flux Ecologie

L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

▸ les 10 dernières parutions

11.06.2026 à 16:44

Coupe du monde de football 2026 : chaleur extrême, pollution… pourquoi ce Mondial sera celui de tous les (pires) records 

Clément Gousseau

Texte intégral (2173 mots)
Al Khor (Qatar), le 14 décembre 2022. L’attaquant de l’équipe de France de football Kylian Mbappé lors de la dernière finale de la Coupe du monde. © Ercin Erturk/Anadolu via AFP

«Ce sera simplement et à jamais le plus grand événement de l’histoire de l’humanité.» Tels étaient les mots de Gianni Infantino, le président de la Fifa (la fédération internationale de football), au sujet de la Coupe du monde 2026, en décembre dernier.

Sur un point au moins, le dirigeant suisse pourrait avoir raison : l’édition nord-américaine qui s’ouvre ce jeudi s’annonce comme celle de tous les superlatifs. Organisée dans 16 villes réparties entre le Mexique, les États-Unis et le Canada, elle devrait attirer 6,5 millions de spectateur·ices dans les stades, selon l’instance.

Pour la première fois, 48 équipes participeront à la compétition, portant le nombre total de rencontres à 104, contre 64 auparavant. En 2022, la précédente Coupe du monde, organisée au Qatar, avait été suivie par cinq milliards de personnes à travers le monde, selon la Fifa. Une audience qui pourrait être dépassée cette année, estime dans un rapport Football for future, une organisation environnementale à but non lucratif.

Cette expansion spectaculaire promet aussi des recettes inédites. La Fifa espère engranger près de 11 milliards de dollars (9,5 milliards d’euros) grâce à la compétition, selon RMC Sport.

Derrière cette vitrine lucrative se cache un autre record, beaucoup moins glorieux. Cette Coupe du monde devrait être la plus polluante de l’Histoire, selon le laboratoire d’idées New weather institute. Elle concentrera également plusieurs facteurs de risque pour la santé des joueurs et des spectateur·ices, en raison notamment des fortes chaleurs attendues et des événements climatiques extrêmes potentiels.

Une «explosion» des émissions de gaz à effet de serre

«Le Mondial risque d’exploser les émissions de gaz à effet de serre, bien plus que lors de la précédente édition au Qatar», pointe Davide Faranda, directeur de recherche en sciences du climat au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), interrogé lors d’une rencontre organisée par l’association Expertises climat.

La très controversée Coupe du monde 2022 au Qatar avait déjà généré 5,25 millions de tonnes d’équivalent CO2 (CO2e), selon le New weather institute. L’édition 2026 pourrait faire encore pire : près de neuf millions de tonnes de CO2e devraient être émises lors de la compétition, d’après les estimations du laboratoire d’idées. C’est autant que les émissions annuelles de gaz à effet de serre d’un pays comme Chypre.

La principale raison tient à l’augmentation du nombre d’équipes, mais aussi à l’éclatement géographique de la compétition. Disputés dans seize villes à travers trois pays, les matchs obligeront équipes, officiels et supporter·ices à multiplier les déplacements en avion. Cela alors que la Fifa a réparti les équipes dans trois zones géographiques pour la phase de groupes : est (de Miami à Toronto), ouest (de Vancouver à Los Angeles) et centrale (de Mexico à Kansas City). L’équipe de France jouera par exemple ses trois premiers matchs à Boston, New York et Philadelphie, dans l’est des États-Unis.

«L’empreinte carbone du football professionnel est générée à 70% par les transports, rappelle Justine Birot, directrice de l’Institut du sport durable et coautrice du rapport Décarbonons le sport, du laboratoire d’idées The Shift project. Cette Coupe du monde est ultra-dépendante de l’aviation. Les supporters étrangers représentent à eux seuls 90% de l’empreinte carbone liée au transport. Le bilan est horrible.»

Les distances donnent le vertige : 3 800 kilomètres séparent Mexico, où se joue le match d’ouverture, de New York, qui accueillera la finale. Plus de 4 000 kilomètres sont aussi à parcourir entre Los Angeles et Toronto. «Les mobilités décarbonées ne seront pas du tout favorisées, alors que c’est précisément ce dont nous avons besoin», souligne Justine Birot. Prix exorbitants, absence d’alternatives en transport en commun entre les différentes villes du Mondial… L’avion sera le principal moyen de transport de cette Coupe du monde.

Le recours à des sponsors ultrapolluants participe aussi à cet accroissement des émissions de gaz à effet de serre. «Cela est dû à l’augmentation des ventes et de la consommation résultant de la visibilité extrêmement importante du sponsoring des Coupes du monde», rappelle dans son rapport le New weather institute.

La Fifa a notamment choisi de faire de Saudi Aramco, la première compagnie pétrolière mondiale en termes de production, l’un des partenaires majeurs du tournoi. Il s’agit d’une entreprise publique d’Arabie saoudite, pays hôte de la Coupe du monde 2034. Parmi les autres sponsors figurent Qatar Airways ou encore Coca-Cola, des entreprises régulièrement pointées du doigt pour leur impact environnemental.

Un Mondial qui cumule les facteurs de risque

Outre ses émissions record de gaz à effet de serre, cette Coupe du monde cumule aussi les facteurs de risque pour la santé, tant des joueurs que du public. «Cinq des seize stades de la compétition ont un risque de près de 50% de faire face à de fortes chaleurs pendant les matchs», explique Davide Faranda. Il s’agit de Houston, où la probabilité est de 90%, Dallas (87%), Atlanta (47%), Miami (69%) et Kansas City (46%).

Pire, les quatre premiers risquent à 50% de subir des épisodes combinés de vent violent, de pluie et de fort ressenti de chaleur, selon le chercheur. Le calendrier du Mondial 2026 coïncide avec le début de la saison cyclonique dans l’Atlantique. «Durant cette période, les phénomènes d’intensification rapide des tempêtes deviennent de plus en plus fréquents sous l’effet de températures plus élevées», rappelle le New weather institute.

Rien d’une nouveauté. Lors de la Coupe du monde des clubs, organisée l’an dernier aux États-Unis, plusieurs rencontres ont été perturbées ou retardées à cause de conditions météorologiques extrêmes, pointe Football for future. Dans son rapport, l’organisation environnementale souligne que depuis la Coupe du monde 1994, organisée aux États-Unis, «les trois pays hôtes ont tous connu certains des événements climatiques les plus graves jamais enregistrés».

Une mise en danger de la santé des joueurs et des spectateurs

Lors de ce Mondial, «un quart des matchs seront joués au-delà du seuil de 32°C WBGT», indique Bernard Paquito, chercheur à l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) spécialisé dans l’activité physique et le changement climatique. Cet indice de contrainte thermique permet d’estimer les effets combinés de la température, de l’humidité et du rayonnement solaire sur l’organisme. Contrairement à la température affichée par les thermomètres, il mesure la chaleur réellement ressentie par le corps humain.

Il précise : «Entre 25 et 29°C WBGT, le jeu est déjà moins intense, avec une baisse du nombre d’actions et de la distance réalisée à haute vitesse. Plus cet indicateur est élevé, plus le jeu est modifié.» Et les effets sur la santé sont indéniables, à tel point que l’ACSM, la plus grande organisation mondiale de médecine du sport, préconise de reporter les compétitions au-delà de 32,3°C WBGT lorsque les sportifs sont acclimatés à la chaleur, et au-delà de 29°C WBGT lorsqu’ils ne le sont pas.

Sous fortes chaleurs, les sportifs courent plus de risques d’épuisement (évanouissements, transpiration excessive, nausées, crampes musculaires, etc.) et de coups de chaleur d’exercice : une température corporelle supérieure à 40°C et des troubles neurologiques.

Pour les spectateur·ices aussi, l’impact est loin d’être neutre. Le New weather institute rappelle qu’une «exposition prolongée à ces conditions peut provoquer un épuisement, une déshydratation et des coups de chaleur, en particulier chez les personnes âgées et celles souffrant de problèmes de santé préexistants».

Pour les joueurs, des pauses fraîcheur sont prévues par la Fifa, et certains stades seront climatisés, comme à Houston et Atlanta. Suffisant ? Pas vraiment. Il y aurait déjà besoin «d’une vraie stratégie d’acclimatation à la chaleur, avec au moins quinze jours d’entraînement dans un contexte chaud. Mais ce sera difficile : pour 70% des joueurs, seulement quinze jours séparent la fin des championnats et la Coupe du monde», indique Bernard Paquito.

«Ils ont une énorme responsabilité»

Pourtant, la Fifa, qui n’a pas donné suite à nos sollicitations, considère sur son site internet «jouer un rôle pionnier dans l’engagement pour l’action climatique» et reconnaît que le «changement climatique et ses effets représentent l’un des enjeux les plus urgents de notre époque, si ce n’est le plus urgent».

L’instance a d’ailleurs prévu d’investir 10 millions de dollars (soit environ 8,6 millions d’euros) en faveur du «développement durable», sur un total de 3,756 milliards de dollars (3,25 milliards d’euros) d’investissements liés au Mondial.

«La Fifa n’a pas intégré les enjeux de décarbonation et de transition écologique. C’est regrettable pour l’intérêt du sport, cela met en péril la pratique sportive si l’on organise des compétitions sans prendre en compte les limites planétaires», estime Justine Birot, de l’Institut du sport durable.

Il y a quelques semaines, une soixantaine d’actuels et anciens joueurs de football ont écrit à l’instance afin de réclamer des protocoles thermiques plus stricts et de prendre davantage soin de la planète, selon des informations de la BBC Sport. «Ils ont une énorme responsabilité et ils n’en font pas assez en termes d’impact et d’influence», a déclaré l’international norvégien Morten Thorsby, auprès du média britannique.

Vers de nouveaux mondiaux XXL ?

Appels à favoriser les spectateur·ices du coin, démocratisation des fanzones, quotas de supporteur·ices issu·es d’autres continents, modification du calendrier de la compétition, recours à des sponsors moins polluants, limitation dans la construction de nouveaux stades… Les propositions de chercheur·ses pour adapter les futures Coupes du monde ne manquent pas.

Pourtant, les prochaines éditions – organisées en Espagne, au Maroc et au Portugal en 2030, puis en Arabie saoudite en 2034 – devraient elles aussi afficher un lourd bilan carbone. Le New weather institute estime que les émissions de gaz à effet de serre devraient s’établir respectivement à 6,09 millions et 8,55 millions de tonnes de CO2e.

Probablement moins, donc, que lors de cette Coupe du monde 2026, mais largement plus que la moyenne des précédentes éditions, entre 2010 et 2022, estimée à 4,7 millions de tonnes. En cause, encore une fois : le transport aérien, mais aussi la construction de nouveaux stades. Au risque d’alourdir encore l’empreinte de l’un des plus grands événements sportifs de la planète.

PDF
11.06.2026 à 11:53

«Nous n’avons pas les moyens de remettre l’eau en conformité, donc elle reste polluée» : les communes esseulées face au défi des PFAS

Lisa Boudoussier

Texte intégral (1680 mots)
Malandry (Ardennes), le 30 septembre 2025. La maire de la commune, Annick Dufils, présente une installation expérimentale qui sert à filtrer l’eau contaminée. © Jean-Christophe Verhaegen/AFP

En juillet 2025, près de 3 000 habitant·es des Ardennes se sont vu interdire de boire l’eau du robinet. Une décision prise par la préfecture face à des analyses révélant des taux de PFAS bien supérieurs aux normes autorisées dans les sources alimentant treize communes. Ces substances chimiques très persistantes dans l’environnement peuvent contaminer l’eau que l’on boit et s’accumulent ensuite dans l’organisme.

Malandry fait partie des localités concernées. Sa maire, Annick Dufils, raconte : «J’ai appris avec sidération et colère que notre eau était contaminée par des polluants éternels.» La commune distribue, encore en ce mois de juin, deux litres d’eau en bouteille par jour à chacun·e des 80 habitant·es. De fait, la dernière analyse réalisée en janvier dans le cadre du contrôle sanitaire révèle une concentration en PFAS de 0,706 microgramme par litre (µg/l), soit sept fois la limite de qualité fixée à 0,1 µg/l.

Depuis quelques années, les interdictions de boire une eau potable contaminée aux PFAS se multiplient en France : à Saint-Louis (Haut-Rhin) en avril 2025, à Arrentès-de-Corcieux (Vosges) en octobre 2025, ou encore, en avril dernier, à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). Si certaines interdictions ont depuis été levées, d’autres demeurent. Entre l’identification d’une pollution et sa résolution, le chemin peut être long.

«Il faut renforcer le principe pollueur-payeur»

Lorsqu’une eau est déclarée non conforme, c’est au distributeur – responsable pénalement de sa qualité – de prendre les mesures nécessaires pour rétablir la situation. En pratique, il s’agit souvent de communes ou de syndicats de l’eau. Problème : les différentes techniques de traitement ne permettent pas encore de détruire de façon systématique les PFAS – et elles sont particulièrement coûteuses.

Accablée, la maire de Malandry explique : «Nous n’avons pas les moyens de remettre l’eau en conformité, donc elle reste polluée.» L’été dernier, un test a tout de même été mené avec de l’eau prélevée de la source et mise dans un bidon avec du charbon actif ; sans pouvoir le développer à grande échelle. «Cette technique ne fait disparaître qu’une partie des PFAS, seulement les plus grosses molécules», rappelle par ailleurs Annick Dufils. Dans la commune voisine d’Haraucourt, une cuve à charbon actif vient d’être installée, le 8 juin. Son fonctionnement – qui implique de changer régulièrement les filtres – risque de coûter cher.

«Pour le moment, les collectivités n’ont pas d’autre choix que d’augmenter la facture d’eau des usagers domestiques. À l’arrivée, ce sont eux qui payent le prix de la dépollution», regrette Gabriel Amard, député La France insoumise (LFI), qui a déposé le 15 avril un rapport d’information avec Jean-Michel Brard (Horizons) sur la transposition et la mise en œuvre de la directive européenne sur la qualité des eaux.

«Il faut renforcer le principe pollueur-payeur», poursuit-il. Difficile d’imaginer que cette volonté soit entendue, alors que la redevance censée taxer les PFAS à hauteur de 100 euros pour 100 grammes rejetés dans l’eau n’est toujours pas entrée en vigueur. Elle aurait dû être appliquée à partir du 1er mars, mais Sébastien Lecornu l’a reportée de plusieurs mois, comme l’a révélé la cellule investigation de Radio France.

Des plaintes pour retrouver les responsables

Avec cinq autres communes des Ardennes, Malandry a déposé une plainte contre X pour «mise en danger de la vie d’autrui» et «pollution de l’eau», le 7 avril. L’objectif est de trouver les responsables de cette pollution aux PFAS liée à l’épandage de boues d’épuration, selon une enquête de Disclose et France 3 publiée en février.

Une plainte similaire a été déposée dans les Vosges, en février. Elle fait suite à la découverte de résultats d’analyses des PFAS dans l’eau indiquant un dépassement des seuils dans les communes d’Arrentès-de-Corcieux et de Tendon. «Ce sera à la justice d’établir la chaîne de responsabilité. Mais, au-delà des industriels, c’est aussi l’État qui pourrait être tenu pour responsable», estime Jean-François Fleck, de Vosges nature environnement, l’une des associations qui a porté plainte avec deux particuliers.

C’est justement ce que souhaitent faire reconnaître les associations Notre Affaire à tous, Bloom et Générations futures, ainsi que des victimes de la pollution aux PFAS, qui ont directement attaqué l’État devant le tribunal administratif de Paris, le 21 mai. Elles dénoncent notamment le fait que les autorités avaient connaissance de cette contamination et des risques sanitaires associés.

«C’est la présence de PFAS qui fait le poison»

Dans une lettre ouverte envoyée début juin au gouvernement, la Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé (CN URPS-ML) alerte sur la menace que fait peser sur la santé cette pollution de l’eau que l’on boit.  

De nombreux travaux scientifiques démontrent que ces molécules peuvent avoir des effets délétères pour l’être humain : augmentation du taux de cholestérol, cancers, effets sur la fertilité et le développement du fœtus, sur le foie, sur les reins… Pascal Meyvaert, coordinateur du groupe de travail santé environnementale de la CN URPS-ML, affirme : «Même un taux inférieur aux limites de qualité ne veut pas dire qu’il n’y a plus de danger. Aujourd’hui, on considère que c’est la présence de PFAS qui fait le poison.»

D’autant plus que seuls 20 PFAS sont réglementés sur une famille de plus de 10 000 molécules. Une liste à laquelle n’appartient pas l’acide trifluoroacétique (TFA), alors qu’il vient tout juste d’être officiellement considéré comme «toxique pour la reproduction suspecté» par l’Agence européenne des produits chimiques. La recherche de ce polluant ne sera obligatoire qu’à compter de janvier 2027 en France.

PDF
10 / 10

🌱 Bon Pote
Actu-Environnement
Amis de la Terre
Aspas
Biodiversité-sous-nos-pieds

🌱 Bloom
Canopée
Décroissance (la)
Deep Green Resistance
Déroute des routes
Faîte et Racines
🌱 Printemps des Luttes Locales
F.N.E (AURA)
Greenpeace Fr
JNE
La Relève et la Peste
La Terre
Le Lierre
Le Sauvage
Low-Tech Mag.
Motus & Langue pendue
Mountain Wilderness
Negawatt
🌱 Observatoire de l'Anthropocène

🌱 Reporterre
Présages
Reclaim Finance
Réseau Action Climat
Résilience Montagne
SOS Forêt France
Stop Croisières

🌱 Terrestres

🌱 350.org
Vert.eco
Vous n'êtes pas seuls