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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef
05.11.2026 à 07:00

Hubert Peres, spécialiste de la politique espagnole : «La droite n’a aucune chance d’arriver au pouvoir sans l’appui de l’extrême droite»

Hicham Zemrani

Texte intégral (1665 mots)
Santiago Abascal, président du parti d’extrême droite Vox, le 15 décembre 2025, à Almaraz. © Vox España/Flickr

Après plus de huit années au pouvoir, le président socialiste du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, remettra son mandat en jeu le 29 novembre, lors des élections législatives. En position de force dans les sondages, le chef des conservateurs, Alberto Núñez Feijóo (Parti populaire, PP), fait figure de favori… mais pourrait dépendre de la formation d’extrême droite Vox pour gouverner.

Quatre communautés autonomes (Andalousie, Aragon, Castille-et-León et Estrémadure), l’équivalent ibérique de nos régions, sont aujourd’hui dirigées par des coalitions rassemblant la droite et l’extrême droite. Hostilité aux normes environnementales, détricotage des lois mémorielles, défense acharnée de la politique familiale… Hubert Peres, professeur émérite de science politique à l’université de Montpellier (Hérault) et auteur de La politique en Espagne (La Découverte, 2023), revient dans un entretien à Vert sur les mesures prises par le PP et Vox à l’échelle régionale.

Vert : le «cordon sanitaire» autour de l’extrême droite existe-t-il en Espagne ?

Hubert Peres. Le concept même de «cordon sanitaire» n’a jamais existé, car l’irruption de l’extrême droite est récente. Vox a été créé au milieu des années 2010 et n’a connu qu’un faible succès jusqu’en 2018. Dans un premier temps, le PP a été réticent à envisager un accord de gouvernement avec ce parti.

Hubert Peres est professeur émérite de science politique à l’université de Montpellier (Hérault), spécialiste de la vie politique espagnole. © DR

Mais il a fini par réaliser que, compte tenu de la transformation du système partisan espagnol, qui s’est beaucoup fragmenté, il n’avait aucune chance d’arriver au pouvoir et de gouverner sans l’appui de Vox, aussi bien au niveau des communautés autonomes que sur le plan national.

Quels sont les faits d’armes des régions dirigées par une coalition PP-Vox ?

Le principal acquis de Vox a été de remettre en question la loi sur la mémoire démocratique et sa tentative d’expulsion de tous les souvenirs du franquisme de la vie politique et culturelle espagnole. Le parti a réussi à faire voter ce qu’il appelle des lois de «concorde nationale» en refusant l’antinomie entre le franquisme et la démocratie.

Pourquoi Vox a-t-il fait des questions mémorielles l’un de ses principaux chevaux de bataille ?

Avant 2018, l’extrême droite existait de façon embryonnaire. L’une des explications à ce phénomène était la disqualification de l’extrême droite à la suite de la transition démocratique. Il est donc fondamental pour Vox de rompre avec ce discrédit du franquisme, de le revaloriser, pour se débarrasser de la tache morale qui pèse sur l’extrême droite.

S’appuyer sur une expérience historique idéalisée de ce qu’était l’Espagne avant la démocratie lui permet aussi de se construire une image antisystème qui fonctionne auprès des jeunes – il arrive en tête chez les 18-25 ans. Beaucoup d’entre eux sont sensibles à ce discours selon lequel on n’allait pas si mal sous le franquisme, qu’il y avait de l’ordre, de la sécurité, de l’emploi, etc. Et qu’au contraire, le système démocratique a apporté nombre de difficultés.

D’autant plus que cela se conjugue avec un mouvement totalement opposé du côté de la gauche radicale. Si Vox récuse l’idée que le passage à la démocratie a été un progrès spéculaire, la gauche radicale considère que la transition n’a pas été un véritable passage à la démocratie parce qu’elle n’a pas suffisamment disqualifié la dictature.

La lutte contre l’immigration illégale est-elle le principal point de convergence entre les conservateurs et l’extrême droite ?

Lorsque Vox est apparu, l’immigration n’était pas le thème principal de son discours. Il l’a d’abord fondé sur l’anti-indépendantisme et l’unité de l’Espagne [dans le contexte de la tentative de sécession de la Catalogne en 2017, NDLR] ainsi que sur l’antiféminisme. Depuis, sa stratégie électorale a évolué. Pour gagner le vote des femmes, Vox a adopté une rhétorique fémonationaliste – en affirmant que lutter contre l’immigration revient à assurer la sécurité des femmes –, et la dimension anti-immigration est revenue au premier plan.

Cela n’a pas échappé au PP, qui s’est senti obligé d’infléchir son discours en tenant des propos et en formulant des propositions plus dures sur ce thème. Alors même que le parti a largement favorisé l’immigration extra-européenne quand elle a démarré au milieu des années 1980…

En Andalousie, par exemple, le gouvernement a supprimé, sous la pression de Vox, les subventions aux ONG qui s’occupent de l’aide aux sans-abri. C’est une façon de couper les vivres des associations accusées de favoriser l’immigration illégale.

Dans certaines régions, Vox est parvenu à imposer l’instauration d’une «priorité nationale» dans l’accès aux aides sociales et au logement…

Cette notion de «priorité nationale» n’est pas totalement assumée par le PP, qui refuse de tenir ce langage et d’en faire l’un des axes de son programme. Tout d’abord en raison des difficultés juridiques que pose cette mesure. La droite a trouvé un subterfuge en employant l’expression «enracinement» et en réservant l’accès aux aides sociales et au logement à ceux qui peuvent justifier d’une implantation dans la communauté de plus de dix années.

Cela concerne majoritairement les étrangers, mais d’autres populations, comme les militaires qui changent souvent de régions, pourraient être impactées. Finalement, même s’il utilise un terme différent, le PP accède aux thèses de Vox.

Le PP et Vox ont refusé de signer le «pacte d’État» face à l’urgence climatique proposé par Pedro Sánchez. Sont-ils dans le déni ?

Il est clair que Vox est dans le déni. Pas en remettant directement en cause le réchauffement climatique, mais en fustigeant ce qu’il appelle «les fanatiques du climat». Dans les pactes de gouvernement des communautés autonomes, Vox indique clairement son hostilité à toutes les mesures et normes contraignantes pour l’activité économique – et en particulier agricole – au nom d’une urgence écologique.

On retrouve aussi l’idée d’une défense à outrance des agriculteurs, de la tauromachie et de la chasse. Tandis que la gestion des forêts est liée à la lutte contre les incendies, mais sans jamais évoquer le fait qu’ils puissent être provoqués par le réchauffement climatique.

Beaucoup de discours du PP s’alignent sur cette vision. Mais la droite, elle, ne peut pas totalement s’opposer au Pacte vert [le Parti populaire européen, dont fait partie le PP, soutient le texte, NDLR]. Contrairement à Vox qui le considère comme néfaste pour l’économie espagnole.

Au niveau autonomique, Vox obtient souvent le portefeuille de la famille. Qu’est-ce que cela dit de ses priorités ?

L’antiféminisme de Vox se manifeste en particulier dans son refus de la notion de «violences de genre» et son souhait de la remplacer par l’expression «violences intrafamiliales» pour nier toute spécificité à la violence exercée contre les femmes. Mais le parti a mis en sourdine ces critiques pour des considérations stratégiques.

Néanmoins, Vox est une formation qui se déclare en faveur d’une limitation des conditions d’accès à l’avortement. Il valorise également la famille traditionnelle, les enfants et donc une démographie qui permettrait de se passer des étrangers. Le soutien à la politique familiale fait toujours partie des pactes de gouvernance signés par Vox.

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04.11.2026 à 12:27

Abdul El-Sayed, Deb Haaland, Chris Pappas… Ces victoires démocrates historiques aux élections de mi-mandat aux États-Unis

Louise Deshautels

Texte intégral (1567 mots)
Secrétaire américaine à l’intérieur sous Joe Biden, Deb Haaland a pris position pour le Green New Deal. © NPS/Jacob W. Frank/Flickr

Le camp démocrate est sorti gagnant des élections de mi-mandat aux États-Unis, avec une majorité absolue dans les deux chambres du Congrès : la Chambre des représentants et le Sénat. Parmi ces victoires, des premières historiques et symboliques. Première femme autochtone élue gouverneure, premier sénateur musulman, figures issues des minorités sous-représentées… Vert brosse le portrait de ces Étatsunien·nes qui occupent désormais des postes clés.

Deb Haaland, première femme issue des Premières Nations à devenir gouverneure aux États-Unis

C’est une nouvelle victoire électorale pour cette femme politique autochtone. Deb Haaland a été élue gouverneure dans l’État du Nouveau-Mexique, avec 57,25% des voix, devenant la première personne issue des Premières Nations à ce poste. La démocrate de 65 ans appartient au peuple Laguna Pueblo du Nouveau-Mexique. En 2018, elle avait été élue au Congrès, avant d’être nommée à la tête du département de l’intérieur par l’ex-président démocrate Joe Biden, en mars 2021.

Deb Haaland est la première femme autochtone à décrocher un poste de gouverneure des États-Unis. © Gage Skidmore/Flickr

Elle était alors devenue la première personne autochtone à accéder à une fonction ministérielle aux États-Unis. Dans le cadre de son mandat, elle a pris position pour le Green New Deal, un ensemble de projets politiques et de plans d’investissements visant à lutter contre le changement climatique et la dégradation de l’environnement. Elle s’est aussi engagée contre le pétrole de schiste et la fracturation hydraulique.

Au lendemain de l’annonce de sa nomination en tant que secrétaire d’État, elle écrivait sur Twitter (devenu X) : «Grandir dans le foyer Pueblo de ma mère m’a rendue féroce. Je serai féroce pour nous tous, pour notre planète et pour protéger toutes nos terres.»

Peggy Flanagan, première sénatrice autochtone

Autre représentante des Premières Nations à faire sa place dans la politique étatsunienne, Peggy Flanagan devient la première sénatrice autochtone du pays. Elle a été élue dans le Minnesota avec 53,71% des voix.

Lieutenant Governor and US Senate candidate Peggy Flanagan
Peggy Flanagan défend une vision progressiste sur les questions d’égalité, de justice sociale ou encore de défense des peuples autochtones. © Chad Davis/Flickr

Ancienne lieutenant-gouverneure de l’État, elle avait défendu une vision progressiste sur les questions d’égalité, de justice sociale ou encore de défense des peuples autochtones. Elle soutient un système de santé universel, le «Medicare for all», le renforcement des aides publiques à la garde d’enfants et a qualifié la guerre à Gaza de «génocide».

Keisha Lance Bottoms, première femme noire élue gouverneure aux États-Unis

Keisha Lance Bottoms entre dans l’histoire des États-Unis en devenant la première gouverneure noire du pays, après son élection en Géorgie. Elle a largement battu le candidat républicain, Rick Jackson, avec 54,31% des voix.

Ancienne maire d’Atlanta, Keisha Lance Bottoms a travaillé à la Maison-Blanche sous la présidence de Joe Biden. © Elijah Nouvelage/Getty Images via AFP

Membre du Parti démocrate, elle se présente sur son site comme descendante d’une famille d’esclaves d’une plantation de Géorgie. Pendant sa campagne, soutenue par l’ancien président démocrate Barack Obama, Keisha Lance Bottoms a misé sur la santé et le logement. De 2018 à 2022, elle était maire d’Atlanta, la plus grande ville de l’État, avant de travailler à la Maison-Blanche sous la présidence de Joe Biden.

Chris Pappas, premier sénateur ouvertement gay aux États-Unis

Sa première apparition post-victoire s’est faite aux côtés de son mari, qui est monté sur scène avec lui pour célébrer. Le démocrate Chris Pappas a remporté le siège de sénateur du New Hampshire avec 56,21% des voix. Il devient ainsi le premier homme ouvertement homosexuel à faire son entrée au Sénat.

Déjà élu à la Chambre des représentants depuis 2019, Chris Pappas a soutenu l’Equality Act, un projet de loi visant à inscrire dans le droit fédéral des protections contre les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. © Jodi Hilton/ Nurphoto via AFP

Déjà élu à la Chambre des représentants depuis 2019, il a notamment soutenu l’Equality Act, un projet de loi démocrate visant à inscrire dans le droit fédéral des protections contre les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. Pendant sa campagne de mi-mandat, il a mis l’accent sur la lutte contre l’inflation, les soins de santé ou encore le coût de la vie.

Abdul El-Sayed, premier sénateur musulman des États-Unis

C’était l’une des figures les plus médiatiques de cette campagne. Abdul El-Sayed a été élu sénateur de l’État du Michigan, avec 52,31% des suffrages, devenant à cette occasion le premier sénateur musulman des États-Unis.

D’origine égyptienne, ce médecin épidémiologiste de 41 ans n’avait aucune expérience politique. Pourtant, pendant toute la campagne, il a réussi à se démarquer grâce à son sens de la répartie et ses capacités oratoires. Il n’a pas hésité à reprendre à son avantage les critiques de Donald Trump et consorts.

Il fait partie de l’aile gauche des démocrates, en rupture avec la branche traditionnelle. Il profite du soutien de Barack Obama, et de celui de Bernie Sanders ou d’Alexandria Ocasio-Cortez, deux figures de la gauche radicale aux États-Unis. Pendant la campagne, il s’est positionné pour un programme de santé publique universel, l’abolition de l’ICE (la meurtrière police de l’immigration), la mise en place d’un moratoire sur les data centers ou encore l’arrêt de l’aide militaire étatsunienne pour l’étranger. Abdul El-Sayed se distingue par sa critique virulente du soutien à Israël, se plaçant plutôt en faveur des droits des Palestinien·nes.

James Talarico, premier sénateur démocrate du Texas depuis 1988

À 37 ans, le démocrate James Talarico vient de réaliser une percée historique au Texas. Après quatre décennies de domination du camp républicain, il a remporté le poste de sénateur de l’État face à Ken Paxton, activement soutenu par Donald Trump.

James Talarico devient le premier sénateur démocrate du Texas depuis 1988. ©Louise Palanker/Flickr

C’est le premier démocrate à ce poste depuis 1988. James Talarico a placé la lutte contre les inégalités économiques et la corruption au cœur de sa campagne. Après sa victoire, il a déclaré devant ses partisan·es réuni·es à Austin, la capitale texane : «Ce soir, nous avons battu Goliath.»

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04.11.2026 à 11:17

«Une renaissance de la gauche dans ce pays» : New York en liesse après la victoire des démocrates aux midterms

Apolline Guillerot-Malick

Texte intégral (1716 mots)
À l’annonce de la victoire du démocrate James Talarico au Texas, le bar Bohemian Hall & Beer Garden s’enflamme, pendant une soirée électorale organisée par le DSA. © Apolline Guillerot-Malick/Vert

Sous l’immense barnum de ce bar new-yorkais, les chopes de bière versées à la chaîne, façon Oktoberfest, finissent par appeler la victoire. Vers 23h30 ce mardi, l’annonce de la bascule du Sénat sur la chaîne CNN est une bouffée d’air frais. Plusieurs centaines de sympathisant·es du DSA, les Socialistes démocrates d’Amérique, entament un «Fuck Donald Trump» tonitruant.

Toutes et tous se sont donné rendez-vous dans le quartier d’Astoria, pour suivre la soirée électorale des élections de mi-mandat aux États-Unis. «Je commence tout juste à m’autoriser à espérer, souffle Sumana Harihareswara, une sympathisante du DSA d’une quarantaine d’années, consultante dans l’industrie de la tech. Cette administration fédérale a déjà causé d’énormes dégâts à nos infrastructures scientifiques, à notre fonction publique, à notre réputation à l’international et à notre économie, dont les conséquences mettront des générations à être réparées.»

«La démocratie et le futur de nos droits civiques étaient en jeu», renchérit Aaron Fernando, 26 ans, membre du DSA depuis 2019, qui voit en Donald Trump un «fasciste et un suprémaciste blanc».

La soirée se solde par l’obtention d’une majorité au Sénat et à la Chambre des représentants (la chambre basse aux États-Unis) pour le Parti démocrate. «Trump essuie un rejet historique», titre le quotidien Washington Post dans la nuit. Plus significatif encore, les démocrates ont remporté certains États acquis depuis des années aux conservateurs. On peut citer le Texas, avec la victoire de James Talarico ; le Kansas, avec celle d’Adam Hamilton ; l’Iowa, remporté par Josh Turek ; et l’Ohio, par Sherrod Brown. Dans le Maine, l’éternelle républicaine Susan Collins est éjectée par l’ancien syndicaliste Troy Jackson.

Une électrice s’émeut de la victoire de la gauche américaine lors d’une soirée électorale organisée par le DSA dans un bar du quartier d’Astoria à New York. © Apolline Guillerot-Malick/Vert

Dans une interview au New York Times cette nuit, le président Donald Trump s’est dit «tout à fait disposé» à accepter les résultats des élections de mi-mandat, ajoutant que la défaite de son parti était due au fait qu’il ne figurait pas sur le bulletin de vote. Une réaction pour le moins inattendue.

Le milliardaire républicain avait posé les jalons d’une contestation électorale depuis sa réinvestiture en janvier 2025. Il avait exigé de plus de 30 États qu’ils lui transmettent des listes d’électeurs : une demande sans précédent afin d’identifier de supposés «non-citoyens» inscrits sur les listes électorales.

Le 16 juillet dernier, dans une allocution présidentielle, il prétendait, sans en apporter la preuve, que 278 000 étranger·es étaient enregistré·es sur les listes et dénonçait des «vulnérabilités alarmantes» dans le système électoral étatsunien. Dans une analyse publiée une semaine avant le scrutin, le quotidien américain Washington Post avançait que «près de 600 comptes sur les réseaux sociaux, podcasts et autres médias en ligne, tous orientés à droite et bénéficiant d’une certaine notoriété, avaient publié plus de 7 000 déclarations remettant en question l’intégrité du scrutin depuis le début de l’année».

De retour dans le bar new-yorkais, sur une des tables en bois, des militant·es du DSA s’appliquent à coller les portraits des socialistes fraîchement élu·es sur une carte des États-Unis taille XXL. À l’occasion des midterms, le DSA a soutenu 131 candidat·es dans 30 États, dont dix à la Chambre des représentants. À New York, le mouvement a signé un tiercé gagnant avec Alexandria Ocasio-Cortez, surnommée AOC, élue représentante de la 14ème circonscription ; Claire Valdez, de la 7ème circonscription ; et Darializa Avila Chevalier, de la 13ème.

La démocrate-socialiste new-yorkaise Claire Valdez a été élue représentante de la 7ème circonscription de New York au Congrès. © Apolline Guillerot-Malick/Vert

Le mouvement a le vent en poupe. Un sondage de l’institut Gallup publié en septembre indiquait que 43% des Américain·es avaient une opinion positive du socialisme, contre 36% en 2010. Cette adhésion est encore plus marquée chez les 18-34 ans, parmi lesquels 57% expriment une opinion favorable. Et cela se traduit par des records d’inscriptions au sein du parti. Alors que le DSA ne comptait que 6 000 membres en 2016, ses représentant·es ont annoncé avoir passé la barre de 120 000 membres en juillet dernier.

Ces chiffres dépassent ceux de l’âge d’or du socialisme américain, alimenté par l’afflux d’immigrant·es européen·nes pendant la révolution industrielle. À son apogée en 1912, le Parti socialiste américain d’Eugene Debs, une figure d’envergure nationale qui s’est présentée à plusieurs reprises aux élections présidentielles, comptait près de 113 000 membres.

Derrière la réussite du DSA se célèbre celle de l’aile gauche du Parti démocrate. Celle-ci s’était développée autour de la figure de Bernie Sanders au moment des primaires pour la présidentielle de 2016. Puis elle s’est fortifiée avec la première victoire d’AOC en 2018, avant de connaître un véritable essor avec le succès de Zohran Mamdani à la mairie de New York en novembre dernier.

«On tient vraiment à ramener le Parti démocrate à ses racines ouvrières, soutient lors de la nuit électorale Shawna Morlock, coprésidente d’un groupe de travail dédié aux élections, au sein du DSA de New York. Cette soirée est la preuve que lorsque des responsables politiques s’adressent aux ouvriers, on peut élargir l’électorat, mobiliser les jeunes, les locataires, les travailleurs et provoquer une renaissance de la gauche dans ce pays.»

L’ambiance est à la célébration lors d’une soirée électorale organisée par le DSA dans un bar du quartier d’Astoria à New York. © Apolline Guillerot-Malick/Vert

«L’un des véritables enjeux de cette élection était d’agir pour que ces candidats plus progressistes commencent d’obtenir des nominations en dehors des grands centres urbains, bastions traditionnels du Parti démocrate. De mauvais résultats dans l’Amérique profonde auraient conforté ceux qui, au sein du parti, défendent la nécessité d’une ligne plus modérée pour élargir sa base électorale», estime le politologue David Hopkins, professeur au Boston College, dans le Massachusetts.

Mardi soir, l’aile gauche du parti a su s’émanciper des centres urbains. Plusieurs candidat·es soutenu·es par le DSA ont été élu·es à la Chambre des représentants dans le Michigan, le Colorado et la Pennsylvanie. Le démocrate ultra-progressiste Abdul El-Sayed a même remporté la bataille du Sénat dans le Michigan. «Ils sont devenus suffisamment puissants pour qu’on ne puisse plus simplement les ignorer et les marginaliser à l’échelle nationale», analyse David Hopkins.

Un électeur se réjouit de la victoire de la gauche américaine lors d’une soirée électorale organisée par le DSA dans un bar du quartier d’Astoria à New York. © Apolline Guillerot-Malick/Vert

Les républicains avaient pourtant fait de la diabolisation du socialisme – et par extension du Parti démocrate – leur principale stratégie électorale. «Ils emploient le terme “socialiste” pour désigner des extrémistes d’extrême gauche, anti-américains et porteurs d’idées étrangères et dangereuses, brouillant ainsi la frontière entre le socialisme démocratique, le marxisme et le communisme», ajoute le politologue. Ce mardi soir, outre-Atlantique, le rouge emblématique du Parti socialiste a éclipsé celui, plus tape-à-l’œil, du mouvement Maga (pour Make America great again, le slogan de Donald Trump). Alors que la foule commence à se disperser, un militant donne le mot de la fin : «Continuez à rejoindre les Socialistes démocrates d’Amérique : la bonne nuance de rouge.»

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04.11.2026 à 06:00

Bâtons de charbon, carafes filtrantes, réduction des pollutions… Quelles solutions pour éviter les pesticides dans l’eau potable ?

Esteban Grépinet

Texte intégral (1865 mots)
La consommation d’eau ne représente qu’une petite part de l’exposition aux pesticides… mais s’ajoute à d’autres voies de contamination, principalement l’alimentation. © Nicolas Economou/NurPhoto via AFP

En 2026, 36 millions de Français·es ont bu une eau contenant au moins un pesticide, a révélé la semaine dernière la carte interactive réalisée par Vert à partir des données du site Dans mon eau, créé par les associations Générations futures et Data for good.

Plusieurs millions d’habitant·es consomment même une eau qui dépasse les seuils de qualité, notamment dans le nord de la France. Attention, pas de panique : cette limite «n’est pas un indicateur de risque sanitaire», rappelle l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Ce n’est pas parce qu’elle est dépassée que consommer l’eau a des conséquences directes sur la santé.

Pour autant, les pesticides et leurs métabolites (les molécules issues de leur dégradation dans l’environnement) restent des substances toxiques, avec des effets documentés sur la santé, qui dépendent notamment des doses auxquelles nous sommes exposé·es.

La consommation d’eau ne représente qu’une petite part de cette exposition (moins de 10%), mais s’ajoute à d’autres voies de contamination, principalement l’alimentation.

La base : vérifier si son eau est contaminée

Dans un premier temps, il s’agit de prendre la mesure de l’état réel de l’eau qui coule à votre robinet. La carte interactive de Vert permet de prendre connaissance des territoires où la contamination est la plus forte : les Hauts-de-France – où plus de la moitié des réseaux de distribution d’eau potable ont des concentrations supérieures aux normes –, la Normandie, le Grand Est…

À court terme : des techniques de filtrations à l’efficacité toute relative

À l’échelon individuel, plusieurs solutions de court terme existent pour limiter l’exposition aux pesticides et autres polluants… mais elles ont toutes leurs limites. Parmi les principaux exemples :

L’eau en bouteille. Certaines communes où l’eau est la plus contaminée sont parfois contraintes de se ravitailler en packs, comme le raconte Le Monde. Extraite en profondeur, l’eau minérale en bouteille contient souvent moins de polluants chimiques – mais n’en est pas dépourvue. Moins contrôlée, elle présente surtout beaucoup de microplastiques : un litre contient en moyenne jusqu’à 240 000 particules de plastique, selon une étude publiée en 2024 dans la revue scientifique Pnas.

Les bâtons de charbon. Déposé quelques heures dans une carafe d’eau, un bâton de charbon actif est censé fixer sur sa surface les plus grosses molécules (on parle d’adsorption). «Cette technique peut se révéler peu efficace pour certains pesticides, soulève Julie Mendret, maîtresse de conférences à l’université de Montpellier (Hérault). Le remède peut même être pire que le mal, avec un risque de développement bactérien en l’absence d’une maintenance régulière.»

Les carafes filtrantes et filtres pour robinet. Le principe est similaire : l’eau passe cette fois par un filtre contenant des granulés de charbon actif. Cette technique peut marcher pour certaines grosses molécules, comme le chlorothalonil, un fongicide interdit depuis 2020 mais encore fréquemment retrouvé dans l’eau. Là encore, elle induit d’autres risques : en 2017, l’Anses a rendu un avis très nuancé sur l’efficacité des carafes filtrantes, avertissant notamment d’une possible «altération de la qualité microbiologique de l’eau».

Les filtres par osmose inverse. Cette fois, pas de charbon : l’eau est mise sous pression et traverse une membrane via des trous infiniment petits, qui bloquent la plupart des éléments indésirables. «C’est le système qui offre le spectre d’élimination le plus large. Il est efficace sur un très grand nombre de molécules, y compris les PFAS», ces «polluants éternels», détaille Julie Mendret. Mais un tel appareil coûte cher – plusieurs centaines d’euros – et consomme beaucoup d’eau et d’énergie.

«Ce sont des techniques de séparation, et non de dégradation, complète Julie Mendret. Dans le cas de l’osmose inverse, on produit un concentrat», ce liquide composé des molécules retenues par la membrane, qui est ensuite rejeté dans le réseau d’assainissement. En somme, ces technologies ne règlent pas le problème, elles le déplacent.

À long terme : réduire les pollutions à la source

«Les moyens de dépollution, collectifs ou individuels, sont coûteux et parfois inefficaces», pointe le site Dans mon eau, pour qui «la seule solution est collective». «Ces systèmes créent un clivage social, entre ceux pour qui ils sont abordables et les autres, abonde Julie Mendret. La solution ne doit pas venir des particuliers, mais d’un effort à l’échelle des usines de production d’eau potable.» Si toutes ne traitent pas les polluants chimiques, de plus en plus de stations sont dotées de dispositifs à base de charbon actif, voire de filtrations par osmose inverse.

Mais cette dépollution coûtera cher à l’État : plusieurs milliards d’euros par an, selon les évaluations (ici et là) publiées par l’administration française cet été. Une étude menée par l’Agence de l’eau Seine-Normandie, relayée par le média Contexte en septembre, confirme que ces solutions curatives contre les pesticides et nitrates coûtent au moins trois fois plus cher que de réduire les pollutions à la source.

Mieux vaut prévenir que guérir : la meilleure solution pour protéger l’eau reste de limiter les pesticides, notamment en favorisant la transition du monde agricole (principal utilisateur de pesticides en France) vers des modèles moins intensifs. Après plusieurs années d’attente, le gouvernement est justement sur le point de publier un décret (en consultation publique jusqu’au 9 novembre) visant à engager des plans d’action pour limiter les pollutions sur les captages d’eau potable «prioritaires» – mais ONG et collectivités locales regrettent son manque d’ambition.

Partout en France, il existe déjà une multitude d’initiatives pour favoriser la transition écologique des fermes :

🚜 Depuis 2020, l’entreprise publique Eau de Paris et l’agence de l’eau Seine-Normandie accompagnent une centaine d’agriculteur·ices installé·es sur des aires d’alimentation de captage autour de la capitale afin de réduire, voire supprimer, les engrais et pesticides. Le projet a déjà permis de réduire l’utilisation de ces derniers de 77% sur les parcelles suivies.

🤝 Des partenariats similaires entre agences de l’eau, régies publiques et agriculteur·ices sont nés ces dernières années : en Alsace, où l’objectif est de diminuer de 50% l’utilisation d’herbicides sur les captages prioritaires ; près de Rennes (Ille-et-Vilaine), avec le projet Terres de sources ; autour de Lyon (Rhône)…

💧 En Bretagne, la commission locale de l’eau – sorte de «parlement» qui rassemble élu·es, chambres d’agriculture, associations… – du bassin de la Vilaine a adopté le 16 octobre une ambitieuse feuille de route pour la protection de l’eau, qui prévoit l’interdiction des herbicides sur certaines parcelles de maïs proches des captages les plus pollués.

À noter que solutions préventives et curatives se complètent : même en réduisant drastiquement les pollutions sur les captages les plus exposés dès maintenant, les efforts de dépollution devraient se poursuivre pendant encore des années. Pour cause : les pesticides sont des molécules très persistantes, dont la dégradation complète peut prendre plusieurs décennies…

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