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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef
30.10.2026 à 06:00

«Les inégalités de richesse sont devenues criantes» : dans le Maine, des élections de mi-mandat à hauts risques pour les trumpistes

Apolline Guillerot-Malick

Texte intégral (2089 mots)
À Portland, plusieurs centaines de démocrates participent début octobre à un meeting de campagne de Troy Jackson, le candidat démocrate au Sénat dans l’État du Maine. © Apolline Guillerot-Malick/Vert

Dans une chorégraphie connue sur le bout des doigts, les caseyeurs de retour de mer cahotent entre les îlots, accostent dans le port de pêche de Stonington, déchargent leurs cargaisons de homards, puis déroulent le tuyau de la pompe à essence. C’est une fin d’après-midi d’octobre tranquille dans ce village reclus au bout de l’île de Deer Isle, dans l’État du Maine.

L’œil rivé sur la jauge de carburant, Nathan Jones, pêcheur depuis les années 1970, soupire : «Ça fait 98 gallons [370 litres, NDLR] de carburant aujourd’hui, soit plus de 500 dollars [450 euros]. Le prix du gallon a augmenté de 2 dollars [1,80 euro] à cause de la guerre. Ça devient complètement fou. En ajoutant les cordes fabriquées à partir de dérivés du pétrole et les appâts, ça me coûte plus de 1 000 dollars [environ 899 euros] par jour pour aller pêcher. Sans compter le salaire de mes gars.»

Le coût de la vie en forte hausse

Dans cet État américain situé à la frontière du Canada, dont l’économie a historiquement reposé sur la pêche et l’exploitation forestière, les deux premières années du second mandat de Donald Trump ont laissé des séquelles. Alors que la diminution du coût de la vie faisait partie des promesses de campagne du milliardaire républicain en 2024, l’inflation a augmenté d’un point depuis sa victoire à la présidentielle. En septembre, elle atteignait 3,7%, en partie à cause de l’envolée du cours du pétrole depuis le début de la guerre en Iran. Dans le détail, le coût du fioul, utilisé pour le chauffage mais aussi pour alimenter les bateaux de pêche, a augmenté de 74% en un an, celui de l’essence de 34% et celui de l’énergie de 20%.

Nathan Jones, un pêcheur de homard, rentre au port de Stonington après une journée en mer. © Apolline Guillerot-Malick/Vert

Du côté de l’industrie du bois, à la flambée du prix des matières premières s’ajoute l’enjeu de la guerre commerciale avec le Canada. «Beaucoup d’entreprises d’exploitation forestière achètent leur matériel et leurs pièces au Canada. Or les droits de douane de 50% appliqués à ce matériel font grimper leurs coûts d’exploitation», explique Dana Doran, directeur général de l’association Entreprises professionnelles d’exploitation forestière du Nord-Est.

Il s’inquiète : «À l’heure actuelle, la plupart des entrepreneurs travaillent sans marge bénéficiaire, voire à perte. La grande question est de savoir combien de temps ils pourront continuer de puiser dans leurs économies. Ce sont des entreprises familiales qui se transmettent généralement de génération en génération. Il est donc rare de les voir mettre la clé sous la porte. Mais au cours des derniers mois, trois de nos membres nous ont annoncé qu’ils mettaient fin à leurs activités.»

Le Maine, un État pivot

Ces enjeux de coût de la vie risquent de peser lourd dans les élections de mi-mandat, qui auront lieu le 3 novembre prochain. Les étatsunien·nes se rendront aux urnes pour renouveler l’ensemble des 435 sièges de la Chambre des représentants et un tiers des 100 sièges du Sénat. Les deux chambres sont actuellement du côté de la majorité républicaine, mais pourraient basculer à gauche.

La bataille du Sénat se joue dans sept États indécis, dont le Maine, qui compte 1,4 million d’habitant·es. Depuis la première élection de Bill Clinton en 1992, l’État vote traditionnellement à gauche aux présidentielles. Il n’a pourtant pas élu de sénateur·ice démocrate depuis 1988.

Cette année, deux candidat·es se retrouvent au coude-à-coude. D’un côté, Susan Collins, la sénatrice sortante, élue pour la première fois en 1996, est connue pour ses positions modérées au sein du parti républicain. Elle a longtemps su convaincre un électorat de gauche par sa position bipartisane. «Susan Collins n’est en aucun cas du genre “Maga” [Make america great again, le slogan trumpiste, NDLR]. Le parti républicain du Maine compte encore un nombre non négligeable de modérés du même style que George W. Bush», commente le politologue Mark Brewer, professeur à l’université du Maine.

À Portland, Troy Jackson, le candidat démocrate au Sénat dans l’État du Maine, salue des militant·es démocrates à la sortie de son meeting de campagne. © Apolline Guillerot-Malick/Vert

De l’autre, le candidat démocrate, Troy Jackson. Il défend un système de santé universel, l’inscription du droit à l’avortement dans la loi fédérale, ainsi que le démantèlement de l’ICE. Cette police migratoire, au budget record et aux méthodes particulièrement violentes, sème l’indignation depuis l’investiture de Trump en janvier 2025. Ancien bûcheron syndiqué, le candidat est soutenu par Bernie Sanders, sénateur de l’aile gauche du parti démocrate, mais aussi par l’AFL-CIO (American federation of health, labor and congress of industrial organizations), la plus grande fédération syndicale des États-Unis, qui regroupe 42 000 membres dans le Maine.

«Le Sénat américain est une institution extrêmement élitiste, où plus de 70% des sénateurs sont millionnaires. Il est grand temps que nous élisions des représentants issus de la classe ouvrière pour nous représenter à Washington», défend auprès de Vert Andy O’Brien, son directeur de communication. «Pour moi, Troy Jackson est la figure originelle du travailleur. Il sait ce qu’est la lutte, il l’a vécue», estime Peter Seraichick, un syndicaliste à la retraite, lors d’un meeting de campagne organisé fin octobre dans la ville progressiste de Portland.

«Le pays est dans un état de désordre»

Chemise recouverte d’une polaire sans manches, Troy Jackson s’avance sur l’estrade, salué par un fourmillement de pancartes anti-Trump : «Susan Collins a voté comme Trump dans 96% des cas», martèle-t-il. Pour lui, l’enjeu est de taille. Il s’agit de récupérer l’aile droite de l’électorat démocrate, en rendant la figure de Susan Collins indissociable du mouvement Maga.

Plusieurs centaines de démocrates ont participé au meeting de campagne de Troy Jackson, le 17 octobre à Portland. © Apolline Guillerot-Malick/Vert

Elle, s’en défend corps et âme, ayant déclaré, pendant un débat début octobre, ne pas être la «sénatrice préférée» du président. «On ne peut pas voter pour financer le programme de Donald Trump, puis rentrer à la maison et nous dire à quel point il vous préoccupe», la contredit son adversaire devant la foule.

Son parlé rauque et son accent populaire se propagent parmi les centaines de visages approbateurs : «Ce pays est dans un état de désordre comme je n’en ai jamais vu. Et ce n’est pas parce que les travailleurs ont laissé tomber l’Amérique, c’est parce que notre gouvernement a laissé tomber les travailleurs.»

Dylan Martin, un journaliste de 37 ans venu apporter son soutien au candidat, acquiesce : «Troy Jackson met en lumière à quel point les inégalités de richesse sont devenues criantes dans notre pays.» Malgré les «bons salaires», que son épouse et lui perçoivent, il s’inquiète : «Entre la crèche, le coût du logement et surtout celui du fioul, il va falloir bien gérer notre budget pour Noël cette année. Ça semble tout simplement fou qu’une situation aisée de classe moyenne ne soit plus confortable.»

L’écologie en second plan

Sur la côte de granit dessinant la bordure du village de Stonington, le plus grand port de pêche au homard de l’État, la politique suscite plutôt la défiance. «Tous les politiciens sont des serpents. La question, c’est juste de savoir par lequel on préfère se faire mordre», lâche Joe Trundy, récupérant des appâts pour sa pêche du lendemain. «Des escrocs», renchérit Nathan Jones, qui finit par admettre son estime pour Donald Trump et pour sa «grande bouche qu’il devrait apprendre à fermer de temps en temps».

Convaincu que «les démocrates ont perdu la tête avec le mois des fiertés», il tient l’ancien président démocrate Joe Biden et les compagnies pétrolières responsables de l’augmentation des prix du carburant. Du haut de ses 20 ans, Jace Doughty a quant à lui adressé une lettre ouverte à Susan Collins pour l’assurer du soutien des pêcheur·ses. La plupart sont hostiles à certains projets fédéraux de l’administration Biden, notamment aux éoliennes en mer et à la régulation des équipements de pêche à des fins de préservation des baleines noires.

Dans le port de pêche de Stonington (Maine), Joe Trundy (à droite), un pêcheur de homard, récupère des hameçons pour préparer sa journée de pêche. © Apolline Guillerot-Malick/Vert

À Stonington, la question de l’écologie effraie. «Vous auriez dû me prévenir que c’était pour un média environnemental», s’alarme Joe Trundy à la fin de notre entretien. Malgré la symbolique d’un meeting tenu au bord d’un étang boisé du parc municipal Deering Oaks, Troy Jackson joue la carte du pragmatisme écologique. Opposé à l’utilisation d’herbicides aériens, ce qui lui vaut une relation tendue avec certains exploitants forestiers, il reste attaché à l’exploitation économique des ressources arboricoles.

À l’échelle du pays, l’écologie peine à se faire une place dans la campagne électorale. C’est ce qu’on appelle le «climate hushing», le silence climatique. Le parti démocrate se concentre sur le coût de la vie, averti par les consultant·es politiques que la question climatique divise. «L’environnement semble passer au second plan, car notre priorité absolue est tout simplement de nous débarrasser de l’administration Trump», estime Cathy Chamberlain, une retraitée démocrate. Dylan Martin ne peut qu’abonder. Pour lui, «la démocratie est gravement menacée».

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29.10.2026 à 11:33

Des bénéfices «indécents» : profitant de l’envolée des prix du carburant, TotalEnergies enregistre des profits records

Louise Deshautels

Texte intégral (753 mots)
Plusieurs associations se sont réunies devant l’Assemblée nationale pour demander une taxe sur les bénéfices exceptionnels tirés des énergies fossiles. © Simon Wohlfahrt/AFP

Les profits de TotalEnergies ne cessent de grimper. Ce jeudi, la major pétrolière a dévoilé un bénéfice net record de 8,3 milliards de dollars (environ 7,45 milliards d’euros) au troisième trimestre 2026. C’est deux fois plus que l’an dernier : à la même période en 2025, l’entreprise avait enregistré un bénéfice net de 3,7 milliards de dollars (3,3 milliards d’euros). Le PDG du groupe, Patrick Pouyanné, a salué cette hausse, assurant que «TotalEnergies tire une nouvelle fois pleinement parti de son modèle intégré et de sa diversification géographique».

Ces rentrées d’argent spectaculaires arrivent dans un contexte d’envolée des prix des hydrocarbures, alors que les tensions internationales sur le marché du diesel perdurent avec la guerre au Moyen-Orient. De son côté, TotalEnergies plafonne ses prix à 2,5 euros le litre de gazole dans ses stations-services, lui permettant de gagner des parts de marché. À l’annonce des chiffres, la porte-parole du gouvernement et ministre de l’énergie, Maud Bregeon, a appelé l’entreprise française à être «exemplaire» et à baisser les prix à la pompe, puisque des stocks stratégiques de pétrole ont été libérés.

Taxer les profits fossiles pour «réduire les factures d’énergie»

Les résultats du groupe en début d’année relancent les appels des associations à taxer les superprofits. L’ONG 350.org dénonce des bénéfices «indécents», alors même que les député·es ont rejeté mercredi les amendements visant à taxer les profits fossiles dans le budget 2027. Ce jeudi, Action justice climat Paris, Attac France, Extinction rebellion et 350.org se sont rassemblées devant l’Assemblée nationale pour demander la taxation des profits fossiles, assurant que cette question «reste une urgence».

Depuis janvier, la multinationale a engrangé 19,511 milliards de dollars (17, 53 milliards d’euros) de profits, «sans que ces gains ne soient soumis à la moindre taxe supplémentaire», rappelle 350.org. Un «manque à gagner» pour l’État, dans un contexte d’austérité et de crise du pouvoir d’achat. Rappelons que, en mai dernier, Patrick Pouyanné menaçait de ne «pas maintenir» le plafonnement sur les prix des carburants en cas de taxe sur les superprofits, dans une interview à Sud Ouest et à La République des Pyrénées.

«Les ressources générées avec une telle taxe pourraient être utilisées pour réduire les factures d’énergie des citoyens, développer les énergies renouvelables locales, abordables et sûres, et soutenir les communautés touchées par la crise climatique à travers le monde, souligne Lorelei Limousin, chargée de campagne Climat et énergies fossiles à Greenpeace France. Les compagnies pétrolières exploitent sans vergogne les personnes qui dépendent de leur voiture et tirent profit des guerres et de la destruction du climat pour se remplir les poches.»

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29.10.2026 à 10:40

«Pas en avant» ou «occasion ratée» ? Pour la première fois, l’UE propose un règlement sur l’adaptation au changement climatique

Mathilde Picard

Texte intégral (992 mots)
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. © Nicolas Tucat/AFP

C’est une première. L’Union européenne (UE) était déjà dotée d’une stratégie contraignante pour limiter les émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère de ses pays membres. Il lui manquait un plan pour s’adapter au changement climatique.

Pour y remédier, la Commission européenne a présenté un «cadre pour la résilience», mardi. L’exécutif a proposé un règlement qui imposerait aux États d’avoir leur propre plan d’adaptation d’ici le 31 décembre 2030. Ces trajectoires et les progrès effectués seraient alors vérifiés par une autorité européenne choisie par les pays membres.

D’après une communication de la Commission, l’institution s’engage à présenter un plan d’adaptation à l’échelle du continent d’ici un an. Elle définit pour la première fois un objectif commun d’adaptation à un réchauffement de 2 degrés Celsius (°C) en 2050 et 3°C en 2100 par rapport à l’ère préindustrielle (1850-1900).

Un premier cadre commun, mais peu de mesures concrètes

Ces plans doivent regrouper les mesures à l’échelle nationale qui garantissent la sécurité alimentaire, luttent contre les inondations, organisent la rénovation des bâtiments ou encore assurent l’adaptation de l’aménagement du territoire au climat futur. Devront y figurer les investissements prévus et les financements pour y parvenir.

«Ça reste une avancée, mais beaucoup moins ambitieuse que ce qu’on aurait pu imaginer ; c’est une occasion ratée de protéger l’Europe du changement climatique», regrette Robin Elh, chargé de plaidoyer climat pour l’ONG Oxfam.

Le contenu de ce plan reste flou face à l’urgence d’agir. «On espérait des solutions concrètes, déplore Robin Elh. Les organisations syndicales demandent par exemple une mesure pour protéger les travailleurs en temps de canicule, qui interdirait les activités les plus à risques et imposerait plus de pauses à partir d’un niveau de vigilance commun ; la Commission aurait aussi pu annoncer une norme européenne commune pour empêcher de construire une maison sans isolation efficace.» Autant d’initiatives qui n’apparaissent pas dans le texte.

L’obligation de recourir aux solutions fondées sur la nature

Si le règlement propose davantage un cadre commun et des lignes directrices que des solutions concrètes, il contient néanmoins de premières obligations. Les membres de l’UE seront ainsi contraints d’instaurer des solutions fondées sur la nature. Ces pratiques visent à restaurer des écosystèmes ou à s’inspirer des processus naturels pour s’adapter. Cela peut consister à désimperméabiliser les villes ou à restaurer des dunes contre l’érosion des côtes.

Cette règle représente «un signal politique bienvenu», selon Gaëlle Haut, coordinatrice Affaires européennes de l’ONG de protection des océans Surfrider. «Rien ne garantit que ces solutions seront privilégiées par rapport à d’autres options», souligne-t-elle. Selon l’experte, il faudrait «rendre obligatoire le recours systématique à des solutions fondées sur la nature et renforcer l’ambition de la proposition de loi européenne».

Pas de dépenses supplémentaires pour l’adaptation

Pour financer les trajectoires d’adaptation : pas non plus de dotation spécifique. Les dépenses devront être intégrées au budget 2028-2032 de l’Union européenne, en cours de discussion, précise le média Contexte. 35% de ce budget sera destiné au climat et à la biodiversité. La Commission a laissé de côté l’idée d’un fonds dédié à l’adaptation, financé grâce à une taxe sur les bénéfices du secteur pétrolier et gazier. Ce projet était pourtant soutenu par l’Espagne, la gauche au Parlement et la vice-présidente de la Commission, la socialiste espagnole Teresa Ribera.

Pour Christophe Clergeau, vice-président du groupe Socialists & Democrats (gauche), «les plans, à eux seuls, ne suffiront pas à protéger les populations. Nous avons besoin d’outils financiers pour les mettre en œuvre, et les collectivités locales et régionales doivent disposer des ressources et du soutien nécessaires pour agir.» Il reconnaît malgré tout que «cette première loi européenne sur la résilience climatique constitue un pas en avant important».

Le texte doit encore être examiné par le Parlement européen, puis par le Conseil de l’Europe, avant d’être entériné. L’occasion pour les député·es d’ajouter des mesures plus ambitieuses. Le processus pourrait durer encore deux ans. «Le problème, c’est que les catastrophes climatiques sont déjà là, on l’a vu cet été, souligne Robin Elh. C’est du temps gaspillé.»

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29.10.2026 à 06:00

Des centaines de procès et des peines qui s’alourdissent : les chiffres inédits sur la répression judiciaire des militants écolos

Anne-Claire Poirier, Sébastien Eid

Texte intégral (1745 mots)
À Paris, le 23 mai 2025. Des militant·es brandissent un drapeau de Scientifiques en rebellion. © Yvan Castanier/Vert

Vouloir défendre le vivant… et en répondre devant les tribunaux : voilà le lot d’un nombre croissant de militant·es écologistes en France ces dernières années, si l’on en croit le Mouvement de soutien aux défenseur·ses de l’environnement (MSDE). «Depuis 2023, l’État nous inflige un déferlement de procès, avec presque deux audiences par semaine en moyenne !», illustre Camille*, l’une de ses membres. En réponse, le MSDE s’est donné pour mission de soutenir les militant·es poursuivi·es, notamment en leur partageant les ressources juridiques utiles à leur défense.

En plus de sillonner les tribunaux pour «documenter ce qui s’y passe», les bénévoles du MSDE viennent de développer un nouvel outil précieux avec l’aide des geeks de Data for good : Relaxes pour le vivant. Cette base de données répertorie l’ensemble des procès intentés aux défenseur·ses de l’environnement. «Environ 350 affaires y sont recensées depuis 1994, avec une bonne exhaustivité des informations depuis 2020», commente Tom*, de Data for good.

«L’idée est de recenser, pour chaque affaire, les chefs de prévention retenus, les décisions rendues, les peines prononcées, etc. Cette jurisprudence est précieuse pour nourrir le travail des avocats, mais jusqu’ici elle était difficilement accessible», explique Camille. Pour protéger les mis·es en cause, l’accès à Relaxes pour le vivant est actuellement restreint aux avocat·es et à leurs client·es. Mais le MSDE a accepté de transmettre à Vert plusieurs jeux de données, qui dessinent un panorama inédit de la répression judiciaire endurée par ces militant·es.

Une hausse fulgurante des audiences depuis 2023

«De 2020 à aujourd’hui, on recense 860 prévenu·es dans 303 procédures», illustre Tom. Et les données confirment une ascension fulgurante des audiences, passées de 12 en 2020 à 90 en 2025, et déjà 65 entre le 1er janvier et le 15 octobre 2026.

«Entre 2020 et 2023, ce sont surtout les décrocheurs de portraits d’Emmanuel Macron qui se sont retrouvés au tribunal un peu partout en France, commente Camille. 2023, 2024 et 2025 ont plutôt correspondu aux actions d’Extinction rebellion et de Dernière rénovation [blocages de routes, jets de peinture, etc., NDLR]. Les anti-A69 ont également eu à répondre de leurs actions».

Certains collectifs concentrent les procès

Depuis 2020, pas moins de 43 collectifs ont été concernés par des procès (voir ci-dessous), mais certains sont surreprésentés dans les affaires. Sur les 358 audiences recensées depuis 2020, Extinction rebellion était convoqué dans un quart (24%) des cas, Dernière rénovation dans 16% des cas, comme pour les anti-A69 (une même audience peut concerner plusieurs collectifs).

Des chefs de prévention parfois répressifs

La plupart du temps, les motifs de poursuite – appelés chefs de prévention – reflètent les modes d’action des collectifs : «”entrave à la circulation” pour les militants de Dernière rénovation ayant bloqué des routes, “dégradation” pour celles et ceux d’Extinction rebellion qui ont aspergé plusieurs bâtiments de peinture ou encore “opposition à travaux publics” dans le cas des anti-A69», résume Camille.

Plus rarement, des poursuites beaucoup plus répressives sont émises à l’encontre de militant·es, les exposant à de très lourdes peines. Des militant·es des Soulèvements de la Terre ont par exemple été accusé·es de “séquestration” ou d’”association de malfaiteurs” – faits passibles de vingt ans de réclusion criminelle – après leur intrusion en décembre 2023 dans une centrale à béton Lafarge à Val-de-Reuil (Eure). Pour Camille, il s’agit d’une «instrumentalisation des qualifications pénales» pour tenter d’écraser la contestation.

Des peines mesurées… mais qui tendent à s’alourdir

Si certains chefs de prévention peuvent être dissuasifs, «les juges ne sont, en général, pas si sévères», constate Camille. Selon elle, «le choix répressif se trouve donc surtout en amont, avec des gardes à vue sans motif, des poursuites infondées, etc.». Les peines prononcées se sont toutefois légèrement alourdies ces dernières années.

Pour s’en rendre compte, le MSDE a construit un indice permettant de noter la sévérité de chaque décision rendue, de 0,5 (relaxe) à 14 (prison ferme). Entre 2020 et 2022, la note moyenne des condamnations était de 7,57, correspondant à des amendes de moins de 200 euros. Elle a atteint 8,89 en 2024, correspondant à des amendes comprises entre 200 et 500 euros, généralement assorties de travail d’intérêt général ou d’un stage de citoyenneté.

À noter toutefois les deux condamnations à de la prison ferme prononcées en septembre 2025 et mai 2026 à l’encontre, respectivement, d’une militante de Dernière rénovation ayant aspergé Matignon de peinture et du médiatique militant anti-bassines Julien Le Guet pour avoir organisé la manifestation interdite de Sainte-Soline. Des peines d’une rare sévérité, «potentiellement liées à une volonté de dissuader les autres en faisant des exemples», interprète Camille.

Une hausse des condamnations… mais aussi des relaxes

Si les données révèlent un boom des affaires à partir de 2023, les décisions rendues montrent également une hausse des relaxes. «En 2026, on atteint même 58% de relaxes», s’étonne Tom, de Data for good.

Pour Camille, cette hausse est le résultat de procédures bâillons, lancées dans le seul but de dissuader les militant·es. «Le ministère public fait le choix de poursuivre même s’il n’y a rien dans le dossier», dénonce-t-elle. Depuis 2020, près d’un tiers des relaxes ont ainsi été prononcées pour «infraction non caractérisée», selon le MSDE.

«On voit aussi que la répression est politique, car il poursuit des militants écologistes pour certains faits, là où des agriculteurs ne sont pas poursuivis», ajoute Camille. Elle prend l’exemple de huit militant·es placé·es pendant 46 heures en garde à vue pour avoir tagué un pont en Alsace en 2025. La procureure avait même demandé leur placement en détention provisoire pendant deux nuits, dans l’attente de leur comparution immédiate, ce que le juge des libertés a refusé. En comparaison, en 2024, des agriculteurs avaient aspergé de purin la préfecture d’Agen sans encourir la moindre peine.

La liberté d’expression, un motif majeur de relaxe

Depuis 2020, 289 décisions ont été rendues, dont 43% qui ont abouti à la relaxe des personnes mises en cause. La liberté d’expression est le premier motif de relaxe (37%). «Face à la volonté du ministère public de poursuivre et condamner des actions politiques, la justice réaffirme fréquemment le droit des citoyen·nes à manifester et à s’exprimer», reconnaît Camille.

À noter également les quelques relaxes pour «état de nécessité», en référence à un article du code pénal qui prévoit d’exonérer de poursuites les personnes agissant pour prévenir «un danger actuel ou imminent qui menace elle-même, autrui ou un bien». Hélas, «on ne l’a encore observé qu’en première instance et pas de manière définitive, mais c’est un indice – faible – d’une justice qui commence à voir la nécessité pour les citoyen·nes d’agir», commente Camille.

*Les personnes interrogées dans l’article ont choisi de s’exprimer sous pseudo.

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