat·es dans 30 États, dont dix à la Chambre des représentants. À New York, le mouvement a signé un tiercé gagnant avec Alexandria Ocasio-Cortez, surnommée AOC, élue représentante de la 14ème circonscription ; Claire Valdez, de la 7ème circonscription ; et Darializa Avila Chevalier, de la 13ème.

La démocrate-socialiste new-yorkaise Claire Valdez a été élue représentante de la 7ème circonscription de New York au Congrès. © Apolline Guillerot-Malick/Vert

Le mouvement a le vent en poupe. Un sondage de l’institut Gallup publié en septembre indiquait que 43% des Américain·es avaient une opinion positive du socialisme, contre 36% en 2010. Cette adhésion est encore plus marquée chez les 18-34 ans, parmi lesquels 57% expriment une opinion favorable. Et cela se traduit par des records d’inscriptions au sein du parti. Alors que le DSA ne comptait que 6 000 membres en 2016, ses représentant·es ont annoncé avoir passé la barre de 120 000 membres en juillet dernier.

Ces chiffres dépassent ceux de l’âge d’or du socialisme américain, alimenté par l’afflux d’immigrant·es européen·nes pendant la révolution industrielle. À son apogée en 1912, le Parti socialiste américain d’Eugene Debs, une figure d’envergure nationale qui s’est présentée à plusieurs reprises aux élections présidentielles, comptait près de 113 000 membres.

Derrière la réussite du DSA se célèbre celle de l’aile gauche du Parti démocrate. Celle-ci s’était développée autour de la figure de Bernie Sanders au moment des primaires pour la présidentielle de 2016. Puis elle s’est fortifiée avec la première victoire d’AOC en 2018, avant de connaître un véritable essor avec le succès de Zohran Mamdani à la mairie de New York en novembre dernier.

«On tient vraiment à ramener le Parti démocrate à ses racines ouvrières, soutient lors de la nuit électorale Shawna Morlock, coprésidente d’un groupe de travail dédié aux élections, au sein du DSA de New York. Cette soirée est la preuve que lorsque des responsables politiques s’adressent aux ouvriers, on peut élargir l’électorat, mobiliser les jeunes, les locataires, les travailleurs et provoquer une renaissance de la gauche dans ce pays.»

L’ambiance est à la célébration lors d’une soirée électorale organisée par le DSA dans un bar du quartier d’Astoria à New York. © Apolline Guillerot-Malick/Vert

«L’un des véritables enjeux de cette élection était d’agir pour que ces candidats plus progressistes commencent d’obtenir des nominations en dehors des grands centres urbains, bastions traditionnels du Parti démocrate. De mauvais résultats dans l’Amérique profonde auraient conforté ceux qui, au sein du parti, défendent la nécessité d’une ligne plus modérée pour élargir sa base électorale», estime le politologue David Hopkins, professeur au Boston College, dans le Massachusetts.

Mardi soir, l’aile gauche du parti a su s’émanciper des centres urbains. Plusieurs candidat·es soutenu·es par le DSA ont été élu·es à la Chambre des représentants dans le Michigan, le Colorado et la Pennsylvanie. Le démocrate ultra-progressiste Abdul El-Sayed a même remporté la bataille du Sénat dans le Michigan. «Ils sont devenus suffisamment puissants pour qu’on ne puisse plus simplement les ignorer et les marginaliser à l’échelle nationale», analyse David Hopkins.

Un électeur se réjouit de la victoire de la gauche américaine lors d’une soirée électorale organisée par le DSA dans un bar du quartier d’Astoria à New York. © Apolline Guillerot-Malick/Vert

Les républicains avaient pourtant fait de la diabolisation du socialisme – et par extension du Parti démocrate – leur principale stratégie électorale. «Ils emploient le terme “socialiste” pour désigner des extrémistes d’extrême gauche, anti-américains et porteurs d’idées étrangères et dangereuses, brouillant ainsi la frontière entre le socialisme démocratique, le marxisme et le communisme», ajoute le politologue. Ce mardi soir, outre-Atlantique, le rouge emblématique du Parti socialiste a éclipsé celui, plus tape-à-l’œil, du mouvement Maga (pour Make America great again, le slogan de Donald Trump). Alors que la foule commence à se disperser, un militant donne le mot de la fin : «Continuez à rejoindre les Socialistes démocrates d’Amérique : la bonne nuance de rouge.»

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04.11.2026 à 06:00

Bâtons de charbon, carafes filtrantes, réduction des pollutions… Quelles solutions pour éviter les pesticides dans l’eau potable ?

Esteban Grépinet

Texte intégral (1865 mots)
La consommation d’eau ne représente qu’une petite part de l’exposition aux pesticides… mais s’ajoute à d’autres voies de contamination, principalement l’alimentation. © Nicolas Economou/NurPhoto via AFP

En 2026, 36 millions de Français·es ont bu une eau contenant au moins un pesticide, a révélé la semaine dernière la carte interactive réalisée par Vert à partir des données du site Dans mon eau, créé par les associations Générations futures et Data for good.

Plusieurs millions d’habitant·es consomment même une eau qui dépasse les seuils de qualité, notamment dans le nord de la France. Attention, pas de panique : cette limite «n’est pas un indicateur de risque sanitaire», rappelle l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Ce n’est pas parce qu’elle est dépassée que consommer l’eau a des conséquences directes sur la santé.

Pour autant, les pesticides et leurs métabolites (les molécules issues de leur dégradation dans l’environnement) restent des substances toxiques, avec des effets documentés sur la santé, qui dépendent notamment des doses auxquelles nous sommes exposé·es.

La consommation d’eau ne représente qu’une petite part de cette exposition (moins de 10%), mais s’ajoute à d’autres voies de contamination, principalement l’alimentation.

La base : vérifier si son eau est contaminée

Dans un premier temps, il s’agit de prendre la mesure de l’état réel de l’eau qui coule à votre robinet. La carte interactive de Vert permet de prendre connaissance des territoires où la contamination est la plus forte : les Hauts-de-France – où plus de la moitié des réseaux de distribution d’eau potable ont des concentrations supérieures aux normes –, la Normandie, le Grand Est…

À court terme : des techniques de filtrations à l’efficacité toute relative

À l’échelon individuel, plusieurs solutions de court terme existent pour limiter l’exposition aux pesticides et autres polluants… mais elles ont toutes leurs limites. Parmi les principaux exemples :

L’eau en bouteille. Certaines communes où l’eau est la plus contaminée sont parfois contraintes de se ravitailler en packs, comme le raconte Le Monde. Extraite en profondeur, l’eau minérale en bouteille contient souvent moins de polluants chimiques – mais n’en est pas dépourvue. Moins contrôlée, elle présente surtout beaucoup de microplastiques : un litre contient en moyenne jusqu’à 240 000 particules de plastique, selon une étude publiée en 2024 dans la revue scientifique Pnas.

Les bâtons de charbon. Déposé quelques heures dans une carafe d’eau, un bâton de charbon actif est censé fixer sur sa surface les plus grosses molécules (on parle d’adsorption). «Cette technique peut se révéler peu efficace pour certains pesticides, soulève Julie Mendret, maîtresse de conférences à l’université de Montpellier (Hérault). Le remède peut même être pire que le mal, avec un risque de développement bactérien en l’absence d’une maintenance régulière.»

Les carafes filtrantes et filtres pour robinet. Le principe est similaire : l’eau passe cette fois par un filtre contenant des granulés de charbon actif. Cette technique peut marcher pour certaines grosses molécules, comme le chlorothalonil, un fongicide interdit depuis 2020 mais encore fréquemment retrouvé dans l’eau. Là encore, elle induit d’autres risques : en 2017, l’Anses a rendu un avis très nuancé sur l’efficacité des carafes filtrantes, avertissant notamment d’une possible «altération de la qualité microbiologique de l’eau».

Les filtres par osmose inverse. Cette fois, pas de charbon : l’eau est mise sous pression et traverse une membrane via des trous infiniment petits, qui bloquent la plupart des éléments indésirables. «C’est le système qui offre le spectre d’élimination le plus large. Il est efficace sur un très grand nombre de molécules, y compris les PFAS», ces «polluants éternels», détaille Julie Mendret. Mais un tel appareil coûte cher – plusieurs centaines d’euros – et consomme beaucoup d’eau et d’énergie.

«Ce sont des techniques de séparation, et non de dégradation, complète Julie Mendret. Dans le cas de l’osmose inverse, on produit un concentrat», ce liquide composé des molécules retenues par la membrane, qui est ensuite rejeté dans le réseau d’assainissement. En somme, ces technologies ne règlent pas le problème, elles le déplacent.

À long terme : réduire les pollutions à la source

«Les moyens de dépollution, collectifs ou individuels, sont coûteux et parfois inefficaces», pointe le site Dans mon eau, pour qui «la seule solution est collective». «Ces systèmes créent un clivage social, entre ceux pour qui ils sont abordables et les autres, abonde Julie Mendret. La solution ne doit pas venir des particuliers, mais d’un effort à l’échelle des usines de production d’eau potable.» Si toutes ne traitent pas les polluants chimiques, de plus en plus de stations sont dotées de dispositifs à base de charbon actif, voire de filtrations par osmose inverse.

Mais cette dépollution coûtera cher à l’État : plusieurs milliards d’euros par an, selon les évaluations (ici et là) publiées par l’administration française cet été. Une étude menée par l’Agence de l’eau Seine-Normandie, relayée par le média Contexte en septembre, confirme que ces solutions curatives contre les pesticides et nitrates coûtent au moins trois fois plus cher que de réduire les pollutions à la source.

Mieux vaut prévenir que guérir : la meilleure solution pour protéger l’eau reste de limiter les pesticides, notamment en favorisant la transition du monde agricole (principal utilisateur de pesticides en France) vers des modèles moins intensifs. Après plusieurs années d’attente, le gouvernement est justement sur le point de publier un décret (en consultation publique jusqu’au 9 novembre) visant à engager des plans d’action pour limiter les pollutions sur les captages d’eau potable «prioritaires» – mais ONG et collectivités locales regrettent son manque d’ambition.

Partout en France, il existe déjà une multitude d’initiatives pour favoriser la transition écologique des fermes :

🚜 Depuis 2020, l’entreprise publique Eau de Paris et l’agence de l’eau Seine-Normandie accompagnent une centaine d’agriculteur·ices installé·es sur des aires d’alimentation de captage autour de la capitale afin de réduire, voire supprimer, les engrais et pesticides. Le projet a déjà permis de réduire l’utilisation de ces derniers de 77% sur les parcelles suivies.

🤝 Des partenariats similaires entre agences de l’eau, régies publiques et agriculteur·ices sont nés ces dernières années : en Alsace, où l’objectif est de diminuer de 50% l’utilisation d’herbicides sur les captages prioritaires ; près de Rennes (Ille-et-Vilaine), avec le projet Terres de sources ; autour de Lyon (Rhône)…

💧 En Bretagne, la commission locale de l’eau – sorte de «parlement» qui rassemble élu·es, chambres d’agriculture, associations… – du bassin de la Vilaine a adopté le 16 octobre une ambitieuse feuille de route pour la protection de l’eau, qui prévoit l’interdiction des herbicides sur certaines parcelles de maïs proches des captages les plus pollués.

À noter que solutions préventives et curatives se complètent : même en réduisant drastiquement les pollutions sur les captages les plus exposés dès maintenant, les efforts de dépollution devraient se poursuivre pendant encore des années. Pour cause : les pesticides sont des molécules très persistantes, dont la dégradation complète peut prendre plusieurs décennies…

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03.11.2026 à 11:56

Manifestations interdites, couvre-feu, suspension du droit de vote : tout cela est-il bien légal ?

Louise Deshautels

Texte intégral (2233 mots)
De nombreuses manifestations ont été interdites depuis le 17 octobre. © Dario Nadal/Vert

Samedi 31 octobre, les manifestant·es se sont de nouveau réuni·es, pour certain·es costumé·es, dans les rues de plusieurs villes françaises. À Paris, le sort du cortège a été incertain jusqu’au dernier moment. Les organisateur·ices voulaient défiler de la place de la Bastille à celle de la Nation. La préfecture a préféré un trajet périphérique, entre la porte de Bagnolet et celle de Charenton.

Un nouvel épisode qui ravive les interrogations sur les restrictions du droit de manifester. En France, c’est un droit fondamental, reconnu par le Conseil constitutionnel. Après le 17 octobre et les pillages qui ont suivi la manifestation, de nombreuses préfectures ont pris des arrêtés d’interdiction, pour plusieurs jours. Mais ce n’est pas tout : il y a aussi eu des couvre-feu et même des menaces d’interdiction des réseaux sociaux. Vert fait le point sur la légalité de ces mesures.

Interdire les manifestations : quand le président outrepasse ses pouvoirs

Toute manifestation doit être déclarée en mairie ou en préfecture, trois jours avant minimum. Avec à chaque fois l’identité des organisateur·ices, le but, le lieu, la date et l’heure du rassemblement. Si le préfet juge qu’il y a un risque de trouble à l’ordre public, il peut l’interdire.

Plusieurs motifs peuvent être retenus. «Une mesure de police administrative repose sur un aspect prédictif», rappelle Serge Slama, professeur de droit public à l’université Grenoble-Alpes et spécialiste des droits humains. Les incidents survenus lors de précédents rassemblements et les remontées des services de renseignement de la police servent d’indices. «Les manifestations organisées par les syndicats rassurent la préfecture, explique le professeur de droit public. En revanche, pour des groupes moins encadrés, comme les lycéens, le risque perçu est plus important.»

Depuis la crise des Gilets jaunes en 2018, les interdictions dites «périmétriques» se sont multipliées. Elles permettent aux préfets d’exclure les manifestations de certaines zones, notamment des centres-villes, jugés plus difficiles à sécuriser. Le Conseil d’État admet cette possibilité, à condition que les restrictions soient justifiées par les circonstances et limitées dans l’espace comme dans le temps. «Actuellement, les circonstances sont très largement liées au 17 octobre et aux pillages qui ont suivi», remarque le juriste.

Le climat politique influe aussi sur la prise de décision des préfectures. Le 22 octobre, Emmanuel Macron déclare que seules les manifestations organisées à la demande des syndicats seront autorisées et que «la recommandation générale, c’est qu’il n’y ait pas de manifestation». Normalement, dans un régime libéral, le principe est la liberté et l’exception est l’interdiction. Avec la déclaration du président, la règle est inversée. Pour Serge Slama, elle a surtout instauré un «contexte encourageant les préfets à refuser une manifestation».

Par ailleurs, Sébastien Platon, professeur de droit public à l’université de Bordeaux et auteur d’un rapport sur «la résistance du système juridique français face à un choc autoritaire», rappelle que «le président n’a aucun pouvoir en la matière, c’est une compétence qui relève des maires et des préfets». Ce qu’a confirmé le Conseil d’État le 23 octobre, rappelant que les préfets doivent évaluer les risques pour chaque manifestation et ne peuvent pas légalement se fonder sur la seule absence d’affiliation syndicale pour l’interdire.

Modifier le parcours : une mesure légale mais dévoilée trop tardivement

Lorsque les manifestations ne sont pas interdites, leur parcours peut être modifié par arrêté préfectoral. Ces derniers jours, les décisions des préfectures ont été publiées très tardivement. À tel point que les organisateur·ices n’ont plus le temps de les contester devant la justice. Le 23 octobre, la préfecture de Paris impose un itinéraire différent de celui de la déclaration de manifestation, tard dans l’après-midi, la veille de la déambulation. Un recours est déposé dans la foulée, mais à 22h40, alors que les tribunaux sont déjà fermés. La requête est alors rejetée parce que le juge n’a pas eu suffisamment de temps pour rendre sa décision. En temps normal, un référé-liberté – la procédure d’urgence qui permet de faire cesser une atteinte à une liberté fondamentale portée par l’administration – nécessite un délai minimal de 48 heures.

Pour Sébastien Platon, cette pratique engendre un recul de l’État de droit. «L’intérêt est triple : cela ne laisse pas le temps de saisir le juge, permet de placer les manifestants en garde à vue – puisque la participation à une manifestation interdite est un délit –, et a un effet dissuasif pour toute personne qui peut craindre de se retrouver, sans le savoir, dans une manifestation interdite.»

Face aux mesures d’interdiction et aux risques d’être gazé, nassé, voire verbalisé, certaines personnes sont plus hésitantes à aller manifester. «Cela affaiblit très clairement la liberté de manifestation, alors même que c’est l’une des libertés les plus essentielles en démocratie», rappelle Serge Slama.

Mettre en place un couvre-feu : autorisé s’il y a un risque établi

Interdire de circuler dans certains quartiers et à certaines heures peut également être légal, si cette restriction répond à un risque précis de trouble à l’ordre public. De telles mesures ont été instaurées dans plusieurs villes françaises après le 17 octobre : à Paris, Lyon, Lille, Nice, Bordeaux ou encore Limoges. Les juges acceptent facilement l’élément contextuel comme une justification.

Pour autant, un couvre-feu ne peut pas s’étendre durablement. Par ailleurs, cette mesure est habituellement admise dans certains quartiers, à l’égard de mineur·es et lorsqu’il y a des phénomènes de délinquance localisés. Actuellement, ils sont assez généralisés et ne concernent pas seulement les mineur·es. «Sans la mémoire du 17 octobre, ces arrêtés ne résisteraient pas au temps», assure Serge Slama.

Bloquer les réseaux sociaux, «c’est clairement illégal»

Le 19 octobre, Gabriel Attal suggérait de bloquer «temporairement et de manière ciblée l’accès à certaines plateformes pour stopper l’effet de meute». Trois jours plus tard, selon une enquête publiée par Blast, le premier ministre Sébastien Lecornu a écrit aux opérateurs téléphoniques pour leur demander de préparer techniquement une suspension temporaire de plusieurs plateformes, avant les mobilisations prévues le 24.

«En l’état du droit actuel, c’est clairement illégal», rappelle Serge Slama. Il y a même un précédent : lorsque le gouvernement avait suspendu TikTok en Nouvelle-Calédonie lors des émeutes de mai 2024. Le Conseil d’État avait annulé la décision, rappelant qu’une interruption temporaire d’un réseau social ne peut être envisagée que dans des circonstances exceptionnelles et selon des conditions strictes. Elle doit être indispensable, aucune autre solution moins attentatoire aux libertés ne doit permettre d’atteindre le même objectif, et sa durée doit être strictement limitée.

Dans la nuit du 27 au 28 octobre, le Sénat a adopté le projet de loi «casseurs-payeurs». Ce dernier contient notamment un amendement qui vise à accélérer le retrait des contenus appelant à l’insurrection ou à l’armement. Avec la possibilité de bloquer les plateformes en cas de non-retrait. Un projet qui pourrait faire basculer dans la légalité la suspension des réseaux sociaux.

Suspendre le droit de vote des pilleurs, une peine de plus en plus prononcée

La volonté de sanctionner les personnes condamnées pour des pillages ou des dégradations commis en marge de manifestations s’est aussi traduite par des propositions de privation du droit de vote, un droit civique. «On ne vote pas aux prochaines élections quand on a pillé des magasins ou attaqué des policiers», déclarait le ministre de la justice Gérald Darmanin le 22 octobre. Le même jour, il annonçait avoir adressé une circulaire aux parquets pour demander une suspension du droit de vote pour les personnes condamnées pour pillage.

Une telle peine existe en droit français. Dans certaines affaires, un juge pénal peut prononcer une sanction complémentaire entraînant notamment la perte de certains droits civiques tels que le droit de vote. Elle s’applique pour les infractions comme les pillages et les dégradations. Mais ces peines se décident au cas par cas et les procureur·es sont libres de les demander.

«Habituellement, ce ne sont pas des peines que l’on voit pour ce type d’infraction», affirme Eva Barouk, avocate en droit pénal. Mais en demandant à ce que ce soit systématique, n’importe quelle participation, même en marge, peut se voir sanctionnée de suspension de droit civique.» Pour l’avocate, le contexte actuel «exacerbe la sévérité judiciaire» : «Les positions liberticides et toujours plus autoritaires de Gérald Darmanin imprègnent les réquisitions et les condamnations. On assiste à des situations ubuesques et on ne sait plus prédire les peines possibles auprès de nos clients.»

Contrôler des pancartes, une forme de censure

À l’entrée des cortèges de manifestations, certain·es se sont vu confisquer leurs pancartes par les forces de l’ordre. Or la liberté de manifester comprend aussi celle d’exprimer ses opinions.

«Il n’y a aucune base légale qui permet à des policiers de confisquer des pancartes, confirme Serge Slama. C’est une forme de censure qui est absolument inadmissible.» Une pancarte peut constituer une infraction uniquement si elle comporte une menace ou des propos injurieux. Dans ce cas précis, un procès-verbal peut être dressé.

Vers un «état d’urgence» constant ?

Au-delà des restrictions prises dans l’urgence, c’est l’évolution du cadre juridique français qui inquiète les juristes. Sébastien Platon observe un «durcissement de l’arsenal de police administrative, sous l’influence des pouvoirs propres à l’état d’urgence, entrés dans le droit commun», ainsi que des reculs dans les libertés de la société civile, notamment la liberté de manifestation.

Pour Serge Slama, il est désormais clair que «nous sommes en état d’urgence larvé, qui ne dit pas son nom». L’état d’urgence est une situation juridique d’exception qui permet aux autorités administratives (ministre de l’intérieur et préfets) de disposer de pouvoirs renforcés pour maintenir l’ordre public, notamment en interdisant la circulation des personnes ou des véhicules dans certains lieux et à certaines heures. «Au vu de tous les instruments adoptés par le gouvernement et des différentes lois sécuritaires et antiterroristes adoptées ces trente dernières années, si l’extrême droite parvient au pouvoir, elle n’aura pas besoin de nouveau texte pour gouverner de manière autoritaire».

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03.11.2026 à 06:00

RN, dette et pauvreté en hausse, démocratie et climat en berne : le lourd bilan d’Emmanuel Macron en graphiques

Anne-Claire Poirier, Sébastien Eid

Texte intégral (3045 mots)
En dix ans, la confiance accordée au président de la République n’a jamais été aussi basse, selon le Centre de recherches politiques de Sciences Po Paris. © Benoit Tessier/AFP

🌡 Climat : le prochain exécutif devra faire (beaucoup) plus

En dix années au pouvoir, Emmanuel Macron a souvent eu l’occasion de défendre son action en matière d’écologie. «Personne n’a autant fait que nous depuis trois ans», expliquait-il dès 2020, avant que toute la macronie n’en fasse un mantra.

Le deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron touche bientôt à sa fin. Quelques mois avant l’élection présidentielle de 2027, Vert revient sur ses dix années au pouvoir à travers une série rétrospective intitulée «C’était Macron». Pour ce troisième épisode, focus sur son héritage écologique et démocratique, en graphiques.

De fait, les émissions de gaz à effet de serre ont baissé comme jamais entre 2017 et 2026, de 3,15% par an en moyenne, contre -0,6% par an entre 1990 et 2016. Mais cela ne suffit pas à mettre la France sur les bons rails, alertent les expert·es année après année, notamment parce que les baisses constatées ont souvent résulté de crises – Covid-19, guerres en Ukraine et au Moyen-Orient… – et pas de transformations structurelles.

En juillet 2026, le gouvernement a officialisé l’ambitieuse trajectoire de baisse des émissions qu’il lègue au prochain exécutif. Mais le dernier rapport du Haut Conseil pour le climat estime que les moyens n’ont pas été mis en œuvre pour qu’elle soit respectée, pointant notamment un «affaiblissement des dispositifs liés à l’action climatique en 2025 et 2026», conjugué à des «financements sous-dimensionnés».

⛽ Énergie : le pouvoir d’achat plombé comme jamais

«Il faut nous désintoxiquer des énergies fossiles», affirmait le chef de l’État en 2018 dans un discours consacré à la transition écologique. Sept ans plus tard, «la question n’est plus que climatique, elle touche désormais à l’intérêt national», abonde son premier ministre, Sébastien Lecornu.

Ces dernières années, la France a payé très cher sa dépendance aux énergies fossiles importées : l’invasion de l’Ukraine par la Russie (2022), puis le conflit déclenché par les États-Unis et Israël en Iran (2026), ont fait s’envoler les prix de l’énergie, plombant l’économie et le pouvoir d’achat des Français·es. Les salaires réels (lorsque l’on tient compte de l’inflation) sont en baisse depuis 2019, une première depuis 1983-1985. D’après des calculs de l’Institut français d’économie (IFE), réalisés pour Le Monde, la chute du pouvoir d’achat depuis 2024 correspond à une perte de 1 200 euros par famille en moyenne.

Pourtant, entre ces deux dates, trop peu a été fait pour décarboner l’économie française. En avril dernier, le gouvernement a lancé un plan d’électrification des usages, qu’il compte financer «sans argent nouveau» mais en réorientant des sommes jusqu’ici allouées aux économies d’énergie. Quant à la filière des énergies renouvelables, elle est plongée dans une profonde crise à cause des reniements du gouvernement.

💀 Santé et agriculture : l’usage des pesticides n’a pas diminué

Dans son programme présidentiel de 2017, Emmanuel Macron avait promis de placer la France «en tête du combat contre les perturbateurs endocriniens et les pesticides». Motif : «ils sont l’une des principales causes de l’augmentation des cancers des enfants depuis vingt ans», expliquait-il alors. Las, le poids du réel – et des lobbys – a eu raison de cette promesse. Un exemple parlant : l’interdiction du glyphosate, l’herbicide le plus utilisé en France et classé «cancérigène probable» par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Après avoir annoncé en novembre 2017 son interdiction «au plus tard dans trois ans», le président est revenu sur sa promesse en janvier 2019.

Au global, les ventes de pesticides sont restées stables sous ses deux mandats, même si celles des produits les plus dangereux pour la santé ont nettement reculé. Dans l’intervalle, de plus en plus d’études ont confirmé les liens entre pesticides et cancers.

🏛 Politique : l’extrême droite aux portes du pouvoir

Au soir de sa première élection, en mai 2017, Emmanuel Macron (66%) avait déclaré à propos des électeur·ices de Marine Le Pen (34%) : «Je ferai tout durant les cinq années qui viennent pour qu’ils n’aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes.»

Raté. Les résultats des échéances électorales qui ont suivi dessinent au contraire un marchepied pour l’extrême droite. En témoignent les scores du Rassemblement national (et de ses allié·es) aux élections législatives de 2017 (13,2%), 2022 (18,7%) et 2024 (29,3%), ou encore la fulgurante progression de Marine Le Pen aux élections présidentielles : battue à 34% au second tour en 2017, elle réalise 41,45% en 2022.

Plus inquiétant, plusieurs textes reprenant des positions de l’extrême droite ont été adoptés à l’Assemblée nationale grâce aux voix conjuguées du bloc présidentiel et du RN. C’est le cas de la loi «pour contrôler l’immigration», promulguée début 2024 (le détail des votes), ou de la proposition de loi «visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre» (rebaptisée «permis de tuer» par ses détracteur·ices), votée en juillet 2026.

✊ Mouvements sociaux : la contestation de plus en plus réprimée

Des Gilets jaunes au mouvement lycéen, les deux quinquennats d’Emmanuel Macron ont été émaillés de mouvements sociaux, dont certains ont été férocement réprimés. À tel point que l’État français a reçu les avertissements de nombreuses institutions, dont le Défenseur des droits, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH), l’ONU ou encore le Conseil de l’Europe.

À propos du mouvement lycéen, toujours en cours, «la politique agressive de la police contre la jeunesse n’a jamais connu une telle ampleur, on n’a jamais eu autant de mutilés», constatait auprès de Vert le sociologue Sebastian Roché, spécialiste de la gestion des foules par la police.

Les défenseur·es de l’environnement, de plus en plus criminalisé·es, ne sont pas en reste. Outre la tentative inédite de dissoudre les Soulèvements de la Terre en mars 2023, l’association MDSE (Mouvement de soutien aux défenseur·es de l’environnement) constate un nombre de procès en augmentation constante : 52 ont été recensés en 2023, 93 en 2024, et déjà 80 en juillet 2025.

🗳 Institutions : la défiance au plus haut

Alors que le candidat Emmanuel Macron martelait en 2016 la «nécessité d’une révolution démocratique en France», le président et ses allié·es ont, à l’inverse, régulièrement été accusé·es de contourner les contre-pouvoirs, de pousser les institutions à leurs limites ou de rompre avec des usages démocratiques.

Parmi les cas emblématiques : le refus d’Emmanuel Macron de nommer un·e premier·e ministre de gauche en dépit de la victoire du Nouveau Front populaire aux élections législatives de 2024 ; ou encore les manœuvres du camp présidentiel pour empêcher les débats parlementaires sur certains textes controversés, dont la loi agricole Duplomb.

Résultat, le niveau de confiance dans les institutions politiques s’est effondré en dix ans. Selon le baromètre annuel du Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po Paris), la confiance accordée au président de la République n’a jamais été aussi basse. Même chose pour l’Assemblée nationale. Et 77% des sondé·es estiment que la démocratie ne fonctionne «pas très bien» ou «pas bien du tout». Du jamais-vu.

💼 Emploi : la fabrique de travailleurs pauvres

S’il y a bien un héritage qu’Emmanuel Macron compte assumer, c’est celui-ci : sous sa présidence, le taux de chômage a baissé. Supérieur à 10% avant son élection, il a atteint un plus bas historique en 2022-2024, autour de 7%. Avant de repartir à la hausse depuis 2022.

Le chef de l’État n’a pas lésiné sur les moyens pour y arriver : assouplissement du code du travail, multiples réformes de l’assurance-chômage, subvention de l’apprentissage, généreuses aides aux entreprises (166 milliards d’euros en 2024). Mais cette politique de flexibilisation et de baisse du coût du travail a surtout produit de la précarité.

De fait, le taux de pauvreté n’a jamais cessé d’augmenter depuis son élection. En 2017, 8,5 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté en France (fixé à 60% du niveau de vie médian), soit 13,8% de la population. Elles étaient 1,3 million de plus en 2024, dont près d’un tiers en emploi. D’après l’Insee, le taux de pauvreté en France est aujourd’hui à son plus haut niveau depuis 1996, année où il a débuté ses mesures.

💰 Les inégalités au plus haut depuis au moins trente ans

Réduire la fiscalité du capital et des entreprises pour augmenter l’investissement privé : tel a été le pari d’Emmanuel Macron tout au long de ses deux quinquennats. En témoigne la baisse de l’impôt sur les sociétés, passé de 33,33% à 25% ; l’instauration d’une flat tax (un prélèvement à taux unique) de 30% sur les revenus du capital (contre jusqu’à 45% sur ceux du travail) ; ou encore la suppression de l’impôt sur la fortune (ISF, qui taxait l’ensemble du patrimoine), remplacé par un simple impôt sur la fortune immobilière (IFI).

Hélas, cette politique n’a pas eu les effets de «ruissellement» escomptés. La France est rapidement devenue championne du versement de dividendes, avec des montants payés aux actionnaires en hausse de 43% entre 2017 (52,1 milliards de dollars) et 2024 (74,2 milliards de dollars), selon le gestionnaire d’actifs Janus Henderson.

Selon Oxfam, la fortune des milliardaires français·es a doublé depuis son arrivée au pouvoir. Les 53 milliardaires tricolores sont désormais plus riches que plus de 32 millions de Français·es réuni·es, soit près de la moitié de la population. À l’inverse, selon l’Insee, les inégalités sont aujourd’hui à leur niveau le plus élevé depuis qu’il a débuté les mesures il y a trente ans.

💸 L’explosion de la dette publique : un héritage toxique

Du côté des finances publiques, cette politique fiscale a conduit à une sévère baisse des recettes qui, conjuguée à la hausse des dépenses en temps de crise (Covid-19, guerre en Ukraine…), a provoqué une dangereuse explosion de la dette publique, passée de 98% du PIB en 2017 à 119% au deuxième trimestre 2026 (Insee). Un héritage toxique pour le prochain exécutif, car il empêche les investissements publics futurs.

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02.11.2026 à 12:06

Petites avancées et gros échecs : huit chiffres clés pour tout comprendre à la COP17 sur la biodiversité

Esteban Grépinet

Texte intégral (1747 mots)
La COP17 sur la biodiversité s’est clôturée samedi au petit matin à Erevan, capitale de l’Arménie. © Karen Minasyan/AFP

De grandes déclarations et de petites avancées. La 17ème conférence mondiale (COP17) sur la biodiversité d’Erevan (Arménie) s’est achevée samedi matin, à l’issue d’un marathon nocturne de négociations. Les textes adoptés appellent notamment à «accélérer» sur la mise en œuvre des cibles visant à enrayer l’extinction du vivant d’ici 2030.

Malgré des avancées sur des sujets sensibles – les subventions néfastes à la biodiversité, par exemple –, ces deux semaines de débats auront été marquées par de nombreux blocages, notamment sur la question des financements. Vous avez manqué des infos ? On vous résume les enseignements clés de ce grand raout sur la biodiversité en huit chiffres clés.

23

En 2022, les 196 pays signataires de la Convention sur la diversité biologique ont conclu l’ambitieux accord de Kunming-Montréal, qui définit 23 cibles à atteindre d’ici 2030 : stopper l’extinction d’origine humaine des espèces menacées, lutter contre les espèces exotiques envahissantes, augmenter les espaces «verts et bleus» en ville (parcs et jardins, cours d’eau…), assurer une participation équitable et inclusive dans les processus de décision…

Quatre ans plus tard, la COP17 d’Erevan avait pour principal objectif de faire un bilan de mi-parcours. La quasi-totalité des 23 cibles apparaît aujourd’hui impossible à atteindre : «À moins d’une accélération rapide de l’application collective, […] les objectifs et la mission du Cadre à l’horizon 2030 ne seront pas réalisés», affirme l’«examen mondial» conclu à Erevan.

«Nous parvenons à maintenir le dialogue, mais peinons à prendre collectivement les décisions qu’exige l’urgence environnementale», a regretté samedi la ministre de la transition écologique, Monique Barbut, pointant le manque d’ambition de l’accord final et les attaques contre la science menées par plusieurs délégations.

62 millions

C’est probablement la cible la plus emblématique de Kunming-Montréal : protéger 30% des terres et des mers dans le monde d’ici 2030. À quatre ans de l’échéance, nous n’y sommes pas encore. Les engagements actuels des États – s’ils sont pleinement respectés – devraient mener à la protection de 27% des terres et de 12% des mers en 2030.

Mais scientifiques, associations et même certaines délégations, comme l’Espagne ou le Panama, s’insurgent contre des protections «de papier». Selon un rapport conduit par plusieurs ONG internationales, 62 millions d’hectares d’aires protégées en régions tropicales sont chevauchés par des zones de recherche et d’exploitation d’hydrocarbures ; et 43 millions d’hectares par des concessions minières.

x3

Autre cible souvent associée : la restauration de 30% des écosystèmes endommagés ou détruits par les activités humaines (zones humides, haies, récifs coralliens…), toujours à horizon 2030. Un rapport des Nations unies, publié le 29 octobre, est venu apporter deux nouvelles en la matière. La bonne : la restauration de la nature est d’une «ampleur sans précédent», avec 252 millions d’hectares concernés en 2026. La moins bonne : on est encore loin des 30% à horizon 2030 ; pour atteindre cet objectif, les États vont devoir tripler leurs efforts et multiplier par quatre les financements.

80 milliards

On passe maintenant à l’autre gros morceau de cette COP17 : le financement de toutes ces actions pour la biodiversité. Les comptes ne sont pas bons : sur les 200 milliards de dollars (soit 179 milliards d’euros) par an promis pour 2030 – qui mêlent dépenses des États, des organisations internationales, du secteur privé… –, nous n’en sommes pour l’instant qu’à environ 80 milliards de dollars (72 milliards d’euros), d’après une évaluation de l’Organisation de coopération et de développement économiques.

Sur ce total, 30 milliards de dollars (27 milliards d’euros) doivent être versés par les pays développés pour aider les pays qui ont le moins de moyens. Ces derniers veulent un fonds plus garni mais aussi plus accessible, quand les premiers s’opposent fermement à toute nouvelle structure – pour ne pas «augmenter une architecture mondiale déjà fracturée», selon la France. Le dossier, qui avait déjà bloqué les négociations lors de la COP16, a de nouveau crispé : les États se sont contentés d’adopter une série de critères pour évaluer l’efficacité du fonds actuel, renvoyant à plus tard une décision de fond(s).

25

À ce jour, seuls 25 pays dans le monde (le Canada, l’Australie, le Japon, beaucoup de pays européens, dont la France…) ont l’obligation d’aider les pays en voie de développement en matière de biodiversité. L’élargissement de cette liste – qui date de 2006 ! – a suscité de vifs débats. Des pays émergents comme le Brésil, la Chine ou, surtout, l’Arabie saoudite y sont peu enclins. Les discussions d’Erevan ont accouché d’un tout petit compromis : les pays non-contributeurs pourront «faire savoir au secrétariat si elles souhaitent figurer sur la liste» ; sans aucune obligation, donc.

10 588

C’est une autre facette méconnue de l’économie du vivant : depuis des décennies, des entreprises – souvent occidentales – exploitent massivement des ressources génétiques (des séquences d’ADN, pour fabriquer des médicaments, des cosmétiques…) dans les pays en voie de développement ; on parle de «biopiraterie». En 2024, la COP16 a permis la création du fonds «Cali», par lequel les firmes peuvent verser volontairement une partie de leurs bénéfices afin d’assurer un partage juste et équitable de ces données, notamment à la faveur des populations autochtones.

Problème : depuis sa création, ce fonds n’a été abondé que par cinq entreprises, à hauteur de 10 588 dollars (9 479 euros)… sur les plus d’un milliard de dollars par an espérés à l’origine ! Au cours du sommet d’Erevan, trois petites entreprises anglaises et belge ont mis la main à la poche, mais sans enclencher de réelle dynamique.

Les délégations présentes ont en revanche trouvé un compromis pour rendre le fonds Cali plus attractif : des certificats seront délivrés aux entreprises qui y consacrent 1% de leur chiffre d’affaires, ou 0,1% de leurs bénéfices. Mais son avenir reste incertain, d’autant que, comme le raconte le média Contexte, le géant de l’agrochimie Bayer lance un fonds alternatif.

-16%

Parmi les nouveautés à retenir côté français, le ministère de la transition écologique a profité de cette COP17 pour présenter un plan de réduction de 16% de ses subventions néfastes à la biodiversité d’ici 2030, estimées à 11,2 milliards d’euros en 2025. L’objectif est simple : réduire le soutien de l’État aux activités qui détruisent l’environnement, par exemple la construction de nouvelles infrastructures (bâtiments neufs, routes…).

À l’échelle mondiale, l’accord de Kunming-Montréal prévoit de réduire ces «incitations préjudiciables à la biodiversité» de 500 milliards de dollars (soit environ 450 milliards d’euros) par an d’ici 2030, mais cet objectif est loin d’être atteint. Après d’intenses tractations et malgré l’opposition de pays comme la Russie ou l’Argentine, un paragraphe appelant à «accélérer la réalisation» de cette cible a finalement été retenu dans l’«examen mondial».

18

Et oui, après la COP17 vient la… COP18. Jusque-là rien d’étonnant. Elle aura lieu en 2028 – les sommets sur la biodiversité se déroulant tous les deux ans, contrairement à leurs cousins du climat qui sont annuels. Et l’hôte sera l’Équateur, préféré de justesse au Panama. Pays contributeurs, nouveau fonds pour la biodiversité… La communauté internationale devra cette fois prendre à bras le corps l’enjeu des financements, trop longtemps remis à plus tard. Rendez-vous à Quito !

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