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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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26.06.2026 à 16:30

Vert renforce sa lutte contre les violences sexistes et sexuelles

Juliette Quef

Texte intégral (537 mots)

Depuis un an, Vert a progressivement mis en place un dispositif pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles (VSS).

En tant qu’organisation médiatique, qui compte aujourd’hui 17 salarié·es et des dizaines de collaborateur·ices externes, nous avons :

→ Formé toute l’équipe à la prévention et à la lutte contre les VSS avec la militante et experte Caroline De Haas, qui dirige le cabinet Egaé.

→ Nommé une référente «égalité et lutte contre les violences» en interne, qui accompagne nos salarié·es victimes de tous types de violences : sexistes et sexuelles, mais aussi racistes, antisémites, validistes, LGBTphobes, etc.

→ Publié un guide complet destiné à identifier et à signaler les violences au sein du média, comme sur le terrain.

→ Écrit et adopté un guide du traitement des VSS par nos journalistes, pour que notre travail quotidien, à travers nos articles et nos posts sur les réseaux sociaux, contribue à briser le continuum des violences.

Nous traitons les signalements internes qui nous remontent lorsque des membres de notre équipe sont ciblé·es par des comportements sexistes, sexuels ou discriminatoires. Notre direction est paritaire. Nous œuvrons pour une égalité réelle au niveau des recrutements, des promotions, des salaires et des prises de décision. Mais nous devons aller plus loin.

Les violences sont systémiques ; toutes les organisations sont concernées, même des médias comme Vert, car nous évoluons au sein d’un système patriarcal fondé sur la domination des hommes sur les femmes. Ces violences sont inacceptables et nous devons collectivement les prévenir, les identifier et les combattre.

Nous avons créé un nouveau dispositif qui permet à toute personne qui serait ciblée par un comportement humiliant, sexiste, discriminatoire ou sexuel de la part d’une personne de notre équipe, d’un·e prestataire ou d’une personne interviewée dans Vert de nous le signaler.

Ce dispositif comprend une plateforme sur vert.eco, ainsi qu’une adresse mail dédiée : signalement [a] vert.eco, qui m’est adressée.

Une plateforme est accessible sur notre site vert.eco. © Vert

Lorsque des faits nous sont signalés, voici comment nous les traitons :

→ Accusé de réception dans les 48h (dans la mesure du possible).

→ Analyse des faits et, si nécessaire, enquête indépendante confiée à un cabinet spécialisé.

→ Mise en place d’actions correctives, de mesures adaptées ou de sanctions selon la gravité de la situation.

Notre priorité est de faire cesser les faits et d’empêcher leur réapparition.

Merci à Caroline De Haas d’avoir pensé ce dispositif avec nous.

Merci de vous engager dans ce combat à nos côtés.

(En cas de danger immédiat ou d’urgence, contactez le 17 ou envoyez un SMS au 114 si vous ne pouvez pas parler.)

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26.06.2026 à 11:42

«Cette canicule m’empêche de vivre» : quand la chaleur fait vaciller la santé mentale

Zoé Moreau

Texte intégral (1645 mots)
À chaque canicule, les hospitalisations d’urgence pour trouble psychiatrique augmentent. © Thibaud Moritz/AFP

Des températures qui mettent les corps, mais aussi les esprits, à rude épreuve. Jeudi, au neuvième jour d’une canicule qui dure depuis le 17 juin, l’Hexagone a connu sa journée la plus chaude jamais enregistrée depuis le début des relevés – à égalité avec la veille. L’indicateur thermique national (la moyenne des températures de jour et de nuit) a atteint 30 degrés Celsius (°C).

Les nuits «tropicales» que nous subissons fragilisent le sommeil. Et, en journée, c’est le stress, l’irritabilité et l’anxiété qui augmentent. «On se prend tout le temps la tête avec mon copain. On n’a plus de patience. Tout m’énerve !», rapporte Palmyre*, 39 ans, qui vit à Laval (Mayenne). Dans son appartement au dernier étage d’un immeuble mal isolé, la jeune femme vit confinée dans l’obscurité de sa chambre depuis plusieurs jours. «Je me sens emprisonnée. Il fait trop chaud pour faire quoi que ce soit. Je ne vois même pas le reste de mon appartement. J’ai juste arrêté de vivre. Je suis à bout», témoigne-t-elle.

Palmyre n’est pas la seule à broyer du noir. Mercredi, Vert a lancé un appel à témoignages auprès de ses lecteur·ices pour connaître leur état mental. Les réponses, qui pour certaines témoignent de détresses graves, ont afflué en masse : «Je m’endors difficilement», rapporte une abonnée ; «J’ai un sentiment d’oppression», pointe une autre. «Cette canicule m’empêche de vivre», lit-on encore. Une chose est sûre : cette chaleur extrême «affecte tout le monde», atteste Anne Sénéquier, psychiatre et co-directrice de l’Observatoire de la santé mondiale de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

«La chaleur, c’est comme souffler sur des braises»

Avec ces chaleurs, «nous sommes moins attentifs, moins adaptables. On prend moins de recul, et notre seuil de sociabilité est beaucoup plus bas, détaille la chercheuse. Des symptômes que l’on doit à la dette de sommeil, mais aussi à des mécanismes purement physiologiques. Le cerveau est le chef d’orchestre du corps dans sa globalité. Lorsqu’il fait chaud comme ça, il passe en mode rafraichissement. Mécaniquement, il y a moins de bande passante pour gérer les petits conflits, ou tout simplement la vie quotidienne.»

Des enfants qui crient trop fort dans le salon, un bug d’ordinateur… «La chaleur, c’est comme souffler sur des braises. On ne devient pas une furie parce qu’il fait chaud, mais chaque degré en plus et chaque jour qui passe nous rend plus sensible», poursuit-elle. Manuela Santa Marina, psychologue, abonde : «Quand on est irritable, en panique, et qu’on ne comprend pas que c’est lié à la canicule, on pense devenir fou. Alors que c’est normal : notre corps vit un moment de stress majeur.»

À cela peut s’ajouter l’inquiétude pour ses proches. «Mon grand-père a 85 ans. Depuis le début de la canicule, il délire à cause de la fièvre qui monte. Il confond les toilettes avec la cuisine ; il oublie d’allumer la télé une fois devant… Ma mère fait des crises d’angoisse à répétition. Moi aussi je suis très stressée», confie à Vert Maoré*, une jeune femme qui vit près de Rennes (Ille-et-Vilaine).

«Je commence à penser que l’on veut ma mort»

Chez les personnes atteintes de troubles diagnostiqués (dépression, schizophrénie, bipolarité, démence, etc.), les effets peuvent encore monter d’un cran. «Il est avéré que les vagues de chaleur accentuent de manière marquée l’intensité de leurs symptômes», confirme Paquito Bernard, chercheur à l’Institut de recherche en santé, environnement et travail (Irset).

À 27 ans, Juliette* souffre d’anxiété généralisée. «Dès que je sors dans la rue, je suis agitée», rapporte cette résidente de Villeurbanne (Rhône). «Avant chaque sortie, j’étudie le trajet pour être sûre de rester à l’ombre jusqu’à l’arrivée. Et si j’attends le tramway trop longtemps, j’ai soudain peur de perdre le contrôle sur mon corps, de tomber dans les pommes. Toute la journée, chez moi, je fixe le thermomètre en espérant voir s’abaisser la température», confie-t-elle à Vert.

En Normandie, Pauline* étouffe dans son appartement sous les toits. À 34 ans, cette jeune femme atteinte de plusieurs troubles, dont la schizophrénie et la dépression, a vu ses symptômes s’aggraver en quelques jours. «Dès qu’un imprévu survient dans mon quotidien, cela engendre de la paranoïa : je commence à penser que l’on veut ma mort, explique-t-elle. D’ordinaire, mes paranoïas sont plutôt stabilisées. Mais, depuis le début de la canicule, elles se multiplient.» Une coupure d’eau courante la semaine dernière, sur fond de fortes chaleurs, a déclenché l’une de ses «crises».

«J’ai le retour brutal de mes pensées dépressives»

Certains traitements, bien qu’efficaces pour traiter ces pathologies – tels que les anti-dépresseurs – peuvent compliquer la situation. «Ils vont altérer négativement la perception de la chaleur, ou bien le réflexe salivaire, ou bien diminuer les perceptions de déshydratation», explique à Vert Paquito Bernard.

Arthur*, 28 ans, le vit dans sa chair : «J’ai réduit ma dose d’antidépresseurs sur conseil de ma psychiatre. Dès que je prenais mon traitement, je sentais une crispation, une hyper-sudation, une difficulté à ressentir le frais», confie-t-il. Pour ce doctorant parisien, habitué à une dose très élevée d’anti-dépresseurs, canicule rime avec cauchemar : «J’ai le retour brutal de mes pensées dépressives. Parfois, j’ai l’impression que ça ne sert à rien de continuer.»

En France, plusieurs études ont montré qu’à chaque nouvelle vague de chaleur, les hospitalisations pour démence (détérioration de la mémoire) ou trouble psychotique (perte de contact avec la réalité) bondissaient. Un phénomène que l’on doit à la décompensation : lorsque l’équilibre interne d’une personne est bousculé brutalement et nécessite une intervention urgente.

«On peut penser que les effets sont plus marqués quand il y a une augmentation du nombre de vagues de chaleur en un été», pointe Paquito Bernard. Contactées par Vert, les urgences psychiatriques de l’hôpital Lariboisière et de l’hôpital Saint-Antoine (Paris) ont décliné nos demandes d’interview, «débordées» par l’arrivée massive de patient·es.

Préparer l’avenir

Alors qu’entre 2026 et 2030, le thermomètre de la planète promet de «se maintenir à des niveaux records», selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), comment faire face, psychologiquement, au déferlement programmé de vagues de chaleur ? «Déjà, il faut se préparer», conseille Manuela Santa Marina. «Avoir un plan d’action, c’est un étayage psychique, un gainage, pour ne pas décompenser», explique la psychologue. Concrètement, c’est «s’organiser à l’avance avec ses voisins pour arroser les arbres de la cour, entrer en contact avec les parents du quartier pour mieux gérer les gardes des enfants, prendre rendez-vous avec sa RH pour généraliser le télé-travail, etc.»

Mais aussi, «penser à débriefer, poursuit-elle. Se demander ce qui a été le plus dur, et quoi faire la prochaine fois ? En pleine turbulence, on fait ce qu’on peut. Mais, une fois qu’on a atterri, c’est nécessaire de faire du partage émotionnel avec ses proches.»

*La personne a préféré rester anonyme.

☎ Contacts en cas d’urgence

En cas d’urgence psychologique, appelez le 15 (depuis un fixe) ou le 112 (depuis un téléphone portable). Ce numéro unique des urgences médicales permet d’être orienté vers la structure la plus adaptée dans toute la France, quel que soit votre département.

Où que vous soyez, en cas de souffrance psychique aigüe, vous pouvez également vous rendre aux urgences de l’hôpital le plus proche de chez vous.

Si vous êtes en détresse et/ou avez des pensées suicidaires, ou si vous voulez aider une personne en souffrance, vous pouvez également contacter le numéro national de prévention du suicide, le 3114.

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26.06.2026 à 11:18

«On ne s’adapte pas à un pic qui n’a pas d’équivalent en Europe» : Emmanuel Macron s’enferme dans le déni

Loup Espargilière

Texte intégral (513 mots)
Antibes (Alpes-Maritimes), le 25 juin 2026. Emmanuel Macron a rencontré la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, lors d’un sommet franco-italien. © Manon Cruz/AFP

C’est encore pire que ce qu’on croyait. Jeudi, en pleine canicule, en marge d’un sommet à Antibes (Alpes-Maritimes) avec Giorgia Meloni, présidente du Conseil italien, Emmanuel Macron a vraiment dit ça : «Nous nous sommes adaptés au réchauffement climatique. Mais on ne s’adapte pas à un pic qui n’a pas d’équivalent aujourd’hui en Europe et qui n’a jamais eu d’équivalent dans notre histoire.»

Alors qu’une partie de la population est légitimement furieuse contre lui, après des années perdues dans l’adaptation de la France aux effets de la crise climatique, celui-ci a expliqué hier que grâce à lui «un gros travail a été fait». Non seulement c’est faux, mais surtout, on découvre aujourd’hui qu’il ne comprend même pas ce qu’est l’adaptation !

«On ne s’adapte pas à un pic qui n’a pas d’équivalent.» Mais c’est la définition même de l’adaptation : nous protéger contre les impacts les plus graves présents et à venir, en se basant sur les projections des scientifiques. Sa phrase est encore plus irréelle que son «Qui aurait pu prédire ?»

Le bilan d’Emmanuel Macron est calamiteux

Il y a huit ans, Emmanuel Macron a créé le Haut-conseil pour le climat, qui compte des expert·es de premier plan comme Valérie Masson-Delmotte. Est-ce qu’il les a déjà écoutés ne serait-ce qu’une fois ?

En neuf ans de macronisme : la France a pris du retard sur la baisse indispensable des émissions de CO2 ; agriculture, logements, écoles, hôpitaux, transports… aucun secteur n’est prêt pour ce qui nous attend.

Le bilan d’Emmanuel Macron est calamiteux. Et son déni est encore plus grave. Si la situation perdure, et qu’il peut raconter n’importe quoi, c’est parce qu’une grande partie du public (et certains journalistes) ne comprend pas les enjeux de l’adaptation. En 2027, on n’inversera pas la vapeur si le public n’est pas correctement informé.

Vous avez le pouvoir de changer le récit médiatique avec nous, en rejoignant le Club de Vert. Aujourd’hui, plus de 15 000 personnes s’engagent à nos côtés pour informer tout le monde sur ces sujets, et confronter les politiques à leur inaction.

Demain, il sera peut-être trop tard.

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25.06.2026 à 19:05

Devoir de vigilance : TotalEnergies condamnée à prévenir les risques climatiques liés à l’utilisation de ses carburants

Anne-Claire Poirier

Texte intégral (592 mots)
Paris, le 10 février 2025. Le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné. © Ludovic Marin/AFP

En pleine canicule, TotalEnergies se prend une douche froide ! Ce jeudi, le géant français des énergies fossiles a été condamné par le tribunal judiciaire de Paris pour manquement à son devoir de vigilance climatique, dans un contentieux qui l’opposait depuis 2020 à plusieurs ONG (Notre Affaire à tous, Sherpa, France nature environnement) et à la Ville de Paris.

Après y avoir consacré deux jours d’audience en février – un délai hors normes pour ce genre d’affaire –, le tribunal vient de donner raison aux quatre requérantes dans leur interprétation du devoir de vigilance, tel qu’instauré en mars 2017 par la loi du même nom.

Pour la première fois, le juge reconnaît notamment que la prévention des «atteintes graves» aux humains et à l’environnement qui incombe à la multinationale doit également prendre en compte les risques climatiques liés à ses activités.

Plus important encore, il ajoute que cette responsabilité climatique s’étend non seulement à ses émissions directes – liées au fonctionnement de ses propres installations – mais aussi indirectes (scope 3), c’est-à-dire à la combustion des produits pétroliers et gaziers qu’elle extrait et met sur le marché.

90% des émissions «oubliées» par TotalEnergies

Jusqu’ici, TotalEnergies a toujours vivement refusé d’intégrer les émissions de scope 3 à son plan de vigilance, arguant qu’elles étaient de la seule responsabilité de ses client·es. Elles ont pourtant représenté 90% de ses émissions en 2024, sur un total (scopes 1, 2 et 3) de 376 millions de tonnes de CO2 équivalent, selon l’entreprise.

Pour le tribunal, TotalEnergies est au contraire bien «en mesure d’exercer une influence» sur ces émissions qui font «partie des incidences négatives résultant de la propre activité du groupe». «Il n’est pas contesté que l’extraction du pétrole ou du gaz est destiné à être mis sur le marché et à être consommé [sic]», cingle-t-il dans sa décision, insistant sur le «lien de causalité très fort qui existe entre l’extraction du pétrole et sa combustion, et partant, des émissions de gaz à effet de serre».

En conséquence, le tribunal donne six mois à la société pour compléter son plan de vigilance «en ajoutant les émissions de gaz à effet de serre de scope 3 dans la cartographie des risques et les mesures les concernant». «C’est fondamental», insiste Sébastien Mabile, avocat des requérant·es. «Si TotalEnergies doit prendre en compte le scope 3, toutes les entreprises soumises au devoir de vigilance vont être tenues de le faire aussi», se félicite-t-il.

Le juge donne rendez-vous à l’entreprise le 21 janvier 2027 pour vérifier la teneur des mesures mises en œuvre. Si elles sont jugées insuffisantes, le tribunal pourra prononcer une nouvelle condamnation. 

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25.06.2026 à 10:16

L’eau potable de votre commune est-elle contaminée au CVM, ce gaz toxique et cancérogène ? Notre carte de France interactive pour 2026

Marti Blancho

Texte intégral (989 mots)

Incolore et nocif pour la santé, le chlorure de vinyle monomère (CVM) contamine l’eau potable française depuis des décennies. Classé cancérogène certain pour l’humain depuis 1987 par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), le CVM augmente le risque de développer un cancer du foie après une exposition chronique.

Il continue pourtant de circuler dans les vieilles canalisations en PVC qui abreuvent le pays. Environ 275 000 kilomètres de tuyaux fabriqués entre les années 1960 et 1980 seraient concernés, soit 15 à 30% du réseau, d’après les estimations du chercheur Gaspard Lemaire, membre de la chaire Earth de l’université d’Angers (Maine-et-Loire). Vert a réalisé une carte de France de la pollution de l’eau au CVM à l’aide des derniers relevés officiels. En cliquant sur l’onglet «1996 à 2025», vous pourrez aussi consulter l’historique des prélèvements dans votre commune et découvrir le plus haut niveau relevé ces dernières années.

Entre avril 2025 et février 2026, 924 communes ont affiché au moins une mesure au-dessus du seuil réglementaire de 0,5 microgramme de CVM par litre d’eau (µg/l). Cela représente 2,9% des 32 000 communes où des prélèvements ont été effectués. Une proportion dans la tendance : chaque année, environ un millier de communes sont concernées. 850 dépassaient la limite en 2024, 911 en 2023, 717 en 2022 et 955 en 2021.

Corrèze, Charente-Maritime, Puy-de-Dôme… les départements les plus touchés

Pour autant, il ne s’agit pas toujours des mêmes localités. Un réseau constitué de tuyaux en PVC vieillissant peut afficher des concentrations réglementaires une année et dépasser le seuil la suivante. Car si les purges de ces réseaux permettent d’évacuer ponctuellement le CVM, cette solution reste temporaire tant que les tuyaux pollués ne sont pas remplacés. Au total, au moins 5 855 localités ont été touchées au moins une fois sur la dernière décennie (c’est ce que Vert montrait dans une précédente cartographie).

Les données des onze derniers mois nous ont permis d’identifier 380 nouvelles localités qui n’avaient pas été touchées ou mesurées auparavant. Parmi celles-ci, Ailhon et Mercuer, deux villages ardéchois, affichent la plus forte concentration de CVM dans l’eau : 9,4 µg/l mesurés en août 2025. Mais le record toutes communes confondues est mesuré sur le réseau de deux localités déjà identifiées auparavant, Connerré et Montfort-le-Gesnois, dans la Sarthe : 31 µg/l sur un prélèvement en juillet 2025 ; c’est 62 fois le seuil réglementaire.

La Corrèze est le département le plus touché, avec 173 communes reliées à un réseau ayant dépassé la limite entre avril 2025 et février 2026. Il est suivi par la Charente-Maritime (107 communes concernées), la Loire-Atlantique et le Puy-de-Dôme, avec respectivement 74 et 70 localités touchées.

Nous avons cartographié la France à l’échelle municipale par souci de clarté. Il faut cependant noter que les prélèvements mesurent la présence de CVM à l’échelle du réseau de distribution d’eau potable et qu’une commune peut être connectée à plusieurs systèmes. Quand c’est le cas, un prélèvement au-dessus de la limite ne signifie pas forcément que toute la localité est contaminée. Seule la partie du territoire rattachée au réseau pollué est potentiellement concernée.

Notes méthodologiques

Pour réaliser cette carte, nous avons analysé deux jeux de données complémentaires. D’un côté, les résultats des prélèvements effectués sur le réseau d’eau potable concernant le CVM, obtenus par Gaspard Lemaire auprès des ARS qui ont bien voulu les communiquer. De l’autre, les résultats du contrôle sanitaire de l’eau distribuée, mis à disposition par le ministère de la santé. Ce sont ces derniers qui ont été mis à jour récemment.

Certains résultats d’analyse sont précédés d’un signe inférieur : «<». Pour pouvoir les comparer aux autres de façon cohérente, nous avons retiré ce signe afin de garder uniquement la valeur absolue. Les prélèvements sont sujets à «une marge d’erreur pouvant atteindre 40%, en fonction des capacités analytiques des laboratoires», rappelle Gaspard Lemaire.

Une partie des données obtenues auprès des ARS était dépourvue du code permettant d’identifier le réseau de distribution correspondant au prélèvement, et donc les communes concernées. Cette carte n’est donc qu’une photographie partielle de la contamination de la France au CVM.

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25.06.2026 à 06:00

«Les jeunes étouffent» : dans ce centre de soins pour la faune sauvage, l’afflux massif d’animaux victimes de la canicule

Esteban Grépinet

Texte intégral (1568 mots)
Les jeunes martinets noirs font partie des principaux oiseaux victimes des canicules. © Esteban Grépinet/Vert

Quand les températures montent, les martinets tombent. Proches cousins des hirondelles, ces oiseaux noirs aux longues ailes effilées emplissent le ciel des grandes villes durant l’été, où ils égaient l’azur de leurs cris aigus si caractéristiques. Mais, ironie du sort, ces voltigeurs hors pair sont parfois rattrapés par les températures extrêmes, qu’ils avaient pourtant quittées lors de leur longue migration printanière depuis l’Afrique.

Sous les toits où ils nichent, le mercure peut vite dépasser les 50 degrés Celsius (°C) en période de canicule. «Les jeunes étouffent, se rapprochent du bord du nid pour trouver de l’air frais, et tombent», décrit Elyssa Della Rovere, soigneuse depuis cinq ans auprès de l’association Faune Alfort, qui recueille et soigne les animaux sauvages d’Île-de-France.

Incapables de voler et laissés au sol par leurs parents, les oisillons sont alors voués à une mort certaine… à moins qu’une âme charitable ne les recueille pour les amener dans un centre de soins.

«La faune sauvage paie déjà un lourd tribut dû à ces températures extrêmes»

Depuis le début de la canicule «historique» de ce mois de juin, en pleine période de reproduction, les entrées d’animaux victimes de la chaleur explosent à Faune Alfort. Basé au sein de l’école nationale vétérinaire de Maisons-Alfort (Val-de-Marne), l’«hôpital» de la faune sauvage a accueilli 137 nouveaux individus sur la journée de mardi et 116 lundi, contre une quarantaine en moyenne les jours précédents. D’ici la fin de la semaine, ce chiffre pourrait approcher la barre record des 200 animaux, atteinte lors de la vague de chaleur de juin-juillet 2025.

«La faune sauvage paie déjà un lourd tribut dû à ces températures extrêmes», pointe la Ligue pour la protection des oiseaux. L’association alerte cette semaine sur un «afflux massif d’animaux en détresse» dans ses sept centres de soins de la faune sauvage en France, avec entre 60 et 100 entrées par jour. Certaines structures, parmi la centaine que compte le pays, arrivent même à saturation et doivent suspendre temporairement les entrées.

Basée dans des locaux de l’école nationale vétérinaire de Maisons-Alfort, l’association Faune Alfort recueille plusieurs milliers d’animaux sauvages en détresse chaque année. © Esteban Grépinet/Vert

À Faune Alfort, vétérinaires, soigneur·ses et bénévoles s’activent jusqu’à tard le soir pour nourrir et soigner les centaines de pensionnaires du centre au milieu d’un tourbillon de cages, de cris d’oiseaux et de seringues. Là, des bébés hérissons biberonnés ; ici, un jeune goéland «gavé» – il faut s’y mettre à trois ! ; plus loin, des martinets noirs nourris à la chaîne…

Une fois hors du nid, ces as du ciel passent leur vie entière dans les airs, sans jamais se poser (ils dorment même en volant !). Ils se nourrissent en happant les insectes volants et n’apprennent donc pas à picorer : les jeunes recueillis au centre doivent être nourris à la main, avec une pince, grillon par grillon. Et ce toutes les trois heures.

Une jeune mésange charbonnière en attente de soins. © Esteban Grépinet/Vert

«Les plumes, c’est toute leur vie, témoigne Elyssa Della Rovere en versant goutte à goutte une solution de réhydratation dans le bec d’un jeune martinet. S’ils ont des problèmes de carence et un plumage de mauvaise qualité, nous ne pourrons pas les relâcher.» À Faune Alfort, un animal qui ne peut pas être remis en liberté est, bien souvent, un animal qu’il faut euthanasier.

Chauves-souris allaitées, pigeons englués et «tâche d’huile»

En région parisienne, d’autres espèces qui nichent dans les bâtiments peuvent subir ces coups de chaud, comme les hirondelles ou les goélands. C’est aussi le cas des chauves-souris : «On a des juvéniles qui sortent des gîtes parce qu’ils ont chaud, ou qui sont abandonnés par les mères lorsqu’elles veulent changer de gîte et que le petit est trop gros pour être emporté», détaille Nora Affejee, soigneuse et membre de l’association d’étude et de protection des chiroptères Azimut 230. En ce moment, la naturaliste passe ses journées – et ses nuits – à nourrir de lait une vingtaine de bébés pipistrelles (l’une des espèces les plus communes en France).

Une vingtaine de jeunes pipistrelles communes sont soignées et nourries au centre cette semaine. © Esteban Grépinet/Vert

Ces jeunes pensionnaires viennent s’ajouter aux dizaines d’animaux régulièrement victimes des activités humaines, du renard renversé par une voiture au pigeon piégé sur des plaques de glue anti-rats. Les deux tiers des individus recueillis par l’association sont directement victimes des activités humaines (collisions, destructions des habitats, pollutions…).

Seul centre de soins «toutes espèces» en Île-de-France, Faune Alfort voit son nombre de patients augmenter d’année en année, tout particulièrement lors des pics de chaleur. Pour financer ces soins et les salarié·es qui les assurent, l’association repose essentiellement sur les dons – elle espère récolter 80 000 euros cet été.

Une fois soignés, les animaux sont envoyés dans un vaste centre de réhabilitation à Mandres-les-Roses (Val-de-Marne), avant d’être remis en liberté. Excepté pour quelques espèces sensibles, ces sauvetages restent une «goutte d’eau», précise Servane Pater, qui travaille à la communication de l’association : «Les espèces que nous relâchons ne vont pas changer la biodiversité. Nous avons plutôt une conception à l’échelle de l’individu, pour réduire la souffrance des animaux sauvages.» «Et de sensibilisation, complète à ses côtés Cécile (elle n’a pas souhaité donner son nom), bénévole du centre. Les gens de bonne volonté qui nous amènent des bêtes sont très contents ; on leur explique, ils sont plus attentifs, et après ça fait tâche d’huile.»

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24.06.2026 à 18:49

Canicule, nouveau record absolu : avec 30°C en moyenne sur la journée, il n’a jamais fait aussi chaud en France que ce mercredi

Mathilde Picard

Texte intégral (599 mots)
Toulouse (Haute-Garonne), le mercredi 24 juin 2026. Une pharmacie indiquait un mercure à 48°C. © Lionel Bonaventure/AFP

«Nous sommes au cœur d’une canicule historique.» Une phrase de Benoît Thomé, directeur des relations institutionnelles chez Météo-France, que l’on ne cesse d’entendre ces jours-ci tant l’épisode de chaleurs extrêmes que nous vivons ne cesse de battre des records.

Ce mardi avait déjà franchi le cap de la journée la plus chaude jamais mesurée depuis 1947, avec 29,9 degrés Celsius (°C) sur 24 heures dans l’ensemble de la France hexagonale. Ce mercredi a été encore plus brûlant. À 17h45, Météo-France relevait 30°C en moyenne sur tout le territoire.

Localement, de multiples records absolus ont été franchis ce mercredi après-midi : il a fait 43,6°C à Cazaux (Gironde), 42,2°C à Nantes (Loire-Atlantique), 41,6°C au Mans (Sarthe), 40,6°C à Paris ou encore 42,2°C à La Rochelle (Charente-Maritime).

À partir de jeudi, la vigilance rouge canicule sera déclenchée dans 72 départements et l’alerte orange dans 14 autres, une situation jamais observée jusqu’ici. Il faudra attendre jeudi soir pour que les températures diminuent dans l’ouest de l’Hexagone. 11 départements en rouge passeront alors en alerte orange, mais ce changement s’accompagnera d’orages parfois très violents, avec des averses de grêle et de fortes rafales.

72 départements sont placés en vigilance rouge canicule ce jeudi. © Vert

L’air moins chaud en provenance de la façade atlantique peinera à gagner le reste de la France hexagonale vendredi, selon l’institut météorologique. «Les conditions caniculaires se maintiendront sur une grande partie du territoire ce week-end, avec des maximales de 40°C à 42°C, et des températures nocturnes encore très éprouvantes», a prévenu Benoît Thomé.

«Cette canicule est d’une sévérité exceptionnelle, à des niveaux comparables à ceux de 2003», souligne le spécialiste. La semaine prochaine, les températures devraient être plus fraîches, avec seulement deux à trois degrés au-dessus des normales saisonnières, contre dix actuellement. Au-delà d’une semaine, les prévisions sont trop incertaines pour déterminer combien de temps encore cette chaleur se maintiendra sur l’Hexagone. «Il est très probable que les températures restent chaudes, indique Benoît Thomé, mais il est cependant difficile d’être plus précis sur l’occurrence d’une canicule.»

Les chaleurs extrêmes de ces jours-ci entraînent une sécheresse des sols durable et généralisée dans le pays. 79 départements sont concernés par des restrictions d’usage de l’eau, qu’il s’agisse des ressources souterraines ou de surface. La sécheresse de la végétation rend les feux de forêts plus propices : deux départements (la Haute-Garonne et les Deux-Sèvres) atteignent un niveau de danger très élevé ce mercredi.

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24.06.2026 à 16:45

«Les refuges climatiques peuvent réduire la mortalité» liée à la chaleur : à Barcelone, une solution efficace face aux canicules

Marti Blancho

Texte intégral (2001 mots)
Le marché du Ninot, dans le quartier de l’Eixample, fait partie du vaste réseau de refuges climatiques de Barcelone. © Marti Blancho/Vert

Ce lundi 22 juin, Jonathan*, 47 ans, traverse la grande cour du Centre de culture contemporaine de Barcelone (Espagne), avec sa fille de 4 ans dans une poussette. Sous les ombrières, la température est tout juste supportable. À l’intérieur du musée, l’espace frais dédié aux gamin·es du quartier n’est pas encore ouvert, alors Jonathan se dirige vers la place des Caramelles. Depuis l’année dernière, quatre grands asperseurs d’eau arrosent les petit·es qui y jouent toute la journée. «Il fait beaucoup trop chaud à la maison, alors on alterne entre la cour et la place, le matin. L’après-midi on va à l’espace pour enfants du musée, c’est gratuit», explique-t-il en épongeant la sueur qui perle sur son front avec une petite serviette.

L’Espagne se trouve sous le même dôme de chaleur qui recouvre l’Hexagone, et tout le pays est en alerte canicule depuis ce week-end. Barcelone subit moins que d’autres villes, sans pour autant être épargnée, avec 34 degrés Celsius (°C) mesurés ce lundi. En soirée, le mercure peine à descendre sous les 25°C ; des nuits tropicales devenues la norme. Ici, dans le Raval, quartier surchauffé du centre-ville, ces lieux rafraîchis sont devenus indispensables. Sans eux, le quotidien des riverain·es parmi les plus pauvres de l’agglomération serait encore moins supportable en été. Entre les rues étroites et biscornues qui empêchent l’air de circuler, la forte densité de population et les petits appartements mal isolés qui se transforment en «bouilloires thermiques», difficile d’éviter la surchauffe. 92% des habitant·es du Raval sont exposé·es à un «risque de vulnérabilité climatique», selon une étude de l’institut Metropoli. À l’échelle de la ville, elles et ils sont plus d’un demi-million.

Jonathan, 47 ans, et sa fille de 4 ans, se rendent régulièrement au refuge climatique intérieur du Centre de culture contemporaine de Barcelone. © Marti Blancho/Vert

La municipalité de gauche a pris la mesure du problème. Aujourd’hui, près de 500 «refuges climatiques» quadrillent la capitale catalane : bibliothèques, musées, marchés couverts, parcs et jardins, cours d’école ou encore sièges d’arrondissement. Ces espaces, choisis au sein des équipements publics ou privés, sont aménagés selon des directives précises. Un refuge climatique est gratuit et mesure au moins 50 mètres carrés (m2) en intérieur, ou 0,5 hectare en extérieur. Il doit proposer des sièges, de l’eau potable, être accessible aux personnes à mobilité réduite et maintenir une température confortable (autour de 26°C maximum dans les espaces climatisés). Tous sont recensés sur une carte mise en ligne par la Ville.

Barcelone n’a pas attendu la dernière canicule pour multiplier ces havres de fraîcheur. Dès 2018, la municipalité pose les jalons de son «plan climat», avec une ambition claire : que chaque habitant·e puisse atteindre un refuge climatique en moins de cinq minutes à pied de son domicile. En 2020, le réseau est lancé avec 70 espaces. Six ans plus tard, il en compte sept fois plus. «Au début, 60% de la population étaient à moins de dix minutes d’un refuge. Aujourd’hui c’est 98% ; et 77% se trouvent à moins de cinq minutes», détaille avec fierté Irma Ventayol, directrice en charge de la résilience urbaine à la mairie de Barcelone et coordinatrice du réseau.

L’inspiration vient d’outre-Atlantique : des cooling centers (centres de rafraîchissement) de Chicago (Illinois, États-Unis), mis en place après la canicule meurtrière de 1995. Les Barcelonais·es ont adapté ce modèle à la ville méditerranéenne, en s’appuyant sur «la forte densité d’équipements publics – centres civiques, maisons de retraite, bibliothèques – pour construire le réseau», précise Irma Ventayol. La cité catalane fait désormais figure de référence avec «l’un des réseaux de refuges et abris climatiques les plus vastes du monde», comme le souligne un article publié en mars dans la revue scientifique Nature climate change.

La chaleur, un enjeu de santé publique

À cinq minutes à pied du Raval, la bibliothèque de Sant Antoni est un autre de ces refuges prisés par les riverain·es. Au fond d’une allée, une dizaine d’enfants et leurs parents profitent du square adjacent, à l’ombre des arbres et des immeubles. Valeria*, 31 ans, y a amené son fils de 7 ans, concentré à remplir les douves de son château de sable. «On vient plusieurs fois par jour quand il n’y a pas école, et d’autant plus avec la chaleur, quand l’appartement devient insupportable», explique-t-elle, enchantée de pouvoir fuir son petit logement bouillonnant des pentes de Poble Sec. Plus loin, Alberto*, 38 ans, est venu avec son bébé de 7 mois et demi. Si l’appellation «refuge» est «trop catastrophiste» à son goût, il apprécie la densité du réseau et tous ses avantages : «C’est une excellente utilisation de l’argent public.»

Le square adjacent à la bibliothèque de Sant Antoni, autre refuge climatique, est un repère bien connu des parents du quartier pour sa fraîcheur. © Marti Blancho/Vert

L’enjeu sanitaire est considérable. En 2025, 15 000 décès ont été attribués à la chaleur en Espagne. Dans l’Hexagone, Santé publique France en a calculé 5 700 l’été dernier, ainsi que 24 000 passages aux urgences liés aux fortes températures. Chaque année, elles causent en moyenne 460 000 morts prématurées dans le monde. «S’ils sont bien conçus, les refuges climatiques peuvent réduire cette mortalité», affirme Dominic Royé, chercheur en bioclimatologie au CSIC, l’équivalent espagnol du Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

«Les derniers degrés de température extrême ont un effet exponentiel, avertit le scientifique. Pour chaque dixième de degré supplémentaire, le risque de mortalité est presque multiplié par quatre.» Ainsi, il insiste sur la nécessité, pour les pouvoirs publics, de traiter la chaleur comme un problème de santé publique, et non comme une question de responsabilité individuelle.

Priorité aux quartiers vulnérables

Cependant, développer un réseau ne suffit pas : encore faut-il le déployer là où il est le plus nécessaire. Car si les arrondissements huppés se vident une fois venu l’été, les plus pauvres n’ont aucun moyen d’échapper à l’étouffante chaleur humide. «Tous les quartiers ne sont pas dans la même situation de vulnérabilité, rappelle Irma Ventayol. Nos cartes identifient les zones à plus fort risque : manque d’espaces verts, logements mal isolés, population âgée ou précaire. À mesure que le réseau s’étend, nous priorisons ces secteurs.»

Le succès du modèle repose aussi sur une organisation interne rôdée. Depuis 2019, un groupe de travail municipal réunit les représentant·es de tous les services concernés (marchés, bibliothèques, urbanisme, action sociale…) afin d’identifier les équipements les plus adaptés. «Barcelone dispose de moyens conséquents et de techniciens formés, souligne Dominic Royé. En revanche, de nombreuses municipalités manquent de fonds. On a donc besoin de la collaboration de tous les échelons administratifs, et surtout que l’État central apporte son appui et ses ressources pour que ces projets essaiment ailleurs.»

Bien que saluée à l’étranger, l’infrastructure catalane n’échappe pas aux critiques. L’an dernier, les usager·es déploraient les horaires restreints : de nombreux espaces fermaient le week-end, le dimanche notamment, ou à la pause du déjeuner, aux heures les plus chaudes de la journée. En août, l’habituelle fermeture de nombreux équipements publics avait accentué le problème. Une grève des agent·es des bibliothèques, qui réclament de meilleures conditions de travail et plus de personnel, limite déjà l’ouverture de certains refuges.

Sous le marché couvert de Sant Antoni, se trouve «la fosse». Ce vaste espace ombragé est plébiscité par les enfants à vélo et à trottinette. © Marti Blancho/Vert

La mairie garantit toutefois que 72% de la population disposera d’un refuge ouvert à moins de dix minutes à pied lors des dimanches d’août. La qualité des aménagements extérieurs fait aussi débat. «Les responsables politiques oublient parfois qu’ouvrir un espace vert ne suffit pas : il faut l’entretenir, l’arroser pour qu’il ne sèche pas, prévient Dominic Royé. Il faut également prendre en compte la circulation de l’air : un parc ne sera pas frais s’il est cerné par le bitume bouillant. Deux ou trois arbres ne font pas un refuge.»

Un modèle bientôt national ?

Quoi qu’il en soit, le modèle a séduit le gouvernement espagnol. Le 2 septembre 2025, l’exécutif a présenté un Pacte d’État face à l’urgence climatique, prévoyant la création d’un «réseau national de refuges climatiques», définis comme des «espaces sûrs, accessibles et répartis sur tout le territoire». Le 12 juin dernier, la ministre de la transition écologique, Sara Aagesen, a réaffirmé cet engagement lors de la présentation à Barcelone du Plan national d’adaptation au changement climatique 2026-2030. Le ministère n’a cependant pas répondu à nos questions sur l’avancée concrète de la mesure. En tout cas, plusieurs collectivités locales ont annoncé la mise en route de leur propre réseau pour l’été, dont certaines avec l’aide des services de l’État : Valence, Jérez, Bilbao, Saragosse, Valladolid… Signe que le modèle essaime.

En France, les initiatives restent embryonnaires. L’Agence de la transition écologique (Ademe) a récemment mis en ligne une cartographie participative des refuges climatiques, tandis que la région Île-de-France en propose une autre. Ces outils recensent pêle-mêle des parcs, des commerces privés, des espaces payants et de rares bâtiments publics. Rien qui ne ressemble, pour l’heure, au réseau public coordonné et pérenne développé par Barcelone, une ville au budget près de trois fois inférieur à celui de Paris.

*Ces personnes n’ont pas souhaité donner leur nom de famille.

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24.06.2026 à 11:53

En pleine canicule, le gouvernement officialise un projet de loi pour prolonger la location des logements bouilloires

Anne-Claire Poirier

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Lyon (Rhône), le 22 juin 2026. Des locataires ont mené une action pour protester contre «l’inaction» de leur bailleur face aux «bouilloires thermiques». © Lucas Martin-Brodzicki/Vert

Déjà critiqué pour ses réactions calamiteuses aux épisodes de chaleur qui se succèdent, le gouvernement aggrave encore un peu son cas avec la présentation ce mercredi, en conseil des ministres, d’un projet de loi «de relance du logement» au contenu mal à propos vu les températures.

Ce texte, annoncé en avril par le premier ministre Sébastien Lecornu, vise à augmenter l’offre de logements en assouplissant plusieurs règles. L’une d’elles est l’interdiction faite aux propriétaires bailleurs de louer des logements mal isolés – qui se transforment en passoire l’hiver et en bouilloire l’été – tant qu’ils n’ont pas été rénovés. La mesure issue des propositions de la Convention citoyenne pour le climat a été votée au Parlement en août 2021 et est entrée progressivement en vigueur depuis 2023. Pour rappel, selon les chiffres du gouvernement lui-même, «60% des logements en location appartiennent à des propriétaires des 9ème et 10ème déciles de revenus», soit les 20% des Français·es les plus riches. À l’inverse, 45% des ménages exposés à la précarité énergétique sont des locataires qui n’ont pas la main sur ces travaux. 

Remettre les passoires en location

Avec son projet de loi, le gouvernement prévoit donc de réautoriser la mise en location des logements classés F et G au diagnostic de performance énergétique (DPE). Ce, à condition que les propriétaires démontrent l’impossibilité de sortir du statut de passoire thermique ; ou s’engagent, via la signature d’un contrat avec une entreprise, à réaliser des travaux sous trois ans pour les maisons individuelles, et sous cinq ans pour les copropriétés. La location des logements classés G est interdite depuis le 1er janvier 2025 et celle des logements classés F devait entrer en vigueur le 1er janvier 2028.

«Notre projet de loi va permettre la plus grande rénovation des passoires thermiques jamais engagée en France. C’est plus de 700 000 logements que nous allons rénover en donnant les moyens aux propriétaires de le faire !», s’est félicité le ministre du logement, Vincent Jeanbrun. Ce sursis accordé aux propriétaires convainc difficilement côté locataires, d’autant que la demande de la Fondation pour le logement des défavorisés de baisser les loyers en contrepartie de ce recul n’a, elle, pas été retenue par le gouvernement. «Vous avez chaud dans votre logement pendant la canicule ? Le gouvernement pense à vous», a ironisé la députée (La France insoumise) Clémence Guetté sur les réseaux sociaux.

Le gouvernement promet de se rattraper, sur le tard

Rattrapé par l’actualité brûlante, l’exécutif tente de se raccrocher aux branches en promettant d’ajouter des mesures qui ne sont pas encore dans le texte. Il prévoit de reprendre un amendement déposé par Cyrielle Chatelain (Les Écologistes) pour permettre aux copropriétés de voter l’installation de volets ou de stores à la majorité simple. Il compte également sur les parlementaires «pour faire voter un maximum de choses sur le confort d’été», a indiqué l’entourage du ministre du logement mardi.

Le texte, transmis aujourd’hui à l’Assemblée, devrait être inscrit en séance à la rentrée. Le gouvernement espère une adoption au Sénat avant le budget, à condition de trouver une place dans un agenda déjà embouteillé.

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24.06.2026 à 11:02

Loup Espargilière : «Ma mère a connu une seule canicule jusqu’à ses 14 ans, ma fille de 4 mois en a déjà subi deux»

Loup Espargilière

Texte intégral (618 mots)
Mardi 23 juin a été la journée la plus chaude jamais mesurée en France. © Adobe stock

Ma mère est née en juillet 1961. Elle a connu sa première vague de chaleur à l’âge de 3 ans, et sa deuxième à 14 ans.

Elle m’a donné naissance en août 1990. J’ai vécu mes deux premières vagues de chaleur à l’été de mes 4 ans.

À tout juste 4 mois, ma fille subit déjà son deuxième épisode caniculaire. Deux épisodes hors norme débutés… au printemps.

Quand j’ai réalisé ça, j’ai été pris de sidération.

Les vagues de chaleur sont le signe le plus visible de la crise climatique. Elles connaissent une accélération et une intensification brutales, exactement comme nous l’avaient annoncé les scientifiques du climat («Qui aurait pu prédire ?»).

Voilà trente-cinq ans que les scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ont commencé à décrire ce qui nous attendait, avec une précision à peine croyable. Nous (nos dirigeant·es en premier lieu) savions pertinemment ce qu’il allait advenir chez nous, comme ailleurs.

En France, où le climat se réchauffe plus rapidement que la moyenne de la surface du globe, plus de la moitié des vagues de chaleur recensées par Météo-France depuis 1947 se sont produites après 2000. Un phénomène qui apparaissait jadis une à deux fois par décennie survient désormais en moyenne deux fois… chaque année.

Les causes sont parfaitement connues : notre consommation effrénée de biens et services est étanchée à grands renforts d’énergies fossiles. Tant que nous n’aurons pas fermé le robinet, les gaz à effet de serre continueront de s’accumuler dans l’atmosphère et d’aggraver la situation.

Les décideurs politiques et le monde économique ont une responsabilité immense dans ce désastre. Les plus malintentionnés savent qu’ils peuvent compter sur notre amnésie collective pour continuer d’accélérer sur l’autoroute du chaos.

Car, d’une génération à la suivante, nos repères glissent. Ce qui était rarissime autrefois (une canicule en juin) paraît presque normal à beaucoup d’entre nous aujourd’hui.

D’une canicule à l’autre, nous oublions ce que nous avons subi quelques mois plus tôt. Ce mécanisme est vital, puisqu’il nous permet de continuer nos vies (presque) normalement. Mais il est aussi l’une des raisons pour lesquelles tant d’entre nous continuent d’élire celles et ceux qui nous mènent vers l’abîme.

Et si, cette fois, nous arrêtions d’oublier ?

Alors que 2027 arrive à grands pas et que rien n’est écrit, il est de notre rôle, chez Vert, de rafraîchir les mémoires et de faire exister dans le débat démocratique ces sujets cruciaux pour notre avenir. Celui de notre société et celui de nos enfants.

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